Percer les secrets de la stratosphère grâce à un ballon qui surfe sur différentes couches de vent

Source: The Conversation – France in French (2) – By François Vacher, Chargé de projets "Ballons stratosphériques", Centre national d’études spatiales (CNES)

Gonflage du ballon manœuvrant BALMAN à Kourou en 2024. ESA-CNES-ARIANESPACE, Fourni par l’auteur

Et si les clés de notre climat se trouvaient à plusieurs dizaines de kilomètres au-dessus de nos têtes ? La stratosphère, parfois considérée comme une simple couche de l’atmosphère, a un impact décisif sur nos vies : elle nous protège des rayonnements ultraviolets, elle peut déclencher de grandes vagues de froid polaire et même bouleverser les saisons lorsqu’elle se charge d’aérosols. Il s’agit d’un véritable laboratoire naturel pour les chercheurs. Comprendre son fonctionnement, c’est mieux comprendre les mécanismes qui façonnent notre climat.

Pour percer les secrets de la stratosphère, les scientifiques disposeront bientôt d’un nouvel outil : le ballon manœuvrant. Véritable voilier des hautes couches de l’atmosphère, cet engin permet d’explorer cette région fascinante de manière inédite.


La stratosphère s’étend entre 18 et 50 kilomètres d’altitude. Située au-dessus de la troposphère, où se déroule l’essentiel de la météorologie, elle occupe une région singulière de l’atmosphère terrestre. À ces altitudes, l’air est trop raréfié pour permettre aux avions conventionnels de voler, mais demeure trop dense pour qu’un satellite puisse s’y maintenir en orbite. La stratosphère constitue ainsi une zone intermédiaire, longtemps restée difficile d’accès.

Cette inaccessibilité n’en fait pas moins un territoire d’un grand intérêt scientifique et stratégique. Les chercheurs y réalisent des mesures directes afin de mieux comprendre, par exemple, le climat. Dans le même temps, la très haute altitude suscite l’intérêt des acteurs de la défense, qui y voient un domaine propice au déploiement de plates-formes capables d’effectuer des missions de surveillance ou de communication tout en restant difficiles à détecter et à intercepter.

schéma
Principe de la navigation des ballons manoeuvrants : en changeant d’altitude, il suivent différentes couches de vent.
Cnes, Fourni par l’auteur

Une technologie aussi simple qu’ingénieuse permet pourtant d’accéder à la stratosphère : le ballon. Popularisé dès le XIXe siècle par les récits de Jules Verne, ce moyen de transport aérien n’a cessé d’évoluer. Ainsi, les ballons modernes se distinguent désormais par leurs capacités de manœuvre : en modifiant leur altitude, ils exploitent les différentes couches de vent pour se déplacer et suivre des trajectoires choisies. Une élégante façon de naviguer dans les hautes couches de l’atmosphère, à la manière d’un voilier porté par les courants marins.

Léger comme un ballon

Parmi les différents engins capables de s’élever dans l’atmosphère — avions, hélicoptères ou fusées — les ballons occupent une place à part. Contrairement aux autres aéronefs, ils ne s’appuient ni sur la portance des ailes ni sur la poussée d’un moteur : ils utilisent la poussée d’Archimède pour se maintenir en altitude. Pour cela, leur enveloppe contient un gaz plus léger que l’air, généralement de l’hélium ou de l’hydrogène.

À mesure que l’on s’élève, l’air devient de moins en moins dense. Ainsi, à 18 kilomètres d’altitude, sa densité est divisée par dix par rapport à celle observée au niveau du sol. Cette diminution modifie directement la force d’Archimède, puisque celle-ci dépend de la masse d’air déplacée.

En ajustant soigneusement la quantité de gaz embarquée, le volume de l’enveloppe et la masse de la charge utile, il est possible d’atteindre une altitude d’équilibre dans la stratosphère. Le ballon peut alors demeurer pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à une altitude quasi constante.

Dans cette situation, deux forces s’équilibrent parfaitement : la poussée d’Archimède, dirigée vers le haut, et le poids du ballon, dû à la gravité terrestre, dirigé vers le bas. Le ballon « flotte » alors dans l’atmosphère, comme un navire à la surface de l’océan.

Histoire des ballons stratosphériques

Les ballons stratosphériques modernes sont fabriqués à partir de films de polyéthylène, un matériau léger, résistant et peu coûteux. Leur développement a véritablement pris son essor dans les années 1950, à mesure que la production industrielle de ces films plastiques se généralisait. Cette innovation a permis la réalisation de ballons de très grande taille, capables d’atteindre les hautes couches de l’atmosphère.

Dès 1960, les ballons stratosphériques suscitent l’intérêt des agences spatiales naissantes. En effet, ils offrent une plate-forme idéale pour tester de nouvelles technologies et préparer les futures missions satellitaires. Plus simples à mettre en œuvre et beaucoup moins coûteux qu’un lancement orbital, ils permettent de valider des instruments dans un environnement proche de celui de l’espace.

Ainsi, dès sa création en 1961, le Centre National d’Études Spatiales développe des programmes de ballons stratosphériques destinés à la recherche scientifique et à la préparation des technologies spatiales. Au fil des décennies, les progrès de l’électronique, des télécommunications et de l’informatique embarquée ont considérablement renforcé les capacités de ces plates-formes.

Préparation d’un lâcher de ballon en 1965.
CNES/JOUBERT Luc, Fourni par l’auteur

Les ballons stratosphériques ont ainsi contribué à l’étude de plusieurs enjeux scientifiques majeurs. Dans les années 1980 et 1990, ils ont participé à la compréhension de l’appauvrissement de la couche d’ozone au-dessus des régions polaires. Plus récemment, ils sont devenus des outils précieux pour l’observation du climat. Aujourd’hui, ils continuent de fournir des mesures uniques, indispensables à la compréhension de notre atmosphère et de son évolution.

Les ballons présentent également un atout remarquable : leur grande capacité à changer d’échelle. Il est possible de concevoir aussi bien des ballons d’une vingtaine de mètres de diamètre que des géants dépassant les 100 mètres. Les plus grands peuvent emporter près d’une tonne d’instruments scientifiques jusqu’à 40 kilomètres d’altitude.

Cette flexibilité est une des raisons du succès des ballons. Toutefois, ils sont confrontés à une limitation fondamentale. Contrairement à un avion ou à un satellite, un ballon ne dispose pas de moyen de propulsion lui permettant de modifier sa trajectoire. Une fois en vol, il est entraîné par les courants atmosphériques et dérive au gré des vents, ce qui limite fortement sa capacité à rejoindre ou à maintenir une position donnée.

Un voyage en ballon

Pour dépasser les limites des ballons traditionnels, les ingénieurs du Centre National d’Études Spatiales (CNES) développent une nouvelle génération d’aéronefs stratosphériques : les ballons manœuvrants. Leur particularité réside dans leur capacité à modifier leur altitude en cours de vol. À l’image d’un voilier qui ajuste sa route en recherchant les vents les plus favorables, ces ballons exploitent les différentes couches de l’atmosphère pour se déplacer vers une destination choisie.

Cette capacité repose sur une architecture originale à double enveloppe. Le gaz porteur, généralement de l’hélium, est contenu dans une enveloppe interne. Autour de celle-ci se trouve une seconde enveloppe dans laquelle il est possible d’ajouter ou de retirer de l’air grâce à un dispositif spécialement conçu pour les conditions stratosphériques. En augmentant la quantité d’air embarquée, le ballon devient plus lourd et descend. À l’inverse, lorsque cet air est évacué, il retrouve de la flottabilité et remonte.

Le principe de la double enveloppe pour changer d’altitude en réglant la quantité d’air contenue dans l’enveloppe : l’ajout d’air, plus lourd que l’hélium, provoque la descente du ballon.
Cnes, Fourni par l’auteur

Le pilotage s’appuie ensuite sur les vents présents à différentes altitudes. Les ballons manœuvrants évoluent notamment autour de 20 kilomètres d’altitude, à la limite inférieure de la stratosphère, où les courants atmosphériques peuvent présenter des directions très différentes selon la hauteur. En choisissant soigneusement l’altitude la plus favorable, il devient possible d’orienter progressivement la trajectoire du ballon et de le guider vers sa zone d’observation.

Cette approche transforme le ballon en un véritable « voilier de la stratosphère », capable de parcourir de longues distances en utilisant uniquement l’énergie des vents, sans moteur ni consommation importante d’énergie.

Le concept de ballon manœuvrant n’est pas entièrement nouveau. Il a été développé à grande échelle au cours des années 2010 par l’entreprise américaine Google dans le cadre de son projet « Loon ». L’objectif était ambitieux : déployer une flotte de ballons stratosphériques capables d’apporter un accès à Internet dans les régions les plus isolées du globe, à l’image des constellations de satellites de télécommunication qui se développent aujourd’hui. Bien que le projet ait été arrêté en 2021 pour des raisons économiques, il a démontré la faisabilité et l’efficacité de la navigation stratosphérique par changement d’altitude.

Cette technologie a depuis trouvé de nouveaux débouchés. Aux États-Unis, l’entreprise Aerostar exploite des ballons manœuvrants capables de séjourner durablement dans la stratosphère. Ces plates-formes sont utilisées aussi bien pour des missions scientifiques que pour des applications liées à la surveillance et à la défense.

Consciente du potentiel stratégique et scientifique de ces véhicules, la France a engagé ses propres développements dans ce domaine. Depuis 2021, le Centre National d’Études Spatiales (CNES) travaille à l’adaptation et à la maîtrise de cette technologie en partenariat avec HEMERIA, acteur historique français du ballon stratosphérique.

L’objectif est de doter la France et l’Europe d’une capacité autonome de présence prolongée dans la stratosphère, au service de la recherche, de l’observation de l’environnement et des futures applications opérationnelles.

Des premiers tests de lâchers aux premiers tests en conditions réelles

Après plusieurs années de développement, le moment est venu de confronter notre ballon manœuvrant (BALMAN) à la réalité du terrain. Au printemps 2024, sur le site du CNES d’Aire-sur-l’Adour, dans les Landes, les équipes ont réalisé les premiers essais de lâcher de ce nouvel aéronef stratosphérique. Les opérations ont été menées à l’aube, quand les conditions météorologiques sont généralement plus calmes, limitant les rafales de vent susceptibles de compliquer les délicates opérations de décollage.

Entraînement au lâcher à Aire-sur-l’Adour, dans les Landes, à l’aube.
Cnes, Fourni par l’auteur

Mais réussir un lâcher de ballon ne constitue que la première étape. Pour valider pleinement le concept, il est indispensable de tester le véhicule dans son environnement opérationnel : la stratosphère. Ces essais doivent être réalisés en tenant compte de nombreuses contraintes, notamment l’insertion du ballon dans l’espace aérien et la maîtrise des risques liés au survol des populations. En effet, même si les vols sont soigneusement préparés, la retombée d’un équipement depuis plusieurs dizaines de kilomètres d’altitude nécessite des mesures de sécurité particulièrement rigoureuses.

Pour conduire ces essais dans les meilleures conditions, le CNES bénéficie d’un atout exceptionnel : le Centre spatial guyanais. Situé entre l’océan Atlantique et la forêt amazonienne, ce vaste territoire faiblement peuplé offre un environnement idéal pour les expérimentations aéronautiques et spatiales. C’est depuis cette base, mondialement connue pour les lancements d’Ariane 6, que les premiers vols du ballon manœuvrant ont été réalisés.

