De Neropolis à Trumptown, l’ambivalence des dorures

Source: The Conversation – France (in French) – By Matthieu Poux, Professeur des universités en Archéologie romaine et gallo-romaine, Université Lumière Lyon 2

En matière d’architecture comme d’ébénisterie, les dorures ont pour principale fonction de rehausser l’éclat des constructions ou du mobilier afin de manifester l’opulence de leurs propriétaires. Mais quand le temps fait son œuvre, elles acquièrent une nouvelle vertu : masquer leur décrépitude.


Bien avant les fastes de Versailles, symptôme paradoxal des failles de l’Ancien Régime qui l’ont mené à son déclin, le double usage des dorures prévalait déjà sous l’Empire romain. Au début des années 20 avant notre ère, Auguste, premier empereur de Rome, a triomphé de tous ses ennemis, au sénat comme sur les champs de bataille. Parvenu au faîte d’un pouvoir sans partage, au terme d’un siècle de guerres civiles et sociales, il proclame l’avènement d’une nouvelle ère de paix et de prospérité : l’âge d’or (aurea aetas), ou siècle d’or (saeculum aureum), censé marquer le retour aux temps heureux, insouciants et prospères de la Rome des origines.

Du sol au plafond

Cette nouvelle propagande distillée par les poètes de cour (Horace, Virgile, Ovide…) se traduit aussi par un programme de constructions monumentales sans précédent. Forums, édifices de culte, de spectacle et de loisir se multiplient à Rome comme dans toutes les provinces de l’Empire. Leur décoration sculptée ou peinte célèbre les mythes des origines, la nature exubérante et… l’or sous toutes ses formes : lettres dorées, apposées au fronton des nouveaux temples dédiés à l’empereur, statues revêtues de feuilles d’or, jusqu’aux stucs et boiseries des palais impériaux, sont la marque visible d’une richesse recouvrée et inépuisable, tirée du butin et des nouveaux territoires arrachés par Auguste à l’ennemi intérieur et extérieur.

Son lointain successeur Néron, dernier empereur de la dynastie julio-claudienne, portera ce message au paroxysme. Son somptueux palais de plusieurs dizaines d’hectares, construit sur les ruines fumantes de Rome incendiée en 65 de notre ère, était selon le biographe Suétone entièrement décorée de marbres, de peintures, de stucs et de boiseries dorés à la feuille d’or et incrustés de pierreries. Une débauche de moyens déployés du sol au plafond, qui lui a valu le nom de « Maison dorée » (Domus aurea).

La Domus aurea ou Maison dorée est un immense palais impérial de la Rome antique, construit pour Néron, qui couvrait une partie importante de Rome intra muros sur plusieurs dizaines d’hectares.
Matthieu Poux, Fourni par l’auteur

L’indécence de ce Versailles avant la lettre a défrayé la chronique de l’époque, qui prête à Néron l’intention de rebaptiser Rome Neropolis (ville de Néron) et fait naître le soupçon qu’il serait responsable de l’incendie lui-même. Le martyre infligé à une petite communauté d’origine juive, qui se reconnaissait sous le nom de chrétiens, vient opportunément détourner l’attention.

Son propriétaire n’en jouira pas longtemps, puisqu’il est assassiné quelques années plus tard, à la faveur de l’une de ces révolutions de palais qui avaient déjà révélé, sous Caligula, la relative précarité d’un pouvoir impérial qui se voulait absolu. Ses opposants tirent profit d’une conjoncture économique dégradée, souffrant de la fragilité des importations alimentaires, d’un système fiscal inégalitaire et d’une confusion de plus en plus criante entre les finances de l’État et la cassette personnelle de l’empereur. Instabilité politique, explosion des dépenses et dévaluations monétaires annoncent déjà la chute d’un Empire fortement dépendant de son expansionnisme forcené, qui prendra fin une trentaine d’années après la chute de Néron.

Du Neropolis à Trumptown

Le parallèle est facile avec le nouvel « âge d’or » (American Golden Age) proclamé par Donald Trump à la face de l’Amérique. Une référence au Gilded Age (« période dorée »), correspondant à la période de prospérité et de reconstruction consécutive à la guerre de Sécession dans le dernier tiers du XIXᵉ siècle, incarnant sa volonté de mettre un terme aux dissensions politiques et aux difficultés économiques du pays. Ou bien plutôt, une forme de wishful thinking (pensée magique) qui, si l’on en croit les indicateurs, peine encore à se traduire dans les portefeuilles ou dans les sondages.

Quant à sa traduction matérielle, elle ne peut manquer d’interpeller archéologues et historiens de l’Antiquité. Depuis le come-back inattendu de Trump début 2025, l’or a envahi le bureau Ovale et les couloirs de la Maison Blanche : inscriptions, encadrements de tableaux et de portes, moulures, appliques, rideaux… jusqu’aux parasols ornant la terrasse bétonnée qui a remplacé le Rose Garden cher à Jackie Kennedy. L’emblématique East Wing construite par Franklin Roosevelt n’est pas épargnée, qui fera bientôt place à une gigantesque salle de bal dorée du sol au plafond, inspirée de celle qui orne la résidence personnelle de Trump à Mar-a-Lago en Floride.




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La frénésie édilitaire du président réélu va jusqu’à planifier la construction, avant le 4 juillet 2026, d’un arc de triomphe dans la droite lignée de Napoléon… et d’Auguste, à qui l’on doit le premier arc de triomphe en pierre érigé à Rome.

En moins d’un an, l’or sur fond blanc est devenu la marque de reconnaissance de la présidence Trump et en constituera, à n’en pas douter, l’empreinte archéologique, avec ses projets immobiliers et « d’embellissement » démesurés à plusieurs centaines de millions de dollars, dans une Amérique dont le taux d’endettement dépasse les 120 % du PIB et où un dixième de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté.

Le syndrome de Midas

Ce cadre étincelant suffira-t-il à masquer les velléités totalitaires d’un exécutif qui, bien que légitimement élu, est marqué depuis un an par une soumission rampante du Sénat, de la Chambre des représentants, des forces armées et militaires ? à occulter une précarité économique devenue la principale cause de l’impopularité croissante du locataire de la Maison Blanche ? Les prochaines échéances électorales – à supposer qu’elles puissent se tenir dans des conditions normales – fourniront un premier élément de réponse. Si de nouveaux boucs émissaires ont déjà été désignés, pour détourner l’attention de cette confusion croissante entre intérêts publics et privés, les palais dorés ont rarement pour vertu d’apaiser la révolte populaire.

Et dans l’histoire, comme dans les mythes, les exemples sont légion de ces monarques outranciers qui, de Midas à Néron, se sont distingués par leur faculté à transformer l’or en plomb.

Statue équestre de Marc Aurèle en bronze doré, musées du Capitole, Rome.
Wikimeédia, CC BY

Comparaison n’est certes pas raison et Washington apparaît bien éloignée de Rome. On aurait pourtant tort d’y voir une simple analogie formelle, dont l’anachronisme ferait l’impasse sur la nature radicalement différente des sociétés antique et contemporaine. De fait, deux siècles de démocratie pèsent peu face aux cinq siècles d’existence de la République romaine.

Le génie d’Auguste a consisté à imposer à son peuple un nouveau régime d’essence monarchique et totalitaire (le principat), tout en préservant en façade le maintien des institutions républicaines (sénat, comices, magistratures civiles et religieuses…). Si son succès s’appuie sur une forme de consensus, il doit plus encore à une propagande omniprésente véhiculée par la littérature, les images et de simples ornementations dont on aurait tort, aujourd’hui, de minimiser le pouvoir insidieux.

L’histoire ne lui donnera pas tort, puisque son empire lui survivra pendant près de quatre siècles avant que l’aggravation de la situation politique, économique et migratoire par ses héritiers ait définitivement raison des fastes de l’âge d’or. Pour autant, les soubresauts et renversements dynastiques qui émaillent les premières décennies de l’Empire romain en ont tôt fait apparaître les craquelures. Nul ne peut nier qu’elles fracturent déjà l’Amérique de Trump, dont les frasques évoquent de plus en plus celles d’un Néron – un homme de spectacle, lui aussi ! Cette leçon dispensée du fond des âges n’a pas forcément vocation à voir l’histoire se répéter. Mais elle offre une grille de lecture pour tenter de comprendre et d’anticiper le monde qui vient.

The Conversation

Matthieu Poux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. De Neropolis à Trumptown, l’ambivalence des dorures – https://theconversation.com/de-neropolis-a-trumptown-lambivalence-des-dorures-271265

80 ans de la Sécurité sociale : revenir à l’esprit fondateur pour couvrir davantage de risques

Source: The Conversation – France in French (3) – By Philippe Batifoulier, Professeur d’économie / CEPN (UMR 7234 CNRS), Université Sorbonne Paris Nord

La Sécurité sociale couvre aujourd’hui différents secteurs (maladie, accident du travail, retraite, perte d’autonomie, famille) grâce à ses différentes caisses. Malgré le recul de certains droits sociaux, cette institution, née de la Résistance, reste résolument moderne. Elle pourrait même servir de modèle de protection sociale face à d’autres risques, par exemple ceux dûs au dérèglement climatique ou à l’insécurité alimentaire.


