Le trouble développemental du langage, un enjeu de santé publique

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marcela Perrone-Bertolotti, Enseignante-Chercheuse au Laboratoire de Psychologie et NeuroCognition (UMR 5105, CNRS), Université Grenoble Alpes (UGA)

Peu connu, le trouble développemental du langage affecterait 7,5 % de la population française. Souvent confondu avec de la timidité, un problème d’attention, ou des difficultés intellectuelles, ce handicap invisible, dont les causes sont encore mal comprises, gâche la vie de nombreux enfants, et a aussi des répercussions sur leur vie d’adulte.


La consigne donnée était simple : « Prenez vos cahiers et écrivez la date du jour ». Pourtant, dans la classe, un élève reste immobile, les yeux fixés sur la page blanche. L’enseignant se dit qu’une fois de plus, l’enfant ne l’a pas écouté, qu’il a encore « la tête dans les nuages ».

Il ne voit pas l’effort considérable que déploie cet élève : dès le début de sa journée, l’enfant a dû mobiliser toute son énergie pour décoder les sons, assembler les mots et en extraire le sens. Pendant que les autres ont déjà commencé à écrire, lui essaie encore simplement de comprendre ce qu’on lui demande. Cet enfant vit avec un trouble invisible : le trouble développemental du langage (TDL).

Anciennement désigné sous les termes de « dysphasie » ou de « trouble spécifique du langage oral », le TDL fait partie des troubles neurodéveloppementaux. Ces troubles débutent précocement au cours du développement et altèrent durablement le fonctionnement personnel, social, scolaire et professionnel tout au long de la vie (DSM-5). Voici ce qu’il faut savoir sur le TDL.

Des difficultés de langage

L’acquisition et le développement du langage oral sont très rapides : vers l’âge de cinq ans, un enfant est capable d’établir et de maintenir une conversation similaire à celle d’un adulte, alors qu’il ne sait pas encore faire ses lacets. Derrière cet apprentissage qui semble aller de soi se cache l’une des fonctions les plus complexes du cerveau humain. Une complexité qui devient particulièrement tangible lorsque des dysfonctionnements surviennent durant le développement, comme c’est le cas dans le TDL.

Le langage autour du monde : raconté par Julianne, 16 ans, qui vit avec un trouble du développement du langage.

Le TDL est généralement diagnostiqué lorsqu’un enfant présente des difficultés significatives et persistantes dans la compréhension ou la production du langage, avec une répercussion fonctionnelle dans la vie quotidienne. De plus, les enfants concernés ont bénéficié d’une exposition linguistique adéquate, et ne présentent aucune condition biomédicale (c’est-à-dire aucun déficit sensoriel, neurologique ou intellectuel) qui permettrait d’expliquer ces difficultés.

Les difficultés langagières rencontrées par les enfants présentant un TDL peuvent être très diverses. Elles peuvent concerner la production des sons de la langue, l’utilisation du vocabulaire, la structuration des phrases, l’application des règles grammaticales, la capacité à raconter une histoire, le respect des règles de communication et de conversation, la mémorisation d’informations verbales ou encore la compréhension des mots et des consignes.

Il est important de souligner que ces manifestations sont très hétérogènes d’un individu à l’autre. De plus, le langage évoluant avec l’âge, les difficultés se transforment au cours du développement. Ainsi, les manifestations du TDL diffèrent non seulement d’une personne à l’autre, mais elles peuvent également évoluer chez une même personne au fil du temps.

Dans tous les cas, ces difficultés langagières ont un impact significatif sur la vie quotidienne de l’enfant, que ce soit en famille, dans ses apprentissages, dans ses relations avec ses pairs, ou encore concernant son estime de lui-même.

Des causes mal comprises

Le TDL affecterait 7,5 % de la population, soit environ 2 enfants par classe, ce qui représente environ 50 000 naissances par an et près de 5 millions de personnes en France. À titre de comparaison, le trouble du spectre de l’autisme, davantage connu du grand public, concerne environ 1 à 2 % de la population, soit environ 15 000 nouvelles naissances concernées chaque année en France.

L’histoire de Darcie – Une vidéo sur les troubles du développement du langage (vidéo en anglais).

Les causes du TDL ne sont pas entièrement comprises. Il s’agit d’un trouble multifactoriel, résultant de l’interaction de facteurs génétiques, biologiques et environnementaux. À ce jour, aucun gène unique n’a été identifié comme responsable du TDL. Toutefois, une composante héréditaire est bien établie : le risque de présenter ce trouble est plus élevé lorsque d’autres membres de la famille sont concernés.

Certains facteurs biologiques ou environnementaux précoces ont aussi été associés à un risque accru de difficultés langagières, sans pour autant être considérés comme des causes directes du TDL. C’est par exemple le cas de la prématurité, d’un faible poids à la naissance ou d’autres complications périnatales.

Les recherches montrent également qu’un faible niveau socio-économique ou un manque de stimulation (dans le cas de parents qui parleraient peu à leur enfant, par exemple) représentent des facteurs de risque de présenter un trouble du langage et, à l’inverse, le fait de vivre dans un environnement langagier riche (lire des livres aux enfants, faire des activités stimulant le langage, bénéficier de situations sociales de qualité et variées) constitue un facteur de protection, favorisant le développement du langage chez tous les enfants, mais il n’empêche pas à lui seul l’apparition d’un TDL.

Il est important de souligner que le bilinguisme, ou plus largement l’exposition à plusieurs langues, ne provoque pas de TDL. Les enfants sont capables d’apprendre plusieurs langues dès la petite enfance.

À l’heure actuelle, aucun marqueur biologique, neurologique ou environnemental spécifique ne permet d’expliquer à lui seul ou de déterminer la présence du trouble, ni d’en prédire l’apparition avec certitude.

Des difficultés qui débutent très tôt et persistent

Il est souvent difficile de poser un diagnostic de TDL avant l’âge de 3 à 4 ans, car les difficultés langagières transitoires peuvent ressembler à celles associées au TDL. Toutefois, des difficultés persistantes de compréhension ou de production du langage entre 18 mois et 5 ans sont associées à un risque accru de TDL.

Les efforts de clarification et de diffusion d’informations autour du TDL se sont nettement structurés ces dernières années. Un tournant majeur a été l’établissement du consensus international CATALISE, issu d’un panel pluridisciplinaire de 59 experts internationaux et coordonnées par plusieurs chercheurs et cliniciens, dont la psychologue britannique Dorothy Bishop.

Parmi les recommandations, l’appellation « trouble développemental du langage » est préconisée lorsque les difficultés langagières persistent au-delà de l’école maternelle (après six ans) et entraînent un retentissement fonctionnel notable dans la vie quotidienne, sans qu’aucune condition environnementale ou biomédicale puisse venir expliquer ce développement atypique.

En harmonisant la terminologie et les critères d’identification, ce consensus fournit un cadre commun aux travaux scientifiques, ce qui facilite l’acquisition progressive de données scientifiques et leur comparaison. Des repères concernant le développement de la communication, du langage et de la parole ont également été discutés dans le cadre de ce consensus.

En effet, des signes d’un développement atypique du langage chez l’enfant peuvent alerter. Ils varient en fonction de l’âge de l’enfant (pour en savoir plus sur ces signes d’alertes, vous pouvez consulter le site allo-ortho).

À partir de cinq ans, lorsque des difficultés sont toujours présentes, il est probable qu’elles persistent. Il est donc important, si des questionnements existent quant au développement du langage d’un enfant, de les prendre en considération sans attendre.

Au cours de l’enfance, ce sont souvent les difficultés d’apprentissage qui alertent. Les enfants avec un TDL ont six fois plus de risques de rencontrer des difficultés d’apprentissage du langage écrit, quatre fois plus de risques de présenter des difficultés en mathématiques, et jusqu’à douze fois plus de risques de cumuler l’ensemble de ces difficultés.

Au-delà des enjeux scolaires, les conséquences du TDL s’étendent à la sphère psychosociale. Ces enfants sont davantage sujets à l’anxiété et à la dépression et aux troubles du comportement.

Des difficultés qui persistent à l’âge adulte

Les vulnérabilités qui touchent les enfants atteints de TDL tendent aussi à persister à l’âge adulte. Elles se traduisent par des difficultés en matière d’insertion professionnelle, de bien-être psychologique et de vie sociale.

Jusqu’à présent, les expériences vécues par les adultes avec un TDL ont fait l’objet d’un nombre limité de recherches. En 2024, des travaux ont été menés pour comprendre comment le TDL impacte la vie quotidienne des adultes tout au long de leur parcours. Leurs auteurs ont recueilli les points de vue d’adultes vivant avec ce trouble au Royaume-Uni. Les résultats ont révélé que ce trouble a un impact durable sur la vie des adultes qui en sont atteints.

Ils ressentent notamment un sentiment d’exclusion, et rencontrent des difficultés à suivre les conversations, ce qui peut entraîner un sentiment de solitude, d’isolement et d’anxiété. Sur le plan professionnel, ils ont souvent du mal à trouver ou à conserver un emploi, en raison de malentendus, de discrimination ou de la crainte de devoir révéler leur trouble.

Vivre et travailler avec un TDL, une vidéo de Regroupement TDL Québec.

Si plusieurs études internationales soulignent une persistance des vulnérabilités sur le plan académique, professionnel et psychosocial, aucun travail de grande ampleur n’a, à ce jour, documenté ces trajectoires en France. Cette absence de données empiriques constitue un frein important à l’élaboration de dispositifs d’accompagnement ciblés et fondés sur des preuves.

Un enjeu de santé publique invisibilisé

Le TDL présente toutes les caractéristiques d’un enjeu de santé publique (prévalence, impacts fonctionnels significatifs au quotidien). Pourtant, il demeure relativement méconnu du grand public et bénéficie d’une visibilité plus limitée que d’autres troubles neurodéveloppementaux dans la recherche, les médias et les politiques publiques.

Ce manque de visibilité du TDL est directement observable dans les travaux de recherche. En effet, en 2020, on ne dénombrait que 0,03 publication scientifique pour 100 enfants atteints de TDL aux États-Unis. Pour les troubles du spectre autistique, par exemple, ce ratio s’élève à 7,94. Cette disproportion n’est pas anodine et est au centre d’enjeux majeurs concernant non seulement la production de connaissances fondamentales sur le TDL, mais aussi la mise au point d’outils de diagnostic, ou encore les recommandations de prise en charge et la disponibilité des financements pour la recherche et la clinique.

