L’espace postsoviétique, un territoire lyrique au croisement d’identités et de circulations culturelles

Source: The Conversation – France (in French) – By Frédéric Lamantia, Docteur en géographie et maître de conférences, UCLy (Lyon Catholic University)

Projet de théâtre national de Tiflis (1881, aujourd’hui Tbilissi), en Géorgie, par l’architecte russe Victor Schröter (1839-1901).

D’abord art de cour, devenu au XIXe siècle vecteur d’affirmation nationale, puis instrument associé au pouvoir à l’ère soviétique, l’art lyrique des territoires postsoviétiques a connu une histoire riche de réinventions. Nous poursuivons ici notre série d’articles « L’opéra : une carte sonore du monde ».


Évoquer l’opéra dans l’espace postsoviétique ne consiste pas à décrire un patrimoine musical et architectural homogène mais demande d’analyser un vaste champ de circulations d’ordre culturel dans l’espace européen inscrites dans des territoires aux trajectoires impériales, religieuses et politiques profondément différenciées. De la Russie européenne à l’Asie centrale, du Caucase aux rives de la Baltique, l’histoire de l’opéra révèle des processus complexes d’importation, d’appropriation et de réinterprétation, où s’entrelacent dynamiques locales et projets politiques à différentes échelles.

Un art de cour importé d’Europe de l’Ouest

Tout d’abord, notons qu’avant l’implantation de l’art lyrique occidental dans ces territoires, des formes vocales préexistantes relèvent du chant liturgique orthodoxe dans les régions slaves ou de traditions orales dont le chant diphonique dans le Caucase et en Asie centrale. C’est par la suite que l’opéra s’implante dans l’Empire russe dès le XVIIIᵉ siècle comme un art de cour réservé à l’aristocratie qui en possède le monopole jusqu’en 1882.

Cette culture lyrique importée d’Italie, de France et d’une moindre mesure d’Allemagne, déborde des capitales impériales pour s’implanter progressivement sur tout le territoire. Dès le début du XIXᵉ siècle, des spectacles sont régulièrement donnés en italien. Plusieurs grandes villes se dotent de théâtres lyriques comme Kiev en 1867 ou Kharkov et Kazan en 1874.

Une esthétique liée à l’histoire et à la musique locales

L’opéra devient alors un outil important de construction identitaire tandis que son esthétique musicale tend à prendre de la distance vis-à-vis des modèles occidentaux pour mieux mettre en exergue le coloris national et la vision slavophile de l’histoire russe, caractéristiques de l’ensemble de l’opéra russe du XIXᵉ siècle.

En Russie, Mikhaïl Glinka ouvre la voie avec Une vie pour le tsar (1836), en intégrant chansons populaires et références historiques dans une forme opératique européenne. Si la matrice reste similaire, le contenu esthétique se teinte de mélodies empruntées à la vie locale.

Affirmations identitaires

Cette orientation musicale est approfondie ensuite par les compositeurs du « Groupe des cinq » : César Cui (1835-1918), Modeste Moussorgski (1839-1881), Alexandre Borodine (1833-1887), Mili Balakirev (1837-1910) et Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908). Ces derniers puisent dans les chants archaïques, les modes orientalisants et les légendes nationales des matériaux rythmiques et sonores propres à souligner l’authenticité de ce lien avec le terroir et d’en affirmer l’identité. Boris Godounov, de Modeste Moussorgsky, ou le Prince Igor, d’Aleksandr Borodine, illustrent cette articulation entre identité nationale, dramaturgie historique dans un contexte de circulation des formes musicales européennes sur l’ensemble du continent.

Par ailleurs, des dynamiques comparables apparaissent dans d’autres régions de l’Empire. En Ukraine, Nikolaï Lysenko donne l’occasion à la langue et à la tradition populaire ukrainiennes de s’affirmer sur la scène lyrique, notamment avec Taras Boulba. En Azerbaïdjan, Uzeyir Hajibeyov crée Leyli et Majnun, souvent considéré comme le premier opéra dans l’Orient musulman, en combinant structure opératique occidentale et improvisation mugham. Ces œuvres témoignent d’une appropriation originale de l’art lyrique occidental via une créativité usant d’un savant métissage donnant de fait à l’identité musicale locale la possibilité de devenir un vecteur de reconnaissance culturelle.

Instrumentalisation par le pouvoir soviétique

Cependant, la révolution de 1917 marque une rupture importante. D’abord perçu comme un art bourgeois, l’opéra est rapidement instrumentalisé par le pouvoir soviétique qui l’ouvre à la classe ouvrière au sein de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Si certaines villes, comme Bakou, ont connu la construction de théâtres d’opéra avant la révolution, les années 1920-1930 puis celles d’après-guerre voient se constituer progressivement un vaste réseau de théâtres lyriques aptes à proposer des œuvres prônant l’héroïsme de l’homme soviétique, l’amour pour les proches et pour la Patrie.

En effet, sur le plan artistique, les premiers opéras soviétiques privilégient des sujets contemporains et historiques porteurs de messages idéologiques clairs. Dans les années 1930, l’influence de la chanson « de masse », largement diffusée par le cinéma sonore et la radio, conduit à une simplification du langage musical. L’opéra le Don paisible, d’Ivan Dzerjinski, incarne un style fondée sur la mélodie populaire et le chœur, visant une large accessibilité. Cette orientation esthétique montre cependant ses limites en affaiblissant parfois la profondeur dramatique.

En outre, à partir de la fin des années 1920 et surtout après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs compositeurs cherchent des synthèses musicales plus ambitieuses à l’image de Sergueï Prokofiev, avec Semyon Kotko (1939). Les héros des opéras de cette période – ouvriers, soldats ou paysans – incarnent la vertu collective, le courage patriotique et la fidélité aux valeurs familiales et nationales dans un cadre dramatique, exaltant la grandeur du projet socialiste.

De même, Dmitri Kabalevski parvient à concilier chant populaire et formes symphoniques dans la Famille de Taras (1950), illustrant ainsi une voie médiane entre accessibilité et exigence artistique.

De surcroît, des opéras historiques, comme les Décembristes (1925), de Yuri Shaporin, côtoient des œuvres ancrées dans les traditions locales. Cette production participe à une politique de soft power interne : en célébrant l’« amitié entre les peuples », l’État soviétique valorise la diversité culturelle tout en imposant un cadre idéologique commun et la généralisation de langue russe.

D’autre part, un relatif assouplissement idéologique s’opère à partir des années 1960 permettant une diversification des formes et un regain d’intérêt pour des œuvres contemporaines, nationales ou étrangères. L’opéra ajoute ainsi son influence à celles du théâtre dramatique et du cinéma, confirmant sa capacité d’adaptation. Loin de disparaître, il demeure un espace de dialogue entre traditions locales et langages modernes puis s’emploie à dépasser les frontières, œuvrant à sa manière à une diplomatie culturelle qui s’ouvre sur l’Occident.

Enfin, l’éclatement de l’URSS après 1991 entraîne une recomposition profonde du paysage lyrique. Chaque État suit désormais sa propre trajectoire, mais partout l’opéra reste un marqueur de prestige et un outil de soft power. Les scènes postsoviétiques alternent grand répertoire européen et œuvres nationales tandis que les tournées internationales et les coproductions prolongent les échanges culturels amorcés à l’époque impériale.

Ainsi, introduit comme art de cour, devenu au XIXᵉ siècle un vecteur d’affirmation nationale puis transformé en instrument associé au pouvoir, l’art lyrique joué dans les territoires postsoviétiques porte encore aujourd’hui les traces de ces strates successives tout en continuant à innover. Dans les œuvres de Glinka, Hajibeyov, Prokofiev et bien d’autres compositeurs soviétiques, l’opéra apparaît comme un marqueur géographique révélant une histoire où identité et échanges culturels restent indissociablement liés.


Merci à Nataliia Moroz, docteur en géographie, linguiste, traductrice, actuellement médiatrice scientifique à la Société de mathématiques appliquées et de sciences humaines (Smash), qui a co-écrit cet article.

The Conversation

Frédéric Lamantia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’espace postsoviétique, un territoire lyrique au croisement d’identités et de circulations culturelles – https://theconversation.com/lespace-postsovietique-un-territoire-lyrique-au-croisement-didentites-et-de-circulations-culturelles-275274

Arrowhead marks found in Central Asia could prove the existence of ‘Homo sapiens’ 80,000 years ago

Source: The Conversation – France – By Hugues Plisson, archéologue spécialisé en tracéologie (reconstitution de la fonction des outils préhistoriques par l’analyse de leurs usures), Université de Bordeaux

Obi-Rakhmat rock shelter in Uzbekistan, micro-point hafting and main game hunted around the site 80,000 years ago (artwork courtesy of Malvina Baumann). Malvina Baumann, Fourni par l’auteur

Unretouched triangular microlithic projectile points have been identified from their impact traces in the oldest occupation layers of the Obi-Rakhmat site in Uzbekistan, dating to 80,000 years ago. Their size corresponds to small arrowheads, which are directly comparable to those produced by Homo sapiens during an incursion into Neanderthal territory in the Rhône Valley, 25,000 years later. This new study, published in PLOS One journal, provides a strong argument that could rewrite history on Homo sapiens‘ first settlement in Europe.

