Écoles en surchauffe : un problème qui se joue avant tout à l’échelle des salles de classe

Source: The Conversation – in French – By Mona Noroozi, Doctorante, Génie Civil et Sciences de l’Habitat, Université Savoie Mont Blanc; Ademe (Agence de la transition écologique)

La canicule qui a frappé la France fin mai et en juin 2026 a illustré le manque d’adaptation du bâti scolaire face aux vagues de chaleur. L’éducation nationale entend y remédier à travers un plan spécifique, qui doit passer par le diagnostic des établissements scolaires les plus exposés à la chaleur. Une approche qui ignore que, au sein d’une même école, l’exposition aux températures peut varier en fonction de toutes sortes de facteurs. C’est notamment le cas de l’étage et de l’exposition des salles de classe, qui ont été examinées ici.


Les vagues de chaleur sont de plus en plus intenses, fréquentes, et surtout précoces. Elles arrivent de plus en plus tôt dans la saison, désormais dès les mois de mai ou de juin, pendant les dernières semaines de l’année scolaire. Les vagues de chaleur récemment connues par la France, fin mai puis de mi à fin juin 2026, l’ont illustré : elles ont affecté le déroulement des cours et des examens de fin d’année, comme le brevet ou le baccalauréat

À la clé, des canicules souvent éprouvantes, qui ont parfois forcé la fermeture de nombreuses écoles. Or, les enfants sont particulièrement vulnérables à la chaleur, car leur corps régule moins bien sa température que celui des adultes. Dans une salle surchauffée, leur concentration et leur capacité d’apprentissage chutent fortement.

Face à ces épisodes, on cherche naturellement des solutions pour rafraîchir les écoles. La circulaire du 27 mai 2026 relative au plan ministériel de gestion des vagues de chaleur prévoit ainsi d’établir une cartographie des bâtiments scolaires les plus exposés à la chaleur. Mais, avant cela, il conviendrait déjà de se demander si toutes les salles de classe chauffent de la même manière au sein d’un même bâtiment scolaire.




À lire aussi :
Protéger les écoles des prochaines canicules : des solutions low-tech à expérimenter dès maintenant


La réponse est loin d’être évidente. Au sein d’un même bâtiment, deux classes peuvent connaître des températures très différentes. Il faut alors regarder ce qui se passe à l’échelle de la classe, et pas seulement à celle du bâtiment.

Ceci implique de ne plus considérer les écoles comme des blocs de salles de classe équivalentes où les écoles récemment rénovées ou construites seraient nécessairement davantage à l’abri que les autres : il convient d’examiner chaque situation dans les détails.

Quatre bâtiments scolaires pour illustrer la diversité du bâti scolaire français

Pour y voir plus clair, nous avons mené, dans le cadre d’un projet de recherche en cours, des mesures pendant la canicule de juin 2026 dans quatre écoles d’une même agglomération en Savoie.

Ces écoles n’ont pas été choisies au hasard : chacune est bâtie différemment, ce qui affecte la façon dont elle encaisse et restitue la chaleur. Pour chacune, des capteurs ont relevé la température de plusieurs salles, heure par heure, pendant toute la durée de la vague de chaleur.

  • Le bâtiment de l’école 1, dont la construction est très récente, est en béton isolé par l’extérieur, c’est aussi la seule école où une partie des fenêtres s’ouvre automatiquement la nuit.

  • Le bâtiment de l’école 2 est en parpaing non isolé.

  • le bâtiment de l’école 3 est en parpaing isolé par l’extérieur, ayant fait l’objet d’une rénovation énergétique récente.

  • Et enfin, le bâtiment de l’école 4 est en pierre.

D’un étage à l’autre, les salles de classe ne chauffent pas pareil

L’étage est le premier facteur que l’on peut examiner. Dans les quatre écoles étudiées, le rez-de-chaussée était presque toujours réservé aux espaces administratifs et communs, comme le bureau du directeur, la cantine, la bibliothèque ou la salle polyvalente, et comptait peu de salles de classe. Les classes se trouvaient surtout dans les étages supérieurs.

Or, ce simple déplacement des salles en hauteur peut suffire à changer du tout au tout l’expérience thermique des enfants. En effet, il existe des différences notables de température entre les classes du rez-de-chaussée et celles des étages élevés, comme le montrent nos mesures dans des classes situées dans le même bâtiment, soit en rez-de-chaussée, soit au dernier étage, pour une exposition équivalente des fenêtres.

Influence de l’étage sur les températures mesurées dans les classes pour les quatre bâtiments. La ligne rouge montre la température au dernier étage, la ligne bleue celle du rez-de-chaussée, et la ligne grise les températures extérieures. Pour rappel, l’école 1 est en béton isolé par l’extérieur et une partie des fenêtres s’ouvre automatiquement la nuit, l’école 2 en parpaing non isolé, l’école 3 en parpaing isolé par l’extérieur et l’école 4 en pierre.
Fourni par l’auteur

Le résultat a été le même dans tous les cas : la classe à l’étage est restée plus chaude, sans jamais que l’inverse ne se produise. Ce qui frappe, c’est que cette tendance s’est vérifiée dans les quatre écoles, quelles que soient les caractéristiques du bâtiment.

Qu’il s’agisse de l’école de construction récente où les fenêtres s’ouvraient automatiquement la nuit pour laisser entrer l’air frais, de celle qui a été rénovée avec une isolation extérieure ou de celle qui ne l’était pas, dans tous les cas, les salles de classe à l’étage sont restées plus chaudes que celles du rez-de-chaussée. Aucune de ces caractéristiques n’a suffi à compenser l’effet de l’étage ou à l’effacer.

À quelques mètres près, l’orientation change tout

Sans surprise, l’orientation des fenêtres de la classe joue également un rôle crucial dans l’exposition à la chaleur. Entre deux classes du même bâtiment situées au même étage, l’orientation des ouvrants pouvait, à elle seule, entraîner des températures très différentes. C’est ce que montrent les résultats ci-dessous.

Influence de l’orientation sur les températures mesurées dans les classes. La ligne verte désigne la température dans les classes à l’est, la bleue celle des classes à l’ouest, et la rouge celles des classes au sud. Pour rappel, le bâtiment 1 est en béton isolé par l’extérieur et une partie des fenêtres s’ouvre automatiquement la nuit et le bâtiment 4 est en pierre. Seuls ces deux bâtiments ont été retenus, car les expositions n’étaient pas comparables pour les bâtiments 2 et 3.
Fourni par l’auteur

L’hétérogénéité du bâti scolaire explique en partie ces contrastes : les orientations des fenêtres diffèrent en fonction des salles et des bâtiments scolaires. Certaines donnent sur le soleil du matin, d’autres sur le soleil de l’après-midi, d’autres encore sur une cour brûlante ou ombragée.

Pourtant, lorsqu’il s’agit de déterminer le plan de l’école et de décider de l’affectation des pièces, le risque de canicule entre trop rarement en ligne de compte. Quelle pièce deviendra une salle de classe ? Laquelle servira de bureau, de réserve ou de salle commune ?

Le confort thermique des enfants, en toutes saisons, devrait être un critère déterminant. En cas de force majeure, le plan d’occupation des bâtiments doit pouvoir être adapté. On se souvient par exemple qu’il y a quelques semaines, certains élèves de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) ont dû passer les épreuves orales du bac de français dans un parking souterrain.




À lire aussi :
Lors des canicules, notre cerveau ne s’aligne pas toujours avec le thermomètre et peut nous mettre en danger


Les écoles ne sont pas des espaces homogènes

Pour autant, les différences observées ici entre les classes ne sauraient être exclusivement attribuées à leur étage ou à leur orientation. Le comportement des occupants pendant les jours de classe, le moment où les fenêtres sont ouvertes et fermées, celui où les protections solaires sont abaissées ainsi que l’état des fenêtres et des protections pendant les jours de fermeture, qui conditionne leur efficacité pour limiter la surchauffe lorsque l’école est vide, sont autant de paramètres pouvant jouer sur les écarts de températures entre deux classes qui seraient, par ailleurs, dans des situations comparables en matière d’étage, d’exposition et de type de construction.

L’étage et l’orientation des fenêtres ne sont ainsi que deux facteurs parmi de nombreux autres : taille, nombre et type de fenêtres, matériaux, couleur des murs extérieurs, état des protections solaires, nombre d’enfants accueillis… on pourrait encore en dénombrer une dizaine d’autres.

Mais lorsqu’on voit à quel point ces deux facteurs simples suffisent à rendre deux classes d’un même bâtiment aussi différentes, on mesure à quel point il peut être trompeur de considérer une école entière comme un ensemble homogène.

C’est pourquoi il convient de se méfier des solutions toutes faites et de ramener le questionnement au bon niveau. Avant de se demander « comment rafraîchir les écoles », ne pas oublier : « Dans cette école en particulier, quelles pièces conviennent le mieux pour être utilisées comme salles de classe ? » Et, bien sûr, pour les écoles dont les murs ne sont pas encore sortis de terre : « Comment les classes pourraient-elles être plus fraîches dès le départ ? »

The Conversation

Mona Noroozi a reçu des financements de l’État, gérés par l’ANR au titre du PIA (réf. ANR-18-EURE-0016 – Solar Academy), et un cofinancement de l’ADEME (contrat n° TEZ24-039).

Monika Woloszyn a reçu des financements de l’ADEME et de l’ANR au titre du PIA (ref. ANR-18-EURE-0016 – Solar Academy).

Nolwenn Hurel a reçu des financements publics de l’ADEME et de l’ANR.

– ref. Écoles en surchauffe : un problème qui se joue avant tout à l’échelle des salles de classe – https://theconversation.com/ecoles-en-surchauffe-un-probleme-qui-se-joue-avant-tout-a-lechelle-des-salles-de-classe-286878

Damanhur : pourquoi cette utopie italienne survit depuis cinquante ans. Et que peut-elle nous apprendre ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Xavier Pavie, Philosophe, Professeur à l’ESSEC, Directeur de programme au Collège International de Philosophie, ESSEC

Connaissez-vous Damnhur, dans le Piémont, une communauté italienne qui développe un mode de vie alternatif ? Que vous y souscriviez ou non, il est intéressant de se pencher sur le fonctionnement de cette microsociété. Son étude livre un éclairage, par contraste, des sociétés capitalistes.


Malgré leur longévité remarquable et leur capacité à maintenir des formes originales d’organisation collective, des communautés comme Auroville en Inde, Findhorn en Écosse, Christiania au Danemark, Tamera au Portugal ou encore Damanhur en Italie, demeurent rarement des destinations privilégiées pour les voyages d’études, les learning expeditions et autres séminaires.

Pourtant, leur résilience dans le temps invite à dépasser les jugements rapides pour comprendre les mécanismes qui assurent leur pérennité. Ces expériences ont souvent en commun une dimension spirituelle. Une spiritualité généralement détachée des religions instituées, mais qui interroge néanmoins les représentations dominantes de la rationalité moderne. Cette caractéristique peut expliquer une partie des réticences qu’elles suscitent jusqu’à parfois être accusée de dérives sectaires. D’où l’importance de se rendre sur place pour y étudier les enseignements qu’elles offrent ne se réduisent pas à cette dimension. Ils concernent autant l’innovation que la gouvernance, l’organisation du travail, les modes de décision collective, la gestion des ressources ou encore la construction du lien social.

Un industriel visionnaire

La fédération de Damanhur constitue un cas particulièrement éclairant parmi les communautés intentionnelles contemporaines. Fondée à la fin des années 1970 dans la vallée de Valchiusella, au nord de l’Italie, entre Turin et Ivrée, elle a progressivement transformé une vision philosophique et spirituelle en une communauté durable dotée d’institutions, d’activités économiques et d’infrastructures propres.




