De la créativité à la « crédation » : quand les créatifs détruisent la planète

Source: The Conversation – France (in French) – By Sylvain Bureau, Professeur – Directeur Chaire Improbable by Galeries Lafayette, ESCP Business School

Présentée comme clé du développement, qu’il soit personnel ou économique, la créativité alimente aussi la destruction de nos écosystèmes. Une destruction pas toujours créatrice. Ce paradoxe a besoin d’un nom : la « crédation ». L’issue de ce dilemme est aussi un paradoxe : être moins créatif pour créer davantage.


La créativité est partout : dans les discours politiques, économiques et académiques. Le mot est si omniprésent qu’il paraît impensable d’imaginer un monde sans lui. Pourtant le terme a pris son essor aux États-Unis avec la Seconde Guerre mondiale et ne se diffuse vraiment qu’à partir des années 1950. Le déclencheur : la nécessité d’innover à marche forcée pour répondre aux défis militaires et économiques.

Si l’ancrage du concept est d’abord psychologique, avec les travaux de Paul Guilford (1897-1987), qui lancent véritablement les travaux académiques sur la créativité. Dans le contexte de la guerre froide et de l’expansion capitaliste, la créativité devient une arme stratégique. Elle se définit alors comme « faire du nouveau », mais du nouveau utile au système. C’est bien cette double capacité de créer des idées originales et utiles qui est retenue par Teresa Amabile, une chercheuse de Harvard, qui fait référence aujourd’hui sur la question.

« Destruction créatrice »

Cette alchimie de l’originalité et de l’utilité devient alors le moteur du processus de « destruction créatrice », au cœur de la dynamique capitaliste selon Joseph Schumpeter (1883-1950) : des innovations de rupture, portées par la créativité, émergent et balaient les acteurs en place en reléguant leurs solutions devenues obsolètes. L’obsolescence est ici programmée par le système lui-même, un système nourri de créativité.




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Le vocable « créativité » commence à apparaître timidement en français dans les années 1950, notamment chez Bachelard dans la Poétique de l’espace (1957), avant d’entrer dans le dictionnaire le Robert en 1970. Progressivement, il s’impose et révèle une tension féconde : d’un côté, la noblesse de la création artistique, geste désintéressé qui ouvre de nouveaux imaginaires ; de l’autre, l’obsession utilitariste de l’innovation, orientée vers l’optimisation et la productivité. La créativité devient ainsi le lieu d’une hybridation entre l’art et l’efficacité, fusion singulière de l’inspiration poétique et de l’impératif économique. Comme l’ont montré Luc Boltanski et Ève Chiapello dans le Nouvel Esprit du capitalisme (1999), l’économie moderne récupère les notions de liberté et d’imagination portées par l’art pour les mettre au service de la compétitivité.

Résultat : une explosion de la production et de la consommation, une augmentation de l’espérance de vie – en France, l’espérance de vie atteint péniblement la cinquantaine au début du XXe siècle, quand on dépasse les 80 ans aujourd’hui – et un progrès technique sans équivalent historique, largement financé par des budgets militaires massifs. Mais cette puissance a aussi un revers.

La créativité, moteur de destruction

Le constat actuel est sans appel : la créativité détruit plus qu’elle ne crée. Si, en 1870, Jules Verne soulignait dans son roman Vingt mille lieues sous les mers, que « le pouvoir créateur de la nature est bien au-delà de l’instinct de destruction de l’homme », force est de constater que la puissance créatrice de l’être humain est en train de détruire nos milieux de vie naturels.

Aujourd’hui, le lien est tangible. La créativité alimente le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité et la pollution globale des écosystèmes (voir le rapport du Giec 2023 ou les travaux de Johan Rockström sur les « limites planétaires »). Une étude récente a même démontré que plus les entrepreneurs sont créatifs, plus ils ont tendance à développer des comportements destructeurs pour la nature via leurs activités.

Dans un tel contexte, il devient alors difficile de maintenir un mot aux connotations si positives pour désigner un processus qui, concrètement, contribue à l’effondrement écologique.

De la créativité à la « crédation »

Pour nommer ce basculement, je propose un néologisme : « crédation ». Ce terme conjugue « créativité » et « déprédation ». La déprédation, mot du XIVe siècle issu du bas latin depraedatio (« pillage »), désigne les destructions opérées par les humains ou par des espèces invasives. Le tourisme de masse produit des déprédations, tout comme les criquets pèlerins qui ravagent les cultures.

Chaque touriste n’a pas la possibilité de déstabiliser le site visité, tout comme chaque criquet est inoffensif, mais la cumulation de la même action produit une destruction du milieu d’origine avec des effets de déstabilisation sur le plan à la fois naturel et social.

La créativité moderne se fait toujours plus crédative : elle se présente comme moteur du progrès, mais engendre en réalité une destruction des équilibres écologiques et sociaux. Inventer un nouveau packaging fait de plastique n’est pas de la créativité, c’est de la crédation. Réaliser une publicité qui incite à acheter toujours plus de produits qui génèrent plus d’impact carbone, ce n’est pas créatif, c’est crédatif.

France Culture 2019.

Alors que faire ?

Si la créativité pose problème, comment relever les défis du XXIᵉ ; siècle ? La solution réside moins dans le fait « d’être créatif » que dans le fait de créer. La nuance est décisive.

L’histoire de l’art nous l’enseigne : les artistes ne cherchent pas l’utilité productiviste, mais la création de formes improbables capables, parfois, de transformer les systèmes de valeur. Les cubistes, par exemple, ont bouleversé les critères d’évaluation de la peinture : la perspective, critère dominant depuis la Renaissance, cessait d’être pertinente.

Une toile cubiste n’est ni plus utile ni moins utile qu’une toile impressionniste. Elle invente d’autres mondes. C’est précisément ce que le philosophe Hartmut Rosa appelle une « résonance » (Résonance. Une sociologie de la relation au monde, 2018) : créer des liens nouveaux avec le monde plutôt que d’optimiser la maîtrise technique de ce qui existe. Or, à l’inverse, la quête d’utilité nourrit mécaniquement le système existant, et donc la spirale de destruction.

Imaginer d’autres performances

Le véritable défi est donc d’activer des mécanismes de création a priori non utiles, capables de redéfinir ce que nous entendons par performance et progrès. Dans l’art, il est possible d’apprécier tout à la fois une sculpture grecque antique, exaltant une beauté idéale, et Fontaine (1917), de Marcel Duchamp, simple urinoir renversé devenu œuvre d’art, dont la force vient de sa puissance critique sur la fabrique du jugement esthétique. La société pourrait apprendre de cette pluralité des régimes de valeur.

Il ne s’agit pas de supprimer la créativité, mais de sortir du monologue où elle est présentée comme unique horizon. Quand la créativité devient une arme de destruction massive, il faut la nommer « crédation ». Et lorsqu’il est urgent d’interroger les valeurs dominantes, il faut agir comme les artistes d’avant-garde : inventer d’autres critères de performance, d’autres manières d’habiter le monde.

The Conversation

Sylvain Bureau a reçu des financements du Groupe Galeries Lafayette (cf. Chaire Improbable)

ref. De la créativité à la « crédation » : quand les créatifs détruisent la planète – https://theconversation.com/de-la-creativite-a-la-credation-quand-les-creatifs-detruisent-la-planete-263692

Un bon manager ne peut pas être un bon pote

Source: The Conversation – France (in French) – By Isabelle Barth, Secrétaire général, The Conversation France, Université de Strasbourg

Devenir manager n’est pas aisé, notamment vis-à-vis de ses anciens collègues. Comment faire pour devenir le chef de ceux qui étaient hier encore de bons copains, voire des amis ? S’il est difficile de couper tous les liens du jour au lendemain, la prise de poste doit être aussi une prise de distance. À chacun de trouver la bonne.


Quand on accepte un poste de manager, une des exigences les plus difficiles à gérer, c’est de renoncer à être aimé par ses collaborateurs. Cette épreuve, difficile à surmonter, est rarement évoquée ou étudiée.

La situation est encore plus complexe quand on devient le manager de ses anciens collègues. On s’appréciait, on riait ensemble, on faisait des « afterwork sympas, on se rendait des petits services, on échangeait des commérages… il arrivait même qu’on se moquait du patron ! Et là, STOP ! Si le tout nouveau manager pense ou espère que ce sera toujours possible, il comprend vite qu’il n’en est rien.

