Le « Hondius » en quarantaine flottante : la mer comme observatoire de la propagation épidémique

Source: The Conversation – in French – By François Drémeaux, Enseignant-chercheur en histoire contemporaine, Université d’Angers

L’incident en cours à bord du MV Hondius, ce navire de croisière confronté à un foyer suspect d’infection à hantavirus et refoulé par les autorités du Cap-Vert, permet de souligner à la fois la difficulté et l’importance de la gestion des crises sanitaires en mer. Une perspective historique montre que les développements actuels reproduisent des schémas anciens.


Trois morts, cinq cas suspects, des passagers confinés en mer et un pays qui refuse l’accès à son port : l’épisode ravive des images récentes et d’autres plus lointaines ancrées dans l’imaginaire collectif, celles de navires en quarantaine au large, chargés de menaces invisibles.

À Marseille en 1720, la peste arrive par le Grand Saint-Antoine, de retour du Proche-Orient, et décime la ville au cours des mois qui suivent, notamment après de longues hésitations au sujet des mesures sanitaires à appliquer. Plus récemment, en 2020, le Diamond Princess, immobilisé au large du Japon avec ses 3 600 passagers au début de la pandémie de Covid-19, avait illustré la vulnérabilité des navires modernes face aux maladies infectieuses. Le Hondius s’inscrit dans cette lignée d’événements où la mer devient un espace d’isolement autant que de crise.

Navire de classe polaire, le Hondius appartient à la compagnie Oceanwide Expeditions. Il effectuait une croisière de quarante-six jours.
Oceanwide Expeditions

Alors que les épidémies peuvent désormais se transmettre rapidement par l’intermédiaire des transports aériens, un tel incident en mer donne l’impression de pouvoir arrêter le temps et de maîtriser la situation. Pour les épidémiologistes, ce sont des cas d’école qui permettent d’étudier la maladie au ralenti, pour les historiennes et historiens, c’est aussi l’occasion de constater l’efficacité de pratiques anciennes. Car, en mer, la gestion des épidémies obéit à des logiques spécifiques.

Jusqu’au début du XXe siècle, les longues traversées des paquebots constituaient des incubateurs potentiels pour les maladies infectieuses. Choléra, typhus ou fièvres diverses pouvaient se déclarer en cours de voyage et l’organisation sanitaire était alors pensée en conséquence. Selon les pays, des médecins embarqués deviennent peu à peu obligatoires à partir des années 1850, des protocoles d’isolement à bord sont mis en place et, surtout, les ports améliorent de rigoureux dispositifs de surveillance sanitaire. Les protocoles mis en place à Ellis Island à partir de 1892 pour contrôler les migrants européens qui débarquent aux États-Unis procèdent de cette logique.

Débarquement d’un malade, probablement fin XIXᵉ siècle.
Collection particulière

La santé maritime et les empires occidentaux

Le long des lignes maritimes qui forment les épines dorsales de la mondialisation au XIXᵉ siècle, d’abord en Méditerranée puis au fil des expansions impériales, les Européens organisent un complexe système de surveillance sanitaire. À la fois pour se prémunir de leurs voisins, pour affirmer leur domination sur certains pays – notamment colonisés –, mais aussi pour assurer une circulation fluide des produits et des passagers entre eux, la santé maritime devient un enjeu impérial. À l’approche des côtes, des médecins dits arraisonneurs montaient à bord pour évaluer l’état sanitaire du navire.

En cas de suspicion, l’embarcation se voyait refuser la patente qui lui permettait la libre pratique de son commerce, et les passagers étaient dirigés vers un lazaret, lieu de quarantaine souvent situé à l’écart des villes. Ces infrastructures formaient un maillage essentiel de la sécurité sanitaire internationale. Elles ont progressivement disparu après la Seconde Guerre mondiale, sous l’effet combiné des progrès médicaux et du basculement vers le transport aérien, bien plus rapide.

Visite médicale des émigrants au Havre (aujourd’hui en Seine-Maritime), avant l’embarquement, le 18 septembre 1909.
Collection French Lines & Compagnies, CC BY-NC-ND

Ce changement de temporalité a profondément modifié la dynamique des épidémies. Les périodes d’incubation des maladies n’ont pas changé, mais les durées de voyage, elles, se sont drastiquement réduites, y compris sur les navires de croisière dont l’objectif est souvent de multiplier les escales terrestres (un peu plus de sept jours en moyenne). Les croisières dites d’exploration dans des zones reculées et a fortiori les circuits dits de repositionnement d’un hémisphère à l’autre – comme celle que réalisait le Hondius jusqu’à présent – représentent précisément des exceptions par la multiplication du nombre de journées en mer, dans le cas présent entre Ushuaïa (Argentine) et Praia (Cap-Vert) et malgré des escales dans les îles de Géorgie du Sud et à Saint-Hélène.

En conséquence, les infections ont aujourd’hui davantage tendance à se manifester après le débarquement qu’en pleine mer. Le cas du Hondius, qui proposait ici un voyage de quarante-six jours, apparaît ainsi comme une résurgence d’un schéma ancien où la maladie se déclare à bord et impose une gestion en vase clos.

Les leçons de la pandémie de Covid-19

Il semble évident que des leçons ont été tirées de la pandémie de Covid-19. Lors de la quarantaine du Diamond Princess au Japon en 2020, le manque de clarté dans les informations données aux passagers et de formation du personnel ont été largement soulignés comme des facteurs aggravants. Le secteur de la croisière, en pleine expansion ces dernières années et représentant un marché de 37 millions d’individus en 2025, a vraisemblablement évolué sur le sujet puisque les personnels sont désormais formés et de stricts protocoles sont en place à bord.

Paradoxalement, avec les moyens de communication actuels, le huis clos du Hondius est rapidement devenu un événement global. Nos sociétés contemporaines, traumatisées par la pandémie de Covid-19, ont retrouvé des réflexes isolationnistes de précaution. À quelques encablures du port de Praia au Cap-Vert, le Hondius s’est vu refuser l’accès au territoire alors qu’un passager était déjà décédé à Saint-Hélène et deux autres avaient été évacués vers l’Afrique du Sud. Le directeur régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe Hans Kluge a jugé que « le risque pour l’ensemble du public demeure faible. Il n’y a aucune raison de céder à la panique ni d’imposer des restrictions de voyage ». Il n’empêche que la couverture médiatique dont bénéficie l’événement depuis le début de la crise en dit long sur les peurs de propagation.

Au cours du XIXe siècle, et notamment face aux grandes pandémies cholériques, des réglementations internationales ont été élaborées pour harmoniser les réponses et repousser les dangers sanitaires. En 1887, par exemple, les pays du cône sud-américain adoptent la convention de Rio pour protéger leurs relations commerciales internes et se prémunir des épidémies extracontinentales. Ces réglementations sanitaires maritimes sont alors strictement appliquées, notamment par l’Argentine, car ces dispositifs participent également à affirmer l’indépendance des États face aux pressions des puissances occidentales. Le refus du Cap-Vert d’accueillir le Hondius peut être lu par ce prisme. C’est un acte de précaution, mais aussi une décision politique de souveraineté.

Le médecin maritime, un acteur encore essentiel

Photographie d’un médecin de la Compagnie des messageries maritimes à la fin du XIXᵉ siècle.
Collection French Lines & Compagnie, CC BY-NC-ND

Au cœur de ces événements se trouve une figure souvent oubliée : le médecin maritime. Héritier des médecins de la marine militaire, son rôle s’est structuré au sein de la marine marchande au XIXᵉ siècle, notamment en France au fil des réformes de 1876 et 1896 qui professionnalisent la médecine embarquée. Aujourd’hui encore, une formation spécialisée subsiste en France à Brest (Finistère), préparant des praticiens à intervenir à bord ou depuis la terre mais toujours « en situation maritime ». L’épisode du Hondius souligne l’importance de ces compétences, à l’intersection de la médecine, de l’épidémiologie et de la logistique en milieu contraint.

La spécificité du milieu maritime ne tient pas seulement à l’isolement. Elle concerne aussi les vecteurs de maladies et, en l’occurrence, l’infection à hantavirus, lequel est suspecté dans cette affaire, se transmet par les rongeurs. Même s’il est hautement improbable que le mal vienne des entrailles du navire mais plutôt d’une escale, l’événement rappelle que la lutte contre les rats est une constante de l’histoire navale.

Les mesures drastiques mises en place au XIXᵉ siècle sont efficaces et permettent un net recul des populations de muridés à bord. La fumigation des cales en particulier, ou tout simplement l’installation de disques métalliques sur les amarres pour empêcher les rats de monter à bord comptent parmi les progrès majeurs. Malgré cela, la présence des rongeurs à bord n’est jamais totalement éradiquée. Paradoxalement, le nombre de rats retrouvés morts – mais sains après autopsie – à la fin d’une traversée était souvent considéré comme un indicateur indirect de l’état sanitaire du navire. La présence d’un cadavre animal pesteux signalait l’alerte sanitaire, avant même qu’un cas humain se manifeste.

Illustration d’un dispositif placé sur les amarres pour empêcher les rats de monter à bord des navires. Dessin de A. L. Tarter, années 1940.
Wellcome Collection, CC BY-NC-ND

Ces éléments rappellent que la mer reste un environnement à part, où les équilibres sanitaires sont fragiles. Ils invitent ainsi à réinvestir des champs d’études parfois négligés, à la fois dans le domaine maritime et sanitaire. Depuis quelques années, les historiennes et les historiens du fait maritime se penchent davantage au chevet des gens de mer. Une journée d’études consacrée à la santé en milieu maritime, intitulée « Prévenir et Guérir – Organiser la santé en mer (XVIIᵉ-XXᵉ siècle) », se tiendra par ailleurs le 13 mai prochain à l’Université d’Angers (Maine-et-Loire), signe que ces questions continuent de mobiliser les chercheuses et les chercheurs.

Loin d’être une simple anomalie, l’épisode du Hondius agit ainsi comme un révélateur. Il montre que, malgré les transformations des mobilités et des systèmes de santé, certaines configurations anciennes peuvent ressurgir. Et que, face à l’incertitude sanitaire, les sociétés renouent, parfois presque instinctivement, avec des pratiques héritées de plusieurs siècles d’expérience maritime.


La journée d’études « Prévenir et Guérir », sur l’histoire de la santé en mer, se tiendra le 13 mai 2026 à l’Université d’Angers (Maine-et-Loire).