The chrono-cultural and anthropological frameworks of prehistory, along with the evolutionary models they inspired, were first created in Western Europe, especially France, in the second half of the 19th century. They were initially linear and Eurocentric: Cro-Magnons (European early modern humans), descending from Neanderthals, laid the foundations for the civilisational superiority claimed by this part of the world at the time. It was not until a century later that the African origin of Homo sapiens, as well as the technological and social features that characterised the Western Upper Palaeolithic (symbolic productions, long-distance networks, and diversified lithic and bone tools and weapons), were recognised.

The earliest evidence of Homo sapiens in Australia, dating back around 65,000 years (Clarkson et al., 2017), predates that found in Europe by 10 millennia, while the ways in which our ancestors initially colonised Western Eurasia over 45,000 years ago remain contentious. The temporal alignment of the earliest European Upper Palaeolithic settlements with those in the Levant, which are considered the closest in terms of typology and technology, is still not satisfactory. This is either because the Levantine data comes from old excavations or because it does not fit into the supposed direct lineage. Despite its geographical proximity to Africa, the origins of the Initial Upper Palaeolithic in the Levant are themselves uncertain. This is why the possibility of a Central Asian origin suggested by archaeologist Ludovic Slimak in 2023 (Slimak, 2023) deserves attention.

A site in Central Asia

View from the Obi-Rakhmat rock shelter on the end of the Tien Shan. Hugues Plisson.
Fourni par l’auteur

Depending on climatic conditions, Central Asia has served as a corridor facilitating movement between the western and eastern parts of the continent or as a refuge zone. The archaeological record in this region is limited but includes several significant Palaeolithic sites.

Among them is the Obi-Rakhmat rock shelter in Uzbekistan, discovered in 1962, whose latest excavation campaigns were led by Andrei Krivoshapkin. At the south-western end of the Talassky Alatau range of the Tien Shan mountains, at an altitude of 1,250 metres, the settlement provides a remarkably consistent lithic industry, comprising points, large blades, and bladelets across a stratigraphic sequence spanning over 10 metres, dating from approximately 80,000 to 40,000 years ago. This industry was initially classified as part of the Initial Upper Palaeolithic but it appears to derive from the Levantine Early Middle Palaeolithic. The early Middle Palaeolithic, associated with archaic Homo sapiens at the Misliya cave (Hershkovitz et al., 2018), disappeared from the Near East around 100,000 years ago. At Obi-Rakhmat, the skull remains of a child found in a layer dating back ~70,000 years show features considered to be Neanderthal and others to be anatomically modern, a combination that could be the result of hybridisation.

Massive blades but microlithic points

Elements of lithic industry from layer 21 at Obi-Rakhmat: unretouched blades (1-2), large retouched blade (3), pointed retouched blades (4-5), impacted retouched points (6-8), unretouched Levallois micro-point (9), unretouched impacted micro-points (10-11). Hugues Plisson.
Fourni par l’auteur

In this context, our international multidisciplinary team has identified tiny, unretouched, triangular projectile points within the lithic debris of the oldest stratigraphic layers. These points were distinguished based on their macroscopic and microscopic impact marks, which were compared to experimental reference data. Due to their small size (less than 2 cm in width and weighing only a few grams) and brittleness, they would have been unsuitable for mounting on heavy shafts. The width of their cutting edges corresponds to the diameter of arrow shafts documented ethnographically for low-poundage bows, consistent with transcultural invariants rooted in physical and ballistic constraints.

Two unretouched micro-points recovered from layer 21 of Obi-Rakhmat. One is intact, while the other is broken and shows scratches resulting from use as a projectile head. The matchstick illustrates their small size.
Fourni par l’auteur

A question of ballistics

Thrown piercing weapons are complex systems whose components are not interchangeable from one type of weapon to another, as they meet different requirements in terms of intensity and nature of stress.

The significant impact force of spears held or thrown by hand makes the robustness of the weapon an essential parameter, both in terms of effectiveness and the hunter’s survival, with mass ensuring robustness, impact force and penetration. In contrast, the penetration of light projectiles shot from a long distance depends on their sharpness, because their kinetic energy, which is much lower, comes mainly from their speed, which, unlike mass, decreases very rapidly along the trajectory and in the target. As this speed cannot be achieved by the extension of the human arm alone, it necessarily depends on the use of a throwing instrument. Arrowheads and spearheads or javelin heads are therefore not designed according to the same criteria and cannot be mounted on the same shafts, the dimensions and degree of elasticity of which are also essential in terms of ballistics. Thus, as in palaeontology, where the shape of a tooth reveals the type of diet and suggests the mode of locomotion, the characteristics of a point provide clues as to the type of weapon of which it is the wounding element.

Weaponry specific to ‘Sapiens’?

The tiny size of Obi-Rakhmat’s points cannot be regarded as a default choice, not only because there is no shortage of good-quality lithic raw material on site from which large blades were made, but microscopic examination of traces of use or wear also shows that within this same assemblage there are also much more robust retouched points (15 to 20 times heavier and 3 to 4 times thicker), similarly impacted by use as axial projectile points (the size of spearheads or javelin heads).

Returning to the bibliography and our own work on Middle Palaeolithic tools (Plisson et Beyries, 1998), we found that the presence in the same assemblage of various types of projectile points and inserts, some of which were microlithic and produced for this purpose, is only known at Homo sapiens sites. The oldest documented occurrences are in South Africa in the Pre-Still Bay (more than 77,000 years old) and later cultural layers of the Sibudu cave. In contrast, lithic points damaged by use as projectile heads are rare in the Neanderthal record. When present, they tend to be large and do not notably differ in size, manufacture or type from points used for activities other than hunting, such as gathering plants or butchery. This difference in the design of tools and weapons takes on anthropological significance.

Levallois points from the Um El Tlel site in Syria, from the Late Middle Palaeolithic period in the Levant attributed to Neanderthals. From left to right: graphic reconstruction based on a fragment found embedded in a donkey vertebra, plant knife blade, butcher knife blade. These multipurpose points are 2 to 3 times wider than the micro-points from Obi-Rakhmat. Hugues Plisson.
Fourni par l’auteur

Given their respective dates, the distance between South Africa and Central Asia (14,000 km) and the difference in the manufacture of the Obi-Rakhmat and Sibudu weapon heads (unretouched knapped stone points vs. shaped stone points or retouched inserts, shaped bone points), the hypothesis of independent centres of invention is the most likely.

From the foothills of the Tien Shan to the Rhône Valley 25,000 years later

The micro-points from Obi-Rakhmat have no known equivalents in the Eurasian Middle Palaeolithic, except for identical projectile points identified by Traceology expert Laure Metz (Lewis et al., 2023) at the Mandrin site, in the Rhône Valley, France, in a layer dating to approximately 54,000 years ago – some ten thousand years before the disappearance of local Neanderthals. Notably, a Homo sapiens milk tooth was also recovered from this layer (Zanolli et al., 2022. The similarity between the micro-points from Obi-Rakhmat and Mandrin, despite being separated by more than 6,000 km and 25 millennia, is such that they could be interchanged without any detail other than the stone betraying the substitution.

Morphological and functional similarity between the micro-points of Obi-Rakhmat and Mandrin, broken by their use as projectile head. The location and extent of their fracture (highlighted in red and blue and macroscopic detail) are indicative of axial impact. Hugues Plisson.
Fourni par l’auteur

Recent work published by paleogeneticists Leonardo Vallini (Vallini et al., 2024) and Stéphane Mazières (Mazières et al., 2025) defines the Persian Plateau, on the north-eastern edge of which Obi-Rakhmat is located, as a population hub where the ancestors of all present-day non-Africans lived between the early phases of expansion out of Africa – long before the Upper Palaeolithic – and the wider colonisation of Eurasia. This resource-rich environment may have provided a refuge conducive to demographic regeneration after the genetic bottleneck of the exit from Africa, interaction between groups and, consequently, technical innovations.

On either side of the Persian plateau (orange box), genetically identified as a refuge area for the concentration and demographic development of first Homo sapiens who left Africa, Obi-Rakhmat and Mandrin share the same micro-projectile points, 25,000 years and 6,000 km apart. Hugues Plisson.
Fourni par l’auteur

Obi-Rakhmat and Mandrin may represent two geographical and temporal milestones within the same process of dispersal, as suggested by Ludovic Slimak (Slimak, 2023), characterised by the dissemination of a key technological innovation unique to Homo sapiens. So far unnoticed because they are unretouched, tiny and fragmentary, it is likely that the micro-projectile points for which recognition criteria have now been defined will begin to appear at sites between Central Asia and the western Mediterranean.

Premises for a new scenario of the western peopling by ‘Homo sapiens’

This discovery is stimulating in several ways.

It validates the consistency of the research conducted at the Mandrin site, which came to the conclusion that Sapiens armed with bows made a brief incursion into Neanderthal territory. Several elements of this study had been criticised (Klaric et al., 2024)– which is, however, normal in science when a new proposal deviates too far from established knowledge – but its predictive dimension had not been considered at the time.

The similarity between Mandrin and Obi-Rakhmat’s micro-points cannot be a mere coincidence. It is not only their shape that is similar, but also the way they are made, which requires real expertise, as evidenced by the meticulous preparation of their striking platform and their function. One could debate the appropriate instrument for shooting arrows armed with such tiny tips, the bow being in filigree, or whether it is preferable to remain cautious and speak only of shooting, but this already contrasts with what we know about Neanderthal hunting weapons and their design.