Ces campagnes d’essais ont permis de franchir plusieurs étapes majeures. Lors du premier vol, le ballon a démontré sa capacité à décoller, rejoindre la stratosphère puis revenir au sol en toute sécurité. Le second vol a marqué une avancée supplémentaire avec la première utilisation en conditions réelles du système de gestion d’air permettant de modifier l’altitude du ballon — une étape essentielle pour transformer ce simple ballon stratosphérique en véritable voilier capable de naviguer dans les vents de la haute atmosphère.

Le futur du BALMAN, le ballon manœuvrant

L’aventure BALMAN ne fait que commencer. Après les premiers vols d’essai, le programme poursuit sa qualification technologique. L’objectif est désormais d’accumuler de l’expérience en vol et d’enrichir progressivement le véhicule avec de nouvelles fonctionnalités. Parmi les prochaines évolutions figure notamment l’intégration d’un système de parachute, dont les premiers essais sont prévus à l’hiver 2026.

À mesure que sa maturité technologique augmentera, BALMAN ouvrira la voie à de nouvelles applications scientifiques. L’une des premières pourrait être sa contribution à la succession du projet STRATEOLE 2, une future flotte de ballons longue durée développée conjointement par le CNES et le CNRS à l’horizon 2030. Grâce à leur capacité à séjourner plusieurs mois dans la stratosphère, ces ballons constitueront un outil unique pour observer et mieux comprendre les échanges entre les différentes couches de l’atmosphère.

L’étude du climat et de l’atmosphère repose aujourd’hui sur la complémentarité de plusieurs moyens d’observation. Les satellites offrent une vision globale de notre planète, tandis que les mesures réalisées directement dans l’atmosphère permettent d’analyser avec précision les phénomènes locaux et les mécanismes physiques à l’œuvre. En apportant sa capacité de manœuvre à ces futures missions, BALMAN permettra d’orienter les observations vers les zones les plus intéressantes et d’optimiser le déploiement des instruments scientifiques.

À plusieurs dizaines de kilomètres au-dessus de nos têtes, une nouvelle génération de ballons est ainsi en train d’émerger. Capables de naviguer dans les vents de la stratosphère comme des voiliers sur l’océan, ils pourraient bientôt devenir des outils essentiels pour mieux comprendre notre atmosphère et les changements qui l’affectent.

The Conversation

Francois VACHER ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son poste au CNES.

Laurent Tessariol ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Percer les secrets de la stratosphère grâce à un ballon qui surfe sur différentes couches de vent – https://theconversation.com/percer-les-secrets-de-la-stratosphere-grace-a-un-ballon-qui-surfe-sur-differentes-couches-de-vent-282660

Fées, lutins et extraterrestres, comment le pic de Bugarach a donné vie aux mythes les plus fous

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrick De Wever, Professeur, géologie, micropaléontologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Lumière sur le pic de Bugarach, dans le sud du département de l’Aude. ©Vassil/CC0, CC BY-NC-ND

Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. L’itinéraire de la quatrième étape, le 7 juillet, entre Carcassone et Foix, fait passer les coureurs par le pic de Bugarach, dans les Corbières. Un lieu dont la curieuse morphologie a, de longue date, suscité toutes sortes de mythes et de légendes – ainsi qu’une certaine fascination contemporaine pour les adeptes du New Age.


Le nom de cette montagne viendrait de l’occitan Pueg – dont est issu le mot puech, qui est parfois utilisé à la place de pic –, lui-même issu du latin podium, c’est-à-dire un site élevé. Le nom de Bugarach, quant à lui, proviendrait du latin bulgarus (boulgres ou bougres, c’est-à-dire hérétiques). C’est le nom que l’on donnait, à l’époque médiévale, aux ancêtres des cathares.

Ce paysage singulier a depuis toujours suscité l’imagination et inspiré de nombreux mythes et légendes. Certains curieux pensent y trouver, pêle-mêle : des trésors cachés, une prétendue base extraterrestre, voire un hangar à ovni, une porte galactique, un lieu d’inversion magnétique, l’entrée d’Agartha, supposé royaume souterrain légendaire, ou encore du sanctuaire de l’Arche d’alliance

Toutes fantaisistes que soient ces croyances, qui empruntent beaucoup au New Age pour les plus contemporaines, il est instructif d’observer à quel point ce lieu, encore aujourd’hui, déchaîne les imaginaires.

Un promontoire pour protéger la plaine

Commençons par la plus ancienne – et célèbre – de ces légendes, qui renvoie à la mythologie romaine.

Elle raconte que l’Aude aurait autrefois été une plaine immense et fertile sur laquelle veillaient des fées et des lutins, tels Bug et Arach. Soumise aux aléas de Cers – un vent, fils d’Éole le père des vents et tempêtes –, elle obtenait pourtant de piètres récoltes. Les deux lutins auraient alors imploré Jupiter de les aider à calmer les outrances de Cers. En réponse, le dieu aurait dressé ce promontoire protecteur baptisé d’après les lutins, Bugarach, qui rendit à la plaine de Roussillon et au plateau des Corbières leur prospérité.

Plus tard, l’histoire cathare continuera d’alimenter les mythes et les imaginaires autour du pic de Bugarach. Il abriterait un trésor – celui des cathares ? Des Templiers ? Des Wisigoths ? Le Saint-Graal ? Certaines rumeurs vont jusqu’à imaginer qu’il s’agirait de l’Arche d’alliance, renfermant les tables de la loi.




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Les nouveaux mythes New Age, entre base extraterrestre et arche de Noé

Dans les années 1960, mystiques et hippies s’installent dans la région, font revivre les mythes et en alimentent de nouveaux. Certains assurent notamment qu’une base extraterrestre serait cachée dans ses nombreuses cavités, liées au réseau karstique développé depuis une dizaine de millions d’années dans le calcaire de la montagne.

À la clé, la croyance qu’il s’agirait d’un « haut lieu énergétique » qui réunirait « tous les ingrédients permettant de s’ouvrir à d’autres plans de conscience » (sic). Certains avancent même y avoir observé des « distorsions du temps » ou des « trous spatio-temporels ».

Ces croyances ont atteint leur paroxysme en 2012, lorsqu’un canular, attribuant la prédiction à Nostradamus, a annoncé la fin du monde pour le 21 décembre 2012. La prétendue base extraterrestre de Bugarach est alors vue par certains comme un refuge, l’espoir étant que ses occupants supposés puissent sauver quelques « élus » grâce à leur vaisseau, transformé pour l’occasion en nouvelle arche de Noé.

Cette rumeur, si forte, conduisit la préfecture de l’Aude à interdire l’accès au pic et à ses galeries souterraines, de même que le survol de la montagne entre le 19 et le 23 décembre 2012.

photo d’une roche
Restes de marques sur les roches de Bugarach, évoquant la fin du monde (on devine encore le 2012 à la fin).
LucasD, CC BY-NC-ND

Dans les évocations de fin du monde annoncée pour le 21 décembre 2012, ce site était supposé être épargné en sa qualité de « montagne inversée ». En réalité, la montagne n’est pas vraiment inversée : les couches supérieures y sont plus anciennes que les couches inférieures.

Mais nul besoin de convoquer les extraterrestres pour en comprendre les raisons.




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La formation d’une drôle de montagne

Un peu de géologie permet de comprendre la naissance de cet étonnant sommet. Les Pyrénées se sont formées quand la péninsule Ibérique, à savoir l’Espagne et le Portugal, a commencé à se rapprocher de la France, il y a environ 50 millions d’années. Les terrains qui se sont rencontrés et affrontés ont constitué un bourrelet, un relief.

Certaines couches ont alors formé des plis qui se sont couchés. Les niveaux plus plastiques, tels le sel et le gypse déposés au Trias (il y a 250 millions d’années), ont permis que des couches glissent les unes sur les autres. Elles se sont délaminées, comme les pages d’un livre souple que l’on plie. Certains plis se sont étirés et ont chevauché les terrains voisins.




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L’érosion a ensuite fait son œuvre : les éléments les plus hauts ont été les plus sévèrement attaqués, si bien qu’il ne reste parfois que la partie inverse du pli. Certaines parties du pli montrent des couches verticales, les parties dures résistent à l’érosion et forment des pics.

Structure géologique de la région du pic de Bugarach. Le nord est à gauche, le sud à droite. Les plis se sont donc déversés vers le nord. L’un d’eux a glissé et chevauche les couches plus récentes.
Fourni par l’auteur

Le relief particulier est lié à la structure de l’ensemble, issue d’un plissement couché. Les couches supérieures sont ainsi plus anciennes (Jurassique, 135 millions d’années) que les couches inférieures (Crétacé, 80 millions d’années), ce qui lui a valu la réputation de « montagne inversée ».

Une géologie à part qui a nourri les mythes

Certains éléments de géologie liés ce phénomène, qui n’ont rien d’extraordinaire en soi mais donnent à ce mont isolé une allure bien particulière, ont contribué à la mythologie du lieu. La montagne a été supposée protectrice, car elle était susceptible de cacher des choses dans son réseau karstique.

L’origine des « couches inversées », au plan géologique, était un peu difficile à comprendre, ce qui a conduit à les interpréter comme « magiques ». Les imaginaires ont fait le reste.

Depuis longtemps, le pic de Bugarach déchaîne l’imagination de ses visiteurs.
Arno Lagrange, CC BY-NC-ND

Un autre fait scientifique insolite est associé à cette montagne. Le méridien 0 passe à 2 kilomètres du pic de Bugarach, et surtout, c’est sur cette montagne que Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain, astronomes et mathématiciens, ont posé l’un des jalons fondateurs du système métrique universel à la fin du XVIIIᵉ siècle. Ils ont ainsi entrepris de mesurer un bout de l’arc terrestre (de Dunkerque à Barcelone, soit le quart d’un méridien). Ces travaux, poursuivis par Arago, ont permis de définir le « mètre étalon », qui correspond à la dix millionième part du quart de la longueur d’un méridien terrestre.

The Conversation

Patrick De Wever ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Fées, lutins et extraterrestres, comment le pic de Bugarach a donné vie aux mythes les plus fous – https://theconversation.com/fees-lutins-et-extraterrestres-comment-le-pic-de-bugarach-a-donne-vie-aux-mythes-les-plus-fous-284258

Les tours Saint-Jacques, un prodige d’équilibre au cœur des Alpes

Source: The Conversation – France in French (2) – By Patrick De Wever, Professeur, géologie, micropaléontologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Les tours Saint-Jacques, vues depuis le pont de l’Abîme. Pierre Reneau, Fourni par l’auteur

Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. L’itinéraire de la 17ᵉ étape, le 23 juillet, entre Chambéry en Savoie et Voiron dans l’Isère, fait passer les coureurs par les tours Saint-Jacques, dans le massif des Bauges, en Haute-Savoie. Une curiosité géologique locale à la légende pour le moins insolite.


Pour leur 17ᵉ étape, le 23 juillet, les coureurs du Tour de France entreront dans le massif des Bauges (Haute-Savoie) par une trouée : la vallée du Chéran.

Les paysages de montagnes provoquent souvent une émotion par leur simple esthétique. Lorsque leur compréhension atteste en outre d’un phénomène rare et extraordinaire, l’émerveillement en est décuplé.

Dans la cluse de Bange, au petit matin, des « tours » qui s’élèvent du flanc sud du massif du Semnoz attirent l’attention.
Pierre Reneau, Fourni par l’auteur

Les tours Saint-Jacques font partie de ces lieux : sur le flanc sud-ouest du massif du Semnoz dans les Bauges, dominant le village d’Allèves (Haute-Savoie), ces pitons rocheux baptisés d’après la chapelle d’un ancien prieuré attirent l’attention. Autrefois surnommés les « aiguilles de Racheroche », ces trois monolithes calcaires dont le plus grand mesure 70 mètres de hauteur et culmine à 991 mètres d’altitude, intriguent. De loin, ils évoquent les ruines d’anciennes tours.

