Près de la moitié des démences seraient évitables grâce à nos habitudes de vie – dont l’exercice

Source: The Conversation – in French – By Louis Bherer, Professor, Université de Montréal

On dépense des milliards de dollars à rechercher la molécule qui soignera la maladie d’Alzheimer. Mais l’adoption de certaines habitudes de vie pourrait, entre-temps, réduire significativement le risque d’en développer les symptômes, jusqu’à près de la moitié des cas, souligne le Dr Louis Bherer.

Professeur au département de médecine de l’Université de Montréal, chercheur et directeur du Centre ÉPIC, le centre de médecine préventive et d’activité physique de l’Institut de cardiologie de Montréal, ses travaux portent sur l’impact du style de vie, de l’exercice physique et de la stimulation cognitive sur la santé cérébrale des personnes âgées et des patients atteints de maladies cardiovasculaires.

À son laboratoire montréalais, le Dr Bherer et son équipe élaborent des programmes d’exercices tant physiques que cognitifs. Les résultats corroborent ceux d’autres recherches sur l’importance du mode de vie dans la prévention des démences, une donnée négligée par la santé publique, explique celui qui est également directeur de laboratoire à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


La Conversation Canada : Une nouvelle étude de Statistique Canada sur l’espérance de vie en bonne santé indique un recul substantiel au Canada : en 2023, elle était de 66,9 ans, une baisse de 3,5 ans par rapport au sommet de 70,4 ans atteint entre 2010 et 2012. Ça vous surprend ?

Dr Louis Bherer : Oui et non. Mais le fait est que ce qu’on appelle le Healthspan-Lifespan Gap, c’est-à-dire l’écart entre l’espérance de vie et l’espérance de vie sans maladie, s’accentue. Par exemple, neuf personnes sur dix ont au moins un facteur de risque de maladie cardiovasculaire après 65 ans : surpoids, mauvais sommeil, inactivité, hypertension, etc. Comme l’espérance de vie augmente, ça fait plus d’années en moins bonne santé.

Notre mode de vie n’est pas optimal. Le stress, l’anxiété augmentent. C’est un fléau. Par ailleurs, les gens sont inactifs, ils ont des problèmes de sommeil, leur alimentation est négligée : on mange vite, du fast food ou des aliments ultra-transformés. Pourtant, l’information est là, disponible, mais on n’adopte pas toujours les actions nécessaires. On ne l’enseigne pas non plus à nos enfants. L’éducation physique devrait faire partie du cursus scolaire au quotidien, et il faudrait aussi enseigner les bases de la nutrition.

Par ailleurs, les gens se tournent vite vers la médication. La popularité de l’Ozempic en est un exemple. On souhaite perdre du poids, mais on ne s’attaque pas aux causes de ce surpoids. On ne fait pas grand-chose pour inciter les gens à changer leur mode de vie. Or, on évalue que près de la moitié des démences (soit 45 %) pourraient être évitées avec un mode de vie adéquat. Quatorze facteurs de risques modifiables (FRM) ont ainsi été identifiés.

Les quatorze facteurs de risques modifiables qui contribuent aux démences ont été identifiés par la professeure Gill Livingston, de l’University College de Londres.
(Alzheimer’s Disease International)

LCC : Bien des gens se disent : j’ai 65, 70 ans, il est trop tard pour moi, j’aurais dû commencer avant…

L.B. : Il n’est jamais trop tard, même si on sait que l’éducation (un facteur atténuant des démences) s’acquiert généralement jeune. Au contraire des troubles de l’audition, qui surviennent plus tard dans la vie. Bien des gens ne les prennent pas tant au sérieux, ou les camouflent, et pourtant, c’est un facteur associé à l’augmentation des risques de troubles cognitifs majeurs, ou de démence. Et bien sûr, la santé psychologique joue un rôle majeur : une personne sera inactive, car elle se sent un peu déprimée ou moins motivée, mais ça accentue les risques. On ne réalise pas que les facteurs de santé globale sont tous interreliés. La santé cardiaque et cérébrale, ça va ensemble. Ce qui est bon pour le cœur est bon pour le cerveau.

LCC : Votre laboratoire, axé sur la santé cognitive, est justement installé à l’Institut de cardiologie de Montréal. En quoi consiste vos travaux ?

L.B. : À l’aide de programmes de stimulation, on évalue l’impact des exercices sur la santé physique et cognitive. L’âge de nos participants varie entre 50 et 95 ans, avec une moyenne entre 68 et 70 ans. On les suit entre trois mois et un an. Ils peuvent avoir des déficits cognitifs légers, notés par leur entourage, et parfois souffrir d’anxiété, une condition qui peut avoir un impact sur la mémoire et être un prédicateur de démence. D’autres participants n’ont pas d’enjeux cognitifs, mais ils présentent des risques en raison de leur hypertension, diabète, etc. Nos programmes comportent des jeux de mémoire, sur les téléphones par exemple, qui améliorent le côté cognitif, notamment la vitesse psychomotrice, ainsi que des exercices physiques : vélo stationnaire, tapis roulant, renforcement musculaire, etc. Le mieux est la combinaison des deux.




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LCC : Que constatez-vous ?

L.B. : On voit des améliorations cliniquement significatives. Des participants qui ont des troubles cognitifs légers peuvent voir des améliorations après six mois d’entraînement, des différences au niveau de leur attention, de leur vigilance, de leur vitesse de réponses. Ils sont plus éveillés, et ce, après quelques semaines seulement. On voit aussi un impact sur la mémoire, même si ça prend plus de temps. À l’aide de biomarqueurs, nos recherches tentent de faire le lien entre les paramètres qui changent, tant sur le plan physique que cognitif et les effets sur le cerveau. Avec l’imagerie cérébrale, on peut mesurer les améliorations du flux sanguin et des structures du cerveau, comme l’hippocampe par exemple, qui joue un rôle clé dans la mémoire.


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L’entraînement physique, que les participants font trois fois par semaine, stimule la production de protéines qui favorisent la neuroplasticité. Quand les muscles travaillent, ils produisent et libèrent des myokines et d’autres exerkines. Ces molécules jouent un rôle important sur le métabolisme, l’inflammation, la santé osseuse et même l’humeur. Comme on le dit souvent, l’exercice est la pilule miracle pour la santé globale.

LCC : Bien des gens entreprennent des changements en profondeur de leur mode de vie, mais ces bonnes intentions ne tiennent pas toujours…

L.B. : Oui, et c’est dommage, car les effets positifs de l’entraînement disparaissent en un mois, un mois et demi. Et plus on vieillit, plus c’est rapide. Idéalement il faut choisir des activités qui s’intègrent facilement dans la routine quotidienne, je pense à la course, par exemple, un exercice très complet, très facile à faire, qui ne coûte pas cher. La marche rapide, aussi, mais l’idée est de suer un peu. Et de compléter avec des exercices pour accroître la force musculaire, et d’autres pour améliorer la posture et la mobilité. C’est un facteur important d’autonomie en vieillissant. La peur de chuter est une préoccupation pour plusieurs personnes âgées. Les exercices d’équilibre et de contrôle de la posture, comme le yoga, peuvent vraiment faire une énorme différence sur la santé et les habitudes de vie des personnes âgées.

La Conversation Canada

Louis Bherer ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Près de la moitié des démences seraient évitables grâce à nos habitudes de vie – dont l’exercice – https://theconversation.com/pres-de-la-moitie-des-demences-seraient-evitables-grace-a-nos-habitudes-de-vie-dont-lexercice-273763

Le monde est désormais en « faillite hydrique », selon un rapport de l’ONU

Source: The Conversation – France (in French) – By Kaveh Madani, Director of the Institute for Water, Environment and Health, United Nations University

Ce gouffre dans le cœur agricole de la Turquie montre comment le paysage peut s’effondrer lorsque l’on extrait plus d’eau souterraine que la nature ne peut en reconstituer. Ekrem07, 2023/Wikimedia Commons, CC BY-SA

De Téhéran au fleuve Colorado, les signes d’un effondrement durable des ressources en eau se multiplient. La planète consomme aujourd’hui plus d’eau douce qu’elle n’est capable d’en renouveler. Sous l’effet du changement climatique et de décennies de surexploitation, de nombreuses régions du monde ne parviennent plus à se remettre des périodes de manque d’eau. Cette situation, que nous qualifions de « faillite hydrique », est omniprésente : elle touche déjà des milliards de personnes avec des conséquences déjà visibles sur les sociétés, l’agriculture et les écosystèmes.


Le monde utilise aujourd’hui tellement d’eau douce, dans un contexte de changement climatique, qu’il est désormais en situation de « faillite hydrique ». Par là, il faut comprendre que nombreuses régions ne sont plus en mesure de se remettre des pénuries d’eau à mesure que celles-ci deviennent de plus en plus fréquentes.

Environ 4 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, vivent dans des conditions de grave pénurie d’eau (c’est-à-dire sans accès à une quantité d’eau suffisante pour répondre à tous leurs besoins) pendant au moins un mois par an.

En réalité, beaucoup plus de personnes subissent les conséquences du déficit hydrique : réservoirs asséchés, villes englouties, mauvaises récoltes, rationnement de l’eau, incendies de forêt et tempêtes de poussière dans les régions touchées par la sécheresse.

Les signes de faillite hydrique sont partout, de Téhéran, où les sécheresses et l’utilisation non durable de l’eau ont épuisé les réservoirs dont dépend la capitale iranienne, alimentant les tensions politiques, jusqu’aux États-Unis, où la demande en eau a dépassé les capacités du fleuve Colorado, une source cruciale d’eau potable et d’irrigation pour sept États.

Une femme remplit des récipients avec l’eau d’un puits. Derrière elle, des vaches paissent dans un paysage aride
Les sécheresses ont rendu plus difficile l’approvisionnement en eau pour le bétail et ont entraîné une malnutrition généralisée dans certaines régions d’Éthiopie ces dernières années. En 2022, l’Unicef estimait que jusqu’à 600 000 enfants auraient besoin d’un traitement contre la malnutrition sévère.
Demissew Bizuwerk/UNICEF Ethiopia, CC BY

La faillite hydrique n’est pas seulement une métaphore du manque d’eau. Il s’agit d’une situation chronique qui se développe lorsqu’un endroit utilise plus d’eau que la nature ne peut en remplacer de façon fiable, et lorsque les dommages causés aux ressources naturelles qui stockent et filtrent cette eau, comme les aquifères et les zones humides, deviennent difficiles à réparer.

Une nouvelle étude que j’ai dirigée avec l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’Université des Nations unies (UNU) conclut que nous n’en sommes plus à des crises de l’eau ponctuelles et temporaires. De nombreux systèmes hydrologiques naturels ne sont plus en mesure de retrouver leur état historique. Ces systèmes sont désormais en état de défaillance, que nous proposons d’appeler « faillite hydrique ».

Kaveh Madani, directeur de l’Institut de l’Université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé, explique le concept de « faillite hydrique » (interview en anglais)/TVRI World.