Another remarkable aspect, which is still relatively uncommon, is the convergence and complementarity of data from material culture and from our genetic memory, which did not influence each other given the dates of the respective studies and publications. Together, they sketch out a rewriting of the scenario of Homo sapiens’ arrival in Europe: it was thought that he came directly from Africa by the shortest route 45,000 years ago, but we now discover that he had been established in the heart of the Eurasian continent for a long time, well before expanding in search of more territories.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Arrowhead marks found in Central Asia could prove the existence of ‘Homo sapiens’ 80,000 years ago – https://theconversation.com/arrowhead-marks-found-in-central-asia-could-prove-the-existence-of-homo-sapiens-80-000-years-ago-276550

Manipuler le climat à grande échelle ? Les questions qui se posent à la recherche publique

Source: The Conversation – France in French (2) – By Éric Guilyardi, Directeur de recherche au CNRS, Laboratoire d’océanographie et du climat, LOCEAN, Institut Pierre-Simon Laplace, Sorbonne Université

La géo-ingénierie solaire comprend des méthodes de dispersion d’aérosols dans l’atmosphère pour limiter l’arrivée à la surface de la Terre des rayons du soleil. Yohanes Dwi Arianto/Unsplash , CC BY

Certaines interventions visant à éviter les effets du réchauffement climatique génèrent des risques très importants, tout particulièrement la « modification du rayonnement solaire ». La recherche publique a un rôle capital à jouer pour éviter que les connaissances produites le soient essentiellement par des acteurs qui auraient intérêt à mettre en avant des données qui leur seraient favorables.


Face à l’intensification des effets du changement climatique, l’idée de limiter ce phénomène en manipulant volontairement le climat a surgi. Différentes interventions d’« ingénierie climatique » sont évoquées. Parmi elles notamment la géo-ingénierie solaire pour modifier l’arrivée des rayons du soleil à la surface de la Terre ; la géo-ingénierie polaire pour protéger la banquise de la fonte, par exemple en y cultivant de la neige ; la fertilisation de l’océan, en y injectant du fer pour activer la pompe biologique ; ou bien le blanchiment des nuages pour qu’ils réfléchissent les rayons solaires vers l’espace.

Ces propositions ont des efficacités et des risques très différents ; mais la géo-ingénierie par la modification du rayonnement solaire présente des risques collectifs à grande échelle (réchauffement brutal, modifications locales du climat…) et soulève des questions éthiques.

Quelle est la responsabilité des scientifiques lorsque de tels risques sont susceptibles d’être attachés à leurs recherches ? Dans un domaine désormais investi par divers États et acteurs privés désireux de multiplier les expérimentations dans un avenir proche, voire les déploiements à plus lointaine échéance, nous pensons que la recherche publique a un rôle capital à jouer : objectiver les questions en jeu, documenter des impacts potentiels, opérer un suivi de déploiements éventuels, éclairer correctement le public et les décideurs, éviter que les connaissances produites le soient essentiellement par des acteurs qui auraient intérêt à mettre en avant des données qui leur seraient favorables… comme cela a déjà été le cas dans l’histoire.

Qu’est-ce que la modification du rayonnement solaire et quels sont les risques associés ?

Les techniques de géo-ingénierie solaire consistent à vouloir limiter les effets de l’énergie du soleil qui arrive sur Terre, et sont présentées comme un outil possible pour atténuer les effets du réchauffement.

Parmi elles, la modification du rayonnement solaire (MRS) est aujourd’hui l’une des plus débattues et divise les communautés scientifiques. Elle consiste à injecter des particules, par exemple des aérosols soufrés, dans la stratosphère pour renvoyer vers l’espace une partie du rayonnement du soleil. Soutenue par un nombre croissant d’acteurs publics et privés (scientifiques, philanthropes, entreprises, États), elle comporte toutefois de nombreux risques.

Il est en effet établi qu’elle est susceptible d’entraîner une déstabilisation du climat local de régions entières, des écosystèmes et du cycle de l’eau (par exemple, en modifiant la mousson asiatique), ce qui pose des questions de justice et donc de gouvernance internationale.

En outre, l’arrêt des injections pourrait produire un effet rebond (ou « choc terminal »), c’est-à-dire un réchauffement brutal de la Terre dont les impacts pourraient être bien plus délétères que le réchauffement graduel en cours.

Il faut aussi envisager les potentielles utilisations stratégiques, voire malveillantes de la MRS – par exemple, un pays qui tenterait de réduire les précipitations sur le territoire d’un adversaire –, plus que jamais envisageables dans un monde fragmenté au plan géopolitique.

Des projets de recherches, des expérimentations et des déploiements en cours

Ces oppositions sont loin d’être purement théoriques. Aux États-Unis, des scientifiques, soutenus par leurs institutions, souvent des universités privées financées par des fonds publics autant que privés, se sont ainsi lancés dans de telles recherches, sans cadre légal, éthique ni soutien du public. C’est par exemple le cas du Harvard Solar Geoengineering Research Program qui explore différentes facettes des enjeux liés (connaissances scientifiques, enjeux sociaux et politiques), sans, pour l’instant, tenter d’expérience à grande échelle dans l’atmosphère.

Au Royaume-Uni, l’agence ARIA (qui, sur le modèle de la Defense Advanced Research Projects Agency, ou DARPA, aux États-Unis, a pour mission de soutenir des recherches « disruptives ») a décidé de promouvoir ces sujets et lancé des appels d’offres sur les « points de bascule » et la géo-ingénierie en 2024. Une partie de la communauté scientifique s’est vue acculée à réfléchir dans l’urgence aux enjeux éthiques.

En France, la communauté scientifique débat de la question de savoir s’il faut ou non donner suite ou non à la proposition de l’industriel F. Paulsen et d’autres mécènes de financer des recherches en géo-ingénierie polaire, notamment pour étendre ou épaissir la banquise.

La recherche publique doit objectiver les questions en jeu

Ces essais soulèvent d’épineuses questions pour la recherche publique. Lors des auditions que nous avons menées pour rédiger l’avis du comité d’éthique du CNRS (Comets) sur cette question, certains scientifiques ont fait valoir le principe de liberté de la recherche, mais aussi la « neutralité » de cette dernière : les chercheurs produisent des connaissances nouvelles qui seraient en elles-mêmes « neutres » ; aux politiques de choisir de mobiliser ces connaissances pour mettre en œuvre, ou pas, la modification du rayonnement solaire.

D’autres chercheurs affirment à l’inverse qu’il n’est pas responsable d’exposer les populations et l’environnement aux risques graves liés à de telles recherches. Ils font observer que la recherche en elle-même n’est pas neutre, car ses enjeux concernent la société, même si elle produit des connaissances fiables, c’est-à-dire robustes et utiles. Ils pointent notamment les impacts d’expériences dangereuses, mais aussi le risque que la recherche sur la modification du rayonnement solaire ne freine les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre en nourrissant l’illusion d’un remède rapide, permettant à certains acteurs « d’acheter du temps », sans régler pour autant l’origine du problème.

Pour d’autres chercheurs enfin, il relève au contraire de la responsabilité de la recherche publique de répondre aux enjeux majeurs de notre époque, dont la lutte contre le changement climatique, y compris en empruntant des voies ou des méthodes à risques.

Au-delà de ces débats, dans un domaine désormais investi par divers acteurs désireux de multiplier les expérimentations voire les déploiements, même « contrôlés et de petite échelle », la recherche publique à la responsabilité d’objectiver les questions en jeu de façon interdisciplinaire, d’éclairer correctement le public et les décideurs, afin d’éviter que les connaissances produites le soient essentiellement par des acteurs qui auraient intérêt à mettre en avant des données qui leur seraient favorables. Ceci a déjà été le cas dans l’histoire, par exemple le financement, par l’industrie du tabac, de recherches sur d’autres sources du cancer du poumon.

Les scientifiques doivent de plus être attentifs à l’influence des financements privés de la géo-ingénierie solaire, dont les motivations peuvent correspondre moins à l’intérêt général qu’à des intérêts particuliers. Ensuite, veiller aux termes et concepts qu’ils utilisent qui peuvent être instrumentalisés dans des récits motivant le besoin « urgent » de solutions technologiques au changement climatique. À ce titre, les récits autour de potentiels « points de bascule globaux » du climat, qui engendreraient des changements brutaux et rapides, mais qui font l’objet de débats scientifiques non tranchés, sont souvent mobilisés. Que penser, par exemple, du fait que le Bezos Earth Fund, fondation d’une entreprise de la tech américaine, finance des rapports de scientifiques sur les « points de bascule globaux » ?

Comment structurer la recherche publique sur ces questions

Ainsi, le comité d’éthique du CNRS dont les deux auteurs de cet article font partie recommande de mobiliser la recherche publique sur ce sujet, avec des dispositifs solides de gouvernance et d’accompagnement : veille et suivi, dialogue interdisciplinaire, structuration d’espaces d’échanges avec la société civile, clauses de « revoyure » et « portes de sortie » afin d’évaluer, voire de stopper, des projets de recherche publique qui deviendraient dangereux.

The Conversation

Éric Guilyardi est Président de l’Office for Climate Education, organisation placée sous l’égide de l’UNESCO. Il est membre du Comité d’éthique du CNRS (COMETS) et du conseil scientifique de l’Éducation nationale. Il a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche et de l’Union Européenne.

