Avatar : la réincarnation néo-colonialiste du « bon sauvage » et ses impasses écologiques

Source: The Conversation – France (in French) – By Pierre Cilluffo Grimaldi, Maître de conférences qualifié – SIC, Sorbonne Université

L’univers d’Avatar dresse un parallèle entre la réalité amazonienne des peuples premiers et les personnages du film. 20th Century Studios

Pandora n’est pas l’Amazonie. Pourtant, depuis plus de quinze ans, la saga Avatar entretient la confusion entre fiction et réalité, nourrissant le mythe séduisant mais problématique du « bon sauvage écologiste ».


La sortie d’Avatar : de Feu et de Cendres le 17 décembre, donne l’occasion de revenir sur un parti pris représentationnel qui irrigue la saga : « le bon sauvage écologiste ».

Le « bon sauvage » reste encore un important référent dans nos imaginaires occidentaux ainsi que nous le présentions dans notre récent ouvrage, L’héroïsation du bon sauvage de l’antiquité au XXIᵉ siècle : émergence de l’éco-spiritualisme. À ce titre, l’actualisation moderne de cette figure se fait autour d’une vision romantique et écologistante dominante dans notre société du spectacle. Cela représente un impensé problématique, puisque le mythe du bon sauvage lie les peuples autochtones à une norme impossible et une assignation identitaire archaïque.

L’appropriation culturelle de James Cameron

Le parallèle entre la réalité amazonienne des peuples premiers et les personnages du film, remplis de pureté et de sagesse mythologique, est directement assumé par le réalisateur. L’univers d’Avatar nous plonge dans un imaginaire édénique sur la planète Pandora, couverte d’une jungle luxuriante qui devient le théâtre d’un choc entre une population autochtone idéalisée et des barbares humains venus exploiter un minerai rare. Cet imaginaire occidental est problématique à plusieurs titres.

James Cameron assume directement la comparaison entre son film de science-fiction et la réalité complexe de l’Amazonie. Par exemple, il a demandé aux acteurs de s’immerger dans la jungle amazonienne auprès des indigènes du Brésil avant le tournage du deuxième film, déclarant : « Je veux amener mes acteurs ici, pour pouvoir mieux raconter l’histoire ». Il dresse ensuite un parallèle direct entre son film et la lutte contre le barrage de Belo Monte, multipliant les interventions dans la presse où fiction et réalité amazonienne semblent absolument comparables.

Le rêve d’une wilderness hollywoodienne

Par ailleurs, l’internationalisation de la « wilderness » étatsunienne et son imaginaire socio-politique transparaît aussi dans l’œuvre de James Cameron. La wilderness traduit un rapport particulier à la nature sauvage et édénique, où l’humain n’est qu’un visiteur temporaire, comme défini par le Wilderness Act de 1964 aux États-Unis. Outre-Atlantique, elle occupe une place centrale dans l’histoire et la culture : elle symbolise d’abord la frontière à conquérir pour l’expansion pionnière, puis devient un idéal de préservation. Cet éco-imaginaire de wilderness doit être appréhendé culturellement.

L’étude de Lawrence Buell a déjà montré le rôle de la wilderness dans la formation, dès les années 90, d’un « imaginaire environnemental » aux États-Unis. Cette pensée nourrit les différents mouvements écologistes, en particulier l’écologie profonde et le monde libertaire. Dans ce cadre, l’Amazonie, par sa force évocatrice, constitue la quintessence d’une « wilderness » : une nature sauvage peuplée de simples « bons sauvages » dans un Éden préservé, propice aux idéalismes. L’Amazonie se transforme ainsi dans l’imaginaire occidental en une nature fabuleuse, animée de monstruosités ou d’angélisme. Cette nature sauvage globalisée dans les éco-imaginaires modernes est pourtant une construction sociale et historique qu’il convient d’interroger. La wilderness est une représentation collective de la nature sauvage, non pas une réalité objective.

Échos d’un néo-colonialisme du quotidien

Dans le contexte du buzz autour du premier film en 2009-2010, le reportage « Le monde d’Avatar en vrai » (magazine « Haute Définition », diffusé sur TF1 le 17 mai 2010) part à la rencontre de la tribu des Yawalapiti. Ce document, toujours disponible sur YouTube, attire massivement les internautes en montrant à l’excès la pureté et l’Éden coupé du monde de ces « bons sauvages », avec des séquences fortement caricaturales. Il s’agit de mettre en scène pour assurer le spectacle par exemple des commentaires sur le 11 septembre pour illustrer leur incompréhension de la violence, ou encore la découverte prétendue de la civilisation occidentale via de multiples images sur un ordinateur.

La persistance du mythe du « bon sauvage » au cinéma

Les rares études sur le sauvage/bon sauvage au cinéma traitent essentiellement des dimensions techniques ou esthétiques. Une exception remarquable est le travail de l’anthropologue Roger Bartra dans son ouvrage Los salvajes en el cine. Ce chercheur mexicain, renommé pour ses travaux sur le « bon sauvage » dans les années 90, démontre la profondeur et la contemporanéité de ce mythe au cinéma et dans notre société occidentale.

Selon Bartra, le mythe de l’homme sauvage est issu d’un stéréotype enraciné dans la littérature et l’art européens depuis le XIe siècle, cristallisé dans un thème précis et facilement reconnaissable. Ce mythe dépasse les limites du Moyen Âge ou de la colonisation et traverse les millénaires, se confondant avec les grands problèmes de la culture occidentale. La civilisation n’a pas fait un pas sans être accompagnée de son ombre : le sauvage. De nos jours, l’idée du « bon sauvage » prend progressivement le pas sur son jumeau « le sauvage ». Bartra met en avant la notion de « néo-sauvages » pour décrire les représentations au sein des industries culturelles dominantes, et notamment via le « soft power » hollywoodien, de personnages : héroïques, valeureux, simples et proches de la nature (ex. : dans « Game of Thrones », Tarzan ou encore Apocalypto de Mel Gibson).

Ainsi, le mythe du « bon sauvage » est une tendance de fond au sein de la culture populaire, particulièrement via le septième art. Cette circulation médiatique du mythe s’adapte aux contextes de nos sociétés. La crise climatique engendre une réactivation de ce mythe vers celui d’un « bon sauvage écologiste », dont Avatar semble être la quintessence.

Déconstruire le mythe du « bon sauvage »

Dans un article critique intitulé « L’Amazonie n’est pas Avatar », l’économiste Hernando de Soto dénonce cette comparaison qui tend à s’installer en Occident. Il fait valoir que de nombreux « mythes et idées reçues persistent à marginaliser les populations indigènes et à les exclure de toute intégration dans l’économie mondiale ».

