Au Mali, les djihadistes prennent-ils pour modèle leurs homologues syriens ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Pierre Firode, Professeur agrégé de géographie, membre du Laboratoire interdisciplinaire sur les mutations des espaces économiques et politiques Paris-Saclay (LIMEEP-PS) et du laboratoire Médiations (Sorbonne Université), Sorbonne Université

Bina Diarra, porte-parole du JNIM, s’adresse en bambara aux Maliens dans une vidéo publiée en novembre 2025.
Capture d’écran X (anciennement Twitter)

Des années durant, l’organisation islamiste Hayat Tahrir al-Cham, dit HTC, n’a contrôlé qu’un petit bout du territoire de la Syrie, avant de saisir l’occasion, fin 2024, de faire chuter le régime Assad et de s’emparer de l’ensemble du pays. Un développement qui, semble-t-il, n’a pas échappé à un autre groupe djihadiste, à des milliers de kilomètres de là : au Mali, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans paraît s’inspirer de l’évolution qu’a connue HTC, en recentrant son djihad sur l’échelon national, quitte à délaisser toute ambition globale.


Les visites récentes du président intérimaire syrien Ahmed Al-Charaa à Moscou, le 15 octobre, et à Washington, le 10 novembre, ont particulièrement retenu l’attention de la presse, qui y voit l’acte final d’une lente et progressive métamorphose d’un groupe terroriste en une force politique de gouvernement reconnue par la communauté internationale.

Cette trajectoire de Hayat Tahrir al-Cham (Organisation de libération du Levant, ou HTC, dont Al-Charaa est à la tête), depuis la clandestinité terroriste jusqu’aux chancelleries des grandes puissances, n’échappe évidemment pas à l’attention des différents stratèges de la nébuleuse djihadiste mondiale, comme le montre l’évolution actuelle, au Mali, du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jama’at Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin, ou JNIM). Le mouvement terroriste sahélien, filiale d’Al-Qaida dans la région, semble entraîné dans une métamorphose identique que celle qu’a connue le HTC dans la province d’Idlib en Syrie de 2017 à la chute d’Assad.

Comme le HTC, le JNIM abandonne progressivement le djihad global au profit d’une lutte politique purement nationale dans laquelle l’enracinement auprès des populations locales l’emporte sur l’agenda djihadiste. Peut-on parler d’une syrisation des acteurs terroristes au Sahel ?

Un essor de l’islamo-nationalisme sur le modèle syrien

Comme le HTC dans la bande d’Idlib de 2017 à 2024, le JNIM a profondément changé de stratégie depuis le départ des Français en 2022 à la suite de l’échec de l’opération Barkhane. À l’origine force djihadiste – le mouvement Ansar Dine – alliée aux Touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le JNIM aspire désormais à fédérer autour de lui des représentants des différentes ethnies du pays et à se métamorphoser ainsi en une force politique nationale, voire nationaliste.

Abandonnant progressivement le terrorisme tourné contre les civils au profit d’actions de déstabilisation du régime, le JNIM entend devenir une force d’alternative à la junte militaire en s’implantant durablement auprès des populations civiles. C’est dans cette optique que nous pourrions analyser la politique d’ouverture du JNIM aux ethnies importantes du pays : d’abord adressé aux Touaregs en guerre ouverte contre Bamako depuis 2012, le mouvement s’est ouvert aux Peuls depuis l’ouverture de sa branche méridionale très active au Burkina Faso, la Katibat Macina, puis plus récemment aux Bambaras, l’ethnie majoritaire de la région de Bamako.

Le choix de Bina Diarra, dit Al-Bambari, comme porte-parole du groupe montre le refus du JNIM d’être désormais assimilé aux ethnies minoritaires du nord du Mali, alliées régulières des djihadistes, ainsi que le projet des djihadistes de créer autour d’eux un véritable consensus populaire qui dépasse le clivage habituel entre les ethnies nomades plus arabisées du Nord (comme les Touaregs) et les ethnies sédentaires subsahariennes.

Cette politique n’est pas sans rappeler celle menée par le HTC dans la bande d’Idlib de 2017 à 2024. Comme le JNIM, le groupe HTC avait tenté de s’implanter durablement dans les structures sociales locales en s’attirant le soutien des chefs de tribus arabes (les cheikhs). Que ce soit dans une société tribale comme le nord de la Syrie ou dans un cadre multiethnique comme au Mali, les djihadistes aspirent à construire une forme de consensus national autour d’eux afin de pérenniser leur pouvoir.

L’abandon de la lutte contre les « déviants »

D’autant que le JNIM, comme le HTC dans la province d’Idblib de 2017 à 2024, semble renoncer aux modes d’action classique des djihadistes. Depuis le départ des Français, le JNIM n’a revendiqué aucun attentat en dehors du Sahel et semble même abandonner progressivement l’utilisation du terrorisme envers les populations locales comme a pu le faire le HTC à Idlib pendant la guerre civile syrienne.

Depuis l’été 2025, le JNIM concentre ses attaques sur des cibles militaires et économiques (notamment les convois ravitaillant la capitale en carburant) mais renonce de plus en plus aux massacres de civils éloignés de son rigorisme religieux. À cet égard, il est intéressant de relever l’abandon des persécutions contre les Dogons dont AQMI et Ansar Dine avait autrefois combattu violemment les pratiques animistes, au point d’avoir suscité la mobilisation de l’Unesco.

De plus, les politiques systématiques de destruction du patrimoine malien semblent abandonnées par le JNIM. À l’inverse d’Ansar Dine, qui avait, en 2012, saccagé la mosquée de Sankoré à Tombouctou, vestige d’un islam maraboutique syncrétique à l’antithèse du dogmatisme salafiste, le JNIM renonce aux persécutions envers le patrimoine et les identités locales, de peur de perdre le soutien des populations. Cette politique qui n’est pas sans rappeler celle d’Al-Joulani et du HTC envers les chrétiens et les chiites de la bande d’Idlib de 2017 à 2024 et témoigne, comme en Syrie, d’une volonté de pérenniser l’implantation du JNIM dans le paysage politique local.

En effet, comme le HTC, le JNIM entend substituer au djihad global un djihad populaire tourné contre les régimes tyranniques locaux opprimant les civils. L’agence de propagande Al-Zallaqa met souvent en scène le groupe dans un rôle de protecteur des populations contre la violence des juntes militaires. Le JNIM a particulièrement communiqué sur les massacres de Solenzo en mars 2024, perpétrés par l’armée burkinabée sur les civils peuls, et a mené une action de représailles à Diapaga ciblant une base militaire.

À travers ces actions au Burkina Faso comme au Mali, le JNIM veut abandonner son image de groupe terroriste hors sol pour apparaître comme le bouclier des populations locales face à la brutalité des juntes. On retrouve ici la synthèse, à l’origine du succès du HTC en Syrie, entre un djihad régional non global (idée plutôt empruntée à Daech) et le refus de persécuter les populations locales pour s’enraciner dans le paysage politique local (thème cher à plusieurs penseurs d’Al-Qaida comme Al-Zawahiri, notamment lors de sa querelle avec Al-Zarqawi en 2004).

Le même décalage entre la base et les chefs en Syrie et au Mali

Le parallèle entre la Syrie et le Mali devient encore plus éclairant lorsqu’on envisage les limites, voire les relatifs échecs de l’islamo-nationalisme.

Comme en Syrie, la base du JNIM n’approuve pas forcément le refus du djihad intransigeant et les concessions faites par les chefs du groupe à la réalité sociale locale. C’est peut-être ce que montre l’assassinat de la tiktokeuse Mariam Cissé par les miliciens du JNIM, le 7 novembre 2025. Ce meurtre va à l’encontre de la politique d’implantation du JNIM au sein de la population locale et de la propagande qu’il construit depuis plusieurs années. Si bien que l’on pourrait émettre l’hypothèse (invérifiable pour l’instant) que ce meurtre ne reflète pas une décision prise par le commandement du JNIM mais s’apparente à une initiative locale, assez spontanée.

Ces exactions perpétrées par les djihadistes sont d’ailleurs monnaie courante, comme le montre le développement des milices d’autodéfense appelées dozo. Sachant que le massacre de civils dessert objectivement les intérêts politiques du JNIM et s’oppose à son discours de propagande, on peut légitiment penser que ces massacres sont l’action de combattants qui ne partagent pas forcément les efforts de Realpolitik des chefs. Comme en Syrie avec le HTC, la base du JNIM pourrait refuser l’infléchissement que tentent de lui imposer ses leaders, ce qui déboucherait sur des massacres spontanés, comme ceux dont les alaouites ont été victimes après la chute d’Assad en Syrie.

D’autant qu’au Levant comme au Mali, les groupes affiliés à Al-Qaida, en s’implantant dans le tissu social local, se privent du soutien politique des partisans du djihad global et intransigeant. Ces djihadistes les plus radicaux pourraient ainsi grossir les rangs de l’orgnisation État islamique en Syrie ou de sa filiale au grand Sahara.

Les limites de la comparaison

Pour conclure, le djihad syrien entre en résonance avec la métamorphose actuelle du JNIM. Le groupe sahélien s’emploie à implanter le djihad dans le paysage politique malien et dans ses spécificités régionales, témoignant ainsi d’une syrisation du conflit, pour utiliser un néologisme, au point qu’on pourrait considérer la métamorphose du djihad en Syrie comme un nouveau paradigme pour analyser tous les mouvements djihadistes et leurs relations avec leur environnement politique et social régional.

Néanmoins, cette comparaison ne doit pas conduire à oublier ce qui distingue la Syrie du Mali : le JNIM ne peut s’appuyer ni sur une armée nombreuse comme celle de HTC, ce qui l’empêchera de contrôler le pays à court terme, ni sur une puissance tutélaire capable de le financer comme la Turquie en Syrie. Même si la comparaison entre le HTC et le JNIM ne saurait à elle seule expliquer le nouveau visage de la guerre civile au Mali, elle permet bien de prendre la mesure de la révolution copernicienne que la victoire de Joulani (nom de guerre d’Ahmed Al-Charaa) représente aujourd’hui pour l’ensemble des mouvements se réclamant d’Al-Qaida.

The Conversation

Pierre Firode ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au Mali, les djihadistes prennent-ils pour modèle leurs homologues syriens ? – https://theconversation.com/au-mali-les-djihadistes-prennent-ils-pour-modele-leurs-homologues-syriens-270228

Jane Austen’s friendships defied social class – and empowered her writing

Source: The Conversation – UK – By Anna Walker, Senior Arts + Culture Editor, The Conversation

Jane Austen’s Paper Trail is a podcast from The Conversation celebrating 250 years since the author’s birth. In each episode, we’ll be investigating a different aspect of Austen’s personality by interrogating one of her novels with leading researchers. Along the way, we’ll visit locations important to Austen to uncover a particular aspect of her life and the times she lived in. In episode 4, we look at who were Austen’s friends, and ask what we can learn about friendship in the pages of her fourth novel, Emma.

