Effets secondaires des chimiothérapies : une molécule française prometteuse pour lutter contre les neuropathies périphériques, dont souffrent près de 90 % des patients

Source: The Conversation – in French – By Laurence Lafanechère, Directrice de recherche CNRS, Université Grenoble Alpes (UGA)

Une nouvelle molécule capable de protéger les neurones des effets toxiques de la chimiothérapie, tout en renforçant l’efficacité de certains traitements anticancéreux, a été découverte et offre des résultats prometteurs chez l’animal. Une start-up a été créée pour continuer son développement et mener des études chez l’humain.


Picotements dans les mains et les pieds, brûlures, douleurs, perte de sensibilité, sensation d’engourdissement… Les neuropathies périphériques figurent parmi les effets secondaires les plus fréquents de la chimiothérapie, touchant jusqu’à 90 % des patients pour certains traitements. Leur sévérité conduit parfois les praticiens à ajuster, voire à réduire les doses de chimiothérapie, ce qui peut en diminuer l’efficacité.

Dans un cas sur quatre, ces atteintes nerveuses persistent des mois, voire des années après la fin du traitement. Elles rappellent alors chaque jour aux patients qu’ils ont eu un cancer – alors même que leurs cheveux ont repoussé et que les nausées ou la fatigue ont disparu. Aucun droit à l’oubli, même une fois la maladie vaincue

À ce jour, hormis le port de gants et de chaussons réfrigérants pendant les séances de chimiothérapie – une méthode pas toujours efficace et souvent désagréable –, aucun traitement préventif n’existe. Quelques médicaments palliatifs sont utilisés, pour atténuer la douleur, avec une efficacité modeste.

Notre équipe, en collaboration avec des chercheurs états-uniens et français, vient de franchir une étape importante avec la découverte d’un composé, baptisé Carba1, capable de protéger les neurones des effets toxiques de la chimiothérapie, tout en renforçant l’efficacité de certains traitements anticancéreux. Ces travaux viennent d’être publiés dans la revue Sciences Advances.

Une molécule, deux cibles

Carba1 appartient à la famille des carbazoles, une classe de molécules développée par les chercheurs du Centre d’études et de recherche sur le médicament de Normandie (CERMN), avec lesquels nous collaborons depuis plus de dix ans.

Nos travaux ont mis en évidence que Carba1 agit sur deux cibles principales.

Premièrement, Carba1 interagit avec la tubuline, la brique de base des microtubules. Selon les besoins de la cellule, ces briques peuvent s’assembler pour former soit des « câbles » capables de tirer et de séparer les chromosomes lors de la division cellulaire, soit des « rails » sur lesquels se déplacent des moteurs moléculaires transportant nutriments et organites comme les mitochondries, assurant ainsi la distribution de l’énergie et des ressources dans toute la cellule.

Ce système de transport est particulièrement essentiel dans les cellules nerveuses, dont les prolongements peuvent atteindre plus d’un mètre de longueur, par exemple les neurones qui partent du ganglion rachidien, près de la moelle épinière et vont innerver la peau des pieds. De nombreux médicaments anticancéreux, tels que le paclitaxel (Taxol) ou le docétaxel (Taxotère), ciblent déjà ces structures afin de bloquer la prolifération des cellules tumorales. Cependant, cette action n’est pas sans conséquence : les neurones, eux aussi dépendants des microtubules pour le transport de leurs constituants, en sont affectés, ce qui constitue l’une des causes majeures des neuropathies.

Nous avons montré que Carba1 modifie subtilement les microtubules : il perturbe leur extrémité, favorisant la liaison du paclitaxel. Cette interaction permet d’utiliser des doses plus faibles du médicament anticancéreux sans perte d’efficacité contre les tumeurs.

Mais ce n’est pas tout.

Des neurones plus résistants

Deuxièmement, en examinant plus en détail les propriétés de Carba1, nous avons découvert qu’il agit également sur un autre front : le métabolisme énergétique. Les neurones figurent parmi les cellules les plus gourmandes en énergie, et la défaillance bioénergétique est considérée comme l’un des principaux facteurs contribuant à la dégénérescence neuronale.

Nos résultats montrent que Carba1 active directement une enzyme clé, la nicotinamide phosphoribosyltransférase (NAMPT), qui relance la production de NAD⁺, molécule cruciale pour la génération d’énergie. Résultat : les neurones deviennent plus résistants au stress métabolique et survivent mieux aux agressions des agents chimiothérapeutiques.

Nous avons confirmé l’effet neuroprotecteur de Carba1 sur des cultures de neurones exposées à trois agents chimiothérapeutiques connus pour induire une neuropathie, via des mécanismes différents : le paclitaxel (ciblant les microtubules), le cisplatine (agent alkylant) et le bortézomib (inhibiteur du protéasome).

Contrairement aux cultures témoins où s’étendent des prolongements neuritiques lisses et vigoureux, dans les cultures traitées par ces médicaments, les prolongements présentent un aspect fragmenté, caractéristique d’un processus de dégénérescence. En revanche, lorsque les neurones sont exposés à ces mêmes traitements en présence de Carba1, leurs prolongements demeurent intacts, indiscernables de ceux des cultures non traitées. Ces observations indiquent que Carba1 protège efficacement les neurones de la dégénérescence induite par ces agents neurotoxiques.

Des résultats encourageants chez l’animal

Pour aller plus loin, nous avons testé Carba1 dans un modèle de neuropathie chez le rat traité au paclitaxel, développé par le Dr David Balayssac à Clermont-Ferrand (unité Neurodol). Ce traitement provoque une hypersensibilité cutanée : les rats réagissent à des pressions très faibles sur leurs pattes, un signe de douleur neuropathique. L’analyse histologique montre également une diminution des terminaisons nerveuses intra-épidermiques, tandis que le sang présente des taux élevés de NfL (chaîne légère de neurofilaments), marqueur de dégénérescence neuronale.

Lorsque Carba1 est administré avant et pendant le traitement, ces altérations disparaissent : les nerfs restent intacts, la concentration de NfL demeure normale et la sensibilité cutanée des animaux reste inchangée. Autrement dit, Carba1 protège les neurones de la dégénérescence induite par le paclitaxel. Signe rassurant, Carba1 n’impacte pas la croissance tumorale.

Comme les neurones, les cellules cancéreuses consomment beaucoup d’énergie. Il était donc essentiel de vérifier que Carba1 n’avait pas d’effet pro-tumoral et qu’il ne diminuait pas l’efficacité du paclitaxel. Pour le savoir, nous avons administré Carba1 seul, ou en association avec une dose thérapeutique de paclitaxel, à des souris porteuses de tumeurs greffées. Les résultats sont clairs : Carba1 n’a provoqué aucun effet toxique, ni altéré la santé générale des animaux, ni stimulé la croissance des tumeurs. Il n’interfère pas non plus avec l’action anticancéreuse du paclitaxel.

Une nouvelle voie vers des traitements mieux tolérés

Cette découverte est particulièrement enthousiasmante, car elle combine deux effets rarement réunis :

  • renforcer l’efficacité des médicaments anticancéreux de la famille du paclitaxel (taxanes) en permettant d’en réduire la dose ;

  • préserver les nerfs et améliorer la qualité de vie des patients pendant et après le traitement.

Avant d’envisager un essai clinique chez l’humain, plusieurs étapes restent indispensables. Il faut d’abord confirmer la sécurité de Carba1 chez l’animal, déterminer la dose minimale efficace et la dose maximale tolérée. Enfin, il sera nécessaire de mettre au point une formulation adaptée à une administration chez l’humain.

Cette mission incombe désormais à la start-up Saxol, issue de cette recherche, dont je suis l’une des cofondatrices. Si ces étapes – qui devraient s’étendre sur cinq ans au moins, selon les défis techniques et les levées de fonds – se déroulent comme prévu, Carba1 pourrait devenir le premier traitement préventif contre la neuropathie induite par la chimiothérapie – une avancée majeure qui pourrait transformer la façon dont les patients vivent leur traitement anticancéreux.

Carba1 incarne une innovation à l’interface de la chimie, de la neurobiologie et de l’oncologie. En associant protection neuronale et renforcement de l’efficacité thérapeutique, cette petite molécule pourrait, à terme, réconcilier traitement du cancer et qualité de vie. Pour les millions de patients confrontés à la double épreuve du cancer et de la douleur neuropathique, elle représente un espoir concret et prometteur.