Une histoire d’aigle, de loup et d’agneau

Comme beaucoup de lieux inhabituels, ces majestueuses aiguilles ont leur légende locale.

Vue rapprochée de l’un des pinacles des tours Saint-Jacques.
Torsade de Pointes, CC BY

Il est dit que, un jour, un aigle emporta un agneau menacé par un loup afin de lui éviter d’être dévoré. L’agnelet, un peu gros et un peu trop lourd pour être emmené au loin par le volatile aurait été déposé sur l’un des trois pitons, hors d’atteinte du loup. Des années plus tard, un alpiniste y aurait découvert un bélier. Les Aléviens, émerveillés par ce geste inattendu, y auraient vu un signe divin.

L’aigle et l’agneau sont alors devenus symboles de paix et de protection du bourg. Les tours ont ainsi offert, à partir de cette histoire, son identité à Allèves.




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Des sculptures naturelles

Les tours Saint-Jacques ont été déplacées par le temps, mais ont gardé une majeur partie de leur structure.
Christian Giusti, Fourni par l’auteur

Le phénomène géologique de « paquet tassé », par lequel les roches glissent vers l’aval en ne perdant pas entièrement leur structure, est bien visible à travers les tours Saint-Jacques.

En réalité, de tels reliefs sont connus dans les Alpes en différents endroits et généralement appelés des « cheminées de fées ». Les « demoiselles coiffées » de Pontis, à l’est du lac de Serre-Ponçon (Alpes-de-Haute-Provence) sont les plus célèbres. Ces reliefs résultent d’une érosion différentielle qui décape des sédiments tendres (marnes, argiles sableuses, cendres…) sous un chapeau de roche plus résistante (bloc calcaire, bombe volcanique…)

Demoiselles coiffées de Pontis, commune des Alpes-de-Haute-Provence située près du lac de Serre-Ponçon.
Wikifrédéric/Wikimédia, CC BY-SA

Les tours qui dominent Allèves sont le fruit d’un processus bien plus complexe. La pente d’où s’élèvent ces tours constitue le flanc sud du massif du Semnoz, dont le sommet est composé de calcaires d’âge crétacé (Valanginien, de -140 millions à -136 millions d’années), dits « calcaires de Fontanil » ou encore « marbre bâtard ». Ce massif forme une voûte (un anticlinal) dont la pente plonge vers le sud-ouest.

Cette épaisse couche de calcaires repose sur des marnes et des calcaires marneux un peu plus anciens (Berriasien, de -145 millions à -140 millions d’années). Les marnes, bien plus plastiques que le calcaire, peuvent former une sorte de couche « savon » sur laquelle des blocs détachés de la falaise du haut, tels des icebergs au front d’un glacier, peuvent glisser vers la rivière du Chéran.

Schéma expliquant la formation des tours Saint-Jacques.
Fourni par l’auteur

Mais certaines inconnues demeurent.

Trois théories à l’épreuve

Trois propositions sont actuellement avancées pour expliquer la situation actuelle.

Trois possibilités pour la formation des tours Saint-Jacques : à gauche, l’érosion différentielle d’une dalle qui ne bouge pas ; au centre, des blocs se détachent et glissent vers le bas, en s’érodant légèrement ; à droite, la dalle se fragmente, des blocs de taille variable s’érodent, quelques-unes résistent mieux.
Fourni par l’auteur
  • La première tiendrait à un simple phénomène érosif. Comme nous sommes sur la retombée d’un bombement, les couches sont inclinées vers le bas, vers la vallée. Elle sont parallèles – ou presque – à la pente. Soumises à l’érosion, des parties disparaissent, mais certains blocs résistent mieux et glissent plus bas. Elles constitueraient ainsi des buttes-témoins : les tours Saint-Jacques.

  • La deuxième postule un glissement de terrain en masse. Au front de la dalle calcaire, des blocs peuvent se détacher, un peu à l’image des icebergs qui se séparent de la banquise. Comme la dalle est inclinée, certains éléments reposant sur une couche plastique (les marnes du Berriasien) se mettent à glisser lentement tout en conservant leur position verticale.

  • La troisième explication fait appel à une logique plus complexe, associant séparation et glissement. La dalle calcaire du haut se serait fracturée en nombreux panneaux de tailles différentes. Ces éléments se seraient mis à glisser. Certains auraient basculé, d’autres se sont effondrés, auraient été érodés, en bref, certains seraient devenus invisibles dans la topographie au cours du temps. D’autres auraient résisté un peu mieux, se seraient fracturés en sous-blocs, continuant toutefois de glisser sans s’effondrer : les tours Saint-Jacques actuelles.

La deuxième théorie est, à l’heure actuelle, celle qui est privilégiée pour expliquer l’origine de ces structures. C’est aussi la mieux documentée. Les éléments n’auraient pas basculé en s’effondrant, mais en glissant tout doucement le long de la pente. Ils sont maintenant éloignés de plusieurs centaines de mètres de leur « port d’attache », de 700 mètres pour la plus haute et de 960 mètres pour la plus basse et la plus fine.

Et surtout, ils continuent à descendre, à une vitesse variable selon les éléments : de 2,1 cm/an pour la plus haute, de 1,8 cm/an pour le bloc du milieu et jusque 4,6 cm/an pour le plus fin, le plus bas, le plus rapide.




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The Conversation

Patrick De Wever ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les tours Saint-Jacques, un prodige d’équilibre au cœur des Alpes – https://theconversation.com/les-tours-saint-jacques-un-prodige-dequilibre-au-coeur-des-alpes-284259

Comment une minuscule île des Caraïbes a rendu possible l’indépendance des États-Unis

Source: The Conversation – in French – By R. Grant Gilmore III, Director, Historic Preservation and Community Planning Program, College of Charleston

Le 16 novembre 1776, le « Andrew Doria », venu des jeunes États-Unis, fut salué par un coup de canon tiré depuis Saint-Eustache. Cet événement est aujourd’hui connu sous le nom de « premier salut ». (tableau de Phillips Melville)
Painting by Phillips Melville, USMC via Wikimedia Commons

Au XVIIIᵉ siècle, Saint-Eustache était l’un des plus grands centres commerciaux de l’Atlantique. Son statut de port franc permit aux insurgés américains de contourner le blocus britannique et d’obtenir les ressources indispensables à leur indépendance.


La Révolution américaine est souvent racontée comme l’épopée héroïque de treize colonies se soulevant contre un puissant empire et remportant leur indépendance, avec l’aide de la France.

La réalité est toutefois plus complexe. À l’approche du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis, il est utile de se rappeler que la victoire militaire n’a pas reposé uniquement sur le courage et les idéaux, mais aussi sur le commerce, le crédit, le transport maritime et l’accès aux approvisionnements militaires.

Le centre de ce commerce ne se trouvait pas dans les treize colonies, mais au sud de la Floride loyaliste, dans la grande Caraïbe. C’est là que s’est développé le cœur de l’économie atlantique, porté par l’appétit insatiable pour le sucre, qui s’était répandu dans toute l’Europe à la fin du XVIIIᵉ siècle. À elle seule, la Jamaïque produisait autant de richesses que l’ensemble des treize colonies.

Les économies caribéennes reposaient sur le travail des personnes réduites en esclavage, le commerce international et des approvisionnements venus du monde entier afin que le sucre continue d’affluer et que les recettes fiscales des puissances coloniales européennes soient maximisées. Une grande partie de ce soutien transitait par une petite île néerlandaise des Caraïbes orientales, aujourd’hui méconnue de la plupart des Américains : Saint-Eustache.

Une petite île au rôle immense

Je suis archéologue et, pendant huit ans au début de ma carrière, j’ai vécu à Saint-Eustache, où j’ai été archéologue de l’île et directeur fondateur du St. Eustatius Center for Archaeological Research.

À peine grande de 8 miles carrés (environ 21 kilomètres carrés), Saint-Eustache – ou Statia, comme l’appellent ses habitants – se situe au nord-ouest de Saint-Christophe-et-Niévès. Sans cette minuscule île, l’armée continentale américaine aurait peut-être manqué des armes, de la poudre à canon et des autres fournitures indispensables à sa survie.

L’importance de Statia tient d’abord à sa géographie. L’île surgit abruptement des eaux bleu profond de l’Atlantique et de la mer des Caraïbes. Son volcan endormi, appelé le Quill, domine toute la partie méridionale de l’île.

Contrairement à d’autres îles caribéennes plus élevées, Statia ne recevait pas suffisamment de précipitations pour être particulièrement propice à la culture intensive de la canne à sucre. Elle présentait donc moins d’intérêt pour les grandes puissances sucrières du XVIIIᵉ siècle, notamment la Grande-Bretagne et la France.

Si Statia n’avait guère d’atouts pour les plantations, elle excellait en revanche comme port de commerce. La baie d’Oranje, sur la côte ouest de l’île, offrait l’un des mouillages côtiers les plus profonds et les plus sûrs des Amériques. Les grands navires marchands pouvaient s’approcher du rivage, décharger leur cargaison puis repartir rapidement après avoir été rechargés.

Le long de la baie s’étendait un front de mer animé, bordé d’entrepôts, de boutiques et de maisons de commerce. Au milieu du XVIIIᵉ siècle, cette étroite bande littorale était devenue l’un des principaux centres commerciaux du monde atlantique.

Un impérialisme fondé sur le commerce

Les Néerlandais s’établirent à Saint-Eustache dans les années 1630, à peu près au moment où ils développaient la colonie de La Nouvelle-Amsterdam, l’actuelle ville de New York. Les marchands, familles et investisseurs néerlandais évoluaient au sein d’un vaste réseau atlantique reliant l’Europe, l’Afrique, les Caraïbes et l’Amérique du Nord. Ces liens commerciaux favorisaient la confiance, le crédit et les opportunités à travers de très longues distances.

Aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, les empires européens cherchaient à contrôler le commerce colonial par le mercantilisme. Les colonies étaient censées enrichir la métropole en fournissant des matières premières et en achetant des produits manufacturés par des circuits commerciaux approuvés. Les taxes, droits de douane et restrictions commerciales profitaient aux gouvernements impériaux et aux négociants, mais renchérissaient le coût de la vie pour les colons, les commerçants et les planteurs.

Les colons britanniques d’Amérique du Nord supportaient mal ces restrictions, mais les négociants néerlandais étaient disposés à les aider à les contourner. Pendant des générations, les navires néerlandais ont transporté des marchandises à travers tout l’Atlantique, proposant souvent des produits à des prix inférieurs à ceux que les marchands britanniques pouvaient légalement pratiquer.

Les découvertes archéologiques réalisées sur des sites tels que la plantation de Pope’s Creek, en Virginie, demeure de la famille Washington, attestent de la présence de céramiques néerlandaises, de pipes en terre cuite et de briques jaunes. Bien avant la Révolution, le commerce néerlandais était déjà profondément intégré à la vie des colonies.

« L’entrepôt du monde »

En 1754, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales demanda au gouvernement des Provinces-Unies de faire d’Oranjestad, la capitale de Saint-Eustache, un port franc. Sa requête fut acceptée. Le résultat fut spectaculaire : les marchandises pouvaient transiter par l’île avec très peu de restrictions et sans les lourdes taxes en vigueur ailleurs. Les autorités tiraient leurs revenus de la location des terrains, des entrepôts et des habitations, plutôt que de taxer chaque cargaison.

