Les baobabs de Madagascar renferment 700 ans de secrets climatiques : ce qu’ils révèlent

Source: The Conversation – in French – By Estelle Razanatsoa, Junior Research Fellow, University of Cape Town

Madagascar abrite sept espèces de baobabs, dont six ne se trouvent nulle part ailleurs sur la planète. Bon nombre de ces arbres ont plus de 1 000 ans. Ces arbres millénaires sont devenus les symboles mêmes de Madagascar. Ils constituent également une mine d’informations pour la science du climat.

Imaginez ces arbres comme des classeurs contenant l’histoire du climat. Chaque année, lorsqu’un arbre grandit, il forme un nouvel anneau, et à l’intérieur de cet anneau se trouvent des empreintes chimiques qui révèlent la quantité de pluie tombée cette année-là.

Ces archives pourraient fournir à la société les informations dont elle a besoin sur l’histoire climatique de Madagascar. Mais jusqu’à présent, ces informations étaient cachées dans les troncs des arbres.

Nous sommes une équipe de paléoécologistes appliqués et de climatologues qui nous sommes donné pour mission de fournir le tout premier enregistrement des précipitations à partir des cernes des arbres reconstitué à partir des isotopes présents dans les anneaux de baobabs de Madagascar.




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Les isotopes sont des formes différentes d’un même élément chimique qui ont le même nombre de protons mais un nombre différent de neutrons dans leur noyau. Les baobabs absorbent le dioxyde de carbone, qui contient trois isotopes du carbone : le carbone 12 (léger, le plus courant), le carbone 13 (lourd, stable mais moins courant) et le carbone 14 (rare et radioactif).

Le processus chimique est élégant : lors des années sèches, les arbres absorbent davantage de carbone sous sa forme la plus lourde, car ils ferment leurs stomates pour conserver l’eau, ce qui entraîne une absorption plus importante de ¹³C par rapport aux conditions normales. Lors des années humides, ce signal diminue. En enchaînant suffisamment de ces signaux et en les combinant avec la datation au radiocarbone qui permet de déterminer l’âge des arbres, on obtient un pluviomètre naturel couvrant plusieurs siècles – le premier du genre jamais produit pour Madagascar.

Nos recherches visaient à enrichir les archives paléoclimatiques de Madagascar. Il s’agit d’enregistrements de température, de précipitations et de climat couvrant des siècles et des millénaires. Associés à d’autres indicateurs paléoécologiques tels que le pollen, ils aident à comprendre le fonctionnement et l’évolution des écosystèmes sur des centaines d’années.




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La plupart des archives paléoclimatiques de Madagascar se trouvent dans des gisements minéraux tels que les spéléothèmes, stalagmites et sédiments, et à ce jour, ils sont peu nombreux.

Bien que les scientifiques aient déjà utilisé cette méthode pour établir un enregistrement pluviométrique sur 1 000 ans à partir de baobabs en Afrique du Sud, cela n’avait jamais été tenté à Madagascar.

Notre objectif n’était pas uniquement académique. Ce type de données à long terme présente un intérêt direct et concret pour la conservation de la biodiversité, la gestion des terres et le renforcement de la résilience face au réchauffement climatique.

Du terrain au laboratoire

Nous avons prélevé des échantillons dans quatre grands baobabs du sud-ouest de Madagascar, la région la plus sèche de l’île. Nous y avons inséré une longue tarière, afin d’extraire des échantillons de leur cœur. Cette opération n’a pas endommagé les arbres. Le trou a ensuite été colmaté à l’aide d’un produit de scellement afin de prévenir toute détérioration causée par des insectes ou des champignons.

Nous avons prélevé des sous-échantillons sur toute la longueur de chaque cœur afin de pouvoir analyser les isotopes à différents moments. Plus de 2 000 échantillons ont été envoyés au Laboratoire de l’Institut de recherche sur les mammifères de l’Université de Pretoria pour l’analyse isotopique, et la datation au radiocarbone a été réalisée chez iThemba LABS. Cela nous a permis de reconstituer un enregistrement continu des précipitations remontant jusqu’à l’an 1300 – plus de 700 ans d’histoire climatique, inscrits dans le bois.

Ces données racontent une histoire dramatique. Le sud-ouest de Madagascar a connu sa période la plus humide entre 1350 et 1450. Celle-ci a été suivie d’une période de sécheresse prolongée et brutale de 1600 à 1750. De 1750 à aujourd’hui, le sud-ouest de Madagascar connaît une tendance à long terme de baisse des précipitations.

Nous ne nous sommes pas arrêtés là. Nous avons également prélevé des échantillons de sédiments et analysé des dépôts de charbon de bois, des grains de pollen et des isotopes conservés dans les zones humides voisines. Ce sont là aussi des archives naturelles qui retracent les changements en matière d’incendies et de végétation au cours de la même période. Nous les avons comparées aux échantillons prélevés sur les baobabs – et quelque chose d’important est apparu.

Les humains et le climat ont transformé Madagascar

Lorsqu’on compare les données pluviométriques des périodes humides et sèches obtenues à partir des baobabs avec les échantillons de pollen et de charbon de bois que nous avons prélevés ont révélé que les arbres à feuilles persistantes et caduques avaient diminué en raison de la sécheresse, et avaient été remplacés au fil du temps par de l’herbe. Les pratiques agricoles humaines ont contribué à maintenir des paysages dominés par l’herbe par le biais des feux et du défrichage.

En d’autres termes, nous avons découvert que les changements du paysage dans le sud-ouest de Madagascar n’étaient pas causés uniquement par les humains ou le climat. La sécheresse et l’activité humaine ont remodelé le territoire de concert.

Nous avons également constaté que, fait remarquable, le paysage s’est révélé résilient. À mesure que les précipitations diminuaient, des espèces végétales adaptées à la sécheresse ont pris le relais des espèces gourmandes en eau. Les humains (qui se seraient installés à Madagascar il y a environ 2 000 ans) ont également abandonné la chasse et la cueillette pour se lancer dans l’élevage et la riziculture, à l’exception des communautés Mikea qui ont adopté des pratiques saisonnières en matière d’agriculture et de chasse-cueillette.

Cela montre que les populations ont activement trouvé de nouveaux moyens de survivre à des pluies de plus en plus imprévisibles en adaptant leurs modes de subsistance à l’évolution du paysage.

Ce que cela signifie pour les Malgaches aujourd’hui

Cette étude semble être l’histoire d’une île isolée, mais ses implications sont immédiates et mondiales.

En déterminant avec précision quand la région la plus aride de Madagascar était humide, sèche et tout ce qui se trouve entre les deux sur une période de 700 ans, les scientifiques disposent désormais d’une nouvelle base de référence solide pour évaluer ce qui pourrait se passer avec le changement climatique actuel.

Nos découvertes sur les baobabs, combinées à des échantillons de pollen et de charbon de bois, ont permis de dresser un tableau de la couverture végétale du sud-ouest de Madagascar au fil des siècles. L’utilisation de ces données à long terme (données paléoclimatiques, végétales et de charbon de bois) sur l’ensemble de l’île a contribué à des recherches existantes qui réfutent le récit colonial selon lequel Madagascar était entièrement boisé avant que les humains ne s’y installent et ne détruisent les forêts. Au contraire, nos résultats montrent également la présence d’une végétation plus clairsemée et indiquent que les populations et le paysage se sont adaptés ensemble au changement climatique.

Ce qu’il faut faire ensuite

Nos recherches précédentes ont fourni aux scientifiques et aux gouvernements les informations nécessaires pour comprendre comment les écosystèmes pourraient réagir au réchauffement climatique et comment les populations pourraient adapter leurs stratégies de subsistance en période de sécheresse.

Cette nouvelle étude montre qu’il existe un lien profond entre les sociétés humaines et le monde naturel. Renforcer la résilience face au changement climatique signifie aujourd’hui comprendre comment cette relation s’est développée au fil des siècles, et non pas seulement des décennies.

Cela permettra aux stratégies intégrées de conservation et de subsistance de s’appuyer sur les données climatiques, et aux communautés d’obtenir le soutien dont elles ont besoin pour continuer à s’adapter et à trouver des moyens nouveaux et différents de survivre dans un climat plus chaud et plus sec.




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Notre étude sera combinée à d’autres menées à travers l’Afrique australe, reliant les données de Madagascar à celles du Botswana, de l’Afrique du Sud et d’ailleurs. Cela aidera les scientifiques à dresser un tableau complet du climat régional.

Cette recherche doit alimenter les politiques. Les données écologiques à long terme de ce type ont une pertinence directe pour les objectifs mondiaux en matière d’action climatique, de protection de la biodiversité, de réduction de la pauvreté et de collaboration scientifique internationale. Le passé a beaucoup à nous apprendre – si nous prenons le temps de le décoder et de le lire.