Comme un lundi

Le matin où il prend ses nouvelles fonctions, il devient instantanément – ou presque – le « chef », le « patron », le « boss », et le regard comme l’attitude des ex-collègues change radicalement. Car ils ne s’y trompent pas. C’est de lui maintenant que leur vie professionnelle dépend au quotidien. Missions, moyens, avantages divers, dates des congés payés, accord sur les RTT… sont du ressort de ce nouveau manager.

Les relations amicales, si elles persistent, risquent vite de dériver vers de la manipulation plus ou moins voulue et consciente, mettant en péril la cohésion de l’équipe et sa performance. Les exemples sont nombreux. En voici quelques-uns :

  • Créer le syndrome du chouchou avec tous les conflits et les jalousies que cela peut provoquer, et leurs impacts délétères sur le climat de l’équipe,

  • Générer des pertes de temps en bavardages, ou pauses allongées

  • Prendre des décisions avec des biais dus à l’amitié, par exemple : ne pas vouloir décevoir ou avoir un a priori positif pour le projet d’un collaborateur/ami,

  • Laisser fuiter des informations confidentielles car « un ami ne trahit pas un secret » !

  • Avoir des réactions affectives à des remarques ou des remises en cause…




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Mon meilleur ami

Le nouveau manager peut alors renoncer à son poste car l’amitié est pour lui un facteur majeur de qualité de vie au travail. C’est ce que nous disent les salariés canadiens qui sont 68 % à attribuer une note de 8, 9 ou 10 (sur 10) à leur satisfaction à l’égard des amitiés au travail. Les salariés français ne sont pas en reste quand 82 % d’entre eux estiment que les relations entre collègues permettent d’oublier la pénibilité du travail

On a une illustration très forte de cette option dans la série télévisée « 37 secondes » qui traite du naufrage mystérieux du Bugaled Breizh, occasionnant la mort de 5 marins-pêcheurs. L’ensemble du combat des familles pour faire valoir la vérité sur la cause de l’accident est vu par les yeux de Marie, une jeune femme, employée dans une poissonnerie industrielle. Elles sont 6 ou 7 femmes à préparer les poissons qui viennent d’être pêchés en mer pour la vente, écaillant, éviscérant, toute la journée dans un atelier où règne une température très basse. Leur amitié est ce qui les fait tenir.

Or, Marie nourrit le projet de devenir cheffe d’atelier, pour échapper à ce travail si dur et pour des raisons financières. Elle saute de joie quand elle apprend qu’elle a le poste, mais, très vite, elle va perdre ses amies/ex-collègues, qui s’éloignent d’elle, l’excluant de tous les moments off et des discussions au travail, et la soupçonnant même d’être « vendu » à la Direction. Marie va faire le job quelques semaines, et, très vite, elle va demander à reprendre sa place d’ouvrière.

Ni trop près ni trop loin

Si le manager veut garder son poste et devenir un vrai bon manager, il doit renoncer à être un vrai bon pote avec ses équipes. Il doit très vite apprendre à trouver la bonne distance avec ses ex-collègues. Car si trop de proximité peut causer des difficultés, il n’est pas question de s’éloigner de ses anciens camarades. Un minimum de dialogue reste nécessaire quand on est manager.

Le mieux est donc de bien expliciter la nouvelle situation assez rapidement après la prise de poste, lors d’une réunion, où seront présentées plus globalement les nouvelles dispositions managériales : options stratégiques, organisations, répartition des tâches, objectifs… La meilleure formule est de reconnaître que ce n’est pas forcément une transition simple à gérer, mais qu’elle doit avoir lieu.

À chacun sa manière

Certains nouveaux managers ont besoin de créer la rupture très vite, d’autres vont modifier leurs habitudes très progressivement : ne plus être au café du matin, ne plus déjeuner ensemble à la cantine (du moins pas tous les jours !), moins se voir en dehors du travail…

Comme toujours, tout est à moduler en fonction des personnes, du moment, du contexte. Je me souviens avoir rencontré un manager qui m’avait expliqué avoir choisi de vouvoyer ses ex-collègues (qu’il tutoyait jusque là) pour marquer cette distance. Visiblement, cela lui avait permis de franchir le pas.

Xerfi-2020.

Arriver comme manager d’une équipe qu’on ne connaissait pas est plus simple. Mais on peut avoir la tentation de se faire « aimer » en jouant le bon pote : offrir des verres, rendre des services…

Le rôle de la convivialité

Si on se fait apprécier très vite, c’est un très mauvais calcul à long terme ! Le manager se met en position difficile pour toutes sortes de situations qu’il devra gérer : dire non à une demande congés, arbitrer entre deux collaborateurs pour une formation, recadrer des comportements inappropriés. Mais attention, si l’amitié, au sens affectif, n’a pas sa place entre un manager et ses équipes, la convivialité et le respect sont essentiels. Il ne s’agit pas de virer au chefaillon ni de tomber dans l’autoritarisme ! Le rejet serait immédiat !

Un manager doit gagner le respect de ses équipes, par ses compétences, par sa capacité à prendre les bonnes décisions, à gérer les conflits, à traiter les personnes qu’il dirige en toute équité, sa capacité à faire confiance, à être à l’écoute. Toutes ces compétences permettent à chacun de travailler en toute sérénité et en toute sécurité psychologique. Elles ne peuvent s’exercer pleinement si l’affectif s’en mêle. Définitivement, un bon manager ne peut être un bon pote. Pas plus qu’être un bon pote ne soit une garantie pour devenir un bon manager !

The Conversation

Isabelle Barth ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Un bon manager ne peut pas être un bon pote – https://theconversation.com/un-bon-manager-ne-peut-pas-etre-un-bon-pote-263851

Les richesses extraordinaires de la Gaza antique exposées à l’Institut du monde arabe

Source: The Conversation – France (in French) – By Christian-Georges Schwentzel, Professeur d’histoire ancienne, Université de Lorraine

Détail d’une mosaïque byzantine, site de Jabaliya. J.-B. Humbert/IMA

La cité de Gaza, fondée il y a environ 3 500 ans, fut, dans l’Antiquité, l’un des principaux carrefours commerciaux entre Orient et Occident. C’est cette position stratégique exceptionnelle et l’extraordinaire richesse qui en découlait que révèle l’exposition « Trésors sauvés de Gaza : 5 000 ans d’histoire », présentée à l’Institut du monde arabe, à Paris, jusqu’au 2 novembre 2025.


L’exposition « Trésors sauvés de Gaza : 5 000 ans d’histoire » met en lumière les divers et nombreux sites historiques de Gaza qui ont récemment été détruits par des bombardements.

On y découvre un choix de 130 objets, datant du VIIIᵉ siècle avant notre ère au XIIIᵉ siècle de notre ère, qui témoignent de la foisonnante imbrication des cultures dans l’antique cité de Palestine, forte de ses échanges avec l’Égypte, l’Arabie, la Grèce et Rome.

Mais cette prospérité suscita la convoitise des États voisins et d’envahisseurs étrangers. Gaza s’est ainsi trouvée, dans l’Antiquité, au cœur de guerres d’une violence inouïe dont témoignent les auteurs anciens.

Le débouché maritime de la route des aromates

À Gaza arrivaient les aromates, encens et myrrhe, transportés à dos de chameaux, dans des amphores, depuis le sud de la péninsule Arabique. L’encens est une résine blanche extraite d’un arbre, dit boswellia sacra, qu’on trouve en Arabie du sud. On pratiquait une incision dans le tronc de l’arbre dont s’écoulait la sève qu’on laissait ensuite durcir lentement.

La myrrhe provenait également du sud de l’Arabie. C’est une résine orange tirée d’un arbuste, nommé commiphora myrrha.

Le siège de Gaza par Alexandre le Grand, peinture de Tom Lovell (1909-1997).

Les Nabatéens, peuple arabe antique, qui contrôlaient le sud de la Jordanie actuelle, le nord-ouest de l’Arabie et le Sinaï, convoyaient ces produits vers Gaza, en partenariat avec d’autres peuples arabes, notamment les Minéens, dont le royaume se trouvait dans l’actuel Yémen. Au IIIᵉ siècle avant notre ère, les papyrus des archives de Zénon de Caunos, un fonctionnaire grec, évoquent l’« encens minéen » vendu à Gaza.