Des marchands venus de tout le monde atlantique saisirent rapidement cette opportunité. Les navires arrivaient chargés de textiles, d’outils, de denrées alimentaires, d’armes, de produits de luxe et de matières premières. Ils transportaient aussi des Africains captifs, déportés de force dans le cadre de la traite transatlantique, puis vendus, détenus, contraints au travail et victimes de violences. Les personnes réduites en esclavage et leurs descendants étaient indispensables non seulement aux plantations de l’île, mais aussi aux foyers, aux quais, aux entrepôts et aux réseaux commerciaux qui faisaient fonctionner cette économie.

Saint-Eustache devint, selon une formule souvent associée à l’île, « l’entrepôt du monde ». En termes actuels, elle fonctionnait comme un centre logistique d’Amazon pour l’Atlantique du XVIIIᵉ siècle. Cette prospérité reposait toutefois en grande partie sur l’esclavage et sur les rapports de domination qui permettaient au commerce impérial de prospérer.

Cette réussite ne passa pas inaperçue d’Adam Smith, souvent considéré comme le père de l’économie, voire du capitalisme. Dans son ouvrage de 1776, La Richesse des nations, Smith contribua à faire de l’économie une discipline moderne. Bien qu’il ne se soit jamais rendu à Saint-Eustache, il y évoque l’île, qui constituait à ses yeux un exemple concret de ce qu’un commerce plus libre pouvait produire : prospérité, rapidité, diversité et dynamisme commercial.

Le même système qui fit la richesse de l’île en faisait aussi une menace pour les puissances impériales. La Grande-Bretagne et la France fondaient leur puissance sur un commerce colonial étroitement contrôlé, mais Saint-Eustache démontrait ce qu’il était possible d’accomplir lorsque les marchandises circulaient avec moins de contraintes. L’île montrait aussi que des marchands, des réseaux de crédit et des familles d’armateurs pouvaient ébranler les empires sans tirer un seul coup de feu.

Le fort Oranje.
Le fort Oranje, d’où fut tiré le « premier salut », est toujours debout aujourd’hui.
SV Zanshin via Wikimedia Commons, CC BY-NC-SA

Lorsque les colonies américaines déclarèrent leur indépendance en 1776, elles avaient désespérément besoin de matériel militaire. Le Congrès continental savait que les idéaux ne suffiraient pas à vaincre la Grande-Bretagne. Les futurs États-Unis avaient besoin de mousquets, de canons, de munitions, d’uniformes, de tissus, de vivres et de crédit.

Saint-Eustache était idéalement placée pour leur fournir tout cela.

Les marchands de l’île entretenaient depuis longtemps des liens avec l’Amérique du Nord, et plusieurs des Pères fondateurs connaissaient bien ces réseaux. Alexander Hamilton, qui a grandi dans les Caraïbes, passa sa jeunesse dans l’univers du commerce maritime, de la comptabilité et du crédit. Sa famille entretenait des liens avec la région, et le commerce caribéen contribua à façonner sa compréhension de la finance et du pouvoir.

Saint-Eustache devint rapidement une véritable bouée de sauvetage pour la Révolution américaine. Les représentants américains s’y approvisionnaient en matériel avant de l’expédier vers les colonies. Les cargaisons arrivaient d’Europe à Statia, puis étaient réacheminées vers l’Amérique du Nord. Les armes et la poudre à canon, impossibles à obtenir par les circuits officiels, pouvaient être achetées dans ce port franc néerlandais.

Le premier salut

En novembre 1776, un événement modeste en apparence, mais historique, se produisit dans la baie d’Oranje. Le brick américain Andrew Doria arriva avec à son bord un exemplaire de la Déclaration d’indépendance et arborant les Continental Colors, l’ancêtre de la bannière étoilée. Conformément aux usages maritimes, le navire américain tira une salve d’honneur. Le fort Oranje lui répondit par une salve de ses canons.

Cet échange est entré dans l’histoire sous le nom de « premier salut ». De nombreux historiens y voient la première reconnaissance officielle de l’indépendance américaine par une puissance étrangère. Le geste fut bref, mais sa portée considérable : en répondant à cette salve, Saint-Eustache reconnaissait publiquement le pavillon et l’autorité des nouveaux États-Unis.

La Grande-Bretagne comprit immédiatement l’importance de cet acte. L’île n’était pas un simple comptoir commercial : elle contribuait à soutenir la rébellion. Au cours des années suivantes, une grande partie de la poudre à canon, des munitions, des étoffes et des autres fournitures qui permirent à l’effort de guerre américain de se poursuivre transita par les entrepôts et le port de Statia.

L’histoire de Saint-Eustache rappelle qu’une révolution ne se gagne pas uniquement par la force des idées. La Révolution américaine a certes reposé sur les agriculteurs, les soldats, les diplomates et les penseurs politiques, mais aussi sur les marchands, les marins, les entrepôts… et le crédit.

Sans Saint-Eustache, sans le commerce néerlandais et sans l’accès à un port franc dans les Caraïbes, les États-Unis n’auraient peut-être pas survécu assez longtemps pour célébrer le moindre anniversaire de leur indépendance. La Révolution américaine fut certes une lutte pour l’indépendance politique, mais aussi un combat pour le contrôle du commerce. Et dans cette bataille, une minuscule île contribua à changer le cours de l’histoire mondiale.

The Conversation

R. Grant Gilmore III ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment une minuscule île des Caraïbes a rendu possible l’indépendance des États-Unis – https://theconversation.com/comment-une-minuscule-ile-des-cara-bes-a-rendu-possible-lindependance-des-etats-unis-286670

L’énigme des nombres cachés au cœur de la Sagrada Familia

Source: The Conversation – in French – By Sergi Muria Maldonado, Professor de Didàctica de les Matemàtiques, Universitat de Barcelona

Vue des colonnes intérieures du temple, qui se ramifient progressivement en plusieurs branches, à l’image des arbres dans la nature.
David Herraez Calzada/Shutterstock

Les mathématiques jouent un rôle dans la beauté de la Sagrada Família. De ses proportions aux formes géométriques, l’édifice de Gaudí montre comment les nombres peuvent façonner une architecture à la fois stable, lumineuse et profondément symbolique.


L’année 2026 marque le centenaire de la mort d’Antoni Gaudí, l’architecte de la basilique de la Sagrada Família à Barcelone. Si la beauté de l’édifice est déjà exceptionnelle en elle-même, elle gagne encore en profondeur lorsque l’on découvre les formes mathématiques qui sous-tendent son architecture singulière.

En explorant les principes mathématiques qui structurent l’ensemble, l’harmonie visuelle du monument prend une nouvelle dimension, révélant une architecture où fonctionnalité, équilibre et cohérence se renforcent mutuellement.

Sans aucun doute, la personne qui a le plus profondément étudié les mathématiques de la Sagrada Família est Claudi Alsina i Català. Formé en mathématiques à l’université de Barcelone, il a également dirigé la thèse de doctorat de l’actuel architecte en chef du chantier, Jordi Faulí.

Dans ses mémoires, Alsina écrit :

« Tout le monde se demandait si la conception de la Sagrada Família reposait sur un module et un système de proportions guidant l’ensemble des relations métriques de l’édifice. […] Un samedi après-midi, assis à mon bureau, chez moi, avec tous les documents et toutes les données relatifs à ce mystérieux système de proportions – s’il existait vraiment… –, je l’ai découvert. Le module de 7,5 mètres et les rapports entre les diviseurs de 12 (1 :4, 1 :3, 1 :2, 3 :4, 2 :3, 1) semblaient expliquer une multitude de choses. »

Le nombre 12, un élément central

Il n’est pas surprenant que le nombre 12 occupe une place centrale dans la structure de l’édifice. Gaudí a conçu la Sagrada Família comme une synthèse entre architecture et symbolisme religieux, et le 12 est omniprésent dans la Bible : les douze fils de Jacob, les douze tribus d’Israël, les douze apôtres ou encore la couronne de douze étoiles du Livre de l’Apocalypse n’en sont que quelques exemples.

Mais son intérêt ne se limite pas à sa portée symbolique. D’un point de vue mathématique, le 12 est un nombre particulièrement propice à l’établissement de proportions, car il possède de nombreux diviseurs. Ce sont précisément les rapports entre ces diviseurs qui, selon Alsina, expliquent une grande partie du système de proportions de la basilique.

Au regard de ces fondements à la fois symboliques et mathématiques, le lien entre les éléments structurels et le nombre 12 n’a donc rien d’étonnant.

Le module de 7,5 mètres

En nous appuyant sur les travaux d’Alsina, nous vous proposons une brève visite de la Sagrada Família sous un angle mathématique. Les dimensions du temple sont étroitement liées au nombre 12 et à un module de 7,5 mètres. L’édifice mesure ainsi 90 mètres de long (7,5 × 12), 60 mètres de large (7,5 × 8), tandis que la nef principale atteint 45 mètres de largeur (7,5 × 6).

Les hauteurs obéissent au même principe : la voûte la plus élevée est celle de l’abside, avec 75 mètres (7,5 × 10), suivie de la voûte du transept, haute de 60 mètres (7,5 × 8). Viennent ensuite la voûte de la nef, à 45 mètres (7,5 × 6), celle des bas-côtés, à 30 mètres (7,5 × 4), et enfin le chœur, dont la hauteur est de 15 mètres (7,5 × 2).

En harmonie avec la colline de Montjuïc

La tour de Jésus est la tour centrale et la plus haute du temple. Avec ses 172,5 m (7,5 × 23), sa hauteur fait écho à celle de la colline de Montjuïc. Elle est surmontée d’une croix à quatre branches, haute de 17 mètres et large de 13,5 mètres. Autour d’elle s’élèvent les quatre tours des Évangélistes, qui culminent à 135 m (7,5 × 18).

Étoile de la Sagrada Família au sommet de la tour de Marie
Étoile de la Sagrada Família au sommet de la tour de Marie.
Por Canaan, CC BY

Avec ses 138 mètres, la tour de Marie est la deuxième plus haute de la basilique. Elle est coiffée d’une étoile à douze branches reposant sur trois bras de soutien. D’un diamètre de 7,5 mètres, cette étoile est constituée d’un dodécaèdre régulier, dont chacune des faces est prolongée par une pointe pentagonale en forme de pyramide. Les reflets de la lumière du jour et son éclairage intérieur nocturne lui confèrent une beauté unique.

Des polyèdres au sommet des tours

Les polyèdres sont eux aussi omniprésents dans les tours de la Sagrada Família, comme l’explique cette étude. Les quatre tours de la façade de la Gloire sont coiffées de dodécaèdres, celles de la façade de la Nativité d’octaèdres irréguliers tronqués, et celles de la façade de la Passion de cubes tronqués.

Tours de la façade de la Nativité, couronnées d’octaèdres.
Yura Tarasovskyy/Shutterstock

Au sommet de chacune des douze tours s’élève un pinacle au-dessus des polyèdres. Les tours dédiées aux évangélistes sont couronnées d’icosaèdres réguliers (des solides composés de vingt faces) renfermant des projecteurs qui illuminent la grande croix dominant la tour de Jésus. Juste au-dessus de chaque icosaèdre se trouve une sculpture représentant symboliquement l’évangéliste correspondant. Le temple compte également de nombreux polyèdres étoilés, particulièrement sur la façade de la Nativité.

Ce ne sont pas des colonnes, c’est une forêt !