The Conversation

Laurence Lafanechère est cofondatrice et conseillère scientifique de la Société SAXOL.
Pour mener ses recherches elle a reçu des financements de :
Société d’Accélération de Transfert de Technologies Linksium Maturation grant CM210005, (L.L)
Prématuration CNRS (LL)
Ligue contre le Cancer Allier et Isère (LL, C.T, D.B.)
Ruban Rose (LL)

ref. Effets secondaires des chimiothérapies : une molécule française prometteuse pour lutter contre les neuropathies périphériques, dont souffrent près de 90 % des patients – https://theconversation.com/effets-secondaires-des-chimiotherapies-une-molecule-francaise-prometteuse-pour-lutter-contre-les-neuropathies-peripheriques-dont-souffrent-pres-de-90-des-patients-269727

The world lost the climate gamble. Now it faces a dangerous new reality

Source: The Conversation – UK – By James Dyke, Assistant Director of the Global Systems Institute, University of Exeter

FrankHH / shutterstock

Ten years ago the world’s leaders placed a historic bet. The 2015 Paris agreement aimed to put humanity on a path to avert dangerous climate change. A decade on, with the latest climate conference ending in Belém, Brazil, without decisive action, we can definitively say humanity has lost this bet.

Warming is going to exceed 1.5°C. We are heading into “overshoot” within the next few years. The world is going to become more turbulent and more dangerous. So, what comes after failure?

Our attempt to answer that question gathered the Earth League – an international network of scientists we work with – for a meeting in Hamburg earlier this year. After months of intensive deliberation, its findings were published this week, with the conclusion that humanity is “living beyond limits”.

Exceed 1.5°C and not only do extreme climate events, like droughts, floods, fires and heatwaves grow in number and severity, impacting billions of people, we also approach tipping points for large Earth regulating systems like the Amazon rainforest and the Greenland and West Antarctic ice sheets. Tropical coral reef systems, livelihood for over 200 million people, are unlikely to cope with overshoot.

This translates to existential risks for billions of people. Not far in the future, but within the next few years for extreme events, and within decades for tipping points.

How global warming and social instability increase together:

The missed opportunities between 1997 and 2015 are the failures of the Kyoto protocol to bend the global emissions curve. There then followed a missed decade since the Paris agreement.

The beauty of Paris – getting all countries to commit collectively to cut emissions – has been undermined by the voluntary mechanisms to achieve it. So while staying well below 2°C is legally binding, the actions within national plans are not.

We are now at a critical juncture. We are at or very close to human caused environmental change that will fundamentally unpick the life-sustaining systems on Earth. These risk triggering feedback loops, for example, the accelerating die back of rainforests which would release billions of tons of carbon dioxide which would raise temperatures even further.

Ultimately that could cause the planet to drift away along the pathway to “hothouse Earth”, a scenario where even if emissions were reduced, self amplifying feedback loops would drive global temperature increases up to or even beyond 5°C. The last time the climate warmed by such an amount was tens of millions of year ago.

Well before this nightmare scenario, significant impacts are now unavoidable. Increasingly destructive storms will produce more loss and damages, more loss of life. Efforts to accelerate – or even maintain – decarbonisation could be undermined by social and political destabilisation created by climate change.

If the consequences of climate change begin to interfere with our efforts to deal with its causes, moves towards a more sustainable world risk being delayed or even entirely derailed.

But the scale of suffering is still very much up to us. We still have the ability to minimise overshoot. The best science can offer today, is a future where peak warming reaches 1.7°C before returning to within 1.5°C in 75 years.

This requires immediate action at global scale, on multiple fronts:

First, we’ll have to accelerate the fossil fuel phase out to achieve at least 5% annual global emission reductions from now on. This requires increasing nations’ decarbonisation plans by at least a factor of ten.

Second, we must transform the global food system within the next decade so it is able to absorb 3 billion tons of carbon dioxide a year.

Third, we need new ways to remove an additional 5 billion tonnes of carbon dioxide from the atmosphere each year, and store it safely in the ground. Whether by restoring ecosystems such as forests and wetlands or with new approaches that would directly remove carbon dioxide from the atmosphere, this must be done in safe and socially just ways.

Finally, we must do all we can to ensure continued “health” and resilience in nature on land and in the ocean, in order to safeguard Earth’s capacity to store carbon. All this needs to happen, simultaneously, to have a chance of limiting overshoot and come back to at or below 1.5°C of global warming.

Science is crystal clear here. Our only chance to recover back to a stable and safe climate is to accelerate the phase-out of fossil-fuels, remove carbon and invest in nature (on land and in the ocean), and do that without trading off between them.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The world lost the climate gamble. Now it faces a dangerous new reality – https://theconversation.com/the-world-lost-the-climate-gamble-now-it-faces-a-dangerous-new-reality-270392

L’alcool, un facteur de risque majeur dans les violences sexuelles entre étudiants ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Bègue-Shankland, Professeur de psychologie sociale, membre honoraire de l’Institut universitaire de France (IUF), directeur de la MSH Alpes (CNRS/UGA), Université Grenoble Alpes (UGA)

Dans l’enseignement supérieur, la consommation d’alcool entre étudiants pourrait jouer un rôle majeur dans la survenue de violences sexuelles. C’est ce que suggère une enquête française menée en 2024 sur plus de 65 000 étudiants. Des recherches doivent être conduites pour mettre au jour les mécanismes à l’œuvre et accompagner les actions de prévention.


Les violences sexuelles touchent aujourd’hui des millions de femmes et d’hommes à travers le monde et leurs conséquences sur la santé physique et psychologique des victimes ne sont plus à démontrer.

3919, le numéro national d’écoute de Violences Femmes Info

  • Anonyme et gratuit, ce numéro est destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels concernés.
  • Il est accessible depuis un poste fixe et un mobile en France hexagonale et dans les DROM.

Des violences sexuelles dans les universités et les grandes écoles

Dans le sillage de #MeToo, aujourd’hui, ces violences sont dénoncées aussi dans l’enseignement supérieur, notamment entre étudiants.

En France, universités et grandes écoles ont pris conscience de l’importance de ces violences, par exemple avec le mouvement #sciencesporcs (qui met en cause des étudiants mais également des professeurs, ndlr). En plus de leurs conséquences sur la santé mentale des victimes, les violences sexuelles entre étudiants augmentent les risques de désinvestissement du cursus et d’abandon des études.

Dans l’enseignement supérieur comme ailleurs, il existe de nombreuses actions susceptibles de lutter contre ces violences. Au-delà de prises de conscience nécessaires, les campagnes de sensibilisation ne permettent pas toujours de constater des effets. Identifier les facteurs de risques fréquemment présents dans les situations de violence est une piste prometteuse.

Les numéros d’urgence à contacter si vous êtes victime de violences sexistes et sexuelles

  • Le 15 : le numéro des urgences médicales (SAMU).
  • Le 17 : le numéro de la police et de la gendarmerie.
  • Le 18 : le numéro des pompiers.
  • Le 114 : en remplacement du 15, du 17 et du 18 pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques, dysphasiques.

L’alcool, souvent impliqué dans des situations de violences sexuelles

Pour des raisons qui relèvent de ses propriétés psychopharmacologiques mais aussi du fait de ses significations culturelles, l’alcool fait partie des facteurs de risques de violences et sa place dans des crimes incluant des violences sexuelles a fait l’objet de nombreuses études.

Une enquête irlandaise auprès de 6 000 étudiantes et étudiants indiquait, par exemple, que deux tiers des victimes pensaient que l’agresseur avait bu de l’alcool ou consommé des drogues juste avant les faits. Selon une synthèse de 34 études, l’alcool augmente de manière causale les risques de violences sexuelles indépendamment du profil des consommateurs.

Enfin, dans une enquête plus récente menée en France auprès de 66 767 étudiants dans l’enseignement supérieur, l’auteur était alcoolisé dans 62 % des tentatives d’agression sexuelle et 56 % des agressions sexuelles effectives, selon les estimations des victimes. C’était le cas dans 42 % des tentatives de viol et 43 % des viols. Si l’on prend en compte, pour chaque situation de violence sexuelle, la prise d’alcool cumulée des auteurs et des victimes, l’alcool était présent dans près de la moitié à deux tiers des violences sexuelles.

