Les États-Unis ont coulé un navire de guerre iranien sans secourir les survivants. Est-ce légal en temps de guerre ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jennifer Parker, Adjunct Professor, Defence and Security Institute, The University of Western Australia; UNSW Sydney

Une torpille tirée par un sous-marin américain a coulé le navire de guerre iranien IRIS Dena loin du golfe Persique, sur une route commerciale stratégique de l’océan Indien. L’épisode pose une question centrale : que dit le droit international sur les attaques navales et le secours aux survivants ?


L’information selon laquelle un sous-marin états-unien aurait torpillé et coulé le navire de guerre iranien IRIS Dena, à environ 40 milles nautiques au large du Sri Lanka cette semaine, a surpris de nombreux observateurs. Une attaque de ce type, aussi loin du golfe Persique – et sur une route commerciale clé reliant la Chine au Moyen-Orient – suggère que le théâtre de cette guerre pourrait être en train de s’élargir.

Mais cet incident met aussi en lumière un point rarement bien compris en dehors des cercles militaires et juridiques : le droit de la guerre navale. Cette attaque était-elle légale ? Et qui avait l’obligation de secourir les survivants ?

Quand le droit de la guerre navale s’applique-t-il ?

Le droit de la guerre navale est un sous-ensemble du droit des conflits armés. Il définit les autorisations et les protections applicables aux combattants, aux civils et aux acteurs neutres engagés dans un conflit en mer. Point important : il s’applique quelle que soit la légalité du recours à la force. Autrement dit, on est censé respecter le droit de la guerre en mer même si la justification de la guerre n’est pas légale au regard du droit international.

De plus, la conduite des opérations en mer est régie par le droit de la guerre navale, qu’une guerre ait été formellement déclarée ou non. Et le droit de la guerre navale prime également sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (lorsque les deux entrent en tension).

Cela reflète le principe de lex specialis en droit international, selon lequel la règle la plus spécifique s’applique.

Ces règles se sont développées au fil des siècles, à mesure que les États cherchaient à encadrer la conduite des conflits en mer tout en permettant aux marines de guerre d’opérer efficacement.

Était-il légal pour les États-Unis de couler le navire de guerre iranien ?

Oui, il s’agissait d’une cible légitime. Selon le droit de la guerre navale, les navires de guerre appartenant à un État engagé dans un conflit armé international constituent par nature des objectifs militaires. Les règles prévoient qu’ils peuvent être légalement pris pour cibles.

De telles attaques peuvent avoir lieu en haute mer ou dans les eaux territoriales (12 milles nautiques) des États parties au conflit armé international (les belligérants). Concrètement, cela signifie qu’une attaque de ce type peut se produire partout en dehors des eaux territoriales de 12 milles nautiques des États neutres.

Si le navire de guerre iranien se trouvait dans les eaux sri-lankaises (c’est-à-dire à moins de 12 milles nautiques des côtes du Sri Lanka) au moment de l’attaque, celle-ci n’aurait pas été légale. Mais dans ce cas précis, l’IRIS Dena opérait apparemment en dehors des eaux territoriales du Sri Lanka et constituait donc une cible militaire légitime.

Que dit le droit sur le secours aux survivants ?

Le droit de la guerre navale prévoit également des obligations concernant le secours aux survivants. En vertu de la Deuxième Convention de Genève de 1949, les parties à un conflit doivent – après chaque engagement – prendre toutes les mesures possibles pour rechercher et recueillir les naufragés, les blessés et les malades. Ces règles s’appliquent à la guerre navale et exigent que les belligérants, dans la mesure où les circonstances militaires le permettent, portent assistance aux survivants en mer.

Dans la pratique, toutefois, les sous-marins sont confrontés à des difficultés particulières pour remplir cette obligation. Faire surface pour secourir des survivants peut les exposer à des risques importants. De plus, il est généralement impossible d’accueillir un grand nombre de rescapés à bord d’un sous-marin.

Si un sous-marin ne peut pas faire surface en toute sécurité pour secourir des survivants, il peut faciliter leur sauvetage en signalant leur position à d’autres navires ou aux autorités. Cette pratique a été relevée dans certains commentaires juridiques importants sur la guerre sous-marine.

La réaction rapide de la marine sri-lankaise, qui a secouru 32 marins de l’IRIS Dena, suggère que les autorités ont été informées rapidement de l’incident. (Les autorités sri-lankaises indiquent également que 87 corps ont été retrouvés).

On ne sait pas encore comment les autorités sri-lankaises ont été informées, mais il semble probable que la marine américaine ait transmis la position des survivants. Compte tenu des dommages subis par l’IRIS Dena et des pertes humaines signalées, il est peu probable que l’équipage ait été en mesure de transmettre lui-même sa position.

Cela pourrait aussi expliquer pourquoi les premiers rapports indiquaient qu’un sous-marin avait coulé le navire, avant même que les États-Unis ne confirment leur implication. Car il est également peu probable que l’équipage de l’IRIS Dena ait immédiatement su qu’il avait été touché par une torpille lancée depuis un sous-marin. Une telle attaque est généralement menée à très grande distance, au-delà de la portée de détection du sonar de coque d’un navire.

Une cible militaire légitime

En conclusion, si le débat se poursuit sur la justification juridique de l’entrée des États-Unis dans le conflit avec l’Iran, la conduite des hostilités en mer, elle, reste régie par le droit de la guerre navale. Et dans ce cadre, l’IRIS Dena constituait bien une cible militaire légitime, et les efforts visant à faciliter le sauvetage des survivants sont conformes à ces obligations.

The Conversation

Jennifer Parker ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les États-Unis ont coulé un navire de guerre iranien sans secourir les survivants. Est-ce légal en temps de guerre ? – https://theconversation.com/les-etats-unis-ont-coule-un-navire-de-guerre-iranien-sans-secourir-les-survivants-est-ce-legal-en-temps-de-guerre-277825

Enseignement supérieur : le piège de la massification low cost

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Charles, Sociologue, Université de Bordeaux

En France, la massification de l’enseignement supérieur a contribué à renforcer une forme de course contre la montre dans les parcours d’études, intensifiant le poids du diplôme initial sur les carrières. Comment réduire cette irréversibilité des trajectoires et proposer un nouveau pacte de démocratisation universitaire ?


L’observation des politiques publiques depuis deux décennies souligne l’existence d’un compromis partagé par l’ensemble de l’échiquier politique : massifier l’accès aux études supérieures pour la jeunesse tout en acceptant une forme de privatisation rampante, faute de moyens publics à la hauteur des ambitions affichées. C’est ainsi que les frais de scolarité dans les écoles d’ingénieurs et les instituts d’études politiques se sont développés de façon progressive dans les années 2000.

Ce modèle de massification à bas coût – dont le risque pointait déjà il y a dix ans – est désormais entériné et s’avère aujourd’hui perdant, dans la mesure où il renforcerait une forme de tyrannie du diplôme initial et favoriserait le développement de formations de qualité médiocre.

Comment proposer un autre pacte reconnaissant le droit de se tromper et la possibilité d’une seconde chance, tout en améliorant la qualité des parcours ?

La massification low cost, une politique par défaut

Pour occuper une jeunesse exposée au chômage structurel et lui permettre de faire face aux exigences renforcées du marché du travail, les pouvoirs publics ont ouvert les vannes de l’enseignement supérieur, en accueillant des flux croissants de nouveaux bacheliers depuis 2010. Malgré cette explosion démographique des années 2010/2020, l’investissement n’a pas suivi, et les dépenses moyennes par étudiant baissent de façon régulière depuis 2010, comme le montrent les statistiques ministérielles.

Parmi ces dépenses, la part du financement public dans l’enseignement supérieur est tombée de 81,9 % en 2010 à 66,6 % en 2022, un taux plus bas désormais que la moyenne des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

En parallèle de ce désengagement relatif, l’État a pourtant alimenté à partir de 2018 l’essor d’un secteur privé de l’enseignement supérieur, massivement soutenu par des aides publiques à l’alternance qui ont produit un véritable appel d’air pour le développement de l’apprentissage dans le secteur privé.

Dans un contexte de tensions budgétaires où la défense ou la santé s’imposent comme des priorités régaliennes, l’université publique – qui a développé l’alternance à une vitesse plus réduite – voit ses dépenses par étudiant continuer à diminuer.

C’est dans cette situation que resurgit régulièrement l’idée d’une hausse des frais de scolarité, qui ne constituerait qu’une étape supplémentaire dans cette logique de privatisation par nécessité et de sacrifice de la jeunesse.

La tyrannie du diplôme initial : une exception française

La massification à la française représente une forme très particulière de démocratisation des études. Cette scolarisation massive de la jeunesse n’implique pas que des avantages. En effet, elle contribue à renforcer un mal profond en France : l’emprise absolue du diplôme obtenu à vingt ans sur l’ensemble de la carrière.

En comparant les données d’enquêtes nationales sur les étudiants, les données comparatives Eurostudent 8 sont sans appel. Avec un âge moyen de 22,4 ans, les étudiants français sont les plus jeunes d’Europe. Seuls 4 % d’entre eux entrent dans le supérieur avec un décalage de plus de deux ans après le baccalauréat, soit la proportion la plus faible du continent. La France est par ailleurs l’un des rares pays qui ne produit pas de statistiques fiables sur les pauses effectuées entre la licence et le master, ou encore sur les études à temps partiel.




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Nombre de travaux de sociologues ont par le passé montré que cette course contre la montre crée une pression sociale immense. L’université devient alors un sas d’attente pour gérer l’angoisse de l’insertion professionnelle. C’est pourquoi on observe un taux de « mastérisation » record. Tout semble se jouer à 18 ans, créant une injustice majeure pour ceux dont la maturité ou les projets bifurquent tardivement.

Le modèle suédois propose une vision alternative du parcours académique. Là-bas, les études ressemblent à un métro où l’on peut monter et descendre à différentes stations de sa vie. Contrairement au « TGV français », caractérisé par une trajectoire linéaire, ultrarapide et sans arrêt possible sous peine de déclassement, le système suédois repose sur une logique de réseau. Environ 70 % des étudiants y commencent leurs études vers 21 ou 22 ans, après une ou plusieurs années d’expériences professionnelles ou de césures. Cette flexibilité permet aux individus de construire leur parcours « à la carte », en articulant périodes d’études, emploi salarié et vie personnelle.

