Pourquoi publier une « nouvelle » histoire de France en 2025

Source: The Conversation – France in French (3) – By Éric Anceau, Professeur d’histoire contemporaine, Université de Lorraine

_Le 28 juillet 1830. La Liberté guidant le peuple_ (1830), tableau d’Eugène Delacroix (1798-1863) exposé au Louvre (Paris). Musée du Louvre via Wikimédia Commons

La connaissance du passé évolue au fil des recherches. Du big data à l’archéologie préventive, la palette d’outils à disposition de l’historien s’enrichit. Et on s’intéresse aujourd’hui à des sujets longtemps restés sous silence, comme l’environnement ou le genre. Regard sur cette nouvelle approche de l’histoire.


L’histoire de France est un inépuisable sujet de discussion pour les personnalités politiques de tous bords, les médias, les Français et les étrangers qui observent les querelles qui agitent notre pays autour de son passé avec un mélange d’admiration, d’amusement et d’agacement. Les représentations qui en ont été proposées lors de la cérémonie des Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024, ont ainsi fait couler beaucoup d’encre.

De fait, la connaissance du passé progresse au fil des recherches. Le contexte de naguère n’est plus celui d’aujourd’hui et les interprétations de l’histoire s’entrechoquent. On ne peut ainsi pas parler du passé colonial de la France en 2025 comme on le faisait au « temps béni des colonies », pour reprendre le titre de la chanson ironique et critique, en 1976, de Michel Sardou, Pierre Delanoë et Jacques Revaux – pour ne donner que cet exemple.

C’est pourquoi nous avons entrepris avec une centaine de spécialistes une Nouvelle Histoire de France. Publiée en octobre 2025 aux éditions Passés composés, cette somme de 340 éclairages, des Francs à la crise actuelle de la Ve République, de Vercingétorix à Simone Veil, tient compte des renouvellements de la discipline. Explications.

Une histoire trop longtemps tiraillée entre roman national et déconstruction

Non seulement la France a été au cœur de la plupart des principaux événements qui ont scandé l’histoire mondiale des derniers siècles, mais elle a également été en proie à des clivages politiques, religieux et idéologiques majeurs : les catholiques face aux protestants, les républicains contre les monarchistes ou encore la droite face à la gauche.

Ce passé, long, riche et tumultueux, n’a cessé d’être instrumentalisé. À partir du XIXe siècle, et plus particulièrement de la IIIe République, a dominé un « roman national » qui présentait la France sans nuances, puissante et rayonnante, et faisait de tous ces affrontements un préalable douloureux mais nécessaire à un avenir radieux.

À partir des années 1970, cette histoire a commencé à être déconstruite par le postmodernisme soucieux de rompre avec la modernité née pendant les Lumières, de libérer la pensée et de délivrer l’individu du passé pour l’inscrire pleinement dans le présent, en fustigeant les grands récits historiques.

Cette approche a été salutaire car elle a fait réfléchir, a remis en cause de fausses évidences et a fait progresser notre connaissance. Ainsi, pour reprendre le cas de l’histoire coloniale, Edward Saïd (1935-2003) a-t-il souligné, dans l’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident (1978, 1980 pour l’édition française), ce que le regard occidental porté sur l’Orient et sur les colonisés avait pu avoir de biaisé, voire de méprisant, même s’il a pu pécher lui-même par réductionnisme et caricature pour défendre sa thèse.

Et certains déconstructeurs en sont venus à noircir systématiquement l’histoire de France, comme le fit par exemple Claude Ribbe avec son Crime de Napoléon (2005) comparant l’esclavage et la traite négrière à la Shoah et Napoléon à Hitler.

Cependant, d’autres ont rapidement profité de ces derniers excès pour proposer de nouveau un roman national qui a pu prendre un tour essentialiste. Il existe pourtant et évidemment une voie entre la fierté aveugle des uns et la passion destructrice des autres.

Un troisième moment historiographique

De la fin des années 2000 au milieu de la décennie suivante, trois grandes entreprises collectives ont contribué à explorer une autre voie, à distance des interprétations partisanes.

À partir de 2009, Joël Cornette a ainsi dirigé, pour l’éditeur Belin, une Histoire de France en plus de dix volumes et 10 000 pages, faisant la part belle aux sources et aux illustrations. Claude Gauvard a pris peu après la tête d’une Histoire personnelle de la France en six volumes aux Presses universitaires de France, avant que Patrick Boucheron et un autre collectif ne publient, en 2017, chez Fayard, une Histoire mondiale de la France autour d’événements destinés à faire réfléchir.

Ces trois histoires proposaient un récit chronologique et s’appuyaient sur des spécialistes reconnus pour essayer de recentrer un pendule de l’histoire qui avait sans nul doute trop oscillé. Il nous est cependant apparu qu’il y avait nécessité de proposer un autre projet de grande ampleur, une Nouvelle Histoire de France. Nous avons emprunté cette même voie médiane, en rassemblant d’ailleurs plusieurs des autrices et auteurs qui avaient participé aux entreprises précédentes, mais en procédant aussi différemment, sous forme encyclopédique et chronologico-thématique.

Pierre Nora (1931-2025) qui avait dirigé une somme pionnière au milieu des années 1980, les Lieux de mémoire, nous disait au début du processus éditorial, en 2023, que le temps était sans doute venu d’ouvrir un troisième moment historiographique, celui d’une histoire soustraite à la fausse modernité qui conduit à ne lire le passé qu’avec des schémas actuels de pensée, celui d’une histoire renonçant au nouveau mantra qui rend l’Occident coupable de tous les maux et qui pare le reste du monde de toutes les vertus par un excès symétrique à celui par lequel le premier s’est longtemps pris pour le phare de la planète renvoyant le second à sa supposée arriération, celui enfin d’une histoire extraite du cadre étroit de notre hexagone pour montrer ce que la France doit au monde mais aussi ce qu’elle lui a apporté, dans un incessant mouvement de circulation à double sens, à la fois humain, matériel et immatériel.

De nouveaux sujets et des méthodes nouvelles

Avec cette Nouvelle Histoire de France, il s’agit de renoncer aux effets de mode, d’accorder toute leur place aux incontournables – les personnalités, les faits marquants, les œuvres majeures – sans omettre aucun des renouvellements majeurs de ces dernières années. La discipline a évolué en effet tant dans les objets (histoire impériale et coloniale, histoire des voix oubliées et des marges négligées, histoire du genre et des femmes, histoire environnementale…), que dans les méthodes (archéologie préventive, prosopographie, approche par le bas, jeu sur les échelles, big data…).

Parmi les nouveaux sujets historiques, l’environnement est très certainement l’un de ceux qui ont pris le plus de place dans la recherche en raison de la dégradation accélérée de la planète due au double processus de marchandisation du monde
– porté par un imaginaire économique de croissance infinie – et d’artificialisation de la planète – reposant sur un imaginaire technoscientifique prométhéen – qui se développe depuis la fin du XVIIIe siècle. En mettant en avant ces alertes précoces et les alternatives proposées dans le passé, l’histoire environnementale est porteuse de sens pour l’avenir et c’est pourquoi nous voulions lui accorder une grande place en confiant à Charles-François Mathis, son chef de file en France, le soin de l’aborder.

Quant aux méthodes nouvelles à disposition de l’historien, il nous faut dire un mot, là encore à titre d’exemple, de l’archéologie préventive. Celle-ci a commencé à se développer en France à partir des années 1970, avec l’ambition de préserver et d’étudier les éléments significatifs du patrimoine archéologique français menacés par les travaux d’aménagement et les projets immobiliers. Elle a permis de mieux comprendre l’héritage gaulois de la France et ses limites. Et qui mieux que Dominique Garcia, grand spécialiste de la Gaule préromaine et directeur de l’Institut national de la recherche archéologique préventive (Inrap) pour traiter le chapitre « Gaulois » de notre ouvrage ?

En outre, l’histoire n’est pas une discipline isolée mais elle s’enrichit du dialogue avec les autres sciences humaines et sociales et c’est dans cet esprit que nous avons aussi fait appel à 17 auteurs et autrices de 14 autres disciplines, habitués à travailler en profondeur historique : le géographe Jean-Robert Pitte, le spécialiste de la littérature française Robert Kopp, l’historienne de l’art Anne Pingeot, le philosophe Marcel Gauchet… Tous ont accepté de mettre leur savoir à la portée du plus grand nombre au prix d’un effort de synthèse et de vulgarisation.

