Disneyland Paris, un parc d’attractions… inspiré de merveilles géologiques réelles

Source: The Conversation – in French – By Elodie Pourret-Saillet, Enseignante-chercheuse en géologie structurale, UniLaSalle

Monument Valley Navajo Tribal Parks, site naturel à cheval sur l’Arizona et l’Utah, aux États-Unis. Domenico Convertini/Flickr, CC BY-SA

La prochaine fois que vous visiterez Disneyland Paris, regardez bien les roches autour de vous. Elles vous racontent une histoire, pas celle des contes de fées, mais celle de la Terre. Une aventure tout aussi fantastique… et bien réelle.


Derrière les artifices d’un parc à thème se cache une fascinante reconstitution de la planète Terre, version Disney. À quel point est-elle fidèle à la réalité ?

Nous vous proposons de nous pencher sur un aspect inattendu de Disneyland : sa dimension géologique. Non pas celle du sous-sol sur lequel le parc est construit, mais celle des paysages qu’il met en scène. Car les Imagineers (les concepteurs des attractions et décors du parc) se sont souvent inspirés de formations naturelles bien réelles pour créer les décors enchanteurs et parfois inquiétants que le public admire chaque jour.

Des montagnes à l’est de Paris

Prenez Big Thunder Mountain, sans doute la montagne la plus iconique du parc, dans la zone inspirée du Far West américain.

train sur montagne rouge
Une montagne russe inspirée du Grand Ouest américain.
Eleanor Brooke/Unsplash, CC BY

Ses roches de couleur rouge due à la présence d’oxydes de fer et ses falaises abruptes sont directement inspirées des sites naturels emblématiques de l’Ouest américain tels que Monument Valley Tribal Park, Arches National Park ou encore le Goblin Valley State Park, entre l’Arizona et l’Utah.

Ces sites emblématiques sont constitués de grès vieux de 160 millions à 180 millions d’années, les grès Navajo et Entrada (ou Navajo and Entrada Sandstones). Ces grès de très fortes porosités sont utilisés depuis plusieurs décennies comme des « analogues de roches-réservoirs » par les géologues, c’est-à-dire comme l’équivalent en surface des réservoirs profonds afin de comprendre les écoulements de fluides.

Par ailleurs, outre leur aspect visuellement spectaculaire, c’est dans les Navajo Sandstones que les géologues ont pu élaborer les modèles actuels de croissance des failles. La présence de ces failles et fractures tectoniques est particulièrement bien représentée sur les décors de Big Thunder Mountain. En particulier, les créateurs ont respecté la relation entre l’épaisseur des couches géologiques et l’espacement des fractures, qui correspond à un modèle mathématique précis et respecté.

Cette reproduction n’a rien d’un hasard. Dès les années 1950, Walt Disney en personne a voulu intégrer des paysages naturels dans ses parcs pour leur pouvoir évocateur.

Ces montagnes sont devenues des icônes et se retrouvent dans les films Disney comme Indiana Jones et la dernière croisade (1989) au début duquel le jeune Indy mène son premier combat pour soustraire des reliques aux pilleurs de tombes dans l’Arches National Park. Pour les Imagineers, il s’agissait de recréer un Far West rêvé, mais en s’appuyant sur des repères géologiques bien identifiables, une manière d’ancrer la fiction dans un monde tangible.

arche de grès rouge
La Delicate Arch, dans le parc national d’Arches, dans l’Utah aux États-Unis.
Élodie Pourret-Saillet., Fourni par l’auteur

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La grotte du dragon : géologie souterraine et imaginaire

Un autre exemple frappant : la tanière du dragon, nichée sous le château de la Belle au bois dormant. Cette attraction unique à Disneyland Paris met en scène un dragon animatronique de 27 mètres de long, tapi dans une grotte sombre et humide.

Le décor rappelle les endokarsts, ces réseaux de grottes calcaires que l’on trouve notamment dans le sud de la France (comme l’Aven Armand) (Lozère), en Slovénie ou en Chine.

Les stalactites, l’eau ruisselante, les murs rugueux sont autant d’éléments qui évoquent des processus bien réels : dissolution du calcaire par l’eau acide, formation de concrétions, sédimentation…

stalactites et coussins calcaires de l’Aven Armand
Les formations calcaires de l’Aven Armand (Lozère), dans les Cévennes.
Petr1888, Wikipédia, CC BY-SA

Seule entorse à cette reconstitution souterraine : le passage brutal d’un calcaire à un substrat granitique, sur lequel repose le château du parc. Or, ces roches ont des origines très différentes : les calcaires sont sédimentaires, les granites magmatiques, formés en profondeur par refroidissement du magma. Leur voisinage est rare, sauf dans certains contextes tectoniques, comme le long de grandes failles ou en zones de métamorphisme de contact, où le granite chauffe et transforme les sédiments voisins. Un exemple existe dans le Massif central, entre granites du Limousin et calcaires du Quercy. Cette configuration, bien que possible, reste peu fréquente et repose sur des structures complexes, difficilement représentables dans un parc. Elle simplifie donc à l’extrême une histoire géologique de centaines de millions d’années.

Mais, évidemment, rien ici n’est naturel. Tout est reconstitué en béton, fibre de verre ou résine. L’effet est cependant saisissant. Les visiteurs plongent dans un univers souterrain crédible, parce qu’il s’appuie sur une géologie fantasmée mais en grande partie réaliste.

La jungle cache des coulées volcaniques figées

Dans la partie du parc appelée Adventure Isle, le visiteur traverse une jungle luxuriante peuplée de galeries souterraines, de ponts suspendus et de cascades. Mais derrière cette végétation exotique se dissimulent aussi des formes géologiques typiques des régions tropicales ou volcaniques : blocs rocheux arrondis, chaos granitiques, pitons rocheux et même orgues basaltiques.

On peut notamment repérer sur le piton rocheux nommé Spyglass Hill, près de la cabane des Robinson et du pont suspendu, des formations en colonnes verticales. Celles-ci évoquent des orgues basaltiques, comme on peut en observer sur la Chaussée des géants en Irlande du Nord ou à Usson (Puy-de-Dôme) en Auvergne.

colonnes de granite de section hexagonale
Les orgues basaltiques d’Usson (Puy-de-Dôme), en Auvergne.
Accrochoc, Wikipédia, CC BY-SA

Ces structures géométriques résultent du refroidissement lent de coulées de lave basaltique, qui se contractent en formant des prismes hexagonaux. Bien que les versions Disney soient artificielles, elles s’inspirent clairement de ces phénomènes naturels et ajoutent une touche volcanique au décor tropical.

entrée en grès derrière des racines de faux fromagers
Entrée du temple khmer Ta Phrom, érigé sur le site d’Angkor au Cambodge à la fin du XIIᵉ siècle.
Diego Delso, Wikipédia, CC BY-SA

Le décor du temple de l’attraction Indiana Jones et le Temple du Péril, quant à lui, rappelle celui du site d’Angkor au Cambodge, qui est bâti sur des grès et des latérites (formations d’altération se formant sous des climats chauds et humides). Les pierres couvertes de mousse, les failles et les racines qui s’y infiltrent, simulent une interaction entre la roche et le vivant. Ce type de paysage évoque des processus bien réels : altération chimique, érosion en milieu tropical humide et fracturation des roches.

En mêlant ainsi géologie volcanique et paysages tropicaux, cette partie du parc devient une synthèse d’environnements géologiques variés. Cependant, la reconstitution d’un environnement naturel si varié sur une surface limitée impose ici ses limites. En effet, chaque type de roche présenté ici correspond à un environnement géodynamique précis, et l’ensemble peut difficilement cohabiter dans la nature.

Quand Blanche-Neige creusait déjà pour des gemmes : les minéraux à Disneyland

Bien avant les montagnes du Far West ou les grottes de dragons, la première évocation de la géologie dans l’univers Disney remonte à Blanche-Neige, en 1937. Souvenez-vous : les sept nains travaillent dans une mine de gemmes où s’entassent diamants, rubis et autres pierres précieuses étincelantes. Cette scène, réinterprétée dans les boutiques et attractions du parc, a contribué à forger une vision enchantée mais persistante des minéraux dans l’imaginaire collectif.

À Disneyland Paris, on retrouve cette symbolique dans les vitrines, sous le château de la Belle au bois dormant ou dans certaines attractions comme Blanche-Neige et les sept nains, et la grotte d’Aladdin, où les cristaux colorés scintillent dans les galeries minières.

Ces minéraux, bien que fantaisistes, sont souvent inspirés de véritables spécimens comme les diamants, quartz, améthystes ou topazes. Dans la réalité, ces cristaux résultent de processus géologiques lents, liés à la pression, la température et la composition chimique du sous-sol et ces minéraux ne sont pas présents dans les mêmes zones géographiques simultanément.

cristaux roses et blancs, vus de près
Cristaux d’améthyste.
Sander van der Wel, Wikipédia, CC BY-SA

Une science cachée mais omniprésente

À première vue, Disneyland Paris semble à des années-lumière des sciences de la Terre. Et pourtant, chaque décor rocheux, chaque paysage artificiel repose sur des connaissances géologiques précises : types de roches, formes d’érosion, couleurs, textures…

Cette approche est d’ailleurs comparable à celle utilisée dans le cinéma, notamment dans les films Disney-Pixar comme Cars (2006), où les décors sont validés par des géologues et géographes.

Pourquoi ne pas profiter d’une visite au parc pour sensibiliser les visiteurs à ces aspects ? Comme cela est déjà le cas pour les arbres remarquables du parc, une description pédagogique des lieux d’intérêt géologique pourrait être proposée. Une sorte de « géologie de l’imaginaire », qui permettrait de relier science et pop culture. Après tout, si un enfant peut reconnaître une stalactite dans une grotte à Disneyland, il pourra peut-être la reconnaître aussi dans la nature.

The Conversation

Les visites géologiques des auteurs au parc DisneyLand Paris n’ont fait l’objet d’aucun financement de la part du parc DisneyLand Paris, ni d’avantages de quelque nature.

ref. Disneyland Paris, un parc d’attractions… inspiré de merveilles géologiques réelles – https://theconversation.com/disneyland-paris-un-parc-dattractions-inspire-de-merveilles-geologiques-reelles-260342

Qui est le capybara, cet étonnant rongeur qui a gagné le cœur des internautes ?

Source: The Conversation – in French – By Christiane Denys, Professeure Emerite du Museum, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Cet étonnant rongeur d’allure flegmatique, qui peut peser jusqu’à 100 kg en captivité, est devenu en quelques mois la coqueluche des réseaux sociaux. Au point que certains le choisissent même comme animal de compagnie. Mais, derrière cet effet de mode, il convient de s’interroger : ses mœurs ne sont pas du tout adaptées à la vie en appartement, tandis que les activités humaines contribuent bel et bien à la dégradation de son habitat naturel.


Le capybara n’est-il qu’un gros cochon d’Inde placide et affectueux ? Depuis 2020, on assiste sur les réseaux sociaux à une véritable « capybara mania ». Certains animaux vivent même comme des animaux de compagnie, en appartement ou dans des jardins, que ce soit en Chine, au Canada ou en Russie, avec leur lot d’images et de peluches kawai.

Par ailleurs, depuis 2021, les habitants de la ville résidentielle de Nordelta, en Argentine, ont vu leurs pelouses et leurs piscines envahies par un grand nombre de capybaras. Les causes de cette invasion – tout comme de l’engouement récent pour le rongeur – sont mal connues, mais certains l’attribuent au fait que ce quartier ait été construit sur une zone qui constituait jadis leur habitat naturel.

D’une manière générale, on connaît assez mal ce rongeur d’un point de vue scientifique. Qui est celui que Linné appelait « cochon d’eau » en 1766 lors de sa découverte ? Où vit-il à l’état sauvage ? Comment vit-il ? Est-il menacé par les changements planétaires en cours ? Portrait-robot.