Christine Noiville est DR au CNRS. Elle préside le COMETS, comité d’éthique du CNRS. Elle a reçu des financements de l’ANR et France 2030 (PEPR Santé numérique).

ref. Manipuler le climat à grande échelle ? Les questions qui se posent à la recherche publique – https://theconversation.com/manipuler-le-climat-a-grande-echelle-les-questions-qui-se-posent-a-la-recherche-publique-276224

Le système de santé français expliqué aux citoyens des États-Unis en 2026

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jean de Kervasdoué, Professeur d’économie de la santé, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Un habitant des États-Unis dépense 12 627 euros par an pour se soigner, contre 6 249 euros en France. MillaF/Shuttetstock

Un océan sépare la vision universelle française de son système de santé de la vision assurantielle des États-Unis. En France, on n’a pas de pétrole mais des médecins, des hôpitaux publics, une régulation étatique forte et des soins remboursés.


Le 1er octobre 2025, le gouvernement fédéral des États-Unis fermait ses portes, communément appelé un shutdown, faute d’accord avec un nombre suffisant de démocrates pour voter le budget du gouvernement fédéral.

Le plus long shutdown de l’histoire des États-Unis aurait pu avoir des conséquences dramatiques pour une partie de la population et, notamment pour des millions d’États-Uniens qui auraient perdu leur assurance santé. Le président Trump détricote activement ce qu’avait fait Barack Obama en améliorant l’accès des plus déshérités à l’assurance maladie, politique qu’avait poursuivie Joe Biden.

Il faut ajouter à ce recul annoncé, la très discutable politique du Secrétaire d’État à la Santé, Robert Francis Kennedy Jr. Il tient notamment des positions très controversées en matière de vaccins.

Pourtant, si la France creuse son déficit de l’assurance maladie (de 17,2 milliards d’euros en 2025))) et doit se réformer, en matière de qualité et d’accès aux soins médicaux, ce pays demeure un pays de cocagne.

Alors, comment l’expliquer aux citoyens du pays de l’oncle Sam ?

Efficacité de la médecine française

Pour expliquer le système français aux États-Uniens, je commencerai par un retour en arrière.

En 1939, un citoyen des États-Unis avait une espérance de vie à la naissance supérieure de sept années à celle d’un Français. Les choses ont changé depuis car celle-ci est, en 2024, inférieure de plus de trois années et demie : 79 pour les États-Unis, 82,5 pour la France. Pourtant, en 2025, pour se soigner, la dépense de santé par habitant correspondait à l’équivalent de 12 627 euros par an aux États-Unis, soit 14 885 dollars, et 6 249 euros en France, soit 7 367 dollars.

À l’échelle nationale, cela se traduit par un montant des dépenses dites « de santé » (elles sont surtout des dépenses médicales) de 17,2 % du PIB aux États-Unis et de 11,4 % en France. Si l’évolution de l’espérance de vie a à voir avec les modes de vie et les habitudes alimentaires (entraînant obésité et diabète), l’efficacité de la médecine joue un rôle croissant.

Il est vraisemblable que la qualité des soins pour le plus grand nombre est à la fois meilleure et plus accessible en France.

Pour ce qui est du paiement des soins médicaux, en France c’est simple : c’est un pays où l’assurance maladie vous couvre, dès la naissance. Tout résident légal est affilié de droit à l’assurance maladie et, à ce titre, reçoit des soins, gratuits pour les pathologies les plus sévères, sinon remboursés en grande partie par le régime d’assurance obligatoire et/ou le régime d’assurance santé complémentaire.

Aux États-Unis, coexistent trois systèmes de Sécurité sociale : Medicare, pour les plus de 65 ans et les personnes en situation de handicap, Medicaid pour les plus pauvres et la Veterans Health Administration) destinée aux anciens combattants.

Près de 7,8 % du coût des soins assumé par le citoyen français

Pour trente maladies graves, les soins sont remboursés à 100 % par le régime obligatoire comme le diabète de type 1 ou 2, les maladies psychiatriques ou les cancers.

Si on ajoute les assurances complémentaires « santé » – aujourd’hui quasiment universelles –, seulement 7,8 % du coût des soins en France est in fine réglé par le patient. Bien entendu, le citoyen ou la citoyenne de l’Hexagone ou son employeur auront cotisé pour financer l’assurance maladie obligatoire ou complémentaire.

Pour la plupart des Français et des Françaises, il n’y a pas ou peu de barrière financière à l’entrée. Elles se sont encore réduites pour les soins dentaires, l’optique et l’audition grâce à une politique menée par Emmanuel Macron le « 100 % santé ».).

Si quelques barrières demeurent, le système français est plus généreux que ceux des pays comparables.

Si le patient est incité à avoir un médecin de référence, son « médecin traitant » avec lequel les soins sont entièrement remboursés, il ne lui en coûtera que quelques euros quand il souhaitera déroger à la règle. Il pourra voir dans la même journée plusieurs spécialistes dont les honoraires lui seront en grande partie remboursés, si ce dernier ne pratique pas des tarifs supérieurs à ceux fixés par l’Assurance maladie (on parle de « dépassements d’honoraires »), une pratique courante dans certaines spécialités médicales.

En France, une majorité d’établissements publics

Comme aux États-Unis, il y a en France des hôpitaux publics, des hôpitaux privés à but non lucratif et des cliniques privées à but lucratif. À noter que les 31 hôpitaux universitaires (CHU) français sont tous publics.

La France a cependant un pourcentage plus élevé d’hôpitaux privés à but lucratif que les États-Unis. En 2024, la France compte 33 % de cliniques privées, les États-Unis 20 %.

Répartition des dépenses de santé aux États-Unis.
Healthsystemtracker

En France, en ville, les médecins libéraux ont la liberté d’installation et sont payés à l’acte. Dans la majorité des cas, les tarifs sont fixés par l’assurance maladie et sont très inférieurs aux tarifs états-uniens : 30 euros pour une consultation chez un généraliste en France, 150 dollars aux États-Unis, soit 127 euros.

Forte régulation par l’État en France

Bien entendu, en France, l’État est fortement impliqué dans la régulation du système.

Il n’est pas possible d’ouvrir une pharmacie sans autorisation administrative. L’État, par ses agences régionales de santé (ARS), contrôle toutes les autorisations en matière hospitalière, que les hôpitaux soient publics ou privés. L’État gère les nomenclatures de tous les actes médicaux, le tarif et le taux de remboursement de chaque médicament, radiographie ou examen de biologie. L’État, à l’échelon national nomme tous les directeurs et tous les médecins des hôpitaux publics (lesquels employaient près de 1,1 million de salariés fin 2021).

Il existe des établissements privés de grande qualité (315 000 employés en 2022) et, je le souligne encore, les médecins libéraux sont libres de leur installation et de leurs prescriptions.

Malgré tout, le système français est un des plus onéreux des pays occidentaux. L’hospitalisation y a une grande part, les spécialistes sont nombreux et la consommation de médicament y est élevée.

Si le système états-unien est plus onéreux encore, et factuellement plus inefficace, c’est parce que la concurrence entre les assurances privées produit non pas une baisse du coût des services – comme c’est souvent le cas en économie de marché – mais de l’inflation pour les primes d’assurance. Au nom d’une croyance dans les bienfaits absolus et systématiques de toute forme de concurrence, les gens aisés achètent aux États-Unis des assurances qui couvrent les honoraires des médecins réputés et les frais de séjour des hôpitaux luxueux. Ils entraînent de facto une croissance progressive du prix des biens et services médicaux.

Système états-unien inflationniste par essence

Avec le temps, les prix des producteurs de soins (ayant été rendus solvables par une partie de la demande) augmentent et cela produit de l’inflation. Le coût élevé des soins aux États-Unis, comparé aux autres pays occidentaux, est dû pour l’essentiel à une différence de prix des biens médicaux et des professionnels de santé. Le système états-unien est par essence inflationniste.

Les réformes durant le mandat de Barack Obama n’ont rien pu faire pour maîtriser cette inflation. Donald Trump dit vouloir s’y attaquer en pesant notamment sur le prix des médicaments.

À l’évidence, l’assurance maladie universelle permet le contrôle opérationnel des tarifs médicaux, du prix des médicaments et des tarifs hospitaliers. C’est la règle dans les pays de l’OCDE, à l’image de la France. Cela ne veut pas dire que les médecins ou les infirmières y soient mal payées, ou encore qu’il n’y ait pas d’accès aux découvertes médicales, mais que la régulation n’est pas laissée à un marché qui, dans le cas précis des soins médicaux, produit surtout de l’inflation.

Les États-Unis sont-ils plus socialistes ?

Pour terminer par une brève démonstration arithmétique : les dépenses publiques de santé, celles financées par les impôts et les cotisations obligatoires, représentent aux États-Unis 43 % des dépenses de santé aux États-Unis, soit 4 532 euros, soit 5 255 dollars, par habitant et par an (43 % des 10 517 euros de dépenses courantes de santé). En France, elles représentent 79,4 % de ces mêmes dépenses, soit 4 195 euros, 4 863 dollars – 79,4 % des 5 273 euros de dépenses courantes de santé au sens international par personne et par an –, le reste étant pris en charge par les complémentaires santé et les ménages.

Autrement dit, les taxes des États-Unis financent plus en valeur absolue le système de soins ! Pourrait-on considérer, de ce fait, que les États-Unis sont plus « socialistes » ? À l’évidence rien ne permet de l’affirmer, mais force est de constater que les États-Uniens payent deux fois leurs soins médicaux : une fois par leurs impôts, une fois par leur prime d’assurance.

