L’IA va-t-elle tuer la notion de création culturelle ?

Source: The Conversation – in French – By Alain Busson, Professeur émérite ( Docteur ès Sciences Economiques), HEC Paris Business School

L’idéal des années 1960 s’est retourné en un paradoxe contemporain : plus la culture circule librement, moins les auteurs peuvent revendiquer la propriété de leurs œuvres. Le champ culturel a connu durant les quarante dernières années la révolution du numérique puis celle de l’intelligence artificielle générative. Le support physique est devenu quasiment obsolète, le fichier numérique de l’or. Retour historique sur les mutations des industries culturelles.


Le développement des industries culturelles au XXᵉ siècle s’est fondé sur la reproduction des œuvres d’art sur des supports physiques. Le premier facteur de changement s’est traduit par la substitution des technologies analogiques – ensemble de composants électroniques – par des technologies numériques pour le codage, le transport et le stockage des contenus.

Avec la numérisation, tout contenu, quelle qu’en soit la nature – texte, son, image fixe ou animée –, peut être codé sous la forme d’une suite de nombres et encapsulé dans un fichier informatique. Ce format d’encodage commun a favorisé le traitement algorithmique des données recueillies, ainsi que l’émergence de nouveaux acteurs dans les industries culturelles, comme Spotify, Deezer ou Netflix, ainsi que l’apparition de géants du numérique, comme Amazon ou Alphabet (Google), lorgnant sur l’assiette appétissante de leur voisin.

Les perdants : les auteurs et autrices, souvent privés de leur droit de propriété. Alors, qu’ont apporté ces révolutions aux industries culturelles ?

Du lieu physique au fichier numérique

Le point de bascule est la naissance en 1969 d’Arpanet, l’ancêtre d’Internet, avec la connexion de deux ordinateurs de l’université de Californie échangeant des informations. Une innovation majeure, non sur le plan technologique, mais sur le plan topologique.

Nous sommes passés d’une organisation pyramidale, centralisée et hiérarchique (comme le sont les organisations militaires), à une organisation décentralisée et non hiérarchique – horizontale, de pair-à-pair (peer-to-peer) –, caractéristique de la société post-industrielle. Cette innovation a entraîné une véritable révolution à la fois dans la circulation des contenus culturels, ainsi que dans leur mode de consommation et de légitimation.




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La première conséquence de ce phénomène est la globalisation et la déterritorialisation des industries culturelles. Alors que les industries traditionnelles dépendaient pour leur diffusion d’installations matérielles implantées localement – librairies, cinémas, disquaires ou grandes surfaces –, il est désormais techniquement possible d’envoyer n’importe quel contenu culturel – un fichier numérique – de n’importe quel endroit dans le monde à un autre. Par exemple, l’entreprise Amazon a été créée en 1994 autour de la vente en ligne de livres.

Ces phénomènes favorisent l’émergence de plateformes mondiales de diffusion numérique de contenus culturels. Si certains de ces acteurs se développent spécifiquement dans le domaine culturel – Netflix, Spotify –, les plus puissants d’entre eux ont un cœur de métier qui lui est étranger : les GAFA aux États-Unis – Google, Amazon, Facebook et Apple – ou leurs équivalents chinois BATX – Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi.

Le pouvoir de marché et les ressources financières de ces derniers sont incomparables avec ceux des entreprises des industries culturelles traditionnelles.

Révolution du peer-to-peer

Une autre transformation radicale : l’affaire Napster qui a éclaté en 1999 en constitue le point de bascule. Service illégal de partage de fichiers musicaux en peer-to-peer, Napster a révélé que, dans un monde où règne l’abondance, où les fichiers peuvent être téléchargés rapidement et à coût quasiment nul, l’achat du support des œuvres qui était la norme dans le monde analogique est devenu inutile ; seule compte la capacité d’accès au catalogue, moyennant un forfait généralement assez bas.

Le développement du numérique s’est traduit par la remise en question des pouvoirs institutionnels – partis politiques, élus, etc. – et, dans le domaine qui nous intéresse, par le transfert du pouvoir aux consommateurs au détriment des intermédiaires traditionnels. Les instances de légitimation – académies, critiques littéraires et cinématographiques – dont le rôle est de produire des normes esthétiques – définir ce qui est « bon » et/ou « beau ») sont remises en question.

Plus de 106 000 titres mis en ligne chaque jour

Cette opposition a été considérablement renforcée par la puissance des réseaux sociaux. Ces derniers reposent sur une logique de communication peer-to-peer entre consommateurs échangeant leurs opinions et leurs jugements, même si, pour faire face au problème de l’hyperchoix, le consommateur peut recourir au jugement de nouveaux influenceurs ou aux recommandations des algorithmes.

La situation d’abondance, voire de surabondance, intégrée dans des offres d’accès (plateformes par abonnement), participe d’une banalisation des œuvres, auxquelles on accède selon les mêmes modalités que l’eau ou l’électricité. Un chiffre clé du rapport concerne la saturation de l’offre : plus de 106 000 nouveaux titres sont mis en ligne chaque jour sur les plateformes. Près de 20 % sont créés par l’IA générative.

Des choix dictés par les algorithmes

La révolution numérique est à l’origine de la première mutation civilisationnelle. L’intelligence artificielle en annonce la seconde.

Sans remonter à Alan Turing, on peut dater la naissance de l’intelligence artificielle (IA) à 1956 avec le Dartmouth Summer Research project on Artifical Intelligence. Il faudra attendre la croissance exponentielle des données disponibles (big data) et la croissance tout aussi importante de la puissance de calcul des microprocesseurs pour en constater l’efficacité. Les nouveaux modes de distribution des contenus culturels permettent en effet une connaissance sans précédent du comportement du consommateur.




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Les données recueillies, au-delà des questions relatives au respect de la vie privée ou du droit d’auteur, peuvent être exploitées de deux manières : en renforçant les choix routiniers des consommateurs grâce aux algorithmes de recommandation, mais également en concevant des contenus basés sur l’anticipation de leurs réactions. Sur Netflix, près de 80 % des contenus sont suggérés par son algorithme.

Plus radicalement, le développement des techniques d’intelligence artificielle générative peut conduire à un changement de paradigme en mettant à bas le modèle romantique de l’autonomie de l’artiste. De Van Gogh, peintre maudit (de son vivant), au génie Mozart, l’artiste créait uniquement selon sa propre inspiration, quelle que soit la réaction de son public ou de ses mécènes. Avec l’IA générative, la technologie supplante l’artiste (totalement ou partiellement) dans l’acte de création.

L’économie de la culture avait longtemps été la loi de l’offre et de la demande. Chaque produit étant unique, c’est le règne du « Nobody knows » : personne n’a la recette du succès. L’aléa commercial est la norme, avec l’espoir que les profits engendrés par les rares succès compensent les pertes des nombreux échecs. Le rôle du producteur ou de l’éditeur avait un rôle (intuitif) de ce que peut accepter le marché, fondé sur leur expérience. Un modèle aujourd’hui battu en brèche par l’intelligence artificielle générative qui peut connaître les goûts des consommateurs grâce aux données.

La création au cœur de l’innovation technologique

Avec les algorithmes, le numérique est devenu le « principe organisateur du monde ». Il facilite les échanges, rend les êtres et les choses disponibles de façon immédiate et quasi illimitée. La technologie a perdu l’attribut qui lui était jusqu’alors réservé, celui de rendre, sous le contrôle de l’humain, la vie plus facile. Elle est devenue, comme le souligne la docteure en science politique Charleyne Biondi « une extension de soi » :

« La relation instrumentale de l’homme à son outil se transforme en relation organique dans laquelle il se crée une forme de réciprocité indissociable entre l’homme et la machine. »

Que devient notre libre arbitre quand nos choix sont dictés par des algorithmes qui se basent largement sur l’observation de nos propres routines ? Pouvons nous encore observer le monde lorsque sa représentation numérique, la carte (le GSP) est devenue plus importante pour nous orienter que le territoire qui est devant nos yeux ?

Dans le domaine culturel, le point de rupture n’est pas là. Avec l’émergence de l’intelligence artificielle et en particulier des IA génératives, c’est la création même qui est, pour la première fois dans l’histoire, au cœur de l’innovation technologique. Après avoir orienté les consommations et, par rebond, la nature des œuvres produites, elle touche à l’essence même de la production culturelle, c’est-à-dire l’acte créatif.

Processus de remplacement

L’IA générative commence à pénétrer toutes les étapes de la chaîne de valeur des industries culturelles et créatives, simplifiant les procédures et réduisant les coûts. Il est possible de pointer un double paradoxe :

  • la révolution numérique et ses derniers avatars, fondée à l’origine sur un désir d’émancipation, conduit à un monde, où, pour des raisons d’efficacité, la volonté humaine est peu à peu remplacée par celles des algorithmes.

  • Le partage libre proposé par la contre-culture libertaire des années 1960, où la connaissance, le code et la création doivent circuler librement avait conduit à une volonté d’abolir le droit d’auteur.

L’idéal des années 1960 s’est retourné en un paradoxe contemporain : plus la culture circule librement, moins les auteurs peuvent revendiquer la propriété de leurs œuvres et vivre de leur art.

Il est encore trop tôt pour savoir si ce processus de « remplacement » ira à son terme, ou si l’IA générative, du fait de la volonté de ses utilisateurs, restera cantonnée à un rôle de support plus ou moins imaginatif.

The Conversation

Alain Busson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’IA va-t-elle tuer la notion de création culturelle ? – https://theconversation.com/lia-va-t-elle-tuer-la-notion-de-creation-culturelle-267039

Le nouveau Code du statut personnel en Irak : menaces pour les droits des femmes

Source: The Conversation – in French – By Imad Khillo, Maître de conférences de droit public à Sciences Po Grenoble / Université Grenoble Alpes. Chercheur au Centre d’études et de recherche sur la diplomatie, l’administration publique et le politique (CERDAP²). Codirecteur du séminaire de recherche « Construction nationale et religions en Méditerranée » au Collège des Bernardins., Sciences Po Grenoble – Université Grenoble Alpes

En Irak, depuis l’adoption du nouveau Code du statut personnel en 2025, la condition des femmes se détériore. Entre mariages précoces et transferts automatiques de la garde de l’enfant au père, les effets de la réforme sont de plus en plus visibles dans la société irakienne. La mort de Yanar Mohammed, militante pour les droits des femmes, en mars 2026, symbolise cette répression de la voix des femmes.


La militante irakienne et présidente de l’Organization of Women’s Freedom in Iraq (OWFI), Yanar Mohammed, a été abattue le 2 mars 2026 devant son domicile à Bagdad. Cet assassinat s’inscrit dans un climat de tensions accrues, marqué par des tentatives de réduction au silence des voix engagées en faveur des droits des femmes.