Dans ce système de « seconde chance permanente », l’erreur d’aiguillage n’est plus une fatalité, mais une étape normale de la construction de soi. Cette maturité change radicalement la donne. Les étudiants, plus âgés et forts d’un projet réfléchi, sont souvent déjà installés sur le marché du travail lors de l’obtention de leur diplôme. La question de l’insertion post-études, si anxiogène en France, s’y pose avec beaucoup moins d’acuité.

Redonner plus de lisibilité au système

Il est impératif de réduire l’irréversibilité des parcours de vie. Déscolariser le temps de la jeunesse serait un moyen de réduire l’irréversibilité des parcours de vie, pour ne pas figer les réussites ou les échecs à la fin de l’adolescence.




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Pour délinéariser les parcours et favoriser une forme renouvelée de démocratisation, plusieurs leviers peuvent être activés :

  • Valoriser l’expérience dans les procédures de sélection, en introduisant dans les algorithmes de Parcoursup et de Mon Master des bonus significatifs pour les candidats justifiant d’une expérience extra-académique longue, ou instaurer des quotas de reprise d’étude. L’objectif est de cesser de punir le temps long.

  • Favoriser l’activité des plus jeunes, en recentrant les exonérations et réductions de charges patronales existantes sur les jeunes de moins de 21 ans, et en promouvant des formes d’engagement (service civique…).

  • Démanteler les barrières financières à la reprise d’études, en réformant le statut de stagiaire de la formation continue et en transformant les bourses sur critères sociaux en un capital-temps formation, activable tout au long de la vie. Un citoyen de 25 ans reprenant ses études doit bénéficier des mêmes droits qu’un bachelier de 18 ans.

Cette rationalisation des parcours engendrerait mécaniquement une baisse de l’échec en licence, car l’entrée à l’université ne serait plus une réponse par défaut mais un choix mûri. Elle mettrait fin à la dérive des poursuites d’étude après l’obtention d’un master vers une nouvelle licence ou un nouveau master – ces parcours redondants étant souvent utilisés comme stratégie de repli pour différer une confrontation anxieuse avec le marché du travail. En réduisant le volume global d’étudiants en master, le système regagnerait en lisibilité et en valeur.

Si le modèle actuel semble avoir atteint ses limites budgétaires et pédagogiques, le passage à une démocratisation tout au long de la vie offre une perspective de résolution : celle d’un système où l’université devient un levier d’émancipation activable à chaque étape du parcours. Réduire l’irréversibilité des trajectoires apparaît alors non seulement comme un vecteur de justice sociale, mais aussi comme une réponse structurelle aux mutations du marché du travail et aux difficultés de financement public des études supérieures.

The Conversation

Nicolas Charles ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Enseignement supérieur : le piège de la massification low cost – https://theconversation.com/enseignement-superieur-le-piege-de-la-massification-low-cost-274665

Les macaques sauvages n’abandonnent pas leurs petits. Alors, pourquoi la mère de Punch l’a-t-elle fait ?

Source: The Conversation – in French – By Sarah E. Turner, Associate Professor, Geography, Planning and Environment, Concordia University

Le macaque japonais, Macaca fuscata de leur nom scientifique, est une espèce très sociable et intelligente. Dans les groupes sauvages en liberté, les femelles n’abandonnent pas leurs petits. (Brogan M. Stewart)

Le petit Punch, un macaque japonais de sept mois vivant au zoo d’Ichikawa, au Japon, a conquis le cœur des internautes. Abandonné par sa mère dès ses premiers jours et élevé par les employés du zoo, il a eu du mal à s’intégrer au groupe d’une soixantaine de macaques japonais.

Les soigneurs lui ont donné un orang-outan en peluche qu’il emporte partout avec lui et dont il lisse la fourrure, comme le font les singes entre eux. Certains macaques du groupe ont repoussé Punch, l’ont traîné et se sont montrés hostiles à son égard. Les internautes se demandent pourquoi. Et pourquoi sa mère l’a-t-elle abandonné ?

En tant que chercheurs spécialisés dans les primates, nous avons passé des milliers d’heures à observer des macaques japonais comme Punch et souhaitons fournir quelques informations sur leur mode de vie.

Les femelles sauvages n’abandonnent pas leurs petits

Les macaques japonais, Macaca fuscata, sont des animaux très sociables et intelligents.

À l’état sauvage, ils n’abandonnent pas leurs petits.

Une macaque allaite un petit
Une femelle adulte allaite son petit âgé d’un à trois mois.
(Brogan M. Stewart)

Nous ne prétendons pas que cela ne se produit jamais, mais c’est un comportement extrême. Nous n’avons pas non plus observé ce phénomène au cours des 25 années où nous avons étudié des macaques japonais au Centre des singes d’Awajishima, sur l’île d’Awaji, au Japon, où les singes vivent en liberté en groupes.

Au contraire, nous avons vu des femelles s’occuper de leurs petits et accorder une attention particulière aux petits handicapés, qui ne pouvaient pas s’accrocher à leur mère, ainsi qu’aux blessés et aux malades.




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Purico09, une femelle adulte, avait un petit appelé Pukichi, qui souffrait d’un handicap physique aux mains et avait du mal à s’accrocher à elle. La mère le tenait en l’enveloppant de son bras lorsqu’elle se déplaçait ou l’allaitait.(Megan M. Joyce).

À Awajishima, nous avons observé des mères macaques porter leur petit handicapé pour l’allaiter et marcher sur trois pattes, car elles utilisaient un bras pour soutenir le petit, sur une période plus longue de quelques années que ce que ferait habituellement une mère.

Une mère macaque japonais porte son petit âgé d’un an, atteint de graves handicaps physiques, en haut d’une colline au centre pour singes d’Awajishima
Une femelle porte son petit âgé d’un an et souffrant de graves handicaps physiques.
(Sarah E. Turner)

Si un petit meurt dans la nature, sa mère porte souvent son corps pendant plusieurs jours, ce qui témoigne sans doute d’un profond attachement.

Ce comportement s’explique également d’un point de vue évolutionniste, car il arrive parfois qu’un petit inconscient revienne à lui.

Les femelles macaques japonaises sont des mères dévouées.

Des mères dévouées, et parfois désemparées

Cela ne signifie pas pour autant que toutes les femelles macaques s’adaptent instantanément à leur nouveau rôle de mère. Nous en avons déjà vu tenir leur petit à l’envers ou être distraites pendant que celui-ci s’aventurait dans des situations dangereuses.

Une macaque japonaise allaite son petit à l’ombre
Une macaque japonaise allaite son petit à l’ombre.
(Megan M. Joyce)

Nous en avons vu regarder la nouvelle créature frétillante qu’elles venaient de mettre au monde avec une expression de consternation perplexe que toute mère humaine peut avoir vécu à un moment ou un autre.

À l’état sauvage, toutefois, ces mères novices peuvent compter sur l’aide et les conseils de leurs proches. Elles restent la plupart du temps dans le même groupe toute leur vie et occupent dans la hiérarchie de dominance un rang qu’elles transmettent à leur progéniture.

Les mâles ne prennent généralement pas directement soin des petits. Cependant, à mesure que ceux-ci grandissent et gagnent en indépendance, les mâles les aident en socialisant avec eux.

Un mâle adulte entouré d’un groupe de jeunes. Ils font leur toilette, se reposent et jouent ensemble. (Megan M. Joyce)

L’abandon en captivité

Quant à la mère de Punch, il est possible qu’elle n’ait pas eu les compétences nécessaires pour s’occuper de son bébé, qu’elle ait été stressée par la captivité et les conditions qui y sont associées, ou encore que ces deux éléments se soient combinés. Nous ne connaissons pas toute son histoire, elle a pu être élevée par des humains ou avoir rencontré d’autres difficultés.

L’abandon des petits se produit parfois en captivité – dans 7,7 % des cas selon une étude –, principalement chez les mères primipares ou de rang inférieur. Les humains qui s’occupent d’eux font de leur mieux pour élever les nouveau-nés, mais cela pose des défis.

On observe aussi des cas d’adoption en captivité. Toutefois, l’environnement est différent dans un zoo : les groupes ne sont pas nécessairement composés de femelles de la même famille, comme ce serait le cas dans la nature, et les mâles ne peuvent pas partir comme ils le feraient en liberté. De plus, certains singes de zoo ont été élevés par des humains ou proviennent de l’industrie du divertissement.

Ces singes peuvent avoir un langage social différent. Punch n’a pas pu apprendre à « parler » le macaque japonais auprès de ses soigneurs humains.

Une grande flexibilité comportementale

La bonne nouvelle pour Punch (et ses admirateurs humains) est que les macaques japonais ont un comportement flexible et sont capables d’apprendre de leurs congénères. Punch apprend déjà à communiquer avec les autres singes et à trouver sa place au sein du groupe.

Dans la nature, les femelles allaitent leurs petits jusqu’à l’âge de deux ans. Lorsqu’ils sont orphelins, les petits de l’âge de Punch peuvent survivre, surtout s’ils sont adoptés ou même simplement acceptés par d’autres singes.

Un bébé macaque japonais regarde sa mère
Un bébé macaque japonais âgé d’environ un à trois mois regarde sa mère faire la toilette d’un autre singe.
(Brogan M. Stewart)

Lorsqu’il s’approchait d’un autre macaque pour jouer, Punch envoyait peut-être, sans le vouloir, des signaux tels que « j’ai peur de toi » ou « je suis dominant par rapport à toi ».

Plus il passera de temps au sein de son groupe, plus il découvrira comment les autres singes interagissent. Il saura alors quels comportements sont acceptables sur le plan social. C’est le meilleur des scénarios pour Punch. Les singes ne devraient pas être élevés comme animaux de compagnie. Ce sont des bêtes sauvages qui ont besoin de vivre dans un environnement social riche et stimulant.

Les petits dont les mères se fréquentent forment souvent des groupes pour jouer ensemble, explorer leur environnement et apprendre à socialiser. (Megan M. Joyce)

Punch appartient à une espèce intelligente, sociable et flexible sur le plan comportemental, dont les membres développent les codes sociaux auprès de leur mère et de leurs proches. Il devrait donc s’intégrer facilement à son nouvel environnement social.

Les études menées sur les macaques japonais en liberté nous aident à comprendre l’histoire de Punch et démontrent l’importance de la recherche sur le bien-être animal dans les zoos, le comportement de la faune sauvage et dans le domaine de la science de la conservation.

