Course à l’exploitation minière des fonds marins : l’impuissance du droit international ?

Source: The Conversation – in French – By Laisa Branco Coelho De Almeida, Doctorante en droit international à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), Graduate Institute – Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID)

Les ressources minières des fonds marins n’en finissent plus de cristalliser des tensions internationales. Alors que la prochaine session de négociations de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) doit débuter le 7 juillet, l’autorité onusienne se trouve sous pression. Tandis qu’elle planche encore sur l’élaboration d’un Code minier international pour les fonds marins, elle pourrait fait face à une tentative de passage en force de certains industriels et de leur allié américain.


Les tensions au sein de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) – International Seabed Authority (ISA) en anglais – se sont intensifiées depuis que Metals Company, société minière canadienne, a annoncé en mars 2025 son intention de solliciter le « parrainage » des États-Unis pour mener des activités d’exploitation minière dans des zones situées au-delà des juridictions nationales.

Pour rappel, les États-Unis ne sont pas membres de l’AIFM. Le président américain Donald Trump a justement signé un décret présidentiel en avril 2025 pour autoriser l’exploitation minière des grands fonds marins en haute mer. Or, l’AIFM détient la compétence exclusive sur les activités économiques menées dans les eaux internationales. L’institution onusienne planche justement depuis plus de dix ans sur un code minier pour encadrer l’exploitation minière dans les eaux internationales.

La firme canadienne et son allié américain auraient-elles tenté de doubler l’institution onusienne ? À la veille de la trentième session de l’AIFM, prévue du 7 au 25 juillet 2025 en Jamaïque, faisons le point sur l’état du cadre international sur l’exploitation minière des grands fonds marins.

Concilier promesses économiques et environnementales

L’exploitation minière des grands fonds marins a longtemps été présentée comme un levier de développement durable. Elle est supposée profiter à « l’humanité tout entière », mission que s’est fixée l’AIFM lors de sa création en 1982 grâce à la répartition équitable des bénéfices qui en résulteront. Mais aujourd’hui, cette promesse vacille.

Depuis l’accélération des négociations en 2017, les discussions se sont ralenties, freinées par des désaccords persistants.

Face à l’absence de garanties environnementales suffisantes, l’AIFM devient de plus en plus réticente à autoriser des opérations extractives à haut risque. De part et d’autre, la frustration grandit :

  • du côté des entreprises, qui réclament clarté et autorisations,

  • des États, qui y voient un enjeu de souveraineté industrielle,

  • et, enfin, du côté de l’AIFM elle-même, qui se trouve divisée en ne parvenant pas à concilier développement économique et gestion durable.


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L’institution tente actuellement d’achever l’élaboration d’un Code minier international pour les fonds marins, un corpus réglementaire destiné à encadrer les activités dans « la zone internationale » – c’est-à-dire les fonds marins situés au-delà des juridictions nationales. C’est elle qui délivrera des contrats d’exploitation, de la même façon que pour les contrats d’exploration délivrés à l’heure actuelle. Pour obtenir de tels contrats, les firmes doivent être parrainées par un État.

Mais de nombreux points restent à trancher, notamment la surveillance environnementale à mettre en place, les régimes d’inspection, le partage des bénéfices ou encore les dispositifs de contrôle.

Une remise en cause de l’autorité internationale

La demande de Metals Company faite aux États-Unis marque toutefois un tournant historique. C’est la première fois depuis sa création en 1982 qu’un État non signataire de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) remet aussi ouvertement en cause l’autorité d’un cadre juridique international ayant trait aux ressources naturelles mondiales. Pourtant, les règles issues de la CNUDM font désormais partie du droit international coutumier. Les États-Unis sont donc tenus de les respecter, même s’ils n’y ont pas adhéré formellement.

Parallèlement, plusieurs experts attirent l’attention sur les incertitudes soulevées par l’application des mécanismes juridictionnels de l’AIFM. Notamment en ce qui concerne la cohérence entre le régime applicable dans la zone internationale et celui régissant le plateau continental. En effet, selon le système juridique international, les États-Unis jouiraient de droits souverains pour exploiter les ressources minérales de leur plateau continental jusqu’à 200 milles marins (soit environ 370 km) des côtes.

Mais ce qui surprend surtout, c’est que ces contestations émanent des entrepreneurs eux-mêmes. Dans une note publiée en mars 2025, Gerard Barron, PDG de Metals Company, déplore que « l’industrie commerciale ne soit pas la bienvenue à l’AIFM ». En janvier 2025, huit entreprises avaient adressé une lettre conjointe au président du Conseil de l’AIFM Olav Myklebust (Norvège) dénonçant les « retards excessifs » dans la transition vers la phase d’exploitation. Elles soulignaient avoir investi plus de deux milliards de dollars dans les technologies et études relatives aux nodules polymétalliques et estimaient que ces retards allaient à l’encontre du cadre juridique de la CNUDM et de leurs « attentes légitimes ».

C’est donc l’adoption du règlement d’exploitation, élément clé pour permettre le passage à l’exploitation commerciale, qui cristallise les tensions. Or, ce processus dure depuis 1994, année de mise en œuvre du régime de l’AIFM.

Metals Company espère désormais obtenir le soutien de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) américaine pour relancer la dynamique. Elle se présente comme le fer de lance d’un « retour américain » dans cette industrie émergente.

Vers une tentative de passage en force ?

Le 24 avril 2025, l’administration Trump a publié un décret présidentiel visant à accélérer la délivrance de permis pour l’exploration et l’exploitation minière, y compris dans les zones situées hors de la juridiction des États-Unis.

Intitulé « Unleashing America’s Offshore Critical Minerals and Resources » (« Libérer les minéraux et ressources critiques situées en zone marine de l’Amérique »), le texte s’appuie sur le Outer Continental Shelf Lands Act (OCSLA). Il s’appuie aussi – de manière plus controversée, puisque c’est pour permettre l’accès à des ressources minérales dans les zones situées au-delà de la juridiction nationale américaine – sur le Deep Seabed Hard Mineral Resources Act (DSHMRA). Celle-ci concerne notamment la zone de fracture de Clipperton, riche en nodules de manganèse, où Metals Company détient déjà des contrats d’exploration via l’AIFM.

Tout au long des années 1970-1990, les États-Unis ont été pionniers dans l’exploitation minière en eaux profondes. À la suite au décret présidentiel d’avril 2025, les demandes de TMC ouvrent la voie au retour des États-Unis à la pointe de cette industrie passionnante.
The Metals Company

La CNUDM, adoptée en 1982, encadre les activités dans la zone internationale dans sa partie XI et a conduit à la création de l’AIFM. Bien que les États-Unis ne l’aient jamais ratifiée, ils ont participé aux négociations et signé en 1994 l’accord d’application de cette partie XI. Sous l’administration Biden, ils ont également apposé leur signature au Traité de la haute mer, aussi appelé accord BBNJ (pour Biodiversity Beyond National Jurisdiction, soit la biodiversité au-delà de la juridiction nationale des États), illustrant une certaine continuité diplomatique.

Cela rend la posture actuelle de l’administration Trump d’autant plus ambiguë. Le récent décret présidentiel semble non seulement ignorer les efforts scientifiques de la NOAA, mais également contredire l’engagement historique des États-Unis dans le développement du cadre multilatéral. En 2025, la NOAA a d’ailleurs subi d’importants licenciements, affaiblissant sa capacité à jouer un rôle dans cette gouvernance.

Dans un contexte aussi risqué, un cadre institutionnel robuste est indispensable pour garantir la sécurité juridique des investissements et des opérations industrielles. La tentative de Metals Company de s’appuyer sur un pouvoir exécutif controversé, dans une période politiquement instable, affaiblit non seulement sa propre crédibilité, mais aussi celle de l’ensemble du régime de parrainage de l’AIFM. Le développement responsable d’une industrie aussi sensible dépend en grande partie du respect des règles communes – et de la volonté des acteurs, États comme entreprises, d’y adhérer.

The Conversation

Laisa Branco Coelho De Almeida est membre de Deep Ocean Stewardship Initiative (DOSI). Elle a reçu des financements du Graduate Institute – Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID).

– ref. Course à l’exploitation minière des fonds marins : l’impuissance du droit international ? – https://theconversation.com/course-a-lexploitation-miniere-des-fonds-marins-limpuissance-du-droit-international-259823

Détecter les contenus pédocriminels en ligne : quelles options techniques ? Quels risques pour la vie privée ?

Source: The Conversation – in French – By Aurélien Francillon, Professeur en sécurité informatique, EURECOM, Institut Mines-Télécom (IMT)

Les contenus à caractère pédopornographique pullulent sur le net. Ils sont issus de la terrible exploitation d’enfants, et ce qui est montré constitue avant tout un crime réellement perpétré. Ils sont également dangereux pour les gens qui les voient, notamment les enfants.

Ces contenus criminels font donc l’objet de plus en plus de régulations et de détection automatisées. Mais comment concilier la protection des mineurs avec la préservation de la vie privée, la protection des données personnelles, et les libertés fondamentales — sans ouvrir la voie à une surveillance de masse ?


Certaines entreprises, comme Apple, Google et Meta, pratiquent déjà la détection de contenus pédopornographiques sur certains services (hormis les messageries chiffrées de bout en bout comme WhatsApp ou Signal). La France est particulièrement concernée, avec plus de 310 000 signalements reçus. Ces entreprises procèdent volontairement à ces détections grâce à une dérogation européenne à la directive ePrivacy.