Vulnérabilité accrue de la victime alcoolisée

L’alcool consommé par une victime potentielle pourrait fonctionner comme un véritable signal de sélection pour les auteurs. Une observation systématique menée dans des bars, pubs et clubs en Amérique du Nord suggérait qu’indépendamment de la consommation des individus qui l’approchaient, plus une femme avait consommé d’alcool, plus les consommateurs masculins se montraient envahissants et sexuellement agressifs par leurs gestes, leurs commentaires, leur refus de la laisser seule ou leur tendance à l’attraper ou à la toucher de manière inappropriée.

Quelques recherches se sont concentrées sur les situations rencontrées par de jeunes femmes lors de leur entrée à l’université. L’alcool pourrait altérer les capacités de jugement et d’autodéfense des victimes. Ces dernières connaîtraient davantage de comportements à risque et subiraient notamment plus d’expériences sexuelles perçues comme négatives quand elles boivent davantage. Et à partir d’un certain seuil d’alcoolisation, le risque semble s’intensifier.

Dans l’enquête française de 2024, les victimes se souvenaient avoir consommé de l’alcool dans 47,5 % des cas de tentative d’agression sexuelle, 44 % des agressions sexuelles, 35 % des cas de viol et 37 % des viols. De plus, les victimes de viol (ou de tentatives de viol) indiquaient dans presque 40 % des cas avoir consommé cinq verres d’alcool ou davantage.

L’analyse du lien entre les habitudes de consommation et la victimation a confirmé l’importance de l’usage chronique d’alcool. Notamment chez les femmes, plus les consommations habituelles étaient élevées, plus les risque de victimation sexuelle augmentait. Par exemple, 15 % de celles qui se situaient dans le premier tiers de la distribution du score du questionnaire AUDIT (soit les femmes ayant les consommations les plus faibles) avaient été victimes de violences sexuelles, contre 26 % de celles qui se situaient dans le tiers intermédiaire et 35 % de celles qui étaient dans le tiers supérieur.

Le questionnaire AUDIT, pour faire le point sur sa consommation d’alcool

  • Le questionnaire AUDIT (« Alcohol Use Disorders Identification Test » ou « Test pour faire l’inventaire des troubles liés à l’usage d’alcool») est un test simple en dix questions. Il a été développé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour déterminer si une personne présente un risque d’addiction à l’alcool.



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Ces chiffres soulignent aussi le fait que les femmes peuvent être victimes de violences sexuelles, même si elles consomment peu ou pas d’alcool. L’alcool interviendrait comme un facteur qui élève la probabilité de victimation à plusieurs niveaux : la reconnaissance de composantes de risque dans une situation donnée, leur interprétation et la réponse à apporter dans cette situation.

Selon une étude datant de 1999, l’alcool diminuerait notamment la capacité des victimes à réagir en cas d’agression, à se défendre ou à quitter les lieux. Un témoignage suggère qu’après les faits, une victime peut considérer que l’alcool a perturbé son jugement et accru sa vulnérabilité.

Une victime témoignait ainsi :

« Si je n’avais pas bu, je n’aurais jamais quitté le bar avec lui. J’ai essayé d’arrêter, mais j’étais tellement ivre et confuse. »

Quelle consommation d’alcool sur les campus ?

Des travaux de recherche montrent que la consommation d’alcool des étudiants sur un campus universitaire est listée, avec d’autres critères, comme un facteur pouvant favoriser les violences sexuelles. Une étude de 2004 menée sur 119 campus états-uniens indiquait que, par rapport à un campus où la consommation était plus faible, les personnes se trouvant sur des campus où les consommations massives étaient plus importantes avaient un risque de victimation sexuelle supérieur.

Enfin, dans de nombreux cas, l’auteur et la victime d’une agression sexuelle se trouvent dans un lieu fréquenté par d’autres personnes. Ces témoins peuvent exercer une action potentiellement protectrice. Cependant, les témoins qui ont consommé de l’alcool interviennent moins fréquemment dans une situation à risque impliquant des personnes, connues ou non.

En conclusion, il apparaît que l’alcool constitue un facteur majeur de risque de victimation sexuelle dans l’enseignement supérieur. Bien que de nombreux autres facteurs importants soient en jeu, l’alcool est une composante sur laquelle il est plus facile d’intervenir à court terme que les croyances culturelles ou les caractéristiques individuelles des auteurs.

Pour cette raison, les institutions qui accueillent des étudiants ne peuvent négliger les mesures de prévention efficientes, dont certaines sont actuellement en cours d’implémentation dans le contexte universitaire français, sous l’impulsion de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).


Faire un signalement en ligne

En cliquant sur le lien de la plateforme gouvernementale « Arrêtons les violences », il est possible de signaler en ligne des violences sexuelles et sexistes et de trouver une association pour se faire accompagner.

The Conversation

Philippe Arvers est administrateur de : la Société francophone de tabacologie, la Fédération française d’addictologie, l’Institut Rhône-Alpes-Auvergne de tabacologie, Promotion Santé Auvergne-Rhône-Alpes, la Mutualité Française de l’Isère (MFI-SSAM)

Laurent Bègue-Shankland ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’alcool, un facteur de risque majeur dans les violences sexuelles entre étudiants ? – https://theconversation.com/lalcool-un-facteur-de-risque-majeur-dans-les-violences-sexuelles-entre-etudiants-265588

Syndicats : la longue marche des femmes pour se faire entendre

Source: The Conversation – in French – By Fanny Gallot, Historienne, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Si deux femmes sont aujourd’hui à la tête de deux des principaux syndicats français, les organisations syndicales ont mis du temps à intégrer les questions féministes. Dans le chapitre « En finir avec un syndicalisme d’hommes » de l’ouvrage collectif « Théories féministes » (Seuil, septembre 2025), l’historienne Fanny Gallot raconte leur difficile mue féministe au sein d’un mouvement ouvrier au départ méfiant envers le travail des femmes.


Si les revendications féministes ont longtemps été perçues par les organisations syndicales comme divisant la classe ouvrière et représentant des intérêts considérés comme bourgeois, elles ont néanmoins servi d’aiguillon, jouant un rôle fondamental dans la prise en compte des droits sociaux et professionnels des femmes. Pour mieux saisir les défis théoriques et militants actuels dans l’articulation entre revendications féministes et orientations syndicales, il importe de revenir sur l’histoire de l’articulation entre ces mouvements.

Pour la période d’avant 1914, l’historienne Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard rappelle la méfiance du mouvement ouvrier envers le travail des femmes, perçu comme une menace pour les salaires masculins et l’organisation traditionnelle du travail. « Ménagère ou courtisane », écrivait Pierre-Joseph Proudhon au milieu du XIXe siècle à propos du rôle des femmes dans la société : leur travail professionnel était loin d’être alors une évidence. Au tournant du XXe siècle, ces orientations expliquent leur faible syndicalisation et les tensions entre objectifs féministes et syndicaux, tandis que les femmes ne peuvent se syndiquer sans l’autorisation de leur mari jusqu’en 1920.

Résistance syndicale à l’intégration des femmes

En 1901, l’affaire Berger-Levrault, analysée par l’historien François Chaignaud, est emblématique des tensions entre féminisme et syndicalisme : la direction de l’imprimerie Berger-Levrault (à Nancy, ndlr) fait appel à des ouvrières pour remplacer des grévistes masculins, ce qui provoque un conflit avec le Syndicat des femmes typographes. En 1913, une typographe voit ainsi son adhésion syndicale refusée sous prétexte qu’elle est mariée à un syndiqué (le fond du problème, c’est qu’elle est elle-même typographe et que la Fédération du Livre voyait d’un mauvais œil le travail des femmes, ndlr) : c’est l’affaire Couriau, qui illustre bien la résistance syndicale à l’intégration des femmes et montre comment le travail féminin est perçu comme dévalorisant les conditions salariales globales, limitant la reconnaissance des femmes comme partenaires légitimes dans la lutte sociale.

Les organisations syndicales relèguent ainsi les revendications portant sur l’égalité salariale au second plan, au profit de la lutte des classes considérée comme prioritaire, et ce d’autant plus que le travail des femmes, moins bien rémunéré, tendrait à « tirer les salaires vers le bas ».