Des macaques japonais se reposent sur une clôture au Centre des singes d’Awajishima avec l’océan en arrière-plan
Des macaques japonais se reposent sur une clôture au Centre des singes d’Awajishima.
(Sarah E. Turner)

La Conversation Canada

Sarah E. Turner et les étudiants de son laboratoire bénéficient d’un financement provenant du Programme des subventions à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, du programme Leadership en innovation environnementale et numérique pour la durabilité (LEADS-CREATE), des bourses de recherche MITACS Globalink, du Centre québécois pour la science de la biodiversité et de l’Université Concordia.

Brogan M. Stewart reçoit des fonds du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies, du Leadership in Environmental and Digital innovation for Sustainability (LEADS-CREATE), des bourses de recherche MITACS Globalink, du Centre québécois pour la science de la biodiversité et de l’Université Concordia.

Megan M. Joyce reçoit des fonds du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada – Programme des subventions à la découverte et Leadership en innovation environnementale et numérique pour la durabilité (LEADS-CREATE), des bourses de recherche MITACS Globalink, du Centre québécois pour la science de la biodiversité et de l’Université Concordia.

Mikaela Gerwing a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec – Nature et Technologies, du programme Leadership for Environmental Innovation for Sustainability (LEADS-CREATE), de la bourse Miriam Aaron Roland, des bourses de recherche MITACS Globalink, du Centre québécois pour la science de la biodiversité et de l’Université Concordia. Elle est affiliée à Planet Madagascar.

– ref. Les macaques sauvages n’abandonnent pas leurs petits. Alors, pourquoi la mère de Punch l’a-t-elle fait ? – https://theconversation.com/les-macaques-sauvages-nabandonnent-pas-leurs-petits-alors-pourquoi-la-mere-de-punch-la-t-elle-fait-277715

Parité dans les directions : la question n’est plus le nombre, mais l’impact

Source: The Conversation – in French – By Loredana Ureche-Rangau, Professeur des Universités en Sciences de Gestion, spécialisation Finance, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

À l’aube d’une nouvelle réglementation en faveur de la diversité de genre dans les instances dirigeantes, une question mérite d’être posée : au-delà des chiffres, ces règles influencent-elles réellement les dynamiques décisionnelles et la création de valeur ?


En France, la loi Rixain du 24 décembre 2021 cible une zone longtemps restée en retrait des politiques de parité : les postes de direction. Pour les entreprises d’au moins 1 000 salariés, une trajectoire progressive est imposée. Un quota de 30 % de chaque genre s’imposera le 1ᵉʳ mars 2026, puis sera porté à 40 % en 2029, sous peine de sanctions financières. Cette dynamique prolonge la loi Copé-Zimmermann, qui impose 40 % de chaque sexe dans les conseils d’administration. Au niveau européen, la directive Women on boards (2022) fixe, pour les sociétés cotées, un objectif de 40 % d’administrateurs non-exécutifs du genre sous-représenté, ou 33 % de l’ensemble des administrateurs.

Ces dispositifs ne visent toutefois pas les mêmes centres de pouvoir. Alors que la loi Copé-Zimmermann et la directive européenne portent sur les conseils d’administration, la loi Rixain s’attaque au cœur de l’action managériale en ciblant le sommet exécutif. Cette distinction invite à poser deux questions : en quoi la diversité de genre transforme-t-elle le fonctionnement des conseils d’administration ? Et que change-t-elle lorsqu’elle s’installe au plus haut niveau de la décision opérationnelle ?

Davantage d’efficacité

Sur le plan statistique, le basculement est net dans de nombreux pays. La représentation des femmes au sein des conseils d’administration a fortement progressé ces dernières années. À titre d’exemple, aux États-Unis, la part des femmes est passée de 12,2 % en 2014 à 28,5 % en 2023. En Europe, elle atteint 33,8 % en 2023, contre 22,6 % en 2016. Les codes de bonne gouvernance ainsi que les législations instaurant des quotas ont largement contribué à cette évolution.




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La présence de femmes administratrices est fréquemment associée, dans la littérature académique, à des impacts positifs. Elles seraient davantage enclines à valoriser l’interdépendance et la bienveillance, contribueraient à réduire les conflits au sein du conseil, et à renforcer l’attention des administrateurs. Des travaux suggèrent aussi une amélioration de la qualité du processus décisionnel et de la performance opérationnelle.

Un impact indéterminé sur la performance financière

Les travaux académiques convergent vers une influence positive de la présence des femmes dans les instances dirigeantes. Cela se traduit-il par de meilleures performances financières ?

À cette question, la littérature demeure partagée. Malgré l’abondance des travaux menés depuis deux décennies, aucun consensus clair ne se dégage quant à l’impact de la diversité de genre sur la performance financière des entreprises : certaines études identifient un effet positif, d’autres n’observent aucune relation significative, et quelques-unes suggèrent même des effets négatifs. Un trait commun mérite toutefois d’être souligné : la majorité de ces recherches s’inscrivent dans un cadre national unique, c’est-à-dire dans un contexte institutionnel et culturel donné.

Une question de culture

C’est précisément pour dépasser ces limites que nous montrons, dans un travail récent, que l’impact de la présence des femmes dans les conseils d’administration sur la performance financière dépend étroitement du contexte institutionnel – et en particulier de la culture nationale.

En analysant la réaction des marchés financiers à l’annonce de la nomination d’une femme, plutôt que d’un homme, à un poste de direction dans 43 pays entre 2002 et 2019, nous mettons en évidence des variations significatives des réactions boursières selon les pays. En mobilisant les dimensions culturelles du projet Global Leadership and Organizational Behavior Effectiveness (GLOBE), nous montrons que la culture nationale façonne ces réactions.

Des décisions plus prudentes ?

Dans les sociétés plus collectivistes, orientées vers l’avenir et centrées sur l’humain, les marchés financiers tendent à valoriser favorablement les nominations féminines. Nous observons également que la nature du poste concerné influence l’ampleur de la réaction. Il serait réducteur de considérer qu’une augmentation mécanique de la représentation des femmes au sommet des entreprises entraîne automatiquement une meilleure performance financière. Les règles et quotas peuvent modifier la composition des instances dirigeantes, mais ils ne suffisent pas nécessairement à transformer le sentiment des investisseurs ni les perceptions des marchés financiers. À cet égard, l’éducation, la diffusion de l’information et l’évolution progressive des normes culturelles apparaissent comme des leviers essentiels. Car au-delà des textes, ce sont aussi les représentations collectives qui influencent la valorisation des entreprises.

La littérature académique suggère que les femmes seraient plus enclines à privilégier des comportements éthiques et à adopter des prises de décision moins risquées. Peut-on en déduire que leur présence au sommet des entreprises favorise des pratiques comptables plus transparentes et plus éthiques ?

Un effet reine des abeilles

De nombreux travaux établissent un lien entre la présence de femmes dirigeantes et des pratiques plus prudentes, contribuant ainsi à améliorer la qualité de l’information publiée. Mais la réalité est plus nuancée. Dans une recherche en cours portant sur une vingtaine de pays sur vingt ans, nous montrons que le recours à la gestion des bénéfices par les femmes dirigeantes dépend fortement du contexte culturel. Dans les sociétés valorisant la performance, l’affirmation de soi ou une hiérarchie marquée, les femmes DAF peuvent y recourir autant, voire davantage, que leurs homologues masculins. Ces résultats s’interprètent à la lumière de l’effet « reine des abeilles » : dans des environnements fortement masculinisés, certaines dirigeantes adoptent des comportements alignés sur les normes dominantes.

BFM Business 2026.

Une fois encore, l’environnement institutionnel et en particulier la culture nationale apparaît déterminant : la diversité de genre ne produit ses effets que si elle s’inscrit dans un cadre culturel compatible.

De la nuance

En définitive, si l’idée selon laquelle une plus forte représentation des femmes au sein des instances dirigeantes serait nécessairement bénéfique est largement partagée, la réalité appelle à la nuance. En matière de performance financière comme de pratiques comptables, les effets ne sont ni automatiques ni universels. Le contexte institutionnel et culturel joue un rôle déterminant : il conditionne la capacité de cette diversité à produire pleinement ses effets.

Ainsi, si les nouvelles réglementations renforcent la présence des femmes dans les exécutifs des grandes entreprises, elles ne garantissent pas, à elles seules, une amélioration des performances tant que les normes sociales et les perceptions n’évoluent pas. En 2026, le débat ne porte plus sur le nombre, mais sur l’impact réel de la présence accrue des femmes au sommet des entreprises en matière de création de valeur et de solidité des pratiques financières.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Parité dans les directions : la question n’est plus le nombre, mais l’impact – https://theconversation.com/parite-dans-les-directions-la-question-nest-plus-le-nombre-mais-limpact-276645

Des élections municipales test pour la présidentielle : comprendre la « nationalisation » du scrutin

Source: The Conversation – France in French (3) – By Rémi Lefebvre, Professeur de science politique université Lille 2, Université de Lille

À un an de la présidentielle, les élections municipales 2026 sont « nationalisées » dans le récit médiatique et par certains partis politiques. Pourtant, les candidats locaux, comme la plupart des électeurs, demeurent fidèles à une logique locale et non partisane. Analyse.


Les élections municipales de 2026 se tiennent un an avant l’élection présidentielle. La précampagne présidentielle a d’ailleurs déjà commencé : des candidats sont déjà déclarés à une primaire de gauche (François Ruffin, Marine Tondelier…) ou à l’élection elle-même (Bruno Retailleau, Jérôme Guedj…). La configuration fait penser aux élections municipales de 2001 qui avaient précédé de quelques mois l’élection présidentielle (avril 2002). Cet effet de calendrier contribue à nationaliser les élections municipales.

Alors que ces élections sont locales par excellence et se jouent dans 35 000 communes et des contextes spécifiques (taille de communes, poids des maires sortants, variété de l’offre et des enjeux), les élections municipales sont construites comme un test pour mesurer les rapports de force politiques avant l’échéance présidentielle de 2027. Les soirs du premier et du second tour, un sens national va être donné à ces milliers de scrutins locaux.

La nationalisation des scrutins locaux, un phénomène ancien

En science politique, la thèse de la « nationalisation » de la vie politique locale a été formalisée dès les années 1980. Elle met en évidence un processus d’unification tendancielle des marchés électoraux. Selon ce modèle, le caractère « local » des élections tend à régresser ; les élus sont de plus en plus liés à un parti. Alors que, sous la IVᵉ République, et dans les années 1960, les coalitions sont variables selon les consultations et les régions, l’Union de la gauche dans les années 1970 tend à homogénéiser les alliances sur le territoire national, et les modes de fonctionnement partisan se centralisent : l’implantation des partis, de gauche puis de droite, progresse sur l’ensemble du territoire national, le nombre de candidats et élus non inscrits ou « apolitiques » baissent ainsi, y compris dans les petites communes.

