Incertitudes politiques et débats bioéthiques : les enjeux à venir en 2026

Source: The Conversation – in French – By Katia Andreetti, Anthropologue Ph.D en science politique / Chercheure associée CERSA – Paris II, Université Paris-Panthéon-Assas

Dans un paysage politique recomposé, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) prépare le lancement des États généraux de la bioéthique 2026, avec un calendrier avancé pour précéder le « temps politicien » et un maillage territorial renforcé, notamment pour intégrer davantage les outre-mer. Un moment particulier où vont s’entrelacer enjeux scientifiques, attentes citoyennes et recomposition des équilibres démocratiques.


Dans un contexte institutionnel instable, les futurs États généraux de la bioéthique de 2026 se préparent en coulisses, comme le prévoit l’article 41 de la loi relative à la bioéthique de 2021.

Lors d’un entretien que nous a accordé en juillet 2025, le professeur Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), nous précisait les grandes orientations retenues par les membres du CCNE pour les futurs États généraux : numérique et santé, santé et environnement, examens génétiques et médecine génomique, dons et transplantations, neurosciences, cellules souches et organoïdes, procréation et embryologie, sobriété en médecine, prévention santé dans les outre-mer.

Jean-François Delfraissy a exprimé

« [sa] volonté de structurer davantage les discussions autour des domaines où l’innovation technologique avance le plus vite, notamment en sciences fondamentales ».

Cette analyse s’appuie également sur nos travaux de recherche consacrés à la bioéthique et aux politiques publiques de santé.

Précéder « le temps politicien, avant 2027 »

En vertu de la loi de bioéthique de 2021, cette consultation citoyenne doit précéder la prochaine loi de bioéthique ou survenir dans un délai de cinq ans à compter de la précédente promulgation. Ainsi, entre la rapidité des innovations et les délais des calendriers politiques et juridiques, les dissonances temporelles sont intrinsèques au temps de la bioéthique. Or, celui-ci exige un autre rythme : celui de l’analyse et de la concertation.

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), qui réunit les deux chambres du Parlement, a déjà engagé des échanges préparatoires pour faire un premier bilan de la loi de bioéthique de 2021, en amont de l’ouverture officielle des États généraux. Jean-François Delfraissy et Philippe Berta, auditionné en qualité d’ancien rapporteur de la loi bioéthique 2021, nous l’ont confirmé.

Alors qu’une majorité parlementaire absolue prévalait à cette époque, la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 a entraîné une profonde recomposition de l’échiquier politique. À l’aube des élections municipales de 2026, des présidentielles de 2027 et des législatives anticipées qui devraient s’ensuivre, l’avenir de la loi relative à la bioéthique s’annonce retardé à 2028.

Procréation, neurosciences, vieillissement démographique, volet santé-environnement…

Parmi les questions qui s’annoncent saillantes pour 2026, nous pouvons retenir : la procréation post mortem, les avancées rapides de la génomique et des cellules souches, la xénogreffe, les organoïdes, les neurosciences, mais aussi la santé reproductive ou encore le vieillissement démographique.




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Ces enjeux, identifiés par le CCNE, interrogent la capacité de nos politiques de santé à concilier innovation scientifique, équité sanitaire et solidarité intergénérationnelle.

Nous avons abordé ces thématiques dans notre contribution à l’ouvrage collectif Idées reçues sur l’infertilité (2024), au chapitre « Les pouvoirs publics commencent à s’emparer du sujet ».

Concernant le volet santé-environnement, s’inscrire dans une perspective de One Health, c’est-à-dire de santé globale, suppose de redéfinir le prisme intellectuel et politique qui lui est propre afin de dépasser « l’anthropocentrisme de la bioéthique ». Cette réflexion prolonge les travaux fondateurs d’Aldo Leopold (Almanach d’un comté des sables, 1995) et de Van Rensselaer Potter (Global Bioethics, 1988), précurseur d’une éthique élargie au vivant.

Les crises sanitaires récentes, notamment les zoonoses (ces maladies infectieuses transmissibles à l’humain par l’animal et inversement, ndlr), rappellent que la santé humaine ne peut être pensée isolément de celle des autres espèces et des écosystèmes qui les relient.

La méthode du CCNE : Des consultations citoyennes, au cœur des territoires

Créé en 1983, le CCNE est une instance consultative indépendante chargée d’éclairer les enjeux éthiques issus des progrès biomédicaux et technologiques. Elle veille au respect des libertés, de la dignité humaine et de la protection des plus vulnérables.

Chef d’orchestre de ce moment de démocratie sanitaire et scientifique, le Comité consultatif a perfectionné sa méthode : calendrier anticipé, maillage territorial élargi, formation renforcée.

Grâce aux espaces de réflexion éthiques régionaux (Erer), « Nous avons préparé cela avec beaucoup plus de temps que ce qu’on avait fait qu’à l’époque », souligne Jean-François Delfraissy.

De janvier à avril 2026, environ 300 débats en région seront déployés sur l’ensemble du territoire, y compris dans les outre-mer, assure le président du CCNE :

« Je me suis déplacé à La Réunion et je vais me rendre aux Antilles, pour mener une série de grands débats. Pour la première fois, le CCNE compte parmi ses membres un représentant de l’outre-mer, réanimateur exerçant en Martinique ».

Jean-François Delfraissy le rappelle :

« Il n’y a qu’un tiers de médecins et de scientifiques ; les deux autres tiers sont des juristes, des philosophes et des représentants des citoyens. Nous faisons monter le niveau des membres avec une série de présentations d’experts issus de champs scientifiques. Nous avons commencé cette « formation » de nos membres, par exemple avec Alain Fischer sur les thérapies géniques ou sur les neurosciences ».

Près de 200 auditions seront menées par les membres de l’instance avec le concours inédit du Conseil économique, social et environnemental (CESE). « Nous allons faire un comité citoyen plus fort », affirme le président du CCNE.

Un premier rendu (Bilan des États généraux) sera disponible au début de l’été 2026, puis l’avis du CCNE sera publié à l’automne. Ce grand moment démocratique précède la révision de la loi qui n’aura lieu qu’en 2028 ou 2029, à condition que le futur gouvernement décide de l’inscrire à son agenda politique.

Science, société, politique : temporalités dissonantes

Les États généraux se sont imposés comme de véritables biorituels institutionnalisés. Très attendus par les citoyens, ils ont gagné en solidité, transparence et légitimité.

Suivie de près à l’international, « la bioéthique à la française » est un processus tripartite qui s’articule entre science, société et politique. Ce modèle fait figure d’exception : il exige du collectif, du temps, de la pédagogie et un certain degré de maturité démocratique. Ainsi, consolider la culture scientifique en santé des citoyens et des élus, renforce la démocratie dans son ensemble. Dès lors, les États généraux ne peuvent être réduits à une simple phase consultative. Ils incarnent un espace de recomposition du contrat social sanitaire.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’une démocratie en santé qui, en France, s’affirme comme un espace d’intermédiation entre la société civile, les institutions et les acteurs de santé. Cette conception, développée par Didier Tabuteau, prolonge la reconnaissance du patient-citoyen dont le statut s’est mué, passant de celui de patient à celui d’acteur du débat public ».

L’innovation biomédicale ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques, sociétales et sociales. Toutefois, elle soulève aussi d’inédites réflexions éthiques, à l’heure où nos systèmes de santé peinent à en absorber les coûts, à résorber les inégalités, tandis que l’intelligence artificielle va plus vite que notre capacité collective à définir ses contours.

Une traduction législative incertaine

Si les États généraux se veulent inclusifs et ouverts, leur traduction législative reste incertaine.

le professeur Delfraissy avertit :

« La loi ne viendra pas avant 2028, mais la science avance très vite, on risque une dissociation. »

Ainsi, ce décalage entre les temporalités de l’innovation, du débat public, du temps institutionnel et juridique, démontre que les dissonances temporelles sont intrinsèques à la bioéthique, constituant également l’un des angles morts du processus bioéthique français.

Reste une incertitude : que deviendront ces délibérations dans la future arène parlementaire ? C’est là, sans doute, que se jouera l’équilibre entre science, citoyens et démocratie.


Le professeur Jean-François Delfraissy, président du Conseil consultatif national d’éthique, a relu et validé l’article.

The Conversation

Le professeur Jean-François Delfraissy fut membre du jury de thèse de Katia Andreetti et elle a interagi avec lui lorsqu’elle travaillait en tant que collaboratrice parlementaire. Cette fonction passée l’a conduite à travailler en lien avec l’OPECST.

ref. Incertitudes politiques et débats bioéthiques : les enjeux à venir en 2026 – https://theconversation.com/incertitudes-politiques-et-debats-bioethiques-les-enjeux-a-venir-en-2026-267685

Faut-il fuir, se cacher ou intervenir si l’on est pris dans un attentat de masse comme celui en Australie ?

Source: The Conversation – in French – By Milad Haghani, Associate Professor and Principal Fellow in Urban Risk and Resilience, The University of Melbourne

Ahmed Al-Ahmed (en blanc) désarme l’un des tireurs pendant la tuerie de Bondi Beach, à Sydney (Australie), le 14 décembre 2025.
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Le bilan de la tuerie de Bondi Beach (Sydney, Australie), hier 14 décembre, aurait probablement été plus lourd sans l’intervention héroïque – et extrêmement risquée – d’un passant. Cet épisode invite à s’interroger sur les recommandations officielles des autorités sur le comportement à adopter si l’on est pris dans ce type d’événements. On constate que les conseils donnés par les responsables australiens ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux diffusés par leurs homologues états-uniens. L’étude de nombreux cas similaires survenus dans le monde donne également des indications utiles.


Les images ont fait le tour du monde : pendant l’attentat de Bondi Beach, ce dimanche 14 décembre à Sydney, un homme s’est précipité vers l’un des tireurs et lui a arraché son arme des mains.

Durant cet acte de bravoure extraordinaire, le civil en question, Ahmed Al-Ahmed, un vendeur de fruits âgé de 43 ans, a été blessé à la main et à l’épaule par le second tireur.

Le courage et le risque

Nous n’avons aucun moyen de savoir combien de vies ont été sauvées grâce au courage d’Al-Ahmed. Mais il est presque certain que son intervention a permis d’éviter des pertes humaines supplémentaires (le bilan s’élève à ce stade à 15 morts et 42 blessés, en plus des deux tireurs, dont l’un a été tué et l’autre se trouve dans un état critique).

Cette scène rappelle d’autres, y compris récemment toujours à Sydney : le 13 avril 2024, un passant français, Damien Guérot, était également intervenu au péril de sa vie lors de l’attaque du centre commercial de Bondi Junction pour faire face à un homme armé d’un couteau, qui avait ce jour-là poignardé six personnes à mort.

