Manger ou ne pas manger d’huîtres ?

Source: The Conversation – France (in French) – By François Lévêque, Professeur d’économie, Mines Paris – PSL

L’huître est clivante : elle séduit les amateurs gourmets et dégoûte ses détracteurs. Mets de fête, longtemps réservées aux mois en « r », les huîtres ont échappé à leur destin depuis que l’humain s’est mêlé de leur génétique. Aliment naturel, ce mollusque est réputé pour être sain, si l’on survit à ce qui pourrait être le plus grand des dangers : ouvrir sa coquille.


Noël est passé, la consommation d’huîtres a chuté. La France se retrouve coupée en deux : les amateurs qui en mangent toute l’année et les mangeurs occasionnels qui rejoignent alors les rangs de celles et ceux qui n’en avalent jamais. La France du littoral contre celle de l’intérieur.

Examinons sérieusement, mais dans la bonne humeur, cette fracture française trop ignorée dans notre monde, pourtant si friand d’oppositions binaires. Quel que soit votre camp, renforcez ou questionnez vos comportements en découvrant les causes de ce fossé séparant les Français.

Deux positions bien tranchées

Traçons tout d’abord le profil des uns et des autres. Si vous ne consommez pas d’huîtres, sachez que vous êtes loin d’être seuls. Un tiers de la population française n’en mange jamais. Vous en avez peut-être goûté un jour mais vous n’aimez pas cela. Ou même pas essayé, rebuté par l’idée d’ingérer un animal ou par conviction religieuse. Souvent, vous craignez aussi que les huîtres ne conviennent pas à toute la famille.

Si vous êtes un consommateur occasionnel, vous en avez mangé à Noël ou au Nouvel An ; éventuellement aussi lors d’autres repas festifs. Vous formez le plus grand bataillon des consommateurs d’huîtres. Vous les achetez au supermarché et vous manquez d’expertise pour les choisir. Vous n’aimez pas trop les ouvrir.




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Enfin, si vous êtes un consommateur régulier, comme 20 % des Français, vous habitez le plus souvent près de la mer et en consommez toute l’année. Vous achetez vos huîtres auprès d’un ostréiculteur ou d’un écailler du marché. Vous savez faire la différence entre les huîtres numéro 2, 3 ou 4, les fines et les spéciales. Vous éprouvez même un certain plaisir et de la fierté à les ouvrir.

De La Fontaine à Maupassant

Trouvez-vous les huîtres délicieuses ? Comme Maupassant qui décrit les huîtres d’un souper dans Bel-Ami (1885) « mignonnes et grasses, semblables à de petites oreilles enfermées en des coquilles et fondant entre le palais et la langue ainsi que les bonbons salés ». Ou bien dégoûtantes, comme ce personnage d’une nouvelle de Tchekhov, un enfant pauvre de Moscou, forcé à manger des huîtres. Il les découvre « hideuses, aux yeux brillants et à la peau visqueuse ».

Il est vrai que ce coquillage se mange vivant. À ma connaissance, c’est le seul animal ainsi ingurgité sous nos latitudes. Piquez de la pointe de votre couteau le bord d’une huître, elle se rétractera à moins qu’elle se soit endormie sous la glace. Âmes sensibles, s’abstenir. Ou manger les huîtres cuites – il y a pléthore de recettes. Renonciation aussi des végétariens, au moins tant que la chair d’huître végétale n’a été inventée, à partir d’algues par exemple.

Dans les enquêtes, l’aspect cru et vivant ainsi que le mauvais goût et l’odeur sont invoqués en premier par les non-consommateurs. À l’inverse, les mangeurs d’huîtres soulignent leurs qualités gustatives et leur parfum iodé.

Naturelle peut-être, mais plus très sauvage

L’huître fait partie des fruits de mer, d’où le côté naturel que les consommateurs lui associent spontanément. Mais, contrairement à la coquille Saint-Jacques ou à la crevette grise, elle a quitté son caractère sauvage. Bel-Ami mangeait des huîtres plates cueillies sur l’estran et les compères qui, chez Boileau et La Fontaine, se disputent une huître qu’avalera finalement un troisième larron l’ont trouvée sur une plage. La découverte d’une huître sur l’estran suggère qu’une exploitation ostréicole n’est sans doute pas loin. Surexploitée au dix-neuvième siècle, l’huître plate sauvage, native de nos côtes, a quasiment disparu.

Si l’huître est un fruit de mer, elle est le produit de l’aquaculture. Une aquaculture que l’on serait néanmoins tenté de qualifier de douce, de quasi-naturelle, puisque l’huître, contrairement au saumon, croît sans aliments industriels ni médicaments vétérinaires.

Tout dépend cependant si l’huître est née en écloserie ou en mer ainsi que de son nombre de chromosomes. Reproduite en mer, elle aura vécu sa vie larvaire au gré des courants et des vagues avant de se fixer aux collecteurs posés par les ostréiculteurs. Aux branchages, pierres, coquilles et tuiles d’autrefois, les naissains sont désormais captés dans des assemblages de coupelles ou de tubes en PVC, plus rarement en plastique biosourcé. Née à terre entre quatre murs, elle aura connu un début de vie en milieu contrôlé, vie qu’elle poursuivra un temps en nurserie dans des bacs alimentés en eau de mer avant de découvrir enfin la vie marine.

France 3 Nouvelle-Aquitaine, 2022.

La vérité est dans les chromosomes

L’essor des écloseries a été favorisé par l’invention de l’huître triploïde, rencontre d’un gamète à 10 chromosomes et d’un autre qui en compte 20. Souvenez-vous de vos cours de biologie ou d’éducation sexuelle : les gamètes n’embarquent qu’une moitié des chromosomes de chacun de leurs parents. L’huître triploïde est donc issue du mariage d’une huître diploïde normale (deux fois 10 chromosomes) et d’une huître tétraploïde (quatre fois 10 chromosomes) fabriquée en laboratoire. Évidemment, cela fait peur et renforce le camp des non-consommateurs. L’huître serait devenue un être transgénique, un OVM (organisme vivant modifié) !

Mais soyons rassurés. On dispose d’un temps de recul suffisamment long pour établir solidement l’absence de contamination des zones de captage naturel des huîtres normales. Manger des huîtres triploïdes n’entraîne pas non plus de risques pour la santé humaine. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a tranché la question. En outre, l’élevage de l’huître diploïde est majoritaire. Il couvre les trois quarts de la production ostréicole.

Diploïde ou triploïde ?

Il est vrai que l’origine diploïde ou triploïde des huîtres est rarement communiquée aux consommateurs. Il n’y a pas d’obligation légale en la matière. Pas de signes faciles à déceler non plus. En revanche, si vos huîtres consommées l’été ne contiennent pas de laitance, il s’agit à coup sûr de triploïdes. Ces huîtres étant stériles, elles ne produisent pas cette substance blanchâtre visqueuse principalement composée de gamètes. C’est d’ailleurs ce qui explique l’intérêt commercial et économique de la triploïde. Pas de reproduction, pas de laitance qui rebute les consommateurs et cantonne la consommation aux mois de l’année en « r ». L’huître triploïde peut se consommer toute l’année. Par ailleurs, sans dépense d’énergie de l’animal pour se reproduire, le cycle d’élevage peut être ramené à deux ans au lieu de trois.

Quant au goût différent entre les huîtres modifiées et celles non modifiées, la question reste ouverte. La composition chimique présente bien quelques différences objectives. Mais il n’est pas évident d’en saisir les effets sur le plan olfactif et gustatif. Le seul test à l’aveugle dont j’ai connaissance n’est pas convaincant faute d’un protocole scientifique digne de ce nom.

Blessures et intoxications

Pompant plusieurs litres d’eau chaque heure pour se nourrir de plancton, l’huître est tributaire de la qualité de l’eau qu’elle filtre. Microalgues toxiques, virus et bactéries sont ses ennemies mais aussi les nôtres quand nous les dégustons. Un risque d’intoxication entraînant diarrhées, nausées et vomissements est bien réel. La France dispose cependant d’un réseau efficace de surveillance sanitaire et d’alerte pour le réduire à de faibles proportions. Les autorités n’hésitent pas à interdire la commercialisation des huîtres s’il le faut. Ainsi, en décembre 2023, les huîtres du bassin d’Arcachon ont raté les repas de fêtes.

Le vrai danger est plutôt de se blesser en ouvrant les huîtres ! Les Français semblent d’ailleurs ne pas s’y tromper comme le suggèrent leurs réponses aux sondages. Ils sont 87 % à avoir confiance dans la production d’huîtres en France ; les craintes sanitaires sont peu évoquées alors que la très grande majorité des sondés reconnaissent l’existence de ce risque.

Ainsi, la mention de ces craintes vient très loin derrière les images négatives ayant trait au dégoût, que ce soit pour les Français dans leur ensemble ou pour les non-consommateurs. Pour ces derniers, la difficulté à ouvrir les huîtres est citée juste après la crainte de tomber malade comme raison justifiant le choix de ne pas en consommer. Dans une autre enquête portant sur un plus faible échantillon, elle est même placée devant.

L’huître innocentée faute de preuves

Ce faisceau de présomptions n’apporte pas la preuve que l’ouverture des huîtres est bien objectivement le plus grand danger. Il faudrait pouvoir comparer le nombre de personnes intoxiquées à celui d’ouvreurs d’huîtres blessés. Des données manquantes dans les deux cas. En outre, déclarer que les huîtres sont difficiles à ouvrir ne signifie pas forcément que l’on s’est entaillé la peau de la main en tentant l’opération.

L’ouverture des huîtres est en tout cas un frein à leur consommation. Pour la faciliter, de nombreuses méthodes, plus ingénieuses et cocasses les unes que les autres, ont été inventées. Citons le fil à couper l’huître consistant à passer un cordon en inox dans l’huître en la faisant bâiller dans une eau saturée en sel. Refermée, il suffira ensuite à la maison de tirer ce fil pour provoquer l’ouverture. Ou encore le cachet de cire alimentaire fermant un trou percé exprès, laissant plus facilement entrer la pointe du couteau. Ou enfin, l’ouv-huître, un outillage ad-hoc, créé par un ostréiculteur de Pontivy, Michel Lannay. Il a remporté le concours Lépine et a même été couronné au concours mondial des inventeurs. Sa prestation vidéo vaut le détour.