À lire aussi :
Penser le monde d’après : l’utopie de la « République de l’Économie sociale et solidaire »


Son implantation dans ce territoire n’est pas anodine. La région porte l’héritage d’Adriano Olivetti, industriel visionnaire qui défendait une conception profondément humaniste de l’entreprise, articulant développement économique, culture, éducation et bien commun. Sans s’inscrire directement à sa suite, Damanhur prolonge à sa manière cette intuition selon laquelle une communauté humaine ne peut être réduite à sa seule fonction productive et doit penser conjointement l’économie, le territoire, la culture et la qualité de la vie collective.


Fourni par l’auteur

Dans un contexte marqué par les crises écologiques, sociales et politiques, Damanhur apparaît ainsi comme un laboratoire vivant de résilience collective. Son expérience offre un terrain d’observation précieux pour comprendre comment une organisation parvient à maintenir dans le temps un projet commun, à renouveler ses institutions et à concilier vision, gouvernance et pérennité.

Naissance d’une utopie

L’histoire commence avec la création du Centre Horus à Turin en 1975. Quelques années plus tard, les premiers membres s’installent dans la vallée sous l’impulsion d’Oberto Airaudi, connu sous le nom de Falco Tarassaco. Celui-ci développe progressivement une vision mêlant spiritualité, écologie et organisation communautaire, avec l’ambition de construire une société capable d’articuler développement humain, créativité et vie collective.

Dès l’origine, Damanhur constitue une expérimentation sociale à grande échelle. La communauté entend explorer de nouvelles façons d’habiter un territoire, de produire, d’apprendre et de vivre ensemble. Elle s’inscrit ainsi dans une tradition humaniste qui considère que l’économie, la culture, l’éducation et la vie collective ne peuvent être pensées séparément.

L’une des questions les plus intéressantes que soulève Damanhur est celle de sa gouvernance. Comment une communauté fondée sur un projet spirituel peut-elle préserver sa cohésion sur plusieurs décennies sans dépendre uniquement de l’autorité de son fondateur ?

La circulation des expériences

La vie collective s’organise autour de petites unités d’habitation appelées Nuclei, regroupant généralement une dizaine à une vingtaine de personnes. Les membres changent régulièrement de noyau afin de favoriser la circulation des expériences et d’éviter la formation de groupes fermés.

Au fil du temps, Damanhur a progressivement transformé l’autorité initialement incarnée par Falco Tarassaco en institutions capables de lui survivre. Sa constitution a été révisée à de nombreuses reprises et le pouvoir est aujourd’hui réparti entre plusieurs organes chargés de l’administration, de la vie spirituelle et de la résolution des conflits. Les responsables sont élus pour une durée limitée et leur action fait l’objet d’évaluations régulières.

Cette évolution illustre ce que le sociologue Max Weber appelait la « routinisation du charisme », soit le passage d’une organisation fondée sur une personnalité exceptionnelle à un système institutionnel capable d’assurer sa continuité dans le temps.

Un acteur majeur de la région

L’une des singularités de Damanhur est d’avoir construit sa pérennité en s’intégrant à l’économie locale plutôt qu’en s’en isolant. En créant des emplois, en réhabilitant des bâtiments industriels et en participant au développement du territoire, la communauté est progressivement passée du statut d’expérience marginale à celui d’acteur reconnu de la région.

Cette orientation se matérialise notamment à travers Damanhur Crea, installé dans une ancienne usine Olivetti à Vidracco. Le choix du lieu fait écho à l’héritage de l’industriel. Le site accueille aujourd’hui diverses activités liées à l’architecture écologique, à l’artisanat, au bien-être et aux services.

La communauté cherche également à renforcer son autonomie à travers l’agriculture, l’écoconstruction, la production énergétique locale et une monnaie complémentaire, le Crédito, utilisée parallèlement à l’euro. Pour les Damanhuriens, cette autonomie n’est pas une fin en soi mais une condition permettant de préserver la liberté d’expérimentation sociale et culturelle qui constitue le cœur du projet.

Des temples clandestins devenus attractions

Aucune analyse de Damanhur ne peut faire l’impasse sur les Temples de l’humanité. Creusé clandestinement dans la montagne pendant plus de quinze ans, cet ensemble souterrain constitue aujourd’hui l’emblème de la communauté. Répartis sur plusieurs niveaux et composés de différentes salles thématiques – consacrées notamment à l’eau, à la terre, aux métaux ou aux miroirs –, les temples matérialisent la vision spirituelle développée par les fondateurs.

Pour les Damanhuriens, ces espaces participent à une démarche de transformation personnelle et collective fondée sur l’idée d’une connexion entre l’être humain, la nature et les différentes dimensions du vivant. Quelles que soient les croyances que l’on accorde à cette vision, les temples jouent un rôle central dans la construction de l’identité collective de la fédération.


Fourni par l’auteur

Paradoxalement, c’est leur découverte par les autorités italiennes en 1992 qui va contribuer à la reconnaissance publique de Damanhur. Ce qui aurait pu conduire à la disparition du projet s’est progressivement transformé en un processus de patrimonialisation. Aujourd’hui, les temples attirent des milliers de visiteurs chaque année et constituent l’un des principaux vecteurs de visibilité de la communauté.

L’image de Damanhur n’est pas sans ombre. D’anciens membres, rassemblent témoignages critiques et enquêtes dénonçant conditionnement psychologique, irrégularités fiscales et manœuvres d’influence politique locale. Sur le plan judiciaire, le fondateur a fait l’objet d’accusations de fraude fiscale réglées par accord amiable avec le fisc, sans condamnation pénale. Une procédure relative au statut des travailleurs a quant à elle donné lieu à une décision de la Cour suprême italienne en 2018, imposant que les membres soient rémunérés conformément au droit du travail.

À ce jour, aucune condamnation pénale pour dérive sectaire n’a été prononcée. Ces tensions ne sont d’ailleurs pas propres à Damanhur : la plupart des communautés intentionnelles connaissent, à un moment ou un autre, leur lot de dissidences et de départs, dont les motivations mêlent souvent désillusion sincère, conflits personnels et réinterprétation rétrospective de l’expérience vécue.

Recherche, éducation et expérimentation

L’originalité de Damanhur ne réside pas uniquement dans son organisation sociale ou sa dimension spirituelle. La communauté se présente également comme un espace permanent d’expérimentation. Parmi les domaines les plus singuliers, figure le travail consacré aux relations entre l’être humain et le monde végétal. Les recherches menées autour de la « Musique des plantes » ou des dispositifs PlantTunes reposent sur l’idée que les végétaux peuvent être intégrés à de nouvelles formes d’interaction et de communication avec les humains.

Au-delà de la validité scientifique de ces travaux, leur intérêt réside dans la place qu’ils occupent dans l’imaginaire collectif de la communauté : ils traduisent une volonté constante d’explorer des voies alternatives de connaissance et de remettre en question les frontières traditionnelles entre nature et culture.

Cette ambition se prolonge à travers l’Olami Damanhur University, structure chargée de transmettre les savoirs développés au sein de la fédération. L’université propose des séminaires, des formations et des programmes consacrés notamment à la gouvernance communautaire, au développement personnel, à l’écologie ou encore à la création de communautés intentionnelles. Damanhur ne cherche donc pas seulement à expérimenter pour elle-même ; elle entend également diffuser ses apprentissages au-delà de ses frontières.

Travel with Mansoureh 2020.

L’avenir d’une utopie

Si Damanhur est née dans une vallée du Piémont, son influence dépasse aujourd’hui largement les frontières italiennes. La communauté a développé un réseau international de groupes affiliés et de sympathisants présents en Europe, en Amérique du Nord, au Japon ou encore en Australie. Cette ouverture s’appuie notamment sur le projet Vajne, destiné à maintenir les liens entre la fédération et ses membres vivant à l’extérieur, ainsi que sur sa participation à des réseaux internationaux tels que le Global Ecovillage Network.

Cette capacité d’ouverture constitue sans doute l’une des clés de sa longévité. Comme de nombreuses communautés intentionnelles, Damanhur a dû faire face aux défis du renouvellement générationnel, de l’institutionnalisation et de la disparition de son fondateur. Jusqu’à présent, elle semble avoir répondu à ces enjeux par une adaptation continue de ses institutions, de sa gouvernance et de ses modes d’engagement.

L’ambition affichée aujourd’hui dépasse la seule pérennité de la communauté elle-même. Damanhur entend contribuer, à travers ses activités éducatives, culturelles et internationales, à la réflexion sur de nouvelles formes de vie collective dans un contexte marqué par les crises écologiques et sociales contemporaines.

Que peut-on apprendre de Damanhur ?

Que l’on adhère ou non à ses croyances, Damanhur constitue un terrain d’observation exceptionnel. Alors que de nombreuses initiatives alternatives disparaissent après quelques années, cette communauté a réussi à traverser un demi-siècle d’histoire en combinant vision collective, institutions durables, activités économiques et capacité d’adaptation.

Son principal enseignement réside peut-être moins dans sa spiritualité que dans sa faculté à articuler des dimensions souvent séparées dans les organisations contemporaines : la quête de sens, la gouvernance, l’économie, l’éducation et le rapport au territoire. À ce titre, Damanhur apparaît moins comme une utopie réalisée que comme un laboratoire vivant qui interroge nos manières de faire société et d’imaginer des formes alternatives de vie collective.

Au-delà du cas de Damanhur, les communautés intentionnelles, les expériences utopiques et plus largement les formes d’organisation situées à la marge des modèles dominants constituent des sources d’apprentissage souvent sous-estimées. Qu’il s’agisse de communautés écologiques, de lieux autogérés, de mouvements contre-culturels ou d’autres formes de vie collective, ces expériences explorent des questions qui traversent aujourd’hui nos sociétés : comment renforcer la solidarité ? Comment concilier autonomie et coopération ? Comment produire et consommer autrement ? Comment redonner du sens à l’action collective ?

Expérimenter des formes inédites

Aucune de ces expériences n’est parfaite. Elles connaissent leurs tensions, leurs contradictions et parfois leurs échecs, tout comme les organisations conventionnelles. Leur intérêt réside ailleurs : dans leur capacité à expérimenter des solutions inédites et à ouvrir des espaces de réflexion que les institutions établies peinent parfois à explorer.

Damanhur.
Fourni par l’auteur

Dans un monde largement structuré par les impératifs de performance, de rentabilité et d’efficacité, ces communautés offrent la possibilité d’un véritable réveil humaniste. Non parce qu’elles détiendraient les réponses aux défis contemporains, mais parce qu’elles nous invitent à réinterroger des questions fondamentales : qu’est-ce qu’une vie collective réussie ? Comment articuler liberté individuelle et responsabilité commune ? Quelle place accorder à la coopération, au sens ou encore au rapport au vivant ?

L’enjeu n’est sans doute pas de reproduire ces modèles à l’identique. Il est plutôt d’accepter de les considérer comme des laboratoires à ciel ouvert, dont les réussites comme les limites peuvent nourrir notre réflexion. Les explorer permet moins de trouver des solutions toutes faites que d’élargir le champ des possibles et de remettre en question certaines de nos certitudes sur les manières d’organiser le travail, l’économie et la vie en société.