When she created the “handsome, clever and rich” Emma Woodhouse, Jane Austen wrote that she suspected this was a character “no one but myself will much like”. It’s difficult to disagree with her assessment, and yet Emma endures as a flawed heroine with whom readers want to stay the course, shortcomings and all.

Pretty, witty, arrogant and spoilt, Emma has spent her 21 years in the lap of luxury with little to trouble her. That is, until she makes a friend and protegee of Harriet Smith, a young woman of sweet disposition and lesser social standing. There begins a highly entertaining and often twisty tale of love, friendship, secrets, crossed wires, social faux pas and satisfying comeuppances. It all plays out against the social landscape of Highbury, where wealth, class and hierarchy are merciless yardsticks of people’s local standing.

Nowhere is this more acutely observed than at a picnic gathering at Box Hill in Surrey, where Emma is at her most thoughtless. During a game of wit, she mocks the sweet but dull Miss Bates, a spinster living in genteel poverty who has long considered Emma a friend. Watching Emma humiliate this harmless creature in front of their social circle, George Knightley, the novel’s moral compass, reacts with disgust and disappointment. This incident sparks reflection and self-awarness in Emma, and she resolves to do better.

In the fourth episode of Jane Austen’s Paper Trail, The Conversation’s Jane Wright visits Box Hill with Emma Claire Sweeney, senior lecturer in creative writing at the Open University and expert in Austen’s friendships. We explore who Austen’s friends were, the significance of these relationships in her life, and how she depicted female friendship in her novels.

A view from the top of Box Hill of the city down below
The view from the top. Jane Wright and Emma Sweeney visited Box Hill in Surrey.
Jane Wright, CC BY

In her book The Secret Sisterhood (2017), Sweeney wrote about Austen’s friendship with Anne Sharp, a governess who worked for her brother Edward. Crucially, Sharp was also a writer, which strengthened the bond between the two women. But it was a friendship that Austen’s family played down and concealed after her death.

“In Anne Sharp,” explains Sweeney during our interview, “Jane had a class-defying friendship that wasn’t really known about until the 1920s. But it was hugely important to Jane to have a friend she could talk to about writing, for although she was surrounded by her sister Cassandra, her friend Martha Lloyd and her mother who loved to discuss books, they were not writers. And while Anne Sharp was a very different kind of writer, she was a writer Jane valued.”

Later on, Anna Walker sits down with two more eminent Austen experts to discuss friendship in Emma – emeritus professor Janet Todd of Cambridge University, and Bharat Tandon, lecturer in literature at the University of East Anglia.

As Tandon explains, Austen’s relationship with her sister Cassandra was the closest of her friendships. Cassandra and their shared friend (and eventual sister-in-law) Mary Lloyd formed Austen’s “intellectual and comic focus group,” offering feedback on her writing.

But not everyone in Austen’s day saw female friendship as a positive force. “The idea of an intellectual and emotional connection between women worried men,” Todd explains. “It seemed to be working against the important tie of heterosexual marriage, and so it was something that needed to be controlled.”

Listen to episode 4 of Jane Austen’s Paper Trail wherever you get your podcasts. And if you’re craving more Austen, check out our Jane Austen 250 page for more expert articles celebrating the anniversary.

Disclosure statement

Emma Claire Sweeney, Bharat Tandon and Janet Todd do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

Jane Austen’s Paper Trail is hosted by Anna Walker with reporting from Jane Wright and Naomi Joseph. Senior producer and sound designer is Eloise Stevens and the executive producer is Gemma Ware. Artwork by Alice Mason and Naomi Joseph.

Listen to The Conversation Weekly via any of the apps listed above, download it directly via our RSS feed or find out how else to listen here.

The Conversation

ref. Jane Austen’s friendships defied social class – and empowered her writing – https://theconversation.com/jane-austens-friendships-defied-social-class-and-empowered-her-writing-270144

Est-ce une bonne idée d’utiliser des IA comme confidentes ou comme soutien psychologique ?

Source: The Conversation – in French – By José Sánchez Santamaría, Profesor Titular de Equidad Educativa y Aprendizaje a lo Largo de la Vida. Coordinador de GRIOCE – UCLM. Vocal de FEAE-CLM, Universidad de Castilla-La Mancha

De plus en plus de personnes, notamment des jeunes, ont recours à des chatbots entraînés avec des IA pour gérer leurs émotions. Mais ces outils numériques ne peuvent se substituer à une relation humaine ni, le cas échéant, à une prise en charge par un spécialiste. SeventyFour/Shutterstock

Ils offrent une écoute immédiate, sont toujours disponibles et répondent calmement sans porter de jugement. Les agents conversationnels entraînés par IA (chatbots) séduisent, notamment les adolescents. Mais le « réconfort numérique » ponctuel qu’ils peuvent apporter ne doit pas être confondu avec les relations que l’on peut entretenir avec un ami, ni avec le soutien psychologique proposé par un professionnel.


« Bonjour ! Je vois que tu cherches à être un peu au calme. Tu n’es pas seul(e). Je suis là pour t’aider à respirer, à comprendre ce que tu ressens et à trouver un peu de réconfort. Veux-tu me dire ce qui te préoccupe en ce moment ? »

Ceci est le « texte initial » d’un chatbot (agents conversationnels entraînés par IA, ndlr) de soutien émotionnel. Il y a peu, cela relevait encore de la science-fiction. Mais aujourd’hui, beaucoup de gens attendent de l’IA plus que des réponses rapides : ils veulent de la compréhension, de la compagnie et du réconfort.

Par exemple, Nora, 14 ans, utilise un chatbot lorsqu’elle se dispute avec ses amies, nous a-t-elle confié. Quel que soit notre âge, nous pouvons être tentés d’utiliser cette technologie pour améliorer nos relations professionnelles ou trouver quelqu’un qui est toujours « à l’écoute ».

Une machine peut-elle vraiment être à notre écoute ?

On a l’impression que l’IA peut nous écouter et nous comprendre. Mais l’IA est une machine : elle n’écoute pas au sens humain du terme, mais traite des données. Elle fonctionne comme un système de prédiction statistique qui génère des réponses mot à mot.

Cela soulève des questions importantes : une IA peut-elle être un véritable soutien émotionnel ? Peut-elle remplacer un ami ? Ou même un psychologue ? Et quel est l’impact de tout cela sur notre bien-être ?

C’est quoi un chatbot ?

Un chatbot est un programme informatique avec lequel nous interagissons par le biais de texte, de voix ou d’images. Son fonctionnement est le suivant : il reçoit, interprète, décide, consulte et répond. Imaginez que vous écriviez : « Je souhaite modifier mon vol de samedi ». Il effectue alors les opérations suivantes : « modifier vol » + « vendredi », vérifie votre réservation dans l’ API, vous propose des options et confirme la modification.

Il existe plusieurs catégories de chatbots :

  • Des chatbots avec des réglages fixes : ces chabots donnent des réponses prérédigées. Elles sont courantes dans les services à la citoyenneté ou à la clientèle : ISSA (qui est l’équivalent espagnol d’Amelibot de l’Assurance maladie en France, ndlr) ou Rufus d’Amazon.
  • Des chatbots généralistes alimentés par IA : ils répondent à presque toutes les questions à l’aide de texte, d’images ou de voix, et servent à de nombreuses finalités différentes : ChatGPT, Perplexity ou Deepseek.

  • Des chatbots spécialisés alimentés par IA : ils ressemblent aux précédents, mais sont entrainés sur des thématiques spécifiques comme la santé émotionnelle (Wysa), l’éducation (Tutor AI) ou pour vous tenir compagnie (Replika).

  • Des assistants virtuels alimentés par IA : ils aident dans les tâches quotidiennes. Ils sont capables de suivre des instructions et d’effectuer des actions très concrètes, et proposent des alternatives : Siri (Apple), Alexa (Amazon) ou l’Assistant Google.

  • Des assistants personnalisés alimentés par IA : il s’agit de chatbots personnels et individuels créés par soi-même. Vous pouvez adapter leur style de réponse, leur ton et leurs fonctions pour apprendre une langue, planifier des voyages ou même pour effectuer des recherches ou obtenir des conseils juridiques : Watsonx Assistant, le chat Watson, la fonction GPT de ChatGPT ou le Gem de Gemini.

Des chatbots spécialisés dans la gestion des émotions

Le premier chatbot dédié à la gestion des émotions est apparu en 1966 et s’appelait Eliza. Il simulait une thérapie psychologique « centrée sur la personne », une technique développée par le psychologue Carl Rogers. Il s’agissait d’un chatbot basé sur des règles : si l’utilisateur disait « Je suis triste », Eliza répondait « Pourquoi pensez-vous être triste ? »

Actuellement, une étude américaine indique que la moitié des adultes voient d’un bon œil l’utilisation des chatbots de soutien émotionnel, une tendance que l’on retrouve en Europe.

En Espagne, 24 % de la population interrogée (dans une enquête menée par Axa sur la santé mentale, ndlr) (reconnaît utiliser des chatbots pour obtenir un soutien émotionnel, dont 45 % ont entre 18 et 24 ans.

Une autre enquête montre la même chose et souligne le fait que les filles les utilisent davantage. De notre côté, nous avons pu observer que les adolescents utilisent les chatbots pour exprimer et gérer leurs émotions, aussi pour se sentir accompagnés et compris dans les moments de tristesse ou quand ils rencontrent des difficultés. Voici quelques extraits de ce qu’ils nous ont confié dans notre récente étude :

« Je parle beaucoup avec ChatGPT. Cela me donne l’impression d’être accompagnée, surtout quand je me sens triste et que je ne me comprends pas très bien. »

« Une fois, je me suis disputée avec mon petit ami, je me sentais très mal et j’ai fini par me confier à l’IA. »

Pourquoi sont-ils si attrayants ?

Les chatbots offrent quelque chose que certains jeunes peuvent avoir du mal à obtenir par ailleurs : une écoute immédiate et sans jugement. Ils sont toujours disponibles, répondent calmement et permettent de parler dans un anonymat apparent. Dans les moments de confusion ou de solitude, cela peut générer un sentiment de contrôle et de soulagement, en nous permettant de nous défouler. Leur ton amical et le langage empathique qu’ils utilisent renforcent cette dépendance émotionnelle.

Dans une autre étude que nous avons menée, certains adolescents ont déclaré qu’ils confiaient à l’IA « des choses qu’ils ne diraient à personne » et que cela les aidait « à se calmer lorsqu’ils ont des problèmes », car cela ne les fait pas se sentir « remis en question » ni mal à l’aise par rapport à ce qu’ils partagent.