Les élections locales tendent alors à être construites comme des mesures de rapports de force nationaux entre deux élections générales. Elles obéissent de plus en plus au modèle des « élections intermédiaires ». Celui-ci se construit autour d’une classification et d’une hiérarchisation, entre des « élections décisives » et des « élections intermédiaires », articulées dans un cycle électoral. Les élections intermédiaires, dites de « second rang », sont le plus souvent des élections locales. Plus une élection locale est éloignée d’une élection de renouvellement national, plus grande est la probabilité qu’elle revête une dimension nationale, surtout quand la majorité en place est impopulaire. La logique des élections intermédiaires » se manifeste par un recul du parti au pouvoir, un abstentionnisme plus fort chez les électeurs de la majorité, la progression des oppositions.

À partir de 2002, les cycles politiques nationaux ont de plus en plus d’influence sur les élections locales qui sont systématiquement défavorables au pouvoir en place ; l’Union pour un mouvement populaire (UMP) puis le Parti socialiste (PS) en ont fait les frais en 2008 et en 2014.

Les élections locales sont devenues un exutoire pour exprimer la défiance à l’égard des gouvernements en place selon un mécanisme de vote sanction. En conséquence, la stratégie des partis varie selon qu’ils sont dans la majorité gouvernementale ou dans l’opposition. Christophe Borgel, secrétaire national aux élections du PS, déclarait ainsi le 15 février 2013 au Figaro, non sans ironie :

« Évidemment, quand on est au pouvoir, on dit que les municipales sont un scrutin local, et quand on est dans l’opposition, on dit l’inverse. »

Une « nationalisation » produite par les médias

Les élections municipales de 2026 sont nationalisées, mais ne correspondent plus à ce schéma. Dans un contexte de fragmentation partisane et de confusion institutionnelle, elles ne prennent pas la forme d’une « gouvernementalisation » du scrutin.

L’enjeu n’est plus, comme en 2008 ou en 2014, de sanctionner le gouvernement en place. Même s’il est dominé par des forces proches du président de la République, sa base est plus large (il y a des ministres Les Républicains, LR) et Renaissance a très peu de maires sortants, donc susceptibles d’être sanctionnés. Les élections municipales ne sont donc pas gouvernementalisées mais présidentialisées.

La nationalisation est principalement produite par les médias qui construisent une intrigue et des enjeux nationaux ramenés aux partis dans leur globalité. Ce phénomène s’explique de deux manières : il n’est pas facile de traiter des milliers de configurations locales, les médias recherchent un effet de dramatisation. Cette nationalisation par le cadrage médiatique est d’autant plus forte que la presse locale est en crise (plus attentive aux enjeux locaux, elle est de moins en moins lue).

Les questions que les médias se posent sont du type : Combien de villes le Rassemblment nationale (RN) est-il en mesure de gagner ? Des villes vont-elles basculer à La France insoumise (LFI) ? Les écologistes peuvent-ils garder les dix grandes villes conquises en 2020 ? L’implantation territoriale des socialistes et des LR sera-elle maintenue ?… Des coups de projecteurs sont donnés sur des villes « test » qui focalisent l’attention médiatique : Paris, Marseille, Lyon, Roubaix, Le Havre… Les partis anticipent ces verdicts médiatiques de portée nationale en cherchant à investir le maximum de candidats d’autant plus que l’ancrage local est devenu essentiel pour eux.

La stratégie des partis

La nationalisation des acteurs partisans nationaux est variable. Elle est très forte à La France insoumise. En 2020, Jean-Luc Mélenchon ne cessait de déclarer pendant la campagne municipale : « Il n’y a pas de listes insoumises. » Les candidats insoumis se cachent alors derrière des listes citoyennes. A contrario, l’heure est en 2026 à une logique d’étendard et d’affichage. LFI part à la bataille en assumant sa différenciation partisane et une logique d’autonomie de ses listes au premier tour. La bataille du leadership présidentiel à gauche est engagée. Jean-Luc Mélenchon multiplie les meetings de soutien à des candidats insoumis locaux où ils abordent principalement des enjeux de politique nationale (Toulouse, Roubaix, Creil, Perpignan, Lyon…). Les écologistes et les socialistes, qui contestent fortement la candidature de Jean-Luc Mélenchon à travers un projet de primaire, sont beaucoup plus implantés localement que les insoumis. La politisation du scrutin municipal permet à LFI de peser dans le rapport de force à gauche et d’exercer un pouvoir de nuisance sur les anciens partenaires du Nouveau Front populaire (NFP). Dans de nombreuses villes, LFI pourrait être l’arbitre du second tour : les candidats écologistes et socialistes devront composer avec elle.

À la tête des écologistes, Marine Tondelier joue la légitimité de sa candidature présidentielle aux élections municipales. Elle est très présente sur le terrain pour défendre les maires sortants. Le PS cherche à garder son titre de premier parti de gauche au niveau local pour aborder le scrutin présidentiel dans les meilleures conditions de rapports de force. Il se vante de présenter 2 000 listes, un chiffre présenté comme historique.

Les dirigeants du RN nationalisent eux aussi le scrutin cherchant à provoquer « une vague » qui pourrait scander leur marche vers le scrutin présidentiel. Le président du RN, Jordan Bardella, s’offre même le luxe de se donner un objectif concret, et pas des moindres : « Je souhaite que nous puissions remporter la ville de Marseille. » Le nombre historique de listes – près de 650 – est mis en avant. « Nous entendons peser comme jamais dans notre histoire sur ce scrutin local », promet Jordan Bardella, lors de ses vœux à la presse, début janvier.

Cependant, tous les partis ne considèrent pas les élections municipales comme une rampe de lancement ou un banc d’essai pour 2027. Renaissance (ex-LREM) considère que c’est un obstacle à franchir. Le parti a peu d’élus locaux, un maillage local faible et des ambitions de victoires modestes et sans doute inaccessibles (Bordeaux, Lille, Annecy). Gabriel Attal est peu présent dans la campagne et cherche à enjamber le scrutin. Édouard Philippe, candidat Horizons au Havre, localise au maximum sa campagne dans la ville dont il est le maire, plutôt marquée électoralement à gauche.

Des candidats locaux qui n’affichent pas leurs liens partisans

Les candidats locaux mettent de manière générale très peu en avant leur étiquette partisane et mobilisent peu de considérations de politique nationale, tant la politique partisane est discréditée et le niveau local associé au pragmatisme. C’est parfois même le cas à LFI dans les villes où le parti a le plus de chances de gagner, comme Roubaix (Nord), où le candidat local David Guiraud met peu en avant le sigle, pour rassembler large.

Si le RN nationalise le scrutin municipal, ce n’est pas le cas de ses têtes de liste qui font localement souvent campagne sans même le logo du parti. Cette stratégie est un effet notamment de l’ancrage local croissant du mouvement, à travers son réseau de députés. Louis Aliot, l’actuel maire de Perpignan (Pyrénées-Orientales) est un modèle en la matière. Il a réussi à conquérir la mairie de la capitale catalane en expurgeant de ses affiches et de ses tracts de campagne toute mention de son parti. Les tracts de Laure Lavalette, tête de liste du RN à Toulon, députée du Var, ne font état d’aucune référence au parti. Le but de ces candidats est d’élargir au maximum le socle électoral, mais aussi permettre à des personnalités de la société civile, ou des ralliés de droite, de rejoindre la liste. Ils évitent ce faisant de trop se marquer politiquement et se concentrent sur des enjeux locaux.

Comment votent les électeurs ?

Enfin, qu’en est-il des électeurs ? Un sondage Odoxa du 20 février 2026 considère que les trois quarts des électeurs continuent de voter pour la liste qu’ils estiment la meilleure pour leur commune, mais que la politique nationale s’invite dans les urnes, avec 24 % (+ 5 % en trois mois) de Français qui voteront d’abord sur des enjeux nationaux. Il faut pourtant prendre ce type d’enquête avec prudence. Il n’est pas facile de démêler chez les électeurs ce qui relève de la politique locale et nationale, de l’image du candidat et de son étiquette.

La nationalisation du scrutin municipal est donc un phénomène complexe, aux ressorts multiples et contradictoires, qui porte en 2026 la marque de l’éclatement du système partisan.

The Conversation

Rémi Lefebvre ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Des élections municipales test pour la présidentielle : comprendre la « nationalisation » du scrutin – https://theconversation.com/des-elections-municipales-test-pour-la-presidentielle-comprendre-la-nationalisation-du-scrutin-277522

Comment la Russie s’approche des satellites européens pour capter leurs communications

Source: The Conversation – in French – By Aleix Nadal, Analyst, Defence, Security and Justice team, RAND Europe

Les infrastructures européennes de télécommunications figurent parmi les cibles potentielles des opérations d’interception menées par certains satellites russes. wikicommon, Fourni par l’auteur

Les activités de satellites russes près d’appareils européens inquiètent les autorités. Entre espionnage orbital et démonstration de force, ces opérations pourraient annoncer une nouvelle phase de compétition stratégique dans l’espace.


Les autorités européennes ont récemment tiré la sonnette d’alarme après l’interception par la Russie de communications transitant par des satellites européens. Mais le problème ne date pas d’hier.

Ainsi depuis la première invasion de l’Ukraine en 2014, deux satellites russes suivent discrètement des engins spatiaux européens. Ils ont manœuvré suffisamment près pour faire craindre qu’il ne s’agisse pas seulement d’opérations d’observation.

En 2018, Florence Parly, alors ministre de la Défense avait accusé la Russie d’espionnage après que l’un de ces engins avait été repéré à proximité d’un satellite militaire franco-italien de télécommunications. Deux satellites d’Intelsat avaient été visés de manière similaire auparavant.

Ces opérations dites de « proximité et de rendez-vous » (RPO), au cours desquelles un engin spatial manœuvre délibérément pour s’approcher d’un autre objet ou opérer à proximité de lui dans l’espace, deviennent de plus en plus courantes en orbite géostationnaire (GEO), où les satellites restent pratiquement immobiles au-dessus d’un même point de la Terre.

Les opérations RPO ne sont pas intrinsèquement malveillantes. Elles peuvent par exemple servir à ravitailler un satellite afin d’en prolonger la durée de vie, ou à retirer des satellites hors service et des débris pour maintenir les orbites dégagées en vue de futures missions.