The Conversation

Xavier Pavie ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Damanhur : pourquoi cette utopie italienne survit depuis cinquante ans. Et que peut-elle nous apprendre ? – https://theconversation.com/damanhur-pourquoi-cette-utopie-italienne-survit-depuis-cinquante-ans-et-que-peut-elle-nous-apprendre-284455

Voici comment l’IA peut nous aider à affronter les chaleurs extrêmes

Source: The Conversation – in French – By Jérémie Boudreault, Chargé de cours en science des données et risques climatiques, Université Laval; McGill University; Institut national de la recherche scientifique (INRS)

La canicule qui affecte l’Europe est déjà considérée comme historique, et de tels événements sont de plus en plus fréquents partout dans le monde. De quelles façons l’IA peut-elle être mise à profit pour aider à en limiter les conséquences sanitaires sur les populations ?


En 2021, un dôme de chaleur s’est installé dans la région de la Colombie-Britannique pendant un peu plus d’une semaine, avec des anomalies de température allant jusqu’à 15 ºC au-dessus des normales. Conséquence : 619 décès et plus de 5,5 milliards $ en coûts sanitaires. Cet événement météorologique, le plus meurtrier dans l’histoire récente du Canada, compte aussi parmi les catastrophes les plus coûteuses.

Et en ce début d’été, la vague de chaleur qui affecte l’Europe depuis plusieurs semaines, causant entre autres des incendies de forêt sans précédent en France, en Espagne et au Portugal, a déjà été qualifiée d’« historique ».

Des épisodes amenés à se multiplier

Avec les changements climatiques, ces événements de chaleur extrême vont se multiplier, au Canada comme ailleurs dans le monde, avec des intensités, des durées et des fréquences de plus en plus élevées. Une étude que j’ai menée en 2025 conjointement avec des collègues de l’INRS, de l’INSPQ et de Santé Canada a montré que les coûts sanitaires totaux associés à la chaleur au Québec pourraient, en l’absence d’autres mesures d’atténuation et d’adaptation, être multipliés au moins par trois d’ici 2050, pour atteindre 12 milliards $ annuellement.




À lire aussi :
Les canicules engendrent des coûts. Voici pourquoi il est important de les quantifier


Dans un contexte où la chaleur est l’événement météorologique causant le plus de décès, nous nous sommes posé la question suivante : comment l’IA peut-elle être mise à profit afin de limiter les conséquences sanitaires de la chaleur extrême ?

Le Canada et le Japon, pionniers dans le domaine

Voici donc un tour d’horizon des travaux réalisés sur la question, tant à l’international qu’au Canada, par moi-même en collaboration avec Félix Lamothe de l’INSPQ, Céline Campagna du consortium Ouranos, et Fateh Chebana de l’Institut national de la recherche scientifique. Pour cet article, on désigne par « modèles d’IA » tous les modèles d’apprentissage machine et profond qui sont utilisés en IA.

Nous avons effectué une revue de littérature internationale afin de recenser les travaux effectués dans ce domaine. Notre revue a montré que le Japon et le Canada étaient tous deux pionniers dans le domaine avec le plus d’articles publiés, surtout dans les cinq dernières années. Parmi les applications de l’IA recensées au niveau mondial, quatre grands thèmes ont émergé :

  • Prévoir les conséquences sanitaires de la chaleur.

  • Établir de nouveaux seuils d’alerte à la chaleur.

  • Mieux comprendre les variables liées à la chaleur.

  • Analyser les facteurs de vulnérabilités à la chaleur.

Prévoir les impacts sur la santé

En permettant d’analyser les structures de corrélations complexes dans les données sanitaires et environnementales, les modèles d’IA peuvent être mis à profit pour la prévision des impacts sanitaires de la chaleur.

Déjà, en 2023, notre équipe avait comparé neuf modèles d’IA et statistiques afin de prévoir la mortalité en période de chaleur extrême à Montréal. Cette étude a permis déjà de cibler quels algorithmes étaient les plus précis, et dans quels contextes. Alors que certains modèles d’IA montraient les meilleures performances pour l’ensemble de l’été, les modèles statistiques adaptés pour la non-linéarité demeuraient assez précis en période de forte chaleur.

Suite à cette première expérience, nous avons proposé un système provincial de surveillance de la chaleur basé sur l’IA en utilisant l’ensemble des données du Québec et portant sur cinq indicateurs : mortalité, hospitalisations, visites aux urgences, transports ambulanciers et appels à Info-Santé. Cette fois-ci, les performances des modèles d’IA dépassaient largement ceux des modèles plus classiques pour tous les moments de l’été. De plus, les modèles ont pu identifier deux indicateurs sanitaires d’intérêt pour de tels systèmes : les décès et les transports ambulanciers.

Si mis en opération, ce système permettrait d’anticiper les conséquences sur la santé des périodes de chaleur à venir. Par exemple, en combinant les prévisions de températures du jour et de la nuit suivante, l’écart de température et l’humidité, le système permettrait de prévoir si des augmentations sont attendues dans les indicateurs de santé mentionnés ci-dessus, et ce, pour chacune des régions du Québec.

De nouveaux seuils d’alerte

Notre revue de littérature a aussi montré que les modèles d’IA peuvent être utilisés pour proposer de nouveaux seuils d’alerte de chaleur, en analysant les relations complexes entre les températures et la santé. Une étude de ce type effectuée à Montréal en 2021 a montré quel algorithme d’IA performait mieux pour établir ces seuils.

Les résultats ont montré que la mortalité augmentait fortement lorsque les températures minimales et maximales sur trois jours dépassaient 20,3 ºC et 32,1 ºC, respectivement. Ces seuils obtenus par l’IA sont comparables à ceux actuellement en vigueur à Montréal, à savoir 20 ºC et 33 ºC. D’ailleurs, un projet est présentement en cours afin d’appliquer cette méthodologie basée sur l’IA à l’ensemble des régions du Québec.

Effets variables selon les endroits

En analysant simultanément plusieurs données environnementales (température, humidité, vitesse des vents, pollution de l’air), les modèles d’IA peuvent déceler quelles combinaisons de variables sont susceptibles d’entraîner une hausse de mortalité ou de morbidité. Notre équipe a analysé 63 variables environnementales avec plusieurs modèles d’IA afin de déceler lesquelles prédisaient mieux la mortalité dans les deux plus grandes villes du Québec.

Contrairement à ce qui était attendu, l’humidité et la pollution de l’air ne contribuaient pas à améliorer le pouvoir prédictif des modèles de mortalité. Cela dit, d’autres effets moins sévères que la mortalité pourraient être sensibles à ces variables, mais n’ont pas été analysés dans le cadre de ce projet. La température à elle seule semblait suffisante, bien que différente selon la ville étudiée : à Montréal, la température mesurée durant le jour expliquait mieux la mortalité, alors qu’à Québec, c’est la température mesurée durant la nuit. Cela pourrait s’expliquer par des différences d’environnement bâti ou socioéconomiques entre ces deux villes.

Des personnes plus affectées que d’autres

Pour agir en contexte de chaleur extrême, on doit aussi identifier les personnes les plus affectées : personnes âgées, jeunes enfants, personnes vivant dans des quartiers chauds et défavorisés, travailleurs extérieurs, personnes ayant des maladies chroniques, etc. Analyser tous ces facteurs socioéconomiques et sanitaires simultanément peut devenir complexe avec des modèles statistiques classiques. C’est ici qu’entre en jeu l’IA, qui a le pouvoir de traiter toutes ces données d’un seul coup.




À lire aussi :
Chaleur extrême : une découverte encourageante sur la capacité d’adaptation des aînés


Une étude co-réalisée avec des collègues du BC Centre for Disease Control s’est penchée, avec l’IA, sur la prise de médicaments comme facteur de risque à la chaleur. Des 270 différentes classes de médicaments analysées, plusieurs augmentaient les risques de décès en période de chaleur, en particulier certains antipsychotiques, des antidépresseurs, des diurétiques et des médicaments contre la maladie de Parkinson.

Ces résultats ne signifient en aucun cas, bien sûr, qu’il faille cesser la prise de médicaments en période de chaleur. Mais ils pourraient permettre aux professionnels de la santé de mieux cibler les personnes à risque pour les sensibiliser à l’importance de se prémunir contre les effets de la chaleur, entre autres en visitant des lieux climatisés et en restant bien hydratés.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Des modèles d’IA simples, utiles et peu énergivores

Sur la base de nos travaux et de ceux effectués à l’international, l’IA s’avère un outil très utile pour comprendre les risques sanitaires liés à la chaleur, anticiper ses conséquences et en protéger les personnes les plus vulnérables. En outre, ces modèles d’IA peu énergivores ne posent pas les problèmes environnementaux et sociaux des grands modèles de langage généralistes.

L’IA ne remplacera jamais les météorologues ou les autorités de santé publique, mais elle est un outil précieux d’analyse de données et d’aide à la décision, afin d’améliorer les actions prises lorsque la prochaine vague de chaleur extrême nous frappera.

La Conversation Canada

Jérémie Boudreault a reçu des financements du CRSNG, des IRSC, d’Ouranos et de l’INSPQ pour ses travaux.

– ref. Voici comment l’IA peut nous aider à affronter les chaleurs extrêmes – https://theconversation.com/voici-comment-lia-peut-nous-aider-a-affronter-les-chaleurs-extremes-284276

Ce que la Coupe du monde 2026 nous apprend sur la diversité et l’inclusion sur les réseaux sociaux

Source: The Conversation – in French – By Matthijs Meire, Associate professor, IÉSEG School of Management

Le monde du football s’est emparé de la question de la diversité, non sans que quelques tensions soient observées. Mais comment est accueillie cette démarche ? Une analyse de plusieurs milliers de publications en ligne révèle une réalité subtile. Où l’on révèle que pour le public, toutes les formes de diversité ne se valent pas !


Nelson Mandela affirmait que « le sport a le pouvoir d’unir les gens comme peu d’autres choses le font ». Cet idéal est au cœur du message de la FIFA pour la Coupe du monde 2026, présentée comme une célébration de l’unité, de la diversité et de l’inclusion.

Le tournoi illustre cette ambition : une part importante des joueurs représente aujourd’hui un pays différent de celui de leur naissance, reflétant l’impact des migrations et la montée des identités multiples dans le football moderne.

Des enjeux sociétaux polarisés

Mais cette symbolique s’accompagne de tensions. Dans un contexte mondial marqué par les débats sur l’immigration, l’identité nationale et les droits des personnes LGBTQ+, la Coupe du monde continue de susciter des controverses autour du visa d’un arbitre somalien, des déplacements des supporters et de la participation de l’Iran. Comme lors du débat autour du brassard « OneLove » en 2022, le football reste un espace central où se cristallisent des enjeux sociétaux plus larges et souvent polarisés.




À lire aussi :
Coupe du monde de football 2026 : faut-il craindre une hausse des violences envers les femmes ?


Ces discussions ne s’arrêtent pas aux stades. Elles se prolongent sur les réseaux sociaux, où, chaque publication, campagne ou prise de position est immédiatement amplifiée, commentée et débattue à grande vitesse. Dans cet environnement, les fédérations, sponsors et marques doivent composer avec une forte visibilité mais aussi une exposition accrue aux réactions publiques. Une question centrale émerge alors : comment communiquer efficacement sur la diversité et l’inclusion dans un espace aussi fragmenté et polarisé ?

Une diversité pénalisante ?

Pour répondre à cette question, nous avons analysé plus de 6 000 publications Facebook et Instagram issues de neuf fédérations européennes de football. En nous appuyant sur des entretiens avec des experts du secteur, nous avons distingué sept dimensions de la diversité : le genre, la race et l’origine ethnique, l’âge, le handicap, la religion et la culture, l’orientation sexuelle et la classe sociale.