Seule photographie connue de Lucie Baud, non datée.

Les femmes sont alors perçues comme des travailleuses temporaires apportant un salaire d’appoint au ménage : c’est le salaire de l’homme gagne-pain qui est censé nourrir l’ensemble de la famille.

Des initiatives pionnières, à l’image de celles de Lucie Baud, syndicaliste et ouvrière en soierie, révèlent néanmoins l’implication des femmes dans les grèves et leur appropriation de l’outil syndical pour lutter contre des conditions de travail inhumaines.

De leur côté, les institutrices s’organisent en amicales puis en syndicats et groupes d’études. […] Les femmes vont ensuite participer massivement aux grèves de mai-juin 1936 dans tous les secteurs et sur l’ensemble du territoire.




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Tandis que Martha Desrumaux coordonne les grèves du textile dans le Nord, les femmes des grands magasins – où elles composent 80 % de la main-d’œuvre – entrent dans la mobilisation et occupent leurs lieux de travail bien qu’elles n’y soient pas toujours bien accueillies par les hommes, y compris syndicalistes.

Cependant, la plupart du temps, elles ne prennent pas la tête des mobilisations. Malgré leur participation active aux grèves et la montée en puissance de la revendication « à travail égal, salaire égal » depuis les années 1920, l’écart de salaires entre les femmes et les hommes est maintenu, le patronat autant que les syndicats tenant à cette différenciation. Si la revendication est formellement portée par les structures syndicales sous la pression des militantes, elle n’est pas prioritaire et n’est pas reprise par les hommes qui, seuls, participent aux négociations.

La difficile mue féministe des syndicats

Après la Seconde Guerre mondiale, la création de commissions féminines au sein des syndicats, notamment à la CGT, marque un tournant. Ces structures, destinées à intervenir spécifiquement auprès des salariées, restent cependant limitées dans leur portée. Ce n’est qu’à partir des années 1960 que des avancées significatives émergent, bien que l’idée de complémentarité naturalisée des sexes continue de prédominer au sein des syndicats.

Cependant, durant les « années Beauvoir » que l’historienne Sylvie Chaperon a étudiées, l’action des militantes conduit à poser plus largement la question de la syndicalisation des femmes.

Ainsi que l’ont montré les travaux de la sociologue Margaret Maruani, les années 1970 constituent une décennie de rupture marquée par l’émergence de mouvements féministes autonomes et l’intensification des luttes ouvrières. Ces deux dynamiques, bien que distinctes, ont souvent convergé dans leurs revendications. Les luttes pour la légalisation de la contraception et de l’avortement, portées par des collectifs comme le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), exercent une pression importante sur les organisations syndicales, les obligeant à prendre position sur ces enjeux, tandis que les premières théorisations du travail domestique sont discutées.

Face à ces revendications, la CGT et la CFDT adoptent des stratégies distinctes. La CGT crée des secteurs féminins, tandis que la CFDT intègre ces questions de manière transversale. Ces approches reflètent des compréhensions différentes du féminisme, mais également des enjeux internes concernant la répartition des tâches et les rapports de pouvoir au sein des syndicats.

Ainsi, en 1970, la CGT récuse nationalement une conception « féministe de l’égalité », qu’elle considère comme étroite et, en 1973, elle précise cette analyse : « La conception “féministe” selon laquelle la société aurait été construite “par les hommes et pour les hommes” est erronée. » […]

Le mouvement féministe prend de l’importance et la CGT ne peut pas y rester imperméable, d’autant qu’une nouvelle génération de femmes syndicalistes se forge dans la foulée du mouvement de mai-juin 1968. Ces changements provoquent des conflits importants. Ainsi, à l’Union départementale du Rhône, les tensions, voire les heurts, entre le collectif féminin de la CGT et la direction syndicale sont fréquents, soulignant l’incapacité des organisations à concilier pleinement luttes pour les droits des femmes et stratégies syndicales.

Normes viriles de militantisme

C’est dans ce contexte tendu qu’intervient le suicide d’une militante de la CGT, Georgette Vacher. Intensément impliquée dans la construction du collectif féminin, elle déplore les « bâtons dans les roues » permanents et l’opprobre dont elle a fait les frais en interne. La veille du 29e congrès de l’UD du Rhône, tenu du 21 au 23 octobre 1981, Georgette Vacher met fin à ses jours après avoir préalablement laissé des cassettes audio dans lesquelles elle raconte son histoire et explique son geste en mettant en accusation les dirigeants départementaux de la CGT. […]

Au début des années 1980, ces débats sont également portés par des militantes de la CFDT qui aspirent à en finir « avec un syndicalisme d’hommes » :

« La situation vécue par les travailleuses n’est pas celle vécue par les hommes, et il n’est pas suffisant que l’Organisation – c’est-à-dire les hommes qui en sont les responsables – soit à l’écoute, encore faut-il que l’Organisation soit capable à tous les moments de la vie syndicale de traduire les situations vécues par l’ensemble de la classe ouvrière. Comment cela pourrait-il se réaliser si nous ne réussissons pas une politique de présence active des travailleuses dans tous les lieux d’analyse, d’élaboration et de décision ? […] La prédominance du monde des hommes, leur mode de fonctionnement, leur forme de militantisme, leur disponibilité plus grande introduisent, au plus bas niveau de notre structure, un filtre, un système de sélection dont pâtit l’ensemble des autres niveaux de la structure. » (Extrait du rapport mixité au Conseil national (CN) du 21 mai 1981, Archives CFDT, fonds Marcel-Gonin, cité par Fanny Gallot dans « Mobilisées, une histoire féministe des contestations populaires », Seuil, 2024, p.159.)

Y compris localement et dans le cadre de grèves de femmes des classes populaires, des tensions apparaissent entre les normes de militantisme viril et les stratégies mises en œuvre par les femmes pour se faire entendre, comme le montre la sociologue Ève Meuret-Campfort.

De nouveaux défis

Après les années 1980, qualifiées de « décennie silencieuse » par l’économiste Rachel Silvera du point de vue de l’appréhension syndicale des enjeux féministes, les mobilisations sociales de novembre-décembre 1995 marquent un renouveau, tandis que les féminismes se redéploient après la puissante manifestation féministe du 25 novembre 1995.

À la CGT, par exemple, le collectif Femmes mixité est relancé en 1993 et revendique la parité des structures de la confédération, laquelle est actée par le congrès confédéral en 1999. Dans le même temps, la syndicaliste Maryse Dumas, alors élue au bureau confédéral de la CGT, souligne qu’il s’agit de « dépasser la notion de “spécificité” », car, précise-t-elle, « parler de spécificité pour les femmes signifie bien que le centre, le global, le majoritaire est masculin ». Elle ajoute, « notre syndicalisme est féministe parce qu’il agit pour l’émancipation et la liberté des femmes ». Dans cette dynamique, la FSU, la CGT et Solidaires coorganisent les intersyndicales femmes, à partir de 1997.

Cependant, malgré des avancées, de nombreux défis restent à relever. La sous-représentation des femmes dans les postes à responsabilité demeure un problème majeur, comme le montre la sociologue Cécile Guillaume à propos de Solidaires, tandis que les comportements sexistes et de pratiques excluantes persistent, ce qui freine l’ascension des militantes dans les structures syndicales. Des normes de genre implicites valorisant les hommes persistent et conduisent au maintien d’une division sexuée du travail syndical.

Un autre enjeu contemporain se rapporte à la prise en compte des oppressions croisées, ce qui nécessite une refonte des stratégies syndicales pour mieux répondre aux besoins des travailleuses, notamment racisées ou occupant des emplois précaires, comme le montre la sociologue Sophie Béroud. Parmi les enjeux à repenser, on trouve également le « hors-travail », selon le terme de Saphia Doumenc, qui se concentre sur les mobilisations et l’implication syndicale des femmes de chambre à Lyon et à Marseille. Tandis que se déploie la perspective de la grève féministe dans de nombreux pays, l’enjeu du travail reproductif, qu’il soit rémunéré ou non, invite les organisations syndicales à repenser leur intervention dans une approche désandrocentrée du travail et de la contestation.