Un an après son adoption par le Parlement irakien, le 21 janvier 2025, et son entrée en vigueur le 17 avril suivant, le nouveau Code du statut personnel commence à produire ses effets, tout en suscitant d’importantes controverses. Ce texte, qui rompt avec l’équilibre juridique instauré par la loi de 1959, encadre des dimensions essentielles de la vie privée – mariage, divorce, filiation, garde des enfants ou encore successions – dans un contexte politique particulièrement sensible. Depuis les années 2000, l’Irak connaît une recomposition progressive de ses institutions, marquée par le renforcement des logiques confessionnelles et par un rôle accru des autorités religieuses dans l’organisation de la vie sociale. Dans cet environnement, les droits des femmes, déjà fragilisés par des structures patriarcales persistantes, se trouvent d’autant plus exposés.

La réforme adoptée en 2025 dépasse largement le cadre d’un simple ajustement du droit de la famille. Elle traduit une inflexion plus profonde dans la manière dont l’État articule ses relations avec le fait religieux et la diversité de la société irakienne. Si ses partisans y voient une reconnaissance des identités confessionnelles, ses détracteurs soulignent les risques qu’elle fait peser sur la cohérence du système juridique et, plus encore, sur la protection des droits des femmes.

Une transformation profonde du droit familial : vers une pluralisation confessionnelle du système juridique

Pour mesurer l’impact de cette réforme, il est essentiel de rappeler que le droit du statut personnel en Irak reposait historiquement sur la loi n° 188 de 1959. À l’époque, ce texte fut considéré comme l’un des cadres juridiques les plus progressistes du monde arabe, malgré certaines dispositions inégalitaires. Son objectif principal fut d’unifier les règles relatives au mariage, au divorce, à la garde des enfants et aux successions, indépendamment des distinctions confessionnelles.

S’inspirant à la fois de la charia islamique et du droit civil moderne, il introduisait certaines protections pour les femmes, tout en maintenant des dispositions discriminatoires. La polygamie, par exemple, restait possible mais soumise à l’autorisation d’un juge (article 3). La répudiation n’était pas totalement abolie, même si l’article 40 permettait à la femme de demander le divorce pour préjudice. L’article 7 fixait par ailleurs un âge minimum de 18 ans pour le mariage, sous contrôle judiciaire. Malgré ces avancées, des inégalités structurelles subsistaient, notamment en matière d’héritage, où les règles de la charia continuaient de s’appliquer.

La réforme de 1990 a introduit certains ajustements procéduraux – notamment en matière de divorce et de reconnaissance du consentement des époux – sans remettre en cause les fondements patriarcaux du système. À partir de 2003, dans un contexte de recomposition politique consécutive à la chute du régime de Saddam Hussein, des projets plus ambitieux ont cherché à instaurer des régimes juridiques distincts selon les appartenances religieuses.

La résolution n° 137 du 29 décembre 2003, adoptée par le Conseil de gouvernement irakien, proposait de confier à chaque communauté la gestion de son propre droit familial. Elle fut toutefois rapidement suspendue, puis abandonnée. La société civile, les organisations de défense des droits des femmes et la communauté internationale s’y opposèrent, dénonçant les risques de fragmentation juridique et les atteintes possibles aux droits des femmes, notamment à travers la reconnaissance de pratiques comme le mariage précoce ou la garde unilatérale des enfants (la garde accordée exclusivement au père).

La réforme de 2025 s’inscrit dans le prolongement de ces évolutions, tout en opérant un changement d’ampleur. Elle rompt totalement avec la logique d’unification en instaurant une pluralité de régimes juridiques et en plaçant les juridictions religieuses au cœur du système. Les rites jafarites chiites sont désormais explicitement admis comme référentiel juridique en matière de statut personnel, aux côtés d’autres traditions confessionnelles. Les citoyens peuvent ainsi choisir le système applicable à leur situation, introduisant une diversification sans précédent du droit familial.

« Mariages forcés en Irak : la parole des jeunes filles se libère », Paris Match, 23 novembre 2025.

Ce choix s’opère lors de l’enregistrement du mariage ou à l’occasion d’un litige devant la juridiction compétente. Les parties peuvent déterminer le référentiel religieux applicable, soit d’un commun accord, soit à l’initiative de l’une d’elles. Dans la pratique, ce choix peut également dépendre de l’appartenance confessionnelle déclarée ou de la juridiction saisie. Une fois le référentiel retenu, toutes les règles (mariage, divorce, garde des enfants) sont appliquées selon l’interprétation religieuse correspondante, entraînant des différences notables dans les droits et obligations des individus.

Cette réforme traduit une décentralisation normative majeure. Dès lors, l’État n’impose plus un cadre unique, mais organise la coexistence de plusieurs systèmes parallèles, dans lesquels les conditions du mariage, du divorce, les droits des époux, la garde des enfants et les successions peuvent varier selon la tradition religieuse choisie. Présentée comme une reconnaissance de la diversité et une extension de la liberté de choix, cette flexibilité crée en réalité une incertitude juridique accrue, complexifie l’accès au droit, rend les décisions judiciaires moins prévisibles et fragilise le principe d’égalité devant la loi.

Plus largement, le nouveau Code marque une évolution vers un modèle pluraliste et confessionnel du droit familial, où la religion devient un critère central de régulation sociale. Les conséquences sont profondes : complexification du système juridique, affaiblissement des garanties offertes aux individus – surtout aux femmes et aux enfants – et renforcement des dynamiques de fragmentation sociale. Loin de se limiter à un simple ajustement législatif, cette réforme constitue une recomposition structurelle du rapport entre l’État, le droit et le religieux en Irak.

Une réforme controversée : risques de fragmentation et régressions pour les droits des femmes

Les critiques du nouveau Code du statut personnel se concentrent principalement sur les droits fondamentaux, et plus particulièrement sur les droits des femmes. De nombreuses ONG, ainsi que des juristes et acteurs de la société civile mettent en garde contre un recul notable, et des exemples récents montrent concrètement ces dangers.

En octobre 2025, Human Rights Watch rapporte le cas de Ghazal H., une femme assignée en justice après que son ex-mari a demandé l’application rétroactive à leur mariage du nouveau code jafarite, sans son accord, afin de lui retirer la garde de leur fils de 10 ans. Cette affaire illustre comment la réforme peut devenir un instrument de contrôle sur la vie des femmes et des enfants.

Sous la loi de 1959, la garde des enfants, en cas de divorce, était en principe confiée à la mère, dans une logique de protection de l’intérêt de l’enfant, avec un contrôle judiciaire pour apprécier les conditions concrètes de prise en charge. Ce système permettait, au moins en théorie, de maintenir la garde maternelle au-delà d’un certain âge, si cela correspondait au bien-être de l’enfant.

Avec le nouveau Code, certaines interprétations autorisent désormais un transfert automatique de la garde au père à partir d’un âge fixé (généralement autour de 7 ans), sans examen judiciaire individualisé de la situation. Ainsi, une mère qui assurait jusque-là la garde quotidienne peut la perdre au profit du père, même si les conditions de vie de ce dernier sont moins favorables. Ce changement réduit le rôle du juge et relègue au second plan le critère de l’intérêt supérieur de l’enfant, au profit de normes rigides basées sur l’autorité paternelle.

À ce sujet, Sarah Sanbar, chercheuse sur l’Irak pour Human Rights Watch, affirme :

« Le nouveau Code du statut personnel institutionnalise davantage la discrimination à l’égard des femmes, les reléguant légalement au rang de citoyennes de seconde classe. Il prive les femmes et les filles de leur capacité à décider de leur vie et transfère ce pouvoir aux hommes. Il devrait être abrogé immédiatement. »

Plusieurs organisations féministes ont réclamé l’abrogation de ces dispositions, dénonçant leur impact délétère sur les droits des femmes et la protection des enfants. La World March of Women (organisation féministe internationale) a publié le 27 janvier 2025 (peu après l’adoption du nouveau Code), une déclaration condamnant ces modifications et alertant sur les menaces qu’elles font peser sur les droits humains fondamentaux. De son côté, Amnesty International avait déjà exhorté en 2024 le Parlement irakien à rejeter ces amendements avant même leur adoption.

Malgré ces alertes, en septembre 2025, la Cour suprême fédérale d’Irak a rejeté une action intentée par des organisations de défense des droits des femmes et des droits humains contestant la validité des amendements adoptés par le Parlement. La Cour suprême a estimé que la procédure législative était conforme à la Constitution irakienne, garantissant aux citoyens la liberté de choisir la loi religieuse applicable à leur statut personnel. Elle a validé les amendements, y compris ceux reconnaissant l’application de la jurisprudence jafarite, consolidant ainsi leur mise en œuvre et mettant fin aux principaux recours judiciaires. Cette décision renforce la position du Parlement et des partisans de cette réforme, montrant que, malgré les critiques, elle reste dans les limites constitutionnelles.

Les premiers effets concrets de la réforme se sont manifestés dès février 2026. Un tribunal de Bagdad avait validé le mariage d’une fille de 17 ans avec un homme de 20 ans, sans examiner le consentement ni le bien-être de la mariée. Si le nouveau Code maintient en principe 18 ans comme âge minimal pour le mariage, il ménage la possibilité d’y déroger selon le référentiel religieux choisi. Ainsi, dans le cadre des rites jafarites, l’âge légal du mariage peut être inférieur à 18 ans et descendre jusqu’à 9 ans pour les filles (alors qu’il est fixé à 14 ans pour les garçons). Ces situations montrent comment une réforme d’apparence neutre peut en réalité engendrer des régressions sociales significatives.

Yanar Mohammed, jusqu’à son assassinat, se trouvaient au premier rang des mobilisations contre ces changements législatifs. Avocats, médecins et experts de la société civile ont également exprimé leur opposition, estimant que la loi amendée « victimise » les enfants et « sape les droits des femmes ». Certains juristes ont averti que l’attribution automatique de la garde au père et la restriction de l’accès des femmes à la propriété ou à l’héritage risquent de déstabiliser profondément les familles. Des experts des Nations unies ont dénoncé les amendements. En critiquant l’absence de débat transparent et inclusif avant l’adoption, ils ont affirmé qu’ils pouvaient « ébranler les droits des femmes et des enfants ».

Au-delà des effets individuels, la réforme soulève une question structurelle : en instituant des régimes différenciés selon les appartenances confessionnelles, elle accentue la fragmentation juridique et politique de l’Irak. Ce passage progressif d’un modèle unifié encadré par l’État à une organisation fragmentée et confessionnelle du droit fragilise la cohésion nationale et complique l’accès au droit pour les citoyens.