Dans la famille des capybaras, je voudrais…

Le capybara appartient au genre Hydrochoerus qui comprend actuellement deux espèces : le grand capybara (ou Hydrochoerus hydrochaeris), qui est le plus populaire, et le capybara du Panama (ou Hydrochoerus isthmius) qui serait plus petit, mais qui reste assez mal connu.

Le genre Hydrochoerus appartient à un sous-ordre de rongeurs très anciens ne vivant qu’en Amérique du Sud et caractérisés par une mâchoire de forme particulière, où un muscle de la mâchoire traverse partiellement une structure osseuse sous-orbitaire pour se connecter à l’os du crâne au dessus. On qualifie d’« hystricognathes » les rongeurs ayant cette particularité.

Mara patagonien dans un zoo en Argentine.
Snowmanradio/Wikipedia, CC BY

Au sein de ce genre, le capybara est un membre de la famille des Caviidae qui comprend aussi les cochons d’Inde et les lièvres des pampas (les maras).

Cette famille s’est diversifiée il y a environ 18 millions à 14 millions d’années en Amérique du Sud et regroupe actuellement 20 espèces, ce qui en fait une des plus diversifiées d’Amérique du Sud.

Kerodon rupestris photographié au Brésil.
Carlos Reis/Flickr, CC BY-NC-ND

Une phylogénie moléculaire place le capybara (Hydrochoerus) comme groupe frère des Kerodon (cobaye des rochers, voir image ci-contre) tandis que le cochon d’Inde (genre Cavia), pour sa part, est un cousin plus éloigné du capybara.

Le grand capybara se rencontre à l’état sauvage depuis l’est des Andes et de la Colombie jusqu’au Brésil, la Bolivie, le Paraguay, l’Argentine, l’Uruguay. Le capybara du Panama, pour sa part, vit à l’est du Panama et l’ouest de la Colombie et au nord-ouest du Venezuela.

Des ancêtres pouvant peser jusqu’à 300 kg

C’est le grand capybara que l’on rencontre le plus souvent dans les parcs zoologiques et qui retient l’attention du public en ce moment. De tous les rongeurs, le grand capybara est actuellement le plus gros par sa taille (1 m à 1,3 m) et son poids (35 kg à 65 kg) à l’état sauvage (jusqu’à 100 kg en captivité). Mais à côté de ses ancêtres, c’est un poids plume !

En effet, on estime que ses ancêtres fossiles étaient des capybaras géants. Appelés Phugatherium et Protohydrochoerus, ils ont vécu il y a 4 millions à 2,5 millions d’années en Argentine et en Bolivie. Ces derniers pouvaient mesurer jusqu’à 2 mètres de long et peser de 200 kg à 300 kg, soit la taille d’un tapir selon certains scientifiques – une évaluation ramenée par d’autres à environ 110 kg.

Comparé au cochon d’Inde, le capybara se distingue par sa taille imposante, la présence d’une petite queue, un pelage long mais rêche de couleur brun doré uniforme, la présence d’une petite membrane entre les trois doigts des pattes, qui lui servent de palmes pour nager, et enfin par sa mâchoire, avec de longues dents très hautes (sans racines visibles, on dit qu’elles sont hypsodontes) avec de nombreuses crêtes obliques et une troisième molaire très grande.

Anatomie de la mâchoire du capybara.
Phil Myers photographer & copyright holder, Museum of Zoology, University of Michigan-Ann Arbor, USA.

Enfin, le museau est haut et tronqué à l’avant, les oreilles petites et rondes et les yeux très en hauteur et en arrière de la tête.

Comme le lapin, il ingère ses propres fèces

Contrairement au cochon d’Inde sauvage, qui vit dans les prairies sèches et les zones boisées des Andes, le capybara préfère vivre au bord de bord de l’eau dans les zones tropicales et subtropicales de plus basse altitude. Il fréquente les zones forestières et les prairies humides des Llanos du Venezuela ou du Pantanal brésilien. C’est un rongeur subaquatique et végétarien qui aime les herbes, les graines et les végétaux aquatiques.

Comme le lapin, le capybara ingère certaines de ses crottes afin de terminer leur digestion.
CC BY

Son mode de digestion s’apparente à celui des ruminants. Il possède une digestion cæcale et pratique la caecotrophie (c’est-à-dire, l’ingestion de ses crottes pour une meilleure assimilation des fibres, comme chez les lapins.

À l’état sauvage, ils vivent en groupes de 2 à 30 individus dirigés par un mâle dominant qui assure la reproduction auprès des femelles et défend le territoire où le groupe trouve ses ressources alimentaires.

La taille du territoire dépend de la qualité des ressources alimentaires et peut varier de 10 hectares à 200 hectares, avec une densité de peuplement qui peut atteindre jusqu’à 15 individus par hectare.

Les capybaras femelles peuvent avoir deux reproductions par an. Leurs portées comprennent en moyenne de 3 à 5 jeunes, qui naissent après quatre à cinq mois de gestation. La croissance est rapide et les jeunes atteignent la maturité sexuelle entre quatorze et dix-huit mois, pesant autour de 35 kg.

En groupe, ils émettent des vocalisations fortes à l’approche d’un prédateur (jaguar, puma, chacal ou anaconda). Le groupe se réfugie alors dans l’eau, où les individus sont de bons nageurs et plongeurs.

Un habitat naturel menacé

Ces rongeurs peuvent être diurnes ou nocturnes, en fonction des pressions de chasse ou de la saison. Bien que l’espèce vive dans beaucoup d’aires protégées, elle est aujourd’hui chassée pour sa viande et son cuir. Toutefois, il existe aujourd’hui de nombreux élevages qui réduisent la pression sur les populations sauvages.

Les populations sauvages de capybaras ne semblent pas être en diminution et l’espèce n’est pas considérée comme en danger de disparition. Cependant, il semblerait que les fortes diminutions de pluie observées sur son habitat depuis 2020 aient eu un impact.

En effet, la survenue de feux de forêt de plus en plus fréquents et grands – du fait du défrichement des forêts en saison sèche, notamment pour augmenter la surface de pâturage disponible pour le bétail – provoque dans le Pantanal brésilien une mortalité animale importante.

Dans les Llanos vénézuéliens, le défrichement des forêts se poursuit aussi, non seulement pour le développement de l’agriculture et de l’élevage, mais également en raison de l’exploitation des bois précieux et du développement de l’industrie pétrolière. Dans le même temps, la construction de barrages hydroélectriques assèche certaines zones. Tous ces événements contribuent à réduire l’habitat naturel du grand capybara.

La cohabitation et la domestication en question

Au-delà de ces grandes zones forestières, en Argentine, ces rongeurs sont de plus en plus visibles dans la banlieue de Buenos Aires. Des résidences ont été construites le long du fleuve où ils vivaient, et l’urbanisation de leurs territoires les empêche de s’alimenter normalement. En l’absence de prédateurs, nourris par certains habitants qui, les trouvant mignons, les laissent entrer sur leurs pelouses et dans leurs piscines, ces rongeurs se multiplient facilement.

La plupart des résidents trouvent que le capybara est calme et peu agressif, sauf les mâles vocalisant et se bagarrant pour la domination du troupeau. Les capybaras ont de moins en moins peur de s’approcher des humains, ce qui explique, là encore, pourquoi on les voit de plus en plus – et pourquoi le nombre d’accidents augmente.

Dans le monde, de plus en plus de personnes vont même jusqu’à en adopter, les considérant comme un animal de compagnie docile et apaisant. Il est recommandé de ne choisir que des femelles et il vaut mieux disposer d’un grand plan d’eau à proximité du domicile. En France, il est nécessaire d’avoir un certificat de capacité vétérinaire pour en élever un.

Sur Internet, les vidéos postées par leurs propriétaires montrent des capybaras solitaires se baignant dans les baignoires d’appartements ou promenés seuls en laisse, ce qui s’apparente, à mon avis, à de la maltraitance. Les territoires naturels des capybaras sont grands, leurs besoins d’eau importants et ils vivent en troupeaux dans la nature.

Dans la nature, le capybara a besoin d’un territoire de grande taille pour son équilibre.

Profitons donc de l’engouement suscité par ce rongeur au mode de vie étonnant pour agir au niveau international contre la dégradation des plus grandes zones humides de la planète. Elles sont aujourd’hui menacées par le changement climatique et par l’augmentation effrénée des activités humaines, qui dégradent l’environnement de façon durable et irréversible. Une mauvaise nouvelle pour le capybara et pour de nombreuses autres espèces.

The Conversation

Christiane Denys ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Qui est le capybara, cet étonnant rongeur qui a gagné le cœur des internautes ? – https://theconversation.com/qui-est-le-capybara-cet-etonnant-rongeur-qui-a-gagne-le-coeur-des-internautes-260243

Aux sources de la démocratie : penser le « commun » avec Alcméon, Héraclite et Démocrite

Source: The Conversation – in French – By Arnaud Macé, Professeur en histoire de la philosophie ancienne, Université Marie et Louis Pasteur (UMLP)

Notre démocratie est en crise, comment la réinventer ? Que nous enseignent ceux qui, au cours des âges, furent les penseurs de la démocratie ? Premier volet de notre série consacrée aux philosophes et à la démocratie avec Alcméon, Héraclite et Démocrite, trois Grecs contemporains de l’invention démocratique, au Ve siècle avant notre ère.


La réflexion ancienne sur la démocratie peut-elle nous aider à comprendre et à résoudre les crises que traversent nos démocraties ? Il faut certes se méfier des ressemblances induites par la persistance des mots. Au Ve siècle avant notre ère, le mot « démocratie » devient courant en Grèce ancienne pour caractériser un type de régime qui donne le pouvoir (kratos) au peuple (dêmos). Il s’agissait d’un régime assurant la domination du peuple – pris aussi en un sens social et économique, par opposition aux élites – par le biais d’institutions où il se rassemble ou par l’intermédiaire du tirage au sort (respectivement l’Assemblée ou le Conseil, à Athènes).

La démocratie est cependant plus que cela, et c’est ce que l’on peut découvrir en explorant sa préhistoire au sein des cités grecques du VIe siècle avant notre ère, qui furent secouées par d’intenses crises sociales et donnèrent lieu à un haut degré d’innovation institutionnelle. Cet âge de l’expérimentation politique met en avant la mobilisation collective pour défendre et sauvegarder les institutions, et voit émerger la cité comme une forme du commun, une manière d’agir ensemble et de prendre soin des biens communs.

C’est sous cet aspect que les expériences politiques de l’Antiquité grecque stimulent de nouveau la réflexion sur les expérimentations démocratiques contemporaines, comme le montre le travail original de Chloé Santoro, qui a examiné le dispositif de la convention citoyenne sur la fin de vie (CCFV) à l’aune de l’Athènes antique, pour en sonder les limites et les potentialités. Les philosophes des VIe et Ve siècles, ceux que l’on dit « présocratiques » et que l’on tient souvent pour des penseurs de la nature, peu intéressés par la politique, peuvent-ils aussi contribuer à cette réflexion ?

Alcméon, Héraclite et Démocrite nous donnent en effet, chacun à leur manière, accès au sens de cette expérience d’invention du commun dont ils furent les témoins. Ils nous rappellent que la démocratie ne saurait être viable si elle n’est pas, elle aussi, une forme de mise en commun des tâches et des devoirs, des joies et des peines ; qu’elle suppose de réaliser une certaine forme d’égalité et que chacun perçoive la loi comme un bien commun ; qu’elle suppose enfin que la vie des cités s’accorde avec l’ordre du monde et ne se détourne pas de la réalité.

