Les bioplastiques, alternative écologique ou solution en sursis ?

Source: The Conversation – in French – By Jean-Philippe Bootz, Chercheur, Université de Strasbourg

Les bioplastiques connaissent actuellement un essor notable en tant qu’alternative au plastique traditionnel, bien qu’ils ne représentent à ce stade qu’une part infime des plastiques utilisés. Leur impact écologique est certes moindre, mais leur développement pose d’autres questions, auxquelles la recherche n’a pas toujours de réponse. Ils ne doivent pas occulter le principal objectif : la réduction à la source de la production de plastiques.


Face à la crise environnementale, les bioplastiques apparaissent comme une alternative prometteuse aux plastiques conventionnels, responsables de multiples externalités négatives.

Les images d’océans jonchés de déchets plastiques, matériau non biodégradable, ainsi que les émissions massives de gaz à effet de serre associées à tout leur cycle de vie ont impulsé la recherche de matériaux plus durables.

Mais dans quelle mesure les bioplastiques répondent-ils efficacement aux enjeux écologiques ? Même si leur développement semble être une étape nécessaire dans la transition vers l’économie circulaire, ces matières suscitent à la fois espoir et scepticisme.




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Les bioplastiques, une définition et des promesses

Commençons par quelques définitions. Le terme de « bioplastiques » cache en réalité trois catégories distinctes :

  • Les plastiques biosourcés non biodégradables : Ces matériaux, issus de ressources renouvelables comme le maïs ou la canne à sucre, peuvent contenir une part variable de composants issus de la pétrochimie. Ils sont parfois critiqués pour leur faible valeur ajoutée écologique en raison de leur incapacité à se dégrader naturellement.



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  • Les plastiques biodégradables non biosourcés : Provenant de la pétrochimie, ces plastiques peuvent être décomposés par des micro-organismes dans des conditions spécifiques, rendant leur gestion en fin de vie plus acceptable.



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  • Les bioplastiques à la fois biosourcés et biodégradables : représentés par des matériaux comme le PLA (acide polylactique) ou les PHA (polyhydroxyalcanoates), ils incarnent une promesse de circularité maximale. Ces plastiques s’intègrent dans des cycles de production et de consommation respectueux des limites planétaires.



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En France toutefois, la définition stricte du terme « bioplastiques » est réservée aux matières à la fois biosourcées et biodégradables). Seule la troisième des catégories listées plus haut peut donc prétendre à l’appellation de bioplastique sur le territoire français.

Vers des Legos à 100 % en bioplastique en 2030 ?

Depuis les années 1960, la production mondiale de plastique a explosé, passant de 15 millions de tonnes en 1964 à 348 millions de tonnes en 2017.

Les emballages représentent près de 25 % de ces volumes. Malheureusement, sur la période, seuls 9 % des plastiques produits ont été recyclés, tandis que 12 % ont été incinérés. Le reste, soit près de 80 %, s’est accumulé et continue de s’accumuler dans l’environnement (et notamment les océans) ou dans les décharges, où il met plusieurs siècles à se dégrader.

Face à ce constat alarmant, les bioplastiques suscitent un intérêt croissant. En 2024, le marché des bioplastiques dépasse les 7 milliards de dollars et les projections indiquent qu’il avoisinerait les 20 milliards d’ici à 2033. Leur production mondiale était estimée en 2024 à 2,11 millions de tonnes, soit moins de 1 % de l’ensemble des plastiques produits, mais les projections indiquent une croissance rapide. Le marché potentiel est évalué à 3,95 millions de tonnes d’ici 2028.

L’Europe, qui représente une part importante de ce marché, bénéficie de politiques favorisant l’innovation et l’adoption de matériaux durables.

Dans le même temps, de grandes entreprises comme Coca-Cola, Danone ou Lego investissent massivement dans le développement de solutions à base de bioplastiques. Lego prévoit par exemple d’utiliser exclusivement des bioplastiques d’ici à 2030.

Coûts, recyclage, pression foncière… Des obstacles à surmonter

Malgré leur potentiel, les bioplastiques doivent relever plusieurs défis majeurs :

D’abord leur coût élevé. La production de bioplastiques reste en moyenne deux fois plus chère que celle des plastiques classiques. Cette différence s’explique par les coûts des matières premières, la complexité des procédés de fabrication et les investissements nécessaires en recherche et développement. Cependant, les économies d’échelle et les améliorations technologiques pourraient réduire cet écart dans les prochaines années.

D’autre part, une recyclabilité et une biodégradabilité qui restent limitées. La majorité des bioplastiques biodégradables nécessite le plus souvent des conditions de compostage industriel pour se décomposer efficacement. Or, peu d’infrastructures de ce type existent. De plus, lorsqu’ils sont mélangés par erreur avec des plastiques conventionnels dans les filières de tri actuelles, les bioplastiques sont le plus souvent incinérés ou envoyés en décharge.

Enfin, la pression qu’ils exercent sur les terres agricoles, puisque les bioplastiques utilisent des matières premières végétales cultivées sur des terres agricoles. Bien que leur production actuelle mobilise pour l’instant moins de 0,02 % des terres agricoles mondiales, une expansion rapide pourrait entraîner des tensions avec les cultures vivrières.

Cette question soulève des inquiétudes en matière de sécurité alimentaire, d’utilisation d’intrants chimiques et de pression sur les ressources hydriques.

Déchets organiques, algues et solutions technologiques

Pour éviter les dérives liées à une utilisation massive de ressources agricoles, la recherche s’oriente vers des matières premières alternatives.

Par exemple les déchets organiques, en particulier les résidus de récolte et les sous-produits de l’industrie agroalimentaire, qui offrent un potentiel encore largement inexploité.

Toutefois, l’usage d’algues tropicales comme matières premières fait l’objet de recherches prometteuses.

La start-up Sea6 Energy, soutenue par BASF, travaille par exemple sur des bioplastiques à base d’algues, et l’Union européenne a lancé le projet Seabioplas dans le même domaine.

Parallèlement, des solutions technologiques émergent pour améliorer la biodégradation et le recyclage des bioplastiques. Des études récentes montrent que certaines bactéries, comme les platisphères, pourraient contribuer à leur dégradation. Ces résultats restent toutefois à valider dans des environnements naturels.

Enfin, les efforts visant à réduire les coûts de production s’intensifient. L’augmentation des volumes et les améliorations dans les procédés de fabrication rendent les bioplastiques de plus en plus compétitifs face aux plastiques pétroliers, surtout dans un contexte de hausse des prix du pétrole.

Un avenir incertain mais prometteur

Les bioplastiques ne représentent pas une solution universelle aux problèmes environnementaux liés au plastique, mais ils constituent une alternative dans la palette de solutions à explorer. Leur potentiel écologique est indéniable, à condition de relever les défis technologiques et structurels qui freinent encore leur déploiement.

Leur avenir dépendra de plusieurs facteurs.

  • L’évolution des infrastructures, en premier lieu : investir dans des filières de recyclage spécifiques et des installations de compostage industriel est essentiel pour maximiser leur impact positif.

  • Le soutien des politiques publiques, ensuite : des incitations fiscales, des réglementations contraignantes et des investissements dans la recherche et le développement joueront un rôle crucial.

  • Enfin, leur déploiement exige l’adhésion des consommateurs et des entreprises : la sensibilisation des citoyens et l’engagement des grandes marques à adopter des solutions durables seront déterminants.

Les bioplastiques incarnent une étape importante dans la transition vers une économie plus durable et circulaire. Ils ne sont toutefois ni une panacée – ni une solution à court terme – aux problèmes liés aux plastiques. Leur succès reposera sur une approche globale, combinant innovation, infrastructures adaptées et régulations ambitieuses.

En définitive, la véritable question n’est pas de savoir si les bioplastiques remplaceront à terme les plastiques pétroliers, mais comment nous pourrons les intégrer de manière équilibrée dans un modèle économique respectueux de la planète. Et pour autant, cette question ne doit pas éluder le problème de fond qu’est la réduction à la source de la production de plastiques pétrosourcés.

The Conversation

Jean-Philippe Bootz a bénéficié des financements de l’Ademe pour conduire l’étude prospective «économie circulaire et industrie en 2035» menée au sein de l’Observatoire des futurs qu’il dirige au sein de l’EM Strasbourg. Cet article a été réalisé dans le cadre de cette étude.

ref. Les bioplastiques, alternative écologique ou solution en sursis ? – https://theconversation.com/les-bioplastiques-alternative-ecologique-ou-solution-en-sursis-262981

La relation des étudiants à l’IA, entre soutien aux apprentissages et menace pour l’estime de soi

Source: The Conversation – in French – By Giulia Pavone, Artificial Intelligence (AI) and consumers behaviours, technology adoption, conversational agents, autonomous vehicles, ethics of AI, Kedge Business School

Comment intégrer l’IA générative dans l’éducation de manière responsable et efficace, en tenant compte des besoins des étudiants ? C’est un défi auquel les établissements d’enseignement supérieur sont confrontés, sachant que l’IA a non seulement des effets sur les habitudes de travail, mais aussi sur l’estime de soi.


Les outils d’intelligence artificielle générative bouleversent aujourd’hui l’éducation à une vitesse fulgurante. En 2025, 74 % des 18-24 ans en France utiliseraient l’IA générative, soit 19 points de plus que la tranche des 25-34 ans.

En un clic, ces technologies permettent de rédiger un texte, de résumer un concept complexe ou de créer une image inédite. Un véritable atout pour des étudiants en quête d’efficacité, et un support prometteur pour les enseignants désireux de dynamiser leurs cours et de diversifier leurs approches pédagogiques. Mais cette efficience ne cache-t-elle pas certains risques ?




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Si l’IA procure des gains immédiats, l’externalisation cognitive pourrait ainsi avoir un coût élevé sur le long terme. Une étude préliminaire du Massachusetts Institute of Technology (MIT) introduit le concept de « dette cognitive », selon lequel plus nous déléguons de tâches à l’IA, plus notre cerveau risque de se mettre au repos, entraînant à terme une atrophie de compétences essentielles à l’apprentissage, telles que la mémorisation et la pensée critique.

Cependant, comme le soulignent certains chercheurs, ces résultats encore préliminaires, tout en ouvrant des pistes de réflexion importantes, pourraient également refléter en partie les spécificités de l’approche méthodologique utilisée.

Cette observation souligne un enjeu central : la nécessité de réfléchir à la relation des étudiants à l’IA et la manière d’intégrer et d’encadrer son usage.

Usage de l’IA et construction de soi

Au-delà de son impact sur l’activité cognitive, l’IA modifie également la relation émotionnelle des étudiants à l’apprentissage. Une étude menée dans une grande école de commerce en France a montré que les étudiants présentant une forte anxiété académique percevaient l’IA comme un soutien indispensable à leur réussite, tout en redoutant que son utilisation soit jugée illégitime ou qu’ils deviennent eux-mêmes remplaçables.

À l’inverse, les étudiants ayant une estime de soi plus élevée remettaient moins en question la légitimité de l’IA et des productions réalisées avec son aide, et exprimaient moins la peur d’être remplacés. Toutefois, eux aussi déclaraient une forte dépendance à ces outils. Pour ces derniers, l’IA est avant tout perçue comme un assistant efficace, tandis que pour les étudiants plus anxieux, elle apparaît à la fois comme une aide incontournable et une menace potentielle.