L’année 2025 est l’occasion de nombreuses manifestations visant à célébrer les 80 ans de la Sécurité sociale. Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 marquent une étape importante de l’histoire de France.

Dans son article 1, l’ordonnance du 4 octobre dispose que :

la Sécurité sociale est « destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent. »

Née de la Résistance

Si les ordonnances d’octobre 1945 fournissent un point focal, elles ne sont que de l’encre sur du papier et il faut à la fois tout un processus pour en arriver là et toute une énergie pour que la loi se traduise concrètement par des droits sociaux.

Ce processus passe par l’adoption, le 15 mars 1944, du programme du Conseil national de la Résistance (CNR) initialement baptisé « Les jours heureux », qui prévoit un « plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail. »

La date est importante et montre que la Sécurité sociale s’inscrit dans un mouvement de résistance non seulement face à l’occupant mais aussi face à un pôle collaborateur qui promeut sa propre conception de la protection sociale – la France de Vichy.

L’énergie est celle de ceux qui ont construit des caisses primaires de sécurité sociale à partir du 1er juillet 1946. Il ne suffit pas de décréter des droits. Il faut les organiser, il faut des lieux où les assurés vont pouvoir les faire valoir. C’est sous l’impulsion du ministre communiste Ambroise Croizat et du haut fonctionnaire Pierre Laroque, révoqué par Vichy parce juif, que vont se mettre en place les guichets de sécurité sociale.

Face au refus de participation de la Confédération française des travailleurs chrétiens, ce sont essentiellement les militants de la Confédération générale du travail qui construisent les caisses de sécurité sociale.

Cinq risques couverts : vieillesse, maladie, maternité, décès et invalidité

Les assurances sociales existaient avant 1945, en particulier avec les lois de 1928-1930 qui promulguent une protection obligatoire des salariés de l’industrie et du commerce dont le salaire est inférieur à un plafond. Un financement par le biais d’une cotisation obligatoire représentant 8 % du salaire et payée, en part égale, par l’employeur et par l’employé est mis en place.

Il repose également sur l’identification de cinq risques : la vieillesse, la maladie, la maternité, le décès et l’invalidité. À ces lois s’ajouteront une loi sur les allocations familiales en 1932 et une loi sur les retraites en 1941 qui instaure le régime de retraite par répartition ainsi que le minimum vieillesse. La Sécurité sociale hérite de cette histoire. Mais toute la population n’est pas couverte du fait du mécanisme de plafond d’affiliation (qui exclut les salariés les mieux rémunérés) et de la variété des statuts hors salariat.

Le régime général, une institution révolutionnaire

L’innovation majeure de 1945 est la création du régime général (RG) qui est une institution révolutionnaire. Sa radicalité s’incarne par la création d’une caisse unique (pour tous les travailleurs et tous les risques sociaux), une cotisation sociale interprofessionnelle à taux unique alors qu’elle dépendait auparavant de l’entreprise, et une gestion de la Sécurité sociale par les « intéressés », c’est-à-dire les salariés cotisants. Cette organisation confère donc aux salariés eux-mêmes la gestion de l’institution (en majorité face au patronat aussi représenté dans les caisses).

La Sécurité sociale n’est pas une institution étatique et reste encore une institution de droit privé qui remplit une mission de service public. L’État est mis à distance notamment parce qu’une majorité de parlementaires a voté les pleins pouvoirs à Pétain. Tous les grands corps sont discrédités, en particulier le patronat qui s’est compromis avec l’occupant nazi. La gestion du budget de la Sécurité sociale est confiée aux résistants, les travailleurs.

Dès 1946, le régime général est une bataille et doit faire face à de nombreux opposants. Les gestionnaires ouvriers sont mis en procès pour mauvaise gestion des comptes et les débats du Parlement en 1946 révèlent que les arguments contre la « Sécu » n’ont pas changé : les cotisations freinent la compétitivité des entreprises (à l’époque, c’est la concurrence japonaise qui était visée), les assurés fraudent les prestations, seuls les plus pauvres doivent être ciblés par la « Sécu » et il faut laisser les autres s’assurer comme ils l’entendent, etc.

L’étatisation de la Sécurité sociale

L’État, qui n’a jamais réellement disparu en gardant la main sur le niveau des cotisations et de certaines prestations, va progressivement reprendre le pouvoir sur les intéressés et transformer la Sécurité sociale en une agence d’État.

Cette étatisation s’incarne dans quatre processus fondamentaux :

  1. La gestion par les intéressés qui est l’innovation majeure de 1945–1946 se traduisait par des conseils d’administration des caisses primaires constitués de trois quarts de représentants syndicaux et un quart de représentants patronaux. La réforme Jeanneney de 1967 introduit un paritarisme et donne le même nombre de sièges aux organisations patronales.
    Cette réforme met fin aussi au principe de la caisse unique en créant trois caisses au sein du régime général, celles que nous connaissons aujourd’hui : la Caisse nationale d’assurance maladie ou CNAM (vouée aux maladies et accidents du travail), la Caisse nationale d’assurance vieillesse ou CNAV (qui concerne la retraite) et la Caisse nationale des allocations familiales ou CNAF (plus couramment appelée la CAF, en charge de la famille). La Caisse nationale des solidarités pour l’autonomie ou CNSA est venue se rajouter en 2021.

  2. Depuis le plan Juppé de 1995, le Parlement vote chaque année le budget de la Sécurité sociale. Les prestations sociales et notamment les dotations hospitalières sont tributaires des arbitrages budgétaires de l’État et de l’austérité budgétaire. Le choix de ce qu’il faut financer ou définancer, les règles de calcul, est la propriété des parlementaires et non plus de la représentation ouvrière.

  3. Le pouvoir d’État s’accompagne d’une prolifération d’agences et de bureaucraties techniques comme la Haute Autorité de santé (HAS), l’Union nationale des caisses d’assurance maladie ou encore les agences régionales de la santé (ARS). Avec ces agences, l’État central recentralise la politique sociale. Ainsi, pour la politique hospitalière, les ARS sont-elles dirigées par un « préfet sanitaire » directement nommé par le gouvernement et qui désigne lui-même les directeurs hôpitaux. La chaîne de commandement va du ministère à l’hôpital.

  4. Enfin, la réappropriation de la Sécurité sociale par l’État s’observe dans la fiscalisation croissante de la protection sociale avec la contribution sociale généralisée (CSG). Cet impôt, créé en 1991 avec un taux de 1,1 %, vaut aujourd’hui 9,2 % en régime normal. Son taux est fixé par l’État et il est prélevé sur d’autres revenus que les revenus du travail, comme les pensions de retraite et les allocations chômage. Contrairement à la cotisation sociale, la CSG n’ouvre pas de droits sociaux en contrepartie.

Du fait de cette fiscalisation, en 2024, la part des cotisations sociales n’était plus que de 48 % des recettes des administrations de sécurité sociale (contre 90 % à la fin des années 1980)

Ne pas fantasmer la « Sécu de 45 »

Cette évolution va de pair avec des droits de meilleure qualité aujourd’hui qu’en 1946. Il ne faut pas fantasmer la « Sécu de 45 », car l’essentiel des dépenses de sécurité sociale concernait les allocations familiales, les dépenses de santé étant principalement constituées des indemnités journalières et la Sécurité sociale était largement genrée puisque faite pour « Monsieur Gagnepain » et non « Madame Aufoyer ».

Cependant, l’étatisation a aussi accompagné, depuis les années 1980, un recul des droits sociaux avec les réformes successives sur les retraites et la santé en particulier, toujours menées pour « sauver la Sécurité sociale ».

Vers des « Sécurités sociales » climatique, de l’alimentation… ?

La Sécurité sociale reste une institution très populaire. Si elle était une institution de la résistance, elle n’est pas pour autant une institution du passé. Au contraire, elle incarne la modernité. D’abord, en 1945-1946, elle répond de façon inédite à l’incapacité du capitalisme à répondre à la question sociale. Ensuite, de nos jours, elle offre un moyen de penser l’avenir sur de nombreux domaines.

La variété des propositions d’extension de la Sécurité sociale à d’autres risques en témoigne. Un rapport récent publié par le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (anciennement France Stratégie) pose l’hypothèse d’une Sécurité sociale climatique. L’argumentation s’appuie sur la grande proximité entre le risque climatique et le risque social. Ces deux risques sont collectifs et très difficiles à individualiser.

Qui est responsable des inondations et comment organiser la couverture de risque avec les outils habituels du monde de l’assurance ? Une sécurité sociale climatique pourrait non seulement être plus égalitaire et plus économe, mais son ampleur financière pourrait solvabiliser les travaux d’adaptation au changement climatique qu’aucun assureur individuel ne pourrait prendre en charge.

L’autre grand champ de développement de la sécurité sociale concerne la Sécurité sociale de l’alimentation. Partant du constat de l’échec des politiques alimentaires (à distribuer de la nourriture à tous en quantité et en qualité suffisante), alors même que le secteur est largement subventionné, les expérimentations de Sécurité sociale de l’alimentation s’inspirent largement des outils de la Sécurité sociale : conventionnement, cotisation, caisse, pouvoir démocratique des intéressés, etc. Ces projets s’inscrivent dans des conceptions populaires de l’écologie qui renouvellent les formes de lutte.