Avant la démocratie : penser l’isonomie avec Alcméon

Alcméon de Crotone était un savant, actif au tournant du Ve siècle, dans cette colonie grecque du sud de l’actuelle Italie, région que l’on appelait alors « Grande Grèce » tant elle était peuplée de cités grecques. Dans un fragment de son œuvre perdue (DK 24 B 4), nous le voyons expliquer qu’un corps est en bonne santé, si les « puissances » qui sont en lui, à savoir le chaud, le froid, le sec, l’humide, l’amer, le doux entrent dans un mélange bien proportionné. En revanche, la maladie se déclare sous l’effet d’un excès de ces puissances, si par exemple le chaud ou le froid prend l’ascendant sur les autres. La santé serait donc une « isonomie des puissances », tandis que la maladie serait une « monarchie » au sein de celles-ci. Apparemment, Alcméon ne nous parle que de santé et de maladie. Pourtant, son vocabulaire semble avoir une résonance politique. Que signifie en particulier ce terme d’isonomie ?

Alcméon est contemporain d’un événement qui s’est déroulé autour de 510, dans l’île de Samos, proche de la côte de l’actuelle Turquie, et qui nous été raconté par Hérodote, dans ses Histoires (III, 142). Alors que l’île est sous la menace d’une invasion perse et que son tyran vient d’être assassiné, un certain Maiandros, assurant le pouvoir par intérim, décide de convoquer une assemblée, déclare « poser au milieu le pouvoir » et proclame « l’isonomie » des citoyens. La « mise au milieu » correspond à l’une des manières dont les Grecs créent des choses communes, en partageant au sein d’une communauté un bien auquel chacun peut prétendre prendre part. Les pratiques de distribution étaient fréquentes dans ces sociétés très anciennes : la viande au banquet, le gibier entre chasseurs ou le butin entre guerriers devient ainsi une chose commune. Ce qui est posé au milieu, c’est ce dont chacun aura une part et dont personne n’aura plus qu’un autre.

C’est donc le pouvoir qu’il s’agit de partager ainsi entre tous les citoyens, et c’est précisément cela, le sens de l’« isonomie », à savoir que chacun ait une part égale du pouvoir, que chacun l’exerce, ensemble ou à son tour. Voilà ce que Maiandros pense qu’il faut faire entre égaux, car c’est le partage égal qui convient aux égaux. Nous comprenons mieux ce qu’Alcméon voulait dire d’un corps en bonne santé : comme la bonne cité, un corps sain fait contribuer toutes les puissances à son bon fonctionnement, selon un mélange bien proportionné, qui peut inclure des moments d’action commune et des moments d’action alternée. La monarchie, dans un corps comme dans une cité, ouvre la voie à l’excès de puissance et à la maladie. Nous comprenons que pour Alcméon, il n’y a pas d’un côté de la politique et de l’autre de la nature et des corps – il y a, en toutes choses, des forces qui concourent à maintenir l’ordre commun et des forces qui le menacent.

Au fondement de la cité et de l’univers : penser le commun avec Héraclite

D’une vingtaine d’années plus jeune qu’Alcméon, Héraclite d’Éphèse est né autour de 520, dans cette cité du littoral occidental de l’actuelle Turquie qu’on appelait alors l’Ionie, une région elle aussi peuplée de cités grecques. Héraclite développe une réflexion sur le « commun » : il emploie le terme grec xunos (qui sera remplacé en grec classique par koinos), qui caractérise précisément la chose qui est commune entre les membres d’une communauté, par opposition à ce qui est individuel (idios). Ainsi, la réalité de notre monde est une forme de commun, à laquelle nous accédons lorsque nous faisant vraiment usage de notre pensée, qui, elle aussi, est donnée en commun à tous (fragment 113). Lorsque nous croyons avoir une pensée individuelle, nous sommes comme les rêveurs qui s’éloignent, le temps de leur sommeil, du monde commun (fr. 89). Contrairement à ce que dira le sophiste Protagoras, aucun individu n’est la mesure des choses : la réalité, c’est ce qui nous est commun. Ce à quoi nous pensons accéder seuls n’est que du vent.

Cette pensée a aussi une dimension politique. Héraclite établit une analogie entre la manière dont la pensée qui connaît l’univers s’appuie sur « ce qui est commun à tous » et la manière dont la cité s’appuie sur la loi (fr. 114). La cité ne vivra que pour autant que les lois humaines qui la nourrissent se fondent sur les lois qui gouvernent toutes choses, lois qui sont divines. Là encore, rien n’est plus opposé à ce que dira le sophiste Protagoras, fondant l’accord démocratique sur les seules perceptions partagées, à un moment donné, par les citoyens de la cité. Une cité ne se gouverne pas comme il nous plaît de le faire, mais comme il faut qu’elle le soit pour prendre place au sein d’une réalité plus vaste. Dès lors, il n’y a pour le peuple qui veut faire prévaloir l’intérêt commun qu’une seule voie possible, indiquée par le fragment 44 : « Le peuple doit combattre pour sa loi comme pour son rempart. » La loi qui fonde le commun protège le peuple, y compris de lui-même ; elle lui permet d’être une communauté et, ainsi, de trouver sa place au sein de l’univers.


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Héraclite témoigne ainsi d’un siècle de réformes politiques par lesquelles on tentait de résoudre les crises qui divisaient le peuple, opposaient les riches et les pauvres, en réinstituant la communauté sur de nouvelles bases, par diverses méthodes de brassage et de redistribution des places et des rôles. La grande réforme à laquelle on attribue, en 507-508, l’apparition de la démocratie à Athènes, la réforme de Clisthène, est l’aboutissement de cette histoire, celle de l’art politique de brasser la population pour lui rendre la concorde et lui offrir une nouvelle capacité d’action collective.

S’engager ou ne pas s’engager dans les affaires publiques : Démocrite

Démocrite d’Abdère, né vers 470, dans cette cité de Thrace située sur le littoral face à l’île de Thasos. Elle fut durant la vie de Démocrite une démocratie, et le philosophe semble ainsi avoir eu l’occasion de réfléchir à la vie démocratique et à ses vicissitudes. Il explique que lorsque l’on a du bien, il n’est pas convenable, et certainement peu profitable, « de négliger ses affaires pour œuvrer à celles des autres » (fr. 253). Le riche peut ainsi avoir tendance à ne voir dans le commun que ce qui intéresse les autres. Mais, poursuit Démocrite, si l’on ne néglige pas les affaires publiques et que l’on accomplit son devoir civique, on peut aussi se faire une mauvaise réputation « même si on ne vole pas ni ne commet d’injustice », car la vie au service de la cité nous donne mille occasions de commettre des erreurs et d’être exposé au ressentiment de nos concitoyens. Vivre dans une démocratie qui exige de chacun qu’il fasse sa part, c’est donc toujours prendre le risque de se voir reprocher de ne pas agir assez – comme le riche qui préfère ne s’occuper que de ses affaires – ou d’agir trop – comme le citoyen qui se mêle de tout et mécontente chacun.

Arnaud Macé et Paulin Ismard présentent leur ouvrage la Cité et le Nombre. Clisthène d’Athènes, l’arithmétique et l’avènement de la démocratie, éditions Les Belles Lettres.

Démocrite semble avoir éprouvé les fatigues de la démocratie. Pourtant, il nous rappelle, dans le fragment 252, qu’« il faut faire le plus grand cas des affaires de la cité, afin qu’elle soit bien administrée ». En effet, « sa sauvegarde est la sauvegarde de tout, et sa ruine est la ruine de tout ». Or, ajoute-t-il, il semble que la seule manière de préserver la cité, ce soit que chacun s’abstienne de vaincre ses adversaires « au détriment de l’équité » et que personne ne parvienne à « s’approprier le pouvoir contre l’intérêt commun ». Voilà donc ce à quoi nous condamne la vie démocratique : il ne faut cesser d’endurer le poids de l’engagement, si nous voulons éviter que le commun ne cède sous la pression des ambitions des uns et de la désaffection des autres. Au fond, les penseurs anciens nous disent peut-être qu’une démocratie ne tient qu’aussi longtemps qu’elle est une chose commune, c’est-à-dire une république.


Arnaud Macé est l’auteur de la République, à paraître en septembre 2025 (CNRS Editions).

The Conversation

Arnaud Macé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Aux sources de la démocratie : penser le « commun » avec Alcméon, Héraclite et Démocrite – https://theconversation.com/aux-sources-de-la-democratie-penser-le-commun-avec-alcmeon-heraclite-et-democrite-260643

Des « vacances d’école » pour apprendre autrement : l’expérience des classes de mer

Source: The Conversation – in French – By Gilles Brougère, Professeur émérite en sciences de l’éducation, Université Sorbonne Paris Nord

Hors du cadre scolaire, immergés dans un milieu naturel, loin de leurs tables et crayons, comment les enfants apprennent-ils et qu’apprennent-ils ? L’expérience des classes de mer nous montre en quoi la confrontation à l’extérieur aide aussi à grandir.


La scène se passe en Bretagne, à la pointe sud du Finistère. « Le phare s’appelle la perdrix », explique l’éducatrice à un groupe d’écoliers en visite dans la région. « Le phare de la perdrix », répète alors un enfant. « Non, “la perdrix”, ce sont les touristes qui disent “le phare de la perdrix” », corrige l’éducatrice. « On est des touristes », insiste l’enfant. « Vous n’êtes pas des touristes, vous êtes en classe de mer », lui explique son interlocutrice. « On est des touristes », réitère l’élève.

Malgré l’insistance de l’éducatrice en milieu marin pour définir la situation, les enfants persistent à se revendiquer en touristes, ce qui dans leur bouche n’est pas négatif. Des entretiens ont permis de comprendre que, pour eux, le tourisme renvoie à la confrontation à quelque chose de différent, d’autre, à la découverte.

Ces propos d’enfants sont issus d’observations et d’entretiens menés dans le cadre d’une recherche sur les classes de mer en Finistère, département où sont nées ces classes de découverte à la suite d’autres plus anciennes, en particulier les classes de neige. Elle a permis de mettre en lumière une expérience de plusieurs décennies souvent oubliée alors qu’aujourd’hui, à la suite de la crise sanitaire due au Covid, est mis en avant l’intérêt de la « classe dehors ».

Que nous apprennent les classes de mer, ces immersions dans un milieu naturel, sur les apprentissages qui s’appuient sur des corps en mouvement, bien loin des corps immobiles de la classe ordinaire ?

Tourisme scolaire et vacances d’école

Ces classes de mer proposent des activités proches pour ne pas dire identiques au tourisme : un déplacement qui implique de vivre le quotidien (en particulier dormir, manger) dans un autre cadre, des activités corporelles (dans notre cas, le nautisme), une découverte de milieux naturels, culturels et sociaux différents mais aussi l’achat de souvenirs, quand c’est autorisé par les enseignants, ou du repos et des jeux, surtout quand le séjour est assez long.

Un enfant a proposé « vacances d’école », belle expression qui évoque à la fois la suspension de l’école et le départ d’une classe pour des « vacances » communes. Bien entendu ce ne sont pas des vacances, les enfants ne s’y trompent pas, mais cela ressemble à des vacances : « Et même quand on travaillait, c’était comme des vacances, c’était comme des jeux. »

Et cela d’autant plus qu’avec des séjours de plus en plus courts, les enseignants mettent en avant les activités propres au lieu, au littoral, limitant les temps de classe. Les investissements que cela implique en organisation, en temps comme un argent, invitent à profiter au maximum du lieu.

Une tension pour une réalité hybride entre classe et loisir

Les enseignants comme les éducateurs attachés au centre nautique où se déroule la classe de mer sont alors pris dans une tension que chacun résout dans un sens ou un autre : rappeler qu’il s’agit de scolaire (« dans classe de mer, il y a classe »), abolir le scolaire au profit d’une expérience autre, spécifique, qui constituera des souvenirs uniques.