Cette ambivalence révèle un véritable paradoxe : si l’IA renforce l’efficacité perçue au point de devenir indispensable pour de nombreux étudiants, elle soulève également des inquiétudes profondes quant à la légitimité académique de son usage et à la crainte d’être remplacés à terme.

Ces ressentis témoignent d’une transformation plus globale : l’IA n’est pas qu’un outil neutre, elle s’inscrit dans un rapport de confiance et d’identité qui impacte profondément la construction de soi comme apprenant et futur professionnel.

Un outil aux multiples potentialités

Ces résultats posent une question clé : comment intégrer l’IA générative dans l’éducation de manière responsable et efficace, en tenant compte des besoins cognitifs et émotionnels des étudiants ?

Au-delà des risques qu’elle peut comporter, l’IA permet de personnaliser les parcours pédagogiques en s’adaptant aux besoins, au rythme et au niveau de chaque étudiant. Elle peut fournir des explications supplémentaires, reformuler un concept difficile ou proposer des exemples adaptés, offrant ainsi un soutien permanent, disponible 24h/24. Cette disponibilité permet aux étudiants de progresser en dehors des heures de cours et de renforcer leur autonomie.

Comment l’intelligence artificielle révolutionne le quotidien des enseignants (France 3 Nouvelle-Aquitaine, 2025).

Des études soulignent également que, bien encadrée, l’IA possède un potentiel considérable comme catalyseur de créativité et de performance académique, en générant des synergies inédites entre humain et machine.

Quelles nouvelles compétences pour les étudiants et pour les enseignants ?

L’enjeu est de concevoir l’IA comme un véritable levier pédagogique tout en tenant compte des différences psychologiques et des usages variés selon les étudiants.

Dans ce contexte, le rôle des enseignants est en pleine transformation. Intégrer ces outils dans les cours exige une réflexion pédagogique approfondie pour répondre aux questions de légitimité académique, atténuer les craintes liées au remplacement humain, et surtout faire en sorte que l’IA soit perçue comme un soutien à l’apprentissage, et non comme une menace pour les compétences futures. Par ailleurs, il est essentiel de prévenir les risques de dépendance et d’excès de confiance envers l’IA. Certains chercheurs insistent sur l’importance de développer la métacognition : cette capacité psychologique à observer, analyser et réguler ses propres pensées et comportements.

La métacognition englobe la compréhension explicite que l’on a de soi-même en tant qu’apprenant – ses forces, ses faiblesses, ses stratégies efficaces – ainsi que la capacité à planifier, surveiller et ajuster ses méthodes de travail. Concrètement, elle permet aux étudiants de prendre du recul sur leurs apprentissages, d’évaluer la qualité de leurs raisonnements et de réfléchir à leur vision du monde.

Car dans un monde où la collaboration entre humains et IA devient la norme, il sera plus que jamais nécessaire de cultiver nos compétences et valeurs profondément humaines. À cet égard, le « Future of Jobs Report 2025 » du World Economic Forum souligne que, bien au-delà des compétences techniques, des aptitudes telles que la pensée créative, la résilience, la flexibilité, l’empathie, la curiosité et la capacité à apprendre tout au long de la vie occuperont une place plus centrale que jamais.

The Conversation

Giulia Pavone ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La relation des étudiants à l’IA, entre soutien aux apprentissages et menace pour l’estime de soi – https://theconversation.com/la-relation-des-etudiants-a-lia-entre-soutien-aux-apprentissages-et-menace-pour-lestime-de-soi-261402

Zones économiques spéciales en Afrique : laboratoires de l’industrialisation ou enclaves sans lendemain ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Julien Gourdon, Economiste, Agence Française de Développement (AFD)

Vue de la zone économique spéciale de Glo-Djigbé au Bénin, spécialisée dans la transformation agro-industrielle.

https://gdiz-benin.com/

Une récente étude de l’Agence française du développement explore plus de 230 zones économiques spéciales dans 43 pays africains, révélant leur potentiel pour stimuler la sophistication des exportations, la pénétration des marchés et le bien-être local, en particulier à proximité des zones industrielles. Cependant, leur impact sur les chaînes de valeur régionales et la création d’emplois (en particulier pour les femmes) reste inégal. L’étude souligne que l’efficacité de ces zones spéciales dépend en grande partie de leurs modèles de gouvernance, de la force des incitations offertes et de leur adéquation avec les objectifs d’intégration régionale et de durabilité.


Les zones économiques spéciales (ZES) sont devenues un pilier de l’agenda d’industrialisation de l’Afrique. Sur la carte économique du continent, les ZES se multiplient comme des éclats lumineux. On en compte aujourd’hui plus de 230, réparties dans 43 pays. Leur promesse est simple mais ambitieuse : attirer les investissements, stimuler les exportations, créer des emplois et accélérer l’industrialisation.

Leur recette repose sur un cocktail bien rodé : incitations fiscales généreuses, procédures administratives allégées et infrastructures clés en main. Inspirées des succès asiatiques depuis les années 1970, elles connaissent une accélération fulgurante depuis les années 1990, souvent soutenues par des capitaux étrangers. Mais derrière cette expansion impressionnante se cache une interrogation essentielle : ces zones changent-elles vraiment la donne pour les économies africaines ou ne sont-elles que des vitrines tournées vers l’extérieur, séduisantes mais isolées ?

Ce qui fonctionne : diversification géographique et sophistication des exportations

Les résultats économiques montrent que, dans de nombreux pays, les ZES ont ouvert de nouvelles portes à l’export. Elles ont permis aux entreprises installées sur le continent de diversifier leurs débouchés, de produire des biens plus sophistiqués et de pénétrer des marchés jusque-là inaccessibles (Banque mondiale 2017). C’est le modèle exportatif dans toute sa logique : plutôt que de se limiter à quelques produits bruts destinés à un nombre restreint de clients, il s’agit d’élargir le marché d’exportation et de monter en gamme.

Dans plusieurs cas, cette stratégie a renforcé la résilience des économies face aux chocs extérieurs en améliorant la qualité des exportations et en multipliant les destinations. Les données confirment que les ZES sont particulièrement efficaces pour accroître la sophistication technologique des produits africains et élargir la carte des marchés conquis. Autrement dit, elles permettent de vendre mieux et plus loin.

Ce qui fonctionne moins : intégration régionale et transformation structurelle

Pourtant, si l’on observe les effets plus en détail, le tableau devient moins uniforme. Les ZES africaines peinent encore à véritablement diversifier les produits exportés (CNUCED 2023). Bien souvent, elles se contentent d’expédier vers de nouvelles destinations les mêmes types biens qu’auparavant, sans créer de nouvelles filières.

L’intégration dans les chaînes de valeur régionales reste également limitée. Nombre d’entre elles orientent leurs flux vers l’Asie, l’Europe ou l’Amérique, avec peu de connexions vers les pays voisins. Le risque est alors de voir apparaître des îlots industriels isolés, prospères sur le papier mais sans réel effet d’entraînement sur le tissu économique local.

Un impact social réel, mais inégal selon les contextes

Au-delà des chiffres du commerce extérieur, l’impact social des ZES mérite attention. Les données de terrain, bien que rares, livrent des enseignements précieux. Les ménages vivant à moins de dix kilomètres d’une zone économique spéciale voient en moyenne leur patrimoine croître de manière significative.

Les bénéfices sont concrets : logements de meilleure qualité, accès élargi aux services publics, consommation accrue de biens durables, niveaux d’éducation plus élevés et recul de l’emploi agricole. Ces effets positifs touchent à la fois les habitants de longue date et les migrants venus chercher des opportunités à proximité, ce qui montre que les ZES ne creusent pas les inégalités locales et favorisent l’urbanisation.

Cependant, l’enthousiasme s’atténue lorsqu’il s’agit de l’emploi féminin. Contrairement à d’autres régions du monde en développement, où les zones industrielles ont été un vecteur important d’intégration des femmes sur le marché du travail, le continent africain affiche des résultats plus timides. La structure sectorielle, dominée par l’agro-industrie et les industries extractives, offre moins de débouchés aux travailleuses.

À cela s’ajoutent les contraintes liées aux rôles traditionnels et la répartition des tâches au sein des ménages, qui freinent l’emploi féminin malgré la création d’opportunités dans l’entourage immédiat (Ecofin 2023).

Ce qui fait la différence : gouvernance et modèle économique

Pourquoi certaines ZES réussissent-elles quand d’autres stagnent ? Les recherches montrent que la gouvernance et le modèle économique font toute la différence. Les zones proposant des incitations substantielles et bien ciblées, en particulier lorsqu’elles sont spécialisées ou diversifiées, obtiennent les meilleurs résultats à l’export.

Les modèles de partenariat public-privé ou de gestion privée surpassent nettement les zones gérées exclusivement par l’État, qui affichent souvent des performances inférieures. À l’inverse, les projets de revitalisation des exportations peinent à élargir la gamme de produits ou à conquérir de nouvelles destinations, et les zones offrant peu d’avantages n’ont pratiquement aucun effet mesurable.

Quelle feuille de route pour les prochaines générations de ZES ?

Si les ZES veulent évoluer du statut d’enclaves industrielles à celui de véritables moteurs de transformation, elles doivent s’inscrire dans une stratégie économique globale. Cela signifie tisser des liens solides avec l’économie nationale et les chaînes de valeur régionales, en particulier dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Cela implique aussi de se conformer aux normes internationales en matière d’environnement, de responsabilité sociale et de gouvernance, pour garantir leur durabilité et leur acceptabilité. Le soutien aux petites et moyennes entreprises locales, l’accès au financement, la formation professionnelle et le développement d’infrastructures physiques et numériques de qualité font partie des conditions essentielles pour attirer des investisseurs à forte valeur ajoutée.

Certains pays montrent déjà la voie. Au Maroc, au Kenya, au Rwanda ou en Égypte, des zones de nouvelle génération intègrent des objectifs d’industrialisation verte, soutiennent l’innovation et favorisent l’inclusion sociale. Elles illustrent comment il est possible de conjuguer croissance économique et respect des engagements environnementaux et sociaux.

En définitive, les ZES africaines ne constituent pas une baguette magique capable, à elles seules, de transformer les économies du continent. Mais elles peuvent devenir un accélérateur puissant lorsqu’elles sont bien conçues, bien gérées et intégrées dans un projet industriel cohérent. Leur avenir dépendra de la capacité des gouvernements et du secteur privé à bâtir des zones ouvertes sur leur environnement, capables de créer de la valeur localement et de contribuer à la réduction des inégalités. La vraie question n’est pas tant de savoir s’il faut ou non des ZES, mais comment en faire un levier inclusif et durable, plutôt qu’un simple outil fiscal ou un pôle isolé.


Nous remercions les co-auteurs de l’étude : Sid Boubekeur, Peter Kuria Githinji, Cecília Hornok, Alina Muluykova et Zakaria Ouari.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Zones économiques spéciales en Afrique : laboratoires de l’industrialisation ou enclaves sans lendemain ? – https://theconversation.com/zones-economiques-speciales-en-afrique-laboratoires-de-lindustrialisation-ou-enclaves-sans-lendemain-263866

De l’urgence de démocratiser l’entreprise

Source: The Conversation – France (in French) – By Dominique Méda, Directrice de l’IRISSO – UMR CNRS 7170, Université Paris Dauphine – PSL

Tout au long du XIXe siècle, l’idée que les travailleurs devraient être associés à la production et à la propriété des instruments de travail a été portée, en vain, par de nombreux réformateurs sociaux. Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour que la démocratisation de l’entreprise trouve de nouveau hérauts et devienne une utopie concrète.