Selon lui, Avatar perpétue l’idée rousseauiste d’un état de nature idéalisé, dont la figure du « bon sauvage » est clef : « Nous sommes nombreux à avoir adhéré automatiquement aux messages véhiculés par le film, à savoir que les peuples indigènes du monde sont satisfaits de leur mode de vie traditionnel, qu’ils s’épanouissent dans un état d’harmonie rousseauiste avec leur environnement et qu’ils ne voient certes pas l’intérêt de prendre part à l’éconoime de marché de leur pays, mondialisation ou pas. »

Avatar est l’un des rares contenus où la représentation problématique des « bons sauvages » a été dûment traitée par différents chercheurs. Les conclusions sur l’aspect néo-colonialiste sont déjà connues concernant une œuvre caricaturale, à tel point que la chercheuse Franciska Cetti appelle à « décoloniser la science-fiction ».

De notre côté, nous mettons en lumière le caractère systémique de cette représentation du « bon sauvage » au sein d’un ouvrage de vulgarisation de notre thèse. Le bon sauvage est le héros, malgré lui, des errances de l’imaginaire social dans une société occidentale en crise de sens devant l’urgence climatique. Ainsi, la résurgence médiatico-politique du mythe, que Fanon aurait probablement qualifiée de « masque blanc écologique », a nourri les débats durant la COP30 d’un faux multilatéralisme paternaliste. Notre ouvrage permet de mieux saisir l’historicité et le degré civilisationnel de cet impasse écologique et spirituelle.

Vers une critique métapolitique globale

Le « bon sauvage écologiste » n’est pas une construction neutre. Il constitue un dispositif idéologique qui cristallise et légitime un discours vague de reconnexion à la nature. L’universitaire Kent H. Redford appelle à ne plus instrumentaliser cette figure, tout en valorisant les peuples premiers sans recyclage néo-colonialiste.

Alors que l’animisme ou le mélange écologie-spiritualité devient une tendance en Occident, il convient de s’interroger sur la cohérence de cette appropriation culturelle. Selon l’anthropologue Wolfgang Kapfhammer : « La question simple est : est-il viable de penser aux cosmologies des cultures marginalisées pour réanimer la cosmologie hégémonique occidentale qui est tombée en crise ? Ou cela signifie-t-il à nouveau abuser de ces cultures indigènes comme un simple espace de projection pour compenser nos mécontentements culturels ? »

La pensée rousseauiste imprègne encore profondément nos imaginaires. Selon le philosophe, l’homme nait bon par nature et c’est la société qui le corrompt. Ce dernier suppose l’existence d’un état naturel humain où tous les hommes seraient nés bons, purs et innocents, heureux avant de rentrer en contact avec la société et de se pervertir.

À l’heure où règne la reconnexion à la nature et à soi, notamment dans certains milieux de l’écologie politique, les évolutions internes de cette mouvance tendent à revaloriser une « écologie profonde » et collapsologue, traditionnellement ouverte aux mysticismes. L’éco-spiritualisme pourrait même devenir à terme majoritaire dans certains milieux de l’écologie politique.

D’après le chercheur Stéphane François : « Les positions scientifiques et rationnelles, au sein de l’écologie (en Allemagne, en Autriche ou en France par exemple), deviennent minoritaires, au profit de conceptions plus mystiques, ou du moins marquées par l’intuitivité, inspirées notamment des pratiques anthroposophiques, telles celles prônées par Pierre Rabhi. Une part de plus en plus importante des militants écologistes, surtout parmi les néoruraux, acceptent ces discours au nom d’un retour à la nature, largement idéalisé, et d’un rejet des solutions scientifiques ».

En bref, si la saga Avatar séduit par sa beauté visuelle et son appel à la préservation de la nature, elle véhicule aussi un mythe du « bon sauvage écologiste ». Ce dernier, loin d’honorer les peuples autochtones, les enferme dans une idéalisation néo-colonialiste dont il est urgent de se défaire.

Au-devant du dérèglement climatique qui réactive avec force ce vieux mythe rousseauiste, il semble utile de dépasser la figure simpliste du bon sauvage pour proposer des représentations plus complexes et respectueuses des réalités indigènes contemporaines. Ce n’est pas la première fois que l’Amazonie, la wilderness, ou la rencontre entre imaginaires civilisationnels et futur eschatologique, excitent et polarisent nos débats publics et pensées instinctives en Occident devant les ravages ineffables d’un certain capitalisme dérégulé.

Néanmoins, la figure moderne du héros « hyperindien », un sage ancestral capable avec ses pouvoirs de conjurer les maux des excès du capitalisme, semble promis à occuper une place importante dans les mythologies écologiques et le bon sens populaire du XXIe siècle.

The Conversation

Pierre Cilluffo Grimaldi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Avatar : la réincarnation néo-colonialiste du « bon sauvage » et ses impasses écologiques – https://theconversation.com/avatar-la-reincarnation-neo-colonialiste-du-bon-sauvage-et-ses-impasses-ecologiques-272572

Donald Trump et les « frappes de Noël » sur le Nigeria

Source: The Conversation – France in French (3) – By Pierre Firode, Professeur agrégé de géographie, membre du Laboratoire interdisciplinaire sur les mutations des espaces économiques et politiques Paris-Saclay (LIMEEP-PS) et du laboratoire Médiations (Sorbonne Université), Sorbonne Université

Selon Donald Trump, les frappes qui, le jour de Noël, ont visé des groupes djihadistes au Nigeria visaient à protéger les chrétiens de ce pays, qui seraient victimes d’un « génocide ». Qu’en est-il réellement, et quelles pourraient être les conséquences de ces bombardements ?


Cette année, la déclaration de Noël du président des États-Unis a de quoi surprendre : Donald Trump a ironiquement souhaité un « joyeux Noël à tous, y compris aux terroristes morts » dans les bombardements américains du jour même et a conclu en évoquant la possibilité d’une intervention militaire au Nigeria, dans un message censé célébrer la paix. Mais c’est la géographie de ces frappes qui étonne le plus les observateurs : les bombardements n’ont pas visé les positions bien connues de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, situées dans l’État de Borno (nord-est du pays, dans la région du lac Tchad) mais se sont concentrés sur l’État de Sokoto (nord-ouest), soit à l’autre extrémité de la frontière septentrionale du Nigeria.

La Maison Blanche prétendant avoir touché des cibles appartenant à l’État islamique, nous pouvons en déduire que ces frappes ont certainement visé un groupe djihadiste récemment implanté dans la région appelé Lakurawa. Pour autant, contrairement à ce que Trump suggère, ce groupe ne constitue pas une menace pour la survie des chrétiens dans la région, puisqu’il ne regrouperait qu’environ 200 combattants, chiffre dérisoire si on le compare aux forces de l’État islamique en Afrique de l’Ouest ou de Boko Haram (plusieurs milliers de combattants) ou au nombre colossal de « bandits », ces groupes criminels qui s’attaquent aux communautés rurales du nord-ouest afin de s’enrichir via le pillage et les rançons.