En plus du climat et de l’alimentation, beaucoup d’autres activités font l’objet de réflexions à partir de la Sécurité sociale. Ainsi la Sécurité sociale des décès invoque une mutualisation des coûts de la fin de vie dans un contexte où les funérailles sont souvent hors de prix et s’ajoutent à la charge mentale et au travail des sentiments.

Ce foisonnement de plaidoyers pour l’extension de la sécurité sociale concerne aussi la culture ou l’énergie, etc. La Sécurité sociale – mais laquelle ? – n’est-elle pas un exemple à généraliser ? Car, pour beaucoup, la Sécurité sociale est une institution capable d’organiser collectivement et démocratiquement la société. Elle permet à chacun de trouver sa place en échappant à toutes les formes d’insécurités économiques, politiques et sociales.

La Sécurité sociale est résolument une institution de la modernité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. 80 ans de la Sécurité sociale : revenir à l’esprit fondateur pour couvrir davantage de risques – https://theconversation.com/80-ans-de-la-securite-sociale-revenir-a-lesprit-fondateur-pour-couvrir-davantage-de-risques-271694

With UK unemployment rising, will the goverment’s plan for young people pay off? An economist’s view

Source: The Conversation – UK – By Rachel Scarfe, Lecturer in Economics, University of Stirling

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There are nearly one million young people in the UK who are not in employment, education or training (so-called Neets). After falling in number during the 2010s before the pandemic, this cohort of 16 to 24-year-olds has grown from 750,000 only six years ago. This is a worrying shift, for several reasons.

Research shows that a spell of unemployment at a young age can have outsized negative effects on the young person. Workers who were unemployed for even a short time at a young age have to contend with lower wages and poorer mental health even years later. In the three months to October, unemployment in the UK climbed to 5.1%, with young people particularly badly affected.

To address these challenges, the UK’s autumn budget introduced a package of measures intended to help young people move into stable work. The announcements include more apprenticeships, employment support and a guaranteed work placement for long-term unemployed young people.

There were also policies aimed at young people already in work. The government previously promised to abolish the “discriminatory” lower minimum wage for 18 to 20-year-olds. As a step towards that, the minimum wage for this age group will increase by 85p per hour in April 2026, from £10 to £10.85. This compares to an increase of 50p per hour, from £12.21 to £12.71, for workers aged 21 or over.

To make sure employers play by the rules, the government also announced stricter enforcement of employment regulations, including the minimum wage, by the new Fair Work Agency.

Together, these policies have a range of implications for young workers. The minimum wage increase means that full-time workers aged over 21 will earn around £900 more per year. And those aged 18 to 20 will receive about £1,500 more.

Stronger enforcement should reduce the risk of young people being underpaid. This year, more than 40,000 workers won compensation for earning less than the minimum wage. But of course, these are only employees of firms that have been caught – the actual number of underpaid workers is likely to be higher. More effective enforcement should boost workers’ pay and living standards.

The guaranteed jobs scheme is expected to create around 55,000 jobs – and research indicates that programmes of this kind can help young people remain in employment even after the placement ends. More funding for apprenticeships also opens up opportunities for young people to enter skilled careers.

The other side of the coin

But there are also downsides. Although the minimum wage has increased substantially over the past few years from a maximum of £8.91 in 2022 to £12.71 from April, living costs have been rising as well. As the table below shows, increases in other costs have absorbed much of the rise. In particular, average monthly rents have been rising nearly as fast as the minimum wage over the last few years.

Not only that, but employers may respond to higher minimum wages by reducing new hires or relying more heavily on flexible arrangements, such as zero-hours contracts. Evidence shows that as the minimum wage has risen, employers have moved towards flexible, temporary and hourly-paid jobs.

This is concerning for full-time workers, but also for young people relying on part-time work in sectors such as hospitality or retail while studying.

For businesses, the debate has centred on rising costs, but the picture is actually more nuanced. Higher minimum wages do increase labour and administration costs. And employing young workers can be riskier – they have less experience and it is not easy for firms to know how productive they might be compared to more seasoned workers. As a result, higher minimum wages for young workers can encourage firms to substitute towards hiring older, and possibly less risky, workers.

A more cautious approach might have been for the government to address the challenges for young people sequentially, first expanding employment opportunities, and then later raising their minimum wage.

Yet the measures in the budget could create opportunities. Evidence has consistently shown that higher minimum wages can reduce staff turnover by encouraging workers to stay in their jobs, which are now worth more to them. This is particularly true for younger workers, who tend to move jobs more often. This can lower recruitment costs and reduce interruptions for businesses, especially when they have invested in training staff.

Small and medium-sized firms will benefit directly from government-funded apprenticeships. They will no longer have to pay 5% of the training costs, making employing an apprentice more cost effective. And more flexible rules around apprenticeships give businesses greater freedom to tailor training to their needs, helping them build a workforce with relevant skills at a time of increasing technological change.

Today’s young people face significant uncertainty – nobody knows what the labour market will look like in five years’ time. But these changes represent a modest step towards supporting them.

But by increasing the minimum wage at the same time, the government is taking a gamble. On the one hand, higher wages alongside policies aimed at reducing the number of Neets could help young people into work and encourage them to stay there. But on the other, the wage increase could undermine these efforts if firms begin hiring fewer young workers. In that case, even well-designed employment schemes would struggle to offset the loss of opportunities.

The Conversation

Rachel Scarfe is a member of the Labour Party.

ref. With UK unemployment rising, will the goverment’s plan for young people pay off? An economist’s view – https://theconversation.com/with-uk-unemployment-rising-will-the-goverments-plan-for-young-people-pay-off-an-economists-view-271993

How cranberries can be a Christmas cracker for health this festive season

Source: The Conversation – UK – By Dipa Kamdar, Senior Lecturer in Pharmacy Practice, Kingston University

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From festive sauces to brightly coloured juices, cranberries have long been part of our diets. Beyond their tart flavour and seasonal appeal, these red berries are often described as a superfood with several potential health benefits.

Cranberry supplements are promoted as a convenient way to get these benefits without the sugar or sharp taste of the juice. So what does the science actually say about cranberries, and are supplements as effective as eating the fruit?

Cranberries are best known for their role in helping prevent urinary tract infections (UTIs). The fruit contains compounds called proanthocyanidins. These compounds appear to stop bacteria such as E. coli from sticking to the lining of the urinary tract, which is one of the first steps in developing an infection. This explains why cranberry products may help prevent UTIs, although they do not treat infections once bacteria have already attached and multiplied. Research supports cranberry’s preventive role in women who experience recurrent infections and in children, although results vary between studies. One study found both cranberry juice and tablets reduced UTI rates in women, but tablets worked slightly better and were more cost-effective. Both forms reduced antibiotic use compared with placebo.

Hand pouring cranberry juice into a glass with ice cubes. A bowl of fresh cranberries is nearby.
Some research suggests cranberry juice can help reduce urinary tract infections in women and children.
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Cranberries have also been investigated for their effects on heart health. They are rich in antioxidants such as anthocyanins, proanthocyanidins and quercetin. Antioxidants help protect cells from damage caused by unstable molecules called free radicals. Research shows that cranberry juice or extracts can improve several risk factors for heart disease.

These include raising levels of HDL cholesterol, often called good cholesterol because it helps remove excess cholesterol from the bloodstream, and lowering LDL cholesterol in people with diabetes. LDL is sometimes described as bad cholesterol because high levels can build up in artery walls, and it becomes even more harmful when it is oxidised. Oxidised LDL is more likely to stick to artery walls and fuel inflammation, which contributes to plaque formation. Cranberries’ antioxidants may help slow this process. They may also improve flexibility in blood vessels, reduce blood pressure and lower homocysteine, an amino acid linked to inflammation at high levels. However, not all studies report the same findings, so the evidence remains mixed.

Researchers are also studying cranberries for their possible role in cancer prevention. Lab and animal studies show that cranberry compounds, including ursolic acid, may slow the growth of tumour cells. Some compounds have anti-inflammatory effects, which is important because chronic inflammation can contribute to the development of cancer. A clinical trial found that cranberry juice may help reduce the risk of stomach cancer by blocking H. pylori, a bacterium strongly linked to this form of cancer, from attaching to the stomach lining. Adults who drank about two glasses of cranberry juice had lower infection rates. Lab and animal studies point to other possible anti-cancer effects, and upcoming research will determine whether these laboratory findings translate to humans.

The antioxidant and anti-inflammatory properties of cranberries may also support brain health. A 2022 study found that adults who consumed freeze-dried cranberry powder each day, which is equivalent to about 100 grams of fresh cranberries, showed better memory for daily tasks and improved blood flow to brain regions involved in learning. They also had reduced LDL cholesterol. High LDL can contribute to hardened arteries, which affects circulation.

Cranberries may also support the immune system. Studies suggest their natural compounds can make it less likely to catch colds or flu. Cranberries are a source of vitamin C, vitamin E, carotenoids and iron, all of which contribute to normal immune function.