Lorsque des actes de courage comme ceux-ci se produisent, nous les saluons à juste titre. Cependant, ils soulèvent des questions importantes et souvent négligées : qu’est-ce qui motive des gens ordinaires à se conduire d’une façon aussi altruiste et risquée ? L’intervention des témoins est-elle une bonne stratégie ou va-t-elle à l’encontre des conseils officiels relatifs à la conduite à tenir si l’on est pris dans un acte de violence de masse ?

Les deux types d’« effet spectateur »

L’« effet spectateur » se produit lorsque la présence d’autres personnes dissuade quelqu’un d’intervenir dans une situation d’urgence, lors d’une agression ou d’un autre crime.

Mais des décennies de recherche comportementale ont remis en cause l’idée reçue selon laquelle les gens ont tendance à se figer ou à détourner le regard lorsque d’autres personnes sont présentes dans des situations dangereuses.

Une vaste méta-analyse du comportement des témoins montre que dans les situations d’urgence véritablement dangereuses et sans ambiguïté (comme celles impliquant un auteur clairement identifiable), l’effet spectateur classique (c’est-à-dire passif) est considérablement affaibli, voire dans certains cas inversé.

En d’autres termes, les attaques violentes sont précisément le type de situations où les gens sont plus enclins à agir.

L’une des raisons est que le danger clarifie les responsabilités. Lorsqu’une situation menace clairement leur vie, les gens identifient le danger plus rapidement et sont moins enclins à attendre des signaux sociaux ou des assurances de la part des autres.

On a constaté à maintes reprises que dans les situations d’urgence clairement à haut risque (en particulier celles impliquant de la violence physique), le sentiment de responsabilité individuelle s’accentue souvent au lieu de s’estomper.

Une analyse de plus de 100 attentats-suicides effectués en Israël montre que l’intervention des témoins peut réduire considérablement le nombre total de victimes.

Dans tous ces incidents documentés, l’intervention n’a que rarement permis d’empêcher complètement l’attaque, mais elle a souvent perturbé le contrôle de l’agresseur sur le moment et le lieu de l’attaque, le poussant à agir prématurément dans des lieux moins fréquentés et sauvant ainsi des vies.

Cependant, la même analyse montre également que l’intervention des témoins a souvent eu un coût personnel direct pour les intervenants.

Mais le comportement actif des témoins peut prendre plusieurs formes et intervenir à différents stades : une personne connaissant l’auteur des faits, qui remarque et signale un comportement suspect avant l’agression ; un individu qui guide les autres vers un lieu sûr ou qui partage des informations importantes au fur et à mesure que les événements se déroulent ; des gens qui apportent leur aide et assurent la coordination de diverses actions immédiatement après les faits.

Il n’en reste pas moins qu’une implication personnelle pour empêcher un acte de violence semble aller à l’encontre des conseils officiels des autorités australiennes. En effet, il y a quelques semaines à peine, le Comité australo-néo-zélandais de lutte contre le terrorisme a lancé une nouvelle campagne nationale de sécurité publique.

Un nouveau message de sécurité

La nouvelle campagne de sécurité publique reconnaît explicitement que l’Australie est un pays sûr, mais qu’il existe toujours un risque d’attaques à l’arme à feu dans les lieux très fréquentés, et que savoir comment réagir peut sauver des vies.

La campagne a introduit les consignes suivantes : « Fuir. Se cacher. Prévenir. », définies comme suit :

  • fuir : éloignez-vous rapidement et discrètement du danger, mais uniquement si cela ne présente aucun danger pour vous ;

  • se cacher : restez hors de vue et mettez votre téléphone portable en mode silencieux ;

  • prévenir : appelez la police lorsque cela ne présente aucun danger ;

L’objectif de ces conseils est d’aider les personnes à réagir dans les premiers instants critiques avant l’arrivée de la police, à prendre des décisions éclairées et à augmenter leurs chances de rester en sécurité.

Les directives officielles australiennes n’incitent à aucun moment à se confronter aux assaillants.

En revanche, les messages de sécurité publique diffusés aux États-Unis, tels que les consignes du FBI « Run. Hide. Fight » (Courez. Cachez-vous. Luttez), incluent une étape « luttez », mais uniquement en dernier recours, lorsque la fuite et la dissimulation sont impossibles et que la vie est en danger immédiat.

Les autorités australiennes ont choisi de ne pas inclure cette étape, mettant l’accent sur l’évitement et le signalement plutôt que sur la confrontation.

Quelques conseils pratiques

Mes précédentes recherches expérimentales ont permis d’identifier des conseils plus spécifiques susceptibles d’améliorer les chances de survie lors d’attaques violentes, en particulier dans des environnements bondés.

À l’aide de modélisations informatiques et d’expériences contrôlées menées avec de véritables foules, j’ai identifié plusieurs domaines stratégiques pour améliorer les chances de survie lors de tels événements.

Premièrement, s’éloigner lentement du danger n’est pas idéal : il est préférable de s’éloigner de la source de la menace aussi rapidement que possible, dès lors que cela se fait en prenant les précautions nécessaires pour rester en sécurité.

Deuxièmement, l’hésitation, qu’il s’agisse de recueillir des informations, d’inspecter ce qui se passe ou de filmer les événements, augmente le risque d’être blessé.

Troisièmement, les gens doivent rester agiles dans leur prise de décision et leur orientation lorsqu’ils se déplacent, et être prêts à adapter leurs mouvements à mesure que la situation évolue et que les informations deviennent plus claires. Cela signifie qu’il faut continuellement observer son environnement et ajuster sa direction à mesure que de nouvelles informations apparaissent, plutôt que de s’arrêter pour réévaluer la situation.

Enfin, lorsque vous vous déplacez en famille ou entre amis, il vaut mieux se mettre en file indienne, plutôt qu’en se tenant par la main côte à côte. Cela profite à tout le monde en réduisant les bousculades et en améliorant la fluidité de la fuite des personnes.

Être toujours sur ses gardes

Les horribles événements survenus à Sydney soulignent une dure réalité : la préparation aux risques de violence dans les lieux très fréquentés doit devenir plus courante.

Les espaces très fréquentés resteront toujours vulnérables à la violence délibérée, qu’elle soit motivée par des intentions terroristes ou autres.

Les messages doivent toucher un plus grand nombre de personnes, être fondés sur des preuves, nuancés et largement accessibles.

À l’approche de plusieurs événements publics majeurs et de grands rassemblements de masse (notamment le réveillon du Nouvel An), il est plus important que jamais que les gens soient conscients de ces risques et restent vigilants.

The Conversation

Milad Haghani ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Faut-il fuir, se cacher ou intervenir si l’on est pris dans un attentat de masse comme celui en Australie ? – https://theconversation.com/faut-il-fuir-se-cacher-ou-intervenir-si-lon-est-pris-dans-un-attentat-de-masse-comme-celui-en-australie-272100

Et si la nature brillait plus que ce que nous voyons ? À la découverte de la vie fluo

Source: The Conversation – France in French (2) – By Romain Garrouste, Chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (ISYEB), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Portait en fluorescence aux UV de la grenouille arboricole _Ostecephalus taurinus_, en Guyane. La fluorescence aux UV des batraciens se manifeste par une couleur bleu-vert, avec quelque fois la fluorescence des os en transparence. Romain Garrouste, Fourni par l’auteur

Le parcours nocturne Lumières de la nature, proposé par le Jardin des plantes de Paris jusqu’au 16 janvier 2026, a été inspiré d’études menées en Guyane. Derrière cette exposition, on trouve notamment trois chercheurs qui ont inspecté la forêt amazonienne, armés de lampes UV. Ils nous livrent ici les secrets de la fluorescence naturelle, le plus souvent invisible pour les humains mais omniprésente dans le vivant.


Dans la pénombre de la forêt guyanaise, en début de nuit, nos lampes UV éclairent une forme mouvante dans les arbres, mauve, presque rose et assez intense. C’est un mammifère marsupial, un Marmosa, qui nous révèle un phénomène physique longtemps passé inaperçu dans le vivant… Non loin de là, sur un tronc à hauteur d’homme, une grosse grenouille arboricole montre elle une intense couleur bleu-vert, alors que sa peau est brun-vert en lumière normale, presque mimétique des troncs où elle se déplace.

Ce phénomène physique s’appelle la fluorescence, un type de photoluminescence qui se manifeste dans la nature, au sein d’une étonnante diversité d’organismes : lichens, plantes, champignons, insectes, araignées, scorpions, reptiles, poissons, oiseaux et même… mammifères. Dans ce contexte on parle de la « fluorescence naturelle » qui implique l’absorption d’un rayonnement du spectre lumineux
– l’ultraviolet (UV), le visible ou l’infrarouge (IR) – suivie de l’émission spontanée (à l’échelle de la nanoseconde) d’une lumière moins énergétique, souvent visible, mais pas uniquement.

Longtemps considérée comme une curiosité, la fluorescence naturelle se révèle plus répandue et intrigante qu’on ne l’imaginait. Elle intéresse de plus en plus la recherche, notamment dans le cadre d’applications technologiques ou biomédicales (par exemple des nouveaux marqueurs cellulaires pour la recherche). Les chercheuses et chercheurs l’étudient davantage dans la nature, une nouvelle exploration du vivant étant permise par des instruments portatifs de mesures (photo-spectromètres) et d’émissions (torches LED UV). Notre équipe de recherche se spécialise depuis plusieurs années sur l’exploration des fluorescences du vivant. Nous revenons d’une mission scientifique en Guyane dans le but d’appréhender ce phénomène dans la forêt amazonienne, et plus spécialement dans les biotopes autour de la station de recherche des Nouragues




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Un éclat discret mais omniprésent

La fluorescence naturelle, à ne pas confondre avec la bioluminescence, repose sur la capacité de certaines molécules, les fluorophores, à absorber un photon d’énergie élevée (par exemple dans l’UV) et à en réémettre un autre, d’énergie moindre (dans le visible ou l’IR). La vie, à toutes ses échelles, en est imprégnée. On trouve quelquefois le terme d’autofluorescence pour bien insister sur le fait qu’il ne s’agit pas de fluorescence de composés artificiels. C’est le cas également de nombreux minéraux, comme la fluorite (CaF2), qui a donné son nom au phénomène de fluorescence du fait de sa fluorescence spectaculaire aux UV.