Les arcs en chaînette constituent l’un des principaux éléments structurels du temple. Cette forme est particulièrement efficace pour transmettre les charges vers le sol sans nécessiter d’autres éléments de soutien. On les retrouve dans le système de colonnes inclinées qui soutient les voûtes des nefs intérieures, dans les voûtes et les plafonds eux-mêmes, ainsi que sur la façade de la Nativité.

À l’intérieur de la Sagrada Família, on distingue quatre types de colonnes. Toutes sont des colonnes à torsion en double hélice. Leur base polygonale prend la forme d’une étoile aux contours arrondis et résulte de l’intersection de deux colonnes salomoniques opposées. Chacune se prolonge par un nœud d’où émergent plusieurs ramifications, semblables aux branches d’un arbre, qui soutiennent avec une remarquable efficacité les tours et la toiture du temple.

Les verrières du toit sont, elles aussi, des hyperboloïdes à une nappe.) Comme elles sont constituées de lignes droites, leur construction est plus simple tout en optimisant la captation et la diffusion de la lumière.

Le symbolisme de deux nombres : 7 et 33

« Melencolia I », d’Albrecht Dürer, où l’on distingue un carré magique dans l’angle supérieur droit. À droite, le carré magique conçu par le sculpteur Josep Maria Subirachs.

D’autres nombres dissimulés dans le temple revêtent une forte portée symbolique. C’est le cas, par exemple, du baldaquin situé au-dessus du maître-autel, un heptagone régulier de 5 mètres de diamètre dont les sept côtés représentent les sept dons du Saint-Esprit.

Sur la façade de la Passion figure également un carré magique dont toutes les lignes, colonnes et diagonales totalisent 33, un nombre aux évidentes connotations religieuses. Il semble s’inspirer du carré magique représenté dans la gravure Melencolia I d’Albrecht Dürer.

Mettre au jour les mathématiques qui se cachent derrière la Sagrada Família ne fait qu’accroître la beauté de l’édifice et l’admiration que suscite le génie d’Antoni Gaudí.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. L’énigme des nombres cachés au cœur de la Sagrada Familia – https://theconversation.com/lenigme-des-nombres-caches-au-coeur-de-la-sagrada-familia-286500

À quoi sert l’éducation ? Pourquoi la nouvelle série coréenne « Que ça vous serve de leçon » fait un carton

Source: The Conversation – in French – By Yanyan Hong, Adjunct Fellow in Communication, Media and Film Studies, Adelaide University

L’école est en crise dans différents pays du monde et devient un sujet de série. IMDb

Diffusée sur Netflix, la nouvelle série coréenne Que ça vous serve de leçon fait débat et suscite la curiosité bien au-delà des frontières du pays en explorant les difficultés et les défis de l’école aujourd’hui.


Début juin 2026, moins d’une semaine après sa sortie, la nouvelle série coréenne de Netflix Que ça vous serve de leçon (Teach You a Lesson), réalisée par Hong Jong-chan, s’est hissée en tête du classement mondial des séries non anglophones de la plateforme.

Adaptée du webtoon (bande-dessinée en ligne, à scroller sur un écran, ndlr) à succès Get Schooled (2020), cette série de dix épisodes mettant en scène une unité de justiciers soutenue par le gouvernement qui tente de remédier aux dysfonctionnements dans les établissements scolaires est rapidement devenue un succès retentissant très bien noté en ligne.

Décrite dans un article de Forbes comme « l’une des séries dramatiques feel-good les plus addictives de l’année », la série a connu un succès fulgurant en Asie et au-delà.

Derrière l’action, le drame et les affrontements spectaculaires se cache une question qui préoccupe les parents, les éducateurs et les décideurs politiques partout dans le monde : à quoi sert l’éducation lorsque la salle de classe elle-même est en crise ?

Que ça vous serve de leçon, Teaser officiel, Netflix France.

Des leçons à retenir

Que ça vous serve de leçon dépeint une société coréenne dans laquelle la montée de la violence à l’école et le déclin de l’autorité enseignante ont poussé le système éducatif à ses limites.

Le ministre sud-coréen de l’éducation Choi Gang-seok, incarné par Lee Sung-min, crée le Bureau de protection des droits à l’éducation après que sa fille, enseignante, a trouvé la mort de manière tragique sous les coups d’un élève.

L’unité se voit dotée de pouvoirs juridiques exceptionnels lui permettant d’intervenir dans les établissements scolaires en difficulté.

À sa tête se trouve Na Hwa-jin, interprété par Kim Mu-yeol. C’est un homme d’action, gendre du ministre et ancien capitaine des forces spéciales devenu inspecteur.

Hwa-jin fait équipe avec Im Han-rim, un personnage excentrique mais extrêmement bien entraîné, et Bong Geun-dae, un garçon maladroit en société mais doué sur le plan technique.

À l’instar de la célèbre série coréenne Taxi Driver (2021), mais dans le cadre de la salle de classe, chaque épisode aborde un nouveau cas lié au harcèlement, à la corruption, à la fraude scolaire, à la délinquance juvénile, aux jeux d’argent, au trafic de drogue ou à l’exploitation.

Les victimes se tournent vers le Bureau de protection des droits à l’éducation lorsque les institutions leur font défaut, et celui-ci intervient pour rendre une justice rapide et cathartique.

Les cas traités vont du fils gâté d’un homme politique influent, protégé des conséquences de ses actes d’intimidation, à un établissement d’enseignement professionnel où la violence est valorisée, en passant par un étudiant influenceur qui utilise les réseaux sociaux comme une arme contre ses professeurs (avec des conséquences tragiques).

D’autres épisodes abordent la tricherie aux examens, les parents autoritaires et la pression liée à la compétition. Bon nombre d’entre eux s’inspirent même de faits réels, notamment une affaire survenue en 2023 à Séoul, au cours de laquelle une jeune enseignante s’est donné la mort après avoir subi le harcèlement de parents d’élèves.

En mettant au premier plan ces récits personnels bouleversants, la série met en lumière les dysfonctionnements du système éducatif à travers le regard des personnes qui en sont victimes.

Comme le répond le ministre Choi à ceux qui accusent le bureau d’agir par esprit de vengeance :

« Nous ne sommes ni du côté des enseignants ni de celui des élèves. Nous sommes du côté des victimes. »

Le fantasme de résoudre l’insoluble

Dans cette série, si l’enfant d’un homme politique harcèle ses camarades, c’est le politicien lui-même qui est renversé. Si un enseignant exploite un élève intègre, il est appelé à rendre des comptes.

La réalité est souvent bien plus rude. C’est pourquoi ce genre de fantasme procure une forme de réconfort.

Parallèlement, Que ça vous serve de leçon a été critiquée pour avoir glorifié la violence et les châtiments corporels à travers des récits dans lesquels des adolescents en difficulté, des parents violents et des enseignants corrompus sont punis physiquement ou humiliés en public.

A serious-looking man in a suit grips another (whose face is concealed) from the front of his shirt
Pour remettre les adolescents qui posent problème à leur place, Na Hwa-jin ne recule pas devant la violence physique.
IMDb

Pourtant, son succès suggère que le public recherche davantage qu’une simple justice expéditive. Les dialogues porteurs d’espoir et les personnages marquants procurent une échappatoire au quotidien, tout en invitant à réfléchir aux défaillances des systèmes éducatifs réels.

Au cœur de la série, il y a la volonté de prendre le parti des victimes. L’une des répliques les plus marquantes intervient lorsque Hwa-jin déplore l’effondrement de l’autorité à l’école :

« Si les adultes en viennent à craindre les enfants, le monde est condamné. »

À maintes reprises, la série revient sur le besoin d’être vu et entendu. Les victimes sont encouragées à s’exprimer. Comme le dit Hwa-jin à un élève victime de harcèlement, si sa souffrance reste cachée, personne ne saura qu’il a besoin d’aide.

La série s’éloigne également de l’opposition manichéenne entre héros et méchants. On apprend qu’un jeune délinquant incarcéré dans un centre de détention pour mineurs a lui-même été une victime par le passé, une personne dont la souffrance est passée inaperçue jusqu’à ce qu’elle débouche sur de la violence. Sa supplique adressée à Hwa-jin – « Pourrais-tu me promettre une seule chose ? Peux-tu faire en sorte que personne ne finisse comme moi ? » – semble s’adresser autant au public qu’au personnage.

Quel est le but de l’éducation ?

C’est cette question, bien plus que n’importe quelle scène de combat ou confrontation dramatique, qui permet d’expliquer pourquoi Que ça vous serve de leçon a conquis un public du monde entier.

Le pouvoir de fascination de cet univers fictif s’étend bien au-delà de la Corée du Sud. La série est notamment devenue virale en Chine pendant la période du gaokao – le très sélectif examen national d’entrée à l’université –, en résonnance avec des inquiétudes largement partagées autour de la pression scolaire, de l’équité et de l’égalité des chances.

Des études indiquent que la confiance dans l’éducation moderne est en recul dans de nombreux pays, dont l’Australie. Les parents s’inquiètent du harcèlement, les enseignants font état d’une charge de travail ingérable et d’une autorité en déclin, tandis que les décideurs politiques peinent à concilier les exigences contradictoires imposées aux établissements scolaires.

Parallèlement, la série est profondément ancrée dans la culture sud-coréenne de la réussite scolaire à tout prix, où les performances académiques sont étroitement liées à l’ascension sociale et où l’éducation revêt une importance émotionnelle et économique considérable.

Dans le dernier épisode, Hwa-jin dit à l’étudiant responsable de la mort de sa femme :

« Les opportunités ne tombent pas du ciel, on les mérite quand on les veut vraiment. »

Cette réplique résume une conviction très répandue en Asie de l’Est et au-delà : l’éducation est la meilleure chance d’accéder à une vie meilleure.

Mais que se passe-t-il lorsque les enseignants, les parents et les décideurs politiques ne disposent pas des moyens nécessaires pour faire face aux problèmes qui se présentent à eux, et que certains en paient le prix ? Dans ce cas, à quoi sert réellement l’éducation ?

The Conversation

Yanyan Hong ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. À quoi sert l’éducation ? Pourquoi la nouvelle série coréenne « Que ça vous serve de leçon » fait un carton – https://theconversation.com/a-quoi-sert-leducation-pourquoi-la-nouvelle-serie-coreenne-que-ca-vous-serve-de-lecon-fait-un-carton-286084

Quand Hollywood a changé d’ennemi : comment les films de la guerre froide ont transformé les Allemands en alliés

Source: The Conversation – in French – By Manon Kuffer, Docteure en civilisation américaine du XXième-XXIième siècle, Université de Lorraine

Marlene Dietrich dans *A Foreign Affair* (*La Scandaleuse de Berlin*, 1948), de Billy Wilder. Arte

Alors que les menaces de retour de la guerre en Europe de l’Ouest remet au premier plan l’antagonisme « ennemis / alliés », l’histoire montre que ces catégories ne sont jamais figées. Après 1945, Hollywood participe à cette redéfinition : l’Allemagne, ennemi vaincu, devient progressivement un partenaire face à une nouvelle menace, l’Union soviétique.


En 1945, l’Allemagne nazie incarne l’ennemi absolu. Après plusieurs années de guerre et la découverte lors des procès de Nuremberg des crimes commis par le régime hitlérien, rien ne semble pouvoir réhabiliter son image auprès de l’opinion publique américaine. Pourtant, à peine quelques années plus tard, plusieurs films hollywoodiens proposent un regard bien plus nuancé sur les Allemands. Comment expliquer ce basculement ?