Depuis longtemps aux États-Unis, des personnes ont fait ce constat et sont devenues de farouches partisans de l’assurance maladie universelle, à commencer par le défunt sénateur Ted Kennedy, le cadet des frères Kennedy. La probabilité qu’une telle réforme arrive sur l’agenda politique est à court terme nulle car, pour conclure par une citation de Marcel Proust, dans Du côté de chez Swann :

« Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n’ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas ; ils peuvent leur infliger les plus constants démentis, sans les affaiblir. »

Les croyances dans l’efficacité universelle du marché sont donc aussi fermes que coûteuses et restent plus que jamais vivantes.

The Conversation

Jean de Kervasdoué ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le système de santé français expliqué aux citoyens des États-Unis en 2026 – https://theconversation.com/le-systeme-de-sante-francais-explique-aux-citoyens-des-etats-unis-en-2026-267123

Relations entre soignants, patients et aidants : pourquoi il faut accorder plus de place aux émotions

Source: The Conversation – France in French (3) – By Judith Partouche-Sebban, Professeur – Titulaire de la chaire Living Health, membre du département Technology Interaction, strategic Marketing & Customer Experience, PSB Paris School of Business

Ces dernières années, les chercheurs en sciences de gestion s’intéressent de plus en plus à la manière dont les émotions influencent les expériences de consommation, et le ressenti du service rendu. Dans le domaine de la santé, en revanche, cette problématique demeure sous-explorée. Et ce, alors même que les émotions façonnent chaque étape du parcours de soin, dans les hôpitaux, les cabinets médicaux ou même derrière l’écran d’une téléconsultation.


Dans les services hospitaliers, il est fréquent de voir des patients anxieux face à un diagnostic, des proches inquiets ou des soignants sous tension. Ces émotions ne sont pas de simples réactions passagères : elles déterminent la manière dont les patients perçoivent la qualité du soin, elles influencent leurs comportements, et façonnent leurs résultats de santé.

Les expériences de santé sont « émotionnellement intensives », marquées par la vulnérabilité, l’incertitude et le risque. Dès lors, comment comprendre ce rôle fondamental de l’émotion, et surtout, comment l’intégrer comme levier stratégique pour améliorer l’expérience patient ?

Les questions de santé activent des émotions fortes et persistantes

Les émotions apparaissent très tôt dans le parcours de soin. L’annonce d’un diagnostic, même lorsqu’il confirme une hypothèse déjà redoutée, déclenche un tourbillon émotionnel souvent violent : peur, détresse, colère, sentiment d’injustice. Les travaux existants montrent que ces réactions initiales influencent fortement la trajectoire émotionnelle des mois, voire des années, qui suivent.

Cette charge émotionnelle est souvent exacerbée dans les maladies chroniques ou rares. Les patients doivent intégrer dans leur quotidien une maladie visible ou non, évolutive, parfois difficile à comprendre pour l’entourage, et dont les symptômes physiques et psychologiques produisent une insécurité permanente.

Ils vivent alors une sorte de parcours ou de continuum affectif, ponctués non pas d’événements isolés, mais d’épisodes émotionnels successifs. Chaque phase dudit parcours activant des émotions différentes. Une consultation anxiogène peut réactiver des souvenirs douloureux ; une poussée de symptômes peut générer un sentiment d’impuissance ; un professionnel de santé maladroit dans son interaction peut générer frustration ou découragement.

L’émotion en santé n’est donc pas un bruit de fond : c’est une force structurante. Le patient n’est pas seulement un « usager » du système de soin. C’est un individu engagé dans un processus émotionnel complexe, qui co-construit son expérience avec les acteurs qui l’entourent.

Pourquoi les émotions transforment l’expérience patient

Les recherches en marketing et en comportement du consommateur montrent que les émotions influencent profondément les perceptions de service. En santé, cet effet est décuplé pour trois raisons principales.

Premièrement, les patients interprètent les événements du soin selon leurs préoccupations existentielles. La théorie psychologique dite de « l’évaluation cognitive » (cognitive appraisal theory, en anglais) permet de comprendre pourquoi, confrontées à une même situation, deux personnes peuvent réagir différemment. Elle postule que les émotions ne sont pas des réactions automatiques mais le résultat d’une évaluation subjective des événements : « Ce diagnostic menace-t-il ma vie ? », « Ce traitement va-t-il me permettre de redevenir moi-même ? », ou « Est-ce que je contrôle encore ce qui m’arrive ? ».

Ainsi, selon leur histoire, leurs attentes, leurs valeurs ou leurs ressources psychologiques disponibles au moment de recevoir l’information, deux patients se voyant attribuer un même diagnostic peuvent réagir très différemment, car ils lui attribueront un sens différent (menace ou défi, par exemple).

Deuxièmement, la santé touche directement à la préservation de ressources essentielles. En ce sens, une autre théorie psychologique, la théorie de la conservation des ressources (conservation of resources theory) est également éclairante. Elle montre que la perte réelle ou potentielle (autrement dit, la menace de perte) de ressources propres à l’individu génère stress et émotions négatives. Ces ressources peuvent être de nature matérielle ou non (santé, énergie, autonomie, soutien social, etc.).

Dans les maladies chroniques, ces pertes s’accumulent : fatigue durable, perte de statut, restrictions professionnelles, sentiment d’incompréhension sociale, etc. Les émotions deviennent alors un symptôme invisible, et pourtant déterminant et pesant, de l’expérience patient.

Troisièmement, les émotions influencent les comportements de santé. Des travaux soulignent que la détresse émotionnelle réduit l’observance des traitements (un patient en sécurité émotionnelle aura davantage tendance à suivre les recommandations médicales) ; elle altère la communication entre parties prenantes (patients, aidants, soignants) ; elle augmente le risque de complications ; et elle influence la capacité du patient à mobiliser ses ressources.

Reconnaître et apprendre à bien gérer ses émotions permet au patient de reprendre le contrôle sur son parcours et de mieux comprendre les enjeux thérapeutiques de sa prise en charge. D’un point de vue plus global, une meilleure gestion des émotions améliore la coordination des soins et renforce la cohésion entre les acteurs. À l’inverse, ignorer les émotions revient à ignorer un déterminant crucial de la qualité des soins.

Les émotions comme levier stratégique

Chaque interaction dans le système de santé constitue un « micro-moment émotionnel » : un rendez-vous manqué, une phrase maladroite, un manque de clarté dans l’explication d’un traitement… Ces petits événements lors des interactions entre parties prenantes déclenchent des cascades émotionnelles qui transforment la perception globale de l’expérience patient. À l’inverse, une parole rassurante, un signe d’attention ou un espace d’expression peut réduire drastiquement le stress et renforcer la confiance.

Ainsi, pour les patients, chaque interaction compte et peut être une occasion de créer de la confiance (dans les soignants, dans l’institution) ou au contraire, de générer défiance et rupture. Ceci est particulièrement vrai dans les maladies rares, où l’incertitude et la méconnaissance médicale amplifient les émotions négatives. Pour les soignants et établissements de santé, ces émotions représentent donc un levier stratégique.

Par ailleurs, contrairement à certaines idées reçues, les émotions en santé ne sont pas uniquement négatives. Elles peuvent aussi être des catalyseurs de résilience, d’adaptation ou même de changements positifs et durables vers de nouvelles priorités de vie ou de nouvelles perceptions de soi.

Plusieurs études démontrent, par exemple, que certains patients cherchent volontairement à expérimenter des situations physiquement difficiles – comme la pratique de l’escalade après un cancer – pour transformer leurs émotions douloureuses en force psychologique, dans une logique de croissance post-traumatique (en psychologie, ce concept désigne les changements psychologiques positifs qui surviennent à la suite de l’exposition à un traumatisme majeur, que ce soit en matière de perception de soi, de philosophie de vie, de relation aux autres, de développement spirituel, etc.).

Ces expériences, bien qu’éprouvantes, deviennent des espaces de reconquête du soi physique et existentiel, de son corps, d’autonomie et de sens. De ce fait, l’émotion, même négative, peut devenir un levier de valeur, pour peu que le système de soins accompagne correctement le patient.

Au-delà des diagnostics, des protocoles et des technologies, c’est bien l’émotion qui façonne la manière dont chacun vit le système de santé. Il ne s’agit pas d’un élément périphérique de l’expérience patient, mais bien de son infrastructure invisible.

Les émotions conditionnent la manière dont les patients vivent leurs soins et leur prise en charge, collaborent avec les professionnels de santé, adhèrent aux traitements, et donnent du sens à leur parcours. Les placer au centre des stratégies d’expérience patient est de ce fait une démarche nécessaire.

Cela implique de former les soignants à la compréhension des émotions, de créer des espaces de dialogue sécurisés, de développer des programmes d’accompagnement émotionnel, de considérer les émotions comme un indicateur de qualité des soins, et d’intégrer les associations de patients en tant que partenaires stratégiques.


Pour aller plus loin :

– La conférence « Les émotions : nouveau territoire de l’expérience patient », organisée dans le cadre des Matinales de la recherche, qui se tiendra le 19 mars 2026 à 9 h, sur le campus Delta de Paris School of Business Campus Delta, 16 Rue Claude Bernard à Paris.

The Conversation

Judith Partouche-Sebban ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Relations entre soignants, patients et aidants : pourquoi il faut accorder plus de place aux émotions – https://theconversation.com/relations-entre-soignants-patients-et-aidants-pourquoi-il-faut-accorder-plus-de-place-aux-emotions-277057

Pourquoi les bombardements suffisent rarement à faire chuter un régime

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nicolas Minvielle, Docteur en économie, spécialiste des questions d’innovation et de défense, Audencia

De la Seconde Guerre mondiale à la guerre en Irak en 2003, l’histoire montre que les guerres aériennes ne sont pas forcément efficaces pour déstabiliser un pouvoir en place et briser le soutien que lui apporte une population.