L’une des raisons principales de cette invisibilité est, entre autres, la grande hétérogénéité des termes diagnostiques utilisés dans le passé. Le TDL a porté plus de 30 appellations différentes : dysphasie, trouble spécifique du langage, aphasie développementale, etc. En France, le terme « dysphasie » lui est encore souvent préféré pour l’évoquer au sein des troubles “DYS”. Cette grande variabilité terminologique entrave encore nettement la caractérisation et à la prise en charge de ce trouble.

Elle reflète aussi la complexité inhérente au langage. En effet, une autre raison importante expliquant l’invisibilisation du TDL est sa nature « cachée » : les difficultés langagières peuvent être subtiles (par exemple, chercher ses mots, utiliser des mots-valises comme « truc » ou « machin », formuler des phrases simples), mal interprétées (confondu avec de la timidité, ou avec un problème d’intelligence) ou masquées par des stratégies de compensation, ce qui complique l’identification précise des difficultés.

Parler davantage du TDL

Donner de la visibilité au TDL permettra aux recherches sur le sujet de progresser.

Les connaissances acquises favoriseront la mise en place de méthodes de repérage plus précoce et d’interventions plus ciblées. Elles amélioreront l’identification des compétences préservées chez les enfants concernés (leurs points forts), ainsi que celle des facteurs de protection à renforcer, susceptibles d’améliorer leur situation, pendant l’enfance et à l’âge adulte (interactions sociales de qualité, activités épanouissantes permettant de renforcer l’estime de soi, etc.).

Car il faut le répéter : le TDL peut nécessiter des interventions adaptées tout au long de la vie, notamment dans les moments de transition (à l’adolescence, passages aux études supérieures, vie active…). Le premier pas vers une meilleure prise en charge est des plus simples : il faut parler davantage du trouble développemental du langage !


Pour aller plus loin :

Rendre visible le TDL dépasse le champ académique : c’est aussi une démarche portée par des personnes concernées, des familles et des professionnels. Le mouvement international Raising Awareness of Developmental Language Disorder, fondé en 2012, en est l’illustration. Coordonné par un comité bénévole international et actif dans plus de 40 pays, dont la France, ce mouvement organise chaque année en octobre une Journée internationale de sensibilisation au TDL, pour rendre visible ce trouble invisible.

D’autres ressources sont aussi disponibles :

_ – Des vidéos explicatives réalisées par Estelle Gillet-Perret, orthophoniste au Centre de référence des troubles du langage et des apprentissages du CHU Grenoble Alpes ;_

_ – Le site de l’association Avenir Dysphasie TDL France ;_

_ – Du matériel visuel explicatif, tel que des cartes postales et posters ; _

_ – L’actualité du regroupement EVEIL TDL France peut être consultée sur Instagram (@radldfrance) et LinkedIn (RADLDFRANCE)._

_ – Des informations sur le langage et le TDL se trouvent également sur les sites Internet Allo-ortho, Fédération française de dys et Regroupement TDL Quebec. _

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Le trouble développemental du langage, un enjeu de santé publique – https://theconversation.com/le-trouble-developpemental-du-langage-un-enjeu-de-sante-publique-285501

Si l’IA est capable de tout traduire, pourquoi encore apprendre des langues étrangères ?

Source: The Conversation – in French – By Olivia Maurice, PhD, Cognitive Neuroscience, Western Sydney University; University of Sydney

Même à l’heure de la traduction instantanée par intelligence artificielle, l’apprentissage d’une nouvelle langue demeure bénéfique. En effet, de nombreux indices suggèrent qu’elle améliore la résilience cognitive du cerveau à mesure que l’on avance en âge. Par ailleurs, elle permet de saisir des nuances culturelles que les traducteurs automatiques sont encore incapables de rendre correctement.


Traduction audio en temps réel durant les visioconférences, doublage automatique des vidéos sur TikTok… L’abolition des barrières linguistiques grâce à la technologie semble aujourd’hui s’être concrétisée. La traduction en temps réel par intelligence artificielle (IA) fait désormais partie de notre quotidien.

Les outils mis au point par OpenAI, Meta, Google et bien d’autres sociétés proposent désormais une traduction quasi instantanée dans des dizaines de langues, et ne cessent de s’améliorer.

Cette situation pose une question cruciale : si des machines peuvent traduire plus vite et plus précisément que les humains, cela vaut-il encore la peine de s’investir, des années durant, dans l’apprentissage d’une langue étrangère ?

D’un point de vue purement logique, la situation a quelque chose de séduisant. En effet, au fil de leur histoire, les humains n’ont jamais hésité à déléguer une part de leur travail cognitif à des outils. Grâce à l’écriture, nous avons pu alléger les contraintes pesant sur notre mémoire. Les calculatrices nous ont libérés du fardeau du calcul mental. L’IA s’inscrit elle aussi dans cette longue tradition : bien utilisée, elle peut constituer une aide à l’apprentissage, et l’améliorer de diverses façons.

Cependant, il existe une différence de taille entre le fait d’utiliser un outil pour étendre ses capacités et celui de s’en servir pour, purement et simplement, éviter de produire tout effort.

Cette distinction s’avère essentielle dès lors que l’emploi d’un nouvel outil ne se résume pas au remplacement d’une capacité donnée, mais aboutit aussi à l’effacement de l’engagement cognitif et culturel qui lui est associé.

Ce qui compte, c’est l’effort

L’effort joue un rôle central dans la manière dont nous acquérons des connaissances.

Les psychologues emploient l’expression « difficultés désirables » pour désigner des défis qui peuvent sembler inutiles sur le moment, mais qui, sur le long terme, aboutissent à une rétention et à une compréhension renforcées.

Se débattre avec la grammaire, chercher le mot juste ou chercher à construire du sens dans différentes langues mobilise des réseaux cérébraux qui renforcent non seulement la mémoire, mais aussi l’attention et la flexibilité cognitive. Au fil du temps, ces activités consolident bien plus les connaissances que dans le cas d’une simple exposition passive aux langues.

Le fait de s’investir dans un engagement mental soutenu contribue à ce que les chercheurs appellent la résilience cognitive (une expression désignant la capacité de notre cerveau à préserver ses fonctions à mesure que nous vieillissons et que celles-ci déclinent). Passer d’une langue à l’autre requiert un tel engagement : le cerveau doit en effet arbitrer entre plusieurs langues concurrentes, tout en surveillant le contexte et en s’y adaptant de façon dynamique.

Se plier à de telles exigences n’a rien d’anodin. Or, lorsque nous nous contentons de recourir passivement à des outils de traduction pour comprendre, d’un simple clic, le sens d’une phrase rédigée ou prononcée dans une langue étrangère, le niveau d’effort demandé est loin d’être le même…

Ce que révèlent les recherches sur le multilinguisme

Les données sur le multilinguisme sont souvent résumées par une formule simpliste : « l’avantage bilingue ».

Ce raccourci masque une réalité bien plus complexe que cette expression ne le laisse supposer. En effet, si certaines études sur le multilinguisme rapportent que celui-ci pourrait être lié à l’existence de bénéfices en matière d’attention ou de mémoire de travail, d’autres ne relèvent aucune différence. La réalité semble plus sélective.

Au cours de nos récents travaux, nous avons examiné les performances cognitives de 94 adultes âgés de 18 à 83 ans, à l’aide de tâches à la fois visuospatiales et auditives impliquant la mémoire de travail, l’attention et l’inhibition. Concrètement, nous avons observé comment les participants traitent les informations qu’ils voient ou se représentent mentalement dans l’espace (dimension visuospatiale) ainsi que les informations qu’ils entendent (dimension auditive), et comment ils y réagissent. Il pouvait s’agir, par exemple, de mémoriser des sons, de se concentrer sur des motifs visuels ou d’ignorer des distractions.

Ces travaux indiquent que le multilinguisme est plutôt un continuum qu’une catégorie aux contours bien définis. Cette approche nous a en particulier permis de mieux saisir la diversité des parcours et des expériences linguistiques. Les participants multilingues parlaient en effet tout un éventail de langues, avec des niveaux de maîtrise variables. D’un participant à l’autre, l’usage quotidien de chaque langue variait également. Autant de différences reflétant la diversité linguistique propre aux communautés multiculturelles.

Nos résultats ont révélé que, concernant la plupart des tâches, les performances des personnes multilingues et monolingues étaient similaires. Un résultat s’est toutefois démarqué des autres : les personnes ayant une expérience multilingue plus riche et plus diversifiée ont affiché des performances nettement meilleures dans les tâches mobilisant la mémoire de travail visuospatiale. Ces effets étaient en outre plus marqués chez les personnes âgées.

Ces données suggèrent que le multilinguisme n’améliore pas la cognition de manière générale, comme certains le prétendent. Le fait de parler plusieurs langues contribuerait plutôt à préserver certaines fonctions spécifiques au fil du temps.

Des recherches distinctes, menées à l’échelle des populations, ont également établi un lien entre le multilinguisme et le fait de déclencher plus tardivement la maladie d’Alzheimer, ainsi qu’avec le fait de globalement mieux vieillir. Toutefois, les mécanismes en jeu font encore l’objet de débats.

L’ensemble de ces travaux suggèrent cependant que pratiquer plusieurs langues de façon soutenue constitue une forme d’activité mentale dont les effets se cumulent tout au long de l’existence.

Ce que la traduction par IA ne fait pas

Certes, la traduction par IA est rapide, et facile d’accès. D’un point de vue purement pratique, elle fonctionne remarquablement bien. Mais elle procède par reconnaissance de motifs, et non par une compréhension découlant d’un vécu. En conséquence, elle se heurte parfois à des difficultés dans certains contextes culturels, ou face à l’humour, à certains registres de langage ou lorsque le sens est chargé d’émotion. C’est d’autant plus le cas pour les langues les moins bien représentées dans les données d’entraînement.

Au mieux, l’IA saisit les dimensions littérales du langage, mais passe à côté de ses dimensions sociales. Pour le comprendre, il suffit de voir ou revoir la scène du film Love Actually (2003), où Jamie, interprété par Colin Firth, formule une demande en mariage maladroite, mais sincère, à Aurelia, dans un portugais hésitant.

Cette scène fonctionne précisément parce que ses mots imparfaits traduisent à la fois son effort, sa vulnérabilité et son intention. S’il avait utilisé un logiciel de traduction en temps réel, sa phrase n’aurait transmis qu’une simple information.