Les partisans de la réforme mettent en avant la reconnaissance des identités religieuses et la liberté de choix qu’elle offre. Cependant, les cas concrets de mariages précoces, de changements unilatéraux du droit et de transferts automatiques de garde montrent que ces arguments peinent à convaincre. Les risques pour l’égalité des droits et la protection des femmes et des enfants sont aujourd’hui évidents.

Un débat qui reflète les interrogations de la société irakienne

L’adoption du nouveau Code du statut personnel en Irak marque une étape majeure dans l’évolution juridique et institutionnelle du pays. Si elle reflète une volonté de reconnaître les identités confessionnelles, elle soulève de graves questions en matière d’égalité, de cohésion nationale et de respect des droits fondamentaux.

Les risques de fragmentation juridique et de recul pour les droits des femmes constituent les principales sources de tension. Ils illustrent les dilemmes auxquels l’Irak est confronté aujourd’hui dans la construction de son ordre juridique moderne. Dans un contexte régional en mutation, marqué par les guerres, cette évolution interroge la capacité de l’État irakien à concilier pluralisme religieux et protection effective des libertés individuelles, en particulier celles des femmes.

Comme dans l’ensemble du monde arabe, les femmes irakiennes avancent sur un chemin semé d’obstacles, où chaque droit conquis résulte d’une lutte incessante…

The Conversation

Imad Khillo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le nouveau Code du statut personnel en Irak : menaces pour les droits des femmes – https://theconversation.com/le-nouveau-code-du-statut-personnel-en-irak-menaces-pour-les-droits-des-femmes-280318

Commission sur l’audiovisuel public : quand la quête du clash pulvérise le débat de fond

Source: The Conversation – in French – By Arnaud Mercier, Professeur en Information-Communication à l’Institut Français de presse (Université Paris-Panthéon-Assas), Université Paris-Panthéon-Assas

Pendant des mois, la commission parlementaire sur l’audiovisuel public a donné lieu à des passes d’armes tendues et confuses entre son rapporteur, Charles Alloncle, député ciottiste, proche de Jordan Bardella, et les responsables et vedettes de la télévision. Que retenir de cette commission, sur la forme et le fond ?


Le fonctionnement de la commission parlementaire sur l’audiovisuel public aura été inhabituel jusqu’à son terme. En effet, le 27 avril 2026, à huis clos, les 31 députés qui la composent devront voter à la majorité simple sur la publication ou non du rapport, après avoir eu le droit de le lire dans des conditions rigoureuses de confidentialité. Procédure prévue dans les textes et qui n’aboutit presque jamais à un refus de publication. Mais cette fois, l’incertitude règne.

Le rapporteur, Charles Alloncle (Union des droites pour la République, groupe créé sous l’impulsion d’Éric Ciotti), a, dès le mois de février, fait état de « risques » de voir son rapport enterré. Opinion née des nombreuses tensions entre lui et le président Jérémie Patrier-Leitus (groupe Horizons) et des critiques d’autres membres quant à la façon de conduire, à charge, et souvent de façon plutôt véhémente, les auditions.

Les membres de la commission sont d’ailleurs conscients d’être aujourd’hui face à un piège. S’ils décident de voter contre la publicité du rapport, cela permettrait à son rapporteur d’endosser une flatteuse posture de victimisation, celle de l’homme qu’on veut faire taire car toutes les vérités ne seraient pas bonnes à dire en matière d’audiovisuel public. S’ils laissent publier, ils entérinent de facto une conduite des auditions très contestée.

Revenons donc sur les enseignements qu’on peut tirer de cette séquence si controversée.

Alloncle en rupture avec les conventions parlementaires

Le rapporteur a endossé une posture anti-service public, aux accents populistes, en mettant en avant des frais qui seraient indus, des situations présentées comme abusives, des propos tenus dans des contextes totalement différents qui seraient scandaleux. Ce proche de Jordan Bardella, encore très peu connu, est ambitieux, et quoi de mieux, pour crever le plafond de verre médiatique, que de bousculer des vedettes de l’audiovisuel, en donnant le sentiment de jouer à égalité, alors qu’il ne bénéficie ainsi que d’une notoriété d’emprunt ?

Loin du ton compassé qui sied à ce type de dispositif, les altercations répétées entre le président et le rapporteur (au point parfois de suspendre les travaux ou avec les auditionnés, ont sonné comme l’importation dans l’hémicycle d’une culture du clash. D’ailleurs, Charles Alloncle a régulièrement rendu compte de ces passes d’armes, dans une logique autopromotionnelle, à coup de montages nerveux sur ses réseaux sociaux, et pas toujours d’une véracité irréprochable. La PDG de Radio France Sibyle Veil a d’ailleurs écrit une lettre au président de la commission pour dénoncer ce qu’elle qualifie de « déformations publiques » de ses propos. L’animateur Samuel Étienne s’en est plaint également ouvertement, accusant la recherche du buzz de virer au harcèlement en ligne.

À ce jeu de la dénonciation à charge, le sentiment dominant pour tous, observateurs comme parlementaires, est celui de la confusion, entre « coups de sang, mensonges et débats houleux ». Les débats sont régis par un grand mélange des genres, où la comptabilité (parfois mal comprise) se mêle à la dénonciation de propos d’humoristes, associée à la mise en cause salariale ou politique nominative de personnalités très connues, ou à des jugements aussi politiques que dépréciatifs.

On peut surtout voir dans ces travaux, une « CNewsisation » de la commission, animée par la volonté du rapporteur de s’offrir une tribune pour diffuser ses idées, inlassablement répétées, en espérant qu’elles deviennent vraies dans l’esprit d’une partie du public, tout en dénonçant les supposées dérives d’élites. Dans leurs discours, nombre de députés de droite et d’extrême droite partagent une grande défiance vis-à-vis des médias d’information du service public, véhiculant l’idée que la majorité des journalistes seraient hostiles à la droite, donc pas neutres du tout. C’est l’application en France d’un vieil argumentaire de défiance tenu par la droite conservatrice américaine, dénonçant depuis les années 1980, un « liberal bias » qui ferait de tout journaliste un quasi-gauchiste. Pour une partie des électeurs, c’est donc une gourmandise de voir les responsables de l’audiovisuel public et leurs stars être (enfin) secoués, rabaissés, sommés de s’expliquer.

Alors que retenir des 67 auditions, et des réponses des 234 personnes auditionnées ?

Les réponses des auditionnés face aux mises en cause

Concernant le traitement de l’information, de la PDG de France TV aux journalistes mis en cause, chacun s’est employé à réaffirmer l’importance du pluralisme et des équilibres exigibles pour un média de service public. Ainsi, lorsque le rapporteur mettait en doute les choix éditoriaux de l’émission Complément d’enquête, son rédacteur en chef rappelait : « En cinq saisons, on a fait dix portraits politiques et on est sur une égalité parfaite. On a fait Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou, Sandrine Rousseau, Anne Hidalgo, Édouard Philippe, Alexis Köhler, Éric Dupont-Moretti, Rachida Dati, Éric Zemmour et Jordan Bardella », donc « autant de personnes à gauche qu’à droite [et] qu’au centre ».

Concernant certains dérapages à l’antenne (Gaza qualifié de possible Riviera par exemple), rappelés par la commission, on notera que toutes les affaires avaient déjà été traitées en interne, avec des sanctions.

Parmi les échanges tendus, Léa Salamé a pu avancer qu’une femme n’était pas obligée de penser comme son mari et de lui obéir (« Jamais personne n’a pu entendre que mon compagnon ou quiconque tenait mon stylo ») et qu’elle s’engageait (non sous pression mais comme une évidence déontologique pour elle et sa rédaction) à suspendre sa présentation du 20 heures si son compagnon, Raphaël Glucksmann, était candidat à la présidentielle de 2027 (« S’il est candidat, je sors de l’antenne »).

Sur le plan des affaires comptables et financières, les débats et passes d’arme ont été ou très techniques ou très polarisés, chacun campant sur ses positions. On a compris que le rapport de la Cour des comptes de 2025, souvent cité, avait pointé des soucis et des voies d’amélioration à emprunter. Pourtant, le rapporteur Alloncle a plusieurs fois été contredit lorsqu’il évoquait une « quasi-faillite » de l’audiovisuel public par mauvaise gestion. Ses interlocuteurs ont, eux, pointé des restrictions budgétaires répétées et assez fortes qui ont mis à mal le fonds de roulement notamment.

Le statut de la société de production Mediawan a aussi été très débattu, les données produites par ses responsables indiquant qu’il s’agissait bien d’une société majoritairement française contrairement aux soupçons répétés du rapporteur. La présentation des contrats passés avec les principales sociétés de production comme des « arrangements entre copains », a pu être relativisée par la production de données internes indiquant que les parts de ces contrats dans le chiffre d’affaires global de ces sociétés ne leur permettaient pas de se « gaver » sur le dos du service public.

Le rapporteur a dénoncé des « frais de cocktails et de réceptions » de près d’un million d’euros en 2020. Le mot cocktail fleurant la gabegie d’élites indécentes pendant que les Français se serrent la ceinture. Pourtant, il s’agissait de frais de repas et « d’achats alimentaires » destinés à tous les salariés, quel que soit leur statut, travaillant alors que les cantines du groupe étaient fermées à cause du Covid-19.

Un projet fourre-tout depuis le début

Voici les missions de cette commission présentées sur le site de l’Assemblée nationale :

On est donc amené à penser que la volonté de traiter, dans un grand tout indifférencié, tant de sujets divers, comme cela a été justifié dès le démarrage des travaux, ne pouvait que conduire à ce patchwork décousu et confus. Loin de défendre un véritable contre-projet pour l’audiovisuel public, ce qui transparaît finalement de tous ces moments de tension, c’est que la commission, et son rapporteur en particulier, ont procédé par picorage d’exemples disparates, pointant des faits déjà connus ou mis au jour par d’autres instances, afin d’accréditer l’idée préconçue que tout partait à vau-l’eau. Comme si le but était en fait d’éroder l’édifice à coups de pioche de-ci de-là. Certaines mises en cause (frais de taxi croissants, pantouflage de licenciés vers des sociétés de production travaillant pour France TV, amélioration incomplète de la comptabilité analytique…) ont pu en effet placer des auditionnés en difficulté.

Au final, on a surtout la sensation que les débats et les attaques de cette commission visaient à jeter la suspicion sur l’audiovisuel public afin sans doute de préparer les esprits, un jour, à accepter sa privatisation ou la fermeture de plusieurs de ses branches.