Ukraine, Gaza, Syrie, et désormais Iran : les images de villes détruites saturent les écrans et montrent des destructions d’une ampleur extrême. Les bombardements contemporains poursuivent des objectifs très différents selon les contextes politiques et militaires. À Gaza, les frappes israéliennes visent officiellement à détruire le Hamas et à libérer des otages, mais on constate aussi une stratégie de terreur vis-à-vis des populations civiles. On retrouve aussi cette stratégie en Ukraine, avec pour objectif de briser le moral de la population, notamment avec le ciblage de la grille énergétique.

Dans le contexte plus large du conflit israélo-iranien, les frappes ont une logique partiellement distincte : Israël et les États-Unis ont mené des attaques contre des installations nucléaires et militaires iraniennes afin de détruire un programme perçu comme une menace stratégique, mais aussi afin d’amener à un changement de régime. 

Ces cas montrent que l’arme aérienne est utilisée pour atteindre des objectifs assez distincts. Or les réflexions sur l’usage des armes aériennes n’est pas nouvelle – elle a un siècle. Que nous enseigne cette histoire sur l’impact réel des stratégies de bombardements – notamment sur les populations ou les structures politiques – au-delà des pertes et des destructions matérielles ?

Pourquoi l’idée de campagnes aériennes à l’effet politique décisif est-elle toujours prisée, aujourd’hui encore, alors que de nombreux exemples montrent qu’elle est largement illusoire ?

Le mythe fondateur : Douhet et la guerre gagnée par le ciel

Dans les années 1920, le général italien Giulio Douhet (1869-1930) théorise la suprématie aérienne. Selon lui, la prochaine guerre se gagnera dans le ciel. En frappant directement les centres urbains, en infligeant une terreur massive aux populations civiles, on provoquerait un effondrement moral rapide. Les gouvernements, sous la pression de leurs propres citoyens, seraient alors contraints de capituler.

Cette vision repose sur une hypothèse simple : la peur détruit la volonté collective. Si Douhet structure cette doctrine, elle est déjà présente dans l’imaginaire stratégique. Dans The War in the Air (1908), H. G. Wells imagine ainsi qu’une Allemagne dotée d’une supériorité aérienne écrasante contraint Washington à capituler. Mais le roman contient un détail souvent oublié : une fois débarqués, les Allemands affrontent une résistance populaire acharnée. Dès le début du XXᵉ siècle, on pressent donc à la fois la puissance et les limites du bombardement aérien.

Qu’en est-il réellement ? Que nous dit la recherche sur cette question décisive ?

La théorie moderne de la coercition aérienne

À la fin du XXᵉ siècle, le politologue états-unien Robert A. Pape propose une analyse systématique des campagnes aériennes du XXᵉ siècle dans Bombing to Win. Air Power and Coercion in War (1996).

Il distingue trois stratégies qu’il est nécessaire de garder à l’esprit, car il s’agit d’une grille de lecture clé pour ce que nous vivons en ce moment dans le cadre des bombardements israélo-américains en Iran, mais aussi pour tout type de bombardement en général. L’idée ici est de déterminer dans un premier temps quelle est l’intentionnalité derrière le recours à l’arme aérienne, afin de pouvoir en évaluer les effets. Pour Pape, trois options sont offertes :

  1. Punishment (la punition) Il s’agit ici de frapper les civils pour infliger des souffrances et provoquer une pression politique interne. C’est la version contemporaine du modèle douhétiste.

  2. Risk (l’escalade graduelle) Il s’agit de menacer d’intensifier progressivement les frappes afin de créer incertitude et crainte d’une destruction totale.

  3. Denial (le déni) Finalement, il s’agit de détruire les capacités militaires, logistiques et stratégiques pour empêcher l’adversaire d’atteindre ses objectifs.

Les conclusions empiriques de Pape sont sans ambiguïté, et on les retrouve dans la grande majorité des recherches menées sur les bombardements : les campagnes fondées sur la punition des civils échouent presque toujours, et les campagnes efficaces sont celles qui empêchent militairement l’adversaire d’agir.

Autrement dit la coercition fonctionne lorsqu’elle modifie un calcul stratégique, non lorsqu’elle cherche à briser un moral. La différence est fondamentale car si l’on se trompe d’objectif, l’effet attendu ne sera pas obtenu.

Comment réagissent les civils face aux bombes ?

Pendant le Blitz (1940-1941), le psychiatre canadien J. T. MacCurdy analyse les réactions des civils britanniques dans The Structure of Morale (1943). Il distingue trois catégories après une explosion : les morts, les near misses (frappés de près) et les remote misses (frappés de loin). Les morts n’ont d’impact qu’à travers la perception qu’en ont les survivants. Les frappés de près peuvent être traumatisés. Mais la majorité appartient aux frappés de loin : ils ont entendu l’explosion, vu les dégâts… et sont encore en vie.

MacCurdy montre ainsi qu’après une peur initiale un processus d’adaptation rapide s’enclenche. Les survivants développent des réponses variées – du fatalisme au sentiment d’invulnérabilité. En d’autres termes, les bombardements produisent plus de survivants que de victimes, et les survivants apprennent. Par ailleurs, les individus finissent par s’habituer : la peur intense du premier choc décroît si elle n’est pas constamment associée à une destruction personnelle.

L’enquête « United States Strategic Bombing Survey », menée après la Seconde Guerre mondiale, confirme ce constat. Au-delà d’un certain seuil, la destruction supplémentaire produit des rendements décroissants. Le moral allemand ne s’effondre pas ; il évolue vers l’apathie ou l’endurance, mais pas vers la capitulation ni le soulèvement contre le régime. Plus proches de nous, les mêmes effets produisent les mêmes conséquences, avec des bombardements russes qui renforcent la population ukrainienne.

Plus encore, certaines recherches montrent des effets contre-productifs. L’étude de M. A. Kocher et ses collègues sur la guerre du Vietnam (2011) démontre que le bombardement de villages a déplacé le contrôle territorial vers le Viet Cong. Les pertes civiles délégitiment l’autorité centrale et renforcent l’insurrection. Dans ce contexte, la terreur nourrit l’adversaire, et ce jusque dans les travaux récents menés sur les campagnes américaines de lutte contre les insurrections. Il en va de même dans le cadre de l’opération états-unienne « Inherent Resolve » (« Détermination absolue », 2014) en Irak et en Syrie, où la recherche a montré que les bombardements avaient des effets incertains, avec un risque de solidarité accrue autour des insurgés dès lors que des civils sont touchés. Finalement, la violence aérienne change rarement la loyauté dans le sens espéré.

Des stratégies qui se poursuivent, malgré les enseignements de  l’histoire

Malgré un siècle de travaux empiriques montrant que la destruction matérielle se convertit rarement, à elle seule, en effondrement politique, l’idée que la pression militaire externe produisant un effet politique décisif demeure. Comment l’expliquer ?

Désormais, les dirigeants contemporains ne parlent plus de « briser une population », mais ils suggèrent souvent que la dégradation capacitaire ou la pression cumulative pourraient fragiliser durablement le pouvoir en place.

On peut d’abord expliquer la persistance de la croyance en l’efficacité de la pression externe par la fascination technologique. La puissance visible des bombes suggère une efficacité évidente. On peut mesurer les tonnes larguées, exhiber la précision des bombes dites bunker busters, compter les infrastructures détruites.

Ensuite, on peut l’expliquer par une confusion entre choc initial et effet durable. Le Shock and Awe (le choc et l’effroi) produit un impact spectaculaire, mais celui-ci ne se traduit pas nécessairement en capitulation politique. Le cas irakien est ici exemplaire : après la campagne d’ouverture extrêmement spectaculaire et l’effondrement initial du régime de Saddam Hussein (2003), la coalition a fait face dans la foulée à une guerre prolongée de contre-insurrection (2003-2011).

Il faut aussi rappeler que les effets d’un bombardement ne dépendent pas uniquement des capacités détruites mais de la nature de l’adversaire : régime autoritaire ou démocratie, guerre conventionnelle ou insurrection, société fragmentée ou fortement cohésive. Une même campagne peut produire des effets radicalement différents selon le contexte.

Enfin, la stratégie aérienne est séduisante politiquement. Elle promet des résultats sans engagement terrestre massif et sans les pertes qu’il implique. Elle offre l’illusion d’une coercition à distance. Autant d’éléments que l’on semble retrouver dans le cas du conflit en cours avec l’Iran.

En Iran, une bascule politique ?

La guerre aérienne peut détruire des infrastructures et des capacités militaires, paralyser une économie, modifier un rapport de forces militaire. Mais elle est beaucoup plus incertaine lorsqu’elle vise des effets politiques tels qu’un renversement de régime, un effondrement moral ou une insurrection populaire.

Les frappes américaines contre des cibles iraniennes s’inscrivent officiellement dans une logique de dégradation capacitaire. Pourtant, elles nourrissent aussi l’espoir d’un affaiblissement politique interne. Or l’histoire nous invite à la prudence : la destruction matérielle ne se convertit pas mécaniquement en bascule politique, et les attentes placées dans ses effets indirects sont souvent exagérées.