C’est là une distinction fondamentale à garder en mémoire : traduction ne rime pas toujours avec participation. Apprendre une langue implique de comprendre la manière dont les gens pensent, leurs valeurs, et la façon dont le sens se construit à travers un contexte, une histoire. Acquérir cette culture se fait par des interactions et des expériences. Elle ne peut pas être entièrement déléguée à des systèmes qui traduisent à la demande.

Les participants multilingues de notre étude en témoignent directement :

« Je pense assurément en télougou, mais je me souviens des nombres et je compte en anglais. »

« L’afrikaans est la langue de mon cœur, celle qui exprime le mieux les émotions intenses. L’anglais est la langue des affaires, utilisée surtout dans la vie quotidienne. »

Il ne s’agit pas là des descriptions de simples basculements entre divers modes de traduction. Ces témoignages décrivent des façons différentes d’habiter sa propre identité.

L’IA continuera de transformer notre rapport à l’apprentissage des langues. Elle pourra être utilisée pour personnaliser l’enseignement, franchir certains obstacles et offrir un accompagnement à grande échelle. En revanche, elle ne pourra pas se substituer au travail cognitif et culturel qu’implique l’apprentissage d’une langue. Cet investissement nous connecte plus fortement avec la manière dont les autres perçoivent le monde, et avec la façon nous nous exprimons nous-mêmes. Et aujourd’hui encore, cette différence importe.

The Conversation

Olivia Maurice a obtenu son doctorat à l’Institut MARCS de l’Université de Western Sydney.

Mark Antoniou bénéficie d’un financement du Conseil australien de la recherche.

– ref. Si l’IA est capable de tout traduire, pourquoi encore apprendre des langues étrangères ? – https://theconversation.com/si-lia-est-capable-de-tout-traduire-pourquoi-encore-apprendre-des-langues-etrangeres-287436

Analyses stratégiques, timing et feintes : comment les gardiens réussissent l’exploit d’arrêter un penalty

Source: The Conversation – France in French (2) – By Nicolas Benguigui, Professeur en sciences cognitives, sciences du sport et de la motricité – Laboratoire GREYC – UMR 6072 UNICAEN CNRS – UFR STAPS, Université de Caen Normandie

Le penalty au football est sans doute une des situations les plus marquantes de ce sport qui concentre toute la dramaturgie du jeu et le stress extrême que peuvent ressentir les joueurs ou joueuses impliquées. Un ballon placé à 11 mètres, un tireur face à un gardien de but, quelques dixièmes de seconde pour décider et agir… et parfois tout un match et même un titre prestigieux qui se jouent sur ce duel. Quelles stratégies les gardiens mettent-ils en place pour réussir à stopper ces frappes ?


La Coupe du Monde qui se déroule actuellement est le théâtre de dénouements marquants dans l’épreuve des tirs au but d’autant plus que l’augmentation du nombre de participants a doublé le nombre de matchs à élimination directe. Et on se souvient si bien de l’issue défavorable pour l’équipe de France lors de la dernière finale de cette compétition. Il y a seulement quelques semaines, le Paris Saint-Germain en remportant la Ligue des Champions 2026, a confirmé une tendance remarquable qui a permis au club parisien de remporter ses six dernières séances de tirs au but. Derrière ces succès se cache un travail considérable de préparation, tant sur le plan technique que psychologique, devenu aujourd’hui incontournable au plus haut niveau.

Dans ce duel, l’attention est souvent portée aux tireurs qui font face à une pression psychologique très importante dans la mesure où le droit à l’erreur n’est pas autorisé, sachant l’énorme avantage pour le tireur dans cet exercice qui se traduit par un taux de conversion des penaltys en buts qui peut monter jusqu’à plus de 90 % pour les meilleurs tireurs. Mais l’histoire du football regorge d’exemples où un gardien a fait basculer le destin d’une équipe. L’un des cas les plus célèbres reste celui de Petr Čech lors de la finale de la Ligue des Champions 2012 entre son club de Chelsea et le Bayern Munich. Ce soir-là, le gardien tchèque arrête trois penaltys au cours de la rencontre et de la séance de tirs au but. Plus impressionnant encore, il plonge du bon côté sur l’ensemble des six penaltys auxquels il est confronté. Cette performance exceptionnelle n’était pas le fruit du hasard. Elle reposait sur un travail d’analyse minutieux réalisé en amont avec l’entraîneur des gardiens et les autres gardiens du club, visant à identifier les habitudes et préférences des tireurs adverses.

La performance exceptionnelle de Petr Čech lors de la finale de la Ligue des Champions 2012.

Aujourd’hui, cette préparation spécifique constitue l’un des principaux axes de travail des gardiens professionnels et de leurs entraîneurs. Les séances vidéo, l’analyse statistique des habitudes des tireurs, l’étude des courses d’élan ou des zones de frappe privilégiées font désormais partie intégrante de la préparation des grandes compétitions. Concernant les études scientifiques, une large majorité des travaux s’est intéressée aux tireurs dont les échecs dans cet exercice sont souvent décrits comme une défaillance psychologique. Le cas du gardien a été moins étudié.

Pourquoi est-il si difficile d’arrêter un penalty ?

La première constatation qui peut être faite est que le duel entre le tireur de penalty et le gardien de but est très défavorable à ce dernier. Une étude de la Société d’analyse de données sportive a établi à partir d’une base de 100 000 penaltys tirés dans des matchs de haut niveau que le taux de conversion se situait autour de 75 % aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Cette supériorité du tireur s’explique par les contraintes spatiales et temporelles auxquelles le gardien doit faire face. Une frappe peut dépasser 100 km/h et atteindre le but en moins d’une demi-seconde (500 ms) alors que le gardien doit défendre un but de 7,32 m de large et 2,44 m de hauteur. Or il faut environ 200 ms pour identifier une information et initier une réponse motrice dans une situation aussi complexe même pour des athlètes super-entraînés, puis encore 500 à 600 ms pour produire un plongeon couvrant efficacement le but. Attendre le départ du ballon conduit donc presque toujours à une action trop tardive. Les gardiens doivent ainsi anticiper, c’est-à-dire engager une action avant la frappe adverse sur la base d’informations prédictives mais partielles.

Le sujet de l’anticipation a été très largement étudié en sport et certaines études ont porté précisément sur celles des gardiens de but au football. Pour prédire la direction du tir avant la frappe, il a été montré que les gardiens de but sont capables d’utiliser des connaissances préalables sur les tireurs en termes de probabilités de choix ainsi que des indices biomécaniques relatifs à la course d’élan et la préparation de la frappe des tireurs – orientation des hanches, du pied d’appui, des épaules ou posture générale. Cela a été montré avec des dispositifs permettant d’occulter certaines parties du corps de tireurs ou d’analyser les stratégies visuelles mises en œuvre par les gardiens pour extraire des informations significatives.

Pour autant, les stratégies d’anticipation présentent des limites. Les informations extraites avant la frappe sont nécessairement imprécises d’autant plus qu’elles sont prélevées tôt et se répercutent par des erreurs de décision. De plus, les meilleurs tireurs retardent parfois leur décision ou modifient leur geste afin de masquer leurs intentions ou de tromper le gardien en choisissant le côté du tir après avoir vu le gardien partir d’un côté, comme le fait avec beaucoup d’habileté le joueur brésilien Neymar.

Le penalty de Neymar contre la Norvège : on voit la tentative de déstabilisation du gardien et la course d’élan de Neymar.

Les gardiens font ainsi face à de nombreuses feintes possibles des tireurs. Cela a été étudié notamment dans une étude menée en 2012 qui a reproduit expérimentalement sur la base de vidéos les effets des feintes pour des gardiens de haut niveau. Par exemple, pendant son élan, le tireur pouvait délibérément fixer du regard la direction opposée à son tir. L’angle de la course d’élan vers le ballon était aussi manipulé et rendu opposé à la relation qui pourrait être attendue entre la direction de la course d’élan et la direction du tir. Ces deux feintes se traduisaient par une diminution du taux de bonne décision des gardiens de but passant d’environ 65 % pour les tirs sans feinte à seulement 45 % pour les tirs avec feintes et même 25 % quand deux feintes étaient additionnées.

Si les gardiens subissent les feintes de tireurs, ils peuvent aussi en produire pour perturber le tireur. Une analyse rétrospective réalisée en 2016 sur un total de 322 penaltys frappés lors des Coupes du monde de la FIFA (1986-2010) et des Championnats d’Europe de l’UEFA (1984-2012), a permis de montrer que les scores de réussite de tireurs diminuaient lorsque les gardiens de but réalisaient des actions de distraction avant le tir comme de se déplacer sur leur ligne ou faire des mouvements de bras. Cela était aussi le cas quand les joueurs portaient une attention plus importante au gardien de but montrant que cette dernière met en difficulté les tireurs.

Une étude réalisée en 2024 s’est intéressée à l’efficacité des feintes que pouvaient produire les gardiens pour gêner les tireurs où les conduire à tirer du côté où le gardien avait décidé de plonger. Pour cela, les chercheurs ont analysé 714 penaltys tirés lors de matchs de la Premier League anglaise et de la Bundesliga allemande, couvrant les saisons 2016-2017 à 2019-2020. Les résultats ont montré que les gardiens de but recouraient à des feintes dans la moitié des tirs au but, ce qui se traduisait par un nombre de buts nettement inférieur par rapport aux tirs au but sans feinte. Cet avantage était similaire pour les différents types de feintes, mais plus marqué lorsque les tireurs prêtaient attention aux gardiens.

Le dilemme du gardien : partir tôt… ou attendre ?

Une des questions qui reste en suspens concerne le timing du plongeon du gardien de but. En effet, le gardien fait face à un dilemme : partir tôt au risque d’être pris à contre-pied, ou attendre davantage pour disposer d’informations plus fiables, tout en réduisant le temps disponible pour atteindre le ballon. Ce compromis est d’autant plus contraignant que les règles du jeu imposent au gardien de conserver au moins un pied en contact avec la ligne de but au moment où le tireur frappe le ballon. Cette obligation limite sa capacité à avancer significativement avant la frappe et réduit la marge temporelle disponible pour réagir, accentuant ainsi l’importance du choix du moment optimal pour initier le plongeon.

Une étude de 2018 a montré que les gardiens professionnels déclenchent majoritairement leur plongeon environ 200 ms avant la frappe. Une autre plus ancienne avait distingué des stratégies précoces et tardives, suggérant un avantage pour ces dernières, mais sur un échantillon limité de 108 penaltys étudiés.