Même si, jusqu’au dernier tiers du XIXe siècle, les grandes entreprises intégrées comme les aciéries Schneider ou les compagnies minières sont rares et que la plus grande partie de la production a lieu au sein de chaînes de sous-traitance où les donneurs d’ordre sont les négociants, l’entreprise est considérée comme la propriété de celui qui apporte les capitaux et les matériaux.

Ouvriers et ouvrières, tout comme travailleurs et travailleuses à domicile, sont dans des rapports marchands avec ceux qui leur donnent le travail.

Face au développement de la misère et du paupérisme durant le premier tiers du XIXe siècle, décrit par les Sismondi, Buret, ou Villermé, des voix s’élèvent pour demander une loi sur le travail des enfants. Mais durant le débat à l’Assemblée, en 1840, le député Gay-Lussac affirme que l’établissement est « un sanctuaire qui doit être aussi sacré que la maison paternelle et qui ne peut être violé que dans des circonstances extraordinaires ». La loi de 1841 provoquera malgré tout une première (petite) brèche dans cet édifice.

Participation des ouvriers

Tout au long du XIXe siècle, des auteurs vont lutter contre cette idée et réclamer la participation des ouvriers à la propriété, notamment en prônant l’idée d’association. Pour Pierre-Joseph Proudhon et Louis Blanc, celle-ci s’entend à la fois comme association à la production (et aux bénéfices qui sont retirés de celle-ci) et association à la propriété des instruments de travail. Pour les deux auteurs, le travail et la production sont en effet par essence collectifs et les institutions doivent donc être réformées en ce sens. « Rien ne se ferait sans la participation de tous : ce serait une miniature du gouvernement démocratique, pour lequel la France lutte depuis cinquante ans », écrit Proudhon en 1843.




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Pourtant, après que les journées de juin 1848 ont vu les manifestations ouvrières écrasées dans le sang, rien ne change. En 1893, Jaurès décrit ainsi la situation : « Oui, par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois […] mais au moment même où le salarié est souverain dans l’ordre politique, il est dans l’ordre économique réduit à une sorte de servage […] Oui ! au moment où il peut chasser les ministres du pouvoir il est, lui, sans garantie aucune et sans lendemain, chassé de l’atelier. Son travail n’est plus qu’une marchandise que les détenteurs du capital acceptent ou refusent à leur gré »

Subordination des salariés

Si la subordination des salariés est reconnue au début du XXe siècle et s’ils obtiennent des droits et une amélioration de leurs conditions de travail, qui vont être rassemblés dans le Code du travail, l’idée que les apporteurs de capitaux sont les propriétaires de l’entreprise n’est pas remise en cause. Dans les années 1970, alors que l’économiste Milton Friedman soutient que la seule responsabilité de l’entreprise est de faire du profit, la théorie de l’agence se diffuse : la mission des dirigeants de l’entreprise est de faire fructifier la valeur de l’entreprise pour les actionnaires. En France, plusieurs rapports tentent de remettre en cause la conception hiérarchique de l’entreprise mais le rapport Bloch-Lainé de 1963 et le rapport Sudreau de 1975 font l’objet de vives oppositions de la part du patronat et ne sont donc suivis d’aucun effet.

À la suite du rapport Notat-Senard de 2018, intitulé L’entreprise, objet d’intérêt collectif, qui visait à reconnaître que l’entreprise n’est pas seulement au service de ses actionnaires mais qu’elle doit être attentive aux enjeux sociaux et environnementaux de son activité, l’article 1833 du code, disposant que « toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l’intérêt commun des associés » a été amendé ainsi : « la société doit être gérée dans son intérêt propre, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ». Mais peu de choses ont été changées quant à l’organisation de sa gouvernance.

Et pourtant, le juriste Jean-Philippe Robé l’a rappelé à de nombreuses reprises : les actionnaires ne sont pas propriétaires des entreprises ; ils sont propriétaires des actions émises par les sociétés commerciales utilisées pour structurer juridiquement les entreprises. L’entreprise est une organisation qui n’a pas d’existence en droit alors que la société est une personne morale autorisée à fonctionner dans le système juridique en étant propriétaire, en passant des contrats, en étant capable d’ester en justice. Les dirigeants ne sont pas les mandataires des actionnaires ; ils sont des mandataires sociaux – des mandataires de la société elle-même. Enfin, il n’y a aucune obligation juridique de maximiser les profits qui soit prévue par le droit des sociétés. « Pour que la grande entreprise soit possible, il y a eu invention progressive de dispositifs juridiques aux termes desquels les actionnaires sont des contributeurs en capital (sur le marché primaire des actions) ou des preneurs de risques sur le marché secondaire) mais ne sont ni propriétaires des actifs utilisés dans la production des biens ou services produits ou fournis par l’entreprise, ni cocontractants aux contrats avec les divers participants à l’entreprise ».

Valeur pour l’actionnaire et dérégulation

C’est aux États-Unis, dans le haut lieu de la dérégulation et de la théorie de la valeur pour l’actionnaire, que le politiste Robert Dahl va justifier de manière philosophique, en 1985, dans A Preface to economic democracy, la nécessité de démocratiser l’entreprise et l’économie. Dahl commence son ouvrage en rappelant qu’alors que la démocratie est la règle dans l’État – au moins dans les nations les plus avancées – l’autoritarisme prévaut dans l’économie.

La plupart des salariés, sont sous l’autorité de managers qu’ils n’ont pas élus et de règles sur la conception desquelles ils n’ont pas été consultés et n’ont rien eu à dire. Ils sont subordonnés, un rôle qui est en contradiction avec leur statut de citoyen. Dahl pense nécessaire de rétablir la symétrie entre politique et économie en démocratisant le travail.

« Si la démocratie est justifiée pour gouverner l’État alors elle est également justifiée pour gouverner les entreprises. »

Il existe un parallèle absolu entre le citoyen et le salarié. Le salarié est soumis, comme le citoyen, à des règles contraignantes, auxquelles il est obligé d’obéir. Il doit donc participer à la confection de ces règles, avoir une voix.

Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (Fnege), 2023.

Un citoyen au travail

Dans les années 2000, ces idées vont être reprises par la sociologue Isabelle Ferreras : les travailleurs, argumente-t-elle, veulent être traités comme des citoyens en toutes circonstances, notamment au travail. Si la nature du travail est politique, c’est parce que l’individu vit le travail « au travers de la grammaire du juste en référence au collectif » : ses attentes sont des attentes de justice.

Avec onze autres collègues, nous avons développé ces idées dans le Manifeste Travail. Démocratiser, démarchandiser, dépolluer. Nous proposons, dans la droite ligne des travaux d’Isabelle Ferreras un profond changement de gouvernement pour l’entreprise. Celle-ci étant composée de deux parties constituantes, il importe que les apporteurs de travail, tout comme les apporteurs de capital, puissent choisir leurs représentants et que ceux-ci, à égalité, prennent les décisions et choisissent le dirigeant, en ayant un droit de veto sur les décisions de l’autre chambre.

Ce bicaméralisme se tient à mi-chemin entre la co-détermination en vigueur dans plusieurs pays européens (comme l’Allemagne ou les pays nordiques) et le coopérativisme où les associés sont en même temps les propriétaires de leur société. La co-détermination, si elle n’est pas la panacée, est corrélée avec un plus grand bien-être des salariés. L’exploitation de l’enquête européenne sur les conditions de travail montre en effet que c’est dans les pays où sont le plus répandues les organisations apprenantes que les salariés disposent le plus d’autonomie et sont le plus consultés, et aussi qu’il y a plus de bien-être au travail et moins d’absentéisme.

Dans notre Manifeste Travail, nous suggérons que la démocratisation des organisations ira de pair avec une plus grande attention portée à l’environnement. C’est également la conclusion du rapport rendu par le Club des juristes en novembre 2024, intitulé « L’entreprise engagée face aux défis du XXIe siècle », qui propose de changer de modèle. Aujourd’hui, écrit Isabelle Kocher,

« la rareté à protéger a changé de nature ; il ne s’agit plus du capital économique, surabondant même s’il n’est pas toujours déployé de la bonne manière, mais du capital humain, social et naturel […] C’est tout un édifice qu’il faut revoir : bâtir un système aussi puissant et cohérent que l’ancien, mais adapté à nos enjeux actuels ».


Cet article fait partie d’un dossier à venir publié par Dauphine Éclairages, le média scientifique en ligne de l’Université Paris Dauphine – PSL.

The Conversation

Dominique Méda est présidente de l’Institut Veblen

ref. De l’urgence de démocratiser l’entreprise – https://theconversation.com/de-lurgence-de-democratiser-lentreprise-264626

« Bloquons tout », « grève générale » : quel rôle politique les grèves ont-elles joué en France depuis la fin du XIXe siècle ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Stéphane Sirot, Professeur d’histoire politique et sociale du XXème siècle, CY Cergy Paris Université

Alors que le mouvement « Bloquons tout » appelle à paralyser le pays le 10 septembre, Jean-Luc Mélenchon appelle à la « grève générale ». Ce concept a joué un rôle majeur dans la rhétorique révolutionnaire du début du XXe siècle aux années 1970. Quel rôle ont joué les grèves dans l’histoire syndicale et politique française ? Quel sens leur donner aujourd’hui ?


Si le recours à la grève n’est pas d’un usage spectaculairement plus marqué en France qu’ailleurs en Europe occidentale, la place qui lui a été attribuée dans l’histoire du mouvement ouvrier français n’en est pas moins singulière. Tout au moins dans la double acception que lui a donné un temps le champ syndical : pratique privilégiée pour améliorer le quotidien, elle est en outre au cœur de l’utopie syndicaliste révolutionnaire. Donc, du dépassement du capitalisme.

Au fil du temps, la centralité de la grève dans les rapports sociaux s’est solidement installée, mais sa fonction utopique a vacillé. À la charnière des XXe-XXIe siècles, à l’instar des formes d’expression de la lutte des classes dont elle est l’une des quintessences, la pratique conflictuelle a même été nettement dévalorisée.

La grève ou le dérèglement de l’ordre dominant par les travailleurs eux-mêmes

Outre sa dimension d’outil de défense des conditions d’existence et d’offensive pour des droits nouveaux, la grève est est une forme primitive d’agglomération du monde ouvrier, dont la montée en puissance précède puis accompagne le développement du syndicalisme.

Lorsque le droit de se regrouper dans des syndicats est accordé en 1884, les conflits du travail, dépénalisés en 1864, ont déjà bien entamé leur processus d’installation au cœur des relations industrielles. Autrement dit, l’action précède l’organisation. Souvent même, tout au long du XIXe siècle, elle la fonde : des syndicats naissent à la faveur d’une confrontation sociale, certains disparaissent rapidement une fois la grève terminée, d’autres perdurent.

Puis lorsque naît la CGT à Limoges en 1895, elle ne tarde pas à se doter d’un corpus de valeurs assis sur l’« autonomie ouvrière » et l’« action directe ». Par ses propres luttes, indépendamment des structures partisanes et des institutions, la classe ouvrière est censée préparer la « double besogne » définie par le fait syndical, soit tout à la fois le combat revendicatif prosaïque du moment et la perspective utopique d’un renversement du capitalisme. Une telle approche octroie à la grève un rôle central et tend à la parer de toutes les vertus.