Reconnaître les signes de « faillite hydrique »

Lors d’une faillite financière personnelle, les signes avant-coureurs semblent au départ gérables : retards de paiement, compensés par des emprunts voire des ventes d’objets. Puis la spirale s’accélère. Les premières étapes d’une faillite hydrique sont assez similaires.

Cela commence doucement, d’abord les années sèches, où l’on augmente les prélèvements d’eau souterraine, on utilise des pompes plus puissantes ou encore des puits plus profonds.

Puis on va peut-être, pour répondre aux besoins, transférer l’eau d’un bassin à un autre. On assèche des zones humides et on rectifie le cours des rivières pour laisser de la place aux fermes et aux villes préexistantes.

C’est alors que les coûts cachés commencent à être visibles. Les lacs rétrécissent d’année en année. Les puits doivent être creusés plus profondément. Les rivières qui coulaient autrefois toute l’année deviennent intermittentes. L’eau salée s’infiltre dans les aquifères près de la côte. Dans certains cas, le sol lui-même commence à s’affaisser.

La mer d’Aral (Asie centrale) a considérablement rétréci entre 2000 et 2011. Ce lac d’eau salée était autrefois de forme ovale et couvrait les zones claires jusqu’aux années 1980, mais la surexploitation agricole de plusieurs pays l’a fait disparaître.
NASA

Ce dernier phénomène, appelé subsidence, surprend souvent les gens. Il s’agit pourtant d’un signe caractéristique lié au manque d’eau. Lorsque les nappes phréatiques sont surexploitées, la structure souterraine, qui retient l’eau presque comme une éponge, peut s’effondrer. À Mexico, le sol s’affaisse d’environ 25 centimètres par an. En effet, une fois que les « pores » du sol sont compactés, leur recharge en eau est plus difficile et moins efficace.

Le Global Water Bankruptcy report, publié ce 20 janvier 2026, montre à quel point ce phénomène est en train de se généraliser. L’extraction des eaux souterraines a contribué à un affaissement important du sol sur plus de 6 millions de kilomètres carrés, y compris dans les zones urbaines où vivent près de 2 milliards de personnes. Jakarta (Indonésie), Bangkok (Thaïlande) et Hô Chi Minh-Ville (Vietnam) sont parmi les exemples les plus connus en Asie.

L’agriculture est le plus grand consommateur d’eau au monde, responsable d’environ 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce. Lorsqu’une région est confrontée à un manque d’eau, l’agriculture devient plus difficile et plus coûteuse. Dans certains cas, les agriculteurs peuvent perdre leur emploi, les tensions peuvent augmenter et la sécurité nationale peut être menacée.

Environ 3 milliards de personnes et plus de la moitié de la production alimentaire mondiale sont concentrées dans des régions où les réserves d’eau sont déjà soit en déclin, soit instables. Plus de 1,7 million de kilomètres carrés de terres agricoles irriguées sont déjà soumises à un stress hydrique élevé ou très élevé. Cela menace la stabilité de l’approvisionnement alimentaire dans le monde entier.

Des rangées de dizaines d’amandiers morts gisent dans un champ ouvert, à côté des équipements utilisés pour les retirer
En 2021, en Californie, une grave sécheresse et une pénurie d’eau ont contraint certains agriculteurs à abandonner les cultures nécessitant beaucoup d’irrigation, notamment les amandiers.
Robyn Beck/AFP

Les sécheresses sont également de plus en plus longues, fréquentes et intenses à mesure que les températures mondiales augmentent. Plus de 1,8 milliard de personnes – près d’un humain sur quatre – ont été confrontées à des conditions de sécheresse à un moment ou à un autre entre 2022 et 2023.

Ces chiffres ont des conséquences très concrètes : hausse des prix de l’alimentation, pénuries d’hydroélectricité, risques sanitaires, chômage, pressions migratoires, troubles et conflits.

Comment en est-on arrivé là ?

Chaque année, la nature offre à chaque région une « rente » d’eau sous forme de pluie et de neige. On peut la considérer comme un compte courant : c’est la quantité d’eau à dépenser et à partager avec la nature dont nous disposons chaque année.

Lorsque la demande augmente, nous pouvons puiser dans notre compte d’épargne. Nous prélevons alors plus d’eau souterraine que ce que les milieux peuvent reconstituer. Autrement dit, nous volons la part d’eau dont la nature a besoin et asséchons les zones humides au cours du processus. Cela peut fonctionner quelque temps, tout comme l’endettement peut financer un mode de vie dépensier pendant un certain temps.

Les traces laissées par le niveau de l’eau montrent à quel point le niveau du réservoir a baissé
Le 10 novembre 2025, le niveau d’eau du barrage de Latyan, près de Téhéran, était particulièrement bas. Ce réservoir, qui alimente en partie la capitale iranienne en eau potable, a connu une forte baisse en raison d’une sécheresse prolongée et d’une demande d’eau croissante dans la région.
Bahram/Middle East Images/AFP

Ces sources d’eau sont aujourd’hui en train de disparaître, en tout cas à long terme. En cinq décennies, le monde a perdu plus de 4,1 millions de kilomètres carrés de zones humides naturelles. Les zones humides ne se contentent pas de retenir l’eau. Elles la purifient, atténuent les inondations et servent d’abri à la faune et la flore.

La qualité de l’eau diminue également. La pollution, les intrusions d’eau salée et la salinisation des sols peuvent rendre l’eau trop souillée et trop salée pour être utilisée, contribuant ainsi à la pénurie d’eau.

Une carte montre que la majeure partie de l’Afrique, de l’Asie du Sud et une grande partie de l’ouest des États-Unis présentent des risques élevés liés à l’eau
Les scores globaux des risques liés à l’eau reflètent la valeur agrégée de la quantité d’eau, de sa qualité et des risques réglementaires et réputationnels liés à son approvisionnement. Des valeurs plus élevées indiquent des risques plus importants.
United Nations University Institute for Water, Environment and Health/Aqueduct 4.0, CC BY

Le changement climatique aggrave la situation en réduisant les précipitations dans de nombreuses régions du monde. Il augmente aussi les besoins en eau des cultures et la demande en électricité pour pomper davantage d’eau. Il provoque enfin la fonte des glaciers qui stockent l’eau douce.

Malgré ces problèmes, les États continuent de prélever toujours plus d’eau pour soutenir l’expansion des villes, des terres agricoles, des industries et désormais des data centers.

Tous les bassins hydrographiques du monde ne sont heureusement pas en situation de faillite hydrique. Mais n’oublions pas que ces bassins sont interconnectés du fait de la géographie, du commerce, mais également des migrations et du climat. La faillite hydrique d’une région exercera une pression supplémentaire sur les autres et peut ainsi accroître les tensions locales et internationales.

Ce que nous pouvons faire

Sur le plan financier, une faillite prend fin lorsqu’on modifie la structure des dépenses. C’est la même chose pour la faillite hydrique.

Arrêter l’hémorragie : la première étape consiste à reconnaître que le bilan est déséquilibré. Cela implique de fixer des limites de consommation d’eau qui reflètent la quantité d’eau réellement disponible, plutôt que de simplement forer plus profondément et reporter le problème sur les générations futures.

Protéger le capital naturel, au-delà de l’eau : protéger les zones humides, restaurer les cours d’eau, rétablir la santé des sols et gérer la recharge des nappes phréatiques ne sont pas des actions de confort. Elles sont essentielles au maintien d’un approvisionnement en eau saine, tout comme elles le sont à un climat stable.

Une femme pousse une brouette contenant un récipient rempli d’eau douce. L’océan se trouve derrière elle
Dans les petits États insulaires, comme les Maldives, l’élévation du niveau de la mer menace l’approvisionnement en eau lorsque l’eau salée s’infiltre dans les aquifères souterrains, détruisant les puits.
UNDP Maldives 2021, CC BY

Consommer moins d’eau, mais la partager de façon plus équitable : la gestion de la demande en eau est devenue inévitable dans de nombreux endroits, mais les plans qui réduisent l’approvisionnement des populations pauvres tout en protégeant les plus puissants sont voués à l’échec. Les approches sérieuses comprennent des mesures de protection sociale, un soutien aux agriculteurs pour qu’ils se tournent vers des cultures et des systèmes moins gourmands en eau, et des investissements dans l’efficacité hydrique.

Mesurer ce qui compte vraiment : de nombreux pays gèrent encore l’eau avec des informations partielles. Pourtant, des méthodes modernes, comme la télédétection par satellite, facilitent la surveillance des réserves d’eau et des tendances globales. Cela permettrait d’émettre des alertes précoces concernant l’épuisement des nappes phréatiques, l’affaissement des sols, la disparition des zones humides, le recul des glaciers et la détérioration de la qualité de l’eau.

Prévoir moins d’eau : le plus difficile aspect d’une faillite est l’aspect psychologique. C’est cette dimension qui nous oblige à abandonner ce qu’on tenait pour acquis. La faillite hydrique implique de repenser les villes, les systèmes alimentaires et les économies pour respecter de nouvelles limites et éviter que celles-ci ne se resserrent encore davantage.

En matière d’eau, comme de finance, la faillite peut être un tournant. L’humanité peut continuer à dépenser comme si la nature offrait un crédit illimité, ou elle peut apprendre à vivre sans outrepasser les limites de ses ressources hydrologiques.

The Conversation

Kaveh Madani ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le monde est désormais en « faillite hydrique », selon un rapport de l’ONU – https://theconversation.com/le-monde-est-desormais-en-faillite-hydrique-selon-un-rapport-de-lonu-273832

Des planètes errantes, sans étoile, découvertes par le satellite Euclid

Source: The Conversation – in French – By Hervé Bouy, Professeur, Astrophysique, Université de Bordeaux

Difficiles à observer, les planètes errantes commencent à se dévoiler notamment grâce au télescope Euclid. De futures missions devraient nous en apprendre beaucoup sur ces astres. Hervé Bouy/Cosmic-Dance Team, Fourni par l’auteur

Sa mission est de cartographier le cosmos pour en dévoiler les mystères. Mais au passage, le satellite Euclid a découvert une quinzaine d’exoplanètes sans étoiles : des planètes errantes. On en connaît peu, mais Euclid et de futurs satellites devraient nous aider à comprendre leur formation.


Lorsque le télescope spatial Euclid de l’Agence spatiale européenne (ESA) a été lancé en 2023, son objectif était d’explorer l’un des plus grands mystères de l’Univers : le côté obscur du cosmos. En cartographiant des milliards de galaxies, Euclid doit aider à révéler la nature de la mystérieuse énergie noire qui serait le moteur de l’évolution du cosmos. Il n’avait pas été conçu pour étudier les régions de formation d’étoiles ni pour traquer des planètes.

Mais quelques mois après son lancement, l’ESA a mis en place le programme d’observations préliminaires d’Euclid (Euclid early release observations, ou ERO). Ce programme vise à démontrer les performances exceptionnelles du télescope à travers une large gamme d’objets astrophysiques, qu’il s’agisse de galaxies et d’amas lointains ou de régions de formation d’étoiles beaucoup plus proches. Cela permet de mettre en lumière la polyvalence et la précision des instruments d’Euclid, et prouver leur valeur bien au-delà de sa mission principale de cosmologie.