Une nouvelle étude sur près de 1000 penaltys

Pour répondre à cette question du timing du gardien, nous pouvons présenter les premiers résultats issus d’une étude que nous menons à l’heure actuelle et qui a porté sur une analyse de 938 penaltys professionnels à l’aide d’un logiciel d’analyse vidéo image par image. Chaque plongeon du gardien a été mesuré avec une précision de 10 millisecondes afin de déterminer exactement à quel moment le mouvement débutait par rapport à la frappe du ballon. En général il s’agissait de l’apparition d’un décalage des appuis pour permettre une poussée latérale ou bien une inclinaison du buste. En complément de ce timing, nous avons ensuite analysé la pertinence du choix du gardien dans la direction de son plongeon et le taux d’arrêt.

Notre principal résultat est l’identification d’une véritable « fenêtre optimale » de déclenchement. Les gardiens les plus performants initient leur plongeon autour de 240 ms avant la frappe, avec une efficacité élevée entre -200 et -300 ms. Dans cette fenêtre, ils plongent plus souvent du bon côté et obtiennent les meilleurs taux d’arrêt. À l’inverse, les plongeons très précoces (avant -360 ms) sont associés à de faibles performances, tandis que les plongeons tardifs permettent parfois de mieux lire la direction du tir sans améliorer le taux d’arrêt.

On le voit clairement, ce duel entre tireur et gardien illustre parfaitement les enjeux cognitifs, perceptifs et moteurs du sport de haut niveau, cristallisés autour de l’anticipation. Nos résultats ouvrent plusieurs perspectives pour l’entraînement des gardiens. La préparation doit d’abord s’appuyer sur l’analyse des préférences des tireurs, de leurs probabilités de choix et des indices perceptifs révélant leurs intentions durant la course d’élan et la préparation de la frappe.

Le comportement préparatoire du gardien mérite également une attention particulière : attirer l’attention du tireur par des comportements de distraction autorisés ou des feintes de départ peut réduire son avantage et améliorer les chances d’arrêt, dans le respect des règles et du fair-play. Les résultats soulignent aussi l’intérêt de développer les routines de préparation et l’analyse vidéo des indices corporels utiles à la prise de décision.

Enfin, la maîtrise du timing décisionnel apparaît déterminante. Nos données montrent qu’un déclenchement entre -200 et -300 ms avant l’impact constitue le meilleur compromis entre anticipation et temps d’intervention. Les gardiens doivent donc apprendre à synchroniser leur plongeon avec la frappe, y compris lorsque le tireur ralentit ou interrompt brièvement sa course. Ces pistes constituent des leviers prometteurs pour optimiser la performance des gardiens et, espérons-le, permettre à celui de l’équipe de France de devenir un véritable héros.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Analyses stratégiques, timing et feintes : comment les gardiens réussissent l’exploit d’arrêter un penalty – https://theconversation.com/analyses-strategiques-timing-et-feintes-comment-les-gardiens-reussissent-lexploit-darreter-un-penalty-287314

‘Twistrónica’: el ángulo mágico del grafeno y la antipiedra filosofal

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Manuel Torralba, Catedrático de la Universidad Carlos III de Madrid, IMDEA MATERIALES

Vista de una estructura de nanotecnología molecular de grafeno. Production Perig/Shutterstock

Posiblemente estemos ante una de las historias más fascinantes de los últimos y provechosos años de investigación en física cuántica y desarrollo de materiales avanzados: la rotación (un mínimo twist) en láminas de grafeno del espesor de un átomo generó un ángulo mágico (así lo llaman en física) que nos coloca ante la posibilidad de dar forma a materiales inverosímiles.

La ciencia no es nunca magia, pero a veces lo parece.

Lluvia de premios

El premio Fronteras del Conocimiento de la Fundación BBVA, en la categoría de Ciencias Básicas, ha recaído este año en dos físicos, el canadiense Allan McDonald y el español Pablo Jarillo-Herrero (catedrático del MIT), por sus contribuciones en el campo de la llamada “twistrónica”. También en este año 2026, el galardón más importante de Física (después del Nobel), el Premio Kavli de Nanociencia, se ha concedido a estos mismos científicos junto con la física Eva Y. Andrei (rumana) “por su trabajo fundacional en el establecimiento de “twistrónica”.

Pero esta historia empieza en 2009, cuando en el grupo de investigación de Andrei descubren un fenómeno interesante mientras exploraban con grafeno. Las primeras aplicaciones prácticas que se desarrollaron con este nanomaterial ya merecieron un Nobel en 2010.

Compuesto por una sola capa de átomos de carbono dispuestos en un patrón hexagonal (como un panal de abejas), es el primer material bidimensional conocido, increíblemente resistente y ligero.

El hallazgo de un substrato de niquel que generó el twist

Según la receta más extendida en aquel momento para producirlo, los científicos conseguían monocapas haciéndolo crecer sobre un substrato de cobre. Pero necesitaban más cantidad para poder experimentar más cosas. Tras utilizar como substrato el niquel, observaron que se generaron dos capas, pero con un ligero desacople (“twisted”) entre las estructuras de carbono de ambas. Apenas poco más de un grado.

Cuando llevaron la muestra al microscopio de efecto túnel, observaron un “enorme patrón de Moiré” creado por las láminas de grafeno desplazadas entre sí. Un patrón de Moiré (o efecto muaré) es casi una ilusión óptica, un patrón de interferencia geométrica. Se produce cuando dos patrones de líneas, puntos o tramas similares se superponen, pero ligeramente desplazados. El resultado genera formas onduladas, ondas o bandas extrañas.

Pero lo más sorprendente fue que comprobaron que ese pequeño ángulo de desplazamiento que creaba los patrones modificaba de forma sustancial el comportamiento de los electrones en el material, dando lugar a propiedades inesperadas. Aquel descubrimiento totalmente casual fue directo a una publicación de Nature.

Las matemáticas del ángulo mágico

El físico teórico Allan McDonald leyó este paper, y se puso a trabajar en el desarrollo de una teoría matemática que pudiera explicar el fenómeno. Así se determinó que, efectivamente, ese angulo (que bautizaron como “ángulo mágico”) determinaba los periodos de los patrones de Moiré y, por tanto, posibles propiedades distintas (en función del ángulo).

Con un giro de aproximadamente 1,1 grados, el material podría ser superconductor. Pero con distintos ángulos podrían esperarse distintas propiedades (un material totalmente aislante o con propiedades magnéticas). El hallazgo se publicó en el 2011 en la revista PNAS, pero pasó muy desapercibido unos cuantos años, más allá del interés científico, porque parecía imposible fabricar experimentalmente esas capas “desacopladas” de grafeno.

Y llegó la “twistrónica”

El término “twistrónica” (twistronics) se acuñó en 2016, apareciendo por primera vez en un artículo científico (también teórico) en Physical Review B. En él se ampliaban los modelos matemáticos a estructuras distintas a la del grafeno y otros materiales. La nueva palabra combina “twist” (rotar/girar) y “electronics” (electrónica).

Pero el espaldarazo definitivo a la tecnología se lo han dado el español Pablo Jarillo-Herrero y su grupo de investigación del MIT. Jarillo-Herrero ha sido capaz de pasar de las musas al teatro.

El ‘twist’ se hizo materia

En marzo de 2018, publican de forma simultánea dos artículos en Nature donde muestran que son capaces de fabricar grafeno multicapa, con distintas condiciones de rotación y de contorno. Pudieron obtener un material totalmente aislante o superconductor, en función del ángulo de rotación. Así demostraron que todas las predicciones teóricas eran perfectamente demostrables a escala de laboratorio.

Esto viralizó la twistrónica en el mundo de la física, los nanomateriales y, en general, el mundo de la ciencia de materiales.

Una vez más, un acontecimiento vinculado a ciencia fundamental ha abierto las puertas a importantes consecuencias para nuestra sociedad.

La anti piedra filosofal

En la entrega de premios de la Fundación BBVA, Jarillo-Herrero introdujo el concepto de “antipiedra filosofal” refiriéndose a la twistrónica:

“En la Edad Media, los alquimistas buscaban la piedra filosofal, que convirtiera en oro todo lo que tocara. El grafeno de ángulo mágico se parece un poco a eso, salvo que es como una piedra filosofal a la inversa. Con el grafeno de ángulo mágico, cogemos un solo material y hacemos que se comporte como muchos otros materiales”.

Con la twistrónica, al igual que con los metamateriales, cambiando la configuración de un mismo material, cambiamos de forma drástica sus propiedades.

Tras el pistoletazo de salida que supusieron esos dos artículos en Nature, la twistrónica empezó a crecer en diferentes direcciones: primero hacia tres capas de grafeno, luego hacia multicapas, materiales tridimensionales… Por supuesto, el fenómeno ya se estudia en otros materiales distintos al grafeno: dicogenuros de metales de transición (TMD) para aplicaciones en dispositivos optoelectrónicos avanzados o láseres cuánticos de baja energía; el nitruro de boro hexagonal (h-BN) para fabricar memorias de acceso aleatorio ferroeléctricas (FeRAM) ultradelgadas; óxidos complejos de estructura perovskita de capa delgada y otras perovskitas superconductoras para aplicaciones en computación cuántica.

Los materiales prioritarios de la UE

Los materiales desarrollados por twistrónica tienen potencial para cubrir muchas tecnologías que hoy se consideran de gran importancia para nuestro desarrollo como sociedad: la ya mencionada computación cuántica, optoelectrónica y fotónica, la electrónica de bajo consumo y los sensores magnéticos de alta precisión. Todos estos materiales entran dentro de la clasificación de “nanomateriales y materiales 1D y 2D” incluidos como materiales prioritarios a desarrollar en las futuras transiciones de la Unión Europea.

El principal problema para desarrollar todas estas tecnologías es su escalado a la industria. Se necesitarán años para poder fabricar este tipo de materiales a gran escala. Pero quién sabe si la irrupción de la IA en este campo permitirá acercar estos avances a nuestro día día.

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José Manuel Torralba no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ‘Twistrónica’: el ángulo mágico del grafeno y la antipiedra filosofal – https://theconversation.com/twistronica-el-angulo-magico-del-grafeno-y-la-antipiedra-filosofal-285825

Dormir bien para envejecer mejor

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Núñez, Profesora de Fisiología, Universidad de Oviedo

Dormir bien es fundamental para mantener una buena salud y resulta especialmente importante en las personas mayores. Mantener un ritmo de vida matutino puede favorecer la movilidad en la vejez, siempre que vaya acompañado de una vida activa. Sin embargo, factores como la contaminación lumínica o el uso de somníferos pueden dificultar un descanso verdaderamente reparador.