The Conversation

Fanny Gallot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Syndicats : la longue marche des femmes pour se faire entendre – https://theconversation.com/syndicats-la-longue-marche-des-femmes-pour-se-faire-entendre-268916

Uniforme à l’école : enquête au cœur de l’expérimentation

Source: The Conversation – France (in French) – By Julien Garric, maître de conférences en sociologie de l’éducation, Aix-Marseille Université (AMU)

Depuis la rentrée 2024, et jusqu’en 2026, une centaine d’établissements scolaires expérimentent, du primaire au lycée, le port d’une tenue identique obligatoire pour tous les élèves. Comment cette mesure est-elle perçue et vécue au quotidien ? Premiers retours de terrain.


C’est une véritable révolution vestimentaire qui s’invite à l’école. Depuis la rentrée de septembre 2024, une centaine d’établissements – écoles, collèges et lycées – expérimentent le port d’une tenue commune obligatoire pour tous les élèves. Derrière cette initiative portée par le ministère de l’éducation nationale s’affiche l’ambition de renforcer le sentiment d’appartenance, d’atténuer les inégalités sociales, d’améliorer le climat scolaire et de lutter contre le prosélytisme.

L’expérience devait être accompagnée d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) et suivie par un comité d’experts, en lien avec la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) et les services statistiques du ministère (DEPP).

Au terme de deux années, si les résultats sont jugés concluants, le ministère envisage la généralisation du port de l’uniforme dans l’ensemble des écoles et établissements du pays.

Une rupture dans l’histoire de l’école française

Imposer le port d’une tenue réglementée marque une véritable rupture dans l’histoire de l’école française. En effet, malgré l’imaginaire collectif nostalgique d’une école d’antan, ordonnée et protégée des turbulences du monde, la France n’a jamais connu de politique imposant l’uniforme. Seuls quelques rares établissements privés catholiques ont inscrit cette pratique à leurs règlements intérieurs.

Dans le public, les élèves ont pu porter des blouses pour des raisons pratiques, mais sans recherche d’uniformité, et cet usage a peu à peu disparu dans les années 1970.

L’idée d’un uniforme scolaire émerge véritablement au début des années 2000, dans un contexte politique et éducatif centré sur la thématique de la restauration de l’autorité, et nourri par les polémiques à propos des tenues jugées provocantes de certaines adolescentes, ou encore du port du voile. Mais, jusqu’en 2022, le débat reste cantonné au terrain médiatique, sans traduction institutionnelle concrète.

Reportage en 2003 dans un collège où existe une réglementation sur les vêtements (INA Styles).

C’est dans un contexte de crise, à la fois scolaire et institutionnelle, que Gabriel Attal, alors ministre de l’éducation nationale, va lancer cette expérimentation en 2024. Une décision qui rompt avec la tradition scolaire française, mais dont la légitimité scientifique reste contestée.

La littérature existante – principalement anglo-saxonne et asiatique – ne démontre pas d’effet positif clair de l’uniforme sur les résultats académiques. Certaines études pointent même un impact négatif sur la santé physique et psychologique des élèves appartenant à des minorités de genre, ethniques ou religieuses, sans bénéfice notable sur le climat scolaire ou le sentiment d’appartenance.

Éclairer le vécu des élèves et du personnel éducatif

Pour dépasser les logiques propres au politique et les polémiques médiatiques, pour comprendre ce qui se joue réellement dans les établissements et pour contribuer au débat sur des bases plus solides, nous sommes allés sur le terrain, dans trois établissements pionniers de l’académie d’Aix-Marseille : deux collèges et un lycée. Nous avons rencontré les chefs d’établissements, les conseillers principaux d’éducation, assisté aux rentrées scolaires et diffusé des questionnaires auprès des élèves et des parents afin de recueillir leur perception.

Certes, cette recherche ne permettra pas de mesurer l’efficacité du dispositif en termes de résultats scolaires, de climat ou de lutte contre le harcèlement, mais elle apporte un éclairage précieux sur la manière dont cette expérimentation a été vécue au quotidien par les personnels, les élèves et leurs familles au terme d’une première année.

« Uniforme à l’école : problème de financement mais expérimentation toujours en cours en Paca » (France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, avril 2025).

La personnalité des chefs d’établissement a joué un rôle déterminant dans le choix des établissements pilotes. Les deux principaux et le proviseur accueillant le dispositif sont des hommes qui affirment une forte adhésion aux valeurs républicaines. Pour lancer ce projet, susceptible de susciter des polémiques, les responsables des collectivités territoriales ont en effet préféré se tourner vers des établissements où l’opposition était plus faible, ou moins visible.

En revanche, les établissements présentent des profils très différents : le lycée accueille une population très favorisée, avec des parents « fiers de leur terroir », tandis que les deux collèges scolarisent des publics plus diversifiés, l’un en zone rurale et l’autre en périphérie urbaine. Pour ces personnels de direction, l’expérimentation n’est pas seulement une expérience pédagogique : elle représente aussi un moyen de valoriser leurs établissements et de renforcer leur compétitivité dans le marché scolaire local, notamment face aux établissements privés catholiques.

Certains collèges initialement pressentis ont par ailleurs renoncé à participer à l’expérimentation, face à la mobilisation du personnel, des familles ou des élèves.

Adultes et adolescents, des perceptions clivées

À l’appui des nombreuses réponses collectées (1 200 élèves, 1 100 parents), les parents d’élèves se montrent largement favorables à l’expérimentation, dans un étiage de 75 % à 85 % d’avis positifs selon les établissements, et ce, quel que soit leur profil social.

Ce positionnement reflète avant tout l’adhésion aux valeurs portées par le dispositif. En effet, s’ils estiment que le port d’une tenue unique contribue à restaurer l’autorité de l’école ou à défendre la laïcité, les parents considèrent que les effets concrets restent finalement limités, voire inexistants. Ils s’accordent sur le peu d’effet sur le harcèlement, les résultats scolaires ou la qualité des relations entre élèves. En revanche, l’expérimentation semble renforcer, à leurs yeux, l’image positive des établissements de leurs enfants.

La perception du climat scolaire par les élèves est en revanche plus contrastée. Si celle des collégiens reste proche des moyennes nationales, celle des lycéens apparaît nettement plus négative. Ce sentiment est fortement lié à l’obligation de porter l’uniforme et au contrôle strict de la tenue, perçus comme autoritaristes. En d’autres termes, l’obligation d’une tenue unique participe dans ce lycée à la dégradation de la qualité du climat scolaire.

De manière générale, les élèves interrogés, quel que soit leur âge, rejettent massivement l’initiative : ils ont vécu à 70 % l’annonce de l’expérimentation comme « horrible » et souhaitent majoritairement qu’elle soit abandonnée pour pouvoir à nouveau s’habiller comme ils le souhaitent. Pour eux, le dispositif n’a aucun impact sur les résultats scolaires, n’efface pas les différences sociales – encore visibles à travers les chaussures, les sacs ou autres accessoires – et n’améliore pas le sentiment d’appartenance.

Concernant le harcèlement, la majorité rejette l’idée que le port d’un uniforme puisse réduire le phénomène, et cette affirmation est encore plus marquée chez les élèves se disant victimes de harcèlement, qui considèrent que leur situation n’a pas du tout été améliorée. Le sentiment négatif est identique, quels que soient le milieu social ou l’expérience scolaire passée dans l’enseignement privé.

Dans le cadre de cette étude, les élèves critiquent également l’inadéquation des tenues avec leur vie quotidienne et les conditions climatiques : pas assez chaudes pour l’hiver et trop pour l’été.

Enfin, et surtout, ils conçoivent cette nouvelle règle comme une atteinte inacceptable à leur liberté d’expression. Ce ressentiment est particulièrement fort chez les lycéens, qui estiment que leur scolarité est gâchée par cette impossibilité d’affirmer leur individualité à travers le vêtement.

Au-delà de leurs critiques, ce qui ressort du discours des élèves, c’est le sentiment de ne pas avoir été consultés : l’expérimentation a été décidée sans eux et se déroule sans que leurs préoccupations soient prises en compte. Le contraste est frappant avec le discours des responsables, qui présentent un plébiscite de l’ensemble de la communauté scolaire. À titre d’exemple, des chefs d’établissement affirment que les élèves portent volontairement leur uniforme à l’extérieur de l’école comme marque de fierté et de sentiment d’appartenance, alors que 90 % des élèves déclarent exactement le contraire.