The Conversation

Estelle Razanatsoa bénéficie d’un financement au titre de la bourse de doctorat de la Faculté (Université du Cap, ER.) 2015-2018 et du projet du Centre appliqué pour les sciences du climat et des systèmes terrestres (ACCESS NRF UID 98018, ER), du regroupement accrédité par le Comité de recherche universitaire (URC) de l’UCT, d’une bourse de recherche junior (2023-2026) et d’une aide supplémentaire liée à la COVID-19 de l’URC de l’Université du Cap, 2019-2020. Ces bailleurs de fonds n’ont joué aucun rôle dans la conception de l’étude, la collecte et l’analyse des données, la décision de publier ou la préparation du manuscrit.

Lindsey Gillson a bénéficié d’un financement du NRF/SASSCAL (Centre de services scientifiques d’Afrique australe pour le changement climatique et la gestion adaptative des terres, numéro de subvention 118589, LG), de la plateforme NRF/African Origins (numéro de subvention 117666, LG) et du programme compétitif du NRF pour les chercheurs classés (numéro de subvention 118538, LG). Ces bailleurs de fonds n’ont joué aucun rôle dans la conception de l’étude, la collecte et l’analyse des données, la décision de publier ou la préparation du manuscrit.

Malika Virah-Sawmy does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Les baobabs de Madagascar renferment 700 ans de secrets climatiques : ce qu’ils révèlent – https://theconversation.com/les-baobabs-de-madagascar-renferment-700-ans-de-secrets-climatiques-ce-quils-revelent-281371

Humidity and heat are killers for tropical birds – waxbill and hornbill studies highlight the dangers

Source: The Conversation – Africa (2) – By Andrew McKechnie, Professor of Zoology and South African Research Chair-holder, University of Pretoria

Humans are not the only species negatively affected by increasingly hot and humid conditions. Intense heatwaves sometimes kill large numbers of wild animals. Eastern Australia’s giant fruit bats, known as flying-foxes, provide possibly the most dramatic illustration. In late 2018, two days of extreme heat in the far north of Queensland wiped out one third of Australia’s population of spectacled flying-foxes. The species is now red-listed as endangered.

Bat biologists have identified high humidity as a major risk factor for these mass mortality events.

In late 2020, South Africa saw its first documented heat-related mass mortality event involving wild birds. Air temperatures in the typically humid Phongolo Nature Reserve in northern KwaZulu-Natal exceeded 45°C, about 10°C higher than average conditions. Staff in the reserve started seeing dead and dying birds. Most of the victims were songbirds, which are known to be more sensitive to extreme heat than many other groups of birds.

Of these, the worst-affected species was the blue waxbill, a charming little finch with a powder-blue face and belly that spends most of its time foraging for grass seeds in small flocks.

Blue waxbills made up nearly half the carcasses found by field rangers when they searched part of the reserve after the heat had passed.

The Phongolo mortality event added to the urgency of our research programme on the effects of climate change on Africa’s birds. The blue waxbills’ prominence among the victims identified them as a bellwether of the impacts of extreme heat on birds in the wetter south-eastern parts of the continent.

Since 2009, we have been leading a research team spanning the universities of Cape Town, Pretoria and several other local and overseas institutions. The over-arching goal of our research is understanding how climate change is affecting birds and other wildlife and developing methods to predict future effects.

Our expertise is mainly in behavioural ecology (Susie Cunningham) and evolutionary physiology (Andrew McKechnie). This combination has proven ideal for investigating how rising temperatures affect animals’ survival and reproduction.

Why humidity can be a killer

During hot weather, humans and other animals depend on evaporation to offload heat. Evaporation may take place by sweating (the major cooling mechanism for humans), through panting (your dog on a hot day) or other pathways. The process of changing liquid water (sweat or saliva) into water vapour uses heat, so it cools the source of the water (the body). But the air is like a sponge: when it’s already humid (wet), the air can’t hold much more water vapour.

These conditions impede evaporation and thus heat loss. On a 40°C day in a desert like the Kalahari or Sahara, evaporative cooling is efficient because the air is dry and sweat can evaporate as soon as it reaches the skin’s surface. At the same temperature on a humid day in the coastal tropics, however, sweat cannot evaporate and forms drops on the skin. This severely reduces rates of heat loss.

If body temperature increases more than a few degrees above normal levels, nervous system function is compromised, organ damage starts to occur and proteins begin denaturing. This breakdown of physiological functioning can rapidly lead to death.

The journey

In early 2022, just over a year after the waxbill event, our Masters student Nazley Liddle set out to examine the role high humidity had played in the deaths of the waxbills. She also aimed to predict areas where risks of mortality will increase in future.

Nazley investigated the waxbills’ capacity to regulate their body temperature over a range of air temperatures and humidity levels. Her results confirmed that high humidity severely compromises the birds’ ability to avoid dangerous hyperthermia (getting too hot).

For example, she found that blue waxbills can tolerate air temperature up to 48°C under dry conditions, whereas under humid conditions similar to those on the day of the Phongolo mortality event they are unable to maintain a safe body temperature if air temperature exceeds 45.7°C.

Nazley then modelled how the waxbills will fare under hotter, more humid future conditions. The modelling showed that likelihood of mass mortality events for waxbills (and other birds with similar physiology) will increase greatly in coming decades. This ranged across much of Kruger National Park, south-eastern Zimbabwe and large parts of southern and central Mozambique, including the ferociously hot Zambezi Valley.

Predicted risk of mortality becomes three to seven times higher when humidity is taken into account, compared to increasing temperature alone. Many of these areas will simply become too hot and humid during the wet season for the species to persist.

The blue waxbill study should set alarm bells ringing. Most of Earth’s 11,000 bird species occur in the tropics, many experiencing hot, humid conditions for at least part of the year.

Another recent paper from our team reveals similar increases in projected future risks of lethal hyperthermia for trumpeter hornbills. This large, fruit-eating forest species found in southern Africa plays a critical role in seed dispersal. Although biologists have often viewed tropical lowlands as safe habitats for birds from the point of view of their physiological functioning, our work is showing that increasing humidity coupled with rising temperatures poses a serious threat to birds, bats and other animals of the tropics.

There are worrying signs that climate change has already caused widespread declines in tropical birds. During 2025, several teams of researchers reported substantial declines in bird abundance, even in intact rainforests that have not been affected directly by human activities such as slash-and-burn agriculture.

Most recently, population declines of 25%-38% since 1950 among tropical birds have been attributed to increasingly extreme heat events. Tellingly, these declines have been more pronounced in songbirds compared to other groups. Rising temperature and humidity is a global-scale problem. The only long-term solution is halting human-driven climate warming.

The Conversation

Andrew McKechnie receives funding from the National Research Foundation and University of Pretoria.

Susan Cunningham receives funding from the National Research Foundation and the University of Cape Town.

ref. Humidity and heat are killers for tropical birds – waxbill and hornbill studies highlight the dangers – https://theconversation.com/humidity-and-heat-are-killers-for-tropical-birds-waxbill-and-hornbill-studies-highlight-the-dangers-271634

Will attendance-based grading improve school absenteeism?

Source: The Conversation – Canada – By Jess Whitley, Professor of Inclusive Education, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

School absenteeism is a major concern across Canada — and beyond.

As researchers with the Canadian School Attendance Partnership, we have been exploring this issue for a few years, motivated by concerns raised by families, community agencies and school districts.

Canada is one of the few countries without a clear national picture of school absenteeism.

We draw on pieces of data to get an informed estimate of this. Our data comes from the OECD’s global Programme for International Student Assessment, school district reports, news reports via freedom of information requests — and from research studies.

The most common international metric of “chronic absenteeism” refers to 10 per cent of missed instructional days in the year. Our figures suggest that across the provinces, figures range from 35 per cent to three-quarters of all students missing at least 10 per cent of instructional days annually.

Systemic barriers, mental health issues, insufficient school supports and intergenerational distrust of formal schooling are among the factors that intertwine to impact whether a student goes to school.

Need to disaggregate absenteeism data

But the story of absenteeism lies in part in the disaggregation of this data. Students with disabilities, those who are Indigenous and those who identify as 2SLGBTQI are among the most likely to miss school.

Many students with disabilities who miss school are not even counted in absenteeism data. They may experience informal exclusions via being sent home for behavioural reasons or may be placed on part-time schedules.

They are also suspended at higher rates — all of which results in them missing hours of social interaction and classroom instruction.

Factors pertaining to disability, mental health

The problem must also be understood amid the ongoing child and youth mental-health crisis.