Il y avait également des épices qui arrivaient à Gaza depuis le sud de l’Inde après avoir transité par la mer Rouge. Zénon mentionne le cinnamome et la casse qui sont deux types de cannelle. Le nard, dit parfois « gangétique », c’est-à-dire originaire de la vallée du Gange, provenait lui aussi du sous-continent indien.

Le nard entrait dans la composition d’huiles parfumées de grande valeur, comme en témoigne un passage de l’évangile selon Jean. Alors que Jésus est en train de dîner, à Béthanie, dans la maison de Lazare, intervient Marie, plus connue sous le nom de Marie-Madeleine.

« Marie prit alors une livre d’un parfum de nard pur de grand prix ; elle oignit les pieds de Jésus, les essuya avec ses cheveux et la maison fut remplie de ce parfum. » (Jean, 12, 3)

Flacon en forme de dromadaire accroupi, chargé de quatre amphores, découvert à Gaza, VIᵉ siècle de notre ère.
Wikipédia, Fourni par l’auteur

Parfums d’Orient

Depuis Gaza, les aromates étaient ensuite acheminés par bateau vers les marchés du monde grec et de Rome. L’Occident ne pouvait alors se passer de l’encens et de la myrrhe utilisés dans un cadre religieux. On en faisait deux types d’usage sacré : sous la forme d’onctions ou de fumigations. On produisait des huiles dans lesquelles on faisait macérer les aromates ; on enduisait ensuite de la substance obtenue les statues ou objets de culte. On faisait aussi brûler les aromates dans les sanctuaires pour rendre hommage aux dieux.

Résine d’encens.
Wikimédia, Fourni par l’auteur

Ces pratiques étaient devenues aussi courantes que banales à partir du IVᵉ siècle avant notre ère. Il était impensable de rendre un culte sans y associer des parfums venus d’Orient. Les fragrances qu’exhalaient les aromates étaient perçues comme le symbole olfactif du sacré. Outre cet usage cultuel, les aromates pouvaient aussi entrer dans la composition de cosmétiques et de produits pharmaceutiques.

La convoitise d’Alexandre le Grand

Mais la richesse de Gaza suscita bien des convoitises. Dans la seconde moitié du IVᵉ siècle avant notre ère, le Proche-Orient connaît un bouleversement majeur en raison des conquêtes d’Alexandre le Grand, monté sur le trône de Macédoine, royaume du nord de la Grèce, en 336 avant notre ère. Deux ans plus tard, Alexandre se lance à la conquête de l’Orient.

Après une série de succès fulgurant, en 332 avant notre ère, le Macédonien arrive sous les murailles de Gaza qu’il encercle. Bétis, l’officier qui commande la ville, mène une résistance acharnée, mais il ne dispose que de « peu de soldats », écrit l’historien romain Quinte-Curce
(Histoire d’Alexandre le Grand, IV, 6, 26).

Alexandre fait alors creuser des tunnels sous le rempart. « Le sol, naturellement mou et léger, se prêtait sans peine à des travaux souterrains, car la mer voisine y jette une grande quantité de sable, et il n’y avait ni pierres ni cailloux qui empêchent de creuser les galeries », précise Quinte-Curce. Les nombreux tunnels aménagés sous la ville, jusqu’à nos jours, témoignent encore de cette caractéristique du sol de Gaza et sa région.

Après un siège de deux mois, une partie de la muraille s’effondre dans la mine creusée par l’ennemi. Alexandre s’engouffre dans la brèche et s’empare de la ville.

« Bétis, après avoir combattu en héros et reçu un grand nombre de blessures, avait été abandonné par les siens : il n’en continuait pas moins à se défendre avec courage, ayant ses armes teintes tout à la fois de son sang et de celui de ses ennemis. »

Affaibli, le commandant de Gaza est finalement capturé et amené à Alexandre. Avec une extrême cruauté, le vainqueur lui fait percer les talons. Puis il y fait passer une corde qu’il relie à son char, avant d’achever Bétis en traînant son corps autour de la ville, jusqu’à ce qu’il l’ait réduit en lambeaux. Quant aux habitants de Gaza qui ont survécu au siège, ils sont vendus comme esclaves.

Lors du pillage qui s’ensuit, Alexandre s’empare d’une grande quantité de myrrhe et d’encens. L’auteur antique Plutarque raconte que le vainqueur, très fier de son butin, en envoya une partie à sa mère, la reine Olympias, restée en Macédoine, et à Léonidas qui avait été son instructeur militaire dans sa jeunesse (Plutarque, Vie d’Alexandre, 35).

Monnaie (tétradrachme) d’argent de Ptolémée III, frappée à Gaza, 225 avant notre ère.
Fourni par l’auteur

La renaissance de Gaza

Après la mort d’Alexandre, la ville est reconstruite et placée sous la domination des Ptolémées, successeurs d’Alexandre en Égypte et au Proche-Orient. Les souverains ptolémaïques collaborent alors avec l’élite des marchands de Gaza et les transporteurs nabatéens. Cette politique est largement bénéfique : elle enrichit à la fois les Gazéens, les Nabatéens et les Ptolémées qui prélèvent des taxes sur les produits acheminés dans la ville.

Au cours du IIᵉ siècle avant notre ère, Gaza devient la capitale d’un petit État indépendant, allié du royaume nabatéen. Suivant le modèle des cités grecques, les Gazéens élisent à leur tête un commandant militaire qui porte le titre de « stratège ».

Nouveau siège, nouvelle destruction

C’est alors que le roi juif Alexandre Jannée, qui appartient à la dynastie des Hasmonéens régnant sur la Judée voisine, décide d’annexer Gaza. En 97 avant notre ère, il attaque la ville qu’il assiège. Un certain Apollodotos exerce la fonction de « stratège des Gazéens », écrit Flavius Josèphe (Antiquités Juives, XIII, 359). Face à la menace, il appelle à l’aide Arétas II, le puissant souverain nabatéen, qui règne depuis Pétra, au sud de la Jordanie actuelle, sur une large confédération de peuples arabes. C’est pour cette raison qu’il porte le titre de « roi des Arabes », et non pas des seuls Nabatéens, selon Flavius Josèphe.

Dans l’espoir d’une arrivée prochaine d’Arétas II, les habitants de Gaza repoussent avec acharnement les assauts de l’armée d’Alexandre Jannée.

« Ils résistèrent, écrit Flavius Josèphe, sans se laisser abattre par les privations ni par le nombre de leurs morts, prêts à tout supporter plutôt que de subir la domination ennemie. » (« Antiquités juives », XIII, 360)

« Les soldats massacrèrent les gens de Gaza »

Mais Arétas II arrive trop tard. Il doit rebrousser chemin, après avoir appris la prise de la ville par Alexandre Jannée. Apollodotos a été trahi et assassiné par son propre frère qui a pactisé avec l’ennemi. Grâce à cette trahison, Alexandre Jannée, vainqueur, peut pénétrer dans la ville où il provoque un immense carnage.

« Les soldats, se répandant de tous côtés, massacrèrent les gens de Gaza. Les habitants, qui n’étaient point lâches, se défendirent contre les Juifs avec ce qui leur tombait sous la main et en tuèrent autant qu’ils avaient perdu de combattants. Quelques-uns, à bout de ressources, incendièrent leurs maisons pour que l’ennemi ne puisse faire sur eux aucun butin. D’autres mirent à mort, de leur propre main, leurs enfants et leurs femmes, réduits à cette extrémité pour les soustraire à l’esclavage. » (Flavius Josèphe, « Antiquités juives », XIII, 362-363)

Monnaie de bronze de Cléopâtre VII frappée à Gaza, 51 avant notre ère.
Fourni par l’auteur

Trente ans plus tard, la ville renaîtra à nouveau de ses cendres, lorsque les Romains, vainqueurs de la Judée hasmonéenne, rendent Gaza à ses anciens habitants. Puis la ville est placée, pendant quelques années, sous la protection de la reine Cléopâtre, alliée des Romains, qui y frappe des monnaies. La cité retrouve alors son rôle commercial de premier plan et redevient pour plusieurs siècles l’un des grands creusets culturels du Proche-Orient.