Affiche de la journée d’études « Prévenir & Guérir » sur l’histoire de la santé en mer, le 13 mai 2026 à l’Université d’Angers.
steamer.hypotheses.org/3570, CC BY

The Conversation

François Drémeaux a reçu des financements de la commission européenne dans le cadre d’un contrat Marie Skłodowska-Curie Actions pour le programme de recherche SHIPPAN (Shipping Pandemics).

ref. Le « Hondius » en quarantaine flottante : la mer comme observatoire de la propagation épidémique – https://theconversation.com/le-hondius-en-quarantaine-flottante-la-mer-comme-observatoire-de-la-propagation-epidemique-282175

Comment le leader mégalomane assoit-il son emprise sur le groupe… et comment la perd-il

Source: The Conversation – in French – By Jean Poitras, Professeur titulaire en gestion de conflits, HEC Montréal

Les leaders mégalomanes fascinent. Ils affichent une confiance débordante, des ambitions parfois excessives et prennent des décisions souvent déconnectées de la réalité. Malgré cela, ils continuent d’attirer, autant dans le monde professionnel qu’en politique. Pourquoi ? Parce que leur ascension et leur chute ne reposent pas seulement sur leur personnalité, mais sur une dynamique plus large.


Les trois atouts du mégalomane

La clé explicative réside dans la convergence de trois forces : le narcissisme du leader mégalomane, l’incertitude qui pousse un groupe à rechercher un sauveur, et les dynamiques collectives de dissonance cognitive qui protègent ensuite cette croyance.

Le trait narcissique donne aux leaders mégalomanes une confiance exceptionnelle, une image d’eux-mêmes très élevée et une grande conviction dans leurs décisions. Cette assurance agit comme un signal de contrôle et de maîtrise, avant tout attractif quand le groupe traverse une période d’incertitude. En effet, elle réduit rapidement l’anxiété collective liée au flou, au doute et à l’absence de direction, même quand cette impression de maîtrise repose davantage sur la posture que sur une lecture fidèle de la réalité.

Dans un contexte d’incertitude, les membres tendent à privilégier des figures qui affichent une forte confiance. Cette posture réduit en effet l’anxiété commune et crée une impression rassurante de direction claire, favorisant ainsi l’adhésion à des initiatives ambitieuses pour régler des problèmes, même lorsqu’elles s’avèrent peu réalistes. Cette dynamique se révèle d’autant plus puissante que le mégalomane semble souvent très performant au départ : il simplifie des problèmes complexes, prend des décisions rapidement et lance des actions visibles qui créent un sentiment immédiat de dynamisme. Les résultats obtenus, ou du moins leur perception consolident alors son autorité. Ce processus accélère son ascension et renforce progressivement la crédibilité de ses idées.

Le dernier facteur se manifeste au moment où les premiers succès visibles du dirigeant mégalomane accroissent sa notoriété et sa crédibilité aux yeux du groupe. Chaque gain réel ou perçu accentue l’idée qu’il possède une capacité exceptionnelle à orienter la situation parce qu’il paraît confirmer la promesse initiale de contrôle. Sa popularité agit alors comme un signal implicite de validité : plus elle semble partagée, plus chacun tend à inférer qu’elle repose nécessairement sur de bonnes raisons. La croyance que cette adhésion collective doit avoir un fondement pousse ainsi chacun à s’appuyer sur l’opinion du groupe pour interpréter la réalité.

Cette dynamique se traduit par un doute croissant envers son propre jugement. On finit par croire qu’on a tort puisque tout notre entourage semble partager une opinion favorable du mégalomane.

Le soutien demeure même en présence d’indicateurs préoccupants, voir même quand la progression déviante peut sembler manifeste d’un point de vue externe. En effet, chaque individu adapte sa perception en fonction des réactions collectives et du coût associé à l’admission d’une erreur. Changer d’avis représente un coût important pour l’orgueil et peut constituer un risque d’exclusion du groupe, ce qui incite nombre de personnes à déformer les faits pour éviter le stress d’admettre avoir fait une erreur de jugement.

De plus, le mégalomane a tendance à amplifier les succès, à banaliser les échecs et à attribuer les torts à des causes externes. Il finit ainsi par enfermer le groupe dans une bulle où la perception collective se détache peu à peu de la réalité.




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Transformer ses illusions en normes

À cela s’ajoute un mécanisme puissant : la répétition renforce la crédibilité d’une idée. Quand différents médias et discours officiels relayent le même propos, il s’enracine progressivement jusqu’à prendre la forme d’une norme sociale. Cette idée finit par être perçue comme allant de soi, même lorsqu’elle repose sur des bases fragiles. Dans les cas plus extrêmes, on peut penser à une dictature où la presse et les institutions éducatives sont contraintes de reprendre le discours officiel, lequel acquiert alors rapidement le statut de vérité normative.

Au fur et à mesure que l’autorité du leader mégalomane s’accroît, il met en place un système qui entretient ses illusions. Toute contradiction devient pour lui une menace à son identité. La loyauté est davantage récompensée que la compétence, les compliments sont encouragés, et les opposants réduits au silence. Peu à peu, le chef se retrouve enfermé dans une bulle qui alimente son narcissisme et le sépare de la réalité.

Son narcissisme sans garde-fous devient un véritable talon d’Achille : chaque succès amplifie son excès de confiance, exacerbant sa tendance à se surestimer et érodant peu à peu sa perception du réel. Incapable de savourer ses premiers triomphes, il se lance alors dans des projets toujours plus vastes, car les réussites passées ne suffisent plus à nourrir son sentiment de grandeur. Il tombe alors vulnérable à une cascade d’erreurs grandissantes.

Tôt ou tard, le leader se perd dans la poursuite de projets démesurés pour nourrir son propre narcissisme. La chute s’amorce dès que l’écart entre la perception et la réalité devient impossible à concilier. Les incohérences s’accumulent et certains alliés s’éloignent à mesure que le groupe perçoit de plus en plus que le leader agit pour préserver ses propres intérêts plutôt que ceux du collectif. Le leader a tendance alors à renforcer les reproches et le contrôle pour maintenir son image, car reconnaître l’échec menacerait directement l’image grandiose qu’il a de lui-même.

À ce stade, le système n’est plus simple illusion : il entre dans une phase où le maintien du soutien devient mentalement et socialement plus coûteux que sa remise en question.

Malgré tout, le qualifier au grand jour de mégalomane ne suffit pas, à lui seul, à provoquer sa chute.


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La chute du mégalomane

L’illusion continue de s’entretenir et le système demeure étonnamment résistant tant que les dynamiques du groupe renforcent l’une l’autre le soutien au leader et que les mécanismes mentaux protègent cette croyance en minimisant les contradictions. S’en détacher reste difficile, car cela oblige aussi à perdre la figure de contrôle et de sécurité qu’il représentait jusque-là, mais également à reconnaître sa propre part dans le maintien de cette illusion.




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La chute survient lorsque la réalité ne peut plus être ignorée et qu’émerge un cadre de désengagement légitime, par exemple l’idée que le contexte a changé ou que le leader n’est plus le même. Ce nouveau cadre permet au groupe de réviser son jugement sans avoir à ressentir un inconfort psychologique important.

Dès lors, le fait de se détourner du leader ne s’apparente plus à l’aveu d’une faute, mais à un choix réfléchi et socialement justifiable face à une situation devenue impossible à contester. Autrement dit, ce n’est pas la vérité qui fait tomber la personne mégalomane, c’est le moment où il devient sécuritaire de reconnaître cette vérité. Quand il devient acceptable de désavouer le chef mégalomane, la déchéance est généralement inévitable.

Un cercle sans fin

Cet article a permis d’explorer pourquoi ces leaders sont suivis jusqu’au bout. Mais une question plus fondamentale demeure : pourquoi, malgré un schème aussi classique, les groupes continuent-ils de retomber sous le charme de ce type de chef ? C’est justement parce que la dérive ne devient évidente qu’après coup, une fois que la promesse initiale de transformation n’a pas produit ses effets.

En effet, au départ, les mégalomanes apparaissent souvent comme des figures de changement, porteuses de clarté, de vision et de mouvement dans un contexte perçu comme bloqué. C’est cette promesse de transformation qui entraîne le groupe dans un cercle vicieux. Et malheureusement pour nous, ces grands narcissiques sont passés maîtres dans l’art de reconnaître cette faiblesse collective et de l’exploiter. C’est cette sensibilité qui referme la boucle : dès qu’un nouveau contexte d’incertitude émerge, le groupe redevient sensible aux espoirs de changement, de vision et de contrôle que ces leaders savent si bien incarner.

La Conversation Canada

Jean Poitras ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment le leader mégalomane assoit-il son emprise sur le groupe… et comment la perd-il – https://theconversation.com/comment-le-leader-megalomane-assoit-il-son-emprise-sur-le-groupe-et-comment-la-perd-il-279416

Pas besoin de s’inscrire à une salle de sport : même les petits mouvements ont des bienfaits pour la santé

Source: The Conversation – in French – By Merling Phaswana, Senior Lecturer, University of the Witwatersrand

L’Afrique du Sud est confrontée à une augmentation alarmante des maladies non transmissibles et de la mortalité qui y est associée. Selon Statistics South Africa, les décès dus à des maladies non transmissibles telles que le diabète de type 2 et l’hypertension ont augmenté de plus de 58 % entre 1997 et 2018.

La crise du surpoids et de l’obésité dans le pays aggrave les risques liés à ces maladies. Près de 40 % de la population adulte sont en surpoids. Bien que l’activité physique puisse aider à prévenir et à prendre en charge de nombreuses maladies non transmissibles, 47 % des adultes ne pratiquent aucune activité physique. La plupart des gens ont du mal à respecter les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé de 150 à 300 minutes d’activité physique aérobique d’intensité modérée par semaine.

Une grande partie du problème tient au fait que les gens ont adopté une approche « tout ou rien » en matière d’activité physique. L’idée reçue est qu’il faut participer à des séances d’entraînement structurées, comme la gym, la course à pied ou le vélo.

Au contraire, des recherches ont montré que même des mouvements brefs et de faible intensité peuvent apporter des bienfaits mesurables pour la santé physique et mentale. Même les tâches quotidiennes comptent. De nouvelles données montrent que de courtes séances d’activité physique de moins de cinq minutes peuvent avoir des effets positifs sur la santé.

En tant que chercheurs en sciences de l’exercice et en médecine du sport, nous avons observé que l’activité physique est particulièrement faible en Afrique du Sud. Seuls 19,8 % des adultes respectent les recommandations de l’OMS, contre une moyenne mondiale de 73 %.