Population research suggests roughly 70 per cent of Canadian students have experienced a decline in at least one area of mental health since 2020 and poor mental health is a well-known risk factor for absenteeism.

Different patterns of mental health have been uniquely associated with school absence: for example, anxiety and depression tend to be linked to school avoidance, whereas behaviours like aggression are more often associated with school exclusion and suspensions.

Children and youth with neurodevelopmental disabilities, such as ADHD and autism, are at a particularly high risk. These risks are cumulative, so that children with multiple mental-health challenges experience the most absences and impairments in daily functioning.




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Research indicates that increased absenteeism can worsen existing mental-health challenges and vice versa.

While Canadian research is limited, data from other countries suggests contexts like family strain, socioeconomic disadvantage, sleep disruption, bullying and loneliness likely underlie the connection between absenteeism and mental health.

Absenteeism and academic achievement

School absenteeism, and its disproportionate rates for some student populations, is particularly worrisome given the powerful connections that exist between it and academic achievement.

Beyond access to classroom instruction and assessment, students who are chronically absent miss out on programs, peer connections, mentorship opportunities and school-based services.

These “missing links” impact students’ success and development — crucial for students with needs that put them at risk for poor academic outcomes.

New Brunswick, Ontario approach

Educators and leaders in different school districts across Canada understand the issues raised by absenteeism and are taking a variety of approaches to address them.

New Brunswick mounted a multi-tiered system of supports including school-based protocols and progressive strategies that include family and community partnerships.

In Ontario, the Ministry of Education recently shared its concerns about levels of school attendance, acknowledging the key link with academic achievement.

In response, the province has proposed legislation to make attendance worth 10-15 per cent of the final course mark in Grades 9 to 12. Students whose absences are approved by their family will not be penalized.

Is this approach likely to work? For the students with disabilities and mental health needs, not likely. Here are some reasons why.

Could students really attend if they chose?

Research provides minimal support for how effective incentives are in boosting attendance unless these are accompanied by broader reforms and targeted supports.

Incentives assume attendance is primarily a motivational issue — that students could attend if they chose to. But this isn’t always the case: think, for example, about a student who is kept home to watch younger siblings while a parent goes to work.

Attaching marks to attendance tends to benefit students already well-positioned to attend. Policies that rely on incentives risk shifting responsibility onto students rather than strengthening the conditions that make attendance possible.

What families say about complex reasons

Many of the families we have encountered in our research describe complex interactions between disabilities and mental-health needs that prevent their children from attending.

Parents may withdraw their child because of concerns about the learning or social environment, or their child may be sent home because of an educational assistant calling in sick or because of school concerns about student behaviour.

These students are also far more likely to be suspended and face various disciplinary consequences.

A narrow, grades-based approach to improving attendance fails to account for these students at best, and penalizes them at worst.

Problems with excused absences

Although the Ontario policy specifies that excused absences won’t affect grades, there’s strong evidence that all students are not equally likely to have absences formally excused.

Access to medical care, parental availability and resources, familiarity with school processes and relationships with schools all influence whether an absence is recorded as excused.

As a result, attendance-based grading policies can unintentionally compound existing inequities rather than reduce them.

Big-picture approaches

Effective approaches to increase attendance require a mix of systemic, big-picture approaches and student and family-focused solutions.

Collecting and sharing data that tells the different stories of student absences in a variety of ways can guide interventions.

Creating school environments that meaningfully include and support learning for all students, socially and academically, is key — these also need to prioritize relationships between students, families, educators and broader communities.

Accountability for absenteeism needs to be expanded beyond students, families and schools to include the broader societal resources that affect absenteeism for students with disabilities and others — resources like housing, social services, transportation and access to health care.

Absenteeism is not an individual but a societal issue. Solutions need to address the multiple layers in which students are embedded to have a chance of reversing this problem.

The Conversation

Jess Whitley receives funding from Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

David Smith receives funding from Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Natasha McBrearty receives funding from Vanier, a research grant from the government of Canada.

Maria Rogers does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Will attendance-based grading improve school absenteeism? – https://theconversation.com/will-attendance-based-grading-improve-school-absenteeism-281101

When caregiving ideals don’t match reality in South Asian diaspora families

Source: The Conversation – Canada – By Navjot Gill-Chawla, Doctoral Candidate, Aging, Health and Well-being, University of Waterloo

In South Asian communities, caregiving is often seen as a moral responsibility rooted in family values. For many, there’s a shared understanding of what it means to “do the right thing” when it comes to caring for their family members.

These expectations, however, are not only understood cultural norms, they are also heavily perpetuated through media: shaped, reinforced and often idealized through the stories we consume, particularly in South Asian cinema.

Indian family drama films like Baghban, Avtaar, Kabhi Khushi Kabhie Gham and Piku, though they differ in story line and tone, share a powerful common thread: caregiving is not optional, it’s a reflection of character.

But as caregiving realities shift within diasporas, a growing gap emerges between these inherited ideals and what immigrant families can sustain. The conditions required to bolster these expectations are often difficult to maintain.

Films have defined ‘good’ caregiving

Research on caregiving in South Asian communities consistently highlights the central role of family responsibility, usually rooted in collectivist values, where care is embedded within intergenerational relationships — rarely discussed explicitly or questioned.

Films like Baghban, a 2003 family drama, have left a lasting imprint on how caregiving is imagined. The story is emotionally charged: aging parents who once gave everything to their children are neglected in return, a narrative that frames caregiving as a moral obligation, where devotion is rewarded and failure to provide it is treated as a personal shortcoming.

But Baghban isn’t an exception. It’s part of a broader cinematic pattern.

In Avtaar, aging parents are abandoned by their sons, reinforcing the idea that children who fail to care for their parents have violated a fundamental duty. The 1983 film centres individual responsibility, while leaving unexamined the conditions that might limit a family’s ability to provide care, such as financial instability, changing household structures or competing demands.

In Kabhi Khushi Kabhie Gham, respect for parents is central to the family structure, where deviation from parental expectations is portrayed as a rupture of ethics. The 2001 drama reinforces the idea that maintaining family bonds requires prioritizing parental expectations over individual circumstances or constraints.

More recently, in 2015, Piku offers a different, more contemporary portrayal. The comedy follows a daughter caring for her aging father while managing her career and personal life. Unlike earlier films, caregiving here is not romanticized. It is messy, frustrating, deeply human and constant. Yet even within this more grounded depiction, care remains largely individualized, with responsibility resting primarily on the daughter. This also highlights how caregiving often becomes a gendered duty rather than shared role.

These cinematic features present caregiving as something that unfolds within families without negotiation, planning or external support. Even when caregiving is shown as difficult, it is rarely depicted as something that could be shared beyond the family.

And over time, these portrayals become more than entertainment. They contribute to a shared cultural script of what “good caregiving” is supposed to look like.

Cultural expectations meet diaspora realities

For many South Asian families living outside their countries of origin, caregiving unfolds in a very different environment.

Migration reshapes family structures. Households become smaller. Extended family support may no longer be physically accessible. At the same time, dual-income households are common, and competing responsibilities — work, childcare and financial pressures — become part of everyday life.

Research has shown these structural shifts significantly influence caregiving capacity, even as cultural expectations remain strong.

This creates a relentless tension: expectations shaped in one reality are now being lived out in another. In many diaspora settings, families are navigating distance from extended relatives who might otherwise share caregiving responsibilities, limiting everyday support.

At the same time, access to culturally and linguistically appropriate services remains uneven, and the cost of formal care can be prohibitive. Caregiving is no longer supported by the same networks or resources, even as expectations remain unchanged.

When caregiving is seen as a natural extension of family roles, sometimes caregivers don’t identify themselves as such. As a result, they may be less likely to seek out or access formal supports, even when those supports are available. Studies have also highlighted how cultural expectations, combined with limited awareness of services and concerns about stigma, can further impact caregiving experiences and decision-making.

What emerges is not a lack of care but a mismatch between expectation and capacity. Families may feel a strong sense of responsibility but also find themselves constrained in ways that are rarely acknowledged in dominant narratives. When caregiving is framed primarily through ideals of sacrifice and devotion, there is little space to talk about anything else.

And this reality has consequences. Caregivers often take on significant emotional, physical and financial strain, increasing the risk for burnout. In many families, this responsibility falls disproportionately on women, who are more likely to balance caregiving alongside work and other household roles, intensifying these pressures.

Policies and services that don’t take cultural differences into account often assume that families will take on caregiving responsibilities without fully understanding the limited capacity immigrant families are often dealing with. This can result in insufficient support.

Rethinking caregiving ideals

South Asian cinema has played a significant role in shaping how caregiving is imagined, emphasizing values of care, respect and family connection. These are not values that need to be discarded, but they do need to be situated within the realities families are navigating today.