Aujourd’hui, le Conseil de l’Europe envisage, dans sa proposition de régulation communément appelée ChatControl, de rendre obligatoire le scan des communications privées pour y détecter les contenus pédopornographiques — y compris sur les applications chiffrées de bout en bout.

En effet, bien que ces contenus soient illégaux, leur détection automatique ne fait pas encore l’objet d’une régulation. Mais une telle mesure généraliserait la surveillance : chaque média échangé par chaque citoyen devrait être scanné. Quelle est aujourd’hui l’efficacité de la détection de contenu à caractère pédocriminel et de leur signalement ?




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Lutte contre la criminalité et surveillance

Le chiffrement « de bout en bout » (de l’émetteur au récepteur) et sans accès possible aux données par les fournisseurs est de plus en plus populaire avec les applications comme WhatsApp, Signal ou iMessage.

Cependant, depuis 2010, les gouvernements réclament plus fermement l’affaiblissement du chiffrement, tandis que les experts en cybersécurité mettent en garde contre les risques de failles exploitables par des acteurs malveillants.

En effet, une fois les moyens techniques de surveillance instaurés, il est extrêmement difficile de s’assurer qu’ils ne seront pas, par exemple, exploités à des fins de répression politique. On l’a vu avec le logiciel espion Pegasus et, plus récemment, avec l’affaire TeleMessage, quand des membres du gouvernement américain pensaient utiliser une version sécurisée de Signal, alors que leurs communications étaient en fait accessibles quasi publiquement.


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Détection de contenus à caractère pédocriminel : comment ça marche, techniquement ?

On distingue deux types de contenus à caractère pédocriminel.

D’une part, les contenus déjà identifiés, qui représentent la grande majorité des contenus à caractère pédocriminel en ligne.

D’autre part, les contenus nouveaux, qu’ils soient réels ou générés par IA (et donc des « faux » à proprement parler, mais présentant quand même un caractère pédocriminel), qui sont très minoritaires en pratique aujourd’hui.

Pour identifier les contenus à caractère pédocriminel connus, on pourrait être tenté de les stocker dans une base de données qui servirait de base de comparaison. Cependant, un tel stockage est illégal dans la plupart des pays, et dangereux (car des personnes pourraient y être exposées).

C’est pour cela que les plates-formes – à qui incombe la responsabilité de scanner les contenus — stockent uniquement une « signature », et non les images elles-mêmes. Ces signatures sont générées par des « fonctions de hachage perceptuelles ».

Ces fonctions produisent des signatures similaires pour des contenus visuellement proches. Par exemple, une photo légèrement modifiée (en appliquant un filtre par exemple) conserve une signature proche de celle de la photo d’origine, alors que deux images différentes (un chien et un chat) donneront des signatures bien distinctes.

Les fonctions de hachage perceptuelles sont conçues pour donner une signature identique pour des images proches (même si un filtre est appliqué par exemple), et des signatures différentes pour des images différentes. Ceci permet de comparer les images soupçonnées d’être criminelles à une base de données de contenus criminels déjà connus et identifiés – sans être exposé aux images.
Diane Leblanc-Albarel, Fourni par l’auteur

Ainsi, si une plate-forme veut détecter un contenu à caractère pédocriminel, elle calcule le « haché perceptuel » (la signature) de l’image et le compare aux signatures de contenus connus.

C’est le seul moyen de détection automatique qui existe aujourd’hui — les systèmes d’intelligence artificielle sont pour l’instant moins performants et nécessitent systématiquement une vérification humaine. Il est déjà utilisé à grande échelle, puisque les GAFAM utilisent ce système pour scanner uniquement les informations que les utilisateurs choisissent de partager sur les réseaux sociaux, Internet ou via des messageries non chiffrées de bout en bout.

Signalements de contenus à caractère pédocriminel

Si une correspondance est trouvée entre la signature d’une image d’un utilisateur et celle d’un contenu pédocriminel, l’image est signalée automatiquement au NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children ou Centre national pour les enfants disparus et exploités), une organisation américaine à but non lucratif qui centralise et coordonne les signalements à l’échelle mondiale et agit comme un intermédiaire entre les plates-formes numériques, les forces de l’ordre et les autorités nationales. Les plates-formes peuvent également suspendre le compte de l’utilisateur.

En 2023, moins de 64 000 rapports automatiques, sur plus de 36 millions reçus par le NCMEC, ont été reconnus « urgents » par les autorités — soit 0,2 %.

Si aucun organisme n’a communiqué sur l’efficacité réelle des fonctions de hachage perceptuelles, il est établi qu’elles peuvent être attaquées avec succès et que le système de détection peut être mis en échec. Il est par exemple possible de modifier légèrement une image pour que sa signature corresponde à celle d’une image anodine, ce qui permettrait à des individus malveillants de faire passer un contenu dangereux pour anodin (faux négatifs).

Les fonctions de hachage perceptuelles génèrent aussi de nombreux faux positifs : des images différentes peuvent partager la même signature, ce qui pourrait mener à accuser à tort des centaines de milliers de citoyens.

Les fonctions de hachage peuvent générer des « faux positifs », c’est-à-dire attribuer la même signature à des images différentes.
Fourni par l’auteur

Introduire des portes dérobées

Aujourd’hui, le Conseil de l’Union européenne souhaite rendre la détection obligatoire, y compris aux applications de messageries qui, pour la plupart, ne font pas encore de détection de contenus à caractère pédocriminel.

Or, pour détecter automatiquement des contenus illégaux, il faut y avoir accès… ce qui est compliqué puisqu’une grande part des communications passe par des messageries chiffrées « de bout en bout », c’est-à-dire pour lesquelles un tiers ne peut pas scanner les contenus échangés entre deux personnes.

Rendre la détection possible même sur des messageries chiffrées reviendrait à intégrer une porte dérobée dans le protocole de chiffrement afin de fournir l’accès aux données chiffrées à un tiers. Une telle porte dérobée représente une faille de cybersécurité — ce qui rend cette option inenvisageable en pratique.




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Scanner les photos directement sur les téléphones des utilisateurs

En pratique, ce que recommande donc aujourd’hui le Conseil de l’Union, sur la base d’un rapport technique de 2022 analysant les options disponibles (qui n’ont pas évolué depuis la publication du rapport), c’est de recourir au client-side scanning, c’est-à-dire scanner les photos directement sur les téléphones des utilisateurs.

Cela impliquerait un accès aux photos de tous les appareils en Europe, posant des risques majeurs : détection automatique de contenus légitimes (par exemple des photos d’enfants partagées avec un médecin) ou de nudes échangés volontairement entre adolescents.

De plus, cet accès pourrait permettre la consultation de tout ou partie des photos stockées sur téléphone, sans que les citoyens n’en soient informés, ce qui représenterait une atteinte potentielle à la vie privée, en contradiction avec la Convention européenne des droits de l’homme.

Enfin, l’efficacité limitée des fonctions actuelles pourrait entraîner de nombreux faux positifs, tout en laissant passer des contenus pédocriminels légèrement modifiés.




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Le « function creep » : le risque de détournement d’une technologie conçue pour un usage particulier

L’un des principaux dangers liés à l’affaiblissement du chiffrement est le phénomène du « function creep » : une technologie conçue pour un usage précis finit par dériver, au détriment des libertés.

L’histoire de la surveillance numérique montre que des outils mis en place sous couvert de sécurité ont régulièrement été réutilisés pour d’autres finalités, parfois abusives.

Un exemple emblématique est le programme de surveillance PRISM mis en place par la National Security Agency (NSA) des États-Unis. Ce programme illustre bien comment des outils de surveillance créés pour des motifs de sécurité nationale afin de lutter contre le terrorisme (notamment après les attentats du 11 septembre 2001) ont été utilisés pour collecter des données de masse, y compris sur des citoyens ordinaires et des alliés des États-Unis.

De façon semblable, dans un premier temps, les autorités pourraient justifier la nécessité d’un accès aux communications chiffrées par la lutte contre la pédocriminalité et le terrorisme, deux causes auxquelles l’opinion publique est particulièrement sensible. Mais une fois l’infrastructure technique en place, il pourrait devenir tentant d’élargir leur usage à d’autres types d’infractions : criminalité organisée, fraudes, voire délinquance économique.

Ainsi, un système conçu pour détecter des images pédopornographiques dans les messages chiffrés pourrait être détourné pour identifier des documents sensibles partagés par des journalistes d’investigation ou des opposants politiques, comme les affaires Pegasus et Telemessage l’ont montré récemment. Mais finalement, le plus grand problème de ces systèmes imposés à large échelle est simplement qu’ils seront facilement contournés par les criminels.


Le projet DIGISOV ANR-23-CE53-0009 est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Aurélien Francillon a reçu des financements de la commission européenne via le projet ORSHIN (Horizon 101070008), l’ANR via le projet PEPR REV (ANR-22-PECY-0009 France 2030) et les entreprises Eviden et SAP.

Diane Leblanc-Albarel reçoit des financements du Fonds Wetenschappelijk Onderzoek (Fonds de recherche scientifique flamand, FWO).

Francesca Musiani reçoit des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (projets ANR DIGISOV et ORA ClaimSov).

Pierrick Philippe a reçu des financements de CREACH LABS.