Peuvent-ils se comporter comme des amis ou des psychologues ?

Mais un chatbot ne remplace pas une amitié ni une thérapie. Il peut servir de « soutien ponctuel » ou d’espace d’expression – avec quelques nuances. Mais il ne substituera jamais à une relation humaine ni au jugement clinique d’un professionnel. Il y a au moins 10 raisons à cela :

  1. Il n’a aucune responsabilité éthique ou légale.

  2. Il ignore notre histoire et notre contexte.

  3. Il offre des réponses logiques, mais il peut se tromper et il est limité.

  4. Il cherche à satisfaire, non à défier. Il peut toujours donner raison, créant ainsi un effet bulle.

  5. Il n’est pas neutre.

  6. Il manque d’empathie.

  7. Il ne sait pas réagir en cas d’urgence.

  8. Il peut créer une dépendance émotionnelle.

  9. Il ne garantit ni la confidentialité ni une transparence totale.

  10. Il ne prévoit aucun suivi thérapeutique. Il ne sait pas interpréter les changements émotionnels.

Comment tirer bénéfice des chatbots pour la santé

Les chatbots spécialisés ne sont ni des psychologues ni des amis. La clé réside dans une utilisation réfléchie et éthique de ces outils :

  1. S’interroger sur les raisons qui nous amènent à les utiliser. Pour se défouler, mieux se comprendre, se distraire, ou alors se sentir accompagné ou soutenu ? Ils ne devraient pas servir à remplacer ou à fournir une solution rapide et facile à des situations émotionnelles complexes.

  2. Se demander pourquoi nous en avons besoin. Ce que dit un chatbot nous aide-t-il à comprendre comment nous nous sentons ou à prendre des décisions ? Que la réponse soit oui ou non, nous devons la remettre en question et ne pas lui accorder une crédibilité absolue. Même si ce que dit le chatbot était correct, cela pourrait avoir des effets psychologiques négatifs à moyen et long terme, que nous ne connaissons pas encore.

  3. S’informer. Il est essentiel de savoir comment fonctionne le chatbot, ce qu’il peut et ne peut pas faire, et quelles sont ses erreurs les plus courantes.

Apprendre à utiliser les chatbots

L’utilisation d’une technologie numérique n’est pas négative. Les chatbots peuvent « accompagner », mais ils ne remplacent pas l’affection, l’amitié ou l’attention psychologique d’ordre professionnel. Même en psychologie, on utilise de plus en plus d’outils entrainés par l’IA, bien que leurs limites fassent encore l’objet d’un débat.

Il convient d’être prudent, car nous ne connaissons pas encore leur impact et les risques associés. Notre bien-être émotionnel dépend également de la sécurité face à l’IA. Il ne faut pas confondre le réconfort numérique et le soutien prodigué par des professionnels ou les relations humaines. C’est l’un des défis que pose la vie numérique actuelle.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Est-ce une bonne idée d’utiliser des IA comme confidentes ou comme soutien psychologique ? – https://theconversation.com/est-ce-une-bonne-idee-dutiliser-des-ia-comme-confidentes-ou-comme-soutien-psychologique-270342

Les plateformes de streaming, repaire d’une génération en quête de repères : le cas Twitch

Source: The Conversation – in French – By Lucas Pithon, Maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie, Université d’Angers

Les plateformes de streaming représentent un fait social qui ne se résume pas au drame de la mort en direct du streamer Jean Pormanove sur la plateforme Kick. Une analyse récente de Twitch montre en effet comment ces espaces en ligne peuvent participer à la construction identitaire de jeunes adultes, si la modération, la régulation, l’accompagnement et l’éducation numérique sont au rendez-vous.


La mort en direct du streamer français Jean Pormanove sur la plateforme Kick, après douze jours de diffusion en continu marqués par des humiliations et des violences encouragées par le public, a suscité une vive émotion.




À lire aussi :
Décès de Jean Pormanove : pourquoi la régulation de la plateforme Kick a échoué


Si cet épisode tragique révèle une dérive inquiétante quant à la consommation en direct du spectacle de la souffrance, il met aussi en lumière un fait social, le rôle central qu’occupent désormais les plateformes de streaming dans la vie de ses principaux utilisateurs, les jeunes adultes.

Les plateformes de streaming, signe d’un malaise générationnel ?

Au-delà du fait divers, cette affaire semble signer le symptôme d’un malaise générationnel profond, qui plonge ses racines dans les circonvolutions d’un monde particulièrement instable. Les repères traditionnels – travail stable, éducation, couple, famille, trajectoire linéaire – s’effritent et les institutions politiques peinent à suivre le rythme des réalités sociales, dans un climat marqué par la montée des populismes et une incertitude climatique et géopolitique croissante.

Si ces métamorphoses ouvrent de nouvelles possibilités, elles participent aussi au sentiment de flottement qui accompagne l’entrée dans l’âge adulte.

L’individu porte, seul, la responsabilité de construire son avenir.

Dans ce contexte, certaines plateformes numériques prennent une place surprenante. C’est le cas de Twitch, espace en ligne où des vidéastes (streamers) diffusent en direct des parties de jeux, des discussions ou des émissions interactives sur des sujets aussi divers que variés. Des centaines de milliers de jeunes s’y connectent chaque jour. Mais au-delà du divertissement, que viennent-ils y chercher ? Selon nous, leurs usages de Twitch traduisent autant un besoin de lien social et de reconnaissance qu’une manière de se positionner dans un monde fragmenté.

Twitch : un lieu pour se construire

En effet, notre étude le montre : loin d’incarner, comme certains discours tendent à le soutenir, un temple moderne de l’addiction, Twitch apparaît au contraire, pour ses utilisateurs, comme un espace d’expérimentation, de partage et de découverte des différentes facettes de leur personnalité.

La plateforme fonctionne comme un lieu de socialisation et de construction de l’identité. Les jeunes adultes y trouvent un espace dans lequel leurs passions – parfois marginalisées dans la société, comme les jeux vidéo, l’informatique ou la culture Internet – deviennent des sources légitimes de reconnaissance et de valorisation. En outre, l’interactivité, les codes partagés ainsi que les références culturelles et générationnelles communes participent à la création d’un langage collectif et d’un sentiment d’appartenance.

Plus globalement, Twitch permet de s’exposer anonymement à une variété de sujets allant du divertissement aux débats politiques ou scientifiques, en passant par le militantisme, l’art, l’apprentissage, la spiritualité, ainsi que les questions de genre ou de sexualité, qui contribuent au développement personnel et social des utilisateurs.

Un « safe-space » disponible sur demande

Cette possibilité repose sur le fait que Twitch est une plateforme encadrée, à la fois par des règles internes et par des équipes de modération choisies par les streamers. Cela en fait un espace sûr, où l’on ne peut ni tout dire ni tout faire, contrairement à Kick. Ce cadre sécurisant offre un lieu de reconnaissance que les utilisateurs peuvent mobiliser à tout moment, notamment pour partager des moments difficiles avec d’autres.

Certains décrivent Twitch comme une « bulle sociale », où l’on se sent à l’aise, respecté, et parfois mieux compris que dans son entourage réel. La plateforme agit ainsi comme une zone tampon, capable d’apaiser les doutes, émotions et incertitudes du passage à l’âge adulte. Fait notable, le sentiment de connexion persiste même sans communication directe : la simple présence sur un live suffit à éprouver le plaisir d’appartenir à un collectif, d’être et de faire avec les autres.

C’est ce dont témoigne Clémence, 22 ans :

« Il y a un côté euh… rassurant, safe place un peu, un peu cocon rassurant. […] Enfin voilà c’est (le streamer, ndlr) quelqu’un que je connais bien et du coup le fait de pouvoir l’avoir à… à disposition d’un claquement de doigts, boom ! je peux le mettre sur mon écran à gauche là quand je veux pour qu’il… pour qu’il fasse le saltimbanque là… »

Dans la société contemporaine, cette possibilité revêt une importance capitale tant elle participe à briser « l’épidémie de solitude » qui fait rage chez les jeunes adultes. Twitch offre la possibilité de rencontrer (même passivement) un ou des autres, avec lesquels on a le sentiment de partager quelque chose.




À lire aussi :
Réseaux sociaux : une hyper-conscience de soi qui amplifie le mal-être des jeunes ?


Cette notion de partage est d’ailleurs capitale pour la plupart des utilisateurs interrogés. Si l’on vient sur la plateforme, c’est d’abord pour investir une communauté dans laquelle on se reconnaît et avec qui on a le sentiment de partager le même univers, le même rapport au monde, qui s’exprime dans les centres d’intérêt, les valeurs, ou même les points de vue politiques convergents.

Le rôle central du diffuseur

Toutefois, cette dynamique collective ne prend sens qu’à travers celui ou celle qui l’incarne et la fédère. En effet, c’est autour du diffuseur que se cristallisent les affinités : sa personnalité, sa manière d’interagir, sa régularité et son authenticité donnent chair au collectif et comptent énormément dans l’attachement que les spectateurs développent à son égard. Pour beaucoup d’adultes en émergence, cette relation, bien qu’asymétrique, prend une dimension affective forte : le streamer devient une présence familière, réconfortante, voire même inspirante.

Dans une société où les figures tutélaires traditionnelles tendent à se raréfier ou à être en décalage avec les modes de vie et aspirations contemporaines, le créateur ou la créatrice incarne alors une figure d’idéal, une version possible de soi, qui encourage à s’épanouir et à oser être soi-même. C’est à la fois quelqu’un dont on a le sentiment qu’il nous ressemble mais c’est aussi, et peut-être surtout, quelqu’un à qui, sous certains aspects, l’on aurait bien envie de ressembler.

C’est ce qu’expliquent des spectateurs que nous avons rencontrés dans nos travaux de recherche :

« J’ai les mêmes délires que lui et tout, il aime bien tel jeu, ben l’avantage c’est que c’est un peu un sceau de validation pour moi. » (Alexandre, 25 ans)

ou encore

« Donc voilà, y a l’idée de pouvoir s’identifier au mec je sais pas… de pouvoir partager quelque chose avec lui au niveau de la personnalité, de pouvoir lui ressembler. » (Léo, 20 ans)

Dès lors, l’on comprend mieux le risque de l’absence de modération dans l’investissement de certains « modèles » : sans garde-fous, l’influence qu’ils exercent peut glisser de l’inspiration bienveillante à la promotion de conduites destructrices, faisant de la communauté non plus un bord protecteur, mais une chambre d’écho dangereuse pour les identités les plus vulnérables.

Au-delà du virtuel, de nouveaux rituels sociaux

Enfin, il nous semble important de situer Twitch au-delà de la sphère numérique du spectacle car la plateforme donne également lieu à des formes inédites de rassemblements collectifs.