C’est à ce prix que cette histoire en 100 chapitres, 340 éclairages et 1 100 pages se veut renouvelée et tout à la fois érudite et vivante, encyclopédique et ludique, dépassionnée… mais passionnante !

The Conversation

Éric Anceau a dirigé la « Nouvelle histoire de France » publiée aux éditions Passés composés.

ref. Pourquoi publier une « nouvelle » histoire de France en 2025 – https://theconversation.com/pourquoi-publier-une-nouvelle-histoire-de-france-en-2025-267669

Pour la première fois, une étude révèle ce qui se passe dans le cerveau d’un entrepreneur

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Ooms, Chargé de cours, Université de Liège

Si le cerveau est capable de renforcer certains réseaux neuronaux grâce à l’entraînement, comme on muscle son corps par le sport, alors l’expérience entrepreneuriale répétée pourrait elle-même être un facteur de développement de ces connexions particulières. BillionPhotos/Shutterstock

L’entrepreneuriat façonne-t-il le cerveau ? Certaines personnes naissent-elles avec des caractéristiques cérébrales qui les prédisposent à entreprendre ? Pour tenter de répondre à ces questions, une étude récente explore le fonctionnement du cerveau d’entrepreneurs grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, une technique qui permet de visualiser l’activité cérébrale.


Si l’on reconnaît l’importance des processus cognitifs chez les entrepreneurs
– comment pensent-ils et agissent-il face à l’incertitude ? –, on s’est peu intéressé à l’étude de leur cerveau lorsqu’ils prennent leurs décisions.

Pourquoi certains individus semblent exceller dans la création d’entreprises et naviguent habilement à travers l’incertitude, tandis que d’autres peinent à s’adapter ?

Pour tenter de faire la lumière sur la réponse à cette question, nous avons mené des travaux faisant converger neurosciences et recherche en entrepreneuriat. Nous avons en effet exploré l’activité cérébrale chez des entrepreneurs grâce à une technique d’imagerie médicale, l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf).

Fruit d’une collaboration entre le centre de recherche interdisciplinaire en sciences biomédicales GIGA Consciousness Research Unit de l’Université de Liège (Belgique) et le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Liège, notre étude ouvre de nouvelles perspectives sur la manière dont les entrepreneurs abordent la prise de décision, gèrent l’incertitude et exploitent de nouvelles opportunités.

Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf)

L’IRMf permet de visualiser l’activité cérébrale en mesurant les variations du flux sanguin dans le cerveau. Cette méthode repose sur un principe simple : lorsqu’une région du cerveau est activée, elle consomme plus d’oxygène, ce qui entraîne une augmentation du flux sanguin vers cette zone. Ce surplus d’oxygène modifie légèrement les propriétés magnétiques du sang. C’est cette différence que l’IRMf mesure pour créer des cartes d’activité cérébrale en temps réel, offrant ainsi une vue détaillée de la fonction cérébrale.

Plus précisément, notre étude s’est concentrée sur 23 entrepreneurs habituels
– c’est-à-dire ceux qui ont lancé plusieurs entreprises, en les comparant à 17 managers travaillant dans de grandes organisations.

L’analyse de connectivité en état de repos basée sur une région cérébrale d’intérêt (seed-based resting state fMRI) a révélé que ces entrepreneurs expérimentés présentent une connectivité neuronale accrue entre certaines régions de l’hémisphère droit du cerveau : l’insula et le cortex préfrontal. Ces zones jouent un rôle dans la flexibilité cognitive et la prise de décisions exploratoires, c’est-à-dire la capacité à ajuster sa stratégie et à penser autrement face à des situations nouvelles ou incertaines.

Mieux gérer l’incertitude

Ce réseau cérébral plus connecté pourrait contribuer à expliquer pourquoi ces entrepreneurs semblent mieux armés pour gérer l’incertitude et faire preuve de flexibilité cognitive, des capacités souvent associées à l’identification d’opportunités entrepreneuriales.

Que ce soit de manière séquentielle – les serial entrepreneurs, qui créent une entreprise après l’autre – ou de façon concurrente – les portfolio entrepreneurs qui gèrent plusieurs entreprises en même temps –, ces profils paraissent exceller dans l’art de s’adapter rapidement. Une compétence précieuse dans le monde des start-ups, où les repères sont rarement stables.

Une autre étude, portant sur le même groupe d’entrepreneurs et de managers met en lumière un autre phénomène intrigant : ces entrepreneurs habituels présentent un volume de matière grise plus important dans l’insula gauche. Bien que l’étude n’ait pas directement mesuré la pensée divergente, d’autres travaux ont montré que l’augmentation du volume de matière grise dans l’insula gauche est associée à cette capacité – c’est-à-dire la faculté de générer de nombreuses idées différentes pour résoudre un même problème.

Ce qui suggère que les différences observées chez ces entrepreneurs pourraient refléter une plus grande propension à la pensée divergente.

Une question essentielle reste ouverte : l’entrepreneuriat façonne-t-il le cerveau… ou bien certaines personnes naissent-elles avec ces caractéristiques cérébrales qui les prédisposent à entreprendre ?

Autrement dit, sommes-nous entrepreneurs par nature ou par culture ?

Nature ou culture ?

Cette interrogation est aujourd’hui au cœur des nouveaux projets de recherche menés par l’équipe d’HEC Liège et du Centre de recherche du cyclotron (CRC) de l’Université de Liège. Cette orientation de recherche s’appuie sur le concept de « plasticité cérébrale », c’est-à-dire la capacité du cerveau à se modifier sous l’effet des expériences et des apprentissages.

Si le cerveau est capable de renforcer certains réseaux neuronaux grâce à l’entraînement, comme on muscle son corps par le sport, alors l’expérience entrepreneuriale répétée pourrait elle-même être un facteur de développement de ces connexions particulières. À l’inverse, si ces différences cérébrales sont présentes dès le départ, cela poserait la question de traits cognitifs ou neurobiologiques favorisant l’esprit d’entreprise.

Pour répondre à ces questions, de nouveaux travaux sont en cours au sein du laboratoire et du GIGA-CRC, avec notamment des études longitudinales visant à suivre l’évolution des cerveaux d’entrepreneurs au fil de leur parcours, mais aussi des comparaisons avec de jeunes porteurs de projets ou des aspirants entrepreneurs.

L’enjeu est de mieux comprendre si, et comment, l’expérience de l’entrepreneuriat peut façonner notre cerveau. Cette nouvelle phase de la recherche est en cours et entre dans une phase clé : le recrutement des participants pour une étude en imagerie par résonance magnétique (IRM). Nous recherchons des volontaires, entrepreneurs ou non, prêts à contribuer à cette exploration scientifique inédite sur les effets de la pratique entrepreneuriale sur le cerveau.

Former les futurs entrepreneurs

L’intégration des neurosciences dans l’étude de l’entrepreneuriat offre une perspective novatrice sur les facteurs qui pourraient contribuer à l’esprit entrepreneurial. En comprenant si – et comment – l’expérience entrepreneuriale influence la structure et la fonction cérébrales, il deviendrait possible de concevoir des approches de formation spécifiques pour favoriser l’esprit d’entreprendre. On pourrait, par exemple, imaginer de mettre au point des exercices pratiques et des approches d’apprentissage immersif afin de développer chez les étudiants les compétences observées chez des entrepreneurs habituels.


Cet article a été rédigé avec l’aide du Dr Arnaud Stiepen, expert en communication et vulgarisation scientifiques.

The Conversation

Frédéric Ooms a été financé par une subvention ARC (Actions de Recherche Concertée) de la Fédération Wallonie‑Bruxelles.

ref. Pour la première fois, une étude révèle ce qui se passe dans le cerveau d’un entrepreneur – https://theconversation.com/pour-la-premiere-fois-une-etude-revele-ce-qui-se-passe-dans-le-cerveau-dun-entrepreneur-259324

Comment le G20 peut aider l’Afrique à sortir de la crise de la dette

Source: The Conversation – in French – By Danny Bradlow, Professor/Senior Research Fellow, Centre for Advancement of Scholarship, University of Pretoria

La fin de la présidence sud-africaine du G20 ne veut pas dire que le pays perd sa capacité ou sa responsabilité à défendre les priorités qu’elle a portées en 2025. L’Afrique du Sud peut encore plaider pour des actions sur ces questions, au sein du G20 comme dans d’autres espaces internationaux et régionaux.

Dans cet article, je soutiens que l’Afrique du Sud devrait à l’avenir donner la priorité aux défis financiers de l’Afrique qu’elle a défendus en 2025.