La fluorescence des plantes est connue depuis longtemps, notamment à travers celle de la chlorophylle : lorsqu’elle absorbe la lumière, une partie de l’énergie non utilisée pour la photosynthèse est réémise sous forme de fluorescence rouge. Ce signal est si caractéristique qu’il sert à mesurer à distance la vitalité de la végétation, y compris depuis les satellites. Mais la chlorophylle n’est pas seule à briller. D’autres composés végétaux, comme les flavonoïdes, les anthocyanes ou les ptérines, peuvent émettre une fluorescence bleue ou verte lorsqu’ils sont excités par la lumière ultraviolette.

Liane avec lichens en sous-bois humide en Guyane. Les lichens sont souvent très fluorescents aux UV. Les Monocotyledones (Graminées, Broméliacées, Cypéracées, etc.) fluorescent surtout en bleu-vert (ici surtout des Rapateacées), les pigments photosynthétiques de la
Liane avec lichens en sous-bois humide. Les lichens sont souvent très fluorescents aux UV. Les Monocotyledones (Graminées, Broméliacées, Cypéracées, etc.) fluorescent surtout en bleu-vert (ici surtout des Rapateacées), les pigments photosynthétiques de la plupart des Dicotyledones en rouge (comme les Melastomatacées de sous-bois).
Romain Garrouste, Fourni par l’auteur

Plus largement, des études récentes ont révélé que la fluorescence existe dans presque tous les grands groupes du vivant.

À quoi sert la fluorescence ?

Chez certains animaux, elle pourrait jouer un rôle avant tout dans la protection contre les UV, mais aussi dans la communication visuelle telle que la reconnaissance entre congénères (comme chez l’araignée Cosmophasis umbratica, les perruches australiennes ou encore une grenouille arboricole), ou dans l’avertissement, et même le camouflage. Cela peut sembler contre-intuitif de se camoufler en étant « fluo » mais il ne faut pas oublier que d’autres organismes n’ont pas la même vision que les humains.

La fluorescence de certaines fleurs, à la lumière du jour souvent cachée aux yeux humains mais perceptible pour les insectes pollinisateurs, pourrait jouer un rôle attractif. Pour la plupart des autres organismes fluorescents, nous ignorons si cette propriété possède une fonction biologique ou s’il ne s’agit pas simplement d’un effet optique sans conséquence pour l’animal ou la plante. La frontière reste floue si l’on ne possède pas les clés pour déchiffrer les phénomènes. Encore faut-il les voir…

Chez les mammifères : quand les marsupiaux s’y mettent

La découverte a surpris la communauté scientifique : des mammifères fluorescents, vraiment ? Depuis 2020, plusieurs études ont montré que des marsupiaux – notamment les opossums américains (Didelphis spp.), mais aussi des espèces australiennes comme le planeur à sucre (Petaurus breviceps) ou phalanger, émettent une fluorescence rose ou bleutée sous lumière ultraviolette.

En Guyane, comme nous l’avons observé, des petits opossums sont également fluo, comme les Marmosa.

Fluorescence aux UV d’un marsupial dans la forêt Guyanaise, photographiée au téléobjectif dans la canopée. Rare image de la fluorescence de ces animaux dans le milieu naturel, en limite de détection du capteur
Fluorescence aux UV d’un marsupial dans la forêt Guyanaise, photographiée au téléobjectif dans la canopée. Rare image de la fluorescence de ces animaux dans le milieu naturel, en limite de détection du capteur.
Romain Garrouste, Fourni par l’auteur

Des travaux récents ont élargi le constat : plus de 125 espèces de mammifères présentent un certain degré de fluorescence. Celle-ci se manifeste surtout sur les zones claires ou peu pigmentées : pelage blanc, moustaches, griffes, dents ou piquants. Sur le terrain, nous avons souvent observé des rats fluorescents dans la nature (Rattus spp.) que ce soit en Europe, en Asie ou en Guyane.

Chez les insectes, des signaux souvent cachés

Les insectes offrent une extraordinaire diversité de structures fluorescentes. Les ailes de certaines libellules et cigales contiennent de la résiline, une protéine élastique qui émet une lumière bleue sous UV. L’un des plus spectaculaires reste les nids de guêpes asiatiques (Polistes sp.), que nous avons observés au Vietnam qui battent des records de fluorescence induite par l’UV avec un rendement quantique (le rapport entre le nombre de photons émis et absorbés) exceptionnellement élevé jusqu’à 36 % (champion des matériaux biologiques terrestre à ce jour).

Les élytres des coléoptères, quant à eux, peuvent renfermer des pigments fluorescents enchâssés dans des micro ou nanostructures photoniques, capables d’amplifier, de restreindre ou de diriger la lumière émise. Chez le scarabée Hoplia coerulea, par exemple, ces structures créent une fluorescence directionnelle d’un bleu métallique saisissant. Quelques exemples ont été étudiés mais certainement beaucoup d’autres restent à découvrir.

Portrait d’une abeille à longues antenne Eucera sp. (Massif des maures, France). Les yeux des insectes sont le plus souvent bleu-vert. On distingue aussi les ocelles (ou yeux élémentaires), disposées en triangle plat, de la même couleur
Portrait d’une abeille à longues antenne Eucera sp. (massif des Maures, France). Les yeux des insectes sont le plus souvent bleu-vert. On distingue aussi les ocelles (ou yeux élémentaires), disposées en triangle plat, de la même couleur.
Romain Garrouste, Fourni par l’auteur

En Amazonie, chez le Morpho sulkowskyi, un papillon iridescent et spectaculaire, la fluorescence fait aussi partie des signaux renvoyés par les ailes colorées.

Une lumière sur l’évolution… et sur la recherche

Cette redécouverte de la fluorescence naturelle dans autant de groupes vivants change notre regard sur la biodiversité et nous incite à mieux la comprendre. L’anthropomorphisme nous a conduits à croire que nous vivions dans un monde visible universel alors que c’est loin d’être le cas, par exemple, notre totale non-perception des UV qui pourtant imprègnent une grande partie du monde animal, des insectes aux poissons (la plupart des requins sont fluorescents !), et déterminent un grand nombre d’interactions écologiques, comme la pollinisation et les relations proie-prédateur, ou modifie notre perception du mimétisme (que voient réellement les prédateurs ?).

Documentaire sur la fluorescence naturelle sur lequel le « fluo trio » a été conseiller scientifique.

Pour comprendre ces phénomènes, la chimie et la physique doivent s’associer à la biologie qui peine seule à élucider les mécanismes, et qui peut les ignorer ou les minimiser.

Ne négligeons pas les applications potentielles (par fois bio-inspirées) qui peuvent découler de la meilleure connaissance et de la compréhension des systèmes naturels. La fluorescence est déjà au cœur de nombreuses applications scientifiques : microscopie de fluorescence, imagerie médicale, biologie cellulaire. Aujourd’hui, la GFP (protéine fluorescente verte), trouvée dans une méduse, est l’un des outils les plus largement utilisés en biologie moléculaire, et sa découverte a été récompensée par un prix Nobel en 2008. La découverte de nouvelles molécules fluorescentes performantes pourrait améliorer les outils de diagnostics médicaux et ouvrir la voie à des dispositifs photoniques inédits, capables d’améliorer l’efficacité des panneaux solaires, par exemple.

Le monde vivant n’est pas seulement coloré, il recèle aussi un « spectre caché » de lumières invisibles à l’œil humain. Pour le comprendre, il nous faut l’appréhender et revoir notre perception du monde, ainsi que de nombreuses certitudes. C’est ce qui fait la beauté de la science face à la merveilleuse complexité de la nature. Et si le monde était encore plus beau que ce que l’on croyait ?


Pour en savoir plus, vous pouvez visiter l’exposition « En voie d’illumination : les lumières de la nature » jusqu’au 18 janvier 2026 au Jardin des plantes (Paris), où vous verrez une reconstitution de la forêt tropicale d’Amérique du Sud, avec sa bioluminescence et sa fluorescence.

The Conversation

Romain Garrouste a reçu des financements de MNHN, CNRS, Sorbonne Université, National Geographic, MRAE, MTE, Labex BCDiv, Labex CEBA, WWF

Bernd SCHÖLLHORN a reçu des financements du CNRS (MITI et OVNI) et de l’Université Paris Cité (IDEX et laboratoire ITODYS)

Serge Berthier a reçu des financements de ANR, CNRS, Sorbonne Université.

ref. Et si la nature brillait plus que ce que nous voyons ? À la découverte de la vie fluo – https://theconversation.com/et-si-la-nature-brillait-plus-que-ce-que-nous-voyons-a-la-decouverte-de-la-vie-fluo-271227

Pandas, pingpong and ancient canals: President Xi’s hosting style says a lot about Chinese diplomacy

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Xianda Huang, Ph.D. Student in Asian Languages and Cultures, University of California, Los Angeles

Chinese President Xi Jinping and French President Emmanuel Macron take in the view at the UNESCO World Heritage site in Dujiangyan, southwestern China’. Sarah Meyssonnier/AFP via Getty Images

When French President Emmanuel Macron traveled to China in early December for his fourth state visit, the itinerary began with the expected formalities. There was a red carpet reception at the Great Hall of the People in Beijing and high-level talks with President Xi Jinping on trade, technology and Ukraine.

But the defining image of this diplomatic trip did not take place in the capital. Rather, it occurred more than 1,000 miles (1,600 km) away in Chengdu, Sichuan province. There, Xi hosted Macron for a rare instance of “no-tie diplomacy,” a term used by Chinese media to describe a relaxed and informal style of statecraft.

Stepping outside the rigid protocols of Beijing, Xi personally guided Macron through the mist-covered mountains of Sichuan. The walk held high significance: It marked the first time Xi has hosted a foreign leader for such an informal sightseeing meeting outside the capital, with an itinerary that included the Dujiangyan irrigation system, a visit to China’s national table tennis team and the Chengdu Research Base of Giant Panda Breeding.

Global attention remains understandably fixed on “hard” issues — trade tariffs, the war in Ukraine and nuclear energy. But as a cultural historian of modern China, I believe the choreography of this visit offers a vital window into Beijing’s diplomatic strategy. By foregrounding things like ancient waterways and table tennis, China is deploying a sophisticated brand of cultural statecraft designed to soften the edges of a hardening geopolitical landscape.

The reciprocity of ‘home diplomacy’

The choice to host Macron in Chengdu was not random, but a carefully curated act of diplomatic reciprocity. In April 2024, Macron had invited Xi to his personal retreat in the French Pyrenees, a gesture intended to foster personal intimacy.

During the latest tour, Xi reportedly referenced their previous meeting, telling Macron: “Last year you invited me to your hometown in the Hautes-Pyrénées; I believe this visit will further deepen your understanding of China.”