The Conversation

Arnaud Mercier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Commission sur l’audiovisuel public : quand la quête du clash pulvérise le débat de fond – https://theconversation.com/commission-sur-laudiovisuel-public-quand-la-quete-du-clash-pulverise-le-debat-de-fond-280486

Ce que les créatures des abysses voient dans le noir

Source: The Conversation – in French – By Juliette Ravaux, Maître de conférences, Sorbonne Université

Lorsque l’on descend en profondeur au-delà de la zone éclairée par le soleil, la palette de couleurs se fait plus restreinte, le rouge et le noir dominent. (Sur ces clichés, les méduses des profondeurs _Pandea rubra_, _Atolla wyvillei_ et _Crossota norvegica_.) NOAA/Wikipédia, CC BY

Dans l’ouvrage Secrets de l’océan profond, tout juste publié aux éditions Quae, Juliette Ravaux, maîtresse de conférences à Sorbonne Université en biologie animale, et Sébastien Duperron, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et spécialiste d’écologie microbienne, nous font découvrir des espèces animales mystérieuses et des ressources mal connues de l’océan profond. Leur but est de mieux comprendre ce bien commun, pour mieux le préserver. Dans cet extrait, ces spécialistes nous donnent à voir ce que perçoivent les curieuses espèces vivant dans les abysses, qu’ils ont tous deux pu observer lors de leurs plongées à bord du Nautile, sous-marin de la flotte scientifique à la fois unique… et exigu.


La vie dans l’océan profond s’accompagne d’un panel de contraintes environnementales, parmi lesquelles l’absence de lumière solaire et la rareté de la nourriture. À elles seules, ces deux conditions affectent des fonctions essentielles des organismes telles que l’orientation dans leur environnement à la recherche de nourriture ou de partenaires, mais aussi le métabolisme, la croissance et la reproduction. En conséquence, les espèces des profondeurs possèdent une vaste diversité d’adaptations dont certaines sont présentées ici, mais dont beaucoup restent encore à découvrir !

Descendons sur la dorsale de l’océan Atlantique, à plus de 2 000 mètres de fond, au plus près des fumeurs noirs qui crachent un fluide brûlant. Là, sur les parois des cheminées hydrothermales, des crevettes se rassemblent par milliers en nuées grouillantes. Ce sont des crevettes aveugles, Rimicaris exoculata, une espèce emblématique de ces environnements atlantiques. Les adultes ne possèdent pas les yeux pédonculés typiques des crevettes, ce qui leur vaut ce surnom. Et pourtant, elles possèdent bien des yeux, difficilement reconnaissables car ils sont très modifiés : ce sont des plaques rosées en forme de V qui se situent sur leur dos. Ces plaques ne leur permettent pas de voir leur environnement sous forme d’une image comme le font nos yeux.

Mais elles sont très sensibles à la lumière et détectent des sources lumineuses de très faible intensité, invisibles pour l’œil humain. Elles sont constituées d’une couche très épaisse de cellules photoréceptrices, sous laquelle se trouve une couche réfléchissante de cellules blanches qui renvoie la lumière vers les photorécepteurs, augmentant ainsi la quantité de lumière perçue.

Grâce à ces capteurs hypersensibles, les crevettes Rimicaris sont donc spécialisées dans la détection de lumière ténue. Reste encore à déterminer quels signaux lumineux elles perçoivent dans leur environnement parmi les sources potentielles, comme celle émise par le fluide hydrothermal sous forme de rayonnement thermique.

Les animaux bioluminescents, ou pourquoi il ne fait pas totalement noir dans les abysses

À l’instar de Rimicaris, les espèces abyssales évoluent dans des environnements obscurs dépourvus de lumière solaire. Il existe cependant une autre source lumineuse majeure : la bioluminescence. Plus faible que la lumière solaire, elle n’est apparente que la nuit dans les eaux de surface, mais elle est nettement visible en profondeur grâce au contraste avec le fond noir. Cette lumière émise par les organismes révèle la présence de partenaires, de prédateurs, de sources de nourriture, et peut aussi servir de défense, de leurre ou de camouflage. Dans la zone crépusculaire, diverses espèces arborent ainsi un ventre bioluminescent qui les rend moins visibles aux prédateurs et aux proies situés en dessous. Cette contre-illumination leur permet en effet de se fondre dans la faible luminosité provenant de la surface.

Au-delà de 1 000 mètres, la bioluminescence constitue la principale, sinon la seule, source de lumière. Elle apparaît de façon intermittente sous forme d’éclairs lumineux, le plus souvent de couleur bleue ou verte, qui durent quelques dixièmes de secondes à quelques secondes. Des observations menées au large de New York dans les années 1950 rapportent des fréquences de signaux bioluminescents allant jusqu’à 94 éclairs par minute dans le champ de vision du photomètre pour des profondeurs au-delà de 1 000 mètres. Dans les années 2000, un inventaire de la faune au large de la côte californienne, de la surface jusqu’à 3 900 mètres de profondeur, a révélé que plus de trois quarts des individus de la colonne d’eau émettent de la lumière. Les océans crépitent d’un feu d’artifice silencieux et le paysage lumineux des profondeurs se présente comme un fond noir piqueté d’étincelles bleutées.

Les yeux adaptés aux paysages obscurs

Dans ces paysages obscurs, les animaux sont-ils aveugles ? Les yeux des poissons téléostéens peuplant les profondeurs sont souvent décrits comme étant « régressés » ou « dégénérés ». Pourtant, ces yeux existent bel et bien et les poissons des profondeurs ne sont généralement pas aveugles, bien au contraire. Les yeux des poissons bathypélagiques présentent une grande variété de morphologies : ils sont parfois clairement régressé avec une rétine absente ou défectueuse, comme chez les « poissons-baleines » du genre Cetomimus, ou au contraire très grands et développés, comme ceux de l’alépocéphale à bec (Alepocephalus rostratus).

Dans l’ensemble, à quelques exceptions près, les yeux des espèces bathypélagiques ont toutefois tendance à être plus petits (par rapport à la taille du corps) que ceux de leurs cousins de la zone mésopélagique. Ils sont néanmoins parfaitement fonctionnels et particulièrement efficaces pour détecter des éclairs de bioluminescence ponctuels, grâce à deux caractéristiques notables : une large pupille et une rétine riche en photorécepteurs très sensibles à la lumière. Le record est actuellement détenu par la dirette argentée, une espèce abyssale qui possède un nombre exceptionnel de pigments responsables de la détection de faible luminosité, les rhodopsines. Alors que l’humain ne possède qu’un seul exemplaire de rhodopsine, la dirette en possède 38 ! Chacune de ces rhodopsines serait capable de détecter une couleur dans la gamme des bleus et des verts. Cet exceptionnel répertoire de pigments permet donc à la dirette de distinguer davantage de nuances de lumière bleue et de lumière verte que l’être humain, ce qui s’avère très utile pour identifier différentes sources de bioluminescence, et ainsi distinguer les prédateurs et les proies.

Comme la dirette, la majorité des poissons des grands fonds possède une vision limitée aux longueurs d’onde bleues et vertes. Ils ne peuvent percevoir les autres couleurs, et sont de ce fait daltoniens ! Les poissons bathypélagiques seraient en théorie capables de voir un flash bioluminescent à une distance pouvant aller jusqu’à 100 mètres dans une eau limpide. Cependant, cette distance est en réalité inatteignable pour la plupart des poissons pélagiques, qui n’ont pas l’énergie suffisante pour nager jusqu’à une source lumineuse à une telle distance en un laps de temps court. Ainsi, même si les poissons des profondeurs peuvent voir des éclairs lointains, ils ne réagissent probablement qu’à ceux produits à une distance plus proche.

Tout comme les poissons bathypélagiques, les crustacés de ces profondeurs présentent une grande variété de morphologie des yeux. Là encore, on retrouve des exemples d’yeux particulièrement sensibles à la lumière et adaptés à la détection de la bioluminescence. Le record revient probablement aux grands yeux de l’ostracode Gigantocypris muelleri, qui possèdent des réflecteurs qui ressemblent à des phares de voiture et des photorécepteurs géants qui lui confèrent une sensibilité à la lumière impressionnante. Il est ainsi capable de distinguer les silhouettes de proies et de prédateurs qui se profilent contre la faible lumière descendant dans la colonne d’eau au-dessus de lui, et il peut déjouer le camouflage en contre-illumination des espèces bioluminescentes de la zone crépusculaire. S’il est capable de détecter efficacement la bioluminescence, ce crustacé ne peut en revanche voir avec précision l’organisme qui la produit, car ses yeux possèdent une faible résolution, ce qui fait qu’il voit flou !

Dans les grands fonds, on trouve donc des espèces dont la vision s’est adaptée pour percevoir de très faibles intensités lumineuses, et dans un répertoire de couleurs spécialisé, plutôt que pour produire une image nette et détaillée de leur environnement.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Ce que les créatures des abysses voient dans le noir – https://theconversation.com/ce-que-les-creatures-des-abysses-voient-dans-le-noir-280281

Mopane worm and termite sales relieve poverty in rural South Africa – studies explore the impact

Source: The Conversation – Africa – By Ndidzulafhi Innocent Sinthumule, Associate Professor, University of Johannesburg

Larvae of the mopane moth (Gonimbrasia belina), on a mopane tree (Colophospermum mopane). By SAplants – Own work, CC BY-SA 4.0, CC BY

South Africa’s Limpopo province borders Zimbabwe, Botswana and Mozambique. It is one of the poorest provinces in the country. This is due to a combination of historical underdevelopment, a high unemployment rate, heavy reliance on government grants and a rural-based economy with limited industrial diversification.

It’s an interesting place for a geographer like me. My work brings together the themes of traditional ecological knowledge, environmental geography, conservation and society. My research looks at sustainable environmental outcomes by recognising the role of local culture, sacred sites and community practices in managing natural resources in southern Africa.

In two recent studies I explored how local communities in Limpopo are commercialising the harvesting of local insects to manage extreme poverty.

In one I explored the process involved in the commercialisation of mopane worms. Mopane worms (Gonimbrasia belina) are a nutritious, high-protein seasonal delicacy for many communities in Limpopo.

In a similar study, I turned to the harvesting and commercialisation of termite alates in Limpopo.

These resources are important for food security and poverty relief. Mopane worms and alate termites offer both high-quality nutrition and substantial income-generating opportunities for rural households. Both foods are traded in local and regional, formal and informal markets.

This enterprise is largely driven by unemployment, economic hardship, and the need for cash income in rural areas.

My research shows clearly that these resources play an important part in rural households and it’s important to manage them sustainably. One way of ensuring this happens is to tap into local knowledge.

As a separate study I did shows, traditional knowledge can help manage scarce resources by integrating customary rules, taboos and seasonal monitoring to prevent over-exploitation.

Mopane harvesting and trade

The mopane worm study took place in June and July 2023 in Muyexe and Nsavulani villages, Mopani District, Limpopo. The area is dominated by mopane woodlands, trees which are the main food of mopane worms (caterpillars). These villages have not benefited from development in the past and people depend heavily on natural resources for survival.