Notre étude portant sur 62 employés de bureau à l’université du Witwatersrand a également montré l’impact à court terme sur la santé des bureaux assis-debout réglables en hauteur. Notre intervention a réduit la durée de la position assise et a légèrement amélioré des indicateurs tels que l’indice de masse corporelle et la tension artérielle. Compte tenu du fardeau élevé de l’obésité et des modes de vie sédentaires chez les employés de bureau en Afrique du Sud, ces améliorations sont encourageantes et viennent étayer le message de santé mondiale selon lequel même une augmentation modeste de l’activité physique quotidienne peut avoir une influence positive sur la santé.

Ces résultats ont servi de point de départ à la campagne « Mzansi, what’s your move? » (Mzansi, comment tu bouges ?) menée à l’université. Nous souhaitons encourager le personnel et les étudiants à bouger davantage en leur montrant comment de simples gestes peuvent, cumulés, constituer une activité physique. La campagne s’appuie sur une série de bandes dessinées et des fresques murales sur les campus.

Nous mettons ici en avant quelques actions que nous avons utilisées dans notre campagne pour encourager tout le monde à bouger. Il s’agit de tâches quotidiennes qui peuvent sembler banales mais qui comptent comme de l’activité physique, tout en reflétant la réalité des gens.




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Tâches ménagères

Beaucoup de gens ne considèrent pas les tâches ménagères comme une forme d’activité physique. Mais des tâches comme balayer, passer la serpillière ou passer l’aspirateur nécessitent des mouvements soutenus et sollicitent plusieurs groupes musculaires.

Frotter les sols, laver les vitres et nettoyer les salles de bains impliquent des mouvements tels que s’accroupir et s’étirer. Le jardinage peut également renforcer les muscles.

Dans le cadre de notre campagne, nous avons créé des bandes dessinées qui mettent en avant des mouvements pouvant être effectués à la maison et au sein de la communauté. Nous soulignons comment tous les membres de la famille peuvent bouger d’une manière adaptée à leur mode de vie et à leurs capacités physiques.




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Se rendre au travail ou à l’école de manière active

Se rendre au travail ou à l’école à pied ou à vélo contribue de manière significative à l’activité physique quotidienne. Des études ont montré que se rendre au travail ou à l’école de manière active est associé à une diminution de la masse graisseuse, à une baisse de la pression artérielle et à un meilleur bien-être mental.

Intégrer l’activité physique dans ses trajets quotidiens est un moyen pratique d’accumuler de l’activité physique sans avoir à y consacrer du temps. Marcher d’un bon pas jusqu’à la gare, faire quelques kilomètres à vélo pour se rendre au travail ou emprunter un itinéraire plus long pour déposer les enfants à l’école, tout cela s’accumule au fil du temps. Même des changements apparemment mineurs, comme descendre du bus un arrêt plus tôt ou prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur, peuvent produire des bienfaits mesurables pour la santé au fil des semaines et des mois.

Cependant, tirer pleinement parti des avantages des trajets actifs est complexe et dépend de la construction et de l’entretien des infrastructures routières par les villes. En Afrique du Sud, la sécurité est une préoccupation légitime pour tous les usagers de la route. Un rapport de Statistics South Africa de 2024 montre que davantage de piétons que de passagers de voitures sont décédés dans des accidents de la route en 2007, 2013 et 2019. Une autre préoccupation en matière de sécurité concerne les taux de criminalité élevés du pays. Les gens peuvent être réticents à marcher, même dans leur propre quartier.

Ces défis ne sont pas insurmontables. Pour commencer, il faudrait envisager de se déplacer en groupe, en rejoignant des clubs de marche ou de course à pied.

Au-delà de ce que les individus peuvent faire, les municipalités peuvent agir sur les espaces verts. Il s’agit notamment de veiller à ce que les parcs soient propres et sûrs pour les piétons. Les trottoirs et les pistes cyclables endommagés doivent être entretenus dans tous les quartiers.




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Déplacements occasionnels

Les déplacements occasionnels désignent les petites périodes d’activité qui surviennent tout au long de la journée. Intégrer ces déplacements dans la vie quotidienne peut apporter des bienfaits significatifs pour la santé, en particulier dans les environnements de bureau, où de nombreuses personnes restent assises pendant de longues périodes. Les employeurs peuvent inciter leur personnel, par exemple à utiliser les escaliers plutôt que les ascenseurs, à l’aide de simples affiches ou de traces de pas peintes. Une autre façon d’encourager l’activité physique consiste à centraliser les équipements communs (imprimantes, poubelles, fontaines à eau) afin que le personnel parcoure de courtes distances.

Les micro-pauses offrent également des occasions de mouvements informels. S’étirer pendant les réunions ou après de longues périodes en position assise, mener des discussions debout plutôt qu’assis, et organiser des réunions en marchant pour les petits groupes contribuent tous à l’activité physique des employés.

En 2024, nous avons étudié l’impact à court terme d’interventions en matière d’activité physique, telles que l’entraînement par intervalles à haute intensité et l’entraînement continu d’intensité modérée, sur 43 ouvriers de l’université du Witwatersrand. Le nombre de participants à cette étude était faible, mais les résultats montrent que notre intervention a permis de réduire des indicateurs tels que le tour de taille, l’indice de masse corporelle, la glycémie et la tension artérielle, et d’améliorer la condition physique.




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Ce qu’il faut retenir

Il n’est pas nécessaire d’être abonné à une salle de sport ou de suivre un programme d’entraînement strict pour bouger. Les activités simples du quotidien constituent toutes ensemble une activité physique significative. De petits mouvements contribuent à réduire les risques de maladies chroniques, à renforcer les muscles, à améliorer le bien-être mental et à contrer les effets néfastes d’une position assise prolongée.

Ces « collations de mouvement » rendent l’exercice accessible, gérable et durable, en particulier pour les personnes qui trouvent les entraînements structurés intimidants ou chronophages.

The Conversation

Merling Phaswana receives funding from the South African National Research Fund.

Philippe Gradidge bénéficie d’un financement de la Fondation nationale sud-africaine pour la recherche, du Conseil sud-africain de la recherche médicale et de la Fondation Carnegie.

ref. Pas besoin de s’inscrire à une salle de sport : même les petits mouvements ont des bienfaits pour la santé – https://theconversation.com/pas-besoin-de-sinscrire-a-une-salle-de-sport-meme-les-petits-mouvements-ont-des-bienfaits-pour-la-sante-281585

Pourquoi tant de femmes africaines se blanchissent-elles la peau ? Une étude interroge leurs réponses

Source: The Conversation – in French – By Oyenike Balogun, Assistant Professor of Psychology, Bentley University

Dans plusieurs pays africains, la pratique de l’éclaircissement de la peau est largement répandue, touchant parfois plus de 50 % des femmes selon les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans une fiche régionale sur l’Afrique. En Afrique du Sud, ce taux est de 32 %, tandis qu’au Nigeria, il atteint 77 %. Ces chiffres dépassent de loin ceux observés dans d’autres régions du monde.

Les conséquences sur la santé ne sont pas négligeables. Les crèmes et pilules éclaircissantes en vente libre ont été associées à de graves dépigmentations de la peau, des lésions organiques, des troubles neurologiques et des complications chirurgicales dangereuses.

Pourtant, les chercheurs n’ont toujours pas cerné les raisons qui poussent les femmes à utiliser ces produits. Comprendre ces raisons est essentiel pour orienter les politiques qui doivent trouver des solutions à ce problème de santé publique.

Une explication intuitive veut que les femmes blanchissent leur peau parce qu’elles sont insatisfaites de leur couleur de peau. Cette hypothèse est paradoxalement difficile à confirmer.

La plupart des recherches sur l’image corporelle repose sur des questionnaires directs. On demande aux participantes ce qu’elles pensent de leur apparence. Mais mon travail en tant que psychologue du conseil et chercheur utilisant des méthodes mixtes suggère que cette méthode a des limites. Les réponses ne sont pas toujours sincères.

Dans les cas où préférer une peau plus claire peut être perçu comme une forme de rejet de soi, de fortes pressions sociales peuvent influencer les réponses à ces questions directes.




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Pour contourner ce problème, mes coauteurs et moi-même avons abordé la question différemment. Dans notre étude récemment publiée, nous avons cherché à savoir si le Test d’Association Implicite sur la couleur de peau ou Skin Implicit Association Test (Skin IAT), pouvait révéler des éléments que les échelles d’autodéclaration ne parviennent pas à capter. Il permet de détecter les associations automatiques des auto-évaluations qui passent à côté.

Ce test, adapté du Test d’association implicite du psychologue social Anthony Greenwald et de ses collègues, mesure la rapidité avec laquelle les participants associent des images de teints clairs et foncés à des mots positifs ou négatifs. Le principe est simple : si une personne associe automatiquement une peau claire à des mots positifs et une peau foncée à des mots négatifs, cette association se reflète dans son temps de réponse — même si elle ne l’admettrait jamais directement dans un questionnaire.

Les concepteurs de tests implicites suggèrent qu’ils contournent les biais liés à l’autoévaluation. Ils évaluent les associations automatiques et instinctives sans interroger directement les participantes sur leurs croyances, leurs attitudes ou comportement.

Les tests d’association implicite ont également été utilisés pour étudier d’autres préférences implicites liées, notamment, à la race, au poids, à la religion et à l’âge.

Nos résultats ont mis en évidence un écart frappant : près de 79 % des participantes ont montré une préférence automatique pour une peau plus claire lors du test implicite. Les enquêtes standard de notre étude n’en détectent qu’un tiers.

Ces résultats sont importants car ils soulignent le fait que les forces qui sous-tendent le blanchiment de la peau à travers le continent africain ne peuvent être réduites à un seule cause psychologique. Le phénomène est lié à une longue histoire coloniale de plusieurs siècles. Il est aussi influencé par des normes de beauté centrées sur l’Europe. Il prend racine dans des systèmes économiques qui associent le capital social à une peau claire. Il est aussi alimenté par des environnements médiatiques qui renforcent sans relâche ces hiérarchies.

Pour comprendre cette complexité, il faut des méthodes de recherche variées. Il faut combiner tests implicites et explicites avec des approches qualitatives qui permettent aux femmes d’exprimer, dans leurs propres termes, comment la couleur de peau influe sur leur vie.