– ref. Détecter les contenus pédocriminels en ligne : quelles options techniques ? Quels risques pour la vie privée ? – https://theconversation.com/detecter-les-contenus-pedocriminels-en-ligne-quelles-options-techniques-quels-risques-pour-la-vie-privee-259337

Les droits de douane seront-ils appliqués par Donald Trump le 9 juillet prochain ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Houssein Guimbard, Économiste, CEPII

Le 9 juillet, Donald Trump doit décider si les droits de douane annoncés le « Jour de Libération », le 2 avril 2025, puis mis en pause une semaine plus tard, seront finalement appliqués ou pas. L’occasion de faire un bilan de l’évolution du protectionnisme américaine depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Pour quelle taxe finale : 5 % ? 16 % ? 25 % ?


Depuis janvier 2025, l’administration Trump a remis au cœur de sa stratégie commerciale un instrument que l’on croyait délaissé : le droit de douane. En quelques mois, l’ensemble des partenaires commerciaux des États-Unis en a fait les frais. Une série de mesures, sans précédent depuis plusieurs décennies, les a frappés. Pour l’administration Trump, cette politique tarifaire vise à rééquilibrer des balances bilatérales déficitaires. Concrètement, augmenter le coût des produits étrangers pour protéger l’économie locale et générer des revenus.

Mais comment fonctionne un droit de douane ?

Pour calculer un droit de douane moyen, à partir des informations disponibles au niveau des produits appelés « lignes tarifaires », trois méthodes principales existent. La moyenne simple consiste à attribuer le même poids à chaque droit de douane. La moyenne pondérée repose sur les flux commerciaux entre deux pays, où les produits fortement importés comptent davantage dans l’indicateur global. Enfin, la méthode retenue pour la base de données tarifaires du CEPII, MAcMap-HS6, dite « des groupes de référence ». Elle s’appuie sur des profils d’importation reconstitués à partir d’échantillons de pays comparables. Ces calculs montrent à quel point les choix techniques d’agrégation des droits de douane influencent la perception des politiques commerciales.

« Jour de Libération »

En matière de politiques commerciales, l’année 2025 a été, jusqu’à présent, marquée par quatre temps forts.

Le premier s’est situé entre le 20 janvier et le 1er avril. Dès janvier, des hausses massives des droits sur des produits stratégiques comme l’acier, l’aluminium et les véhicules sont annoncées, effaçant les préférences antérieures et s’appliquant uniformément à tous les fournisseurs étrangers. L’accord commercial avec le Mexique et le Canada (ACEUM) intégrait désormais des droits de 25 % pour les produits importés aux États-Unis qui ne respectent pas les règles de l’accord. Les produits chinois sont taxés de deux augmentations successives pour aboutir à une hausse de 20 points de pourcentage (pp) – pp indique la variation d’un pourcentage.


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Le deuxième temps fort survient le 2 avril, « Jour de Libération », inaugurant un nouvel âge d’or de l’Amérique. Washington instaure des droits de douane qualifiés de « réciproques ». Ils ne sont pourtant pas fondés sur les mesures de protection tarifaires observées à l’étranger, mais sur les déséquilibres des balances commerciales bilatérales avec les États-Unis. Des surtaxes sont imposées allant de 10 points de pourcentage (taux de base) à des taux bien supérieurs pour une liste de 57 pays : 34 pp pour la Chine, 20 pp pour l’Union européenne, etc. Certaines matières premières stratégiques, épargnées pour des raisons d’approvisionnement.

Confrontation directe avec la Chine

Le troisième acte a été celui de la confrontation directe avec la Chine. Chacun des deux géants inflige à l’autre des surtaxes massives : de 125 points de pourcentage lors du point de tension culminant entre les deux puissances. Ce jeu d’escalade s’enraye à partir de la mi-mai, dernier temps fort de cette séquence. Washington commence à alléger partiellement les sanctions, sans pour autant revenir à la situation d’avant-crise.




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Sur le marché américain, l’augmentation des droits de douane sur les produits chinois est revenue de 125 pp à 10 pp, comme pour les autres pays depuis le 9 avril. En Chine, les produits états-uniens ne se voient plus appliquer qu’une surtaxe de 10 pp. Ces mesures ont profondément modifié le niveau moyen de protection des États-Unis.

Mais pourquoi, en la matière, différents chiffres circulent-ils ?

Trois méthodes de calcul

Pour calculer un droit de douane moyen, à partir des informations disponibles au niveau des produits appelés « lignes tarifaires », trois méthodes principales existent.

La moyenne simple consiste à attribuer le même poids à chaque droit de douane, quel que soit son importance économique. Facile à utiliser et en conséquence assez répandue, cette méthode donne cependant une vision biaisée des niveaux initiaux et des changements récents. Elle tire artificiellement la moyenne vers le bas, masquant l’ampleur des hausses ciblant des secteurs stratégiques.

Pour réduire ce biais, certains analystes privilégient la moyenne pondérée (plus de poids aux produits importés) par les flux commerciaux observés entre deux pays. Cette approche reflète mieux l’impact réel des droits sur les échanges. Les produits fortement importés comptent davantage dans l’indicateur global. Cette méthode souffre d’un défaut majeur que les économistes qualifient d’endogénéité : un droit de douane élevé diminue, ou même annule, les importations du produit ainsi taxé. En théorie, si un produit est taxé à 200 %, mais n’est pas importé, son droit de douane disparaît lors du calcul de la moyenne, car il est multiplié par 0. Ce qui minore le droit de douane moyen obtenu.

Enfin, la méthode retenue pour la base de données tarifaires du CEPII, MAcMap-HS6, dite « des groupes de référence », apporte une solution pragmatique au problème de l’endogénéité. Plutôt que d’utiliser les flux bilatéraux effectivement observés, dont on vient de voir qu’ils risquent fort de biaiser la moyenne, elle s’appuie sur des profils d’importation reconstitués à partir d’échantillons de pays comparables. Chaque pays importateur appartient à un groupe de référence constitué de pays similaires. Ce procédé fournit un indicateur plus stable, apte à la comparaison internationale.

Évolution des droits de douane

Les écarts entre ces méthodes sont loin d’être marginaux. Début 2025, les États-Unis affichaient un niveau moyen de droit de douane de 5 % selon la méthode de MAcMap-HS6. 4,3 % en moyenne pondérée par le commerce observé. Avec près de 60 % de droits de douane nuls, la moyenne simple est beaucoup plus faible : seulement 2,6 %.

Évolution des droits de douane moyens américains (L’augmentation la plus récente des droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium n’est pas prise en compte dans ce graphique). »
Fourni par l’auteur

Entre le 20 janvier 2025 (journée d’investiture) et le « Jour de Libération », la moyenne simple, consistant à attribuer le même poids à chaque droit de douane, augmente de seulement 1,8 point de pourcentage (pp). Avec la méthode MAcMap-HS6 des groupes de référence, le droit de douane moyen états-unien progresse de 6,9 pp, pour s’établir à 11,9 %. Encore davantage, 9,3 pp, en moyenne pondérée par le commerce bilatéral, pour atteindre 13,6 %. En effet, les hausses de droits de douane portent principalement sur des produits ou des partenaires commerciaux majeurs pour les États-Unis. Leur poids significatif dans les importations américaines (ou dans celles du groupe de référence) accroît leur impact dans le calcul de la moyenne pondérée par le commerce bilatéral.

Les chiffres du « Jour de Libération » sont plus homogènes. Les droits augmentent pour tous les pays, mais les moyennes pondérées montrent un virage protectionniste plus marqué. La période entre le « Jour de Libération » et la phase de pause et d’escalade avec la Chine se traduit par une baisse significative de la moyenne simple à 4,2 pp ; ce que le terme « pause » peut laisser entendre. Mais en prenant en compte la structure du commerce bilatéral états-unienne (en moyenne pondérée), cette protection augmente de +1 pp ; les droits de douane sur la Chine ayant considérablement augmenté et ce pays représentant une part significative des importations états-uniennes ! En 2024, les importations états-uniennes depuis la Chine ont atteint une valeur dépassant les 400 milliards de dollars.

Entre 16 % et 25 %

Actuellement, les moyennes pondérées sont très élevées, entre 16,1 %, et 16,7 %. Les 12,3 % de la moyenne simple sous-estiment l’ampleur du choc tarifaire que subissent les partenaires commerciaux des États-Unis, en particulier dans les secteurs spécifiquement visés – acier, l’aluminium et véhicule. Le 9 juillet, la protection états-unienne sera au minimum de 16,1 %. Elle pourrait revenir au pic du « Jour de Libération » qui se situe, en prenant en compte la structure des importations des États-Unis ou celle de son groupe de référence autour de 25 %.

Cette séquence souligne à quel point les choix techniques d’agrégation des droits de douane influencent la perception des politiques commerciales. Une lecture superficielle pourrait aboutir à une sous-estimation de la hausse de la protection. Une analyse rigoureuse, tenant compte des biais d’endogénéité, révèle au contraire l’ampleur du tournant protectionniste américain, notamment sur des secteurs – acier, aluminium, automobiles – et des pays spécifiques – Chine, Canada, Mexique. Ainsi, ces choix méthodologiques ne sont pas neutres : ils conditionnent les diagnostics économiques, mais aussi les scénarios de modélisation dans les exercices prospectifs d’équilibre général.

