Les défis du réarmement de l’Europe : réveil stratégique ou chaos organisé ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Vilaine, Docteur en sciences de gestion, ancien officier, enseignant en géopolitique à ESDES Business School, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)

Après des décennies passées à cueillir les « dividendes de la paix », les Européens réarment à grande vitesse, mais de façon désorganisée, voire confuse. Or, la sécurité du continent dépend de la mise en œuvre d’une politique militaire pensée de façon collective et fondée sur une industrie de défense qui deviendrait nettement moins dépendante des États-Unis.


Face à la rhétorique agressive de la Russie, à ses provocations verbales et à ses opérations d’intimidation de plus en plus fréquentes, les États européens réarment. L’attitude illisible de l’administration Trump les incite encore davantage à prendre leur destin en main en matière de défense.

Mais les achats d’armements se font en ordre dispersé. Les Européens (membres de l’UE ou non) continuent de largement dépendre des États-Unis dans ce domaine ; et leur industrie de défense se développe avec une grande lenteur, malgré de progrès récents.

La fin d’une illusion

La guerre en Ukraine a été un révélateur pour les Européens. Après plus de trois décennies de désarmement prononcé pour toucher les fameux « dividendes de la paix » post-guerre froide, les budgets augmentent, accompagnés d’annonces sur des commandes de chars, d’avions de combat, de missiles.

La réactivation des réserves est mise en avant, tout comme la relance des industries d’armement. Ce mouvement, bien que tardif, illustre un gros progrès. L’Europe ne se considère plus comme un continent riche, trop heureux de confier sa protection (notamment nucléaire) aux États-Unis, sans avoir à livrer de véritables efforts propres. En cela, les critiques venues de Washington relatives au manque d’investissements des pays européens dans leur défense étaient parfaitement justifiées.

Mais ce réarmement, aussi nécessaire soit-il, se fait dans le désordre et dans la précipitation, car il est plus guidé par la peur ou par la prise de conscience que par la planification. L’UE, certes, dépense davantage, mais ne réussit pas à définir une vision d’ensemble pour bâtir une défense, sinon intégrée, tout au moins organisée.

Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les dépenses militaires européennes ont augmenté de manière historique de 17 % en 2024, atteignant 693 milliards de dollars. La totalité des pays de l’UE, à l’exception de Malte, ont accru leurs budgets militaires. L’Allemagne, longtemps à la traîne en matière de dépenses militaires, a bondi de 28 %, à 88,5 milliards, devenant le quatrième investisseur militaire mondial, ce qui aurait été absolument inimaginable il y a seulement quelques années.

La Pologne est le pays qui consacre le plus gros pourcentage de son PIB à la défense : 4,2 % aujourd’hui contre 2 % en 2021, ce qui marque un effort colossal. L’objectif est d’atteindre 5 % en 2026. En moyenne, même si le chiffre paraît moins spectaculaire, les pays de l’UE ont progressé de 0,2 % en termes de pourcentage du PIB, passant à une moyenne de 1,3 % à 1,5 % en deux ans.

Les fameux dividendes de la paix sont désormais bien derrière nous. La sécurité extérieure redevient centrale, comme au temps de la guerre froide, mais dans un désordre qui fragilise notre souveraineté collective.

Un réarmement en ordre dispersé

Sur la carte du réarmement européen, on distingue autant de stratégies que d’États. L’Allemagne investit son Zeitenwende (changement d’ère) dans des achats auprès des États-Unis : avions F-35, missiles Patriot, hélicoptères CH-47 Chinook…

La France, avec une loi de programmation militaire 2024-2030 de 413 milliards d’euros, mise sur l’autonomie et la dissuasion nucléaire, et reste tournée vers son industrie nationale, particulièrement complète.

L’Italie et l’Espagne modernisent leur marine et leur aéronautique (programmes FREMM, Eurofighter), tout en demeurant très liées à l’Oraganisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan). Les pays baltes et scandinaves se concentrent sur la défense territoriale (fortification des frontières) et les infrastructures d’accueil de troupes alliées.

L’Europe se réarme de manière anarchique : les Tchèques achètent des boucliers antimissiles, les Allemands lancent des satellites, la Lituanie achète des drones turcs ou israéliens, sans qu’un effort de coordination et de rationalisation des achats n’apparaisse.

Certes, cette diversité reflète des besoins réels et pressants, car les différents pays n’éprouvent pas le même sentiment d’urgence, du fait de la géographie mais également des menaces perçues comme directes ou plus lointaines, ou en raison des traditions militaires. Mais l’absence de coordination produit une fragmentation industrielle et opérationnelle. Les armées européennes utilisent aujourd’hui près de 180 systèmes d’armes différents, contre une trentaine aux États-Unis. Cette hétérogénéité augmente les coûts, complexifie la logistique – avec d’innombrables pièces détachées différentes et les compétences multiples qu’il est nécessaire d’entretenir – et, in fine, rend très délicate l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité des systèmes d’armes et donc des armées à travailler ensemble.

Achats d’équipements auprès d’acteurs extérieurs

La Pologne illustre les contradictions qu’engendrent les besoins immédiats de sécurité et l’incohérence stratégique. Ce grand pays, encore en avance sur l’Allemagne en matière de dépenses militaires, est devenu la locomotive militaire de l’Europe, au moins de l’Est, mais au prix d’une dépendance massive à des fournisseurs non européens.




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En août 2025, Varsovie a signé avec la Corée du Sud un contrat portant sur la livraison de 180 chars K2 Black Panther, pour environ 6,5 milliards de dollars, après un premier contrat d’également 180 chars en 2022 ; 61 chars seront assemblés localement sous licence. En parallèle, Varsovie achète à Séoul des obusiers K9 et des avions FA-50, mais n’oublie pas ses alliés américains en acquérant des chars Abrams.

La Pologne s’est donc tournée vers des fournisseurs capables de livrer rapidement des armes de qualité lui permettant une montée en puissance réelle. Ces avantages sont malheureusement accompagnés pour ce pays d’inconvénients réels. La Pologne dépend de la logistique étrangère, et la maintenance de matériels variés se complexifie tant en termes de pièces détachées que de compétences diverses sur des matériels différents.

Mais Varsovie n’est pas seule dans cette situation. Nous le savons déjà : via l’Otan, les États-Unis sont dominants dans la sécurité européenne. Leur parapluie nucléaire en est une forte illustration. De plus, les États-Unis sont, sur le plan industriel, le principal fournisseur des pays européens. Les avions F-35, expression de cette domination, sont désormais l’avion standard de plusieurs forces aériennes européennes. L’Allemagne a prévu 35 appareils, dont les premières livraisons interviendront en 2026, la Belgique en a commandé 34, la Pologne 32 et le Danemark 27, déjà en cours de réception. La Finlande a signé pour 64 exemplaires, livrés progressivement jusqu’en 2030, tandis que la Grèce prévoit jusqu’à 40 avions. La Norvège et les Pays-Bas ont chacun acquis 52 appareils, déjà pour la plupart opérationnels. L’Italie dispose d’environ 90 F-35, le Royaume-Uni en a prévu 138, dont une soixantaine déjà livrés. Enfin, la Suisse en a commandé 36 exemplaires, livrables à partir de 2027, et la République tchèque 24, dont les premières livraisons sont attendues vers 2031.

On le voit, de nombreux pays européens ont préféré privilégier la relation avec les États-Unis, quitte à acheter un système d’armes verrouillé. En effet, les F-35 lient leurs utilisateurs au réseau logistique américain en termes de maintenance, de formation et de mise à jour logicielle.

Cette dépendance technologique pose un problème stratégique majeur, a fortiori lorsque les États-Unis sont dirigés par une administration chaotique et imprévisible et dont l’engagement au sein de l’Otan semble plus que fragile : l’Europe ne contrôle ni ses codes sources, ni sa maintenance, ni ses calendriers d’évolution. En cas de crise transatlantique, cette vulnérabilité pourrait, en quelques semaines, dégrader très fortement les performances de sa flotte de F-35.

Ainsi, l’Europe, incapable de se détacher de la tutelle de Washington, achète sa sécurité en quelque sorte à crédit politique, sans garantie solide. Emmanuel Macron l’a souligné à la Sorbonne, en avril 2024 : « Le moment est venu pour l’Europe de devenir puissance. » Parole précieuse, mais sans grande portée tant que l’Europe se contente d’être une cliente, vulnérable aux intentions de Washington.

La dépendance vis-à-vis des États-Unis pourrait être pleinement justifiée si nous ne disposions pas de la base technique et industrielle pour posséder une véritable autonomie stratégique en matière de défense. La réalité est tout autre ; Airbus, Dassault, Thales, Leonardo, Safran, MBDA, Rheinmetall, Nexter sont autant de champions mondiaux. L’Europe dispose du savoir-faire en quantité, mais manque de coordination et de volonté politique.

Les programmes Scaf (Système de combat aérien du futur) et MGCS (char européen) symbolisent ces lenteurs. Le premier devait incarner l’avenir de la supériorité aérienne européenne. Pourtant, ce projet cumule retards et tensions entre industriels et États membres. Le second, censé succéder au Leopard 2 et au Leclerc, connaît également de grandes difficultés. L’incapacité des Européens à s’entendre profite de manière quasi automatique à leurs concurrents. Les prototypes de chars et de chasseurs des États-Unis et de la Corée du Sud pourraient être opérationnels autour des années 2030. Dans ce cadre, l’ironie est lourde : l’Europe risque de devenir acheteuse de technologies qu’elle aurait pu inventer.