Christian-Georges Schwentzel vient de publier les Nabatéens. IVᵉ siècle avant J.-C.-IIᵉ siècle. De Pétra à Al-Ula, les bâtisseurs du désert, aux éditions Tallandier.

The Conversation

Christian-Georges Schwentzel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les richesses extraordinaires de la Gaza antique exposées à l’Institut du monde arabe – https://theconversation.com/les-richesses-extraordinaires-de-la-gaza-antique-exposees-a-linstitut-du-monde-arabe-265405

By not recognising a Palestinian state, NZ puts its own hard-won reputation on the line

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Robert G. Patman, Professor of International Relations, University of Otago

Leonardo Munoz/AFP via Getty Images

There seems to be a mismatch between what a UN inquiry recently described as genocide in Gaza and New Zealand’s announcement at the United Nations on Saturday that it will not yet join 157 other countries in recognising a Palestinian state.

The government decision, relayed by Foreign Minister Winston Peters at the UN General Assembly, was welcomed by Israel’s ambassador to New Zealand, who claimed recognition of a Palestinian state legitimises Hamas – a designated terrorist organisation.

On the other hand, former Labour prime minister Helen Clark said, “New Zealand has placed itself very much on the wrong side of history”. She said the government’s position overall was “confusing”.

In practice, the stance of the National-led coalition has certainly been ambiguous. It has called for a lasting ceasefire in Gaza, reiterated its support for a two-state solution, and repeatedly said recognition of a Palestinian state is a question of “when not if”.

However, in January 2024, it also agreed to a small Defence Force deployment as part of a United States-led coalition against Houthi rebel attacks on shipping in the Red Sea, despite the US using its Security Council veto to prevent a ceasefire in Gaza.

Equally striking was the government’s relative silence on President Donald Trump’s proposal in February this year to extinguish the prospect of a two-state solution by taking ownership of Gaza and effectively evicting two million Palestinian residents from the territory.

It also had little to say about the US-Israeli venture to start the Gaza Humanitarian Foundation in late May, a controversial move that sidelined the UN in aid distribution and has led to the killing of more than 1,000 Palestinians while seeking food.

And then in June, along with the United Kingdom, Australia, Canada and Norway, the government imposed sanctions on two far-right Israeli government ministers, Bezalel Smotrich and Itamar ben Gvir for “inciting extremist violence” against Palestinians.

That decision was strongly criticised by the Trump administration, but it seemed to signal the New Zealand position (along with that of its close allies) was hardening.

In August, Prime Minister Christopher Luxon declared Israel’s military assault on Gaza City was “utterly unacceptable”, and said Israeli Prime minister Benjamin Netanyahu had “lost the plot”.

None of which, we now know, was enough to convince the government to follow other liberal democracies such as Australia, Canada, the UK, France and Portugal in recognising Palestinian statehood.

NZ’s reputation on the line

The political reasoning, according to Peters, is that while Hamas remains the de facto government of Gaza and “with a war raging”, there is no viable Palestinian state to recognise.

According to the prime minister, this was a “balanced” decision and consistent with an independent foreign policy. But it can also be argued the approach rests on some shaky assumptions.

While Israel has not been able to destroy Hamas, nor has Hamas been able to stop Gaza being reduced to piles of rubble. According to the Israeli Finance Minister Smotrich, such destruction has “no precedent globally. And the world isn’t stopping us.”

By presenting Hamas as an obstacle to the recognition process, the government also seems to be overlooking the governance role the internationally recognised Palestinian Authority in the West Bank could play in Gaza in a future Palestinian state.

Netanyahu has consistently opposed any such role for the Palestinian Authority, a position New Zealand now seems to tacitly accept.

Peters has described the situation in Gaza as “simply intolerable”. If that’s the case, it has been allowed to happen without New Zealand’s recognition of a Palestinian state. So, how does delaying recognition improve things?

After all, Netanyahu has opposed the concept of a two-state solution since the mid-1990s. And his far-right coalition government has pledged to take full control of Gaza and annex the West Bank – in complete violation of international law and numerous UN resolutions.

It is the belated realisation by a number of democracies that Netanyahu will never accept a Palestinian state that has prompted the latest flurry of statehood recognition, before Israel’s attempt to absorb the occupied territories is completed.

Those countries that have now recognised a Palestinian state will have also weighed up the factors for and against doing so. But they have clearly chosen to make a moral and legal stand – albeit symbolic – on the Palestinian right of political self-determination.

By not joining them, there is a real risk New Zealand will be seen as aligning with those states – Israel and the US – that bear significant responsibility for prolonging the catastrophic conflict in Gaza.

If this perception is widely shared, New Zealand’s hard-won reputation as a state that firmly upholds an international rules-based order could be dealt a major blow.

The Conversation

Robert G. Patman does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. By not recognising a Palestinian state, NZ puts its own hard-won reputation on the line – https://theconversation.com/by-not-recognising-a-palestinian-state-nz-puts-its-own-hard-won-reputation-on-the-line-266224

Los antiguos romanos también lloraban a sus mascotas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier del Hoyo Calleja, Catedrático de Universidad (área de Filología Latina), Universidad Autónoma de Madrid

Estatua de bronce de un perro de los siglos II-III. MET Museum

Hace no mucho leíamos en la prensa y oíamos hablar sobre los cementerios de mascotas (algunos ya hay, especialmente para perros, en barrios residenciales de ciertos países del primer mundo), ante el escándalo de muchos bienintencionados que se llevan las manos a la cabeza viendo las necesidades del tercer mundo o zonas deprimidas donde comer es una aventura.

Pero tampoco estamos inventando nada nuevo. En la antigua Roma hubo, si no cementerios específicos, sí al menos tumbas con magníficos epitafios de animales, desde perros hasta caballos, pasando por la sentida despedida que le hace Catulo al gorrión de su amada:

El gorrión de mi amada ha muerto,

El gorrión, goce de mi amada,

Al que ella más que a sus ojos quería;

Pues era dulce como la miel y a su dueña conocía

Tan bien como la hija a su madre

Los perros, específicamente, eran muy apreciados para cuatro funciones: guerra, compañía, caza y guardia de la casa. Prueba de esto último son mosaicos como el de Pompeya en el que aparece uno y al lado la inscripción CAVE CANEM, “cuidado con el perro”. Fue especialmente querido un tipo de bichón maltés, antepasado del actual perro pequeño, blanco y de pelo largo.

Mosaico de un perro en el suelo de una casa romana con la inscripción CAVE CANEM.
Mosaico en la Casa del Poeta Trágico con la inscripción CAVE CANEM en Pompeya.
Eufrosine/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Y por eso hay registro de epitafios dedicados a los perros que se habían ganado el corazón de sus dueños –familias pudientes que podían permitirse estos sepulcros–, y de cuyo afecto habían sido objeto. Estos escritos singulares, que escapan de toda rutina, fueron redactados muchas veces en verso.

Hay uno, por ejemplo, grabado en una columna, que procede de Ancona (Italia) y destaca por su extrema brevedad:

“Guardián de mis carros, nunca ladró en vano:

ahora guarda silencio y la sombra protege sus cenizas”.

Margarita, perrita muerta en el parto

Placa sepulcral de Margarita en el Museo Británico.
Placa sepulcral de Margarita en el Museo Británico.
J. H. C.

En el Museo Británico de Londres se conserva actualmente un epitafio dedicado a una perra llamada Margarita, procedente de Roma. Su texto, escrito en una placa de mármol con letras muy pequeñas, está más elaborado que el anterior y hace alusión a las cualidades de la perra, para terminar describiendo su trágica muerte. Es destacable que esté redactado en primera persona, como los de algunos hombres:

“La Galia me engendró y me dio nombre una perla del rico mar, y mi belleza fue adecuada a la hermosura de mi nombre. Hábil y osada en corretear por los bosques desconocidos y en perseguir por las colinas a las hirsutas fieras, nunca solía ir sujeta por pesadas cadenas ni soportar crueles palizas en mi níveo cuerpo. Pues en el suave regazo de mi dueño y de mi dueña me tendía, y sabía, cuando estaba cansada, recostarme en su lecho preparado y, más allá de lo posible, hablaba con el rostro silencioso de un perro: nadie temió demasiado mis ladridos. Pero desgarrada por un parto desdichado, he tenido que sucumbir a mi destino. Y ahora me cubre la tierra bajo este pequeño mármol”.