En un estudio reciente con 151 personas de entre 62 y 92 años, todas ellas estudiantes del Programa Universitario para Mayores de la Universidad de Oviedo (PUMUO), observamos que incluso en personas físicamente activas, con una intensa vida social y altas puntuaciones en pruebas cognitivas, los ritmos biológicos internos siguen desempeñando un papel determinante en la salud.

En concreto, los sujetos del estudio encarnaban el perfil del envejecimiento activo, realizaban ejercicio físico regular –como caminar, gimnasia de mantenimiento o pilates– y obtenían puntuaciones excelentes en todas las pruebas físicas y cognitivas.

En los test de movilidad, sus medias se situaron en el rango de “bajo riesgo de caídas”, lo que indica una agilidad envidiable. De igual forma, en los test cognitivos sus resultados rozaron el máximo de la escala, lo que demuestra una lucidez y una capacidad mental sobresalientes.

Pero a pesar del envidiable nivel de actividad de los participantes, el sueño seguía siendo el gran talón de Aquiles para muchos de ellos.

¿Alondras o búhos?

Todos conocemos a alguien que salta de la cama con energía al amanecer (llamados “alondras”) y a quien rinde mejor cuando cae el sol (los “búhos”). Esta preferencia natural se llama cronotipo y no es un simple hábito: es la predisposición biológica de nuestro cuerpo para estar alerta o descansar a determinadas horas del día.

Es muy común que, con el paso de los años, las personas experimenten un avance de fase. Esto significa que nuestro reloj biológico se adelanta, empezamos a sentir sueño antes por la noche y nos despertamos de forma natural de madrugada.

Por este motivo, los resultados con nuestros participantes fueron los esperables: casi la mitad de ellos eran del tipo matutino. Lo más revelador es que estas personas demostraron un equilibrio y una movilidad superiores a los de perfil vespertino. Los búhos del grupo obtuvieron puntuaciones satisfactorias, pero más bajas en las pruebas de estabilidad.

Esto sugiere que vivir en sintonía con la luz natural favorece una mejor coordinación motora. En las personas mayores, ese pequeño margen de estabilidad puede ser clave para prevenir caídas.

El sueño no es igual para todos

Dormir bien no es solo un placer: es el “taller” de reparación de nuestro organismo. Durante la noche, el cerebro se limpia de toxinas y los músculos se regeneran para mantenernos ágiles. Sin embargo, este proceso no se desarrolla de la misma manera en todas las personas.

Uno de los hallazgos más llamativos es que las mujeres presentan peor calidad de sueño que los hombres, con más despertares nocturnos asociados, por ejemplo, a dolores físicos o sofocos. Además, se identificaron dos grandes enemigos del descanso:

  1. La luz nocturna. Dormir con claridad en la habitación o usar dispositivos electrónicos antes de acostarse empeora drásticamente la calidad del sueño. Un descanso reparador debe ser ininterrumpido y profundo, permitiendo que el cuerpo complete sus ciclos naturales. Si hay luz, el sueño se vuelve ligero y fragmentado, lo que provoca que nos despertemos con una sensación de agotamiento, como si no hubiéramos descansado.

  2. Los fármacos para dormir. El uso de esta medicación se asocia con un menor rendimiento cognitivo. En términos sencillos, estas pastillas podrían estar nublando la agilidad mental y la memoria de quienes las consumen. Por ello es fundamental que cualquier ajuste o cambio en la medicación se realice siempre bajo supervisión médica.

Claves para un envejecimiento activo

Para que nuestro cuerpo sepa que es hora de dormir, necesitamos mantener una “higiene de luz” un par de horas antes de acostarnos. Lo ideal es usar luces tenues y cálidas en casa y evitar las pantallas de móviles y tablets. En caso de despertarnos a medianoche es importante mantenernos a oscuras lo máximo posible. Esto ayuda a que el cerebro fabrique melatonina, la hormona que regula el ciclo del sueño y facilita el descanso.

En el caso de los adultos mayores, las guías médicas son claras: las pastillas para dormir deben ser la última opción. Si se usan, debe ser por periodos breves y a dosis muy bajas. Lo más recomendable es apostar por estrategias naturales, como rutinas fijas y terapia especializada, que ataquen la raíz del insomnio sin generar dependencia.

Sin duda, para valernos por nosotros mismos -incluso a edades avanzadas- no basta con estudiar y mantenernos activos: también hay que escuchar al reloj biológico y cuidar la calidad del sueño.

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Paula Núñez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Dormir bien para envejecer mejor – https://theconversation.com/dormir-bien-para-envejecer-mejor-280217

Algoritmos y precios dinámicos en vuelos, entradas de conciertos y hoteles: ¿por qué compramos lo mismo a diferente precio?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Luis Matosas López, Profesor e Investigador Tecnología Aplicada a la Empresa, Universidad Rey Juan Carlos

tsingha25/Shutterstock

Con la gira de conciertos del cantante puertorriqueño Bad Bunny en España, muchos criticaron el sistema de fijación de precios de las entradas: los interesados podían ver cómo el importe aumentaba mientras esperaban para hacer su compra. Algo similar ocurre con vuelos, hoteles, y otros servicios de transporte. La sensación es siempre la misma: alguien decidió subir el precio justo cuando queríamos comprar.

Sin embargo, en la mayoría de estos casos no es una persona quien altera el precio. Generalmente, este tipo de fluctuaciones responde a los dictados de un algoritmo que, dependiendo del caso, podrán actuar de manera automatizada, o bajo supervisión humana.

Oferta, demanda y precios

Las estrategias de precios dinámicos forman parte, cada vez más, de nuestra vida cotidiana. Sin embargo, todavía generan dudas. ¿Cómo funcionan? ¿Qué información utilizan? ¿Y quién decide realmente cuánto pagamos?

Estas estrategias modifican los precios de productos y servicios según cambian las condiciones del mercado. Así, los precios dejan de ser fijos, pudiendo cambiar varias veces al día. Incluso pueden fluctuar en cuestión de minutos.

La idea no es nueva. Por ejemplo, las compañías aéreas llevan décadas utilizando estas estrategias de precios. La diferencia es que, ahora, los algoritmos son capaces de analizar enormes cantidades de información. Y, lo más importante, lo hacen casi en tiempo real. Además, la inteligencia artificial permite detectar patrones cada vez más complejos en esos conjuntos de datos.

En estas estrategias, el factor más importante suele ser la demanda. Cuando muchas personas quieren comprar al mismo tiempo los precios suben. Por el contrario, cuando la demanda disminuye, los precios bajan.

No obstante, también pueden influir otros elementos. La hora del día, la época del año o la proximidad de una fecha señalada pueden modificar el importe. Lo mismo sucede cuando quedan pocas unidades disponibles. En algunos sectores, los algoritmos también hacen un seguimiento de la competencia. Si otras empresas cambian sus precios, el sistema reacciona casi de inmediato.

¿Por qué las estrategias de precios dinámicos son atractivas para la empresa?

Muchas personas creen que las empresas suben el precio porque saben quiénes somos. Piensan que el sistema detecta que hemos visitado varias veces una página o que utilizamos un determinado dispositivo.

Aunque esto es técnicamente posible, esa explicación no siempre es esta. En muchos casos, los cambios tan solo reflejan que la demanda ha aumentado. Así, dos personas pueden ver precios diferentes simplemente porque consultan un sitio web en momentos distintos. No necesariamente porque el algoritmo haya identificado a cada una de ellas.

De manera general, estas estrategias son enormemente atractivas para muchas empresas porque permiten ajustar el precio a las realidades cambiantes del mercado. Pero, sobre todo, porque posibilitan que esto se produzca de manera automatizada. Si un producto tiene mucha demanda, un precio más alto aumenta los ingresos. Si la demanda es baja, una rebaja puede estimular las ventas.

En muchos sectores, además, existe otro motivo. Algunos productos no pueden almacenarse para venderse más tarde. Un asiento vacío en un avión o una habitación sin ocupar representan ingresos perdidos para siempre. Ajustar continuamente los precios reduce estos riesgos.

Pero los consumidores también pueden beneficiarse de este fenómeno. Comprar con antelación o elegir momentos de menor demanda suele permitir acceder a mejores precios. Muchas ofertas existen, precisamente, porque los algoritmos detectan que la demanda será inferior a la prevista.

Límites a la utilización de estas estrategias

A pesar del atractivo que tiene para una empresa recurrir a estas estrategias, su aplicación también plantea retos éticos y legales. Algunas de las preocupaciones del consumidor están relacionadas con la concepción de lo que puede considerarse justo o injusto. Una de las consecuencias de la aplicación de estrategias de precios dinámicos es que una persona pague más que otra por el mismo producto y se genere una sensación de injusticia que, además, aumenta cuando nada explica el porqué de ese cambio. Esto acaba generando recelo y desconfianza en los consumidores.

Más allá de lo anterior, existen reservas de tipo legal. Las estrategias de precios dinámicos pueden perturbar los mecanismos naturales de la competencia. Si varias empresas utilizan algoritmos similares para ajustar sus precios podrían terminar elevándolos al mismo tiempo y alterando las condiciones de libre competencia (una práctica muy vigilada por los organismos encargados de supervisar los mercados). Pero lo más importante es que esto ocurriría sin que fuera necesario un acuerdo explícito entre compañías.

Por consiguiente, la aplicación de este tipo de estrategias abre la puerta a que varias empresas puedan manipular los mecanismos de fijación de precios a espaldas (y en perjuicio) del consumidor. Y que esto ocurra, además, sin que los organismos reguladores encargados de perseguir y penalizar estas prácticas (ilegales) puedan demostrarlo.

Alguien manda sobre el algoritmo

Sea como sea, los algoritmos no deciden por sí solos qué quieren conseguir. Alguien les dice cuál es el objetivo. Pueden programarse para maximizar beneficios, aumentar las ventas, fidelizar clientes o combinar varios objetivos al mismo tiempo. El algoritmo simplemente busca la mejor forma de alcanzarlos.




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Por eso, la pregunta importante no debería ser si los algoritmos fijan nuestros precios. La cuestión es quién decide los criterios que siguen y qué límites deben respetar. La inteligencia artificial hará estos sistemas cada vez más rápidos y sofisticados. Por eso, el reto no será únicamente desarrollar mejores algoritmos. También será necesario establecer reglas que garanticen la transparencia, la competencia orgánica, y la protección del consumidor.