Ce sont donc d’abord ces « bandits » qui frappent les minorités chrétiennes de Sokoto et sont à l’origine d’opérations spectaculaires — comme récemment l’enlèvement massif de fidèles le 19 novembre dernier dans une église pentecôtiste dans la ville d’Eruku — afin de capturer et de rançonner les populations rassemblées lors des messes. Dès lors, les chrétiens du Nigeria sont-ils réellement menacés avant tout par l’État islamique, comme l’affirme la Maison Blanche ? Et si tel est le cas, l’intervention américaine pourrait-elle les protéger sur le long terme ?

L’État islamique en Afrique de l’Ouest : vers une nouvelle stratégie

Il est incontestable que le sort des chrétiens dans les États du nord est préoccupant. Depuis 2009, on estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre de victimes chrétiennes dans les 12 États septentrionaux, où ils constituent environ 10 % de la population totale. Dans la région du lac Tchad, les chrétiens sont parfois pris pour cible lors d’attaques terroristes organisées par Boko Haram comme celle de Chibok en avril 2014, quand 276 lycéennes, la plupart chrétiennes, avaient été enlevées.

Néanmoins la fréquence des attaques contre les civils chrétiens décline dans la région, notamment depuis 2021, année de la reprise de contrôle de Boko Haram par l’État islamique en Afrique de l’Ouest, qui élimina alors le chef de l’organisation, Aboubakar Shekau. Partisan d’un djihad brutal qui se nourrit de razzias menées à l’encontre des « Koufars » (les non-musulmans) et des « apostats » (les musulmans qui refusent la tutelle de Boko Haram), Shekau avait été destitué par l’EI en 2016 au profit d’Abou Mousab Al-Barnaoui, le fils du fondateur de Boko Haram, qui fut alors nommé wali, c’est-à-dire gouverneur, dans la région du lac Tchad.

Les dirigeants de l’EI reprochaient à Shekau la violence extrême de ses méthodes et son incapacité à abandonner le pillage systématique des populations civiles pour se muer en une force de gouvernement capable de gérer des territoires et d’y prélever l’impôt. Soucieux de perpétuer la razzia contre les civils, Shekau a donc créé sa propre faction, le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad ou JAS, l’ancien nom du groupe Boko Haram, ce qui a incité l’EI à l’éliminer en 2021.

Le lac Tchad constitue donc un nouveau laboratoire où l’EI essaie de dépasser sa matrice prédatrice et criminelle en limitant l’influence de ses membres les plus extrémistes comme Shekau et en freinant les persécutions contre les civils afin de pérenniser son califat.

Dans ce contexte, les frappes décidées par Trump, qui prétendent viser l’État islamique, sont un peu à contre-courant des évolutions récentes du groupe dans la région : les principales attaques de 2024/2025 sont davantage revendiquées par la mouvance de Shekau (dirigée après 2021 par son successeur Ibrahim Mamadou Bakoura, dont la mort a été annoncée plusieurs fois sans qu’on puisse en être entièrement certains), que par l’État islamique en Afrique de l’Ouest, qui tente de ne pas complètement perdre le soutien des populations locales.

L’EI a, semble-t-il, tiré les enseignements de ses échecs au Levant, où il s’est vu supplanter par des djihadistes plus pragmatiques, qui refusent la persécution systématique des civils s’éloignant de l’orthodoxie sunnite.

Des chrétiens victimes de l’insécurité plus que de l’islamisme

Si la fréquence des opérations revendiquées par l’EI diminue, qu’est-ce qui explique la persistance des attaques dont les chrétiens sont victimes, notamment dans ce qu’on appelle la Middle Belt, ces États à l’interface entre la partie musulmane et la partie chrétienne du pays ?

Plus que la religion, c’est la question foncière qui semble être l’enjeu fondamental des affrontements inter-religieux, dans ces territoires où, comme dans l’État de Plateau, les éleveurs nomades musulmans peuls se disputent les terres possédées par les agriculteurs sédentaires chrétiens, yorubas pour l’essentiel. En mars et en avril 2025, une centaine d’agriculteurs chrétiens sont ainsi massacrés dans l’État de Plateau par des éleveurs peuls. Dans l’État voisin de Benue, des agriculteurs chrétiens sont massacrés pour des raisons identiques les 24 et 26 mai 2025.

Les migrations internes, et l’aridité croissante dans le nord du pays, qui déplace toujours plus au sud les itinéraires de la transhumance, conduisent à des conflits pour le contrôle de la terre où les clivages religieux (musulmans contre chrétiens) et ethniques (Peuls contre Yorubas) se confondent avec le clivage conflictuel classique entre pasteurs nomades et agriculteurs sédentaires.

En plus des conflits liés à la terre, les agriculteurs chrétiens, comme les populations musulmanes, sont aussi victimes des « bandits », qui s’attaquent aux communautés rurales les moins protégées, quelle qu’en soit la religion. Ils profitent de la faillite de l’État nigérian dont l’armée est débordée face aux nombreuses menaces : menaces sécessionnistes au sud-est où les insurgés igbos menacent de reprendre les armes contre l’État dans la région du Biafra, piraterie sur le littoral, djihadisme dans la région du lac Tchad et maintenant banditisme dans tout le nord du pays.

Des frappes contre-productives

Dans ce contexte, quelles pourraient être les conséquences des frappes lancées par Trump ? Bien loin d’endiguer les violences contre les civils, elles pourraient avoir l’effet inverse. Les bombardements américains ont fait ressortir l’impuissance de l’État nigérian à contrôler son propre territoire et ont mis le gouvernement sous pression. Elles peuvent, paradoxalement, inciter les « bandits » à s’en prendre encore plus aux chrétiens, dont la rançon augmente à mesure que Washington exige du Nigeria qu’il garantisse leur sécurité.

Pis : la faiblesse de l’État nigérian pourrait pousser les populations musulmanes à s’organiser en milices d’autodéfense pour pallier les faiblesses de l’État. Or, c’est précisément dans ce contexte que se développent les groupes djihadistes dans l’État de Sokoto (le groupe Lakurawa s’apparente à l’origine à une milice d’autodéfense composée de soldats provenant du Mali ou du Niger, destinée à protéger les populations musulmanes contre les « bandits »). Les frappes américaines finissent d’achever, aux yeux de nombreux musulmans du Nord, la crédibilité d’un État nigérian assimilé de façon abusive aux ethnies chrétiennes du Sud et accusé d’abandonner les États musulmans du Nord.

Assimilé à une puissance extérieure, l’État nigérian pourrait de plus en plus être perçu comme une force d’occupation par les populations musulmanes locales, ce qui permettrait aux djihadistes de développer leur propagande classique, à savoir appeler à défendre le « Dar al Islam » menacé par les « croisés » et par un « État mécréant ».