Des planètes sans soleil

Par définition, les planètes sont censées orbiter autour d’étoiles. Mais certaines sont solitaires, errant dans l’espace interstellaire sans étoile pour les réchauffer. Ces planètes errantes, comme on les surnomme, sont de véritables orphelines du cosmos. On pense qu’elles peuvent s’être formées comme des mini-étoiles, à partir de l’effondrement de petits nuages de gaz et de poussières.

Une autre hypothèse y voit de vraies planètes, nées autour d’une étoile et ayant été violemment éjectées de leur système d’origine. Les détecter et les étudier permet ainsi aux astronomes de mieux comprendre à la fois la formation des étoiles et la formation et l’évolution précoce (et parfois chaotique) des systèmes planétaires.

Jusqu’à présent, repérer ces corps discrets relevait presque de l’impossible tant la lumière qu’ils émettent est faible. Ils sont aussi très difficiles à distinguer d’autres objets astrophysiques, en particulier de galaxies lointaines. Mais Euclid, grâce à la combinaison unique d’un grand champ de vision, d’une résolution fine et d’une sensibilité allant de la lumière visible à l’infrarouge, a changé la donne.

Euclid prend le Taureau par les cornes

Lorsque l’ESA a proposé à la communauté scientifique de participer au programme ERO, notre équipe a suggéré de pointer Euclid vers une région de formation d’étoiles bien connue : le nuage LDN 1495, au sein de la constellation du Taureau, situé à environ 450 années-lumière. Cette région sombre, où le gaz et la poussière se condensent pour former de jeunes étoiles, est étudiée depuis des décennies, mais ne l’avait jamais été avec la précision et la sensibilité fournie par Euclid.

Les observations d’Euclid ont été combinées à plus de vingt ans d’imagerie au sol accumulée par notre équipe et obtenue avec des télescopes, comme le Canada-France-Hawaii Telescope
(CFHT), Subaru ou UKIRT, tous les trois situés sur le sommet du volcan Mauna Kea dans l’archipel hawaiien (États-Unis). Cette longue période d’observation nous a permis de mesurer les mouvements, les luminosités et les couleurs de centaines de milliers de sources faibles dans ces images.

Parmi elles, 15 objets se distinguent. Leur luminosité, leur couleur et leur mouvement correspondent à ceux attendus pour des objets qui se sont formés dans les nuages moléculaires du Taureau. Ces objets partagent certaines propriétés : étant nés à peu près ensemble, ils sont tous jeunes (quelques millions d’années), situés à une distance similaire (celle des nuages, d’environ 425 à 490 années-lumière) et se déplacent ensemble à la même vitesse et dans la même direction dans le ciel, ayant hérité du mouvement du nuage moléculaire où ils sont nés. Neuf de ces quinze objets sont totalement nouveaux, et parmi les plus faibles et les moins massifs jamais détectés dans cette région.

Certains de ces candidats sont incroyablement petits : d’après leur luminosité extrêmement faible, ils pourraient avoir des masses proches ou légèrement supérieures à celle de Jupiter. C’est bien en dessous du seuil de masse d’une étoile ou même d’une naine brune, un astre plus gros qu’une planète, mais trop petit pour être une étoile. Cela les place donc clairement dans la catégorie des objets de masse planétaire. S’ils sont confirmés, ils compteraient parmi les objets les plus légers jamais détectés de manière directe en dehors d’un système solaire.

Une fenêtre sur les origines cosmiques

Cette découverte est bien plus qu’une curiosité : elle ouvre une fenêtre directe sur la façon dont l’Univers fabrique ses étoiles et ses planètes. Ces mondes solitaires se forment-ils de la même manière que les étoiles, à partir de petits fragments de nuages qui s’effondrent sous l’effet de la gravité ? Ou bien sont-ils les orphelins de systèmes planétaires, expulsés par le chaos gravitationnel de leur famille ?

Chacun de ces deux scénarios a des implications différentes pour notre compréhension des premiers stades de la formation stellaire, mais aussi de la formation des planètes. Dans des régions comme la constellation du Taureau, où la densité d’étoiles est faible et les étoiles massives sont rares, ces objets de masse planétaire pourraient se former directement par effondrement gravitationnel, brouillant encore davantage la frontière entre planète et étoile.

Les résultats de notre équipe suggèrent également que ces planètes errantes pourraient ne pas être si rares. En extrapolant nos résultats à l’ensemble du complexe du Taureau, on peut estimer que des dizaines d’entre elles, encore à découvrir, pourraient exister dans cette région.

Un Univers plein de surprises

Ce travail ne constitue qu’une première étape. Euclid a déjà observé d’autres régions de formation d’étoiles dans le cadre du programme ERO, actuellement en cours d’analyse, et pourrait en observer à nouveau à l’avenir, offrant ainsi des mesures de mouvements encore plus précises et des recensements plus complets.

À moyen terme, le futur télescope spatial Nancy-Grace-Roman, dont le lancement est prévu à l’automne 2026, disposera de capacités similaires et complémentaires en grand champ et en infrarouge. Ensemble, ces télescopes ouvriront une ère nouvelle pour l’étude systématique des objets de très faible masse dans les jeunes régions du cosmos.

Enfin, le James-Webb Space Telescope jouera un rôle clé dans le suivi de ces découvertes, en fournissant les observations spectroscopiques indispensables pour confirmer la nature, la masse et la composition des atmosphères de ces mondes errants. Ces missions dessinent un avenir particulièrement prometteur pour l’exploration des origines des étoiles et des planètes errantes.




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Euclid vs James-Webb : le match des télescopes spatiaux ?


Chaque nouveau grand télescope finit par accomplir des découvertes qu’il n’était pas censé faire. Le télescope spatial Hubble a révolutionné la cosmologie, mais il nous a aussi offert des vues spectaculaires des pouponnières d’étoiles. Aujourd’hui, Euclid, construit pour cartographier le squelette invisible du cosmos, révèle de nouveaux mondes en formation flottant dans l’Univers sans attache et sans étoile. Petits, froids et solitaires, ces mondes vagabonds nous rappellent que la frontière entre planète et étoile est mince et que, même dans l’obscurité entre les étoiles, il reste des histoires à découvrir.

The Conversation

Hervé Bouy est membre senior de l’Institut Universitaire de France. Il a reçu des financements du Conseil européen pour la recherche (ERC) et a été employé à l’Agence spatiale européenne (ESA).

ref. Des planètes errantes, sans étoile, découvertes par le satellite Euclid – https://theconversation.com/des-planetes-errantes-sans-etoile-decouvertes-par-le-satellite-euclid-261687

Trump et le Mexique : tensions dans les mots, coopération sécuritaire dans les faits

Source: The Conversation – in French – By Cléa Fortuné, Maîtresse de conférences en civilisation des États-Unis, membre du laboratoire Langages, Littératures, Sociétés, Études Transfrontalières et Internationales (LLSETI)., Université Savoie Mont Blanc

Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump ne cesse de reprocher au pouvoir (de gauche) de Mexico de ne pas en faire assez en matière de lutte contre l’immigration irrégulière et contre le trafic de drogue, et va jusqu’à menacer de frapper militairement les cartels de la drogue implantés sur le sol mexicain. La présidente du Mexique Claudia Sheinbaum lui répond à l’occasion avec véhémence. Mais elle est allée dans son sens sur certains dossiers, à commencer par celui du contrôle de la frontière séparant les deux pays, laquelle est aujourd’hui plus que jamais la zone de tous les dangers pour les migrants.


Dès son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a de nouveau, comme au cours de son premier mandat, placé la frontière avec le Mexique au cœur de son agenda politique. Sécurité nationale, contrôle strict des migrations et guerre contre les cartels de drogues sont redevenus des priorités affichées, tant à la frontière sud qu’à l’intérieur des États-Unis.

Un an plus tard, le bilan de cette première année de mandat révèle une militarisation renforcée, une remise en cause des droits des personnes migrantes et des relations diplomatiques avec le Mexique incertaines.

L’urgence sécuritaire malgré une frontière historiquement calme

Dès janvier 2025, Donald Trump a signé le décret présidentiel Protecting the American People Against Invasion, présenté comme une réponse à ce qu’il décrit comme une « inondation sans précédent de migrations illégales » sous l’administration Biden qui constituerait, selon lui, une « menace » pour la sécurité nationale. Ce décret permet notamment de restreindre les possibilités d’accès à l’asile aux États-Unis et de renvoyer les personnes migrantes sans audience devant un tribunal de l’immigration, rompant avec le droit international et le principe de non-refoulement.

Dans la foulée, l’administration Trump a déclaré l’état d’urgence nationale à la frontière États-Unis/Mexique, une décision qui lui a permis de débloquer des fonds fédéraux pour en renforcer la sécurisation. Cette logique s’est concrétisée en juillet 2025 par l’adoption de la loi dite One Big Beautiful Bill Act qui prévoit 46,5 milliards de dollars pour la construction d’un « mur intelligent » (Smart Wall), combinant barrières physiques, capteurs, drones, et dispositifs de surveillance numérique. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de politiques déjà engagées au niveau des États fédérés, notamment au Texas, où des barrières aquatiques ont été installées dans le Rio Grande dans le cadre de l’Operation Lone Star lancée par le gouverneur républicain Greg Abbott en 2021.

Au-delà de ces dispositifs physiques et technologiques, le mur reste un puissant symbole politique dans le discours de l’administration Trump. À l’instar de son slogan de campagne de 2016, « Build the Wall », l’administration continue de mettre l’accent sur les portions de mur inachevées, qu’elle érige en symbole d’une frontière prétendument « ouverte » permettant l’entrée de migrants qualifiés de « criminels ».

Cette insistance sur les « vides » du mur contraste pourtant avec la réalité de la frontière. Les cartes officielles publiées par la Customs and Border Protection entretiennent d’ailleurs une certaine confusion, en minimisant visuellement l’ampleur des infrastructures déjà existantes. En réalité, sur les 3 150 kilomètres de frontière, environ 1 130 kilomètres de barrières ont été progressivement installés depuis les années 1990, tandis qu’environ 1 100 kilomètres correspondent à une barrière naturelle constituée par le fleuve Rio Grande/Rio Bravo. Depuis mars 2025, les segments en construction – qui visent à remplacer des barrières déjà existantes pour la plupart –, notamment dans la vallée du Rio Grande (sud du Texas), s’inscrivent ainsi davantage dans une logique de continuité administrative (achevant des projets décidés sous l’administration Biden) que dans une réponse à une crise migratoire inédite.

Pourtant, au moment où ces infrastructures se densifient, la frontière États-Unis/Mexique connaît une période d’accalmie. Les mesures sécuritaires et anti-migratoires mises en œuvre dès juin 2024 sous l’administration Biden, et intensifiées en 2025, interviennent dans un contexte qui peut sembler paradoxal. Entre octobre 2024 et octobre 2025, environ 443 671 traversées irrégulières ont été enregistrées, contre 2,5 millions entre octobre 2023 et octobre 2024.