Si, parfois, il y a une tentative – souvent vouée à l’échec face à la fatigue des enfants en fin de journée, à l’appel de l’extérieur… – de maintenir la classe, de faire régner la discipline, on trouve plus souvent un abandon à la situation d’autant plus que, dans les centres nautiques visités, elle est riche d’une histoire qui commence en 1964 et qui a produit un ensemble d’activités appréciées des enseignants comme des enfants. Ainsi arrive-t-il à un enseignant de parler de vacances pour, très vite, nous dit-il, expliquer ce qu’est un lapsus aux enfants. Doutons qu’il ait parlé de lapsus révélateur.

Bien entendu si cela ressemble à des vacances, certes très particulières, pour les enfants, ce ne sont pas des vacances pour des enseignants ou des éducateurs chargés de l’organisation. Pas plus que les professionnels du tourisme qui rendent possibles les vacances ne sont eux-mêmes en vacances…

Les caractéristiques de l’expérience des enfants

La classe de mer marque l’expérience d’une autonomie, d’une vie quotidienne sans les parents et, pour beaucoup, c’est le premier séjour en dehors de la famille, cela dans le cadre d’une vie partagée avec ses camarades de classe :

« Moi surtout, ce que j’ai aimé en classe de mer, c’est qu’on pouvait faire des groupes et dormir dans la même chambre. Et que… on pouvait discuter, on pouvait se parler entre nous, et ne pas être seul dans une seule chambre », note un participant.

Se retrouver dans la même chambre que ses copains, copines est sans doute ce qui frappe le plus dans cette expérience, ce qui conduit à de nombreux discours positifs, malgré l’absence des parents.

« Les 50 ans des classes de mer » (France 3 Bretagne, 2015).

Avant tout il s’agit de l’expérience d’une nouvelle forme de sociabilité extérieure à la famille, qui conduit nombre d’enfants à relever des apprentissages autour de l’idée de grandir, d’être capable de s’occuper de soi-même, de se préparer à être adulte, de devenir plus autonome.

Les expériences nautiques, la découverte de la voile ou du kayak constituent des moments importants, racontés par les enfants avec nombre de détails. Ils n’oublient pas pour autant la découverte de la flore et de la faune locale, celle, variable selon les séjours, du monde social et culturel (activités de pêche, musées thématiques).

Ainsi des enfants ont pu être particulièrement marqués par la visite d’une criée, ou celle d’un cimetière à bateaux militaires. Et la découverte est également présente pour les enfants bretons ; comme le dit un enfant, en se promenant sur l’estran avec ses parents, il ne pouvait imaginer qu’il s’agissait d’un espace de vie marqué par la présence d’une telle variété d’espèces animales.

Apprendre autrement

Il en résulte un sentiment d’apprendre très fort chez ces enfants. Nous l’avons évoqué ci-dessus concernant une vie quotidienne plus autonome, il renvoie tout autant aux apprentissages corporels et sportifs (le nautisme), la découverte de la faune et de la flore.

Dans le même temps, les enfants soulignent que les objets et les modalités d’apprentissage sont différents. On apprend en s’amusant, parfois sans s’en rendre compte, certains parlent d’apprentissage ludique ce qui conduit à un débat sur la possibilité d’en faire une modalité dominante ou, au contraire, marginale car cela ne permettrait pas d’atteindre les objectifs scolaires légitimes. Il s’agit d’apprentissages qui s’appuient sur l’immersion (« Notre salle de classe, c’est le chemin », dit un éducateur), le corps devenant le moyen d’accéder aux connaissances.

Ce n’est sans doute qu’une parenthèse, relativement courte, les séjours se limitant à cinq voire quatre jours le plus souvent, les plus longs dépassant rarement dix jours. Mais cette parenthèse semble confronter les enfants à un mode d’apprentissage non scolaire ou faiblement scolarisés. Nous avons montré par ailleurs comment le tourisme est un espace d’apprentissage informel (sans intention éducative). Ici, il y a bien intention éducative, mais avec les mêmes modalités, celles de la découverte, du faire, de l’activité et c’est sans doute ce qui fait la richesse de cette expérience pour les enfants, avec, en conséquence, le regret que ce ne soit pas l’occasion d’une réflexion avec eux sur l’apprentissage et ses modalités diverses.

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Gilles Brougère a reçu des financements de le Fondation de France pour une recherche sur les classes de mer.

ref. Des « vacances d’école » pour apprendre autrement : l’expérience des classes de mer – https://theconversation.com/des-vacances-decole-pour-apprendre-autrement-lexperience-des-classes-de-mer-258092

Fentanyl : vers une opération militaire des États-Unis au Mexique ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Khalid Tinasti, Chercheur au Center on Conflict, Development and Peacebuilding, Graduate Institute – Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID)

Face à la crise des opioïdes, Donald Trump durcit le ton contre le Mexique, promettant des sanctions, désignant des cartels comme « organisations terroristes », et menaçant d’une intervention militaire sur le sol mexicain. Mais entre posture électorale et tension bilatérale, la stratégie de Washington semble plus soulever des risques qu’apporter des solutions.


Durant sa campagne électorale en 2024, Donald Trump s’était fait fort de résoudre le grave problème posé par les opioïdes illicites et le fentanyl, qui causent chaque année des dizaines de milliers de décès aux États-Unis.

Il s’était engagé à exécuter les trafiquants et à prendre des mesures contre le Canada, le Mexique et la Chine, jugés responsables de l’arrivée sur le territoire des États-Unis des drogues et des précurseurs chimiques utilisés pour les produire.

Une fois arrivé au Bureau ovale, il a mis en place des tarifs douaniers sur les importations depuis la Chine, dans l’objectif de la contraindre à adopter un contrôle plus important des exportations des précurseurs vers le Mexique.

Il a également attaqué verbalement à plusieurs reprises le Mexique, ainsi que le Canada, pour un supposé manque de contrôle de leurs frontières.

Dans ce reportage datant de 2024, on entend notamment un fabricant mexicain de fentanyl expliquer (à 5’15) : « La pâte est constituée de composants qui nous viennent de Chine. Là-bas, c’est légal. »

Si le présent article se concentre sur la frontière sud avec le Mexique, il faut noter que le Canada, dont le flux de fentanyl illégal vers les États-Unis a représenté moins de 16 kg sur un total de presque 10 tonnes saisies toutes frontières confondues en 2024, a réagi en nommant un « Fentanyl czar » en février dernier afin d’améliorer une coopération policière bilatérale déjà assez solide, mais surtout pour tenter de répondre aux exigences croissantes de la nouvelle administration états-unienne.

Le Mexique, au cœur de la réponse trumpienne

Donald Trump a évoqué la possibilité d’envoyer des troupes des forces spéciales au Mexique pour éliminer les cartels de la drogue. Il a aussi promis de renvoyer des membres de gangs présumés vers une prison de haute sécurité au Salvador, dont le président est son allié (des renvois remis en cause par la justice américaine). L’hôte de la Maison Blanche a, en outre, menacé de signer un décret qualifiant le fentanyl d’arme de destruction massive, ce qui alourdirait fortement les sanctions pénales contre les personnes arrêtées, allant jusqu’à la peine de mort.

Certes, on se saurait reprocher au président des États-Unis de se concentrer sur la crise des opioïdes ; ces drogues, et principalement le fentanyl, ont tué plus d’un demi-million d’Américains depuis 2012. Les overdoses liées au fentanyl seul ont presque triplé entre 2019 et 2023, passant de 31 000 à 76 000 décès. Une nette baisse de la mortalité a toutefois été enregistrée en 2024 avec une diminution de 36,5 % des décès dus au fentanyl, qui se sont élevés cette année-là à environ 48 000 morts.

Mais bon nombre des propositions avancées par l’administration Trump comportent de graves risques. Des mesures telles que les sanctions tarifaires et des opérations militaires au Mexique feraient plus de mal que de bien, en mettant encore plus l’accent sur les approches punitives au détriment de la coopération transnationale.

Par exemple, la désignation des cartels de la drogue et d’autres organisations criminelles comme des organisations terroristes étrangères (aux côtés du Hamas ou de Daech), en place depuis janvier dernier, entraîne des sanctions américaines, y compris le gel des avoirs, des restrictions sur les transactions financières et l’interdiction pour les citoyens et organisations des États-Unis d’apporter leur soutien ou leur assistance aux membres des cartels. Depuis l’application de cette désignation, les entreprises (états-uniennes ou sous-traitantes) opérant dans des zones contrôlées par des cartels qualifiés d’organisations terroristes, ou entretenant des relations commerciales – même contraintes – avec ces entités, s’exposent à un risque accru de faire l’objet d’enquêtes diligentées par les autorités américaines et de sanctions économiques, ainsi que de poursuites pénales ou civiles en lien avec des affaires de terrorisme.

Les administrations précédentes, y compris celle de Trump lors de son premier mandat, avaient déjà envisagé une telle désignation avant d’y renoncer. Car, au lieu de soutenir la riposte face aux cartels sur le terrain, elle perpétue la « guerre aux drogues » et favorise le déplacement géographique des opérations de production et de trafic d’un endroit à un autre, provoquant ce que l’on appelle un effet ballon, conséquence connue et largement étudiée des approches punitives face au trafic de drogues.

La posture du Mexique

Les autorités mexicaines sont-elles exemptes de toute responsabilité dans ce face-à-face tendu avec l’administration Trump 2 ? Depuis 2019, l’ancien président mexicain Andrés Manuel López Obrador (2018-2024), par sa politique de « Abrazos, no balazos » (« Des câlins, pas de balles ») envers les cartels, n’a fait qu’aggraver la criminalité et la violence au Mexique.

En incitant les forces de l’ordre à se contenter d’arrestations occasionnelles de criminels de haut rang et de démantèlement de laboratoires de drogue pour apaiser le voisin états-unien, au lieu de s’attaquer aux cartels de manière systématique, et en entravant la coopération policière bilatérale, la politique de l’administration López Obrador a permis aux cartels d’étendre leur pouvoir d’intimidation, leur emprise sur les entreprises légales et leur domination criminelle sur de vastes pans du pays. Pendant ce temps, les cartels de Sinaloa et Jalisco Nueva Generación (listés comme groupes terroristes par l’administration Trump) devenaient les principaux fournisseurs de fentanyl aux États-Unis.

Claudia Sheinbaum, successeure et héritière politique de López Obrador à la présidence, s’est montrée prête à restaurer une collaboration plus significative avec les États-Unis contre l’activité des cartels, même si elle hausse le ton et prépare un arsenal juridique contre toute incursion ou activité militaire des États-Unis sur son territoire.

Au moment où des drones américains survolent le Mexique à la recherche de laboratoires de fentanyl et enfreignent ce faisant sa souveraineté, le secrétaire d’État Marco Rubio laisse entendre que les menaces d’intervention sur le territoire mexicain sont un levier pour convaincre Sheinbaum d’accepter une coopération policière « efficace » avec Washington.

Le Mexique réagit déjà : pour éviter la hausse des tarifs douaniers annoncée par Trump en cas de non-coopération dans la lutte contre le trafic de fentanyl, le gouvernement mexicain a déployé 10 000 soldats supplémentaires à la frontière avec les États-Unis, en plus des 15 000 déjà envoyés en 2019 sous la pression de Washington.

De leur côté, les cartels, qui ne semblent pas prendre les menaces de Trump au sérieux, poursuivent leurs batailles intestines et comptent sur leurs réseaux infiltrés dans l’armée mexicaine pour les prévenir en cas d’attaques.