Ainsi, les frappes lancées par Trump le 25 décembre dans l’État de Sokoto ne font pas sens si l’on considère l’environnement géopolitique régional. Peu présent dans la région, l’État islamique en Afrique de l’Ouest pourrait même se voir renforcé par ces opérations américaines. Mais pour le locataire de la Maison Blanche, c’est sans doute secondaire : le plus probable est que l’objectif premier des frappes de Noël a été de satisfaire l’aile évangélique de la branche MAGA à un moment où une partie de celle-ci se met à douter du président du fait de sa gestion de l’affaire Epstein. Ici comme en d’autres points du globe, la politique étrangère de Trump poursuit des objectifs d’abord domestiques : il s’agit de conserver le soutien du mouvement MAGA, en prétendant agir au nom des intérêts stratégiques américains et de la protection d’une minorité menacée.

The Conversation

Pierre Firode ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Donald Trump et les « frappes de Noël » sur le Nigeria – https://theconversation.com/donald-trump-et-les-frappes-de-noel-sur-le-nigeria-272605

Why 70-plus species of sharks and rays needed new international trade limit protections

Source: The Conversation – USA (2) – By Gareth J. Fraser, Associate Professor of Evolutionary Developmental Biology, University of Florida

Watching a whale shark swim at the Georgia Aquarium. Zac Wolf/Wikimedia Commons, CC BY-SA

The world’s oceans are home to an exquisite variety of sharks and rays, from the largest fishes in the sea – the majestic whale shark and manta rays – to the luminescent but rarely seen deep-water lantern shark and guitarfishes.

The oceans were once teeming with these extraordinary and ancient species, which evolved close to half a billion years ago. However, the past half-century has posed one of the greatest tests yet to their survival. Overfishing, habitat loss and international trade have cut their numbers, putting many species on a path toward extinction within our lifetimes.

Scientists estimate that 100 million (yes, million) sharks and rays are killed each year for food, liver oil and other trade.

The volume of loss is devastatingly unsustainable. Overfishing has sent oceanic shark and ray populations plummeting by about 70% globally since the 1970s.

A manta ray gliding with fish.
A manta ray’s wingspan can be 12 to 22 feet, and some giant ocean rays can grow even larger.
Jon Hanson/Flickr, CC BY-SA

That’s why countries around the world agreed in December 2025 to add more than 70 shark and ray species to an international wildlife trade treaty’s list for full or partial protection.

It’s an important move that, as a biologist who studies sharks and rays, I believe is long overdue.

Humans put shark species at risk of extinction

Sharks have had a rough ride since the 1970s, when overfishing, habitat loss and international trade in fins, oil and other body parts of these enigmatic sea dwellers began to affect their sensitive populations. The 1975 movie “Jaws” and its portrayal of a great white shark as a mindless killing machine didn’t help people’s perceptions.

One reason shark populations are so vulnerable to overfishing, and less capable of recovering, is the late timing of their sexual maturity and their low numbers of offspring. If sharks and rays don’t survive long enough, the species can’t reproduce enough new members to remain stable.

Losing these species is a global problem because they are vital for a healthy ocean, in large part because they help keep their prey in check.

The bowmouth guitarfish, shown here at the Shedd Aquarium in Chicago, is considered critically endangered.

Endangered and threatened species listings, such as the International Union for Conservation of Nature’s Red List, can help draw attention to sharks and rays that are at risk. But because their populations span international borders, with migratory routes around the globe, sharks and rays need international protection, not just local efforts.

That’s why the international trade agreements set out by the Convention of International Trade in Endangered Species, or CITES, are vital. The convention attempts to create global restrictions that prevent trade of protected species to give them a chance to survive.

New protections for sharks and rays

In early December 2025, the CITES Conference of the Parties, made up of representatives from 184 countries, voted to initiate or expand protection against trade for many species. The votes included adding more than 70 shark and ray species to the CITES lists for full or restricted protection.

The newly listed or upgraded species include some of the most charismatic shark and ray species.

The whale shark, one of only three filter-feeding sharks and the largest fish in the ocean, and the manta and devil rays have joined the list that offers the strictest restrictions on trade, called Appendix I. Whale sharks are at risk from overfishing as well as being struck by ships. Because they feed at the surface, chasing zooplankton blooms, these ocean giants can be hit by ships, especially now that these animals are considered a tourism must-see.

A manta ray swims with its mouth open. You can see the gill structure inside
Manta rays are filter feeders. Their gills strain tiny organisms from the water as they glide.
Gordon Flood/Flickr, CC BY

Whale sharks now join this most restrictive list with more well-known, cuddlier mammals such as the giant panda and the blue whale, and they will receive the same international trade protections.

The member countries of CITES agree to the terms of the treaty, so they are legally bound to implement its directives to suspend trade. For the tightest restrictions, under Appendix I, import and export permits are required and allowed only in exceptional circumstances. Appendix II species, which aren’t yet threatened but could become threatened without protections, require export permits. However, the treaty terms are essentially a framework for each member government to then implement legislation under national laws.

Another shark joining the Appendix I list is the oceanic whitetip shark, an elegant, long-finned ocean roamer that has been fished to near extinction. Populations of this once common oceanic shark are down 80% to 95% in the Pacific since the mid-1990s, mostly due to the increase in commercial fishing.

A large shark with several stripped fish swimming with it.
An oceanic whitetip shark (Carcharhinus longimanus) swims with pilot fish. Whitetip sharks are threatened in part by demand for their fins and being caught by commercial fisheries.
NOAA Fisheries

Previously the only sharks or rays listed on Appendix I were sawfish, a group of rays with a long, sawlike projection surrounded by daggerlike teeth. They were already listed as critically endangered by the IUCN’s Red List, which assesses the status of threatened and endangered species, but it was up to governments to propose protections through CITES.

Other sharks gaining partial protections for the first time include deep-sea gulper sharks, which have been prized for their liver oil used for cosmetics. Gulper shark populations have been decimated by unsustainable fishing practices. They will now be protected under Appendix II.

Gulper sharks are long, slim, deep-water dwellers, typically around 3 to 5 feet long.
D Ross Robertson/Smithsonian via Wikimedia Commons

Appendix II listings, while not as strong as Appendix I, can help populations recover. Great white shark populations, for example, have recovered since the 1990s around the U.S. after being added to the Appendix II list in 2005, though other populations in the northwest Atlantic and South Pacific are still considered locally endangered.

Tope and smooth-hound sharks were also added to the Appendix II list in 2025 for protection from the trade of their meat and fins.