Le Zevent, événement caritatif français en est peut être l’exemple le plus éclatant. Pendant tout un week-end, des dizaines de créateurs unissent leurs voix et leurs communautés autour d’une cause commune, récoltant chaque année des millions d’euros pour des associations.

Mais ce qui s’y joue excède de loin la performance financière. Ces rassemblements fonctionnent comme de nouveaux rituels sociaux, où l’exaltation partagée et le sentiment d’unité réintroduisent du commun dans un monde fragmenté.

La participation collective au bien commun rejoue, dans un langage contemporain, les logiques du fonctionnement démocratique : chacun, par sa présence, son don ou même son simple soutien symbolique, contribue à une œuvre qui dépasse ses intérêts individuels.

Twitch devient alors le support d’une réintégration des individus au tissu social, là où une génération parfois décrite comme égocentrée, isolée ou désabusée montre au contraire sa capacité à inventer de nouvelles formes de solidarité et d’appartenance.

L’affaire Jean Pormanove rappelle toutefois combien ces espaces demeurent fragiles, et combien la modération, la régulation, l’accompagnement et l’éducation numérique sont cruciaux pour préserver leur potentiel social. Car au-delà du divertissement, c’est bien une partie de la vie collective qui s’y joue : celle d’une génération qui expérimente, en direct, de nouvelles manières d’être au monde.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les plateformes de streaming, repaire d’une génération en quête de repères : le cas Twitch – https://theconversation.com/les-plateformes-de-streaming-repaire-dune-generation-en-quete-de-reperes-le-cas-twitch-270111

Thousands of genomes reveal the wild wolf genes in most dogs’ DNA

Source: The Conversation – USA – By Audrey T. Lin, Research Associate in Anthropology, Smithsonian Institution

Modern wolves and dogs both descend from an ancient wolf population that lived alongside woolly mammoths and cave bears. Iza Lyson/500px Prime via Getty Images

Dogs were the first of any species that people domesticated, and they have been a constant part of human life for millennia. Domesticated species are the plants and animals that have evolved to live alongside humans, providing nearly all of our food and numerous other benefits. Dogs provide protection, hunting assistance, companionship, transportation and even wool for weaving blankets.

Dogs evolved from gray wolves, but scientists debate exactly where, when and how many times dogs were domesticated. Ancient DNA evidence suggests that domestication happened twice, in eastern and western Eurasia, before the groups eventually mixed. That blended population was the ancestor of all dogs living today.

Molecular clock analysis of the DNA from hundreds of modern and ancient dogs suggests they were domesticated between around 20,000 and 22,000 years ago, when large ice sheets covered much of Eurasia and North America. The first dog identified in the archaeological record is a 14,000-year-old pup found in Bonn-Oberkassel, Germany, but it can be difficult to tell based on bones whether an animal was an early domestic dog or a wild wolf.

Despite the shared history of dogs and wolves, scientists have long thought these two species rarely mated and gave birth to hybrid offspring. As an evolutionary biologist and a molecular anthropologist who study domestic plants and animals, we wanted to take a new look at whether dog-wolf hybridization has really been all that uncommon.

Little interbreeding in the wild

Dogs are not exactly descended from modern wolves. Rather, dogs and wolves living today both derive from a shared ancient wolf population that lived alongside woolly mammoths and cave bears.

In most domesticated species, there are often clear, documented patterns of gene flow between the animals that live alongside humans and their wild counterparts. Where wild and domesticated animals’ habitats overlap, they can breed with each other to produce hybrid offspring. In these cases, the genes from wild animals are folded into the genetic variation of the domesticated population.

For example, pigs were domesticated in the Near East over 10,000 years ago. But when early farmers brought them to Europe, they hybridized so frequently with local wild boar that almost all of their Near Eastern DNA was replaced. Similar patterns can be seen in the endangered wild Anatolian and Cypriot mouflon that researchers have found to have high proportions of domestic sheep DNA in their genomes. It’s more common than not to find evidence of wild and domesticated animals interbreeding through time and sharing genetic material.

That wolves and dogs wouldn’t show that typical pattern is surprising, since they live in overlapping ranges and can freely interbreed.

Dog and wolf behavior are completely different, though, with wolves generally organized around a family pack structure and dogs reliant on humans. When hybridization does occur, it tends to be when human activities – such as habitat encroachment and hunting – disrupt pack dynamics, leading female wolves to strike out on their own and breed with male dogs. People intentionally bred a few “wolf dog” hybrid types in the 20th century, but these are considered the exception.

a wolfish looking dog lies on the ground behind a metal fence
Luna Belle, a resident of the Wolf Sanctuary of Pennsylvania, which is home to both wolves and wolf dogs.
Audrey Lin

Tiny but detectable wolf ancestry

To investigate how much gene flow there really has been between dogs and wolves after domestication, we analyzed 2,693 previously published genomes, making use of massive publicly available datasets.

These included 146 ancient dogs and wolves covering about 100,000 years. We also looked at 1,872 modern dogs, including golden retrievers, chihuahuas, malamutes, basenjis and other well-known breeds, plus more unusual breeds from around the world such as the Caucasian ovcharka and Swedish vallhund.

Finally, we included genomes from about 300 “village dogs.” These are not pets but are free-living animals that are dependent on their close association with human environments.

We traced the evolutionary histories of all of these canids by looking at maternal lineages via their mitochondrial genomes and paternal lineages via their Y chromosomes. We used highly sensitive computational methods to dive into the dogs’ and wolves’ nuclear genomes – that is, the genetic material contained in their cells’ nuclei.

We found the presence of wild wolf genes in most dog genomes and the presence of dog genes in about half of wild wolf genomes. The sign of the wolf was small but it was there, in the form of tiny, almost imperceptible chunks of continuous wolf DNA in dogs’ chromosomes. About two-thirds of breed dogs in our sample had wolf genes from crossbreeding that took place roughly 800 generations ago, on average.

While our results showed that larger, working dogs – such as sled dogs and large guardian dogs that protect livestock – generally have more wolf ancestry, the patterns aren’t universal. Some massive breeds such as the St. Bernard completely lack wolf DNA, but the tiny Chihuahua retains detectable wolf ancestry at 0.2% of its genome. Terriers and scent hounds typically fall at the low end of the spectrum for wolf genes.

a dog curled up on the sidewalk in a town
A street – or free-ranging – dog in Tbilisi, Georgia.
Alexkom000/Wikimedia Commons, CC BY

We were surprised that every single village dog we tested had pieces of wolf DNA in their genomes. Why would this be the case? Village dogs are free-living animals that make up about half the world’s dogs. Their lives can be tough, with short life expectancy and high infant mortality. Village dogs are also associated with pathogenic diseases, including rabies and canine distemper, making them a public health concern.

More often than predicted by chance, the stretches of wolf DNA we found in village dog genomes contained genes related to olfactory receptors. We imagine that olfactory abilities influenced by wolf genes may have helped these free-living dogs survive in harsh, volatile environments.

The intertwining of dogs and wolves

Because dogs evolved from wolves, all of dogs’ DNA is originally wolf DNA. So when we’re talking about the small pieces of wolf DNA in dog genomes, we’re not referring to that original wolf gene pool that’s been kicking around over the past 20,000 years, but rather evidence for dogs and wolves continuing to interbreed much later in time.

A wolf-dog hybrid with one of each kind of parent would carry 50% dog and 50% wolf DNA. If that hybrid then lived and mated with dogs, its offspring would be 25% wolf, and so on, until we see only small snippets of wolf DNA present.

The situation is similar to one in human genomes: Neanderthals and humans share a common ancestor around half a million years ago. However, Neanderthals and our species, Homo sapiens, also overlapped and interbred in Eurasia as recently as a few thousand generations ago, shortly before Neanderthals disappeared. Scientists can spot the small pieces of Neanderthal DNA in most living humans in the same way we can see wolf genes within most dogs.

two small tan dogs walking on pavement on a double lead leash
Even tiny chihuahuas contain a little wolf within their doggy DNA.
Westend61 via Getty Images

Our study updates the previously held belief that hybridization between dogs and wolves is rare; interactions between these two species do have visible genetic traces. Hybridization with free-roaming dogs is considered a threat to conservation efforts of endangered wolves, including Iberian, Italian and Himalayan wolves. However, there also is evidence that dog-wolf mixing might confer genetic advantages to wolves as they adapt to environments that are increasingly shaped by humans.

Though dogs evolved as human companions, wolves have served as their genetic lifeline. When dogs encountered evolutionary challenges such as how to survive harsh climates, scavenge for food in the streets or guard livestock, it appears they’ve been able to tap into wolf ancestry as part of their evolutionary survival kit.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Thousands of genomes reveal the wild wolf genes in most dogs’ DNA – https://theconversation.com/thousands-of-genomes-reveal-the-wild-wolf-genes-in-most-dogs-dna-261897

Comment Téhéran a transformé une défaite militaire en victoire symbolique

Source: The Conversation – in French – By Hanieh ZIaei, Politologue spécialiste du monde iranien et chercheuse en résidence au CÉRIUM, Université de Montréal

La guerre des douze jours, qui a opposé Israël à la République islamique d’Iran en juin dernier, n’était pas seulement un conflit militaire limité ou une opération dite « ciblée ». Elle a surtout servi de levier de propagande pour Téhéran.

Le conflit a éclaté dans la nuit du 12 au 13 juin, lorsque des frappes israéliennes coordonnées ont surpris Téhéran en visant plusieurs sites militaires, nucléaires et scientifiques. La rapidité et la précision de l’opération ont marqué les observateurs internationaux, avant que la République islamique d’Iran ne réplique par des missiles et des drones, et qu’un cessez-le-feu fragile soit instauré le 24 juin.

Sous l’ancien régime iranien, Israël était considéré comme un allié stratégique. Depuis la révolution islamique de 1979, l’État hébreu n’a jamais été reconnu et a été qualifié de « petit Satan » par l’ayatollah Khomeini. L’Iran considère la création d’Israël comme un acte de colonialisme sur une terre musulmane ; depuis lors, le discours officiel nie la légitimité de cet État en terre d’islam.

En tant que politologue chercheure en résidence au CÉRIUM de l’Université de Montréal, de même que chercheure associée à l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à la chaire Raoul-Dandurand (UQAM), je m’intéresse à l’histoire, la politique et la société de l’Iran contemporain.




À lire aussi :
Le corps des femmes iraniennes devient un champ de bataille


La guerre comme levier de propagande

Ce conflit a offert au régime iranien une occasion de réactiver et de remodeler sa propagande idéologico-politique, en alliant posture victimaire et exaltation d’une fierté nationale puisée dans la mémoire historique et préislamique du pays. Dès le déclenchement des hostilités, les autorités ont adopté un double récit : celui de la victime agressée par Israël et les États-Unis, ses deux ennemis historiques, et celui du gardien de l’intégrité nationale.