Supplements, juice and whole fruits

Cranberry supplements are often promoted as an easier alternative to juice or fresh fruit. They deliver concentrated extracts of dried, powdered cranberries, usually standardised to contain a set amount of proanthocyanidins. This allows people to obtain active compounds without the sugars found in many commercial cranberry juices. However, whole fresh or frozen cranberries provide fibre and a wider range of nutrients that may be missing in supplements. Eating fruit also encourages healthier overall habits, while capsules can tempt people to treat them as a shortcut.

Wooden spoon with cranberry supplements and fresh cranberries in a bowl berries
Supplements provide concentrated extracts of dried, powdered cranberries but the whole fruit provides fibre and a wider range of nutrients too.
Pixel-Shot/Shutterstock

For most people, cranberries are safe to consume in moderation. Large amounts of juice or supplements can cause stomach upset or diarrhoea. Cranberries contain oxalates, natural chemicals that may contribute to kidney stones in people who are prone to them. Sweetened cranberry juices can also undermine potential health benefits by raising sugar intake.

The most important safety concern is the potential interaction between cranberries and certain medicines. Some case reports suggest cranberry juice may enhance the blood thinning effect of warfarin, which increases the risk of bleeding. Evidence is inconsistent, but people taking warfarin are usually advised to avoid large quantities of cranberry products. There may also be interactions with other drugs processed by the liver, although these effects are not well established.

Cranberries, then, whether eaten whole or taken as supplements, offer real health benefits, especially in reducing the risk of recurrent urinary tract infections. They may also support heart health, reduce inflammation and provide some protection against certain cancers, although the evidence for these effects is less clear. Supplements cannot replace a balanced diet, and whole cranberries provide additional nutrients and fibre that extracts cannot match. Some people should exercise caution, particularly those at risk of kidney stones or those taking specific medications.

Cranberries are not a magic solution, but they can be a valuable addition to the table, whether in a festive sauce, a handful of fruit or an occasional supplement. Enjoy them for their flavour and colour, and consider any health benefits a welcome bonus.

The Conversation

Dipa Kamdar does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How cranberries can be a Christmas cracker for health this festive season – https://theconversation.com/how-cranberries-can-be-a-christmas-cracker-for-health-this-festive-season-269522

Doubts about women in combat don’t stand up to history

Source: The Conversation – UK – By Ashleigh Percival-Borley, PhD Candidate in the Department of History, Durham University

British special forces soldiers take part in a training exercise. PRESSLAB / Shutterstock

Germany has unveiled plans to introduce voluntary military service. From January 2026, all 18-year-old men will be required to complete a questionnaire asking if they are interested and willing to join the armed forces. Women will not be required to fill out this form.

Across Europe, the pattern is similar. In countries where military service is compulsory such as Austria, Cyprus, Estonia, Finland, Greece, Latvia, Lithuania, Switzerland and Ukraine, women’s enlistment remains voluntary.

The German government’s move, which has sparked a debate within the country about the role of women in the armed forces, comes months after the US defence secretary, Pete Hegseth, said in a speech to a hall of generals that if “no women qualify for some combat jobs, then so be it”.

As a former British Army combat medic who served in Afghanistan, what I recognise here is an age-old myth that war is, and always has been, a man’s world.

During my military service, I learned the different sounds made by bullets whizzing past my ears or pinging overhead. I also became familiar with the unmistakable ringing after an IED explosion. I know from experience that competence, professionalism, teamwork and a certain amount of luck all matter on the battlefield. A person’s gender does not.

History agrees with this sentiment. From the Scythian warriors of the ancient steppes – the inspiration for the Amazons’ race of women warriors in Greek mythology – and Viking shieldmaidens, to the Japanese samurai and women fighting in the crusades, evidence reveals women not only participating in battle but leading it.

The modern era has been no different. Women like Harriet Tubman guided raids during the American civil war in the 19th century.

Polish women performed crucial roles in the Warsaw uprising against German forces in 1944. And Britain’s female agents in the Special Operations Executive (SOE) assassinated, sabotaged and led resistance forces in the second world war.

A portrait image of Odette Hallowes.
Odette Hallowes joined the Special Operations Executive in 1942 and was sent to occupied France to work with the French resistance.
Imperial War Museums / Wikimedia Commons

Yet these women are largely remembered as exceptions, having performed extraordinary roles due to wartime necessity, rather than as proof of a long tradition of competence and ability under fire. Their stories remain at odds with the wider war narrative in a culture that is uncomfortable seeing women as combatants.

This was evident in Britain following the second world war, which saw the largest mobilisation of women for war work in history. Women were called upon to carry out a variety of war roles, including pilots and anti-aircraft gunners. Some women even parachuted into occupied territories as secret soldiers.

These roles allowed women to bypass the combat taboo. Yet they were still regarded as temporary, effectively excluding them from the broader war story. After the war ended, there was a strong push in Britain for women to return to traditional roles as housewives and mothers.

This was not new. Following the first world war, the 1919 Restoration of Pre-War Practices Act forced women out of the jobs they had taken during the war so that returning soldiers could be reinstated. There was no similar law following the second world war, but the government and media still encouraged women to leave working roles and focus on home life.

Magazines promoted the idea of the perfect homemaker, with Christian Dior’s 1947 “new look” fashion collection reinforcing a nostalgic vision of femininity that symbolised the broader cultural return to pre-war gender norms.

Some women welcomed this return to gendered ideals, others resisted. Pearl Witherington, an SOE agent who commanded 3,500 Maquis resistance fighters in France, was recommended for a Military Cross medal following the war. But, as a woman, she was not allowed to receive it.

Witherington refused a civil MBE honour when offered it instead, writing in a letter to Vera Atkins, an intelligence officer in the SOE: “The work which I undertook was of a purely military nature in enemy occupied country … The men have received military decorations, why this discrimination with women when they put the best of themselves into the accomplishment of their duties?”

Witherington became so important in Nazi-occupied France that the Germans put up posters offering one million francs for her capture. The reluctance to recognise her achievements shows how women’s military service was quietly stripped of its combat significance in the post-war years.

Excluding women no more

Modern conflicts have made the exclusion of women’s presence in war increasingly untenable. Insurgencies, as well as cyber and drone warfare, mean the boundaries between combatants and non-combatants have become much more blurred. Many wars nowadays no longer have clear frontlines, making it harder to distinguish between those who fight and those who don’t.

The increasing complexity of modern battlefields has demanded broader thinking and adaptability beyond traditional combat practices. This shift has contributed to the adoption of gender-neutral military standards and the more widespread inclusion of women in combat roles in many armies.

A female soldier in the Ukrainian army with a Ukraine flag wrapped around her.
Women are serving on the frontlines in Ukraine.
Dmytro Sheremeta / Shutterstock

The British Army has employed gender-neutral physical standards for combat roles since 2019. Male and female recruits must pass a 4km march carrying 40kg of equipment in less than 40 minutes, followed by a 2km march carrying 25kg of equipment in under 15 minutes.

The Australian Defence Force has adopted similar standards since 2017, while the Canadian military has been employing women in combat roles for 25 years. As a former combat medic, I support this approach.

War has always been a test of human skill and courage, not of gender. A bullet doesn’t care which body it shatters and nor should history.

The Conversation

Ashleigh Percival-Borley does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Doubts about women in combat don’t stand up to history – https://theconversation.com/doubts-about-women-in-combat-dont-stand-up-to-history-268589

Teenagers are preparing for the jobs of 25 years ago – and schools are missing the AI revolution

Source: The Conversation – UK – By Irina Rets, Research Fellow, Institute of Educational Technology, The Open University

Matej Kastelic/Shutterstock

The government has recently released its national youth strategy, which promises better career advice for young people in England. It’s sorely needed: for teenagers today, the future of work probably feels more like a moving target than a destination. Barely three years after ChatGPT went mainstream, the labour market has already shifted under young people’s feet.

In the US, job postings for roles requiring no degree have dropped by 18% since 2022, and roles requiring no prior experience by 20%. Administrative and professional service jobs – once key entry points for school-leavers – are down by as much as 40%.

While headlines often warn of looming mass job losses due to GenAI, the reality is more complex. Jobs are not simply disappearing but transforming, and new kinds of jobs are appearing.

Research has projected that the adoption of new technologies will displace around two million jobs in the UK by 2035. However, this loss is expected to be offset by the creation of approximately 2.6 million new roles, particularly in higher-skilled occupations and healthcare roles.

Despite a transformed job market, OECD data from 80 countries shows that most young people still aim for traditional roles – as architects, vets and designers as well as doctors, teachers and lawyers – even as demand rises in digital, green and technical sectors. One-third of students in the OECD survey said school has not taught them anything useful for a job.

Students from more disadvantaged backgrounds are hit hardest. They engage less in career development activities, have less access to online career information and are less likely to recognise the value of education for future transitions.

Meanwhile, the very skills young people say they lack – digital skills and being informed, followed by drive, creativity and reflection – are the ones the labour market now demands.