Pris dans leur ensemble, les contenus liés à la diversité semblent générer en moyenne moins d’engagements que les autres publications. Ce résultat, cohérent avec certaines études antérieures, peut facilement conduire à une lecture simpliste selon laquelle la diversité serait « pénalisante » sur les réseaux sociaux. Une telle interprétation serait toutefois trompeuse.

En réalité, l’analyse par dimension révèle une structure beaucoup plus fine des réactions du public. Les publications mettant en avant la diversité de genre ou d’âge suscitent en moyenne moins d’engagements. À l’inverse, celles illustrant la diversité raciale génèrent davantage de réactions positives sur Facebook comme sur Instagram. Ces différences importantes expliquent en partie pourquoi la littérature scientifique est souvent contradictoire : certaines recherches isolent une seule dimension de la diversité, tandis que d’autres les agrègent en un indicateur unique. Nos résultats montrent que la diversité et l’inclusion ne forment pas un concept homogène, mais un ensemble de dimensions distinctes, susceptibles de déclencher des réponses sociales, émotionnelles et culturelles très différentes selon les publics.

Un enjeu de communication

Ces résultats déplacent la question centrale, puisqu’il ne s’agit pas de savoir si les organisations doivent communiquer sur la diversité et l’inclusion, mais comment elles doivent le faire de manière pertinente et contextualisée.

Premièrement, les organisations doivent aller au-delà des messages génériques sur l’inclusion et identifier précisément quelles dimensions de la diversité elles mettent en avant dans leur communication. Les réactions des publics dépendent fortement du contexte culturel, du secteur d’activité, mais aussi des normes implicites propres à chaque communauté en ligne. Une marque de grande consommation, une entreprise technologique ou une université peuvent ainsi observer des dynamiques très différentes, voire opposées. L’enjeu n’est donc pas de suivre une recette universelle, mais de comprendre les attentes et sensibilités de sa propre audience.

Deuxièmement, il est essentiel de distinguer communication et impact. Les contenus où la diversité est intégrée de manière naturelle dans la communication quotidienne tendent à générer des performances plus solides que ceux reposant principalement sur des campagnes explicites, des slogans ou des hashtags dédiés. Cela ne remet pas en cause la légitimité des prises de position publiques, mais suggère que leur efficacité dépend fortement de leur cohérence avec l’ensemble du discours de marque et de leur intégration dans des contenus perçus comme authentiques.

L’équipe TV 2026.

Des effets discrets à ne pas ignorer

Troisièmement, il faut dépasser une lecture strictement quantitative de l’engagement. Si certains contenus liés à la diversité génèrent moins de « j’aime » ou de commentaires, ils peuvent néanmoins avoir un effet plus discret mais stratégique : celui de modifier la composition de l’audience engagée. Nos analyses exploratoires suggèrent en effet que certains types de contenus attirent des publics plus diversifiés selon différentes dimensions identitaires. Autrement dit, la valeur de ces communications ne réside pas uniquement dans le volume d’interactions, mais également dans la capacité à élargir et diversifier la base sociale de l’engagement, ce qui constitue un enjeu croissant pour les organisations.

À mesure que la Coupe du monde 2026 se déroule, le football continuera de générer des débats sur l’identité, l’appartenance et la représentation, bien au-delà des terrains. Ces discussions se joueront autant sur les réseaux sociaux que dans les stades, et chaque prise de position y sera immédiatement interprétée et discutée dans des environnements souvent polarisés.

Pour les organisations sportives comme pour les marques, l’enjeu n’est plus de déterminer si la diversité a sa place dans la communication. Il s’agit désormais de reconnaître qu’elle est multidimensionnelle, que les publics sont hétérogènes, et que la performance d’une stratégie de communication ne peut être réduite aux seuls indicateurs d’engagement à court terme.

The Conversation

Les auteurs ont reçu une subvention de l’Union des associations européennes de football (UEFA).

Arno De Caigny et Kristof Coussement ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Ce que la Coupe du monde 2026 nous apprend sur la diversité et l’inclusion sur les réseaux sociaux – https://theconversation.com/ce-que-la-coupe-du-monde-2026-nous-apprend-sur-la-diversite-et-linclusion-sur-les-reseaux-sociaux-286964

Mbappé ne défend pas ? Et si, au football comme dans l’entreprise, le débat était mal posé ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Modolo, Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Université Bourgogne Europe

Le footballeur Kylian Mbappé est parfois critiqué pour son jeu insuffisamment défensif. Or, ces propos se basent sur ce qu’ils voient en ignorant les consignes qui lui ont été données. Au-delà du football, cette attitude se retrouve souvent dans le monde professionnel. Elle révèle surtout un dysfonctionnement de l’entreprise.


Kylian Mbappé ne revient pas toujours défendre. Tout le monde l’a vu. Tout le monde a un avis. Mais avant de conclure qu’il ne fait pas son travail, une question mérite d’être posée : savons-nous réellement ce que Didier Deschamps lui demande de faire ?

Il ne revient pas. Il marche parfois. Il laisse ses coéquipiers défendre sans lui. À l’approche du Mondial 2026, les critiques s’étaient accumulées. Des statistiques sur le faible volume d’actions défensives de Kylian Mbappé ont circulé. Le verdict est rapidement tombé ! « Il ne fait pas assez d’efforts », « il joue pour lui », « il n’est pas assez collectif ». Pourtant, peu d’observateurs connaissent précisément la consigne.

Déviation par rapport au comportement attendu

On entend régulièrement dans le football actuel que « tout le monde doit défendre ». À force d’être répétée, cette affirmation finit par devenir une norme implicite : celui qui ne défend pas semble dévier du comportement attendu. Or cette norme suppose que le même comportement est attendu de tous les joueurs, indépendamment du rôle que leur attribue leur sélectionneur. C’est précisément cette hypothèse que le débat sur Mbappé invite à interroger.




À lire aussi :
Mon salaire est-il vraiment le fruit de mon travail ?


Didier Deschamps l’a placé dans l’axe et lui a confié le brassard de capitaine. Mbappé lui-même rappelle que l’efficacité de l’attaque dépend de la coordination, des mouvements, du positionnement et des rotations entre les joueurs. Autrement dit, son rôle ne peut pas être compris isolément. On juge donc un comportement visible sans connaître ce qui était demandé.

Une erreur de raisonnement courante

C’est une erreur de raisonnement très courante. Nous observons ce qu’un individu fait ou ne fait pas et nous en déduisons ce qu’il vaut. Mais un comportement ne dit rien par lui-même. Il ne prend son sens qu’au regard de ce qu’on attendait de la personne. Sans cette information, le jugement est aveugle.

Nous commettons exactement la même erreur au travail, tous les jours. C’est peut-être même l’une des sources fréquentes du sentiment d’injustice au travail. Nous avons parfois l’impression d’être évalués sur ce qui se voit, plutôt que sur ce qui nous était réellement demandé.

Un commercial passe ses journées au téléphone, en rendez-vous ou à déjeuner avec des clients. Pour ses collègues qui ne voient pas directement son activité, il peut donner l’impression d’être peu présent, voire peu impliqué. Derrière ce jugement, une norme implicite : un bon salarié serait d’abord un salarié visible à son poste. Mais prospecter, négocier et entretenir des relations font précisément partie de son métier.

Des exemples dans la vie professionnelle

Un salarié quitte systématiquement le bureau à 17 heures. Certains collègues y voient un manque d’investissement. Là encore, une norme culturelle implicite agit. La personne qui reste tard serait plus engagée que celle qui part à l’heure. Pourtant, il a peut-être simplement terminé ce qu’on lui demandait, tandis que celui qui reste jusqu’à 20 heures compense une mauvaise organisation.

Un manager passe ses journées en réunion. On peut avoir l’impression qu’il ne produit rien. La norme implicite : travailler c’est produire quelque chose de directement observable. Pourtant, si son rôle consiste à coordonner des équipes, ces réunions sont précisément son travail.

L’activité visible ou l’objectif ?

Dans chaque cas, l’erreur est la même ; on juge l’activité visible sans connaître l’objectif assigné. Cette erreur est d’autant plus tentante que l’effort visible rassure. Quelqu’un qui court, qui reste tard, qui répond vite ou qui enchaîne les réunions, donne des signes immédiatement lisibles d’engagement. À l’inverse, celui qui marche, part à l’heure ou travaille loin du regard collectif, paraît plus suspect. Mais ces signes disent parfois peu de la contribution réelle. Ils disent surtout ce qui est facile à observer.

M6 Infos 2026.

Pourquoi cette erreur est-elle si fréquente ? Parce que, contrairement aux objectifs, les comportements sont toujours visibles. On voit Mbappé marcher mais on ne voit pas les consignes de Deschamps. On voit le salarié partir à 17 heures mais on ne voit pas ce qu’il avait à accomplir dans sa journée.

Quelle définition du « bon » travail ?

Le problème n’est donc pas seulement individuel. Quand une organisation laisse ses attentes implicites, elle pousse chacun à interpréter les comportements à partir de ses propres critères. Certains valorisent la présence, d’autres la réactivité, d’autres encore la disponibilité permanente. Faute de cadre partagé, chacun fabrique sa propre définition du « bon travail ».

C’est cette asymétrie qui explique un sentiment que beaucoup connaissent. Celui d’être jugé sur de mauvais critères. D’être évalué sur ce qu’on voit de nous plutôt que sur ce qu’on nous a demandé d’accomplir. Ce sentiment n’est pas toujours une illusion. Il reflète souvent une réalité. Les attentes n’ont pas été rendues suffisamment lisibles, ni pour la personne évaluée, ni pour ceux qui l’observent. Quand les rôles restent flous, chacun finit par juger avec les critères qu’il voit.

Alors, Mbappé doit-il défendre ? Peut-être. Peut-être pas. La réponse dépend du rôle que Didier Deschamps lui a confié, et c’est précisément ce que nous ignorons. Pour que le débat soit bien posé, avant de juger un collaborateur, un collègue… ou un joueur de foot et avant de dire que son comportement est acceptable ou non, interrogeons-nous d’abord sur les objectifs qui lui ont été réellement assignés.

The Conversation

Laurent Modolo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Mbappé ne défend pas ? Et si, au football comme dans l’entreprise, le débat était mal posé ? – https://theconversation.com/mbappe-ne-defend-pas-et-si-au-football-comme-dans-lentreprise-le-debat-etait-mal-pose-286969

Abdullah Ibrahim dans les années 1960 : comment l’exil et la quête spirituelle du pianiste ont forgé le jazz africain

Source: The Conversation – in French – By Stephanie Vos, Post-Doctoral Fellow, Stellenbosch University

Les années 1960 constituent une période charnière dans l’histoire d’Abdullah Ibrahim. C’est à cette époque que le maître sud-africain s’est progressivement imposé sur la scène internationale comme pianiste de jazz. Il y a posé les bases du style qui fait aujourd’hui sa renommée, alors même que son œuvre continue d’être célébrée

On se souvient surtout de lui pour avoir su créer des paysages sonores typiquement sud-africains : des harmonisations d’hymnes religieux, les rythmes ghoema du Cap et les appels islamiques à la prière. Son interprétation sur scène se caractérisait par une simplicité raffinée et une grande grande respiration musicale.

Ce tournant musical s’est accompagné d’un cheminement spirituel qui a conduit à sa conversion à l’islam et à son changement de nom : il est passé de Dollar Brand à Abdullah Ibrahim en 1968.

The World of Dollar Brand est une série d’articles qu’Abdullah Ibrahim a écrits et publiés dans le journal Cape Herald en 1968 et 1969. Ces textes éclairent les épreuves qu’il a traversées ainsi que son évolution musicale après son départ d’Afrique du Sud pour l’Europe en 1962.