L’UE tente de réagir en mettant sur pied le Fonds européen de défense (Fedef) et l’Agence européenne de défense (AED). Cependant, leurs moyens sont dérisoires (environ 8 milliards d’euros sur la période 2021-2027) et ils sont dénués de véritable gouvernance politique et budgétaire.

Nous le comprenons, la question n’est pas industrielle. L’Europe a la base technique et industrielle. Le problème est politique : les pays européens acceptent-ils de partager entre eux leur souveraineté ? Ils en sont capables, le passé l’a montré, mais la situation géopolitique actuelle nous empêche de tergiverser plus longtemps.

L’autre question essentielle est relative aux États-Unis : l’Europe peut-elle, tout en restant leur alliée, s’affranchir, au moins partiellement, de leur tutelle ? Aucun pays n’apporte de réponse identique à cette question centrale.

Les conditions de la souveraineté militaire

Plusieurs axes s’imposent pour construire une industrie de défense européenne qui entraînera un esprit de défense européen : harmoniser les normes ; mutualiser les achats ; conditionner les contrats étrangers ; créer un « Buy European Act » (équivalent du Buy American Act, une loi américaine de 1933), qui obligerait l’Europe à privilégier les entreprises et produits fabriqués en Europe dans ses marchés publics, et notamment dans la défense ; renforcer le Fedef et élaborer une doctrine commune.

Compte tenu des rapports très différents que les pays entretiennent avec Washington, il est important de montrer à toutes les parties prenantes que ces mesures ne visent pas à se découpler des États-Unis, mais seulement à rééquilibrer la relation transatlantique. Une alliance forte repose sur des partenaires autonomes et libres.

Réarmer est nécessaire. Il ne s’agit pas seulement d’aider l’Ukraine, même si cette dimension demeure. Il s’agit de tenir à distance la Russie, dont on peut parier de la permanence de l’agressivité pendant des décennies.

Réarmer ne couvre pas tout le champ de la défense. Cette dernière engage aussi la diplomatie, la technologie, l’énergie, la résilience des sociétés. Or, malgré les appels et le début de certaines réalisations, l’Europe reste très dépendante en matière d’énergie (gaz américain), de semi-conducteurs (Taïwan et Corée du Sud), du numérique (Gafam)… Une entité politique sans souveraineté ne peut être une puissance. Une souveraineté militaire – ce qui constitue déjà un véritable défi – sans souveraineté industrielle, énergétique et numérique est une illusion.

Pour autant, le réarmement européen met fin à la naïveté stratégique née des années 1990 et, probablement, à l’opportunisme économique dégagé des contraintes de défense. Mais il ne sera durable que s’il s’accompagne d’un sursaut collectif. Un sursaut collectif qui impose de penser l’Europe non plus seulement comme un marché, mais également comme une source de puissance.

L’Europe est une puissance économique avec des moyens et des cerveaux. Elle peut acquérir une souveraineté en matière de défense tout en continuant de coopérer avec les États-Unis, à considérer désormais non plus comme des amis mais comme des alliés. Les États-Unis demeurent un partenaire essentiel, mais n’ont pas à mettre l’Europe sous tutelle. L’Europe-puissance que nous appelons de nos vœux aura pour conséquence de ne plus accepter ce type de relations.

L’Europe est riche et capable. Mais il lui manque la cohésion, la volonté d’agir et la compréhension de la notion de puissance. Elle réarme. Cette évolution est satisfaisante. Mais elle doit réarmer ensemble dans le cadre d’un projet, au risque, sinon, de demeurer un géant économique, sous parapluie américain, parapluie de plus en plus troué d’ailleurs.

The Conversation

Laurent Vilaine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les défis du réarmement de l’Europe : réveil stratégique ou chaos organisé ? – https://theconversation.com/les-defis-du-rearmement-de-leurope-reveil-strategique-ou-chaos-organise-266762

De Byzance à nos tables : l’étonnante histoire de la fourchette, entre moqueries, scandales et châtiment divin

Source: The Conversation – in French – By Darius von Guttner Sporzynski, Historian, Australian Catholic University

Banquet du duc de Lancaster Jean de Gand (1340-1399), prétendant au trône de Castille, (à gauche) et du roi de Portugal et de l’Algarve Jean&nbsp;I<sup>er</sup> (1385-1433) (au centre), lors des négociations qui aboutiront au traité de Windsor (_Chronique d’Angleterre_, vol. 3, fin du XIVᵉ siècle). Wikimedia Commons

Née dans l’Empire byzantin, adoptée en Italie puis diffusée en Europe grâce à des mariages royaux et à l’influence de grandes reines, comme Bonne Sforza (1494-1557) ou Catherine de Médicis (1519-1589), la fourchette est devenue au fil des siècles un symbole de propreté, de civilité et de raffinement.


Aujourd’hui, on prend à peine conscience de saisir une fourchette. Elle fait partie d’un service de couverts standard, aussi indispensable que l’assiette elle-même. Mais il n’y a pas si longtemps, cet ustensile désormais bien banal était accueilli avec méfiance et moquerie, allant jusqu’à causer un scandale.

Il a fallu des siècles, des mariages royaux et une pointe de rébellion culturelle pour que la fourchette passe des cuisines de Constantinople (l’actuelle Istanbul) aux tables d’Europe.

Un ustensile scandaleux

Les premières versions de la fourchette ont été retrouvées dans la Chine de l’âge du bronze et dans l’Égypte antique, bien qu’elles aient probablement servi surtout à la cuisson et au service des aliments. Les Romains disposaient de fourchettes élégantes en bronze et en argent, mais là encore principalement pour la préparation des repas.

Une fourchette verte à deux dents
Fourchette de service en bronze de la Rome antique, vers le IIᵉ et le IIIᵉ siècle de notre ère.
Metropolitan Museum of Art

Manger avec une fourchette – surtout une petite fourchette personnelle – restait rare. Au Xe siècle, les élites byzantines l’utilisaient librement, choquant leurs invités venus d’Europe occidentale. Et vers le XIe siècle, la fourchette de table commença à faire son apparition lors des repas à travers l’Empire byzantin.

Fourchettes en bronze fabriquées en Perse (VIIIᵉ-IXᵉ siècles).
Wikimedia

En 1004, Maria Argyropoulina (985–1007), sœur de l’empereur Romanos III Argyros, épousa le fils du Doge de Venise et provoqua un scandale en refusant de manger avec ses doigts. Elle se servait d’une fourchette en or. Plus tard, le théologien Pierre Damien (1007–1072) déclara que la vanité de Maria, qui utilisait des « fourchettes en métal artificiel » au lieu des doigts donnés par Dieu, avait provoqué le châtiment divin de sa mort prématurée, survenue dans sa vingtaine.

Pourtant, au XIVe siècle, la fourchette était devenue courante en Italie, en partie grâce à l’essor des pâtes. Il était beaucoup plus facile de manger des filaments glissants avec un instrument à dents qu’avec une cuillère ou un couteau. L’étiquette italienne adopta rapidement la fourchette, surtout parmi les riches marchands. Et c’est par cette classe aisée que la fourchette fut introduite dans le reste de l’Europe au XVIe siècle, grâce à deux femmes.

Le rôle de Bonne Sforza

Née dans les puissantes familles Sforza de Milan et d’Aragon de Naples, Bonne Sforza (1494–1557) grandit dans un monde où les fourchettes étaient utilisées et, mieux encore, à la mode. Sa famille était rompue aux raffinements de l’Italie de la Renaissance : l’étiquette de cour, le mécénat artistique, l’habillement ostentatoire pour hommes et femmes, et les repas élégants.

Lorsqu’elle épousa Sigismond Iᵉʳ, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie en 1518, devenant reine, elle arriva dans une région où les usages à table étaient différents. L’usage des fourchettes y était largement inconnu.

Fourchettes, cuillères et bols fabriqués à Venise, au XVIᵉ siècle.
The Trustees of the British Museum, CC BY-NC-SA

Dans les cours de Lituanie et de Pologne, l’usage des couverts restait limité. Cuillères et couteaux servaient pour les soupes, les ragoûts et la découpe de la viande, mais la plupart des aliments étaient consommés avec les mains, aidés de pain ou de « tranchoirs » – de grosses tranches de pain rassis servant à absorber les jus des plats.

Cette méthode, à la fois économique et profondément ancrée dans les traditions culinaires de la noblesse, reflétait une étiquette sociale où les plats communs et le repas partagé étaient la norme. La cour de Bonne introduisit les manières italiennes dans la région, apportant davantage de légumes, du vin italien et, surtout, la fourchette de table.

Si son usage était probablement limité au départ aux occasions formelles ou aux cérémonies de cour, il fit forte impression. Au fil du temps, et surtout à partir du XVIIe siècle, la fourchette se généralisa parmi la noblesse de Lituanie et de Pologne.

Catherine de Medicis et la France

Catherine de Médicis (1519–1589) naquit au sein de la puissante famille florentine des Médicis, nièce du pape Clément VII. En 1533, à l’âge de 14 ans, elle épousa le futur Henri II de France dans le cadre d’une alliance politique entre la France et la papauté, quittant ainsi l’Italie pour rejoindre la cour de France.

Catherine de Médicis introduisit les fourchettes en argent et les usages culinaires italiens à la cour.