By bringing Macron to Sichuan, Xi was returning the favor, moving the relationship from the professional to the personal. This reflects a shift in Chinese diplomacy from a “Wolf Warrior” mentality, defined by confrontation and rhetorical aggression, toward a more relational approach with key European partners. By investing time in this kind of provincial visit, Beijing is signaling that it views France not just as a trading partner, but as a nation worthy of deep, personal engagement.

Two men in overcoats walk on a bridge in front of a pagoda.
French President Emmanuel Macron’s sightseeing tour recalls that of U.S. President Richard Nixon during his breakthrough 1972 visit to China.
Bettmann/Contributor/Getty Images

This outreach is especially important at a time when China–U.S. trade tensions remain high, as Beijing increasingly looks to the European Union as a critical component of its broader strategy to counter Washington-led containment efforts.

Governing with the flow

The centerpiece of Macron’s cultural tour in China was the Dujiangyan irrigation system. Built in the third century B.C.E., the UNESCO World Heritage site remains the world’s oldest still‑operating dam‑free hydraulic project.

However, Dujiangyan is more than a tourist attraction; it is a physical manifestation of Chinese political philosophy. Unlike modern dams that block water, Dujiangyan manages it by dividing the flow. It embodies the Taoist principle of wu wei (nonaction) and Xi’s metaphor “to govern water is to govern the country.”

By showcasing this specific site, Xi was offering a subtle lesson in statecraft. The metaphor implies a governance style based on balance, adaptability and working with natural forces rather than confronting them head-on.

In the context of strained international relations, the message to France was clear: Cooperation should not be constrained by rigid binaries between East and West, nor shaped by the logic of containment. Instead, it should follow the natural flow of mutual interests — ranging from trade and climate action to cultural and educational exchange.

Pingpong diplomacy 2.0

If Dujiangyan represented ancient wisdom, the visit to the Sichuan Provincial Gymnasium brought diplomacy into the modern, high-energy arena of sport.

Table tennis holds a mythical place in Chinese diplomatic history. The original “ping-pong diplomacy” of the early 1970s helped thaw the ice between China and the United States, paving the way for President Richard Nixon’s historic 1972 visit. As historian Pete Millwood argues in “Improbable Diplomats,” these athletic exchanges offered a politically safe and publicly palatable setting through which both countries could begin signaling a major shift in diplomatic relations.

A man in a suit stands at a table tennis table.
French President Emmanuel Macron takes on Chinese table tennis players at Sichuan University in Chengdu on Dec. 5, 2025.
Sarah Meyssonnier/AFP via Getty Images

On Dec. 5, Macron tapped into this legacy when he visited the venue of the 2025 ITTF Mixed Team World Cup and participated in an impromptu match. Partnering with French players Félix Lebrun and Prithika Pavade against Chinese stars Wang Chuqin and Sun Yingsha, Macron engaged in a lighthearted rally that went viral on Chinese social media.

In an era where diplomatic interactions are often scripted and stern, these moments humanize the “other side” for the domestic public, creating a reservoir of public goodwill that leaders can draw upon when navigating difficult political compromises.

Soft power with fur

While the two leaders bonded over paddles, Brigitte Macron, France’s first lady, engaged with China’s most enduring soft-power asset: the giant panda.

Panda diplomacy” has been a hallmark of Beijing’s foreign policy since the 1950s. The loaning of these animals is a barometer of political warmth; their recall can signal a chill.

The French First Lady visited the Chengdu Research Base of Giant Panda Breeding to see “Yuan Meng.” As the first panda born in France, to parents on loan from China, Yuan Meng is a living symbol of the bilateral relationship between France and China. Brigitte Macron, who is his godmother, helped facilitate Yuan Meng’s return to China alongside his parents in November 2025.

Following Brigitte Macron’s visit, the announcement of a new agreement to send two more pandas to France by 2027 served as a tangible deliverable of the summit.

A black-and-white panda hangs on a tree.
A giant panda looks on as French first lady Brigitte Macron makes a visit to the Chengdu research base for giant panda breeding.
Ludovic Marin /AFP via Getty Images)

The limits of cultural diplomacy

What do waterworks, pingpong and pandas add up to?

Critics might dismiss these events as mere pageantry — a velvet glove concealing the brutal fist of realpolitik. Indeed, a friendly game of table tennis does not resolve the European Union’s concerns over Chinese state subsidies, nor does it bridge the gap regarding China’s stance on the war in Ukraine.

However, dismissing the cultural dimension ignores how China views diplomacy. For Beijing, “friendly atmosphere” is often a prerequisite for progress on substantive political issues.

The Xi-Macron meeting in Chengdu also signaled a refinement of Chinese soft power, moving away from the combative rhetoric of recent years toward a strategy that embraces warmer ties with key European powers like France.

While culture cannot replace hard diplomacy, this Macron visit demonstrates that in 2025, the road to political consensus in Beijing may very well run through the panda enclosure and table tennis arena.

This long-term intent was encapsulated in the leaders’ farewell at Dujiangyan. As they parted ways, Xi joked, “Next time, we’ll see another place.” Macron’s immediate response — “Of course, definitely” — hints that this cultural diplomacy is designed to be an ongoing effort.

The Conversation

Xianda Huang does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pandas, pingpong and ancient canals: President Xi’s hosting style says a lot about Chinese diplomacy – https://theconversation.com/pandas-pingpong-and-ancient-canals-president-xis-hosting-style-says-a-lot-about-chinese-diplomacy-271597

Coup contagion? A rash of African power grabs suggests copycats are taking note of others’ success

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Salah Ben Hammou, Postdoctoral Research Associate, Rice University

Benin’s coup leaders appear on state TV on Dec. 7, 2025, to announce the suspension of the country’s constitution. Reuters/YouTube

In a scene that has become familiar across parts of Africa of late, a group of armed men in military garb appeared on state TV on Dec. 7, 2025, to announce that they had suspended the constitution and seized control.

This time it was the West African nation of Benin, and the coup was relatively short-lived, with the government regaining full control a day later. But a week before, senior military officers in Guinea-Bissau had more success, deposing President Umaro Sissoco Embaló and effectively annulling the Nov. 23 election in which both Embaló and the main opposition leader had claimed victory. A month earlier it was Madagascar, where a mass Gen-Z uprising led to the elite CAPSAT unit of the Malagasy military ousting President Andry Rajoelina and installing Colonel Michael Randrianirina as leader.

The cluster of coup attempts follows a broader pattern. Since 2020, there have been 11 successful military takeovers in Africa: one each in Guinea, Guinea-Bissau, Niger, Sudan, Chad, Madagascar and Gabon; and two each in Burkina Faso and Mali. Benin represents the fifth failed coup over the same period.

The prevalence of military takeovers led United Nations Secretary-General António Guterres to warn as far back as 2021 of a coup “epidemic.”

But can coups, like the pathogens of many epidemics, be contagious? Certainly observers around the world continue to ask whether a military takeover in one country can influence the likelihood of another one happening elsewhere.

Do coups spread?

Cross-national research offers little firm evidence that a coup in one country directly increases the chances of another. And some scholars remain skeptical that such a phenomenon exists. Political scientist Naunihal Singh, for instance, argues that the recent wave’s coup plotters are drawing less from contemporary events than from their own countries’ long histories of military intervention.

In addition, he suggests that any observed regional cluster mostly reflects shared underlying conditions. For example, the countries across the Sahel region that have been the center of post-2020 African coups share a common set of coup-prone pressures: chronic insecurity driven by insurgencies, weak state capacity and widespread frustration over quality of governance.

Likewise, Michael Miller and colleagues at George Washington University, in a broader analysis, contend that would-be plotters pay closer attention to domestic dynamics than to foreign coups when deciding whether to move against their own governments.

As scholars of military coups, we recently explored the phenomenon and have come to a different conclusion.

Our forthcoming study argues that would-be plotters do indeed pay close attention when contemporaries seize power. A number of dynamics, however, could keep a statistical trend from being realized.

For one, statistical modeling typically requires contagion to occur within a tight temporal window, often 1 to 3 years.

Our findings challenge this approach. A wave of so-called “Free Officers” coups – military takeovers led by junior or mid-ranking nationalist officers, inspired by Egypt’s 1952 Free Officers movement – is a widely invoked example of contagion. The original Free Officers ousted King Farouk and went on to abolish the monarchy and end British influence in Egypt.

However, it took a full six years before a second “Free Officers” coup occurred in the region, in Iraq in 1958.

A group of men in army uniforms sit and chat.
Egypt’s Gamal Abdul Nasser, center left, became an inspiration for other would-be coup leaders.
Ronald Startup/Picture Post/Hulton Archive/Getty Images

Rather than blindly follow the lead of Egypt’s coupists, would-be copycats watched closely, took notes and moved only when two factors lined up: the rewards appeared to be worth the risk, and they obtained the ability to make a takeover possible.

In the case of the post-1952 Middle East, the potential “rewards” of emulating Egypt’s Free Officers were not immediately apparent, even in countries with circumstances very similar to Egypt’s.

It wasn’t until the original Free Officers Movement’s leader, Colonel Gamal Abdel Nasser, emerged as a revolutionary icon in the region that others attempted to emulate his success. Nasser’s status grew further through his anti-colonial sentiments and victories, like his handling of the Suez Crisis of 1956.

As Nasser’s influence grew, the perceived value of a military takeover increased, and Free Officers-inspired plots quickly proliferated against the region’s monarchies. Six years after the Egyptian coup, the first copycat coup succeeded in Iraq, followed by additional successes in Yemen, Libya and Sudan between 1962 and 1969.

A further complication to establishing a firm trend is that the success of one takeover may actually hinder the immediate progress of another. After all, would-be copycats are not the only observers.

Vulnerable leaders and their allies can take cues from coups in other countries to try to mitigate their spread at home.

Thwarted conspiracies in Jordan and Saudi Arabia, which were uncovered between 1955 and 1969, demonstrated that while the sentiment to emulate Egypt’s coup was widespread, not all plotters had the capacity to act. Some governments were better prepared to block these attempts. Foreign partners like the United States and Great Britain also played no small role in helping shore up their monarchical allies against coup plots.

Africa’s coup wave

The case of the Free Officers Movement shows that plotters wait for clear signals that a coup is worth the risk. In Africa today, those signals are more immediate, even without a monumental figure like Egypt’s Nasser.

Coupists now see visible domestic support for military takeovers and muted international consequences for those who seize power.

It is increasingly clear to us that the region has seen a large increase in public support for military rule during this post-2020 wave.

Military coupists like Burkina Faso’s Ibrahim Traoré and Mali’s Assimi Goïta have not only attracted domestic support but also regional popularity, lauded for their anti-colonial rhetoric against France and their willingness to confront the Economic Community of West Africa States.