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Mesurer les réponses inconscientes

Notre étude portait sur un échantillon de 221 femmes noires, principalement sud-africaines. Cet échantillon représentait la plus grande part des participantes à cette enquête en ligne, qui ciblait les femmes noires africaines à travers le continent.

Les participantes ont été invitées à remplir deux questionnaires d’autoévaluation sur la satisfaction à l’égard de la couleur de leur peau, ainsi que le test d’association implicite de la peau. Pour être éligibles à l’étude, les participantes devaient s’identifier comme des femmes noires africaines, être âgées d’au moins 18 ans et être disposées à répondre à des questions sur leur apparence physique.

Le test implicite montre une préférence pour la peau claire chez 78,5 % des participantes. Ce qui correspond au taux le plus élevé de blanchiment de peau observé sur le continent (les 77 % relevés au Nigéria). Les deux questionnaires d’autoévaluation donnent des chiffres beaucoup plus faibles : 18,5 % et 29,8 %.

Cet écart de mesure est important. Il pourrait suggérer que pour de nombreuses femmes africaines noires, certaines préférences pour une peau plus claire existent sans être pleinement conscientes. Ou qu’elles sont difficiles à avouer ouvertement. Une femme peut déclarer être satisfaite de sa peau, tout en ayant des associations automatiques différentes.




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Vers de meilleures recherches

En tant que chercheurs, nous ne préconisons pas l’abandon des tests basés sur l’autoévaluation. Ils permettent de saisir des éléments tels que les attitudes, les valeurs et les croyances conscientes. Ils restent indispensables pour beaucoup de sujets de recherche.

Nos conclusions soulignent plutôt la nécessité d’utiliser plusieurs méthodes pour étudier ce que les personnes interrogées pensent et ressentent.

Les tests implicites examinent des associations qui peuvent échapper à la réflexion consciente.

Les entretiens approfondis, les groupes de discussion et les méthodes centrées sur les communautés peuvent révéler des expériences qu’aucune évaluation, implicite ou non, ne peut pleinement saisir. Les méthodes mixtes ne constituent donc pas un compromis entre des outils imparfaits. C’est la réponse adaptée à un phénomène à la fois structurel, culturel et profondément personnel.

Face aux enjeux de santé publique liés à cette pratique courante mais mal comprise, la communauté scientifique a le devoir de faire mieux. Cela implique d’investir dans des outils de mesure développés spécifiquement pour et avec les femmes noires africaines. Il faut tenir compte des différences entre régions. Enfin, il faut prendre au sérieux cette réalité : ce que les femmes disent de leur corps ne reflètent pas forcément ce qu’elles ressentent réellement.

The Conversation

This article is based on a study funded by the Bentley University Research Council.

ref. Pourquoi tant de femmes africaines se blanchissent-elles la peau ? Une étude interroge leurs réponses – https://theconversation.com/pourquoi-tant-de-femmes-africaines-se-blanchissent-elles-la-peau-une-etude-interroge-leurs-reponses-281786

Comment transmettre à ses enfants de bonnes habitudes alimentaires et une saine image de leur corps ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Courtney P. McLean, Research Fellow, School of Psychological Sciences, Monash University

Il est important d’aider les enfants à développer un rapport sain à l’alimentation, et à l’image de leur corps. Jose Luis Peleaz Inc/Getty

Un nombre conséquent d’enfants et d’adolescents présentent des conduites alimentaires problématiques. En tant que parent, comment donner le bon exemple et aborder avec ses enfants les questions de nourriture et d’image du corps ? Voici quelques pistes.


Élever ses enfants de façon à ce qu’ils aient un rapport apaisé à l’alimentation et à leur corps est l’une des meilleures approches pour favoriser le développement d’une bonne estime de soi, et les protéger contre le développement de troubles du comportement alimentaire.

Toutefois, l’exercice peut s’avérer délicat lorsqu’on rencontre soi-même des difficultés vis-à-vis de ce sujet. Quels comportements adopter – et lesquels éviter ? On fait le point.

Qu’entend-on par « conduites alimentaires problématiques » ?

L’expression « conduites alimentaires problématiques » désigne un ensemble de comportements (et d’attitudes) dysfonctionnels vis-à-vis de son alimentation, de son poids et de son corps. Ceux-ci peuvent se traduire par la mise en place de régimes, par l’exclusion de certains aliments ou groupes d’aliments, par le fait de sauter des repas, de se livrer à des jeûnes, de s’adonner à une pratique sportive excessive, ou de connaître des épisodes d’hyperphagie (ingestion de grandes quantités de nourriture).

Les conduites alimentaires problématiques ne mènent pas systématiquement au développement d’un trouble du comportement alimentaire (TCA) (on dénombre trois TCA : l’anorexie, la boulimie et la frénésie alimentaire, NdT). Néanmoins, les TCA sont généralement précédés par des conduites alimentaires problématiques, en particulier par le fait de suivre des régimes.

Les préoccupations liées à l’alimentation et à l’image corporelle sont fréquentes et peuvent apparaître dès le plus jeune âge : à l’échelle mondiale, on estime que 22 % des enfants et des adolescents présentent des conduites alimentaires problématiques, avec une prévalence plus élevée chez les filles.

De nombreux facteurs influencent la perception qu’ont les enfants de la nourriture et de leur corps : les représentations véhiculées par les médias, l’estime de soi et les attitudes familiales, notamment.

Étant donné que les enfants observent et reproduisent la manière dont leurs parents parlent de leur corps et de la nourriture, il peut s’avérer judicieux de leur proposer un modèle fondé sur l’emploi d’un langage positif ou neutre et sur des comportements alimentaires sains. Voici quelques pistes pour y parvenir.

Quatre écueils à éviter

1. Classer les aliments en « bons » et « mauvais »

Évitez de parler de régime, de perte de poids ou de qualifier les aliments de « bons » ou « mauvais » : cela revient à faire de l’alimentation une question morale. Dire, par exemple, que l’on a « fait n’importe quoi aujourd’hui » lorsque l’on a mangé des aliments sucrés, ou que l’on a « été raisonnable » en respectant son régime, entretient la culpabilité et la honte autour de l’acte de manger.

Mieux vaut privilégier un discours centré sur la façon dont les différents aliments nourrissent notre corps, ou sur le plaisir et la satisfaction qu’ils procurent.

2. Commenter le corps des autres

Faire des remarques sur le corps, le poids ou les habitudes alimentaires d’autrui – qu’il s’agisse d’un proche, d’un inconnu ou d’une célébrité – peut inciter les enfants à se comparer aux autres et à porter un jugement sur eux-mêmes. Si votre enfant fait une remarque sur le physique de quelqu’un, vous pouvez, par exemple, lui répondre que chacun est différent : certaines personnes sont plus grandes, d’autres sont plus petites, certaines ont un corps plus imposant, d’autres un corps plus menu, une couleur de peau différente, etc.

Célébrer ainsi la diversité des morphologies enseigne aux enfants que la valeur d’une personne n’est pas déterminée par son poids.

3. Faire des compliments centrés sur l’apparence

Lorsque vous félicitez votre enfant, concentrez-vous sur des aspects qui n’ont rien à voir avec le poids, l’apparence physique ou l’alimentation. Vous pouvez, par exemple, lui dire : « C’était très généreux de ta part de partager tes jouets » ou « J’ai vu comme tu t’es appliqué pour tes devoirs. » De même, lorsque l’on s’adresse à un enfant que l’on ne connaît pas, le premier réflexe est de le complimenter sur son apparence (« Comme tu es joli ! »).

Or, mieux vaut commenter son énergie, son humour, son style ou sa créativité : « J’adore ton sens du style » ou « Tu as une énergie formidable. »

4. Dénigrer son propre corps

En matière d’image du corps, il est essentiel que vous soyez positif, car vos enfants vous ont pour modèle. Des travaux de recherche ont révélé qu’entendre un adulte critiquer son propre corps incite les enfants à adopter également un discours négatif sur le leur.

Tâchez de ne pas vous focaliser sur l’apparence, mais plutôt de souligner la force, la bonne santé ou la fonctionnalité de votre propre corps : « Ces bras me permettent de te serrer fort » ou « Mes jambes sont faites la marche ».

Trois pistes à explorer

1. Ayez confiance en la capacité de votre enfant à s’autoréguler

Même si cela peut sembler difficile, essayez de faire confiance à votre enfant : il mangera autant – ou aussi peu – que son corps en a besoin. Les enfants sont, en effet, tout à fait capables de s’autoréguler pour répondre aux besoins de leur organisme. Leur apprendre à écouter les signaux que leur envoie leur corps – comme la faim et la satiété – contribue à construire une relation positive à l’alimentation.

Beaucoup de parents souhaitent que leurs enfants terminent leur assiette avant de quitter la table. Mais cette exigence peut engendrer des conflits autour de la nourriture, et mener les enfants à négliger leurs signaux corporels.

Vous pouvez tout à fait demander à vos enfants de rester à table jusqu’à la fin du repas, sans que cette demande ne soit liée à la quantité de nourriture consommée.

Les apports alimentaires pouvant varier en quantité comme en qualité d’un jour à l’autre, pour vous rassurer, tâchez plutôt de considérer l’alimentation de votre enfant sur l’ensemble de la semaine, au lieu de vous focaliser sur un repas ou une journée en particulier.

2. Cultivez votre propre plaisir de manger

Si vous avez vous-même une alimentation variée et que vous savez apprécier et savourer votre nourriture, vous deviendrez un précieux modèle pour votre enfant. À l’inverse, si vous rencontrez des difficultés avec votre propre image corporelle ou votre alimentation, il peut être nécessaire que vous déconstruisiez certaines injonctions liées aux régimes (quand manger, quoi manger, en quelle quantité…). Si cette démarche vous semble ardue, solliciter l’aide d’un professionnel peut s’avérer utile.

3. À défaut de positivité, visez la neutralité

Tout le monde ne parvient pas à atteindre la « positivité corporelle », cet état d’esprit qui permet de se dire « Je me sens bien dans mon corps ». Si vous êtes dans ce cas, vous pouvez plutôt viser la neutralité corporelle. Cette approche, qui consiste à accepter et à respecter son corps tel qu’il est, implique de reformuler ses pensées et ses ressentis à l’égard de son corps. Par exemple, au lieu de vous dire « J’ai pris du poids », envisagez plutôt que votre corps a le droit de changer.

Quels signaux doivent alerter ?

Connaître les signes de conduites alimentaires problématiques est utile pour les repérer chez vos enfants. Si vous observez que leur alimentation ou leur poids changent brusquement, ou si vous avez d’autres motifs d’inquiétude, il peut être judicieux d’engager la conversation à ce sujet. Parler de nourriture et d’image du corps peut se faire à tout âge.