Al final, el problema, rara vez, es el algoritmo. Lo verdaderamente importante es decidir para quién trabaja, qué intereses persigue y bajo qué normas debe hacerlo.

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Luis Matosas López no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Algoritmos y precios dinámicos en vuelos, entradas de conciertos y hoteles: ¿por qué compramos lo mismo a diferente precio? – https://theconversation.com/algoritmos-y-precios-dinamicos-en-vuelos-entradas-de-conciertos-y-hoteles-por-que-compramos-lo-mismo-a-diferente-precio-286540

Manual de supervivencia visual para el eclipse: qué hacer y qué no para mirar al sol

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Conchi Lillo, Profesora titular de la Facultad de Biología, investigadora de patologías visuales, Universidad de Salamanca

El próximo 12 de agosto de 2026, entre las siete y las nueve de la tarde, España será testigo de un evento astronómico histórico. La Luna ocultará el Sol en una franja que cruzará media península generando un eclipse total, mientras que en el resto del país se vivirá un eclipse parcial muy profundo. Pero ojo porque, si no tenemos cuidado, más de uno se va a llevar un “recuerdo” permanente en la retina, en sentido literal.

Aunque somos conscientes de que mirar el sol directamente es peligroso, al producirse el eclipse al atardecer, cuando ya está muy bajo en el horizonte, a punto de ocultarse, podríamos pensar que, como ya “casi no calienta”, que no es peligroso, y experimentar así una falsa sensación de seguridad que nos tiente a observarlo de forma directa sin protección, poniendo en riesgo nuestra salud visual.

¿Por qué es peligroso mirar directamente al sol?

El peligro radica en que, además de la luz visible, la radiación solar incluye componentes como la luz ultravioleta (UV) y la infrarroja, que, aunque son invisibles para el ojo humano, dañan nuestro órgano visual de formas muy distintas.

En concreto, el Sol genera 3 tipos de radiación ultravioleta: A, B y C. Mientras que la UV-C, más energética y dañina, es bloqueada completamente por la atmósfera, las otras dos sí alcanzan la superficie terrestre. La radiación UV-B es absorbida mayoritariamente por la córnea y la conjuntiva del ojo, pudiendo causar, entre otras complicaciones, fotoqueratitis, una inflamación dolorosa similar a tener “arena en los ojos”.

La UV-A es menos energética pero más penetrante, por lo que llega al cristalino y a la retina. Se sabe que en el cristalino provoca cambios irreversibles en sus proteínas y por eso es uno de los desencadenantes del desarrollo temprano de las catarata. En la retina, constituye un factor de riesgo para una patología visual muy severa: la degeneración macular asociada a la edad (DMAE).

Radiación infrarroja: cuando el ojo se recalienta

La radiación infrarroja alcanza también el fondo del ojo, la retina, provocando un aumento de su temperatura. Al sobrecalentar los tejidos y las células fotorreceptoras, conduce a lo que se conoce como retinopatía solar.

El problema es que la retina no tiene receptores de dolor. Podemos estar sufriendo una quemadura solar en la mácula y no darnos cuenta hasta horas después, cuando descubrimos un borrón negro permanente en el centro de la visión. Lo peor es que, si llegamos a ese punto, el daño ya es irreparable.

La oscuridad engaña

Mirar al sol durante el eclipse no es más peligroso per se que hacerlo en un día normal, pero hay una diferencia clave: durante un día soleado, mirar al astro rey directamente nos molesta (fotofobia) y apartamos la mirada. Además, ante esa alta intensidad luminosa nuestra pupila se cierra, como si fuera el diafragma de una cámara de fotos, reduciendo así la cantidad de luz que llega a nuestra retina.

Durante el eclipse, sin embargo, la intensidad luminosa es mucho menor –sobre todo si es total y se produce al atardecer–, por lo que nuestro cerebro ordena a nuestra pupila dilatarse para ver mejor. El problema es que la radiación infrarroja y los rayos UV-A siguen muy presentes en ese momento. Y al estar la pupila abierta, estas radiaciones no encuentran ningún impedimento para llegar hasta nuestra retina, entran “a chorro” y se concentran en la mácula, el punto de máxima agudeza visual.

Los rojos del atardecer

¿Se ha preguntado alguna vez por qué el cielo se tiñe de tonos rojizos al atardecer? La luz blanca del sol es una mezcla de todos los colores de nuestro espectro visible (y de las radiaciones ultravioletas e infrarroja ya mencionadas). Al entrar en la atmósfera terrestre, esta luz choca con las moléculas de nitrógeno y oxígeno, y se genera un fenómeno conocido como dispersión de Rayleigh.

Durante el día, cuando el sol está alto, la luz recorre una distancia corta y se dispersan principalmente las longitudes de onda más cortas, las más energéticas, que son las azules y violetas, convirtiéndolas en las más abundantes en el cielo. Por eso en días soleados vemos el cielo de color azul.

Al atardecer, sin embargo, la luz atraviesa un espesor de atmósfera mucho mayor para llegar a nuestros ojos. En este trayecto tan largo, la luz azul se dispersa casi por completo antes de alcanzarnos, de manera que, al final del trayecto, solo sobreviven las ondas más largas: los tonos amarillos, naranjas y rojos. Y aunque la intensidad de los rayos UV-B disminuye cuando el sol está bajo, los UV-A –que constituyen el 95 % de la radiación UV que llega a la Tierra– siguen penetrando la atmósfera.

Gafas ISO 12312-2:2015 para una protección total

Para observar este fenómeno de forma segura, las gafas de sol con protección UV convencionales no sirven, por muy buenas que sean, ya que están diseñadas para la luz reflejada, la que rebota, y no para el impacto directo de la radiación solar. Tampoco son útiles las radiografías, los cristales ahumados, los CDs, los negativos fotográficos o el papel de aluminio: ninguno de ellos filtra el infrarrojo.

Por eso necesitamos recurrir a visores que cumplan la norma ISO 12312-2, los únicos que están homologados y garantizados para protegernos de todas las radiaciones peligrosas. Se fabrican con polímero negro, una resina de polietileno infusionada con partículas de carbono que absorbe el 99,99 % de la energía solar. Es común ver que estas gafas incluyen el número 2015 detrás (ISO 12312-2:2015), que hace referencia al año en que se actualizó la versión vigente de la norma.

Técnicamente, estas gafas tienen una densidad óptica 5 (OD 5). Esto significa que su factor de atenuación es tan alto que solo permiten el paso de una parte de cada 100 000 de la luz incidente (en la jerga, se habla una transmitancia del 0,001 %). Para hacernos una idea, son gafas 30 000 veces más oscuras que unas gafas de sol normales.

Existe una única y breve excepción a la regla de protección: la fase de totalidad. Solo cuando la luna cubra por completo el disco solar y aparezca la corona será 100 % seguro retirar las gafas para observar a simple vista el eclipse. Pero ojo porque esta fase dura poco, por lo que hay que extremar la precaución y volver a colocarnos las gafas en el instante en que reaparezca el primer punto de luz.

Que no nos timen con las gafas

Para verificar que las gafas que tenemos son adecuadas, no solo hay que localizar la norma ISO 12312-2:2015 y el marcado CE en la patilla. También deben aparecer el nombre y la dirección del fabricante, para evitar falsificaciones.

Es importante comprobar las gafas antes de usarlas: si al ponérnoslas podemos ver algo con ellas que no sea el sol (los muebles de casa, los árboles de la calle, etc.), son falsas. Con unas homologadas solo deberíamos ver el sol o una bombilla muy potente.

Usar gafas de más de 15 años no es aconsejable, ya que los materiales se degradan con el tiempo y perderían su efectividad. Si el filtro tiene un arañazo o agujero, también es desaconsejable utilizarlas, ya que ese pequeño impacto actuará como un láser que se dirigirá directamente a la retina.

Por otro lado, es esencial guardar las gafas en un estuche protector. Y evitar limpiarlas con líquidos o productos abrasivos que degraden el polímero.

Y en ningún caso se puede mirar a través de telescopios o prismáticos con gafas de eclipse puestas: las lentes de estos equipos actuarían como una lupa gigante para la luz, quemando el filtro en milisegundos y dejando pasar la luz directa al ojo. Si usamos estos equipos, que sea instalando en sus objetivos frontales unos filtros solares especiales.

Un colador, una cámara estenopeica y los cinco sentidos

Si no contamos con gafas que cumplan la norma, se pueden usar métodos de proyección indirecta. Por ejemplo, con un colador de la mano, nos ponemos de espaldas al sol y dejamos que la luz pase por los agujeros, proyectando la sombra hacia el suelo o una pared. Podremos ver cómo cada agujero proyecta un pequeño eclipse. Otra opción es usar una cámara estenopeica, en la que los rayos de luz atraviesan un pequeño agujero para formar la imagen dentro de una caja.

La NASA ha difundido un vídeo explicando cómo fabricar de forma casera una cámara estenopeica usando una caja de cereales, un trozo de papel, tijeras, cinta adhesiva y papel de aluminio. Los métodos de proyección son 100 % seguros y muy divertidos de fabricar con niños.

En cualquier caso, lo mejor es vivir el eclipse al completo, sintiendo cómo se refresca el aire cuando se esconde el sol, escuchando cómo los pájaros quedan en silencio y mirando cómo cambian los colores de repente alrededor de nosotros. En definitiva, disfrutar de la experiencia con todo el cuerpo, pero protegiendo los ojos para que sigan intactos para disfrutar, entre otras cosas, de muchos otros eclipses que están aún por llegar.

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Conchi Lillo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Manual de supervivencia visual para el eclipse: qué hacer y qué no para mirar al sol – https://theconversation.com/manual-de-supervivencia-visual-para-el-eclipse-que-hacer-y-que-no-para-mirar-al-sol-283403

La cumbre de la OTAN confirma el apoyo a Ucrania, pero evidencia la asimetría de la relación transatlántica

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Ángel López Jiménez, Profesor de Derecho Internacional Público, Universidad Pontificia Comillas

Mijansk786/Shutterstock

La reciente Cumbre de Ankara de la OTAN (7 y 8 de julio) se ha ajustado al guión establecido si atendemos en el documento suscrito por los jefes de Estado y de Gobierno de los Estados miembros. Más allá de la performance del atrabiliario presidente estadounidense, Donald Trump, impresentable desde la perspectiva diplomática e impredecible en su hoja de ruta, los objetivos marcados inicialmente se han suscrito.