Ce changement n’est pas uniquement le fruit de choix artistiques. L’historien Brian Etheridge explique dans son ouvrage Enemies to Allies (2016) qu’il s’accompagne d’une transformation géopolitique majeure. Avec le début de la guerre froide, les États-Unis doivent désormais faire face à un nouvel adversaire : l’Union soviétique. L’ancien ennemi allemand devient progressivement un partenaire indispensable. Le cinéma hollywoodien va se faire le témoin de cette évolution et va même contribuer à la façonner.

Qui était réellement l’ennemi ?

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, une question divise les Américains : les Allemands sont-ils collectivement responsables du nazisme ou en sont-ils eux-mêmes les victimes ? Comme l’a montré l’historienne Michaela Hoenicke Moore dans Know your Enemy (2010), ce débat est loin d’être théorique. Il conditionne directement les politiques d’occupation et de reconstruction.

Derrière cette opposition politique se joue aussi une bataille des représentations. Dans les années 1930 et 1940, l’Allemagne oscille déjà dans l’imaginaire américain entre deux présentations contradictoires : celle d’une voie particulière (Sonderweg) et celle d’une nation associée à la culture, à la modernité et à une certaine proximité avec les États-Unis prônée par le président Roosevelt.

Cette ambiguïté rend plus facile, après 1945, la possibilité d’un glissement progressif de l’ennemi vers l’allié.

Berlin, centre névralgique de la Guerre froide

Cette évolution apparaît très nettement dans plusieurs films hollywoodiens tournés à Berlin entre 1945 et la construction du mur en 1961.

Ces œuvres montrent une ville complètement détruite, divisée et occupée par les vainqueurs. Les premières images sont souvent parlantes : des personnages américains observent Berlin depuis un avion.

Bande annonce de The Big Lift (La Ville écartelée), 1950, un film de George Seaton, avec Montgomery Clift et Paul Douglas.

Symboliquement, les vainqueurs surplombent et contemplent les ruines du IIIᵉ Reich. Cependant, derrière cette mise en scène d’une réaffirmation de la victoire s’écrit progressivement un autre récit.

Les Berlinois n’apparaissent plus seulement comme les représentants du régime nazi : la plupart sont des femmes confrontées à la faim et aux pénuries, qui les contraignent à recourir au marché noir et à la prostitution alimentaire.

Le regard porté sur les vaincus commence à changer. Les Allemands ne sont plus uniquement perçus comme de responsables du nazisme et de ses crimes, mais comme des individus fragiles, qu’il faut protéger.

La « Fräulein », nouvelle « fiancée des États-Unis »

C’est dans ce contexte que la figure de la Fräulein (la demoiselle) allemande occupe une place centrale. Souvent jeune, séduisante et débrouillarde, elle survit dans les ruines de Berlin grâce à sa résilience. Cette présence féminine s’explique aussi par une réalité démographique : dans l’Allemagne d’après-guerre, les femmes entre 20 et 40 ans sont trois fois plus nombreuses que les hommes.

The Ruins Of Berlin, chantée par Marlene Dietrich, tirée de la bande-son du film A Foreign Affair (La Scandaleuse de Berlin, 1948).

Le film A Foreign Affair (la Scandaleuse de Berlin, 1948), réalisé par Billy Wilder, en offre l’un des exemples les plus frappants. Son héroïne, interprétée par Marlene Dietrich, entretient des liens avec d’anciens dignitaires nazis tout en suscitant l’empathie des spectateurs. Elle n’est ni totalement coupable ni totalement innocente. Inscrite dans cette zone grise, c’est toute l’ambiguïté de l’Allemagne d’après-guerre qu’elle incarne.

Il en va de même pour The Big Lift (La Ville écartelée , 1950) un semi-documentaire de George Seaton. Le GI Danny McCullough (Montgomery Clift) et l’opérateur radio Hank Kowalsky (Paul Douglas) sont envoyés à Berlin durant le pont aérien de 1948-1949, qui est une réponse au blocus imposé par les Soviétiques. Dans la capitale ravagée, ils sont accueillis par les locaux, parmi lesquels se trouve la mystérieuse Frederika Burkhardt (Cornell Borchers), dont Danny va tomber sous le charme. Frederika se présente comme veuve de guerre éplorée, son mari étant tombé sur le front de l’Est. Cependant, Danny va apprendre par son ami Kowalsky, ancien prisonnier de guerre, que Frederika est une fine calculatrice qui mène un double jeu.

Les films berlinois échappent au manichéisme traditionnel de la guerre froide en redistribuant les cartes victimes / coupables. L’historien Florian Weiss nous rappelle :

« Forte de l’aide à la reconstruction, l’Allemagne de l’Ouest n’est-elle pas devenue – à l’instar de la Fräulein dans la détresse, pour laquelle le GI est autant un protecteur qu’un soutien – la fiancée des États-Unis ? »

Une histoire d’amour comme métaphore des relations entre les États-Unis et l’Allemagne

Dans ces films, les relations entre soldats américains et femmes allemandes sont au cœur de l’intrigue. À première vue, il s’agit de simples histoires sentimentales. En réalité, elles constituent une métaphore des nouvelles relations entre les deux pays.

Ce déplacement d’un conflit politique vers la sphère intime montre la façon dont le cinéma hollywoodien des débuts de la guerre froide a simplifié les enjeux géopolitiques en récits romantiques. Ces histoires d’amour permettent de rendre compréhensibles les rapports de force internationaux pour un public large. Cela passe par des formes narratives immédiatement lisibles : désir, dépendance, protection, trahison ou réconciliation.

Ces romances fonctionnent alors comme de récits de transition : elles accompagnent le passage symbolique de l’ennemi à l’allié. Mais elles produisent aussi des stéréotypes durables, en ce que les soldats doivent alors réaffirmer leur position de vainqueurs et leur masculinité, mise à mal par cette fraternisation, pourtant interdite, avec les populations locales. Les rapports de genre deviennent donc étroitement liés aux rapports de pouvoir internationaux.

De l’ancien ennemi au nouvel allié

Avec l’escalade de la guerre froide, Hollywood participe à la construction d’un nouvel imaginaire de l’ennemi, désormais incarné par l’Union soviétique. Le cinéma d’espionnage, les récits paranoïaques ou les films de science-fiction traduisent cette nouvelle peur collective. Citons par exemple : I Was a Communist for the FBI (Gordon Douglas, 1951) et Invasion of the Body Snatchers (l’Invasion des profanateurs, Don Siegel, 1956), The Day the Earth Stood Still (Le jour où la Terre s’arrêta, Robert Wise, 1951).

Les films berlinois éclairent, quant à eux, la situation internationale à distance des États‑Unis : le soldat américain se doit d’agir comme un ambassadeur des États-Unis dans une Allemagne de l’Ouest de plus en plus alignée, voire inféodée, aux intérêts américains.

Les films berlinois déstabilisent donc les rôles de genre traditionnels pour mieux les reconstruire. Ce recentrage des normes traditionnelles de genre devient alors l’illustration d’une relation diplomatique germano-américaine très étroite. Bien que les films ne reflètent pas directement la réalité sociale et politique de l’après-guerre, ils contribuent à la construction d’un imaginaire collectif.

Le caractère ambigu des Fräulein n’est pas uniquement le résultat d’un déplacement de peurs plus directement « politiques » vers le registre des rapports de genre, ni la seule illustration d’une peur masculine de l’émancipation féminine. Dans les films berlinois, ces deux interprétations sont intrinsèquement liées et se renforcent mutuellement. L’anticommunisme américain doit donc y être considéré comme une appréhension généralisée. Il englobe à la fois la crainte de ce qui est perçu comme étranger, féminin, la peur du communiste ainsi que celle de l’ancien nazi.

Les ennemis d’hier ne sont donc pas nécessairement ceux d’aujourd’hui ou de demain. En montrant comment Hollywood, au début de la guerre froide, a contribué à transformer l’image des Allemands, passés du statut d’adversaires à celui d’alliés, les films berlinois rappellent que les figures de l’ennemi sont des constructions historiques et culturelles en constante évolution.

Loin de refléter simplement les rapports de force internationaux, Hollywood participe à leur mise en récit et à leur légitimation. Cette histoire éclaire ainsi la manière dont les sociétés redéfinissent, selon les contextes politiques, ceux qu’elles perçoivent comme des menaces ou comme des partenaires.

The Conversation

Manon Kuffer a reçu des financements de la Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES) et de l’Association Française d’études américaines (AFEA) pour une bourse de mobilité à la Margaret Herrick Library de Los Angeles.
Sa thèse a été financée par un contrat doctoral de l’Université de Lorraine.

ref. Quand Hollywood a changé d’ennemi : comment les films de la guerre froide ont transformé les Allemands en alliés – https://theconversation.com/quand-hollywood-a-change-dennemi-comment-les-films-de-la-guerre-froide-ont-transforme-les-allemands-en-allies-285212

Influenceurs virtuels : quand la médiation de l’information échappe à l’humain

Source: The Conversation – France (in French) – By Gwarlann De Kerviler, Associate Professor – IÉSEG School of Management – LEM (Lille Economie Management, UMR 9221), IÉSEG School of Management

Sur l’écran, ils ont tout pour eux. Disponibles, moins coûteux et contrôlables par définition, les avatars virtuels pourraient être des influenceurs parfaits pour les marques sauf que… les humains font spontanément davantage confiance à l’un des leurs. Jusqu’à quand ?


Les créateurs de contenu sont omniprésents dans le paysage audiovisuel et sur les réseaux sociaux, devenant des intermédiaires incontournables dans l’accès aux informations et à la consommation. Leur capacité à capter l’attention, forger les opinions et modifier les envies interroge. Ce phénomène devient encore plus préoccupant avec l’émergence des influenceurs virtuels, qui n’ont pas de réalité humaine et ne dévoilent pas qui est vraiment derrière « leurs » préconisations. Aujourd’hui, les humains préfèrent systématiquement faire confiance à d’autres humains, même lorsque l’agent artificiel est plus performant (Dietvorst et coll.), mais qu’en sera-t-il demain ?

Aux États-Unis, le Pew Research Center (2024) montre que 21 % des adultes s’informent régulièrement via des « news influencers », et 65 % d’entre eux estiment que ces créateurs les aident à mieux comprendre l’actualité. En France, le Reuters Institute (2025) identifie la même dynamique : les créateurs de contenus éclipsent désormais les marques médias traditionnelles, en termes d’attention sur les réseaux sociaux. En 2025, 37 % des Français utilisent les réseaux sociaux pour s’informer. Chez les moins de 35 ans, le créateur Hugo Décrypte touche chaque semaine 22 % de cette tranche d’âge, autant voire plus que la plupart des médias traditionnels. Dans le même temps, seuls 29 % des Français déclarent faire confiance à l’information, plaçant la France en 41ᵉ position sur 48 pays étudiés.




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Léna Situations, elle, fait son entrée au musée Grévin. Une première pour une influenceuse française, et un symbole fort. Désormais, l’influence numérique s’installe dans le paysage culturel aussi sûrement que dans les stratégies des marques.

De nouveaux intermédiaires

Le développement des influenceurs révèle un basculement : l’information ne circule plus seulement de la marque vers un public via un média (journaux, radio, TV, etc.), mais aussi d’individu à individu, via des intermédiaires qui sélectionnent, interprètent et mettent en forme les contenus auprès de leur communauté profilée et engagée. C’est ce que Lazarsfeld et Katz appellent la « médiation », qui permet à des leaders d’opinion d’être des acteurs clés dans la circulation des idées. Le phénomène n’est pas nouveau, mais les réseaux sociaux lui donnent une ampleur inédite par leur capacité de diffusion rapide à grande échelle.