And this is even more critical when those families are living outside of their collectivist countries of origin.

Caregiving is shaped by time, place and the systems that surround us, not just culture. Recognizing this allows for a more honest conversation about what caregiving looks like in practice and what families in the South Asian diaspora actually need to sustain it.

When expectations remain unchanged in the face of drastically shifting realities, the burden of care only grows. It is quietly carried by those trying to live up to ideals that were never designed for them in the first place.

The Conversation

Navjot Gill-Chawla does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. When caregiving ideals don’t match reality in South Asian diaspora families – https://theconversation.com/when-caregiving-ideals-dont-match-reality-in-south-asian-diaspora-families-280546

EU enlargement is often deeply political – as Ukraine and Montenegro show

Source: The Conversation – UK – By Iveri Kekenadze Gustafsson, PhD Candidate in European Studies, Lund University

The EU formally unblocked a €90 billion (£78 billion) loan for Ukraine on April 23 after Hungary and Slovakia dropped their opposition. This move came over a week after defeat in parliamentary elections brought the 16-year tenure of Hungary’s prime minister, Viktor Orbán, to an end. He will be replaced by Péter Magyar of the pro-Europe Tisza party.

But at a summit simultaneously taking place in Cyprus, EU leaders struggled to agree on a membership timeline for Ukraine. This is despite the exceptional pace of the war-torn candidate country’s accession-related reforms. The hesitation of EU member states also comes even though the bloc has prioritised its enlargement agenda since Russia invaded Ukraine in 2022.

Meanwhile, another candidate country, Montenegro, is making progress on joining the bloc. Ambassadors from all EU member states said on April 22 that they had decided to set up an “ad hoc working party” to draft an accession treaty for the Balkan nation. The president of the European Council, António Costa, described this as “a big step” towards membership.

Montenegro wants to become the EU’s 28th member by 2028, concluding a process that began when it applied nearly two decades ago. It is aiming to close formal negotiations by the end of 2026 so the accession treaty can then be adopted and ratified by each of the EU’s 27 member states.

However, despite this formal progress, there are reservations about the quality of the reforms Montenegro is carrying out to align with EU standards. These reservations relate to the country’s efforts to combat corruption, ensure judicial independence and guarantee a free and pluralistic media environment.

The accession treaty is thus expected to include extensive transitional arrangements, a period after accession during which a new member does not fully participate in certain EU programmes and policies. This will give Montenegro time to adapt.

A map showing EU members and candidate countries.
Four frontrunners currently stand out in the EU membership queue: Montenegro, Albania, Moldova and Ukraine.
European Union, 2025, CC BY-NC-ND

Formally, EU enlargement is a merit-based process driven by a candidate country’s compliance with political, economic and legal standards. But politics play a role, too. This is showcased by the contrasting progress Ukraine and Montenegro have made towards EU membership.

Montenegro’s small size and membership of Nato make consensus among member states on its accession relatively easy to achieve. The same cannot be said for Ukraine. Its larger size, wartime context and the scale of its potential accession make Ukraine a far more contentious decision for member states.

Politicisation of enlargement

The politicisation of the enlargement process, where individual member states shape the accession process in line with their domestic preferences, is perhaps the main factor explaining why the EU has struggled to replicate Montenegro’s progress across other candidate countries.

Despite their readiness to move forward with opening negotiations, Ukraine and neighbouring Moldova’s formal accession progress has been stalled for several months. Decisions related to Ukraine’s EU membership, in particular, have been vetoed multiple times by Orbán.

The outgoing Hungarian prime minister leveraged bilateral disputes with Ukraine to justify blocking progress in accession talks. He linked concerns over energy security, as well as a disagreement over disrupted Russian oil supplies through Ukraine, to the country’s EU path. Orbán used these disputes to veto the opening of negotiations.

Even Montenegro may not enjoy a smooth path to EU membership if Croatia continues to link bilateral issues such as maritime disputes to enlargement. The disagreement between the two countries primarily concerns the Prevlaka peninsula. This is a strategically significant area, which controls access to Montenegro’s only deep-water bay and main naval base.

According to Zvezdana Kovač of the Centre for Civic Education, an organisation that monitors Montenegro’s progress towards joining the EU, Croatia is a “manageable risk” in Montenegro’s accession process. In a 2025 interview with the New Union Post website, she noted that Croatia’s responses “are not driven by a strategic desire to block Montenegro” and it retains “a clear interest” in having EU member states as its neighbours.

Vetoes driven by bilateral disputes have contributed to disillusionment in some candidate countries. In North Macedonia, which first applied for EU membership in 2004, Bulgaria’s continued veto over deep-seated language and identity disputes has helped bring to power a government led by Hristijan Mickoski that no longer prioritises accession at all costs.

The EU’s varied responses to protests and its contrasting relations with governments in Georgia and Serbia, two other candidate countries, have also alienated many particularly in Belgrade.

While the EU’s response to democratic backsliding in Georgia has been strict, targeting the ruling party by imposing visa restrictions for diplomatic passport holders, the approach to Aleksandar Vučić’s government in Serbia has been more cautious. Serbian opposition groups have reacted to this with dismay.

If the EU sees enlargement as central to its security, decisions cannot risk being derailed by one or two member states. Moving from unanimity to qualified majority voting in enlargement-related decisions would help speed up decision-making in the Council.

But, at the same time, the EU must ensure it does not admit countries that later fail to uphold its standards – a lesson drawn from Hungary’s increasingly authoritarian trajectory over the past 16 years of Orbán’s rule.

While Montenegro appears to be entering the final stage of its path to EU membership, disagreements over Ukraine’s timeline show that some member states have not fundamentally shifted their approach to using enlargement as a geopolitical tool.

For now, the EU is managing rather than overcoming politicisation in its accession process. This risks an enlargement policy that remains inconsistent and unreliable.

The Conversation

Iveri Kekenadze Gustafsson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. EU enlargement is often deeply political – as Ukraine and Montenegro show – https://theconversation.com/eu-enlargement-is-often-deeply-political-as-ukraine-and-montenegro-show-257055

Rape, sexual assault and long-term chronic health issues – our new study

Source: The Conversation – UK – By Sofie Abildgaard Jacobsen, PhD Candidate in the Department of Clinical Medicine – Clinic for Functional Disorders, Aarhus University

Global figures estimate that around one in six women will experience sexual assault during their lifetime. These figures are not only high but also extremely concerning, given that sexual assault is a deeply traumatic experience for someone to go through.

The psychological consequences of sexual assault, such as post-traumatic stress disorder (PTSD), anxiety and depression, are well known. But most people are less aware that sexual violence can also affect a person’s physical health – for sometimes months or years to come.

Existing research in this area has mostly focused on pelvic pain, gastrointestinal problems, or short-term pain in the months following an assault.

But as we found in our recent study, survivors of sexual assault can often experience persistent physical symptoms across the entire body for many years after being attacked or assaulted.

These symptoms fall under what clinicians call functional somatic disorders. These are conditions with persistent physical symptoms that aren’t fully explained by other medical or mental health conditions. And they can cause significant distress and seriously affect a person’s daily life. These include conditions such as Fibromyalgia, ME/CFS (myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome), and irritable bowel syndrome (IBS).

Hidden trauma

As part of our recent research, we used data from a large Danish health study that followed thousands of adults over several years, looking for how many of those people had a functional somatic disorder at a given time, and how many would develop a functional somatic disorder over time.

What we found in our study was that people who had experienced sexual assault were 69% more likely to report or develop ongoing physical health problems compared to those who had not experienced sexual violence.

The risk of developing more widespread health problems (meaning several persistent and bothersome symptoms affecting different parts of the body) was six times higher among survivors of sexual assault in our data.

Overall, survivors reported more symptoms. And these symptoms were often more severe and affected multiple parts of the body.

Findings from our earlier study also found that the more severe the assault, the greater the risk of developing long-term physical health problems.

Persistent pain, fatigue, and other bodily symptoms can follow sexual violence.
pexels polina zimmerman, CC BY

In our research we also found that sexual assault appeared to have a particularly strong impact compared to other forms of abuse, such as emotional and physical abuse. This is probably because sexual violence can activate several stress‑related systems in the body.

Sexual trauma can disrupt emotional regulation and keep the body in a prolonged state of physiological alert. Over time, this may make pain and other bodily sensations harder to regulate. Trauma can also heighten sensitivity in the nervous system, so signals that would normally fade can instead become amplified. For some, it seems this can then become entrenched and may contribute to the development of functional somatic disorders.

Lasting impact

As our recent research shows, sexual assault is not only a severely traumatic experience for someone to go through. But it’s also an important public health issue. With potential long-lasting consequences for a person’s mental and physical health.