Otro epitafio procede de las proximidades de Salerno, cerca de Nápoles, y está dedicado asimismo a una hembra. Aunque no se describe la raza, por los datos que proporciona, se trata –como en el anterior ejemplo– de una perra de pequeño tamaño, capaz de recostarse sobre el regazo de sus dueños:

“Empapado en lágrimas te he traído hasta aquí, mi querida perrilla, como hice antes más contento durante tres lustros. Pues ya no me darás miles de besos, Pátrice, ni podrás recostarte feliz en mi cuello. Lleno de tristeza te he enterrado, pues lo mereces, en una morada de mármol y te he unido para siempre a mis Manes, a ti, que eras capaz de asemejarte a los hombres con tu ingeniosa conducta. ¡Ay, cuántos encantos he perdido! Tú, dulce Pátrice, acostumbrabas a acercarte a mi mesa y, cariñosa, pedías comer en mis brazos, y solías lamer con tu lengua traviesa la copa que a menudo mis manos sostuvieron para ti; y, cuando llegaba cansado, me recibías moviendo la cola sin cesar y con ese simple gesto me transmitías todo tu cariño”.

Sentimientos a flor de piel

A veces las señoras tomaban tanto cariño a estas mascotas –escribe irónicamente Juvenal en una de sus invectivas contra las mujeres–, que sentían más la muerte de su perrita que la de su propio marido. Así, un epitafio, procedente de Aquitania, describe a la perra Mía con sentimientos que recuerdan a los de Catulo al describir al pajarillo muerto de su amada:

“Cuán dulce fue, cuán cariñosa. Mientras vivía, se acurrucaba en mi regazo, cómplice siempre de mi sueño y de mi lecho. ¡Oh desgracia, Mía, que has muerto! Habrías ladrado solamente si algún rival, coqueta, se hubiese tendido a los pies de tu dueña. ¡Oh desgracia, Mía, que has muerto! Una tumba profunda te guarda ya, inocente, y no puedes alborotar, ni brincar, ni disfrutar con los cariñosos mordiscos que me dabas”.

Altar funerario con un relieve de un niño y un perro.
Altar funerario de un niño, Anthus, erigido por su padre, L(ucius) Iulius Gamus en la primera mitad del siglo I. Anthus está acompañado en el altar por su perro mascota.
MET Museum

En este sentido quizás una de las dedicatorias más sentidas es la que vemos en una urna conservada en el Museo Arqueológico de Madrid, en la que A. Cornelius Aprilis, un liberto, pone a su patrona, Cornelia Nympha. En un momento posterior se añadió en la propia inscripción “y a la perrita Albana”, lo que parece indicar que se quisieron juntar las cenizas de dueña y perrita también en la urna.

Y es que el mundo no ha cambiado tanto en dos mil años. O quizás debamos decir que en algunos puntos vuelve a parecerse al de hace dos mil años –ya que estos homenajes no se recuperaron casi hasta el siglo XX–.

Es significativo que el ser humano siga honrando a sus seres más queridos, sean estos personas o, en algunos casos, mascotas.

The Conversation

Javier del Hoyo Calleja no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los antiguos romanos también lloraban a sus mascotas – https://theconversation.com/los-antiguos-romanos-tambien-lloraban-a-sus-mascotas-264425

Qué tienen en común las teorías de la conspiración: del 11M al atentado de Barcelona

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pablo García Varela, Investigador de Ciencias Sociales, Universidade de Vigo

Dos personas observan el antiguo memorial a las víctimas del 11-M en Atocha, hoy desaparecido. Songquan Deng/Shutterstock

Las teorías de la conspiración no son un fenómeno marginal ni anecdótico. En España, desde los años setenta hasta hoy, cada gran episodio de terrorismo ha estado acompañado de relatos alternativos que ponen en duda la versión oficial. Estos discursos, lejos de quedarse en círculos reducidos, se mueven en las redes sociales, pódcast, medios de comunicación y debates políticos, alcanzando a millones de personas.

Un ejemplo reciente lo encontramos en la entrevista que el youtuber Jordi Wild hizo al excomisario José Manuel Villarejo en 2024, que superó los tres millones de visualizaciones. En ella, Villarejo sugirió la implicación de la CIA y de sectores del franquismo en el asesinato del presidente del gobierno español Carrero Blanco (1973), y señaló a los servicios secretos marroquíes y franceses en los atentados del 11M. Más allá de sus palabras, lo más revelador fueron los comentarios del vídeo: miles de usuarios discutiendo con vehemencia, prueba del atractivo y persistencia de este tipo de narrativas.

Algo parecido ocurre con los atentados yihadistas de Barcelona en 2017. ERC y Junts han reclamado la desclasificación de documentos del Centro Nacional de Inteligencia (CNI), bajo la sospecha –alentada también por Villarejo– de que los servicios secretos conocían los planes de los terroristas de Ripoll y permitieron que actuaran para dar un “susto” al independentismo catalán. Aunque carezca de pruebas sólidas, esta teoría muestra cómo las conspiraciones logran impacto político real.

Qué caracteriza a una teoría de la conspiración

Aunque cambien los protagonistas o el contexto histórico, todas las teorías de la conspiración funcionan con los mismos ingredientes:

  • Un complot oculto: siempre hay un grupo todopoderoso –el Estado, una multinacional, los servicios secretos o una élite económica– que mueve los hilos en la sombra.

  • La lógica circular: la ausencia de pruebas no se interpreta como una debilidad, sino como la confirmación de que la trama existe y se ha ocultado con éxito.

  • Nada es casualidad: cada acontecimiento forma parte de un plan más amplio, conectado con otros episodios aparentemente independientes.

  • La manipulación de datos: se tergiversan hechos, se inventan pruebas o se repiten rumores hasta que parecen ciertos.

  • El atractivo sensacionalista: ofrecen un relato emocionante, alternativo a la versión oficial, con gran capacidad de difusión gracias a los medios y, hoy en día, a las redes sociales.

Estos elementos convierten a las teorías conspirativas en narrativas muy persuasivas: simplifican lo complejo, ofrecen certezas en momentos de incertidumbre y se apoyan en la desconfianza hacia las instituciones.

De Carrero Blanco a Barcelona

En España, a lo largo de las últimas décadas, encontramos múltiples ejemplos de estas conspiraciones:

  • El asesinato de Carrero Blanco (1973): oficialmente atribuido a ETA, pronto se rodeó de teorías que señalaban a la CIA, la URSS o incluso a sectores del franquismo.
Fotografía de un edificio con un coche en un balcón.
En el atentado de 1974 contra Carrero Blanco, el coche en el que viajaba quedó destrozado tras la explosión de una bomba y acabó estrellado contra el balcón del tercer piso de un edificio en Madrid.
Nationaal Archief/Wikimedia Commons

Cada uno de estos casos muestra cómo las conspiraciones sobreviven al paso del tiempo, incluso frente a sentencias judiciales firmes o evidencias históricas.

Por qué funcionan

Las teorías de la conspiración prosperan porque cumplen funciones psicológicas y sociales muy eficaces. Ofrecen explicaciones sencillas a sucesos dolorosos o caóticos, refuerzan la identidad de grupo y permiten desplazar la culpa hacia un enemigo externo. En ocasiones, incluso convierten a determinados personajes en héroes o profetas que denuncian los supuestos complots.

En la actualidad, además, las redes sociales multiplican su impacto. Plataformas como YouTube, Telegram, X o Forocoches permiten que cualquier individuo pueda difundir un relato alternativo con el mismo alcance que un gran medio de comunicación. De hecho, una simple búsqueda en Google sobre cualquiera de los casos mencionados devuelve antes las versiones conspirativas que los análisis académicos.

El reto para la democracia

Las teorías de la conspiración tienen consecuencias reales: erosionan la confianza en las instituciones, dificultan la convivencia democrática y, en ocasiones, alimentan la polarización y la violencia. En el caso del terrorismo, se convierten en un recurso político poderoso para movilizar emociones y reforzar identidades, aunque se basen en datos falsos o tergiversados.