Elle est envisagée comme une école de la solidarité, par l’entraide matérielle qu’elle induit souvent ou par son processus d’extension interprofessionnelle. Elle est en outre une école de la lutte de la lutte des classes, un « épisode de guerre sociale », comme a pu l’écrire l’un des dirigeants de la CGT d’avant 1914.

C’est la raison pour laquelle, quoi qu’il advienne :

« ses résultats ne peuvent être que favorables à la classe ouvrière au point de vue moral, il y a accroissement de la combativité prolétarienne… ». Et si elle est victorieuse, elle est une forme de reprise collective sur le capitalisme, car elle produit « une diminution des privilèges de la classe exploiteuse… »

Enfin, pensent les syndicalistes révolutionnaires, la grève dans sa version généralisée offre aux ouvriers l’arme qui leur permettra d’atteindre le Graal : la disparition définitive du capitalisme. C’est ce que soutient le seul ouvrage qui, dans le champ militant, décrit par le menu ce processus d’appropriation des moyens de production par les travailleurs eux-mêmes, sous l’égide de leurs syndicats qui entreprennent ensuite d’organiser les lendemains qui chantent.

Cette grève générale à forte intensité politique n’est jamais advenue et n’a jamais donné lieu à un changement radical de société. Mais une telle utopie n’était pas forcément à but prémonitoire. Sa fonction était aussi, et peut-être surtout, de prémunir le mouvement ouvrier contre les sirènes de la cogestion et de l’accompagnement du système en place, projet formé pour lui, dès les dernières décennies du XIXe siècle, par les élites républicaines. Accessoirement, le maintien d’un cap révolutionnaire apparaît propice à nourrir une « grande peur » de l’ordre dominant qui, pour se rassurer, se sent ainsi acculé à faire des concessions.

La grève, de l’éden de la lutte des classes au purgatoire du « dialogue social »

Alors que la Première Guerre mondiale donne le coup de grâce au syndicalisme révolutionnaire, deux grandes approches de la grève prédominent au cours des années de scission de la CGT (1922-1935). Pour la confédération de Léon Jouhaux, la suspension de la production est pour l’essentiel et sans s’en priver, un ultime recours ne devant être actionné que si la négociation est infructueuse. Pour la CGTU, proche du PCF, elle peut être une arme allant au-delà de la seule satisfaction des revendications économiques.

Selon les syndicalistes communistes :

« dans son développement, la grève devient inévitablement une lutte politique mettant aux prises les ouvriers et la trinité : patronale, gouvernementale et réformiste, démontrant la nécessité d’une lutte impitoyable débordant le cadre corporatif ».

Pour autant, dans le discours et l’imaginaire du syndicalisme, la grève n’est plus de la même manière qu’auparavant une pratique susceptible d’œuvrer au principe d’« autonomie ouvrière » ou de provoquer l’accouchement d’une nouvelle société. Elle a perdu sa dimension utopique.

Son usage n’en demeure pas moins alors une arme majeure. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le syndicalisme et le monde ouvrier ne sont pas encore pleinement intégrés aux sociétés occidentales ; le processus est certes en route, mais non encore abouti. Bien que se banalisant peu à peu, la négociation collective a du mal à trouver sa place. Les organisations de travailleurs doivent donc s’appuyer sur une culture de lutte, seule ou presque à même de permettre une amélioration du quotidien et de perturber momentanément le système d’exploitation capitaliste.

Par la suite, et jusque dans les années 1960-1970, la grève demeure très présente dans les pratiques syndicales, pour des motifs qui diffèrent là encore sensiblement de ceux des périodes précédentes. Dans le cadre du « compromis fordiste » (l’échange gains de productivité contre pouvoir d’achat) et de l’institutionnalisation du syndicalisme, elle devient avant tout un moyen de gérer les dérèglements du système, de favoriser un partage un peu moins inéquitable des richesses, dans une logique de régulation conflictuelle des rapports sociaux. L’acte de cessation du travail se ritualise, comme l’illustre la pratique exponentielle des journées d’action.

De surcroît, dans le cadre des États sociaux bâtis au cours des Trente glorieuses, la France et le monde occidental connaissent une phase de réformes de progrès qui, en apparence, ne résultent pas systématiquement et à tout moment d’un rapport de force déclaré. Il est permis de penser qu’à terme, cette situation porte en elle une partie des racines de l’essoufflement de la légitimité de la pratique gréviste. Dès lors qu’une amélioration des conditions d’existence paraît devenir possible sous l’action du champ politique ou par des compromis décidés avec les syndicats dans le cadre d’un « dialogue social » appelé à prospérer, une évolution susceptible d’ériger la grève au rang de nuisance ou d’accident à éviter est prête à s’enclencher.

C’est alors que les organisations de salariés et leurs pratiques sont confrontées, entre autres, aux effets de la conjoncture (ralentissement de la croissance, désindustrialisation, précarisation du travail, individualisation des salaires, contre-réformes sociales disloquant les États sociaux, etc.), à la montée en puissance du libéralisme, dont l’un des desseins est de paralyser l’action syndicale, ou encore aux changements de société post-68 (montée de l’individualisme, déclin des grandes utopies politiques, des idéologies, etc.).

Il faut ajouter à cette liste des causes endogènes, celles fabriquées par le syndicalisme lui-même, parmi lesquelles sa distanciation vis-à-vis du champ politique et de son rôle en matière, son impuissance à fabriquer de l’espoir et de l’utopie, ainsi que les contradictions soulevées par son essence de contre-pouvoir institutionnel, tiraillé entre une obligation d’opposition et une profonde inclusion dans la société.

Délégitimation de l’action gréviste

Dans ce contexte, le mouvement syndical du tournant des XXᵉ-XXIᵉ siècles semble s’être significativement replié sur une stratégie de survie. Celle-ci paraît consister à sauver sa légitimité, si nécessaire en s’éloignant de la mise en action du salariat et, au final, en délaissant la manière de penser la rupture avec l’ordre capitaliste.

Depuis trente ou quarante ans, les unes après les autres et à des degrés divers, les grandes confédérations se sont en outre engagées dans une voie nourrissant un doute, voire une forme de délégitimation rhétorique de l’action gréviste.

On peut citer la fameuse phrase du dirigeant de la CFDT, Edmond Maire, comme archétype de la démarche de dévalorisation du rapport de force :

« […] La vieille mythologie selon laquelle l’action syndicale, c’est seulement la grève, cette mythologie a vécu. Le syndicalisme doit l’abandonner. »

Pourtant, le syndicalisme de « dialogue social » sans rapport de force n’a jamais davantage porté ses fruits que celui de confrontation, loin s’en faut. Dans notre pays, les grandes phases historiques de conquêtes sociales majeures résultent de mobilisations syndicales et populaires. Le Front populaire, la Libération, mai-juin 1968 en sont d’éclatantes démonstrations. A contrario, depuis les années 1980, caractérisées par le développement des processus de négociation collective décentralisés et voulus à froid, la restriction du domaine des droits sociaux progresse continûment. Sauf, exceptionnellement, comme en novembre-décembre 1995, lorsqu’un mouvement social déterminé, en l’espèce bloquant et reconductible, parvient à se déployer tout en suscitant des débats de société à même d’établir la jonction entre le contenu des revendications professionnelles et les choix de société qu’elles permettent de mettre au jour.

Au long de son histoire, c’est à la fois par le projet politique utopique dont il était l’initiateur ou le vecteur et par la pratique gréviste dont il faisait un paradigme majeur de son action que le syndicalisme a rassemblé et s’est érigé en force sociale crainte d’un ordre dominant qui, aujourd’hui comme hier, ne concède quasiment jamais rien sans se sentir menacé.


Cet article est extrait de L’autre voie pour l’humanité. Cent intellectuels s’engagent pour un post-capitalisme, ouvrage sous la direction d’André Prone, Paris, Delga, 2018.

The Conversation

Stéphane Sirot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Bloquons tout », « grève générale » : quel rôle politique les grèves ont-elles joué en France depuis la fin du XIXe siècle ? – https://theconversation.com/bloquons-tout-greve-generale-quel-role-politique-les-greves-ont-elles-joue-en-france-depuis-la-fin-du-xixe-siecle-264232

Guinée : l’étau politique se resserre avant le référendum sur la nouvelle Constitution

Source: The Conversation – in French – By Vincent Foucher, Chargé de recherche CNRS au laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM), Sciences Po Bordeaux

La suspension de trois partis majeurs, le 22 août 2025, marque une nouvelle étape dans la fermeture du jeu politique en Guinée. Le référendum constitutionnel prévu le 21 septembre prochain pourrait ouvrir la voie à la candidature du chef de la junte, le général Mamadi Doumbouya. Le chercheur Vincent Foucher, auteur de plusieurs articles sur la politique guinéenne, explique, face à ce verrouillage, la contestation risque de ne trouver d’issue qu’au sein même de l’armée. Il répond aux questions de The Conversation Africa.


Que révèle la suspension de trois principaux partis d’opposition sur l’état du pluralisme en Guinée ?

Il s’agit là d’une étape de plus dans la fermeture du champ politique entamée dès le coup d’État de septembre 2021 qui a vu la junte du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) renverser le président Alpha Condé. Le CNRD a prolongé depuis la période de « transition », et semble préparer l’élection du chef de la junte, le (récent) général d’armée Mamadi Doumbouya.

Ceci se produit alors même que la junte s’était engagée à rendre le pouvoir aux civils, et à le faire rapidement.

Depuis 2021, le CNRD a joué la montre, retardant les évolutions institutionnelles promises juste après le coup d’Etat, et notamment la rédaction d’une nouvelle Constitution et la réforme du dispositif électoral.

Le temps ainsi gagné a permis une fermeture de plus en plus stricte du champ politique, plus étroite encore que celle opérée par le régime du président Condé (2010-2021) que la junte avait renversé. Ce n’est d’ailleurs pas une surprise. La junte est composée d’un petit groupe de militaires issus du régime Condé, qui n’ont fait qu’intensifier les méthodes de leur ancien chef.

La junte avait ainsi commencé par utiliser la justice pour neutraliser certaines figures influentes du parti de Condé. Elle s’inquiétait sans doute que ces personnages disposent encore de ressources matérielles et de réseaux leur permettant de préparer un contre-coup.

Avec les partis d’opposition et avec le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), une coalition de la société civile qui avait mené la lutte contre le tournant autoritaire de Condé, la junte avait d’abord eu une attitude ouverte. Elle avait même obtenu un temps leur soutien, utile face à une communauté internationale prudente. Mais la rupture était survenue assez rapidement, quand il était apparu que la junte comptait gouverner avec ses hommes à elle, en ne faisant que peu de place aux partis politiques ou au FNDC.




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Quand le FNDC et les partis (y compris le Rassemblement du peuple de Guinée, le parti d’Alpha Condé, maintenant dans l’opposition) ont commencé à mobiliser contre le CNRD, les militaires se sont employés à les neutraliser. Ils ont combiné répression des manifestations et poursuites judiciaires contre les principaux leaders d’opposition, qui ont préféré s’exiler.

Deux animateurs du FNDC ont disparu depuis leur arrestation non officielle en juillet 2024, et beaucoup d’observateurs les pensent morts en détention, peut-être sous la torture.

Mais l’arsenal employé est varié et inclut des outils moins brutaux. Ainsi, en 2024, le CNRD avait suscité une « mission d’évaluation des partis politiques » visant à « assainir l’échiquier politique », au terme de laquelle des dizaines de petits partis politiques avaient été dissous. C’était une autre manière, au nom de la loi et de la bonne organisation de l’espace politique, de décourager les velléités d’opposition.