Actu 2024.

Vous n’allez sans doute pas modifier votre habitude alimentaire à l’issue de cette lecture. J’espère qu’elle vous aura seulement rendu plus tolérant à l’égard de ceux qui ne font pas comme vous. Que mangeurs et non-mangeurs d’huîtres puissent partager la même table, les uns dégustant leurs mollusques marins, et les autres une autre entrée qu’ils trouveront délicieuse.

The Conversation

François Lévêque ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Manger ou ne pas manger d’huîtres ? – https://theconversation.com/manger-ou-ne-pas-manger-dhuitres-274679

Chaleur extrême : un modèle climatique prédit un avenir insupportable pour certaines régions d’Afrique

Source: The Conversation – in French – By Oluwafemi E. Adeyeri, Research Fellow in Climate Science, Australian National University

On imagine souvent une vague de chaleur comme un épisode temporaire, une semaine de soleil intense qui finit par céder la place à une brise fraîche. Mais avec le changement climatique mondial, dans certaines régions d’Afrique, ce niveau de chaleur devient une composante du climat.

Des recherches montrent que l’exposition de l’Afrique à une chaleur dangereuse augmente rapidement. Jusqu’à présent, il était difficile d’estimer la gravité de cette chaleur. En effet, de nombreux modèles climatiques mondiaux largement utilisés avaient du mal à prendre en compte les facteurs locaux qui influencent la chaleur dans les différentes zones climatiques et habitats de l’Afrique (tropiques humides, savanes sèches et zones agricoles en rapide évolution).

Il est très important d’analyser comment ces différents facteurs locaux provoquent une chaleur dangereuse, car ils contribuent tous à celle-ci. Par exemple, les changements rapides dans l’utilisation des terres, tels que la déforestation, modifient l’humidité du sol et l’humidité atmosphérique. La transformation des forêts en terres agricoles devient donc un facteur de chaleur extrême.




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Nous sommes une équipe de hydroclimatologues et de scientifiques spécialisés dans les interactions entre la terre et l’atmosphère qui étudient les chaleurs extrêmes, les ressources en eau, l’évolution de l’utilisation des sols et les risques hydroclimatiques. Nous avons voulu créer des projections fiables et pertinentes au niveau local concernant les futures vagues de chaleur. Notre équipe a réalisé que pour comprendre le véritable risque de vague de chaleur en Afrique, il fallait autant observer ce qui se passe au sol que dans le ciel. Ce n’est pas seulement l’atmosphère qui se réchauffe par le haut, c’est aussi la façon dont les gens transforment les terres en-dessous.

Afin de mieux comprendre comment la chaleur est susceptible d’affecter les pays africains et d’éviter de nous appuyer sur un seul modèle climatique, nous avons développé un cadre reposant sur quatre piliers :

  • Afin d’obtenir les données les plus précises possibles, nous avons étudié 10 modèles climatiques mondiaux plutôt que de miser sur un seul modèle.

  • Les résultats des modèles climatiques mondiaux ont été ajustés afin qu’ils correspondent aux schémas observés des vagues de chaleur (fréquence, durée, magnitude, amplitude, nombre et moment des vagues de chaleur) et qu’ils montrent les liens entre la température, le vent, le rayonnement et l’humidité.

  • L’intelligence artificielle (IA) a été utilisée pour quantifier la contribution des différents facteurs de chaleur (tels que la température, l’humidité, l’humidité du sol, le vent, le rayonnement, l’utilisation des sols) aux changements des vagues de chaleur. Nous avons également utilisé l’IA pour mettre en évidence la manière dont ces facteurs aggravent la chaleur lorsqu’ils interagissaient.

  • Nous avons comparé un scénario de forte pollution à celui dans lequel les gouvernements parviennent à réduire les émissions de carbone.

Nos recherches ont montré que d’ici la fin du XXIe siècle, la plupart des régions d’Afrique ne connaîtront plus de vagues de chaleur occasionnelles, mais souffriront d’une chaleur extrême pendant la majeure partie de l’année. L’étude montre que d’ici 2065-2100, de nombreuses régions d’Afrique (à l’exception de Madagascar) pourraient connaître des vagues de chaleur pendant 250 à 300 jours par an.

Certaines régions, telles que la partie occidentale de l’Afrique australe, connaîtront des vagues de chaleur 12 fois plus longues et fréquentes qu’aujourd’hui, même si les émissions mondiales sont réduites. De nombreuses vagues de chaleur dureront plus de 40 jours d’affilée.

Il ne s’agit pas seulement d’un léger réchauffement, mais d’un changement fondamental dans la façon dont les populations devront survivre sur le continent. Une fois que les régions africaines entreront dans un état de canicule quasi permanente, le corps humain n’aura plus le temps de récupérer.

Le risque de chaleur en Afrique provient des émissions mondiales et des choix locaux d’utilisation des terres. Cela signifie qu’il est important de réduire les gaz à effet de serre, mais aussi de protéger et de restaurer les moyens naturels dont dispose la Terre pour refroidir la planète.

Comment la chaleur va s’intensifier de manière spectaculaire à travers l’Afrique

Dans les endroits où les forêts intactes rafraîchissent l’air, la chaleur et l’humidité restent généralement en dessous d’un seuil mortel. Les forêts agissent comme des climatiseurs naturels, empêchant la chaleur mortelle.

Mais lorsque les forêts sont abattues et remplacées par des terres agricoles, le climat local change. Les cultures libèrent de grandes quantités d’humidité dans l’air, augmentant ainsi le taux d’humidité. La chaleur et l’humidité s’accumulent, et la surface se réchauffe plus rapidement pendant la journée et reste plus chaude la nuit. La terre devient un piège à chaleur. Une vague de chaleur qui aurait été tolérable sous le couvert forestier devient une vague de chaleur prolongée et dangereuse.




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L’augmentation de la chaleur ambiante peut affecter des régions entières. Les communautés rurales, y compris les petits exploitants agricoles, sont également très exposées car elles travaillent à l’extérieur et ont souvent un accès limité à la climatisation, aux soins de santé ou aux infrastructures résistantes à la chaleur.

Les vagues de chaleur affecteront davantage les bidonvilles ou les zones d’habitation informelles, car elles manquent généralement d’arbres et de végétation, et les maisons construites en métal sont plus difficiles à refroidir. Sans ombre, la chaleur s’accumule et persiste.

Un « seuil mortel » sera atteint

Nos modèles montrent qu’il existe une combinaison spécifique de chaleur et d’humidité qui peut intensifier très rapidement les vagues de chaleur, en particulier dans les paysages dominés par les terres agricoles.

Il s’agit d’un risque thermique d’un autre type. Ce n’est pas la « chaleur sèche » familière causée par les sols desséchés. C’est un effet d’humidité lié aux cultures qui pousse l’atmosphère dans une zone dangereuse. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, la chaleur extrême atteindra un pic d’environ 26,5 °C à 26,8 °C avec une humidité de 74 % à 75 %, produisant des vagues de chaleur qui dureront 30 à 35 jours.

Dans le sud-est de l’Afrique, les vagues de chaleur se produiront même à des températures (23,6 °C-23,8 °C) et des taux d’humidité (70 %-72 %) plus bas. Le danger réside dans le fait que même de légères augmentations de la chaleur ou de l’humidité, y compris celles causées par la déforestation, rendront les vagues de chaleur plus fréquentes et plus longues.




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Dans les neuf régions climatiques africaines, nos recherches ont montré que les vagues de chaleur cesseront d’être des événements rares et deviendront un phénomène régulier tout au long de l’année.

La bonne nouvelle, c’est que les choix locaux d’utilisation des terres offriront une protection immédiate. Préserver les forêts, restaurer la végétation et recourir à l’agriculture intelligente face au climat (qui consiste à élever des animaux et à cultiver des plantes à l’ombre des arbres) ne sont pas seulement des actions environnementales. Ce sont des mesures de santé publique qui atténuent l’intensité et la durée des vagues de chaleur.

Ce qu’il faut faire

Cette étude met en évidence un principe simple mais puissant : la forêt est un bouclier.

Cette étude montre également comment l’aménagement des villes et des zones rurales peut permettre de préserver le « climatiseur naturel ».

Pour protéger le continent, il faut agir sur deux fronts. À l’échelle mondiale, nous devons continuer à réduire les émissions de combustibles fossiles, car même des réductions modérées diminuent le risque de vagues de chaleur longues et quasi permanentes.




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Au niveau local, chaque décision de défrichage compte. La suppression de la végétation naturelle augmente la chaleur dans les communautés, mais le maintien des forêts et de la couverture végétale sur les terres contribue à maintenir les températures à un niveau bas.

Le message est clair. Les pays ne peuvent pas contrôler seuls le réchauffement climatique, mais ils peuvent contrôler la manière dont les terres y réagissent.

The Conversation

Oluwafemi E. Adeyeri bénéficie d’une bourse de l’Australian Research Council (numéro CE230100012). Christopher E. Ndehedehe bénéficie d’une bourse de l’Australian Research Council (numéro DE230101327).

– ref. Chaleur extrême : un modèle climatique prédit un avenir insupportable pour certaines régions d’Afrique – https://theconversation.com/chaleur-extreme-un-modele-climatique-predit-un-avenir-insupportable-pour-certaines-regions-dafrique-275518

Saint-Valentin : ce que nos histoires d’amour révèlent de nos habitudes

Source: The Conversation – France (in French) – By Julia Milner, Professeure de leadership, EDHEC Business School

L’amour n’est évidemment pas une habitude comme les autres. Reste que pour comprendre l’amour, comme pour comprendre comment certaines habitudes s’installent et se modifient, un parallèle entre les deux peut être éclairant. De la rencontre à la rupture, analyse entre quatre temps des points communs.