The processing of mopane worms (from harvesting to a marketable commodity) involves a series of traditional, manual steps to ensure quality. They are degutted (squeezing the caterpillar to remove stomach contents or frass), washed, boiled and dried to allow them to be stored for long periods. They are then graded and sold at home or in towns.

Dried cooked mopane worms.
By Mark Marathon, Wikimedia Commons, CC BY

I chose 161 households in Muyexe village and 82 households in Nsavulani village as respondents, and interviewed villagers using a questionnaire. The questions covered:

  • the socio-economic profile of respondents

  • the availability and procurement, processing, marketing, trading and livelihood benefits of mopane worms.

The study found that most of the harvesters in Muyexe (69%) and Nsavulani (59%) villages were women. Almost all processed the worms at home. They collected the worms for both household consumption and trade. Those who traded worms reported making between R1,000 (US$54) and R3,000 (US$163) per season. There are two mopane seasons in Limpopo: November to January and April to May.

The study found that 55% of households in Muyexe village and 70% in Nsavulani village derived income only from mopane worm sales. (Individuals were under 60 and didn’t qualify for a social grant, or administered grants for children, nor for themselves.) Although the income earned from the sale of mopane worms is seasonal, communities appreciate it. Commercialising mopane worms contributed significantly to rural livelihoods. It is a crucial source of food security and cash income. This helps alleviate poverty and improves the lives and livelihoods of those involved in the business.

Termite harvesting and trade

Termite alates.
Tim Cowley, Wikimedia Commons, CC BY

In a similar study, I turned to the harvesting and commercialisation of termite alates in Limpopo. I interviewed 71 respondents in Thohoyandou and Sibasa towns (who came mainly from villages), as well as Mukula and Tshidzivhe villages, and found that these insects were harvested to eat at home and to sell.




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Women of all ages were more involved than men in this enterprise, making up 75% of the respondents. Almost half had secondary education and 23% had tertiary education; 63% were self-employed. The majority lived below the upper bound poverty line of R1,558 (about US$95) per person per month. About 31% of the traders indicated that over the selling season (October to December), alates contributed up to 100% of the income in their households.

Management for the future

While commercialisation puts pressure on resources, traditional rules and local management protect the trees. In the study on traditional ecological knowledge, I found that the communities imposed rules that:

  • prohibited cutting of green branches

  • restricted harvesting during specific seasons to allow for maturity

  • prohibited tree damage during the mopane worm harvest.

Traditional ecological knowledge regulated the timing of harvest, protected host tree health, and ensured long-term livelihood security for local communities.

This shows that integrating local traditional ecological knowledge into harvesting practices is crucial for managing these resources sustainably.

Management strategies should be integrated into local and regional planning efforts. Efforts should also be made to communicate these strategies to relevant authorities to foster cooperation and raise awareness about the importance of mopane trees for all user groups.

To ensure the sustainable future of this woodland species, I recommend that the government work with traditional leaders and communities to support and enforce existing traditional practices.

The Conversation

Ndidzulafhi Innocent Sinthumule does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Mopane worm and termite sales relieve poverty in rural South Africa – studies explore the impact – https://theconversation.com/mopane-worm-and-termite-sales-relieve-poverty-in-rural-south-africa-studies-explore-the-impact-280926

Le jour où nous porterons tous des lunettes connectées… est plus proche que vous ne le croyez !

Source: The Conversation – in French – By Julien Pillot, Enseignant-Chercheur en Economie, INSEEC Grande École

Les lunettes connectées pourraient bien être le prochain terminal pour bien des usages numériques. Alors que le marché des smartphones marque le pas, tout semble réuni pour un développement rapide et leur adoption à grande échelle. Tout ? Enfin presque tout.


Imaginez un matin ordinaire, vous quittez votre domicile et, d’un simple battement de paupières, le monde s’enrichit d’une couche invisible. Les panneaux publicitaires murmurent votre nom ; les visages des passants s’ornent discrètement de leur profil professionnel ; votre agenda flotte dans l’air devant vous tel un fantôme bienveillant. La réalité, soudain, s’augmente d’une surcouche d’informations entièrement paramétrable. Et devient ipso facto « négociable ».

Ce jour-là, nous ne regarderons plus le monde : nous le consulterons. Nous ne croiserons plus un regard, nous l’analyserons. Et c’est précisément là, dans cet infime glissement entre perception et information, que tout basculera. Car ce ne sont pas seulement nos yeux qui changeront de monture. C’est notre humanité elle-même qui se trouvera augmentée… ou peut-être, simplement, mise à nu.

Récit dystopique pour les uns, utopique pour les autres, il dépeint une réalité qui pourrait advenir bien plus vite que vous ne le pensez. Car, en coulisses, tout est en place pour effectuer la prochaine grande disruption de l’électronique grand public : la bascule du smartphone vers les lunettes connectées. Analyse en trois temps.




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Le smartphone, ce produit « disruptable »

Première condition pour qu’une disruption advienne, il faut que le standard de marché arrive en bout de cycle de vie et montre quelques sérieux signes d’essoufflement. Nous disposons d’une batterie d’indicateurs qui atteste du fait que le smartphone est solidement ancré dans cette phase de maturité :

  • son taux de croissance ne progresse plus (Figure 1) et est essentiellement tiré par les renouvellements d’équipement et le marché de seconde main,

  • le marché est oligopolistique (Figure 2),

  • les barrières à l’entrée sont très élevées,

  • les parts de marché sont stables tout comme l’indice de concentration (l’indice de Herfindahl-Hirschman est stable autour de 1058, signe d’un marché modérément concentré),

  • les innovations autour du standard sont essentiellement incrémentales (reconnaissance faciale, IA, déverrouillage par empreinte digitale, amélioration tendancielle des capteurs vidéos…) et de moins en moins rentables pour les fabricants,

  • les marges des constructeurs sont sous pression, surtout sur le moyen et bas de gamme.

Résultat des courses : nul industriel de l’électronique ne cherche actuellement le produit qui sera susceptible, à terme, de remplacer le smartphone, ou à tout le moins à coexister avec lui. La question n’est donc plus de savoir si le smartphone sera remplacé, mais par quoi et quand ?

Un écosystème déjà bien avancé

Deuxième condition à la survenue d’une disruption : il convient de pouvoir s’appuyer sur un écosystème d’innovation complet qui, par sa complémentarité, offre une valeur d’usage potentielle très importante aux utilisateurs. Le smartphone, par exemple, n’aurait pu s’imposer comme il l’a fait sans un vivier très important de développeurs d’applications, des équipementiers tiers, ou des réseaux téléphoniques permettant un accès Internet (très haut débit).

Dans un autre registre, la voiture électrique ne peut s’imposer d’elle-même sur le marché. Elle doit compter sur le développement parallèle de réseaux de charge, de réseaux de maintenance, voire d’infrastructures de recyclage de batteries.

Or, à y regarder de près, les lunettes connectées disposent déjà d’un écosystème complet et prêt à soutenir l’innovation dans son passage à l’échelle (Figure 3). Non seulement cet écosystème partage avec celui des smartphones des briques technologiques essentielles, permettant un « départ lancé », mais il est en outre composé d’entreprises qui ont les incitations autant que les moyens technologiques et financiers de faire basculer le marché dans le camp de la lunette connectée.

Figure 3 : Écosystème simplifié de la lunette connectée

Un produit voué au déclin

D’un côté, pour les géants de l’électronique, de l’IA, de la pub et du software qui seraient exclus ou outsiders du marché du smartphone, l’occasion est trop belle de se positionner stratégiquement sur un marché d’équipement au potentiel colossal de plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’unités écoulées par an. De l’autre, si les leaders du marché du smartphone sont confrontés au dilemme de l’innovateur, ils ne veulent se retrouver coincés avec un produit voué au déclin et dont les marges s’effritent.

Ils placent donc stratégiquement leurs pions dans ce nouvel écosystème ; nul doute qu’à l’instar d’Edison en son temps, ils sauront arbitrer entre distinction et conformisme pour gagner, comme le souligne fort justement Philippe Silberzhan, la bataille si cruciale de l’adoption.

Les bons usages pour stimuler l’adoption

Troisième et dernière grande condition à la survenue d’une disruption : l’adoption massive de l’innovation. Or, l’histoire a montré que si certains critères tels que le prix, le design, ou le marketing sont essentiels, rien ne pèse davantage dans les dynamiques d’adoption que la valeur perçue des cas d’usage. C’est cette valeur perçue qui, non seulement, augmente l’utilité du produit innovant, mais dégrade en parallèle celle des produits standards.

À titre illustratif, malgré un regain d’intérêt récent, les baladeurs numériques type iPod n’ont guère plus d’utilité, quand s’impose le combo smartphone + plate-forme de streaming. Le fait d’avoir déjà investi dans l’acquisition d’un smartphone qui permet la lecture de musique freine _ipso facto les incitations à investir dans un appareil entièrement dédié à cette fonction, quand bien même la qualité d’écoute s’avèrerait supérieure.

Figure 4 : Cartographie des cas d’usage des lunettes connectées

Or, comme on peut le constater dans la Figure 4, les lunettes connectées sont appelées à faire tout ce qu’un smartphone fait déjà (téléphone, musique…), tout en améliorant l’interface humain-machine (comme dans le cas de la traduction en temps réel, ou la navigation assortie d’une interface HUD nettement plus pratique qu’un écran de téléphone), ajoutant des couches informationnelles contextuelles – qui affolent déjà les directions marketing du monde entier – et des fonctionnalités supplémentaires notamment dans le domaine du partage social. Quand l’ensemble de ces usages sera stable et performant, il y a fort à parier qu’un acheteur ayant fait l’acquisition de lunettes connectées, quelle qu’en soit la raison ou la motivation, ne renouvellera pas son smartphone une fois celui-ci devenu obsolète.

D’importants risques juridiques

Les freins à l’adoption de ces lunettes restent encore largement à découvrir. Bien sûr, le prix sera déterminant, tout autant que le design, la valeur perçue des usages, la qualité de l’interface, sans oublier l’acceptation sociale d’un objet susceptible de se montrer encore plus intrusif que ne l’est le smartphone (si, c’est possible !).

À ce sujet, de nombreux règlements français et européens pourraient entraver le déploiement de certaines fonctionnalités clés des lunettes connectées, et par là même, en réduire l’utilité. Le RGPD, par exemple, prévoit le consentement explicite pour la captation d’images ou de vidéos, et estime l’enregistrement sonore en continu comme disproportionné (ce qui a en partie contribué au retrait du collier connecté friend.com du marché).