L’important est de favoriser le dialogue et d’inviter son enfant à exprimer ses sentiments et ses réflexions sur son corps et son poids. S’il fait une remarque négative sur lui-même, sur son alimentation ou sur son poids, essayez d’en comprendre les raisons. Écoutez-le sans porter de jugement.

Et si vous êtes préoccupé par sa santé physique et mentale, n’hésitez pas à demander de l’aide. Vous pouvez vous tourner vers votre médecin traitant ou vers des professionnels de santé spécialisés dans les troubles alimentaires, tels que des diététiciens ou des psychologues.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment transmettre à ses enfants de bonnes habitudes alimentaires et une saine image de leur corps ? – https://theconversation.com/comment-transmettre-a-ses-enfants-de-bonnes-habitudes-alimentaires-et-une-saine-image-de-leur-corps-282028

Stimulation magnétique cérébrale : un traitement de cinq jours pourrait aider les enfants autistes à mieux communiquer, selon une nouvelle étude

Source: The Conversation – France in French (3) – By Barbara Jacquelyn Sahakian, Professor of Clinical Neuropsychology, University of Cambridge

La stimulation magnétique transcrânienne pourrait permettre d’améliorer la communication d’enfants souffrant d’un trouble du spectre de l’autisme. New Africa/Shutterstock.com

Il est particulièrement difficile d’aider les enfants atteints à la fois par un trouble du spectre de l’autisme et une déficience intellectuelle à mieux communiquer. Les résultats d’une étude récente ouvrent une nouvelle piste pour améliorer leur situation : la stimulation magnétique transcrânienne, une technique non invasive et indolore.


On estime, sur la base de travaux menés aux États-Unis, qu’environ 30 à 35 % des enfants autistes présentent une déficience intellectuelle.

Ces enfants ont moins de chances de bénéficier d’une prise en charge que ceux qui n’en sont pas atteints, notamment parce que les médecins ne sont pas toujours au fait des approches à adopter, et parce que les divers contrats d’assurance couvrent plus ou moins bien les frais afférents aux déficiences intellectuelles. Et ce, alors même que leurs besoins sont plus importants que ceux des autres enfants autistes, ce qui pèse davantage sur leurs familles. Cette population est par ailleurs trop souvent négligée par les travaux de recherche.

Si les thérapies par la parole et les programmes comportementaux peuvent aider certains de ces enfants, ces approches doivent être mises en œuvre par des spécialistes. Or, leur nombre est insuffisant, y compris dans les pays à hauts revenus.

Ces divers constats nous ont amenés à tester un autre type d’intervention : l’application de brèves impulsions magnétiques ciblées, destinées à stimuler des régions précises du cerveau. Cette technique, connue sous le nom de stimulation cérébrale non invasive ou neuromodulation, ne nécessite ni chirurgie, ni anesthésie, ni médicament.

Des salves d’impulsions

Placé à proximité du cuir chevelu, un dispositif génère un champ magnétique qui varie rapidement. Sans danger, celui-ci traverse la boîte crânienne et stimule l’activité des neurones sous-jacents. Cette approche est utilisée depuis des années pour traiter la dépression, et les chercheurs explorent de plus en plus la possibilité qu’elle puisse également atténuer les difficultés sociales et communicationnelles qui constituent un symptôme cardinal de l’autisme.

La version que nous avons testée repose sur une technique appelée stimulation par bouffées thêta (theta-burst stimulation). Plutôt que d’envoyer des impulsions une à une, elle les délivre en salves rapprochées. Chaque séance s’en trouve considérablement raccourcie par rapport aux protocoles classiques – un avantage de taille lorsqu’il s’agit de demander à de jeunes enfants de rester assis et de coopérer.

Dans notre étude, publiée dans le British Medical Journal, chaque séance ne durait que quelques minutes, et le protocole complet s’étalait sur cinq jours seulement. Un groupe d’enfants recevait une stimulation réelle, l’autre une stimulation fictive.

Lors de cette condition placebo, l’équipement était appliqué de manière identique et produisait des vibrations, mais aucune impulsion n’était délivrée. Ce dispositif permettait de comparer les résultats sans qu’aucun des deux groupes ne sache ce qu’il avait reçu, garantissant ainsi la fiabilité des observations.

Cent quatre-vingt-quatorze enfants ont participé à l’étude. L’âge moyen était d’environ 6,5 ans. Près de la moitié des participants présentaient un quotient intellectuel inférieur à 70, le seuil en deçà duquel on parle généralement de déficience intellectuelle (tous avaient cependant obtenu un score supérieur à 50 – le minimum requis pour garantir un diagnostic fiable et une participation pertinente à l’étude).

Les enfants ont été recrutés sur plusieurs sites, par voie d’affichage dans des consultations externes et par l’intermédiaire de registres cliniques locaux. Tous les représentants légaux ont donné leur consentement écrit.

Les parents ont rempli un questionnaire portant sur les capacités de leur enfant en matière de communication sociale avant le traitement, immédiatement après, puis un mois plus tard.

Des résultats prometteurs, mais encore préliminaires

Les résultats indiquent que le protocole a significativement amélioré la communication sociale chez les enfants atteints de troubles du spectre autistique. Au regard des standards de la recherche clinique, l’effet observé peut être considéré comme important. Les améliorations constatées au bout de cinq jours étaient toujours présentes un mois plus tard. En outre, les capacités langagières des enfants ont également progressé.

Aucun effet indésirable grave n’a été signalé, les effets secondaires mineurs se sont tous résolus spontanément.

Il existe peu de données concernant l’efficacité des prises en charge sur les enfants autistes présentant une déficience intellectuelle, car ils sont souvent exclus des essais cliniques. Le seul fait que cet essai en ait inclus un nombre significatif est, en soi, notable. Ces travaux ne constituent cependant qu’une première étape, et de nombreuses inconnues demeurent.

On ignore encore si les bénéfices persisteront au-delà d’un mois, et pour combien de temps. Le nombre de séances nécessaire pour les maintenir devra encore être déterminé. Il faudra aussi évaluer les effets de la transposition de cette approche du laboratoire au contexte d’une consultation ordinaire.

Pour conclure, soulignons que la stimulation cérébrale ne se substitue pas aux prises en charge comportementales. L’équipement nécessaire pour la mettre en place n’est ni bon marché ni disponible partout. Toutefois, les approches classiques requièrent souvent – lorsqu’elles sont disponibles – de mettre en place des séances quotidiennes avec un professionnel, plusieurs semaines durant, ce qui représente aussi un investissement en temps, en argent et en ressources spécialisées.

Pour les familles déjà durement éprouvées par la situation, une cure de cinq jours est une tout autre affaire. Si celle-ci s’avère déboucher sur des progrès modestes mais durables, en matière de capacité à communiquer, la portée de ce type de prise en charge pourrait être considérable, tant pour l’enfant que pour ses proches, améliorant sensiblement leur bien-être et leur qualité de vie.

The Conversation

Barbara Jacquelyn Sahakian bénéficie d’un financement du Wellcome Trust. Ses travaux de recherche s’inscrivent dans le cadre des axes de recherche « Santé mentale » et « Neurodégénérescence » du Centre de recherche biomédicale (BRC) de Cambridge, rattaché au NIHR. Elle perçoit des droits d’auteur de la part de Cambridge University Press pour son ouvrage *Brain Boost: Healthy Habits for a Happier Life*.

Christelle Langley bénéficie d’un financement du Wellcome Trust. Ses travaux de recherche s’inscrivent dans le cadre des axes de recherche « Santé mentale » et « Neurodégénérescence » du Centre de recherche biomédicale (BRC) de Cambridge, rattaché au NIHR. Elle perçoit des droits d’auteur de la part de Cambridge University Press pour son ouvrage *Brain Boost : Healthy Habits for a Happier Life*.

Fei Li bénéficie d’un financement de la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine. Elle est rattachée au département de pédiatrie du développement et du comportement de la Société de pédiatrie de l’Association médicale chinoise.

Qiang Luo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Stimulation magnétique cérébrale : un traitement de cinq jours pourrait aider les enfants autistes à mieux communiquer, selon une nouvelle étude – https://theconversation.com/stimulation-magnetique-cerebrale-un-traitement-de-cinq-jours-pourrait-aider-les-enfants-autistes-a-mieux-communiquer-selon-une-nouvelle-etude-282025

Troubles des conduites alimentaires : pourquoi la notion de rétablissement ne se résume pas à l’alimentation ou au poids

Source: The Conversation – France in French (3) – By Catherine Houlihan, Senior Lecturer in Clinical Psychology, University of the Sunshine Coast

La notion de rétablissement, dans le contexte des troubles des conduites alimentaires, est encore souvent fondée essentiellement sur l’amélioration des symptômes cliniques. A.C./Unsplash

En matière de trouble des conduites alimentaires, pour définir ce qu’est le rétablissement, on s’intéresse généralement à la présence ou à l’absence de symptômes cliniques. Mais ce critère n’est pas celui qui compte le plus pour les personnes concernées.


Les troubles du comportement alimentaire (TCA) ne sont pas de simples affections physiques. Ce sont des pathologies psychiatriques complexes qui perturbent profondément la relation des individus avec eux-mêmes, avec leur corps et avec autrui.

Se rétablir d’un TCA est un processus long et complexe. La prise en charge de telles affections vise généralement à diminuer les pensées et les comportements dysfonctionnels qui les caractérisent, qu’il s’agisse de se livrer à des régimes amaigrissants extrêmes, d’avoir des accès hyperphagiques (envie de manger beaucoup et vite), des conduites purgatives, une image corporelle négative ou encore, dans certains cas, de présenter un poids très faible.

Or, considérer que le rétablissement n’est atteint que lorsque les symptômes cliniques ont été maîtrisés (permettant, par exemple, de revenir à un poids considéré comme « sain ») peut mener à négliger certaines dimensions essentielles de la guérison. En effet, en matière de rétablissement, la dimension psychologique ainsi que le vécu subjectif des personnes concernées par les TCA jouent un rôle déterminant.

Publiés récemment, les résultats de notre nouvelle étude révèlent que lorsque le bien-être global des patients s’améliore – par exemple, lorsqu’ils développent un sentiment d’acceptation de soi ou ressentent de l’espoir –, ces derniers sont davantage enclins à se déclarer comme ayant « personnellement » récupéré de leur trouble. Et ce, quand bien même ils présentent encore certains symptômes cliniques.