Indeed, these findings suggest that some people with unexplained pain or persistent somatic symptoms may carry a hidden history of trauma. Even if they do not disclose these experiences directly to a doctor.

It’s clear then that there needs to be a greater recognition of the connection between sexual trauma and physical symptoms within the medical system. At sexual assault referral centres, for example, professionals could make survivors of sexual assault aware of the possibility of long-term somatic symptoms as well as psychological ones.

This may help to normalise someone’s experience of sexual violence. It may also help to reduce shame and ensure that treatment encompasses the full spectrum of the trauma’s impact.

People working in healthcare should be aware that if they’re treating someone with a functional somatic disorder, there’s a possibility that person has experienced sexual violence.
pexels/yankrukov, CC BY

On a wider level, sexual assault should be considered a significant risk factor for both mental and physical health difficulties. And more must be done to inform doctors and nurses in all areas of healthcare about the hidden health risks of sexual assault and rape.

Indeed, raising awareness and improving understanding would lead to more validation of survivors’ experiences and greater trust in healthcare systems for patients.

This is important because supporting someone after sexual violence means more than just treatment – it means care that understands trauma and that gives survivors the support they truly need.


This article was commissioned as part of a partnership between Videnskab.dk and The Conversation.

The Conversation

Sofie Abildgaard Jacobsen receives funding from The Danish Victims Foundation. She is affiliated with SundFornuft – Tænketanken for Sundhedspolitik (Common Sense – The Health Policy Think Tank).

ref. Rape, sexual assault and long-term chronic health issues – our new study – https://theconversation.com/rape-sexual-assault-and-long-term-chronic-health-issues-our-new-study-271587

Pourquoi l’attaque contre Donald Trump est le reflet d’une violence endémique aux États-Unis

Source: The Conversation – in French – By James Piazza, Liberal Arts Professor of Political Science, Penn State

Le 25 avril 2026 au Washington Hilton, lors du dîner de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, Donald Trump a essuyé une menace d’agression. Les faits précis entourant l’incursion d’un homme armé restent flous.
Alors que l’enquête progresse, Alfonso Serrano, rédacteur en chef de la rubrique politique et société de The Conversation aux États-Unis, a interrogé James Piazza, spécialiste de la violence politique à Penn State, pour comprendre les racines de ce phénomène états-unien et les solutions possibles.


Ce n’est pas la première fois que Trump essuie des violences politiques. Que révèle cette dernière attaque ?

Elle souligne surtout l’extrême dangerosité du climat politique américain. Depuis plusieurs années – et assurément depuis le 6 janvier 2021 (l’assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump, NDLR) –, le pays connaît une période de recrudescence de la violence politique, définie comme une violence motivée par un dessein politique ou visant à faire passer un message partisan. Les travaux du Polarization & Extremism Research & Innovation Lab ont confirmé cette tendance à la hausse. Plusieurs exemples récents viennent à l’esprit : l’invasion du Capitole ; les multiples tentatives d’assassinat contre le président Trump (en 2016 ; en juillet et septembre 2024 ; puis en février 2026, NDLR) ; les meurtres des législateurs du Minnesota Melissa Hortman et John Hoffman ; l’agression de Paul Pelosi ; l’assassinat de Charlie Kirk. Dans mon État natal, la Pennsylvanie, le gouverneur démocrate Josh Shapiro a été visé par un incendie criminel à sa résidence.

Des dizaines de voitures de police sont alignées dans la rue
Les forces de l’ordre interviennent suite à un incident survenu au Washington Hilton lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche, le 25 avril 2026, à Washington.
AP Photo/Allison Robbert

Qu’est-ce qui explique cette flambée de violence politique qui frappe les États-Unis ?

Plusieurs facteurs concourent à al violence politique qui sévit actuellement aux États-Unis, selon mes recherches et celles d’autres chercheurs. Les États-Unis sont aujourd’hui politiquement très polarisés : le fossé se creuse entre les Américains selon leur allégeance partisane. Ils se méfient les uns des autres, se montrent hostiles, et cela créé un climat tendu et instable où chaque élection prend des allures de confrontation existentielle, dans un jeu à « somme nulle ».

Ce qui me frappe particulièrement, c’est la dimension morale de cette polarisation. Champ camp ne considère plus l’autre comme porteur d’une opinion différente, mais plutôt comme malfaisant ou immoral. Cet environnement a conduit à une normalisation de la violence politique et a affaibli la réaction négative du public lorsqu’elle se produit, rendant celle-ci plus probable.

En outre, la rhétorique politique est devenue beaucoup plus clivante et violente par nature. Ce phénomène va de pair avec la polarisation et contribue à normaliser davantage la violence politique. En particulier lorsque les politiciens ont recours à une rhétorique diabolisante ou déshumanisante pour attaquer leurs adversaires – par exemple, en utilisant des mots qui dépeignent leurs adversaires comme « sous-humains ». Ce sont des pratiques qui encouragent l’extrémisme et contribuent à inciter le passage à l’acte physique.

La désinformation est aussi un facteur majeur de la violence politique. Un certain nombre de personnes ayant participé à des actes de violence politique récents semblent avoir été motivées par des théories du complot et d’autres formes de désinformation, souvent glanées sur les réseaux sociaux. La désinformation joue un rôle particulièrement important dans le contexte des communautés des réseaux sociaux, où les personnes sont exposées à de grandes quantités de désinformation et sont hermétiquement coupées d’autres sources susceptibles de remettre en cause leur vision du monde – ce qui facilite la radicalisation et, dans certains cas, alimente la violence politique.

Enfin, je pense qu’un autre facteur important réside dans l’attaque actuelle contre les normes démocratiques et les institutions aux États-Unis. La démocratie américaine subit des pressions inédites à l’ère moderne, ce qui affecte directement la confiance des Américains dans le gouvernement, dans les institutions démocratiques et dans la valeur même du régime démocratique. Mes travaux montrent que les personnes sceptiques à l’égard de la démocratie sont bien plus disposées à tolérer, voire à soutenir, la violence politique.

Donald Trump se tient devant un podium, face à des dizaines de personnes assises
Le président Donald Trump répond aux questions à la Maison-Blanche le 25 avril 2026, après une fusillade survenue lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche.
Mandel Ngan/AFP

**En quoi cette vague de violence politique diffère-t-elle des autres périodes de violence dans l’histoire des États-Unis ?

Si les États-Unis connaissent actuellement une recrudescence de la violence politique, celle-ci n’est malheureusement pas sans précédent. On peut penser à la période de forte polarisation des années 1850, à l’aube de la guerre de Sécession. À cette époque, il existait une division marquée entre les abolitionnistes et les partisans de l’esclavage, aboutissant à des assassinats politiques, à l’agression d’un membre abolitionniste du Congrès par un membre pro-esclavagiste du Congrès, et à un conflit civil sanglant au Kansas entre des groupes armés pro-esclavagistes et anti-esclavagistes. Au début du XXe siècle, après la Première Guerre mondiale, on a observé une nouvelle recrudescence de la violence politique liée aux conflits sociaux et celle perpétrée par la deuxième génération du Ku Klux Klan. Enfin, les années 1960 ont connu une période de violence politique intense autour de l’opposition à la guerre du Vietnam et au rejet du mouvement des droits civiques. Même si la violence politique d’aujourd’hui présente certaines caractéristiques propres – notamment l’influence des réseaux sociaux –, je pense que l’on peut trouver des parallèles avec ces premières périodes de violence politique.

Enfin, que peut-on retenir de cet épisode ?

Je pense qu’il est essentiel que les responsables politiques, tant démocrates que républicains – ou quel que soit leur bord –, s’unissent pour condamner cette attaque et toute forme de violence politique, et que les commentateurs et influenceurs en fassent de même.

Les chercheurs montrent amplement que ce que disent les élites politiques (politiciens, dirigeants politiques, commentateurs médiatiques, influenceurs en ligne) à la suite de ce genre d’événements a un effet considérable sur les attitudes des citoyens. Si ce message est unifié et vient de l’ensemble du spectre politique, il contribuera d’autant plus à réduire l’état d’esprit qui alimente la violence.

The Conversation

James Piazza ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi l’attaque contre Donald Trump est le reflet d’une violence endémique aux États-Unis – https://theconversation.com/pourquoi-lattaque-contre-donald-trump-est-le-reflet-dune-violence-endemique-aux-etats-unis-281677

Les touristes courent vers la campagne et boudent les villes depuis la pandémie de Covid-19. En faites-vous partie ?