Por eso es esencial que universidades, investigadores y medios adopten un papel más activo en desmontar estos relatos. Los historiadores, en particular, debemos salir de los límites del ámbito académico y aprovechar también los espacios digitales para explicar con claridad qué sabemos y qué no sabemos sobre nuestro pasado reciente.

Ninguna de las conspiraciones en torno al terrorismo en España ha presentado pruebas sólidas. Todas se sostienen en la falacia de que la ausencia de evidencias es en realidad la mayor prueba de la trama. Su atractivo reside en que convierten la duda y la desconfianza en un relato emocionante, donde nada es casualidad y todo forma parte de un plan secreto.

Frente a ellas, la única respuesta posible es más investigación, más divulgación y más pensamiento crítico. Entender cómo funcionan las teorías de la conspiración no solo ayuda a combatir la desinformación: es también una tarea esencial para proteger la calidad de nuestra democracia.

The Conversation

Pablo García Varela recibe fondos de la Xunta de Galicia dentro del programa de Axudas de apoio á etapa de formación posdoutoral de la Xunta de Galicia 2023.

ref. Qué tienen en común las teorías de la conspiración: del 11M al atentado de Barcelona – https://theconversation.com/que-tienen-en-comun-las-teorias-de-la-conspiracion-del-11m-al-atentado-de-barcelona-264546

¿Qué sentimos al comer? En busca de los secretos moleculares del gusto

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rocío Romero Zaliz, Personal docente e investigador area de ciencia de la computación e inteligencia artificial, Universidad de Granada

ViDI Studio/Shutterstock

¿Se ha preguntado alguna vez por qué ciertos sabores nos resultan irresistibles mientras que otros nos generan rechazo? Más allá de nuestras papilas gustativas, depende de una intrincada red de señales dentro de nuestro cuerpo. Esta red influye no solo en nuestros gustos, sino en nuestra salud y hasta en cómo nos sentimos.

Un estudio reciente, publicado en la revista npj Science of Food de la editorial Nature, ha dado un paso importante para comprender el sentido del gusto. Gracias al uso de herramientas de inteligencia artificial y a técnicas de simulación molecular, los científicos que hemos participado en la investigación logramos identificar por primera vez el conjunto completo de interacciones de los receptores del gusto humano.

El gusto: una experiencia multidimensional

Los receptores del gusto son proteínas que detectan los compuestos químicos de los alimentos. Luego, convierten esa información en señales que el cerebro interpreta como dulce, salado, amargo, ácido o umami.

Pero estas proteínas no trabajan solas. Dentro de nuestras células, se relacionan con muchas otras. Juntas forman una red de interacciones que, hasta ahora, era poco conocida.

Comprender cómo se conectan dichas proteínas puede ayudarnos a mejorar la alimentación. También puede servir para tratar trastornos relacionados con el apetito o el sabor. Incluso puede guiar el desarrollo de alimentos más saludables y, a la vez, sabrosos.

Inteligencia artificial al servicio del paladar

El estudio fue realizado por un consorcio europeo con participación de investigadores de la Universidad de Granada. Estos investigadores utilizaron modelos de inteligencia artificial para predecir cómo se relacionan los receptores del gusto con otras proteínas del cuerpo humano.

Para ello, se entrenaron modelos de inteligencia artificial con más de 2,5 millones de datos experimentales que incluían información genética, estructural y funcional sobre proteínas humanas. Los investigadores utilizaron 61 características distintas para describir cada par de proteínas (siendo una de ella un receptor del gusto), como su similitud funcional, su presencia en otras especies, su nivel de expresión conjunta o su compatibilidad estructural. Esta información permitió construir modelos capaces de predecir, con alta precisión, si dos proteínas interactúan entre sí o no.

Pero no solo se trataba de saber si existía una interacción, sino también de estimar cuán fuerte era. Para ello, se desarrolló un modelo adicional que permite calcular la afinidad entre proteínas, es decir, la intensidad con la que se unen. Esta información resultó clave para priorizar las interacciones más relevantes desde el punto de vista biológico.

Una vez identificadas las interacciones más prometedoras, los investigadores recurrieron a simulaciones de dinámica molecular, que permiten observar cómo se comportan las proteínas en un entorno virtual imitando el interior de una célula. Gracias a esta técnica, pudieron analizar con detalle el modo en que se unen las proteínas, qué regiones están implicadas en el contacto y cómo cambia su forma durante la interacción.

Así, lograron validar algunas de las predicciones más destacadas del modelo, aunque poner a prueba todas es un proceso complejo que aún llevará tiempo.

Descubrimiento revolucionario

El descubrimiento más llamativo de este estudio es la interacción entre el receptor amargo TAS2R41 y la proteína CHMP4A. Esta última participa en funciones celulares esenciales, como la reparación de membranas dañadas. Aunque hasta ahora no se había relacionado con el sentido del gusto, las simulaciones moleculares revelaron que puede unirse de forma estable al receptor TAS2R41, lo que podría alterar su comportamiento.

En concreto, los investigadores observaron que esta interacción modifica la flexibilidad de una región clave del receptor, lo que podría facilitar la entrada de compuestos amargos y, por tanto, aumentar su sensibilidad. Este hallazgo sugiere que la proteína CHMP4A podría actuar como un modulador del gusto, influyendo en cómo percibimos ciertos sabores sin necesidad de que haya un estímulo externo, como un alimento.

Además, abre una nueva línea de investigación: la posibilidad de que los receptores del gusto tengan funciones más allá de la lengua. Esto plantea la hipótesis de que podrían participar en otros procesos como la regulación del apetito o la respuesta a ciertos medicamentos.

¿Y estos avances para qué nos sirven?

Nuestro trabajo puede ayudar a entender mejor cómo se relaciona el sentido gusto con la salud. Por ejemplo, podría explicar por qué algunas personas tienen más apetito que otras, o por qué ciertos alimentos resultan más atractivos para unos que para otros. Estas diferencias no siempre se deben a la cultura o a la costumbre: también pueden tener una base biológica, relacionada con cómo interactúan las proteínas en nuestro cuerpo.

Así sería posible diseñar alimentos que se adapten mejor a las preferencias individuales sin comprometer su valor nutricional. Esto podría facilitar que más personas adopten dietas equilibradas, especialmente aquellas que encuentran difícil seguir recomendaciones alimentarias tradicionales.

Además, los hallazgos podrían aplicarse en el tratamiento de personas con problemas de apetito o alteraciones en la percepción del sabor. Estas dificultades son comunes en pacientes con enfermedades crónicas, en personas mayores o en quienes reciben tratamientos como la quimioterapia.

En un mundo donde comer bien es un reto constante, por razones económicas, culturales o de salud, entender cómo funciona el gusto a nivel molecular puede convertirse en una herramienta poderosa. No solo para tomar mejores decisiones alimentarias, sino también para prevenir enfermedades, mejorar tratamientos y promover una relación más saludable con la comida.

The Conversation

Esta publicación es parte del Proyecto “Inteligencia Artificial Ética, Responsable y de Propósito General: Aplicaciones En Escenarios De Riesgo. (IAFER) Exp.: TSI-100927-2023-1 financiado a través de la Creación de cátedras universidad-empresa (Cátedras Enia), destinadas a la investigación y desarrollo de la inteligencia artificial, para su difusión y la formación en el marco del Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia Europeo, financiado por la Unión Europea-Next Generation EU.

Vanessa M. Martos Núñez recibe fondos de:
Proyecto VIRTUOUS-MSCA-RISE-Research and Innovation Staff Exchange, del Programa Horizon 2020 de la Comisión Europea. GA: 872181
https://virtuoush2020.com/project/

ref. ¿Qué sentimos al comer? En busca de los secretos moleculares del gusto – https://theconversation.com/que-sentimos-al-comer-en-busca-de-los-secretos-moleculares-del-gusto-258600

¿Intervención antidrogas o estrategia geopolítica? El conflicto entre EE. UU. y Venezuela en aguas del Caribe

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fernando Cvitanic, Docente de Relaciones Internacionales, Universidad de La Sabana

Imagen del segundo ataque de Estados Unidos a una presunta narcolancha venezolana difundida por el gobierno estadounidense.