C’est au nom de cette même logique que trois partis d’opposition (deux des trois sont des partis majeurs, à savoir le RPG et l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) ont été suspendus pour trois mois, juste avant le référendum. Relevons cette combinaison savante entre brutalité spectaculaire occasionnelle et manipulation de la rhétorique et des formes de la « réforme ».

Quels risques politiques ou sécuritaires voyez-vous autour du référendum annoncé ?

À dire vrai, le niveau de verrouillage semble tel qu’on a du mal à imaginer que le CNRD puisse ne pas parvenir à ses fins pour le moment. Il s’agit pour lui de faire approuver, par un référendum prévu le 21 septembre prochain, la nouvelle constitution, qui autorisera le général Doumbouya à se porter candidat à la prochaine élection présidentielle (encore non fixée).

Rappelons qu’Alpha Condé avait fait la même chose, en faisant passer par référendum une nouvelle Constitution (il souhaitait alors s’autoriser un troisième mandat), et qu’il avait réussi à organiser une élection qu’il avait remportée. Aujourd’hui, Doumbouya est dans une situation plus favorable, il exerce une pression plus forte que Condé dans la sphère publique et la plupart des principaux opposants sont en exil. Il est donc bien placé pour s’imposer, au moins à court terme.

Il bénéficie en effet d’un véritable alignement des planètes : l’État guinéen dispose de ressources plus importantes grâce à la mise en œuvre récente d’un immense projet minier, et les pouvoirs militaires ont retrouvé une certaine légitimité en Afrique. Les régulations politiques internationales et sous-régionales sont affaiblies, tandis que la France, qui ne veut pas se fâcher avec un régime ouest-africain de plus, se fait particulièrement discrète.




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Quelles issues de sortie de crise restent possibles dans ce contexte tendu ?

En Guinée, depuis l’indépendance jusqu’à maintenant, les alternances n’ont été possibles que par la mort naturelle du président ou par la violence – les deux premiers présidents, Sékou Touré (1958-1984) puis Lansana Conté (1984-2008), sont restés au pouvoir un quart de siècle chacun, jusqu’à leur mort (de maladie). Le capitaine Moussa Dadis Camara, qui avait succédé à Conté fin 2008, n’a quitté le pouvoir que parce qu’il a été gravement blessé par un de ses subordonnés fin 2009. Et Alpha Condé, on l’a vu, a été renversé par un coup d’Etat en 2021.

Le pouvoir ne semble donc pas se transmettre volontairement et pacifiquement en Guinée… Il y a des raisons à cela : une fois qu’un chef d’Etat est en place, il bénéficie d’un Etat assez résilient, arc-bouté sur ses ressources minières, et qui joue de la carotte et du bâton sans hésiter. Face à lui, une population appauvrie, dépendante, et aussi divisée par des clivages ethnorégionaux utilisés par certains acteurs politiques.

Il est très difficile de mobiliser largement contre le régime en place – le FNDC avait su le faire avec brio contre Condé, mais sans vraiment l’emporter : c’est bien le coup d’Etat de Doumbouya qui avait finalement fait tomber Condé.

À regarder l’histoire de la Guinée et malgré le courage des Forces vives de Guinée, une nouvelle itération du FNDC qui tente de mobiliser contre la junte, il est à craindre que le changement, s’il se produit, ne puisse venir que du sein même du régime, et plus précisément des forces armées elles-mêmes.

Certains incidents, ces dernières années, témoignent de l’inquiétude de Doumbouya sur ce point. Mais il a pris des dispositions pour se protéger, purgeant certains chefs militaires soupçonnés de manque de loyauté et renforçant considérablement les capacités de son corps d’origine, les forces spéciales, ainsi que de la gendarmerie, tout en prenant soin des conditions de vie de l’ensemble des militaires. Là encore, la carotte et le bâton.




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Les pays de la région et les organisations sous-régionales peuvent-ils jouer un rôle ?

À partir de la prise de pouvoir de Moussa Dadis Camara en 2008, et notamment à la suite du massacre d’opposants perpétré par ses hommes le 28 septembre 2009, il y avait eu une grosse implication internationale en Guinée : la Communauté économique des États ouest-africains (Cedeao) bien sûr, mais aussi les Nations-unies, l’Union européenne, la Francophonie, les Etats-unis, la France, tous s’étaient impliqués pour faciliter le retour à un régime civil…

Le problème est que cet effort international a abouti à la mise en place du régime peu convaincant d’Alpha Condé. La crédibilité et le levier des acteurs internationaux sont donc faibles en Guinée aujourd’hui, même si l’opposition et les Forces vives de Guinée n’ont guère d’autre choix que de leur faire appel, encore maintenant.

De plus, au-delà des logiques purement guinéennes, avec les différents coups d’Etat qui ont secoué l’Afrique subsaharienne ces dernières années et la rhétorique souverainiste proliférante qui les a accompagnés, l’Occident et les organisations internationales gouvernementales et non-gouvernementales ont vu leur influence s’affaiblir.

Par ailleurs, pour ce qui concerne les autres chefs d’Etat de la région ouest-africaine, certains n’ont pas été mécontents de voir tomber Alpha Condé, un partenaire compliqué. Et puis, beaucoup de régimes ouest-africains ont une légitimité démocratique également discutable (certains s’apprêtent d’ailleurs eux-mêmes à des manipulations constitutionnelles diverses). Donc ils sont mal placés pour faire la leçon.

Quant au Nigeria, la super-puissance de la région, et qui a par le passé joué un rôle important à travers l’Afrique de l’Ouest, il semble tourné vers ses graves problèmes internes.




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Joseph Kabila jugé pour trahison en RDC : sur quoi repose le dossier contre l’ancien président ?

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Beloff, Postdoctoral Research Associate, King’s College London

Le tribunal militaire congolais a accusé l’ancien président Joseph Kabila de trahison, de corruption, de crimes de guerre et de soutien au groupe rebelle du Mouvement du 23 mars (M23). Au cours du procès qui a débuté en juillet 2025, des arguments ont été avancés en faveur de la peine de mort contre Kabila, qui a été au pouvoir de 2001 à 2019. Le procès se déroule en l’absence de Kabila, car la menace d’une arrestation l’a conduit à l’exil. Pourtant, Kabila avait combattu la première rébellion du M23 en 2012-2013. Il avait aussi affronté son prédécesseur, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), actif contre le gouvernement congolais entre 2006 et 2009. Jonathan R. Beloff, spécialiste de la politique congolaise depuis plus de dix ans, analyse ici les enjeux de ce procès.


Quel est le parcours politique de Joseph Kabila ?

Joseph Kabila devient président de la République démocratique du Congo (RDC) le 26 janvier 2001 après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré. Il était alors âgé de 29 ans.

Auparavant, pendant la première guerre du Congo (1996-1997), il a servi dans l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, qui visait à renverser le dictateur zaïrois Joseph Mobutu. Ce conflit, qualifié par l’historien Gérard Prunier de « guerre mondiale africaine », impliquait plusieurs pays voisins comme l’Angola, le Burundi, l’Ouganda et le Rwanda.

Un nombre important de soldats et de commandants de l’alliance étaient rwandais. Une grande partie de la guerre a été menée par le général rwandais James Kabarebe qui est devenu une figure paternelle de facto pour Kabila. Il lui a enseigné la stratégie militaire, la tactique et la politique.

La rupture des relations entre le Rwanda et la RDC en 1998 a conduit à la sanglante deuxième guerre du Congo (1998-2003). Elle a opposé l’Ouganda, le Rwanda et, dans une moindre mesure, le Burundi, qui ont combattu la RDC et ses alliés, tels que l’Angola et le Zimbabwe. La guerre a été principalement menée par des rebelles issus de ces pays qui avaient des intérêts divergents. Au cours de cette période, Kabila est devenu chef d’état-major adjoint de l’armée congolaise.

Devenu président, il a réussi à pousser le Rwanda et l’Ouganda à négocier. Des accords de paix ont été signés en 2002.

Dans l’ensemble, son mandat présidentiel a été entaché par la persécution de ses rivaux politiques et par la corruption. De nombreuses forces rebelles sont restées actives dans l’est instable du pays.

De plus, malgré la limitation imposée par la Constitution de la RDC, Kabila a prolongé son mandat présidentiel — restant en fonction au-delà de ses deux mandats de cinq ans — grâce à une décision de la Cour constitutionnelle justifiée par le principe de continuité de l’État, dans l’attente de la tenue des élections prévues. Il n’a finalement quitté le pouvoir qu’en 2019. Un accord politique lui a permis de transmettre le pouvoir à Félix Tshisekedi.

Qu’est-il advenu de Kabila depuis lors ?

Les relations entre Joseph Kabila et son successeur Félix Tshisekedi se sont vite détériorées.

Depuis qu’il a quitté le pouvoir, l’ancien président fait l’objet d’accusations de corruption de plus en plus nombreuses. De plus, en 2021, de nombreux partisans de Kabila au sein du gouvernement et de l’armée ont été écartés.

Les relations entre les deux hommes se sont encore dégradées en 2023 lorsque Kabila a critiqué la manière dont Tshisekedi gérait la campagne violente du M23 dans l’est de la RDC. Kabila a également critiqué le recours par Tshisekedi à des milices incontrôlées, les Wazalendo, qui n’ont pas réussi à combattre le M23.

Kabila s’est exilé, apparemment en Afrique du Sud et dans d’autres pays africains, cette année-là. Il est revenu à Goma, le centre régional de l’est de la RDC, en mai 2025, où il a rencontré les dirigeants du M23.

Le gouvernement congolais a utilisé ce déplacement pour lancer des poursuites contre lui. Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), qui représentait ses intérêts au Parlement, a été suspendu. Peu après, le Sénat a levé son immunité, ouvrant la voie à un procès.

Pourquoi l’affaire contre Kabila est-elle jugée par un tribunal militaire ?

Joseph Kabila n’occupe plus aucune fonction officielle depuis janvier 2019 (il a occupé pour la dernière fois les fonctions de président et de général de division), ni dans l’armée ni en politique. Mais son passé de militaire justifie, selon la justice, le recours à un tribunal militaire.

De plus, l’affaire est jugée par un tribunal militaire car Kabila est accusé d’avoir commis un acte de trahison en rencontrant une force militaire ennemie, le M23. Après cette rencontre, ses biens ont été saisis par l’État.

Bien que ce ne soit pas l’accusation la plus grave, Kabila est également accusé de corruption massive pendant ses 18 années de présidence. En outre, il est tenu pour responsable de décisions militaires passées qui ont conduit à des crimes de guerre, des meurtres et des viols pendant et après la deuxième guerre du Congo (1998-2003) .

Quelles sont les implications pour le processus de paix en RDC ?

En juin 2025, le Rwanda et la RDC ont signé un accord de paix à l’issue de négociations menées par le Qatar et les États-Unis.

En apparence, ce traité peut stabiliser la région et ouvrir la voie au développement. Cependant, pour Tshisekedi, il s’agit d’un terrain miné de risques politiques.

Depuis le retour du M23 en 2021, le président a toujours accusé Kigali ainsi que les communautés banyarwanda et banyamulenge de l’est du Congo, d’être liées aux rebelles.

Depuis la résurgence du M23 en novembre 2021, Tshisekedi a accusé le Rwanda, ainsi que les Banyarwanda et les Banyamulenge – des populations d’origine rwandaise résidant historiquement dans l’est de la RDC – d’être responsables du retour de ce groupe rebelle.