Cette baisse des traversées s’explique en partie par des tendances amorcées sous l’administration Biden, notamment la restriction des possibilités de demande d’asile et la signature d’accords régionaux dans le cadre de la Déclaration de Los Angeles sur la migration et la protection de 2022 qui ont contribué à externaliser la gestion de la frontière sud des États-Unis vers les pays latino-américains. Elle tient également au rôle central joué par le Mexique, qui a intensifié les contrôles migratoires sur son territoire, sous la pression des administrations Trump et Biden. Le Mexique arrête aujourd’hui davantage de migrants en transit vers les États-Unis que les États-Unis eux-mêmes, agissant de facto comme le premier « mur » de la politique migratoire des États-Unis.

De la militarisation de la frontière aux expulsions intérieures

Alors que les traversées diminuent à la frontière, Donald Trump a déplacé son attention vers l’intérieur du territoire états-unien. Dès sa campagne présidentielle, il a annoncé un plan de rapatriements de masse, présenté comme le plus ambitieux de l’histoire des États-Unis, visant jusqu’à un million de personnes par an.

Cette politique s’est traduite par une intensification des raids menés par l’agence en charge des migrations, ICE (Immigration and Customs Enforcement), dans les villes sanctuaires, mais aussi par l’évolution des outils administratifs existants. L’application CBP One, initialement conçue en 2020 et largement utilisée par l’agence CBP (Customs and Border Protection) sous l’administration Biden afin de permettre aux migrants de prendre rendez-vous avec les autorités états-uniennes pour déposer une demande d’asile, a été relancée en mars 2025 avec une nouvelle fonction : celle de faciliter le départ volontaire des non-citoyens.

Le département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security) affirme que 1,9 million de personnes seraient reparties volontairement en 2025, certaines incitées par la promesse d’un billet gratuit pour un vol de rapatriement et d’une aide financière de 1 000 dollars (860 euros), portée à 3 000 dollars (2500 euros) pendant la période de Noël 2025.

Ces chiffres sont toutefois contestés. Un tel exode ne serait vraisemblablement pas passé inaperçu. Des estimations plus plausibles évoquent plutôt environ 200 000 départs volontaires, tandis que de nombreux migrants en situation irrégulière adoptent des stratégies d’invisibilisation afin d’éviter les arrestations et les contrôles. Par ailleurs, un sondage national indique que 15 % des migrants sondés (en situation régulière ou non) auraient envisagé de quitter le pays, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’ils soient effectivement partis.

Des relations diplomatiques incertaines

Le durcissement des mesures anti-migratoires et sécuritaires s’accompagne d’une fragilisation des relations diplomatiques entre les États-Unis et le Mexique.

Dès janvier 2025, l’administration Trump a désigné six organisations criminelles mexicaines comme organisations terroristes étrangères, une décision qui ouvre la possibilité d’interventions militaires. Cette rhétorique coercitive s’est durcie après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis, le 4 janvier 2026, officiellement justifiée par son implication présumée dans des trafics de drogues. Dans ce contexte, Donald Trump a de nouveau évoqué la possibilité d’une action militaire au Mexique, accusant le pays d’être géré par les cartels de drogues et de ne pas en faire assez pour endiguer les traversées irrégulières et le trafic de fentanyl.




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Cette relation asymétrique renvoie à une tradition plus ancienne de la politique étrangère des États-Unis. Donald Trump évoque lui-même une « Doctrine Donroe », contraction de son nom et de la Doctrine Monroe. Si cette dernière, formulée en 1823, visait à écarter les puissances européennes des Amériques, son corollaire de 1904 (le corollaire Roosevelt) légitimait déjà l’intervention des États-Unis dans les affaires intérieures des pays latino-américains.

Face à ces accusations, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a adopté une ligne diplomatique à la fois prudente et ferme. Tout en réaffirmant la coopération du Mexique avec les États-Unis dans la lutte contre le trafic de drogues, elle a rejeté toute intervention militaire états-unienne sur le sol mexicain. Elle a également condamné l’intervention des États-Unis au Venezuela, invoquant les principes de la souveraineté et d’intégrité territoriale.

Cette montée des tensions pourrait laisser penser à la possibilité d’une rupture des relations bilatérales. Pourtant, les critiques publiques du Mexique face aux menaces d’actions unilatérales des États-Unis s’articulent avec une coopération sécuritaire étroite et durable entre les deux pays.




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Lorsque, en septembre 2025, le secrétaire d’État Marco Rubio qualifie l’intensification de la coopération bilatérale entre Mexico et Washington d’« historique », il s’agit moins d’un tournant que de la poursuite d’une relation qui s’inscrit dans la durée.

De l’Initiative Mérida lancée en 2008 à la pression exercée par l’administration Biden sur le gouvernement d’Andres Manuel Lopez Obrador pour déployer des dizaines de milliers de membres de la garde nationale mexicaine à sa frontière avec le Guatemala et accepter des rapatriements de migrants non mexicains, les États-Unis ont, depuis longtemps, délégué une part essentielle de la gestion de leur frontière au Mexique.

Malgré la baisse des traversées irrégulières observée en 2025, la frontière États-Unis/Mexique demeure l’une des frontières terrestres les plus dangereuses au monde. La militarisation accrue, la suspension du droit d’asile, la surveillance massive et les pressions diplomatiques exercées sur le Mexique y produisent une violence structurelle, et font de la frontière un espace d’exception au cœur de la stratégie anti-migratoire et sécuritaire du second mandat de Donald Trump.

The Conversation

Cléa Fortuné ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Trump et le Mexique : tensions dans les mots, coopération sécuritaire dans les faits – https://theconversation.com/trump-et-le-mexique-tensions-dans-les-mots-cooperation-securitaire-dans-les-faits-272928

Où va la démocratie française ?

Source: The Conversation – in French – By Nonna Mayer, Directrice de recherche au CNRS/Centre d’études européennes, Sciences Po

Depuis la dissolution de juin 2024, le système politique français semble grippé et la confiance des Français dans les institutions politiques s’érode. Pourtant, la recherche montre que les citoyens ne rejettent pas la démocratie en tant que telle, ils rejettent un système politique qui ne fonctionne plus comme une démocratie.

La France s’est installée dans une zone de turbulences démocratiques durables. Effondrement des partis de gouvernement, poussée de la droite radicale populiste et fragmentation de l’Assemblée nationale nourrissent depuis quelques décennies l’idée d’une démocratie structurellement déstabilisée. La séquence électorale de 2024, marquée par des élections européennes triomphales pour le Rassemblement national (RN), la dissolution surprise de l’Assemblée nationale et l’aggravation de la crise du fait majoritaire, a amplifié ce diagnostic d’une démocratie fragilisée.

Ces turbulences masquent pourtant un paradoxe : si la confiance des Françaises et des Français dans les institutions politiques s’érode, leur attachement aux valeurs démocratiques demeure très solide. Contrastant avec un discours répandu, les recherches que nous avons menées avec 23 autres chercheurs mettent en évidence que les Français ne sont pas fatigués de la démocratie mais d’un système politique qui, à leurs yeux, ne fonctionne plus comme une démocratie.

Une démocratie toujours plébiscitée mais jugée dysfonctionnelle

Les enquêtes internationales sont sans ambiguïté. Selon la dernière vague de l’« Enquête sur les valeurs des Européens » (2018), plus de 90 % des Français considèrent la démocratie comme un bon régime politique. Un soutien comparable à celui observé dans la plupart des démocraties européennes, et largement devant le soutien à une alternative technocratique ou à un gouvernement autoritaire. De la même manière, une large majorité estime qu’il est essentiel de vivre dans un pays gouverné démocratiquement, avec une note moyenne de 8,6 sur une échelle allant de 1 pour « pas important du tout » à 10 pour « absolument important ».

Les Françaises et les Français sont nettement plus sévères quand il s’agit d’évaluer le fonctionnement de leur démocratie. Quand on leur demande à quel point la France est gouvernée démocratiquement, ils la situent à 6,4 sur une échelle où 1 indique « pas du tout démocratique » et 10 « complètement démocratique ». Cela conduit à un niveau de satisfaction dans la démocratie très modeste, de l’ordre de 5,2 selon l’« Enquête sociale européenne » de 2020. Le même décalage entre adhésion et insatisfaction démocratique apparaît dans la plupart des autres pays européens.

Une fatigue démocratique « par le haut »

La crise actuelle ne traduit donc pas un rejet des valeurs démocratiques, mais une remise en cause d’un système institutionnel perçu comme n’étant plus en phase avec ces valeurs. Loin d’une fatigue démocratique « par le bas », c’est-à-dire parmi les citoyens, il s’agit plutôt d’une fatigue démocratique « par le haut », c’est-à-dire d’un processus dans lequel les pratiques de gouvernement contribuent à effriter la confiance des citoyens.

Le constat est désormais bien documenté dans la littérature comparative : les démocraties libérales s’affaissent moins sous l’effet d’une désaffection populaire ou d’un déficit de performances économiques et sociales que par des choix politiques, des logiques partisanes et des contournements institutionnels opérés par les élites au pouvoir. En France, plusieurs évolutions ont alimenté cette dynamique.

La centralisation extrême de la Ve République a progressivement transformé un exécutif fort en un exécutif hypertrophié, marginalisant le Parlement et affaiblissant les espaces de médiation censés coproduire la confiance démocratique : partis politiques, syndicats, corps intermédiaires… Les usages répétés de l’article 49.3, les négociations difficiles avec les partenaires sociaux ou encore les conventions citoyennes dont les recommandations ont été partiellement ou totalement écartées, ont renforcé l’idée que les dispositifs participatifs et délibératifs, supposés remédier aux dysfonctionnements de la démocratie électorale, restent largement symboliques.

Cette rigidification des pratiques de gouvernement s’est accompagnée d’une répression plus visible des mobilisations sociales. Des travaux récents, ainsi que la défenseure des droits, ont attiré l’attention sur la normalisation de dispositifs d’exception, l’extension du maintien de l’ordre judiciaire et administratif, et l’usage accru de qualifications pénales restrictives. De la gestion du mouvement des gilets jaunes à celle des mobilisations contre la réforme des retraites, la protestation, pourtant pilier historique de la vie politique française, s’est vue de plus en plus disqualifiée voire criminalisée. Ces évolutions ont aujourd’hui réduit la capacité de la société civile à influencer durablement l’agenda politique.

Des aspirations démocratiques qui se déplacent

Face à la fermeture des canaux conventionnels, les aspirations démocratiques se déplacent vers des formes d’expression plus faiblement institutionnalisées : blocages, actions locales, pétitions, mobilisations numériques. Celles-ci traduisent un désir persistant de participation à la fabrique des choix publics.

Par ailleurs, les Françaises et Français sont maximalistes en matière de démocratie : ils adhèrent massivement aux piliers électoraux et constitutionnels du régime libéral, mais aussi à la dimension sociale de la démocratie, qui suppose l’égalité réelle et la protection contre l’arbitraire économique. On constate également un fort soutien à une souveraineté populaire plus directe, qui va de pair avec l’attrait pour des formes de démocratie sans intermédiaires. Les citoyens ordinaires tirés au sort ou les experts sont perçus comme capables de prendre des décisions rationnelles et rapides, transcendant les divisions politiques.