Mais la technologie qui permet d’améliorer la manœuvrabilité des satellites est à double usage — elle peut avoir des applications à la fois civiles et militaires. Toute la difficulté consiste donc à déterminer l’intention derrière ces manœuvres et, le cas échéant, à y répondre de manière appropriée.

Inspection de satellites

Lancés respectivement en 2014 et en 2023, les deux « inspecteurs » russes Luch/Olymp 1 et 2, des satellites très secrets, s’inscrivent dans les efforts de Moscou pour identifier d’éventuelles vulnérabilités techniques dans les satellites des pays de l’Otan.

Si tel avait été leur seul objectif, les responsables européens auraient eu peu de raisons de s’en inquiéter ou de protester. S’approcher d’un satellite pour en analyser les caractéristiques n’a rien de nouveau et ce type de mission n’est pas propre à la Russie.

Par le passé, les satellites d’inspection du programme américain Geosynchronous Space Situational Awareness Program (GSSAP) se sont approchés à moins de dix kilomètres d’autres satellites dans certaines missions. Même des entreprises commerciales commencent désormais à proposer des services d’inspection.

Une entreprise australienne appelée HEO a récemment survolé un satellite chinois classifié afin d’en révéler certaines caractéristiques techniques. En théorie, ce type d’informations pourrait, à l’avenir, être utilisé pour perturber le fonctionnement de satellites.

Cependant, les satellites russes ont souvent suivi le même engin spatial pendant des mois, s’approchant parfois à moins de cinq kilomètres de leur cible. Un comportement qui ne correspond pas vraiment au profil d’une mission d’inspection de satellites, laquelle consiste normalement à simplement passer à proximité, prendre des images puis repartir rapidement sur une autre trajectoire.

Les satellites GSSAP, par exemple, opèrent généralement par paires, selon une approche en tenaille : l’un évolue au-dessus de l’orbite géostationnaire (GEO) pour inspecter l’arrière du satellite ciblé, tandis que l’autre se place légèrement en dessous afin d’en observer l’avant.

Les satellites Luch, eux sont essentiellement des plateformes de « renseignement d’origine électromagnétique » (ce qu’on appelle plus communément « Sigint »). En les positionnant entre un satellite cible et sa station au sol, la Russie peut intercepter le signal et espionner les communications de satellites européens, comme ceux exploités par Eutelsat, une entreprise française, ou par Intelsat, une société luxembourgo-américaine. Ces satellites européens fournissent notamment de la bande passante aux armées européennes pour leurs communications sécurisées.

Pris isolément, ces satellites doivent donc être considérés comme des outils de surveillance plutôt que comme des armes antisatellites — c’est-à-dire des engins capables de perturber ou de neutraliser un autre satellite. Les satellites russes se contentent ici de collecter des informations. À ce titre, ils ne constituent pas, en eux-mêmes, une menace majeure pour la sécurité.

Mais l’espace reste étroitement lié aux dynamiques géopolitiques qui se jouent sur Terre. Toute opération spatiale russe doit ainsi être comprise comme s’inscrivant dans une stratégie plus large visant à engranger des avantages stratégiques — qu’il s’agisse d’obtenir un avantage militaire face à l’Ukraine ou de contraindre les pays européens à retirer leur soutien à Kiev.

Menace future

Dans cette perspective, les opérations menées par les satellites Luch pourraient être interprétées non seulement comme un effort « Sigint », mais aussi comme un avertissement adressé aux pays européens : leurs satellites restent vulnérables à d’éventuelles perturbations.

Comme l’a souligné le général de division Michael Traut, commandant du Commandement spatial allemand, les satellites Luch ont probablement aussi intercepté les liaisons de commande de leurs cibles. Ces liaisons correspondent à des transmissions supposées sécurisées envoyées depuis les stations au sol vers les satellites afin de leur transmettre des instructions opérationnelles.

Si cela se confirme, la Russie pourrait potentiellement reproduire les signaux de liaison montante utilisés par les stations au sol pour contrôler les satellites, ce qui lui permettrait de perturber à l’avenir les opérations spatiales européennes.

Antennes satellites
Les satellites russes pourraient avoir intercepté des transmissions en provenance de stations au sol, ce qui leur donnerait la capacité de perturber le fonctionnement d’engins spatiaux européens.
Trisna.id

Si ce scénario vous semble familier, c’est qu’il rappelle la campagne hybride menée par la Russie contre les câbles sous-marins européens. Celle-ci s’est traduite par des années de cartographie clandestine des infrastructures occidentales et, plus récemment, par une série d’actions visant à sectionner des câbles à fibre optique.

Les opérations de proximité menées ces dernières années par les deux satellites Luch pourraient ainsi annoncer des actions plus lourdes à l’avenir, si la Russie échoue à dissuader l’Europe de poursuivre son soutien à l’Ukraine.

Que peut faire l’Europe dans ce scénario ? Une première étape bienvenue a été de rendre publiques des informations sur les activités russes en orbite géostationnaire. Jusqu’ici, les opérations spatiales étaient le plus souvent enveloppées de secret.

Davantage de transparence pourrait permettre de délégitimer ces pratiques aux yeux de la communauté internationale, tout en justifiant le développement par l’Europe de ses propres capacités de contre-espace à des fins de défense.

De fait, plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni et l’Allemagne, plaident désormais plus ouvertement pour le déploiement de leurs propres capacités de défense spatiale. La Russie a par ailleurs déjà démontré d’autres moyens d’action en orbite reposant sur des opérations de proximité et pouvant être utilisées comme armes antisatellites.

Sans un éventail complet d’outils, incluant des moyens d’autodéfense, l’Europe pourrait se retrouver exposée à des actions spatiales plus agressives et auxquelles elle n’est pas suffisamment préparée. Protéger sa dépendance aux services spatiaux — des communications militaires à la connectivité indispensable pour l’économie — implique donc de faire de la sécurité en orbite un élément central de sa stratégie.

The Conversation

Aleix Nadal ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment la Russie s’approche des satellites européens pour capter leurs communications – https://theconversation.com/comment-la-russie-sapproche-des-satellites-europeens-pour-capter-leurs-communications-277532

La Russie, l’autre perdante de l’opération « Epic Fury » ?

Source: The Conversation – in French – By Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po

L’attaque contre l’Iran affaiblit un allié capital de Moscou. Il y a un an déjà, ce dernier n’avait pas sauvé son autre partenaire régional, Bachar Al-Assad. La prudence russe sur l’Iran démonétise le Kremlin dans le « Sud global ». Pour autant, la Russie peut aussi tirer des bénéfices de la déstabilisation du Moyen-Orient : l’attention mondiale se détourne de l’Ukraine ; les prix des hydrocarbures augmentent ; un changement de régime à Téhéran créerait un précédent justifiant les attaques contre Volodymyr Zelensky à Kiev…


La Fédération de Russie est-elle d’ores et déjà, après la République islamique d’Iran, la grande perdante de la guerre aéronavale menée par Israël et les États-Unis tout à la fois contre le régime des mollahs, contre le programme nucléaire iranien, contre l’appareil sécuritaire et contre le réseau international de cette puissance régionale ?

Le partenariat global russo-iranien signé en janvier 2025 n’assurera pas la défense de l’Iran, hormis les protestations formulées publiquement par les autorités russes quelques heures après le début des frappes.

Après la chute de la famille Al-Assad en Syrie, la Russie semble privée d’un relais essentiel dans la région et, plus largement, sur la scène mondiale. Pour autant, il est sans doute très prématuré d’annoncer la fin de l’influence russe au Moyen-Orient.

Des revers indiscutables

Même si Moscou a enregistré, ces dernières années, certains succès diplomatiques sur le continent africain, ses réseaux d’alliances s’effritent : renversement du régime syrien en décembre 2024, enlèvement spectaculaire du président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier 2026, mort du guide suprême iranien Ali Khamenei et possible effondrement de la République islamique… La Russie a perdu des soutiens de poids sur la scène internationale pour sa lutte d’influence contre l’Occident et pour son invasion de l’Ukraine. D’évidence, le soutien de Moscou ne donne pas d’assurance-vie aux dirigeants alliés — et cette conclusion est d’ores et déjà tirée dans le « Sud global ».

Même si la République islamique d’Iran reste en place, la Russie perd, du fait de son durable affaiblissement, un levier d’influence dans la région. Surtout, la crédibilité internationale de Moscou est plus qu’écornée : le partenariat stratégique signé en janvier 2025 avec l’Iran n’est manifestement que d’une aide limitée, malgré l’excellence reconnue des systèmes russes des systèmes de défense anti-aérienne.

Ni sur le plan stratégique (accord de défense), ni sur le plan diplomatique (actions au Conseil de Sécurité des Nations unies), ni sur le plan capacitaire (exportations de matériels de défense), l’alliance russe ne paraît efficace ou protectrice. Engagées dans des opérations militaires de grande ampleur et de haute intensité sur des théâtres disjoints, la Fédération de Russie et la République islamique d’Iran ne peuvent s’épauler car les matériels militaires de chacun des partenaires vont à leurs fronts respectifs. Cet enseignement sera tiré cette fois-ci à Delhi et à Pékin, destinations privilégiées des matériels de défense russe en vertu d’accords de défense anciens.

Ultime revers, la Russie perd, avec l’opération israélo-américaine, son rôle de médiateur pour négocier des accords de non-prolifération avec l’Iran. Après une série de discussions purement bilatérales entre États-Unis et Iran puis après les frappes lourdes contre les sites iraniens, l’Iran n’a plus besoin d’avocat sur la scène internationale et la Russie ne peut plus se poser en intermédiaire entre Téhéran et le reste de la communauté internationale. Cette évidence est manifeste aux États-Unis comme en Europe.

Impuissante, décrédibilisée, marginalisée et inutile dans les affaires iraniennes, la Russie subit en ce moment une série de revers indiscutables dans la région et dans le monde.

Des risques ambivalents

Certaines conséquences de la guerre actuelle contre l’Iran sont plus difficiles à évaluer et peuvent présenter des avantages conditionnels et inattendus pour Moscou.