Data from Afrobarometer, which has regularly asked about respondents’ positions on having military rule, illustrate this shift clearly.

In the survey wave that ended in 2013, less than 11% of respondents in Benin said they supported or strongly supported army rule. This nearly doubled to 19% by 2021 and has now tripled, with 1 in 3 people in Benin expressing support for military rule. While a majority still opposes military rule, the direction of this change is significant.

These attitudes are reinforced by military leaders’ promises to “clean up” corrupt or ineffective governments. In Madagascar, for example, over 60% of citizens in 2024 said it was permissible for the armed forces to remove leaders who abuse power.

Highly visible images of cheering pro-military crowds in countries like Niger and Gabon further signal that a takeover can gain public support.

International indifference

The international signals are just as important. From the near-absent reaction to the Zimbabwean military’s removal of Robert Mugabe in 2017 to the lukewarm response to Chad’s military takeover in 2021, these cases suggest that international punishment can be temporary or even nonexistent.

The message is reinforced when coup leaders who are initially condemned, like Madagascar’s Randrianirina, later gain acceptance from regional organizations like the South African Development Community. In Guinea-Bissau, attention on last month’s coup has somehow seemed to focus more on President Embaló’s alleged involvement in the coup than on the military’s unconstitutional seizure of power.

And the lessons drawn from international responses involve more than just the seizure of power. Contemporary military leaders are staying in power much longer than their predecessors in the early 2000s, either by indefinitely delaying elections or by directly contesting them.

Although the African Union’s framework specifically forbids coup leaders from standing in elections, there has been virtually no consequences for coupists consolidating their rule via elections in places like Chad and Gabon.

This is not lost on would-be plotters, who see their contemporaries seize and legitimize their authority with minimal pushback.

To some degree, the spread of coups depends on how they are received. And in the case of the recent rash of military takeovers in Africa, the international community and domestic policymakers have done little in the way of stemming that spread.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Coup contagion? A rash of African power grabs suggests copycats are taking note of others’ success – https://theconversation.com/coup-contagion-a-rash-of-african-power-grabs-suggests-copycats-are-taking-note-of-others-success-271661

Pourquoi le vert est-il la couleur de la nature ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Frédéric Archaux, Chercheur, Inrae

Les couleurs chatoyantes d’un coquelicot ou d’une mésange attirent le regard, mais elles remplissent également d’innombrables fonctions pour le vivant. Dans son récent livre, « Toutes les couleurs de la nature », paru aux éditions Quae, Frédéric Archaux, ingénieur-chercheur à l’Inrae, explore ces questions couleur par couleur. Nous reproduisons ci-dessous le début du chapitre consacré à la couleur verte.


S’il ne fallait retenir qu’une seule couleur pour caractériser le vivant, ce serait assurément le vert, celui de la chlorophylle : la vie sur Terre n’aurait certainement pas été aussi florissante sans ce pigment révolutionnaire capable de convertir l’énergie du Soleil en énergie chimique.

Et sans les organismes photosynthétiques, des minuscules bactéries océaniques aux immenses séquoias, quel aurait été le destin des animaux ? Certains d’entre eux hébergent même dans leur propre organisme ces précieux alliés !

La photosynthèse ? Un « Soleil vert »

Notre appartenance au règne animal et notre régime alimentaire omnivore nous font oublier à quel point pratiquement tout le vivant repose sur un processus clé assuré presque exclusivement par d’autres régres : la photosynthèse, ou comment convertir l’énergie lumineuse en énergie chimique stockée dans des molécules organiques.

Cette énergie permet ensuite de créer d’autres molécules, parfois très complexes, de faire marcher nos muscles, de maintenir notre température corporelle, etc. Le vert est la couleur par excellence de cette photosynthèse, celle du pigment majeur qui capte et convertit l’énergie lumineuse, la chlorophylle (du grec khloros, vert, et phullon, feuille).

Bien sûr, tous les organismes photosynthétiques ne sont pas verts, car d’autres pigments (non chlorophylliens) peuvent masquer la chlorophylle. Pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres, la photosynthèse chez les algues rouges repose exclusivement sur la chlorophylle A (la plus répandue sur Terre et sous l’eau), mais ces algues produisent également des carotènes et des protéines (phycobiliprotéines) de couleurs bleue et rouge, qui capturent l’énergie lumineuse puis la transmettent à la chlorophylle.

Il n’y a donc pas une mais des chlorophylles, A, B, C, D et F (sans parler des sous-types cl, c2, c3…), et la liste n’est probablement pas terminée (la forme F a été découverte en 2010). Si la chlorophylle A est universelle, la forme B se retrouve surtout chez des plantes, la C chez des algues brunes, des diatomées et des dinoflagellés, la D et la F chez des cyanobactéries. Si la chlorophylle E manque à l’appel, c’est qu’elle a été extraite en 1966 d’une algue, mais n’a toujours pas été décrite !

Du côté de leur composition chimique, ces molécules sont très proches de l’hème de notre hémoglobine, mais avec plusieurs différences de taille : l’ion métallique piégé est un ion magnésium et non ferrique. Surtout, au lieu de capter l’oxygène atmosphérique, la chlorophylle, elle, en rejette en découpant des molécules d’eau pour récupérer les atomes d’hydrogène.

La chlorophylle ressemble beaucoup à notre hémoglobine, mais elle renferme un atome de magnésium (Mg, au centre) et non de fer. Et ça change tout !
Société chimique de France

La cascade biochimique est particulièrement complexe : la chlorophylle est la pièce maîtresse, parfois présente en plusieurs centaines d’unités, de photosystèmes qui comprennent d’autres molécules par dizaines. La très grande majorité des molécules de chlorophylle absorbent des photons et transmettent cette énergie d’excitation par résonance aux molécules voisines.

Les chlorophylles absorbent les radiations bleue et rouge, réfléchissant le jaune et le vert : voilà l’explication de la couleur des plantes. Les deux pics d’absorption peuvent varier sensiblement selon les types de chlorophylle. De proche en proche, cette énergie parvient jusqu’à une paire de molécules de chlorophylle, dans le centre de réaction du photosystème dont l’ultime fonction est de produire, d’un côté, les protons H+ et, de l’autre, les électrons.

Ces protons ainsi libérés peuvent alors être combinés au dioxyde de carbone (CO2) de l’air et former du glucose, un sucre vital au métabolisme de la plante et de tous les étres vivants. La réaction, qui consomme de l’eau et du CO, relargue comme déchet du dioxygène (O2).

La compétition pour la lumière explique la course au gigantisme des arbres, ces ogres captent jusqu’à 99 % de la lumière quand la canopée est fermée.

Au fond, la conséquence la plus importante de l’apparition de la photosynthèse a été d’accroître de manière considérable la production primaire sur Terre, alors que celle-ci était initialement confinée à proximité des sources hydrothermales produisant du dihydrogène et du sulfure d’hydrogène, la photosynthèse a permis au vivant de se répandre partout à la surface du globe, pourvu que s’y trouvent de la lumière et de l’eau.

La photosynthèse capte près de six fois l’équivalent de la consommation énergétique de toute l’humanité pendant que nous relarguons des quantités invraisemblables de CO, par extraction d’énergies fossiles (35 milliards de tonnes chaque année), les organismes photosynthétiques en stockent entre 100 milliards et 115 milliards de tonnes par an sous forme de biomasse. Le joyeux club des consommateurs de CO2, comprend, outre les cyanobactéries à l’origine de la photosynthèse, d’autres bactéries, les algues et les plantes (par endosymbiose d’une cyanobactérie qui liera entièrement son destin à celui de la cellule eucaryote au fil de l’évolution, donnant naissance aux chloroplastastes).

Pourtant, le rendement de la photosynthèse demeure modeste : de l’ordre de 5 % de l’énergie lumineuse incidente est effectivement transformée en énergie chimique, soit dix fois moins que les meilleurs panneaux photovoltaïques actuels.

Viens voir un petit vert à la maison

D’autres règnes du vivant ont fait de la place à ces organismes, au bénéfice de tous les protagonistes (symbioses) ou parfois au détriment des organismes photosynthétiques. Les lichens, qui comprennent environ 20 % des espèces de champignons connues, prennent des teintes variées, qui vont du gris au jaune, à l’orange, au rouge et au vert. Dans tous les cas, ces organismes qui s’accrochent (le mot « lichen » dérive du grec leikho, lécher) sont des assemblages d’espèces auxquels les scientifiques ne cessent d’ajouter des membres.

Les pigments, de jaune or à rouge, des lichens forment une couche de surface anti-UV dont bénéficie toute la communauté qui constitue le lichen.
Mtaylor848/Creative Commons, CC BY

Pendant près de cent quarante ans, on a pensé qu’il s’agissait d’une simple association entre un champignon ascomycète et une algue, avant de découvrir que la colocation pouvait être partagée avec une cyanobactérie chlorophyllienne ou fixatrice d’azote, plusieurs algues, un autre champignon (une levure basidiomycète, l’autre grand embranchement des champignons), ou encore des protistes (des eucaryotes unicellulaires) et des virus.

En résumé, les lichens sont des mini-communautés qui peuvent regrouper trois règnes du vivant, sans compter les virus ! On continue cependant de placer ces communautés au sein des champignons, car seuls ces derniers réalisent une reproduction sexuée. La grande variabilité de la coloration des lichens provient de la résultante entre les pigments exprimés par tous les colocataires.

Quand des animaux volent les chloroplastes des algues

Le règne fongique n’a pas l’exclusivité de l’endosymbiose avec les algues, tel est aussi le cas par exemple des cnidaires.

L’anémone verte vit en symbiose avec des zooxanthelles (des algues) et sert de refuge à de petits crustacés et de petits poissons.
Craig D./Flickr, CC BY-SA

On peut citer dans cet embranchement, qui comprend notamment les coraux, l’actinie verte, une anémone que l’on trouve de la Manche à la Méditerranée. Elle héberge dans ses bras verdâtres à pointe rosée des zooxanthelles, des algues photosynthétiques. L’anémone perd sa jolie coloration en l’absence de ses hôtes et dépérit.

Spécimen de mouton de mer Costasiella Kuroshimae.
Alif Abdul Rahman, CC BY-SA

Le mouton de mer est une curieuse limace de mer qui présente sur son dos des excroissances fusiformes vertes à pointe rose et jaune, appelées cérates. Cette espèce asiatique, qui mesure moins d’un centimètre, vit à faible profondeur. Elle parvient à ne pas digérer immédiatement les chloroplastes des algues chlorophylliennes qu’elle avale et à les faire migrer vers ses appendices dorsaux. Si le sujet est encore débattu, il semble que ces plastes continuent d’être fonctionnels et de fournir un complément en sucres bienvenu en période de disette.