Cette stratégie s’inscrit dans une continuité : depuis 1979, la République islamique a toujours instrumentalisé les conflits extérieurs pour consolider sa légitimité interne et revitaliser un discours religieux en perte de souffle.

Dans les médias d’État, Israël est dépeint comme l’agresseur violant le droit international, alors que l’Iran s’est lui-même affranchi de ces normes à plusieurs reprises, notamment lors de la prise d’otages à l’ambassade américaine en 1979 et le non-respect de conventions internationales telles que la Convention de Genève.

Cette rhétorique d’inversion morale renforce l’image d’un Iran « assiégé mais résistant ». Les civils et les sites nucléaires frappés deviennent des symboles de courage et moins de martyre. Le régime reconnaît les dégâts matériels, mais transforme la survie nationale en victoire symbolique : Israël et les États-Unis ont frappé, mais l’Iran, « grande nation résistante », est resté debout.

Fait significatif, le Guide suprême ne parle plus seulement de la « République islamique », mais de l’Iran en tant que civilisation millénaire. Le vocabulaire change : les références à la grandeur perse, aux symboles préislamiques et à la continuité historique du pays remplacent progressivement les slogans religieux. Cette mutation révèle une stratégie claire : nourrir la fibre nationaliste face à l’épuisement idéologique du discours théologique après plus de quatre décennies.

La guerre a également permis au régime de justifier une intensification de la répression intérieure, sous couvert de sécurité nationale. L’arrestation de prétendus « espions » ou « agents sionistes » est présentée non comme une faiblesse sécuritaire, mais comme la preuve de la puissance de l’ennemi et du courage iranien face à lui. Cette rhétorique de l’espionnage, déjà utilisée depuis la révolution de 1979, est amplifiée : toute forme de dissidence devient trahison et peut être condamnée à mort, transformant la peur en outil de contrôle interne.

La cause palestinienne comme vitrine extérieure

La propagande de la République islamique ne se limite pas à un usage interne : elle vise également à mobiliser l’opinion publique arabe et internationale. Lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025, le président iranien, Masoud Pezeshkian, a affirmé que la République islamique d’Iran se positionne comme le défenseur du peuple palestinien et le soutien stratégique du Hamas.

Le régime cherche ainsi à présenter sa politique étrangère comme légitime, humanitaire et anticoloniale. Cette narration s’inscrit dans la consolidation de l’« axe de la résistance », une alliance politico-militaire regroupant le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et plusieurs groupes palestiniens, tous unis par l’opposition à Israël et à l’influence américaine au Moyen-Orient.

En s’érigeant en chef de file de cette coalition, la République islamique renforce son poids régional, séduit certains mouvements de gauche internationaux et justifie son soutien matériel et financier au Hamas, notamment depuis les attaques du 7 octobre 2023, présentées comme une prolongation des luttes anticoloniales.

Malgré les pertes subies, le conflit a offert au régime un levier idéologique majeur. Il permet de resserrer le contrôle interne, de réactiver le nationalisme, et de se présenter comme un rempart face aux menaces extérieures. La peur devient un ciment social ; la résistance, un impératif moral. Ce faisant, la guerre ravive une légitimité fragilisée et offre au pouvoir un récit héroïque : celui d’une nation assiégée mais indestructible.

Israël, les États-Unis et la logique de la survie hégémonique

Du côté israélien, la guerre est présentée comme un impératif de sécurité nationale : protéger les citoyens et neutraliser les menaces balistiques iraniennes légitime, selon Israël, les frappes contre Téhéran. Pourtant, cette logique de survie crée un paradoxe : elle nourrit un cycle de représailles sans fin, accélère la course à l’armement et accentue l’instabilité régionale. La démonstration de force se transforme alors en démonstration de vulnérabilité.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Pour Washington, ce conflit constitue également une scène de démonstration, celle de sa puissance militaire et de sa capacité de dissuasion. En rappelant sa suprématie, les États-Unis cherchent à contenir les ambitions régionales et à préserver leur rôle d’arbitre hégémonique au Moyen-Orient. Mais cette stratégie a un coût : l’espace du dialogue diplomatique s’amenuise, le droit international s’effrite, et les populations civiles deviennent les premières victimes d’un affrontement d’influences où la logique de puissance l’emporte sur celle de la paix.




À lire aussi :
Le régime iranien est un apartheid des genres. Il faut le dénoncer comme tel


Propagande, nationalisme et légitimation

La guerre des douze jours met en lumière la centralité du nationalisme iranien comme instrument idéologique. À mesure que les symboles religieux perdent de leur pouvoir de mobilisation, le régime réactive les mythes de la grandeur perse et de la continuité civilisationnelle pour consolider l’adhésion populaire. La République islamique se redéfinit ainsi comme nation éternelle, substituant au vocabulaire religieux celui de la fierté nationale et de la résistance patriotique. Les martyrs, hier sanctifiés au nom de la foi, le sont désormais au nom de la patrie.

Cette guerre démontre que, dans la région, la force et la propagande demeurent des leviers essentiels de survie politique, mais au prix des populations civiles. Comme l’écrivait Leo Tolstoï dans Guerre et Paix, « l’histoire des peuples est écrasée par les ambitions des puissants ».

La paix véritable ne naîtra ni de la dissuasion militaire ni de la rhétorique victimaire, mais d’une diplomatie fondée sur la reconnaissance mutuelle, la justice et le respect du droit international. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, le cycle de la violence continuera d’être instrumentalisé par des régimes qui transforment la guerre en outil de légitimation et de survie existentielle.

La Conversation Canada

Hanieh ZIaei ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment Téhéran a transformé une défaite militaire en victoire symbolique – https://theconversation.com/comment-teheran-a-transforme-une-defaite-militaire-en-victoire-symbolique-269994

Las matemáticas, desde el País de las Maravillas a la inteligencia artificial

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mª Pilar Vélez Melón, Profesora, Directora del departamento de Matemáticas y Física, IP del grupo Matemáticas y sus aplicaciones, Universidad Nebrija

Alicia con el gato de Cheshire, en un fragmento de la película de Disney (1951). Disney.

Alicia sigue al conejo blanco y cae en la penumbra de la madriguera, sin saber qué le espera al final de aquel abismo. Esta imagen se ha convertido en un símbolo universal: la curiosidad que empuja más allá del sentido común, el impulso de quien se atreve a mirar lo desconocido. En el siglo XIX, cuando Lewis Carroll escribió Alicia en el país de las maravillas, el mundo también caía por su propia madriguera. Los grandes avances científicos generaron la revolución industrial que transformaría la propia ciencia, y también la sociedad. La máquina empezaba a disputarle espacio al pensamiento humano.

Una de las páginas del manuscrito de Alice in Wonderland, que Lewis Carroll presentó a Alice Liddell en 1864. Se conserva en la Biblioteca Británica.
Lewis Carroll.

Entre la razón y el absurdo

Lewis Carroll –seudónimo de Charles Lutwidge Dodgson– fue, antes que escritor, profesor de Matemáticas en la Inglaterra victoriana. Su obra Alicia en el País de las Maravillas está llena de elementos matemáticos camuflados tras juegos de palabras y situaciones absurdas.

La caída interminable de Alicia por la madriguera evoca el concepto de límite clave del cálculo diferencial, mientras que los cambios abruptos de tamaño y forma que experimenta la protagonista evocan incongruencias de proporcionalidad y escala, no presentes en la geometría clásica. Alicia también recita tablas de multiplicar imposibles (“cuatro por seis son trece”) que solo tienen sentido en sistemas de numeración no decimal.

El siglo XIX fue un período de avances matemáticos fundamentales con la creación de la geometría no euclidiana de Nikolai Lobachevsky y Farkas Bolyai, el desarrollo del álgebra abstracta y la teoría de conjuntos infinitos de Cantor. Además, el cálculo diferencial se sistematizó gracias a matemáticos como Cauchy, Riemann y Weierstrass, y se introdujeron conceptos clave como el álgebra de Boole. Estos avances marcaron un antes y un después, separaron las matemáticas de la intuición física y sentaron las bases para la disciplina moderna.

En este contexto, la historia de Alicia es un ejercicio literario y matemático en el que las reglas pueden cambiar sin aviso, imitando el proceso de descubrimiento: avanzar por un camino incierto, donde cada nuevo paso obliga a replantearse los supuestos previos. Melanie Bayley, en su análisis para la revista New Scientist, sostiene que Carroll no solo jugaba con paradojas: lanzaba una crítica velada a la “modernidad matemática” que, para muchos, era tan inquietante como la Reina de Corazones gritando “¡Que le corten la cabeza!”.

Ilustración de John Tenniel del Rey y la Reina de Corazones en el juicio de la Sota de Corazones. (London: Macmillan and Co. 1890).
John Tenniel.

La crítica no era trivial. ¿Cómo aceptar que un concepto abstracto pudiera tener aplicaciones reales? ¿Cómo confiar en geometrías que negaban la intuición del espacio? Carroll convirtió de forma magistral esa tensión en literatura: el sinsentido del País de las Maravillas reflejaba el desconcierto ante una ciencia que parecía perder el suelo firme de la lógica clásica.

Números imaginarios y cuaterniones

Durante siglos, los matemáticos creyeron que un número negativo no podía tener raíz cuadrada. Durante el Renacimiento, matemáticos italianos como Rafael Bombelli proponen las raíces cuadradas de números negativos en la resolución de ecuaciones cúbicas, aunque por mucho tiempo la idea fue vista con escepticismo, pues parecía contradecir las reglas de la naturaleza.

A finales del siglo XVIII y principios del XIX, la unidad imaginaria, i, fue definida por Leonhard Euler y formalizada por Carl Friedrich Gauss como la raíz cuadrada de -1. Esto permitía extender el campo numérico y trabajar con los llamados números complejos o imaginarios. Si bien el propio Gauss expresó ciertas dudas en sus escritos de finales del siglo XVIII, su tratado posterior sobre números complejos estableció en gran medida la notación y la terminología modernas.

Carl Friedrich Gauss (1777-1855).
Jensen.

En 1843, William Rowan Hamilton, buscando extender los números complejos a un número mayor de dimensiones, introdujo unos objetos matemáticos que describen las rotaciones en un espacio tridimensional: los cuaterniones. Volviendo a Alicia: en la fiesta del té del Sombrerero Loco, falta un invitado, el Tiempo, por lo que pasan el resto del día girando y girando. Este pasaje es una parodia sobre las propiedades de los cuaterniones.