Nos histoires d’amour peuvent nous en apprendre beaucoup sur nous, nos manières de faire, nos habitudes et toutes nos autres routines.

Je ne parle pas ici de la passion que vous pouvez éprouver pour certaines de vos habitudes. Bien sûr, le lien affectif que vous développerez avec quelques-unes de vos routines pourra vous aider à en adopter certaines, en changer d’autres voire à abandonner les plus néfastes. Car aimer quelque chose est un bon début pour trouver en vous les ressources pour vous adapter…

Je parle ici de quatre enseignements tirés des histoires d’amour, qui peuvent transformer vos habitudes en une love story. À partir de mes recherches récentes, plongeons ensemble dans le monde de la romance…

La rencontre ou les « schémas » plutôt que le potentiel

Nous nous souvenons tous probablement de la phase qui suit la première rencontre avec une personne. Parfois, nous pouvons rapidement nous dire : « Il ou elle n’est pas pour moi. » Le plus souvent, cependant, lorsque nous commençons à fréquenter quelqu’un, nous voyons d’abord son potentiel. L’autre personne se montre sous son meilleur jour, peut-être en affichant un profil en ligne avec de nombreuses qualités, en affirmant qu’elle est organisée et fiable, etc.

Pourtant, lorsque vous vous rencontrez, elle a vingt minutes de retard et vous fait attendre. Vous vous êtes peut-être dit : « Ah, je suis sûr qu’elle sera à la hauteur de son potentiel… un jour. » Il semblerait pourtant judicieux de se concentrer plutôt sur ses schémas, son quotidien. Que vous montre-t-elle en ce sens ?




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Il en va de même pour nos habitudes. Vous pouvez vous offrir un abonnement coûteux à une salle de sport, car cela présente un grand potentiel pour votre bien-être. Cependant, au quotidien, des urgences peuvent se présenter, des choses inattendues, et vous êtes alors susceptible de mettre la salle de sport au second plan. Adopter un programme d’entraînement à domicile pourrait donc être une meilleure solution, car cela vous permettrait de faire face aux imprévus quotidiens, tels qu’un enfant malade, un projet professionnel qui prend plus de temps qu’imaginé, etc.

Les premiers temps : s’investir sans se sacrifier

Vous vous êtes engagé dans une relation, et nous sommes nombreux à faire des sacrifices pour que cela fonctionne dès le départ. Pourtant, selon certaines recherches sur les relations, trop de sacrifices ne sont pas une bonne chose. Tout d’abord, la plupart des partenaires ne sont même pas conscients que l’autre fait des sacrifices et, deuxièmement, même s’ils le remarquent, ils peuvent avoir des sentiments mitigés à ce sujet, comme la culpabilité. En d’autres termes, dans les relations, les efforts et l’investissement sont une bonne chose, mais des sacrifices trop élevés ont souvent l’effet inverse à celui recherché.

Adoptez la même approche pour vos habitudes. Investissez-vous dans tel ou tel projet professionnel, travaillez dur, mais ne faites pas des nocturnes quotidiennes, au détriment de votre santé et d’autres aspects de votre vie. Vos collègues, votre hiérarchie ou encore vos clients n’auraient sans doute pas conscience de ces sacrifices. L’équilibre est essentiel.

La phase intermédiaire : un peu de piment ne nuit pas

Pour que la relation reste passionnante, savoir la pimenter peut apporter de réels bénéfices. Il ne s’agit pas ici de disputes violentes, mais simplement de maintenir l’intérêt et de changer certaines approches, d’essayer un nouveau restaurant, de se lancer dans un nouveau passe-temps…

En ce qui concerne vos habitudes, il est bon d’être constant, mais, là aussi, de nouvelles aventures peuvent être bénéfiques. Comment pouvez-vous changer votre routine ? Peut-être devriez-vous trouver un partenaire d’entraînement ou emprunter un autre chemin pour aller au travail…

La rupture : le moment du bon lâcher-prise

Parfois, malgré tout l’investissement et les tentatives de pimenter la relation, cela ne marche pas. Bonne nouvelle : ce n’est pas grave ! Cela signifie peut-être simplement que vous n’étiez pas compatibles, que vous n’aviez pas les mêmes valeurs, et qu’il vaut mieux lâcher prise plutôt que de s’acharner.

Les Rita Mitsouko, YouTube.

Soyez également honnête avec vous-même en ce qui concerne vos habitudes. Certaines habitudes ont peut-être fonctionné dans le passé, mais vous les avez dépassées. Il est maintenant temps de faire de la place pour quelque chose de nouveau, sans mauvaise conscience.

En cette Saint-Valentin, veillez à investir dans la relation la plus importante et la plus longue que vous aurez jamais. Celle que vous entretenez avec vous-même. Les habitudes font partie des fondements de cette relation. Nos habitudes quotidiennes façonnent notre mode de vie, alors veillez à faire des choix judicieux, à bien investir et à savoir quand commencer quelque chose de nouveau. Et joyeuse Saint-Valentin à tous !

The Conversation

Julia Milner ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Saint-Valentin : ce que nos histoires d’amour révèlent de nos habitudes – https://theconversation.com/saint-valentin-ce-que-nos-histoires-damour-revelent-de-nos-habitudes-275574

Accord UE-Mercosur : quand la radiochronologie retrace l’histoire agricole de la Pampa en Amérique du Sud

Source: The Conversation – France (in French) – By Amaury Bardelle, Doctorant au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Alors que l’accord UE-Mercosur suscite de vives inquiétudes chez les agriculteurs européens, il ne faut pas éluder ses conséquences environnementales potentielles en Amérique du Sud. Notre étude récente, qui s’appuie sur la datation radiométrique de sédiments, a permis de reconstituer une histoire des pollutions agricoles dans la Pampa uruguayenne. Or, en matière de pesticides, la terre n’oublie pas : on retrouve par exemple du DDT, pourtant interdit depuis des décennies, dans des prélèvements récents.


Alors que la récente signature de l’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur fait encore débat, on a beaucoup parlé – à raison – de ses retombées pour les agriculteurs français et européens. On a, par contre, beaucoup moins évoqué les impacts que cet accord pourrait avoir sur l’environnement dans les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay).

L’Amérique du Sud est aujourd’hui devenue une puissance agricole mondiale, et l’un des premiers producteurs de soja dans le monde. La production de cette légumineuse est en effet passée de 297 000 tonnes en 1961 à 210 millions de tonnes en 2024, soit plus de la moitié de la production mondiale d’après les statistiques de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La pampa est un biome que l’on retrouve en Argentine, en Uruguay et au Brésil.
jjw, CC BY-SA

Cette expansion agricole se fait au détriment des espaces naturels. La région amazonienne retient souvent l’attention du grand public et des médias. Pourtant, il ne s’agit pas – loin s’en faut – du seul ensemble d’écosystèmes naturels (ou « biome ») à pâtir de l’expansion agricole. C’est également le cas de la Pampa, localisée entre le sud du Brésil, l’Uruguay et dans le nord-est de l’Argentine. Sa superficie dépasse les 1,2 million de kilomètres carrés (km²), soit plus de deux fois la superficie de la France hexagonale.

Ces vastes étendues de prairies naturelles constituent un vaste réservoir de biodiversité et un important puits de carbone. En 2023, une équipe de chercheurs brésiliens y avait identifié plus de 12 500 espèces différentes. L’accélération de la conversion de la Pampa en cultures, en prairies intensives et en plantations forestières commerciales au cours des dernières décennies menace ainsi les services fournis par ces écosystèmes.

Le rio Negro, qui traverse l’Uruguay sur 750 km, prend sa source dans le sud du Brésil et constitue le principal affluent du rio Uruguay. Il traverse le lac artificiel de Rincón del Bonete, où ont été collectés les sédiments dans le cadre de cette étude.

Afin de reconstituer l’histoire agricole de ces écosystèmes depuis les 80 dernières années, nous avons collecté et analysé les sédiments qui se sont déposés au cours du temps dans le réservoir du barrage de Rincón del Bonete, sur le rio Negro, en étroite collaboration avec des chercheurs uruguayens.

Nous avons ensuite procédé à des analyses pour dater ces échantillons, en nous appuyant sur les traces de radionucléides à la fois naturels (qui retombent en continu avec les pluies) et artificiels (issus des essais nucléaires atmosphériques réalisés entre les années 1950 et les années 1970) qu’on y retrouve. Nous avons ainsi abouti à une remise en perspective historique inédite de l’histoire agricole de la région.

Des archives naturelles de l’histoire agricole

Ces sédiments jouent le rôle d’archives naturelles. En effet, chaque année, au fil des évènements pluvieux et des crues, les sédiments érodés à l’amont du rio Negro et transportés par la rivière se déposent dans le réservoir. Leur collecte et leur analyse permettent ainsi de reconstruire l’histoire des paysages de la région depuis l’inauguration du barrage hydroélectrique en 1945. C’est l’un des barrages l’un des plus anciens d’une telle ampleur en Amérique du Sud.

Le barrage de Rincón del Bonete, en Uruguay, a été inauguré en 1945.
Marcelo Campi, CC BY-SA

L’analyse de cette archive sédimentaire (intensité des flux sédimentaires, détection de pesticides…) a permis de reconstruire quatre grandes phrases de développement agricole dans la région :

De la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1963 : une agriculture conventionnelle en continu, basée sur la mise en place de rotations annuelles, se développe. Ce système est associé, dans notre analyse, à des flux sédimentaires importants. Comprendre : une quantité importante de terres agricoles étaient alors lessivées par les pluies et transportées par le rio Negro.

De 1963 aux années 1990 : un système associant cultures et élevage se met en place. Il permet la réduction des flux sédimentaires. Cette période est caractérisée par la première détection de pesticides dans l’archive sédimentaire.

Des années 1990 au début des années 2000 : l’usage du semis direct, c’est-à-dire de cultures sans labour, commence à se répandre dans la région. Cette évolution est liée au développement de variétés de soja génétiquement modifiées, conçues pour être résistantes au glyphosate, qui pouvait ainsi être répandu pour détruire les adventices (les « mauvaises herbes ») sans endommager la culture principale.