L’Afrique du Sud avait défini quatre grandes priorités pour sa présidence du G20. Deux concernaient directement les questions financières. L’une visait à « garantir la viabilité de la dette des pays à faible revenu ». L’autre consistait à mobiliser des financements pour une transition énergétique juste.

L’importance de la dette, du financement du développement et du climat pour l’avenir de l’Afrique est évidente. Plus de la moitié des pays africains sont soit en situation de surendettement, soit risquent de l’être. Plus de la moitié de la population africaine vit dans des pays qui dépensent plus pour le service de leur dette que pour la santé et/ou l’éducation.

En outre, en 2023, 17 pays africains ont connu des sorties nettes de capitaux. Autrement dit, ils ont utilisé plus de devises pour payer leurs créanciers étrangers qu’ils n’en ont reçu via de nouveaux prêts pour financer leur développement. Le continent est également confronté à des phénomènes météorologiques extrêmes qui ont des répercussions négatives sur la sécurité alimentaire et le bien-être humain.

En clair, les pays africains sont pris dans un cercle vicieux. Les effets du changement climatique et la pression de la dette s’alimentent mutuellement et minent leur capacité à atteindre les objectifs de développement durable.

Les priorités de l’Afrique du Sud

Les priorités de l’Afrique du Sud pour sa présidence du G20 étaient ambitieuses. Leur succès exigeait des actions concrètes à trois niveaux :

La prise de conscience : L’Afrique du Sud devait amener la communauté internationale à mieux comprendre la nature des problèmes de dette et de financement. Il s’agissait aussi de lui faire prendre la mesure des conséquences d’une inaction.

Le processus : L’Afrique du Sud devait convaincre le G20 de corriger les faiblesses du cadre commun, conçu pour aider les pays à faible revenu à obtenir un allégement de dette.

Les cas de la Zambie et du Ghana ont montré que le cadre commun était lourd, lent et indûment favorable aux créanciers. Le système impose au pays endetté de négocier séparément avec chaque groupe de créanciers, et dans un ordre précis. Il ne peut discuter avec ses créanciers commerciaux qu’après avoir abouti à un accord avec ses créanciers officiels.

Les créanciers commerciaux ne peuvent accorder un allégement tant que les créanciers officiels ne sont pas satisfaits de l’accord obtenu. Ils doivent aussi être certains de ne pas être traités moins favorablement que les créanciers commerciaux.

Une autre complication vient des multiples rôles du FMI dans les restructurations de dette. Il est à la fois conseiller et créancier des pays endettés. De plus, c’est lui qui réalise l’analyse de viabilité de la dette. Cette analyse détermine le montant de l’allègement que tous les autres créanciers doivent consentir. Plus son analyse est optimiste, plus les contributions attendues de chaque créancier, y compris le FMI, sont faibles. Ces efforts peuvent prendre la forme de nouveaux financements ou de nouvelles conditions de remboursement.

Le fond : Le processus actuel de restructuration de la dette traite la dette comme un problème technique financier et juridique. Il ignore que c’est un problème complexe et multidimensionnel pour les pays débiteurs. Cette approche limite les négociations aux termes des contrats financiers. Les négociations se concentrent sur les ajustements nécessaires parce que le débiteur ne peut pas respecter ses obligations initiales.

Cette perspective laisse de côté les effets de la crise de la dette sur les autres obligations juridiques de l’État, ainsi que sur sa situation sociale, politique, environnementale et culturelle. Cela revient à laisser le pays se débrouiller seul avec ces conséquences. Cette séparation artificielle entre les différentes obligations du pays empêche toute issue au cercle vicieux dette, développement et climat. Elle contraint le pays à choisir entre honorer ses dettes et financer son développement.

Au cours de l’année 2025, l’Afrique du Sud a été très efficace pour alerter sur la crise de la dette africaine et son impact désastreux. Elle a persuadé les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales du G20 d’adopter une déclaration sur la viabilité de la dette en octobre. Cette déclaration est la reconnaissance éloquente par le G20 du problème et de la nécessité de mieux gérer ces questions. Malheureusement, elle ne contient aucun engagement ferme du G20 sur les actions à mener pour remédier à la situation

Aucun progrès substantiel n’a été réalisé au niveau du processus et du fond. Il est peu probable que cela change dans les dernières semaines de la présidence sud-africaine.

Mais l’Afrique du Sud peut prendre trois mesures après la fin de son mandat pour que la crise de la dette africaine continue d’attirer l’attention.

Trois mesures à prendre

Premièrement, l’Afrique du Sud devrait demander à un groupe comme le Panel d’experts africains
qu’elle a créé pour conseiller le président, de préparer un rapport technique. Ce rapport doit identifier et analyser tous les obstacles qui empêchent l’Afrique d’accéder à des financements externes de développement qui soient abordables, durables et prévisibles.

Ce rapport devrait être soumis au président sud-africain au cours du premier semestre 2026. L’année prochaine, l’Afrique du Sud sera toujours membre de la troïka du G20, qui se compose des présidents actuel, sortant et entrant du G20. Par conséquent, l’année prochaine, elle pourra toujours présenter le rapport au G20. L’Afrique du Sud peut également utiliser ce rapport pour promouvoir des actions dans d’autres forums régionaux et mondiaux appropriés.

Deuxièmement, l’Afrique du Sud et l’Union africaine devraient créer un « Club des emprunteurs africains », indépendant du G20. Ce club servirait d’espace d’échange entre États africains endettés. Ils pourraient y partager informations, expériences et enseignements tirés de leurs négociations sur la dette souveraine, ainsi que des pratiques de gestion responsable de la dette. Le cas échéant, le club pourrait collaborer avec des institutions financières régionales africaines.

Le club, en collaboration avec des organisations régionales telles que la Facilité africaine de soutien juridique, pourrait également organiser des ateliers. Les États intéressés pourraient y partager davantage d’informations et évaluer plus clairement leurs options de financement. Ils pourraient aussi renforcer leurs capacités de négociation dans les transactions liées à la dette souveraine.

Le Club des emprunteurs africains devrait également être chargé de créer une table ronde sur la dette souveraine africaine, sur le modèle de la Table ronde mondiale sur la dette souveraine. Cette structure serait un forum informel, fonctionnant selon la règle de Chatham House. Elle réunirait les différentes catégories d’acteurs concernés par la dette africaine pour réfléchir à un processus de restructuration qui soit efficace, rapide et équitable, et qui adopte une approche holistique de la crise de la dette souveraine.

Troisièmement, l’Afrique du Sud devrait profiter du fait que les effets du climat, des inégalités, du chômage et de la pauvreté sur son développement sont désormais reconnus comme des enjeux majeurs relevant du mandat macro-économique et financier du FMI. L’Afrique du Sud devrait demander que le FMI revoie ses règles, ses pratiques et sa gouvernance.

Cet appel devrait rappeler que [les banques multilatérales de développement ont fait l’objet de plusieurs évaluations du G20](https://www.gihub.org/resources/publications/strengthening-multilateral-development-banks-the-triple-agenda-report-of-the-g20-independent-experts-group/ “) ces dernières années. Ces évaluations ont permis des améliorations importantes dans leurs cadres financiers et leurs pratiques. En revanche, le FMI n’a pas été soumis à une revue comparable, alors même que ses opérations auraient dû faire l’objet de révisions peut-être encore plus approfondies.

The Conversation

Danny Bradlow, outre son poste à l’université de Pretoria, est chercheur senior non résident au Centre de politique de développement mondial de l’université de Boston, conseiller senior du G20 à l’Institut sud-africain des affaires internationales et responsable de la conformité à l’Unité de conformité sociale et environnementale du PNUD.

ref. Comment le G20 peut aider l’Afrique à sortir de la crise de la dette – https://theconversation.com/comment-le-g20-peut-aider-lafrique-a-sortir-de-la-crise-de-la-dette-269891

Greffes d’organes vers l’humain : coeur, reins, peau… pourquoi le cochon est-il devenu l’animal de référence pour les xénogreffes ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Coralie Thieulin, Enseignant chercheur en physique à l’ECE, docteure en biophysique, ECE Paris

Greffer l’organe d’un animal à un être humain n’est plus de la science-fiction. Ces dernières années, plusieurs patients ont reçu des cœurs, des reins ou même la peau d’un porc génétiquement modifié. Mais pourquoi choisir le cochon, plutôt qu’un autre animal ?