Comment mesure-t-on le rétablissement ?

En matière de TCA, il n’existe pas de définition unanime de ce qu’est le rétablissement. À ce sujet, la plupart des travaux de recherche existants se sont focalisés sur les symptômes. Selon cette approche, on considère qu’un patient est rétabli lorsqu’aucun critère diagnostique (épisode de boulimie, de frénésie alimentaire, de conduite purgative…) n’a été constaté, sur une période donnée (par exemple douze mois consécutifs).

Des recherches plus récentes soulignent, quant à elles, l’importance du « rétablissement personnel ». Cette notion implique qu’en matière de rétablissement, les dimensions relevant du bien-être psychologique sont tout aussi essentielles que celles relevant des symptômes cliniques.

Ainsi, en 2020, une revue de la littérature scientifique concernant des travaux de recherche qui se sont focalisés sur le point de vue des personnes atteintes de TCA, a révélé que le soutien dont elles ont fait l’objet, l’espoir qu’elles ont ressenti, la prise de conscience de leur identité, leur autonomisation, le sens et la finalité donnés à leur vie, leur « empowerment » (autonomisation) et l’autocompassion (manifester de la compassion envers soi-même en cas de faiblesse, de souffrance ou d’échec, NdT) occupaient une place centrale dans leur parcours de rétablissement.

Les personnes souffrant de TCA rapportent également qu’intégrer ces dimensions dans les objectifs thérapeutiques – plutôt que de cibler seulement les symptômes cliniques – leur semble non seulement pertinent, mais aussi générateur d’un sentiment d’émancipation. Par ailleurs, des travaux indiquent que cette approche peut améliorer les résultats à long terme et la qualité de vie des patients, réduisant ainsi le risque de rechute.

Pourtant, jusqu’à présent, peu d’études se sont penchées sur la manière dont les dimensions personnelles et cliniques pourraient être intégrées à la prise en charge et ainsi participer conjointement au processus de rétablissement. Comprendre comment y parvenir relève d’une véritable urgence, car les TCA figurent parmi les troubles psychiatriques dont le risque de mortalité potentielle est le plus élevé. En outre, le rétablissement des patients est souvent lent.

Ce que nous avons fait et ce que nous avons découvert

Notre nouvelle étude a été menée auprès de 234 adultes ayant vécu ou vivant actuellement avec un trouble du comportement alimentaire. La majorité des volontaires s’identifiait comme femme (89 %) et leur âge moyen était de 28 ans.

Dans l’ensemble, moins d’un quart des personnes participantes (22,6 %) répondaient aux critères d’amélioration clinique, ce qui signifie qu’un grand nombre d’entre elles restaient engagées dans des conduites alimentaires restrictives ou étaient encore préoccupées par leur alimentation et leur image corporelle. En revanche, plus de la moitié (52,1 %) d’entre elles estimaient être rétablies.

Ce « rétablissement personnel » englobait l’acceptation de soi ainsi que le fait de pouvoir entretenir des relations interpersonnelles positives, d’avoir le sentiment d’avoir progressé, d’avoir une plus grande capacité de résilience et une autonomie accrue, et d’observer une diminution des comportements liés au TCA.

Si l’amélioration clinique des symptômes favorisait certes le rétablissement personnel, près des deux tiers (63,9 %) des personnes participantes qui se considéraient comme « personnellement rétablies » ne satisfaisaient pas à la définition clinique du rétablissement (autrement dit, elles présentaient encore certains symptômes de TCA).

Ce constat met en lumière l’existence d’un décalage potentiel entre une définition du rétablissement centrée sur les symptômes et ce que signifie réellement le rétablissement pour les personnes qui le vivent.

Au cours de cette étude, nous avons également cherché à savoir si le rétablissement personnel différait en fonction du diagnostic. L’ensemble des personnes participantes avaient reçu à un moment ou un autre de leur vie un diagnostic d’anorexie (68,4 %), de boulimie (8,5 %) ou de frénésie alimentaire (aussi appelée parfois « hyperphagie boulimique » – 8,1 %).

Nos résultats révèlent que, en matière de taux de rétablissement personnel, il n’existe aucune différence significative selon le type de diagnostic. Cela suggère que, quel que soit le TCA rencontré, l’expérience du rétablissement personnel est largement similaire.

Pourquoi ces résultats sont-ils importants ?

Lorsque le succès thérapeutique est évalué presque exclusivement à l’aune de listes de symptômes et de critères cliniques, on risque de ne pas voir – et de ne pas valoriser – les progrès qui comptent le plus pour la personne que l’on accompagne.

Pour cette raison, nous suggérons de ne pas s’en tenir uniquement aux recommandations cliniques : il est important de demander également aux personnes qui entament un parcours de rétablissement ce que la guérison représente pour elles. Une telle démarche pourrait également contribuer à améliorer les taux de recours aux soins pour les TCA, qui restent actuellement faibles. Elle pourrait aider les cliniciens et cliniciennes à définir des objectifs thérapeutiques porteurs de sens pour les patients et patientes, qui refléteraient mieux la nature psychologique de ces troubles, et pas seulement leurs manifestations physiques.

Si vous faites partie des personnes concernées par un TCA et que certains aspects vous paraissent importants en matière de rétablissement, n’hésitez pas à en faire part à l’équipe soignante. Le rétablissement revêt des formes différentes d’une personne à l’autre, et vos objectifs personnels comptent.

L’objectif d’atteindre un bien-être peut, entre autres, consister à renouer avec ses proches, à se reconstruire une identité ou, tout simplement, à reprendre le contrôle de sa vie quotidienne, le tout en parallèle de l’amélioration des symptômes cliniques.

Ce constat revêt aussi une importance systémique : le financement des services spécialisés dans les TCA et les décisions prises en matière de politiques de santé reposent encore largement sur des indicateurs cliniques. Si ces derniers ne rendent pas compte des dimensions du rétablissement personnel, il est probable que l’on sous-estime le nombre de personnes en voie de guérison et que l’on conçoive des dispositifs de soins fondés sur une vision du rétablissement plus étroite que ce que les données scientifiques permettent aujourd’hui d’étayer.


Pour en savoir plus

La page consacrée aux TCA sur le site du Psycom, organisme public français destiné à informer, orienter et sensibiliser sur la santé mentale.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Troubles des conduites alimentaires : pourquoi la notion de rétablissement ne se résume pas à l’alimentation ou au poids – https://theconversation.com/troubles-des-conduites-alimentaires-pourquoi-la-notion-de-retablissement-ne-se-resume-pas-a-lalimentation-ou-au-poids-282026

Trouble des conduites alimentaires ou alimentation perturbée : où se situe la différence ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Gemma Sharp, Researcher in Body Image, Eating and Weight Disorders, Monash University

En matière de comportements alimentaires, la limite entre normal et pathologique n’est pas toujours évidente. Piksel/Getty

Les conduites alimentaires problématiques ne mènent pas systématiquement au développement d’un trouble du comportement alimentaire. Mais certaines d’entre elles – en particulier les régimes amaigrissants – peuvent parfois constituer des signes avant-coureurs.


Suivre un régime amaigrissant ou pratiquer une activité physique intensive est fréquent, voire encouragé, dans nos sociétés où le soin apporté à son apparence physique et la volonté de préserver au mieux sa santé figurent en bonne place. Par ailleurs, il n’est pas rare que certaines personnes limitent ou suppriment certains aliments en raison de besoins diététiques spécifiques, ou après avoir pris conscience de l’existence d’allergies alimentaires.

Si ces comportements ne sont pas forcément problématiques, dans certains cas, ils peuvent être le signe d’une relation malsaine à la nourriture. Toutefois, il est possible d’avoir des conduites alimentaires problématiques sans pour autant se voir diagnostiquer un trouble du comportement alimentaire.

Où se situe la frontière ? Et qu’est-ce qu’un trouble du comportement alimentaire à proprement parler ?

Alimentation perturbée : de quoi parle-t-on ?

Le concept d’alimentation perturbée recouvre un ensemble d’attitudes et de comportements négatifs vis-à-vis de la nourriture et de l’acte de manger, lesquels sont susceptibles d’engendrer un schéma alimentaire déséquilibré.

L’alimentation perturbée peut se traduire par :

  • le recours aux régimes amaigrissants ;

  • le fait de sauter des repas ;

  • l’éviction de certains groupes d’aliments ;

  • des épisodes d’hyperphagie (envie de manger beaucoup et vite, NDLR) boulimique ;

  • un usage détourné de laxatifs et de médicaments amaigrissants ;

  • des vomissements provoqués (parfois qualifiés de « purges ») ;

  • la pratique compulsive d’exercice physique.

On parle d’« alimentation perturbée » lorsque ces comportements ne sont pas suffisamment fréquents ou sévères pour correspondre aux critères diagnostiques d’un trouble des conduites alimentaire (ou troubles des comportements alimentaires, TCA).

Toutes les personnes qui adoptent ces conduites ne développeront pas nécessairement un TCA. Cependant, l’apparition d’un TCA est généralement précédée d’une alimentation perturbée – en particulier par la pratique de régimes amaigrissants.

Qu’est-ce qu’un trouble du comportement alimentaire ?

Les troubles des conduites alimentaires sont des pathologies psychiatriques complexes qui peuvent affecter le corps, le psychisme et la vie sociale d’un individu. Ils se caractérisent par des perturbations persistantes de la façon dont une personne pense, ressent et se comporte à l’égard de l’alimentation et de son propre corps.

Pour poser un diagnostic de TCA, les professionnels de santé s’appuient sur la combinaison d’un entretien clinique général et de questionnaires standardisés. Ces outils permettent d’évaluer la fréquence et la sévérité des comportements ainsi que leur retentissement sur le fonctionnement quotidien des personnes concernées.

Parmi les TCA figurent l’anorexie mentale, la boulimie nerveuse, l’hyperphagie boulimique – aussi appelée « frénésie alimentaire ».

(Comme le souligne le site du Psycom, organisme public français destiné à informer, orienter et sensibiliser sur la santé mentale, la classification internationale des maladies range les TCA dans la famille plus large des troubles de l’alimentation ou de la nutrition. Les autres troubles de cette famille, plus rares que les trois cités précédemment, comprennent le trouble de l’apport alimentaire évitant-restrictif ou ARFID – les personnes concernées sont très sélectives vis-à-vis de leurs aliments ; le Pica, dans lequel la personne peut manger des substances non comestibles ; le trouble de rumination-régurgitation, dans lequel la personne régurgite et remâche les aliments, NDLR).