Accompagnée d’une rotation entre polyculture et élevage, cette pratique semble avoir contribué à la réduction de l’érosion des sols, puisque cette période enregistre les plus faibles taux de sédimentation de la séquence. Cette période coïncide aussi avec d’importantes plantations d’arbres exotiques, principalement l’eucalyptus, utilisé pour produire de la pâte à papier.

À partir de 2007 : bien que le semis direct ait été adopté par la majorité des agriculteurs, les pratiques agricoles s’intensifient. La monoculture continue intensive ou une double récolte au cours de l’année (généralement une succession de soja et de céréales) est souvent de mise.

De nombreuses zones naturelles sont alors converties pour la culture du soja et la plantation d’eucalyptus. En conséquence, cette période enregistre les plus forts taux de sédimentation et les flux de pesticides les plus élevés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Des traces récentes de pesticides interdits, comme le DDT

Parmi les pesticides retrouvés au sein des sédiments déposés récemment dans le barrage uruguayen, on retrouve notamment des substances interdites en Europe et aux États-Unis, telles que le Mirex – utilisé dans les plantations d’eucalyptus – ou le DDT.

Ce pesticide nocif à la fois pour l’humain et l’environnement, désormais interdit dans la quasi-totalité du monde, a été historiquement utilisé comme insecticide pour l’agriculture. Il fut également largement répandu à travers l’Amérique lors de grandes campagnes d’éradication des vecteurs du paludisme au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

L’explication la plus probable derrière la réapparition du DDT serait une remobilisation des quantités de ce pesticide déjà présentes dans l’environnement. Cela pourrait faire suite à l’augmentation de l’érosion des sols cultivés depuis des décennies, ainsi qu’à la mise en culture et à l’érosion de nouvelles terres, faisant partie d’espaces naturels qui avaient été traités avec du DDT au milieu du siècle dernier.




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Les essais nucléaires du siècle dernier, utiles pour la datation

Dans notre étude, nous avons combiné plusieurs analyses à haute résolution des sédiments accumulés par le barrage. L’analyse historique a été rendue possible grâce à la datation des couches successives de sédiments, réalisée à travers l’analyse de radionucléides à la fois naturels (qui retombent en continu avec les pluies) et artificiels (liés aux essais nucléaires atmosphériques réalisés entre les années 1950 et les années 1970).

Ces essais nucléaires, menés principalement par les États-Unis, l’Union soviétique et la France, sont en effet associés à des émissions de césium et de plutonium spécifiques, dont ils sont, en quelque sorte, la signature. De quoi aider à reconstruire l’âge des couches successives de la séquence sédimentaire.

Nous avons ensuite pu mettre en relation les propriétés des sédiments avec des données historiques, telles que les statistiques agricoles ou d’usage des sols, afin de proposer cette analyse historique de l’impact des changements paysagers.

Les impacts environnementaux à venir dans la Pampa

Les impacts environnementaux liés à la mise en culture de la Pampa sont déjà très nets, mais ce n’est malheureusement peut-être que le début.

À ce jour, seuls 20 % des prairies qui étaient encore en place en 1985 ont été transformées. Les prairies de la Pampa, qui recouvraient 83 % de la zone étudiée en 1985, ne représentaient plus que 60 % de la surface en 2022. Autant d’espaces où les activités agricoles et sylvicoles pourraient continuer à se développer.

Dans ce contexte, les accords commerciaux qui ont été conclus entre les pays du Mercosur et de l’Union européenne – mais aussi avec d’autres grandes puissances, telles que la Chine – auront un impact. Ils favoriseront les exportations et augmenteront la demande en produits tels que le soja et la pâte à papier. Ce faisant, ils risquent d’exacerber l’expansion et l’intensification agricole, ainsi que leurs impacts environnementaux.

L’approche développée, qui a donc permis de reconstruire une perspective historique inédite, pourrait être prolongée dans le temps pour suivre les impacts environnementaux à venir dans la région, en lien avec les évolutions réglementaires et commerciales en cours.

The Conversation

Amaury Bardelle a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du projet AVATAR (ANR-22-CE93-0001), du projet ClimatAmSud CELESTE et du CNRS (International Research Project – IRP – CELESTE Lab).

Anthony Foucher a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du projet AVATAR (ANR-22-CE93-0001), du projet ClimatAmSud CELESTE et du CNRS (International Research Project – IRP – CELESTE Lab).

Olivier Evrard a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du projet AVATAR (ANR-22-CE93-0001), du projet ClimatAmSud CELESTE et du CNRS (International Research Project – IRP – CELESTE Lab).

Pierre-Alexis Chaboche a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du projet AVATAR (ANR-22-CE93-0001), du projet ClimatAmSud CELESTE et du CNRS (International Research Project – IRP – CELESTE Lab).

Renaldo Gastineau a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du projet AVATAR (ANR-22-CE93-0001).

– ref. Accord UE-Mercosur : quand la radiochronologie retrace l’histoire agricole de la Pampa en Amérique du Sud – https://theconversation.com/accord-ue-mercosur-quand-la-radiochronologie-retrace-lhistoire-agricole-de-la-pampa-en-amerique-du-sud-275151

Les clauses environnementales des accords de libre-échange sont-elles efficaces ? L’exemple de la pêche

Source: The Conversation – France (in French) – By Clément Nedoncelle, Chercheur en economie INRAE, Inrae

Une étude montre que les clauses environnementales contenues dans les accords de libre-échange sont ambivalentes : leur succès dépend, pour beaucoup, du contexte global et de la volonté politique à les mettre en œuvre. Le principal problème ? Elles ne contribuent pas vraiment à transformer les modèles et les pratiques qui nuisent le plus à l’environnement.


Les projecteurs sont actuellement braqués sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, signé le 17 janvier 2026 et déjà très contesté. Nombre de préoccupations portent sur les effets délétères qu’il pourrait avoir sur l’environnement.

Peut-on concilier commerce international et protection de l’environnement ? Cette question dépasse les forêts amazoniennes ou les bœufs brésiliens. Il touche aussi un bien commun trop souvent oublié : les océans et les pêcheries qui en dépendent.

Les pêcheries sont, en effet, un pilier de la sécurité alimentaire mondiale. Elles nourrissent des milliards de personnes, font vivre des communautés entières dans les pays côtiers et assurent une part cruciale des exportations des pays du Sud global. Et pourtant, elles s’épuisent : selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à peine 65 % des stocks mondiaux de poissons sont exploités durablement, contre 90 % dans les années 1970.

Face à ce déclin, les gouvernements mobilisent un éventail de politiques : quotas, aires marines protégées, taxes, subventions… Mais un autre outil, plus discret, joue un rôle croissant : celui es accords commerciaux, qui incluent désormais des « clauses environnementales » censées limiter les effets néfastes du commerce sur la nature. Certaines portent directement sur les pêcheries. Mais sont-elles efficaces ?

Notre étude récente publiée dans la revue World Development analyse les conséquences économiques et écologiques de ces clauses, appliquées au secteur des pêcheries. En examinant plus de 700 accords commerciaux conclus depuis la Seconde Guerre mondiale, nous avons comparé ceux qui comportaient des clauses sur la pêche à ceux qui n’en prévoient pas.

Nous avons ainsi étudié leur effet sur le niveau trophique moyen des prises, c’est-à-dire la position des poissons pêchés dans la chaîne alimentaire. Si cet indicateur baisse, cela signifie que l’on pêche des espèces de plus en plus petites et basses dans la chaîne, et donc que les grands prédateurs marins disparaissent.




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Un filet de sécurité, mais qui dépend du contexte national

Notre étude montre un résultat principal : les accords commerciaux sur la pêche détériorent la durabilité des ressources marines, mais l’inclusion de clauses environnementales atténue significativement cette dégradation. Ces clauses limitent les dégradations supplémentaires provoquées ou accentuées par la libéralisation des échanges.

En clair, ces dispositions environnementales jouent un rôle de filet de sécurité : elles empêchent la situation de se dégrade davantage, sans pour autant l’améliorer spectaculairement. Les effets positifs apparaissent lentement, entre cinq et neuf ans après la signature.

Ces résultats ont des implications au-delà des pêcheries. En effet, depuis une quinzaine d’années, les accords commerciaux ont intégré une multitude de clauses environnementales : sur les forêts, le climat, la pollution, la biodiversité… Toutefois, si ces dispositions ont parfois prouvé leur efficacité – pour réduire la déforestation ou les émissions polluantes, par exemple – leurs effets varient fortement selon les secteurs et les pays. Ils dépendent notamment largement de la qualité des institutions des pays signataires : les pays dotés d’une gouvernance solide en tirent bien plus de bénéfices écologiques.

Autrement dit, cela peut fonctionner, mais d’abord là où les États sont capables de les mettre en œuvre.




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Un impact limité sur les pratiques de pêche

Notre étude souligne aussi le revers de la médaille, autrement dit l’ambivalence de ces politiques : elles peuvent atténuer les dégâts écologiques, mais pas nécessairement transformer les comportements économiques qui en sont à la source.

En effet, les améliorations écologiques observées, par rapport à un accord de libre-échange dépourvu de dispositions environnementales, ne sont pas tant liés à la transformation des pratiques de pêche – comme l’abandon du chalutage destructeur – qu’à la réduction forte des volumes pêchés et exportés.

Les clauses environnementales semblent donc d’abord agir comme des freins au commerce plutôt que comme des moteurs d’innovation durable. Elles freinent la pression commerciale, mais sans transformer le modèle de production vers davantage de soutenabilité.

Elles montrent surtout que la réussite de la transition écologique ne dépend pas uniquement des règles internationales, mais de la volonté politique et institutionnelle de les faire vivre par les États.




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Un enjeu de volonté politique

La question dépasse donc le commerce international : tout se joue dans la capacité des États à appliquer localement des engagements pris au niveau supranational. Une clause environnementale n’a d’effet que si la capacité des administrations à contrôler et sanctionner suit.