Le terme xénogreffe désigne la transplantation d’un tissu ou d’un organe provenant d’une espèce différente de celle du receveur, par exemple, d’un porc vers un humain. Elle se distingue de l’allogreffe, entre deux humains, et de l’autogreffe, utilisant les propres tissus du patient. L’objectif est de remédier à la pénurie chronique d’organes humains disponibles pour la transplantation, tout en garantissant la compatibilité et la sécurité du greffon.

En France, au 1er janvier 2025, 22 585 patients étaient inscrits sur la liste nationale d’attente pour une greffe, dont 11 666 en liste active. En 2024, 852 patients sont décédés en attendant une greffe.

La peau de porc, une pionnière des xénogreffes

C’est d’abord la peau qui a ouvert la voie. Depuis les années 1960, la peau de porc est utilisée comme pansement biologique temporaire pour les grands brûlés. Sa structure et son épaisseur sont étonnamment proches de celles de la peau humaine, ce qui permet une bonne adhérence et une protection efficace contre les infections et la déshydratation.

Contrairement à d’autres animaux (vache, mouton, lapin), la peau de porc présente un réseau de collagène (protéine structurelle présente dans le tissu conjonctif et responsable de la résistance et élasticité des tissus) et une densité cellulaire similaires à ceux de l’homme, limitant les réactions de rejet immédiat. Ces greffes ne sont toutefois que temporaires : le système immunitaire finit par les détruire. Néanmoins, elles offrent une protection temporaire avant une autogreffe ou une greffe humaine.

Une proximité biologique frappante

Au-delà de la peau, le cochon partage de nombreux points communs physiologiques avec l’être humain : taille des organes, rythme cardiaque, pression artérielle, composition du plasma, voire métabolisme. Le cœur d’un cochon adulte, par exemple, a des dimensions proches de celui d’un humain, ce qui en fait un candidat naturel pour les greffes.

D’autres espèces, comme les primates non humains, présentent une proximité génétique encore plus importante, mais leur utilisation soulève des questions éthiques et sanitaires beaucoup plus lourdes, sans parler de leur reproduction lente et de leur statut protégé.

Un animal compatible avec la médecine moderne

Au contraire, les cochons sont faciles à élever, atteignent rapidement leur taille adulte, et leurs organes peuvent être obtenus dans des conditions sanitaires contrôlées. Les lignées génétiquement modifiées, comme celles développées par la société américaine Revivicor, sont désormais dépourvues de certains gènes responsables du rejet hyper aigu, ce qui rend leurs organes plus « compatibles » avec le système immunitaire humain.

Les chercheurs ont aussi supprimé des virus « dormants » (qui ne s’activent pas) présents dans le génome du porc, réduisant le risque de transmission d’agents infectieux à l’Homme.

Du pansement biologique à la greffe d’organe

Après la peau, les chercheurs se tournent vers les reins, le cœur, le foie ou encore le pancréas. En 2024, des patients ont survécu plusieurs semaines avec un cœur de porc génétiquement modifié, une prouesse longtemps jugée impossible. Des essais ont également été menés avec des reins de porc, notamment chez des patients en état de mort cérébrale ou, plus récemment, chez un patient vivant. En revanche, les recherches sur le foie et le pancréas en sont encore au stade préclinique, menées uniquement chez l’animal. Ces avancées ne sont pas seulement symboliques : la pénurie mondiale de donneurs humains pousse la médecine à explorer des alternatives réalistes.

Cependant, le défi immunologique reste immense – même génétiquement modifiés, les organes porcins peuvent être rejetés par le système immunitaire humain – tout comme les enjeux éthiques liés notamment au bien-être animal.

Le cochon s’est imposé non par hasard, mais parce qu’il représente un compromis entre proximité biologique, faisabilité et acceptabilité sociale. Si les essais confirment la sécurité et la durabilité des greffes, le porc pourrait bientôt devenir un allié inattendu mais essentiel de la médecine humaine.

The Conversation

Coralie Thieulin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Greffes d’organes vers l’humain : coeur, reins, peau… pourquoi le cochon est-il devenu l’animal de référence pour les xénogreffes ? – https://theconversation.com/greffes-dorganes-vers-lhumain-coeur-reins-peau-pourquoi-le-cochon-est-il-devenu-lanimal-de-reference-pour-les-xenogreffes-267370

When did kissing evolve and did humans and Neanderthals get off with each other? New research

Source: The Conversation – UK – By Matilda Brindle, Postdoctoral researcher, University of Oxford

Moncar0/Shutterstock

If I asked you to imagine your dream snog, chances are it wouldn’t be with a
Neanderthal; burly and hirsute as they may be. However, my team’s new research
suggests that these squat beefcakes might have been right up your ancestors’
street.

In our new paper, colleagues and I investigated kissing in monkeys and apes, including modern humans and Neanderthals, to reconstruct its evolutionary history for the first time.

Before we could do this, we needed to construct a definition of kissing that was
applicable across a wide variety of animals. This sounds simple, but lots of
behaviour looks like kissing at first glance.

Many primates pre-chew food for their offspring and feed this to them orally (a
behaviour known as premastication). Ants also exchange fluid and food mouth-to-mouth in a process known as trophallaxis. Sometimes they do this mouth-to-anus too, but that is harder to mistake for a kiss. Tropical French grunt fish can also be seen passionately locking lips. However, this behaviour is no French kiss. It is part of a dominance display known as “kiss-fighting”.

We excluded kissing-like behaviour from our definition. We also excluded interactions that might be accidental or occur between members of different species, such as when dogs lick their owners’ mouths (or the time a capuchin monkey tried to snog me, but that’s a different story).

Taking all this into account, we define kissing as non-aggressive, directed, mouth-to-mouth contact between members of the same species, that doesn’t involve food
transfer. By this definition, all sorts of animals kiss, from polar bears enjoying spirited rounds of tonsil-tennis, to prairie dogs softly canoodling.

We used this definition to trawl published scientific papers, searching for observations of kissing in the group of monkeys and apes that evolved in Africa, Asia and Europe. It turns out that a handful of monkeys, and most apes, have been observed to kiss, with the exception of Eastern gorillas and the small apes (gibbons and siamangs).

The type of kiss can vary, both within and between species. Kissing between bonobos tends to be an exclusively sensual affair with “prolonged tongue-tongue interaction”. Other apes have a spicy side too, sometimes kissing as foreplay, or during sex.

Kissing also occurs in affectionate, platonic contexts across most apes, such as when mothers kiss their infants, or during greetings and reconciliation.

We combined this data with information on the evolutionary relationships between different species, in what is known as a phylogenetic comparative analysis. This technique allowed us to model the evolutionary history of kissing, and explore whether it was likely to have been present in the ancestors of different groups of species.

Our results paint early apes in an amorous light, showing that the ancestors of large apes were kissing each other as far back as 21.5 – 16.9 million years ago. Clearly, they were onto a good thing because they’ve been at it ever since, apart from Eastern gorillas, who just don’t seem to be into it.

Our reconstructions also shed light on the proclivities of Neanderthals who, it turns out, were also likely to be partial to a good smooch. Previous research shows that modern humans and Neanderthals shared an oral microbe long after the two species diverged into separate lineages. For this to happen, the microbes had to have been transferred between the two species. In other words, they were swapping saliva.

There could, of course, be an innocent explanation for this. Perhaps the two species were simply sharing food with one another over a friendly campfire. On the
other hand, when you consider that most people of non-African descent have some
Neanderthal ancestry, alongside our finding that kissing was present in Neanderthals, a saucier picture emerges.

So, did humans and Neanderthals get off with each other? Unfortunately, kissing
doesn’t preserve in the fossil record, so we’ll never be able to say for sure, but the evidence certainly points in that direction. One thing I can say for certain is that I’ll never look at a Neanderthal the same way again.

The Conversation

Matilda Brindle has previously received funding from the Natural Environment Research Council and the Leakey Foundation

ref. When did kissing evolve and did humans and Neanderthals get off with each other? New research – https://theconversation.com/when-did-kissing-evolve-and-did-humans-and-neanderthals-get-off-with-each-other-new-research-269210

Cinco claves para que la escuela sea un entorno seguro y protector

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Irene Montiel Juan, Profesora e investigadora Universitat Oberta de Catalunya (UOC). Grupo VICRIM – Sistema de Justicia Penal, UOC – Universitat Oberta de Catalunya

wavebreakmedia/Shutterstock

“Ahora no dejo que nadie me insulte y me hable mal, o se lo digo a la profesora”.