Source: The Conversation – in French – By Tegui Yvan Arnold, Doctorant en tourisme durable et finance publique, Université de Perpignan Via Domitia

Comme beaucoup de territoires ruraux, l’Indre (ici, la commune d’Argenton-sur-Creuse) a attiré de nombreux touristes en quête de luxe, calme et volupté. Ebascol/Shutterstock

La pandémie de Covid-19 a profondément reconfiguré le tourisme français au profit des territoires ruraux qui comptent une progression de nuitées tant dans les campings que dans les hôtels. Aujourd’hui, cette transformation perdure-t-elle ou assiste-t-on à un retour à la normale ? Explication en cartes et en données.


Avant 2020, le tourisme français était massivement concentré sur les métropoles, comme Paris, Lyon, Marseille ou Bordeaux. Entre 2015 et 2019, elles dominaient l’hôtellerie avec 76 % des nuitées et 69 % des locations de courte durée entre particuliers (PAP), les territoires ruraux ne pesant que 15 % et 23 % sur ces segments.

La pandémie de Covid-19 a amorcé un rééquilibrage progressif du tourisme français. Les zones rurales gagnent des parts de marché modestes en apparence (+ 1 et + 3 points en hôtellerie et en location PAP), mais représentant environ 8 millions de nuitées supplémentaires en hôtellerie et 19 millions en location PAP. Cette double dynamique explique pourquoi la reprise touristique rurale dépasse les niveaux d’avant-crise.

Quels départements tirent leur épingle du jeu ? Quels types d’hébergement portent cette transformation ? Et surtout, cette redistribution territoriale est-elle durable ?

Mes recherches démontrent que la résilience supérieure des zones rurales face aux métropoles sur 2020-2022 n’était pas un épiphénomène. En 2024, cette tendance se confirme. Les territoires ruraux résistent mieux à la baisse des fréquentations que les grandes métropoles, notamment franciliennes.

Près de 131 % de touristes en plus dans les territoires ruraux

Pour analyser cette redistribution, j’ai classé les départements selon trois catégories, suivant une méthodologie en fonction de la population hexagonale, de la faible densité et de l’éloignement, expliquée en détail dans mon article scientifique.

L’analyse distingue 41 départements de villes métropoles, où la majorité de la population vit dans une agglomération de plus de 250 000 habitants – Paris ou le Rhône – ; 13 urbains intermédiaires, structurés autour de villes moyennes – l’Ain ou la Moselle – et 42 ruraux, à faible densité et éloignés des grands pôles urbains – l’Allier ou la Lozère. Pour chaque département, j’ai modélisé la trajectoire de fréquentation qui aurait été observée en 2020 sans pandémie de Covid-19, en prolongeant les tendances 2015-2019. Les nuitées réellement enregistrées sont ensuite rapportées à cette projection.

Un indice de 70 % signifie que le territoire n’a réalisé que 70 % de sa fréquentation projetée, tandis qu’un indice de 131 % signifie qu’il la dépasse de 31 points. En 2020, la fréquentation touristique s’est effondrée partout : les territoires ruraux sont tombés à 68 % de leur niveau projeté, les urbains à 61 % et les métropoles à 57 %. En 2024, tous ont dépassé leurs niveaux de référence avec les zones urbaines à 139 %, rurales à 131 % et les métropoles à 128 %. Les trois typologies surperforment même par rapport à 2019.

Cette homogénéité cache des réalités contrastées. En hôtellerie, la reprise reste timide en 2024, à 95 % dans les zones rurales, à 96 % dans les zones urbaines et à 94 % dans les métropoles. En revanche, l’occupation des campings progresse fortement, de 110 % en territoire rural et 112 % dans les métropoles. Les locations de courte durée entre particuliers (PAP) connaissent quant à elles une croissance spectaculaire. Les zones rurales doublent quasiment leur niveau d’avant-pandémie de Covid-19 à 187 %, derrière les zones urbaines à 214 % mais devant les métropoles (179 %), témoignant d’une diversification réussie de l’offre rurale.

Domination rurale pour les hôtels et les campings

Au-delà de ces tendances moyennes par typologie, l’analyse détaillée des 96 départements révèle que les zones rurales dominent le podium des territoires les plus résilients. En 2024, les trois départements enregistrant le rebond le plus fort sont tous ruraux : la Creuse à 154 % de son niveau projeté, le Lot-et-Garonne à 133 % et la Lozère à 131 %. Ces territoires confirment la capacité des zones rurales à transformer la crise en opportunité.

L’évolution du Top 10 en hôtellerie penche également du côté rural. En 2020, neuf départements sur les dix plus performants étaient ruraux. En 2024, la reprise d’activité semble s’équilibrer – cinq départements ruraux, trois urbains et deux métropolitains –, mais avec toujours une présence marquée des zones rurales. À l’inverse, l’Île-de-France ferme la marche ; de la Seine-Saint-Denis au Val-d’Oise, les nuitées n’atteignent que 76 % à 86 % de leur niveau projeté. Même Paris, malgré l’effet des Jeux olympiques de 2024, plafonne à 95 % de son niveau d’avant-pandémie de Covid-19. Selon nos données, la plupart des grandes métropoles régionales n’ont pas retrouvé leur niveau de 2019 en hôtellerie. Cette évolution se retrouve dans les autres segments.

Pour les campings, la domination rurale – neuf départements sur dix en 2020 – s’est également diluée. En 2024, les départements des villes métropoles occupent six places du Top 10, témoignant de l’explosion du camping péri-urbain. Les locations de courte durée entre particuliers (PAP) continuent également leur croissance dans le rural et l’urbain. En 2024, le Top 10 se partage entre cinq départements ruraux et cinq urbains, sans aucune métropole. Ce segment valorise particulièrement les territoires de « seconde couronne », ni grandes villes ni rural isolé, comme l’Oise aux portes de Paris ou la Saône-et-Loire à proximité de Lyon.

Nature, espace et faible densité

Trois facteurs expliquent ce basculement durable.

D’abord, la fragilité structurelle des métropoles, dépendantes du tourisme d’affaires et international. La généralisation du télétravail et des visioconférences a durablement réduit les déplacements professionnels. Les zones rurales, moins exposées, ont mieux résisté.

Le second facteur tient d’un changement durable des préférences. Les voyageurs recherchent nature, espace et faible densité. Les restrictions de mobilité ont conduit les Français à redécouvrir les territoires ruraux proches, créant des habitudes durables. Le télétravail – 26 % des cadres selon la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et la « workation » (contraction de work et de vacation) renforce cette tendance, avec le changement climatique. Les canicules urbaines rendent les métropoles moins attractives, tandis que les zones montagnardes offrent une fraîcheur recherchée.

Enfin, la hausse de 18 % du prix des transports en France entre 2019 et 2024 a favorisé le tourisme de proximité. Les zones rurales en ont particulièrement bénéficié, combinant accessibilité depuis les métropoles et attributs recherchés post-pandémie de Covid-19.

Les métropoles sont les perdantes

Cette dynamique n’est pas acquise. Les territoires ruraux restent pénalisés par un déficit d’accessibilité, une offre numérique en retard et un parc d’hébergement vieillissant. Transformer l’afflux post-pandémie de Covid-19 en fréquentation durable suppose de combler ces écarts structurels, un défi que les données actuelles ne permettent pas encore de considérer comme relevé.

Cette redistribution territoriale ne semble pas désigner un vainqueur unique. Si les zones rurales ont globalement mieux résisté à la baisse du tourisme avec la pandémie de Covid-19, les zones urbaines intermédiaires, villes moyennes combinant accessibilité et cadre de vie, émergent comme un profil territorial gagnant. Les véritables perdants de cette recomposition sont clairement les grandes métropoles, particulièrement l’Île-de-France.

Les facteurs structurels qui portent cette redistribution ne s’inverseront pas. Les acteurs territoriaux doivent donc intégrer cette nouvelle donne dans leur politique de développement touristique. L’enjeu n’est plus de savoir si cette recomposition persiste, mais comment les territoires s’y adaptent.

The Conversation

Tegui Yvan Arnold ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les touristes courent vers la campagne et boudent les villes depuis la pandémie de Covid-19. En faites-vous partie ? – https://theconversation.com/les-touristes-courent-vers-la-campagne-et-boudent-les-villes-depuis-la-pandemie-de-covid-19-en-faites-vous-partie-276322

Photos, jeux vidéo, musique : ces compétences numériques que les enfants développent avant même d’apprendre à lire

Source: The Conversation – in French – By Nathalie Chapon, Professeur des universités en sciences de l’éducation et de la formation, Université Marie et Louis Pasteur (UMLP)

On discute beaucoup des effets des écrans sur la santé des enfants. On s’interroge moins souvent sur leurs usages précoces du numérique dans un monde ultraconnecté. Quels sont leurs savoir-faire réels ? Une enquête fondée sur des observations et des entretiens lève le voile sur ces pratiques du quotidien et sur les mécanismes de socialisation au numérique d’élèves de maternelle.