Comme pour Bonne Sforza, ces nouveautés faisaient partie de son trousseau. Elle arriva d’Italie avec des cuisiniers, des pâtissiers, des parfumeurs, mais aussi des artichauts, des truffes et une vaisselle raffinée. Son sens culinaire contribua à transformer les repas de cour en véritables spectacles.

Si la légende a sans doute amplifié son influence, de nombreux plats aujourd’hui considérés comme emblématiques de la cuisine française trouvent en réalité leur origine dans sa table italienne : la soupe à l’oignon, le canard à l’orange ou encore le sorbet.

Une fourchette italienne du XVᵉ siècle.
The Met

La « bonne façon » de manger

Voyageur insatiable, Thomas Coryate (1577–1617) rapporta au début du XVIIe siècle des récits d’Italiens utilisant des fourchettes, une pratique qui paraissait encore ridiculement affectée dans son pays.

En Angleterre, l’usage de la fourchette au début du XVIIe siècle passait pour un signe de prétention. Même au XVIIIe siècle, on considérait qu’il était plus viril et plus honnête de manger avec un couteau et les doigts.

Mais à travers l’Europe, le changement était en marche. La fourchette commença à être perçue non seulement comme un ustensile pratique, mais aussi comme un symbole de propreté et de raffinement.

En France, elle devint un reflet de la civilité de cour. En Allemagne, les fourchettes spécialisées se multiplièrent aux XVIIIe et XIXe siècles : pour le pain, les cornichons, la glace ou le poisson.

En Angleterre, son usage finit par devenir un marqueur social : la « bonne façon » de la tenir distinguait les gens polis des malappris.

Vieil homme assis sur un tabouret avec une poêle et une fourchette (1888), du peintre belge Jos Ratinckx (1860-1937).
Rijksmuseum

Avec l’essor de la production de masse au XIXe siècle, l’acier rendit les couverts abordables et la fourchette devint omniprésente. À cette époque, le débat ne portait plus sur la question d’en utiliser une, mais sur la manière correcte de s’en servir. Les manuels de savoir-vivre dictaient désormais les règles : pas question de ramasser les aliments comme avec une cuillère, ni de les piquer sauvagement, et toujours tenir la fourchette dents vers le bas.

Il fallut des scandales, des toquades royales et des siècles de résistance pour que la fourchette s’impose à table. Aujourd’hui, il est presque impossible d’imaginer manger sans elle.

The Conversation

Darius von Guttner Sporzynski ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. De Byzance à nos tables : l’étonnante histoire de la fourchette, entre moqueries, scandales et châtiment divin – https://theconversation.com/de-byzance-a-nos-tables-letonnante-histoire-de-la-fourchette-entre-moqueries-scandales-et-chatiment-divin-266608

Népal : La génération Z prend la rue et réinvente la contestation

Source: The Conversation – in French – By Elodie Gentina, Professeur à IESEG School of Management, Univ. Lille, CNRS, UMR 9221 – LEM – Lille, IÉSEG School of Management

À l’automne 2025, face à la censure numérique imposée par un régime népotique, des milliers de jeunes manifestants ont investi les rues de Katmandou, capitale du Népal. La répression a été brutale : au moins 72 morts, des dizaines de blessés. Porté par les réseaux sociaux, ce soulèvement s’inscrit dans une vague mondiale où les jeunesses connectées – du Maroc à Madagascar – réinventent la démocratie hors des cadres traditionnels et exigent d’être entendues.


Au Népal, l’histoire politique pourrait bien prendre un nouveau tournant. Dans ce pays de quelque 30 millions d’habitants accroché aux flancs de l’Himalaya, encore marqué par les cicatrices d’une guerre civile (1996-2006) qui a abouti à la mise en place d’une démocratie imparfaite et instable, une génération née après les combats s’affirme aujourd’hui.

Elle ne se range sous aucune bannière partisane, n’attend l’aval d’aucun chef et refuse les mots d’ordre venus d’en haut. Elle trace sa propre voie, connectée, autonome, soudée autour de ses codes et de ses écrans. Et cet automne 2025, cette jeunesse – la fameuse génération Z (personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010) – a investi les rues, prenant tout le monde de court, à commencer par les dirigeants.

D’un royaume meurtri à une démocratie fragile

Pour mesurer ce qui se joue aujourd’hui, il faut d’abord se tourner vers le passé. Entre 1996 et 2006, le Népal a traversé une décennie de guerre civile d’une rare intensité, opposant les insurgés maoïstes au pouvoir monarchique. Ce conflit, qui a coûté la vie à plus de 13 000 personnes, s’est soldé par l’effondrement de la royauté et la naissance d’une République en 2008. Beaucoup y ont vu l’aube d’un nouvel avenir, fondé sur la justice, la stabilité et le développement.

Mais la réalité fut bien plus chaotique. En quinze ans, le pays a connu une succession de gouvernements sans lendemain, des institutions toujours fragiles et un pouvoir resté entre les mains des mêmes familles. La corruption, le favoritisme et l’absence d’horizons économiques ont peu à peu creusé un profond sentiment de désillusion. Jusque-là, la contestation prenait des formes attendues : syndicats, mouvements étudiants affiliés aux partis, mobilisations rurales ou actions maoïstes. Rien ne laissait imaginer l’irruption d’un soulèvement d’un tout autre visage.

Gen Z contre les « nepo kids » : la révolte d’une génération contre l’héritage du pouvoir

Environ 500 000 jeunes rejoignent chaque année la population active, bien plus que le nombre d’emplois disponibles. Le chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans au Népal est évalué à 20,8 %. Dans ces conditions, les opportunités sont rares, et des centaines de milliers de Népalais sont contraints de s’expatrier pour trouver du travail en Inde ou dans les pays du Moyen-Orient. L’idée d’un avenir meilleur dans leur propre pays leur semble de plus en plus inaccessible.




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Quelques jours avant que les rues ne s’embrasent, un flot d’images a envahi les réseaux sociaux népalais : on y voyait les enfants de responsables politiques exhiber voitures de luxe, séjours à l’étranger et train de vie fastueux. Ces publications, largement partagées sous les hashtags #NepoKid ou #NepoBaby, ont fait l’effet d’une étincelle dans un pays déjà traversé par une profonde frustration. Elles mettaient crûment en lumière le fossé qui sépare les élites de la population, révélant un système où privilèges et passe-droits semblent se transmettre de génération en génération.

Dans un contexte de chômage massif et d’exil forcé pour une grande partie de la jeunesse, ces images sont vite devenues le symbole d’un pouvoir déconnecté et d’une injustice profondément enracinée. Le mouvement né sur les écrans s’est alors transformé en colère dans les rues, accélérant l’éclatement d’un soulèvement populaire. Le mouvement au Népal a souvent été présenté comme une révolte de la Gen Z contre les « nepo-babies » qui s’est intensifiée à la suite de l’interdiction des réseaux sociaux et d’une répression sanglante.

La vague de vidéos dénonçant les « nepo-kids » a exprimé une colère populaire face à des décennies de népotisme enraciné au Népal. Héritage de la dynastie autoritaire des Rana (1846-1951), ce système s’est perpétué malgré la démocratisation amorcée en 1990 : les partis n’ont pas su instaurer des institutions équitables ni représentatives. Le pouvoir reste ainsi concentré entre quelques familles influentes et alliances claniques (la famille Koirala, la dynastie Rala et les dynasties « claniques »), qui continuent de contrôler partis, ressources et postes clés.

Les jeunes citoyens exigent la fin de la corruption, une gouvernance plus juste et une véritable équité économique. Fait inédit dans l’histoire politique du pays : le 9 septembre 2025, le premier ministre Khadga Prasad Sharma Oli a présenté sa démission, avant d’être remplacé par Sushila Karki, ancienne présidente de la Cour suprême, à l’issue d’un vote… organisé sur la plateforme Discord. Elle est à la tête d’une équipe transitoire chargée de préparer les élections prévues pour mars 2026.

Le manga « One Piece », emblème de révolte de la génération Z

Cette révolte est horizontale, spontanée, mouvante, en l’absence de leaders reconnus ou autoproclamés. Les messages circulent en ligne, les décisions se construisent collectivement, presque en temps réel. La culture de cette génération imprègne aussi le mouvement. Sur les pancartes, on voit des mèmes, des clins d’œil à des séries ou à des mangas. Le drapeau des Straw Hat Pirates de One Piece, symbole de liberté et de résistance, flotte parmi les manifestants. La colère s’exprime avec humour, ironie et inventivité. Loin des discours idéologiques d’antan, cette jeunesse parle un langage qui lui ressemble.

Ce symbole One Piece n’a rien d’anodin : dans l’univers du célèbre manga, Luffy incarne la lutte contre l’oppression et le rêve d’un monde plus juste. Hors des pages de fiction, ce drapeau est devenu un véritable marqueur générationnel à travers toute l’Asie. Il suffit d’y inscrire quelques mots d’ordre pour qu’il se transforme en cri de ralliement. « La génération Z ne se taira pas » ou encore « Votre luxe, notre misère », pouvaient ainsi se lire sur les banderoles brandies par des milliers de jeunes Népalais début septembre 2025, après la suspension de plates-formes comme Facebook, X ou YouTube.

Mais les revendications de la génération Z au Népal vont bien au-delà de la seule question de la censure. Elles s’attaquent à un système politique verrouillé, gangrené par les privilèges héréditaires et incapable d’offrir un avenir. Elles réclament des emplois, de la transparence, une démocratie réelle et vivante. Elles exigent surtout une chose : que leur voix compte enfin.