Quelle sera donc la suite donnée à cette expérimentation ? Outre le rejet massif par les élèves, l’adhésion des familles est à relativiser si l’on considère que l’expérimentation, intégralement financée par l’État et les collectivités locales ne leur coûte rien. La généralisation du port d’une tenue unique pose d’importantes questions de financement, plus encore dans un contexte budgétaire sous tension. La conduite de cette expérimentation interroge plus globalement la fabrique de politiques publiques d’éducation, pensées dans des situations de crise ou perçues comme telles.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Uniforme à l’école : enquête au cœur de l’expérimentation – https://theconversation.com/uniforme-a-lecole-enquete-au-coeur-de-lexperimentation-266974

Is racism becoming more acceptable in the UK?

Source: The Conversation – UK – By Simon Goodman, Associate professor, De Montfort University

Keir Starmer has called on Nigel Farage to address allegations of racism in Reform UK, and antisemitic and xenophobic comments and bullying allegedly made by Farage while he was at school. Farage has denied the accusations.

A few weeks before the allegations about Farage emerged, Reform MP Sarah Pochin was accused of racism after saying that it “drives me mad when I see adverts full of black people, full of Asian people”. Farage said that while Pochin’s comments were “ugly”, they did not amount to racism, explaining: “If I thought that the intention behind it was racist, I would have taken a lot more action than I have to date. And that is because I don’t.”

This reaction suggests that, to some extent, it is still a taboo to be seen as racist. But is this taboo losing its strength? As scholars of the social psychology of racism, we think so.

In a recent interview, health secretary Wes Streeting noted that rising racism faced by NHS staff was similar to the “ugly” racism of the 1970s and 80s in the UK.

Streeting made the worrying claim it had now become “socially acceptable to be racist”. Hate crime statistics and other reports support this idea and suggest racism is widespread. Quotes in news reports have echoed the idea that the present climate is reminiscent of overt and violent racism of the recent past.

Social psychologists have shown that people generally do not want to come across as prejudiced. Academic Michael Billig describes this as the “norm against prejudice”.

The overtness of racism and its social acceptability are intertwined. Subtle or hidden racism, by its nature, is hard to call out and easy to deny, so in effect becomes socially acceptable in many situations. Overt racism, on the other hand, breaches common understandings – norms – that racism is wrong.

Anti-immigration

Much research has shown how talk about restricting migration is regularly argued to be prejudiced or racist. Historically, calls for restricting migrants, in the UK at least, have been about excluding ethnic and racial outgroups like Jews, black and brown people or eastern Europeans.

However, because of the norm against prejudice, people typically do not offer openly derogatory descriptions of migrants, such as that they are sexual deviants, lazy, or are inferior to the resident population. However, some high-profile figures and their supports are, arguably, increasingly comfortable doing so.

In 2011, scholar Frank Reeves examined political discourse about race in the House of Commons in the context of the 1962 Commonwealth Immigrants Act. His research showed how MPs would frame calls for stricter migration in terms of problematic race relations between black and “resident” or white populations, instead of saying anything about the supposed superiority of white people.

Similar findings are noted across parliaments in the UK, Australia and Europe, where immigration controls are routinely argued for and justified in terms that do not make racism explicit.

But the current situation suggests this is changing. Anti-migrant protests and demonstrations in the UK show that migrants and refugees are being directly demonised, often from a racist, religous or ethno-nationalist viewpoint. This has included calls to deport asylum seekers and migrants, irrespective of their legal status in the UK, and demonising Islam and cultures that are allegedly not “British”.

Weakening norms

In the last few months, overt anti-migrant racism targeting non-white people has become public around the world, as seen in the riots and racist attacks in Ireland, Australia and the Netherlands. In the UK, attacks on mosques and migrant properties are not unheard of.

In September 2025, the UK saw its largest ever far-right march, the “Unite the Kingdom” rally. Several of the speakers openly called for the removal of migrants or foreigners in the UK, and to transform it into a Christian nation. Such claims could readily be seen as racist.




Read more:
A contemporary history of Britain’s far right – and how it helps explain why so many people went to the Unite the Kingdom rally in London


But for many others on the march, the norm against prejudice appeared to be in operation. When interviewed, people largely gave specific reasons for why they had attended these protests or, to them, why it was okay (and perhaps necessary) to protest.

Racism as a political tool

Accusations of racism are still taboo and treated as unfair labelling. But psychology professor Kevin Durrheim and colleagues have shown how the norm against prejudice is weakening in rightwing populist spaces.

The researchers illustrated this point with a comment from a supporter of Farage during the UKIP years: “I see uncontrolled immigration when I look around. If that makes me racist then so be it. I live in a predominantly racist country (many people share my view) so be it. If you want to call me a racist then go ahead, but please don’t try to tell me up is down and down is up.”

Other research shows that radical right politicians sometimes deal with accusations that they are racist by embracing it and using it to present themselves and their supporters as targets.

It is not a precondition for the rise of the far right that norms against prejudice are weakened, but it does make it harder to challenge. If it is no longer a problem to be viewed as prejudiced, then intimidating marginalised others and calling for deportations becomes easier.

The Conversation

Simon Goodman receives funding from the ESRC and the British Academy

Rahul Sambaraju receives funding from British Academy.

ref. Is racism becoming more acceptable in the UK? – https://theconversation.com/is-racism-becoming-more-acceptable-in-the-uk-269838

Wargaming: the surprisingly effective tool that can help us prepare for modern crises

Source: The Conversation – UK – By Natalia Zwarts, Research Leader in Wargaming at RAND Europe, RAND Europe

Team with army and police special forces rescue hostages in NATO wargames training. C-S/Shutterstock

Consider the following scenario. There’s a ransomware attack, enhanced by AI, which paralyses NHS systems – delaying medical care across the country.

Simultaneously, deepfake videos circulate online, spreading false information about the government’s response. At the same time, a foreign power quietly manipulates critical mineral markets to exert pressure on the economy.

The scenario is not just a theory. It is a situation waiting to be rehearsed. And research suggests an old tool called wargaming – an exercise or simulation of a threatening situation – provides the method to do exactly that. Researchers are indeed calling for a new research agenda for experimental design for such games, applied to modern scenarios.

In a world of compounding crises, the UK government has published its first-ever chronic risks analysis, delivering a stark warning. It says the threats of the 21st century are already here and they’re deeply interconnected.

From AI-driven cybercrime to biodiversity loss and demographic shifts, the report maps 26 chronic risks that are slowly eroding national security, economic resilience and social cohesion.

The analysis rightly calls for a broader response, urging collaboration across government, industry, academia and society at large.

If chronic risks are the century’s slow burns, then wargaming is the fire drill we haven’t run. In brief, wargaming is a centuries-old tool to explore “what if” scenarios by simulating real-world crises.

In a wargame, participants take on roles, usually in opposing teams, and make decisions in response to unfolding events. Depending on the scenario, participants are recruited to act in a way that would be characteristic for the military, government, industry or humanitarian organisations.

By revealing gaps, stress points and unexpected outcomes, wargaming helps decision-makers plan smarter and respond faster when the real thing hits. Ignoring these feedback loops risks turning slow moving challenges into sudden, systemic shocks.

Historically limited to traditional warfighting, it increasingly offers a way to stress-test systems against cascading threats, from resource scarcity driving geopolitical tensions to digital exclusion fuelling misinformation.

Beyond war

Wargaming is still popular among organisations across the world. The Pentagon uses red team exercises to anticipate hybrid warfare. Red-teaming includes modelling of the adversary and attempting to predict their reasoning, planning and actions.

Nato’s “locked shields” exercises simulate cyberattacks on critical infrastructure. And the EU runs tabletops, exercises that help help stress-test defence capability development plans.

A computer-assisted wargame sponsored by the US Air National Guard (February 2015).
A computer-assisted wargame sponsored by the US Air National Guard (February 2015).
wikipedia, CC BY-SA

Developments in AI have recently been translated into gaming techniques. The Rand corporation has run wargames on issues from anti-microbial resistance to climate change.

Singapore has used wargaming to test urban development policies involving climate adaptation, transportation and population growth.

At a recent Rand Europe wargame examining the governance of AI in healthcare, players were asked to act as policymakers deciding whether to impose strict, moderate or minimal regulation on new AI tools such as automated transcription of doctor visits. They had to balance this with concerns about safety, privacy and equitable access.