The Conversation

Houssein Guimbard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les droits de douane seront-ils appliqués par Donald Trump le 9 juillet prochain ? – https://theconversation.com/les-droits-de-douane-seront-ils-appliques-par-donald-trump-le-9-juillet-prochain-260223

Non, les enfants n’étaient pas négligés au Moyen Âge : la preuve par l’éducation

Source: The Conversation – France (in French) – By Didier Lett, Professeur émérite d’histoire médiévale, Université Paris Cité

_Geoffroi de La Tour Landry enseignant à ses filles_, enluminure tirée d’un manuscrit du _Livre du chevalier de&nbsp;La&nbsp;Tour&nbsp;Landry pour l’enseignement de ses filles_ (fin XV<sup>e</sup>&nbsp;siècle, France, Chantilly, musée Condé). via Wikimedia Commons

Les stéréotypes sur le sombre Moyen Âge ont la vie dure. Parmi ceux-ci, la place des enfants, que l’on imagine encore peu aimés et exploités, travaillant durement à un âge très précoce aux côtés des adultes. Rien, pourtant, n’est plus faux que cette vision misérabiliste.

Dans Enfants au Moyen Âge (XIIᵉ – XVᵉ siècles), une nouvelle synthèse publiée aux éditions Tallandier, Didier Lett nous montre la vive attention à l’enfance dès le ventre maternel, puis s’intéresse à la naissance, au baptême, aux premiers soins apportés au nourrisson et aux relations que l’enfant entretient avec sa famille. Plus de doutes possibles : la société médiévale a bien connu un fort « sentiment de l’enfance », comme le montre cet extrait de l’ouvrage centré sur les préoccupations des parents pour la pédagogie et la formation des plus jeunes.


Un fort souci éducatif

De nombreux traités de pédagogie

Si l’on doutait encore de la force du souci éducatif des hommes et des femmes du Moyen Âge, il faudrait rappeler qu’il existe environ une cinquantaine de termes en ancien français des XIIe-XVe siècles qui désigne le fait d’éduquer ou d’enseigner : alever, amender, somondre, amonester, doctriner, reprendre, chastier, discipliner, monstrer, enseigner, endoctriner, conduire, governer, etc., sans parler des nombreux termes latins : instructio, educatio, disciplina, eruditio. Cette richesse sémantique traduit une réalité. Le verbe educare (ex/ducare) signifie « conduire en dehors de », c’est-à-dire exercer une direction pour sortir d’un état qui est inférieur à celui dans lequel on veut faire entrer une personne. Le terme eruditio (ex/rudictio) possède un sens très voisin. Il signifie que le but essentiel du processus est de faire sortir l’enfant de sa ruditas naturelle. L’éducation a pour but de dégrossir.


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Ce lexique se rencontre dans les nombreux traités pédagogiques rédigés dans les derniers siècles médiévaux, écrits parfois par des pères (ou des mères) pour leurs enfants. En 1238, le juriste Albertano de Brescia écrit pour ses fils le De amore et dilectione Dei et proximi et aliarum rerum de forma vitae, un traité qui connaît un grand succès, traduit rapidement dans de nombreuses langues vernaculaires. Le Catalan Raymond Lulle, un laïc marié, d’origine noble, père de famille, courtisan puis ermite, pédagogue, missionnaire, mystique et romancier, a laissé une œuvre immense parmi laquelle la Doctrine d’enfant (Doctrina pueril) qu’il commence à rédiger en 1278 à Majorque et qu’il achève à Montpellier vers 1283. C’est un traité qui s’adresse à un fils imaginaire, supposé enfant. Il a aussi composé à la même époque un roman, Le Livre d’Evast et Blaquerne (entre 1280 et 1283), dans lequel il transpose ses principes pédagogiques en y citant même parfois des passages de son traité. […]

Éduquer par la parole et par l’exemple

De l’avis de tous, ce que l’on apprend dès le plus jeune âge marque durablement, s’imprime à jamais dans l’esprit de l’enfant. Le chevalier de La Tour Landry avertit ses filles, « car la vie que vous voudrez mener dans votre jeunesse, vous voudrez la mener lorsque vous serez vieux ». Dans son Livre de la chasse, Gaston Phébus affirme : « Ce qu’on apprend dans sa jeunesse, on le retient dans sa vieillesse. »

Gilles de Rome écrivant, Enluminure du XIVᵉ siècle, Besançon, Bibliothèque municipale, fol. 103v, tiré de Aegidius Romanus, Traité de gouvernement des princes.
via Wikimedia

Selon Gilles de Rome, comme l’homme a naturellement l’habitude de mal se comporter, il faut « l’habituer en enfance à bien faire ». Dans un souci d’en faire d’abord de bons chrétiens, « on doit apprendre aux enfants les articles de la foi en jeunesse afin que leur croyance soit plus ferme ». Il faut se garder de lui montrer des « choses laides et vilaines car les jeunes gens aiment beaucoup cela et gardent en mémoire ce qu’ils voient en leur jeunesse ». Il illustre par un exemple : « Si une femme est peinte ou sculptée nue, il ne faut pas la montrer aux jeunes gens car leur âge est enclin à la jouissance et aux mauvais penchants. » Guillaume de Saint-Pathus explique les faits louables des frères et sœurs de saint Louis de la manière suivante :

« Et les bonnes œuvres que firent et continuèrent à faire toute leur vie monseigneur Robert et monseigneur Alfonse, frères du roi, et leur sœur, attestent de leur bonne éducation (norreture) et des enseignements qu’ils reçurent dès le début. »

Pour exprimer cette idée, on rencontre deux métaphores fréquentes. D’une part, celle de la cire molle. Dans le chapitre des Siete Partidas intitulé « Que les fils de roi doivent avoir des précepteurs (ayos) et comment ceux-ci doivent être », on peut lire :

« Les sages ont dit que les jeunes ont des dispositions pour apprendre, lorsqu’ils sont encore petits, comme la cire molle lorsqu’on la place sous le sceau, laquelle, plus elle est tendre, mieux elle imprime ce qui est gravé sur le sceau. »

D’autre part, celle de l’amphore ou du pot, empruntant les vers d’Horace : « L’amphore neuve conservera longtemps le parfum dont elle aura été initialement imprégnée. » Au XIIIe siècle, Berthold de Ratisbonne explique qu’« un pot garde toujours l’odeur de ce qu’on a mis dedans en premier ». Par conséquent, poursuit-il, « si vous apprenez à votre enfant tout neuf de bonnes choses, il en gardera toujours quelque chose, mais si vous lui apprenez de mauvaises choses, il agira par la suite dans ce sens […] ils gardent toujours quelque chose des premières habitudes qu’on leur donne ».

L’enseignement se fait surtout par la parole et par l’exemple (verbo et exemplo). Les parents doivent être exemplaires. Raymond Lulle conseille aux pères de se débarrasser, dans leur maison, de tous les individus qui pourraient avoir une mauvaise influence sur leur fils. Selon lui, il faut éduquer tous les sens de l’enfant. Il écrit : « Par la vue corporelle, la tentation entre et se propage jusqu’à l’âme, raison pour laquelle on doit instruire (norrir) son fils et lui enseigner à voir de telles choses qui ne l’habituent pas à avoir de mauvaises pensées. » Il vitupère aussi contre ceux qui accoutument leurs enfants « à entendre des choses inutiles et des laides paroles, romans, chansons, instruments et d’autres choses semblables qui incitent à la luxure ». Il est donc préférable de « leur enseigner les paroles de Dieu dévotes et les livres qui parlent de Dieu ». Il conseille enfin d’éduquer l’enfant dans des lieux qui dégagent une bonne odeur, car « on doit habituer l’homme à des odeurs qui ne puissent l’inciter aux futilités et aux pensées déplaisantes ».

Selon le pédagogue catalan, il faut profiter de tous les instants de la vie quotidienne pour enseigner la foi chrétienne à ses enfants. Ainsi, il conseille à son fils de penser à l’enfer quand il regarde bouillir une poignée de fèves ou de pois, image des damnés qui souffrent des peines infernales. […]

Portrait de Matteo Palmieri, Cristofano dell’Altissimo, après 1552. (Giunti Photographic Archive/Foto Rabatti-Domingie, Florence).
via Wikimedia

L’exemplarité apparaît bien comme un mode de transmission essentiel des valeurs de père à fils. En utilisant l’exemplum pour les enfants, les parents se font prédicateurs dans leur famille. En tant que laïcs, ils ne peuvent prêcher mais ils doivent exhorter les plus jeunes à bien faire. Ces conseils se retrouvent chez les humanistes qui demandent qu’on surveille très attentivement les fréquentations des enfants. Matteo Palmieri, dans La Vie civile, rédigée entre 1431 et 1438 écrit :

« Le père alors doit veiller à ce que les enfants que fréquente son fils aient des gestes et un langage bien châtié, et doit préférer les bonnes mœurs aux caresses et à une vie délicate, car les tendres délicatesses bien souvent les gâtent et, une fois grands, ils désirent les mêmes douceurs dans lesquelles on les a élevés petits. »

Apprendre de manière progressive

Médecins et pédagogues conseillent d’être très vigilants lorsque l’on donne des travaux intellectuels et physiques aux enfants car il faut toujours tenir compte de leurs aptitudes, de leur force et de leur capacité de résistance, donc de leur âge. Giovanni Conversini, notaire de Ravenne, fils de Coversino del Frignano, médecin du roi de Hongrie, Louis Ier, dans le Rationarium vitae, autobiographie rédigée vers 1400, écrit :

« Il faut toujours administrer aux élèves des notions qui sont au-dessous de leurs capacités : de même que l’estomac ne digère bien que si la quantité d’aliments absorbée est inférieure au niveau de satiété, de même la leçon donnée doit être inférieure à la capacité d’apprendre. Une leçon claire et non pesante s’imprime avec facilité dans l’esprit, une leçon compliquée et lourde rassasie mais ne nourrit pas. »

Gilles de Rome déconseille vivement d’exiger de la part des enfants de moins de 14 ans de gros travaux pour éviter de bloquer leur croissance. Barthélemy l’Anglais recommande, lui aussi, de ne pas donner un labeur trop rude aux enfants entre 7 et 13 ans, afin que leur croissance ne soit pas empêchée. Maffeo Vegio, dans son De educatione liberorum (milieu du XVe siècle), conseille :

« Jusqu’à l’âge de cinq ans, aucune discipline n’est encore possible, et il conviendra d’éviter toute fatigue qui retentirait sur sa croissance. »




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Ces conseils semblent entendus. À Saint-Denis, à la fin du XIIIe siècle, Louis, un enfant abandonné, sourd et muet, arrive à l’âge de 8 ans chez Gauchier, un forgeron. Ce dernier l’emploie mais, comme il le juge trop chétif, en raison de son jeune âge et sans doute aussi des privations endurées, il décide de lui confier des activités en conformité avec son état physique. Dans un premier temps, « avant que ses membres soient très forts, il soufflait le feu du forgeron pour allumer la forge ».