Troubles des conduites alimentaires, alimentation perturbée : quelle prévalence ?

Les chiffres de prévalence varient considérablement d’une étude à l’autre, en fonction de la façon dont sont définis les comportements et les attitudes à risque.

Selon les estimations, 8,4 % des femmes et 2,2 % des hommes développeront un TCA au cours de leur vie. Ce risque est particulièrement élevé à l’adolescence.

L’alimentation perturbée est également très répandue chez les jeunes : 30 % des filles et 17 % des garçons âgés de 6 ans à 18 ans déclarent adopter ce type de comportements.

Bien que les recherches sur ce point soient encore émergentes, il semble que l’alimentation perturbée et les TCA sont encore plus fréquents chez les personnes de genre non conforme (c’est-à-dire celles dont l’identité ou l’expression de genre diffère des normes de genre associées au sexe qui leur a été assigné à la naissance, NDLR).

Peut-on prévenir les troubles du comportement alimentaire ?

Certaines données indiquent que les programmes de prévention qui ciblent les facteurs de risque – tels que les régimes amaigrissants et les préoccupations liées à la silhouette et au poids – peuvent se montrer efficaces à court terme, dans une certaine mesure.

Le problème vient du fait que la plupart des travaux qui ont été menés sur le sujet n’ont été poursuivis que durant quelques mois. Il est donc impossible de déterminer si les participants ont développé ou non un trouble du comportement alimentaire à plus long terme.

Par ailleurs, la majorité de ces études ont été menées auprès des adolescentes qui terminaient leurs études secondaires ou de jeunes femmes fréquentant l’université. À ces âges, les troubles du comportement alimentaire se sont généralement déjà manifestés : ces travaux ne sont donc pas très éclairants quant à la prévention des TCA. Par ailleurs, ils négligent également une grande partie des personnes à risque.

L’orthorexie est-elle un trouble des conduites alimentaires ?

Le terme « orthorexie » (du grec ortho, « droit », « exact », et orexia, « appétit ») désigne une obsession pathologique de l’alimentation « saine », caractérisée par un régime alimentaire restrictif et l’éviction de tout aliment jugé « malsain » ou « impur ».

Le débat qui vise à déterminer de quel côté de la frontière entre troubles des conduites alimentaires et alimentation perturbée se situe l’orthorexie n’est pas encore clos, et ce comportement fait encore l’objet de controverses. Actuellement, l’orthorexie ne figure pas dans les manuels de diagnostics officiels. Ces conduites alimentaires perturbées doivent cependant être prises au sérieux, car elles peuvent entraîner une dénutrition, une dégradation des liens sociaux et une altération globale de la qualité de vie.

Par ailleurs, en raison de la popularité croissante de certains régimes alimentaires (cétogène, paléo, etc.), du jeûne intermittent ou de la volonté de supprimer certains constituants (comme le gluten, par exemple), il peut parfois s’avérer délicat de déterminer le moment à partir duquel les préoccupations liées à l’alimentation deviennent pathologiques.

On considère, par exemple, qu’environ 6 % de la population souffre d’une allergie alimentaire. Des données récentes suggèrent que ces personnes présenteraient un risque accru de développer des formes restrictives de troubles de l’alimentation ou de la nutrition, telles que l’anorexie ou le trouble de l’apport alimentaire évitant-restrictif (ARFID).

Pour autant, adopter un régime alimentaire particulier, comme le véganisme, ou souffrir d’une allergie alimentaire ne conduit pas automatiquement à une alimentation perturbée ou à un TCA. Il importe de prendre en considération les motivations individuelles qui sous-tendent le choix de consommer ou d’éviter certains aliments. Ainsi, une personne végane peut restreindre certains groupes alimentaires en raison de ses convictions en matière de droits des animaux, et non en raison de symptômes relevant de l’alimentation perturbée.

Les signaux d’alerte

Si vous vous interrogez sur votre propre rapport à la nourriture, ou sur celui d’un proche, voici quelques signes auxquels prêter attention :

  • une préoccupation excessive pour la nourriture et sa préparation ;

  • la suppression de groupes alimentaires entiers ou le fait de sauter régulièrement des repas ;

  • une obsession pour le poids ou la silhouette ;

  • des fluctuations pondérales importantes ;

  • une pratique compulsive de l’exercice physique ;

  • des changements d’humeur et un repli sur soi.

En cas de doute, il est toujours préférable de demander de l’aide le plus tôt possible. Et surtout, il faut garder à l’esprit qu’il n’est jamais trop tard pour le faire…


Pour en savoir plus

La page consacrée aux TCA sur le site du Psycom.

The Conversation

Gemma Sharp bénéficie d’une bourse de recherche du NHMRC. Elle est professeure, directrice fondatrice et membre du Consortium for Research in Eating Disorders, un organisme caritatif agréé.

ref. Trouble des conduites alimentaires ou alimentation perturbée : où se situe la différence ? – https://theconversation.com/trouble-des-conduites-alimentaires-ou-alimentation-perturbee-ou-se-situe-la-difference-282027

Que nous disent les anciennes voitures du métro de Montréal sur ce que la métropole est devenue ?

Source: The Conversation – in French – By Guillaume Ethier, Professeur en théories de la ville, rapports espace-société, Université du Québec à Montréal (UQAM)

En 60 ans, le métro de Montréal est passé de symbole de la modernité à patrimoine du quotidien. Que révèle notre attachement à ses voitures bleues quant à notre vision de la ville ?


Le 26 décembre 1966, le métro de Montréal entrait dans l’histoire. Quelques mois seulement après son inauguration, et suivant des années de controverses quant à son utilité pour une ville de cette taille, la métropole était paralysée ce jour-là par une importante tempête de neige qui allait révéler tout l’intérêt d’un réseau de transport entièrement souterrain.

Le lendemain, la tempête fait les manchettes, et le Devoir indique en frontispice : « […] il semble que le métro ait connu un surcroît de popularité au cours de la fin de semaine : il fait toujours presque chaud sous terre ! »

Ainsi allait entrer dans l’imaginaire montréalais l’idée qu’il s’agit d’un moyen de transport fiable, moderne, indépendant des tractations de la vie urbaine en surface, et reliant – sans qu’un manteau soit nécessaire – le bureau, les magasins, les divers lieux de divertissement et la maison.


Cet article fait partie de notre série Nos villes d’hier à demain. Le tissu urbain connaît de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et – tout particulièrement en cette année électorale – politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, La Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.

Le métro de Montréal aujourd’hui

Le temps a depuis fait son œuvre, et la modernité, cette conception de la ville – née en Europe dans les années 1920 – selon laquelle il faut faire table rase du passé et rationaliser le fonctionnement urbain par la construction de grands projets (tours à logements, autoroutes, parcs industriels, métros, etc.), s’est considérablement essouflée.

Des projets structurants continuent bien sûr d’être érigés, mais jamais de manière aussi unilatérale, et sans tenir compte des réalités locales, comme à l’apogée du modernisme. Mise en branle à Montréal au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, cette idéologie mène notamment à la construction de l’autoroute Ville-Marie et à l’ancienne tour de Radio-Canada, et par conséquent à la destruction du tissu urbain traditionnel pour cause prétendue d’insalubrité.




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Malgré les revers des années 1960, le métro reste une composante importante de l’imaginaire patrimonial de Montréal, et semble ainsi conserver une cote d’amour que peu de projets urbanistiques modernes possèdent. Depuis le retrait des voitures originales MR-63 en 2018, le programme de requalification des voitures mis en place par la Société de Transport de Montréal a permis de sauver plusieurs de ces artéfacts patrimoniaux à travers, notamment, l’œuvre « Seuils » de Michel de Broin, et le projet de pavillon de MR-63. Cette démarche a d’ailleurs montré tout l’intérêt de ces équipements obsolètes pour réfléchir à notre propre rapport au progrès.

De fait, leur réutilisation a soulevé une question qui restait, jusqu’à présent, largement inexplorée en recherche : que pensent les Montréalais et Montréalaises du métro et de ses voitures bleues ? Une étude que nous avons réalisée en partenariat avec l’organisme MR-63, qui compte recycler des voitures de métro dans l’architecture d’un nouveau pavillon culturel à Griffintown, nous a permis de nous interroger sur le rapport complexe que les citoyens entretiennent avec cette icône de la métropole.

Voici quatre constats tirés de cette étude basée sur une recherche en archives (articles de journaux, romans, chansons, guides touristiques, etc.), des entretiens de groupe et un sondage.

Un symbole de l’Âge d’or de la ville, bémols compris

Nos entretiens de groupe montrent que le métro de Montréal est perçu comme un symbole des années 1960 qui porte encore ses valeurs originales (ouverture sur le monde, optimisme) malgré un certain désenchantement par rapport à la foi dans le progrès caractéristique de cet Âge d’or de Montréal.

Rappelons à cet effet que sa construction a coïncidé avec la tenue de l’exposition universelle de 1967, une étape cruciale dans la modernisation de la ville. Les entrevues ont ainsi révélé son association à une certaine nostalgie qui résonne avec la vie intime des gens, leurs souvenirs de jeunesse liés au métro et leur amour pour Montréal.




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Or, cette nostalgie pour une époque de choix audacieux n’est pas naïve : elle s’accompagne d’un regard critique sur les affres d’un développement urbain tous azimuts qui n’a pas donné que de bons coups, comme la multiplication des autoroutes métropolitaines qui date pourtant de la même époque. D’ailleurs, un mégaprojet de l’ampleur du métro de Montréal des années 1960 ne pourrait tout simplement pas être reproduit à notre époque. Le métro est à cet égard perçu comme un symbole d’optimisme, une réussite de l’époque des grands projets.


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Un trait d’union de la vie quotidienne

Peu d’artéfacts patrimoniaux sont autant intégrés à la vie de tous les jours que le métro de Montréal. Ce rôle central peut expliquer la place qu’il occupe dans la culture pour exprimer la quotidienneté, comme dans la chanson Tous les palmiers de Beau dommage, où le métro Beaubien devient la destination finale au terme d’un long voyage.

Le métro occupe donc une place privilégiée pour de nombreux Montréalais et visiteurs en connectant entre eux les différents pôles du tissu urbain : santé, éducation, affaires, commerce, culture et milieux de vie. « C’est ce qui connecte les gens », indique une participante aux groupes de discussion.