Ce processus, appelé kleptoplastie (du grec kleptes, voleur), est connu, outre chez ces gastéropodes marins, chez deux autres vers plats et chez divers eucaryotes unicellulaires (certains foraminifères, dinoflagellės, ciliés, alvéolés), chez qui les plastes demeurent fonctionnels une semaine à deux mois après l’ingestion des algues.

Parente américaine de notre salamandre tachetée avec qui elle partage notamment une livrée noire rehaussée de points jaunes (la marque aposématique qu’elle est toxique), la salamandre maculée a noué, elle aussi, un partenariat avec une algue photosynthétique : Oophila amblystomatis.

L’œuf gélatineux dans lequel se développe l’embryon présente une coloration verte causée par la prolifération de l’algue. Il a été démontré expérimentalement que ces algues ont un effet très bénéfique sur la croissance et la survie des embryons de la salamandre, probablement grâce à l’oxygène que libère l’algue tandis que celle-ci bénéficie des déchets azotés produits par le métabolisme de l’embryon. Un véritable cas de symbiose donc.

Salamandre tachetée Ambystoma maculatum.
Peter Paplanus, CC BY

Pendant plus d’un siècle, on a pensé que les algues présentes dans les mares fréquentées par l’amphibien colonisaient les œufs, mais l’imagerie de pointe associée à la recherche de l’ADN de l’algue dans les tissus des embryons a révélé une tout autre histoire : les algues envahissent les tissus de l’embryon durant son développement, où elles semblent s’enkyster.

La salamandre adulte continue d’ailleurs de contenir ces algues en vie ralentie, bien qu’en quantité de moins en moins importante avec le temps : on retrouve en particulier dans ses voies reproductrices et les femelles semblent capables de transmettre certaines d’entre elles directement à leurs œufs ! Les scientifiques cherchent encore à comprendre comment un vertébré est parvenu dans son évolution à se laisser envahir par une algue sans provoquer une attaque en règle de son système immunitaire !




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The Conversation

Frédéric Archaux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi le vert est-il la couleur de la nature ? – https://theconversation.com/pourquoi-le-vert-est-il-la-couleur-de-la-nature-271568

Les Français peuvent-ils concevoir un repas de fête sans viande ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Service Environnement, The Conversation France

Dans l’imaginaire collectif français, un repas de fête se passe difficilement de viande. À l’heure où les impératifs environnementaux nous invitent à réduire notre consommation carnée, il est temps de montrer que le végétal aussi peut être le cœur de la gastronomie. Mais comment faire ? Esquissons quelques pistes.


Les Français comptent parmi les plus gros consommateurs de viande au monde. Pourtant, la cuisine française s’est longtemps appuyée sur les céréales, les légumes secs et les soupes, la viande restant réservée aux grandes occasions.

Les quantités de produits carnés consommées tendent à diminuer depuis plusieurs années, mais cela tiendrait davantage à une hausse des prix plutôt qu’à une véritable préoccupation environnementale ou nutritionnelle.




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La gastronomie française inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco

Le repas gastronomique français constitue, à cet égard, un objet emblématique. Il a été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) en 2010. Or, la définition de l’Unesco stipule qu’il s’agit de pratiques vivantes, qui peuvent évoluer.

Mariages, communions, repas de fêtes de fin d’année… Nous avons mené une étude auprès de 424 mangeurs qui a confirmé que la viande occupait encore une place centrale. Sur le terrain, nous avons également observé les habitudes de 18 000 personnes lors des repas de mariage.

Résultat, plus de deux convives sur trois choisissent une viande rouge, principalement du bœuf, qui, à lui seul, pèse presque autant que toutes les autres options réunies. Le poisson additionné aux plats végétariens ne représentait qu’un dixième des choix. La demande pour les plats végétariens, l’agneau ou le porc demeure marginale, voire inexistante.

Des stratégies pour végétaliser la gastronomie française

Ces constats soulèvent une question centrale : si les moments de partage les plus symboliques sont systématiquement centrés sur la viande, peut-on réellement transmettre à nos enfants une culture alimentaire plus végétale ?

Nous avons analysé les cartes de 43 restaurants allant du fast-food au restaurant gastronomique. Notre étude a fait émerger sept stratégies, directement transposables au repas gastronomique.

L’une des approches consiste à supprimer les produits animaux normalement présents dans la recette, par exemple le chili sin carne, ou d’en proposer une version pescétarienne par exemple le cassoulet de poisson.

Une autre approche se focalise sur l’expérience : il ne s’agit pas de copier la viande, mais de proposer une expérience culinaire végétarienne esthétique et narrative. C’est une stratégie prisée des chefs de la restauration gastronomique.

Il y a aussi la reconversion, qui va mobiliser des hors-d’œuvre ou des accompagnements traditionnellement végétariens comme plats principaux. Par exemple, des ravioles de Royan, ou une soupe au pistou en guise de plat principal.

On peut encore citer la coproduction, qui laisse le client composer lui-même un plat végétarien selon ses préférences, ou la coexistence, qui consiste à afficher côte à côte alternatives carnées et végétales dans le même menu. On peut également choisir d’importer une expérience gastronomique végétarienne mais issue d’une autre culture, ou encore faire du végétal un pilier identitaire de la marque pour afficher un engagement environnemental et social.

Toutes ces stratégies sont complémentaires et ne sont jamais mutuellement exclusives. Elles peuvent se combiner au sein d’un même restaurant et parfois d’un même repas.


Cet article est la version courte de celui publié par Bruno Cardinale (Université Le Havre Normandie) en septembre 2025.

The Conversation

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ref. Les Français peuvent-ils concevoir un repas de fête sans viande ? – https://theconversation.com/les-francais-peuvent-ils-concevoir-un-repas-de-fete-sans-viande-271964

L’empathie artificielle : du miracle technologique au mirage relationnel

Source: The Conversation – France (in French) – By Emmanuel Carré, Professeur, directeur de Excelia Communication School, chercheur associé au laboratoire CIMEOS (U. de Bourgogne) et CERIIM (Excelia), Excelia

Sommes-nous condamnés à la convivialité programmée ? Pixabay, CC BY

Les intelligences artificielles qui donnent l’impression de comprendre nos émotions se multiplient. Sur Replika ou Snapchat AI, des millions de personnes dialoguent chaque jour avec ces systèmes conçus pour écouter et rassurer. Les modèles de langage, comme ChatGPT, Claude ou Gemini, prolongent cette tendance : leurs réponses empreintes d’approbation et d’enthousiasme instaurent une convivialité programmée qui finit par façonner une norme de dialogue aussi polie qu’inquiétante.


Le psychologue américain Mark Davis définit l’empathie comme la capacité à percevoir les états mentaux et émotionnels d’autrui, à s’y ajuster et à en tenir compte dans sa conduite. Les chercheurs distinguent deux versants : l’empathie cognitive, fondée sur la compréhension des intentions, et l’empathie affective, liée au partage du ressenti. Cette distinction, centrale en psychologie sociale, montre que l’empathie n’est pas une émotion mais relève d’une coordination interpersonnelle.

Dans la vie quotidienne comme dans les métiers de service, l’empathie structure ainsi la confiance. Le vendeur attentif, le soignant ou le médiateur mobilisent des codes d’attention : ton, regard, reformulation, rythme verbal. Le sociologue Erving Goffman parlait d’« ajustement mutuel » pour désigner ces gestes infimes qui font tenir la relation. L’empathie devient une compétence interactionnelle ; elle se cultive, se met en scène et s’évalue. Les sciences de gestion l’ont intégrée à l’économie de l’expérience : il s’agit de créer de l’attachement par la perception d’une écoute authentique et ainsi d’améliorer la proximité affective avec le consommateur.

Quand les machines apprennent à dialoguer

Le compagnon chatbot Replika revendique 25 millions de personnes utilisatrices, Xiaoice 660 millions en Chine et Snapchat AI environ 150 millions dans le monde. Leur efficacité repose fortement sur la reconnaissance mimétique : interpréter des indices émotionnels pour générer des réponses adaptées.

Dès la fin des années 1990, Byron Reeves et Clifford Nass avaient montré que les individus appliquent spontanément aux machines les mêmes règles sociales, affectives et morales qu’aux humains : politesse, confiance, empathie, voire loyauté. Autrement dit, nous ne faisons pas « comme si » la machine était humaine : nous réagissons effectivement à elle comme à une personne dès lors qu’elle adopte les signes minimaux de l’interaction sociale.

Les interfaces conversationnelles reproduisent aujourd’hui ces mécanismes. Les chatbots empathiques imitent les signes de la compréhension : reformulations, validation du ressenti, expressions de sollicitude. Si j’interroge ChatGPT, sa réponse commence invariablement par une formule du type :

« Excellente question, Emmanuel. »

L’empathie est explicitement mise en avant comme argument central : « Always here to listen and talk. Always on your side », annonce la page d’accueil de Replika. Jusqu’au nom même du service condense cette promesse affective. « Replika » renvoie à la fois à la réplique comme copie (l’illusion d’un double humain) et à la réponse dialogique (la capacité à répondre, à relancer, à soutenir). Le mot suggère ainsi une présence hybride : ni humaine ni objet technique mais semblable et disponible. Au fond, une figure de proximité sans corps, une intimité sans altérité.

De surcroît, ces compagnons s’adressent à nous dans notre langue, avec un langage « humanisé ». Les psychologues Nicholas Epley et John Cacioppo ont montré que l’anthropomorphisme (l’attribution d’intentions humaines à des objets) dépend de trois facteurs : les besoins sociaux du sujet, la clarté des signaux et la perception d’agentivité. Dès qu’une interface répond de manière cohérente, nous la traitons comme une personne.

Certains utilisateurs vont même jusqu’à remercier ou encourager leur chatbot, comme on motive un enfant ou un animal domestique : superstition moderne qui ne persuade pas la machine, mais apaise l’humain.

Engagement émotionnel

Pourquoi l’humain se laisse-t-il séduire ? Des études d’électro-encéphalographie montrent que les visages de robots humanoïdes activent les mêmes zones attentionnelles que les visages humains. Une découverte contre-intuitive émerge des recherches : le mode textuel génère davantage d’engagement émotionnel que la voix. Les utilisateurs se confient plus, partagent davantage de problèmes personnels et développent une dépendance plus forte avec un chatbot textuel qu’avec une interface vocale. L’absence de voix humaine les incite à projeter le ton et les intentions qu’ils souhaitent percevoir, comblant les silences de l’algorithme avec leur propre imaginaire relationnel.