Le nouvel accord de paix complique considérablement les relations de Tshisekedi avec ses principaux alliés politiques et ministres. S’il donne l’impression de céder aux pressions du Rwanda, il risque de perdre le soutien de ses alliés et de compromettre sa réélection.

Ainsi, de mon point de vue, et au regard de mes recherches sur l’instabilité congolaise, Tshisekedi avait besoin de trouver une diversion politique derrière laquelle ses partisans puissent se rallier. Le retour de Kabila à Goma et ses liens avec le M23 lui en ont fourni cette occasion. Le procès permet au président de montrer sa détermination à lutter contre les rebelles du M23, alors même que l’armée congolaise peine à freiner leurs avancées. Ce procès est aussi une manière pour Tshisekedi d’affirmer son autorité face à l’opposition.

Cependant, Tshisekedi doit rester prudent face aux conséquences possibles de cette affaire. Les derniers fidèles de Kabila pourraient se montrer plus déterminés à lui résister. La plupart ont été écartés, mais certains sont encore présents.

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ref. Joseph Kabila jugé pour trahison en RDC : sur quoi repose le dossier contre l’ancien président ? – https://theconversation.com/joseph-kabila-juge-pour-trahison-en-rdc-sur-quoi-repose-le-dossier-contre-lancien-president-264809

Trafic d’animaux sauvage en Corée du Nord : quand le gouvernement ferme les yeux

Source: The Conversation – France in French (3) – By Joshua Elves-Powell, Associate Lecturer in Biodiversity Conservation and Ecology, UCL

Des rapports suggèrent que les peaux de goral à longue queue sont vendues illégalement à des acheteurs en Chine. Vachovec1 , CC BY-SA

Des chercheurs se sont appuyés sur des témoignages de réfugiés nord-coréens, confirmés par des rapports provenant de Chine, de Corée du Sud et des images satellites, pour dresser un panorama du commerce illégal d’animaux sauvages dans le pays. Ces données suggèrent l’implication de l’État.


La Corée du Nord est connue pour le commerce illicite d’armes et de stupéfiants. Mais une nouvelle étude que j’ai menée avec des collègues britanniques et norvégiens révèle un nouveau sujet de préoccupation : le commerce illégal d’espèces sauvages prospère dans le pays, y compris celles qui sont censées être protégées par la législation nord-coréenne.

D’après des entretiens menés auprès de réfugiés nord-coréens (également appelés « transfuges » ou « fugitifs »), qui peuvent être d’anciens chasseurs voire des intermédiaires dans le commerce d’animaux sauvages, notre étude, menée sur quatre ans, montre que presque toutes les espèces de mammifères en Corée du Nord plus grandes qu’un hérisson sont capturées de manière opportuniste, à des fins de consommation ou de commerce. Même les espèces hautement protégées font l’objet de commerce, parfois au-delà de la frontière chinoise.

Le plus frappant reste que ce phénomène ne se limite pas au marché noir. L’État nord-coréen lui-même semble tirer profit de l’exploitation illégale et non durable de la faune sauvage.

Le poids de l’économie informelle

Après l’effondrement de l’économie nord-coréenne dans les années 1990, le pays a connu une grave famine qui a fait entre 600 000 et 1 million de morts. Ne pouvant plus compter sur l’État pour subvenir à leurs besoins alimentaires, médicaux et autres besoins fondamentaux, de nombreux citoyens se sont alors mis à acheter et à vendre des marchandises – parfois volées dans des usines publiques ou introduites en contrebande depuis la Chine – dans le cadre d’une économie informelle en pleine expansion.

Cette économie informelle intègre aussi les animaux et les plantes sauvages, une précieuse ressource alimentaire. La faune sauvage est également appréciée pour son utilisation dans la médecine traditionnelle coréenne, ou pour la fabrication de produits tels que les vêtements d’hiver.

Il est important de noter que la vente de produits issus de la faune sauvage permet de générer des revenus importants. C’est pourquoi, outre le marché intérieur de la viande sauvage et des parties animales, un commerce international s’est développé, dans lequel des contrebandiers tentaient de vendre des produits issus de la faune sauvage nord-coréenne de l’autre côté de la frontière, en Chine.

Vue aérienne de la zone démitarilisée à la frontière entre les deux Corées
La zone démilitarisée de 4 km de large entre la Corée du Nord et la Corée du Sud est devenue un refuge pour la faune sauvage.
Eleteurtre/Shutterstock

Ce commerce n’est officiellement reconnu par aucun des deux gouvernements. La Corée du Nord est l’un des rares pays à ne pas être signataire de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) – le traité qui réglemente le commerce international des espèces menacées d’extinction. Il existe donc peu de données officielles. Bon nombre des techniques habituellement utilisées par les chercheurs, telles que les études de marché ou l’analyse des données relatives aux saisies ou au commerce, sont tout simplement impossibles à mettre en œuvre dans le cas de la Corée du Nord.

C’est pourquoi nous nous sommes tournés vers les témoignages de réfugiés nord-coréens. Parmi eux figuraient d’anciens chasseurs, des intermédiaires, des acheteurs et même des soldats qui avaient été affectés à des réserves de chasse réservées à la famille dirigeante de la Corée du Nord. Afin de protéger leur sécurité, tous les entretiens ont été menés de façon anonyme.

Pour vérifier les données issues de ces entretiens, nous les avons comparées à des rapports provenant de Chine et de Corée du Sud. Les changements signalés dans certaines ressources forestières ont également pu être vérifiés à l’aide de la télédétection par satellite.

Leurs récits donnent une idée impressionnante des interactions entre humains, animaux et plantes sauvages en Corée du Nord, ainsi que de leur utilisation commerciale.

L’implication de l’État nord-coréen dans le commerce d’espèces sauvages

Cependant, le plus inquiétant est que ces témoignages suggèrent que l’État nord-coréen lui-même puisse être directement impliqué dans le commerce d’espèces sauvages. Bien qu’il soit ressorti clairement des entretiens que les participants ignoraient le plus souvent le statut juridique du commerce d’espèces sauvages pour différentes espèces, notre analyse montre qu’une partie de ce commerce semble être illégale.

Les participants ont décrit des fermes d’élevage d’animaux sauvages gérées par l’État qui produisent des loutres, des faisans, des cerfs et des ours, ainsi que des parties de leur corps, à des fins commerciales. En effet, la Corée du Nord a été le premier pays à élever des ours pour leur bile, avant que cette pratique ne se répande en Chine et en Corée du Sud.

L’État aurait également collecté des peaux d’animaux via un système de quotas, les habitants remettant les peaux à une agence gouvernementale, tandis que les chasseurs agréés par l’État et les communautés locales offraient parfois des produits issus de la faune sauvage à l’État ou à ses dirigeants en guise de tribut.

ours noir
La Corée du Nord possède des fermes d’élevage d’ours. L’un des produits fabriqués est la bile d’ours, utilisée en médecine traditionnelle (photo prise en Corée du Sud).
Joshua Elves Powell

L’une des espèces identifiées par nos interlocuteurs était le goral à longue queue (sur l’image en tête de cet article). Longtemps chassé pour sa peau, cet animal est désormais strictement protégé par la CITES. Nos données suggèrent que les gorals étaient destinés à être vendus à des acheteurs chinois. La Chine est pourtant partie à la convention (c’est-à-dire, elle l’a ratifié), ce commerce constituerait donc une violation des engagements pris par la Chine dans le cadre de la CITES.

Les impacts au-delà des frontières coréennes

La péninsule coréenne est un site d’importance mondiale pour de nombreuses espèces de mammifères. Ses régions septentrionales sont reliées, par voie terrestre, à des zones de Chine où ces espèces sont actuellement en voie de rétablissement. Cependant, la chasse non durable et la déforestation menacent leur potentiel de rétablissement en Corée du Nord.

Ceci a des conséquences plus larges. Par exemple, on espérait que le léopard de l’Amour, l’un des félins les plus rares au monde, puisse un jour recoloniser naturellement la Corée du Sud. Mais cela semble désormais très improbable, car ces animaux seraient confrontés à de graves menaces rien qu’en traversant la Corée du Nord.

Par ailleurs, les objectifs de conservation de la Chine, tels que la restauration du tigre de Sibérie dans ses provinces du Nord-est, pourraient être compromis si les espèces menacées qui traversent sa frontière avec la Corée du Nord sont tuées à des fins commerciales.

En outre, le commerce transfrontalier illégal d’espèces sauvages en provenance de Corée du Nord constituerait une violation des engagements pris par la Chine dans le cadre de la CITES, un problème grave susceptible d’avoir de graves répercussions sur le commerce légal d’animaux et de plantes. Pour faire face à ce risque, Pékin doit redoubler d’efforts pour lutter contre la demande intérieure d’espèces sauvages illégales.

Le commerce d’espèces sauvages nord-coréennes est actuellement un angle mort pour la conservation mondiale. Nos conclusions contribuent à mettre en lumière le problème que représente le commerce illégal et non durable d’espèces sauvages, mais la lutte contre cette menace, qui pèse sur les ressources naturelles de la Corée du Nord, dépendra en fin de compte des décisions prises par Pyongyang. Le respect de la législation nationale sur les espèces protégées devrait être une priorité immédiate.

The Conversation

Joshua Elves-Powell a reçu des financements du London NERC DTP et ses travaux sont soutenus par Research England.

ref. Trafic d’animaux sauvage en Corée du Nord : quand le gouvernement ferme les yeux – https://theconversation.com/trafic-danimaux-sauvage-en-coree-du-nord-quand-le-gouvernement-ferme-les-yeux-264911

Après Renault, Luca de Meo pourra-t-il mettre le turbo chez Kering ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Isabelle Chaboud, Professeur senior d’analyse financière, d’audit et de risk management – Directrice de Programme pour le MSc Fashion Design & Luxury Management- Responsable de la spécialisation MBA "Brand & Luxury Management", Grenoble École de Management (GEM)

L’arrivée de Luca de Meo à la tête de Kering marque une nouvelle étape dans ce groupe de luxe fondé par la famille Pinault. Venu de l’automobile, le nouveau directeur général devra gérer le cash de façon très rationnelle, dans un univers créatif qui ne l’est pas toujours. Quels sont les défis à relever ? Avec quelles chances de succès ?


Le 9 septembre 2025, l’assemblée générale mixte de Kering va-t-elle entériner un tournant majeur dans la gouvernance du groupe ? Parmi les résolutions soumises au vote des actionnaires, les principales concernent Luca de Meo. Les actionnaires seront amenés à se prononcer sur sa nomination comme administrateur du groupe, sa prise de fonction comme directeur général à compter du 15 septembre et sa rémunération XXL.

Si dissocier les fonctions de président et de directeur général s’apparente à de bonnes pratiques en matière de gouvernance, choisir un profil à la fois extérieur à la famille et au secteur témoigne d’un changement radical au sommet de l’empire Kering. Comment ce groupe familial, créé par François Pinault et géré par son fils François-Henri depuis vingt ans, s’est-il développé avant de confier les rênes à un profil extérieur ? Quels sont les défis majeurs qui attendent Luca de Meo ? Et pour quelle rémunération ? Ses pouvoirs seront-ils réels ou seulement cosmétiques ?