The Conversation

Nicolas Minvielle est membre du comité d’orientation de La Fabrique de la Cité, et du collectif Making Tomorrow. Lieutenant Colonel de réserve au sein du Commandement du Combat Futur de l’armée de terre, il a été animateur de la Red Team Défense du Ministère des Armées.

ref. Pourquoi les bombardements suffisent rarement à faire chuter un régime – https://theconversation.com/pourquoi-les-bombardements-suffisent-rarement-a-faire-chuter-un-regime-277261

A 2,850-year-old mass grave in Serbia reveals a shift in prehistoric violence

Source: The Conversation – UK – By Barry Molloy, Associate Professor, School of Archaeology, University College Dublin

The earliest mass graves in Europe date back just over 7,000 years. They reveal brutal evidence for violence beyond the simple act of killing. The motives for these events are probably diverse but consistently highlight an intention to kill large numbers of enemies across sex and age ranges.

Our study of a 2,850-year-old massacre and resulting mass grave at Gomolava (modern day Serbia) shows the nature of mass killings evolving. Comprised mostly of women and girls, the grave suggests a shift in prehistoric violence. Here, women and children were not collateral victims, but deliberate targets. Looking at who was killed and how they were related can tell us about changes in ancient attitudes to killing combatants – but also choices in targeting non-combatants.

The site at Gomolava, first excavated in 1971, is the second of two contemporary mass graves. It contained 77 people. Our recent study has uncovered the circumstances surrounding their death.

We found that the original theory – that an epidemic had killed people from a single settlement – is not supported by genetic and isotopic evidence. Our data instead showed that these people descended from the wider region but came from different settlements. Except for a mother and her two daughters, there were no close genetic relationships.

Archaeology and mass graves

Archaeology sheds light on the deep history of conflict. When killings are targeted, mass graves can tell us which members of a society were displaced and killed. Then, we pose the question – why them?

When we study violence in past societies, archaeologists seek to understand how and why things like discord, ambition, belief or rivalry could lead people to plan to kill others. While archaeology cannot provide ready solutions to modern crises, it helps us to better understand the immediate and longer term societal impact of violence, and how more peaceful times were achieved and managed.

Our detailed study of the bones of the dead in the Gomolava grave exposed a brutal story – these people were mostly killed through blows to the head.

All the bodies had been crammed into a repurposed old pit house. This structure, once part of a small village, consisted of a sunken pit with low walls and a roof. This hole provided a ready space to stow the dead.

It is unclear if that was expedient disposal, or putting them in what was once a home. However, these people were buried respectfully with some of their personal possessions and other offerings. Most of the dead were women and children. Studies of the children’s teeth revealed a disproportionate number were girls. In other prehistoric mass graves, children and young women are often underrepresented because of their value as slaves or for reproduction. Gomolava is a clear exception, inverting this pattern.

In comparison, the Neolithic sites of Asparn-Scheltz, Austria (which contains approximately 200 bodies), and Potočani, Croatia (41 bodies) also contained people with few genetic connections. However, children were underrepresented and males and females equally present.

At Koszyce, Poland, 15 genetically closely related women, young men and children were buried together. These events highlight larger scale conflicts and often relate to periods of exceptional social change, such as the spread of different material conventions and, at times, inward migration of genetically distinct people.

Why women and children?

Mass graves have long informed us of the scale of past violent events. Combining archaeology with newer genetic and isotopic methods better reveals demographics, which has revolutionised the ways we can access stories of the victims. At Gomolava, this enabled us to explore the nature, social context and strategic purpose of this mass killing event. In our study, we suggest the women and children in the Gomolava grave were not incidental victims on the periphery of conflict or its aftermath, but primary targets.

Selectively killing these women and children ended family lines and cut short the future of communities. Possible motives were retribution or establishing dominance in the region. This represents a sea change in the nature of violent conflict, potentially a case where previous taboos on killing were no longer exercised. Though this is only one site in one specific time and place, it demonstrates how the treatment of mass killings can highlight major changes in attitudes to violence as a social strategy.

There is a tension in archaeology between those who argue that violence was a commonplace means of exercising social power and those that concentrate more on characterising the many alternatives to violence for asserting control or authority. In our view, both likely coexisted. In the absence of formal legal systems, the ability to fight could itself function as a deterrent. Violent conflict was therefore an extreme – but ever-present – means of resolving inter-group disputes.

Man stood in a field by a river
Gomolava and the Sava river.
Barry Molloy, CC BY-SA

The targeting of women and children in Gomolava by people from outside their community provides a bridge between perspectives, beyond a view of men enforcing violence over other men on the battlefield. It reveals how those who shaped social trajectories across many fields of social discourse were central to conflict resolution, whether that be peaceful or through dominance and extermination. We argued that different groups were competing over land ownership in this region, and mass killing of enemies was a strategic choice to assert dominance or hegemony over a community spread across many settlements, likely including Gomolava.

Whether such graves represent ethnically, culturally or socially different groups in conflict, the brutality of their selective killing remains a common thread. In seeking to understand how peace was brokered and managed, and how different forms of power played roles in this, working to better understand who was targeted and killed in episodes of violence is a crucial first step.

Our comparative approach takes mass graves beyond specific times and places and shows how we may have underestimated the scale, ferocity and purpose of short episodes of violence.

The Conversation

Barry Molloy receives funding from The European Research Council

Linda Fibiger does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. A 2,850-year-old mass grave in Serbia reveals a shift in prehistoric violence – https://theconversation.com/a-2-850-year-old-mass-grave-in-serbia-reveals-a-shift-in-prehistoric-violence-277115

Why do leaders go to war when it could damage their own people too?

Source: The Conversation – UK – By Becky Alexis-Martin, Lecturer in Peace Studies and International Development, University of Bradford

Ann in the UK/Shutterstock

Why do people start wars even though it hurts their country too – and they might lose?

Grace, 9, Belfast

Before governments, countries and writing, there was war. People have always fought with each other. Archaeologists have discovered skeletons with weapon injuries that are over 10,000 years old.

Wars are very serious because they hurt people and the environment. They happen for many different reasons, and each war is different. People who start wars often think that the short-term benefits of a war are worth the harm to their own people. But they don’t always understand the long-term consequences of their actions.

Experts use something called the “just war theory” to understand whether it’s ever OK to fight a war. This is a very old, but useful, set of ideas that help people decide if a war is fair, how soldiers should behave and how to protect people who are not fighting, like children and families.


Curious Kids is a series by The Conversation that gives children the chance to have their questions about the world answered by experts. If you have a question you’d like an expert to answer, send it to curiouskids@theconversation.com and make sure you include the asker’s first name, age and town or city. We won’t be able to answer every question, but we’ll do our very best.


Just war theory says that countries have a right to defend themselves from invasion when another country attacks them. However, it also says that the harm from war must not be worse than the problem, that someone must actually be able to win and that people should try talking, negotiating and making agreements before they fight.

It provides rules for countries at war to follow. The rules say that normal people and the things that they need, such as hospitals, power plants and schools, should never be attacked because they help everyone live safely.

These ancient ideas have become part of the modern international laws and agreements that help make our world more peaceful. Unfortunately, not all countries follow just war theory when they go to war. Thankfully, we have laws in place to punish the leaders or soldiers who break the rules.

Why do wars start?

Wars can start due to a disagreement, fear or a desire for more power. Unfortunately, some leaders will choose war because they don’t want to appear weak. Or they might go to war to distract their own people and stay in control, because they feel vulnerable and unpopular. They might make a bad decision, really believe that they are right, then underestimate how long the war will last. The best leaders do not start wars in this way, do not make these mistakes and care about their people’s long-term wellbeing.

Another reason why people start wars is because they think that invading another country will make them stronger or richer. As we use up things we cannot easily replace, such as fossil fuels for our cars and rare metals for our phones and computers, this increases competition between countries to own the remaining resources.

A hand separates toy soldiers on a table

Tomertu/Shutterstock

Peace experts like me also explain that climate change contributes to wars, as it makes it harder for people to access good water and farmland. It is so much better for everyone when countries bargain with each other and share resources, instead of starting wars.

Even though wars are happening now in countries like Ukraine, Afghanistan and Iran, most countries still solve their problems peacefully by talking and working together.

Many experts think that wars are evidence of failure, and that everyone loses when they fight instead of working together to create agreements and compromises. Pacifists believe that war is always wrong and that we must strive to find peaceful solutions. I think that they have the right idea, and that a more peaceful world is definitely possible.

The Conversation

Becky Alexis-Martin does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why do leaders go to war when it could damage their own people too? – https://theconversation.com/why-do-leaders-go-to-war-when-it-could-damage-their-own-people-too-277405

Why the Doomsday Clock has outlived its usefulness

Source: The Conversation – Canada – By Martin Hébert, Full Professor, Département d’anthropologie, Université Laval

The Doomsday Clock — a symbolic device to signal an array of existential threats to the world since 1947 — was recently moved to 85 seconds before midnight, the closest it has ever been to midnight. And that was before all-out war broke out in Iran.

Created by the Bulletin of Atomic Scientists, the Doomsday Clock first represented a slow descent into nuclear vulnerability, with midnight standing as the nuclear apocalypse. Nowadays, the clock includes other existential threats to humanity, including global warming, disruptive technologies or the erosion of the rules-based international order.




Read more:
Venezuela attack, Greenland threats and Gaza assault mark the collapse of international legal order


Mobilizing fear

Since its very beginning, the clock’s purpose was a call to action meant to shake world leaders — and the broader public by extension — awake from their complacency and indifference.

The aim of the Doomsday Clock was never to instil paralyzing anxiety. Quite the contrary, it sought to mobilize fear in a constructive way. It signals, implicitly, the hope that existential threats can be eradicated and the possibility that peril can be overcome, even if the odds are slim.