Sur le plan politique, un changement de régime (hypothétique en l’état actuel) à Téhéran serait en soi une mauvaise nouvelle pour le Kremlin : la lutte constante de la présidence Poutine contre les « révolutions de couleur » des années 2000, les protestations de Moscou contre la chute de Milosevic en Serbie en 2000, celle de Kadhafi en Libye en 2011 et, plus récemment, celle de Ianoukovitch en Ukraine en 2014, constituent un axe directeur de sa diplomatie. Toutefois, le renversement de dirigeants par la force militaire à Caracas comme à Téhéran donne indiscutablement un précédent objectif pour justifier des attaques contre la présidence Zelensky en Ukraine et contre tel ou tel autre dirigeant de l’ancien espace soviétique. En d’autres termes, Donald Trump essaie de faire à Téhéran ce que Vladimir Poutine aurait voulu réaliser à Kiev.

Sur le plan des matériels de défense, Moscou avait importé des drones Shahed d’Iran dans la première phase du conflit contre l’Ukraine. Mais, à la faveur des destructions réalisées en Iran, la Russie, qui désormais produit les Shahed elle-même, peut s’imposer sur les anciennes « parts de marché » iraniennes de ce secteur en croissance — à condition toutefois de ne pas consommer tous ses matériels sur le front ukrainien.

La plus grande inconnue concerne l’inflexion que cette guerre donnera au rapprochement entre Poutine et Trump médiatisée par la rencontre en Alaska le 15 août 2025. D’un côté, Moscou est engagé diplomatiquement et militairement aux côtés de l’Iran, ciblé par les États-Unis. Mais, d’un autre côté, Moscou peut aussi instaurer avec Washington une forme de troc, qui verrait le Kremlin réagir avec modération à la chute de la République islamique en contrepartie de concessions notables de la Maison-Blanche sur le dossier ukrainien.

Des opportunités de court et moyen terme pour Moscou

Dans la crise actuelle, la Russie peut toutefois exploiter plusieurs opportunités.

À brève échéance, la hausse des prix des hydrocarbures peut augmenter les recettes des sociétés russes et, indirectement, les recettes fiscales de l’État fédéral russe. La Chine et l’Inde sont en effet déjà des clients importants pour la Russie. Elles seront tentées de solliciter encore davantage leurs fournisseurs russes en cas de blocage durable du détroit d’Ormuz. Ce bénéfice de court terme doit être tempéré : d’une part, les hausses de prix ne peuvent être répercutées que sur les achats réalisés au jour le jour, pas sur les contrats de fourniture de long terme ; d’autre part, la hausse des prix des matières énergétiques peut être enrayée par une hausse de production de la part d’acteurs majeurs des marchés du gaz (Algérie, Russie elle-même) et du pétrole.

Toujours dans l’immédiat, Moscou peut exploiter le report de l’attention internationale du théâtre ukrainien au Moyen-Orient afin de renforcer encore ses actions contre les populations et les infrastructures dans la profondeur en Ukraine. Et cela, d’autant plus que les armements utilisés par les Européens et les Américains au Moyen-Orient ne pourront pas prendre la direction de l’Ukraine (même si le soutien américain en matériels s’amenuise de toute façon pour l’Ukraine).

À la faveur de la confusion actuelle (le trop fameux brouillard de la guerre), la Russie peut également saisir l’occasion de multiplier les actions en dessous du seuil (cyberattaques, subversion, etc.) contre des États européens fortement mobilisés en faveur de l’Ukraine.

Enfin, à moyen terme, la Russie peut mettre à profit les conséquences de l’opération israélo-palestinienne pour revoir sa stratégie au Moyen-Orient. À l’égard des régimes égyptien et saoudien, elle peut se poser en alternative de stabilisation face à la suprématie militaire de la « Sparte » israélienne et à l’aventurisme guerrier de l’administration Trump. À une Turquie échaudée par la désorganisation durable des équilibres régionaux (spécialement en cas de crise des réfugiés en provenance d’Iran), elle peut proposer de renforcer les coopérations alternatives à l’Otan. Enfin, à l’allié chiite laissé seul face à l’attaque militaire massive, elle peut proposer un soutien pour la reconstruction de ses dispositifs de défense.

À court terme, la Russie a tout à perdre de l’opération contre l’Iran. Mais il convient de ne pas sous-estimer sa résilience dans la région.

The Conversation

Cyrille Bret ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La Russie, l’autre perdante de l’opération « Epic Fury » ? – https://theconversation.com/la-russie-lautre-perdante-de-loperation-epic-fury-277541

Tension de liquidité ou insolvabilité ? Pourquoi la restructuration de la dette du Sénégal serait une erreur stratégique

Source: The Conversation – in French – By Souleymane Gueye, Professor of Economics and Statistics, City College of San Francisco

Même si le ministre des Finances du Sénégal, Cheikh Diba, a réaffirmé son opposition à une restructuration, les appels en ce sens se multiplient. Beaucoup la présentent comme une nécessité technique. Les arguments avancés : répondre à la hausse rapide de l’endettement et à l’augmentation du service de la dette dans les recettes fiscales.

En effet, en 2026, le pays devra mobiliser 6 050 milliards de francs CFA pour ses besoins de financement et rembourser 747 milliards de francs pour satisfaire le service de la dette. De surcroît, les coûts d’emprunt ne cessent d’augmenter, atteignant 7 % en moyenne au moment où les maturités se raccourcissent entraînant une forte demande des bons du Trésor à un an.

Pourtant, cette évidence frappante mérite d’être examinée de près pour avoir une lecture non biaisée et factuelle de la situation du pays avant de recommander une restructuration immédiate de la dette.

En tant que chercheur ayant étudié les dynamiques de la dette souveraine du Sénégal et les prescriptions du FMI, j’estime que le débat doit distinguer clairement liquidité et solvabilité. Comme dans de nombreuses économies en développement, particulièrement en Afrique subsaharienne, le vrai défi du Sénégal n’est pas l’insolvabilité. Le défi réside dans la gestion des tensions de liquidité sans compromettre la souveraineté économique à long terme déclinée dans l’Agenda national de transformation, Sénégal 2050.

Cette Vision Sénégal 2050 doit être formalisée le plus rapidement possible sous forme de plan d’investissement sectoriel décennal avec des objectifs quantifiés par filière — hydrocarbures, agro-industrie, logistique, numérique — et des mécanismes de financement mixtes public-privé qui transforment la rente hydrocarbures en capacité productive diversifiée.




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Une telle stratégie d’allocation de financement des projets identifiés dans le Plan de redressement économique et social (PRES) étalée sur une longue période pourrait constituer un signal très fort en direction des bailleurs de fonds.

Ce que révèlent les récentes adjudications

Les récentes adjudications ou ventes de titres publics de 2026, plus particulièrement celles du 16 janvier, du 30 janvier et du 6 février, ont révélé un changement structurel dans le comportement des investisseurs.

Bien que la demande de titres émis par le Sénégal soit soutenue, elle reste concentrée de plus en plus sur les instruments de court terme tels que les Bons Assimilables du Trésor – titres de dette à court terme émis par l’État pour financer ses besoins de trésorerie. – avec maturité de 6 à 12 mois, un taux d’absorption de 70 %, et un taux de couverture à plus de 100 %. De leur côté, les obligations à long terme (Obligations Assimilables du Trésor, 3 ans) ne sont absorbées qu’à un taux de 19 %) et suscitent peu d’intérêt malgré des rendements très élevés.

L’adjudication de titres publics du Sénégal, organisée le 20 février 2026, confirme cette tendance et la prudence des investisseurs. Même si le Sénégal est parvenu à lever un total d’environ 158 millions de dollars, la structure de la demande révèle une nette aversion au risque sur le long terme. Les investisseurs affichent leurs préférences au court terme face aux incertitudes économiques auxquelles le pays est confronté.

Beaucoup d’économistes interprètent ce phénomène comme un verdict du marché anticipant une restructuration inévitable. À mon humble avis, cette conclusion est prématurée et injustifiée, car s’appuyant sur plusieurs confusions analytiques, malgré le récent classement du Sénégal en catégorie de risque 7 (le niveau de risque le plus élevé) par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).




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Conséquences économiques d’une restructuration

La restructuration de la dette publique est un outil extrême, conçu pour les situations où un État souverain n’est plus solvable, et non pour traiter des tensions intertemporelles de liquidité dans un contexte d’incertitude économique, le FMI refusant de se prononcer sur toute responsabilité sur la situation de la dette sénégalaise.

Contrairement au Ghana qui faisait face à une insolvabilité manifeste et à un défaut de paiement externe, le Sénégal reste confronté à une tension de liquidité -dans un marché régional dominé par les banques commerciales – due à l’inaccessibilité des marchés financiers internationaux.

La situation du Sénégal n’est pas comparable à celle du Ghana, même si le pays fait face à des finances relativement fragiles, à une marge budgétaire réduite et à des difficultés d’accès aux crédits commerciaux à taux conventionnels. Confondre tension de liquidité et insolvabilité est non seulement une conception erronée de la situation actuelle du pays mais revient aussi àtransformer un problème gérable en crise injustifiée.

Restructurer la dette sénégalaise sans démontrer son insolvabilité serait non seulement une erreur grave d’appréciation de la situation économique et financière du pays, mais aurait aussi des conséquences négatives sur l’activité économique du pays. Le Sénégal doit à tout prix éviter une restructuration immédiate de sa dette.

Déconstruction des arguments pour la restructuration

L’expérience récente du Ghana est souvent citée comme un modèle à suivre. Pourtant, elle illustre plutôt les risques d’une restructuration subie et tardive. Mise en œuvre sous forte pression du marché, elle a entraîné d’importantes pertes pour les banques locales, une contraction du crédit au secteur privé et des coûts sociaux et économiques élevés.

Bien loin de restaurer la souveraineté, elle a soumis la politique budgétaire du Ghana à un contrôle externe renforcé et a imposé en même temps un ajustement économique prolongé avec des conséquences économiques et sociales désastreuses pour les populations les plus vulnérables.




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La situation du Sénégal est fondamentalement différente. Le pays évolue au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Son marché de la dette est dominé par les banques commerciales et donc structurellement orienté vers le court terme. Les contraintes réglementaires, les considérations de bilan et l’absence de grands investisseurs institutionnels expliquent cette préférence pour la liquidité.

Dans ce contexte, le rejet des obligations à long terme ne traduit nullement une anticipation de défaut de paiement, mais plutôt les limites structurelles du système financier régional.

Restructurer la dette sénégalaise dans ces conditions comporterait des risques systémiques majeurs. Les titres publics constituent un pilier des bilans bancaires dans toute l’Uemoa. Tout reprofilage contraint ou décote fragiliserait les institutions financières de la zone, restreindrait le crédit aux entreprises et ralentirait l’activité économique du pays. Les coûts sociaux d’une telle option sont souvent sous-estimés dans les débats focalisés principalement sur la seule contrainte budgétaire et financière.