La inversión en necesidades básicas para la defensa se incrementó durante el pasado año 2025 en 140 000 millones de dólares, con el anuncio de compras adicionales por un valor de 50 000 mil millones más. Estas inversiones van destinadas a la consecución de los objetivos planteados en numerosos ámbitos: inteligencia, defensa aérea y antimisiles. Todo ello en un único plan integrado, que incluye sistemas no tripulados y modelos que utilizan la IA en la interconexión en tiempo real del conjunto de efectivos militares sobre el terreno (nube de guerra transatlántica interoperable).

Este modelo le está dando a Ucrania unos resultados muy satisfactorios en los últimos meses del conflicto bélico con Rusia. La capacidad operativa se incrementa gracias a los denominados señuelos electrónicos y al corte del acceso ruso a _Starlink _.

Apoyo sostenido a Ucrania

Por lo que respecta a la continuidad del apoyo a Kiev –la declaración final de la cumbre confirma a Rusia como amenaza–, se consolida la aportación de 70 000 millones de dólares por parte de los aliados. Este aporte se basa, fundamentalmente, en el compromiso de la UE y en la compra de material bélico a Estados Unidos.

Asimismo, se sigue apoyando la soberanía e integridad territorial de Ucrania, algo difícilmente compatible con el último acuerdo de paz propuesto por el propio Trump para acabar con la agresión de Rusia.

El único elemento novedoso ha sido la promesa realizada por Trump (veremos como se sustancia) de conceder las licencias de fabricación de baterías antiaéreas Patriot para que Ucrania puede producirlas en su territorio. De hecho, esta concesión podría integrarse en el marco de una cooperación bilateral en la que Kiev tiene mucho que aportar a Estados Unidos. Concretamente, en todo lo relacionado con la tecnología, producción y diseño para la industria de los drones.

En el marco del conflicto que Trump mantiene con Irán, una intervención tan aventurada y poco meditada como de compleja conclusión, el único compromiso que ha conseguido arrancar a los aliados de la OTAN ha sido la petición de que Teherán respete la libertad de navegación en el estrecho de Ormuz. Es decir, volver a la situación previa al uso ilegal de la fuerza armada estadounidense.

Relaciones trasatlánticas

¿En qué punto se encuentran las relaciones transatlánticas en el marco de la OTAN y qué podemos esperar en el futuro?

Hay que recordar que este vínculo es solo uno de los que afectan a la mayoría de los Estados miembros de la organización regional (a excepción de Canadá y el Reino Unido, que no pertenecen a la Europa continental). Los otros vectores interconectados y afectados por las tensiones derivadas de la pulsión imperial de la actual administración estadounidense son la Unión Europea y cada uno de los socios de la OTAN, a partir de la relación bilateral con Estados Unidos.

El paraguas multilateral (tan denostado por Trump) ofrece una protección a los Estados miembros de la OTAN y la UE. Lo que nació como escudo frente a la agresión de terceros ha virado en redondo y ahora protege frente a la volatilidad del comportamiento errático del presidente estadounidense. Este puede pasar del insulto zafio al halago condescendiente en función de la subordinación expresa de los líderes (entendidos estos como súbditos) del resto de países aliados.

Cualquier escenario sobre la evolución de la OTAN durante lo que resta de mandato presidencial en Estados Unidos queda empañado por la figura omnipresente del líder y por una diplomacia que oscila entre el caos y la pandereta. La sombra de Trump desdibuja y trasciende a los objetivos de los miembros y aliados.

El nulo respeto por el ordenamiento jurídico internacional, como han demostrado las intervenciones en Venezuela y en Irán, las permanentes injerencias en la soberanía territorial de otros Estados (Groenlandia, Cuba, México) y la carrera por hacerse con el control de las “tierras raras” en competencia con China están redefiniendo unas relaciones asimétricas que impregnan al seno de la propia OTAN.

Trump ha escenificado en Ankara una soledad solo interrumpida por la compañía de su fiel escudero y secretario general de la OTAN, Mark Rutte, y de Turquía, como Estado anfitrión. Sus demandas de apoyo a los aliados en su unilateralismo ilegal contra Irán, así como el uso de las bases militares conjuntas para estas acciones, colocó a cada uno de estos países en una posición incómoda.

Respaldar a Estados Unidos equivalía a convertirse en marionetas de la política exterior depredadora orquestada por Washington. La misma que se alinea coyunturalmente con Putin, Xi Jinping y Netanyahu, volviéndose cómplice de los crímenes de guerra y potenciales genocidios en curso.

Señales de agotamiento frente a la dependencia de EE.UU.

Los miembros de la OTAN tienen una dependencia extrema de Estados Unidos en materia de inteligencia, disuasión nuclear, capacidad industrial en la esfera militar (individual y conjunta), defensa antimisiles, facilitadores estratégicos, sistemas satelitales, mandos conjuntos, cultura estratégica y voluntad política. Pero también empiezan a evidenciar un agotamiento frente a esta dependencia e indicios de querer pasar de los discursos a los hechos para superarla. En concreto, Canadá ha dado la espalda a Estados Unidos adjudicando un contrato de suministro de 12 submarinos al grupo alemán TKMS, con posible intervención de la empresa española Navantia.

Hacer de la necesidad virtud no significa plegarse a la política “del palo y del palo” del principal sostenedor de la OTAN. En un ejercicio de política errática, las continuas amenazas e insultos de Trump hacia España se han traducido, paradójicamente, en el fortalecimiento de la presencia militar estadounidense en la base de Rota, con nuevos buques y efectivos humanos.

¿Qué deberíamos de pedir a la OTAN?

Reformular los objetivos de la alianza con criterios claros, fiables y realistas frente a los desafíos actuales no debe de servir únicamente para ganar tiempo en la construcción de esa autonomía estratégica al margen de Estados Unidos. Hay que pensar en el futuro. Afortunadamente, la Presidencia de Trump acabará y su concepto de una política exterior basada en un desmedido interés económico que arrincona a los supuestos aliados debería pasar a la historia como el recuerdo de una nefasta etapa en las relaciones transatlánticas y en la propia trayectoria de Estados Unidos.

The Conversation

José Ángel López Jiménez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. La cumbre de la OTAN confirma el apoyo a Ucrania, pero evidencia la asimetría de la relación transatlántica – https://theconversation.com/la-cumbre-de-la-otan-confirma-el-apoyo-a-ucrania-pero-evidencia-la-asimetria-de-la-relacion-transatlantica-287214

El Mundial como ‘guerra sin disparos’: ¿cómo influyen las metáforas en nuestra manera de vivir el fútbol?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rubén Conde Rubio, Investigador predoctoral en formación en el área de Lengua Española, Universidad Carlos III

Inauguración del Mundial de 2026 en el estadio Azteca de Ciudad de México. Omar David Sandoval Sida/Wikimedia Commons, CC BY-NC-SA

Para cualquier aficionado al fútbol, incluso para quienes, sin serlo, siguen las vicisitudes del Mundial, que los comentaristas deportivos y los medios de comunicación se refieran al terreno de juego como un campo de batalla donde hay líneas defensivas, pugnas y estrategias no es ninguna sorpresa. De hecho, la mayoría ni pensamos en ello.

Este tipo de metáforas frecuentes entorno a las competiciones deportivas en general y el Mundial futbolístico en particular parecen obvias y naturales. Pero su uso tiene un efecto más allá de la comprensión de lo que está pasando en cada partido. Es decir, las palabras con las que se nos cuentan los partidos afectan a cómo nuestro cerebro afronta cada eliminatoria.

En su libro Metáforas de la vida cotidiana (1980), George Lakoff y Mark Johnson propusieron una idea que revolucionó la forma de entender el lenguaje y el pensamiento: no solo usamos metáforas como recurso poético, sino que pensamos y actuamos a través de ellas.

Que el lenguaje condiciona el pensamiento no es solo una teoría filosófica. Investigaciones recientes demuestran, por ejemplo, que si a un grupo de personas se les describe el aumento de la criminalidad de su ciudad como una bestia salvaje, tienden a proponer soluciones punitivas (más policía y cárceles). Sin embargo, si ante los mismos datos exactos se les describe el crimen como un virus, los participantes proponen soluciones sociales y preventivas (más educación y sanidad).

El partido como batalla

El cerebro humano busca coherencia en el marco metafórico que se le presenta. En el caso del fútbol, el vocabulario deportivo que consumimos a diario altera nuestra reacción ante lo que vemos en el campo.




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El escritor George Orwell ya habló de las competiciones deportivas como “guerras sin disparos”. Cuando un partido de fútbol se presenta como una batalla en la que hay que vencer al rival, nuestro cerebro asume inconscientemente los roles de ese escenario: el equipo contrario deja de ser un grupo de compañeros de profesión para convertirse en el “enemigo”; el campo no es una zona de recreo, sino un campo de batalla donde hay líneas defensivas, pugnas y estrategias.

Esta estructura mental legitima comportamientos que en otro contexto serían inaceptables. La hostilidad en las gradas o la agresividad en el campo aparecen bajo el paraguas de la “defensa de los nuestros”. No es solo vocabulario: es un filtro cognitivo que determina nuestra respuesta emocional ante una victoria o una derrota.

El delantero de la selección portuguesa Cristiano Ronaldo y el jugador croata Luka Modric disputan un balón.
El delantero de la selección portuguesa Cristiano Ronaldo y el jugador croata Luka Modric disputan un balón.
Fanny Schertzer. Wikimedia Commons., CC BY-SA

En el plano social, un Mundial funciona como el simulacro perfecto de un conflicto mundial. Los equipos operan como ejércitos regulares respaldados por banderas, himnos y fronteras.

Al adoptar este lenguaje bélico, el fútbol canaliza instintos tribales y nacionalistas muy profundos. Nos identificamos con los equipos nacionales por una cuestión de supervivencia simbólica de nuestra identidad. Por eso una derrota en un Mundial se llora como una tragedia nacional y una victoria saca a millones de personas a celebrar en las calles; el lenguaje nos ha convencido de que estaba en juego el honor del país.

El campo de fútbol como tribunal

Recurrir a la terminología judicial para hablar de un partido de fútbol introduce una dimensión moral. En el plano cognitivo, estamos convirtiendo el terreno de juego en un tribunal de justicia. Bajo este marco mental, una falta no es un simple lance del juego, sino un delito que exige un castigo o una pena máxima (el penalti).




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Esta metáfora explica la intensidad de nuestras reacciones: cuando el árbitro se equivoca en contra de nuestro equipo no sentimos que hayamos tenido mala suerte, sino que hemos sido víctimas de una injusticia. La reciente incorporación del VAR (el videoarbitraje) no ha hecho más que reforzar esta idea, actuando como una especie de “Tribunal Supremo tecnológico” al que se apela buscando una verdad objetiva e inapelable.