Dans ce contexte, une action efficace, de la part des États-Unis, consisterait à cibler les niveaux intermédiaires de ces cartels (logisticiens, blanchisseurs d’argent, chefs de gangs) et à aider le Mexique à renforcer son système judiciaire et sa lutte contre la corruption.

Une réponse commune entravée par des agendas opposés

Les États-Unis devraient aussi suivre de près la réforme constitutionnelle en cours au Mexique, qui vise à transformer la procédure de nomination des juges, de la Cour suprême aux tribunaux locaux : ceux-ci seront désormais élus directement par les citoyens. Cette réforme controversée, qui vise également à revoir la structure de la Cour suprême (qui a bloqué à plusieurs reprises les lois de López Obrador) est porteuse de risques réels, de la politisation de la justice à une plus grande infiltration du système judiciaire par le crime organisé.

Dans ce face-à-face tendu, une dynamique de populisme sécuritaire se déploie des deux côtés de la frontière, bien que sous des formes idéologiquement distinctes.

L’administration Trump mobilise une rhétorique de droite autoritaire, qui externalise les causes de la crise des overdoses vers l’étranger et instrumentalise la menace – très réelle – des cartels pour justifier l’adoption de mesures militaires, commerciales ou juridiques extrêmes, dans le cadre d’un agenda électoral fondé sur son approche de la paix par la force.

De son côté, Claudia Sheinbaum poursuit la militarisation du territoire entamée par ses prédécesseurs entre 2006 et 2024 et, sous la pression américaine, mène une politique brutale contre les cartels. Mais, dans le même temps, se voulant fidèle à la tradition de la gauche populiste, elle ne renie pas entièrement le concept d’« Abrazos, no balazos », estimant que les coûts humains et sociaux pour le Mexique d’une confrontation frontale avec le crime organisé ne sont pas entièrement justifiables, surtout lorsque le marché final des drogues reste, structurellement, les États-Unis.

Chacun, à sa manière, rejette les responsabilités internes et privilégie une posture politique tournée vers ses propres électeurs. Le résultat est une coordination bilatérale entravée, dominée par des logiques nationales court-termistes au détriment d’une stratégie commune, crédible et efficace face à un défi transnational.

Dès lors, une action militaire unilatérale des États-Unis dans les territoires mexicains contrôlés par les cartels ne semble pas impossible. Si Donald Trump semble souvent faire beaucoup de bruit, il finit le plus souvent par mettre ses menaces à exécution…

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Khalid Tinasti ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Fentanyl : vers une opération militaire des États-Unis au Mexique ? – https://theconversation.com/fentanyl-vers-une-operation-militaire-des-etats-unis-au-mexique-259624

Blanchiment d’argent : l’Europe passe (enfin) à l’action

Source: The Conversation – France in French (3) – By Carmela D’Avino, IÉSEG School of Management

Le blanchiment d’argent représenterait de 2 à 5 % du PIB mondial, soit de 800 milliards à 2 000 milliards de dollars américains. Sergey Klopotov/Shutterstock

L’argent sale n’a pas d’odeur. Les blanchisseurs, pas de frontières. Ces derniers profitent de la fragmentation de la surveillance et des législations européennes pour passer entre les mailles du filet. Avec la création, cet été, de l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent (Anti-Money Laundering Authority ou AMLA), l’Union européenne peut-elle centraliser la lutte contre la finance illicite ?


L’inclusion probable et imminente de Monaco, symbole mondial de richesse et de discrétion, dans la liste des pays à haut risque en matière de blanchiment d’argent établie par l’Union européenne (UE), a suscité de nombreuses réactions.

L’ajout potentiel de la principauté sur la liste noire met en évidence le défi que représente la lutte contre la finance illicite. Dans une zone comme l’UE, l’ouverture des frontières contraste avec la mise en œuvre et la surveillance des mesures de lutte contre le blanchiment d’argent (l’AML – Anti-Money Laundering). Des politiques qui restent largement confinées à la responsabilité des différents pays membres.

Une transaction financière peut commencer dans un pays à haut risque, passer par une banque européenne et se terminer par une transaction immobilière à Londres ou un trust suisse. C’est précisément pour cette raison que la coordination internationale est si importante. Sans elle, les blanchisseurs d’argent profitent de la fragmentation de la surveillance, en particulier au sein de l’UE. Avec l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent , ou Anti-Money Laundering Authority (AMLA), qui entre en fonction cet été, l’Union européenne opte pour la centralisation.

Les politiques européennes et françaises de lutte contre le blanchiment d’argent ont échoué pour plusieurs raisons : une application inégale des réglementations, un manque de ressources et de coopération internationale, des sanctions peu dissuasives face à des techniques toujours plus sophistiquées et un phénomène global difficile à cerner.

Pour progresser, il faut renforcer l’harmonisation des règles, augmenter les moyens des autorités, adopter des technologies avancées et améliorer la transparence des structures. Des objectifs que l’AMLA a précisément vocation à concrétiser.

Cent milliards d’euros par an

Quelques rares et prudentes estimations confirment que les flux financiers illicites traversent trop facilement les frontières et que leurs montants sont colossaux. Selon les estimations de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le blanchiment d’argent représenterait de 2 % à 5 % du PIB mondial, soit de 800 milliards à 2 000 milliards de dollars américains actuels. Dans l’Union européenne, le produit des activités criminelles est estimé à plus de 100 milliards d’euros par an, dont seul un pourcentage négligeable est finalement saisi. Des recherches estiment que l’argent provenant du trafic de drogue, du trafic des personnes et du terrorisme passe souvent par des banques de 4 à 6 pays différents avant d’être blanchi et d’entrer dans l’économie légale.


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Les grandes banques de l’UE ont été impliquées dans plusieurs scandales très médiatisés. La Danske Bank est devenue l’épicentre du plus grand scandale de blanchiment d’argent en Europe. Il a été révélé que plus de 200 milliards d’euros de transactions suspectes ont transité par sa succursale estonienne. La Deutsche Bank a fait l’objet de multiples enquêtes pour avoir facilité des transferts illicites de plusieurs milliards d’euros, notamment par le biais de sa collaboration avec Danske et de ses liens avec le système Russian Laundromat. ING a payé une amende de 775 millions d’euros aux autorités néerlandaises pour des violations de la législation anti-blanchiment en 2018.

Tracfin en France

Les pays de l’Union européenne mettent en œuvre les directives européennes en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, avec des niveaux d’ambition variables. La France a montré un engagement ferme dans la lutte contre le blanchiment d’argent grâce à l’approche de sa cellule de renseignement financier, Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins (Tracfin). Elle a récemment renforcé son analyse des transactions suspectes, élargi sa coopération avec ses partenaires nationaux et internationaux et amélioré son utilisation des analyses de données avancées pour détecter les flux illicites complexes.

Malgré ces progrès, certaines affaires récentes, comme les failles des néobanques ou l’enquête visant BNP Paribas pour blanchiment via Chypre, montrent que des flux illicites échappent encore à la détection de Tracfin.

Dissuader les défaillances des contrôles bancaires internes

Malgré son poids économique, l’Allemagne a été critiquée pour son implication insuffisante, ainsi que pour les défaillances de sa surveillance. La mise en œuvre de sa politique varie d’un Land à l’autre ; les difficultés rencontrées en matière de coopération internationale, en particulier avant l’effondrement de la société spécialisée dans le paiement électronique Wirecard, n’aident pas.

En revanche, les autorités néerlandaises ont suivi l’exemple des États-Unis. Ils ont infligé des amendes importantes à des établissements tels que ING et ABN AMRO, démontrant ainsi leur ferme volonté de lutter contre la criminalité financière en dissuadant les défaillances des contrôles internes dans les banques.




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Ces approches inégales de la lutte contre le blanchiment d’argent dans les États membres de l’UE s’expliquent par plusieurs facteurs.

Les différentes interprétations des règles en matière de lutte contre le blanchiment d’argent créent des lacunes dans la couverture juridique. Une coopération judiciaire transfrontalière irrégulière, en particulier avec les pays tiers, entrave l’efficacité de l’application de la législation. En outre, les cellules de renseignement financier ont des pouvoirs et des responsabilités très variables.

L’absence de format standardisé pour les déclarations d’opérations suspectes complique l’intégration des données dans la plate-forme centrale de l’Union européenne. Elle rend la coordination des actions plus difficile qu’elle ne devrait l’être. Mais tout cela est sur le point de changer…

Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent (AMLA)

Pour remédier à ces faiblesses, l’Union européenne est en train de créer l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent, ou Anti-Money Laundering Authority (AMLA). Elle devrait être pleinement opérationnelle à partir de 2028. Basée à Francfort, l’AMLA supervisera directement une quarantaine d’établissements financiers transfrontaliers à haut risque, harmonisera l’application des règles dans les États membres et coordonnera les régulateurs nationaux.

Elle aura le pouvoir de mener des inspections sur place, d’imposer des sanctions et de renforcer le cadre global de l’UE en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.

L’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent, créée en 2024 par l’Union européenne, est chargée de la traque des flux financiers suspects.
Shutterstock

Afin de soutenir le rôle de l’AMLA, l’UE introduit un règlement unique qui remplacera les différentes législations nationales par un ensemble de normes unifiées dans tous les États membres. Avec l’AMLA, Bruxelles parie que la centralisation peut réussir là où la décentralisation a échoué.

La décentralisation signifie que chaque État membre appliquait les règles anti-blanchiment à sa manière, en transposant les directives européennes dans son droit national. Cela a conduit à des normes contradictoires. Par exemple, certains pays imposaient des seuils de déclaration différents ou avaient des définitions divergentes des entités à surveiller, rendant la coopération inefficace et les contrôles inégaux.

Avertissement symbolique

L’AMLA pourrait se heurter à des difficultés. La complexité des différences juridiques et institutionnelles entre les États membres, la mobilisation de nombreuses expertises pour superviser un large éventail de secteurs, pourrait rendre ce travail fastidieux. La nécessité de trouver un équilibre entre les préoccupations en matière de souveraineté nationale et la nécessité d’une application efficace et unifiée dans toute l’UE également.

Alors que l’Union européenne se prépare à lancer l’AMLA, l’inclusion de pays comme Monaco sur sa liste noire est un avertissement symbolique. Désormais, aucune juridiction, aussi riche ou prestigieuse soit-elle, n’est à l’abri d’un examen minutieux. Le devenir de l’AMLA comme véritable autorité de contrôle puissante dépendra de trois piliers : la volonté politique, la solidité de sa conception institutionnelle et l’ampleur des moyens humains et techniques qui lui seront alloués.

Sans volonté politique, l’AMLA risque d’être affaiblie par les intérêts nationaux. Sans conception institutionnelle solide, ses compétences pourraient se heurter à des obstacles juridiques et bureaucratiques. Sans moyens humains et techniques suffisants, elle ne pourra pas exercer une supervision directe et efficace sur les entités à haut risque ni coordonner les autorités nationales.

The Conversation

Carmela D’Avino ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Blanchiment d’argent : l’Europe passe (enfin) à l’action – https://theconversation.com/blanchiment-dargent-leurope-passe-enfin-a-laction-258091

Ces silences qui en disent long : enseigner la pornographie à l’université

Source: The Conversation – in French – By Corneau Simon, Professor, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Selon une étude, une très grande majorité d’hommes, et une majorité de femmes, en ont déjà fait usage de la pornographie durant leur vie. (Unsplash)

Depuis plusieurs années, j’enseigne un cours universitaire consacré à la pornographie. Si le sujet suscite l’intérêt, il s’accompagne d’un silence tenace en classe : celui des personnes étudiantes face à leur propre usage. Ce mutisme, loin d’être anodin, révèle les tensions entre intimité, normes sociales et enjeux pédagogiques.