Sans investissement dans la mise en application et l’accompagnement des secteurs concernés, ces accords ne peuvent donc agir qu’à la marge. L’enjeu n’est donc pas d’ajouter des obligations dans les traités, mais de s’assurer qu’elles sont réellement mises en œuvre, seule condition pour changer les pratiques plutôt que simplement freiner le commerce.

Dans le débat sur l’accord UE–Mercosur, beaucoup craignent que l’environnement serve à nouveau de variable d’ajustement aux intérêts commerciaux. Nos recherches montrent qu’il n’y a pas de fatalité : si les clauses environnementales sont ambitieuses, assorties de mécanismes de suivi et appliquées par des États capables de les faire respecter, elles peuvent réellement protéger les ressources naturelles.

The Conversation

Basak Bayramoglu est membre de la Chaire Énergie et Prospérité, sous l’égide de La Fondation du Risque.

Clément Nedoncelle, Estelle Gozlan et Thibaut Tarabbia ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Les clauses environnementales des accords de libre-échange sont-elles efficaces ? L’exemple de la pêche – https://theconversation.com/les-clauses-environnementales-des-accords-de-libre-echange-sont-elles-efficaces-lexemple-de-la-peche-273965

Adolescence : comment le téléphone change les codes amoureux

Source: The Conversation – in French – By Marine Lambolez, Doctorante, ENS de Lyon

S’ils se croisent tous les jours au collège ou au lycée, c’est sur les réseaux sociaux que les adolescentes et les adolescents choisissent souvent de déclarer leur flamme. S’agit-il d’échapper aux regards moqueurs en cas de déconvenue ? Ou est-ce au contraire un moyen de rechercher une validation ? Penchons-nous sur ces nouveaux codes amoureux.


L’utilisation du téléphone portable personnel par les plus jeunes fait l’objet de nombreuses craintes et fantasmes dans le débat public. La proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans en témoigne : l’inquiétude vis-à-vis des liens virtuels entretenus par les ados ne faiblit pas.

S’il est important de protéger les personnes mineures de rencontres en ligne avec des individus malintentionnés, souvent plus âgés, il ne faut pas croire que les réseaux sociaux ne leur servent qu’à communiquer avec des inconnus.

Les discussions en ligne jouent un rôle central dans les sociabilités adolescentes, même avec les camarades de classe croisés toute la semaine à l’école. Plus précisément, le portable participe activement à la naissance des amours de jeunesse et occupe une place importante dans les échanges amoureux des jeunes.

Se rapprocher en ligne

Le fait de se parler, en ligne, dans des conversations privées, c’est-à-dire auxquelles seuls les deux participants ont accès, semble être un préambule obligatoire à la mise en couple chez les jeunes. Plutôt que le temps passé ensemble, les rendez-vous donnés hors de l’établissement scolaire ou le premier baiser, c’est le fait de s’écrire sur ses réseaux personnels qui atteste du caractère intime de la relation.

Dans mon enquête auprès de jeunes de 13 ans, il apparaît que les interactions en ligne ont la même valeur que les moments partagés « in real life » quand il s’agit de nouer, alimenter ou rompre des relations amoureuses. Par exemple, pour Amina, en couple depuis huit mois sur la plateforme Discord avec un garçon qu’elle n’a jamais vu, la rencontre n’est ni souhaitée ni préalable au fait de se dire en relation sérieuse.




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Vladimir, lui, se sert des réseaux sociaux pour séduire et considère que ne plus se parler via ces interfaces scelle la fin d’une relation. Lorsqu’il veut se rapprocher d’une fille, il ne lui demande pas son numéro de téléphone mais son compte Instagram ou Snapchat. Un autre jeune, Fabio, détaille la façon dont il s’est rapproché d’une amie, jusqu’à leur mise en couple officielle :

« Alors, j’ai fait une photo torse nu dans ma salle de bain, je voulais mentionner des personnes sur Insta[gram], j’ai vu son nom et j’ai cliqué parce que c’était la première personne proposée et, vu qu’avant c’était ma meilleure amie entre guillemets… Du coup je l’ai identifiée, après elle a mis l’émoji avec les cœurs dans les yeux. Et voilà, après elle m’a identifié dans sa story. J’ai fait de même et on a commencé à se rapprocher. »

L’importance que Fabio porte au type d’émojis employé montre bien la valeur apportée à ce simple symbole numérique qui évoque la précision avec laquelle certaines et certains se souviennent de la première déclaration de leur partenaire.

La drague en ligne permet aux jeunes de choisir leurs mots avec plus de réflexion, et de prétexter de fausses manipulations, des blagues ou l’emprunt du téléphone par un ami ou une amie en cas de « râteau ». Ces échanges virtuels présentent aussi le grand avantage d’être secrets : le flirt adolescent échappe ainsi aux regards souvent moqueurs de la cour d’école ainsi qu’aux interdictions familiales.

Preuves d’amour virtuelles

Les réseaux proposent des fonctionnalités qui mettent en lumière la proximité partagée entre deux contacts : amis proches sur Instagram, flammes sur Snapchat, pseudo et émojis personnalisés sur Messenger… Autant d’options qui soulignent le lien spécial entre deux personnes, pour elles-mêmes et parfois aux yeux des autres utilisateurs.




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Documenter sa relation en publiant des photos prises à deux, liker et commenter les publications de l’élu·e de son cœur, sont autant de manifestations virtuelles d’engagement amoureux qui rassurent les adolescent·es sur les sentiments de leurs partenaires. Ces preuves d’amour en ligne prennent encore plus d’importance quand le jeune couple n’a pas l’occasion de soumettre son idylle au regard extérieur en dehors du monde connecté, c’est-à-dire quand les jeunes se connaissaient au collège mais sont dans des lycées différents, sont en couple à distance ou se connaissent via une activité extra-scolaire.

La sociologue Claire Balleys écrit :

« Les adolescents fonctionnent entre eux comme un public participatif et évaluateur. Ils sont à la fois spectateurs et acteurs du lien social entre pairs, en ce sens qu’ils prennent activement part à la construction, à la négociation et à la gestion des relations amicales et amoureuses. »

Rendre publiques ses relations amoureuses sur les espaces en ligne est un enjeu majeur dans la hiérarchie sociale adolescente. La popularité s’acquiert notamment par la validation externe de sa relation amoureuse, en choisissant un·e partenaire convenable et en mettant en scène des comportements amoureux adéquats.

Le contrôle du téléphone comme abus amoureux

La question du contrôle du téléphone portable est centrale quand il s’agit d’adolescent·es et de jalousie. 72 % des jeunes interrogés en entretien, filles comme garçons, répondent « Oui » à la question : « Est-ce que tu laisserais ton copain ou ta copine regarder tes messages sur ton téléphone ? » Plusieurs élèves racontent comment ce droit de regard téléphonique fonctionnait dans leurs couples précédents :

Céleste : Alors ça, on en a parlé parce qu’il avait mon code de téléphone et j’avais le sien. Alors s’il veut fouiller avec qui je parle, il y a pas de souci. J’ai rien à me reprocher. Il peut regarder mes discussions, oui bien sûr, ça fait suspect sinon.

Malvina : Bah oui, le gars avec qui j’étais, il connaissait mes codes, il les avait même.
ML : Et est-ce que toi, tu voudrais voir ses messages ?
Malvina : Je lui fais confiance, mais de temps en temps bon… ça fait du bien de regarder. Enfin, j’avais tout le temps ses codes, donc je savais qu’il faisait rien.

Pour ces ados, si l’on est fidèle, notre partenaire devrait pouvoir fouiller dans notre téléphone sans que cela soit un problème.

Zlatan : Oui, elle a mon code.
ML : Ok, sans hésitation ?
Zlatan : Oui.
ML : Et toi, tu lui demanderais de regarder ses messages ?
Zlatan : Oui. Enfin, je prends pas son téléphone, mais juste si je vois un truc ou quoi je demande son téléphone, je regarde, voilà. Déjà ça peut rassurer, ça peut beaucoup rassurer et faire confiance aussi.

Puisque la plupart d’entre eux se draguent virtuellement avant de se dire en couple, toute conversation sur les réseaux devient suspecte. Vouloir garder une part d’intimité en ligne serait alors un red flag laissant soupçonner une tromperie.

Karim : Après, si elle fait une crise de jalousie, ça veut dire qu’elle m’aime vraiment, ça veut dire qu’elle tient à moi. Par exemple, si elle voit que j’ai une copine sur Instagram, je la [cette copine] bloque d’abord, je parle avec elle et après si elle veut bien, je reste avec elle, si elle veut pas, ben je sais pas comment ça se passerait.

Toutefois, d’après le violentomètre – outil conçu en Amérique latine, puis adapté en 2018 par les Observatoires des violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis et de Paris, l’association En Avant Toutes et la Mairie de Paris, pour déterminer ce qui relève ou non des violences – si un partenaire « contrôle tes sorties, fouille tes textos et est jaloux et possessif en permanence », il faut être vigilant·e et « dire stop ! » à ces comportements.

Le violentomètre.

D’autres cyberviolences émaillent parfois les relations amoureuses : divulgations d’échanges intimes, harcèlement, montages photos violents…

Rappeler ces risques n’est cependant pas condamner l’utilisation des réseaux par les ados, car leur diabolisation empêche une éducation aux bonnes pratiques numériques et laisse les jeunes démunis face à leurs premiers téléphones, avant ou après 15 ans.

The Conversation

Marine Lambolez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Adolescence : comment le téléphone change les codes amoureux – https://theconversation.com/adolescence-comment-le-telephone-change-les-codes-amoureux-274663

Le vieillissement n’est pas le même partout – pourquoi l’inflammation peut être un problème lié au mode de vie

Source: The Conversation – in French – By Samuel J. White, Associate Professor & Head of Projects, York St John University

Les Orang Asli vieillissent différemment. (Azami Adiputera/Shutterstock.com)

Pendant des années, les scientifiques ont cru que l’inflammation augmentait inévitablement avec l’âge, alimentant silencieusement des maladies comme les maladies cardiaques, la démence et le diabète. Une nouvelle étude menée auprès de populations autochtones vient ébranler cette idée, au point de bouleverser notre conception du vieillissement.