Several species of guitarfishes and wedgefishes, odd-shaped rays that look like they have a mix of shark and ray features and have been harmed by local and commercial fishing, finning and trade, were assigned a CITES “zero-quota” designation to temporarily curtail all trade in their species until their populations recover.

A fish with a triangular head and long body that looks like a mix between a ray and a shark.
An Atlantic guitarfish (Rhinobatus lentiginosus) swims in the Gulf of Mexico.
SEFSC Pascagoula Laboratory; Collection of Brandi Noble/Flickr, CC BY

These global protections raise awareness of species, prevent trade and overexploitation and can help prevent species from going extinct.

Drawing attention to rarely seen species

Globally, there are about 550 species of shark today and around 600 species of rays (or batoids), the flat-bodied shark relatives.

Many of these species suffer from their anonymity: Most people are unfamiliar with them, and efforts to protect these more obscure, less cuddly ocean inhabitants struggle to draw attention.

So, how do we convince people to care enough to help protect animals they do not know exist? And can we implement global protections when most shark-human interactions are geographically limited and often support livelihoods of local communities?

Increasing people’s awareness of ocean species at risk, including sharing knowledge about why their numbers are falling and the vital roles they play in their ecosystem, can help.

The new protections for sharks and rays under CITES also offer hope that more global regulations protecting these and other shark and rays species will follow.

The Conversation

Gareth J. Fraser is an Associate Professor at the University of Florida, and receives funding from the National Science Foundation (NSF).

ref. Why 70-plus species of sharks and rays needed new international trade limit protections – https://theconversation.com/why-70-plus-species-of-sharks-and-rays-needed-new-international-trade-limit-protections-271386

Transition énergétique juste : comment éviter les gilets jaunes en Indonésie ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Emmanuel Fourmann, Chargé de recherche, Agence Française de Développement (AFD)

La réduction des émissions risque d’accroître les inégalités et de faire peser la transition sur les plus pauvres. Sans compensations sociales ciblées, des mesures en ce sens, du type taxe carbone, pourraient susciter des protestations sociales, à l’image du mouvement des « gilets jaunes » qu’a connu la France.


Le renchérissement du prix du carbone est un levier important pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais les conséquences sociales de ce type de mesure peuvent être importantes, comme l’a rappelé la crise des « gilets jaunes » en France. Cette contestation sociale, multifactorielle, a été déclenchée notamment par une hausse de la taxation des carburants, qui renforçait le clivage entre ménages urbains (plus riches en moyenne, ayant accès à des mobilités à bas coût et à une proximité des services publics) et les ménages ruraux (moins riches en moyenne, utilisant leur véhicule personnel motorisé par des carburants fossiles et moins bien desservis par des services publics dispersés).

Compte tenu de la forte sensibilité sociale du prix de l’énergie et des carburants, les décideurs publics doivent porter une forte attention aux conséquences des mesures prises sur la distribution des revenus, la position relative des groupes sociaux et l’accès aux services publics. Dans un pays aussi vaste et géographiquement fragmenté que l’Indonésie, ces questions universelles prennent un accent plus complexe et, parfois, plus dramatique qu’ailleurs.

Les politiques mises en œuvre en Indonésie

L’engagement de l’Indonésie envers la réduction des émissions de carbone est aligné avec ses responsabilités dans le cadre de l’Accord de Paris, signé et ratifié en 2016. L’Indonésie s’est engagée à réduire de 29 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2030 de manière indépendante, ou de 41 % avec la coopération internationale. Plus tard en 2022, le gouvernement indonésien a mis à jour son engagement, affichant un objectif de réduction des émissions de GES plus élevé de 31,9 % (inconditionnel) et 43,2 % (conditionnel).

Dans ce cadre, la tarification du carbone est une stratégie essentielle pour réduire les émissions de GES. Les principales méthodes incluent les taxes sur le carbone et les systèmes d’échange de quotas d’émission (ETS). Les taxes carbone influencent directement les prix du carbone, tandis que les ETS limitent la quantité de carbone que les émetteurs peuvent libérer, influençant indirectement les prix du carbone à travers le coût des permis d’émission.

En 2021, l’Indonésie a initié un cadre de tarification du carbone, visant à atteindre ses objectifs climatiques et à gérer les émissions de GES dans le cadre de ses plans de développement nationaux.

Le gouvernement indonésien avait initialement l’intention d’introduire des instruments de tarification du carbone volontairement de 2021 à 2024, avec un passage à une application obligatoire prévu d’ici 2025. Avec un coût d’environ 2 $ pour chaque tonne d’équivalent CO2, ce taux serait l’un des plus bas au monde, mais malgré ses débuts modestes, l’introduction de cette taxe marque un progrès considérable en Indonésie.

Ces mesures, bien que bénéfiques pour l’environnement, peuvent involontairement augmenter les inégalités. La transition énergétique de l’Indonésie présente donc un défi complexe alors que le pays cherche à équilibrer croissance économique, sécurité énergétique et durabilité environnementale tout en s’attaquant aux émissions croissantes de CO2.

Ces politiques doivent être soigneusement conçues pour assurer une transition énergétique juste (JET) et être socialement acceptées. En partenariat avec le ministère indonésien des finances, des chercheurs du LPEM (Lembaga Penyelidikan Ekonomi dan Masyarakat – Fakultas Ekonomi dan Bisnis Universitas Indonesia), le centre de recherche économique et sociale de l’Université d’Indonésie à Jakarta, appuyés par des experts internationaux (université de Galway en Irlande, université de Tulane aux États-Unis), ont exploré et modélisé les modalités d’une telle taxation et ses conséquences en matière de redistribution des revenus. Il apparaît qu’un renchérissement de l’énergie en Indonésie pourrait diminuer les émissions mais conduirait à une aggravation des inégalités, sauf s’il était accompagné d’une politique d’allocations sociales bénéficiant effectivement aux ménages les plus pauvres.

Une problématique énergétique complexe

L’Indonésie est un très vaste archipel composé de plus de 17 000 îles dispersées sur plus de 5 000 km de large et 3 000 km de long. Autant dire que, même si la moitié de la population est concentrée sur l’île de Java, la question des transports et de l’accès aux services publics essentiels y est majeure.

La production et la distribution électriques sont un autre défi : faute d’interconnexion entre les réseaux, elles doivent être assurées « île par île ». Si cela permet à l’essentiel de la population d’avoir accès à l’électricité, chaque installation est calibrée pour la demande maximale de l’heure de pointe, ce qui fait qu’elle est fortement sous-utilisée le reste du temps. Dès lors, la construction, l’entretien et la maintenance de cette constellation de réseaux surcapacitaires sont particulièrement coûteux.