La constitution d’un empire familial, le règne du père de 1962 à 2002

L’histoire commence en 1962 quand le Breton François Pinault lance un petit négoce de bois. Entrepreneur visionnaire et audacieux, il réalisera très tôt de multiples acquisitions, notamment à l’international avec la CFAO (Compagnie française de l’Afrique occidentale) et poursuivra une politique de diversification permanente. En 1988, Pinault SA entre en bourse et son fondateur conserve 50 % du capital. Après avoir racheté Conforoma, le Printemps, Prisunic, puis la Redoute et la Fnac, il devient le deuxième groupe européen dans la distribution. Dès 1987, son fils, François-Henri Pinault, entre dans le groupe et prendra successivement plusieurs postes de direction (CFAO, FNAC) avant de devenir Directeur général adjoint de Pinault-Printemps-Redoute (PPR).

International et diversifié, le groupe amorce en 1999 un nouveau virage en investissant dans le luxe où les marges sont beaucoup plus confortables que dans le négoce du bois et la distribution. PPR rachète la maison Yves Saint Laurent et prend 42 % du capital de Gucci. Une guerre l’oppose alors à Bernard Arnault et sera sans doute à l’origine d’une rivalité sans fin. Les acquisitions dans le luxe se poursuivront avec Boucheron (joaillerie), Balenciaga (couture), Bottega Veneta (maroquinerie et couture), Alexander McQueen (couture), qui porteront la part du luxe à 9 % du chiffre d’affaires de PPR en 2002.

Et PPR devint Kering

En octobre 2003, François Pinault confie à son fils, François-Henri, les rênes d’Artémis, la société financière familiale qui détient notamment PPR pour s’adonner à sa passion pour la collection d’art contemporain. François-Henri Pinault cède les activités d’origine dans le bois et les matériaux et celles de distribution, et prend la quasi-totalité du contrôle de Gucci. Il continue à étendre son portefeuille de marques de luxe avec les acquisitions de Brioni (tailleur italien), Qeelin (joailler chinois) et Pomellato (joailler italien).

PPR fait également une incursion dans le lifestyle avec Puma. En 2013, le groupe est rebaptisé Kering. Un choix combinant à la fois l’attachement du père à ses origines, Ker signifiant « maison » en breton, et confirmant sa volonté de positionnement international, Kering se prononçant caring en anglais et signifiant « prendre soin de ». Prendre soin de ses clients, de ses employés… En 2014, François-Henri Pinault étoffe encore le portefeuille d’activités et crée Kering Eyewear afin d’internaliser l’activité lunettes de toutes ses maisons. En 2017, le luxe représente 70 % du chiffre d’affaires du groupe et 90 % du résultat opérationnel. En 2018, le groupe cède Puma pour se concentrer uniquement sur le luxe.




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Deuxième groupe du secteur du luxe

Porté par la désirabilité de ses marques, Kering multiplie les ouvertures de boutiques à l’international, sélectionnant méticuleusement les emplacements de premier choix. Entre 2018 et 2022 (hors impact Covid, en 2020), le chiffre d’affaires progresse de 50 %, passant de 13,6 milliards d’euros à 20,4 milliards d’euros après les années Tom Ford, une nouvelle identité de marque voit le jour et Gucci devient la première maison du groupe sous l’impulsion de son directeur artistique ultra-créatif Alessandro Michele. En 2021, Gucci représente 55 % du chiffre d’affaires du groupe et 74 % du résultat opérationnel courant (calculé à partir du document d’enregistrement universel, DEU, 2021).

Ses solides performances contribuent largement à la bonne santé financière du groupe jusqu’en 2021. Le 13 août 2021, le cours de l’action atteint son plus haut niveau à 788,9 €, contre 237,35 € au 8 septembre 2025. À partir de 2022, les clients délaissent les collections trop marquées d’Alessandro Michele, en particulier les consommateurs chinois. Trop dépendant de Gucci, Kering n’arrive pas à compenser les pertes de chiffre d’affaires ni, surtout, celles de sa marge opérationnelle.

Dégradation des résultats entre 2022 et 2024

Ainsi, fin décembre 2022, les revenus de Kering dépassent les 20,3 milliards d’euros (en hausse de 16 % par rapport à 2021), mais reculent sous la barre de 20 milliards d’euros, à 19,6 milliards d’euros, en 2023. La chute est encore plus brutale à fin 2024. Affecté par la baisse des ventes en Asie, le contexte géopolitique et surtout la piètre performance de Gucci, son chiffre d’affaires global chute à 17,1 milliards d’euros alors que celui de Richemont dépasse les 21 milliards d’euros (fin mars 2025). Kering, qui était le numéro deux mondial dans le luxe, derrière LVMH et devant le Groupe Richemont, est relégué à la troisième place dès 2023 et à la quatrième place en 2024, derrière Chanel, qui réalise 17,95 milliards d’euros (18,7 milliards de dollars).

Malgré le lancement de Kering Beauté, le rachat de Creed en 2023, pour se diversifier dans les parfums haut de gamme, et les bonnes performances de Kering Eyewear, seule activité qui progresse encore en 2024, la fréquentation de ses boutiques chute, le taux de transformation est insuffisant. Kering continue pourtant à investir dans l’immobilier, en réalisant des acquisitions dans les villes et les rues les plus emblématiques au monde (Paris, New York, Milan), mais cela ne suffit pas. À tout cela s’ajoute une polémique, voire un scandale autour d’une campagne de communication de Balenciaga qui mettra du temps à s’essouffler, tandis que le nouveau directeur artistique de Gucci n’apporte pas les retombées escomptées. Résultat : la marque florentine se sépare de son directeur artistique Sabato de Sarno. François-Henri Pinault entame une réflexion avec le conseil d’administration pour opérer un changement de gouvernance.

BFM Business, 2025.

Plus inquiétante, la rentabilité se détériore considérablement, comme en témoigne l’analyse des ratios de rentabilité (1). À la fin décembre 2024, bien que son taux de marge brute soit parmi la plus élevée du secteur à 74 % des ventes, sa marge opérationnelle à 13 % fait pâle figure face à Hermès (41 %), LVMH (22 %) ou Richemont (21 %). Encore une fois la dépendance à Gucci pénalise fortement la rentabilité du groupe. Les ventes de son ancien fer de lance sont en recul de 23 % sur l’exercice et son résultat opérationnel courant chute de 51 %. À la fin de l’année 2024, la rentabilité nette (résultat net part du groupe divisé par les capitaux propres du groupe) s’écroule à 7 % alors que ses pairs présentent tous un indicateur supérieur à 13 %. LVMH affiche une rentabilité nette de 15 % (double de celle de Kering) et Hermès de 30 % à fin décembre 2024.

Un endettement et des charges financières qui explosent

Non seulement la rentabilité se dégrade mais l’endettement bondit. Le calcul du taux d’endettement net (ce dernier étant défini par le ratio des dettes financières à court terme et à long terme diminuées de la trésorerie et des capitaux propres part du groupe) montre la forte dépendance de Kering aux financements bancaires et obligataires externes.




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Ce ratio atteint désormais 71 % fin 2024 contre 13,3 % pour LVMH et seulement 4 % pour Richemont, conséquence des acquisitions coûteuses réalisées sur les deux derniers exercices : celle de Creed en 2023 (dépassant les 3,4 milliards d’euros), la prise de participation de 30 % dans Valentino (1,7 milliard d’euros) et les acquisitions immobilières majeures de 2024 à New York (885 millions d’euros) et Milan (1,3 milliard d’euros) pour un total 2,2 milliards d’euros pour ne citer que les principales. Il en résulte également une hausse du coût de l’endettement net, de 108 millions d’euros en 2023 à 320 millions d’euros en 2024 (Note 8 du DEU de Kering 2024).

Luca de Meo face à ses nouveaux défis

Son défi majeur consistera à relancer la désirabilité des marques emblématiques et historiques du groupe Kering pour rétablir la rentabilité, notamment opérationnelle. Si l’automobile et le luxe présentent des caractéristiques similaires en matière d’innovation, d’engagement pour le développement durable, de présence internationale, la créativité si chère à Kering devra pouvoir continuer à s’exprimer. Avant l’arrivée de Luca de Meo, Kering a officialisé de nombreux changements de directeurs artistiques en 2024 et en 2025, à l’instar de Demna,, qui a quitté Balenciaga pour Gucci, et de Pierpaolo Piccioli,, qui reprend Balenciaga après quinze ans à la tête de Valentino. Deux choix très audacieux considérés comme des exemples de Dada Management :

« Cette approche managériale, inspirée du mouvement dada, prône l’absurde et l’irrationnel pour dynamiter les conventions établies et provoquer l’innovation. »

Cette pratique est certainement très éloignée des terrains connus de Luca de Meo. D’autres différences fondamentales avec l’industrie automobile résident dans le cycle court et rapide du secteur de la mode. Les directeurs artistiques devront produire a minima deux collections par an et, si non écoulées, elles seront difficilement vendables l’année suivante. Enfin, la valse des designers stars est devenue monnaie courante au sein de grandes maisons, un phénomène amplifié depuis l’accélération du digital et la sanction impitoyable des réseaux sociaux.

À son arrivée, il devra scruter les réactions du public et analyser les retombées des prochaines fashion week avant de prendre de nouvelles décisions sur les activités couture et mode. Kering compte toutefois sur son nouveau directeur général pour appréhender très rapidement le secteur du luxe en constante mutation et comprendre la culture de ses marques. Il devra avant tout cerner les nouvelles attentes des consommateurs lassés des augmentations de prix successives sans amélioration de la qualité. Des clients qui semblent favoriser l’alliance entre l’artisanat et le luxe et, pour certains, en recherche de créations plus intemporelles.

Dans une perspective de croissance modérée du secteur, estimée à 2 à 4 % par an pour la période 2025-2027 par the State of Fashion Luxury, alors que la demande chinoise ralentit pour les produits de luxe occidentaux et que le contexte géopolitique instable crée de multiples incertitudes, la progression du chiffre d’affaires n’est peut-être plus la priorité. Quelles seront les alternatives ? Renforcer la diversification dans les lunettes (Kering Eyewear) et la beauté et améliorer les marges pour ces activités pourraient être des pistes, notamment pour attirer à nouveau de jeunes clients. Va-t-il trouver la formule pour relancer Gucci tout en permettant aux autres maisons de progresser ? Réussira-t-il à collaborer avec les nouveaux directeurs artistiques des maisons de couture tout en respectant leurs besoins vitaux de liberté ?

BFM Business, 2025.

Près de 867 millions de cessions immobilières en 2024

Luca de Meo devra également réduire l’endettement du groupe et faire face aux remboursements de plus de trois milliards d’euros prévus à court terme. Cela nécessitera des rentrées de trésorerie d’exploitation plus conséquentes (si la désirabilité se concrétise et les ventes redémarrent) voire des cessions, comme l’opération réalisée avec Ardian concernant de l’immobilier de premier plan qui aura rapporté 867 millions d’euros à Kering en 2024.

Si le groupe a choisi ce profil expérimenté qui a effectué toute sa carrière dans l’automobile (Renault, Toyota, Lancia, Fiat, Alfa Romeo, Volkswagen), c’est parce que nommé directeur général de Renault en juillet 2020, il a réussi à redresser le groupe de façon spectaculaire avec son programme « Renaulution », une méthode qui aurait même été décortiquée par Harvard et vue comme un miracle.