Puis Gauchier, qui témoigne auprès des enquêteurs du miracle après que l’enfant a retrouvé l’usage de la parole, « se rappelle bien que, lorsqu’il fut plus fort, il l’aidait, d’une part, en tenant le marteau et, d’autre part, en prenant en charge d’autres tâches dans sa boutique, qu’il lui ordonnait par signes ». Tout se passe comme si Gauchier avait intégré les préceptes du moine Théophile qui, un siècle plus tôt, conseille, pour le métier de forgeron, que l’enfant assiste d’abord le maître, entretienne les flammes, « souffle un peu » au soufflet, construise les meules de paille qui serviront de combustible, puis frappe avec un marteau petit ou moyen.

Chez les tisserands italiens du XVe siècle, il n’est pas rare de confier aux enfants nouvellement embauchés la tâche de surveillance des ouvriers adultes, leur permettant ainsi d’apprendre leur futur métier par observation et imitation des gestes du travail qu’ils auront bientôt à accomplir. L’apprenti médecin commence par apporter les instruments de sa future profession, les nettoyer, avant de commencer lui-même à les utiliser. Dans la littérature médiévale, le jeune chevalier apprend aussi le métier des armes de manière très progressive : il est page puis écuyer, porte les armes du chevalier avant de s’en servir pleinement et de se faire adouber.

The Conversation

Didier Lett ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Non, les enfants n’étaient pas négligés au Moyen Âge : la preuve par l’éducation – https://theconversation.com/non-les-enfants-netaient-pas-negliges-au-moyen-age-la-preuve-par-leducation-256265

La maternité à l’époque viking, entre genres, corps et politique sexuelle – nouvelle étude archéologique

Source: The Conversation – France (in French) – By Marianne Hem Eriksen, Associate Professor of Archaeology, University of Leicester

_Britomart_, par Walter Crane (1900). Library of Decorative Arts, Paris

Malgré son rôle central dans l’histoire de l’humanité, la grossesse a souvent été négligée par l’archéologie. Or, des recherches sur l’époque viking, par exemple, montrent la place cruciale des femmes enceintes dans ces sociétés et nous invitent à revoir nos représentations de la répartition des rôles entre hommes et femmes par le passé.


Des femmes enceintes brandissant des épées et portant des casques de combat, des fœtus prêts à venger leurs pères – et un monde rude où tous les nouveau-nés ne naissaient pas libres ou ne recevaient pas de sépulture.

Voilà quelques-unes des réalités mises au jour par la première étude interdisciplinaire consacrée à la grossesse à l’époque des vikings, que j’ai menée avec Kate Olley, Brad Marshall et Emma Tollefsen dans le cadre du projet Body-Politics. Malgré son rôle central dans l’histoire de l’humanité, la grossesse a souvent été négligée par l’archéologie, en grande partie parce qu’elle ne laisse que peu de traces matérielles.

La grossesse a peut-être été particulièrement négligée dans les périodes que nous associons le plus souvent aux guerriers, aux rois et aux batailles – comme l’âge des vikings, hautement romantisé (la période allant de 800 à 1050 apr. J.-C.).

Des sujets tels que la grossesse et l’accouchement ont été traditionnellement considérés comme des « questions féminines », appartenant aux sphères « naturelles » ou « privées ». Pourtant, nous soutenons que des questions telles que « Quand la vie commence-t-elle ? » constituent une préoccupation politique importante, aujourd’hui comme par le passé.

Explorer la « politique de l’utérus » au temps des vikings

Dans notre nouvelle étude, mes coauteurs et moi-même avons rassemblé des éléments de preuve éclectiques afin de comprendre comment la grossesse et le corps de la femme enceinte étaient conceptualisés à cette époque. En explorant cette « politique de l’utérus », il est possible d’enrichir considérablement nos connaissances sur le genre, sur les corps et sur la politique sexuelle à l’époque des vikings et au-delà.

Tout d’abord, nous avons examiné les mots et les récits décrivant la grossesse dans les sources en vieux norrois. Bien que datant de plusieurs siècles après l’ère viking, les sagas et les textes juridiques nous apportent des mots et des récits concernant la procréation que les descendants immédiats des vikings utilisaient et faisaient circuler.

Nous avons appris que la grossesse pouvait être évoquée à travers des tournures comme « le ventre plein », « sans lumière » et « pas entière ». Et nous avons glané un aperçu de la croyance possible en une personnalité du fœtus, dans une expression comme : « Une femme qui ne marche pas seule. »

Etching of a Viking man and woman
Helgi et Guðrún dans la saga de Laxdæla, tels que représentés par Andreas Bloch (1898).
Wiki Commons

Dans l’une des sagas que nous avons étudiées, un épisode soutient l’idée que les enfants à naître (du moins ceux d’un statut social élevé) peuvent déjà être inscrits dans des systèmes complexes de parenté, d’alliances, de querelles et d’obligations. Il raconte l’histoire d’une confrontation tendue entre Guðrún Ósvífrsdóttir, enceinte, protagoniste de la Saga du peuple de Laxardal et l’assassin de son mari, Helgi Harðbeinsson.

En guise de provocation, Helgi essuie sa lance ensanglantée sur les vêtements de Guđrun et sur son ventre. Il déclare : « Je pense que sous le coin de ce châle se trouve ma propre mort. » La prédiction d’Helgi se réalise, le bébé va naître et grandir pour venger son père.

Un autre épisode, tiré de la Saga d’Erik le Rouge, met davantage l’accent sur l’action de la mère. Freydís Eiríksdóttir, enceinte, est prise dans une attaque des Skrælings, nom nordique des populations indigènes du Groenland et du Canada. Ne pouvant s’échapper en raison de sa grossesse, elle prend une épée, dénude son sein et frappe l’épée contre celui-ci, ce qui fait fuir les assaillants.

Bien qu’elle soit parfois considérée comme un épisode littéraire obscur, cette histoire peut trouver un parallèle dans le deuxième ensemble de preuves que nous avons examiné dans le cadre de cette étude : une figurine représentant une femme enceinte.


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Ce pendentif, trouvé dans la sépulture d’une femme du Xe siècle à Aska, en Suède, est la seule représentation connue d’une grossesse à l’époque des vikings. Il représente un personnage en tenue féminine dont les bras enserrent un ventre gonflé, signe peut-être d’un attachement pour l’enfant à venir. Ce qui rend cette figurine particulièrement intéressante, c’est que la femme enceinte porte un casque de combat.

A silver pendant showing a pregnant woman
La figurine d’une femme enceinte analysée dans le cadre de l’étude.
Historiska Museet, CC BY-ND

Pris dans leur ensemble, ces éléments montrent que les femmes enceintes pouvaient, du moins dans l’art et les récits, être confrontées à la violence et aux armes. Elles n’étaient pas cantonnées à la passivité. Avec les études récentes sur les femmes vikings enterrées comme des guerrières, cela nous incite à réfléchir à la manière dont nous envisageons les rôles des hommes et des femmes dans les sociétés vikings, souvent perçues comme hypermasculines.

Enfants disparus et grossesse malheureuse

Un dernier volet de l’enquête a consisté à rechercher des traces de décès de femmes enceintes dans les archives funéraires vikings. Les taux de mortalité maternelle et infantile sont considérés comme très élevés dans la plupart des sociétés préindustrielles. Or, nous avons constaté que, parmi les milliers de tombes vikings, seules 14 sépultures possibles de mères et d’enfants sont signalées.

Par conséquent, nous suggérons que les femmes enceintes décédées n’étaient pas systématiquement enterrées avec leur enfant à naître et qu’elles n’étaient peut-être pas commémorées comme une unité symbiotique par les sociétés vikings. En fait, nous avons également trouvé des nouveau-nés enterrés avec des hommes adultes et des femmes ménopausées, des sépultures qui peuvent être ou non des tombes familiales.

Interpretative drawing of a grave showing a woman’s skeleton and the body of her child
Dessin interprétatif de la tombe d’une femme adulte enterrée avec un nouveau-né placé entre ses cuisses, à Fjälkinge (Suède). Notez que les jambes du corps de la femme ont été alourdies par un rocher.
Matt Hitchcock/Body-Politics, CC BY-SA

Nous ne pouvons pas exclure que les enfants en bas âge – sous-représentés dans les registres d’inhumation en général – aient été disposés ailleurs en cas de décès. Lorsqu’ils sont trouvés dans des tombes avec d’autres corps, il est possible qu’ils aient été inclus en tant qu’« biens funéraires », liés à d’autres personnes présentes dans la tombe.