Ce cours, intitulé Pornographies et société, s’inscrit dans une approche pédagogique critique et interdisciplinaire. Contrairement à ce que rapportent certains collègues dans des publications universitaires — où l’enseignement de ce sujet peut se heurter à des résistances institutionnelles —, je n’ai, pour ma part, rencontré aucun obstacle majeur lors de la création et de l’enseignement de ce cours. Les résistances que j’observe se manifestent ailleurs.

Les silences

Très populaire et bien fréquenté, ce cours s’appuie sur une approche critique et engagée en pédagogie qui met de l’avant l’importance d’entendre la voix des personnes étudiantes. On reconnaît également dans cette approche que le partage d’expériences personnelles peut servir d’outil dans l’apprentissage.

Cependant, pour les personnes étudiantes, lorsqu’il s’agit de parler de leur usage personnel de pornographie, le silence s’installe. Peu d’entre elles osent évoquer leur propre expérience, malgré la prévalence documentée de cette pratique. Les résultats de l’étude d’Ingrid Solano et ses collègues, psychologue et chercheuse américaine affiliée à l’Université Stony Brook, menée en 2018 aux États-Unis dévoilent que, au sein de leur échantillon diversifié en matière d’âge (18 à 73 ans), une très grande majorité d’hommes, et une majorité de femmes, en ont déjà fait usage durant leur vie.

Ce constat du silence n’est nullement un jugement envers les personnes étudiantes, ou la perception d’un manque de courage de leur part. Il s’agit d’un simple fait observable (et audible !), qui nous offre toutefois des pistes de réflexions sur les enjeux sociaux, culturels et personnels liés à ce sujet.

Comment expliquer ces silences dans un contexte de sexualisation de la culture ? En effet, depuis les années 2000, les représentations sexuelles sont de plus en plus visibles et discutées, le sexe et la sexualité sont omniprésents, acceptés et acceptables médiatiquement, socialement et culturellement.

Dans un accord tacite adopté sous le couvert de l’humour, sourires en coin, nous parlons donc en classe de l’usage de pornographie « des autres », de l’usage de « nos amis et amies », évitant ainsi de mettre en lumière nos propres pratiques, pouvant être perçues comme intimes ou potentiellement stigmatisantes.

Un sujet sensible

La pornographie et son usage sont des sujets sensibles. Cela signifie qu’ils mobilisent une forte charge émotionnelle et l’aborder de front peut représenter une menace personnelle et faire l’objet de jugements.

La pornographie et ses usages sont souvent associés à des inquiétudes et des paniques morales polarisées, amplifiées par le discours actuel qui campe de plus en plus l’usage comme un enjeu de santé publique, dans une rhétorique de risques entourant la dépendance, ses effets sur l’image corporelle, l’estime sexuelle, les relations interpersonnelles, et la violence sexuelle.

Est-ce la seule raison du silence ? Pas forcément.

La datafication sexuelle et ses implications

En contexte actuel où l’usage de pornographie se fait majoritairement en ligne, les sites Internet pornographiques utilisent des systèmes d’étiquettes (tags) pour catégoriser leurs contenus.

La professeure Rebecca Saunders, de l’Université Cardiff au Pays de Galles, parle de datafication sexuelle pour désigner cette catégorisation, qui permet de surveiller et d’analyser les goûts et habitudes des utilisateurs et utilisatrices de pornographie dans une logique marchande.

Ces étiquettes, cependant, ne sont pas neutres : elles véhiculent fréquemment des stéréotypes et des termes péjoratifs, notamment liés à la couleur de peau, au genre, à l’orientation sexuelle, à certaines pratiques sexuelles ou à des caractéristiques corporelles. Ainsi, parler de son usage personnel de pornographie en classe peut révéler des éléments de stéréotypes et des goûts personnels qui ne sont pas socialement acceptés ou qui risquent d’être jugés négativement. L’option du silence peut s’avérer plus sécuritaire.


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Les rapport de pouvoirs et les stéréotypes sur la base du genre et de la couleur de peau semblent nombreux et courants dans la pornographie commerciale facile d’accès (mainstream), pouvant ainsi contribuer à rendre la prise de parole personnelle encore plus délicate. Se taire n’a pas la même portée selon qui on est, en fonction de nos positionnements sociaux.

Ces silences en contexte universitaire témoignent peut-être de la nature profondément privée et intime des fantasmes, des goûts et des préférences individuelles. Même si la culture ambiante sexualisée influence ces préférences, l’usage de la pornographie demeure une pratique souvent vécue comme personnelle, voire privée. La difficulté à en parler ouvertement ne doit pas être perçue comme un refus ou un manque de légitimité, mais plutôt comme une réaction compréhensible face à la sensibilité du sujet.

Vers une évolution des normes et des pratiques

Aujourd’hui, l’usage de pornographie est parfois décrit comme une pratique banale, voire anodine. Peut-être, mais en tentant de l’aborder ouvertement et publiquement comme toute autre pratique courante, on se bute à certaines barrières (compréhensibles). La pédagogie engagée met en évidence l’importance d’un climat de respect et de confiance en salle de classe, ce qui ne peut pas être garanti dans un grand amphithéâtre.

Les silences, loin d’être définitifs, témoignent de normes sociales. Ces normes sociales évoluent lentement, parfois par reculs ou résistances, notamment sous l’influence de discours politiques ou moraux qui cherchent à censurer ou à limiter les discussions sur la sexualité humaine, sa diversité, et ses représentations.

Les futures cohortes étudiantes nous « diront » si ces silences s’atténuent ou s’intensifient avec l’évolution des normes. En attendant, je choisis de travailler avec eux, avec respect et humour, pour ouvrir la voie à une réflexion plus libre sur ces sujets sensibles.

La Conversation Canada

Corneau Simon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Ces silences qui en disent long : enseigner la pornographie à l’université – https://theconversation.com/ces-silences-qui-en-disent-long-enseigner-la-pornographie-a-luniversite-259529

Les psychédéliques sont détournés de leur usage traditionnel par l’industrie médicale, et ce n’est pas pour le mieux

Source: The Conversation – in French – By Kevin Walby, Professor of Criminal Justice, University of Winnipeg

Autrefois stigmatisés et interdits, les psychédéliques sont passés de la contre-culture à la culture dominante. De l’utilisation de la psilocybine par le prince Harry aux aventures du quart-arrière (quarterback) de la Ligue nationale de football américain Aaron Rodgers avec l’ayahuasca, nos médias regorgent de témoignages vantant leurs bienfaits.

Des centaines d’universités à travers le monde se lancent désormais dans la recherche sur les psychédéliques. Et des initiatives de légalisation prennent forme.

Les psychédéliques sont en train de devenir un marché très lucratif. Tout comme le capital privé a inondé le secteur du cannabis il y a quelques années, une nouvelle ruée vers l’or est en cours, cette fois autour des psychédéliques.

De riches entrepreneurs investissent dans l’industrie psychédélique tandis que des start-up biotechnologiques lèvent des fonds et mènent des essais cliniques sur de nouvelles molécules psychédéliques. Les investisseurs en capital-risque convoitent les perspectives offertes par un nouveau marché de masse lucratif.




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Une couverture de livre avec des dessins colorés
Les auteurs de cet article ont publié un nouveau livre : Psychedelic Capitalism.
(Fernwood)

Trois sujets de préoccupation

À ce jour, la plupart des débats sur les psychédéliques ont peu analysé de manière critique leur relation avec l’économie politique du capitalisme moderne et les structures de pouvoir au sens large. Dans notre nouveau livre Psychedelic Capitalism, nous formulons trois constats sur ce que l’on appelle la renaissance psychédélique.

Premièrement, la médicalisation des psychédéliques risque de restreindre leur accès et de renforcer les inégalités sanitaires et sociales existantes.

Deuxièmement, la « corporatisation » des psychédéliques permettra aux élites économiques de dominer le marché tout en s’appropriant le vaste réservoir de connaissances accumulées par les communautés autochtones, les institutions publiques et les chercheurs clandestins.


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Et troisièmement, plutôt que de représenter une réforme progressiste en matière de drogues, la légalisation limitée de certains psychédéliques à des fins médicales contribuera à renforcer et à pérenniser la guerre contre la drogue et la criminalisation de sa consommation.

Ignorer les connaissances communautaires

Partout en Amérique du Nord, nous assistons à une médicalisation des psychédéliques. De nombreux problèmes sont présentés comme pouvant être traités par ces substances. Cela se fait d’une manière qui renforce le contrôle des entreprises sur le processus et met de côté les connaissances communautaires et autochtones.

Nous avons vu ce phénomène en Australie. Certaines substances comme la psilocybine et la MDMA sont désormais légales, mais uniquement sur ordonnance médicale et à un coût financier élevé, ce qui soulève des questions sur l’équité, l’accès et les destinataires de ces thérapies.

Le fait de présenter les psychédéliques comme des produits pharmaceutiques et des solutions de santé individualisées renforce le discours prohibitionniste selon lequel ces substances ne sont pas adaptées à une utilisation en dehors du contexte médical. Ce discours détourne l’attention de la manière dont l’utilisation médicalisée pourrait perpétuer une idéologie néolibérale, qui réduit les troubles mentaux à des problèmes individuels plutôt que de s’attaquer aux causes plus systémiques telles que la pauvreté, les inégalités et l’exclusion sociale.

Il ignore également des siècles de traditions créées par l’usage communautaire autochtone, ainsi que les valeurs de la culture psychédélique underground.

Un système fondé sur des thérapies individuelles coûteuses et un accès clinique hypercontrôlé n’est pas le modèle envisagé par la plupart des défenseurs.

Un modèle basé uniquement sur la pilule pour la productivité et le bonheur

Les fondements du capitalisme psychédélique ont été largement créés par l’innovation publique aux frais du contribuable et sont aujourd’hui en train d’être repris par le capital privé.

Les conférences sur les psychédéliques prennent de plus en plus l’allure de salons commerciaux. L’industrie du tourisme psychédélique continue de se développer et de s’adresser à une clientèle élitiste. Des entreprises à but lucratif telles que Mind Medicine et Compass Pathways éliminent la psychothérapie de leurs protocoles de traitement et adoptent un modèle strictement médicamenteux, privilégié par les grandes entreprises pharmaceutiques.

Les psychédéliques, y compris le microdosage et la thérapie assistée par psychédéliques, sont commercialisés comme un moyen pour la population générale d’améliorer leur productivité dans une vie déjà surchargée, tout en y trouvant du bonheur.

Les entreprises se font concurrence pour s’approprier la propriété intellectuelle afin de tirer profit des composés existants et d’ériger des barrières juridiques autour des nouvelles substances chimiques et de leurs applications.

L’industrie lucrative de la kétamine offre déjà un aperçu de l’avenir de la thérapie psychédélique commercialisée. Cela inclut une négligence des risques, un marketing trompeur et peu de considération pour les soins thérapeutiques.

Il y a eu une vague de nouvelles demandes de brevets (et de brevets accordés) aux États-Unis sur des substances telles que la psilocybine, le LSD, le DMT, le 5-MeO DMT et la mescaline, qui visent à garantir l’exclusivité, à monopoliser les chaînes d’approvisionnement et à privatiser des connaissances qui existent déjà dans le domaine public.

Les psychédéliques ont été intégrés dans les logiques bien établies du capitalisme, où des acteurs privés s’approprient des droits exclusifs sur ce qui est en fin de compte le fruit de la lutte collective de l’humanité et de ses réalisations intellectuelles.

Légalisation médicale des psychédéliques

L’approche médicalisée des psychédéliques est également liée à la législation et à la politique en matière de drogues.

En Amérique du Nord, l’approche biomédicale la principale voie d’accès aux psychédéliques dans la plupart des juridictions. Cette approche est largement soutenue par l’industrie des psychédéliques qui ont un intérêt financier dans la légalisation médicale et souhaitent limiter l’accès légal à tout ce qui ne relève pas du cadre médico-pharmaceutique.