Depuis des décennies, les scientifiques ont identifié l’inflammation chronique de faible intensité, appelée « inflammaging », comme l’un des principaux facteurs responsables des maladies liées à l’âge. Imaginez que le système immunitaire de votre corps soit en hyperactivité, menant constamment des combats qui n’existent pas, usant progressivement vos organes et vos systèmes.

Mais l’inflammaging n’est peut-être pas une caractéristique universelle du vieillissement. Il pourrait plutôt être un effet secondaire de notre mode de vie dans la société moderne.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.





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La recherche, publiée dans Nature Aging, a comparé les schémas d’inflammation dans quatre communautés très différentes à travers le monde. Deux groupes provenaient de sociétés modernes et industrialisées : des personnes âgées vivant en Italie et à Singapour.

Les deux autres étaient des communautés autochtones menant un mode de vie plus traditionnel : le peuple Tsimane de l’Amazonie bolivienne et les Orang Asli des forêts de Malaisie.

Les chercheurs ont analysé des échantillons sanguins prélevés sur plus de 2 800 personnes, en examinant un large éventail de molécules inflammatoires appelées cytokines. Leur objectif était de déterminer si un schéma observé dans des études antérieures, selon lequel certains signes d’inflammation augmentent avec l’âge et sont liés à des maladies, se retrouve également dans d’autres régions du monde.

Il s’avère que la réponse est à la fois oui et non.

Chez les participants italiens et singapouriens, les chercheurs ont observé un modèle d’inflammaging assez constant. Avec l’âge, les taux de marqueurs inflammatoires dans le sang, tels que la protéine C-réactive et le facteur de nécrose tumorale, augmentaient simultanément. Des taux plus élevés étaient associés à un risque accru de maladies chroniques, notamment les maladies rénales et cardiaques.


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Mais chez les populations Tsimane et Orang Asli, le modèle d’inflammaging était absent. Les mêmes molécules inflammatoires n’augmentaient pas de manière constante avec l’âge et n’étaient pas fortement liées aux maladies liées à l’âge.

En effet, chez les Tsimane, qui sont exposés à des taux élevés d’infections parasitaires et d’autres agents pathogènes, les niveaux d’inflammation étaient souvent élevés. Pourtant, cela n’a pas entraîné les mêmes taux de maladies chroniques que ceux observés dans les pays industrialisés.

Malgré des marqueurs inflammatoires élevés, les Tsimane présentent des taux très faibles de maladies telles que les maladies cardiaques, le diabète et la démence.

L’inflammaging n’est peut-être pas universel

Ces résultats soulèvent d’importantes questions. Une possibilité est que l’inflammaging, du moins tel qu’il est mesuré par ces marqueurs sanguins, ne soit pas une caractéristique biologique universelle du vieillissement. Il pourrait plutôt résulter d’un mode de vie moderne : alimentation riche, sédentarité et faible exposition aux infections.

En d’autres termes, l’inflammation chronique liée au vieillissement et à la maladie pourrait ne pas résulter simplement d’un processus biologique inévitable, mais plutôt d’un décalage entre notre physiologie ancestrale et l’environnement moderne.

L’étude suggère que dans les communautés ayant des modes de vie plus traditionnels, où les gens sont plus actifs, mangent différemment et sont exposés à davantage d’infections, le système immunitaire pourrait fonctionner différemment. Dans ces groupes, des niveaux d’inflammation plus élevés pourraient être une réponse normale et saine à leur environnement, plutôt qu’un signe de déclin physique lié à l’âge.

Il se pourrait aussi que l’inflammaging touche tous les humains, mais prenne des formes différentes qui ne sont pas détectées par la mesure des molécules inflammatoires dans le sang. Il pourrait se produire au niveau cellulaire ou tissulaire, où il reste invisible aux tests sanguins utilisés dans cette recherche.

Un homme mange un repas rapide
Une inflammation chronique de faible intensité peut être liée à un mode de vie.
(Nattakorn_Maneerat/Shutterstock)

Pourquoi est-ce important ?

Si ces résultats sont confirmés, ils pourraient avoir des conséquences importantes.

Tout d’abord, ils remettent en question la manière dont nous diagnostiquons et traitons l’inflammation chronique chez les personnes âgées. Les biomarqueurs utilisés pour définir l’inflammaging dans les populations européennes ou asiatiques pourraient ne pas s’appliquer dans d’autres contextes, voire parmi tous les groupes au sein des pays industrialisés.

Deuxièmement, ils suggèrent que les interventions sur le mode de vie visant à réduire l’inflammation chronique, telles que l’exercice physique, les changements alimentaires ou les médicaments ciblant des molécules inflammatoires spécifiques, pourraient avoir des effets différents selon les populations. Ce qui fonctionne pour les personnes vivant en ville pourrait être inutile, voire inefficace, pour celles qui ont un mode de vie traditionnel.

Enfin, cette recherche nous rappelle qu’une grande partie de nos connaissances sur la santé humaine et le vieillissement provient d’études menées dans des pays riches et industrialisés. Les résultats obtenus auprès de ces groupes ne peuvent pas être automatiquement transposés à l’échelle mondiale.

Les chercheurs sont clairs : cette étude n’est qu’un début. Ils exhortent les scientifiques à approfondir leurs recherches à l’aide de nouveaux outils capables de détecter l’inflammation non seulement dans le sang, mais aussi dans les tissus et les cellules, où se déroule peut-être le véritable processus du vieillissement. Tout aussi important, ils appellent à des recherches plus inclusives, couvrant toute la gamme des expériences humaines, et pas seulement les populations riches et urbanisées du monde.

À tout le moins, cette étude offre une leçon importante. Ce que nous pensions être une vérité universelle sur la biologie du vieillissement pourrait en fait être une réalité locale, façonnée par notre environnement, notre mode de vie et notre façon de vivre.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Le vieillissement n’est pas le même partout – pourquoi l’inflammation peut être un problème lié au mode de vie – https://theconversation.com/le-vieillissement-nest-pas-le-meme-partout-pourquoi-linflammation-peut-etre-un-probleme-lie-au-mode-de-vie-260625

Pourquoi les jeunes Suédois sont-ils si doués en anglais ?

Source: The Conversation – in French – By Una Cunningham, Professor Emerita, Department of Teaching and Learning, Stockholm University

En Suède, l’apprentissage de l’anglais ne se limite pas à ce qui se passe à l’école. (LightField Studios/Shutterstock)

Le suédois est une langue vivante parlée par environ 10 millions de personnes, principalement en Suède et en Finlande. Mais les jeunes Suédois maîtrisent souvent aussi l’anglais.

La Suède se classe régulièrement parmi les premiers pays dans les classements de maîtrise de l’anglais. Les jeunes Suédois parlent en fait si bien l’anglais que d’autres pays les regardent avec envie.

Bien que l’anglais n’ait pas de statut officiel en Suède, la maîtrise de cette langue est une exigence formelle pour progresser dans les études, et souvent aussi pour l’emploi et les activités sociales. Le programme scolaire national suédois souligne que « la langue anglaise nous entoure dans notre vie quotidienne et est utilisée dans des domaines aussi divers que la politique, l’éducation et l’économie ».

Comme beaucoup de langues nationales en Europe, le suédois partage de plus en plus son espace avec l’anglais. Les espaces publics sont depuis longtemps tapissés d’enseignes et de publicités en anglais, ou en suédois et en anglais.

Les jeunes Suédois ne manifestent guère d’intérêt pour l’apprentissage d’autres langues étrangères : l’anglais est considéré comme suffisant.

L’anglais est la langue par défaut pour les locuteurs suédois dans toutes les situations où l’on pense que quelqu’un ne maîtrise pas parfaitement le suédois, tant lors de voyages internationaux qu’à la maison en Suède lorsqu’ils s’adressent à des touristes ou à des migrants. En fait, les migrants rapportent qu’ils ont du mal à amener les Suédois à parler suédois avec eux.

Les jeunes Suédois passent naturellement à l’anglais et parlent de plus en plus anglais entre eux. Beaucoup de jeunes envisagent une vie hors de Suède et considèrent l’anglais comme la langue de leur avenir.

L’anglais à l’école et au-delà

Dans les écoles secondaires suédoises, l’enseignement de l’anglais vise à aider les élèves à parler anglais avec assurance. Les compétences en communication en anglais (écoute, expression orale, lecture et écriture) sont enseignées et évaluées, avec des tests nationaux qui commencent en sixième année (à l’âge de 12 ans). L’accent est mis sur les connaissances linguistiques implicites (être capable d’utiliser la langue) plutôt que sur les connaissances linguistiques explicites (connaissance de la langue).

La précision linguistique précise n’est pas un objectif explicite du programme d’études. Par conséquent, les jeunes, bien que souvent compétents à l’oral grâce à une exposition généralisée à l’anglais, peuvent manquer de connaissances en grammaire et en conventions, ce qui leur permet de communiquer efficacement, mais pas toujours avec une précision totale.

Ce manque potentiel de précision n’empêche pas les jeunes Suédois de se tourner vers l’anglais. En dehors des salles de classe, les étudiants suédois utilisent davantage l’anglais que beaucoup de leurs pairs à l’étranger. L’anglais conserve un attrait important en raison de sa place prépondérante dans les médias et la publicité, de la popularité de la culture britannique et américaine, et de la prévalence des artistes suédois utilisant l’anglais dans leurs compositions musicales.




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De plus, de nombreux jeunes ont tendance à utiliser l’anglais sur les réseaux sociaux, notamment pour les jurons et les expressions argotiques. La langue que les jeunes Suédois rencontrent le plus en ligne est l’anglais. La consommation médiatique des jeunes en Suède – de Netflix à YouTube, de TikTok à Snapchat – se fait principalement en anglais.

Fille assise sur son lit regardant son téléphone
La plupart des contenus sur les réseaux sociaux avec lesquels les adolescents suédois interagissent sont en anglais.
Ground Picture/Shutterstock

De nombreux influenceurs suédois créent des contenus en anglais. Les jeux vidéo en Suède ont toujours été majoritairement en anglais.