Ces dialogues avec les chatbots sont-ils constructifs ? Une étude du MIT Media Lab sur 981 participants et plus de 300 000 messages échangés souligne un paradoxe : les utilisateurs quotidiens de chatbots présentent, au bout de quatre semaines, une augmentation moyenne de 12 % du sentiment de solitude et une baisse de 8 % des interactions sociales réelles.

Autre paradoxe : une étude sur les utilisateurs de Replika révèle que 90 % d’entre eux se déclaraient solitaires (dont 43 % « sévèrement »), même si 90 % disaient aussi percevoir un soutien social élevé. Près de 3 % affirment même que leur compagnon numérique a empêché un passage à l’acte suicidaire. Ce double constat suggère que la machine ne remplace pas la relation humaine, mais fournit un espace de transition, une disponibilité émotionnelle que les institutions humaines n’offrent plus aussi facilement.

À l’inverse, la dépendance affective peut avoir des effets dramatiques. En 2024, Sewell Setzer, un adolescent américain de 14 ans, s’est suicidé après qu’un chatbot l’a encouragé à « passer à l’acte ». Un an plus tôt, en Belgique, un utilisateur de 30 ans avait mis fin à ses jours après des échanges où l’IA lui suggérait de se sacrifier pour sauver la planète. Ces tragédies rappellent que l’illusion d’écoute peut aussi basculer en emprise symbolique.

Quand la machine compatit à notre place

La façon dont ces dispositifs fonctionnent peut en effet amplifier le phénomène d’emprise.

Les plateformes d’IA empathique collectent des données émotionnelles – humeur, anxiété, espoirs – qui alimentent un marché évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Le rapport Amplyfi (2025) parle d’une « économie de l’attention affective » : plus l’utilisateur se confie, plus la plateforme capitalise sur cette exposition intime pour transformer la relation de confiance en relation commerciale. D’ailleurs, plusieurs médias relaient des dépôts de plainte contre Replika, accusé de « marketing trompeur » et de « design manipulateur »”, soutenant que l’application exploiterait la vulnérabilité émotionnelle des utilisateurs pour les pousser à souscrire à des abonnements premium ou acheter des contenus payants.

Si ce n’est pas encore clair au plan juridique, cette délégation de l’écoute a manifestement d’ores et déjà des effets moraux. Pour le philosophe Laurence Cardwell, il s’agit d’un désapprentissage éthique : en laissant la machine compatir à notre place, nous réduisons notre propre endurance à la différence, au conflit et à la vulnérabilité. Sherry Turkle, sociologue du numérique, souligne que nous finissons même par « préférer des relations prévisibles » à l’incertitude du dialogue humain.

Les études longitudinales ne sont pas toutes pessimistes. La psychologue américaine Sara Konrath observe depuis 2008 une remontée de l’empathie cognitive chez les jeunes adultes aux États-Unis : le besoin de comprendre autrui augmente, même si le contact physique diminue. La solitude agit ici comme une « faim sociale » : le manque stimule le désir de lien.

Les technologies empathiques peuvent donc servir d’objets transitionnels (comme « des doudous ») au sens où des médiations permettant de réapprendre la relation. Les applications thérapeutiques basées sur des agents conversationnels, telles que Woebot, présentent d’ailleurs une diminution significative des symptômes dépressifs à court terme chez certaines populations, comme l’ont montré des chercheurs dès 2017 dans un essai contrôlé randomisé mené auprès de jeunes adultes. Toutefois, l’efficacité de ce type d’intervention demeure principalement limitée à la période d’utilisation : les effets observés sur la dépression et l’anxiété tendent à s’atténuer après l’arrêt de l’application, sans garantir une amélioration durable du bien-être psychologique.

Devoir de vigilance

Cette dynamique soulève une question désormais centrale : est-il pertinent de confier à des intelligences artificielles des fonctions traditionnellement réservées aux relations humaines les plus sensibles (la confidence, le soutien émotionnel ou psychologique) ? Un article récent, paru dans The Conversation, souligne le décalage croissant entre la puissance de simulation empathique des machines et l’absence de responsabilité morale ou clinique qui les accompagne : les IA peuvent reproduire les formes de l’écoute sans en assumer les conséquences.

Alors, comment gérer cette relation avec les chatbots ? Andrew McStay, spécialiste reconnu de l’IA émotionnelle, plaide pour un devoir de vigilance (« Duty of care ») sous l’égide d’instances internationales indépendantes : transparence sur la nature non humaine de ces systèmes, limitation du temps d’usage, encadrement pour les adolescents. Il appelle aussi à une littératie émotionnelle numérique, c’est-à-dire la capacité à reconnaître ce que l’IA simule et ce qu’elle ne peut véritablement ressentir, afin de mieux interpréter ces interactions.

Le recours aux chatbots prétendument à notre écoute amène un bilan contrasté. Ils créent du lien, donnent le change, apaisent. Ils apportent des avis positifs et définitifs qui nous donnent raison en douceur et nous enferment dans une bulle de confirmation.

Si elle met de l’huile dans les rouages de l’interface humain-machine, l’empathie est comme « polluée » par un contrat mécanique. Ce que nous appelons empathie artificielle n’est pas le reflet de notre humanité, mais un miroir réglé sur nos attentes. Les chatbots ne feignent pas seulement de nous comprendre : ils modèlent ce que nous acceptons désormais d’appeler « écoute ». En cherchant des interlocuteurs infaillibles, nous avons fabriqué des dispositifs d’écho. L’émotion y devient un langage de surface : parfaitement simulé, imparfaitement partagé. Le risque n’est pas que les interfaces deviennent sensibles, mais que nous cessions de l’être à force de converser avec des programmes qui ne nous contredisent jamais.

The Conversation

Emmanuel Carré ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’empathie artificielle : du miracle technologique au mirage relationnel – https://theconversation.com/lempathie-artificielle-du-miracle-technologique-au-mirage-relationnel-270190

Devrait-on interdire les partis qui menacent la démocratie ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Andrea Martini, Chercheur post-doc Marie Curie, historien, Université Paris 8 – Vincennes Saint-Denis

En Europe comme ailleurs, la montée des groupes d’extrême droite s’impose comme un phénomène majeur. Face à cette menace, les démocraties sont appelées à réagir. Parmi les réponses possibles figurent des mesures répressives, telles que l’interdiction de certains partis politiques. Mais ces stratégies sont-elles réellement efficaces ? En adoptant une perspective rétrospective sur l’histoire des démocraties européennes, il est possible d’en évaluer à la fois les forces et les limites.


Début mai 2025, l’Office fédéral allemand pour la protection de la Constitution a établi que le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) devait être considéré comme une organisation extrémiste. Ce statut permet aux magistrats et aux services de renseignement de mener des investigations plus approfondies sur les activités de l’AfD. Désormais, son interdiction ne peut, en termes absolus, être exclue, du moins selon ce qui est prévu par la Constitution du pays, qui considère comme l’un des scénarios envisageables la dissolution de tous les partis – qu’ils soient de droite ou de gauche – représentant une menace pour la démocratie elle-même (art. 21).

En Allemagne, cette décision de l’Office fédéral pour la protection de la Constitution a déclenché un débat intense, interrogeant l’opportunité de mettre en œuvre des mesures répressives pour protéger la démocratie. Une telle démarche ne risque-t-elle pas d’être contre-productive pour la démocratie elle-même ? La question est extrêmement délicate.

Un regard sur le passé ne peut, à lui seul, apporter une réponse définitive à un enjeu aussi complexe. Pourtant, il permet de donner de la profondeur au débat. D’ailleurs, une mesure telle que l’interdiction d’un parti n’est en rien étrangère à l’histoire des démocraties. C’est ce que montre le champ d’études consacré au concept de « démocratie militante » (ou « protégée »), une notion qui remonte aux années 1930, lorsqu’elle fut employée par le politologue allemand Karl Loewenstein afin de désigner les instruments susceptibles de contrer la montée des mouvements antidémocratiques, dans le cas spécifique l’accession au pouvoir du parti national-socialiste.

Se protéger du fascisme

La fin de la Grande Guerre coïncide avec la chute des grands empires et la naissance de nombreuses démocraties. L’exploit, toutefois, de l’idéologie fasciste en Italie et puis en Allemagne rend ce dernier modèle de plus en plus séduisant. Certains pays choisissent alors de se protéger, donnant naissance à ce que l’on peut considérer comme les premières formes de démocratie militante.

En France, le 10 janvier 1936, la IIIe République adopte une loi autorisant la dissolution des « groupes de combat et milices privées ». Cette mesure vise les ligues d’extrême droite, dont la popularité connaît une croissance exponentielle. À peine quelques semaines plus tard, la loi est appliquée pour la première fois : à la suite de l’agression dont Léon Blum, le leader du Parti socialiste, est victime, la Ligue d’Action française est dissoute.

Peinture murale de la bataille rangée de Cable Street opposant fascistes et antifascistes à Londres, en 1936.
Amanda Slater, CC BY-SA

Durant la même période, le Royaume-Uni décide lui aussi de prendre des mesures face à la montée de l’extrême droite. La menace, ici, porte le nom de British Union of Fascists (BUF), un parti fondé en 1932 par Oswald Mosley. Dès son appellation, la référence au Parti national fasciste de Mussolini est évidente. Les manifestations publiques répétées du BUF font croître le niveau de tension dans le pays, au point que, le 4 octobre 1936, dans l’est de Londres, se déroule la célèbre bataille de Cable Street, qui oppose, d’un côté, les fascistes de Mosley, et de l’autre, les syndicats, des militants de gauche ainsi que des membres de la communauté juive.

En décembre 1936, le gouvernement adopte donc un Public Order Act, qui interdit le port d’uniformes politiques lors des manifestations (donc pas de chemises noires, comme avaient l’habitude d’en porter les partisans de Mosley) et renforce les pouvoirs discrétionnaires de la police pour empêcher certains rassemblements. Ce faisant, le poids réel de Mosley et du BUF diminue drastiquement.

L’immédiat après-guerre

Un deuxième tournant dans l’histoire de la démocratie militante est l’immédiat après-guerre. L’Europe, une fois sortie de la menace nazie et fasciste, considère qu’il est d’une importance capitale d’adopter de mesures destinées à se protéger : se protéger contre la menace fasciste renouvelée et, en même temps, contre la menace communiste, considérée alors comme encore plus sérieuse.

Le Royaume-Uni et la France confirment tout d’abord les lois déjà en vigueur et n’hésitent pas à les appliquer à nouveau. Dans l’immédiat après-guerre, la IVe République française recourt ainsi au dispositif de 1936 pour dissoudre toute une série de petites formations de droite, à commencer par le Mouvement socialiste d’unité française. Le Royaume-Uni fait de même : il s’appuie sur le Public Order Act de 1936 pour empêcher au nouveau parti fondé par Mosley à la fin de 1947, l’Union Movement, d’organiser des meetings publics.