The workforce challenge is, fundamentally, an education challenge. But schools aren’t keeping up with the world students are entering. Despite unprecedented labour-market change, teenagers’ career aspirations have not shifted in 25 years.

While older students and graduates often have networks or some workplace experience to fall back on, school-leavers do not. Yet they need to prepare for a future in which the labour market is changing faster than ever.

Future-proof skills

Young people are told they need “skills for the future”. But the evidence about which skills matter is messy, uneven and often contradictory.

A few things are clear, though. One is that digital and AI-related skills now carry significant premiums. Workers with AI or machine-learning skills earn more, and early evidence suggests that GenAI literacy can boost wages in non-technical roles by up to 36%.

Cognitive skill requirements have also surged. Critical thinking, prompt engineering – the ability to ask the right questions and provide clear, context-rich instructions to AI tools to obtain relevant results – and evaluating AI outputs are increasingly valued.

Boy with laptop looking stressed
School leavers are likely to need AI skills in the job market.
MAYA LAB/Shutterstock

However, not everything can be outsourced to AI – especially numbers. While large language models (LLMs) excel at text, they do not perform as well on quantitative tasks that involve pattern detection or numerical reasoning, although this may change with new LLM models. This makes strong numeracy a growing advantage for humans, not a declining one.

Creativity and empathy also matter – even though AI is everywhere. The future paradox is clear: young people are expected to adapt to AI systems while also offering the human qualities that machines cannot. They must be data-savvy and emotionally intelligent, digitally fluent and genuinely collaborative.

It doesn’t help that even employers are confused. Many organisations, especially small and medium-sized businesses, may not fully understand which AI-related skills they need or how to identify them. This confusion shows up in job ads, which shape who applies and who is excluded.

My research with colleagues shows, for example, that language describing jobs influences the gender and racial makeup of applicants. Ads emphasising flexibility and caring qualities tend to attract more women, reinforcing workforce segregation. If employers do not know what skills they need, or what signals they are sending, it is unreasonable to expect schools to fill the gap alone.

Identifying demand

The UK lacks a coordinated national labour market information system that could help schools, policymakers and employers see – in real time – where demand is emerging.

Preparing teenagers for the future cannot be left to a single careers lesson or a one-off talk from a visiting employer. Nor can it rely solely on career advisers operating in isolation.

A whole-school approach, supported by the wider employment and labour-market ecosystem, would make a significant difference. This means linking every subject to real-world skills and careers, and every student routinely encountering employers, workplaces and skills-building opportunities. Teenagers need up-to-date information and advice about higher education and careers, and support that challenges stereotypes and barriers.

This is not about telling students there is a “right” job or a single future path. It is about giving them tools to navigate uncertainty with confidence.

Young people need schools that understand the world they are entering, and employers who understand what they are asking for. Most of all, they need systems that recognise the future of work has changed – and help them change with it.

The Conversation

Irina Rets does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Teenagers are preparing for the jobs of 25 years ago – and schools are missing the AI revolution – https://theconversation.com/teenagers-are-preparing-for-the-jobs-of-25-years-ago-and-schools-are-missing-the-ai-revolution-270630

Christmas at the end of the world: the curious allure of festive apocalypse films and TV

Source: The Conversation – UK – By Andrew Crome, Senior Lecturer in History, Manchester Metropolitan University

Navigating the chaos of Christmas celebrations can feel a bit like fighting through the battle of Armageddon. Yet while it might be tempting to escape this with a hot chocolate and another viewing of Love Actually, Christmas films needn’t be jolly.

Each year brings its share of snowbound action films and bauble-laden slasher movies. But some filmmakers choose to take things a step further – to the apocalypse. If you find yourself longing for the end of civilisation as December 25 nears, fear not – film and TV have you covered.

This link isn’t as counterintuitive as it might seem. In the Christian church calendar, the lead up to Christmas is supposed to heighten anticipation for Christ’s return. The theme of apocalypse resonates through some of the best-known Christmas images: Sandro Botticelli’s famous Mystic Nativity(1500), for example, depicts the birth of Christ along with scenes from the Bible’s Book of Revelation. An inscription declares that the artist was living through “the second woe of the Apocalypse”.

My research has explored how and why popular culture might use Christmas when depicting “the end”. Like the Ghost of Christmas yet-to-come, I can therefore point you in the direction of some of the best festive end-times stories.

The trailer for Night of the Comet.

Some seasonal horror films use festive settings to add a lighter, playful touch. In the December zombie apocalypse Night of the Comet (1984), Christmas trees and Santa suits appear amid the chaos, while Scottish musical horror Anna and the Apocalypse (2017) creatively turns giant candy canes into weapons against the undead.

Others use the holiday to generate strong emotions. As the most widely celebrated cultural festival in the west, depictions of Christmas have an obvious emotional appeal. This is why the imminent destruction of Earth sees families recreate Christmas celebrations at all times of the year as they await the end, as in Last Night (1998) or the Netflix animation Carol and the End of the World (2023).

TV shows, from Fear the Walking Dead (2015) to the comedy The Last Man on Earth (2018), have depicted characters drawing strength from memories of festivities or attempting to recreate a post-apocalyptic Christmas.

This reflects religious studies researcher Christopher Deacy’s observation that even secular visions of Christmas often contain a sense of “eschatological hope” – the desire to enter a transformed, ideal and perfected world.

While in English the word “apocalypse” suggests catastrophe or extinction, in Greek the term signifies a “revelation” of reality on both a personal and cosmic level. A last Christmas, therefore, serves as revelatory for characters – as they realise what truly matters to them beyond their own needs, fulfilling one of the classic functions of an apocalyptic story.

Christmas after the bomb

Ancient depictions of the apocalypse, like the Book of Revelation, often sought to confront readers with the horrors awaiting those who did not repent. In apocalyptic media, Christmas can serve a similar, confrontational role. The 1939 animated, Oscar-nominated short Peace on Earth depicted humanity’s destruction through endless warfare, with animals rebuilding a new world after discovering the Bible and the hope of Christmas.

Hanna-Barbera’s 1955 remake, Good Will to Men (also Oscar-nominated), heightened the Dickensian festive imagery before delivering an even more devastating vision, as an elderly mouse graphically recounts humanity’s annihilation by the atomic bomb.

Although Christmas survived the fallout in this instance, in British productions it wasn’t so lucky. The haunting portrayal of the first Christmas after the bomb, in Peter Watkin’s 1965 docudrama The War Game, showed an unshaven and haggard vicar playing Silent Night on a gramophone to traumatised survivors. The carol’s lyrics about hopeful birth and childhood are undercut with narration revealing the fate of survivors – a mother who will give birth to a stillborn child, a child who will be bedbound until death, and other youngsters expressing their desire to die.

Hanna-Barbera’s Good Will to Men.

Even grimmer is the brief festive scene in the BBC’s notorious 1984 nuclear apocalypse film, Threads. A group of shattered survivors sit in silence around a fire, the only soundtrack a baby’s wails in a grim parody of the nativity scene. The on-screen caption identifies the date only as December 25, rather than as Christmas Day. The festival has ceased to exist here; it is a day of subsistence survival like every other.

Perhaps the bleakest depiction in recent years belongs to 2021 British black comedy Silent Night. When a group of British families gather in the country to celebrate Christmas, it slowly becomes apparent they are awaiting certain death at the hands of climate catastrophe on Boxing Day. Armed with government-issued suicide pills and a special “Exit” app, the cosy festive stylings of the majority of the film are replaced by toxic fogs, horrifying injuries and parents euthanising their own children.

These apocalyptic scenarios are what researchers have described as “avertive”. They portray a horrifying future to encourage viewers to fight against it, whether encouraging protest to nuclear proliferation or environmental destruction.

Although this sort of vision might not seem particularly festive, it has a deeper root in Christmas storytelling than we might think. After all, when Scrooge is shown Tiny Tim’s death in A Christmas Carol (1843), or George Bailey the corruption of Pottersville in It’s a Wonderful Life (1946), it is precisely to avert those horrific visions from becoming a reality.

So why not wrap up in a warm blanket, grab a mulled wine, and settle down to consider the end of everything – and your role in it – this Christmas? On second thoughts, maybe Love Actually doesn’t sound so bad.


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The Conversation

Andrew Crome does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Christmas at the end of the world: the curious allure of festive apocalypse films and TV – https://theconversation.com/christmas-at-the-end-of-the-world-the-curious-allure-of-festive-apocalypse-films-and-tv-271025

Se confier à une IA : trois questions juridiques sur les chatbots et l’adolescence

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nathalie Devillier, Docteur en droit international, Auteurs historiques The Conversation France

Aux États-Unis, les plaintes déposées par des parents, à la suite du décès de leur adolescent qui avait noué des relations avec des IA « génératives », interrogent le droit. Dans quelles mesures la responsabilité juridique des concepteurs est-elle engagée ? Et celle des institutions ? Enfin, quelle est la responsabilité collective d’une société qui délègue à des algorithmes le soutien psychologique qu’elle doit à ses enfants ?