Los números imaginarios y los cuaterniones abrieron las puertas a campos que serían fundamentales para el avance tecnológico de los siglos XX y XXI, como la física cuántica, la ingeniería eléctrica y el control de sistemas.

Se trata de un patrón que se repite en a lo largo de la historia: todo avance matemático que ha implicado un cambio de perspectiva genera resistencias, pero acaba revelando su utilidad en avances tecnológicos y sociales disruptivos. Carroll lo expresó en clave poética: “quien deja de preguntarse, deja de crecer”. La historia demuestra que la curiosidad –esa chispa que llevó a Alicia a seguir al conejo– es tanto la semilla del progreso como de la incertidumbre.

Al otro lado del espejo: la inteligencia artificial

A través del espejo, la segunda parte de las aventuras de Alicia, sitúa a la protagonista al otro lado de una superficie aparentemente sólida para ingresar a un mundo donde las reglas se invierten. Hoy, la tecnología nos enfrenta a una experiencia semejante.

Página de A través del espejo y lo que Alicia encontró allí (1871).
John Tenniel.

La inteligencia artificial es quizá el espejo más inquietante de todos. Nació del deseo de entender cómo piensa el ser humano, pero empieza a desarrollar lógicas propias. Modelos capaces de aprender, crear imágenes o redactar textos se multiplican con una rapidez que pocos imaginaban. El asombro inicial ha dado paso a la incertidumbre: ¿qué veremos cuando el espejo nos devuelva una imagen más persuasiva que la realidad misma?

En este juego especular, las preguntas filosóficas y éticas regresan con la fuerza de las paradojas de Carroll. Si una máquina puede escribir un poema convincente o resolver un teorema, ¿dónde comienza y termina la creatividad humana? ¿Seguimos al conejo blanco por curiosidad o porque el algoritmo nos empuja a hacerlo?

Porque, como diría el Gato de Cheshire: “Si no sabes a dónde vas, cualquier camino te llevará allí”. Y en ciencia, ese camino suele empezar con una caída libre… hacia el futuro.

The Conversation

Mª Pilar Vélez Melón no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Las matemáticas, desde el País de las Maravillas a la inteligencia artificial – https://theconversation.com/las-matematicas-desde-el-pais-de-las-maravillas-a-la-inteligencia-artificial-268522

Así fortalece el ejercicio físico el poder de nuestro sistema inmune contra el cáncer

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alejandro Lucía Mulas, Catedrático de Fisiología del Ejercicio, Universidad Europea

BearFotos/Shutterstock

Alrededor de la mitad de todas las muertes por cáncer podrían prevenirse modificando los factores de riesgo relacionados con el estilo de vida y el medio ambiente. A este respecto, la inactividad física –que está alcanzado proporciones de pandemia– es un condicionante clave, mientras que la actividad regular se vincula con menos incidencia, recurrencia y mortalidad de la enfermedad en adultos. Además, es una asociación independiente de factores de riesgo conocidos como el tabaquismo o la obesidad.

Primeras evidencias

Hace bastante tiempo que la comunidad científica sigue la pista a esas cualidades benéficas del ejercicio. Ya en 1921, Ivar Sivertsen y A. W. Dahlstrom postularon un efecto preventivo de la “actividad muscular” frente al desarrollo de tumores. Basaron su teoría en la observación de que la incidencia de carcinomas era mayor en granjeros norteamericanos ya jubilados y con un estilo de vida sedentario en comparación con sus coetáneos que permanecían físicamente activos hasta los setenta u ochenta años.

Además, los científicos observaron que los carcinomas rara vez se desarrollan en animales con altos niveles de actividad espontánea; por ejemplo, peces en libertad en comparación con peces de piscifactoría, o ratones frente a humanos.

De todos modos, en el siglo pasado aún no se contemplaba si tales efectos estaban vinculados a la función del sistema inmune, a pesar de que ya se había documentado en el maratón de Boston de 1902 el fenómeno de leucocitosis (proliferación de leucocitos o glóbulos blancos, células fundamentales de nuestras defensas) inducida por el ejercicio.

También se conocía el fenómeno de la inmunovigilancia, o sea, la capacidad del sistema inmunitario para detectar las células tumorales y destruirlas: Rudolf Virchow identificó en 1863 que los tumores a menudo estaban infiltrados por leucocitos, mientras que William Coley (considerado como “el padre de la inmunoterapia”) había intentado “condicionar” o sensibilizar el sistema inmunitario de sus pacientes, a través de la exposición a toxinas bacterianas, para tratar el cáncer en 1891.

Pero ¿qué sabemos hoy al respecto?

Un torrente de moléculas activado por los músculos

En primer lugar, tenemos que fijarnos en las propiedades fisiológicas del músculo esquelético (el que usamos cuando nos movemos), ya que este actúa, en cierta medida, como un órgano endocrino que libera decenas de moléculas señalizadoras al torrente sanguíneo. Incluyen principalmente proteínas o pequeños péptidos –por ejemplo, citocinas como la interleucina-6 (IL-6), IL-7, o IL-15–, ácidos nucleicos, lípidos y metabolitos como el lactato. Estas moléculas, que se denominan colectivamente “miocinas”, pueden circular libremente o viajar empaquetadas en unas vesículas microscópicas llamadas exosomas.

Además de ejercer funciones saludables a nivel metabólico y multisistémico (por ejemplo, mejoras en el control de la glucemia o en la quema de grasas), las miocinas producen efectos específicos sobre el sistema inmunológico. Por ejemplo, el músculo en contracción libera IL-6, que aumenta de manera exponencial con la intensidad y la duración del esfuerzo: de hecho, puede alcanzar un incremento de aproximadamente 100 veces sobre los niveles circulantes normales.

Aunque la IL-6 procedente de otras fuentes –como las células inmunitarias– tiene un papel sobre todo proinflamatorio, cuando se libera en el contexto del ejercicio provoca lo contrario: un efecto antiinflamatorio generalizado. Esto ocurre especialmente al inducir la liberación de otras citocinas con propiedades antiinflamatorias (IL-1RA o IL-10) y, a su vez, disminuir los niveles del factor de necrosis tumoral, que es una citocina con una potente función proinflamatoria.

Además, la IL-6 generada por el ejercicio puede unirse a los linfocitos con mayor capacidad para matar tumores –las células natural killer (NK)– y estimular su migración hacia esos tumores. Así lo demostró un grupo escandinavo en 2016, en un trabajo con ratones que dio la vuelta al mundo. Como en general las células NK infiltran muy poco los tumores, estos hallazgos eran prometedores.

El poder del ejercicio intenso y regular

Es importante señalar la importancia de la intensidad con que nos movemos. En los humanos, cada episodio “agudo” de ejercicio (caminar rápido, correr, pedalear, nadar…) de al menos 20 minutos de duración induce un considerable aumento transitorio de linfocitos. Afecta sobre todo a las células con un mayor número de receptores para la adrenalina –la hormona y neurotransmisor del estrés agudo–, que son precisamente aquellas con más capacidad de eliminar células tumorales: células NK, CD8+T y γδT, así como neutrófilos.

En suma, practicar ejercicio de manera intensa y con frecuencia produce dos efectos interesantes: la liberación regular de miocinas antiinflamatorias –hoy sabemos que la inflamación crónica es un sustrato de muchos tipos de cáncer en adultos– y un aumento de la infiltración de células inmunes en tumores. Esto último se ha demostrado, por ejemplo, en pacientes con cáncer de próstata (células NK) o de páncreas (células CD8+T).

Nuestros hallazgos

Además, a lo largo de dos décadas de investigación conjunta en la sección de Oncohematología del Hospital Infantil Universitario Niño Jesús y la Universidad Europea de Madrid, los autores de este artículo también hemos observado los efectos positivos de la actividad física en niños con cáncer.

Así, hemos mostrado cómo el ejercicio realizado en el hospital acelera la reconstitución de las llamadas células dendríticas (que estimulan la respuesta inmune) en niños que reciben un trasplante de médula ósea. Adicionalmente, el ejercicio puede disminuir el riesgo de infecciones a posteriori y mitigar los efectos debilitantes de la quimioterapia sobre la capacidad física.

Por otra parte, ratones con neuroblastoma de alto riesgo –uno de los tumores pediátricos más agresivos– que realizaron ejercicio en cinta rodante experimentaron un aumento de los infiltrados de células inmunes en el tumor. Este incremento afectó, sobre todo, a células mieloides, es decir, las citadas células dendríticas y los macrófagos M2, que parecen tener una acción antitumoral, al menos en modelos animales.

En resumen, no faltan las pruebas de que el ejercicio es un gran aliado para fortalecer y estimular la acción del sistema inmune contra el cáncer, tanto en niños como en adultos.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Así fortalece el ejercicio físico el poder de nuestro sistema inmune contra el cáncer – https://theconversation.com/asi-fortalece-el-ejercicio-fisico-el-poder-de-nuestro-sistema-inmune-contra-el-cancer-269012

Rafael Yuste: “Nos hallamos al comienzo de una revolución darwiniana de la neurociencia”

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pablo Colado, Redactor jefe / Editor de Salud y Medicina, The Conversation

Director del Centro de Neurotecnología de la Universidad de Columbia e ideador de la iniciativa BRAIN, Rafael Yuste (Madrid, 1963) es actualmente una de las figuras más respetadas de la neurociencia. Entre sus múltiples facetas está la de divulgador, como demuestra con maestría en su libro El cerebro, el teatro del mundo (Paidós, 2024). Además, lidera la defensa de los neuroderechos, es decir, la protección legal y ética de la privacidad de la mente humana frente a dispositivos que ya son capaces de descodificar y almacenar nuestros pensamientos más íntimos.

En su último libro no deja de manifestar asombro por ese pedazo de materia, apenas kilo y medio de masa gelatinosa, que llamamos cerebro. ¿Es de verdad algo tan excepcional en la naturaleza?

Se trata posiblemente del sistema biológico más complejo que existe. La biología es algo todavía misterioso, inexplicable: ¿cómo se desarrolla la vida y cómo se autofabrican los animales? Y de todo esto surge el sistema nervioso, una red de neuronas de cifras astronómicas que forman un trillón de conexiones, más que todo el internet de la Tierra. Que la mente surja de esa maraña, me parece una cosa absolutamente increíble. Es justo decir que es el pedazo de materia conocida más asombroso del cosmos.

¿Y en qué estado del conocimiento del cerebro nos encontramos? ¿Todavía tiene que llegar una revolución como la de Darwin en la evolución, o como la de Einstein en la física, para comprender de verdad cómo funciona?