Comme je l’explique dans mon étude consacrée aux artistes de jazz sud-africains et à l’exil, il est peut-être impropre de qualifier cette période d’« exil » dans le cas d’Abdullah Ibrahim. Lui et son épouse, la jazziste et militante Sathima Bea Benjamin, sont revenus en Afrique du Sud de juillet 1968 à mai 1969, puis de nouveau en 1970 et en 1974.

Cependant, à mesure que l’Afrique du Sud s’éloignait physiquement, elle gagnait en présence dans la poétique du son et du discours d’Ibrahim. Ces premières années d’absence d’Afrique du Sud révèlent les facettes les moins connues de sa carrière musicale.

Pourtant, à travers sa musique, ses écrits et ses interviews de cette époque, nous pouvons retracer la manière dont Ibrahim imaginait et construisait l’Afrique musicalement. Il cherchait à exprimer une identité ancrée dans ses racines africaines.

Les années d’« exil »

Né au Cap en 1934, Adolph Johannes (Dollar) Brand était un pianiste prolifique sur la scène des boîtes de nuit sud-africaines depuis l’âge de 17 ans.

Lorsqu’il quitta l’Afrique du Sud avec Benjamin en 1962, il jouissait déjà d’une solide réputation. Il avait collaboré au premier disque de bebop sud-africain, Verse 1 des Jazz Epistles, aux côtés de figures de proue du jazz sud-africain telles que Kippie Moeketsi, Hugh Masekela et Jonas Gwangwa.

Dans sa biographie, Benjamin se souvient que le couple « mourait littéralement de faim faute d’opportunités » à l’époque du régime de la minorité blanche et de l’apartheid. L’état d’urgence déclaré après le massacre de Sharpeville de 1960 a étouffé la scène du jazz sud-africain. Avec l’aide d’un ami proche, Paul Meyer, Ibrahim et Benjamin sont partis pour Zurich.

Ils sont arrivés dans le froid glacial de l’hiver suisse, dans une chambre infestée de punaises de lit, et ont eu du mal à trouver du travail. Ibrahim a écrit dans le Cape Herald que son premier point de contact à Zurich était le Club Africana, mais que les responsables y avaient trouvé sa musique «trop moderne». Il a finalement « réussi à trouver le ton juste » auprès des gérants du club – ce qui laisse entendre qu’il a dû faire un certain compromis musical de son côté – et a décroché un contrat de quatre mois et demi par an avec ses compatriotes sud-africains Johnny Gertze à la basse et Makaya Ntshoko à la batterie.

Malgré ces difficultés, cette période a marqué une évolution majeure de sa musique. Il s’est consacré à d’intenses heures de pratique au piano, allant même jusqu’à faire de l’exercice physique pour « soutenir une longue période de jeu à deux mains ». Il a perfectionné ses compétences de soliste et a fait évoluer sa manière de composer.

Il écrit :

Beaucoup des formes musicales, principalement inspirées des modèles américains, avec lesquelles je travaillais en Afrique du Sud étaient devenues contraignantes. J’ai créé de nouvelles pièces qui m’offraient une liberté totale et la possibilité d’improviser… avec de nombreux schémas rythmiques s’appuyant sur la pulsation… comme fondement.

Les premières compositions d’Ibrahim, The Stride,
Machopi ou Bra Joe From Kilimanjaro illustrent bien ce son.

L’accent mis sur la pulsation – les plus petites unités de temps régulières en musique – plutôt que sur la mesure (généralement organisée en groupes de deux, trois ou quatre temps formant un motif régulier et répétitif, par exemple : UN deux trois, UN deux trois) montre qu’Abdullah Ibrahim s’inspire des traditions musicales africaines.

De courtes lignes de basse répétées en boucle structurent les morceaux, pendant que la main droit improvise librement dessus. Ce cycle court est une marque de fabrique de nombreuses traditions musicales africaines.

La rencontre avec Duke Ellington

Un événement marquant du séjour d’Ibrahim à Zurich fut sa rencontre avec la star américaine du jazz Duke Ellington en 1963. L’histoire est bien connue. Ellington se produisait à Zurich et Benjamin le convainquit de venir écouter un set du Dollar Brand Trio. Visiblement impressionné, Ellington invita Benjamin et Brand à enregistrer avec lui à Paris, quelques semaines plus tard.

Cela donne lieu à deux albums : Duke Ellington presents the Dollar Brand Trio (1964), et A Morning in Paris de Benjamin (sorti seulement en 1997). Le soutien d’Ellington a sans aucun doute ouvert des portes à Ibrahim, même si sa carrière attendra plusieurs années avant de décoller.

Les voyages d’Ibrahim entre 1962 et 1965 témoignent des difficultés qu’il rencontrait pour gagner sa vie. Il se produisait dans des festivals européens et multipliait les contrats. Ses passages, de 1963 à 1965, au Jazzhus Montmartre de Copenhague ont donné lieu à l’enregistrement live publié sous le titre Anatomy of a South African Village (1965) et Round Midnight at the Montmartre (sorti seulement en 1988).

On peut y entendre certaines de ses « nouvelles formes ». Après un séjour à Londres, Ibrahim et Benjamin s’installèrent à New York en 1965. La ville devint leur port d’attache pour les quatre décennies suivantes.

Le concert en solo

Ibrahim donne son premier concert en solo au célèbre Carnegie Hall le 10 octobre 1965, ce qui le propulsa sur la scène jazz new-yorkaise de manière hautement symbolique.

Le concert était en grande partie organisé par lui-même, ce qui lui rappelle les débuts de sa carrière en Afrique du Sud.

Dans ce concert, sa préférence pour le piano solo est déjà perceptible. Dans le Cape Herald, il déclarait :

La formation habituelle avec basse et batterie devenait trop restrictive et il était assez difficile de trouver un bassiste capable de jouer les passages rapides que je souhaitais.

Ce furent des années difficiles pour Ibrahim. Malgré l’aide généreuse des Ellington, il ne trouvait pas de travail. Il se consacra corps et âme à la pratique et à l’étude des partitions, déclarant :

La forme du piano solo commençait à prendre forme.

La conversion à l’islam

Ibrahim et Benjamin sont retournés en Afrique du Sud pendant dix mois en 1968 et 1969. C’est à cette époque que Dollar Brand s’est converti à l’islam. Ibrahim décrit cette période comme un temps de purification et de quête spirituelle qui a conduit à sa conversion.

Cette période reflétait l’évolution technique de sa pratique musicale, qu’Ibrahim a décrite dans une interview à la radio BBC comme étant liée à évolution personnelle.

Selon une critique parue dans le Cape Herald à propos de son premier concert à Kensington, au Cap, son public avait du mal à suivre cette nouvelle direction.
Bien que la silhouette montée sur scène « fût bel et bien le bon vieux Dollar, débraillé mais très apprécié », le critique rapporte que « Dollar s’est mis à jouer pour lui-même, et des morceaux complètement déjantés ont commencé à planer bien au-dessus des têtes du public ». Les spectateurs murmuraient, s’agitaient, puis finirent par crier : « Retourne en Amérique ! ».

Si Ibrahim avait perdu son public du Cap dès 1968, sa musique a su le reconquérir à son retour en 1974. Avec le producteur Rashid Vally, il a enregistré l’un de ses albums les plus connus, Mannenberg – is where it’s happening (1974).

Dans le morceau « Mannenberg », le cycle musical court refait son apparition, mais cette fois sous la forme familière du motif marabi, pilier du jazz sud-africain depuis les années 1920, qui constitue la colonne vertébrale de cette pièce.

Associés aux timbres distinctifs des saxophones des musiciens du Cap Robbie Jansen et Basil Coetzee, ces sons sont devenus synonymes d’un foyer auquel Ibrahim n’avait accès que par l’imagination et par le son, après avoir quitté le pays en 1974 pour un exil qui allait devenir définitif.

Ces mélodies résonneront lors du concert-hommage gratuit organisé en son honneur au Cap le 29 juin.


Cet article fait référence aux écrits d’Ibrahim publiés dans le Cape Herald. Ce journal anti-apartheid a cessé de paraître en 1986 et, bien que ces articles soient disponibles dans les archives, il n’existe pas de lien vers ceux-ci en ligne.

The Conversation

Stephanie Vos travaille à l’université de Stellenbosch.

– ref. Abdullah Ibrahim dans les années 1960 : comment l’exil et la quête spirituelle du pianiste ont forgé le jazz africain – https://theconversation.com/abdullah-ibrahim-dans-les-annees-1960-comment-lexil-et-la-quete-spirituelle-du-pianiste-ont-forge-le-jazz-africain-286813

Pourquoi les alertes environnementales sont-elles si difficiles à entendre ?

Source: The Conversation – in French – By Guy Richard, Directeur de l’expertise scientifique collective, de la prospective et des études à l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), Inrae

« Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs », s’alarmait, en 2002, Jacques Chirac en utilisant la formule du physicien Jean-Paul Deléage, disparu en 2023. Joey Senft/Unsplash, CC BY

Les dernières canicules en Europe ont pris de court les populations et les pouvoirs publics, mais pas les scientifiques qui alertent depuis des décennies sur le réchauffement climatique. Pourquoi, dès lors, n’ont-ils pas été plus écoutés ?


L’histoire contemporaine des alertes environnementales trouve l’un de ses moments fondateurs dans la publication, en 1962, de Silent Spring (Printemps silencieux) par Rachel Carson (1907-1964). En révélant les effets délétères des pesticides sur la santé humaine et les écosystèmes, la biologiste américaine inaugure une forme moderne d’alerte fondée sur l’expertise scientifique. Son ouvrage a contribué à transformer les politiques environnementales, mais a également suscité de vives réactions de la part des industriels concernés. Ceux-ci ont contesté à la fois ses conclusions et sa crédibilité.

Rachel Carson, pionnière de la lutte contre les pesticides.

Depuis lors, les alertes se sont multipliées : pluies acides, destruction de la couche d’ozone, changement climatique, désertification, érosion de la biodiversité ou pollutions chimiques. Pourtant, malgré l’accumulation des connaissances scientifiques, elles demeurent souvent remises en cause, ignorées ou accueillies avec scepticisme.

Les alertes ne restent pas nécessairement lettre morte. Printemps silencieux, par exemple, a débouché sur une large interdiction du DDT. Les travaux des chimistes Mario Molina et Frank Rowland ont conduit à une interdiction progressive des CFC, principales substances appauvrissant la couche d’ozone. Dans ces deux cas, des solutions de substitution assez simples à mettre en œuvre ont rapidement émergé ; ce qui a pu limiter le coût du changement tout en faisant émerger des acteurs économiques favorables à cette transition.

Mais même ces changements ne se sont pas faits sans résistances. Dans la plupart des cas, on doit s’interroger sur les raisons qui rendent si difficile de faire entendre ces alertes.

Des risques que nous percevons de moins en moins

Les premières alertes environnementales portaient souvent sur des nuisances locales : fumées industrielles, rivières polluées, déchets toxiques ou intoxications chimiques. Elles étaient fréquemment relayées par les populations directement concernées – riverains, pêcheurs, agriculteurs ou associations de victimes. Les populations éloignées des zones concernées percevaient rarement le problème, comme nous sous-estimons souvent les pollutions engendrées dans les pays en développement par notre consommation.

Aujourd’hui, les principaux enjeux environnementaux présentent une difficulté supplémentaire. Le changement climatique, l’érosion de la biodiversité ou la perturbation des grands cycles biogéochimiques résultent de l’accumulation de millions de décisions individuelles et collectives. Leurs effets apparaissent parfois à l’autre bout du monde et souvent plusieurs décennies après leurs causes.