Se mantienen las tensiones entre Venezuela y Estados Unidos. Tras el despliegue de varios buques de guerra y los entrenamientos del Comando Sur de los Estados Unidos en aguas del Caribe, Venezuela también dio inicio a los ejercicios militares en la isla La Orchila y continúa la expectativa.

Estados Unidos ha sido claro en su intención de luchar contra las drogas. El mensaje, desde el día uno del despliegue de barcos, helicópteros, tanques y soldados, y los ataques contra tres embarcaciones que dejaron un saldo de 14 personas fallecidas, no puede ser más contundente: “Deje de enviar droga”, fue el mensaje lanzado por Trump desde Inglaterra a Nicolás Maduro.

El gobierno de Venezuela, por su parte, insiste en que todo obedece al interés del país norteamericano de derrocarlo, y presentó ante la Comunidad de Estados Latinoamericanos y Caribeños (CELAC) las correspondientes denuncias, sin dejar de lado las acusaciones por violación del derecho internacional al bombardear embarcaciones que supuestamente llevaban cargamentos de drogas.

Lo cierto es que, más allá de los hechos y las acusaciones, en la actual coyuntura internacional, las actuaciones de Estados Unidos parecen responder a una estrategia de poder: golpea en su patio trasero para mejorar su posición en el escenario global.

La sombra del pasado

Dos ejemplos de los últimos años de la Guerra Fría: en 1983, un conjunto de fuerzas militares de algunos países del Caribe en alianza con Estados Unidos invadió Granada para deponer el gobierno prosoviético que controlaba la isla, En 1989, durante el primer año de George Bush padre en la Casa Blanca, el ejército estadounidense invadió Panamá para capturar al dictador Manuel Antonio Noriega. En cambio, la estrategia de Estados Unidos en los últimos tiempos ha sido menos dogmática y se ha basado en el poder blando: la influencia económica, diplomática y tecnológica. Además, en estas últimas décadas, y con excepciones como Venezuela, Nicaragua o Cuba, la democracia se ha ido asentando en los países latinoamericanos.

Han quedado atrás los tiempos de la política del garrote con la que los gobiernos estadounidenses presionaban a los países latinoamericanos, con intervenciones armadas, y la lucha perdida contra el tráfico de drogas ha obligado a dar un giro e intentar nuevas estrategias.




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Gasolina y drogas

Las preocupaciones de Washington respecto a Venezuela se concentran en dos cuestiones: las reservas de petróleo y la actividad delictiva del Cartel de los Soles (tráfico de cocaína, contrabando de combustible y minería ilegal entre otros).

Por su parte, las grandes compañías energéticas estadounidenses verían con buenos ojos la salida de Maduro y que se recuperase la normalidad en la industria petrolera venezolana. Venezuela tiene demasiado crudo para ignorarlo y el mercado energético global sigue siendo clave en la economía mundial.

En Washington se están evaluando las posibilidades para hacer intervenciones marítimas y terrestres en América Latina –hay un proyecto de ley redactado por Cory Mills, miembro de la Cámara de Representantes de los Estados Unidos– para dar una solución, al menos a mediano plazo, al narcotráfico en la región.

Explosiones descontroladas

Lo cierto es que hacer explotar embarcaciones parece estar teniendo consecuencias. “Vemos que no hay barcos. Cuando fuimos la primera vez, había cientos de barcos. Ahora no hay ninguno”, explicó Trump, quizás para precisar que probablemente esto se debe a que la presencia de los barcos estadounidenses es ya un obstáculo para los narcotraficantes.

Esta estrategia podría hacer tambalear a Nicolás Maduro, buscado por sus supuestos nexos con el Cartel de los Soles y por quien ya EE. UU. ofrece una recompensa de 50 millones de dólares, mayor que la que se prometió en 2001 por Osama Bin Laden (25 millones de dólares).

De ahí que el temor de Maduro no sea gratuito. En medio de esta incertidumbre, la Asamblea Nacional venezolana acaba de aprobar un proyecto de asociación estratégica y cooperación con el Kremlin mientras su otro aliado, China, manteniendo su política de no intervención, no se ha pronunciado al respecto.

El problema no es de la región

Lo que ocurre entre Estados Unidos y Venezuela no puede verse como un enfrentamiento regional: se trata de un capítulo más en la disputa por la narrativa de poder en el sistema internacional. Estados Unidos, bajo el gobierno de Trump, mide costos y beneficios con el mismo pragmatismo con el que antes respaldó a dictadores amigos o castigó a adversarios ideológicos.

La incógnita no es si a Washington le preocupa la democracia en Caracas sino cuánto está dispuesto a frenar el narcotráfico y mantener su hegemonía en un continente que, aunque relegado, sigue siendo su patio trasero y en donde China, su mayor adversario, va ganando terreno.

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Fernando Cvitanic no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Intervención antidrogas o estrategia geopolítica? El conflicto entre EE. UU. y Venezuela en aguas del Caribe – https://theconversation.com/intervencion-antidrogas-o-estrategia-geopolitica-el-conflicto-entre-ee-uu-y-venezuela-en-aguas-del-caribe-264571

Los estornudos de los cerdos nos ayudan a entender cómo actúa la gripe

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Estanislao Nistal Villán, Virólogo y profesor de Microbiología de la Facultad de Farmacia, Universidad CEU San Pablo

Los cerdos son un buen modelo animal para estudiar la gripe txking/Shutterstock

Entre 290 000 y 650 000 personas mueren al año por enfermedades asociadas a la gripe causada por los virus de la influenza, según la Organización Mundial de la Salud (OMS). Pero, lejos de ser un problema exclusivamente humano, estos virus también infectan a numerosas especies animales. Las aves acuáticas, que son su principal reservorio, pueden transmitir el virus a cerdos y a humanos, entre otros.

En los cerdos, la gripe provoca una enfermedad respiratoria similar a la humana, con problemáticas comparables, lo que los convierte en un modelo valioso para el estudio de la infección y sus complicaciones. La principal complicación que presentan las infecciones gripales son las infecciones bacterianas secundarias, como las del neumococo (Streptococcus pneumoniae) en el caso de los humanos, o el Streptococcus suis en el caso del cerdo. Esto implica que cuando los pacientes están defendiéndose del virus, algunas bacterias aprovechan la situación para producir su propia infección.

Cuando Robert Koch (1843-1910), considerado uno de los padres de la microbiología moderna, identificó a los agentes que causaban enfermedades mortales como la tuberculosis o el cólera, cambió por completo la manera de abordar las enfermedades infecciosas. Las infecciones pasaron de ser meras especulaciones a convertirse en objeto de estudio experimental, donde el diagnóstico y el tratamiento podían orientarse con precisión frente a un microorganismo concreto. Eso sí, uno solo, porque Koch abanderaba el concepto de “un patógeno, una enfermedad”.

En este caso, el tiempo no le ha dado del todo la razón: no siempre hay un único patógeno detrás de una enfermedad. Sin ir más lejos, en muchos de los casos de muerte por gripe, las complicaciones se asocian a infecciones oportunistas en las que podrían intervenir, además del virus, una o varias bacterias a la vez. Lo que aún se desconoce es de qué manera interactúan con el virus y entre ellas, y cómo contribuyen a que se agrave la enfermedad.

Los pulmones no son estériles

Para entender de dónde surgen esas bacterias, hay que tener en cuenta que los pulmones no son estériles ni asépticos, hay microbiota también en el tracto respiratorio. Y en un contexto de infección viral, entre las propias comunidades microbianas del pulmón pueden emerger una o varias bacterias oportunistas que agraven la enfermedad.

Hoy en día, la mayoría de las infecciones respiratorias que reciben atención médica no tienen una etiología o causa definida.

La microbiota es como una gran orquesta

La microbiota es el conjunto de microorganismos (bacterias, virus, hongos y arqueas) que habita en un espacio concreto del cuerpo humano como la piel, el sistema digestivo o el tracto respiratorio. Su equilibrio es crucial para mantener la salud, dado que participa en el mantenimiento de condiciones que evitan enfermedades.