Le Figaro, 2025.

Sans oublier que la reconnaissance faciale via IA est si strictement encadrée, tant au titre du RGPD que de l’IA Act, que ses applications commerciales dans l’UE paraissent aujourd’hui illusoires. Rappelons que l’IA Act catégorise la biométrie, la notation sociale ou la manipulation inconsciente au rang des risques inacceptables, que les domaines des applications médicales, de sécurité ou d’éducation sont étroitement surveillés car considérés à « haut risque », et que la détection des émotions ou la génération de contenu contextuel sont perçues comme des « risques spécifiques » qui justifient un contrôle renforcé. Autant de garde-fous salutaires pour les uns, ou d’entraves à l’innovation pour les autres, qui pourraient limiter le déploiement de certaines fonctionnalités en Europe, et partant, la valeur d’usage des lunettes connectées.

Cette fois, c’est différent

Ces incertitudes font qu’il est prématuré de dire que les lunettes connectées vont rapidement trouver leur public. Mais, on parle d’un marché potentiellement énorme qui aiguise naturellement les appétits : 4 milliards de personnes portent des lunettes dans le monde, avec un cycle de renouvellement de deux ans à deux ans et demi, et un volume annuel de 950 millions de montures écoulées. Les ventes progressent déjà de façon si spectaculaire (Figure 5) que Meta a décidé de décaler le lancement européen de ses « Ray-Ban Display » en Europe.

Preuve que les investisseurs sont prêts à suivre, les marchés frémissent à chaque nouvelle annonce d’un géant de la tech faisant part de son intention de se lancer (comme Apple ou Samsung) ou de se relancer sur ce marché (comme Google, pus de 10 ans après l’échec de ses Smart Glasses).

L’histoire qui, comme chacun le sait, a tendance à bégayer, a montré que, lorsque tant d’entreprises, aussi puissantes et influentes que celles qui apparaissent dans l’écosystème des lunettes connectées, ont conjointement investi des sommes considérables pour développer et promouvoir un produit, elles finissent par former une « communauté de destin » qui est solidairement intéressée au succès de l’innovation… quitte à précipiter le déclin du standard de marché. C’est là « le facteur X » qui laisse à penser que, contrairement aux premières tentatives des années 2010, cette fois, c’est vraiment différent.

The Conversation

Julien Pillot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le jour où nous porterons tous des lunettes connectées… est plus proche que vous ne le croyez ! – https://theconversation.com/le-jour-ou-nous-porterons-tous-des-lunettes-connectees-est-plus-proche-que-vous-ne-le-croyez-280519

« Je suis stressé·e »… mais de quoi parlons-nous ? Du mécanisme physiologique à l’épuisement professionnel

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nour Chiboub, Doctorant, Université Savoie Mont Blanc

Le stress fait partie du quotidien, mais savons-nous réellement ce qu’il recouvre ? Quels sont les fondements du stress et comment, lorsqu’il devient chronique au travail, conduit-il à l’épuisement professionnel ?


Le stress est devenu un mot du quotidien. Une échéance qui approche, une mauvaise nuit, un conflit au travail… Vous avez forcément entendu la phrase : « Je suis stressé·e. » Une évidence qui mérite pourtant d’être interrogée.

Dans les Confessions (Livre XI, chapitre 14), Saint-Augustin écrivait à propos du temps : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à celui qui me le demande, je ne le sais plus. » Il en va de même pour le stress. Parlons-nous d’un événement, d’un état intérieur ou d’une réaction du corps ? En pratique, le terme sert souvent à désigner ces trois dimensions à la fois.

Cette utilisation polysémique donne l’impression que tout le monde parle de la même chose. Pourtant, ce n’est pas le cas. Cette confusion façonne notre manière de penser le stress, souvent de manière négative.

Le stress est avant tout un concept scientifique issu de la biologie et de la physiologie, qui a ensuite été étendu à la psychologie et aux sciences sociales.

Le stress : un concept scientifique

Le concept de stress s’inscrit dans l’étude de l’adaptation biologique. Au XIXᵉ siècle, Claude Bernard introduit la notion de milieu intérieur. Walter Cannon formalise ensuite le concept d’homéostasie, qui désigne la capacité de l’organisme à maintenir un équilibre interne malgré les variations de l’environnement.

Dans ce cadre, l’endocrinologue Hans Selye propose, en 1936, une conceptualisation fondatrice du stress. Dans un article publié dans la revue scientifique Nature, il définit le stress comme :

« La réponse non spécifique de l’organisme à toute demande qui lui est faite. »

À partir des années 1960, cette conception strictement biologique s’enrichit. Les travaux de Mason et Levine montrent que la réponse de stress dépend aussi de facteurs psychologiques, comme la signification émotionnelle d’une situation ou encore l’imprévu et la nouveauté.

Ces recherches ouvrent la voie au modèle transactionnel proposé par Lazarus et Folkman. Le stress apparaît lorsqu’un individu perçoit un déséquilibre entre les exigences d’une situation et les ressources dont il dispose pour y faire face. Ainsi, deux personnes confrontées à une même situation peuvent ressentir des niveaux de stress très différents.

Pourquoi le stress est indispensable à la vie

Le stress constitue un mécanisme essentiel d’adaptation. Face à une situation perçue comme menaçante, le cerveau déclenche une réponse coordonnée souvent décrite comme la réaction « de combat ou de fuite » (fight or flight).

Cette réponse mobilise rapidement le système nerveux sympathique, entraînant la libération d’adrénaline et de noradrénaline, puis l’activation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et la sécrétion de cortisol, hormone centrale du stress chez l’humain.

Cette réponse est loin d’être chaotique : elle repose sur une organisation temporellement coordonnée des médiateurs biologiques, un peu à l’image d’une belle symphonie. Lorsqu’elle est aiguë et transitoire, cette activation peut être bénéfique. Par exemple, elle améliore temporairement la vigilance, certaines performances cognitives et physiques et peut même renforcer certaines réponses immunitaires.

Alors, plutôt pas mal le stress finalement. Vous ne trouvez pas ?

Quand l’adaptation devient coûteuse : l’allostasie

Mais… si le stress est utile, pourquoi parle-t-on si souvent de ses effets négatifs sur la santé ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs Sterling et Eyer ont proposé, à la fin des années 1980, le concept d’allostasie, qui désigne la capacité de l’organisme à ajuster ses systèmes biologiques afin de maintenir la stabilité face aux exigences de l’environnement.

Dans les années 1990, les neuroscientifiques McEwen et Stellar ont approfondi ce cadre théorique en introduisant le concept de charge allostatique, qui correspond à l’usure progressive des systèmes biologiques lorsque les réponses de stress sont activées de manière répétée ou prolongée et sans récupération suffisante.

Nous pouvons voir cela comme une forme de « dette » qui s’accumule lorsque l’organisme mobilise ses ressources sans avoir le temps de les reconstituer.

Le monde du travail constitue un terrain particulièrement propice à l’accumulation de cette dette. Dans cette perspective, l’épuisement professionnel ou burn out est souvent défini comme un syndrome résultant de la chronicisation (processus par lequel une douleur devient chronique, ndlr) d’une réponse de stress dans un milieu professionnel.

Cela se manifeste généralement par une grande fatigue émotionnelle, une forme de distance ou de détachement vis-à-vis de son travail et des personnes avec qui l’on travaille, ainsi qu’un sentiment de ne plus accomplir son travail de manière satisfaisante.

Agir face au stress chronique, l’exemple du travail

La recherche montre d’abord que les conditions de travail jouent un rôle central dans l’apparition de l’épuisement professionnel. Certaines caractéristiques du travail, comme une charge excessive, des demandes émotionnelles élevées ou un manque d’autonomie, sont associées à un risque accru de burn out. Le manque de soutien des collègues ou de la hiérarchie constitue également un facteur important.

Ces résultats rappellent que le burn out n’est pas un problème individuel. Il dépend largement de l’organisation du travail. Il s’agit avant tout d’une problématique sociétale. L’individu ne devrait pas porter seul la responsabilité de son propre épuisement. Cela ne signifie pas pour autant que nous sommes totalement démunis face à la chronicisation du stress.

Autrement dit, il serait réducteur d’attribuer l’épuisement uniquement à l’individu, tout comme il le serait de l’en déresponsabiliser entièrement.

Quelques pistes pour des prises en charge individuelles

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) constituent un cadre scientifiquement validé pour mieux gérer le stress.

Il est possible d’identifier certaines pensées automatiques qui amplifient la réaction de stress et déforment la réalité. Par exemple, une erreur au travail peut parfois être interprétée comme la preuve d’une incompétence.

Cette conclusion transforme un événement ponctuel en jugement global sur soi. Ce qui, bien qu’économique pour le cerveau, est un raccourci souvent dénigrant envers soi. Je peux alors me « décentrer » de la situation : que dirais-je à un ou une amie dans la même situation ?

Il peut aussi être utile de distinguer les éléments sur lesquels l’individu a une marge d’action de ceux qui échappent à son contrôle. Lors d’une présentation importante, par exemple, la préparation relève de notre contrôle, alors que la réaction du public ne dépend pas de nous. L’idée est donc de concentrer son énergie sur ce qui est contrôlable pour ne pas s’épuiser.

Enfin, le soutien social constitue une ressource importante. Parler avec ses proches ou ses collègues peut aider à réguler le stress, à condition d’identifier clairement son besoin initial. Demandez-vous par exemple : dans cette situation, est-ce que je veux être écouté·e ou recevoir des conseils ? Il est important de ne pas craindre la verbalisation explicite de ses besoins.

Apprendre à mieux vivre avec le stress

Nous proposons donc de porter un autre regard sur le stress. Utilisé à tort et à travers, et parfois diabolisé, il s’agit pourtant d’un concept scientifique central pour comprendre l’adaptation.

Le stress n’est pas l’ennemi. Il constitue un mécanisme indispensable à la vie. L’enjeu n’est donc pas de l’éliminer mais d’éviter qu’il ne s’installe durablement. Il s’agit plutôt de retrouver une temporalité plus équilibrée, où les périodes d’activation s’accompagnent de véritables moments de récupération.

Nous pouvons voir le stress comme un colocataire avec lequel nous cohabitons en permanence. Lorsque les règles sont bien établies, ce colocataire peut être un allié précieux. Mais lorsqu’il décide de mettre les pieds sur la table, alors il devient toxique.

Le véritable enjeu n’est peut-être pas de chasser le stress, mais d’apprendre à mieux vivre avec lui.

The Conversation

Nour Chiboub a reçu des financements de la Fondation de France.