Carte des provinces indonésiennes.
Wikimedia, CC BY

À cela s’ajoute une situation pour le moins étonnante : le prix de vente de l’électricité en Indonésie ne couvre pas son coût de production. Aucun consommateur indonésien, qu’il soit riche ou pauvre, industriel ou particulier, ne paye son énergie électrique au prix qu’elle coûte effectivement à produire (y compris produite avec du charbon subventionné). Cela résulte notamment de la politique de gel des prix de vente décidée en 2017 pour des motivations sociales, et des forts coûts structurels de production déjà mentionnés. Le déficit induit pour la compagnie électrique nationale PLN est important, et il est intégralement financé par une subvention d’équilibre du budget de l’État.

Comme tous les pays émergents, l’Indonésie est un gros émetteur de gaz à effet de serre (GES). Elle est l’un des cinq plus gros producteurs de charbon et le premier exportateur mondial, ce qui signifie que, dans une perspective de décarbonation de la production d’énergie, ce secteur représente un enjeu important en termes de reconversion industrielle par le nombre des sites et des emplois.

Pour autant, les incitations à la reconversion manquent, dans la mesure où le prix du charbon est subventionné par le gouvernement. S’y ajoutent les GES qu’elle exporte chez ses acheteurs de charbon et les émissions au titre de la déforestation accélérée que le pays a connue depuis les années 1990 quand il a choisi de produire massivement de l’huile de palme.

Le risque de faire peser la transition sur les plus pauvres

Une façon de réduire l’empreinte carbone de l’économie indonésienne serait de mettre en place une taxe carbone, assise sur les carburants (option simple) ou sur des quotas d’émissions de GES (option plus sophistiquée). L’objectif : réduire la demande en énergie carbonée en provoquant, via la taxe, une hausse du prix relatif.

Cependant, si l’on s’en tient à cette seule étape, le risque est de rendre les pauvres encore plus pauvres (car ils contribuent à la taxe carbone) et de leur faire payer le coût de la transition énergétique, alors qu’ils ont des émissions nettement plus faibles, qu’ils ne sont pas les principaux responsables du changement climatique et qu’ils sont plus vulnérables face à ses conséquences (notamment en zone côtière, où vit 70 % de la population).

Émissions de GES par foyer en Indonésie.
Fourni par l’auteur

Ce paramètre est d’autant plus important que les inégalités de revenus demeurent fortes en Indonésie (avec un coefficient de Gini autour de 0,4), comme l’a montré le diagnostic sur les inégalités multidimensionnelles, mené par LPEM en 2023 avec l’appui de l’Institut national des statistiques indonésien (BPS). Et comme les ménages à faible revenu dépensent une plus grande proportion de leurs revenus dans l’énergie, les effets régressifs de la taxe carbone (charge relative plus élevée pour les pauvres) sont élevés et, pour atteindre l’Objectif de développement durable n°10 (réduction des inégalités), ils doivent être compensés.

Dépenses des foyers pour l’énergie en Indonésie.
Fourni par l’auteur

Lorsqu’on vise une transition énergétique juste — caractérisée par une double réduction des émissions de dioxyde de carbone et des inégalités sociales et un principe émetteur-payeur pour les principaux responsables des émissions — il faut donc tenir compte de ces différentes dimensions pour trouver une juste voie.

Comment bâtir une transition juste ?

Dès lors, l’objectif environnemental n’est pas compatible avec l’objectif social… sauf si vous disposez d’un canal dédié pour rediriger une part des revenus fiscaux tirés de la taxe carbone directement vers les ménages les plus pauvres.

Si l’on parvient à rendre l’argent prélevé, on peut gagner sur les deux tableaux : réduction simultanée de l’empreinte carbone et des inégalités de revenus. Au risque, sinon, d’aller vers une contestation sociale de type « yellow batik », qui serait le pendant indonésien des gilets jaunes français.

L’étude menée par LPEM s’est donc intéressée aux mécanismes envisageables pour compenser la hausse des prix de l’énergie pour les plus pauvres, qui pourraient être financés en « recyclant » les recettes générées par la taxe : une exonération de TVA pour les produits de première nécessité ; la mise en place d’un revenu minimum universel (une sorte de RSA indonésien) ; l’octroi d’un chèque énergie aux foyers les plus pauvres ; des primes salariales pour les bas salaires ; des prestations sociales sous condition de ressources.

L’étude compare les différents effets redistributifs de ces mesures et conclut que le choix du mécanisme de « recyclage des revenus » façonne de manière significative les résultats d’équité d’une politique de taxe carbone. Les avantages ciblés (mécanismes 2 à 5) offrent le plus grand impact redistributif, tandis que les réductions des impôts indirects (mécanisme 1) ont tendance à avoir un effet plus neutre. Dans le cas de l’Indonésie, la stratégie de recyclage des recettes provenant de la taxe carbone joue un rôle plus central que la taxe carbone elle-même pour déterminer l’impact global sur la répartition.

L’étude montre qu’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) résultant des effets combinés de la taxe sur le carbone et de diverses stratégies de recyclage des revenus. Hors tout recyclage, il est possible de réduire les émissions de 9 % en Indonésie, mais au prix d’un accroissement des inégalités. Avec le recyclage des revenus, la réduction des émissions est plus faible (entre 4 et 8 %) mais les inégalités sont réduites et la transition est plus juste.

Une transition à mener par étapes

Ce type de politique avec compensations caractériserait une transition énergétique « juste » et équitable, mais elle doit être préparée avec soin pour en maximiser l’acceptabilité sociale, éviter des effets « gilets jaunes » dans une société très diverse et fragmentée et qui a connu récemment une agitation sociale. Et en prêtant une attention particulière à la classe moyenne qui vote et aux îles hors Java, qui se sentent moins considérées.

L’étude recommande de démarrer par une taxation basée sur les carburants, point de départ plus faisable qu’une taxe basée sur les émissions directes de CO2. Cela permettrait de mettre en place une stratégie territorialement différenciée, de minimiser les disparités régionales et d’améliorer la faisabilité politique, tout en s’orientant progressivement vers des mécanismes de tarification du carbone plus larges et sophistiqués après l’élimination complète des subventions énergétiques. Associée à des mécanismes de compensation mis en place graduellement, elle permettrait une transition progressive tout en évitant des charges excessives pour les ménages et régions en insécurité énergétique. Les revenus pourraient être réinvestis dans l’amélioration de l’accès à l’énergie dans la région, en particulier dans l’est de l’Indonésie.


Fourni par l’auteur

Au moment où l’Indonésie est candidate à l’OCDE, cette étude offre une approche et des outils pour construire une transition énergétique nourrie des expériences — heureuses ou malheureuses — des pays industriels.