Esta frase de una niña de nueve años muestra lo importante que es saber identificar lo que es violencia y comprender que los adultos tienen la obligación de proteger a los niños. Algo que puede marcar la diferencia entre normalizar una situación de maltrato o no.

La frase la aportó una de los casi 1 000 niños y niñas que participaron en el programa para protección de la infancia #EscuelaSinViolencias de la Fundación FC Barcelona, cuyo impacto hemos evaluado en nuestro grupo de investigación, y que se ha implementado ya en más de 160 escuelas y 32 000 alumnos en Cataluña.

La violencia sigue siendo un problema social, de derechos y de salud pública, que afecta a uno de cada dos menores cada año. Apenas el 10 % de los casos son reportados a las autoridades competentes.

Los adultos, especialmente quienes trabajan con menores de edad, estamos obligados a crear “entornos seguros”: a fomentar el buen trato y el respeto mutuo, la convivencia, la resolución pacífica de conflictos y, en definitiva, el desarrollo óptimo del menor.

¿Cómo podemos hacerlo? Nuestro estudio sobre la evaluación de ese programa nos ha permitido identificar cinco claves fundamentales.

1. Los adultos son los responsables

En primer lugar, la cultura de la protección debe construirse sobre la base de que la responsabilidad recae siempre en las personas adultas. Los niños y niñas deben conocer sus derechos, aprender a identificar situaciones que los vulneran y a personas adultas de referencia a las que pedir ayuda, pero la responsabilidad de afinar la mirada, garantizar entornos seguros que promuevan el bienestar, detectar situaciones de riesgo o de maltrato y actuar es exclusivamente de los adultos.

Los estudios demuestran que aumentar los conocimientos y habilidades del alumnado les empodera para identificar abusos y explicar sus experiencias, pero cerca debe haber adultos disponibles, sensibles y capaces de actuar.

2. Trabajo en equipo y sensibilización colectiva

Alumnado, familia y profesorado deben conocer los derechos de la infancia, las diferentes formas de violencia (incluso las más sutiles) y su grave impacto en la etapa infantil y adolescente.

En el contexto escolar, es imprescindible además que el profesorado conozca los protocolos de actuación y tenga un referente especialmente formado en la puesta en marcha de estos protocolos. Si la familia y la escuela están bien conectados, y los niños y niñas se sienten escuchados y comprendidos, estaremos creando el ambiente idóneo para la detección temprana.




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Para ello, generemos espacios y momentos cotidianos de escucha activa y confianza, sin juzgarlos ni minimizar sus preocupaciones, teniendo en cuenta su opinión y respondiendo desde el apoyo y la calma. Estas habilidades son las que promueve el programa #EscolaSenseViolencies

3. Más allá del acoso entre iguales

La evidencia sugiere que podemos aprender a detectar mejor situaciones de violencia mediante formación especializada y que hay menores víctimas de distintas formas de violencia en todos los centros.

Sin embargo, muchos profesionales en el ámbito educativo siguen presentando desconocimiento y falsas creencias. Por ejemplo, se tiende a pensar que la violencia contra la infancia es poco frecuente y que si no deja marcas visibles no es violencia. Tendemos a minimizar la gravedad de las agresiones verbales o relacionales (gritos, insultos), considerando ciertas conductas “tolerables”, y así son normalizadas por los menores. Conocer las cifras y consecuencias de esta realidad es fundamental para cambiar la mirada y el comportamiento.




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Como docentes o miembros de la comunidad escolar tenemos que saber que niños y niñas pueden ser víctimas de violencia más allá del acoso entre iguales o de las paredes de los colegios. Es frecuente que las mismas víctimas sean objeto de diferentes formas de violencia en diferentes contextos.

4. El conocimiento no traumatiza, empodera

Los niños y niñas tienen derecho a ser escuchados y a hablar sobre cosas que son importantes para ellos, como la violencia.

En las escuelas, podemos realizar actividades en clase que sirvan para exponer diferentes situaciones de violencia, comentarlas y discutir posibles soluciones. Ellos pueden explicar experiencias propias de manera acorde a su edad: los adultos debemos proporcionarles entornos seguros donde hacerlo, con personas preparadas para escucharles activamente y responder de manera sensible y protectora.




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Por ejemplo, muchos participantes del programa decían cosas como: “Me ha ayudado a ver las injusticias”, “Los profesores ahora nos escuchan más, y si me pasa algo, se lo digo”.

La información proporcionada por los adultos debe ser veraz, basada en la evidencia y adaptada a su nivel de desarrollo y conocimientos, buscando ejemplos sencillos, claros y que puedan entender. Por ejemplo, explicándoles que algo que les lastima no puede ser un secreto, o que tienen derecho a decir que algo no les gusta, incluso a una persona adulta.

Debemos transmitirles además la seguridad de que sabemos qué hay que hacer para protegerles, sin cuestionarles. Por ejemplo, no digamos “¿por qué no lo contaste antes?” o “¿estás seguro de que fue así?”, sino “siento mucho que hayas pasado por eso, gracias por confiar en mí”. Tampoco se trata ni de alarmar ni de prometerles cosas imposibles: en lugar de “no se lo contaré a nadie”, podemos afirmar “seré todo lo discreta que pueda, pero tengo la obligación de comunicarlo para protegerte”.

5. Para prevenir, no todo vale

Por último, para prevenir la violencia, no todo vale. Los programas de prevención e intervención deben ir más allá de las buenas intenciones. Los centros educativos deben elegir aquellos que estén diseñados desde un marco teórico y empírico sólido y que tengan pruebas publicadas de su eficacia. Lo ideal es que sus efectos se midan y se evalúen periódicamente para confirmar que producen cambios de actitud y conducta significativos y duraderos. Es decir, debe comprobarse que consiguen los efectos deseados, pero también que no provocan ningún daño.

Aplicando estas claves, es posible convertir la escuela en un entorno seguro y protector, donde no solo se previene la violencia, sino que se revelan y se detectan más casos, lo que puede marcar la diferencia entre actuar a tiempo o no hacerlo.

The Conversation

El programa #EscuelaSinViolencias está financiado por la Fundación FC Barcelona.

Nada que declarar

ref. Cinco claves para que la escuela sea un entorno seguro y protector – https://theconversation.com/cinco-claves-para-que-la-escuela-sea-un-entorno-seguro-y-protector-258741

Otra pandemia global: el analfabetismo financiero

Source: The Conversation – (in Spanish) – By James Manuel Pérez-Morón, Profesor Escuela Internacional de Ciencias Económicas y Administrativas, Universidad de La Sabana

Irene Miller/Shutterstock

Imaginemos a una persona que compra un electrodoméstico a cuotas, sin entender que pagará el doble de su valor. A una pareja joven que usa su primera tarjeta de crédito como si fuera dinero extra, sin pensar en los intereses acumulados. O a un político que ofrece subsidios ilimitados o nacionalizar los ahorros.

En cada caso, el desconocimiento pesa más que la falta de dinero y nos vuelve vulnerables al endeudamiento, al consumo irracional y al engaño político y económico.

El sistema educativo tradicional enseña lengua, matemáticas e historia, pero fomenta el analfabetismo financiero (AF): personas incapaces de comprender y aplicar conceptos básicos sobre cómo funciona un crédito, el ahorro, la inversión o la gestión de la deuda. Sabemos leer textos, pero no balances. Calculamos áreas, pero no intereses.

Datos que visibilizan el problema

Según datos de 2023 de la Organización para la Cooperación y el Desarrollo Económico (OCDE), la puntuación media de alfabetización financiera de los adultos de 39 países fue de 60 sobre 100.

La falta de educación financiera no entiende de estratos sociales, ni de género, ni de la potencia económica de los países. En Estados Unidos, por ejemplo, los niveles han empeorado en la pospandemia, afectando incluso a quienes tienen educación universitaria.

En Europa, solo el 18 % de los ciudadanos goza de un alto nivel de alfabetización financiera. Y en América Latina países como Perú y Uruguay muestran los peores niveles de conocimiento financiero.

En el otro lado de la balanza, los habitantes de Suecia, Japón, Alemania, Nueva Zelanda y Singapur son los mejor preparados en este ámbito.

Educación financiera y salud mental

La falta de educación financiera tiene efectos directos sobre la salud mental, el estrés y la depresión. El Banco Interamericano de Desarrollo indica que las preocupaciones económicas son una de las principales fuentes de ansiedad en la población trabajadora.