En outre, l’idée selon laquelle la restructuration renforcerait la souveraineté économique doit être nuancée. En réalité, elle la réduit. En effet, elle impose une surveillance extérieure constante, durcit les conditionnalités et limite durablement la marge de manœuvre budgétaire du pays.

Par exemple, les pays qui ont préservé l’accès aux marchés financiers grâce à une stratégie crédible – la Côte d’Ivoire constitue un exemple régional notable – conservent davantage d’autonomie politique que ceux contraints à des renégociations brutales. La souveraineté économique ne se décrète pas par une restructuration. Elle se construit par la crédibilité budgétaire, la transparence et la discipline.




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Choisir sa trajectoire

Il faut donc choisir sa trajectoire et non la subir. Pour cela, il faut s’appuyer sur une stratégie intégrée de reprofilage et de redressement sur fond de crédibilité, de discipline et d’accès aux marchés. C’est ce que le Sénégal est en train de faire avec une réussite palpable grâce à une gestion optimale de la dette.

Cela ne signifie pas que le Sénégal peut se contenter de maintenir le statu quo. Refuser de restructurer n’est pas nier la gravité de la situation. C’est un choix conditionnel qui requiert un ajustement budgétaire crédible (compression des dépenses administratives, rationalisation des dépenses publiques, suppression des charges non prioritaires, consolidation des directions et des agences et collecte efficace des ressources fiscales).

Sur ce dernier point, les autorités sont en train de faire un excellent travail qui doit rassurer les bailleurs de fonds et restaurer la confiance financière car les rentrées fiscales du premier trimestre – plus de 500 milliards de francs CFA en moyenne par mois (838 millions de dollars US) – , s’annoncent particulièrement robustes.

Elles sont portées par l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur le revenu, la TVA et les taxes sur les dividendes, qui contribueront directement à couvrir l’échéance de dette souveraine du mois de mars (480 millions de dollars dont un remboursement d’une tranche d’eurobond d’environ 396 millions de dollars US, le 13 mars 2026), une gestion de la dette transparente et un recours accru au financement concessionnel.

Sans ces éléments, le coût du refinancement à court terme pourrait devenir excessif, mais pour le moment les investisseurs se ruent sur les titres sénégalais traduisant un signal de confiance relativement fort malgré une dette cachée de plus de 12 milliards de dollars.

La véritable question n’est donc pas de savoir si le Sénégal doit restructurer sa dette par principe. Elle est de savoir si le pays peut encore choisir sa trajectoire plutôt que de la subir sous la contrainte d’une crise financière. Pour l’instant, ce choix est encore possible si les autorités présentent un plan crédible de compression des dépenses publiques et poursuivent une stratégie intégrée de reprofilage, d’ajustement crédible et de réinvestissement efficace des revenus tirés de l’exploitation des ressources naturelles du pays.

La restructuration doit demeurer un outil de dernier recours, et non une solution par défaut. Pour le Sénégal, comme pour de nombreuses économies en développement, préserver la crédibilité et la stabilité financières reste probablement le moyen le plus efficace de protéger la souveraineté économique.

The Conversation

Souleymane Gueye is affiliated with the American Economic Association

– ref. Tension de liquidité ou insolvabilité ? Pourquoi la restructuration de la dette du Sénégal serait une erreur stratégique – https://theconversation.com/tension-de-liquidite-ou-insolvabilite-pourquoi-la-restructuration-de-la-dette-du-senegal-serait-une-erreur-strategique-276609

France’s National Health system explained to U.S. citizens in 2026

Source: The Conversation – France (in French) – By Jean de Kervasdoué, Professeur d’économie de la santé, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

A US citizen spends 12,627 euros on annual medical care compared with 6,249 euros in France. MillaF/Shuttetstock

France’s vision of universal healthcare and America’s health insurance premium-reliant system are worlds apart. On October 1 2025, the US Federal Government shut down after an insufficient number of Democrat votes amid disputes over health policy led to a federal government budget deadlock

The longest shutdown in US history could have had dramatic consequences for part of the population, particularly for millions of Americans who would have lost their health insurance. President Trump is on a mission to dismantle policies introduced by Barack Obama (and maintained under the Biden administration) to improve access to health insurance for the most disadvantaged.

On top of the anticipated decline is the incredibly questionable policy of US Secretary of State for Health, Robert Francis Kennedy Jr, and his highly controversial views on vaccines.

Meanwhile, despite a 17.5 billion deficit and a need for reform, in terms of quality and access to medical care, France’s Assurance Maladie national healthcare system remains a “land of plenty”.

Efficient medical care, ‘à la française’

A good starting point for explaining France’s national health service to Americans would be to step back in time.

In 1939, a US citizen’s life expectancy at birth was seven years higher than for a French citizen. Things have changed since then. In 2024, it was more than three and a half years lower: life expectancy stood at 79 in the United States compared to 82.5 in France. In 2025, however, healthcare expenditure per capita was equivalent to 12,627 euros in the United States (14,885 dollars), and 6,249 euros in France (7,367 dollars).

At national level, this translates into so-called health costs (mainly medical fees), representing 17.2% of GDP in the US and 11.4% in France. While changes in life expectancy are linked to lifestyle and eating habits (leading to obesity and diabetes), the effectiveness of medicine is playing an increasingly important role.

It is likely that the quality of healthcare for the majority of people is both better and more accessible in France.

When it comes to paying for medical care, France has a simple system: it is a country where you are covered by health insurance from birth. All legal residents are automatically registered with the health insurance system and, therefore, receive free healthcare for the most serious conditions, or care that is largely reimbursed within the compulsory health insurance scheme and covered by top-up insurance plans.

In the US, there is a three-tier social security system: Medicare for the over 65s and people with disabilities, Medicaid for the poorest, and the Veterans Health Administration for veterans.

Breakdown of health expenditure in the United States.
Healthsystemtracker

7.8% out-of-pocket expenses for French citizens

Thirty long-term serious conditions such as cancer, type 1 or 2 diabetes or psychiatric illnesses are fully covered (treatment is fully reimbursed) by the compulsory state health cover that is offered to all French citizens.

If we add top-up health insurance – now almost universal – patients in France actually only end up paying 7.8% of their healthcare costs. Admittedly, French citizens or their employers will have contributed in financing compulsory or top-up health insurance.

For most French people, there are few or no financial barriers to entry. These barriers have been further reduced for dental care, optical care and hearing care thanks to a universal policy implemented by Emmanuel Macron called “100% healthcare”.

On the whole the French system is more generous than those of comparable countries.

Patients are encouraged to register with a general practitioner with whom visits are then fully reimbursed. If they choose to consult a different health professional, it will only cost them a few euros more. Patients are can make same day appointments to see several specialists whose fees are largely reimbursed, that is unless they don’t charge rates higher than those set by the National Health Service (known as “excess fees”), a common practice in certain medical specialities.

France: a predominantly state-run health service

Like in the United States, France has public hospitals, private clinics and private non-profit clinics. All 31 of France’s university hospitals are state-funded.

France does, however have a higher percentage of private (for-profit) hospitals than the United States. In 2024, 33% of clinics in France were private compared to 20% in the US.

In France, private practice physicians are free to set up practice wherever they wish and are paid on a fee-for-service basis. In the majority of cases, doctors’ fees are set by the national health insurance system and are much lower than in the United States: 30 euros for a visit with a general practitioner in France, $150 in the United States, or 127 euros.

Strong French state regulation

It goes without saying that in France, the State is heavily involved in regulating its national health service.

Opening a pharmacy is impossible without administrative authorisation, for instance. The State, through its regional health agencies, controls all hospitals – public or private. It manages the register for all medical procedures, pricing and reimbursement rates for each medicine, X-ray or biological test a doctor prescribes. At national level, the State is responsible for appointing all directors and doctors in public hospitals, which employed nearly 1.1 million people at the end of 2021.

High-quality private establishments are present in France (they employed 315,000 people in 2022 and, I would again lay emphasis on how private doctors are free to set up their own practices and prescribe care as they see fit.

Despite everything, the French system is one of the most expensive in the Western world. Hospital stays account for a large proportion of expenditure. France has many specialists, and medication consumption is high.

TheAmerican system is is even more expensive, and, in reality, more inefficient because competition between private insurers does not lead to a reduction in the cost of services – as is often the case in a market economy – it results in inflation in insurance premiums. Backed firmly by their belief in the absolute and systematic benefits of all forms of competition, wealthy individuals in the United States take out insurance policies to cover the fees of renowned doctors and stays in luxury hospitals. In doing so, they ramp up the costs of medical goods and services.

The US healthcare system is, in essence, ‘inflationary’

Over time, US healthcare providers’ tariffs (having been made solvent by part of the demand) have increased, leading to inflation. The high expenditure of the US health service, which is an inherently inflationary system, compared to other Western countries, is mainly due to a difference in the pricing of medical goods and healthcare professionals’ fees.

The reforms during Barack Obama’s term in office did nothing to curb this inflation. Donald Trump says he wants to tackle this by putting pressure on drug prices in particular.

It is plain to see that universal health insurance allows for operational control over medical and hospital fees and the price of prescription drugs. This is the norm in OECD countries, such as France. This does not mean that doctors or nurses are poorly paid, or that there is no access to medical breakthroughs, but rather that regulation is safeguarded, i.e. not left to a market which, in the specific case of healthcare, mainly produces inflation.

Are the United States more socialist?

To conclude with a brief arithmetic demonstration: public health expenditure, financed by taxes and compulsory contributions, represents 43% of healthcare expenditure in the US, or 4,532 euros per capita per year (43% of the 10,517 euros in current healthcare expenses). In France, these expenses represent 79.4% or 4,195 euros or 4,863 dollars – 79.4% of 5,273 euros in current healthcare expenses per person per year, with the remainder being covered by patients themselves or their top-up health insurance plans.

In other words, US taxes provide more funding for the healthcare system in absolute terms! Can we safely say that this makes the United States more “socialist” in its approach? Obviously, there is no supporting evidence to suggest this, but it is clear that Americans pay twice for their healthcare: once through their taxes and a second time via their insurance premiums.

People in the US have long been aware of this and have become staunch supporters of universal health insurance, introduced by the late Senator Ted Kennedy, the youngest of the Kennedy brothers. The chances of such a reform making it onto the political agenda in the short term are nil because, to conclude with a quote from Marcel Proust’s Swann’s Way:

“The facts of life do not penetrate the sphere in which our beliefs are cherished; as it was not they that engendered those beliefs, so they are powerless to destroy them.”