Cette étude menée par LPEM s’inscrit dans le cadre de l’Extension de la Facilité de recherche sur les inégalités, coordonnée par l’AFD et financée par la Commission européenne pour contribuer à l’élaboration de politiques publiques visant la réduction des inégalités dans quatre pays (Afrique du Sud, Mexique, Colombie et Indonésie).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Transition énergétique juste : comment éviter les gilets jaunes en Indonésie ? – https://theconversation.com/transition-energetique-juste-comment-eviter-les-gilets-jaunes-en-indonesie-271487

Cent ans après sa sortie, « Le Cuirassé Potemkine » d’Eisenstein continue de fasciner

Source: The Conversation – France (in French) – By Dušan Radunović, Associate Professor/Director of Studies (Russian), Durham University

L’escalier d’Odessa, où a lieu cette scène de massacre, s’est invité dans le cinéma mondial à de nombreuses reprises en cent ans. Goskino / WIkipedia, CC BY

S’il ne s’en tient que partiellement à la réalité des événements de cette mutinerie de 1905, « Le Cuirassé Potemkine » montre comment un film historique peut façonner la mémoire collective et le langage cinématographique.


Film phare du cinéma russe, Le Cuirassé Potemkine de Sergei Eisenstein a été présenté pour la première fois à Moscou le 24 décembre 1925. Mais les nombreux hommages rendus par les cinéastes tout au long du siècle qui a suivi démontrent s’il le fallait qu’il est toujours pertinent aujourd’hui. Qu’est-ce qui a donc fait de cette œuvre, connue pour sa manière audacieuse de traiter les événements historiques, l’un des films historiques les plus influents jamais réalisés ?

L’histoire de la réalisation du film apporte quelques éléments de réponse. Après le succès de son premier long-métrage en 1924, La Grève, Eisenstein fut chargé en mars 1925 de réaliser un film commémorant le 20e anniversaire de la révolution russe de 1905. Cette vaste révolte populaire, déclenchée par des conditions de travail déplorables et un profond mécontentement social, secoua l’Empire russe et constitua un défi direct à l’autocratie impériale. L’insurrection échoua, mais sa mémoire perdura.

Initialement intitulé L’Année 1905, le projet d’Eisenstein s’inscrivait dans un cycle national d’événements publics commémoratifs à travers toute l’Union soviétique. L’objectif était alors d’intégrer les épisodes progressistes de l’histoire russe d’avant la Révolution de 1917 – dans laquelle la grève générale de 1905 occupait une place centrale – au tissu de la nouvelle vie soviétique.

Le scénario original envisageait le film comme la dramatisation de dix épisodes historiques marquants, mais sans lien direct entre eux, survenus en 1905 : le massacre du Dimanche rouge et la mutinerie sur le cuirassé impérial Potemkine, entre autres.

La fameuse scène de l’escalier d’Odessa, tiré du film « Le Cuirassé Potemkine ».

Tourner la mutinerie, recréer l’histoire

Le tournage principal débuta à l’été 1925, mais rencontra peu de succès, ce qui poussa un Eisenstein de plus en plus frustré à déplacer l’équipe vers le port méridional d’Odessa. Il décida alors d’abandonner la structure épisodique du scénario initial pour recentrer le film sur un seul épisode.

La nouvelle histoire se concentrait exclusivement sur les événements de juin 1905, lorsque les marins du cuirassé Potemkine, alors amarré près d’Odessa, se révoltèrent contre leurs officiers après avoir reçu l’ordre de manger de la viande pourrie infestée de vers.

La mutinerie et les événements qui suivirent à Odessa devaient désormais être dramatisés en cinq actes. Les deux premiers actes et le cinquième, final, correspondaient aux faits historiques : la rébellion des marins et leur fuite réussie à travers la flotte des navires loyalistes.

Quant aux deux parties centrales du film, qui montrent la solidarité du peuple d’Odessa avec les mutins, elles furent entièrement réécrites et ne s’inspiraient que très librement des événements historiques. Et pourtant curieusement, cent ans après sa sortie, sa réputation de récit historique par excellence repose principalement sur ces deux actes. Comment expliquer ce paradoxe ?

La réponse se trouve peut-être dans les deux épisodes centraux eux-mêmes, et en particulier dans le quatrième, avec sa représentation poignante d’un massacre de civils désarmés – dont la célèbre scène du bébé dans une poussette incontrôlable, dévalant les marches – qui confèrent au film une forte résonance émotionnelle et lui donnent une assise morale.

De plus, bien que presque entièrement fictive, la célèbre séquence des escaliers d’Odessa intègre de nombreux thèmes, historiquement fondés, issus du scénario original, notamment l’antisémitisme généralisé et l’oppression exercée par les autorités tsaristes sur leur peuple.

Ces événements sont ensuite rendus de manière saisissante grâce à l’usage particulier du montage par Eisenstein, qui répète les images de la souffrance des innocents pour souligner la brutalité impersonnelle de l’oppresseur tsariste.

Le Cuirassé Potemkine peut être perçu comme une œuvre de mémoire collective, capable de provoquer et de diriger une réaction émotionnelle chez le spectateur, associant passé et présent pour les redéfinir d’une manière particulière. Mais, un siècle plus tard, la manière dont Eisenstein traite le passé, insistant pour établir un lien émotionnel avec le spectateur tout en recréant l’histoire, reste étroitement liée à nos propres façons de nous souvenir et de construire l’histoire.

Avec le recul de 2025, Le Cuirassé Potemkine, avec son idéalisme révolutionnaire et sa promesse d’une société meilleure, a perdu une grande part de son attrait, après la trahison de ces mêmes idéaux, des purges staliniennes des années 1930 jusqu’à la dévastation actuelle de l’Ukraine. Les spectateurs contemporains auraient besoin que le message originel du film soit revitalisé dans de nouveaux contextes, invitant à résister au pouvoir et à l’oppression, et à exprimer la solidarité avec les marginalisés et les opprimés.

Échos dans le cinéma moderne

Il n’est pas surprenant que le British Film Institute ait choisi cette année pour publier une version restaurée du film, car il a exercé une influence si profonde et omniprésente sur la culture visuelle occidentale que de nombreux spectateurs ne réalisent peut-être pas à quel point son langage est ancré dans le cinéma grand public.

Comment Hollywood a réinterprété la fameuse scène des escaliers.

Alfred Hitchcock a repris avec succès les techniques de montage frénétique et chaotique d’Eisenstein dans la scène de la douche de Psychose (1960), où l’horreur naît moins de ce qui est montré que de ce qui est suggéré par le montage. Il rend également un hommage explicite à Eisenstein lors du deuxième meurtre du film, qui se déroule sur l’escalier de la maison des Bates.

Ce schéma a ensuite été repris dans de nombreux films, notamment dans le Batman (1989) de Tim Burton avec le Joker interprété par Jack Nicholson. Nicholson lui-même avait déjà joué une confrontation violente sur un escalier dans Shining (1980) de Stanley Kubrick, tandis que Joker (2019) de Todd Phillips est devenu emblématique pour une séquence de danse controversée sur un escalier public.