Gauchet Aurélie a reçu des financements de Fondation de France pour la thèse de Nour Chiboub.

ref. « Je suis stressé·e »… mais de quoi parlons-nous ? Du mécanisme physiologique à l’épuisement professionnel – https://theconversation.com/je-suis-stresse-e-mais-de-quoi-parlons-nous-du-mecanisme-physiologique-a-lepuisement-professionnel-281201

La Coupe du monde de soccer 2026 peut-elle encore contribuer à l’unité mondiale ?

Source: The Conversation – in French – By Paul R. Carr, Professeur/Professor (Université du Québec en Outaouais) & Titulaire/Chair, Chaire UNESCO en démocratie, citoyenneté mondiale et éducation transformatoire/ UNESCO Chair in Democracy, Global Citizenship and Transformative Education., Université du Québec en Outaouais (UQO)

La Coupe du monde masculine de la FIFA se déroulera en Amérique du Nord, du 11 juin au 19 juillet. Le Canada, le Mexique et les États-Unis accueilleront l’événement. Cette édition, qui réunira 48 pays, sera la plus grande jamais organisée.

Les pays hôtes de la Coupe du monde 2026 ont été désignés en 2018, et les préparatifs sont en cours depuis lors. Cependant, la politique des États-Unis a considérablement changé avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025.

La communauté internationale est confrontée à une avalanche de mesures, de menaces et de déclarations de la part du gouvernement américain, qui ont engendré du chaos, de la confusion, de l’instabilité et une importante vulnérabilité politique, économique et socioculturelle.

Cette situation a donné lieu à des appels au boycottage de la Coupe du monde, notamment de la part de Sepp Blatter, ancien président de la FIFA.

Il est manifestement trop tard pour envisager de modifier, de transférer, de suspendre ou de remanier cet événement international qui nécessite de longs préparatifs. Les conséquences d’un changement de statut de ce tournoi seraient trop nombreuses et importantes.

Pourquoi maintenant ?

Une série d’actions récentes menées par les États-Unis soulève de sérieuses questions quant à leur capacité à accueillir la Coupe du monde de la FIFA.

Voici quelques exemples : déstabilisation d’alliés, imposition de droits de douane sans motif valable, lancement d’une offensive militaire contre l’Iran en collaboration avec Israël, attaque contre le Venezuela et capture de son président, menace d’annexer le Groenland et le Canada, suppression de l’USAID, exposant des millions de personnes à la famine, aux maladies et à la mort, ainsi que violences infligées par les agents de l’ICE (Service de l’immigration et des douanes des États-Unis), qui mettent en danger des citoyens et des résidents américains.

De plus, il est impossible de garantir un traitement juste et équitable aux personnes souhaitant se rendre aux États-Unis. La politique américaine actuelle pourrait empêcher des ressortissants de nombreux pays d’assister à l’événement.

Il existe un risque sérieux que des personnes soient arrêtées, surveillées ou persécutées. Le profilage racial est une menace réelle, en raison des pratiques de l’ICE au sein des communautés immigrantes aux États-Unis.

Beaucoup s’inquiètent également de la violence aux États-Unis, qui est nettement plus élevée que dans la plupart des pays occidentaux.

Par ailleurs, les États-Unis se sont retirés de nombreuses organisations et accords internationaux, ce qui empêche toute coopération sur les enjeux mondiaux et bloque les possibilités d’échanges nécessaires et constructifs.

Toutes ces réalités vont à l’encontre de l’esprit de solidarité qui caractérise les événements sportifs internationaux, comme la Coupe du monde, dont l’objectif est de promouvoir la paix et la compréhension interculturelle.

Historique de la FIFA

Les allégations de corruption au sein de la FIFA perdurent depuis des années. Elles sont consignées dans un acte d’accusation du département américain de la Justice ainsi que dans le rapport Garcia commandé par la FIFA.

Si la FIFA est sensible à ces critiques, et si certaines réformes ont été mises en œuvre pour rendre l’organisation plus transparente et plus crédible, de nombreux groupes continuent d’affirmer que la corruption y est endémique.

La question des droits de la personne est soulevée depuis longtemps dans le cadre d’événements de la FIFA. La Coupe du monde 2022 au Qatar a notamment suscité des inquiétudes concernant les droits des personnes LGBTQ+, et de nombreux joueurs ont porté le brassard « One Love » en signe de protestation. L’enjeu des droits des travailleurs et des migrants, victimes d’exploitation et de discrimination, a aussi fait l’objet de préoccupations.

L’empreinte carbone d’un événement d’une telle ampleur soulève également des préoccupations d’ordre environnemental. Cependant, l’argument selon lequel cet événement favorise la solidarité mondiale est tout aussi valable.

La FIFA est imprégnée de valeurs capitalistes, et cet événement promet d’énormes profits pour une poignée de personnes. La Coupe du monde 2026 devrait rapporter plus de 10 milliards de dollars à l’organisation.

On ne sait pas vraiment si les contribuables et les citoyens d’un pays hôte tirent un avantage économique de l’organisation de la Coupe du monde, d’autant plus qu’ils financent une grande partie des coûts par leurs impôts.

De même, les droits de marketing, de diffusion télévisée et de distribution constituent un secteur lucratif, mais ces revenus ne servent pas à lutter contre la pauvreté, la faim et les conditions de vie inacceptables que connaissent de nombreux citoyens.

Les boycottages sont-ils efficaces ?

L’utilité des boycottages fait l’objet d’un débat. Celui des Jeux olympiques d’été de 1980 à Moscou, à la suite de l’invasion de l’Afghanistan, et celui de 1984 à Los Angeles, mené par le bloc soviétique en représailles, n’ont pas entraîné de réel changement politique.

Certains soulignent l’ampleur des conséquences liées à la suppression de toute interaction interculturelle et diplomatique.

En revanche, le boycottage sportif de l’Afrique du Sud pendant l’apartheid, de 1964 à 1992, a bel et bien contribué à des changements importants dans le pays.

Le mouvement actuel de boycottage, de désinvestissement et de sanctions contre Israël, bien qu’il ne soit pas appuyé par les États-Unis et de nombreux autres pays, connaît un succès mitigé. Toutefois, le simple fait qu’il existe et qu’il recueille un large soutien revêt une importance politique.

Les coûts d’un boycottage

Modifier ou boycotter la Coupe à ce stade reviendrait inévitablement à pénaliser les équipes nationales et les athlètes pour des raisons politiques qui échappent à leur contrôle. Cet événement de la FIFA a le potentiel de créer un climat collaboratif, de favoriser la compréhension à l’échelle mondiale et d’avoir un effet rassembleur, en particulier pour les pays du Sud, souvent victimes d’une image négative.

Certains affirment qu’un boycottage toucherait davantage les joueurs et les supporters que la FIFA. Les répercussions économiques seraient également considérables. Or, le boycottage vise plutôt à influencer les attitudes, les comportements et les actions.

Certains ont soumis d’autres voies pour faire évoluer les choses, notamment par le biais de manifestations et d’une mobilisation citoyenne.

Parmi les autres propositions visant à susciter le changement, on peut citer les boycottages ciblés de commanditaires, d’institutions ou de secteurs spécifiques. Certains militants pourraient s’attaquer à une politique particulière, comme les mesures répressives à l’encontre des migrants aux États-Unis ou la corruption au sein de la FIFA.

Une force au service de l’intérêt public mondial ?

Les boycottages sont complexes et ont davantage été associés aux Jeux olympiques qu’à la Coupe du monde. Cependant, citoyens et militants cherchent tous à construire un monde plus juste et plus équitable.

Des manifestants brandissent des cartons rouges lors d’un événement appelant au boycottage de la Coupe du monde de la FIFA au Qatar, organisé par le collectif « Carton rouge pour le Qatar » à Paris en 2022.

En 2021, les violations des droits de la personne au Qatar suscitaient également de vives inquiétudes. Bien qu’un sondage Statista mené auprès de 4 201 personnes dans 120 pays ait révélé que la plupart des personnes interrogées estimaient que leur pays devrait boycotter la Coupe du monde 2022 au Qatar, très peu de supporters étaient prêts à le faire eux-mêmes.

Cependant, la FIFA n’est pas un parti politique. C’est une organisation sportive et commerciale. Bien qu’elle soit perçue favorablement, elle n’a pas besoin de l’approbation de la population pour faire des choix. Par ailleurs, les commanditaires risquent d’être pris pour cible et de voir leur image ternie si l’opinion publique se retourne brusquement contre l’événement.

La Coupe du monde de la FIFA sera-t-elle l’occasion pour les États-Unis d’aborder des problèmes tels que le racisme, la discrimination fondée sur le genre, les discours bellicistes visant à annexer d’autres pays, les abus de l’ICE et le dénigrement des migrants ? Ou ces questions seront-elles simplement balayées sous le tapis ?

La Coupe du monde pourrait offrir une tribune permettant d’engager un dialogue mondial fondé sur la souveraineté, les droits de la personne et les avantages mutuels. Des modalités d’accueil organisées par les trois pays hôtes pourraient favoriser la coopération transfrontalière, même si les relations sont tendues.

Le climat politique actuel aux États-Unis ne permet pas de faire de la Coupe du monde de la FIFA un événement propice à la promotion de la paix et de la solidarité. Or, le monde en a désespérément besoin.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La Coupe du monde de soccer 2026 peut-elle encore contribuer à l’unité mondiale ? – https://theconversation.com/la-coupe-du-monde-de-soccer-2026-peut-elle-encore-contribuer-a-lunite-mondiale-280687

What to know about sex trafficking as Pittsburgh hosts the NFL draft

Source: The Conversation – USA – By Mary Burke, Professor of Psychology, Carlow University

Events that draw large crowds can create opportunities traffickers may try to exploit. AP Photo/Gene J. Puskar

With the NFL draft taking place in Pittsburgh and an estimated 500,000 to 700,000 people expected to attend the events downtown and on the North Shore, conversations about sex trafficking have resurfaced – as they often do when major events draw large crowds to a city.

But how much of what people believe about trafficking and big events is actually supported by evidence? Mary Burke, a psychology professor at Carlow University who studies this intersection, breaks down what the data shows.

Burke partners with local nonprofit groups that fight human trafficking, such as Eden’s Farm. The organization offered three community training sessions ahead of the NFL draft that focused on recognizing the signs of exploitation, understanding grooming tactics and strengthening prevention strategies.

With Pittsburgh hosting the NFL draft, what does research show about how large events can influence sex trafficking activity?

Researchers have not found conclusive evidence that large events such as the NFL draft, the World Cup or other similarly sized, temporary events cause an increase in sex trafficking. However, experts do believe the crime of sex trafficking is underestimated in general due to a number of factors. Because so much effort goes into concealing trafficking, the crime goes unreported and undetected more often than it’s discovered. The true scale of the problem is likely much larger than the data reflects.