Une rémunération exceptionnelle

Alors, pour attirer un profil de ce calibre, Kering va casser sa tirelire. Comme indiqué dans l’avis de convocation à l’assemblée générale mixte du 9 septembre, le groupe appelle les actionnaires à voter une rémunération pour le moins (très) attractive. Il propose d’octroyer à Luca de Meo un salaire fixe de 2 200 000 euros annuels (contre 1 700 000 euros chez Renault, p. 332 du DEU), ce dernier représentant 12,5 % de la rémunération du directeur général. Il sera complété d’une partie variable sous condition de performance (87,5 %). Cette dernière étant elle-même composée à 27,5 % par une variable annuelle et par une rémunération variable long terme en actions de performance.

Pour ce qui est de la partie variable à court terme, le nouveau directeur général touchera au maximum 1 210 000 euros annuels s’il atteint 100 % des objectifs de performance. En sus, Luca de Meo bénéficiera d’une indemnité de prise de fonction pour compenser les actions de performance en cours d’acquisition chez Renault et celles perdues du fait de son départ. Au total ce seront 20 000 000 d’euros qui lui seront versés pour sa prise de fonctions avec 15 000 000 d’euros en numéraires versés au plus tard le 31 décembre 2025 et 5 000 000 d’euros en actions Kering sous condition de présence continue pendant trois ans et d’atteinte des objectifs de performance.

Raviver la désirabilité

Luca de Meo réussira-t-il le miracle de raviver la désirabilité, de réinventer l’expérience client et de ramener la rentabilité du groupe à son plus haut niveau alors que la croissance du secteur ne devrait pas dépasser les 2 à 4 % par an sur la période 2025-2027 et que le contexte géopolitique est très incertain ? En tous cas, Kering semble y croire en lui faisant une offre de bienvenue à hauteur de ses espérances. Reste à savoir également quelle latitude, quelle liberté il aura vraiment. Devra-t-il soumettre de nombreuses opérations à l’autorisation du CA ? François-Henri Pinault, qui a dirigé le groupe pendant vingt ans, lui laissera-t-il être le véritable dirigeant chargé de la gestion, ce que laisse entendre le code AFEP-Medef pour lequel seul le DG est mandataire social exécutif ?


(1) Ratios calculés à partir des états financiers consolidés issus des documents d’enregistrement universel (DEU) de Kering, de LVMH et de Hermès, à fin décembre 2024, et du rapport annuel du Groupe Richemont, à fin mars 2025

The Conversation

Isabelle Chaboud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Après Renault, Luca de Meo pourra-t-il mettre le turbo chez Kering ? – https://theconversation.com/apres-renault-luca-de-meo-pourra-t-il-mettre-le-turbo-chez-kering-264903

Les robots, des collègues de travail comme les autres ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Thierry Colin, Professeur des universités en Sciences de gestion, Université de Lorraine

Le concept de cobot a été inventé par l’industrie automobile. L’objectif : créer des robots capables de travailler aux côtés des humains, sans risque d’insécurité. Gumpanat/Shutterstock

Les robots collaboratifs, ou cobots, ne remplacent pas seulement les humains : ils peuvent travaillent avec eux. Quel est leur impact sur la division du travail ?


Les robots sont omniprésents dans la production industrielle. Leur diffusion a toujours été au cœur d’enjeux humains, sociaux, économiques et en management, entraînant très tôt de nombreux questionnements.

Une nouvelle interrogation émerge aujourd’hui avec l’apparition des cobots. Capables de travailler non seulement à la place, mais aussi avec les humains au sein des ateliers, les robots collaboratifs sont-ils en train de devenir des collègues comme les autres ? Légers, flexibles, relativement accessibles et conviviaux… sont-ils susceptibles de remettre en cause les codes de la division du travail ?

Nos recherches récentes, basées sur des études de cas comprenant des entretiens et des observations en situation, ont permis de repérer quatre types d’usage des cobots : configuration simultanée, alternée, flexible ou coexistence. Elles rentrent dans le cadre du projet Impact « C-Shift » (Cobots in the Service of Human activity at work) qui vise à étudier l’impact de la mise en œuvre de dispositifs collaboratifs intelligents tels que les cobots dans le cadre des défis de l’industrie du futur.

Qu’est-ce qu’un cobot ?

Le terme cobot est créé par la contraction des termes anglais « collaborative » et « robot ». La paternité en est attribuée à des universitaires états-uniennes qui cherchent à la fois à limiter les troubles musculosquelettiques et à améliorer la productivité dans des usines de production automobile – Ford et General Motors.

Un robot collaboratif est un robot qui peut être installé dans le même espace de travail que les opérateurs humains, sans barrière de protection physique. Ils sont équipés de capteurs et de programmes déclenchant un ralentissement du mouvement ou un arrêt complet si un risque de collision est détecté. Ils sont capables de réaliser la plupart des opérations industrielles – visser, percer, poncer, souder.

Les cobots ne sont pas conçus pour des usages prédéfinis. Ils sont caractérisés avant tout par leur flexibilité. Facilement programmables grâce à des interfaces accessibles sur des tablettes, ils sont faciles à déplacer. Ils peuvent aussi bien mettre des produits cosmétiques dans des cartons, que faire du contrôle qualité à l’aide d’une caméra en bout de chaîne de production ou souder des pièces métalliques.

Marché multiplié par quatre d’ici 2030

Les cobots ne sont plus de simples prototypes de laboratoire. Ils sont désormais couramment utilisés dans des usines de toutes tailles et dans divers secteurs – automobile, logistique, santé, agroalimentaire –, bien que leur adoption reste encore loin d’être généralisée. La part des cobots dans les ventes mondiales de robots serait de l’ordre de 3 % et, selon ABI research, le marché des cobots pourrait être multiplié par quatre d’ici 2030.

Courbe
Prévision de croissance du marché mondial des robots collaboratifs (cobots) de 2020 à 2030 en millions de dollars états-uniens. »
Statista et ABI Research, FAL

Les cobots ne visent pas à remplacer les robots traditionnels en raison de plusieurs limitations :

  • Leur charge utile est réduite : leur légèreté et leur petite taille les empêchent de manipuler des objets lourds.

  • Leur vitesse d’exécution est volontairement limitée pour garantir la sécurité des humains qui travaillent autour. Cela freine leur productivité et les rend peu adaptés aux productions à très grande échelle.

  • Installés dans les mêmes espaces que les humains, les cobots soulèvent des problèmes de sécurité lorsqu’ils sont équipés d’outils dangereux – outil coupant ou torche de soudage.

Leur potentiel réside avant tout dans de nouveaux usages et une approche différente de l’automatisation. Ainsi, dans une PME spécialisée dans la tôlerie qui a fait l’objet d’une étude de cas, les soudures sont effectuées par un robot de soudure traditionnel pour les grandes séries récurrentes. Pour les séries de taille moyenne et par des soudeurs pour les petites séries ou des soudures trop complexes, elles sont effectuées par des cobots.

Quatre usages des cobots en usine

Si par définition les cobots ont la possibilité de travailler dans le même espace que des opérateurs humains, leurs usages ne sont pas nécessairement collaboratifs et nos recherches nous ont permis de distinguer quatre configurations.

Projet C-SHIFT, cobots et industrie du futur, de l’Université de Lorraine.
Université de Lorraine, Fourni par l’auteur

Coexistence avec l’humain

À un extrême, les cobots viennent se substituer aux opérateurs pour prendre en charge les gestes les plus pénibles et/ou gagner en productivité. On qualifie cet usage de coexistence, car il n’y a aucune interaction directe avec les humains.

Dans l’industrie automobile, des cobots vissent des pièces sous les véhicules, là où les positions sont particulièrement difficiles pour les opérateurs.




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Configuration simultanée

Dans la configuration simultanée, cobots et opérateurs travaillent ensemble en adaptant mutuellement leurs mouvements, côte à côte ou face à face. Si cette configuration est largement réalisable en laboratoire, elle est assez rare en condition réelle. La raison : le temps nécessaire à sa mise au point et sa certification sécurité obligatoire.

Chez un équipementier, le cobot positionne une colonne de direction pour automobile avec précision, évitant le port de charges et les chocs, et l’opérateur effectue des tâches de vissage sur la pièce.

Configuration alternée

La configuration alternée correspond à une situation où l’opérateur utilise le cobot, mais n’interagit pas directement avec lui. Il le programme pour une série de tâches, et le laisse travailler seul, dans un espace différent. Cette configuration garantit une meilleure sécurité pour l’opérateur humain. Ce dernier optimise la répartition du travail entre ce qu’il confie au cobot et ce qu’il continue de faire lui-même.

Chez un fabricant d’échangeurs thermiques pour la production de gaz industriels, les soudeurs délèguent aux cobots les soudures les plus simples et se concentrent sur des soudures plus complexes ou moins répétitives.

Configuration flexible

Dans la configuration flexible, la répartition du travail entre humains et cobots évolue au cours du temps, en fonction du plan de charge. Une fois la technologie maîtrisée, les cobots peuvent être réaffectés à différentes activités en fonction des exigences du moment. Le même cobot peut être utilisé pendant une période pour une activité de chargement de machines, puis réoutillé, il peut servir pour du ponçage, puis des opérations de peinture, etc.

L’efficacité réside dans la capacité des opérateurs, des techniciens et des ingénieurs à travailler ensemble pour inventer constamment de nouveaux usages. Cette configuration semble particulièrement adaptée à des PME dans lesquelles les séries sont courtes et variables.

Cobots et IA

Les cobots font partie d’un vaste mouvement technologique. Le contexte de l’industrie 5.0 et l’utilisation croissante de l’IA permettront aux cobots d’être encore plus adaptables, voire capables d’improvisation. Ils pourront être intégrés dans des « systèmes cyberphysiques de production », c’est-à-dire des systèmes très intégrés dans lesquels l’informatique contrôle directement les outils de production.

Cette intégration n’est pas évidente à ce stade. Si elle est possible, on peut penser que c’est la capacité à « combler les trous » de l’automatisation traditionnelle qui sera dominante, reléguant la flexibilité et l’aspect collaboratif au second plan. Inversement, le recours à l’intelligence artificielle peut aider au développement de configuration flexible misant sur la collaboration au sein des collectifs de travail.

Si ces évolutions technologiques ouvrent de nombreux possibles, elles laissent ouverte la question des usages en contexte réel. Les tendances futures dépendront des choix qui seront faits en termes de division du travail et de compétences.

Les configurations dites coexistence et activité simultanée ont finalement peu d’implications sur l’évolution des compétences ou de modalités de collaboration entre ingénieurs, techniciens et opérateurs. À l’inverse, le choix des configurations flexible ou activité alternée suppose que les opérateurs développent de nouvelles compétences, notamment en programmation, et que de nouvelles formes de collaboration verticales se développent.

En d’autres termes, les cobots redistribuent moins les cartes en matière de collaboration homme-machine qu’ils n’invitent à revoir les logiques de collaborations entre humains au sein des organisations.

The Conversation

Thierry Colin a bénéficié d’une aide de l’Initiative d’Excellence Lorraine (LUE) au titre du programme France 2030, portant la référence ANR-15-IDEX-04-LUE. Il a aussi bénéficié d’une aide de l’ANACT dans le cadre de son AMI “Prospective pour accompagner la transition des systèmes de travail”

Benoît Grasser a bénéficié d’une aide de l’Initiative d’Excellence Lorraine (LUE) au titre du programme France 2030, portant la référence ANR-15-IDEX-04-LUE. Il a aussi bénéficié d’une aide de l’ANACT dans le cadre de son AMI « Prospective pour accompagner la transition des systèmes de travail ».

ref. Les robots, des collègues de travail comme les autres ? – https://theconversation.com/les-robots-des-collegues-de-travail-comme-les-autres-260231