Justamente nos hallamos al comienzo de una revolución darwiniana en la neurociencia. Llevamos más de 100 años, desde los tiempos de Santiago Ramón y Cajal, destripando cerebros y estudiándolos neurona a neurona. Hemos aprendido muchísimas cosas en el último siglo sobre cómo funcionan las neuronas individualmente, de qué están compuestas, qué tipo de proteínas tienen… Yo diría que hemos acumulado un conocimiento bastante grande a nivel molecular y celular. Pero la pieza que falta es saber qué ocurre cuando esas neuronas se conectan entre sí en redes neuronales.

No obstante, ya se adivina lo que puede ser una teoría general del cerebro. Gracias a ella, de repente, empiezan a encajar todas las piezas que estaban sueltas y podemos vislumbrar cómo funciona ese órgano, cuál es su objetivo y qué papel juega cada una de sus partes y cada una de sus neuronas. De ahí que estemos viviendo un momento tan excepcional en la historia de la neurociencia.

Kant señaló que la razón humana está destinada a afrontar preguntas que no puede ignorar, pero que tampoco puede responder. ¿Es el misterio de la conciencia una de esas preguntas que no se pueden contestar? ¿O no hay nada que se le pueda resistir a la ciencia?

Yo creo que la conciencia será entendible científicamente. Empieza a aparecer alguna teoría con visos de explicarla. Simplemente se trata de otra consecuencia del funcionamiento del sistema nervioso como redes neuronales.

Según mi hipótesis del “teatro del mundo”, el cerebro genera un modelo mental donde cada persona y cada elemento presente en nuestra vida existen también mentalmente, con un grupo de neuronas que los representan. Es bastante “de cajón” que uno de esos elementos sea la propia persona o el propio animal. Si entendemos así el funcionamiento del cerebro, la conciencia sería simplemente la existencia del personaje dentro del modelo del mundo que nos representa a nosotros mismos.

Otro tema de debate “caliente” que involucra actualmente a neurocientíficos y filósofos es el del libre albedrío. Algunos de sus colegas, como Robert Sapolsky, niegan incluso que exista. ¿Cuál es su postura al respecto?

Yo propondría que lo que llamamos libre albedrío o libertad de elección es la consecuencia de un montón de circuitos cerebrales que se involucran en ese tipo de decisiones. La mayor parte del procesamiento de la información es inconsciente; solo somos conscientes de una parte muy pequeña de lo que ocurre en nuestro cerebro. Cuando este toma una decisión, en realidad, somos nosotros los que hacemos esa elección y, de repente, se hace consciente.

Aunque en ese momento pensamos que hemos tomado la decisión libremente, desde cierto punto de vista ha sido determinada por todo el proceso que tenemos en la cabeza. Y, a la vez, no es algo impuesto desde fuera, porque lo hemos escogido nosotros. O sea, yo diría que nos hallamos más bien ante un problema de terminología: lo que llamamos en el lenguaje cotidiano “libre albedrío” es un asunto mucho más complejo que refleja todo un procesamiento, sobre todo en las áreas corticales frontales.

En el lenguaje ordinario, por ejemplo, utilizamos palabras que nos sirven como comodín para describir cosas que no entendemos bien. Luego, cuando las descifra la ciencia, nos damos cuenta de que esas palabras distan de ser exactas. Yo creo que al libre albedrío le ocurrirá algo parecido: en el futuro describiremos cómo tomamos las decisiones de una manera mucho más precisa y rigurosa y no habrá malentendidos.

Según su hipótesis del teatro, el cerebro solo representa una parte de la realidad con el fin de maximizar nuestras probabilidades de sobrevivir y reproducirnos. Por ejemplo, ha escrito: “Lo que percibimos no es lo que existe, sino lo que nuestro cerebro piensa que existe”. ¿No produce un poco de vértigo existencial?

Sí, parece muy paradójico porque nosotros vivimos creyendo que somos parte de una realidad que existe ahí fuera. Precisamente, fue Kant quien planteó la noción revolucionaria de que creamos la realidad en nuestra mente. En vez de decir que la mente humana refleja el mundo, el exterior, Kant propuso lo contrario: que el exterior refleja la mente. Gracias a la neurociencia moderna, sobre todo los estudios de la actividad cerebral espontánea, estamos encontrando cada vez más datos que confirman las hipótesis kantianas.

No solo los filósofos, sino también los neurobiólogos y los psicólogos nos hemos dado cuenta de que muchas percepciones sensoriales del día a día son difíciles de explicar, a no ser que estemos generando la realidad internamente.

Sería el caso de los sueños, las alucinaciones…

Esos son ejemplos muy dramáticos. La gente puede decir: “Bueno, ya, pero la mayor parte del tiempo no estamos soñando o alucinando”. Yo pongo el ejemplo del punto ciego de la retina. Hay una parte del ojo que no recibe información visual del exterior, pero cuando miramos algo, ese “agujero negro” se rellena con lo que hay a su alrededor. Muchas otras situaciones estudiadas por los neurobiólogos también demuestran cómo las percepciones auditivas, olfativas, táctiles o gustativas, así como la sensación de dolor, se generan internamente.

Usted afirma también que estamos finamente programados para identificar y reaccionar a los cambios, a las novedades. ¿Son de algún modo los algoritmos de las redes sociales un mecanismo sofisticado para manipular esa capacidad?

Sí, yo creo que hay algo de esto. Para mantener bien ajustado su modelo del mundo, para que este sea riguroso y encaje perfectamente con la realidad exterior, nuestro cerebro tiene que estar retocándolo continuamente. Porque si no lo hiciera, estaríamos abocados al fracaso evolutivo. A la evolución le interesa que nuestro modelo del mundo esté siempre al día. Y lo logramos, igual que sucede en ingeniería, con un algoritmo que ajusta los errores en nuestras predicciones de lo que va a ocurrir. Estamos haciendo predicciones continuamente.

Por eso somos hipersensibles al cambio, que puede definirse como algo que no hemos previsto. En este sentido, hay situaciones increíbles. Si exponemos a un paciente anestesiado a una estimulación sensorial (por ejemplo, auditiva) y medimos su actividad cerebral, cuando dicha estimulación cambia, comprobaremos que su cerebro lo ha detectado. Somos una especie volcada hacia la novedad. Y las redes sociales lo explotan utilizando probablemente los mismos mecanismos cerebrales que las personas usamos para ajustar el modelo del mundo.

Hace 10 años experimentó lo que usted ha llamado “momento Oppenheimer”, ¿podría explicarnos en qué consistió esa revelación?

Ocurrió cuando intentábamos probar experimentalmente en el laboratorio de Nueva York la hipótesis de que el cerebro es “el teatro del mundo”. En primer lugar, enseñamos un objeto a un ratón e identificamos el grupo de neuronas de su corteza visual que se activaba cuando lo observaba. Después, activamos las mismas neuronas sin mostrarle nada y el animal se empezó a comportar como si estuviese viendo ese objeto externo.

A mi entender, ha sido una de las demostraciones más nítidas de la hipótesis del teatro del mundo y de la idea kantiana de que la realidad exterior se construye internamente. Desde el punto de vista de la neurociencia, fue un día feliz, porque pusimos el ladrillito crítico en el edificio de una nueva teoría para comprender cómo funciona el cerebro. También lo fue desde el punto de vista clínico, ya que al activar esas neuronas en el cerebro del ratón, estábamos generando una alucinación, uno de los síntomas más notorios de la esquizofrenia. Es interesantísimo poder hacer eso, porque una vez que generas alucinaciones en el cerebro de un animal, puedes estudiarlas e intentar prevenirlas.

Retrato de Rafael Yuste.
Rafael Yuste es presidente de la Fundación de Neuroderechos.
Javier Arias

Sin embargo, esa noche no pude dormir porque también caí en la cuenta de las consecuencias técnicas y sociales del descubrimiento. Al generar percepciones falsas en el cerebro de animales, estábamos abriendo la puerta a la posibilidad de manipular el cerebro humano y manejar el comportamiento de las personas. O sea, me ocurrió un poco lo mismo que narra la película Oppenheimer, cuando este, al encender el reactor nuclear, se da cuenta de los potenciales efectos nefastos de la tecnología que habían creado. Y es una puerta que ya no se puede cerrar.

Desde entonces, estoy involucrado en lo que llamamos neuroderechos, que consiste en generar una serie de reglas jurídicas y éticas para prevenir la manipulación y descodificación de la actividad cerebral. El objetivo es que la neurotecnología se utilice para el bien común por razones científicas y médicas, siempre respetando los derechos humanos.

¿Y qué tipo de tecnología tiene mayor potencial de vulnerar esos neuroderechos? ¿Con qué dispositivos o intervenciones debemos estar más atentos?

Actualmente, el problema más urgente tiene que ver con la privacidad mental. La neurotecnología y la inteligencia artificial se han desarrollado con muchísima rapidez y, cuando ambas se conjugan, permiten descifrar aspectos muy personales de la actividad cerebral. Por ejemplo, las palabras que conjuramos en la mente, las imágenes, las emociones… Incluso, se han podido descifrar los gestos faciales.

Esto ya se aplica en la clínica, por buenas razones. Por ejemplo, la neurotecnología ha descodificado las palabras formadas en la mente de pacientes completamente paralizados, lo que ha permitido que se comuniquen con el exterior. Ahora se empiezan a vender dispositivos no implantables, como cascos o diademas, que pueden medir la actividad cerebral de una manera eléctrica, como lo hace un electroencefalograma, y traducir las palabras que las personas generan internamente en su mente. Es algo muy positivo y, al mismo tiempo, muy preocupante, porque las compañías que empiezan a vender estos dispositivos de neurotecnología portátil no están reguladas en absoluto.

La Fundación de Neuroderechos, que dirijo, llevó a cabo un estudio, publicado hace más de un año, sobre 30 compañías de neurotecnología comercial. Todas ellas acaparan los datos neuronales del consumidor y la mayoría los venden a terceras partes. Ahora estamos involucrados en una campaña global para prevenir esta hemorragia de datos neuronales, porque nos parece que la privacidad mental de las personas tiene que ser un derecho humano básico.

Ya hay seis lugares del mundo donde la actividad cerebral está protegida legalmente: Chile, el estado de Río Grande del Sur de Brasil y los estados de California, Colorado, Montana y Connecticut en Estados Unidos. ¿Cree que existe realmente concienciación pública y voluntad política para que se extienda el establecimiento de marcos jurídicos y el reconocimiento de estos nuevos derechos humanos?

De hecho, todas esas regulaciones han sido aprobadas por unanimidad y de manera transversal. Cuando la gente entiende lo que está en juego, es muy fácil convencer a los representantes de los ciudadanos, a los diputados, senadores o gobernadores para que se involucren. La cuestión es correr la voz, contar las cosas o aprovechar entrevistas como esta para explicar a la gente que es una situación urgente.