Aux États-Unis, trois adolescents sont morts par suicide après avoir développé des relations avec des chatbots d’intelligence artificielle (IA). Entre protection et prohibition, entre innovation technologique et vulnérabilité développementale, le droit cherche encore ses repères. Mais face à un phénomène qui se compte désormais en dizaines de millions d’utilisateurs mineurs, l’urgence n’est plus au diagnostic : elle est à la responsabilité.

L’usage massif des chatbots IA par les adolescents nous confronte à un paradoxe vertigineux. Ces outils comblent un réel vide émotionnel, l’isolement, l’inaccessibilité des soins en santé mentale, la stigmatisation, tout en créant des risques documentés et prévisibles. Quelles réponses le droit apporte-t-il à ces deux réalités ?

Le paradoxe de la protection : ignorer un besoin ou encadrer un risque ?

Les chiffres sont sans appel. Aux États-Unis, selon Common Sense Media, les trois quarts des adolescents auraient déjà conversé avec une IA et environ un tiers d’entre eux font le choix de s’adresser à un chatbot IA plutôt qu’à un humain pour aborder des sujets qui les préoccupent.




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Mais cette apparente solution cache une toxicité algorithmique. Les modèles d’« IA génératives » et leurs grands modèles de langage (ou LLM, abrégé en anglais) échouent, dans un certain nombre de cas, à orienter les utilisateurs dans le désarroi vers des ressources appropriées.

Quelles réponses le droit peut-il apporter ?

Aux États-Unis, le droit tente de s’adapter. La loi de l’État de New York (NY State Senate Bill 2025-S3008C), entrée en vigueur en novembre 2025, impose aux opérateurs de déployer un protocole pour détecter l’idéation suicidaire chez les utilisateurs d’IA et d’indiquer à ceux-ci les services de crise à contacter (comme la ligne de prévention du suicide, 988). Les pénalités peuvent atteindre 15 000 dollars (plus de 12 700 euros) par jour de violation, les fonds collectés alimentant un fonds de prévention du suicide.

La loi californienne (Bill Text – SB-243 Companion chatbots) va plus loin en accordant un droit d’action privé, permettant aux individus lésés de réclamer des dommages et intérêts. Mais ces législations fragmentaires révèlent une approche réactive plutôt que préventive.

L’Union européenne, avec sa loi sur l’intelligence artificielle l’AI Act, adopte une stratégie plus systémique en classifiant les risques ex ante (c’est-à-dire avant qu’ils soient avérés, ndlr).

Les chatbots compagnons devraient être requalifiés comme systèmes à haut risque au motif qu’ils peuvent « affecter matériellement le résultat de la prise de décision » et présenter « un risque significatif de préjudice pour la santé, la sécurité ou les droits fondamentaux ». Cette qualification imposerait des obligations strictes en matière d’évaluation des risques, de qualité des données, de surveillance humaine et de précision.

La solution réside probablement dans une approche graduée par tranche d’âge : interdiction d’accès pour les moins de 13 ans (conformément au droit américain), accès conditionné au consentement parental pour les 13-15 ans avec limitations fonctionnelles, et accès autonome mais encadré pour les 16-17 ans avec garanties procédurales renforcées. Cette architecture juridique reconnaît les capacités évolutives des mineurs tout en maintenant des filets de sécurité adaptés.

La responsabilité des concepteurs : quand le design devient préjudice

En août 2025, les parents d’Adam Raine ont intenté une action contre OpenAI. Ils accusent ChatGPT de lui avoir a offert des conseils techniques sur la façon de procéder à son plan suicidaire. En octobre 2024, Megan Garcia avait déposé plainte contre Character.AI après le suicide de son fils Sewell Setzer, troisième du nom, 14 ans. La plainte inclut des captures d’écran où le bot demande « J’ai vraiment besoin de savoir… as-tu réellement envisagé le suicide ? », et lorsque l’adolescent évoque la peur d’une mort douloureuse, le bot répond « Ne parle pas comme ça. Ce n’est pas une bonne raison de ne pas aller jusqu’au bout » (cf. les notes de transcription de l’audition.

Ces tragédies posent une question juridique fondamentale : quelle est la responsabilité des concepteurs d’IA quand le design, les choix algorithmiques et la captologie créent un risque prévisible ?

La responsabilité repose sur plusieurs fondements technologiques déterminants. Les LLM fonctionnent selon une architecture neuronale où chaque réponse générée résulte de choix de conception délibérés : sélection des données d’entraînement, pondération des objectifs d’optimisation, paramétrage des fonctions de récompense (Reinforcement Learning from Human Feedback, RLHF) et calibrage des mécanismes de sécurité. Ces systèmes ne sont nullement « neutres » ou « autonomes » : ils incarnent les priorités et les valeurs de leurs concepteurs.

Character.AI commercialise sa technologie comme « IA qui se sent vivante », une promesse marketing qui révèle une intentionnalité dans la conception addictive. Les mécanismes d’engagement (notifications push, personnalisation poussée, avatars anthropomorphiques) sont délibérément conçus pour maximiser le temps d’utilisation et créer un attachement émotionnel. Cette « captologie » (technologie persuasive) est particulièrement efficace sur les adolescents dont les circuits neuronaux de régulation des impulsions sont encore en maturation.

La décision de justice rendue en mai 2025 dans l’affaire Charater.AI (US District Court, Middle District of Florida, Megan Garcia vs Character Technologies Inc.) n’a pas réglé la question de la responsabilité. Mais elle a établi que les entreprises déployant des systèmes d’IA simulant le jugement ou le comportement d’un humain peuvent être contraintes de défendre leurs choix de conception lorsque des interactions sont susceptibles de contribuer à des dommages catastrophiques.

Les IA « génératives », des produits de consommation défectueux ?

Les conditions générales d’utilisation tentent d’ériger des murailles d’exonération. OpenAI limite sa responsabilité globale au montant le plus élevé entre le montant payé pour le service pendant les douze mois précédents ou 100 dollars (85 euros). Character.AI prévoit un déni complet de garanties, fournissant ses services sur une base « TEL QUEL » et « SELON DISPONIBILITÉ » (en majuscules dans le texte), avec une limitation de responsabilité plafonnée à 100 dollars (85 euros).

Ces clauses soulèvent de sérieuses questions de validité juridique. En droit français, l’article L. 212-1 du Code de la consommation prohibe les clauses abusives qui créent un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties. Une clause limitant la responsabilité à 100 dollars (85 euros) pour un décès serait manifestement abusive et donc nulle. En droit européen, la directive 2019/770 sur les contrats de fourniture de contenus numériques et de services numériques impose aux fournisseurs de garantir la conformité de leurs services, y compris leur sécurité. Les entreprises ne peuvent donc s’exonérer de leur responsabilité pour des défauts de sécurité graves, particulièrement lorsqu’ils affectent des mineurs.

Il en est de même des clauses d’arbitrage obligatoire qui privent les consommateurs de leur accès aux tribunaux. Ces clauses incluent une renonciation aux actions collectives, forçant chaque utilisateur à porter des réclamations « qu’à titre individuel et non en tant que plaignant ou membre d’une classe ». En droit français, une telle clause serait réputée non écrite pour un contrat de consommation (article L. 612-1 du Code de la consommation, issu de la directive européenne 93/13/CEE), car sont abusives les clauses qui ont pour objet ou pour effet de supprimer ou d’entraver l’exercice d’actions en justice par le consommateur.

L’arrêt américain dans l’affaire Character.AI pourrait établir une jurisprudence déterminante. La théorie de la responsabilité du fait des produits défectueux (product liability) s’applique lorsqu’un produit présente un défaut de conception, un défaut de fabrication, ou un défaut d’avertissement. Les chatbots pourraient être qualifiés de produits défectueux au motif que leurs garde-fous sont manifestement insuffisants face à un risque prévisible de préjudice grave.

La norme de raisonnabilité (reasonableness standard) impose aux concepteurs de prendre des mesures proportionnées aux risques identifiés (le critère de la raisonnabilité est un test qui vise à déterminer si les décisions prises étaient légitimes et destinées à remédier à un problème donné compte tenu des circonstances de l’époque).

La responsabilité institutionnelle : jusqu’où peut-on externaliser le soutien psychologique ?

La troisième question est peut-être la plus inconfortable : les institutions publiques peuvent-elles encore ignorer ou externaliser une partie du soutien psychologique des mineurs à des IA non supervisées ?

Le Code français de l’éducation impose aux établissements une formation à l’utilisation responsable des outils et ressources numériques (art. L. 312-9). Cette obligation devrait être étendue aux chatbots IA. Les programmes scolaires devraient intégrer la compréhension des mécanismes algorithmiques et de leurs biais, l’identification des situations où l’IA ne peut remplacer l’aide humaine professionnelle et les techniques de distanciation critique face aux réponses générées.

L’Unicef, dans ses Orientations politiques sur l’IA pour les enfants de décembre 2025 (Guidance on AI for children. Innocenti Global Office of Research and Foresight), invite les États à adapter leurs politiques à venir, y compris concernant l’assurance de sécurité et de protection, la transparence et la responsabilité de l’intelligence artificielle.