Plus les problèmes deviennent globaux, moins ils sont directement perceptibles. La plupart d’entre nous ne voient ni l’augmentation de la concentration atmosphérique en CO₂, ni l’érosion de la diversité génétique des espèces, ni l’acidification progressive des océans.

La disparition des insectes pollinisateurs ou le déclin des populations d’oiseaux communs passent largement inaperçus pour les non-spécialistes, a fortiori avec une population massivement urbanisée. Ce n’est qu’à travers des suivis scientifiques réalisés sur plusieurs décennies que ces tendances deviennent visibles.

Une amnésie générationnelle

Prenons l’exemple des oiseaux communs. Beaucoup ont le sentiment d’en voir encore dans leur jardin. C’est ce qu’on appelle l’« amnésie écologique ».

En France, la mesure du déclin des populations d’oiseaux n’apparaît clairement qu’en réunissant les observations recueillies depuis plus de trente ans par des milliers d’observateurs bénévoles. Ces derniers ont suivi un protocole identique dans toute la France, à travers le Suivi temporel des oiseaux communs (STOC), coordonné par la Ligue de protection des oiseaux et le Muséum national d’histoire naturelle.

Sans cet effort de long terme, cette érosion resterait largement invisible. Nous savons, grâce à ce travail minutieux, que les populations d’oiseaux ont décliné de 57 % depuis 1980 dans les plaines agricoles.

Le suivi temporel des oiseaux communs dans les Pyrénées.

Les alertes environnementales contemporaines reposent ainsi de moins en moins sur l’observation d’événements intelligibles et de plus en plus sur l’interprétation de séries de données accumulées au cours de plusieurs décennies.




À lire aussi :
Quand et comment décide-t-on qu’une espèce est éteinte ?


De même, personne ne perçoit directement une hausse moyenne de la température mondiale d’environ 1,3 °C. Celle-ci n’apparaît qu’à travers l’accumulation de millions de mesures réalisées sur l’ensemble de la planète. Inversement, les épisodes de 1976 ou de 2003 sont toujours dans les mémoires et alimentent l’idée que « [la canicule,] ce n’est pas nouveau ».

Le « paradoxe de l’environnementaliste »

Un paradoxe supplémentaire complique la situation. Malgré la multiplication des alertes, une grande partie de l’humanité a connu au cours des dernières décennies une amélioration de ses conditions de vie : allongement de l’espérance de vie, recul de certaines formes de pauvreté, accès accru à l’éducation, à l’énergie ou aux soins. Cette situation correspond à ce que certains chercheurs ont appelé le « paradoxe de l’environnementaliste ».

Les alertes décrivent ainsi des dégradations peu ou pas perceptibles par la population. À l’inverse, les bénéfices des activités qui les provoquent demeurent largement visibles dans l’expérience quotidienne.




À lire aussi :
La catastrophe qui tarde : pourquoi les humains semblent-ils vivre mieux sur une planète qui se dégrade ?


Croire ceux qui voient ce que nous ne voyons pas

Face à ces phénomènes, l’expérience personnelle ne suffit donc plus. Les alertes environnementales reposent de plus en plus sur la médiation de la science.

De fait, les scientifiques ont appris à détecter des dégradations invisibles à l’échelle individuelle, à identifier les causes, à anticiper les conséquences futures et à explorer les réponses possibles. Sans les mesures atmosphériques, les suivis de biodiversité, les modèles climatiques ou les études épidémiologiques, une grande partie des atteintes environnementales contemporaines resterait encore imperceptible.

Cette situation crée cependant une difficulté. La science parle un langage qui n’est pas celui du débat public. Elle raisonne en probabilités, en scénarios, en marge d’erreur et en niveaux de confiance. Elle expose ses controverses et ses incertitudes. Cette prudence constitue une force, du point de vue de la connaissance. Mais elle peut devenir une faiblesse dans l’espace médiatique ou politique, où les messages simples et catégoriques circulent souvent plus facilement.

Par exemple, les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) n’annoncent pas un futur unique, mais explorent plusieurs trajectoires possibles en fonction de différents scénarios d’émissions. Les conclusions sont exprimées sous forme de probabilités ou de niveaux de confiance. Cette manière de raisonner est indispensable à la démarche scientifique, mais contraste avec l’attente fréquente de réponses simples et définitives.

Pour la plupart des citoyens, il est impossible de vérifier personnellement ces résultats. L’adhésion repose donc largement sur la confiance accordée aux institutions scientifiques et à leur méthode. Or, cette confiance n’est plus aussi évidente qu’elle a pu l’être.




À lire aussi :
Pourquoi le climatoscepticisme séduit-il encore ?


Des récits concurrents plus simples et rassurants

Cette dépendance à l’expertise scientifique rend également les individus plus sensibles à certains mécanismes psychologiques bien identifiés. De nombreux travaux en sciences comportementales, notamment ceux du psychologue et économiste Daniel Kahneman ou de la psychologue Elke Weber, montrent que nous avons tendance à privilégier les bénéfices immédiats, les situations familières et les informations compatibles avec nos valeurs ou nos intérêts.

Or, les alertes environnementales demandent souvent l’inverse. Elles invitent à prendre au sérieux des risques futurs, à envisager des transformations profondes et à accepter des messages complexes ou anxiogènes.

Dans le même temps, les environnements numériques facilitent la circulation de récits concurrents qui proposent des explications plus simples du monde. Ces récits offrent souvent davantage de certitudes, désignent clairement des responsables et procurent un sentiment d’appartenance à une communauté partageant les mêmes convictions.

La recherche (par exemple, les travaux du chercheur en sciences cognitives Stephan Lewandowsky) montre que leur attractivité ne dépend pas seulement du niveau d’éducation ou d’information. Elle répond également à des besoins psychologiques et sociaux : réduire l’incertitude, préserver une identité collective ou maintenir un sentiment de contrôle sur les événements. La difficulté des alertes environnementales tient donc aussi à la concurrence entre différents récits du réel.

Quand les alertes semblent remettre en cause la prospérité

Une autre singularité des alertes environnementales est qu’elles concernent souvent des activités qui ont largement contribué à l’amélioration du bien-être humain. L’industrialisation, l’exploitation des énergies fossiles, l’intensification agricole ou le développement des transports ont permis des progrès considérables en matière de santé, d’alimentation, de mobilité ou de richesse matérielle.

Cette situation distingue les alertes environnementales de nombreuses autres alertes sanitaires ou techniques. Ces dernières portent souvent sur des produits ou des pratiques dont les bénéfices apparaissent limités au regard des dommages qu’ils provoquent. Ainsi, l’interdiction des chlorofluorocarbures (CFC), responsables de la destruction de la couche d’ozone et utilisés notamment dans le fonctionnement de réfrigérateurs et de climatiseurs, a été facilitée par l’existence de substituts techniques rapidement disponibles.

Cette situation distingue les grands enjeux environnementaux contemporains d’alertes sanitaires plus anciennes qui ont pu être résolues sans remettre en cause l’organisation générale de l’économie. Ainsi, l’interdiction progressive de l’amiante ou la suppression de l’essence plombée ont porté sur des produits clairement identifiés, pour lesquels des solutions de remplacement ont progressivement été développées.

À l’inverse, réduire la dépendance aux combustibles fossiles suppose de transformer simultanément les systèmes énergétiques, les transports, une partie de l’industrie, l’agriculture ou encore l’aménagement des territoires. Les alertes environnementales contemporaines mettent ainsi en question des activités qui restent associées, dans l’expérience collective, au progrès matériel et à l’amélioration des conditions de vie.

Les scientifiques qui identifient les causes des dégradations environnementales sont ainsi conduits à interroger des technologies, des secteurs économiques et des modes de vie qui demeurent étroitement liés à notre prospérité.

Le « biais de statu quo »

Cette difficulté est renforcée par ce que les psychologues et les économistes comportementaux appellent le « biais de statu quo » : face à l’incertitude, nous avons spontanément tendance à préférer les situations existantes, même lorsqu’elles comportent des risques à plus long terme.

Même lorsque des alternatives existent, elles apparaissent souvent comme des promesses futures, alors que les coûts du changement semblent immédiats : investissements, transformations industrielles, modifications des habitudes de consommation ou craintes pour l’emploi.

L’alerte environnementale ne demande donc pas seulement de reconnaître un risque. Elle invite aussi à réévaluer certains fondements matériels du développement contemporain.




À lire aussi :
Inaction climatique : et si on était victime du biais de « statu quo » ?


Intérêts économiques et fabrication du doute

Depuis plusieurs décennies, enfin, de nombreux travaux ont documenté les stratégies mises en œuvre par certains secteurs économiques pour retarder ou affaiblir les régulations. Par exemple : financement de recherches destinées à entretenir la controverse, campagnes de communication, lobbying politique ou mise en avant systématique des incertitudes résiduelles.

Les historiens des sciences Naomi Oreskes et Erik M. Conway ont montré comment certains acteurs industriels ont développé des stratégies visant moins à réfuter les résultats scientifiques qu’à maintenir l’impression d’une controverse permanente. Ceci notamment en finançant des recherches ou des expertises mettant en avant des explications alternatives susceptibles de détourner l’attention des causes les mieux établies. Ces pratiques ont été documentées dans les domaines du tabac, des pluies acides, des pesticides – où de multiples facteurs alternatifs ont été invoqués pour relativiser la responsabilité des néonicotinoïdes dans le déclin des pollinisateurs – et, surtout, du changement climatique.

Les stratégies ont cependant évolué. Pendant longtemps, il s’agissait principalement de contester certains résultats scientifiques. Aujourd’hui, les attaques visent plus largement la crédibilité des scientifiques, des institutions de recherche ou de la démarche scientifique elle-même, comme le montrent Olivier Berné, Emmanuelle Perez Tisserant et Tamara Ben Ari.

Cette évolution intervient dans un contexte où la confiance envers les institutions est fragilisée et où la diffusion de récits concurrents est devenue plus rapide et plus massive.

Faire reconnaître des connaissances dérangeantes

Les alertes environnementales ne sont pas les seules à rencontrer des résistances. L’histoire des lanceurs d’alerte, des controverses sanitaires ou des révélations politiques montre que les sociétés n’accueillent pas sans résistance les informations qui remettent en cause des intérêts établis ou des représentations dominantes. Depuis le mythe de Cassandre, condamnée à annoncer des catastrophes sans jamais être crue, jusqu’aux débats contemporains sur le climat ou la biodiversité, le problème n’est donc pas seulement de produire des connaissances, mais de faire accepter des informations dérangeantes.

Les alertes environnementales ne posent donc pas seulement la question des connaissances scientifiques. Elles révèlent une transformation plus profonde : à mesure que les risques deviennent globaux, diffus et différés, l’expérience individuelle ne suffit plus à les appréhender. Les alertes environnementales reposent désormais largement sur des connaissances auxquelles le public doit faire confiance, sans pouvoir les vérifier directement.

Cette situation ouvre aussi un espace particulièrement favorable aux stratégies de manipulation : lorsque les faits ne peuvent plus être directement éprouvés, la confiance accordée à ceux qui les établissent devient elle-même un enjeu du débat public, voire un objet de confrontation politique ou économique. L’enjeu n’est donc pas seulement de produire des savoirs, mais de préserver les conditions qui permettent à une expertise indépendante d’être reconnue comme suffisamment crédible pour éclairer les choix collectifs.

The Conversation

Jean-Michel Salles a reçu des financements de l”ANR au cours de sa carrière, mais pas directement sur cette thématique..