Les données du baromètre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) 2023 confirment ce soutien élevé aux réformes démocratiques. Le référendum recueille notamment une adhésion majoritaire, en particulier parmi les citoyens qui se sentent exclus de la représentation politique. Les électeurs du Rassemblement national, souvent décrits comme antidémocratiques, ne font pas exception à cette logique. Une part importante d’entre eux soutient des dispositifs de démocratie directe ou délibérative. Paradoxalement, ce parti qui valorise l’ordre et l’autorité ne trouve pas ses meilleurs soutiens chez les personnes en faveur d’un « dirigeant fort qui n’a à se préoccuper ni du Parlement ni des élections », mais chez celles qui souhaiteraient plutôt que « des citoyens tirés au sort décident ce qui leur paraît le meilleur pour le pays ». L’idée selon laquelle l’électorat de droite radicale populiste serait par principe hostile à la démocratie ne résiste pas à l’examen empirique.

Une démocratie sociale en berne

Le décalage entre valeurs démocratiques et fonctionnement institutionnel s’enracine dans les inégalités sociales. La précarité économique, les faibles niveaux de revenus et de diplômes comme les discriminations raciales s’accompagnent d’un sentiment aigu de ne pas compter politiquement. Le score EPICES, qui mesure la précarité sociale individuelle, est fortement associé à l’abstention répétée. Les minorités racisées comme les classes populaires vivent la représentation comme distante, parfois hostile, et développent un rapport à la fois utilitaire et méfiant à la politique.

Les institutions de l’État social – école, logement, justice, services publics – constituent des lieux centraux où les citoyens font l’expérience concrète et émotionnelle de la démocratie. Or, sous l’effet de contraintes budgétaires et de réformes structurelles de long terme, ces institutions ont vu leur capacité protectrice se recomposer ; ce qui alimente un sentiment d’abandon et d’injustice. Sans un socle minimal de justice sociale, l’égalité politique formelle et l’État de droit peinent à produire de la légitimité durable.

La France est-elle alors en voie de basculer dans l’autocratisation ? En comparaison européenne, l’attachement à la démocratie est élevé. La participation record aux législatives anticipées de 2024 – plus de 66 %, soit près de vingt points de plus qu’en 2022 – rappelle aussi que les citoyens peuvent se mobiliser lorsque l’enjeu est perçu comme décisif. Enfin, il faut voir dans l’attrait des Français pour différentes formes de démocratie le signe d’une culture démocratique mature et exigeante, qui entend combiner pluralisme, efficacité, inclusion et capacité décisionnelle. Cela représente une opportunité pour l’action publique pour réinventer les règles du jeu démocratique en mêlant plusieurs façons de décider.

Que faire ?

Dans ces conditions, la réponse aux turbulences actuelles ne peut se limiter à des ajustements techniques. Elle suppose une refondation du lien politique.

Les assemblées citoyennes dotées de pouvoirs réels, les référendums d’initiative citoyenne encadrés, les budgets participatifs décisionnels ou les dispositifs délibératifs sur les politiques complexes sont des instruments éprouvés et bénéficiant, on l’a vu, d’un soutien populaire significatif.

En définitive, la France se trouve à un carrefour. Une voie mène à la poursuite de la centralisation technocratique, à la déresponsabilisation des élites et à la tentation illibérale. L’autre ouvre sur un nouvel horizon démocratique, où la participation citoyenne produit de véritables décisions.

Le choix appartient moins aux citoyens, dont l’attachement aux valeurs démocratiques ne faiblit pas, qu’aux responsables politiques, aujourd’hui appelés à réformer un système perçu comme verrouillé. Les Français ne sont pas fatigués de la démocratie. Ils sont fatigués d’une démocratie inachevée, car vécue comme défaillante et confisquée.

The Conversation

Frédéric Gonthier a reçu des financements du programme Horizon Europe n°1010952237: TRUEDEM—Trust in European Democracies.

Nonna Mayer ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Où va la démocratie française ? – https://theconversation.com/ou-va-la-democratie-francaise-271396

Compter sur ses doigts aide-t-il un enfant à progresser en maths ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Jennifer Way, Associate Professor in Primary and Early Childhood Mathematics Education, University of Sydney

Contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas nécessaire de décourager les enfants de compter sur leurs doigts. Une étude publiée récemment apporte quelques éléments d’explication.


Si vous demandez à un jeune enfant de résoudre une opération mathématique simple, telle que 4 + 2, il est possible qu’il compte sur ses doigts pour trouver la solution. Devrions-nous encourager ce type de réflexe ? La question peut paraître simple, mais il est étonnamment complexe d’y répondre.

Certains enseignants et parents pourraient dire que, oui, car cela semble aider les jeunes enfants à apprendre les chiffres. D’autres pourraient être plus réticents, arguant que cela pourrait ralentir la mise en place de stratégies mentales.

Une nouvelle étude suisse montre que les enfants qui comptent sur leurs doigts dès leur plus jeune âge obtiennent de meilleurs résultats pour résoudre des additions que ceux qui ne le font pas.

Que dit la recherche ?

Les chercheurs ont de vifs débats entre eux quant à l’intérêt pour les enfants de compter sur leurs doigts.

Les psychologues scolaires affirment que cela aide les enfants à élaborer des stratégies sans surcharger leur mémoire de travail (la capacité de notre cerveau à stocker des informations pendant un court laps de temps pendant que nous réfléchissons à quelque chose), jusqu’à ce qu’ils maîtrisent des stratégies plus abstraites.

Les chercheurs en cognition incarnée (apprentissage par l’action) affirment que l’association des doigts et des chiffres est « une action naturelle » et qu’elle doit donc être encouragée. Les neuroscientifiques pourraient également noter que des parties similaires du cerveau s’activent lorsque vous bougez vos doigts et pensez à des chiffres, ce qui aide la mémoire.

Plusieurs études menées en classe ont montré que les enfants qui utilisent des stratégies avec leurs doigts pour résoudre des problèmes mathématiques obtiennent de meilleurs résultats que ceux qui ne le font pas, jusqu’à l’âge de 7 ans environ, où l’inverse devient vrai.

Ainsi, avant l’âge de 7 ans, il vaut mieux compter sur ses doigts. Après 7 ans, il vaut mieux ne plus le faire.

Pourquoi en est-il ainsi ? Qu’est-ce que cela signifie pour l’enseignement des mathématiques ? Cela fait l’objet d’un débat depuis plusieurs années.

Une nouvelle étude auprès de 200 enfants

Une nouvelle étude de l’Université de Lausanne a permis de franchir un cap dans ce débat.

Les chercheurs affirment que les précédentes études nous ont laissé deux explications possibles à cette apparente bascule dans les avantages du fait de compter sur les doigts vers l’âge de 7 ans.

Une interprétation est que les stratégies fondées sur le décompte des doigts deviennent inefficaces lorsque les questions mathématiques se complexifient (par exemple, 13 + 9 est plus difficile que 1 + 3), de sorte que les enfants qui les utilisent obtiennent de moins bons résultats.

L’autre possibilité est que les enfants qui n’utilisent pas de stratégies digitales à l’âge de 7 ans (et qui obtiennent de meilleurs résultats que ceux qui les utilisent) en étaient auparavant des utilisateurs mais sont passés à des stratégies mentales plus avancées.

Pour démêler ces explications contradictoires, les chercheurs ont suivi près de 200 enfants âgés de 4,5 ans à 7,5 ans et ont évalué leurs compétences en addition et leur utilisation des doigts tous les six mois.

Ils ont notamment suivi si et quand les enfants ont commencé et arrêté d’utiliser leurs doigts. Ainsi, à chaque point d’évaluation, il a été noté si les enfants n’utilisaient pas leurs doigts, s’ils venaient de commencer à les utiliser, s’ils continuaient à les utiliser ou s’ils avaient arrêté de les utiliser.

Quels sont les résultats de l’étude ?

L’étude a révélé qu’à l’âge de 6,5 ans, la plupart des enfants qui n’utilisaient pas leurs doigts étaient en fait d’anciens utilisateurs. Ces anciens utilisateurs étaient également ceux qui obtenaient les meilleurs résultats aux questions d’addition et continuaient à s’améliorer un an plus tard. L’importance de cette découverte réside dans le fait que, dans les études précédentes, ces enfants très performants avaient seulement été identifiés comme des enfants n’utilisant pas leurs doigts, et non comme d’anciens utilisateurs de stratégies basées sur les doigts.

Dans la nouvelle étude suisse, seuls 12 enfants n’ont jamais utilisé leurs doigts au fil des ans, et ils constituaient le groupe le moins performant.

De plus, l’étude a montré que les « débutants tardifs » utilisant des stratégies de comptage sur les doigts, qui continuaient à utiliser ces stratégies à l’âge de 6,5 à 7,5 ans, n’étaient pas aussi performants que les anciens utilisateurs de leurs doigts.

Dans la nouvelle étude suisse, seuls 12 enfants n’ont jamais utilisé leurs doigts au fil des ans, et ils constituaient le groupe le moins performant.

De plus, l’étude a montré que les « débutants tardifs » utilisant des stratégies de comptage sur les doigts, qui continuaient à les mobiliser à l’âge de 6,5 à 7,5 ans, n’étaient pas aussi performants que les anciens utilisateurs.

Quelles conséquences en tirer ?

Les résultats de cette étude longitudinale unique sont éloquents. Il semble raisonnable de conclure que les enseignants et les parents devraient encourager le fait de compter sur ses doigts dès la maternelle, et pendant les deux premières années d’école.

Cependant, l’étude suisse s’est principalement concentrée sur des enfants européens blancs issus de milieux socio-économiques moyens à élevés. Trouverions-nous des résultats aussi clairs dans une école publique multiculturelle de niveau moyen ? Nous pensons que oui.

Notre propre étude 2025 a révélé une grande variété de méthodes pour compter sur les doigts dans ces écoles, mais lorsque les enseignants y prêtaient attention, cela favorisait les compétences des enfants en matière de calcul.

Les parents peuvent montrer aux enfants d’âge préscolaire comment représenter les chiffres, par exemple en levant trois doigts et en disant « trois ».

Aidez-les à s’entraîner à compter de un à dix, en levant un doigt à la fois. Une fois qu’ils auront commencé, le reste viendra naturellement. Il n’est pas nécessaire de les décourager de le faire. Les enfants cessent naturellement d’utiliser leurs doigts lorsqu’ils n’ont plus besoin de ce recours.

The Conversation

Jennifer Way a reçu un financement du ministère de l’Éducation de Nouvelle-Galles du Sud, Fonds de recherche stratégique (2021-2024). ID : G212850.

Katherin Cartwright a reçu un financement du ministère de l’Éducation de Nouvelle-Galles du Sud, Fonds de recherche stratégique (2021-2024). ID : G212850.

ref. Compter sur ses doigts aide-t-il un enfant à progresser en maths ? – https://theconversation.com/compter-sur-ses-doigts-aide-t-il-un-enfant-a-progresser-en-maths-272407

Pourquoi l’affichage environnemental textile pourrait-il changer nos habitudes d’achat ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Anthony Chung Chai Man, Assistant Professor, ESCE International Business School

Un affichage de type éco-score sur les vêtements pourrait-il avoir un impact sur les habitudes de consommation, en orientant les consommateurs vers les marques les plus vertueuses ? Ces derniers seraient-ils prêts à payer plus cher des vêtements respectueux de l’environnement ? Deux facteurs vont influencer la réponse des acheteurs : l’impact de l’éco-score sur l’image du vêtement et sur leur sentiment de culpabilité.