Une rupture générationnelle qui dépasse le Népal

La jeunesse népalaise a provoqué un séisme politique. Et cela, sans chef, sans parti, sans programme détaillé.

Reste à savoir ce que ce soulèvement va devenir. Au Népal, le gouvernement en place a même été contraint de céder, remplacé par une équipe transitoire chargée de préparer les élections prévues pour mars 2026. L’histoire montre que les mouvements sans organisation claire peuvent vite s’essouffler ou être récupérés. Reste à savoir si la jeunesse mobilisée choisira d’entrer dans l’arène électorale en présentant ses propres candidats – une perspective qui pourrait marquer un tournant majeur dans la vie politique du pays.

La nouvelle génération a pris conscience de sa force collective. Elle sait désormais qu’elle peut se mobiliser rapidement, en dehors des cadres traditionnels, et obliger le pouvoir à réagir. Elle a aussi redéfini le vocabulaire de la contestation : culture numérique, humour, pop culture, créativité… autant d’armes nouvelles pour faire passer des messages politiques.

Ce qui se joue au Népal n’est d’ailleurs pas un cas isolé. De l’Indonésie au Chili, de l’Iran aux États-Unis, ces jeunes « digital natives », nés pendant l’ère d’Internet, contestent les structures établies avec les mêmes outils et les mêmes réflexes. Le Népal s’inscrit dans ce vaste mouvement mondial d’une génération qui ne veut plus attendre et qui contribue à réinventer la démocratie à l’ère du numérique. La politique telle que nous la connaissions – organisée autour de partis, de leaders et de structures hiérarchiques – est de moins en moins adaptée aux formes d’engagement des nouvelles générations. Pour elles, la politique est une pratique fluide, horizontale, souvent ludique, toujours connectée.

The Conversation

Elodie Gentina ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Népal : La génération Z prend la rue et réinvente la contestation – https://theconversation.com/nepal-la-generation-z-prend-la-rue-et-reinvente-la-contestation-266944

Do British people want to leave the ECHR? What a decade of polls reveals

Source: The Conversation – UK – By Jacques Hartmann, Professor of International Law and Human Rights, University of Dundee

Withdrawing the UK from the European Convention on Human Rights (ECHR), once a fringe idea, has become a defining issue for political parties. Conservative leader Kemi Badenoch, who previously opposed leaving, has now said the Conservatives will take the UK out of the convention if they win an election.

Nigel Farage’s Reform UK has arguably made an ECHR exit central to its political identity. Even the Labour government has said it could reform the convention, or change how UK courts interpret the law.

The case for leaving is often framed as one of “sovereignty”, particularly in relation to immigration laws and deportation powers.

Politicians argue that the Strasbourg-based European Court of Human Rights, which enforces the ECHR, overrides “the will of the British people” and that democratic legitimacy demands withdrawal.

But evidence shows that “the people” don’t actually want to leave.

We examined more than a dozen opinion polls conducted by polling agencies, such as YouGov, since 2013. The first, that year, found 48% in favour of withdrawal and 35% in favour of remaining in the ECHR. A year later, the public was evenly split (41% leave, 38% stay), and by 2016, following the Brexit referendum, 42% said Britain should stay in the ECHR while 35% wanted to leave. Since then, the balance has shifted steadily towards remain.

By 2023, half of respondents said the UK should remain a member, while only around a quarter favoured leaving the ECHR. A poll from June 2025 produced similar results: 51% in favour of staying, 27% for leaving and 22% unsure.

The most recent YouGov data, published October 8, found that 46% of the public are opposed to leaving the ECHR, and 29% say the UK should withdraw.

Even when polls tie the ECHR to issues such as deportations to Rwanda, support for withdrawal among the general public has not exceeded 38% since 2014.

Conversely, when respondents were given more nuanced options, support for withdrawal fell. In a 2024 survey, outright support for leaving was just 16% when respondents were offered alternatives such as “always abide by the ECHR even if that frustrates Parliament” or “remain committed to the ECHR but give Parliament the final word”. With such options, 66% supported some form of continued engagement with the ECHR.

What is also clear from the polling is that Conservative and Reform voters are much more in favour of leaving the ECHR than Labour and Liberal Democrats voters. In the June YouGov poll on this issue, 54% of Conservative voters and 72% of Reform voters were in favour of leaving the ECHR while 75% of Labour and Liberal Democrats voters were against leaving.

The general results from polling are reinforced by parliamentary petitions. Since 2023, at least seven petitions have called for withdrawal from the ECHR or a referendum on membership. None has come close to the 100,000 signatures required for debate.

The most recent, which remains open until January 2026, had fewer than 19,000 signatures at the time of writing. By contrast, a petition against digital ID cards quickly amassed 2.8 million signatures.

The evidence is clear: withdrawal commands neither majority support nor political urgency.

The paradox of popular democracy

For its critics, the ECHR embodies foreign interference. Strasbourg judges are cast as overriding Westminster’s authority and undermining sovereignty. That framing is powerful in political campaigns, particularly when attached to emotive issues like asylum or terrorism.

But if democracy means following “the will of the people”, the evidence does not support the claim. At most, over the past decade, only a quarter of the electorate has supported leaving the ECHR.

And even if public opinion did shift, there is a deeper question: should such constitutional decisions rest on fluctuating majorities at all?

The ECHR was created after the second world war precisely to prevent democracy from collapsing into unchecked majority rule. Britain played a leading role in drafting it, ensuring that popular sovereignty would be balanced by entrenched rights.




Read more:
Treaties like the ECHR protect everyone in the UK, not just migrants


That is why human rights protections are deliberately counter-majoritarian, safeguarding individuals and minorities from the excesses of majority impulses.

Yet today’s political rhetoric often inverts that logic. By invoking the language of popular sovereignty to justify withdrawing from the ECHR – despite evidence that the public does not support it – politicians risk undermining the very stability those rights were designed to protect. This is an especially serious concern for the UK, which lacks the constitutional safeguards found in many other democracies.

An empty dinghy sits on a beach in Kent
The ECHR is often discussed in relation to the government’s ability to deport people who arrive in the UK illegally.
Sean Aidan Calderbank/Shutterstock

A large share of respondents to the polls examined were “unsure” about withdrawal – ranging from 15 to 25% across the surveys. It’s therefore possible that true support for remaining in the ECHR may be higher than headline polls imply.

The latest YouGov survey asked respondents how much they know about the ECHR, and found just 5% of respondents claimed to know “a great deal” about the convention, while 49% said they do not know very much, and 15% said they know nothing at all.

Research shows that attitudes towards human rights grow more positive as knowledge of human rights increases. A Scottish Human Rights Commission study in 2018 found that indifference often masks confusion rather than hostility.

The Independent Review of the Human Rights Act in 2021 reached a similar conclusion, stressing that greater public understanding of human rights institutions strengthens support.

This is why it is important for people and politicians to understand that conventions like the ECHR are not just about migrants and asylum seekers. They protect the rights of everyone in matters that affect us all – from privacy at home and fair treatment in court, to freedom of speech, protection from discrimination and dignity in care.

The growing political momentum for withdrawal from the ECHR is not matched by popular demand. Instead, politicians are proposing to amend Britain’s constitutional order in the name of “the people” while ignoring what a majority of people actually want, undoing constitutional safeguards and democratic institutions in the process.

The lesson of postwar Europe is clear: constitutional safeguards against majority rule are not an obstacle to democracy, but one of its foundations. To abandon them would not only place the UK alongside Russia and Belarus – the only European states outside the ECHR – but also risk repeating the very errors the convention was created to prevent.

The Conversation

Jacques Hartmann has received external research funding from a range of government and charitable sources, including the European Commission (Horizon 2020), NordForsk, the British Academy, and private foundations such as Dreyer’s Trust and the Max Sørensen Foundation. None of these funders had any role in the conception, research, or writing of this article, which was undertaken independently and without specific project funding.

Dr Edzia Carvalho has received funding from the British Academy, the Scottish Government, the Carnegie Foundation, and FIDH. None of these funders had any role in the conception, research, or writing of this article, which was undertaken independently and without specific project funding.

Dr Samuel White has previously received funding from the Carnegie Trust for the Universities of Scotland and the Royal Society of Edinburgh. He represents the Law Society of Scotland on the Scottish Government’s Human Rights Incorporation and Implementation Oversight Board; this article is written in a personal capacity.

ref. Do British people want to leave the ECHR? What a decade of polls reveals – https://theconversation.com/do-british-people-want-to-leave-the-echr-what-a-decade-of-polls-reveals-266682

Without proper support, a diagnosis of dyslexia risks being just a label

Source: The Conversation – UK – By Penelope Hannant, Assistant Professor in Educational Inclusion, University of Birmingham

PeopleImages/Shutterstock

Whether and when to use the label “dyslexia” has been a perennial debate in education.

Some experts and academics argue that there is too much focus on the diagnosis of dyslexia, rather than on providing support for all children who struggle to learn to read. Others argue that children with the most significant difficulties have to fight to get the recognition they need.

Public figures, including celebrity chef Jamie Oliver, have called for all children to receive early screening for dyslexia.

We work together as researchers in psychology and education, with expertise in how children learn to read, dyslexia, neurodiversity, and how children with special educational needs should be supported. While calls for universal dyslexia screening are well intentioned, we believe this approach could lead to more problems than solutions.

One concern is the lack of accuracy in many screening tools, which can result in unclear or misleading outcomes.

Literacy difficulties are complex. Dyslexia is just one of many possible reasons a child might struggle with reading and writing. Focusing too narrowly on dyslexia risks missing other important learning needs.