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El miedo constante al impago, la incertidumbre sobre el futuro o la culpa por decisiones financieras mal informadas se convierten en factores de deterioro emocional y físico. Por el contrario, la educación financiera empodera: permite planificar, anticipar crisis y tomar decisiones con mayor control y seguridad. Enseñar a manejar el dinero es, en el fondo, enseñar a vivir con menos miedo.

Algunos modelos inspiradores

En Finlandia existe una aldea empresarial, Yrityskylä, una simulación de ciudad que enseña a los niños desde primaria y secundaria a gestionar ingresos, impuestos y empresas. Así, no parece gratuito que ocupe el segundo lugar entre los países de la OCDE con mejores conocimientos financieros. Además, su Banco Central ha creado centros de educación sobre este ámbito para adultos, ampliando el aprendizaje a toda la población.

Una estrategia similar se aplica en algunos estados de EE.UU, donde la legislación obliga a los colegios a impartir clases de educación económica y financiera como requisito para graduarse, y no solo como complemento de otras materias.

No basta con decir “enseñemos finanzas”. Se requiere una política pública con continuidad, evaluación e integración real en los sistemas educativos para reducir la vulnerabilidad financiera de la población: más endeudamiento, menos ahorro y mayor riesgo de engaño político y económico.

Educar para decidir

La educación financiera temprana debería ser tan esencial como las matemáticas o la educación cívica. No se trata de formar contadores, sino ciudadanos capaces de comprender conceptos básicos como presupuesto, interés, ahorro, riesgo o inversión responsable. Y si esta formación llega a la población más vulnerable e históricamente excluida en lo socioeconómico, mucho mejor.

Los países de la OCDE que han priorizado esta enseñanza demuestran que una generación empoderada financieramente tiene efectos multiplicadores en sus familias y comunidades, influyendo incluso en las decisiones económicas de sus padres.

Para proteger la democracia

La educación financiera no es un privilegio sino una necesidad social y una forma de proteger la democracia. Comprender el dinero, a cualquier edad, significa tomar control de la vida, reducir el estrés y construir un futuro más estable.

En América Latina, urge el diseño de políticas públicas integrales, que articulen escuelas, universidades, sector financiero, gobiernos y medios de comunicación. La alfabetización financiera no puede depender del interés individual: debe asumirse como un derecho educativo y una herramienta de inclusión social.

Porque en un mundo donde la ignorancia se paga con intereses, aprender a decidir sigue siendo el acto más revolucionario que nos queda.

The Conversation

James Manuel Pérez-Morón no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Otra pandemia global: el analfabetismo financiero – https://theconversation.com/otra-pandemia-global-el-analfabetismo-financiero-267822

Más que un juego: el ‘tikitaka’ del Barça y de España crea marca global y atrae turismo e inversión

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nahuel Ivan Faedo, Assistant Professor, Universitat de Vic – Universitat Central de Catalunya

Varios jugadores del FC Barcelona celebran un gol de Leo Messi (tercero por la izquierda) durante el partido de Supercopa que enfrentó al equipo catalán con el Real Madrid el 17 de agosto de 2011. Natursports/Shutterstock

En el verano de 2010, millones de personas festejaron en las calles la victoria del primer mundial de la selección española. Aquel triunfo, basado en un juego de posesión y toque corto, fue más que un simple hito deportivo: supuso la consagración a nivel internacional de un estilo creado en el FC Barcelona con Johan Cruyff, perfeccionado por Pep Guardiola y aplicado por Vicente del Bosque a la selección de España con un éxito sin antecedentes.

Ese mismo estilo, llamado “tikitaka” de manera popular, no solo dejó su huella en el campo de juego, sino que cambió la manera en que el mundo ve a España y a Cataluña. A través de lo que en nuestra nueva investigación llamamos playstyle branding, el fútbol de posesión se convirtió en una herramienta cultural y de proyección internacional.

De Cruyff a Guardiola: la filosofía que define un estilo

El FC Barcelona siempre ha sido més que un club: un símbolo de identidad catalana y de valores como creatividad, disciplina y colaboración. Esta identidad se fue forjando a través del tiempo. Johan Cruyff, llegado en 1988, incorporó conceptos del “futbol total” holandés, priorizando el control del balón y el trabajo en equipo. Como explica Joan Vilà, exentrenador de categorías inferiores del Barça y conocedor de la cantera del club, más conocida como La Masia: “El énfasis en el control del balón, el movimiento y el pase no solo promueve habilidades técnicas, también transmite principios de responsabilidad y trabajo en equipo”.

Pep Guardiola consolidó este enfoque entre 2008 y 2012, logrando victorias históricas como el sextete de 2009. Su influencia no se quedó en el Barça: la selección española adoptó este estilo, gracias a jugadores formados en La Masia como Xavi, Iniesta, Piqué y Busquets, lo que permitió dominar el fútbol internacional durante esos años.

Nuestra investigación, basada en entrevistas con entrenadores, exjugadores y periodistas, confirma que este estilo no solo define cómo se juega, sino que también moldea la identidad del club y de la selección, reflejando valores y principios compartidos. Según Joan Capdevila, campeón del mundo en 2010: “El éxito de la selección se basó en un estilo incorporado desde las categorías juveniles; los jugadores ya estaban preparados cuando llegaron al primer equipo”.

Más que táctica: valores y cultura en el césped

La Masia forma técnicamente, pero también social y personalmente. Joan Vilà señala: “Se enseña fútbol, pero también a ser personas conscientes de su entorno. Así se forma un estilo que trasciende el campo”. Este enfoque genera cohesión social. Aficionados y comunidades se reconocen en el juego, fortaleciendo la identidad colectiva y el orgullo regional y nacional.

Más allá de la táctica, el fútbol de posesión y toque dio pie a un lenguaje propio, donde términos como “jugar” y “disfrutar” sustituyen a “atacar” o “defender”. En La Masia, este vocabulario refleja una visión del fútbol como arte y colaboración, y no solo como competencia.

Fútbol y proyección internacional: playstyle branding

Un ejemplo claro de cómo el estilo de juego ha proyectado la imagen de Cataluña es la colaboración entre el FC Barcelona y la Agencia Catalana de Turismo. Este acuerdo busca consolidar la simbiosis entre el club y la región, utilizando la proyección internacional del Barça para promover Cataluña como destino turístico. La identidad y los valores del club se alinean con los de la región, reforzando su imagen global.

Vídeo de la campaña Feel the colours protagonizado por Aitana Bonmatí, ganadora de las tres últimas ediciones del Balón de Oro.

Es importante destacar que la selección española elevó la reputación del país a través del fútbol. Los triunfos, especialmente los de la Eurocopa de 2008 y el Mundial de 2010, junto con el de la Eurocopa de 2012, consolidaron la imagen de España como nación estratégica e innovadora, reforzando la marca país y fomentando turismo e inversión. José Sámano, exeditor de El País, recuerda: “Antes, la selección era ‘La Furia’. Tras 2008, España pasó a ser reconocida por su identidad futbolística clara”.

De la Barcelona Olímpica a la Barçamanía

Barcelona pasó de ser la “ciudad olímpica” de 1992 a consolidarse como “la ciudad del fútbol creativo”. La identidad del Barça contribuyó a posicionar a la capital catalana como un centro global de innovación y excelencia, lo que tuvo un impacto directo en su imagen turística y empresarial.

Este modelo trascendió fronteras. Academias y equipos de países como Alemania, Inglaterra o incluso India (donde emigraron al final de su carrera diversos jugadores de LaLiga) adoptaron principios del juego de posesión, integrando valores de colaboración y pensamiento estratégico en sus metodologías.

La paradoja es evidente. Un estilo nacido del orgullo catalán terminó definiendo la identidad futbolística de toda España, uniendo bajo una misma filosofía a jugadores y aficionados de distintas regiones. Este modelo de juego no solo transformó la selección nacional, sino que también impulsó la exportación del talento futbolístico español.

Desde la primera década del siglo XXI, la presencia de jugadores españoles en ligas extranjeras ha crecido de forma notable. En la temporada 2025, por ejemplo, 22 internacionales españoles juegan fuera de LaLiga, con especial presencia en la Premier League inglesa.

Conexión euromediterránea

El “tikitaka” ha dejado una huella cultural en Cataluña y España, reflejando valores como creatividad, inteligencia colectiva y trabajo en equipo. Según Jonathan Giráldez, exentrenador del Barça Femení, este estilo habla un mismo idioma, proyectando esos principios en la imagen de Barcelona, Cataluña y España.