The game illustrated how competing priorities, such as innovation speed versus regulatory oversight, shape real-world decisions. Despite the complexity of the topic, participants typically reached a consensus within minutes, revealing not only preferred policies but also the trade-offs that were revealed under pressure. The results of the game showed that regulation has to adapt to emerging risks, rather than be rigid.

Exercises like this demonstrate how wargaming can expose underlying assumptions and offer policymakers, practitioners and the public a structured way to debate difficult choices before or as they appear in the real world.

Depending on the scope of the game, you could choose to play one round or scenario, or extend it to more in-depth questions. The game results are the most relevant for those who will have to make such decisions, but it’s also very telling to provide them with pathways chosen by the public.

So what games should we be playing? The rapid evolution of crypto-based scams could be explored through a matrix game that includes financial regulators, banks and tech companies. A matrix game allows for a quick role-play of specific agendas with proposed actions judged by an expert facilitator. Participants would be divided into groups of criminals, law enforcement, industry and financial sector. They would then simulate a scenario where fraud spreads faster than enforcement can respond, revealing regulatory blind spots and communication failures.

In another exercise, policymakers could model how a terrorist group might weaponise AI-generated deepfakes. Participants from law enforcement, public health and social media platforms would need to determine how quickly they could identify and respond to the threat while maintaining public trust.

A third scenario could focus on geopolitical competition over critical minerals. A simulated trigger event involving European, Chinese and African actors would allow players to explore the impacts on trade policy, infrastructure security and diplomatic engagement.

These simulations would not predict the future, but would reveal how different people might behave when systems come under stress. Indeed, research into wargaming shows that while these tools aren’t perfect, they are extremely useful.

Wargaming offers a range of techniques suited to different risks. Matrix games allow multiple actors to make decisions in an evolving scenario. This makes them ideal for exploring uncertainty and conflicting interests. Red teaming helps organisations see their systems from the perspective of an adversary, exposing vulnerabilities that may go unnoticed in internal assessments. And tabletop exercises can help policymakers trace the second- and third-order effects of a crisis.

We conduct fire drills, flood drills and emergency alerts for physical disasters. It is time we have more opportunities to do the same for digital blackouts, deepfake terrorism and financial manipulation. These risks are not theoretical. They are already beginning to reshape our world – governments must take heed.

Reports like the chronic risks analysis are vital for naming and describing the dangers ahead. But they must be matched with tools that prepare us to navigate them. Wargaming gives us a chance to practise the future — to uncover the gaps in our systems, to rehearse our collective response, and to build the resilience we will need in the years to come.

We might not be able to predict the future perfectly given the speed of change. But we can test the options for potential futures. Wargaming is how we start.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Wargaming: the surprisingly effective tool that can help us prepare for modern crises – https://theconversation.com/wargaming-the-surprisingly-effective-tool-that-can-help-us-prepare-for-modern-crises-266907

Is supersonic air travel about to return, two decades after the last Concorde flight?

Source: The Conversation – UK – By Malcolm Claus, Senior Lecturer, Astronautics and Space Technology, Kingston University

The X-59 undertakes its first flight from Lockheed Martin’s Skunk Works in California. Lockheed Martin

An experimental supersonic aircraft called the X-59 took to the skies for the first time in October.

The plane lifted off from Skunk Works, the famed research and development facility in California owned by aerospace giant Lockheed Martin. It cruised for about an hour, before landing at Edwards Air Force Base 85 miles (136km) away.

Nasa’s X-59 is designed to test technology for quiet supersonic flight. In the US, loud sonic booms led to a five-decade ban on non-military supersonic aircraft flying over land.

The ban was lifted this year by the US president Donald Trump, via an executive order. In the UK, supersonic flight over land needs to be specifically approved by the Civil Aviation Authority (CAA), which functions independently of government.

The X-59 aims to turn sonic booms into a quieter “sonic thump”. So if this proves possible, how likely is it that we will see a return to commercial supersonic air travel – not seen since the Concorde passenger jet was retired in 2003?

Beginning in the 1950s, the race to achieve commercial supersonic travel was a long and technically challenging one. Teams from the UK and France, consisting of the companies British Aircraft Corporation and Aerospatiale, the US (Boeing) and the Soviet Union (Tupolev) worked on three aircraft to meet this challenge.

Out of these three competing designs only two: Concorde (UK and France) and the Tupolev TU-144 (Soviet Union) produced prototype aircraft and follow-on planes that entered commercial operation.

In the US, the Boeing 2707 aircraft would have carried between 250-300 passengers, three times that of Concorde, and would have done so at a higher cruise speed. However, rising costs, uncertainty about the market for flights and concerns about noise led to the cancellation of the American plane in 1971.

The Soviet TU-144 took to the skies first, on December 31, 1968, while Concorde’s first flight took place in March 1969. The service life of the TU-144 was relatively short, however, lasting from 1975 to 1983.

It initially carried mail, in preparation for passenger services which began in November 1977. However, safety incidents and concern about the economic viability of the plane led to these flights were cancelled in June 1978.

Once passenger flights had been discontinued, the then-Soviet airline Aeroflot operated an updated variant, called the TU-144D, on freight-only services. The withdrawal from service of the TU-144 left Concorde as the only operating commercial supersonic passenger aircraft.

As the standard bearer for supersonic travel, Concorde carried passengers from London and Paris to destinations such as New York, Washington, Rio de Janeiro and Mexico City. But its routes were limited by the US ban on non-military supersonic aircraft flying over land.

The plane operated successfully until July 2000, when Air France flight 4590 crashed shortly after take-off, killing 109 passengers and four people on the ground. Flights by both British Airways and Air France were suspended after the crash, returning only in November 2001. But a lack of confidence and other factors led to the retirement from service of Concorde in 2003.

But within 13 years of the withdrawal of Concorde there was fresh impetus for supersonic travel. In 2016, Nasa launched the Quiet Supersonic Technology (Quesst) project. The aim of Quesst is to investigate aircraft designs which would reduce the sonic boom typically associated with supersonic flight. The centrepiece of the Quesst project is the X-59 an experimental aircraft built by Lockheed Martin at its experimental Skunk Works site in California.

Flying experiment

The X-59 has been designed, manufactured and flown to test both the theories and assumptions relating to low boom technology and to demonstrate that such an aircraft can operate over land without causing disruption on the ground.

The aircraft will act as a flying experiment, collecting data from its test flights which will be disseminated within the aerospace community. This will support current efforts by the companies Boom Supersonic and Spike Aerospace, both of which are proposing their own supersonic aircraft.

So how does the X-59 achieve this? The short answer is in its configuration. The aircraft design has been reached after detailed design work both through extensive computer simulations and through the use of a wind tunnel test programme.

The final configuration which has been reached in effect reshapes the shockwaves produced during supersonic flight, changing the associated boom to a quieter sound. As a result, however, the X-59 does not resemble any conventional aircraft flying today.

The unusual design of the X-59 prevents the shock waves generated at supersonic speed from merging (which would produce the loud boom).

The long, thin tapered nose and other features of the aircraft will mitigate against this by producing a “quieter” boom. This nose, resembling a spear, means that the cockpit for the pilot is located almost halfway down the length of the aircraft.

Its location means that a conventional cockpit window, as seen on all aircraft,` is not possible. Consequently, a number of high-resolution cameras and monitors allow the pilot to fly the aircraft and see what is going on outside.

The X-59 will provide useful flight data on supersonic boom mitigation, which could be applied to future aircraft.

But even when boom mitigation has been addressed, there are still a number of challenges which need to be overcome in order for a new generation of supersonic aircraft to enter service.

A clear and well developed business case will be needed, taking into account the potential customer volume and number of aircraft required. The economics will need to be worked out, such as how much the aircraft costs to operate, its fuel costs and the price of maintenance.

There will also be environmental issues to consider, such as the fuel efficiency of new propulsion systems that can operate for long times under supersonic conditions.

If these challenges can’t be overcome, the rebirth of commercial supersonic travel might remain a distant dream.