Large events that draw crowds even on a smaller scale than the draft, such as motorcycle rallies and large business conferences, often create opportunities traffickers may try to exploit, according to a 2016 study by researchers at Carnegie Mellon University.

Also, we do see an increased demand for commercial sex with events that draw a large male audience. Some of this demand is met through consensual means and some through force, fraud and coercion, which is the definition of sex trafficking.

Closeup of a large, yellow countdown clock for the NFL Draft.
One common misconception about trafficking is that it usually looks like kidnapping.
AP Photo/Gene J. Puskar

How are organizations like Eden’s Farm working on the ground to prevent trafficking during the draft?

Eden’s Farm as well as the Social Impact Institute and Carlow University have led training. The hope is that this will equip citizens and those on the ground – law enforcement, ride share drivers and hotel and restaurant employees, for example – to know how to identify and respond to potential trafficking situations.

Additionally, these groups teach the public how to recognize signs of exploitation, how grooming works and how to strengthen online safety. The training also help families, educators, service providers and community members prevent people they know from being trafficked.

What are common misconceptions people have about sex trafficking during events like this?

One of the most common misconceptions about sex trafficking is the idea that trafficking includes abduction or physical captivity. While kidnapping can occur, many trafficking situations are carried out through psychological coercion rather than physical force. Victims may be controlled through grooming, fraud, intimidation, fear of retaliation against loved ones, or deep emotional dependency on the trafficker.

This translates into a victim not appearing to be restrained physically, which can make identification of a person in distress more difficult.

A wide shot of a parking lot and stage with a stadium behind it.
Research shows an increased demand for commercial sex with events that bring a large male audience.
AP Photo/Gene J. Puskar

What signs should the general public look for that might indicate trafficking is happening?

This is tricky, as some of the indicators would be revealed through conversation, rather than observation at a distance. With that said, people should be on the lookout for patterns of control – for example, someone who does not seem to be able to speak freely or move about freely, has money or identification that is controlled by another person, or appears fearful.

In our training, we explain how to become aware of signs that someone is being pressured into commercial sex through manipulation rather than overt violence or consent. No single sign is definitive on its own, but there are some common situational red flags the public can take notice of regarding potential victims: They are coming and going from a hotel room at unusual hours with multiple different people, they are dressed in a way that seems inconsistent with the weather or setting, or they don’t seem to know basic details about where they are or where they’re going.

What are some prevention strategies Pittsburgh could adopt?

For this event and going forward, trafficking prevention should include a city- and county-level plan that can be implemented in relevant agencies. Pennsylvania’s plan focuses on prevention through public awareness and training, especially by equipping transportation workers and the public to recognize and report trafficking.

Prevention plans could include recommendations for the service and hospitality industries that require staff training on recognizing trafficking indicators, such as signs of coercion or restricted movement, and how to report to law enforcement or 911 for a rapid response. There are also a variety of ways to report suspected sex trafficking activity through the National Human Trafficking Hotline. When businesses and service workers interact with people who may be trafficking victims, they should do so in a way that is sensitive, nonjudgmental and doesn’t put the person in danger.

For example, a hotel employee who suspects a guest may be a trafficking victim shouldn’t confront the trafficker directly or make a scene – instead, they should know how to quietly offer help or alert the right people without escalating the situation or making the victim feel ashamed or accused.

The Conversation

Mary Burke is also the Director of the Social Impact Institute.

Rachel Seamans volunteers with the Social Impact Institute and Eden’s Farm.

ref. What to know about sex trafficking as Pittsburgh hosts the NFL draft – https://theconversation.com/what-to-know-about-sex-trafficking-as-pittsburgh-hosts-the-nfl-draft-278641

Justice Department’s effort to strip citizenship from naturalized Americans could face widespread judicial pushback

Source: The Conversation – USA – By Cassandra Burke Robertson, Professor of Law and Director of the Center for Professional Ethics, Case Western Reserve University

Dozens of immigrants from 18 nations take the oath to become U.S. citizens on Jan. 27, 2025, in Topeka, Kan. AP Photo/John Hanna

The Justice Department has identified 384 foreign-born Americans whose citizenship it wants to revoke as “the first wave” of such measures, according to recent reporting by The New York Times. These cases are being assigned to prosecutors in 39 U.S. attorney’s offices across the country.

The administration has ordered Department of Homeland Security staffers to refer upward of 200 denaturalization cases per month to the Justice Department as part of its crackdown on immigration, compared to an average of 11 cases per year between 1990 and 2017.

This shift comes as the Justice Department faces a severe staffing crisis, having lost nearly 1,000 assistant U.S. attorneys in resignations and firings. The strategy of distributing cases to regional offices appears designed both to increase capacity and to work around the expertise gap created by staff departures.

As we document in recent research, denaturalization risks becoming a tool of political control and intimidation. The lack of any statute of limitations in civil denaturalization gives prosecutors what the Supreme Court in 2017, in Maslenjak v. United States, warned against: “nearly limitless leverage” over naturalized citizens – creating permanent vulnerability for over 20 million naturalized Americans.

A brief history

Denaturalization is different from deportation, which removes noncitizens from the country. With civil denaturalization, the government files a lawsuit to strip people’s U.S. citizenship after they have become citizens, turning them back into noncitizens who can then be deported.

The government can only do this in specific situations. It must prove someone “illegally procured” citizenship by not meeting the requirements, or that they lied or hid important facts during the citizenship process.

The Trump administration’s “maximal” enforcement approach, outlined in a June 2025 Justice Department memo, means pursuing any case where evidence might support taking away citizenship, regardless of priority level or strength of evidence. As our earlier research documented, this has already led to cases like that of Baljinder Singh, whose citizenship was revoked based on a name discrepancy that could easily have resulted from a translator’s error rather than intentional fraud.

For most of American history, taking away citizenship has been rare. But it increased dramatically during the 1940s and 1950s during the Red Scare period characterized by intense suspicion of communism. The United States government targeted people it thought were communists or Nazi supporters. Between 1907 and 1967, over 22,000 Americans lost their citizenship this way.

Everything changed in 1967 when the Supreme Court decided Afroyim v. Rusk. The court said the government usually cannot take away citizenship without the person’s consent. It left open only cases involving fraud during the citizenship process.

After this decision, denaturalization became extremely rare. From 1968 to 2013, fewer than 150 people lost their citizenship, mostly war criminals who had hidden their past.

A man dressed in a suit and tie speaks and points his right index finger.
Sen. Joseph McCarthy appears at a March 1950 hearing on his charges of communist infiltration at the State Department.
AP Photo/Herbert K. White

How the process works

In criminal lawsuits, defendants get free lawyers if they can’t afford one. They get jury trials. The government must prove guilt “beyond a reasonable doubt” – the highest standard of proof.

But in most denaturalization cases, the government files a civil suit, where none of these protections exist.

People facing denaturalization get no free lawyer, meaning poor defendants often face the government alone. There’s no jury trial – just a judge deciding whether someone deserves to remain American. The burden of proof is lower – “clear and convincing evidence” instead of “beyond a reasonable doubt.” Most important, there’s no time limit, so the government can go back decades to build cases.

As law professors who study citizenship, we believe this system violates basic constitutional rights.

The Supreme Court has called citizenship a fundamental right. Chief Justice Earl Warren in 1958 described it as the “right to have rights.”

In our reading of the law, taking away such a fundamental right through civil procedures that lack basic constitutional protection – no right to counsel for those who can’t afford it, no jury trial, and a lower burden of proof – seems to violate the due process of law required by the Constitution when the government seeks to deprive someone of their rights.

The bigger problem is what citizenship-stripping policy does to democracy.

When the government can strip citizenship from naturalized Americans for decades-old conduct through civil procedures with minimal due process protection – pursuing cases based on evidence that might not meet criminal standards – it undermines the security and permanence that citizenship is supposed to provide. This creates a system where naturalized citizens face ongoing vulnerability that can last their entire lives, potentially chilling their full participation in American democracy.

The Justice Department memo establishes 10 priority categories for denaturalization cases. They range from national security threats and war crimes to various forms of fraud, financial crimes and, most importantly, any other cases it deems “sufficiently important to pursue.” This “maximal enforcement” approach means pursuing not just clear cases of fraud, but also any case where evidence might support taking away citizenship, no matter how weak or old the evidence is.

This creates fear throughout immigrant communities.

About 20 million naturalized Americans now must worry that any mistake in their decades-old immigration paperwork could cost them their citizenship.

A 2-tier system

This policy effectively creates two different types of American citizens. Native-born Americans never have to worry about losing their citizenship, no matter what they do. But naturalized Americans face ongoing vulnerability that can last their entire lives.

This has already happened. A woman who became a naturalized citizen in 2007 helped her boss with paperwork that was later used in fraud. She cooperated with the FBI investigation, was characterized by prosecutors as only a “minimal participant,” completed her sentence, and still faced losing her citizenship decades later because she didn’t report the crime on her citizenship application – even though she hadn’t been charged at the time.

A woman accepts a small American flag handed to her from a man across a counter.
A woman receives a U.S. flag after passing her citizenship interview in Newark, N.J., on May 25, 2016.
AP Photo/Julio Cortez

The Justice Department’s directive to “maximally pursue” cases across 10 broad categories – combined with the first Trump administration’s efforts to review over 700,000 naturalization files – represents an unprecedented expansion of denaturalization efforts.

The Trump administration’s strategy of distributing denaturalization cases across 39 U.S. attorney’s offices – many now staffed by less-experienced prosecutors handling unfamiliar constitutional terrain – may prove counterproductive.

These cases will come before dozens of federal judges, creating opportunities for multiple courts to rule against the policy. This pattern has already been seen with the administration’s detention policy: Federal courts have systematically rejected the administration’s attempt to drastically expand immigrant detention without hearings, with immigrants prevailing in 350 out of 362 cases decided by over 160 judges nationwide.

Denaturalization cases raise even more serious constitutional concerns and could face similar widespread judicial pushback.

The Supreme Court, in Afroyim v. Rusk, was focused on protecting existing citizens from losing their citizenship. The constitutional principle behind that decision – that citizenship is a fundamental right which can’t be arbitrarily taken away by whoever happens to be in power – applies equally to how the government handles denaturalization cases today.

The Trump administration’s directive, combined with court procedures that lack basic constitutional protections, risks creating a system that the Afroyim v. Rusk decision sought to prevent – one where, as the Supreme Court said, “A group of citizens temporarily in office can deprive another group of citizens of their citizenship.”

This is an updated version of an article originally published on July 10, 2025.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Justice Department’s effort to strip citizenship from naturalized Americans could face widespread judicial pushback – https://theconversation.com/justice-departments-effort-to-strip-citizenship-from-naturalized-americans-could-face-widespread-judicial-pushback-281413