Aux États-Unis, des États comme l’Oregon et le Colorado ont adopté des modèles juridiques plus holistiques qui incluent des éléments de contrôle communautaire afin d’empêcher la mainmise des entreprises. Mais la plupart des initiatives étatiques restent limitées dans leur portée et sont centrées sur les thérapies médicalisées, en particulier pour les anciens combattants. Même dans l’Oregon, qui a été salué pour ses politiques progressistes en matière de drogues, on observe une nette tendance à la médicalisation.

L’industrie canadienne du cannabis illustre parfaitement comment les processus de légalisation peuvent s’entremêler avec les intérêts des industries dominées par les grandes entreprises.

Comme l’explique Michael Devillaer, professeur de psychiatrie et de neurosciences comportementales et auteur de Buzz Kill (2024), l’industrie du cannabis a donné la priorité à la maximisation des profits, à la promotion des produits et à l’augmentation de la consommation au détriment des préoccupations de santé publique.




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Qu’est-ce qui est le mieux pour l’intérêt public ?

À mesure que la légalisation médicale des psychédéliques s’accroit, nous assisterons probablement à un durcissement des sanctions pénales pour les usages récréatifs et autres.

En effet, les saisies policières de psychédéliques tels que la psilocybine ont augmenté ces dernières années aux États-Unis. Les arrestations pour le transport de composés tels que l’ayahuasca, l’iboga et le peyotl ont également augmenté dans le monde.

Ces problèmes risquent d’être exacerbés par les systèmes de classification bifurquée, dans lesquels un produit pharmaceutique est classé dans une catégorie différente de celle de son principe actif ou de sa substance.

Par exemple, si la Food and Drug Administration (FDA) américaine autorisait la psilocybine pour traiter la dépression ou la MDMA pour traiter le syndrome de stress post-traumatique, il est probable que seuls les produits médicinaux à base de psilocybine et de MDMA approuvés par la FDA seraient reclassés, tandis que les substances elles-mêmes continueraient d’être interdites en tant que stupéfiants soumis à restriction.

Il est dans l’intérêt public de dépasser une vision étroite de la légalisation médicale pour adopter un modèle plus ouvert et dépénalisé d’accès public. Une telle approche permettrait non seulement d’atténuer les menaces liées à la mainmise des entreprises, mais aussi de réduire les méfaits associés à la criminalisation et à la guerre contre la drogue.

La dépénalisation contrôlée par la communauté est une meilleure voie pour intégrer les psychédéliques dans la société que de céder le pouvoir à l’industrie médicale et aux cartels pharmaceutiques qui fournissent des services monopolistiques à une clientèle principalement aisée.

Et le fait de traiter la consommation de drogues et la dépendance comme une question de santé publique et d’encourager la réduction des risques et les services de soutien aux populations à risque contribueraient grandement à atténuer les tragédies de la guerre contre la drogue.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les psychédéliques sont détournés de leur usage traditionnel par l’industrie médicale, et ce n’est pas pour le mieux – https://theconversation.com/les-psychedeliques-sont-detournes-de-leur-usage-traditionnel-par-lindustrie-medicale-et-ce-nest-pas-pour-le-mieux-260744

Muhammadu Buhari, l’ancien chef militaire devenu président démocratique du Nigeria laisse derrière lui un héritage mitigé

Source: The Conversation – in French – By Kester Onor, Senior Research Fellow, Nigerian Institute of International Affairs

L’ancien président du Nigeria, Muhammadu Buhari, décédé à Londres le 13 juillet à l’âge de 82 ans, était l’un des deux anciens chefs d’État militaires à avoir été élus présidents en tant que civils. Buhari a été chef d’État militaire du Nigeria du 31 décembre 1983 au 27 août 1985, puis président de 2015 à 2023.

L’autre homme politique nigérian ayant connu ce double parcours est l’ancien président Olusegun Obasanjo. Il a été dirigeant militaire entre 1976 et 1979, avant d’être élu président entre 1999 et 2007.

Buhari a dirigé le Nigeria pendant près d’une décennie. Son mandat à la tête de l’État militaire a été marqué par la lutte contre la corruption, mais il n’a pas pu faire autant pendant son mandat présidentiel sous un régime démocratique.

En tant que politologue ayant servi dans l’armée nigériane, je pense que la guerre contre le terrorisme menée par le gouvernement de l’ancien président Buhari a été largement décevante, malgré les promesses et quelques succès initiaux.

Une fois élu, Buhari a mené une vie personnelle modeste et a respecté les transitions électorales. Néanmoins, sa présidence a été entachée par une mauvaise gestion économique, l’incapacité à mettre en œuvre des réformes structurelles audacieuses, le favoritisme ethnique et des promesses de changement non tenues.

Il a toutefois laissé des réalisations concrètes en matière d’infrastructures, mis l’accent sur l’agriculture et jeté les bases d’une gouvernance marquée par la transparence et la lutte contre la corruption.

Son empreinte sur le développement du Nigeria est donc mitigée.

Les premières années

Buhari est né le 17 décembre 1942 à Daura, dans l’État de Katsina, dans le nord-ouest du Nigeria, de parents nommés Adamu et Zulaiha Buhari. Il avait quatre ans lorsque son père est décédé. Il a fréquenté une école coranique à Katsina. Il était Fulani, l’une des principales ethnies du Nigeria.

Après avoir terminé ses études, Buhari s’est engagé dans l’armée en 1961. Il a suivi une formation militaire au Royaume-Uni, en Inde et aux États-Unis, ainsi qu’au Nigeria.

En 1975, il a été nommé gouverneur militaire de l’État du Nord-Est (aujourd’hui État de Borno), après avoir participé au renversement Yakubu Gowon lors d’un coup d’État la même année. Il a occupé ce poste pendant un an.

Buhari est ensuite devenu commissaire fédéral aux ressources pétrolières, supervisant l’industrie pétrolière nigériane sous Obasanjo. Ce dernier était devenu chef de l’État en 1976 lorsque le successeur de Gowon, Murtala Muhammed, a été assassiné lors d’un coup d’État manqué cette même année.

En septembre 1979, il reprit ses fonctions dans l’armée régulière et prit le commandement de la 3e division blindée basée à Jos, dans l’État du Plateau, au centre-nord du pays. Cette année-là marque le début de la deuxième République du Nigéria avec l’élection de Shehu Shagari à la présidence.

Mais le 31 décembre 1983, un coup d’État mit fin au régime civil de Shagari. Buhari devint alors chef de l’État militaire du Nigeria.

Les années de la junte de Buhari

Buhari a dirigé le gouvernement militaire pendant un peu moins de deux ans. Il a été renversé lors d’un autre coup d’État le 27 août 1985.

Pendant son mandat, il promit que le gouvernement ne tolérerait ni les pots-de-vin, ni les surfacturations dans les contrats publics et les importations. Il ne tolérerait pas non plus la falsification, la fraude, le détournement de fonds, l’abus et le détournement de pouvoir, les transactions illégales en devises étrangères et la contrebande.

Dix-huit gouverneurs d’État ont été jugés par des tribunaux militaires. Certains des accusés ont été condamnés à de longues peines de prison, tandis que d’autres ont été acquittés ou ont vu leur peine commuée.

Son gouvernement a également promulgué le tristement célèbre décret n° 4, en vertu duquel deux journalistes, Nduka Irabor et Dele Thompson, ont été emprisonnés. Les accusations portaient sur trois articles publiés au sujet de la réorganisation du service diplomatique nigérian.

Buhari a également instauré des mesures d’austérité et lancé une « guerre contre l’indiscipline » visant à promouvoir des valeurs positives dans le pays. Des méthodes autoritaires ont parfois été utilisées pour la mettre en œuvre. Des soldats ont forcé les Nigérians à faire la queue, à être ponctuels et à respecter le code de la route.

Il a également instauré des restrictions à la liberté de la presse et à la liberté politique. Les syndicats n’ont pas été épargnés non plus. Des licenciements massifs de Nigérians dans la fonction publique ont été effectués en toute impunité.

Si les citoyens ont initialement salué certaines de ces mesures, le mécontentement croissant sur le plan économique a rendu la tâche plus difficile pour le régime.

Buhari, le démocrate

L’héritage qu’il laisse est mitigé. Buhari a tenté de revenir au pouvoir par les urnes. Il a échoué en 2003, 2007 et 2011. Mais il n’a pas abandonné. En 2015, une coalition de partis d’opposition a réussi à le faire élire.

Le gouvernement de Buhari a accentué les divisions nationales.

Ses nominations, souvent biaisées en faveur de la région nord et de ses compatriotes fulani, ont alimenté les accusations de tribalisme et de marginalisation. Son affinité perçue avec les éleveurs peuls, malgré les violences généralisées liées à certains d’entre eux, a encore érodé la confiance du public en son leadership.

Son discours anti-corruption n’a pas vraiment porté ses fruits. Si quelques saisies très médiatisées ont été effectuées, ses détracteurs affirment que sa lutte contre la corruption était sélective et fortement politisée.

Son ex-gouverneur de la Banque centrale est aujourd’hui jugé pour corruption.

Les résultats économiques ont également été médiocres sous son mandat. Tous ces problèmes ne peuvent lui être imputés. Néanmoins, son incapacité à s’attaquer aux problèmes sous-jacents du pays, tels que l’insécurité, l’inflation et la hausse du chômage, a contribué à cette situation. Son mandat a connu deux récessions, une hausse du chômage, l’inflation et l’affaiblissement du naira.

Il a toutefois remporté quelques succès.

Il s’est attaqué aux infrastructures. La construction de la grande autoroute Lagos-Ibadan était presque terminée et il a remis en service les chemins de fer, achevant les lignes Abuja-Kaduna et Lagos-Ibadan. Il a également finalisé la construction du Second Niger Bridge.

Un programme de revitalisation des aéroports a permis d’améliorer les aéroports de Lagos, Abuja et Port Harcourt.

Buhari a signé la loi sur l’industrie pétrolière après près de 20 ans de retard. Cela attire désormais davantage d’investissements dans l’industrie pétrolière.

Il a également lancé plusieurs programmes d’investissement social tels que N-Power, N-Teach et un programme d’alimentation scolaire. Ces programmes ont permis de créer des emplois temporaires pour certains et d’augmenter le revenu de nombreuses personnes défavorisées. N-Power est un programme d’autonomisation des jeunes destiné à lutter contre le chômage, à améliorer le développement social et à fournir aux gens des compétences pertinentes.

Ces programmes ont ensuite été entachés de corruption, révélée après son départ du pouvoir.

Il existait également un programme de prêts aux agriculteurs visant à rendre le pays plus autonome en matière de production de riz. Une fois encore, ce programme a été entaché de corruption et certains de ses responsables sont actuellement jugés.

Dans la lutte contre la corruption, le gouvernement Buhari a réalisé certains progrès grâce au compte unique du Trésor, qui a amélioré la transparence financière des institutions publiques. La politique de dénonciation a également permis de récupérer des fonds détournés.

Défaillances en matière de sécurité

Sous la présidence de Buhari, la situation sécuritaire s’est détériorée au Nigeria. Le banditisme, les affrontements entre agriculteurs et éleveurs, les enlèvements et les agitations séparatistes se sont intensifiés.

En 2015, Buhari a fait campagne en promettant de vaincre Boko Haram et de rétablir l’intégrité territoriale dans le nord-est du pays. Au départ, son administration a réalisé certains progrès. Boko Haram a été chassé de plusieurs zones administratives locales qu’il contrôlait auparavant, et d’importantes opérations militaires telles que l’opération Lafiya Dole ont été lancées pour reconquérir le territoire.