L’industrie textile est réputée être l’une des plus polluantes au monde, produisant 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et 20 % de la pollution de l’eau potable (Agence européenne pour l’environnement. Pourtant, contrairement au secteur alimentaire où le Nutri-Score est devenu familier en quelques années, le textile ne dispose pas encore de systèmes d’étiquetage environnemental largement reconnu dans le monde entier.




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Face à ce vide, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a lancé une expérimentation d’éco-score textile, dans le cadre de la loi Climat et résilience, avec l’objectif de donner une information synthétique aux consommateurs pour identifier les vêtements les plus respectueux de l’environnement. Mais ce type d’affichage peut-il vraiment influencer les comportements d’achat ? Et surtout, sommes-nous prêts à payer plus cher pour des vêtements plus respectueux de l’environnement ?

Bien que plus de la moitié des consommateurs expriment le souhait que les marques de mode adoptent des pratiques plus vertueuses en matière d’écologie, moins d’un tiers se disent réellement prêts à débourser davantage pour des vêtements conçus de manière durable.

Un signal qui change la donne

Nous avons étudié dans un article à paraître l’impact que pourrait avoir un indicateur de type éco-score sur la propension à payer un surprix, c’est-à-dire un prix plus élevé, pour des vêtements plus durables. Après avoir interrogé 136 clients dans deux magasins d’une même marque de vêtement, six scénarios ont été testés via une expérimentation en ligne auprès de 277 répondants. Les manipulations (des AB tests) correspondent aux éco-scores allant de A (très bon) à E (très mauvais), ainsi que l’absence de score.

L’éco-score est un signal efficace pour encourager les consommateurs à payer un surprix à travers deux mécanismes : l’image verte perçue de la marque et la culpabilité anticipée.

L’image verte, un levier pour les marques

À l’heure où la fast-fashion explose (Shein a connu une croissance de 57 % en un an), il devient crucial de proposer des alternatives plus durables, qui ne soient pas seulement une forme de greenwashing.

Notre étude montre que les scores A et B, en améliorant significativement « l’image verte » des marques, augmentent la propension des consommateurs à payer un surprix, par rapport au même vêtement proposé sans indication de score. À l’inverse, les scores D et E ont un effet plus négatif que l’absence de score, alors que le score C a des effets similaires à l’absence de score.

L’image verte perçue de la marque joue ainsi un rôle clé. Un affichage environnemental clair et crédible améliore cette image, et peut donc devenir un levier stratégique pour les marques les plus vertueuses.

Le prix de l’innocence

De manière contre-intuitive, notre étude révèle que seul le score E (le plus défavorable) génère plus de culpabilité anticipée comparativement à l’absence de score. La culpabilité est définie comme « l’anticipation d’un sentiment que l’on peut éprouver lorsqu’on envisage de violer ses normes personnelles ». Le score C, souvent perçu comme neutre, ou le D (négatif) ont les mêmes effets sur la culpabilité des consommateurs que l’absence de score. Cela souligne l’importance d’un affichage obligatoire, car sans signal clair, même un produit écologique peut être perçu comme peu vertueux. En effet, sans étiquette, les consommateurs ne détectent pas le caractère durable du produit, et ne sont donc pas enclins à payer plus cher. À l’inverse, une marque peu écologique qui n’affiche rien évite de générer de la culpabilité, ce qui peut favoriser l’achat.

Or, notre recherche montre que plus les consommateurs se sentent coupables, moins ils sont prêts à payer un surprix. Un affichage environnemental positif (scores A ou B) permet donc non seulement de valoriser les efforts des marques, mais aussi de réduire la culpabilité liée à l’achat, favorisant ainsi des comportements plus responsables.

France 24, 2024.

Peur sur l’image des marques

Au-delà de son rôle incitatif, l’éco-score pourrait aussi jouer un rôle dissuasif : en rendant visibles les pratiques peu vertueuses, il pénalise les entreprises non responsables en exposant leur impact environnemental aux yeux des consommateurs. Ce mécanisme de signalement négatif pourrait encourager les marques à revoir leurs chaînes de production, sous peine de voir leur image écologiquement dégradée. L’absence de score, elle aussi, devient suspecte, puisqu’elle peut être interprétée comme une volonté de cacher des pratiques peu durables.

Trop de labels ?

Reste le problème du nombre de labels, aujourd’hui nombreux et parfois confus. Notre recherche montre qu’un affichage standardisé et bien conçu peut aider à clarifier les choix. Les consommateurs veulent un signal simple et auxquels ils sont déjà familiers (« on a l’habitude de ce genre d’étiquette, comme pour le Nutri-Score ou l’électroménager », indique une des personnes interrogées). Mais attention : il ne s’agit pas dans notre étude de consommer moins, mais de consommer mieux.

La généralisation de l’éco-score textile pourrait encourager des pratiques d’achat plus durables, à condition que les marques jouent le jeu de la transparence ou qu’elles y soient contraintes. Pour les consommateurs, c’est une opportunité de faire des choix plus éclairés – et pour les marques, une chance de redéfinir leur positionnement éthique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pourquoi l’affichage environnemental textile pourrait-il changer nos habitudes d’achat ? – https://theconversation.com/pourquoi-laffichage-environnemental-textile-pourrait-il-changer-nos-habitudes-dachat-271414

La fabrique du « bon patient » : comment les affiches de santé publique nous façonnent

Source: The Conversation – France in French (3) – By Anouchka Divoux, Maîtresse de conférences en Sciences du Langage et Didactique des Langues, Université de Lorraine

Nous les croisons partout, sans vraiment y prêter attention : dans les salles d’attente, les couloirs d’hôpitaux, les stations de métro ou les écoles. Les affiches de santé publique semblent n’être que de simples rappels destinés à nous aider à « bien nous comporter ». Mais, sous leurs couleurs pastel et leurs slogans bienveillants, elles transmettent une vision très précise, et rarement neutre, de ce que doivent être la santé, le citoyen et la responsabilité.


« N’attendez pas les premiers effets des fortes chaleurs », « Debout, chez vous – 10 astuces anti-sédentarité », « Avec le cannabis, on peut vite se sentir dépassé », « Pour un mode de vie plus équilibré, chaque petit pas compte »…

Les affiches de santé publique qui fleurissent toute l’année autour de nous constituent autant de rappels destinés à nous inciter à faire les bons gestes, à adopter les bons comportements pour notre santé. Cependant, loin d’être de simples supports d’information, elles sont aussi des outils de normalisation.

Elles individualisent des problèmes collectifs, construisent un référentiel universel trompeur et occultent les inégalités sociales, matérielles ou linguistiques qui rendent certains comportements difficiles, voire impossibles.

Sous couvert d’aide ou de prévention, elles déplacent subtilement les responsabilités collectives vers les individus. Décryptage.

Quand informer devient prescrire

En tant que chercheuses en sciences du langage, nous avons été interpellées par les réactions de jeunes adultes interrogés dans le cadre du projet CARES (« Comprendre, analyser et repenser les énoncés “brefs” dans les campagnes nationales de prévention de la santé »).

Face à une affiche dénonçant les violences verbales et physiques envers les soignants, l’ensemble des participants a condamné ces pratiques. Cependant, davantage que l’adhésion au message véhiculé par l’affiche en question, les réactions recueillies ont mis en lumière un élément de discours sous-jacent : les participants ont largement dénoncé le jugement moral porté par l’affiche, soulignant l’absence d’explications concernant les défaillances structurelles de l’État sur ces problématiques, susceptibles d’être à l’origine de ces agressions.

Les participants ont immédiatement pointé que, sur l’affiche, rien n’était dit du sous-effectif, de la saturation des services ou des interminables heures d’attente. Autrement dit, le poster condamnait un comportement individuel, sans évoquer aucun des facteurs structurels qui alimentent ces tensions.

Cette observation nous a conduits à constater que les messages de ce type ne se limitent pas à présenter une situation, mais qu’ils tendent à orienter le comportement des individus.

Une question est dès lors apparue centrale dans notre étude : les messages des affiches de santé visent-ils à éclairer ou à orienter le comportement des individus ? Autrement dit, le rôle social de ces affiches est-il d’« informer sur » ou plutôt « d’inciter à » ?

La nuance est primordiale : si l’information vise à raconter et à expliquer pour faire circuler un savoir, l’incitation cherche à orienter nos actions en prescrivant quoi faire et comment, tout en nous informant des conséquences d’un éventuel non-respect.

Partant de ce constat, nous nous sommes interrogées sur les mécanismes et les raisons qui amènent la communication publique à déplacer l’objet de ses messages et à transférer une responsabilité collective vers les individus.

Prévention plutôt que promotion de la santé ? Une confusion qui n’est jamais neutre

Dans le langage institutionnel, le terme prévention et l’expression promotion de la santé sont souvent employés comme s’ils allaient de soi, alors même qu’ils recouvrent des réalités très différentes.

La prévention, telle qu’elle est mise en scène dans la plupart des affiches, repose sur la discipline individuelle. Les messages proposés visent à éviter un risque ou l’aggravation d’une pathologie en demandant aux individus d’adopter un « bon » comportement : annuler un rendez-vous, se laver les mains, ne pas se rendre aux urgences pour un problème bénin, etc.

La promotion de la santé, quant à elle, vise à transformer l’environnement social pour rendre les comportements souhaités possibles. Cette approche relève d’une tout autre logique. Il ne s’agit plus seulement de dire aux individus quoi faire, mais de créer les conditions favorables à l’action : horaires adaptés, renforcement de l’accueil, simplification administrative, médiation linguistique, etc.

Sous les affiches rassurantes, un ordre social se dessine

Comme l’a montré le sociologue Érik Neveu, les messages de santé publique fabriquent une citoyenneté sanitaire sans conflits sans antagonismes, sans classes sociales, un espace où l’effacement des tensions donne l’illusion d’un consensus moral.

Si chacun adoptait les « bons réflexes », le système fonctionnerait mieux. Peu à peu, « informer » se mue en « orienter », « accompagner » en « commander », « prévenir » en « moraliser ». La santé, pensée hier comme un droit collectif, glisse vers un devoir individuel où le devoir de se soigner prend la place du droit à la santé.

C’est précisément dans ce basculement vers une responsabilisation individuelle que se joue l’ambiguïté des campagnes. Derrière l’apparente neutralité des messages, une confusion s’installe entre prévention et promotion de la santé.

Ce brouillage n’est jamais neutre car il laisse entendre que si le système dysfonctionne, c’est avant tout parce que les citoyens n’adoptent pas le comportement attendu. Autrement dit, derrière les appels au « bon sens » sanitaire se construit une véritable forme de gouvernement des conduites.