Guy Richard et Michel Colombier ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Pourquoi les alertes environnementales sont-elles si difficiles à entendre ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-alertes-environnementales-sont-elles-si-difficiles-a-entendre-286395

Les chocs climatiques peuvent-ils modifier l’attitude des citoyens vis-à-vis du paiement des impôts ?

Source: The Conversation – in French – By Enrico Nichelatti, Postdoctoral researcher, University of Luxembourg

Les catastrophes climatiques deviennent de plus en plus fréquentes et intenses dans toute l’Afrique subsaharienne. Les inondations, les sécheresses, les vagues de chaleur et les tempêtes ne sont plus de simples phénomènes environnementaux isolés. Elles influent sur les moyens de subsistance, les inégalités, la confiance du public ainsi que les relations entre les citoyens et l’État.

Les gouvernements comptent sur les impôts pour financer les écoles, les soins de santé, les infrastructures et les politiques d’adaptation au changement climatique. Cependant, la fiscalité ne repose pas uniquement sur l’application de la loi : elle dépend aussi de la confiance que les citoyens accordent à la capacité de l’État à agir efficacement, équitablement et avec réactivité en temps de crise.

Nos recherches portent sur la fiscalité, les inégalités, les finances publiques et les effets des chocs climatiques en Afrique subsaharienne. Dans une étude récente, nous avons examiné une conséquence encore peu étudiée des catastrophes climatiques en Afrique : leur impact sur la morale fiscale, c’est-à-dire la volonté des citoyens de s’acquitter volontairement de leurs impôts.

Le civisme fiscal est important, car de nombreux pays africains peinent à mobiliser suffisamment de recettes fiscales nationales. Or, les citoyens sont plus enclins à payer leurs impôts lorsqu’ils ont confiance à leurs autorités perçues comme justes, efficaces et réactives.

Nous avons analysé des données portant sur 25 pays d’Afrique subsaharienne entre 2011 et 2021. Nous avons croisé les données d’enquête d’Afrobarometer avec les registres de catastrophes climatiques issus de la Base de données internationale sur les catastrophes (EM-DAT), qui recense les événements d’urgence à travers le monde. Notre étude a porté sur cinq types de catastrophes : les sécheresses, les inondations, les températures extrêmes, les tempêtes et les feux de forêt.

Nous avons associé les catastrophes avec les personnes les personnes interrogées en fonction de leur lieu de résidence et de la date de l’entretien. Nous avons ensuite utilisé des modèles statistiques pour examiner le lien entre l’exposition aux catastrophes et la morale fiscale. L’analyse s’est également penchée sur le rôle des inégalités et de la confiance dans les institutions publiques.

Les résultats révèlent une situation complexe. Ils montrent que les catastrophes n’affectent pas toutes la morale fiscale de la même manière. Les sécheresses et les températures extrêmes sont associées à une baisse du civisme fiscal. Les inondations, en revanche, s’accompagnent d’un civisme fiscal légèrement plus élevé. Une exposition répétée à de multiples catastrophes liées au climat est associée à un déclin global de la morale fiscale.

Nous avons également constaté que les catastrophes sont associées à une augmentation des inégalités économiques. Lorsque les inégalités augmentent, la confiance dans les institutions publiques diminue. Le respect des obligations fiscales s’affaiblit aussi. Les résultats de notre analyse viennent étayer cet argument en intégrant la dimension des catastrophes climatiques. Les catastrophes liées au climat exacerbent les inégalités. Cela réduit, à son tour, la confiance dans les institutions publiques et, en fin de compte, le respect des obligations fiscales.

Bien que les catastrophes climatiques aient tendance à réduire le respect des obligations fiscales, notre analyse montre que l’environnement institutionnel peut en atténuer les effets. Nous nous sommes penchés plus particulièrement sur le Kenya, le Bénin et l’Afrique du Sud. Ces trois pays sont très vulnérables aux catastrophes liées au climat et ont adopté, au cours des dernières décennies, une législation en matière de gestion des catastrophes et de lutte contre le changement climatique.

Cette analyse complémentaire nous a permis d’examiner si les cadres institutionnels de gestion des catastrophes peuvent atténuer les effets de celles-ci sur les attitudes fiscales des citoyens. Les résultats indiquent que ces dispositifs institutionnels ont considérablement réduit, voire, dans certains cas, complètement neutralisé les effets négatifs des catastrophes naturelles sur la morale fiscale.

Ces conclusions suggèrent que les citoyens réagissent à la manière dont les gouvernements gèrent les catastrophes et y répondent. Lorsque les pouvoirs publics apportent une réponse efficace, les effets négatifs des catastrophes sur la morale fiscale sont nettement atténués.

Pourquoi les catastrophes climatiques influencent les attitudes à l’égard de la fiscalité

La fiscalité n’est pas seulement une question économique. C’est aussi un contrat social. Les citoyens sont plus disposés à s’acquitter de leurs impôts lorsqu’ils estiment que les gouvernements utilisent les ressources publiques de manière équitable et assurent leur protection en cas de crise.

Des données provenant de pays africains suggèrent que la confiance joue un rôle déterminant dans le civisme fiscal. Plus les citoyens ont confiance dans les institutions publiques, plus ils ont la volonté de payer leurs impôts. Cela vaut particulièrement pour les collectivités locales et les organismes publics.

La qualité de la prestation des services publics semble également avoir son importance. Une prestation de services efficace tend à renforcer le civisme fiscal.

Des études antérieures démontrent que les catastrophes climatiques peuvent effriter cette relation de plusieurs façons.

Premièrement, les catastrophes détruisent les moyens de subsistance et réduisent les revenus. Ce qui rend plus difficile pour les ménages de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Lorsque les familles peinent à subvenir à leurs besoins essentiels, la survie passe avant tout et le paiement des impôts devient moins important.

Deuxièmement, les catastrophes peuvent réduire la confiance dans les pouvoirs publics lorsque les interventions sont perçues comme lentes, inégales ou politisées. La volonté de s’acquitter de ses impôts diminue — même chez les contribuables aux revenus les plus élevés — si les citoyens estiment que l’aide d’urgence ne profite qu’à certains groupes, ou si la corruption affecte la distribution de l’aide.

Troisièmement, les chocs climatiques exercent une pression supplémentaire sur les finances publiques. Les gouvernements peuvent voir leurs recettes diminuer tout en devant faire face à une hausse des dépenses consacrées à la reconstruction et à l’aide d’urgence.

Ce qui influe sur la volonté de payer

Notre étude a montré que les effets négatifs les plus marqués sur le civisme fiscal provenaient des sécheresses et des températures extrêmes. Cela n’a rien de surprenant. Les sécheresses affectent directement la production agricole, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance en milieu rural. Les vagues de chaleur réduisent également la productivité du travail et augmentent les coûts de santé, en particulier pour les populations vulnérables.

Les inondations ont donné des résultats différents. Dans certains cas, elles ont été associées à un civisme fiscal légèrement plus élevé. Une explication possible est que les interventions visibles et efficaces des pouvoirs publics lors des inondations, telles que l’aide d’urgence et la remise en état des infrastructures, peuvent renforcer la perception d’un État réactif.

Nos recherches suggèrent également que les effets des catastrophes climatiques varient selon les pays et les communautés. L’effet négatif sur le civisme fiscal est plus marqué dans les pays les plus pauvres et dans les zones rurales. Dans ces régions, les moyens de subsistance dépendent davantage d’activités sensibles au climat, telles que l’agriculture. De plus, les ménages ruraux sont souvent plus exposés aux inondations et aux sécheresses. Ils ont également un accès plus limité aux services publics, à la protection financière et au soutien de l’État.

Dans ces contextes, des chocs climatiques répétés peuvent renforcer l’impression que les gouvernements sont incapables ou peu disposés à protéger les populations vulnérables.

Le rôle de la politique climatique

Les politiques d’adaptation au changement climatique doivent s’attaquer aux inégalités et renforcer la confiance des citoyens dans les institutions publiques. À défaut, la répétition des chocs climatiques risque d’effriter leur volonté de contribuer aux finances publiques.

Une protection sociale ciblée, une aide d’urgence équitable en cas de catastrophe et des dépenses publiques transparentes sont essentielles. Il en va de même pour les investissements dans la résilience climatique des communautés vulnérables.

Nos conclusions suggèrent que les catastrophes climatiques ne menacent pas seulement les économies et les moyens de subsistance. Elles peuvent également nuire à la relation fiscale entre les gouvernements et les citoyens là où les inégalités sont fortes et la confiance institutionnelle faible.

Abrams Tagem, spécialiste de la recherche fiscale, a contribué à cet article.

The Conversation

Enrico Nichelatti does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Les chocs climatiques peuvent-ils modifier l’attitude des citoyens vis-à-vis du paiement des impôts ? – https://theconversation.com/les-chocs-climatiques-peuvent-ils-modifier-lattitude-des-citoyens-vis-a-vis-du-paiement-des-impots-286999

Cinq failles dans le mythe du travail « augmenté » par l’IA. Résultats d’un grand sondage québécois

Source: The Conversation – in French – By Xavier Parent-Rocheleau, Professor, HEC Montréal

On nous promet une révolution. L’intelligence artificielle rendrait le travail à la fois plus productif et plus agréable en nous libérant des tâches pénibles et en nous permettant d’investir plus de temps dans ce qui compte vraiment. C’est le récit du « travail augmenté ». Mais que vivent réellement les personnes qui travaillent déjà avec l’IA ?


Pour le savoir, notre équipe de recherche chapeautée par l’Observatoire international sur les impacts sociaux de l’IA et du numérique (Obvia), en partenariat avec onze organisations syndicales représentant plus de 1,4 million de membres, a interrogé 4 595 personnes syndiquées au Québec en 2025. Nos résultats invitent à revisiter sérieusement le mythe d’un travail universellement amélioré par la machine.

Des gains de productivité moins évidents qu’annoncé

Commençons par la promesse-phare : la productivité. Si l’IA tient ses promesses, ses utilisateurs et utilisatrices devraient travailler plus efficacement. Or, parmi les personnes qui s’en servent quotidiennement, seulement 44 % rapportent un réel gain de productivité. Plus surprenant encore, 26 % déclarent au contraire une perte d’efficacité à cause de la technologie.

Ces pertes de productivité découleraient notamment de la prolifération de travail « vite fait mal fait » avec l’IA (‘AI slope’ en anglais) dont la piètre qualité entraîne des pertes de temps parfois significatives. Ce peut être un rapport qu’il faut reprendre, car il ne répond pas aux normes de qualité, des informations qu’il faut vérifier, car jugées peu viables, une chaîne de courriels devenue incompréhensible et qui nécessite d’être clarifiée entre collègues, etc.

Adopter l’IA ne garantit donc pas de bénéfices concrets. Tout dépend des tâches, des contextes et du profil des personnes. D’ailleurs, l’IA reste pour l’instant cantonnée à des tâches jugées mineures : 75 % des utilisateurs et utilisatrices l’emploient pour un soutien ou un rôle accessoire, et seulement 3 % en font un élément central de leur travail.

Charge de travail et stress : autant de gagnants que de perdants

L’allègement de la charge constitue la deuxième promesse du « travail augmenté » par l’IA. Là encore, le portrait est en demi-teinte. L’IA allège effectivement le fardeau de 46 % des personnes répondantes. Mais elle l’alourdit pour près d’une personne sur cinq (17 %), et ne change rien pour le tiers restant. Par exemple, une parajuriste peut gagner en efficacité grâce à l’IA, mais au final se voir confier davantage de dossiers ou de tâches, ce qui se solde par un alourdissement de sa charge de travail.