Dans le même temps, les pays qui avaient vécu directement l’expérience du fascisme prennent eux aussi des mesures de précaution. C’est le cas de la République fédérale d’Allemagne (RFA) qui définit dans sa Loi fondamentale comme inconstitutionnels tous les partis qui représentent une menace pour la démocratie, mais aussi de la République démocratique allemande (RDA), où l’idéologie fasciste est naturellement proscrite. C’est également le cas de l’Italie. Là, la Constitution, entrée en vigueur en janvier 1948, interdit dans sa XIIᵉ disposition finale la réorganisation « sous quelque forme que ce soit du parti fasciste dissous ». Ce principe est en outre immédiatement accompagné d’une loi, approuvée en décembre 1947, puis d’une autre en 1952 : la loi Scelba (du nom de son initiateur, Mario Scelba, ministre de l’intérieur démocrate-chrétien), encore en vigueur aujourd’hui.

L’extrême droite malgré la démocratie militante

Il apparaît évident que les démocraties (et les acteurs sociaux qui les animent au quotidien) n’ont pas hésité à intervenir à différents moments de leur histoire pour contenir les risques de l’extrême droite, mais pourquoi alors cette dernière a-t-elle réussi à émerger ?

Nous pourrions répondre en insistant sur le fait que certaines de ces mesures n’ont pas bien fonctionné. C’est, par exemple, le cas de l’Italie, où le choix de se référer, dans les différents dispositifs législatifs uniquement au parti fasciste dissous (celui fondé par Mussolini) rend très difficile l’application de la loi : il est en effet peu probable qu’un parti d’extrême droite tente de reconstituer précisément ce parti.

Cependant, il serait naïf de lier directement la montée des formations d’extrême droite à l’échec des mesures visant à protéger la démocratie. Cela reviendrait à surestimer la portée et l’effet de ces mêmes mesures. Dans le cas de la France, par exemple, il convient de préciser que la législation n’était pas conçue pour faire disparaître n’importe quel parti d’extrême droite, mais uniquement les formations paramilitaires. Même la récente modification du cadre législatif n’a pas modifié substantiellement la situation. L’article L. 212-1 du Code de la sécurité intérieure (CSI), entré en vigueur en mai 2012 (et modifié le 26 août 2021), a abrogé les dispositions de la loi du 10 janvier 1936, sans toutefois en changer la substance. La mesure est donc efficace, comme le démontre le fait que, par décret du 12 juillet 2013, le président de la République a effectivement dissous plusieurs groupes, parmi lesquels Troisième Voie, à la suite de la mort de l’activiste antifasciste Clément Méric, tué le 6 juin 2013 par des sympathisants de ce mouvement (d’autres exemples pourraient être cités). Toutefois, cela n’empêche aucun parti d’extrême droite de participer à la vie démocratique, s’il ne provoque pas « des manifestations armées ou (…) des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens » ou s’il ne présente pas « le caractère de groupes de combat ou de milices privées ». Cela explique donc, par exemple, la capacité du Front national à s’insérer dans l’arène politique.

Le cas allemand nous montre sans aucun doute des lois aux effets plus larges. De nombreux partis y ont été dissous ; le premier étant, si l’on considère l’Allemagne fédérale, le Sozialistische Reichspartei en 1952. Mais là encore, il serait erroné de surestimer la portée de ces mesures : le droit allemand préfère généralement adopter une approche progressive – suspendre les financements publics, par exemple, ou placer les dirigeants sous surveillance. Seulement, dans des cas extrêmes, on en arrive à la dissolution sur laquelle seule la Cour constitutionnelle est habilitée à se prononcer.

Une interdiction contre-productive ?

Juger de l’efficacité des démocraties militantes est une tâche vraiment complexe. Dans tous les cas, il convient de garder à l’esprit que les dispositifs visant à protéger la démocratie sont le produit de contextes historiques spécifiques : ils doivent donc être replacés dans leur époque.

Ces dispositifs ont, dans l’ensemble, généralement fonctionné pour contrer un ennemi à un stade embryonnaire (le BUF au Royaume-Uni et les ligues d’extrême droite en France) et aujourd’hui encore, ils parviennent à exercer un effet dissuasif potentiel, contraignant les partis antidémocratiques – et leurs dirigeants – à se réadapter et à se repositionner. Cette réadaptation formelle pouvant d’ailleurs conduire progressivement à une transformation plus substantielle du parti.

À l’inverse, ces dispositifs semblent à présent perdre de leur efficacité lorsqu’ils deviennent trop « encombrants » – dans le cas de la potentielle interdiction d’un parti populaire comme l’AfD par exemple. Si l’interdiction de petites formations paramilitaires peut rassurer les citoyens, celle de grands partis risquerait d’être perçue comme un acte de force. Un éloignement encore plus grand d’une partie de la population de la culture démocratique serait alors un scénario plus que probable.

The Conversation

Andrea Martini est membre de l’Institut Français de Géopolitique (IFG) de Paris 8. Il a reçu des financements du programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention Marie Skłodowska-Curie n°101150204 (NEXTRIGHT)..

ref. Devrait-on interdire les partis qui menacent la démocratie ? – https://theconversation.com/devrait-on-interdire-les-partis-qui-menacent-la-democratie-267894

Pardons are political, with modern presidents expanding their use

Source: The Conversation – USA – By Stewart Ulrich, Assistant Professor of Political Science, Sam Houston State University

President Trump pardoned Charles Kushner, center, who is the father of his son-in-law Jared Kushner. The senior Kusher now serves as U.S. ambassador to France. Marko Georgiev/AP

President Donald Trump is making full use of his pardon power. This year, Trump has issued roughly 1,800 pardons, or nearly six times the number he issued during the four years of his first term. Granted, about 1,500 of them involved individuals charged for their role in the Jan. 6, 2021, assault on Congress. Still, the pace of Trump’s pardons this year have been nearly unprecedented.

That is, until you remember his predecessor. Joe Biden, at the end of his term, issued a full and sweeping pardon to his son Hunter for gun and drug charges. This was an unprecedented action by a president to pardon his own child, which had never been done before. Biden also granted pardons to several other family members on his final day in office.

Despite serving a single term, Biden holds the record for the most acts of clemency, or pardons combined with commuted sentences, of any president. It’s a record that’s not hard to imagine Trump could break.

As a political scientist who has studied pardons and other aspects of presidential power, I believe that the founders of our nation would be horrified by the contemporary use of the pardon power, which represents a far cry from the unifying act of mercy it was intended to be. While Biden issued pardons to family members, Trump has handed them out to political allies.

It remains to be seen whether this is a slight deviation from course or becomes a permanent pattern for all presidents in the future.

A clear break

There’s no question that Trump and Biden have acted within their authority in issuing pardons for federal offenses. Presidents can extend a pardon, or complete legal forgiveness of a crime, or a commutation, which is the reduction of a sentence. However, individuals pardoned for federal crimes may still face peril in state courts.

This extraordinary power may seem kinglike at first glance, but it was given to the president with a different vision in mind. The founders of the country viewed the pardon power not as a personal token for the president to hand out but as an act of mercy meant to check the other two branches.

Hunter Biden leaves a federal courthouse in Los Angeles after pleading guilty on tax charges.
At the end of his presidency, Joe Biden issued a pardon to his son Hunter, who faced sentencing on gun and tax charges.
Eric Thayer/AP

If Congress passed a law that the president believed was poorly written, or if the courts unfairly punished someone for breaking it, the president could step in and right the wrong. This was seen by the founders as a merciful act, stemming from the tradition of old English law.

Throughout American history, we have seen presidents mostly adhere to this pattern. Both Abraham Lincoln and his successor Andrew Johnson issued pardons and amnesty to former Confederate citizens, with the aim of helping the nation come back together after secession and the Civil War. Harry Truman granted amnesty to certain World War II deserters, while Jimmy Carter granted pardons to hundreds of thousands of individuals who dodged the draft during the Vietnam War.

But toward the end of the 20th century and into the 21st, presidents have used the pardon pen increasingly for personal and political reasons. The inflection point is undoubtedly the pardon of former President Richard M. Nixon in 1974 by his former vice president and successor, Gerald Ford. This was issued a month after Nixon’s resignation in the wake of the Watergate scandal, which involved Nixon’s 1972 reelection campaign spying on his political enemies.

Ford justified his action by citing the need for national unity, saying the pardon would spare the country from a messy and dramatic public trial of a former president. Never before had a high-profile public politician received such a presidential grant, which caused Ford’s public standing to take a hit. Scholars and historians believe the act contributed to his reelection loss in 1976.

Gerald Ford addresses the nation regarding his pardon of Richard Nixon.
In 1974, President Gerald Ford pardoned his predecessor, Richard M. Nixon, seeking to spare the country the divisiveness of a trial involving a former president.
AP

We have since seen Ford’s decision open the door to more pardons of political allies or personal friends. In 1992, George H.W. Bush pardoned officials he had served with in the Reagan administration who were tangled up in the arms-for-hostages, Iran-Contra scandal; Bill Clinton pardoned Democratic donor Marc Rich in 2001; and George W. Bush commuted the sentence of vice presidential aide Scooter Libby in 2007.

Trump’s expanded use

As it happens, Trump issued a full pardon to Libby in 2018. During his first term, Trump also pardoned Charles Kushner, the father of his son-in-law, Jared Kushner.

At the end of his first term, Trump pardoned “”) his former campaign manager Paul Manafort and his friend Roger Stone among other political allies.

Trump’s second term has seen clemency for his former lawyer and friend Rudy Giuliani, as well as crypto executive Changpeng Zhao, whose ties to Trump family businesses have raised questions about the pardon.

Trump’s use of the pardon power does not seem to follow a consistent doctrine or philosophy. Some of his clemency actions seem to contradict his administration’s policy, such as dozens of pardons of drug traffickers, despite the effort to stop drug trafficking in the Caribbean.

The pace of Trump’s pardons and commutations, however, suggests little hesitation. The question looking forward, beyond his presidency, is how much of a precedent his actions, along with Biden’s, may set for their successors.

We know this from earlier expansions of the pardon’s reach, as well as other areas of presidential authority: Few presidents willingly relinquish powers accrued by their predecessors. Once chief executives have exercised a certain type of authority, their predecessors seldom give it back, ultimately increasing the power of the presidency.

The Conversation

Stewart Ulrich does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pardons are political, with modern presidents expanding their use – https://theconversation.com/pardons-are-political-with-modern-presidents-expanding-their-use-271373