Voilà qui nous rappelle brutalement que la grossesse et la petite enfance peuvent être des états de transition vulnérables. Un dernier élément de preuve vient particulièrement confirmer ce point. Pour certains, comme le petit garçon de Guđrun, la gestation et la naissance représentaient un processus en plusieurs étapes vers l’accession au statut de personne sociale libre.

Pour les personnes situées en bas de l’échelle sociale, cependant, la situation pouvait être très différente. L’un des textes juridiques que nous avons examinés nous informe sèchement que, lorsque les femmes asservies étaient mises en vente, la grossesse était considérée comme un défaut de leur corps.

La grossesse était profondément politique et loin d’avoir une signification uniforme pour les communautés de l’âge viking. Elle a façonné et a été façonnée par les idées de statut social, de parenté et de personnalité. Notre étude montre que la grossesse n’était ni invisible ni privée, mais qu’elle jouait un rôle crucial dans la façon dont les sociétés vikings concevaient la vie, les identités sociales et le pouvoir.

The Conversation

Marianne Hem Eriksen dirige le projet BODY-POLITICS, financé par le Conseil européen de la recherche (CER) dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne (convention de subvention n° 949886). Cette recherche a également été soutenue par le Leverhulme Trust par le biais d’un prix Philip Leverhulme attribué à Marianne Hem Eriksen (PLP-2022-285).

– ref. La maternité à l’époque viking, entre genres, corps et politique sexuelle – nouvelle étude archéologique – https://theconversation.com/la-maternite-a-lepoque-viking-entre-genres-corps-et-politique-sexuelle-nouvelle-etude-archeologique-256719

Baromètre de l’énergie : le Brexit affectera d’abord le Royaume-Uni

Source: The Conversation – France in French (2) – By Joachim Schleich, Professor of Energy Economics, Grenoble École de Management (GEM)

Ligne à haute tension en Grande-Bretagne. Richard Croft/wikimedia, CC BY-SA

Il y a environ un an, le 23 juin 2016, une petite majorité d’électeurs britanniques ont choisi de quitter l’UE. Alors que sa dimension énergétique a été peu présente dans les débats, le Brexit pourrait avoir des répercussions sur les marchés de l’énergie au Royaume-Uni et dans les autres États
membres de l’UE. Le baromètre de l’énergie de Grenoble École de Management (GEM) de juin 2017 a sondé les experts sur ces questions.

Le poids du Brexit sur l’énergie outre-Manche

Réponses d’un panel d’experts en énergie à la question : « Pensez-vous que la sortie du Royaume-Uni du marché unique européen de l’énergie affecterait plus négativement le Royaume-Uni ou l’Union européenne ? » Source : Baromètre de l’énergie GEM, été 2017.

Jusqu’à ce qu’il y ait plus de certitude sur les termes du Brexit, les six projets d’interconnexion planifiés reliant le Royaume-Uni
et le réseau continental risquent d’être retardés. À court terme, cela pourrait avoir une incidence sur la sécurité de l’approvisionnement au Royaume-Uni, ainsi que limiter les arbitrages et en conséquence maintenir des prix de l’électricité élevés au Royaume-Uni. À moyen terme, la sortie du Royaume-Uni devrait augmenter les coûts de coordination pour la construction et l’exploitation de ces interconnexions.

Vers un recul des investissements au Royaume-Uni

Réponses d’un panel d’experts en énergie à la question suivante : « Si le Royaume-Uni sort du marché unique européen de l’énergie, dans quelle mesure pensez-vous que cela conduira les entreprises françaises à modifier leurs activités au Royaume-Uni ? » Source : GEM.

Plus des trois quarts de notre panel s’attend à un désinvestissement partiel des entreprises françaises. La négociation des conditions du Brexit a déjà envoyé des signaux négatifs aux investisseurs étrangers. Les incertitudes réglementaires et de marché qui accompagnent le Brexit, ainsi que la perte de l’UE en tant que source de financement nuisent à la confiance des investisseurs. Les projets nucléaires et éoliens, qui sont particulièrement intensifs en capital, risquent d’être particulièrement exposés.

Peu d’effets prévus sur les prix de l’énergie en France

Réponse d’un panel d’experts en énergie à la question : « Quel serait l’impact de la sortie du Royaume-Uni du marché unique européen de l’énergie par rapport au scénario inverse (c’est-à-dire, le RU reste dans le marché unique européen de l’énergie) sur… » Source : GEM.

Environ les trois quarts des répondants pensent que la sortie du Royaume-Uni du marché unique de l’énergie n’aurait pas d’effet sur la sécurité de l’approvisionnement de gaz naturel ou d’électricité en France comparé à un scénario où le Royaume-Uni serait resté. De la même manière, environ les deux tiers des experts pensent que la sortie du Royaume-Uni n’aurait pas d’effet sur le prix du gaz
naturel ou de l’électricité en France.

Les pays européens devront réduire davantage leurs émissions de CO2

Réponse d’un panel d’experts en énergie à la question : « Comment pensez-vous que le Brexit affectera les objectifs des pays membres d’une part et de l’Europe d’autre part ? » [L’UE prévoit une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre pour l’année 2030 par rapport aux niveaux de 1990. NDLR] Source : GEM.

Une grande majorité de nos experts en énergie (près de 80 %) anticipent que l’objectif de l’UE pour 2030 demeurera inchangé. En conséquence, les autres États membres devront compenser le départ du Royaume-Uni en augmentant leur propre objectif.


Ces résultats sont basés sur une enquête qui a été menée en mai 2017 et comprenait 83 participants opérant dans l’industrie, la science, et l’administration publique en France.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Baromètre de l’énergie : le Brexit affectera d’abord le Royaume-Uni – https://theconversation.com/barometre-de-lenergie-le-brexit-affectera-dabord-le-royaume-uni-80501

Migrants, réfugiés, demandeurs d’asile : qui sont-ils vraiment ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Kilian Bazin, Professeur de data visualisation à l’ENSAE et directeur général de toucantoco.com, ENSAE ParisTech

Une famille syrienne sauvée en mer sur le port grec de Kos, en juin 2015. Freedom House

Nous publions ici une série de data visualisations sur la crise des réfugiés, réalisée par Aliénor Anido, Quentin Cavalan, Adeline Gueret et Irène Hu, étudiants de l’ENSAE, sous la direction de leur professeur, Kilian Bazin. L’intégralité de leur travail peut être visualisé sur leur blog, Lumière sur les migrations.

On évoque souvent la « crise des migrants » pour décrire l’afflux de personnes fuyant la guerre en Syrie ou d’autres conflits qui arrivent sur les côtes européennes. Mais de plus en plus d’associations, de journalistes, d’hommes et de femmes politiques plaident aujourd’hui pour l’utilisation du terme réfugié. Ce mot renvoie à une migration politique pour cause de conflit notamment, et, in fine, fait référence au droit d’asile.

La distinction entre réfugié et migrant est essentielle : les gouvernements ont des responsabilités différentes envers chacun. En effet, les pays gèrent les migrants en vertu de leurs propres lois et procédures en matière d’immigration. En revanche, le terme réfugié est défini par la législation internationale : la Convention de Genève de 1951, ratifiée par 145 membres des Nations unies, interdit de refouler des réfugiés dans un pays où leur vie est en danger.

1. Une majorité d’exilés… restent dans leur pays !

Échelle verticale en millions de personnes. Source : UNHCR.

Contrairement aux idées reçues, les populations fragilisées par les conflits et crises s’exilent… à l’intérieur de leur propre pays. Depuis 2006, il y a plus de déplacés internes que de réfugiés. Quant aux demandes d’asiles, elles ont décollé depuis 2012.

2. La géopolitique des demandes d’asile

Source : OFPRA.

En France, plusieurs vagues de demandes d’asile ont été directement liées à des événements historiques, en particulier pour les décennies 1990 et 2000 : l’éclatement du bloc soviétique et les guerres civiles en ex-Yougoslavie.

3. L’Europe des accueils et des rejets

Les demandes d’asile déposées dans les pays européens et le taux d’acceptation. Source : Eurostat.

La France reçoit six fois moins de demandes d’asile que l’Allemagne et accepte une proportion moindre de demandes. En 2015, 70 570 demandes d’asile ont été déposées en France par des individus ressortissants d’un pays n’appartenant pas à l’Union européenne. 29 % ont été acceptées. Le pays qui accepte la plus grande part relative des demandes qu’il reçoit est Chypre, avec un taux de 75 %, suivi de Malte (74 %) et du Danemark (48 %).

4. D’où viennent ceux qui demandent l’asile en France ?

Congo, Chine, Bangladesh

Les dix principaux pays d’origine des demandeurs d’asile (première demande). Source : OFPRA.

Soudan, Syrie, Kosovo

Les dix principaux pays d’origine des demandeurs d’asile (première demande). Source : OFPRA.

Le drame syrien se dessine sur ces deux graphiques : sur une période de deux ans, ce sont près de 3 500 personnes en provenance de ce pays qui ont demandé l’asile à la France.

The Conversation

Kilian Bazin est membre de Toucan Toco : Data Storytelling.