The Conversation

Malcolm Claus does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Is supersonic air travel about to return, two decades after the last Concorde flight? – https://theconversation.com/is-supersonic-air-travel-about-to-return-two-decades-after-the-last-concorde-flight-269990

What does climate adaptation actually mean? An expert explains

Source: The Conversation – UK – By Rowena Hill, Professor of Psychology, Nottingham Trent University

Frame Craft 8/Shutterstock

When climate change is discussed, whether at UN climate summits, in company boardrooms or in the media, the focus is often on mitigation (cutting greenhouse gas emissions to achieve net zero). Adaptation, the practical steps to prepare for the consequences of a changing climate, receives far less attention in the UK and globally.

Tech billionaire and philanthropist Bill Gates recently sparked debate by arguing against a mitigation-only approach. His point wasn’t to dismiss climate action, but to stress that adaptation and mitigation should work together alongside health, housing and prosperity needs.

Adaptation centres on how the world should respond to the weather-related effects of a changing climate, resulting from the emissions we have emitted – and continue to emit.




Read more:
How five countries are adapting to the climate crisis


The UN has warned that the world has missed its target to keep global warming in line with 1.5°C above pre-industrial levels. Scientists broadly agree that above 1.5°C, the world will start to experience irreversible tipping points in places like the Amazon rainforest, which risks becoming grassland or savanna, and Greenland, which faces permanent snow and ice melts.

Indeed, referring to climate change as average global rises in temperature hides the extremes many people will experience. Instead of a steady line on a graph, changes in temperature may look more like spiky peaks and troughs, signifying ever-more extreme episodes of flooding and drought.

Even in the usually temperate UK, this more extreme weather may affect people in unexpected ways. For example, during heatwaves above 35°C, children’s sports clubs will need to consider the weather before deciding whether they can continue without breaching their insurance.

Climate resilience, explained by an expert.

The chance of spending time under drought conditions is expected to increase by 86% in the UK, so how people garden and use open water spaces, as well as their activities in and on water, will all probably face more restrictions.

Also, some UK housing may become expensive or impossible to insure, due to the response of the insurance industry to instances of repeat or foreseeable flooding or fire risk. As weather conditions make wildfires more likely, there will be more restrictions on what people can do outside in grass, moorland or forest areas.

Like most countries, the UK has a way to go towards adequately adapting, according to the government’s Climate Change Committee, which monitors both mitigation and adaptation. Its adaptation reports conclude there has been a lack of actionable progress in preparing for the UK’s changing climate, and an absence of leadership and strategy at a national level.

Without forward planning and adaptation measures, managing the effects of storms, floods and extreme heat in UK hospitals, prisons, care homes and social housing will grow ever harder – with severe consequences for the health of many people in the most at-risk communities who live in these buildings.

Getting prepared

My research on societal-wide risk and resilience focuses on how we understand risks and what we can do to prepare for them.

While we cannot stop further increases in the magnitude or frequency of adverse weather, there are things people can do to reduce the consequences on their way of life – by following the principles of adaptation.

Being prepared to protect yourself and vulnerable neighbours in advance of local emergencies such as a flood will become more important as the pressure increases on emergency services. These services will also need different equipment and training to cope with the challenges of responding to such emergencies.

Lobbying supermarkets and asking what they are doing to support food resilience can help build more sustainable food systems, especially as agriculture gets threatened globally and supply chains get more precarious due to extreme weather or crop failure.

river gauge water level, flooded waters
Adaptation involves finding ways to manage increasing climate risk.
David Calvert/Shutterstock

Encouraging organisations responsible for people’s recreation, heritage and culture to safeguard precious trees, buildings and other places of importance to communities will protect the things we feel represent us and our way of life. In the UK, we have seen the enormous impact of losing symbolic cultural assets such as the Sycamore Gap tree, or National Trust and English Heritage buildings.

Having discussions in workplaces, schools and community spaces can help spark ideas about how to best plan for people’s wellbeing during heatwaves, storms and other extreme weather. Schools are closed on exceptional “snow days”, for example, but extending their inclement weather policies to cover flooding could help protect more people.

Creating a well-adapted nation is not easy. But positioning adaptation as part of a broader effort to meet wider societal needs (such as poverty, poor housing, health and economic growth) reframes the climate conversation from sacrifice and compensation to resilience and quality of life.


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Rowena Hill receives funding from Research Councils and Local Authorities to complete work on the impacts of climate change. She is affiliated with the Climate Security National Foresight Group.

ref. What does climate adaptation actually mean? An expert explains – https://theconversation.com/what-does-climate-adaptation-actually-mean-an-expert-explains-269122

Bilal Hamdad’s Paname shows the thrill of new art when embedded within the grandeur of the old

Source: The Conversation – UK – By Anna-Louise Milne, Director of Graduate Studies and Research, University of London Institute in Paris

All along Paris’s River Seine, private foundation money has been pouring into older Parisian institutions to make their buildings hospitable to large modern conceptual works.

Crowds flock to the Bourse du Commerce, for example: once a grain and later a labour market, it has now been transformed by Japanese architect Tadao Ando into clean, white spaces. The same has happened at the recently opened Cartier Foundation, previously a hotel and commercial spaces. French architect Jean Nouvel has redesigned it as a vast contemporary art museum. Inside, it is all sharp lines and glass.

The Petit Palais, in contrast, has preserved its fin-de-siècle curves and contorted ironwork. It’s calm and free to enter, as all Paris city museums are. But there is more to why the Petit Palais is a particularly Parisian exception to the ever-richer landscape of art along the Seine.

In this grand old building, surprisingly, we encounter the “thrill of the modern”, as poet Charles Baudelaire defined it – when the fleeting occurrence meets the gravitas of the eternal in art.

The fleeting occurrence in this instance is Paname, an exhibition by the emerging painter Bilal Hamdad. It is a brilliant display of Baudelaire’s magical combination: a fresh, vibrant take on city life installed amid the treasures of the museum’s permanent collection. The show features 20 of Hamdad’s works, including two specially created that were inspired by the museum’s collection.

Born in Algeria in 1987 and now based in Paris, Hamdad is a regular visitor to the Petit Palais, where he has absorbed the lessons of great masters like Claude Monet, Paul Gaugin and Edgar Degas. His work draws from them in his compositions of ordinary life in contemporary cities. Solitude is a regular theme – as it was for Baudelaire who, like Hamdad, paid particular attention to the city’s labourers as he trudged along the Seine, toolbox in hand.

In Hamdad’s glorious large-format oil paintings, we see women with bags on both shoulders waiting for the metro, and young men perched on railings waiting for whatever work or encounter might come their way. There are market scenes with older women selling corn on the cob from shopping caddies, and boys shifting contraband cigarettes to middle-class folk with their sunglasses and carefully strapped handbags.

Though Hamdad works from photographs, which he has described as his sketchbook, his works have a depth and intensity that transforms the ordinary into the mythical, casting the details of contemporary fashion and posture in a timeless, mysterious light. Most enigmatic in this show is the subtle reworking of Édouard Manet’s 1882 painting Un bar aux Folies Bergère, which hangs in the Courtauld Gallery in London.

In the original, Manet plays with the effects of a large, tarnished mirror behind the bar. The mirror reflects the hidden back of a barmaid who looks blankly outwards alongside the bottles and other enticing offerings on the bar. In the reflection, Manet depicts her both as the object of our peering gaze and as removed from us, more delicate and perhaps more vulnerable.

Hamdad’s Sérénité d’une ombre (Serenity of a shadow, 2024) develops the intimacy of Manet’s back view, pushing it further into the shadows. The brightly lit foreground shows us the bar, recognisable as Manet’s with an equally beautiful bowl of shiny oranges and a delicate rose composition. In the background, we can just make out a barman – dressed in a white shirt that suggests the crumples of a working day moulded onto a working body.

The moment is wistful and withdrawn, yet it echoes with the clatter and confusion of the contemporary city. It hangs, as does all of Hamdad’s installation, among the eclectic galleries of the Petit Palais – a window onto a different sort of time. In this conversation between old and new, the viewer knows immediately that this work is here to last.

Bilal Hamdad’s Paname is on at the Petit Palais in Paris until February 8 2026


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The Conversation

Anna-Louise Milne does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Bilal Hamdad’s Paname shows the thrill of new art when embedded within the grandeur of the old – https://theconversation.com/bilal-hamdads-paname-shows-the-thrill-of-new-art-when-embedded-within-the-grandeur-of-the-old-270196