Podríamos concebir la microbiota como una gran orquesta en la que los músicos de cada grupo de instrumentos tocan al compás y son escuchados por una audiencia pacífica, que aprecia la armonía del momento. Este concierto ocurre en perfecto equilibrio hasta que un agente disruptor (en este caso, la gripe) perturba la armonía. La gripe introduce elementos disonantes que pueden despertar reacciones en otros músicos, y también en los críticos espectadores, que pueden empezar a enfadarse, silbar, lanzar tomates o algo peor: volverse tan violentos que acaben destruyendo la sala de conciertos.

La mejor manera de identificar a los “músicos” de la sala de conciertos de nuestros pulmones sanos, y de entender lo que les pasa cuando hay una infección, es utilizando tecnologías de secuenciación. Así es como hemos podido identificar las bacterias presentes en los pulmones de cerdos que sufrían gripe. Los resultados revelan que hay más cantidad de bacterias en los pulmones de animales infectados con influenza, así como una mayor diversidad tanto de bacterias comúnmente asociadas a neumonías como de otras menos prevalentes.

Una firma bacteriana inconfundible

Las bacterias presentes en el pulmón durante una infección gripal pueden asociarse entre sí, dando lugar a lo que se conoce como firmas bacterianas que, adaptando el concepto de Koch, podrían traducirse como “un patrón bacteriano, una enfermedad”.

Estos patrones podrían ser utilizados en un futuro para predecir el comportamiento y las complicaciones que ciertos pacientes pueden presentar durante una gripe para poder tratarles a tiempo, manteniendo tanto a la orquesta como al público en perfecta armonía.

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Estanislao Nistal Villán recibe fondos del Ministerio de Ciencia e Innovación PID2023-150116OB-I00.

Javier Arranz Herrero y Sara Izpura Luis no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. Los estornudos de los cerdos nos ayudan a entender cómo actúa la gripe – https://theconversation.com/los-estornudos-de-los-cerdos-nos-ayudan-a-entender-como-actua-la-gripe-266008

Cómo frenar el abandono docente con redes de acompañamiento

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Thomas André Prola, Profesor e investigador en Educación, Tecnologías y Vulnerabilidades digitales – Universidad Europea del Atlántico, Universidad de Barcelona, Universitat de Barcelona

El abandono docente es un desafío global: según la UNESCO, al llegar 2030 y de mantenerse las tendencias actuales, faltarán unos 44 millones de maestros y profesores en todo el mundo. En ciertas zonas, como en África, hay escasez de personas formadas en esta labor en comparación con el crecimiento de la población. En contraste, el problema en muchos países desarrollados, como los europeos, es una alta tasa de abandono.

En algunos países de Europa, uno de cada tres docentes deja la profesión antes de cumplir cinco años ejerciéndola. Esto impacta directamente la vida de millones de niños y jóvenes: aulas sin profesores, programas sin continuidad y estudiantes que pierden oportunidades de aprendizaje.

¿Por qué dejan de ser docentes estos profesionales que han invertido años, recursos y energías para poder ejercer la enseñanza? Las razones son múltiples: soledad profesional, dificultades de comunicación con las familias de los alumnos, diferencias con la cultura escolar, problemas con la disciplina y gestión del aula, carencia de recursos o la sensación de no estar preparados para los desafíos de las aulas actuales.

La soledad profesional del docente

Fijémonos en un caso particular. Paco es un joven docente vocacional: siempre soñó con ser profesor. Pero cuando entró por primera vez en un aula, la impresión de soledad y las dudas le hicieron plantearse si estaba a la altura. Esperaba orientación, pero encontró silencio: “Uno piensa que este mundo de la educación es bastante cooperativo… y no siempre es así”, nos contó en el marco de nuestro proyecto para fomentar el acompañamiento docente.

Y es que se aprende a ser docente también en el día a día del centro educativo donde se trabaja. Como afirman los expertos, “los maestros se forman en las escuelas en que trabajan”. El intercambio con colegas juega un rol fundamental en el aprendizaje del modo de hacer docente.




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La identidad docente se va construyendo a medida que se experimenta, discute y resuelve. Pero jóvenes docentes como Paco no encuentran siempre oportunidades de compartir sus dudas con colegas más experimentados, muchas veces por falta de confianza o de tiempo.

Redes europeas de cuidado

Una de las conclusiones más importantes de nuestra investigación es, precisamente, que los profesores jóvenes necesitan sentirse acompañados. El apoyo de un mentor, el respaldo de sus pares y la posibilidad de reflexionar sobre su propia práctica marcan la diferencia entre abandonar o quedarse. En otras palabras, el futuro de la educación también pasa por construir redes de cuidado y aprendizaje compartido.

El proyecto busca conocer los principales desafíos y los apoyos de los profesores noveles (con menos de 5 años de experiencia) para desarrollar un entorno digital que evite su abandono.

Presentación del proyecto Digital TA en vídeo.

Digitalta.eu: una comunidad virtual

Con esta visión nació DigitalTA, una plataforma europea que ya reúne a más de 1 200 docentes de distintos países. Su objetivo es crear una comunidad que acompañe a profesores en sus primeros años para que no se enfrenten solos a los retos de la profesión. También funciona para profesores experimentados que quieran dar apoyo, intercambiar recursos y reflexiones o actualizarse con nuevos recursos.

¿Cómo funciona? Los docentes pueden acceder en la plataforma a formación específica, tutorías personalizadas y, sobre todo, a un espacio de intercambio donde compartir experiencias y buscar soluciones colectivas. Allí, un profesor novel de España puede aprender de la experiencia de un mentor en Irlanda, o una maestra de primaria en Bélgica puede encontrar apoyo en un grupo de pares que atraviesan las mismas dificultades.




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Lo más valioso de esta red es que pone en el centro a los docentes, reconociendo que son ellos quienes tienen la experiencia y la capacidad para transformar el sistema desde adentro. DigitalTA no impone recetas: ofrece un espacio para dialogar, experimentar y crecer juntos.

Siete desafíos a tener en cuenta

En nuestro estudio preliminar para detectar las necesidades de los docentes noveles, pudimos definir siete áreas de preocupación: las tecnologías digitales, la gestión del aula, la comunicación y las relaciones con las familias, la diversidad e inclusión, la colaboración profesional, la cultura escolar, la planificación y el desarrollo curricular. La colaboración profesional y la cultura escolar tienen que ver directamente con esta necesidad de acompañamiento que intentamos cubrir con la plataforma, pero en todas las demás áreas la posibilidad de compartir experiencias puede contribuir también a una mejor experiencia.

Paola, maestra desde hace 3 años, nos comenta: “Esta herramienta logró interpelarme, desafiarme y comprometerme con lo que estaba sucediendo. Muchos problemas son comunes, y otras situaciones que uno cree que son cotidianas en cambio no lo son en todos los lugares del mundo”.

El bienestar docente: pilar del futuro

En octubre de 2025 lanzaremos un programa específico para trabajar el bienestar docente, con encuentros mensuales en los que se abordarán necesidades detectadas por la propia comunidad: desde la gestión emocional hasta estrategias para mejorar la convivencia en el aula.

Un joven docente que, hace unos años, habría abandonado la profesión por falta de acompañamiento, hoy puede encontrar una red que le escucha, le orienta y le ayuda a seguir adelante. Ese cambio no solo beneficia a los profesores: también impacta directamente en los estudiantes. Un docente motivado y con recursos emocionales y pedagógicos puede crear entornos de aprendizaje más sólidos, más inclusivos y más innovadores.

Fomentar el apoyo y la colaboración

No puede haber educación de calidad si los docentes no se encuentran anímica y psicológicamente bien. Cuidar a quienes enseñan es la base para construir escuelas donde el aprendizaje y el crecimiento personal sean posibles.

Entender el abandono docente es una oportunidad para construir sistemas educativos más humanos y sostenibles, con docentes que tienen tiempo para darse apoyo mutuo y que comparten lo que saben. El futuro de la educación depende, en buena medida, de que esos esfuerzos colectivos sigan creciendo.

The Conversation

Thomas André Prola recibe fondos de la Unión Europea (European Education and Culture Executive Agency- EACEA).

ref. Cómo frenar el abandono docente con redes de acompañamiento – https://theconversation.com/como-frenar-el-abandono-docente-con-redes-de-acompanamiento-263648