La identidad futbolística española encuentra resonancia en iniciativas diplomáticas como Casa Mediterráneo, creada en 2009 por el Gobierno español para fortalecer las relaciones con los países de la región euromediterránea en ámbitos culturales, económicos, científicos y de innovación sostenible. La filosofía del fútbol español coincide en valores con los principios promovidos por esta institución, mostrando cómo el deporte y la cultura pueden dialogar y reforzarse mutuamente.

Hoy, el concepto de playstyle branding nos permite entender el fútbol no solo como un espectáculo deportivo, sino como una forma de diplomacia cultural. El “fútbol total” holandés o el Jogo Bonito brasileño reflejan identidades nacionales, mientras que el “fútbol de posesión” representa la mentalidad mediterránea: colectiva, estratégica y creativa.

Más allá de los trofeos, la grandeza del estilo está en su capacidad de unir comunidades, generar orgullo colectivo y cambiar la percepción internacional de un país. La Masia del FC Barcelona sigue siendo el epicentro de esta filosofía, y su influencia se extiende a jugadores, entrenadores y aficionados de todo el planeta.

El fútbol demuestra así que puede ser mucho más que un juego: es una plataforma para expresar valores, proyectar cultura y construir reputación. La filosofía de Cruyff, Guardiola y sus discípulos sigue viva cada vez que un equipo adopta la posesión y el toque como bandera, recordándonos que un estilo de juego puede realmente trascender el campo y dejar una marca imborrable en la sociedad y el mundo.

El popularmente llamado “tikitaka” no solo cambió el fútbol. También ha contribuido a proyectar una imagen internacional de España con acento mediterráneo y a reforzar su identidad cultural y diplomática.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Más que un juego: el ‘tikitaka’ del Barça y de España crea marca global y atrae turismo e inversión – https://theconversation.com/mas-que-un-juego-el-tikitaka-del-barca-y-de-espana-crea-marca-global-y-atrae-turismo-e-inversion-266443

La oratoria monótona del dictador: así construyó Franco un autoritarismo sin carisma

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Susana Ridao Rodrigo, Profesora catedrática en el Área de Lengua Española (UAL), Universidad de Almería

Mensaje de fin de año de Francisco Franco en Televisión Española (1961). RTVE

Francisco Franco Bahamonde (1892–1975) fue el jefe del Estado español desde el final de la Guerra Civil (1936–1939) hasta su muerte. El régimen franquista instauró una dictadura autoritaria, que suprimió las libertades políticas y estableció un control férreo sobre la sociedad. Durante casi cuarenta años, su liderazgo moldeó profundamente la vida política, económica y cultural de España, cuya duradera huella a menudo ha sido y sigue siendo objeto de polémica.

Pero desde el punto de vista comunicativo, ¿se puede decir que Franco era un gran orador o no tanto? Depende de cómo definamos “gran orador”. Si se entiende la oratoria como la capacidad de emocionar, persuadir o movilizar a través de la palabra –en la línea de Churchill o De Gaulle–, Franco no lo fue. Sin embargo, si se analiza su comunicación desde la eficacia política y simbólica, su estilo cumplió la función específica de proyectar autoridad, distancia y control.

Su oratoria no pretendía seducir al público, sino legitimar el poder y reforzar una imagen de estabilidad jerárquica. En ese sentido, Franco desarrolló un tipo de comunicación que podríamos denominar “discurso del mando”, caracterizado por la baja expresividad y la rigidez formal, pero que encajaba con la cultura política autoritaria del franquismo.

En la dimensión verbal, Franco se apoyaba en un registro arcaico y protocolario. Su léxico era limitado, con abundancia de fórmulas rituales (“españoles todos”, “glorioso Ejército”, “Dios mediante”) que funcionaban como marcadores ideológicos más que como elementos informativos.

Desde la perspectiva del análisis del discurso, su sintaxis tendía a la subordinación excesiva, lo que generaba frases largas, monótonas y poco dinámicas. Se observa también una preferencia por el modo pasivo y las construcciones impersonales, que diluyen la responsabilidad del emisor: “se ha dispuesto”, “se considera oportuno”, “ha sido preciso”.

Esta elección verbal no es neutra; constituye un mecanismo de despersonalización del poder, en el que la figura del líder se presenta como encarnación del Estado, no como individuo que toma decisiones. Por tanto, en lo verbal, Franco se comunica más como institución que como persona.

Comunicación paraverbal: voz, ritmo y entonación

Es el aspecto más característico de su comunicación. Franco poseía una entonación monótona, con escasa variación melódica. Desde la prosodia, se podría decir que su discurso presentaba un patrón descendente constante: empezaba una frase con cierta energía y la iba apagando hacia el final, lo que transmitía una sensación de lentitud y autoridad inamovible.

El ritmo era pausado, casi litúrgico, con abundantes silencios. Esta lentitud no era casual: en el contexto político de la dictadura contribuía a la ritualización del discurso. La palabra del caudillo no debía ser espontánea, sino solemne, casi sagrada.

Su timbre nasal y su articulación cerrada dificultaban la expresividad emocional, pero reforzaban la distancia. Paradójicamente, esa falta de calidez vocal servía a la función propagandística. El líder no era un orador carismático, sino un ente de autoridad, una voz que emanaba del poder mismo. En esencia, su voz construía un “ethos de mando”: rígido, frío y controlado.

Autocontrol emocional

Su comunicación no verbal era extremadamente controlada. Franco evitaba los gestos amplios, los desplazamientos o las expresiones faciales marcadas. Predominaba una kinésica mínima; es decir, un lenguaje corporal reducido al mínimo necesario.

Cuando hablaba en público, mantenía una postura rígida, con los brazos pegados al cuerpo o apoyados en el atril, sin movimientos superfluos. Este control corporal reforzaba la idea de disciplina militar y autocontrol emocional, dos valores esenciales en su representación del liderazgo.

Su mirada tendía a ser fija, sin buscar el contacto visual directo con el auditorio. Esto podría interpretarse como una carencia comunicativa desde la perspectiva actual, si bien en el contexto de un régimen autoritario se traducía en distancia simbólica: el líder no se rebajaba al nivel de los oyentes. Incluso su indumentaria –el uniforme, la boina o la insignia– formaba parte de su comunicación no verbal, pues se trata de elementos que transmitían permanencia, continuidad y legitimidad histórica.

Carisma sobrio de posguerra

El carisma no es un atributo absoluto, sino un constructo social. Franco no lo tenía desde el punto de vista emocional, como Hitler o Mussolini, pero sí poseía un carisma de tipo burocrático y paternalista. Su poder brotaba de la resignificación del silencio y la austeridad, pues en un país devastado por la guerra, su estilo sobrio se interpretaba como sinónimo de orden y previsibilidad. Por tanto, su “anticarisma” acabó siendo, en cierto modo, una forma de carisma adaptada al contexto español de posguerra.

Desde la teoría de la comunicación, ¿qué impacto tenía ese estilo en la recepción del mensaje? El discurso de Franco se enmarcaba en lo que podríamos llamar un modelo unidireccional de comunicación política. No existía retroalimentación: el receptor no podía responder ni cuestionar. Por ello, el objetivo no era persuadir, sino imponer significado.

Aplicando la teoría de la comunicación del lingüista Roman Jakobson, su función dominante era la conativa (ordenar, instruir; en definitiva, influir) y la fáctica (mantener el canal simbólico del poder), más que la referencial. Es decir, importaba más el acto de hablar que el contenido del mensaje. Este estilo generaba un fenómeno de disonancia cognitiva en algunos receptores: la frialdad del tono contrastaba con la solemnidad del contenido, lo que obligaba al público a reinterpretar el discurso desde la obediencia simbólica más que desde la emoción o la identificación.

Anacrónico ante la cámara

Su oratoria fue evolucionando en el tiempo solo en apariencia. En las décadas de 1950 y 1960, con el aperturismo del régimen, se percibe un ligero intento de modernización retórica, sobre todo en los discursos institucionales transmitidos por televisión. No obstante, los cambios fueron superficiales: se mantenía la misma prosodia monótona y el mismo lenguaje ritual. De hecho, el medio televisivo acentuó su rigidez. Frente a los nuevos líderes europeos que aprovechaban la cámara para humanizarse, Franco se mostraba anacrónico.