But over the years,, the Doomsday Clock has crept ever closer to midnight — first by minutes, then by seconds — heightening the sense of urgency while stopping short of the clock’s symbolic apocalypse.

Being mere seconds from catastrophe dramatically underscores the urgency of action, even as the shrinking margin to midnight heightens public anxiety.

We contend that this is the point where the narrative of imminent catastrophe becomes counter-productive: constant apocalyptic scenarios may dull perceptions of risk or be exploited to justify politics driven by urgency and fear.

Doomsday Clock flaws

The clock has long been subject to critics. Some have questioned its precision and called it showmanship. Others have described it as shaped by ideology.

But the first question we should ask of the Doomsday Clock is whether it fulfils its stated purpose: prompting transformative action to confront what are widely recognized as existential risks. It’s been argued that putting humanity on a permanent, blanket high alert isn’t helpful when it comes to formulating policy or driving science.

The narratives of nuclear war and impending apocalypse that underpin the Doomsday Clock have historically been used to project authority and justify dangerous politics of secrecy — legacies that have often come at the expense of public health and well-being.

For instance, during the Cold War, the U.S. strategically stoked a sense of urgency within its population against the potential threat of nuclear war with the Soviet Union.

During that time, education often blended with propaganda as schoolchildren were told to prepare themselves against potential nuclear attacks, learning from Bert the Turtle to “duck and cover.”

Worried citizens built bunkers in their homes as billions of dollars were pumped into the military industrial complex.

Those who criticized such preparedness measures faced accusation of anti-patriotism or of being communists underMcCarthyism and the Red Scare.

In the end, the sense of a looming apocalypse sacrificed the social and national security of Americans for a threat that never materialized. Ironically, in being fearful of being bombed, Americans exposed their own population to dangerous radioactive fallouts and material via nuclear tests and arsenal production.

How we define disaster

Obviously, complacency about the serious challenges the world is facing is not an option. But the idea that we are almost at the point of no return via the Doomsday Clock is no longer useful or helpful.

This is especially the case since the doom symbolized by the clock has become more abstract with time. Since it’s broadened beyond nuclear war, the clock struck midnight a long time ago for many people on the planet.

Recognizing the difference in experiences among privileged groups, for whom catastrophe remains a future prospect, and marginalized groups, who live in what has been described as a world of salvage, should prompt us to rethink how we measure and define impending disaster.

By calibrating the Doomsday Clock in ever-narrowing seconds, we construct an imaginative framework in which meaningful change is equated with turning the clock back. It may be more honest — and more useful — to acknowledge that we’re already living at the brink.




Read more:
How the Doomsday Clock could help trigger the armageddon it warns of


As militarism and fascism surged in 1935, Dutch cultural historian Johan Huizinga could have said Europe stood seconds from catastrophe. Instead, he took a different view: “We all know that there is no way back, that we have to fight our way through.”

The uncertainty and anxiety produced by being “seconds to midnight” via the Doomsday Clock can upset the balance between fear and hope. It risks normalizing the violence long endured by racialized and marginalized communities, while creating fertile ground for either opportunistic politics or irrational faith that events will simply resolve themselves.

At this point, action is stalled by the stubborn conviction that this cannot really be happening to us. Perhaps this is when the clock should strike 12 — not as an endpoint, but as a signal that the focus must shift from prevention to another mode of response. In many areas of life, acknowledging that a crisis has arrived is the first step toward recovery.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why the Doomsday Clock has outlived its usefulness – https://theconversation.com/why-the-doomsday-clock-has-outlived-its-usefulness-275409

Warships as diplomats: how the South African Navy is tasked with building ties with other nations

Source: The Conversation – Africa (2) – By André Wessels, Senior Professor (Emeritus) and Research Fellow, Department of History, University of the Free State

A naval exercise off the South African coast in January 2026, dubbed Will for Peace and involving the warships of South Africa, China, Russia, the United Arab Emirates (UAE) and Iran, elicited international and domestic controversy. It also contributed to a further souring of relations between South Africa and the US.

Under pressure at home, South Africa’s defence ministry appointed a board of inquiry to investigate whether an instruction by President Cyril Ramaphosa not to involve Iran had been defied.

The exercise and its controversies have placed the spotlight on the South African Navy’s diplomatic role. André Wessels, who has extensively studied the history of the navy, unpacks this role.

What is the Will for Peace 2026 exercise and what is the controversy around it?

Navies traditionally take part in training exercises with other navies. This enhances interoperability and builds mutual trust.

Over time, many foreign warships have visited South African ports, including 23 in 1961, 50 in 1968 and 41 in 1973.

However, in reaction to South Africa’s domestic policy of apartheid, foreign warship visits almost dried up between 1977 and 1989. Once South Africa became a democracy in 1994, foreign warships poured back into the country’s ports, for example 35 from 15 countries in 1997.

New alliances allowed the country’s navy to take part in exercises with the navies of Argentina, Brazil and Uruguay, Germany, India and Brazil, and Russia and China.

The January 2026 exercise was branded as one of navies belonging to the expanded Brics intergovernmental organisation. But, strictly speaking, Brics+ is not a military alliance. It is significant that India, Brazil, Indonesia and Egypt, which are members, did not send ships to participate, probably so as not to offend the US. But it was the first-ever visit by a UAE warship to South Africa.

Iranian “grey diplomats” (a term used to describe navy warships) had previously visited South African ports in 1970, 1972, 1974, 1975, and in 2016-2017.

The current geopolitical situation is challenging. There are tensions between the US and Iran (for, among other reasons, the latter’s nuclear arms ambitions); the Russia-Ukraine war continues; and diplomatic relations between the US and South Africa are strained (partly because of the Trump administration’s unproven allegations of a white genocide in South Africa). Given this situation, the naval exercise should not have taken place.

South Africa should as far as possible stay neutral in international affairs to, among other things, safeguard its economic interests. Furthermore, its navy had very little to gain and can ill afford negative publicity, especially when it transpired that the government had apparently asked that Iran not participate. The facts in this regard, however, must still be determined by a government-appointed board of inquiry.

What role can and should a navy play in a country’s foreign policy?

The traditional exchange of diplomats between friendly countries, reciprocal visits by heads of states and cabinet ministers, and the holding of summit meetings are not the only means of strengthening relations between countries.

It has been, for example, the practice of seafaring countries to send warships to one another from time to time. The South African Navy is no exception.

Since 1922, South African warships have undertaken numerous flag-showing cruises (meaning diplomatic visits) to many countries. These visits have nothing to do with “gun-boat diplomacy”, which is diplomacy backed by the threat of military force.

Warships play a very important role in diplomacy. The presence of a warship can be the most tangible and visible sign of bilateral and multilateral friendships. When ships of a navy take part in combined exercises or international humanitarian and peacekeeping missions, those ships can generate mutual trust. The warships become diplomatic tools of the highest national value.

It is indeed one of the stated aims of the South African Navy: to conduct, among other things, assistance operations, including diplomatic support.

What phases can be identified in the navy’s diplomatic role?

In 1946, the South African Naval Forces were reconstituted as a permanent part of the Union Defence Force. In 1951, it became the South African Navy.

The period 1946 to 1973 was a phase of normal relations with most countries in the west. There were 37 flag-showing cruises. This included 16 visits to European colonial possessions in Africa, six transoceanic deployments (to South America, Europe and Australia), and visits to many ports during the delivery voyages of 26 new vessels for the navy.

Then followed a phase of growing isolation (1974-1979) because of the internal political situation in South Africa over apartheid. In these years the SA Navy only undertook four flag-showing cruises.

The 1980-1987 period was a phase of total isolation as far as foreign visits by South African warships were concerned. The navy was from time to time (since 1975) deployed in a supporting role for the other arms of the South African Defence Force during the Namibian War of Independence (1966-1989), a conflict that spilled over into Angola.

Then followed a transitional phase (1988-1993), with political negotiations taking place from 1990 onwards. Gradually, ports opened up and no fewer than 19 flag-showing cruises took place.

With the birth of a democratic South Africa in April 1994, the country was officially welcomed back as a respected member of the international community. Over a period of three years (1994-1996), South African warships visited at least 29 ports in at least 23 countries during eight flag-showing cruises.

So, after years of isolation, the navy played a major role in establishing ties of friendship. It also established several new ties with African, Asian and South American countries.

Unfortunately, in the years 2018 to 2025, not a single tailor-made South African Navy flag-showing cruise took place, mainly because of budgetary constraints.

However, in February 2026, the warship SAS Amatola sailed to India for an international fleet review and to participate in Exercise Milan, involving the Indian and other visiting navies.

What does the future hold for the navy’s ‘grey diplomats’?

The primary role of the navy must always be to conduct operations in defence of South Africa. But in times of peace, it has an equally important role to play. This includes search and rescue, relief operations, assistance to state authorities, regional assistance operations and flag-showing cruises.

A warship is both a reflection and projection of the state it represents. It is, therefore, important that the ships are not undersized or under-equipped. A South African warship is South African territory afloat, and its presence in foreign waters sends a signal of support to the country’s allies.

Hopefully the navy will in future have at its disposal the necessary funds – and ships – to meet all the demands of its mission statement.

The Conversation

André Wessels in the past received funding from the National Research Foundation, but not since 2017.

ref. Warships as diplomats: how the South African Navy is tasked with building ties with other nations – https://theconversation.com/warships-as-diplomats-how-the-south-african-navy-is-tasked-with-building-ties-with-other-nations-275830