Screening also has other limitations. A dyslexia screener is a tool used to flag potential indicators of dyslexia, which may involve one or more approaches such as teacher observations, structured audits, questionnaires or digital assessments. It offers only a brief snapshot of a child’s abilities, rather than a full picture of how they learn.

Small children raising hands in class
A range of factors influence how children learn.
PeopleImages/Shutterstock

Another crucial issue is what happens after screening. Without enough resources to follow up on screening results, teachers, parents and children may be left feeling frustrated and unsupported.

If there’s no clear plan for what happens next, it can raise expectations without delivering real help. This can leave families and educators disillusioned and children without the support they need to succeed.

We both strongly believe in the value of a dyslexia diagnosis in the right context. One of us (Julia Carroll) recently led a project to gain consensus about the most appropriate definition of dyslexia and the best approach to assessment.

On the basis of this research, we believe a multi-phase process should be used. For younger children, the focus should be on needs rather than diagnosis. Extra help should be available for any children starting to fall behind. Some of these children will progress well. Others will continue to struggle, and an assessment for dyslexia may be warranted.

This approach relies on a thorough understanding of a child’s needs, rather than prematurely categorising young children.

Holistic approaches

One of us (Penny Hannant) has developed a broad-based questionnaire to measure and aid development in early schooling. By gathering information about a child’s development, such as how they respond to sounds, move their body, react to sensory input and process what they see, we can build a clearer picture of what kind of support they might need.

This approach allows for teachers to intervene before educational gaps emerge, offering a more refined and responsive foundation for learning.

A full profiling of strengths and weaknesses is also crucial to diagnostic assessment. Recent research indicates that developmental disorders such as dyslexia tend to have multiple causes, and that there is a great deal of overlap between different disorders.

Research suggests that a significant proportion of children with dyslexia also meet criteria for developmental language disorder or attention deficit hyperactivity disorder, which can significantly influence how dyslexia develops.

This means that any diagnostic process must take into account the whole child rather than relying on narrow or isolated criteria. To ensure this, schools need in-house specialists who are equipped to conduct holistic assessments and guide tailored support. A well-informed diagnosis not only helps children do better at school, but means they can continue to get the right support as they transition into adulthood.

The Conversation

Penelope Hannant is on the board of trustees with PATOSS, the dyslexia charity.

Julia M. Carroll receives funding from the Education Endowment Foundation and from the Economic and Social Research Council. She is on the board of trustees with PATOSS, the dyslexia charity.

ref. Without proper support, a diagnosis of dyslexia risks being just a label – https://theconversation.com/without-proper-support-a-diagnosis-of-dyslexia-risks-being-just-a-label-264153

Research suggests rich people tend to be more selfish – but why is that?

Source: The Conversation – UK – By Steve Taylor, Senior Lecturer in Psychology, Leeds Beckett University

North Monaco/Shutterstock

From Disney’s Scrooge McDuck and Cruella de Vil to DC Comics’ Lex Luthor to and Mr Burns in the Simpsons, there are plenty of examples of wealthy people using their money and power in evil ways. But is there any truth to the stereotype that rich people are mean?

There are many rich people who act benevolently, including philanthropists who give a lot of their money away. However, research in psychology has found a clear link between wealth and unethical behaviour, including an increased tendency to cheat and steal.

One study found that wealthy upper class people were more likely to have a selfish focus on their interests. Conversely, another study found that people from lower social classes were more likely to feel compassion for other people’s suffering.

Researchers have also established that drivers of expensive cars are less likely to behave altruistically than other drivers. They are less likely to slow down to let pedestrians cross or to let other drivers join the road.

They are also more likely to drive aggressively and disobey traffic rules. One study found that the likelihood of the drivers slowing down to let pedestrians cross the road decreased by 3% for every US$1,000 (£738.50) that their car was worth.

But it’s not just that these people are bad drivers. A study by Finnish psychologists found that owners of luxury cars had a higher prevalence of negative personality traits such as being disagreeable, stubborn and lacking in empathy.

In simple terms, it seems that rich people are less likely to be altruistic.

What could explain this link? Perhaps wealth turns people bad, isolating them from others and making them more selfish. Or is it that people who are already ruthless and selfish are more likely to become extremely wealthy?

One way of clarifying this is to think in terms of what psychologists refer as dark triad personalities. These are people who have combined traits of psychopathy, narcissism and machiavellianism (acting immorally to get power). These traits – which all involve selfishness and low empathy – almost always overlap and can be difficult to distinguish from one another. They exist on a continuum in the population as a whole.

Research shows that dark triad personalities tend to possess higher levels of status and wealth. A study following participants for 15 years found that people with dark triad traits gravitated towards the top of the organisational hierarchy and were wealthier.

Man portrait with evil look isolated on black background.
Research suggests financially successful people are more likely to have dark traits.
CebotariN/Shutterstock

In line with those findings, according to some estimates, the base rate for clinical levels of psychopathy is three times higher among corporate boards than in the overall population. Research also indicates that young people with dark triad traits are more highly represented on business courses at university or college.

Why do mean people seek wealth?

In my view, the correlation between wealth and nastiness is quite easy to explain. In my book The Fall, I suggest that some people experience a state of intense psychological separation. Their psychological boundaries are so strong that they feel disconnected from other people and the world, which can come with a lack of empathy or emotional connection.

One effect of this state of disconnection is a sense of psychological lack. People feel incomplete, as if something is missing. In turn, this generates an impulse to accumulate wealth, status and power, as a way of compensating.

On the flip side, people who feel a sense of connection others and to the world don’t feel a sense of incompleteness and so don’t tend to have a strong desire for power or wealth.

At the same time, a lack of empathy can make it easier to attain success. It means you can be ruthless in your pursuit of wealth and status, manipulating and exploiting others. If other people suffer as the result of your actions – and lose their livelihood or reputation – it doesn’t concern you as much. Without empathy, you can’t sense the suffering you cause.

So psychological disconnection has two disastrous effects: it generates a strong desire for wealth and status, together with the ruthlessness that makes wealth and success easily attainable.

Wealth and wellbeing

Of course, I’m not claiming that all wealthy people are mean. Some people become wealthy by accident, or because they have brilliant ideas, or even because they want to use their wealth to benefit others. But given the factors described above, it is not surprising that there is a high incidence of meanness among the wealthy.

The studies cited above imply that the link seems to be proportional, in that the more wealthy a person is, the more likely they are to possess dark triad traits. And we know that most dark traits, such as psychopathy are linked to similar or lower levels of happiness to others. An exception is a certain type of narcissism, called grandiose narcissism, which is linked to higher happiness.

A great deal of research in psychology has shown only a weak correlation between wealth and wellbeing. A 2010 study by Nobel laureate Daniel Kahneman and Angus Deaton found that happiness increased in line with income up to around US$75,000 (£54,9612) a year (equivalent to US$110,000 in 2025). However, this is where the correlation ended. According to the study, after US$110,000 a year, it doesn’t matter how rich you become; it won’t make you any happier.

Newer research, however, has found slightly different results. A recent study by Kahneman and colleagues indicated that happiness continues to increase with income for a proportion of rich people – but not for an unhappy minority. A 2022 study also found that the threshold at which happiness plateaus depends on the country – in societies with greater inequality, there was a higher threshold.

What’s more, another study by Kahneman and other colleagues found that, for people who were preoccupied with striving for financial success, life satisfaction actually decreased as income increased.

Overall though, evidence suggests that wealthy people are unlikely to attain the contentment they seek through money alone. Their wealth and status don’t take away their sense of incompleteness.

This might be another reason why extremely rich people tend to act unethically – as their sense of disconnection grows stronger. In contrast, research shows a strong link between altruism and wellbeing. So perhaps that is where we should focus our attention – not on becoming rich, but becoming kind.

The Conversation

Steve Taylor does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Research suggests rich people tend to be more selfish – but why is that? – https://theconversation.com/research-suggests-rich-people-tend-to-be-more-selfish-but-why-is-that-265794

Darts: the surprising amount of athletic skill it takes to hit a bullseye

Source: The Conversation – UK – By Dan Baumgardt, Senior Lecturer, School of Psychology and Neuroscience, University of Bristol

The 2025 darts World Grand Prix is currently well underway. One of the favourites to win the title is Luke “The Nuke” Littler, who in January became the youngest World Champion in history at just 17-years-old.

Anyone who has beheld Littler’s stellar abilities on the darts circuit will have seen the exceptional talent he displays. But what does it actually take to become a professional darts player? Many may be wondering whether darts skills are simply innate in some people – or if Littler is just an exceptionally quick learner.

Elite technique requires a combination of both physical and mental athleticism. You need to have the skills to hit very small targets when stepping up to the oche, all while maintaining the mental strength needed to stay composed under pressure – knowing that even the smallest miss can have big consequences.

1. Coordination

There are lots of different ways in which coordination – one of the critical functions of our nervous system – lends itself to success in darts. Every single throw requires a smooth and accurate trajectory.

Coordination is controlled by the cerebellum, which is located at the back of the brain. This complex region, sometimes referred to as “the little brain,” helps regulate both fine muscle control and posture. It’s a key region when it comes to darts skills.

For instance, the cerebellum helps with hand-eye coordination. To hit a perfect 180, you’re aiming for that tiny treble 20 on the inner ring, three times over. It requires the player to set that target, judge the distance from the board and calculate an appropriate angle at which to throw. It’s also critical in the learning process of how to improve your aim over time.