Franco demuestra que la eficacia comunicativa no siempre depende del carisma ni de la elocuencia, sino de la coherencia entre el estilo personal y el contexto político. Su oratoria funcionó porque era congruente con un sistema cerrado, jerárquico y ritualizado. Desde la instrucción comunicativa, su ejemplo sirve para ilustrar cómo los planos verbal, paraverbal y no verbal construyen un mismo relato ideológico. En su caso, todas convergen en un mensaje: el poder no dialoga, sino que dicta.

Hoy, en democracias mediáticas, ese modelo sería impensable; pese a ello, estudiarlo ayuda a comprender cómo el lenguaje moldea las estructuras del poder y cómo el silencio –cuando se institucionaliza– puede convertirse en la forma más contundente de comunicación política.

The Conversation

Susana Ridao Rodrigo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La oratoria monótona del dictador: así construyó Franco un autoritarismo sin carisma – https://theconversation.com/la-oratoria-monotona-del-dictador-asi-construyo-franco-un-autoritarismo-sin-carisma-269777

Anatomía psicológica de los cazadores de Sarajevo: el perfil inquietante de quien mata por placer

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fernando Díez Ruiz, Professor, Faculty of Education and Sport, Universidad de Deusto

Agujeros de bala en el muro de un edificio en Sarajevo. yuzu2020/Shutterstock

Durante el asedio a Sarajevo, entre 1992 y 1996, mientras muchos ciudadanos huían diariamente de las balas y explosiones con la urgencia de quien sabe que cada segundo puede ser el último, se escondía otra verdad aún más perturbadora.

No todos los que disparaban desde las colinas o desde los edificios de la conocida como avenida de los francotiradores –Bulevar Mese Selimovica–, en el centro de la ciudad, eran milicianos. Entre esos francotiradores, según revelan las investigaciones y la denuncia del escritor Ezio Gavazzeni y de los abogados Nicola Brigida y Guido Salvini, había visitantes extranjeros que viajaban desde Europa occidental para participar en una actividad clandestina que bautizaron como “safari de francotiradores”.

Se trataba de hombres que pagaban altas sumas de dinero por la oportunidad de matar desde la distancia y con total impunidad a hombres, mujeres y niños indefensos, como si fueran piezas de caza.

El nexo común entre estos individuos era su pasión por las armas y por la caza. No eran soldados o mercenarios. Eran individuos con dinero que obtenían un subidón de adrenalina matando a personas indefensas, no por odio ni por venganza, simplemente por placer y diversión.

Sarajevo les ofrecía la experiencia definitiva: el componente letal de un conflicto real, la posibilidad de disparar sin restricciones y la impunidad. No iban a la guerra: iban a vivir una experiencia extrema, con mucha adrenalina, algo único.

¿Qué clase de persona hace algo así? ¿Quién mata a alguien que no conoce, no por odio ni rencor, sino por mera diversión? ¿Qué perfil se esconde detrás de tanta perversión y maldad?

Así es el “cazador de guerra”

La mayor parte de ellos eran personas con buenas posiciones y reputación en sus países: empresarios, profesionales liberales, hombres casados, padres de familia. Rostros que no despertaban sospechas. No se ajustaban al estereotipo de criminal, y justamente por eso el fenómeno resulta tan inquietante.

Eran individuos que, en su vida cotidiana, podían pasar por ejemplares. Pero cuando el avión aterrizaba y cogían el fusil de francotirador, emergía una faceta que permanecía oculta bajo la respetabilidad social. Sarajevo les ofrecía algo distinto: el peligro real, la verdadera guerra, la sensación de poder absoluto sobre la vida de otro ser humano.

Este contraste entre la vida oficial (pulcra, respetada, aburguesada) y la vida secreta (cruel y violenta) revela la existencia de una grieta psicológica profunda: una doble identidad moral.

Pero este perfil no surge de la nada. ¿Qué factores pueden explicarlo?

1. La adrenalina como argumento

Se trata de individuos con una alta necesidad de sensaciones intensas. Para ellos, la rutina es una forma de encierro. Necesitan estímulos externos para sentirse vivos. El psicólogo Marvin Zuckerman apuntó a este rasgo de personalidad en su obra Sensation Seeking: Beyond the Optimal Level of Arousal (1994), referencia obligada para comprender por qué algunos individuos buscan experiencias extremas incluso si implican riesgo físico o legal. En su forma sana, este rasgo se asocia al deporte extremo. En su forma patológica, combinada con una falta de empatía, puede conducir a la violencia recreativa.

La guerra proporciona lo que estas personas no encuentran en la vida cotidiana: intensidad inmediata, riesgo real, descarga de adrenalina y, sobre todo, la ilusión de omnipotencia.

Muchos de estos sujetos no matarían nunca en sus países de origen. Es el contexto el que elimina las barreras. La psicología social lleva décadas documentando este fenómeno. En sus estudios sobre la crueldad ordinaria, Philip Zimbardo ya mostró cómo personas aparentemente normales pueden transgredir límites éticos cuando perciben que el marco social, o la ausencia de él, legitima sus acciones.

Sarajevo, sitiada, sin ley y bajo el fuego constante, ofrecía la coartada perfecta: nadie pedía explicaciones, nadie controlaba quién llegaba o quién se marchaba, y la línea entre combatiente y visitante se difuminaba en la confusión de la guerra urbana.

2. La deshumanización: requisito previo para matar

Ninguna de estas conductas sería posible sin un proceso psicológico fundamental: la deshumanizacion del otro. La psicología ha demostrado que la violencia extrema requiere un paso previo: convertir a la víctima en objeto. Ervin Staub señala en su obra The Roots of Evil (1989) que en todos los genocidios del mundo hubo un proceso de deshumanización que permitió que personas normales se transformaran en verdugos.

En Bosnia bastaba con convertir a los ciudadanos en “objetivos” o “blancos móviles”. La distancia física se convertía en distancia emocional. El cazador ya no veía a la persona; veía la silueta en movimiento, una diana.

3. Sadismo vestido de aventura

Posiblemente todos estos individuos compartan un rasgo característico: un sadismo cotidiano que, en circunstancias normales, queda reprimido. Personas capaces de disfrutar secretamente del sufrimiento ajeno, aunque jamás lo reconozcan en público. El acto mismo de localizar a alguien, apuntar, esperar el momento, se convertía en una forma de goce. No era solo violencia: era entretenimiento.

Aquí se abre la grieta más preocupante: cuando el sufrimiento humano se convierte en un espectáculo, el mal deja de ser una anomalía y empieza a ser una opción.

4. El narcisismo maligo: el poder como placer

El perfil psicológico de quienes buscan esta experiencia extrema suele incluir un componente narcisista. Con el dinero se compraba la sensación de que todo es posible. Se compraba un viaje a un escenario de guerra con ausencia de límites, disponibilidad de víctimas vulnerables, anonimato total y la oportunidad de ejercer dominación absoluta.

Este narcisismo moral (creencia de que uno está por encima de cualquier norma) explica por qué personas con buena reputación podían transformarse en verdugos temporales sin remordimiento alguno. En Bosnia se sentían impunes, habían pagado para ello, y ese sentimiento es por sí uno de los catalizadores más peligrosos de la violencia humana.

Para Eric Fromm el poder sobre otro humano es la forma más extrema de confirmación narcisista. El narcisista extremo no busca matar por ira, sino por reafirmación. El acto de disparar sobre un desconocido desde la distancia reafirma a un omnipotente.

Lo que revela sobre nosotros

Estos casos no solo hablan de individuos desviados, sino de una parte oscura de la condición humana. La violencia, cuando aparece lejana y sin consecuencias, se vuelve atractiva para quienes buscan intensidades que la vida ordinaria no puede proporcionar.

El hombre puede convertirse en un demonio o en un santo, tal y como podemos deducir de la obra de Viktor Frankl, dependiendo de las decisiones que tome y del contexto en el que se encuentre.

Sarajevo nos demuestra, como en otros lugares antes y después, que donde la ley desaparece, algunos corren hacia la luz… y otros hacia la oscuridad.

Cuando un conflicto estalla, no solo se movilizan ejércitos; también emergen los rincones más oscuros de la psicología humana. Y mientras existan personas dispuestas a pagar por experimentar violencia sin consecuencias, siempre habrá guerras que actúen como imán.

The Conversation

Fernando Díez Ruiz no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Anatomía psicológica de los cazadores de Sarajevo: el perfil inquietante de quien mata por placer – https://theconversation.com/anatomia-psicologica-de-los-cazadores-de-sarajevo-el-perfil-inquietante-de-quien-mata-por-placer-269858