Il existe toutefois un côté plus sombre à l’image du métro. Dans de nombreuses œuvres littéraires, le métro évoque la monotonie de la vie moderne, un sentiment relayé par de nombreux Montréalais interviewés, et pour qui l’expérience du métro n’est qu’un intermède entre deux destinations. La mise en valeur des anciennes voitures MR-63, comme dans l’œuvre Seuils de l’artiste québécois Michel de Broin, où il est possible de traverser une série de portes du métro, rappelle bien qu’il s’agit d’un passage obligé de la vie montréalaise, et ce, que ce moment soit apprécié ou non.


Un patrimoine vécu à travers les cinq sens

Les participants aux groupes de discussion associent fortement le métro à un paysage sensoriel fait de sonorités (les trois notes de l’indicatif sonore), d’odeurs (les freins en bois de merisier recouverts d’huile d’arachide), de sensations kinesthésiques (le roulement sur pneumatique) et d’images (le logo du métro) auxquelles les Montréalais et Montréalaises sont attachés.




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Le métro est également décrit comme une expérience, une séquence d’ambiances, plutôt que comme un objet pensé comme un tout univoque. L’impression qu’en ont ses usagers est donc contrastée, même pour une seule personne.

Un espace véritablement « public »

Le métro de Montréal n’échappe pas aux problèmes d’insécurité qui affligent les métros de toutes les métropoles, avec notamment une hausse de 15 % des agressions recensées entre 2023 et 2025.

L’itinérance, l’insalubrité et l’insécurité sont par exemple des thèmes associés à l’image actuelle du métro dans notre sondage en ligne. En groupes de discussion, ces divers problèmes tendent cependant à être nuancés en comparaison avec d’autres métros.

Le métro de Montréal est par ailleurs pensé comme un espace public possédant des attributs matériels pouvant susciter des interactions sociales positives. L’aménagement des véhicules est décrit par plusieurs participants aux groupes de discussion comme des « salons » dans lesquels les interactions sociales peuvent survenir. Divers points de rencontre dans le réseau du métro (comme la pastille à Berri-UQAM) font aussi partie de l’imaginaire de Montréal, sans oublier l’unicité architecturale de chaque station qui en fait des points de repère dans les quartiers qu’ils desservent.

Ce que nous enseigne la voiture MR-63

L’amour des Montréalais et des Montréalaises pour leur métro est donc une affaire complexe, faite de sensations physiques, de souvenirs et d’avis divers. Les anciennes voitures requalifiées rappellent cet imaginaire, mais offrent de plus un pas de recul intéressant par rapport au chemin parcouru depuis 60 ans : ces équipements obsolètes nous renvoient en effet l’image d’une époque où des choix ambitieux ont eu à la fois des effets destructeurs et des bienfaits durables, comme le métro.

Cette distance critique par rapport au passé n’est pas sans rappeler les durs choix collectifs qui restent à faire pour adapter la ville aux changements climatiques, mais tout en s’assurant de protéger ce qui existe déjà et qui mérite d’être conservé. La voiture MR-63, maintenant retraitée, a peut-être plus que jamais des enseignements à nous prodiguer.

La Conversation Canada

Guillaume Ethier a reçu un financement du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC) pour réaliser cette recherche partenariale avec l’organisme MR-63, nommé dans cet article.

Alicia Fortin-St-Gelais a reçu un financement du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC) pour réaliser cette recherche partenariale avec l’organisme MR-63, nommé dans cet article.

ref. Que nous disent les anciennes voitures du métro de Montréal sur ce que la métropole est devenue ? – https://theconversation.com/que-nous-disent-les-anciennes-voitures-du-metro-de-montreal-sur-ce-que-la-metropole-est-devenue-279042

Que sait-on des hantavirus soupçonnés d’être responsables du décès de trois passagers d’un bateau de croisière ?

Source: The Conversation – in French – By Thomas Jeffries, Senior Lecturer in Microbiology, Western Sydney University

Le 3 mai 2026, selon les informations communiquées par l’Organisation mondiale de la santé, trois personnes sont mortes à bord d’un bateau de croisière sur l’océan Atlantique. L’OMS suspecte une épidémie provoquée par un hantavirus, une famille de virus qui peuvent, de manière exceptionnelle, être transmis à l’humain par des rongeurs et provoquer des syndromes pulmonaires et hémorragiques, potentiellement mortels.


Trois personnes sont décédées à la suite d’une épidémie présumée d’hantavirus sur un bateau de croisière au milieu de l’océan Atlantique. Au moins un autre passager est en soins intensifs en Afrique du Sud.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux dimanche 03 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé ces décès et indiqué que cette maladie rare à hantavirus avait été confirmée en laboratoire dans un des cas. Les autorités enquêtent actuellement sur cinq autres cas suspects parmi les passagers du MV Hondius.

Alors, qu’est-ce-que la maladie à hantavirus ? Et pourquoi peut-elle se révéler mortelle ?

Au fur et à mesure que l’enquête avance, voici ce que nous savons.

Que sait-on sur les hantavirus ?

Les hantavirus provoquent des syndromes pulmonaires rares mais graves et peuvent aussi entraîner des hémorragies sévères et de la fièvre, sachant qu’une maladie à hantavirus peut être mortelle.

(Ces virus quand ils sont zoonotiques causent chez l’humain deux types de syndromes, indique l’Institut Pasteur : soit une fièvre hémorragique avec syndrome rénal causée principalement par des hantavirus de l’Ancien Monde, soit un syndrome cardiopulmonaire causé essentiellement par des hantavirus du Nouveau Monde. Les deux syndromes peuvent être provoqués par une même espèce virale. C’est une maladie relativement rare dans certains pays – une centaine de cas hospitalisés détectés en moyenne en France annuellement et de l’ordre d’une cinquantaine par an aux États-Unis –, mais plus fréquente dans d’autres – plusieurs centaines à milliers de cas par an en Allemagne et Scandinavie, ndlr.)




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Le virus est transmis par des rongeurs, tels que les souris et les rats, principalement par l’urine et les excréments des animaux infectés.

En général, les hantavirus ne se transmettent pas d’un humain à un autre, sauf dans de rares cas.

On estime qu’il y a chaque année, dans le monde, entre 150 000 et 200 000 cas d’infection par des hantavirus.

Ils sont moins contagieux que les virus transmissibles par voie aérienne tels que le Covid et les virus influenza (les virus influenza transmettent la grippe, ndlr), car ils ne se transmettent généralement pas d’une personne à l’autre.

Qu’est-ce qui rend ces hantavirus mortels ?

Il existe deux principaux types d’hantavirus, chacun présentant des symptômes différents.

Le syndrome pulmonaire à hantavirus, qui touche les poumons, est principalement présent aux États-Unis. Si une personne est infectée par ce type d’hantavirus, elle présentera probablement, en l’espace de quelques jours, une toux et un essoufflement.

À mesure que la maladie progresse, des symptômes tels que la fatigue, la fièvre et des douleurs musculaires peuvent apparaître. Des maux de tête, des vertiges, des nausées, des vomissements et des douleurs abdominales peuvent également survenir. Il s’agit de la souche la plus mortelle du hantavirus. Malheureusement, environ 38 % des personnes qui présentent ces symptômes décèdent des suites de la maladie.

La fièvre hémorragique avec syndrome rénal est principalement présente en Europe et en Asie, mais la souche connue sous le nom de « virus de Séoul » s’est propagée dans le monde entier. Cette forme d’hantavirus touche principalement les reins.

Les personnes développent généralement des symptômes dans les deux semaines qui suivent l’exposition au virus. Les premiers symptômes comprennent des maux de tête intenses, des douleurs abdominales, des nausées et une vision trouble. Les symptômes plus avancés comprennent une tension artérielle basse, des hémorragies internes et même une insuffisance rénale aiguë. Cette maladie peut être causée par différents virus, dont certains sont plus mortels que d’autres, ce qui signifie qu’entre 1 % et 15 % des cas peuvent être mortels.

Malheureusement, il n’existe aucun traitement spécifique ni aucun remède contre aucun des deux types d’hantavirus. Toutefois, une prise en charge médicale précoce peut augmenter les chances de survie du patient. Cela peut inclure le recours à des respirateurs, l’oxygénothérapie et la dialyse.

Concernant le bateau de croisière, les autorités poursuivent leurs investigations afin de déterminer à quel type de hantavirus les passagers ont été exposés.

Comment le virus s’est-il retrouvé sur un bateau de croisière ?

Dans un environnement clos tel qu’un bateau de croisière, les passagers auraient pu contracter un hantavirus de deux façons.

Selon une première hypothèse, ils auraient été exposés au virus lors d’une excursion à terre.

Autre hypothèse : des rongeurs auraient pu s’introduire à bord du navire dans la cargaison, puis transmettre la maladie aux passagers par le biais de leur urine ou de leurs excréments contaminés. D’autres facteurs, tels que les normes d’hygiène et les pratiques de stockage des aliments, ont peut-être contribué à accélérer la propagation de l’infection.

Pour endiguer cette épidémie présumée, les autorités doivent d’abord s’assurer que tous les rongeurs sont capturés en toute sécurité et retirés du navire. Elles doivent ensuite surveiller l’ensemble des passagers afin de détecter d’éventuels symptômes liés à une infection par hantavirus. Le virus est diagnostiqué à l’aide d’un test PCR, similaire à ceux utilisés pour diagnostiquer des virus tels que le Covid.

Sachant qu’il n’existe aucun traitement spécifique contre cette maladie, les autorités doivent aider les passagers infectés à gérer leurs symptômes. Cela implique de vérifier qu’ils respirent normalement et que leurs reins fonctionnent correctement.

Alors, faut-il s’inquiéter ?

Bien qu’ils soient préoccupants, les cas d’infections par des hantavirus restent extrêmement rares. Cependant, comme la maladie à hantavirus peut présenter des symptômes similaires à ceux d’autres affections respiratoires, il est recommandé de toujours consulter un médecin si vous présentez des symptômes.

Si vous avez séjourné dans des régions où ce type de virus est présent et que vous souffrez d’essoufflement, de fièvre ou de tout autre symptôme qui ressemble à un syndrome grippal, consultez votre médecin traitant.

The Conversation

Thomas Jeffries ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Que sait-on des hantavirus soupçonnés d’être responsables du décès de trois passagers d’un bateau de croisière ? – https://theconversation.com/que-sait-on-des-hantavirus-soupconnes-detre-responsables-du-deces-de-trois-passagers-dun-bateau-de-croisiere-282082