En l’espace de cinquante ans, les technologies numériques se sont progressivement imposées dans tous les espaces du quotidien et à tous les âges de la vie. De la télévision aux téléphones portables, en passant par les ordinateurs et les consoles, les écrans occupent aujourd’hui une place centrale dans les foyers.

Les recherches scientifiques, particulièrement développées depuis une dizaine d’années, ont principalement étudié les effets des écrans sur la santé, le sommeil et l’activité physique des enfants et des adolescents. Les résultats soulignent des répercussions notables, quel que soit l’âge des enfants.

Cependant, peu d’études se sont intéressées aux savoirs numériques des tout-petits. Dans le cadre d’un programme de recherche sur la parentalité numérique et d’un partenariat avec le TNE 25-Territoire numérique éducatif du Doubs, nous avons souhaité explorer cette question. Est-ce que les tout-petits ont des connaissances numériques ? Quelles compétences détiennent-ils exactement ?

Cette recherche explore les savoirs numériques des tout-petits d’enfants âgés d’à peine 4 ans et permet de questionner l’idée selon laquelle ils seraient dépourvus de connaissances numériques et ne seraient capables d’utiliser un téléphone seulement dans un cadre précis.

Une initiation précoce aux jeux vidéo

L’étude a été menée auprès de 59 élèves répartis en petite, moyenne et grande sections d’une école maternelle située dans une ville de l’est de la France.

Plusieurs méthodes ont été mobilisées : des observations participantes filmées, des entretiens individuels, des focus groups et des mises en situation des enfants sous la forme d’ateliers. Le recueil de données a été organisé sur une période de deux mois afin de favoriser un climat de confiance.

Les premiers résultats concernent les enfants de moyenne section de maternelle, âgés d’environ quatre ans. Ils mettent en évidence le rôle déterminant du cadre familial. Les pratiques parentales apparaissent comme le principal facteur de socialisation numérique. Les influences du père et de la mère, puis celles des frères et sœurs structurent les usages des enfants et participent à une transmission intergénérationnelle et fraternelle des pratiques.




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Chez les garçons, l’initiation aux jeux vidéo est majoritairement associée à une influence paternelle et fraternelle. Les pères, notamment les plus jeunes, jouent fréquemment avec leurs fils, partageant leurs propres pratiques vidéoludiques. Cette socialisation est souvent genrée : les garçons sont encouragés à jouer à des jeux de combat, de survie ou ils mettent en scène des super-héros. Lorsque le père n’est pas un joueur, les grands frères prennent le plus souvent le relais.

Cette transmission familiale favorise le développement de compétences numériques précoces chez les tout-petits. Certains enfants de quatre ans ont une connaissance fine de jeux vidéo pour adultes et maîtrisent aussi la recherche et l’ouverture d’applications sur smartphone, notamment la navigation sur YouTube.

Une socialisation numérique différenciée selon le genre

Sous-jacente à cette connaissance pratique du smartphone, on constate que les contenus auxquels ces enfants ont accès ne sont pas toujours adaptés à leur âge. Une majorité de garçons joue à des jeux destinés aux adolescents, voire aux adultes. Ces jeux comportent des scènes de violence ou sont associés à des conflits, des guerres avec des scènes de tueries où la mort peut être rachetée selon le jeu.

Ces expositions conduisent les enfants à développer des stratégies d’imitation et d’identification aux figures héroïques, accélérant ainsi leur processus de socialisation vers des codes préadolescents alors qu’ils sont encore dans l’enfance. L’apprentissage du numérique est essentiellement implicite donc, les enfants acquièrent des savoirs expérientiels, c’est-à-dire des compétences construites par la pratique directe, avant même la maîtrise de la lecture.

Les petites filles sont moins concernées par les jeux vidéo. Elles sont davantage tournées vers le visionnage de dessins animés ou l’utilisation d’applications liées à la photographie et à la musique. Les mères encadrent plus fréquemment l’usage du téléphone dans ce cas. Elles définissent les temps d’écran, autorisent certaines applications et accompagnent leurs filles dans leur découverte des outils numériques. Les contenus utilisés sont généralement plus adaptés à l’âge des enfants.

La transmission entre sœurs se manifeste notamment dans l’apprentissage de la prise de photos, de la mise en scène face à la caméra ou de l’écoute de musique. Les filles développent ainsi des compétences liées à l’expression de soi et à la représentation.

Contrairement aux garçons, aucune transmission marquée autour des jeux vidéo n’a été observée entre mères et filles ou entre sœurs. Il en résulte une socialisation numérique fortement différenciée selon le genre, tant dans les contenus que dans les modalités d’accès.

Une grande dextérité technique

Afin d’identifier plus précisément les savoirs des enfants, les chercheuses ont organisé des ateliers de lecture autour d’un album traitant de l’usage du téléphone. Ces échanges ont permis de mettre en lumière les connaissances des enfants concernant les applications et leurs usages.

La prise de photos et le visionnage de dessins animés constituent les usages les plus fréquemment évoqués. Lorsqu’ils manipulent un téléphone, les enfants reconnaissent aisément certaines applications grâce à leurs symboles et à leurs couleurs. L’icône de l’appareil photo est généralement identifiée par la plupart des enfants rencontrés, celle de YouTube est aussi la plus largement connue. La reconnaissance repose principalement sur l’association visuelle entre un pictogramme, une couleur et une fonction.

Les observations révèlent par ailleurs une grande dextérité technique. Les enfants savent balayer les écrans horizontalement et verticalement pour accéder aux différentes pages et applications. Cette gestuelle maîtrisée témoigne d’une autonomie réelle dans l’usage de l’appareil. À quatre ans, certains enfants possèdent déjà des compétences numériques avancées, acquises dans un cadre familial de façon expérientielle.

Ces premiers résultats soulignent l’importance d’un accompagnement parental et éducatif précoce. Car, si le numérique favorise l’autonomie, la créativité et l’accès à de nouvelles formes d’apprentissage, il expose également les enfants à des contenus inadaptés à leur âge et à une éducation familiale genrée.

The Conversation

Nathalie Chapon a reçu des financements de Région Bourgogne Franche-Comté.

Annie Lasne ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Photos, jeux vidéo, musique : ces compétences numériques que les enfants développent avant même d’apprendre à lire – https://theconversation.com/photos-jeux-video-musique-ces-competences-numeriques-que-les-enfants-developpent-avant-meme-dapprendre-a-lire-281245

Un argument économique en faveur des règles budgétaires

Source: The Conversation – in French – By François Langot, Professeur d’économie, Directeur adjoint de l’i-MIP (PSE-CEPREMAP), Le Mans Université

Pour réduire le poids de la dette, la France devra-t-elle adopter des règles budgétaires strictes ? Le débat entre les tenants de cette solution et ses opposants doit intégrer la situation réelle des finances publiques. En outre, une règle budgétaire permet au secteur privé d’anticiper à moyen et long terme, quand l’absence de règles produit angoisse et attentisme. Loin d’être une camisole, les règles budgétaires, si elles sont bien pensées, peuvent être d’autant plus efficaces qu’elles renforcent la coordination.


Le débat entre Thierry Breton et Xavier Timbeau pose une question majeure. Le premier promeut une règle budgétaire alors que le second affirme qu’une règle ne remplacera jamais la politique. Les deux ont raison, et pourtant, le débat reste incomplet. Pour dégager les vertus ou les dangers d’une règle budgétaire, encore faut-il regarder les faits.

La France n’a jamais connu plus de deux années successives de désendettement depuis cinquante ans. La France est un cas presque unique parmi les grands pays avancés. La Banque de France rappelle que la dette publique française augmente de façon continue depuis 1974. D’autres pays ont connu des poussées d’endettement, parfois massives. Mais ils ont aussi connu des phases de reflux.

Entre 2013 et 2019, l’Allemagne a vu son ratio de dette continûment se réduire pour finalement diminuer de 21 points de PIB. La Belgique l’a réduit pendant quatorze années de suite (entre 1994 et 2007), le diminuant alors de 51 points de PIB. Durant dix années successives (entre 1995 et 2004), l’Italie a connu un épisode de désendettement lui permettant de réduite son ratio dette sur PIB de 26 points. L’Espagne a réduit sa dette entre 1997 et 2007 de 30 points. Les États-Unis ont également connu une baisse de dix points entre 1997 et 2000. La Suède a engagé un redressement durable depuis sa crise des années 1990. La Suisse a abaissé fortement sa dette depuis l’introduction de son frein à l’endettement en 2003. La Pologne a également connu une baisse après son pic du milieu des années 2010. La France, elle, n’a jamais réussi à enclencher une dynamique durable de désendettement.