– ref. Migrants, réfugiés, demandeurs d’asile : qui sont-ils vraiment ? – https://theconversation.com/migrants-refugies-demandeurs-dasile-qui-sont-ils-vraiment-82607

Climat des affaires : confiance historiquement élevée en France et dans le monde

Source: The Conversation – France in French (2) – By Philippe Dupuy, Professeur au département Gestion, Droit et Finance, Grenoble École de Management (GEM)

Paris, la ville lumière. Walkerssk/Pixabay

Grenoble École de Management et l’association des Directeurs financiers et des contrôleurs de gestion (DFCG) recueillent chaque trimestre l’avis des responsables financiers français. Les résultats sont agrégés au niveau mondial par un réseau d’universités coordonnées par Duke University aux États-Unis. Pour le troisième trimestre 2017, l’enquête s’est déroulée du 22 août au 7 septembre 2017.


Le niveau de confiance reste historiquement élevé dans le monde et en particulier en France. Le souffle d’optimisme apporté par l’élection d’Emmanuel Macron ne semble pas devoir fléchir. Notre indicateur de climat des affaires s’établit à 61,9 sur une échelle de zéro à cent, bien au-delà de sa moyenne de long terme. Il est aussi frappant de noter que depuis le printemps, les responsables financiers nous disent avoir une confiance plus importante pour le pays dans son ensemble que pour leur propre entreprise et ce alors que la France a toujours été, selon nos chiffres, la championne du grand écart en faveur de l’entreprise. Autre chiffre révélateur, seules 15 % des entreprises nous disent que la politique gouvernementale pose un risque à leur activité alors que le mécontentement touche jusqu’à 31,6 % des entreprises américaines.

Réponses à la question : « Quel est votre degré d’optimisme quant à l’économie de votre pays (onglet Pays)/de votre entreprise (onglet Entreprise). »

Plus généralement, au niveau européen, l’indice moyen atteint 63,4 au mois de septembre contre 61,2 au trimestre précédent et il faut remonter au pic de l’année 2007 pour trouver des valeurs durablement supérieures à celles observées aujourd’hui sur le vieux continent. L’optimisme est particulièrement important en Allemagne où notre indicateur de confiance s’établit désormais à 75,9. Il est aussi élevé dans les secteurs de l’énergie (75) et des ventes au détail (70). Ce boom d’optimisme général est compatible avec une économie européenne tournant à plein régime dans les trimestres à venir.

Seul bémol en Europe, le Brexit continue de peser sur le moral des responsables financiers outre-Manche où le climat des affaires s’établit à 51,7 en septembre contre 50,5 en juin.

Vers le point haut du cycle économique ?

Aux États-Unis, ni les turpitudes du président Donald Trump ni les tensions avec la Corée du Nord ne semblent devoir influer significativement sur le climat des affaires. Celui-ci se maintient au-dessus de sa moyenne à 65,9 contre 67,4 au trimestre précédent. Ce niveau de confiance reste compatible avec une croissance élevée pour les trimestres à venir. Néanmoins l’effacement de l’écart entre les niveaux de confiance aux États-Unis et en Europe pourrait indiquer l’approche du point haut du cycle économique.

Le climat des affaires

Niveau d’optimisme moyen des responsables financiers en Europe (bleu) et aux États-Unis (rouge).
Philippe Roure/The Conversation France, CC BY

Dans le reste du monde, l’Amérique latine participe amplement au regain d’optimisme à l’exception notable de la Colombie (45). Le Mexique et le Brésil enregistrent désormais respectivement des niveaux de 63 et 57 alors qu’ils se situaient en dessous de 50 il y a moins d’un an sous le double effet de la crise politique au Brésil et de l’élection de Donald Trump. En Asie, le climat moyen des affaires s’établit à 60,2 indiquant le maintien probable d’une croissance soutenue. Ce chiffre cache néanmoins de fortes disparités entre la Malaisie et le Japon qui affichent respectivement 50 et 52 et l’Inde où l’indicateur s’établit à 64. La Chine conserve avec 62 un niveau de climat des affaires très favorable à la croissance. Enfin, en Afrique, les indicateurs de climat des affaires se redressent aussi même si ils restent sur les niveaux les plus bas observés dans le monde avec en moyenne 52. Les entreprises africaines mettent en particulier en avant l’instabilité politique de certains pays comme frein principal à l’expansion.

Tensions sur le marché de l’emploi

Ce trimestre, il ressort clairement de notre enquête que le marché de l’emploi se tend à travers le monde. Ce résultat n’est pas surprenant tant le climat des affaires est au beau fixe dans le monde depuis plusieurs trimestres. Les principales Banques Centrales de la planète devraient d’ailleurs trouver là une bonne raison de mettre définitivement fin à leurs politiques monétaires accommodantes. Par exemple, ce n’est que la deuxième fois sur les 20 dernières années, que les entreprises américaines estiment qu’attirer et conserver du personnel qualifié est la principale difficulté à laquelle elles font face loin devant le risque géopolitique ou l’environnement macro- économique. Nous avions observé un phénomène similaire au sommet du précédent cycle économique courant 2006.

Pour la moitié d’entre elles, ce manque de ressource est même un frein à leur expansion et à la poursuite de nouveaux projets. En particulier, elles nous disent que trouver aujourd’hui des managers rapidement opérationnels c’est-à-dire qui ont les compétences adaptées à leur secteur d’activité demande un budget dont elles ne disposent pas actuellement. Le marché est à ce point tendu que les entreprises américaines nous déclarent même manquer de candidats possédant le bagage minimum en mathématique, connaissance de la langue voire en éthique du travail !

Le manager introuvable

Sur le marché européen, les tensions sont moindres même si l’emploi qualifié semble commencer à poser problème en particulier lorsqu’il s’agit des nouvelles technologies. Par exemple, 64 % des entreprises françaises déclarent rencontrer des difficultés pour embaucher des profils adaptés à leurs besoins et un peu plus de 50 % déclarent même garder dans leurs cartons des projets dans lesquels elles ne peuvent s’engager faute de ressources en particulier managériales. Si la fonction finance semble peu touchée, ce n’est pas le cas des services de recherche – innovation – développement. Paradoxalement, en Allemagne, les entreprises déclarent ne pas percevoir autant de difficultés à trouver des talents. Pourtant elles sont tout aussi nombreuses à ralentir le rythme de leur expansion en ne se lançant pas de manière mécanique dans tous les projets a priori rentables. La raison de cette prudence a de quoi étonner : si elles ne profitent pas à plein de la situation c’est, selon les réponses que nous collectons, parce qu’elles craignent que l’embauche de nouveaux managers nuise à l’efficacité de leurs organisations !


L’enquête Duke University–Grenoble École de Management mesure chaque trimestre depuis plus de 20 ans le climat des affaires tel que perçu par les responsables financiers des entreprises à travers le monde. L’enquête est courte (environ 10 questions). Elle recueille plus de 1 200 réponses anonymes d’entreprises de tous secteurs et de toutes tailles. C’est désormais la plus grande enquête de ce type dans le monde. Une analyse détaillée par pays peut être envoyée à chaque participant.

The Conversation

Philippe Dupuy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Climat des affaires : confiance historiquement élevée en France et dans le monde – https://theconversation.com/climat-des-affaires-confiance-historiquement-elevee-en-france-et-dans-le-monde-84452

Pain au chocolat vs chocolatine… Fight !

Source: The Conversation – France in French (2) – By Mathieu Avanzi, Linguiste et spécialiste des français régionaux, Université catholique de Louvain (UCLouvain)

Comment légenderiez-vous cette photographie de viennoiserie au chocolat ? Wikipedia , CC BY-SA

Le 17 mai dernier, dix députés des Républicains ont déposé l’amendement n°2064 à la loi “équilibre dans le secteur agricole et alimentaire”, pour “valoriser l’usage courant” du mot chocolatine, dans le code rural et de la pêche maritime. Nous vous proposons de (re)découvrir cette carte de France de l’utilisation de ces mots controversés.


Vous, vous savez. Vous savez comment on doit appeler cette viennoiserie. Mais pourquoi choisissez-vous tel ou tel mot ?

A l’occasion de la parution de mon Atlas du français de nos régions, réalisé à partir des travaux publiés sur mon blog, je me suis penché sur le problème.

C’est une question qui a fait pas mal de bruit sur le web depuis les fameuses sorties de Jean‑François Copé. Outre le tollé politique qu’ont soulevé ces paroles, elles ont été à l’origine de nombreuses querelles linguistiques, relatives à la dénomination de cette délicieuse viennoiserie dans laquelle le boulanger glisse une barre de chocolat.

Depuis, la question fait régulièrement le buzz sur les médias sociaux : des lycéens de Montauban adressent même en janvier 2017 une lettre au Président de la République pour que chocolatine entre dans le dictionnaire.

En février 2017 la photo d’une chocolatine au Japon est partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux… Sur Facebook, il existe même un Comité de défense de la chocolatine.

Le grand référendum du pain au chocolat ou de la chocolatine.
Comité de défense de la chocolatine/Facebook, CC BY

Toutefois, le débat binaire qui oppose le pain au chocolat à la chocolatine ne rend pas tout à fait justice à la diversité des dénominations dont les francophones se servent pour désigner cette viennoiserie, et de ce qui se passe en dehors de la France.

Les linguistes enquêtent

Depuis près de deux ans, une équipe de linguistes cherche à cartographier l’aire d’extension de certains régionalismes du français, c’est-à-dire de phénomènes linguistiques qui ne sont employés ou connus que sur une certaine partie du territoire.