Bien que les écoles exposent les élèves aux aspects formels de la langue et leur offrent la possibilité de recevoir des corrections, ceux-ci acquièrent généralement en parallèle l’anglais de manière informelle en dehors de la salle de classe.




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Cette utilisation de la langue anglaise repose sur les intérêts personnels des élèves, tels que les jeux vidéo, le sport, la musique pop et la lecture. Les élèves ne cherchent pas activement à développer leur anglais, mais acquièrent du vocabulaire, améliorent leur prononciation et approfondissent leurs connaissances des structures de la langue anglaise en s’adonnant à diverses activités.

La volonté d’utiliser l’anglais n’est pas la même chose qu’une solide connaissance de la langue. La plupart des élèves tirent profit de la combinaison de l’apprentissage en classe et de l’exposition à la langue en dehors de l’école pour développer pleinement leurs compétences en anglais.

Idéalement, les enseignants devraient reconnaître et intégrer cette utilisation de la langue dans leur enseignement. Le nouveau programme d’anglais du secondaire supérieur reflète cette approche en soulignant l’importance de sensibiliser les élèves à la manière dont la langue peut être apprise en dehors de l’école.

Ce qui se passe à l’école ne représente qu’une petite partie de la manière dont les jeunes apprennent l’anglais en Suède. L’enseignement formel et l’utilisation informelle de la langue offrent beaucoup plus ensemble que séparément.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Pourquoi les jeunes Suédois sont-ils si doués en anglais ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-jeunes-suedois-sont-ils-si-doues-en-anglais-275612

Catatumbo’s ‘Care-Land’: how local initiatives sustain humanitarian relief amid escalating violence in Colombia’s borderland with Venezuela

Source: The Conversation – France in French (3) – By Silke Oldenburg, Senior Researcher in Anthropology, Graduate Institute – Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID)

Drones hover low over coca fields in Catatumbo, a remote region in northeastern Colombia along the border with Venezuela, tracing invisible lines of control across the land. They are joined by rumours circulating on social media, naming alleged collaborators, announcing new allegiances, warning of imminent violence. Together, drones and rumours kill arbitrarily: they determine who can move, who must flee, and who disappears. This is the texture of war in Catatumbo today.

The fragile border region has experienced a sharp escalation of armed conflict since early 2025, as multiple illegal armed groups, including the ELN, dissident factions of the FARC, and elements linked to the Clan del Golfo, vie for control of territory long marked by weak state presence and lucrative illicit economies. Civilians have been displaced, confined, and threatened with violence, including forced recruitment and targeted attacks. Local communities report that armed actors’ actions have disrupted food production, limited mobility, and hindered access to basic services, while official humanitarian relief remains scarce. These conditions have left communities to rely on their own initiatives and networks for survival Norwegian Refugee Council (NRC).

Last year’s humanitarian emergency briefly pushed Catatumbo into the national spotlight. Slogans such as ‘Al Catatumbo Nada lo Tumba’ (nothing can strike down Catatumbo) were painted on walls across Colombia in a loud and clear show of solidarity. The government declared a ‘conmocion interior’ state of emergency allowing for exceptional humanitarian measures. By April 2025 it had ended, but the violence had not. On January 3 2026, the collapse of the Maduro regime in neighbouring Venezuela acted as a further trigger for unrest.

According to estimates by OCHA and the Norwegian Refugee Council, more than 100,000 people have been displaced from Catatumbo since January 2025. As armed actors continue to fight for territorial control, and exceptional humanitarian relief is shrinking, the responsibility for survival falls back onto those who live on and from the land itself.

Catatumbo’s ‘care-land’ history

Humanitarian relief is not delivered to Catatumbo; it is improvised from within the land. Here we trace the terrain of survival that shows how humanitarian care operates when merged into a land, fractured by violence and sustained through its connections.

In Catatumbo, care and land are inseparable. Access to food, health, protection, and dignity depends on the ability to inhabit, move through, and claim territory under conditions of violence. For the local Peasant Farmer Association Ascamcat, the guiding principle remains: “Life, dignity, land tenure, and permanence in the territory”.

Returning to care-land

Catatumbo sits at the crossroads of multiple crises. It is one of the world’s most productive coca-growing regions, a strategic corridor along the Venezuelan border, and a territory where state presence has long been fragile. It experienced egregious violence during the ongoing Colombian armed conflict, including mass executions and furnaces built to dispose of bodies. Left largely to its own devices, local institutions have long relied on a patchwork of humanitarian programmes, community organisations, and civil society platforms to fill persistent gaps.

As a result, responsibility for care and humanitarian relief has been returned to the land itself. Homegrown initiatives such as the Zona de Reserva Campesina– legally recognised rural reserve zones created under Colombian law to support small‑scale farming and campesino territoriality; and the Pacto Catatumbo have played a central role: stabilising rural livelihoods, formalising land rights, and anchoring development plans in community priorities. Human rights defenders and regional civil society organisations including Ascamcat, describe these arrangements as uneven and incomplete, yet indispensable; systems that made life bearable without ever delivering security or peace. In crises, these initiatives are the only option that enables humanitarian care to work at all. The fragile ‘care-land’ they sustain is now under acute strain. As fighting intensifies, it is at breaking point.

Fracturing care-land

In Catatumbo, armed clashes between the National Liberation Army (ELN) and dissident factions of the former FARC have escalated. Criminal groups, from the region-wide Tren de Aragua to local youth gangs, further fuel the violence. Drones and social media intensify these dynamics. In Catatumbo, bomb’s fall from the sky and mines are placed in the ground. The fractures ripple through care systems.

Access to medical and humanitarian supplies is increasingly blocked. Ambulances cannot reach remote areas, roads are mined, and infrastructure like schools, clinics, administrative offices is neglected or destroyed. Local contacts or staff from regional humanitarian networks report that billions of Colombian pesos are spent on arms while essential services languish. These blockages are embedded in the region’s topography, shaping who can survive.

Care networks are breaking down. Local, legally-recognised community organisations such as the Juntas de Acción Comunal (JAC) are disintegrating. Social leaders are fleeing or disappearing, and with them the work they sustained. Families abandon their homes with little more than the hope that aid awaits in shelters and registration centres in towns near the border with Venezuela such as El Tarra, Tibú, Ocaña, or the departmental capital, Cúcuta. Some remain to protect land, crops, or elderly relatives. The fractures run deep.

Connecting care-land

Yet continuity of care is patched together across Catatumbo. Families, neighbours, and local organisations improvise systems of mutual support that extend beyond village boundaries and displacement routes. Community leaders coordinate relief, share information, and maintain connections between rural areas and shelters in nearby cities. Care here is fragile and constantly renegotiated, yet it persists.

The Mesa Humanitaria, established in 2018, illustrates how such care is coordinated under these conditions. As a recognised governance platform in Colombia, it brings together Indigenous resguardos, women’s organisations, municipal authorities, and international observers to negotiate access to humanitarian aid, document violations, and coordinate relief in areas otherwise cut off. Through the Mesa, strategies emerge to distribute food and medicine, verify incidents of displacement or violence, and advocate for basic rights.

While formal, the Mesa depends on informal practices and social ties: neighbours checking on one another; connections between those who have fled and those who stayed; the sharing of scarce resources; exchanges of information about risks and safe passage; pooling medical supplies; or collectively monitoring landmines. These connections hold care-land together across fractures, weaving humanitarian action into the terrain itself. Any engagement in Catatumbo must work with these connections rather than around them.

Care-land at stake

Today, this care-land is under direct threat. Armed groups, shifting geopolitics along the Colombian border with Venezuela, where conflict dynamics between armed groups extend across the frontier, the shadow of US interventions, and a diminishing humanitarian presence erode the fragile conditions under which care can be sustained. What remains is not continuity secured by institutions, but care unevenly patched together across fractured territory. Humanitarian relief in Catatumbo is neither stable nor assured. It is living on the brink of violence and abandonment. Hanging on, as one human rights activist puts it, by little more than half a hope.

The Conversation

Silke Oldenburg a reçu des financements du Fonds National Suisse (FNS) de la recherche scientifique et fait partie du projet de recherche « The Future(s) of Humanitarian Design ».

Anna Leander a reçu des financements du Fond National Suisse pour le project ‘The Future of Humanitarian Design’ (CRSII5_213546)

Nora Doukkali a reçu des financements du Fonds National Suisse (FNS) de la recherche scientifique et fait partie du projet de recherche « The Future(s) of Humanitarian Design ».

– ref. Catatumbo’s ‘Care-Land’: how local initiatives sustain humanitarian relief amid escalating violence in Colombia’s borderland with Venezuela – https://theconversation.com/catatumbos-care-land-how-local-initiatives-sustain-humanitarian-relief-amid-escalating-violence-in-colombias-borderland-with-venezuela-274348

Face au changement climatique, la Normandie plus vulnérable qu’elle ne le croit

Source: The Conversation – in French – By Julien Réveillon, Vice-Président Transitions Environnementales et Sociétales, Université de Rouen Normandie

La Normandie, protégée par son climat océanique, s’est longtemps pensée à l’abri des bouleversements climatiques. Pourtant, les données scientifiques racontent une autre histoire : celle de risques nouveaux qui s’installent peu à peu. Comprendre et intégrer ces mécanismes est urgent pour aider le territoire à s’adapter


Alors que le sud de la France commence à s’inquiéter d’une éventuelle recomposition de son attractivité touristique et résidentielle avec un recul du ski hivernal et l’augmentation des canicules, la Normandie court un risque très différent : celui de se croire à l’abri.

Seuls 52 % des Normands disent en effet ressentir le dérèglement climatique dans leur quotidien, contre 71 % au niveau national. Ce sentiment de sécurité relative ressenti par une partie de la population normande face au changement climatique s’explique par un facteur géographique réel, associé à des biais psychologiques naturels.

Depuis toujours, les territoires délimités par la Manche sont ouverts aux flux atmosphériques d’ouest perturbés, qui ont conduit à la construction d’une réputation, pas toujours élogieuse – ni usurpée – de risques de pluie importants, y compris durant l’été.