Beliefs in the universal efficiency of the market are therefore as firm as they are costly, and are now more alive than ever.

The Conversation

Jean de Kervasdoué ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. France’s National Health system explained to U.S. citizens in 2026 – https://theconversation.com/frances-national-health-system-explained-to-u-s-citizens-in-2026-277289

D’Anthropic à l’Iran : qui fixe les limites de l’utilisation de l’IA dans les domaines de la guerre et de la surveillance ?

Source: The Conversation – in French – By Emmanuelle Vaast, Professor of Information Systems, McGill University

Anthropic, une entreprise de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle, a récemment refusé de signer un contrat avec Le Pentagone qui aurait donné à l’armée américaine un « accès illimité » à sa technologie « à toutes fins légales ». Pour signer, le PDG de la société, Dario Amodei, avait posé deux conditions claires : pas de surveillance de masse des citoyens américains et pas d’armes entièrement autonomes sans supervision humaine.

Le lendemain, les États-Unis et Israël lançaient une offensive à grande échelle contre l’Iran.

On peut se poser les questions suivantes : à quoi ressemblerait une guerre menée avec des armes entièrement autonomes ? Quelle est l’importance de la décision éthique prise par Amodei lorsqu’il a qualifié les armes entièrement autonomes et la surveillance de masse de ligne que son entreprise refusait de franchir ? Que représente cette limite pour d’autres pays ?

Cette décision a coûté très cher à Anthropic. Le président américain, Donald Trump, a ordonné à toutes les agences américaines de cesser d’utiliser les outils d’IA d’Anthropic, composés de grands modèles de langage (GML) et du robot conversationnel Claude. Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, a qualifié l’entreprise de « risque pour la chaîne d’approvisionnement », ce qui pourrait avoir un impact sur les contrats futurs d’Anthropic. L’entreprise rivale OpenAI a rapidement conclu un accord avec Le Pentagone par la suite.

Les risques liés aux armes entièrement autonomes

Les robots conversationnels ne constituent pas des armes en soi, mais ils peuvent être intégrés à des systèmes d’armement. S’ils ne tirent pas de missiles et ne contrôlent pas de drones, ils peuvent toutefois être connectés à de grands systèmes militaires.

Ils peuvent notamment synthétiser rapidement des renseignements, générer des listes de cibles, classer les menaces hautement prioritaires et recommander des frappes. Le processus, qui va de la collecte des données des capteurs à l’interprétation, la sélection de cibles et l’activation d’armes représente un risque majeur : il s’effectue avec un contrôle humain minimal, voire inexistant, et sans qu’aucun opérateur en ait même conscience.

Les armes entièrement autonomes sont des plates-formes militaires qui, une fois activées, mènent des opérations de manière indépendante, sans intervention humaine. Elles s’appuient sur des capteurs, tels que des caméras et des radars, ainsi que sur des algorithmes d’IA pour analyser leur environnement, repérer, sélectionner et atteindre des cibles.

Des hélicoptères de pointe fonctionnent déjà sans intervention humaine. Avec les armes complètement autonomes, les humains ne jouent plus aucun rôle, et l’IA prend les décisions finales concernant les attaques et la stratégie sur le champ de bataille.Bas du formulaire

Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que des recherches récentes ont montré que, dans 95 % des cas, des modèles d’IA avancés avaient choisi d’utiliser des armes nucléaires dans des jeux de guerre simulés.

Les risques de la surveillance de masse

Les modèles d’IA de pointe peuvent résumer rapidement d’énormes ensembles de données et générer des profils afin de détecter des personnes et des activités suspectes, même à partir d’associations faibles. Dans sa déclaration sur les discussions entre Anthropic et le département de la guerre, Amodei a fait valoir que « la surveillance de masse basée sur l’IA présente des risques sérieux et sans précédent pour nos libertés fondamentales ».

Ces systèmes peuvent analyser des dossiers, des communications et des métadonnées afin d’effectuer des recherches au sein de populations. Ils peuvent produire des rapports et des listes de personnes qui permettent de déterminer qui sera interrogé, qui se verra refuser l’entrée dans un pays ou l’accès à un emploi, etc. Ils présentent des risques pour la vie privée, car ils peuvent analyser des données provenant de multiples sources, telles que des comptes de réseaux sociaux, et les combiner à des caméras et à la reconnaissance faciale pour suivre des individus en temps réel.

Les modèles d’IA peuvent commettre des erreurs. La moindre association erronée peut avoir des conséquences graves si le système est utilisé pour des millions de personnes.

De plus, ces modèles sont opaques : leur manière d’analyser les données et d’aboutir à des conclusions n’est pas entièrement compréhensible, ce qui rend difficile la remise en question des résultats obtenus.

À toutes fins légales

L’expression « à toutes fins légales » semble constituer une limite de sécurité. Pourtant, cette formulation signifie que le gouvernement peut utiliser l’IA pour toutes les fins qu’il juge légales, avec peu de restrictions dans le contrat.

Cette notion est importante, car la légalité est un concept variable : les lois peuvent changer et sont souvent mal adaptées pour faire face en temps réel à des innovations en constante évolution ; par ailleurs, les interprétations peuvent varier.

C’est ce qui a conduit Anthropic, une entreprise fondée par d’anciens employés d’OpenAI et dédiée explicitement à la sécurité et à l’éthique de l’IA, à affirmer que la surveillance de masse rendue possible par l’IA constituait un risque nouveau, et que la notion de « fins légales » ne garantissait pas une protection adéquate.

Anthropic a créé un laboratoire interne afin de comprendre comment Claude interprète les requêtes et prend des décisions de manière autonome. Compte tenu de l’opacité des GML et de la rapidité avec laquelle leurs capacités évoluent, ce type d’initiative est essentiel.

Le projet Maven avec des enjeux plus importants ?

Cette histoire rappelle des précédents. Les sociétés technologiques sont depuis longtemps à la pointe de l’innovation, promettant des progrès considérables tout en présentant des risques d’utilisation abusive et de conséquences négatives. Le projet Maven de Google, lancé en 2018, est sans doute l’initiative qui offre le meilleur point de comparaison.

Google avait conclu un contrat avec Le Pentagone pour contribuer à l’analyse des images de surveillance prises par des drones. Quatre mille employés de Google ont protesté contre ce projet, affirmant que la surveillance ne devait pas faire partie de la mission de l’entreprise. Celle-ci a annoncé qu’elle ne renouvellerait pas le contrat Maven, puis a publié des principes en matière d’intelligence artificielle comprenant des assurances concernant les armes et la surveillance.

Cette situation est devenue un cas emblématique du pouvoir de la mobilisation des employés et de la pression publique.

L’exemple nous rappelle toutefois que l’éthique des entreprises et la sécurité de l’IA sont fluctuantes. Au début de l’année 2025, Google a en effet renoncé discrètement à son engagement de ne pas utiliser l’IA à des fins militaires ou de surveillance, dans le but d’obtenir de nouveaux contrats lucratifs dans le domaine de la défense.

La situation actuelle d’Anthropic présente certaines similitudes avec celle de Google et de son projet Maven. Elle met en lumière ce qui arrive lorsqu’une entreprise et ses dirigeants tentent de limiter les applications militaires de l’IA et que les valeurs défendues entrent en conflit avec les demandes des gouvernements et de la sécurité nationale.

Le cas d’Anthropic est différent de Maven, car l’IA générative est beaucoup plus puissante en 2026 qu’il y a quelques années. Maven ne concernait que l’analyse d’images filmées par des drones. Les modèles actuels servent à de nombreuses tâches, ce qui augmente le risque de débordement.

Les GML comme Claude peuvent s’améliorer de manière autonome en apprenant des corrections apportées par les utilisateurs et en affinant leurs actions grâce à des boucles de rétroaction itératives. Il est donc inquiétant d’imaginer ce que Claude et son client, Le Pentagone, auraient pu faire si on ne leur avait imposé aucune limite.

Qui établit les limites ?

La question n’est pas d’affirmer qu’Anthropic est particulièrement rigoureux dans ses principes ou que Le Pentagone a de trop grandes demandes, mais de comprendre que la question cruciale qui se posera sans cesse à mesure que l’IA deviendra plus puissante, c’est : qui fixe les limites de son utilisation lorsque la sécurité nationale est en jeu ?

Si la notion de « fins légales » devient la valeur par défaut, les garde-fous dépendront des politiques et de l’interprétation juridique. Pour le Canada et d’autres pays, les mesures de protection sont essentielles. L’éthique ne saurait être laissée aux négociations contractuelles et à la seule conscience des entreprises.

Ces événements illustrent la complexité de la mise en œuvre pratique de l’éthique de l’IA. Les principes et les déclarations en la matière sont nombreux et importants. Dans les faits, toutefois, l’éthique de l’IA est définie par des contrats, des règles d’approvisionnement, le comportement réel des différentes parties prenantes et la surveillance.

Les secteurs public et de la défense du Canada développent leurs capacités en matière d’IA et le pays travaille en étroite collaboration avec les secteurs de la défense et du renseignement américains. Cela signifie que le vocabulaire et les normes relatives à l’approvisionnement peuvent se propager. Si la notion de « fins légales » devient la norme sur le marché américain de la sécurité nationale, le Canada et d’autres pays pourraient être incités à adopter une formulation similaire.

La bonne nouvelle, c’est que le Canada dispose d’outils de gouvernance qu’il peut renforcer et étendre. La directive sur la prise de décision automatisée vise à garantir la transparence, la responsabilité et l’équité des systèmes. Elle prévoit une évaluation de l’incidence et la publication de rapports.

L’évaluation de l’incidence algorithmique est un outil obligatoire d’évaluation des risques liés à la directive.

Les Canadiens doivent suivre l’évolution de la situation afin de s’assurer que les normes d’approvisionnement mentionnent les utilisations interdites, de demander des contrôles et une surveillance indépendante, et de veiller à ce que les mesures de protection ne dépendent pas uniquement des gouvernements en place et des grosses entreprises.

La Conversation Canada

Emmanuelle Vaast ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. D’Anthropic à l’Iran : qui fixe les limites de l’utilisation de l’IA dans les domaines de la guerre et de la surveillance ? – https://theconversation.com/danthropic-a-liran-qui-fixe-les-limites-de-lutilisation-de-lia-dans-les-domaines-de-la-guerre-et-de-la-surveillance-277457