Cependant, ces premiers succès n’ont pas été durables. Boko Haram s’est scindé en plusieurs factions telles que la Province d’État islamique en Afrique de l’Ouest. Ce groupe a continué à lancer des attaques meurtrières.

La stratégie antiterroriste de Buhari était souvent réactive et manquait d’une doctrine claire à long terme. L’armée était surchargée et sous-équipée. Des problèmes de moral et des allégations de corruption dans le secteur de la défense ont compromis les opérations.

Il y avait une mauvaise coordination entre les services de renseignement. Les relations entre l’armée et les civils se sont dégradées à cause de fréquentes violations des droits humains commises par les forces de sécurité.

Peu à peu, la population a perdu confiance en la capacité de l’État à assurer sa sécurité.

Le retour de Buhari au pouvoir avait suscité beaucoup d’espoir. Mais sur ce point aussi, il n’a pas été à la hauteur.

The Conversation

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ref. Muhammadu Buhari, l’ancien chef militaire devenu président démocratique du Nigeria laisse derrière lui un héritage mitigé – https://theconversation.com/muhammadu-buhari-lancien-chef-militaire-devenu-president-democratique-du-nigeria-laisse-derriere-lui-un-heritage-mitige-261147

Écrans : Comment protéger les enfants de leurs conséquences délétères ?

Source: The Conversation – in French – By Teresa Rossignoli Palomeque, Personal docente investigador, Universidad Nebrija

Il ne fait plus guère de doute aujourd’hui qu’un usage immodéré et non encadré des écrans a des effets délétères sur le développement des jeunes enfants. Toutefois, les conséquences de l’exposition aux smartphones, tablettes et autres télévisions ne dépendent pas seulement du temps passé devant, mais aussi du contexte d’utilisation et du contenu consulté.


Les écrans occupent désormais une place prépondérante dans nos modes de vie. Ces dernières années, le débat sur les conséquences de l’exposition des tout-petits à leur influence s’est intensifié, tant dans les communautés éducatives et thérapeutiques qu’au sein des familles.

Que sait-on de l’impact réel du temps d’écran sur le développement neuropsychologique des plus jeunes ? Nombre de sociétés savantes et d’associations spécialisées en pédiatrie recommandent de limiter l’usage des écrans durant l’enfance, en particulier chez les moins de 5 ans. Cependant, les recherches révèlent une réalité moins binaire que ce que l’on pourrait imaginer.

En effet, tant le contexte d’utilisation que le contenu consulté conditionnent les effets sur le développement que peut avoir le temps passé devant un écran. Faisons le point.

Des conséquences physiologiques et neuropsychologiques

Une méta-analyse menée récemment a mis en évidence que l’utilisation prolongée d’écrans est associée à de la fatigue oculaire, une sécheresse visuelle et une augmentation du risque de myopie infantile.

En outre, la technologie ne peut ni ne doit se substituer aux jeux, à l’activité physique, au contact avec la nature ou aux interactions avec ses semblables, bref aux stimulations auxquelles sont soumis les enfants au sein de leur environnement.

Des travaux ont montré que remplacer ces expériences par un usage excessif et passif des écrans peut accroître le risque d’obésité, de troubles visuels ou de difficultés d’apprentissage.

Au-delà de ces effets, les inquiétudes concernent aussi les répercussions sur des fonctions telles que l’attention, le langage ou le contrôle émotionnel.


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Une revue de littérature portant sur 102 études menées sur des enfants de moins de 3 ans révèle qu’il importe non seulement de surveiller le temps d’écran, mais surtout la façon dont celui-ci est utilisé, et dans quelles conditions. Ainsi, la présence d’un adulte qui commente ou interagit avec le contenu favorise l’apprentissage et l’attention. En revanche, une exposition passive ou non encadrée constitue un risque pour le développement cognitif de l’enfant.

La simple présence d’un écran en arrière-plan, comme une télévision allumée pendant que l’enfant joue, interfère avec ses activités, son attention et ses interactions avec les autres. Et ce, même si l’enfant ne regarde pas directement l’écran.

En définitive, il ressort de ces observations que tablettes, téléphones et autres télévisions peuvent devenir des outils d’apprentissage, à condition d’être employés dans un but éducatif et sous supervision. Autrement, ils risquent de restreindre les interactions sociales, si indispensables au cerveau en développement.

Le véritable enjeu : l’âge et les contenus inappropriés

On pourrait donc affirmer que le principal risque n’est pas dû à l’écran en tant que tel, mais à ce qu’il diffuse. L’exposition précoce à un contenu inadapté est associée à des difficultés d’attention et à de moins bonnes performances des fonctions exécutives, en particulier en ce qui concerne le contrôle inhibiteur (essentiel à la régulation du comportement et de la cognition), ainsi qu’à des retards de langage.

Certes, les études n’établissent pas de liens de causalité directs avec l’exposition aux écrans. Elles révèlent néanmoins que des niveaux élevés de consommation non sélective de télévision, d’ordinateur, de téléphone ou de tablette chez les très jeunes enfants (3 ans environ) s’accompagnent non seulement d’un moindre contrôle inhibiteur, mais aussi d’une moindre activation cérébrale dans les zones concernées (le cortex préfrontal).

Par ailleurs, regarder la télévision à l’âge de 2 ans exerce un effet négatif sur les fonctions exécutives, effet dont les conséquences se font sentir un an plus tard. Une autre étude, publiée en 2010, a révélé que les enfants qui sont les plus grands consommateurs de télévision sont aussi ceux qui présentent les performances exécutives les plus faibles à l’âge de 4 ans.

La simple consultation passive de plateformes de vidéos telles que YouTube peut elle aussi nuire aux tout-petits. Les enfants de 2  à 3 ans qui y ont été les plus exposés manifestent un moindre développement linguistique, un effet attribué à la réduction de leurs interactions sociales.

D’autres travaux ont établi un lien entre la consommation excessive de télévision et l’existence d’un trouble de l’attention avec hyperactivité à 7 ans, ainsi qu’avec de moindres performances en mathématiques et en vocabulaire. Il a également été observé qu’une exposition trop importante entre 15 mois et 48 mois triple le risque de retard du développement du langage. Ces résultats concordent avec ceux d’autres études menées sur l’exposition des plus jeunes à YouTube.

Une autre perspective : adapter les contenus

Lorsque le contenu est spécifiquement conçu pour les enfants, les conséquences ne sont plus les mêmes. L’exposition à des programmes numériques éducatifs, destinés à améliorer l’attention et les fonctions exécutives chez les 4-6 ans, mène non seulement à des progrès dans ces capacités, mais aussi à une amélioration des performances en matière d’intelligence (mesurée notamment par le Kaufman Brief Intelligence Test, ndlr), d’attention et de mémoire de travail. Il semblerait que des facteurs innés, tels que la présence du gène DAT1, qui code pour le transporteur de la dopamine (un messager chimique qui joue un rôle essentiel dans le mouvement, la motivation, le plaisir et la récompense, ndlr), puissent moduler l’efficacité de ces programmes.

Chez les enfants âgées de 3 ans à 4 ans, regarder du contenu éducatif améliore également le langage (concepts numériques, spatiaux et vocabulaire), surtout lorsque la narration est riche et immersive.

Par ailleurs, la technologie peut soutenir l’inclusion et l’intervention : chez les enfants en situation de vulnérabilité psychosociale de 4 ans à 5 ans, les outils numériques stimulent la mémoire de travail et l’autorégulation. Chez les mineurs autistes (3-16 ans), une intervention digitale améliore l’attention et l’interaction sociale.

Enfin, l’utilisation de vidéos et de médias numériques, dans un contexte d’interactions familiales, a permis d’améliorer le développement linguistique chez des enfants de 2 ans à 4 ans présentant un retard de langage.

Il faut cependant souligner que les preuves d’effets neuropsychologiques positifs sont plus nombreuses à partir de 6 ans. À cet âge, les enfants sont davantage capables de transférer vers leur vie quotidienne les compétences acquises lors des exercices, lesquels touchent à des domaines tels que l’intelligence, la régulation émotionnelle et comportementale, le rendement académique, ou les fonctions exécutives. Les effets constatés vont au-delà des processus entraînés par les outils numériques utilisés.

La solution : technologie, mouvement et interactions sociales ?

Malgré les bénéfices mentionnés précédemment, il faut garder à l’esprit que les écrans ne sauraient remplacer les activités ludiques non dirigées, l’activité physique et les interactions sociales.

Cela étant dit, une récente revue de littérature consacrée à la tranche d’âge 4-12 ans a conclu que la technologie peut jouer un rôle positif lorsqu’elle est utilisée dans le bon contexte, en étant orientée vers des jeux qui engagent l’activité physique et les relations avec les autres.

Il peut s’agir par exemple de recourir à des « objets intelligents », tels qu’un ballon enregistrant les tirs réussis ou une balançoire dotée de capteurs distribuant des récompenses virtuelles, ou de mettre en place des « jeux pervasifs », autrement dit des jeux qui, en recourant à de nouvelles technologies (GPS, réalité augmentée, etc.), créent une expérience ludique combinant des éléments appartenant aux deux mondes, réel et virtuel.

En définitive, la technologie peut constituer un levier pour inciter les enfants à bouger, à explorer et à socialiser, à condition d’être employée dans une perspective pédagogique.

Les recommandations des experts

À la lumière des atouts et des limites des écrans en matière de développement des enfants, voici divers collèges d’experts ont formulé des recommandations.

L’Académie américaine de pédiatrie recommande d’éviter les écrans chez les moins de 18 mois (à l’exception des appels vidéo). Pour les 18-24 mois, seuls les contenus de qualité, toujours consultés en compagnie d’un adulte, sont préconisés. Entre 2 ans et 5 ans, une heure quotidienne d’écrans maximum, et avec des contenus éducatifs. Elle préconise enfin d’éviter les écrans avant le coucher, de les utiliser comme outils pédagogiques – non comme simples distractions – et recommande aux adultes de donner l’exemple, en veillant à avoir eux-mêmes une utilisation saine des technologies numériques.

L’Organisation mondiale de la santé conseille quant à elle de limiter le temps d’écrans à une heure par jour pour les 2-4 ans, et à deux heures par jour pour les 5-17 ans.

(En France, en avril 2025, cinq sociétés savantes – la Société française de pédiatrie, la Société française de santé publique, la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, la Société française d’ophtalmologie et la Société francophone de santé et environnement – ont publié une tribune intitulée « Les activités sur écrans ne conviennent pas aux enfants de moins de 6 ans : elles altèrent durablement leurs capacités intellectuelles ». Un an auparavant, la commission de travail sur les écrans rendait son rapport et préconisait de « limiter les écrans et leurs usages en fonction des âges » et souhaitait « guider les adultes vers de bonnes pratiques », avec le mot d’ordre « Pas d’écran avant 3 ans », jugé insuffisant par les organisations signataires du texte de la tribune d’avril 2025, ndlr.)

L’écran n’est pas l’ennemi

Affirmer que les écrans sont « néfastes » par eux-mêmes serait aussi étrange que de considérer que le papier est dangereux, car il peut servir à imprimer n’importe quel type de livres, y compris des ouvrages peu recommandables. Ce qui compte, ce n’est pas le support, mais le contenu, le contexte et la qualité de l’interaction avec le média.

Le défi à relever en ce qui concerne les écrans consiste à trouver l’équilibre, à respecter les étapes de développement des enfants, et à parvenir à faire de la technologie une alliée – non un substitut aux jeux, aux interactions et aux expérimentations dans le monde physique.

The Conversation

Teresa Rossignoli Palomeque ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Écrans : Comment protéger les enfants de leurs conséquences délétères ? – https://theconversation.com/ecrans-comment-proteger-les-enfants-de-leurs-consequences-deleteres-261128