Ce rideau de fumée météorologique mène naturellement à un fort décalage de perception du dérèglement climatique. Il entretient chez nous, les Normands, un biais d’optimisme irréaliste accentué. De ce fait, nous avons une tendance naturelle à nous considérer comme mieux protégés que les autres et, parfois paradoxalement, à l’abri.

Lors des deux épisodes caniculaires de l’été 2025, alors que les stations météo du sud de la France dépassaient 40 °C, la Normandie atteignait péniblement les 30 °C. Une température tout à fait accueillante pour les touristes ayant eu l’audace de choisir Deauville (Calvados) ou Dieppe (Seine-Maritime) comme destination estivale, mais beaucoup moins adaptée à nos écosystèmes normands.

En réalité, le changement climatique touche la Normandie, comme toutes les autres régions.

La Normandie, loin d’être épargnée

À Rouen (Seine-Maritime), la fréquence des jours de chaleurs à plus de 25 °C est passée de 14 jours par an en 1971 à 40 jours par an en 2023. Les huit années les plus chaudes depuis 1970 se sont toutes produites après 2014.

Pendant ce temps, sur nos côtes, les falaises reculent de 20 cm à 25 cm par an, parfois 40 cm dans certaines zones où nos constructions amplifient le phénomène. Ce recul n’est pas régulier, il se fait souvent au prix d’effondrements spectaculaires… et dangereux.

Cette mer qui monte peut aussi provoquer un phénomène de blocage de l’écoulement des eaux fluviales vers la mer, comme cela a été observé en mars 2020 quand les quais de Rouen se sont retrouvés inondés. La tempête Ciara avait alors provoqué une surcote au niveau de l’embouchure de la Seine.

D’ici la fin du siècle, ce phénomène va s’accentuer. Sur le littoral, la menace changerait d’échelle avec une élévation du niveau de la mer projetée entre 1,1 m et 1,8 m. Dans les terres, le réchauffement moyen de la Normandie pourrait atteindre plus de + 3 °C, augmentant radicalement le stress hydrique et les risques sanitaires.

Modélisation du risque d’inondations à Rouen en 2100.

Petit à petit, nous nous habituons à ces étés plus chauds, à ces hivers plus doux et à voir les bâtiments de nos villes les pieds dans l’eau. Mais si chaque événement semble acceptable, pris isolément, leur répétition et surtout leur combinaison changeront, dans un futur proche, la nature du risque sur le territoire normand.

Le risque n’est plus seulement ponctuel : il provoque un enchaînement de conséquences territoriales et sociales, souvent invisibles au moment de l’événement, mais persistantes dans le temps.




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Dans les angles morts des risques climatiques

L’équilibre et la dynamique d’un territoire découlent de multiples facteurs étroitement liés par des interactions complexes. La modification d’un seul élément, comme l’élévation des températures, entraîne des conséquences en chaîne sur l’ensemble des autres secteurs : eau, biodiversité, économie, santé, etc.

Or la complexité de ces interactions peut créer des angles morts, c’est-à-dire à des zones non visibles par les observations et les projections, et donc des procédures de prévention et d’adaptation inadéquates face aux risques qui menacent la Normandie.

Ce risque dépend de la combinaison d’un aléa climatique, comme une canicule ou de fortes pluies, du niveau d’exposition d’enjeux humains ou matériels et enfin de la vulnérabilité de ces enjeux. L’un des premiers leviers d’action, pour le diminuer, est d’abaisser le niveau de vulnérabilité : par exemple, construire une digue face à des habitations menacées ou d’engager des actions de renaturation dans une ville exposée aux canicules.

Mais ce faisant, un premier angle mort peut apparaître : en réduisant une vulnérabilité précise, nous pouvons en accroître d’autres. Une digue mal conçue va accélérer le recul du trait de côte à proximité de sa zone de protection. Une végétation urbaine inadaptée peut entraîner des risques sanitaires en diffusant des allergènes ou en abritant des insectes porteurs de maladies.

D’autres angles morts existent, comme la fragilisation d’un territoire entier ou l’existence de grands décalages temporels entre les temps politiques et les temps climatiques. Par exemple, des choix d’urbanisation (par exemple, constructions en bord de plage) ou d’artificialisation réalisés il y a plusieurs décennies n’expriment pleinement leurs effets que tardivement. Aujourd’hui, ils augmentent les risques d’inondation avec des épisodes pluvieux ou des tempêtes littorales devenus plus intenses.

Quitter l’approche en silo

L’angle mort qui permet à tous les autres d’exister, enfin, réside dans notre difficulté persistante à prendre en compte les liens qui existent entre les différents risques climatiques. Inondations, sécheresses, canicules, submersions, risques industriels ou sanitaires sont mesurés, analysés et combattus séparément. Cette vision en silo nous empêche de voir l’ensemble de leurs relations, et par là même les mécanismes de déclenchement, d’amplification ou de cascade, qui sont pourtant au cœur des crises climatiques actuelles et à venir.

À Rouen, par exemple, de fortes pluies associées aux grandes marées, à la montée des eaux et à une tempête à l’embouchure de la Seine pourront mener à des inondations, et notamment dans le secteur industriel de la rive gauche où se concentrent plusieurs usines Seveso.

L’aléa naturel entraîne alors des risques industriels qui peuvent conduire à des pollutions des captages ou des sols, des tensions sanitaires, et même sociales, avec l’arrêt de certaines activités professionnelles et l’évacuation de quartiers d’habitation.

Cette cécité culturelle court des chercheurs, évalués sur leur hyperspécialisation dans un domaine, aux opérateurs de l’État ou des collectivités au sein desquels l’action reste structurée par secteurs, compétences et dispositifs spécialisés. Une organisation qui favorise l’expertise, mais rend difficile une approche systémique pourtant indispensable.

Prendre en compte la société face aux changements

La création en 2019 du Giec normand, suivie des premiers rapports publiés en 2020, a permis d’établir un diagnostic scientifique sur l’évolution physique du territoire. Très vite, les limites d’une lecture classique des risques sont apparues : face aux interactions multiples entre activités humaines et équilibres environnementaux, les réponses ciblées ou sectorielles se sont révélées insuffisantes.

Avec le Giec normand, dont la seconde mouture de travaux a été publiée en 2023 et 2024, un cap a été franchi : l’analyse s’est élargie aux effets sociaux, juridiques et économiques du changement climatique.

Si plus de 80 % des Français reconnaissent l’origine humaine du réchauffement, les travaux en sciences humaines et sociales montrent que cette prise de conscience se traduit encore peu en actions concrètes. Ils mettent aussi en évidence des vulnérabilités socialement différenciées face aux aléas, comme la submersion marine.

Le droit, de son côté, précise les responsabilités croissantes des collectivités et l’économie commence à chiffrer le coût, souvent sous-estimé, de l’inaction.

Il ne s’agit plus seulement de comprendre les changements induits par le dérèglement climatique, mais aussi d’analyser la société face à ces transformations et face aux solutions d’adaptation qui se déploient.

Élaborer des scénarios pour l’avenir

Cependant, une étape majeure reste à franchir, sans doute la plus difficile : passer de la phase de diagnostic à une transformation opérationnelle des politiques publiques. Et si nous, citoyens, avons parfois tendance à reporter l’ensemble des responsabilités sur nos décideurs politiques, une part de ce travail nous revient également.

Pour penser système, il ne faut plus raisonner à l’aune d’événements isolés, mais en scénarios. Il s’agit, par exemple, de dépasser le raccourci « pluie = crue » pour déplier un enchaînement de conséquences possibles, de l’inondation à l’interruption de certains secteurs économiques, en passant par l’accident industriel et la saturation des services hospitaliers.

Cette lecture en scénarios implique aussi de revisiter les choix d’adaptation. Les décisions prises aujourd’hui en matière d’aménagement, de travail ou de formation engagent les territoires sur le long terme et produisent souvent leurs effets à distance, dans le temps comme dans l’espace. Sans une compréhension claire de ces enchaînements, le risque est de multiplier des réponses locales cohérentes prises isolément, mais inefficaces, voire contre-productives.

Agir à l’échelle des métropoles et des régions

À l’échelle de nos choix individuels, cela implique de sortir d’une logique de réponses immédiates et de réussir à relier nos décisions d’aujourd’hui aux effets qu’ils auront plus tard, peut-être dans longtemps, sur les systèmes dont nous faisons partie.

Mais les actions individuelles seront vaines sans une action collective pensée de manière globale. Ce rôle incombe aux institutions publiques, aux collectivités territoriales, aux acteurs associatifs mais aussi aux universités, qui produisent des connaissances, forment des acteurs et font dialoguer sciences, territoires et société.

Le territoire joue ici un rôle crucial et les échelons des métropoles et de la région apparaissent les plus pertinents : ils sont assez larges pour permettre des actions adaptées aux risques à venir, mais assez proches pour que chaque citoyen s’y sente concerné et impliqué.

Réduire les inégalités face aux risques

Une action territoriale structurée, appuyée sur les savoirs scientifiques et leur appropriation collective, est aussi un enjeu de justice, dans un contexte où tous les citoyens ne disposent pas des mêmes ressources pour s’informer, s’adapter ou agir. Elle permet de réduire ces inégalités d’exposition et de vulnérabilité face à des risques climatiques qui dépassent largement l’échelle des choix individuels.

La vision systémique prend alors tout son sens. Elle nous aide à relier les aléas, les risques en cascade qu’ils engendrent, leurs conséquences mais aussi les effets parfois contradictoires des solutions d’adaptation. Elle permet de regarder la société dans son ensemble et de construire des réponses justes et adaptées à la diversité des situations.

The Conversation

Julien Réveillon a reçu des financements de ANR France 2030 – ANR-23-EXES-0013.

– ref. Face au changement climatique, la Normandie plus vulnérable qu’elle ne le croit – https://theconversation.com/face-au-changement-climatique-la-normandie-plus-vulnerable-quelle-ne-le-croit-273539