Aujourd’hui, un influenceur est à la fois source d’inspiration, diffuseur d’informations et prescripteur commercial. Léna Situations ne recommande pas seulement des produits : elle diffuse un modèle à suivre, partage des conseils et des valeurs, suggère des modes de vie et des façons de voir le monde. L’influence ne se limite plus à favoriser l’achat : elle façonne aussi les repères, les normes et l’accès à l’information.

Quand l’avatar devient influenceur

Face aux aléas de la médiation par un influenceur humain (risques de controverses, d’exigences démesurées ou de prises de position imprévisibles), certaines marques ont franchi un pas supplémentaire, en utilisant comme intermédiaire de communication des avatars générés par intelligence artificielle.

Lil Miquela, créée par la startup américaine Brud, cumule 2,3 millions d’abonnés sur Instagram. BMW l’a mise en scène pour promouvoir son modèle électrique iX2 dans une campagne baptisée « Make It Real », où l’avatar explore les fonctionnalités du véhicule dans un univers immersif mêlant décors réels et éléments numériques. Tout est calibré, maîtrisé, aligné avec l’univers de marque, sans les imprévus d’un tournage avec un humain.

La logique est avant tout stratégique : contrôle total du message, cohérence de marque, disponibilité permanente. Un avatar ne tombe pas malade, ne s’engage pas publiquement sur un sujet controversé et ne renégocie pas son contrat en cours de campagne. Pas de clause d’exclusivité, pas de risque réputationnel. Chaque contenu peut être produit sans les coûts logistiques d’un tournage avec un humain. Les influenceurs virtuels permettent une médiation maîtrisée. Mais cette maîtrise a un coût en termes d’image et de relationnel que la recherche commence à mesurer.

Les limites de l’avatar

Les travaux scientifiques convergent : les influenceurs humains, qui font preuve d’empathie et qui peuvent vivre de vraies expériences, surpassent les avatars sur les dimensions clés de la persuasion. L’étude expérimentale de Dondapati et Dehury, publiée dans Computers in Human Behavior: Artificial Humans et menée auprès de 624 participants, le confirme sans ambiguïté. Les audiences rapportent des niveaux de relation parasociale significativement plus faibles avec les influenceurs virtuels (score moyen de 2,09 sur 5) qu’avec les humains (4,52). L’homophilie perçue, c’est-à-dire le sentiment de proximité et de ressemblance avec le créateur, est également inférieure pour les avatars. Et l’effet se traduit directement en intention d’achat.

Si l’amélioration des techniques permet de renforcer l’authenticité perçue des avatars en rapprochant le rendu de contenus réels, l’écart entre humains et avatars reste significatif. La relation parasociale, ce sentiment de lien personnel avec un créateur que l’on suit régulièrement, ne fonctionne pleinement que si l’on perçoit un être humain derrière l’écran, avec une histoire, des passions, des envies et des émotions. Un avatar, aussi bien conçu soit-il, ne pourra pas reproduire la vulnérabilité ni l’évolution personnelle qui nourrissent la relation d’un influenceur humain avec sa communauté.

D’autres travaux complètent le tableau. Li et Ma (2023) identifient, par exemple, un problème de corporalité : l’absence de corps réel d’un avatar limite la projection émotionnelle du public. Lou et al. (2022) révèlent un effet de trahison perçue lorsque l’audience découvre la nature artificielle d’un influenceur qu’elle pensait humain : la confiance chute et, avec elle, l’engagement.

En somme, l’influence repose sur des mécanismes profondément humains (empathie, émotions partagées, authenticité, vulnérabilité, expériences vécues) que l’intelligence artificielle (IA) reproduit imparfaitement.

Des risques exponentiels

Si les avatars peinent à vendre, pourquoi s’en préoccuper ? Parce que même si l’attachement que peut leur témoigner un abonné est encore limité, ces IA introduisent une représentation idéale et déformée de la réalité, en termes d’apparence, de contenu et de mise en forme. Ce faisant, elles modifient les attentes des consommateurs, et de façon plus diffuse, et moins consciente, les normes et représentations sociales.

Par ailleurs, lorsqu’un avatar devient médiateur de contenus culturels ou informationnels, une question inédite se pose : auprès de qui vérifier les données ? Un influenceur humain a un parcours, une expertise identifiable, un visage et un identifiant auquel on peut s’adresser. Un avatar, lui, ne renvoie à aucun interlocuteur.

Le cas d’Anne Kerdi est éclairant. Cette influenceuse virtuelle bretonne, suivie par près de 13 000 abonnés sur Instagram valorise la culture, le patrimoine et l’environnement de la Bretagne. Ambassadrice du fonds de dotation Océanopolis Act pour la protection des littoraux, elle sélectionne des sujets, raconte des traditions, partage des événements. Si cela peut sembler inoffensif, une question de vérification des informations se pose. Elle prévient elle-même sur son profil : « en tant qu’IA, je peux faire des erreurs. Vérifiez mes informations. » Mais combien d’utilisateurs vérifient ? Rappelons que seuls 11 % des Français déclarent avoir reçu une éducation aux médias.

Ces éléments mettent en avant deux risques : un médiateur artificiel n’a pas d’expérience vécue, pas de responsabilité éditoriale, pas de comptes à rendre, et ne dit pas qui conçoit les contenus, où est puisée l’information, ni comment sont produites les réponses. La littérature sur la confiance dans l’IA le confirme. Dès lors, la confiance qui s’appuie généralement sur l’expertise, l’empathie et la transparence est difficile à accorder à un avatar.

M6 Infos, 2024.

Une responsabilité globale

Selon une étude Semrush (2026), les IA génératives puisent massivement dans les contenus des plateformes sociales (Reddit 11 %, LinkedIn 11 %, YouTube 9 %) pour construire leurs réponses. Les contenus produits par des avatars peuvent donc être alimentés par des expériences réelles qui se retrouvent ainsi recyclées dans les réponses de ces outils. Cette confusion des genres peut créer une fausse impression d’authenticité et réduire peu à peu la distance perçue entre influenceurs virtuels et humains.

Il devient très difficile de savoir, en tant que consommateur, dans quelle mesure un contenu est le reflet d’une émotion ressentie, d’une expérience vécue, d’une opinion humaine, ou si ce contenu est une synthèse artificielle conçue par une machine pour paraître authentique. La médiation artificielle ne se limite pas à ceux qui suivent un influenceur : elle contamine l’ensemble de l’écosystème informationnel.

Dans un paysage où la confiance dans les médias est au plus bas, la question n’est plus seulement de savoir si les influenceurs virtuels sont efficaces. Elle est de savoir si les consommateurs peuvent identifier qui leur parle, d’où proviennent les informations, et si les médiateurs qui façonnent leurs repères ont un vécu, une responsabilité, une éthique. La vraie question posée par les influenceurs virtuels n’est pas seulement technologique. Elle est aussi démocratique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Influenceurs virtuels : quand la médiation de l’information échappe à l’humain – https://theconversation.com/influenceurs-virtuels-quand-la-mediation-de-linformation-echappe-a-lhumain-284757

Zimbabwe, Venezuela, Philippines : les banques centrales aussi peuvent faire faillite !

Source: The Conversation – France in French (3) – By Charbel Cordahi, Professeur de Finance & Economie, GEM

Une banque centrale a un pouvoir de seigneuriage, hérité du Moyen Âge. Elle peut créer de façon illimitée de la monnaie. Alors comment est-il possible qu’elle puisse faire faillite ? Explication avec les cas du Zimbabwe, du Venezuela et des Philippines.


Une banque centrale ne pourrait pas faire faillite, car elle dispose du pouvoir féodal de « battre monnaie », ou seigneuriage. Ce terme désigne le privilège d’émettre de la monnaie ; il est autrefois détenu par les seigneurs féodaux, aujourd’hui par les États. Il repose sur la différence entre la valeur de la monnaie émise – comme l’or initialement – et son coût de fabrication ainsi que les intérêts perçus.

De façon théorique, une banque centrale ne pourrait faire faillite ; elle a toujours la capacité de créer de la monnaie. Cependant, les exemples du Zimbabwe, du Venezuela ou des Philippines fournissent les preuves qu’elle peut bel et bien se retrouver en situation d’insolvabilité.

Ces cas historiques mettent en évidence les limites du seigneuriage, notamment face à la dollarisation de l’économie mondiale.

Seigneuriage de la monnaie

Le seigneuriage contribue à maintenir la solvabilité d’une banque centrale. Ce revenu, tiré de l’émission de monnaie, renforce ses fonds propres (ses ressources) et procure de facto une source illimitée de revenus futurs. Concrètement, pour régler leurs dettes, il lui suffit de créer de la monnaie.

Le pouvoir de seigneuriage ne s’exerce que sur la monnaie nationale. Si une banque centrale peut créer sa propre devise, elle ne peut le faire avec une autre monnaie. Par exemple, seule la Banque centrale européenne (BCE) est autorisée à créer des euros.

Les réserves de change, en euro ou en dollar états-unien, deviennent alors cruciales. Sans elles, la banque centrale ne peut plus intervenir efficacement sur le marché des changes ni financer les importations essentielles à son pays. Par exemple, fin 2024, les Philippines disposaient d’une réserve de 106 milliards de dollars états-uniens fin 2024 (92,54 milliards d’euros) à l’actif du bilan de la banque centrale.

Une banque centrale n’est pas une banque privée

Une banque centrale diffère d’une entreprise privée. Elle ne peut pas être liquidée au sens juridique du terme. Son capital peut devenir négatif sans interrompre ses opérations de politique monétaire, de refinancement bancaire, de gestion des réserves de change ou de paiement.

Elle peut continuer à fonctionner même avec des pertes et n’est soumise à aucune exigence minimale de fonds propres. Son objectif premier reste la stabilité des prix, non des gains financiers.

Une banque centrale inscrit à son actif ses réserves en or et en devises, ainsi que des titres de dette – publique et, parfois, privée. De l’autre côté du bilan, au passif, figurent les billets en circulation ainsi que ses dettes envers les banques, le Trésor ou les autres banques centrales. Dans le langage monétaire, ces dettes sont appelées des engagements.

Si les pertes accumulées d’une banque centrale dépassent ses réserves et son capital – capitaux propres négatifs –, ou si la valeur de ses engagements excède celle de ses actifs – insolvabilité –, sa capacité à mener efficacement la politique monétaire peut être compromise.

C’est le cas lorsque :

  • les dettes (engagements) de la banque centrale sont libellées dans une monnaie étrangère. Au Pakistan, ils le sont en dollars états-uniens ou en yuans ;

  • les réserves internationales sont épuisées, comme ce fut le cas au Sri Lanka en 2022 ;

  • la politique monétaire est subordonnée au financement des déficits publics, comme au Zimbabwe dans les années 2000 ;

  • l’économie est petite et ouverte, donc exposée aux chocs extérieurs, comme à Maurice ;

  • le régime est en crise politique, comme en Argentine dans les années 2000.

Insolvabilité technique et défaut opérationnel

Une banque centrale peut devenir insolvable. Ce cas de figure existe quand elle ne dispose plus des réserves internationales, notamment le dollar états-unien, nécessaires pour payer ses créanciers.

On parle alors :

  • d’insolvabilité technique, pour une situation dans laquelle le passif d’une banque centrale excède l’actif, même si les opérations courantes continuent de fonctionner ;

  • ou de défaut opérationnel, à savoir une incapacité à remplir des fonctions clés, comme la défense, le règlement des importations ou le service de la dette externe.