Por otra parte, hay quien piensa que ya existen regulaciones que nos amparan contra las amenazas derivadas de las neurotecnologías, como el derecho a la libertad de pensamiento, recogido en el artículo 19 del Pacto Internacional de Derechos Civiles y Políticos. Esta postura defiende que no es necesario desarrollar nueva legislación y que, incluso, sería contraproducente. ¿Qué responde a esos reparos?

Creo que es una posición equivocada, basada en el desconocimiento. De hecho, nuestra fundación publicó hace cuatro años un análisis muy extenso sobre todos los tratados internacionales, incluyendo el que has mencionado, con el que demostramos que los neuroderechos no estaban bien protegidos.

Me parece muy arriesgado, incluso poco profesional, decir que todo está atado y bien atado, que las legislaciones son perfectas y no tienen que cambiar nunca. Es bastante lógico pensar que, a la vez que avanzan la ciencia y la tecnología, deben hacerlo las reglas sociales, incluyendo los tratados internacionales de derechos humanos.

Cantabria ha presentado un anteproyecto de salud digital que, entre otras cosas, protegerá neuroderechos y datos generados por el cerebro. ¿Puede convertirse España en la punta de lanza europea en este ámbito?

La idea es esa: que, por un efecto dominó, otros países europeos acaben tomando medidas parecidas. Es lo que está ocurriendo en Estados Unidos, donde actualmente unos diez estados están considerando leyes de datos para proteger la actividad cerebral de las personas.

Dice que el siglo XXI será el de la neurociencia. Afirma que, si descubrimos cómo funciona de verdad el cerebro, eso tendrá repercusiones revolucionarias en la cultura, la educación, la justicia… En el clima, a menudo apocalíptico, que impera, ¿se atreve a ser optimista con el futuro?

Sí, soy optimista. La ciencia y la medicina tienen una hoja de servicios impecable en el pasado. Y el pasado es la mejor predicción del futuro. En mitad de todo este fragor actual, los científicos y los médicos siguen trabajando día tras día, iluminando aspectos de nuestra propia identidad. Creo que el conocimiento es liberador, que despejaremos las telarañas mentales heredadas de los prejuicios de generaciones anteriores.

Yo trabajo con la ilusión de que estos nuevos conocimientos permitan no solo mejorarnos a nosotros mismos mentalmente, sino también como sociedad y como cultura. Puede compararse a lo que ocurrió en el Renacimiento, cuando el conocimiento de la biología, del cuerpo humano y del papel que juega el ser humano en el mundo alumbró una gran revolución en aspectos no solamente científicos, sino también artísticos, culturales, sociales y de organización de los sistemas políticos. Nos hallamos ante una posible nueva revolución comandada por la ciencia y la medicina.


Esta entrevista se publicó originalmente en la Revista Telos de la Fundación Telefónica, y forma parte de un número monográfico dedicado a los derechos digitales.


The Conversation

ref. Rafael Yuste: “Nos hallamos al comienzo de una revolución darwiniana de la neurociencia” – https://theconversation.com/rafael-yuste-nos-hallamos-al-comienzo-de-una-revolucion-darwiniana-de-la-neurociencia-270091

Fuego y patrimonio cultural: ¿cómo conservar lo irremplazable tras un incendio?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mónica Moreno Falcón, Investigadora en Sistemas de Información Geográfica aplicados a la gestión de riesgos en Patrimonio Cultural , Universidad Pablo de Olavide

El Salón Hipóstilo de la Mezquita-Catedral de Córdoba. jmiguel/Shutterstock

España vivió en 2025 un año complicado para el patrimonio cultural. El 8 de agosto, un incendio accidental, al parecer originado por una barredora eléctrica, afectó a la Mezquita-Catedral de Córdoba y dañó varias de sus capillas.

Este suceso fue el cierre de un verano con grandes incendios forestales en el que Galicia, Castilla y León y Extremadura fueron las regiones más afectadas. El fuego arrasó casi 400 000 hectáreas y puso en riesgo pueblos, parajes naturales y culturales. Entre los lugares amenazados estuvieron las Médulas, antiguo complejo minero romano, o la villa de Itálica.

Ocurrencia de incendios en la península ibérica. A) Hectáreas quemadas anualmente. En rojo se muestran los datos del año 2025; B) Áreas afectadas por incendios en 2025. En verde se muestran las áreas afectadas en 2025 y en azul los incendios ocurridos en septiembre; C) Estaciones del año en la que se activaron grandes incendios entre los años 2000 y 2025.
Global Wildfire Information System, CC BY-NC

Estos hechos han reabierto el debate sobre la gestión del patrimonio cultural dañado por el fuego. Hasta ahora, la mayoría de los incendios en bienes culturales tenían un origen interno y eran causados por fallos eléctricos o accidentes dentro de los edificios. Sin embargo, el cambio climático y el aumento de temperaturas y de corredores vegetales entre bosques y ciudades (la llamada interfaz urbano-forestal) están cambiando el escenario.

La ayuda de la ciencia y la tecnología

En este contexto, la ciencia juega un papel fundamental tanto en la prevención como en su recuperación. Cuando un bien cultural sufre un incendio, las decisiones de los restauradores determinan qué se salva y cómo hacerlo. Por eso, necesitan contar con datos científicos que guíen sus intervenciones y eviten nuevos daños.

Para ello, los especialistas recurren cada vez más a técnicas modernas de laboratorio, que evalúan daños con rapidez y exactitud. Su uso permite planificar la restauración y diseñar estrategias que refuercen la resistencia de estos bienes frente a futuros incendios:

  • La microscopía electrónica de barrido (SEM-EDX) es una de las técnicas más usada en restauración. Un haz de electrones incide sobre una micromuestra del bien, lo que permite obtener imágenes de altísima resolución de la superficie y también ver contrastes en escala de grises según el peso atómico de los materiales. Además, con ella también se pueden realizar análisis químicos elementales.

    Todo esto ayuda a conocer la composición de los pigmentos utilizados y las capas de preparación (por ejemplo, si se ha empleado yeso o carbonato). En obras afectadas por incendios muestra daños en la composición e identifica pigmentos y cargas, que han sido alterados por el fuego y han cambiado de color. También permite observar alteraciones provocadas por el fuego como grietas, fisuras y cavidades generadas por la salida de gases.

Muestra de una escultura policromada dañada por un incendio obtenida por SEM-EDX. En la imagen se observan las diferentes capas que conforman la policromía de la obra. De abajo a arriba: capa de preparación y diferentes capas de pintura. En todas estas capas se aprecian los daños generados en forma de cavidades y grietas.
Imagen obtenida en el laboratorio de las autoras.
  • La espectroscopía infrarroja por transformada de Fourier (FTIR) y la espectroscopía Raman son técnicas de análisis molecular en las que se hacen vibrar los enlaces de las moléculas y se registra qué frecuencias se absorben. Así se identifican familias químicas o componentes presentes en las obras de arte. Ambas técnicas son complementarias y permiten identificar aglutinantes, barnices, pigmentos y cargas. Además, cuando estas sustancias se han visto afectadas por altas temperaturas, su estructura puede cambiar y verse en los espectros. Esto ayuda a entender el alcance de los daños.
Espectro obtenido mediante FTIR de una muestra de una escultura policromada. Muestra las bandas asociadas a los grupos funcionales, que permiten identificar los diferentes materiales. Se observa presencia de yeso (preparación), aceite (aglutinante) y blanco de plomo (pigmento).
Imagen obtenida en el laboratorio de las autoras.
  • Las cámaras multiespectrales e hiperespectrales son muy utilizadas para analizar grandes superficies (porque pueden colocarse en drones o satélites) y bienes culturales de diferentes tamaños en laboratorio. Registran la radiación reflejada por la superficie de los materiales en distintas longitudes de onda. Detectan alteraciones invisibles al ojo humano y delimitan con precisión las áreas dañadas.

    Tras un incendio forestal, las cámaras que recogen datos en el infrarrojo cercano diferencian vegetación sana de quemada, ya que las plantas no afectadas reflejan más esta radiación. Para evaluar el grado de los daños, se utiliza el Índice Normalizado de Quemado (NBR) y el dNBR, calculado a partir de imágenes multiespectrales o hiperespectrales antes y después del incendio. Esto permite a los expertos evaluar el impacto del fuego sobre el territorio, guiando en la identificación de las áreas afectadas y su recuperación.

Especialistas y conocimiento científico

Los análisis científicos son herramientas que orientan decisiones críticas. Tras un incendio, los equipos de restauración deben valorar qué materiales pueden estabilizarse, qué intervenciones requieren tratamientos específicos y qué obras, lamentablemente, son irrecuperables.

La información que aportan estas técnicas no evita la pérdida, pero sí reduce el riesgo de agravar daños. Además, sirve para preservar información histórica que de otro modo desaparecería y diseñar estrategias más seguras y efectivas en obras muy delicadas. De este modo, el análisis científico de bienes culturales dañados por el fuego aporta información muy valiosa para su restauración y minimiza riesgos, asegurando su pervivencia en el tiempo.

La tendencia es clara: la ciencia no solo previene, también responde a las emergencias. Este enfoque quedó claro en la restauración de la Catedral de Notre Dame tras el devastador incendio de 2019, donde los trabajos partieron de un sólido respaldo científico. La investigación no fue un lujo sino una necesidad que hizo posible garantizar su recuperación tras el desastre.


Los contenidos del artículo han sido elaborados con la colaboración de David Díaz Jiménez, graduado en Geografía e Historia en la Universidad Pablo de Olavide de Sevilla.

The Conversation

Mónica Moreno Falcón tiene un contrato de investigación posdoctoral asociado al proyecto ATLAS: Studying symbiotic scenarios linking Heritage assets and green areas to prepare Historic Cities to face Climate Changes (PCI2024-153441) financiado por Joint Programming Initiatives Cultural Heritage and Global Change (JPI CH).
Además, recibe fondos para desarrollar su propia línea de investigación del proyecto “La integración de Recursos Satelitales, Sistemas de Información Geográfica y Evaluación Social para minimizar el impacto del Cambio Climático en Centros Históricos” (PPI-2404) financiado por el VI Plan Propio de Investigación y Transferencia 2023-2026 de la Universidad Pablo de Olavide.

Andrea Gil Torrano recibe fondos de FPU (Formación de Profesorado Universitario, financiado por Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades. Convocatoria 2023, Referencia FPU23/02357).

Rocío Ortiz Calderón recibe fondos de Art-Risk Difusión: STEM al servicio del Arte ¿Cómo ayudan las ciencias en una emergencia para salvar obras de Arte en un Museo? (FCT-23-19856) financiado por el Ministerio de Ciencia e Innovación de España.

ref. Fuego y patrimonio cultural: ¿cómo conservar lo irremplazable tras un incendio? – https://theconversation.com/fuego-y-patrimonio-cultural-como-conservar-lo-irremplazable-tras-un-incendio-265417