Mais la responsabilité ne s’arrête pas aux établissements scolaires. Comment accompagner les parents tout en reconnaissant que les asymétries d’information (opacité algorithmique, techniques de captologie sophistiquées) rendent illusoire une responsabilité parentale exclusive ? Ils ne peuvent prévenir des risques qu’ils ne comprennent pas pleinement et face à des technologies conçues délibérément pour contourner la surveillance parentale.

Existe-t-il suffisamment de volonté collective et institutionnelle pour accomplir les mesures de protection que nous savons nécessaires ? Car, au fond, le débat juridique sur les chatbots IA révèle un échec collectif plus profond. Nous cherchons à réglementer des algorithmes pour pallier l’absence de psychologues scolaires, de services de santé mentale accessibles, de temps parental non monopolisé par la précarité économique.

The Conversation

Nathalie Devillier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Se confier à une IA : trois questions juridiques sur les chatbots et l’adolescence – https://theconversation.com/se-confier-a-une-ia-trois-questions-juridiques-sur-les-chatbots-et-ladolescence-271557

Comment enfants et adolescents grandissent avec l’IA, cette « amie » artificielle

Source: The Conversation – France in French (3) – By Théo Mouhoud, Pédopsychiatre, Université Sorbonne Paris Nord; AP-HP

L’intelligence artificielle fait désormais partie du monde des enfants et des adolescents. Les données scientifiques montrent que les grands modèles de langage des IA dites « génératives », comme ChatGPT, transforment leur manière de créer des liens affectifs, de se divertir et de confier leur souffrance, ce qui n’est pas sans risque pour leur santé mentale. Des spécialistes plaident pour des outils IA destinés aux mineurs et conçus pour leur sécurité (« Child-safe AI », en anglais), c’est-à-dire encadrés sur le plan technique et éthique.


De la petite fille attachée à son robot dans la nouvelle de science-fiction Robbie (1950), d’Isaac Asimov, (disponible dans I, Robot, New York, Gnome Press, p. 1–22) à l’homme amoureux d’une intelligence artificielle (IA) dans le film Her (2013), de Spike Jonze, la fiction n’a peut-être fait qu’anticiper notre présent : de nombreux jeunes utilisent désormais l’IA comme une compagne du quotidien.

Selon un rapport récent de Common Sense Media, aux États-Unis, 72 % des adolescents ont déjà conversé avec une IA. Dans ce contexte, des questions émergent : que se passe-t-il lorsqu’un enfant ou un adolescent grandit avec une IA et tisse un lien affectif durable avec une machine ? Quels effets psychologiques, positifs ou négatifs peut avoir cette nouvelle forme de relation ?

Dans un article récent publié dans la revue European Child & Adolescent Psychiatry, j’ai analysé comment les enfants et les adolescents investissent l’intelligence artificielle et les enjeux psychologiques et relationnels qui en découlent. L’article montre que si l’IA peut proposer un soutien dans des situations d’isolement, elle expose également à des risques majeurs de confusion affective, de dépendance relationnelle et d’accès à des contenus inadaptés susceptible de mettre en danger.

Quand l’IA devient une partenaire relationnelle

Ce qui surprend un certain nombre d’adultes depuis quelque temps, c’est que les jeunes, dont les adolescents et les enfants (mais également des jeunes adultes), utilisent l’IA non plus uniquement comme moteur de recherche ou pour faire ses devoirs, mais pour entretenir une relation affective.

Les données les plus récentes confirment cette évolution, la majorité des adolescents ont conversé avec un chatbot et un tiers d‘entre eux déclarent en tirer un réconfort comparable à celui d’une amitié humaine.

L’IA est décrite comme « disponible », « sympathique », « compréhensive » et « moins jugeante » que les humains.

Cette tendance n’est pas anecdotique. Une étude menée à l’Université de Cambridge a montré que les enfants ont des difficultés à reconnaître que l’IA ne ressent pas d’émotions réelles. Avec les modèles de langage actuels, cette tendance s’exacerbe, car les IA dialoguent de manière cohérente, se souviennent de certaines interactions, s’adaptent à leur interlocuteur et adoptent un ton personnalisé.

Les enfants interprètent donc une émotion simulée en une réponse émotionnelle authentique, ce que l’on nomme « l’empathy gap » ou le « déficit d’empathie ». Autrement dit, pour beaucoup d’entre eux, l’IA n’est pas une machine, mais bien une présence. Ainsi, lorsque les enfants parlent à une intelligence artificielle – qu’ils désignent souvent par « il » ou « elle » plutôt que par « ça » –, ils ne la perçoivent pas comme un programme informatique. Ils lui attribuent des émotions, des intentions et une forme de personnalité.

Ce mécanisme est bien connu des humains, qui ont toujours eu tendance à attribuer des qualités humaines à des objets qui leur répondent, c’est l’anthropomorphisme. Cette humanisation facilite l’usage, mais expose aussi les enfants à des contenus biaisés, à une confusion entre humains et machines, et à une dépendance relationnelle qui reste, par nature, unilatérale.

Amie imaginaire ou compagne artificielle ?

Pendant longtemps, lorsqu’un enfant parlait à un interlocuteur invisible, il s’agissait souvent d’un ami imaginaire. Ce phénomène très courant peut jouer un rôle important dans le développement notamment chez les enfants autistes : il favorise la créativité, la régulation émotionnelle, l’autonomie et même certaines compétences sociales. L’ami imaginaire advient de l’imagination de l’individu, il est façonné par son histoire, ses conflits, ses besoins et ses fantasmes.

Une nouvelle figure est apparue : le compagnon artificiel. À première vue, il pourrait sembler remplir la fonction d’ami imaginaire, mais la différence fondamentale s’explique par le fait que ce dernier ne vient pas de l’univers symbolique et intime de l’enfant, il lui est proposé de l’extérieur, prêt à l’emploi, disponible 24 heures sur 24, sans limites et sans contradiction.

Le danger n’est pas tant que l’enfant s’adresse à une machine, mais que la machine se substitue au travail psychique et interne qui aide normalement l’enfant à se défendre, à se construire et à apprivoiser la complexité des relations humaines.

Des promesses… mais aussi des dangers

Les IA peuvent offrir un soutien ponctuel aux jeunes. Beaucoup évoquent la disponibilité constante, l’écoute sans jugement, la possibilité de poser des questions intimes et d’arrêter la conversation quand ils le souhaitent. Pour certains, surtout lorsqu’ils sont isolés et en souffrance, ces échanges peuvent aider à partager leurs affects et à se sentir moins seuls.

Cependant, ces bénéfices sont limités et s’accompagnent de risques bien réels. L’IA qui imite l’empathie et donne l’illusion d’altérité peut renforcer une dépendance affective chez des adolescents en souffrance et en quête d’attention ou de validation.

Les dangers les plus préoccupants actuellement se retrouvent dans les situations de détresse, où l’IA peut banaliser des idées suicidaires, produire des réponses inappropriées et dangereuses. Elles n’ont ni sens clinique, ni capacité à évaluer le risque, ni responsabilité morale.




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Est-ce une bonne idée d’utiliser des IA comme confidentes ou comme soutien psychologique ?


Comment protéger les jeunes ?

Face à l’essor des compagnons artificiels, maintenant commercialisés comme tels, l’enjeu majeur n’est plus de savoir s’il faut ou non les accepter, les utiliser, mais comment encadrer leur présence et leurs caractéristiques. D’abord, il faut reconnaître que ces chatbots – y compris ceux présentés comme des outils de santé mentale par les entreprises les commercialisant – sont et ne seront jamais neutres.

Il s’agit avant tout d’un marché. Ces outils sont conçus pour retenir l’attention et maximiser l’engagement de leur utilisateur et donc la dépendance émotionnelle. En effet, ces systèmes captent les données personnelles des individus à des fins commerciales. Il est donc indispensable d’introduire une régulation spécifique.

De nombreux spécialistes appellent aujourd’hui à la conception d’« IA conçue pour la sécurité des enfants », ou « Child-safe AI » : sécurisées, transparentes et limitées dans leurs réponses, capables d’orienter vers un adulte en cas de détresse. Cela suppose d’impliquer des cliniciens, des psychologues, des pédopsychiatres et des chercheurs dans leur conception.

Du côté des familles, il s’agit surtout d’ouvrir la discussion. Il en va de la responsabilité de l’adulte – celui qui met de telles technologies dans les mains des enfants – de pouvoir expliquer le fonctionnement et les pièges des modèles de langage, les aider à repérer les limites et les risques et à développer une approche critique de ces outils.

Et pour la suite ?

L’usage de l’IA par les enfants et adolescents n’est plus un phénomène marginal, il transforme déjà la manière de chercher, d’apprendre, de se divertir et de créer du lien. Face à cette mutation, un cadre clair est indispensable.

Les outils IA destinés aux mineurs doivent être encadrés, tant sur le plan technique qu’éthique. Nous avons besoin de recherches indépendantes afin de mesurer les effets psychologiques à long terme et une véritable sensibilisation des parents, des enseignants et des professionnels de santé.

L’IA fait et fera partie du monde des enfants et adolescents, qu’on le souhaite ou non. Notre responsabilité collective est claire : veiller à ce qu’elle soit un soutien et non un obstacle au développement des jeunes générations.