Pour ce faire, ils ont mis en place différents sondages dans lesquels ils demandaient à des internautes de cocher dans une liste le ou les mots qui s’applique(nt) le mieux dans leur usage pour dénommer un certain objet ou une certaine action.

L’une des questions de ces enquêtes portait sur la dénomination du pain au chocolat et ses variantes régionales. Les internautes avaient le choix entre 6 réponses : chocolatine, pain au chocolat, couque au chocolat (une couque désignant en Belgique une viennoiserie), croissant au chocolat (un calque de l’allemand Schokoladencroissant ou de l’anglais chocolate croissant, c’est selon), petit pain et petit pain au chocolat.

Plus de 10 000 participants francophones ayant indiqué avoir passé la plus grande partie de leur jeunesse en France, en Belgique et en Suisse ont répondu à l’enquête. Outre-Atlantique, les linguistes ont reçu plus de 6 000 réponses de francophones ayant signalé avoir passé leur jeunesse dans l’est du Canada.

Les linguistes ont calculé pour chaque aire géographique le pourcentage d’utilisation de chacune des six variantes proposées.

Pour l’Europe, la carte obtenue permet de confirmer ce que l’on savait déjà quant à l’aire de chocolatine en France, mais également de préciser l’aire d’extension de la variante petit pain (au chocolat), en circulation dans le nord et sur la frange est.

La carte permet également de rendre compte des régions où on est susceptible d’entendre des variantes moins médiatisées, comme croissant au chocolat ou couque au chocolat.

Quant à la carte générée à partir des réponses des participants ayant passé la plus grande partie de leur jeunesse dans l’est du Canada, elle fait état d’une opposition binaire entre deux variantes : chocolatine, qui s’impose de façon écrasante dans toute la province du Québec, et croissant au chocolat dans les provinces environnantes, où l’anglais est la première langue parlée. De quoi faire plaisir aux Gascons !

Dénomination de la viennoiserie au chocolat dans les provinces de l’est du Canada.
Mathieu Avanzi, CC BY

Bien entendu, chacune de ces variantes est possiblement connue hors de la région où elle est signalée sur les cartes. Ainsi, si vous demandez un pain au chocolat à Bruxelles ou en Alsace, on vous comprendra sans doute.

La médiatisation du mot chocolatine a également contribué à ce que le mot soit aujourd’hui connut bien au-delà de sa région d’origine. Maintenant si vous demandez une couque au chocolat à Genève ou à Bordeaux, il y a de fortes chances qu’on vous regarde comme une bête curieuse…

Il est également probable, à l’inverse, que vous soyez originaire d’une région et que vous ne connaissiez pas l’usage dominant : c’est parce que ces cartes montrent des tendances, et ne permettent pas de visualiser aisément la vitalité de telle ou telle variable. Pour ce faire, il faut examiner les cartes de détail donnant à voir le pourcentage de vitalité de chaque item :

La carte ci-dessus montre par exemple que l’expression petit-pain au chocolat est connue par environ 80 % des répondants au maximum (c’est-à-dire dans les départements d’Alsace et de l’ancienne région Nord-Pas-de-Calais), et que plus on s’éloigne de ces régions, moins la vitalité de la variante est élevée.

Vive les régionalismes !

Depuis la fin du XVIIe siècle, des spécialistes de la langue (grammairiens, instituteurs, correcteurs, journalistes, etc.) – voire de simples amateurs – ont tenté de répertorier les particularités locales du français des gens qui les entouraient en vue d’en souligner le côté fautif pour mieux les corriger et les faire disparaître (on pense à des ouvrages dont les titres sont assez évocateurs : chasse aux belgicismes, barbarismes, solécismes, expressions vicieuses, etc.).

Or, les régionalismes font partie de l’identité des francophones, de leur culture, de leur patrimoine et ne devraient pas faire, en cette qualité, l’objet de stigmatisation sociale.

L’intérêt des internautes pour les combats linguistiques qui opposent les tenants du blanco à ceux du Typp-Ex, du sac à la poche, de septante à soixante-dix voire de crayon gris à crayon de bois n’est peut-être pas seulement une illusion territoriale, mais une réponse du peuple à des décennies de discrimination en regard de la variation linguistique par nos élites (au début du XXe siècle, on punissait les élèves qui employaient des mots de patois à l’école).

Une norme ou des normes ?

Quand on me demande quelle variante de mot, de prononciation ou de phrase est la plus correcte, je réponds qu’il n’y a pas une variante qui est correcte, mais plusieurs. En tant que linguiste, je reste persuadé que ce sont les locuteurs qui définissent la norme, et non l’inverse. Dès lors, il existe autant de normes qu’il existe de régions… ou d’usages dominants !

The Conversation

Mathieu Avanzi receives funding from Fonds National de la Recherche Scientifique.

– ref. Pain au chocolat vs chocolatine… Fight ! – https://theconversation.com/pain-au-chocolat-vs-chocolatine-fight-85923

Une pause au travail ? Oui, mais pas n’importe laquelle !

Source: The Conversation – France in French (2) – By Cyril Couffe, Chercheur associé à la Chaire "Talents de la transformation digitale", Grenoble École de Management (GEM)

Les questions d’attention et de concentration au travail sont primordiales, à la fois pour la performance et pour le bien-être des salariés. Plus les tâches à effectuer sont longues et complexes, plus nous « consommons » de l’attention. Au fur et à mesure, le risque de faire des erreurs augmente et on devient même plus long pour effectuer nos tâches, plus mollassons…

Comment combattre ces effets négatifs ? Beaucoup de recettes peuvent être utilisées pour y remédier, de la pause cigarette à la pause sociale (parler avec ses collègues) en passant par se lever et marcher. Mais toutes les pauses ne se valent pas pour régénérer nos ressources : avec les chercheurs de la Chaire « Talents de la transformation digitale » de Grenoble École de Management nous nous sommes penchés sur le sujet.

Quelles pauses adopter ?

Pour comprendre l’impact des pauses sur la régénération des sources attentionnelles, plusieurs études ont été mises en place et se poursuivront encore. L’un des objectifs principaux de ce travail qui se fera en plusieurs étapes, est de caractériser des pauses compatibles avec le travail, efficaces et simples d’utilisation.

L’une des pistes les plus prometteuses dans ce domaine concerne le « réseau par défaut », une découverte récente en neurosciences. On a en effet constaté que le cerveau semble travailler même quand on ne fait rien. Être dans la lune, divaguer mentalement pourrait ainsi amener une régénération des ressources et une meilleure intégration des informations. Nous avons donc voulu vérifier si ces moments d’errance mentale pouvaient améliorer la qualité des pauses au travail.

Au cours d’une première étude, des participants ont été confrontés à une tâche longue, pénible et coûteuse, inspirée des travaux de Niels Taatgen : une tâche de gestion de planning d’une durée moyenne de 45 minutes. Des compétences de planification et de réflexion étaient requises chez ces participants qui devaient délivrer une performance optimale. Le niveau de réussite était mesuré tout au long de la tâche.

Les participants étaient répartis en trois groupes : un groupe qui effectuait la tâche sans aucune pause, un groupe avec une mauvaise pause et un groupe avec la pause supposée optimale. La mauvaise pause impliquait de se concentrer intensément sur une autre tâche tandis que la bonne pause permettait des moments d’errance mentale.

Les données obtenues ont mis en avant deux effets intéressants. En premier lieu, le simple fait d’avoir eu deux fois 60 secondes de pause a provoqué une augmentation de près de 10 % de bonnes réponses par rapport aux autres groupes. Ensuite, la mauvaise pause, coûteuse elle aussi en ressources attentionnelles, n’a pas aidé à régénérer les ressources, comme si les participants n’en avaient même pas eu ! Cela suggère donc que les personnes qui prennent des pauses en consultant leur smartphone ou en lisant leurs mails ne prennent en réalité aucun moment de répit cognitif…

Evaluer notre ressenti

Une autre manière de caractériser les pauses pour évaluer le ressenti des participants fut de les questionner sur leur ressenti. Tous ont rempli le NASA TLX, un formulaire d’évaluation de la charge cognitive de la tâche de gestion de planning. Les résultats montrent que les bonnes pauses ont également amélioré leur ressenti en termes d’effort cognitif. Les participants se sont donc sentis soulagés !

Pour mettre en pratique concrètement ces résultats, il ne faut pas sous-estimer l’effet puissant de notre réseau par défaut. Lorsque l’esprit vagabonde, cela favorise les instants de créativité, les moments eurêka. Ainsi, il faut s’accorder davantage de moments « dans la lune » puisque cela nous soulage, améliore notre performance et accélère notre travail ! Plutôt que de tenter de travailler cinq heures d’affilée sans pause, retenez que vous pourriez être davantage efficace en travaillant avec des pauses et pourriez faire tout autant en quatre heures avec des courtes pauses où l’esprit vagabonde !


Les data visualisations ont été réalisées par Alexandre Léchenet.

The Conversation

Cyril Couffe travaille pour la chaire “Talents de la Transformations Digitale” au sein de Grenoble Ecole de Management, financée par Orange et e-nergys/Socomec. Il est également membre du comité scientifique de My Mental Energy Pro, qui propose des solutions digitales promouvant le bien-être et l’efficacité du cerveau au travail.

– ref. Une pause au travail ? Oui, mais pas n’importe laquelle ! – https://theconversation.com/une-pause-au-travail-oui-mais-pas-nimporte-laquelle-82608