Stance, posture and balance are paramount too, and also coordinated by the cerebellum. Even the slightest wobble can affect the trajectory of the dart on release.

2. Arm mechanics

A recipe for success also involves a honed and accurate throw.

The mechanics of a good throw include the transition between taking aim, the pullback move to gather energy, through to a smooth release and eliminating any jerks which might send the dart off course.

The chief muscle groups that allow for this are found in the
hand, wrist and forearm. They contain multiple smaller muscles which flex and extend the wrist and fingers. These are capable of working together to enable a wide variety of precise movements in gripping, aiming and releasing the dart.

It’s generally quite difficult to target these small muscles by working out in the gym, so this is where training through repetition is key to nailing the right throw.

The throw is also governed by rhythm: the target setting, the speed of the pullback stroke and the timing of the release.

Every professional dart player has their own throw technique. For instance, Phil Taylor demonstrated a fast, yet measured throw, while Luke Littler favours a relaxed, instinctive rhythm. But the individual rhythm all goes back to those intricate nerve pathways and the small muscles which coordinate it.

3. A ‘quiet eye’

Obviously vision is also fundamental to darts – but it’s not as simple as just regarding the board.

This is where the concept of a “quiet eye” comes in – where the eyes lock in upon the target just before a throw is made. A quiet eye ensures the gaze remains fixed upon the target, ensuring the throw is accurate.

A quiet eye is a technique important in many sports other than darts – including clay shooting, snooker and archery. A quiet eye lends important visual information to the motor system, which allows for maximum synchronisation between the brain and body.

Several studies have explored the effect the quiet eye phenomenon has on target sports and what underpins it. First, there’s evidence that shows expert players typically have a longer quiet eye phase than amateurs. Although this usually only amounts to half a second longer or so, this is still significant in coordinating between the brain and body, allowing the player to execute that perfect shot.

Second, the measured gaze of professional players appear to be more stable and unwavering – with no eye flicking or deviation from the target.

Through target fixation, critically timing their movements and repeating their shots, players can train their quiet eye.

4. The brain and body connection

The connection between brain and body appears to be key – and is exemplified by players who lost their ability in darts.

There’s actually a condition referred to as “dartitis,” which is defined by an inability to throw. Dartitis is often associated with stress, fatigue or burnout.

It can even affect top players – most notably multiple World Champion Eric Bristow, who had to retrain in order to play normally again after developing dartitis. This can involve going back to basics and rebuilding the throw – sometimes even switching to the other hand.

But if, like me, you’re completely devoid of any talent in darts, there are a few things you can do to give yourself a better chance of hitting a bullseye (instead of the wall or ceiling).

A few starting points for training involve establishing a good stance, grip and throw. Equipping yourself with the right kit is also essential. Then you can move onto blocking out all that external noise – mostly jeers from your mates at your feeble efforts.

Practice makes perfect. Both mental and physical training are needed to be a champion darts player.

The Conversation

Dan Baumgardt does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Darts: the surprising amount of athletic skill it takes to hit a bullseye – https://theconversation.com/darts-the-surprising-amount-of-athletic-skill-it-takes-to-hit-a-bullseye-266730

Environmental defenders are being killed for protecting our future – the law needs to catch up

Source: The Conversation – UK – By Damien Short, Director of the Human Rights Consortium and Reader in Human Rights, School of Advanced Study, University of London

Three environmental defenders – people who take action against the exploitation of natural resources – are murdered or disappeared somewhere in the world every week. The latest report by Global Witness, an NGO that investigates environmental and human rights abuses, has recorded more than 2,250 such cases since 2012.

The vast majority of the 146 land and environmental defenders killed in 2024, according to the report, were murdered in Latin America. Many were opposing large-scale mining, logging or agribusiness projects.

Colombia recorded the highest number of deaths, with 48 defenders killed across the country. But Guatemala proved the most dangerous country per capita, with 20 killings that year. Indigenous people and small-scale farmers in Latin America are particularly exposed. Their lives and livelihoods place them in direct conflict with extractive and criminal interests.

Afro-descendant communities there face the same elevated risk. Many, including Brazil’s Quilombola communities, hold collective ancestral territories and have safeguarded forests and rivers for generations. This custodianship makes them targets.

Women accounted for approximately 10% of victims in 2024, with cases concentrated in Mexico. And multiple attacks killed entire families, including children, suggesting systematic intimidation rather than isolated violence.


Wars and climate change are inextricably linked. Climate change can increase the likelihood of violent conflict by intensifying resource scarcity and displacement, while conflict itself accelerates environmental damage. This article is part of a series, War on climate, which explores the relationship between climate issues and global conflicts.


In a conflict-affected context, or a situation where information is tightly controlled, killings and disappearances are hard to document. Families and witnesses also often stay silent for fear of reprisals. Impunity compounds the problem.

The Global Witness report notes that in Colombia, where environmental defenders have been at risk for decades, only 5% of killings since 2002 have resulted in convictions. Without justice, deterrence is absent, and cycles of violence continue.

Violence against environmental defenders also persists because it works. Removing a community leader, for example, can disrupt resistance for months or years. For corporations, defending against a lawsuit that arises due to violence against environmental defenders costs less than losing a mining concession. And for governments dependent on resource revenues, silencing critics preserves foreign investment.

According to the Global Witness report, nearly one-third of the murders in 2024 were linked to criminal networks. State security forces were directly implicated in others. This dual threat of criminal violence and official complicity is enabled in part by a shrinking ability for people to participate freely in public life.

Civicus, an alliance of civil society organisations that works to strengthen citizen action and civil rights globally, rates more than half of the countries where defenders were killed as “repressed” or “closed”. This means the authorities actively restrict freedoms of association, assembly and expression.

Violence is predictable in such environments. Defenders face not only physical attacks but also criminalisation, harassment and strategic lawsuits designed to exhaust resources and silence dissent. Ecuador demonstrates how quickly this repression can escalate.

In September 2025, the government charged people protesting fuel subsidy cuts and mining expansion with terrorism and froze the bank accounts of dozens of environmental activists without warning. Efraín Fueres, an Indigenous land defender, was shot and killed by security forces during the protests.

The Ecuadorian government is also moving to rewrite the country’s constitution, the world’s only charter recognising nature’s intrinsic rights, ostensibly to combat drug trafficking. But defenders say the real aim is to eliminate legal barriers to extractive industries.

Regional protection

Regional protection mechanisms do exist. But they remain incomplete. The Escazú agreement, a binding treaty signed in 2018 covering Latin America and the Caribbean, requires that states guarantee public access to environmental information, ensure meaningful participation in decisions and actively protect defenders.

Eighteen of the region’s 33 states have ratified the agreement. In April 2024, parties also adopted an action plan that includes free legal aid for defenders, legal training and monitoring through to 2030.

Whether Escazú can reduce killings depends on implementation. Brazil and Guatemala, both high-risk countries where defenders face lethal threats, have not ratified the treaty. Without participation from the deadliest jurisdictions, regional frameworks offer limited protection.

Protection mechanisms frequently fail, not because they are poorly designed but because they operate within systems that structurally favour extractive industries. Police assigned to protect defenders may be drawn from the same units that secure mining sites or suppress protests.

Prosecutors tasked with investigating attacks often depend on governments whose economic prospects rely on the very projects defenders oppose. Judges hearing cases against corporations, for example, may face political pressure when ruling against major investors. Around half of judges in Latin America are political appointees.

Mining and logging companies also fund local employment, infrastructure and sometimes entire regional economies. This creates dependencies that make meaningful accountability nearly impossible. Even well-intentioned protection schemes cannot compensate for the fact that defending land often means obstructing projects that generate revenue for underfunded state institutions.

There is also a critical legal gap at the international level. When severe environmental destruction occurs during peacetime, existing law struggles to hold individuals accountable.

The International Court of Justice addresses state responsibility but cannot prosecute individuals. And while the International Criminal Court prosecutes genocide, crimes against humanity, war crimes and aggression, environmental harm outside armed conflict falls beyond its reach.

A growing coalition led by Vanuatu, Fiji and Samoa is urging recognition of ecocide as a fifth international crime under the Rome Statute. The proposed definition, developed by an independent expert panel in 2021, would criminalise “unlawful or wanton acts committed with knowledge of a substantial likelihood of severe and either widespread or long-term damage to the environment”.

This would create personal criminal liability for individuals in positions of authority whose decisions lead to mass environmental harm. The theory is that when individual decision-makers face prosecution risk, projects relying on violence and intimidation become personally dangerous to authorise.

Ecocide law would not replace existing regulation or regional treaties but would serve as a backstop when harm reaches catastrophic scale. For defenders, the promise is accountability that reaches beyond hired security to the individuals who profit from or politically enable destruction.

People will always stand up for the places that sustain them. If environmental defenders can operate without fear, everyone benefits. Protecting environmental defenders is not idealism, it is the most pragmatic investment a civilisation can make.

The Conversation

Damien Short is a member of the Green party in the UK.

ref. Environmental defenders are being killed for protecting our future – the law needs to catch up – https://theconversation.com/environmental-defenders-are-being-killed-for-protecting-our-future-the-law-needs-to-catch-up-266396

Le marketing viral du chocolat de Dubaï

Source: The Conversation – France (in French) – By Anne Parizot, Professeur des universités en sciences de l’information et de la communication émérite, Université Bourgogne Europe

Le chocolat de Dubaï illustre les dilemmes contemporains&nbsp;: entre innovation culinaire et marketing viral, entre authenticité et imitation, entre inspiration et contrefaçon. KatMoys/Shutterstock

Une tablette de chocolat artisanal, née à Dubaï et popularisée sur TikTok, est devenue en quelques mois un phénomène mondial. Entre marketing viral, copies industrielles, le « chocolat de Dubaï » illustre les tensions contemporaines entre authenticité, imitation et contrefaçon dans l’alimentation mondialisée. Plus encore qu’un produit, c’est un nom qui fait vendre.