Une singularité française institutionnelle

Cette singularité économique s’accompagne d’une singularité institutionnelle. L’Allemagne a un frein à l’endettement de rang constitutionnel. La Suisse aussi. L’Espagne a inscrit la stabilité budgétaire dans sa Constitution et l’a complétée par une règle de dépense. L’Italie dispose depuis 2013 d’un triptyque règle de dépense, règle d’équilibre et règle de dette, lui aussi adossé à une réforme constitutionnelle. La Pologne a un plafond de dette inscrit dans sa Constitution. La Suède s’est dotée d’un cadre cohérent fondé sur un plafond de dépenses, un objectif de solde et une ancre de dette. La Belgique a utilisé successivement plusieurs règles nationales de dépenses, de recettes et de solde.




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Même les États-Unis, sans frein constitutionnel comparable au modèle allemand, disposent de procédures telles que des plafonds de dépenses, des règles imposant le financement de toutes nouvelles dépenses et de règles d’équilibre dans presque tous les États fédérés (FMI pour un descriptif à l’échelle mondiale des règles budgétaires de chaque pays).

L’année prochaine, si tout va bien…

La France, elle, n’a ni frein constitutionnel ni véritable règle nationale de désendettement. Elle a des engagements européens, des lois de programmation, et surtout une habitude : celle de renvoyer chaque année à l’année suivante l’effort qui n’a pas été consenti en pariant sur une croissance qui réduira son endettement.

Dette publique et règles budgétaires

Bien sûr, corrélation n’est pas causalité. Mais quand un pays est, sur un demi-siècle, presque le seul à cumuler hausse continue de sa dette publique et absence de règle budgétaire interne, tandis que ceux qui ont réussi à la réduire se sont souvent dotés d’une règle budgétaire, il devient difficile de soutenir que l’architecture institutionnelle est secondaire.

Une fois ces faits rappelés, le travail de l’économiste est alors d’évaluer si, à effort budgétaire donné, la règle est plus efficace pour contenir la dette publique qu’un ajustement discrétionnaire revoté chaque année, au gré des alternances, des crises et des rapports de force.

L’impact sur les anticipations des agents

Des travaux de l’i-MIP visent à évaluer l’efficacité de l’adoption de règles budgétaires. Une des originalités des méthodes développées à l’i-MIP est de prendre ne considération la formation des anticipations en réponse aux annonces de politique économique. Cela donne à ses méthodes un avantage pour l’évaluation des règles budgétaires, fortement dépendante des changements de comportements qu’elles peuvent induire.

Deux scénarios doivent alors être comparés pour mesurer l’impact d’une règle budgétaire. Pour une même restriction budgétaire pluriannuelle en valeur, le premier scénario introduit des réductions de dépenses perçues par les agents économiques comme une suite de mesures votées annuellement, se succédant les unes aux autres sans engagements à long terme. Le second scénario implémente ces mêmes économies via une règle engageant l’État, dès le premier vote, sur ces mêmes réductions de dépenses. Dans le premier cas, les agents économiques revoient leurs anticipations année après année, alors que, dans le second, ils adaptent de façon durable leurs comportements.

Si tout l’ajustement porte sur la consommation publique, la baisse du ratio dette sur PIB serait plus forte (de 2,1 points après cinq ans) si ces baisses de dépenses étaient implémentées via une règle plutôt qu’avec la possibilité qu’elles soient remises en cause chaque année. Si les économies reposent uniquement sur les transferts aux ménages, le ratio dette sur PIB baisserait de 3,1 points de plus (après cinq ans) avec une règle qu’avec des baisses de dépenses discrétionnairement votées chaque année.

Une meilleure coordination

Comme les décisions économiques reposent en grande partie sur les anticipations, la règle permet de coordonner les agents économiques sur des projets de plus long terme, davantage créateurs d’emploi et de richesse. En revanche, l’incertitude autour des votes « parlementaires » réduit l’amplitude des décisions de tous les acteurs (ménages et entreprises), dans l’attente des futurs votes. Ainsi, lorsque les agents savent qu’une trajectoire de finances publiques sera effectivement tenue, ils ajustent dès aujourd’hui et plus fortement leurs décisions d’épargne, de travail, de prix et de consommation.

Les évaluations de l’i-MIP montrent que la règle réduit non seulement le niveau de la dette mais aussi le risque de dérapage pouvant conduire à de fort niveau de dette. Elle génère aussi davantage de croissance. Le point décisif est là : une règle budgétaire n’est pas une camisole. C’est un dispositif de coordination des anticipations sur le moyen terme, horizon sur lequel se fondent les embauches et les investissements.

Comment concevoir une règle budgétaire ?

Le gouvernement doit conduire sa politique budgétaire en intégrant l’information sur la dette héritée, et pas seulement se donner une cible fixe de déficit public. Une règle budgétaire doit garantir que la dette n’est pas seulement stabilisée en éliminant l’effet boule de neige, mais progressivement ramenée vers une cible. Pour ce faire, le solde primaire doit d’une part couvrir le service de la dette passée, net de la croissance nominale, et d’autre part engager le remboursement de l’excès de dette courante par rapport à sa cible de long terme. Ce besoin de financement est donc proportionnel à l’écart entre la dette courante et sa cible de long terme et a pour fonction de déterminer explicitement le rythme du retour vers le niveau souhaité de dette. L’application concrète de cette règle suppose non seulement de définir ce rythme d’ajustement, mais aussi de préciser une cible de dette, qui sert d’ancrage au retour progressif de la trajectoire budgétaire.

Cette règle indexée sur le niveau hérité de la dette et de son écart à sa cible implique que l’excédent primaire requis décroît avec le ratio de dette : l’objectif n’est donc pas un niveau donné et intangible de solde primaire ou total, mais une règle d’indexation sur le niveau de la dette. Cette règle permet un déficit total équivalent aux gains liés au remboursement d’une dette passée avec des revenus intégrant la croissance nominale d’aujourd’hui, amputés d’un terme de correction, visant à financer le retour de la dette vers sa cible. Si le taux d’intérêt net de la croissance devient négatif, la dynamique de la dette devient suffisamment favorable pour que, même au-dessus de la cible, le retour progressif vers celle-ci puisse demeurer compatible avec un déficit primaire.

France Culture, 2025.

La nécessité d’un plan budgétaire pluriannuel

Aujourd’hui le déficit primaire de l’État français est de 2,9 points de PIB avec un ratio dette sur PIB à 115,6 %. L’application immédiate de la règle décrite ci-dessus nécessiterait de présenter en 2026 un budget excédentaire d’au moins 0,55 point de PIB afin de stabiliser la dette à son niveau d’aujourd’hui. Ensuite, pour que le ratio dette sur PIB passe sous les 100 % dans 20 ans (réduction de l’écart à une cible de long terme fixée à 60 % en accord avec le traité européen), un second excédent de 1,15 point de PIB est nécessaire. L’addition de ces deux composantes de la règle conduit alors à un excédent primaire de 1,7 point de PIB pour 2026. Ainsi, avant même d’engager une réduction de la dette publique, le seul objectif de la stabiliser en une période est certainement irréaliste compte tenu de l’ampleur du déficit actuel. C’est donc un engagement sur un plan budgétaire sur un horizon pluriannuel qui doit garantir la stabilisation, puis le retour vers la cible de long terme. C’est ce type de règle, dans le cadre d’un plan pluriannuel, qui est testée dans les simulations de l’i-MIP et permet d’accroître l’efficacité d’une politique de consolidation.

Thierry Breton a raison sur un point essentiel : un pays ne peut vivre éternellement dans le déni budgétaire. Xavier Timbeau a raison sur un autre : aucun chiffre gravé dans le marbre ne remplacera jamais l’intelligence économique. Mais la conclusion à tirer n’est ni l’austérité constitutionnalisée ni le refus de toute règle. Elle est plus simple, la France a besoin d’une gestion budgétaire crédible et surtout prévisible.

Autrement dit, d’une règle pluriannuelle, transparente, suspendable en cas de choc majeur, mais suffisamment contraignante pour empêcher ce que nous pratiquons depuis cinquante ans : promettre le redressement demain pour éviter de le décider aujourd’hui. Parce qu’elle coordonne les décisions sur un horizon plus long, une telle règle réduit l’incertitude économique, toujours défavorable à l’embauche comme à l’investissement. Et si cette discipline avait été à l’œuvre ces deux dernières années, nous disposerions peut-être aujourd’hui des marges budgétaires nécessaires pour financer un nouveau bouclier tarifaire.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Un argument économique en faveur des règles budgétaires – https://theconversation.com/un-argument-economique-en-faveur-des-regles-budgetaires-280518