The Conversation

Théo Mouhoud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment enfants et adolescents grandissent avec l’IA, cette « amie » artificielle – https://theconversation.com/comment-enfants-et-adolescents-grandissent-avec-lia-cette-amie-artificielle-271868

Faut-il fuir, se cacher ou intervenir si l’on est pris dans un attentat de masse comme celui survenu en Australie ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Milad Haghani, Associate Professor and Principal Fellow in Urban Risk and Resilience, The University of Melbourne

Ahmed Al-Ahmed (en blanc) désarme l’un des tireurs pendant la tuerie de Bondi Beach, à Sydney (Australie), le 14 décembre 2025.
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Le bilan de la tuerie de Bondi Beach (Sydney, Australie), hier 14 décembre, aurait probablement été plus lourd sans l’intervention héroïque – et extrêmement risquée – d’un passant. Cet épisode invite à s’interroger sur les recommandations officielles des autorités sur le comportement à adopter si l’on est pris dans ce type d’événements. On constate que les conseils donnés par les responsables australiens ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux diffusés par leurs homologues états-uniens. L’étude de nombreux cas similaires survenus dans le monde donne également des indications utiles.


Les images ont fait le tour du monde : pendant l’attentat de Bondi Beach, ce dimanche 14 décembre à Sydney, un homme s’est précipité vers l’un des tireurs et lui a arraché son arme des mains.

Durant cet acte de bravoure extraordinaire, le civil en question, Ahmed Al-Ahmed, un vendeur de fruits âgé de 43 ans, a été blessé à la main et à l’épaule par le second tireur.

Le courage et le risque

Nous n’avons aucun moyen de savoir combien de vies ont été sauvées grâce au courage d’Al-Ahmed. Mais il est presque certain que son intervention a permis d’éviter des pertes humaines supplémentaires (le bilan s’élève à ce stade à 15 morts et 42 blessés, en plus des deux tireurs, dont l’un a été tué et l’autre se trouve dans un état critique).

Cette scène rappelle d’autres, y compris récemment toujours à Sydney : le 13 avril 2024, un passant français, Damien Guérot, était également intervenu au péril de sa vie lors de l’attaque du centre commercial de Bondi Junction pour faire face à un homme armé d’un couteau, qui avait ce jour-là poignardé six personnes à mort.

Lorsque des actes de courage comme ceux-ci se produisent, nous les saluons à juste titre. Cependant, ils soulèvent des questions importantes et souvent négligées : qu’est-ce qui motive des gens ordinaires à se conduire d’une façon aussi altruiste et risquée ? L’intervention des témoins est-elle une bonne stratégie ou va-t-elle à l’encontre des conseils officiels relatifs à la conduite à tenir si l’on est pris dans un acte de violence de masse ?

Les deux types d’« effet spectateur »

L’« effet spectateur » se produit lorsque la présence d’autres personnes dissuade quelqu’un d’intervenir dans une situation d’urgence, lors d’une agression ou d’un autre crime.

Mais des décennies de recherche comportementale ont remis en cause l’idée reçue selon laquelle les gens ont tendance à se figer ou à détourner le regard lorsque d’autres personnes sont présentes dans des situations dangereuses.

Une vaste méta-analyse du comportement des témoins montre que dans les situations d’urgence véritablement dangereuses et sans ambiguïté (comme celles impliquant un auteur clairement identifiable), l’effet spectateur classique (c’est-à-dire passif) est considérablement affaibli, voire dans certains cas inversé.

En d’autres termes, les attaques violentes sont précisément le type de situations où les gens sont plus enclins à agir.

L’une des raisons est que le danger clarifie les responsabilités. Lorsqu’une situation menace clairement leur vie, les gens identifient le danger plus rapidement et sont moins enclins à attendre des signaux sociaux ou des assurances de la part des autres.

On a constaté à maintes reprises que dans les situations d’urgence clairement à haut risque (en particulier celles impliquant de la violence physique), le sentiment de responsabilité individuelle s’accentue souvent au lieu de s’estomper.

Une analyse de plus de 100 attentats-suicides effectués en Israël montre que l’intervention des témoins peut réduire considérablement le nombre total de victimes.

Dans tous ces incidents documentés, l’intervention n’a que rarement permis d’empêcher complètement l’attaque, mais elle a souvent perturbé le contrôle de l’agresseur sur le moment et le lieu de l’attaque, le poussant à agir prématurément dans des lieux moins fréquentés et sauvant ainsi des vies.

Cependant, la même analyse montre également que l’intervention des témoins a souvent eu un coût personnel direct pour les intervenants.

Mais le comportement actif des témoins peut prendre plusieurs formes et intervenir à différents stades : une personne connaissant l’auteur des faits, qui remarque et signale un comportement suspect avant l’agression ; un individu qui guide les autres vers un lieu sûr ou qui partage des informations importantes au fur et à mesure que les événements se déroulent ; des gens qui apportent leur aide et assurent la coordination de diverses actions immédiatement après les faits.

Il n’en reste pas moins qu’une implication personnelle pour empêcher un acte de violence semble aller à l’encontre des conseils officiels des autorités australiennes. En effet, il y a quelques semaines à peine, le Comité australo-néo-zélandais de lutte contre le terrorisme a lancé une nouvelle campagne nationale de sécurité publique.

Un nouveau message de sécurité

La nouvelle campagne de sécurité publique reconnaît explicitement que l’Australie est un pays sûr, mais qu’il existe toujours un risque d’attaques à l’arme à feu dans les lieux très fréquentés, et que savoir comment réagir peut sauver des vies.

La campagne a introduit les consignes suivantes : « Fuir. Se cacher. Prévenir. », définies comme suit :

  • fuir : éloignez-vous rapidement et discrètement du danger, mais uniquement si cela ne présente aucun danger pour vous ;

  • se cacher : restez hors de vue et mettez votre téléphone portable en mode silencieux ;

  • prévenir : appelez la police lorsque cela ne présente aucun danger ;

L’objectif de ces conseils est d’aider les personnes à réagir dans les premiers instants critiques avant l’arrivée de la police, à prendre des décisions éclairées et à augmenter leurs chances de rester en sécurité.

Les directives officielles australiennes n’incitent à aucun moment à se confronter aux assaillants.

En revanche, les messages de sécurité publique diffusés aux États-Unis, tels que les consignes du FBI « Run. Hide. Fight » (Courez. Cachez-vous. Luttez), incluent une étape « luttez », mais uniquement en dernier recours, lorsque la fuite et la dissimulation sont impossibles et que la vie est en danger immédiat.

Les autorités australiennes ont choisi de ne pas inclure cette étape, mettant l’accent sur l’évitement et le signalement plutôt que sur la confrontation.

Quelques conseils pratiques

Mes précédentes recherches expérimentales ont permis d’identifier des conseils plus spécifiques susceptibles d’améliorer les chances de survie lors d’attaques violentes, en particulier dans des environnements bondés.

À l’aide de modélisations informatiques et d’expériences contrôlées menées avec de véritables foules, j’ai identifié plusieurs domaines stratégiques pour améliorer les chances de survie lors de tels événements.

Premièrement, s’éloigner lentement du danger n’est pas idéal : il est préférable de s’éloigner de la source de la menace aussi rapidement que possible, dès lors que cela se fait en prenant les précautions nécessaires pour rester en sécurité.

Deuxièmement, l’hésitation, qu’il s’agisse de recueillir des informations, d’inspecter ce qui se passe ou de filmer les événements, augmente le risque d’être blessé.

Troisièmement, les gens doivent rester agiles dans leur prise de décision et leur orientation lorsqu’ils se déplacent, et être prêts à adapter leurs mouvements à mesure que la situation évolue et que les informations deviennent plus claires. Cela signifie qu’il faut continuellement observer son environnement et ajuster sa direction à mesure que de nouvelles informations apparaissent, plutôt que de s’arrêter pour réévaluer la situation.

Enfin, lorsque vous vous déplacez en famille ou entre amis, il vaut mieux se mettre en file indienne, plutôt qu’en se tenant par la main côte à côte. Cela profite à tout le monde en réduisant les bousculades et en améliorant la fluidité de la fuite des personnes.

Être toujours sur ses gardes

Les horribles événements survenus à Sydney soulignent une dure réalité : la préparation aux risques de violence dans les lieux très fréquentés doit devenir plus courante.

Les espaces très fréquentés resteront toujours vulnérables à la violence délibérée, qu’elle soit motivée par des intentions terroristes ou autres.

Les messages doivent toucher un plus grand nombre de personnes, être fondés sur des preuves, nuancés et largement accessibles.

À l’approche de plusieurs événements publics majeurs et de grands rassemblements de masse (notamment le réveillon du Nouvel An), il est plus important que jamais que les gens soient conscients de ces risques et restent vigilants.

The Conversation

Milad Haghani ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Faut-il fuir, se cacher ou intervenir si l’on est pris dans un attentat de masse comme celui survenu en Australie ? – https://theconversation.com/faut-il-fuir-se-cacher-ou-intervenir-si-lon-est-pris-dans-un-attentat-de-masse-comme-celui-survenu-en-australie-272100