Chocolat de Dubaï ? Si vous n’en n’avez jamais entendu parler, peut-être n’êtes-vous ni gourmand ni accro aux réseaux sociaux. Pourtant, il fait le buzz depuis 2024.

Le « Dubai chocolate », créé par l’entrepreneuse anglo-égyptienne Sarah Hamouda, associe chocolat au lait, crème pistache-tahini et cheveux d’ange (kadayif). Ce qui frappe : son goût, sa texture onctueuse et croustillante, mais surtout la rapidité avec laquelle il s’est imposé comme un symbole culinaire de Dubaï. Baptisé « Can’t get knafeh of It » signifiant « On ne peut plus s’en passer », il a explosé en popularité après une vidéo TikTok devenue virale, de Maria Vehera (2023).

Sur les réseaux sociaux, le chocolat de Dubaï est conçu comme un spectacle visuel relevant du « food porn ». Gros plans, ralentis et zooms exaltent textures, couleurs et gestes rituels : ouverture de l’emballage, cassure de la tablette, coulants et craquants. L’esthétisation extrême transforme la dégustation en scène sensuelle, associée à l’exotisme d’une expérience rare, presque interdite.

Du luxe artisanal à la copie industrielle

Face à l’engouement de ce produit à l’origine artisanal, les marques se sont emparées du concept : en France, Lindt, la célèbre marque de chocolat suisse, Lidl propose sa propre version à prix bas, relayée sur TikTok ou Jeff de Bruges développe des déclinaisons de la tablette classique.

Une trajectoire typique : un produit culinaire innovant, viral et artisanal bascule vers une industrialisation massive, avec ses imitations et risques de contrefaçon. Si certains s’attachent à ces saveurs, d’autres ont senti un autre goût. « Ça a le goût de l’argent », a plaisanté le présentateur Al Roker dans l’émission « Today » après l’avoir goûté en direct. Plaisantait-il vraiment ?

Buzz ou tromperie ?

L’importance des mots du chocolat a été soulignée par les chercheurs Laurent Gautier, Angelica Leticia Cahuana Velasteguí et Olivier Méric, et ici c’est le nom de ce chocolat qui suscite le débat. « Chocolat de Dubaï » peut laisser croire que les tablettes sont produites aux Émirats. Or, beaucoup viennent en réalité de Turquie ou d’Europe et peuvent donc induire le consommateur en erreur.

La justice allemande a rendu deux jugements contradictoires. À Cologne, l’appellation « Dubai Chocolate » sur des tablettes turques a été jugée trompeuse. À Francfort, au contraire, les juges ont estimé qu’il renvoyait à une recette culinaire plus qu’à une origine géographique. En France, le Code de la consommation est clair : une pratique commerciale trompeuse est interdite si l’emballage suggère une origine fausse ou ambiguë. Pour éviter ce risque, certaines marques comme Lindt utilisent la formule prudente « Dubaï Style ».

Le buzz a engendré une économie parallèle avec des versions contrefaites ; les douanes autrichiennes saisissent plus de 2 500 tablettes lors de contrôles frontaliers. Ces copies exposent les consommateurs à des risques sanitaires que souligne la revue UFC-Que choisir. Le succès du produit repose plus sur le marketing viral des réseaux sociaux que sur ses qualités gustatives.

Quand le nom fait vendre

Au-delà des saveurs, c’est le nom qui alimente le succès – et parfois la confusion. « Dubaï » agit comme une marque imaginaire, synonyme de luxe, de prestige et d’exotisme. Le produit original mise sur un storytelling sophistiqué : mélange gourmand, raffiné, savoir-faire, texture fondante, masse de cacao… Chocolat Dubaï c’est partager un peu de la magie de Dubaï, une saveur nouvelle, expérience gustative.

Trois formulations circulent aujourd’hui, porteuses d’un sens implicite différent. Le jeu sur les prépositions et sur les adjectifs est au cœur du storytelling culinaire. Comme l’a montré le sémiologue Roland Barthes, la nourriture est aussi un discours.

« Dubaï » fonctionne comme une marque imaginaire :

  • « Chocolat de Dubaï » : la préposition « de » suggère une origine géographique et une authenticité. Comme pour « vin de Bordeaux », le consommateur attend un produit provenant effectivement des Émirats. Cette formulation pose des problèmes juridiques lorsque le chocolat est fabriqué ailleurs. Les marques doivent donc être déposées pour être protégées et l’indication géographique (IG) est essentielle.

  • « Chocolat Dubaï » (sans préposition) fonctionne comme un raccourci puissant associant un toponyme immédiatement reconnaissable à une catégorie universelle – chocolat. Le nom n’est pas une marque déposée, mais un surnom collectif, facile à retenir et à partager. On est dans l’onomastique – ou étude des noms propres – marketing, où la référence territoriale glisse vers l’imaginaire. La juxtaposition franco-anglaise – « Dubai chocolate » ↔ « Chocolat Dubaï » – crée un effet de résonance interlinguistique qui facilite la viralité.

  • « Chocolat Dubaï Style » insiste sur l’inspiration culinaire sans revendiquer l’origine. D’un point de vue linguistique, l’ajout de « style » signale l’inspiration culinaire et protège le fabricant du risque de tromperie, en signalant une imitation assumée. Mais le consommateur en est-il toujours conscient ?

Ces variations linguistiques révèlent un glissement métonymique : de la référence au lieu réel à un imaginaire global du luxe et de l’excès.

Le nom propre comme storytelling

L’onomastique alimentaire, ou étude des noms propres devient un instrument de storytelling, mais aussi un champ de bataille juridique et économique. Une entreprise joue clairement sur le nom sur un registre humoristique : la marque française Klaus et son « Doubs by Chocolate » détourne l’imaginaire du Golfe pour l’ancrer dans le terroir du Haut-Doubs.

L’entreprise franc-comtoise a bien compris le rôle essentiel de l’onomastique. Ce « Doubs by Chocolate » surfe sur la vague, mais le nom identifie clairement le chocolat comme un produit régional. L’origine signalée ne crée pas de risque juridique, tout en conservant une homophonie parfaite avec le fameux « Dubai chocolate ». En référence directe à Dubaï et à l’imaginaire idyllique de luxe et de volupté, avec toutes les précautions prises pour qu’il n’y ait pas mégarde, l’entreprise Klaus met en place un marketing déroutant évoquant le décalage.

Publicité pour la tablette Doubs By Chocolate de l’entreprise française Klaus.
Klaus, FAL

Du viral au patrimonial ?

Traditionnellement, les produits alimentaires deviennent patrimoine à travers le temps, consolidés par des générations d’usage, protégés par des labels (AOP, IGP). Le Dubai chocolate inverse la logique. Son patrimoine n’est pas hérité, mais produit par la viralité. Les millions de vues et de partages jouent le rôle de validation. Ce n’est pas l’État ni l’Unesco qui consacrent le produit, mais l’algorithme et les réseaux sociaux. Ce phénomène illustre une tendance nouvelle : la patrimonialisation accélérée.

Autre singularité : le Dubai chocolate n’est pas lié à un terroir rural, comme le vin de Bordeaux. Il est rattaché à une « ville-monde ». Il devient l’équivalent culinaire d’un gratte-ciel ou d’un centre commercial : un symbole urbain. Cette urbanisation du patrimoine alimentaire montre que les métropoles ne sont plus seulement consommatrices de traditions, mais aussi créatrices d’icônes gastronomiques.

Confrérie culinaire mondiale

Mais peut-on parler de patrimoine pour un produit si récent ?

Oui, si l’on considère le patrimoine comme un ensemble de signes partagés et valorisés par une communauté. Dans ce cas, TikTok joue le rôle de confrérie culinaire mondiale. Mais ce patrimoine est fragile. Ce qui est consacré par la viralité peut être supplanté demain par une nouvelle mode.

Le chocolat de Dubaï illustre parfaitement les dilemmes contemporains : entre innovation culinaire et marketing viral, entre authenticité et imitation, entre inspiration et contrefaçon.

The Conversation

Anne Parizot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le marketing viral du chocolat de Dubaï – https://theconversation.com/le-marketing-viral-du-chocolat-de-duba-264641

Pénuries, marges en berne, diversification difficile… Pourquoi les pharmacies françaises vacillent

Source: The Conversation – France (in French) – By Frédéric Jallat, Professor of Marketing and Academic Director of MSc. in Biopharmaceutical Management, ESCP Business School

Les pharmacies françaises se trouvent aujourd’hui au cœur d’un paradoxe : dernier maillon de proximité d’un système de santé sous tension, elles subissent de plein fouet les choix budgétaires et politiques liés au prix des médicaments. Entre fermetures accélérées, marges érodées, pénuries répétées, leur fragilité dit beaucoup des difficultés que traverse la politique de santé au plan national.