Un juez de línea levanta el banderín por fuera de juego.
Un juez de línea levanta el banderín por fuera de juego.
Darz Mol. Wikimedia Commons, CC BY-SA

El equipo como un edificio

En los últimos años, las retransmisiones se han llenado de equipos que construyen desde atrás, de paredes para romper líneas —tirar túneles es para los más habilidosos— y de muros infranqueables de equipos que han puesto el autobús, metáfora tan visual como el catenaccio italiano o el cerrojazo español.

Los propios jugadores también tienen su papel dentro de la obra. Por eso, los jugadores más importantes son considerados los pilares fundamentales del equipo. Y para evitar que el equipo se desmorone, es necesario contar con centrocampistas destructores que presionen en la fase de construcción del rival.




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La elección de estas metáforas arquitectónicas e industriales tampoco es azarosa; refleja a la perfección cómo se ha intelectualizado y racionalizado el deporte moderno. Al hablar de un equipo en términos de muros, pilares, bloques o fases de construcción, estamos transformando lo que originalmente era un juego de calle, caótico y espontáneo, en una obra de ingeniería donde todo debe estar hipercalculado.

Bajo esta perspectiva, el entrenador deja de ser un simple alineador para convertirse en el arquitecto del equipo. Como daño colateral, esta metáfora tiende a deshumanizar a los jugadores: ya no son individuos expresándose con un balón, sino piezas que deben encajar en un engranaje o los cimientos que sostienen el sistema.

¿Y si el fútbol fuera una sinfonía?

Llegados a este punto, cabe preguntarse qué ocurriría si decidiéramos cambiar las metáforas con las que narramos el fútbol. Si realmente el lenguaje moldea el pensamiento, cambiar nuestras palabras modificaría nuestra forma de experimentar un Mundial.

Imaginemos que adoptamos la metáfora del fútbol como una sinfonía. En lugar de ataques, hablaríamos de coreografías o movimientos. Los jugadores no serían arietes ni destructores, sino solistas o directores de orquesta. Un regate no sería una humillación al enemigo, sino una floritura compartida.

Las implicaciones psicológicas y sociológicas de este cambio de vocabulario serían profundas, pues ambos equipos pasarían a ser colaboradores necesarios para que la obra maestra pudiera existir; después de todo, sin un conjunto que dé una buena réplica, el partido no es más que un ensayo vacío.

Si asimiláramos este vocabulario, nuestra percepción cambiaría radicalmente: aplaudiríamos las buenas jugadas del rival porque enriquecen la sinfonía global, la agresividad en las gradas perdería todo su sentido y la frustración por la derrota se transformaría, simplemente, en la melancolía de una obra que ha llegado a su fin.

The Conversation

Rubén Conde Rubio no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El Mundial como ‘guerra sin disparos’: ¿cómo influyen las metáforas en nuestra manera de vivir el fútbol? – https://theconversation.com/el-mundial-como-guerra-sin-disparos-como-influyen-las-metaforas-en-nuestra-manera-de-vivir-el-futbol-287073

Les raisons du revers judiciaire du prince Harry face au « Daily Mail »

Source: The Conversation – in French – By John Jewell, Director of Undergraduate Studies, School of Journalism, Media and Cultural Studies, Cardiff University

La justice britannique vient de donner raison à l’éditeur du Daily Mail face au prince Harry et à plusieurs autres personnalités qui l’accusaient d’avoir obtenu illégalement des informations privées. Ce revers judiciaire fragilise le combat de Harry contre les tabloïds, malgré ses précédentes victoires contre d’autres groupes de presse, et pourrait marquer la fin d’une longue saga judiciaire sur les pratiques de la presse britannique.


La Haute Cour de justice de Londres a statué en faveur de l’éditeur du Daily Mail, Associated Newspapers, dans le cadre de l’action en justice intentée par le prince Harry et d’autres personnalités publiques.

Cette décision devrait mettre fin au long combat judiciaire engagé par le duc de Sussex, qui cherchait à prouver que certains médias avaient obtenu des informations sur sa vie privée par des moyens illégaux.

Un manque de preuves

Selon le juge Matthew Nicklin, les plaignants n’ont pas réussi à démontrer que les informations publiées avaient été recueillies illégalement. Les 97 allégations de pratiques illicites ont ainsi toutes été rejetées.

Nicklin a également souligné qu’« en appréciant l’ensemble du témoignage du prince Harry, il apparaissait clairement que celui-ci souhaitait souligner les répercussions personnelles des faits en cause. Il lui est arrivé, ce faisant, de s’éloigner d’un témoignage factuel pour avancer ses propres arguments. »

Cette décision constitue un revers majeur pour tous les plaignants concernés, notamment Elton John et son mari David Furnish, l’actrice Liz Hurley et la baronne Doreen Lawrence. Si Associated Newspapers décidait de tenter de se faire rembourser ses frais de justice, ce qui est probable, la facture pourrait s’élever à 50 millions de livres sterling (plus de 58 millions d’euros) pour les plaignants.

La plainte, déposée en 2022, affirmait que le quotidien s’était livré à une collecte illégale d’informations, en particulier à l’interception de messages vocaux, à la mise sur écoute de lignes fixes et au « blagging » — c’est-à-dire l’obtention d’informations par la tromperie.

Harry n’en était pas à son premier bras de fer judiciaire contre la presse. En décembre 2023, il avait gagné son procès civil contre Mirror Group Newspapers. Le juge avait estimé que, selon le principe de prépondérance de la preuve, 15 des 33 articles examinés avaient été rédigés à la suite de mises sur écoute téléphonique et d’autres actions illégales. Il avait ainsi conclu à l’existence de preuves d’un recours « généralisé et habituel » à des pratiques illicites au sein des journaux du groupe.

Dans cette affaire, le duc a obtenu 140 600 livres sterling (près de 165 000 euros) de dommages-intérêts. Dans un communiqué publié par la suite, il a salué « un grand jour pour la vérité et la responsabilité ». « Cette affaire ne concerne pas uniquement le piratage de téléphones. Elle met au jour un système de pratiques illégales et répréhensibles », a-t-il ajouté.

Plus tard, en janvier 2025, Harry a accepté les excuses du journal The Sun, ainsi qu’un accord financier estimé à 10 millions de livres sterling (plus de 11 millions d’euros) pour « atteinte grave » à sa vie privée. Selon son avocat David Sherborne, ce règlement constituait une forme de réparation pour les « centaines d’autres plaignants qui ont été contraints de conclure un accord à l’amiable, sans pouvoir faire toute la lumière sur ce qui leur avait été infligé ».




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Cette dernière affaire s’est distinguée à plusieurs égards, notamment par le témoignage émouvant livré par Harry, qui n’a jamais caché son aversion pour la presse. En 2021, il a même explicitement déclaré que les médias avaient contribué à la mort de sa mère, la princesse Diana, estimant que « la culture de l’exploitation médiatique et les « pratiques contraires à l’éthique » avaient « fini par lui coûter la vie ».

Dans son témoignage contre le Daily Mail, le duc a déclaré que la couverture médiatique de sa vie par le journal avait été « terrifiante » et l’avait laissé « profondément inquiet à l’idée que quelque chose de grave allait se produire. » Il a ajouté que cette situation avait fait de sa vie « un véritable calvaire ».

Parmi les autres plaignants figurait la baronne Doreen Lawrence, mère de Stephen Lawrence, un adolescent assassiné en 1993. Lors de l’audience en janvier dernier, elle a affirmé que le journal avait mis sa ligne fixe sur écoute. Il aurait également piraté sa messagerie vocale, surveillé son compte bancaire et ses factures de téléphone. Elle a en outre soutenu que le Daily Mail avait rémunéré des policiers en échange d’informations.

Questions de crédibilité

Associated Newspapers s’est vigoureusement défendu devant la Cour. L’éditeur a expliqué que les journalistes du Mail on Sunday et du Daily Mail disposaient d’une justification convaincante et étaient en mesure de retracer précisément l’origine de leurs informations. Selon lui, ils ont légitimement eu recours à des attachés de presse, des porte-parole, des journalistes indépendants et à des informations déjà publiées.

Le groupe a accusé certains représentants de l’équipe juridique du duc de Sussex de malhonnêteté, de fraude et de manquements professionnels, ainsi que d’avoir versé de l’argent à des témoins potentiels.

Dans une déposition de 2021, l’un des principaux témoins, le détective privé Gavin Burrows, aurait affirmé avoir mené des activités illégales pour le compte d’Associated, visant « peut-être des milliers » de personnes. Mais il s’est défendu devant le tribunal d’avoir signé une telle déclaration : « On voit bien que ce n’est même pas une signature en bonne et due forme. Je peux dire qu’elle a été falsifiée et calquée. Dans son jugement, Nicklin a estimé que la crédibilité de Burrows avait été « complètement ébranlée ».

La baronne Lawrence a, quant à elle, déclaré à la BBC en 2025 qu’elle avait longtemps fait confiance au Daily Mail et qu’elle n’avait découvert les pratiques qui lui étaient reprochées qu’après avoir été contactée de façon inattendue par le prince Harry.

Photo de la page d’accueil du Daily Mail
L’ancien directeur du Daily Mail, Paul Dacre, a qualifié ce jugement de « victoire historique ».
DennisF/Shutterstock

Le tribunal a finalement été convaincu par la défense.

Un porte-parole d’Associated Newspapers a qualifié ce jugement de « victoire écrasante pour le Daily Mail, ses journalistes, et, plus largement, pour la liberté de la presse ».

La fin d’une saga ?

Cette décision marque-t-elle la fin de la saga des écoutes téléphoniques ? Le collectif Hacked off, créé en 2011 pour défendre « une presse libre et responsable », a laissé entendre qu’un appel contre cette décision était peu probable. « Les tribunaux ne sont pas un cadre approprié pour examiner de manière exhaustive les allégations d’actes répréhensibles visant le Daily Mail ».

Bien que le prince Harry ait qualifié ce jugement d’opération de « blanchiment », rien n’indique qu’il poursuivra son combat. Quant aux autres plaignants, cette défaite extrêmement coûteuse aura très certainement un effet dissuasif.

The Conversation

John Jewell ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les raisons du revers judiciaire du prince Harry face au « Daily Mail » – https://theconversation.com/les-raisons-du-revers-judiciaire-du-prince-harry-face-au-daily-mail-287386