Comment la santé publique fabrique le « bon patient »

Pour saisir les ressorts de cette orientation, les travaux du philosophe français Michel Foucault et du sociologue britannique Nikolas Rose constituent un cadre d’analyse particulièrement opérant, en développant notamment la notion de biopolitique.

Le biopolitique désigne la manière dont le pouvoir s’exerce non plus uniquement sur les territoires et les lois, mais directement sur la vie des individus et des populations. En résumé : les institutions modernes gèrent également les populations par le biais de la santé, de la natalité, de l’hygiène, etc. L’État ne contrôle plus directement l’individu mais l’incite à s’autodiscipliner et à s’autoréguler.

Foucault montre ainsi que les institutions modernes gouvernent les populations en agissant sur leurs comportements : hygiène, sport, alimentation, gestion du « capital santé » comme on gère un capital économique. Rose prolonge cette réflexion en décrivant un citoyen sommé de devenir l’entrepreneur de son propre corps, toujours vigilant, anticipant, optimisant.

Dans les sociétés néolibérales, la santé devient une norme morale et identitaire, il y a donc « responsabilisation biologique ». Pour Rose, l’individu est sommé de devenir un acteur actif de sa propre santé, sous peine d’être considéré comme irresponsable, voire coupable. Dans ce cadre, ne pas être un « bon patient » devient presque une faute morale.

Cette reconfiguration du rôle du citoyen ne dépend pas seulement des dispositifs administratifs et politiques, elle s’exprime aussi dans la manière même dont les institutions prennent la parole. Le langage institutionnel ne se limite pas à relayer des faits. Il construit et impose en réalité une « vérité sociale », portée par l’autorité de celui qui énonce.

Abordées sous l’angle de la performativité du langage (Austin, 1962 ; Butler, 2004, ces affiches énoncent tout autant des comportements attendus qu’elles contribuent à produire la figure du « bon patient », celui qui est prévoyant, calme, discipliné, autonome, respectueux, et relègue à la défaillance, voire à la faute, celles et ceux qui s’en écartent.

Entre humour et culpabilité : comment une affiche produit le « bon usager »

L’affiche des « lapins posés aux rendez-vous médicaux » est un exemple très parlant de ce type de processus. Cette campagne de sensibilisation à la gestion du parcours de soin transforme un problème systémique en faute individuelle, à travers un dispositif graphique, langagier ainsi que moral, politiquement et économiquement pensé.


DR — l’Assurance maladie

L’affiche montre un lapin qui patiente sur une chaise dans une salle d’attente, accompagné du slogan : « Ne posez pas de lapin à un médecin. Annulez et votre rendez-vous profitera à quelqu’un. »

À partir d’un énoncé construit sur une métaphore légère (le lapin) et par l’usage d’un langage simple, familier, infantilisant ou humoristique (rime : lapin/médecin), on délivre un message culpabilisant.

On observe un contraste entre la légèreté de la formule et la gravité de la conséquence évoquée : la perte de temps médical. Le lecteur est face à un énoncé qui prescrit une conduite ou un comportement socialement/moralement requis : il faut annuler son rendez-vous !

Or, dans cette affiche, le patient est le seul acteur nommé et mis en cause, les raisons systémiques de la situation sont complètement effacées. Le fonctionnement, ou plutôt les dysfonctionnements, du système de santé aboutissant à ces annulations de dernières minutes n’est pas non plus questionné.

Le manque de praticiens peut en effet entraîner des délais de rendez-vous très longs, délais qui augmentent le risque de potentiels oublis de date. Certains patients peuvent rencontrer des difficultés à contacter le médecin ou son secrétariat pour annuler. Sans oublier que tous les patients ne maîtrisent pas nécessairement – ni techniquement ni linguistiquement – les plates-formes de rendez-vous. D’autres raisons peuvent aussi aboutir au fait que certains patients décident de ne pas se présenter au rendez-vous. On peut par exemple citer l’angoisse de l’annonce d’une maladie potentielle, qui peut faire tourner les talons à certaines personnes en dernière minute.

L’objet du message véhiculé par cette affiche est de culpabiliser les patients « défaillants ». À sa lecture, le lecteur est engagé dans une sorte de dette symbolique envers les soignants : « il n’y a déjà pas beaucoup de rendez-vous possibles donc en plus si on n’y va pas… C’est honteux ! »

Le soin se trouve ainsi dépolitisé ; c’est le comportement individuel – ici, le fait de ne pas honorer un rendez-vous – qui serait responsable de la dégradation du système, plutôt que ses limites structurelles. L’idée sous-jacente est claire et renvoie à l’opposition entre « bons usagers » et « usagers déviants », récurrente dans les discours institutionnels contemporains.

Autrement dit, l’individu est sommé d’être un citoyen discipliné et donc un acteur efficient de la santé publique. Ces éléments de discours mettent ainsi en œuvre une forme de paternalisme discursif et effacent une forme de dialogue en considérant le lecteur comme un sujet à éduquer plutôt qu’un citoyen à accompagner. Cet aspect renvoie au « registre autoritaire masqué », selon lequel « la violence symbolique s’exerce avec le consentement de ceux qui la subissent, par le biais du langage ».

Les affiches de santé ne sont pas neutres

Considérer les affiches de santé dans leur dimension sociale et linguistique permet de rappeler que la santé publique ne se réduit pas à convaincre chacun d’être un « bon patient », mais à construire collectivement les conditions qui rendent les « bons comportements » possibles.

En effet, cette polarisation entre « bon usager » et « usager déviant » reflète une logique de gestion néolibérale des comportements, où l’individu devient responsable du bon fonctionnement du système. L’orientation choisie pour élaborer ces campagnes tend à faire disparaître la dimension politique des questions de santé, comme les inégalités sociales, les politiques publiques ou les choix économiques.

Elle masque également les déterminants sociaux de la santé, tels que la précarité, l’environnement, le stress ou l’illettrisme. Tout cela se fait au profit d’un discours centré sur la volonté, l’effort et la discipline relevant d’une responsabilité individuelle et de choix présentés comme purement personnels et « naturels ».

Pour les publics précarisés et faiblement scolarisés, ces affiches deviennent alors une double peine : ils sont responsables selon la norme, bien qu’étant souvent incapables d’en saisir pleinement les codes.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La fabrique du « bon patient » : comment les affiches de santé publique nous façonnent – https://theconversation.com/la-fabrique-du-bon-patient-comment-les-affiches-de-sante-publique-nous-faconnent-273512

La génération Z souffre davantage d’épuisement professionnel que toute autre génération. Voici pourquoi et ce qui peut être fait

Source: The Conversation – in French – By Nitin Deckha, Lecturer in Justice Studies, Early Childhood Studies, Community and Social Services and Electives, University of Guelph-Humber

Les travailleurs de la génération Z font état de niveaux d’épuisement professionnel parmi les plus élevés jamais enregistrés, et de nouvelles recherches suggèrent qu’ils croulent sous un stress sans précédent.

Si les personnes de tous âges affichent des niveaux d’épuisement professionnel, la génération Z et la génération Y signalent un « pic d’épuisement professionnel » à un âge plus précoce. Aux États-Unis, un sondage réalisé auprès de 2 000 adultes a révélé qu’un quart des Américains sont épuisés avant l’âge de 30 ans.

De même, une étude britannique a mesuré l’épuisement professionnel sur une période de 18 mois après la pandémie de Covid-19 et a révélé que les jeunes de la génération Z signalaient des niveaux d’épuisement professionnel de 80 %. Des niveaux plus élevés d’épuisement professionnel parmi la cohorte de la génération Z ont également été signalés par la BBC il y a quelques années.

Une enquête menée dans 11 pays auprès de plus de 13 000 employés et cadres de première ligne a révélé que les travailleurs de la génération Z étaient plus susceptibles de se sentir épuisés (83 %) que les autres employés (75 %).

Une autre étude internationale sur le bien-être a révélé que près d’un quart des 18-24 ans souffraient d’un « stress ingérable », 98 % d’entre eux déclarant présenter un ou plusieurs symptômes d’épuisement professionnel.

Au Canada, un sondage réalisé par Canadian Business a révélé que 51 % des répondants de la génération Z se sentaient épuisés, un pourcentage inférieur à celui des millénariaux (55 %), mais supérieur à celui des baby-boomers (29 %) et de la génération X (32 %).

En tant qu’enseignant universitaire depuis de nombreuses années auprès d’étudiants de la génération Z et père de deux enfants de cette génération, je trouve stupéfiant le niveau d’épuisement professionnel de la génération Z dans le monde du travail actuel. Plutôt que de rejeter les jeunes travailleurs en les qualifiant de distraits ou trop exigeants en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, nous devrions peut-être considérer qu’ils tirent la sonnette d’alarme sur ce qui ne va pas au travail et sur la manière dont nous pouvons y remédier.


25-35 ans : vos enjeux, est une série produite par La Conversation/The Conversation.

Chacun vit sa vingtaine et sa trentaine à sa façon. Certains économisent pour contracter un prêt hypothécaire quand d’autres se démènent pour payer leur loyer. Certains passent tout leur temps sur les applications de rencontres quand d’autres essaient de comprendre comment élever un enfant. Notre série sur les 25-35 ans aborde vos défis et enjeux de tous les jours.

Qu’est-ce que le l’épuisement professionnel ?

L’épuisement professionnel peut varier d’une personne à l’autre et d’un métier à l’autre, mais les chercheurs s’entendent généralement sur ses caractéristiques fondamentales. Il survient lorsqu’il y a un conflit entre ce qu’un travailleur attend de son emploi et ce que celui-ci exige réellement.

Ce décalage peut prendre plusieurs formes : des tâches professionnelles ambiguës, une surcharge de travail, ou un manque de ressources ou de compétences nécessaires pour répondre aux exigences d’un poste.

En bref, l’épuisement professionnel est plus susceptible de se produire lorsqu’il y a un décalage croissant entre les attentes d’une personne vis-à-vis de son travail et de la réalité. Les jeunes travailleurs, les femmes et les employés ayant moins d’ancienneté sont particulièrement exposés au risque d’épuisement professionnel.

L’épuisement professionnel évolue généralement selon trois dimensions. Si la fatigue en est souvent le premier symptôme perceptible, le deuxième est le cynisme ou la dépersonnalisation, qui conduit à l’aliénation et au détachement du travail. Ce détachement conduit à la troisième dimension de l’épuisement professionnel : une baisse du sentiment d’accomplissement personnel ou d’efficacité personnelle.




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Pourquoi la génération Z est-elle particulièrement vulnérable à l’épuisement professionnel ?

La génération Z est vulnérable pour plusieurs raisons. Tout d’abord, de nombreux membres de la génération Z sont entrés sur le marché du travail pendant et après la pandémie de Covid-19.

C’était une période de profonds bouleversements, d’isolement social et de changement des protocoles et des exigences de travail. Ces conditions ont perturbé l’apprentissage informel qui se fait généralement par le biais d’interactions quotidiennes avec des collègues, difficiles à reproduire dans le cadre d’un travail à distance.