Système dollarisé

Les cas les plus courants de vulnérabilité surviennent dans les systèmes dits non autonomes, notamment les systèmes dollarisés. La banque centrale perd sa capacité à créer une devise de référence utilisée pour les échanges internationaux, comme le dollar – monnaie d’ancrage. Elle devient dépendante des flux de devises provenant des exportations, des investissements directs étrangers (IDE) ou des prêts extérieurs.

Du côté des économies émergentes, l’expérience montre que les banques centrales enregistrent plus fréquemment des capitaux propres négatifs ou des pertes prolongées. Ces dernières sont dues à un ratio élevé de dette publique par rapport au produit intérieur brut (PIB), à un déficit courant persistant et à l’importance des dettes (engagements) en devises – c’est-à-dire des dépôts en monnaies étrangères détenus par les banques commerciales et les administrations publiques auprès de la banque centrale.

Le résultat est différent du côté des économies avancées. Elles n’ont pas expérimenté l’insolvabilité opérationnelle – où le passif dépasse l’actif –, malgré les pertes massives liées aux achats d’actifs (obligations publiques et privées) depuis la crise de 2008 et la pandémie de Covid-19. Ces programmes ont accru leurs pertes et les ont exposées à un risque de capitaux propres négatifs, c’est-à-dire de pertes accumulées rongeant leurs fonds propres.

Du dollar états-unien au dollar zimbabwéen

Dans les années 2000, la Banque centrale du Zimbabwe s’engage dans un financement massif de son déficit public à travers l’émission de dollars zimbabwéens, la monnaie nationale de l’époque. Conséquence : une hyperinflation record, dont le taux mensuel a atteint 79,6 milliards % en novembre 2008, soit un doublement des prix toutes les 24 heures. En 2009, l’abandon de cette monnaie et l’adoption du dollar états-unien ôtent toute autonomie monétaire au pays.

Le dollar zimbabwéen est réintroduit en 2019. La faiblesse des réserves de change et le financement des déficits publics entraînent une forte dépréciation du taux de change parallèle – en 2023, un dollar états-unien s’échangeait sur le marché informel à un cours deux à trois fois supérieur au taux officiel – et à une nouvelle faillite de la banque centrale.

Marché noir du dollar au Venezuela

Un second exemple est celui du Venezuela, depuis les années 2010. La banque centrale du pays a financé des déficits chroniques alimentés par la chute des revenus pétroliers et une gestion budgétaire déséquilibrée, entraînant au passage l’effondrement du bolivar, le développement d’un marché noir du dollar états-unien et une hyperinflation.

Le Venezuela a connu une crise politique et majeure dans les années 2010.
Wikimédia

Les sanctions internationales gèlent une partie des avoirs en or et en devises, amplifiant la crise. Celle-ci est aggravée par le manque d’indépendance de la banque centrale vis-à-vis du pouvoir politique. À cela s’ajoutent des manipulations des statistiques économiques, qui érodent la confiance des ménages et des investisseurs. Il en résulte une réduction des importations, une paupérisation généralisée et une dollarisation de fait de l’économie. Au début des années 2010, plus de 90 % des transactions sont réalisées en dollars états-uniens.

La faillite de la Banque centrale du Venezuela s’est manifestée par son incapacité à mobiliser ses réserves internationales et par l’effondrement de la crédibilité du bolivar. Le financement monétaire des déficits publics et l’hyperinflation ont conduit les ménages et les entreprises à abandonner la monnaie nationale au profit du dollar états-unien.

Le contre-exemple des Philippines

Dans les années 1980, la Banque centrale des Philippines se retrouve en situation d’insolvabilité à la suite d’importantes opérations menées pour le compte de l’État. Elle finance notamment des programmes de crédit subventionnés, vient au secours de banques en difficulté ou accorde des garanties de change coûteuses en pleine crise. Ces interventions génèrent des pertes considérables, représentant plus de 24 % du PIB entre 1982 et 1985. Résultat : elle ne parvient plus à remplir efficacement ses missions, en perdant sa capacité à maîtriser l’inflation et à stabiliser le taux de change.

L’ancienne banque centrale est considérée comme insolvable. Par conséquent, le législateur créé la Bangko Sentral ng Pilipinas en 1993, dotée d’une autonomie et d’une capitalisation renforcées – un cas rare de « résolution institutionnelle » d’une banque centrale. Elle s’est recentrée sur ses missions essentielles. Dotée d’une plus grande indépendance et d’un bilan assaini, elle a progressivement restauré sa crédibilité et sa capacité à conduire la politique monétaire.

The Conversation

Charbel Cordahi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Zimbabwe, Venezuela, Philippines : les banques centrales aussi peuvent faire faillite ! – https://theconversation.com/zimbabwe-venezuela-philippines-les-banques-centrales-aussi-peuvent-faire-faillite-283182

Match Canada-Maroc : pour qui prendre parti lorsque l’équipe de votre pays d’accueil affronte celui de vos origines ? Un dilemme pour de nombreux Néo-Canadiens

Source: The Conversation – in French – By Cary Foo, PhD Student, Recreation and Leisure Studies, University of Waterloo, University of Waterloo

Le match de samedi qui verra s’affronter le Canada et le Maroc en Coupe du monde place la communauté marocaine, très nombreuse au Québec, devant un choix qui peut s’avérer déchirant entre leur pays d’origine et leur pays d’adoption. Ce dilemme, loin de se limiter à cette communauté, révèle le lien complexe entre identité, migration et allégeance sportive au sein de la mosaïque culturelle canadienne.


Jesse Marsch, sélectionneur de l’équipe nationale canadienne de football, a déclaré à l’approche de la Coupe du monde de la FIFA : « Nous sommes tellement fiers de rassembler le pays autour de l’équipe du peuple cet été ».

Si ce message illustre l’enthousiasme suscité par la participation du Canada à domicile, la manière dont l’« équipe du peuple » est perçue par les Canadiens eux-mêmes pendant la Coupe du monde est plus nuancée.

La Coupe du monde représente un moment particulier pour le Canada, où la diversité et la culture sont mises en avant. C’est pourquoi de nombreux Canadiens pourraient arborer plusieurs drapeaux – et pas seulement celui à la feuille d’érable – tout au long de la compétition.

Un tournoi mondial dans un pays multiculturel

Les événements sportifs internationaux comme la Coupe du monde permettent aux gens de célébrer des identités communes et de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté parmi leurs compatriotes. Mais comprendre qui une personne choisit de soutenir lors de tournois mondiaux peut s’avérer complexe et va au-delà du pays où elle vit.

En effet, l’attachement à une équipe sportive n’est pas toujours simple ; il est façonné par l’histoire personnelle et la migration. Si l’on tient compte de la dimension mondiale de la Coupe du monde moderne, les frontières s’estompent encore davantage. Des joueurs sur le terrain aux supporters dans les tribunes, le chevauchement des identités culturelles fait que le choix d’une équipe à soutenir dépend rarement uniquement du lieu où l’on vit actuellement.

L’équipe nationale du Canada reflète parfaitement le tissu multiculturel du pays, avec un effectif composé en grande partie de joueurs qui partagent des parcours d’immigration.

Richie Laryea, membre de l’équipe canadienne, a déclaré : « Notre équipe nationale est à l’image de ce qu’est notre pays aujourd’hui. Et c’est très bien ainsi. Elle doit être extrêmement diversifiée. » Mais les Canadiens qui partagent les mêmes origines ethniques que les joueurs de l’équipe nationale ont-ils du mal à décider qui soutenir ?

Le riche multiculturalisme du Canada – et la composition diversifiée de son équipe nationale – font de cette période un moment fascinant pour observer quel pays les Canadiens choisissent de soutenir pendant la Coupe du monde.


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Allez le Canada ?

Avant 2022, l’équipe nationale masculine canadienne était rarement le premier choix des fans de football au Canada, principalement parce qu’elle ne se qualifiait presque jamais pour la Coupe du monde. De ce fait, la Coupe du monde était l’occasion, dans de nombreuses villes canadiennes, de renouer avec ses racines culturelles et d’encourager plutôt le pays d’origine de sa famille.

Lors de la Coupe du monde 2018, le Croatia Park de Mississauga est devenu un immense lieu de rassemblement pour les Canadiens d’origine croate venus encourager leur équipe nationale et célébrer leurs racines. Si de telles scènes mettent pleinement en valeur la diversité du Canada, elles soulèvent également une question fascinante : lorsque chacun soutient son pays d’origine, quelle place reste-t-il à l’équipe canadienne elle-même ?

Ces célébrations mettent en lumière une véritable crise d’identité pour certains supporters, maintenant que le Canada est devenu un concurrent régulier sur la scène internationale. Le véritable dilemme survient lorsque les gens se sentent profondément déchirés entre leur pays d’origine et leur pays d’accueil. Les supporters peuvent être confrontés à la décision difficile de choisir quel drapeau hisser – ou quelle patrie occupera la première place s’ils décident d’arborer les deux.




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Identités contradictoires

Dans l’univers très compétitif du sport de haut niveau, gagner est tout ce qui compte. À mesure que les équipes sont éliminées et que le tournoi bat son plein, les Canadiens partagés entre deux loyautés peuvent se retrouver tiraillés dans plusieurs directions. Cela peut amener bon nombre d’entre eux à se sentir véritablement tiraillés quant à l’équipe qu’ils « devraient » soutenir.

Une étude portant sur la Coupe du monde 2014 a montré que les supporters peuvent soutenir certaines équipes lorsqu’ils découvrent des liens personnels avec ces nations. Un participant à l’étude, d’origine kenyane, a déclaré : « J’ai été attiré par la Belgique, car leur attaquant est un Belge d’origine kenyane. »

L’attaquant Jonathan David, de l’équipe canadienne, est d’origine haïtienne ; ses deux parents sont nés à Port-au-Prince. Lors d’une interview donnée lors de la Gold Cup de la Concacaf 2019, où le Canada affrontait Haïti, David a expliqué :

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’affronter le pays où l’on a vécu quand on était plus jeune. Mais je dois tout de même y aller avec la mentalité que je dois faire mon travail pour mon pays.

Malgré l’élimination d’Haïti de la Coupe du monde, un débat passionnant persiste : les Canadiens d’origine haïtienne ont-ils été tiraillés quant à leur identité au moment de choisir s’ils devaient soutenir le Canada, Haïti, ou les deux ? À présent, l’attention se porte sur la question de savoir si les origines haïtiennes de David incitent activement la communauté à se rallier derrière l’équipe canadienne pour le reste du tournoi.




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Pas besoin de choisir son camp

Au final, les supporters ne sont pas obligés de choisir une seule équipe : ils peuvent soutenir à la fois les équipes qui représentent leur héritage culturel et la sélection canadienne qui entre dans l’histoire. Parallèlement, le succès du Canada sur le terrain nous pousse à repenser ce que signifie réellement être « Canadien » dans un pays où soutenir ses origines a longtemps été la norme.

Au final, le choix de l’équipe que les Canadiens décident d’encourager offre un aperçu fascinant de la mosaïque culturelle unique du pays.

Alors que les rues canadiennes se remplissent d’une mer colorée de drapeaux du monde entier et que les communautés se rassemblent autour d’une passion commune pour le football, c’est le moment idéal pour réfléchir à notre identité nationale.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Match Canada-Maroc : pour qui prendre parti lorsque l’équipe de votre pays d’accueil affronte celui de vos origines ? Un dilemme pour de nombreux Néo-Canadiens – https://theconversation.com/match-canada-maroc-pour-qui-prendre-parti-lorsque-lequipe-de-votre-pays-daccueil-affronte-celui-de-vos-origines-un-dilemme-pour-de-nombreux-neo-canadiens-286713