Nos données montrent la même ambivalence quant au stress au travail. Dans une proportion égale, l’IA peut soit réduire le stress (28 % des répondants) ou l’augmenter (28 %). Une enseignante du collégial résume cette tension : « Les outils évoluent tellement vite que nous n’avons pas le temps de suivre les changements. Cela est anxiogène et décourageant. »

Autrement dit, l’IA n’améliore pas le travail de façon uniforme : elle le reconfigure. Et selon le secteur, le métier ou l’âge, cette reconfiguration penche vers le mieux… ou vers le pire.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Travail augmenté, ça dépend pour qui

C’est sans doute le constat le plus important de notre étude : les bénéfices de l’IA ne sont pas distribués au hasard, ils suivent les lignes de fracture déjà existantes du marché du travail.

Les professionnels et les personnes diplômées de l’université figurent parmi les principaux gagnants. Ils disent utiliser l’IA de façon autonome, gagnent en productivité et participer pleinement aux décisions. À l’autre bout, le personnel technique, industriel ou des services se fait plus souvent imposer l’IA. Il rapporte subir davantage la surveillance algorithmique et moins profiter de ses avantages.

La perception de gagner en productivité illustre bien ce clivage : 55 % des personnes diplômées des cycles supérieurs s’estiment plus productives grâce à l’IA, contre seulement 22 % des personnes diplômées du secondaire.

Déficit d’encadrement et de communication

Là où tous, ou presque, s’entendent, c’est pour déplorer deux choses.

D’abord, un manque d’encadrement dans les organisations, alors que seulement 24 % des personnes interrogées observent la présence de politique relative à l’usage de l’IA ou d’un autre mécanisme de régulation.




À lire aussi :
Près de 80 % des travailleurs canadiens utilisent l’IA sans cadre institutionnel


Ensuite, le déploiement est tout sauf transparent et démocratique : à peine 12 % disent avoir été consultés avant le déploiement, et seuls 26 % estiment que leur organisation est transparente en matière d’IA.

Résultat, seulement 35 % ont confiance en leur employeur concernant ses projets d’IA.

Une peur du remplacement à contre-courant des prédictions

Près d’une personne sur cinq (18 %) craint pour son emploi à cause de l’IA. Cette inquiétude grimpe avec l’âge, et elle est nettement plus marquée chez les personnes travaillant dans l’industrie et les services, et chez les moins diplômées.

Ces résultats contrastent avec la plupart des grandes études prospectives, qui prédisent au contraire que ce sont les emplois de bureau qualifiés qui sont les plus menacés par l’IA.

Ce décalage entre les prédictions des modèles et les craintes vécues sur le terrain mérite qu’on s’y attarde : il rappelle que l’angoisse technologique se loge souvent là où les personnes se sentent déjà les plus vulnérables.




À lire aussi :
L’IA au secours des enseignants débordés ? Oui, mais à conditions


Sortir du récit pour regarder les faits

Que retenir ? Que le « travail augmenté » n’est pas un mensonge, mais un récit incomplet.

Pour une partie des travailleurs et travailleuses, souvent les plus qualifiés, l’IA est effectivement un outil de soutien bienvenu et utilisé de leur propre chef. Pour beaucoup d’autres, elle est source de pression, de baisse d’autonomie, de surveillance ou d’insécurité.

À l’heure où les organisations doivent faire face à des enjeux de compétences, de qualification, de pénurie de personnel et d’innovation, les questions soulevées par l’IA au travail doivent être remises au cœur des décisions : l’IA seule ne peut être la solution.

Prendre le temps de discuter de l’IA avec l’ensemble du personnel concerné peut mener beaucoup plus loin : plus les personnes sont formées, impliquées et réellement parties prenantes, plus les bénéfices deviennent concrets et plus on évite que l’IA, faute de réflexion collective, ne finisse par détériorer le travail qu’elle prétend améliorer.

La Conversation Canada

Xavier Parent-Rocheleau a reçu des financements de l’Obvia.

Julie (M.É) Garneau est membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation du travail (CRIMT) et de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux du numérique et de l’IA (Obvia). Elle a reçu des financements du FQRSC, du CRIMT et de l’Obvia.

Vincent Pasquier a reçu des financements de l’Obvia et du FRQ.

– ref. Cinq failles dans le mythe du travail « augmenté » par l’IA. Résultats d’un grand sondage québécois – https://theconversation.com/cinq-failles-dans-le-mythe-du-travail-augmente-par-lia-resultats-dun-grand-sondage-quebecois-284406

De nouvelles technologies pour aider les aînés devenus moins autonomes en raison de pertes cognitives

Source: The Conversation – in French – By Amel Yaddaden, Candidate au Ph.D. en sciences de la réadaptation, Université de Montréal

Les maladies neurodégénératives liées au vieillissement, telles que la maladie d’Alzheimer ou le Parkinson, posent des défis majeurs dans le contexte de nos sociétés vieillissantes. Pour les personnes âgées aux prises avec des troubles cognitifs, les outils technologiques de soutien mental constituent une piste encourageante pour préserver leur autonomie au quotidien.


Selon les données les plus récentes, environ 8,7 % des personnes de 65 ans et plus sont atteintes de démence, et ce chiffre pourrait atteindre les 131,5 millions d’individus d’ici 2050. Cette progression rapide accentue la vulnérabilité des personnes concernées, augmentant les risques de perte d’autonomie, d’isolement social et de déclin fonctionnel, ce qui représente de véritables défis qui affectent leur quotidien.

Dès les premiers stades de la maladie, les personnes atteintes éprouvent des difficultés cognitives affectant la mémoire, la planification et la résolution de problèmes. Ces difficultés se manifestent surtout dans les activités complexes, c’est-à-dire celles qui requièrent la gestion simultanée de plusieurs étapes ou l’adaptation à des situations imprévues. Par exemple, préparer un repas nécessite de planifier les ingrédients, de gérer le temps de cuisson et de réaliser plusieurs tâches en parallèle, ce qui peut devenir un véritable défi pour ces personnes.

Face à ces enjeux, le développement de solutions innovantes est essentiel pour préserver leur dignité, leur sécurité et leur inclusion sociale.

Candidates au doctorat en sciences de la réadaptation à l’Université de Montréal, nos recherches portent respectivement sur l’utilisation des technologies d’assistance à la cognition pour soutenir l’autonomie et la sécurité à domicile, ainsi que sur l’implantation des technologies pouvant venir soutenir le système de santé dans l’offre de service à domicile pour les personnes âgées.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Une solution innovante

Les technologies d’assistance à la cognition constituent une réponse prometteuse pour soutenir l’autonomie des aînés vivant avec des troubles cognitifs.

Ces outils technologiques, conçus pour compenser les difficultés cognitives et favoriser l’autonomie fonctionnelle, incluent par exemple les applications de gestion des médicaments, comme les piluliers intelligents qui envoient des rappels automatisés, les systèmes d’alerte permettant de prévenir les oublis et d’assurer la sécurité, les agendas électroniques facilitant l’organisation des activités quotidiennes, ainsi que les objets connectés.




À lire aussi :
Maintenir une bonne santé cognitive à tout âge, c’est possible


Au-delà de l’autonomie fonctionnelle, ces technologies jouent un rôle essentiel dans la lutte contre l’isolement social. Des applications de communication adaptées sur tablette électronique permettent par exemple aux aînés de rester connectés à leurs proches, même lorsqu’ils éprouvent des difficultés avec les outils numériques classiques. Des dispositifs favorisant l’engagement communautaire, comme les plates-formes numériques de participation à des événements virtuels, renforcent pour leur part le sentiment d’appartenance et contribuent à prévenir la dépression.

Malgré leur potentiel, ces technologies font face à plusieurs obstacles importants. Outre les enjeux liés à l’accessibilité financière, l’utilisabilité et l’acceptabilité représentent également des défis majeurs. Pour être réellement bénéfiques, ces technologies doivent être faciles à utiliser, intuitives et surtout adaptées aux besoins réels des aînés, notamment ceux vivant avec des troubles cognitifs.

Des méthodes d’apprentissage adaptées

Contrairement à certaines croyances répandues selon lesquelles les personnes âgées atteintes de troubles cognitifs seraient incapables d’apprendre à se servir de nouvelles technologies, les données scientifiques démontrent qu’un apprentissage demeure tout à fait possible, particulièrement dans les stades précoces de la maladie.

La clé réside dans l’adaptation des méthodes d’apprentissage aux capacités résiduelles de la personne. Une approche bien établie en sciences de la réadaptation cognitive est celle de l’apprentissage sans-erreur (errorless learning). Cette méthode consiste à minimiser, voire éliminer, les occasions d’erreurs pendant l’apprentissage, en guidant la personne étape par étape vers la bonne réponse.




À lire aussi :
La réalité virtuelle s’impose comme un outil aux proches aidants, mais il faut les impliquer dans la conception


L’apprentissage sans-erreur est particulièrement efficace pour permettre aux personnes âgées d’apprendre à utiliser une technologie, car il utilise les capacités préservées, comme les automatismes de la personne – dite mémoire procédurale. Cette méthode ne requiert donc pas de mobiliser les capacités d’encodage classiques liées à la concentration, souvent atteintes dans la maladie d’Alzheimer.

Les études démontrent que cette méthode favorise la rétention des apprentissages de tâches simples, augmente la confiance des utilisateurs et peut améliorer leur autonomie dans l’utilisation de nouvelles technologies.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Un domaine en pleine explosion

Le domaine du développement technologique pour soutenir le vieillissement est en pleine explosion.

Un répertoire de technologies disponibles au Québec donne un aperçu de la situation et de leurs utilités pour venir en support aux différentes activités de la vie quotidienne.

Toutefois, il est important de rappeler que les technologies d’assistance à la cognition demeurent des outils et ne remplacent pas les interactions humaines et l’accompagnement professionnel. En soutenant l’autonomie et en facilitant l’inclusion sociale, elles répondent aux besoins des aînés vivant avec des troubles cognitifs lorsqu’elles sont enseignées adéquatement. Néanmoins, pour maximiser leur impact, des investissements dans la recherche et le déploiement de ces technologies sont indispensables.

Heureusement, beaucoup de chercheurs travaillent activement sur les problématiques entourant l’évaluation rigoureuse de ces technologies, pour évaluer leurs efficacités, leur adoption, leur utilisabilité et leur acceptabilité en vue d’optimiser leur déploiement et leur pérennisation.

Bien que le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et le gouvernement fédéral soutiennent des initiatives pour le vieillissement en santé dans la communauté (Le plan d’action gouvernemental 2024-2029 « La fierté de vieillir » du MSSS : et l’intiative fédérale de subvention « Bien vieillir chez soi », il reste beaucoup des politiques publiques a approfondir pour une utilisation éthique et équitable de ces solutions. Ces efforts permettront de lever les barrières actuelles et de faire des technologies d’assistance à la cognition un levier pour un vieillissement sain et digne.

Dans un monde en constante évolution, ces technologies représentent une véritable promesse : celle d’un avenir où les aînés peuvent continuer à vivre de manière autonome, malgré les défis posés par le vieillissement et les troubles cognitifs.

La Conversation Canada

Amel Yaddaden a reçu des financements des Fonds de recherche du Québec et de AGE-WELL

Aline Aboujaoude est membre de la coopérative de solidarité IXIA. Elle a reçu des financements des Fonds de Recherche du Québec et de AGE-WELL.

– ref. De nouvelles technologies pour aider les aînés devenus moins autonomes en raison de pertes cognitives – https://theconversation.com/de-nouvelles-technologies-pour-aider-les-aines-devenus-moins-autonomes-en-raison-de-pertes-cognitives-246952