Deuxièmement, les pressions économiques générales se sont intensifiées. Comme l’affirme l’économiste américaine Pavlina Tcherneva, « la mort du contrat social et la précarisation des emplois » – l’espoir qu’une formation universitaire déboucherait sur un emploi bien rémunéré – a laissé de nombreux jeunes dans une situation beaucoup plus précaire.

L’intensification des perturbations économiques, l’aggravation des inégalités, l’augmentation des coûts du logement et de la vie et la montée de l’emploi précaire ont exercé une pression financière accrue sur cette génération.

Un troisième facteur est la restructuration du travail qui s’opère sous l’influence de l’intelligence artificielle. Comme l’a écrit Ann Kowal Smith, spécialiste des stratégies en milieu de travail, dans un article récent publié dans Forbes, la génération Z est la première génération à entrer sur un marché du travail défini par une « nouvelle architecture du travail : des horaires hybrides qui fragmentent les relations, une automatisation qui supprime le contexte et des dirigeants trop occupés pour donner l’exemple en matière de jugement ».


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Que peut-on faire ?

Si vous lisez cet article et que vous vous sentez épuisé, la première chose à savoir est que vous ne réagissez pas de manière excessive et que vous n’êtes pas seul. Heureusement, il existe des moyens de s’en remettre.

L’un des remèdes les plus négligés contre l’épuisement professionnel consiste à lutter contre l’aliénation et l’isolement qu’il engendre. La meilleure façon d’y parvenir est de créer des liens et d’établir des relations avec les autres, en commençant par vos collègues de travail. Cela peut être aussi simple que de demander à un collègue comment il va après une réunion, ou d’organiser un café hebdomadaire avec un collègue.




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Par ailleurs, il est important d’abandonner l’idée que travailler trop est synonyme de mieux travailler. Fixez des limites au travail en bloquant du temps dans votre agenda et en indiquant clairement votre disponibilité à vos collègues.

Mais les stratégies d’adaptation individuelles ont leurs limites. Les solutions plus fondamentales doivent venir des lieux de travail eux-mêmes. Les employeurs doivent proposer des conditions de travail plus flexibles, notamment en matière de bien-être et de santé mentale. Les dirigeants et les responsables doivent communiquer clairement leurs attentes professionnelles, et les lieux de travail doivent mettre en place des politiques visant à examiner et à redistribuer de manière proactive les charges de travail excessives.

Kowal Smith a également suggéré de mettre en place une nouvelle « architecture d’apprentissage » sur le lieu de travail, qui inclurait le mentorat, fournirait des boucles de rétroaction et récompenserait la curiosité et l’agilité.

Ces efforts conjugués de transformation du lieu de travail pourraient humaniser celui-ci, réduire l’épuisement professionnel et améliorer l’engagement, même à l’ère de l’intelligence artificielle. Un lieu de travail qui convient mieux à la génération Z est finalement plus efficace pour nous tous.

La Conversation Canada

Nitin Deckha est membre de l’Institute for Performance and Learning et de la Canadian Community of Corporate Educators.

ref. La génération Z souffre davantage d’épuisement professionnel que toute autre génération. Voici pourquoi et ce qui peut être fait – https://theconversation.com/la-generation-z-souffre-davantage-depuisement-professionnel-que-toute-autre-generation-voici-pourquoi-et-ce-qui-peut-etre-fait-272142

Dérapages sur Twitter/X : le départ discret des universités

Source: The Conversation – in French – By Denis Carlier, Doctorant en science politique (UQAM) et en histoire (université d’Angers), Université du Québec à Montréal (UQAM)

Longtemps colonne vertébrale de la sociabilité académique en ligne, Twitter/X se vide désormais de ses universitaires. Le virage idéologique de la plate-forme vers l’extrême droite après son rachat par Elon Musk en 2022 a poussé les chercheurs à ne plus rester passifs : le « Twitter scientifique » se fragmente, puis se dissout, au profit d’un écosystème dispersé… et plus méfiant.

Créée en 2006, Twitter/X s’était imposé comme la plate-forme de prédilection des professions intellectuelles. Malgré le rejet par de nombreux universitaires des positions d’extrême droite d’Elon Musk, beaucoup ont eu du mal à quitter le réseau après son rachat en 2022, faute d’alternative offrant les mêmes ressources professionnelles.

L’attentisme dominait, dans l’espoir qu’une alternative émergerait, freinée par la nécessité d’atteindre une masse critique, en particulier pour les comptes les plus suivis capables d’attirer le public plus passif.

Un sondage publié en juin dernier conclut finalement à un éclatement du « Twitter scientifique », avec à la fois un intérêt renouvelé pour des plates-formes préétablies (YouTube, Instagram, LinkedIn), l’investissement de nouvelles plates-formes (Bluesky, Mastodon) et un retour aux lettres d’information, aux courriels et aux interactions en personne.




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Élections, émeutes et ingérences : les déclencheurs d’un exode académique

Plusieurs événements auront pu servir de déclencheur au départ de Twitter/X, depuis le rachat lui-même et l’introduction d’un système d’abonnement premium jusqu’à la restauration du compte de Donald Trump, suspendu après l’attaque du Capitole.

Des événements plus locaux ont aussi servi de déclencheur, comme le blocage judiciaire de Twitter/X au Brésil à l’automne 2024, après le refus de Musk de suspendre des comptes liés à la tentative de coup du 8 janvier 2023. En Grande-Bretagne, son soutien aux émeutes anti-immigration de l’été 2024 a également précipité des départs. Le milliardaire avait auparavant amplifié la portée de Tommy Robinson, l’un des artisans des émeutes, en restaurant son compte.

L’événement majeur aura cependant été la réélection de Donald Trump en novembre 2024, à l’issue d’une campagne financée par Elon Musk. L’association des deux noms, la consternation face à une campagne marquée par les mensonges racistes, et les craintes quant aux politiques à venir ont agi comme un électrochoc bien au-delà des États-Unis. Dès novembre, des universitaires très suivis annonçaient leur départ pour Bluesky.

Les événements évoqués ne suffisent toutefois pas à expliquer, à eux seuls, la dissolution du « Twitter universitaire ». S’y ajoutent notamment les frustrations associées à la fin de l’interface de programmation (API) gratuite, utilisée pour de nombreuses recherches empiriques, ou le risque réputationnel pour les comptes les plus influents.

Le risque de harcèlement n’est pas le même pour tous : il concerne particulièrement les femmes, avec des campagnes qui peuvent s’étaler sur des années et mènent rarement à des condamnations.

Dans plusieurs pays, le départ des institutions s’est trouvé motivé par l’ingérence d’Elon Musk dans la politique nationale. Cela a été le cas en Grande-Bretagne après les émeutes de l’été 2024, avec notamment des annonces de départ de la part de la bibliothèque de York University et de la London Metropolitan University.

Ce désengagement est cependant demeuré largement silencieux, d’autres institutions arrêtant simplement de poster de nouveaux messages, dont la London Business School.

En Allemagne et en Autriche, c’est une intervention vidéo d’Elon Musk lors d’un rassemblement du parti d’extrême droite AfD qui a déclenché, en janvier 2025, le départ concerté d’une soixantaine d’universités. Au même moment en France, Polytechnique ou l’École des hautes études en sciences sociales annonçaient leur départ, suivies par d’autres universités. Au Pays-Bas enfin, un phénomène semblable a eu lieu.




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Un départ en toute discrétion

Cette tendance a été beaucoup plus discrète en Amérique du Nord. Toutefois, sans en faire grande publicité, les deux tiers des universités du Québec ont bien cessé de mettre à jour leur compte officiel. Le 27 janvier 2025, l’UQAR annonçait en interne sa décision, après avoir stoppé toute communication durant l’automne. Le compte de l’Université de Montréal, non alimenté depuis le 11 février, comprend en description la mention « Ce compte est inactif ». Enfin l’ÉTS publiait le 5 décembre un message annonçant son basculement vers Bluesky, après des mois d’inaction.

Pour la plupart des universités, ce départ a été parfaitement silencieux. On le constate pour l’UQTR (dernier message le 17 octobre 2024), l’UQAT, Polytechnique, ou encore HEC.

L’UQAC (octobre 2021) et le Collège militaire royal Saint-Jean (juin 2024) ont précédé cette vague, cet établissement ayant même supprimé son compte au cours de l’année 2025. Quant au compte de l’Institut national de la recherche scientifique, il est désormais passé en mode « privé ».

Seules six universités québécoises continuent aujourd’hui de communiquer sur Twitter/X : l’UQAM, l’UQO, l’Université Laval, Bishop’s, Concordia et McGill.

Parmi les raisons expliquant le maintien d’un compte institutionnel figure, selon le chercheur en communication Andy Tattersall, une volonté d’éviter l’usurpation d’identité, de laisser ouverte la possibilité de revenir, de maintenir une veille des discussions à propos de l’université et de maximiser la capacité à communiquer. Sur ce dernier point, on peut noter cependant un effondrement de l’engagement avec la fin du Twitter académique. Un tweet de l’UQAM n’atteint aujourd’hui que 100 à 200 personnes, avec un nombre négligeable de clics mensuels.

Parmi les raisons de quitter le réseau figure à l’inverse le risque réputationnel associé à une plate-forme d’extrême droite. La reprise en main du réseau par Elon Musk a également été marquée par des décisions incongrues, annoncée par des réactions impulsives à certains tweets. De quoi susciter une perte de confiance face à un manque de prévisibilité et de constance.


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Fin de la neutralité des plates-formes

En faisant de Twitter/X son bac à sable personnel, Elon Musk rend de plus en plus difficile toute dissociation entre l’homme et le réseau social. Depuis son rachat, la modération des contenus a été considérablement réduite. Coutumier de sorties haineuses, souvent présentées comme de simples provocations pour rire (« pour le lulz »), Musk partage également des messages d’autres comptes pour en amplifier la diffusion – une pratique qui fait l’objet d’une plainte en France, déposée par la boxeuse algérienne Imane Khelif.

Le milliardaire est aussi engagé personnellement dans la guerre contre les sciences de l’administration Trump. Il y contribue notamment à travers l’outil conversationnel Grok, intégré à Twitter/X en novembre 2023. En novembre 2025, Grok faisait l’apologie de la Shoah. Deux mois plus tard, l’outil était utilisé pour générer des images pédopornographiques ou « déshabiller » des femmes par hypertrucage (deepfake).

Au-delà des prises de position d’Elon Musk, la droitisation de Twitter/X a accentué des dérives déjà présentes. Le harcèlement et la haine, autrefois perçus comme des abus, s’imposent désormais comme des traits centraux du réseau. L’échec relatif d’un « Bluesky académique » et le retour à des formats plus traditionnels, comme l’infolettre, relancent enfin la question d’un déclin des réseaux sociaux, marqué par une baisse globale du nombre de messages publiés, au profit de la simple consultation (lurking).

La Conversation Canada

Denis Carlier a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), du Réseau québécois en études féministes (RÉQEF) et de la Société québécoise de science politique (SQSP). Il possède un compte Twitter, inactif depuis plusieurs années.

ref. Dérapages sur Twitter/X : le départ discret des universités – https://theconversation.com/derapages-sur-twitter-x-le-depart-discret-des-universites-270209