Au cœur de l’hiver 2024, de nombreux patients ont eu la désagréable surprise de se voir refuser à l’officine un antibiotique pourtant banal, l’amoxicilline. « Rupture de stock », expliquaient alors les pharmaciens, contraints de trouver des alternatives ou de renvoyer les malades vers leur médecin. Ces incidents, fréquemment répétés au niveau national, illustrent une réalité mal connue : les pharmacies, maillon de proximité du système de santé, se trouvent aujourd’hui aux prises avec un mouvement combinant politiques de prix, stratégies industrielles et arbitrages budgétaires dont elles ne maîtrisent pas les évolutions.

Derrière le comptoir, c’est un acteur économique et social qui subit directement les choix de l’État, les complexités de l’Assurance-maladie et certaines des contraintes auxquelles les laboratoires pharmaceutiques sont désormais confrontés. La pharmacie n’est pas seulement un commerce : elle est devenue le miroir des tensions qui traversent la politique du médicament en France.

Un système très régulé : le prix du médicament, une décision politique

Contrairement à d’autres produits, le prix des médicaments en France ne relève pas du marché, mais d’un arbitrage centralisé. C’est en effet le Comité économique des produits de santé (Ceps) qui fixe les tarifs, à l’issue de négociations complexes avec les laboratoires pharmaceutiques.

Cette régulation poursuit, en réalité, plusieurs objectifs contradictoires :

  • garantir l’accès aux traitements des patients par un remboursement de l’Assurance-maladie ;

  • maîtriser les dépenses publiques de santé, dans un contexte de déficit chronique de la Sécurité sociale ;

  • soutenir l’innovation des laboratoires, grâce au développement de thérapies coûteuses issues de la biotechnologie notamment.

L’équilibre est difficile à tenir. Favoriser l’innovation implique d’accepter des prix élevés pour certains médicaments, tout en imposant des baisses régulières sur les molécules plus anciennes ou les génériques. Ce mécanisme place les officines dans une position de dépendance totale : leur rentabilité est directement conditionnée par ces décisions politiques qu’elles ne contrôlent aucunement.




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Un jeu d’acteurs sous tension

La politique du médicament ne se joue donc pas seulement dans les antichambres du ministère de la santé ou dans les couloirs du Parlement, mais au cœur d’un rapport de forces permanent et plus ample entre acteurs :

  • l’État cherche à contenir le coût du médicament, en incitant la substitution des produits princeps par les génériques, notamment ;

  • les laboratoires mènent un lobbying intense pour préserver leurs marges, tout en menaçant parfois de délocaliser ou de réduire la production sur le territoire – plus encore dans un climat international délétère où le président Trump utilise les droits de douane comme une arme de déstabilisation massive des politiques de développement régional des laboratoires au profit des États-Unis ;

  • l’Assurance-maladie pousse à rationaliser la consommation, à réduire les volumes et à encadrer les prescriptions ;

  • les syndicats de pharmaciens défendent la survie du réseau officinal, dénonçant l’érosion continue des marges de la profession ;

  • les patients-citoyens, enfin, se retrouvent au centre de ce jeu d’influence : leurs perceptions des prix, du reste à charge et des génériques est régulièrement mobilisée comme argument par les uns et par les autres.

Chaque décision de baisse de prix ou de modification des taux de remboursement devient ainsi l’objet de conflits où se croisent intérêts économiques, enjeux budgétaires et considérations politiques que les pharmaciens ne maîtrisent nullement.

Les officines, révélateurs des contradictions du système

Dans ce contexte complexe et perturbé, les pharmacies apparaissent donc comme des victimes collatérales de la politique du médicament, et ce, d’un triple point de vue.

1. Des marges sous pression

Leur modèle économique est extrêmement encadré. Les marges sur les médicaments remboursables sont fixées par décision politique, non par une libre concurrence. Les baisses décidées par le Ceps se répercutent immédiatement sur la trésorerie des pharmaciens.

2. Une difficile gestion des pénuries

À cette contrainte financière s’ajoute la multiplication des ruptures de stock. Les pénuries ont été multipliées par 30 en dix ans, au point de devenir un phénomène structurel, selon la feuille de route ministérielle 2024–2027.

En 2023, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) recensait près de 5 000 ruptures de stock ou risques de rupture, soit un tiers de plus qu’en 2022 et six fois plus qu’en 2018.

À chaque fois, les pharmaciens sont contraints d’expliquer aux patients pourquoi certains produits sont indisponibles, et doivent improviser dans l’urgence en ayant parfois à gérer des situations psychologiquement difficiles. Une mission chronophage, source de frustration voire d’agressivité de la part de leurs patients-clients.

3. Une diversification insuffisante

Pour compenser ce manque à gagner, les pharmacies ont développé de nouvelles activités : vaccination, tests, conseils en prévention, vente de parapharmacie. Mais ces relais de croissance ne suffisent pas à stabiliser un modèle économique fragilisé par la régulation.

En France, en effet, le réseau officinal se délite d’année en année : au 1ᵉʳ janvier 2025, on comptait 20 242 pharmacies, soit 260 de moins qu’en 2024 et 1 349 de moins qu’en 2015. En une décennie, plus de 6 % des officines ont disparu…

Les territoires ruraux, déjà fragilisés par un ample phénomène de désertification médicale, sont les plus touchés. Faute de repreneur, de nombreuses officines ferment, accentuant les inégalités d’accès aux soins. Dans certains villages, la pharmacie peut souvent représenter le dernier service de santé disponible. Comme le bureau de poste ou l’épicerie locale, la fermeture d’une pharmacie est aussi un lieu de vie sociale qui disparaît.

Une dimension sociale, politique et symbolique

La pharmacie n’est pas un commerce comme les autres. Elle incarne un service de santé de proximité, accessible (car encore sans rendez-vous) présent dans de nombreux quartiers. Et c’est précisément cette valeur symbolique et sociale qui rend le débat explosif.

Chaque ajustement tarifaire est scruté par les syndicats, repris par les médias et discuté au Parlement. La récente décision du gouvernement de réduire le taux de remboursement des médicaments courants de 65 % à 60 % a suscité une vive inquiétude. Derrière ces chiffres, ce sont à la fois les patients (qui voient leur reste à charge augmenter) et les officines (qui anticipent une nouvelle pression sur leurs marges) qui sont concernés.

En 2024, la marge brute moyenne est passée sous les 30 % du chiffre d’affaires, un seuil historiquement bas, alors même qu’elle se situait encore à 32 % quelques années plus tôt. Si le chiffre d’affaires moyen des officines s’est élevé à plus de 2,5 millions d’euros, en hausse de 5 % par rapport à 2023, cette progression a surtout été portée par des médicaments coûteux à faible marge, représentant déjà 42 % des ventes remboursables. Dans le même temps, les charges ont bondi de près de 12 %.

Une enquête syndicale affirme que 75 % des pharmacies ont vu leurs disponibilités baisser en 2024, et qu’une sur cinq fonctionne désormais en déficit de trésorerie. Selon Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), « les officines ne peuvent pas survivre si les pouvoirs publics continuent de rogner [les] marges [de celles-ci] tout en [leur] confiant de nouvelles missions ».

La colère des pharmaciens : un signal politique

En mai 2024, les pharmaciens ont décidé de faire entendre leur voix. Près de 90 % des pharmacies (de France hexagonale et ultramarine, ndlr) ont baissé le rideau le temps d’une journée, dans une mobilisation massive et inédite destinée à alerter les pouvoirs publics sur la dégradation de leurs conditions économiques.

Leur message était clair : dénoncer des marges insuffisantes, une explosion des charges et une gestion des pénuries devenue insupportable. Au-delà, s’exprimait aussi la peur d’une dérégulation accrue – via la vente en ligne ou l’arrivée de nouveaux acteurs de la distribution.

Plusieurs collectifs de pharmaciens ont exprimé l’idée de ne pas être relégués au rang de simples intermédiaires, mais bien d’être reconnus comme des acteurs de santé publique indispensables et spécifiques. Plusieurs actions ont été menées l’été dernier qui ont fait suite à la première mobilisation professionnelle inédite de 2024. À l’initiative de l’appel de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) du 23 juin 2025, trois actions majeures ont été entreprises :

Grâce à cette mobilisation professionnelle sans précédent, les pharmaciens ont remporté une victoire symbolique importante. Le premier ministre d’alors, François Bayrou, a choisi de les écouter et a suspendu, pour un minimum de trois mois, l’arrêté sur le plafond des remises génériques, malgré l’opposition de Bercy.

Les officines françaises incarnent à elles seules le dilemme du système de santé national : concilier innovation pharmaceutique, maîtrise des dépenses publiques et équité d’accès aux soins. Elles sont à la fois le dernier commerce de proximité dans bien des territoires et le révélateur des contradictions d’une politique du médicament soumise à de multiples pressions, parfois contradictoires.

Leur fragilité croissante – marges érodées, fermetures multipliées en zone rurale, gestion quotidienne des pénuries – n’est pas une question marginale, mais un enjeu politique et social majeur. Comme l’a montré la mobilisation historique de mai 2024 et de l’été 2025, les pharmaciens refusent d’être réduits à de simples distributeurs. Leur avenir dépend désormais de la capacité des pouvoirs publics à inventer un compromis durable entre logiques économiques et exigences de santé publique.

On peut donc, à bon escient, se poser la question de savoir si la survie des officines n’est pas devenue le véritable baromètre de la santé démocratique de notre système de soins.

The Conversation

Frédéric Jallat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pénuries, marges en berne, diversification difficile… Pourquoi les pharmacies françaises vacillent – https://theconversation.com/penuries-marges-en-berne-diversification-difficile-pourquoi-les-pharmacies-francaises-vacillent-266258