L’Exorciste (1973) de William Friedkin semble lui aussi beaucoup devoir au style d’Eisenstein, avec deux morts qui se déroulent au bas de l’escalier désormais iconique de Georgetown. Brazil (1985) de Terry Gilliam fait lui aussi un clin d’œil parodique à Eisenstein, mais c’est Les Incorruptibles (1987) de Brian De Palma qui constitue l’hommage le plus explicite à la séquence des escaliers d’Odessa, notamment avec la scène du bébé dans la poussette incontrôlable, plaçant ainsi l’influence d’Eisenstein au cœur du cinéma hollywoodien contemporain.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Cent ans après sa sortie, « Le Cuirassé Potemkine » d’Eisenstein continue de fasciner – https://theconversation.com/cent-ans-apres-sa-sortie-le-cuirasse-potemkine-deisenstein-continue-de-fasciner-272594

No, nuestro cerebro no se “desarrolla completamente” de golpe a los 25 años: esto es lo que dice la neurociencia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Taylor Snowden, Post-Doctoral Fellow, Neuroscience, Université de Montréal

Si navega por TikTok o Instagram durante el tiempo suficiente, inevitablemente se encontrará en algún momento con la frase: “Tu lóbulo frontal aún no está completamente desarrollado”. Se ha convertido en una explicación habitual de la neurociencia para las malas decisiones, como pedir una copa de más en el bar o enviar un mensaje de texto a ese ex al que juraste no volver a escribir nunca jamás.

Es cierto que el lóbulo frontal desempeña un papel fundamental en funciones de alto nivel como la planificación, la toma de decisiones y el juicio. Y es fácil encontrar consuelo en la idea de que existe una excusa biológica para explicar por qué a veces nos sentimos inestables, impulsivos o como un trabajo en progreso: la inmadurez del lóbulo frontal. La vida entre los 20 y los 30 años es impredecible, y aferrarse a que muchas cosas suceden porque el cerebro no ha terminado de desarrollarse puede resultar extrañamente tranquilizadora.

Pero la idea de que el cerebro, en particular el lóbulo frontal, deja de desarrollarse a los 25 años es un mito. Que como muchos mitos, tiene su origen en hallazgos científicos reales, pero simplificados en exceso. De hecho, las últimas investigaciones sugieren que el desarrollo del lóbulo frontal se prolonga hasta los 30 años.

¿De dónde viene el “mito de los 25 años”?

El número mágico proviene de estudios de imágenes cerebrales realizados a finales de la década de 1990 y principios de la de 2000. En un estudio de 1999, los investigadores realizaron un seguimiento de los cambios cerebrales mediante repetidas exploraciones en niños y adolescentes. Analizaron la materia gris, que puede considerarse como el componente “pensante” del cerebro.

Los investigadores descubrieron que, durante la adolescencia, la materia gris pasa por un proceso denominado “poda”. Es decir, en las primeras etapas de la vida, el cerebro establece una enorme cantidad de conexiones neuronales; pero a medida que envejecemos, va recortando gradualmente las que se utilizan con menos frecuencia y fortaleciendo las que permanecen.

El crecimiento y la posterior la pérdida de volumen de la materia gris son fundamentales para el desarrollo del cerebro.

El cerebro madura por fases

En una investigación dirigida por el neurocientífico Nitin Gogtay, se escaneó el cerebro de una serie de niños de tan solo cuatro años, iniciando un seguimiento de su evolución cada dos. Fue así como los científicos descubrieron que, dentro del lóbulo frontal, las regiones maduran de atrás hacia adelante.

Las regiones más primitivas, como las áreas responsables del movimiento muscular voluntario, se desarrollan primero, mientras que las regiones más avanzadas, importantes para la toma de decisiones, la regulación emocional y el comportamiento social, no habían madurado completamente cuando cumplieron 20 años y terminó el seguimiento.

Dado que la obtención de dato se interrumpió a los 20 años, los investigadores no pudieron determinar con precisión cuándo finalizó el desarrollo. La edad de 25 años se convirtió en la mejor estimación del supuesto punto final.

Lo que revelan las investigaciones más recientes

Desde aquellos primeros estudios, la neurociencia ha avanzado considerablemente. En lugar de examinar regiones individuales de forma aislada, los investigadores ahora estudian la eficiencia con la que las diferentes partes del cerebro se comunican entre sí.

Un importante estudio reciente evaluó la eficiencia de las redes cerebrales, esencialmente cómo está conectado el cerebro, a través de la topología de la materia blanca. La materia blanca está formada por largas fibras nerviosas que conectan diferentes partes del cerebro y la médula espinal, lo que permite que las señales eléctricas viajen en ambos sentidos.

Los investigadores analizaron escáneres de más de 4200 personas, desde la infancia hasta los 90 años, y encontraron varios periodos clave de desarrollo, incluido uno entre los 9 y los 32 años, al que denominaron “adolescencia”.

Para cualquier persona que haya alcanzado la edad adulta, puede resultar chocante que le digan que su cerebro sigue siendo “adolescente” a los 30. Pero este término solo implica que su cerebro se encuentra en una etapa de cambios clave.

Según este estudio, parece que, durante la adolescencia cerebral, el cerebro equilibra dos procesos clave: la segregación y la integración. La segregación consiste en construir “barrios” de pensamientos relacionados. La integración equivale a construir “autopistas” para conectar esos barrios. La investigación sugiere que esta construcción no se estabiliza en un patrón que podemos considerar “adulto” hasta cumplidos los treinta.

El estudio también descubrió que la “pequeña escala” –una medida de la eficiencia de la red– era el mayor predictor para identificar la edad cerebral en este grupo. Si lo comparamos con un sistema de transporte público, e imaginamos rutas que requieren paradas y transbordos, aumentar la «pequeña escala» es como añadir carriles rápidos. Básicamente, los pensamientos más complejos cuentan con rutas más eficientes a través del cerebro.

Sin embargo, esta infraestructura cerebral no dura para siempre. Después de los 32 años, hay un punto de inflexión en el que estas tendencias de desarrollo cambian de dirección. El cerebro deja de dar prioridad a las “autopistas” y vuelve a la segregación para fijar las vías que más utiliza.

En otras palabras, durante la adolescencia y los 20 años se el cerebro se conecta, y cumplidos los 30 se dedican a asentarse y mantener las rutas más utilizadas.

Aprovechar al máximo un cerebro en construcción

Si nuestro cerebro sigue en construcción durante toda la veintena, ¿cómo nos aseguramos de que estamos construyendo la mejor estructura posible? Una respuesta reside en potenciar la neuroplasticidad, la capacidad del cerebro para reconfigurarse.




Leer más:
What is brain plasticity and why is it so important?


Aunque el cerebro sigue siendo cambiante a lo largo de toda la vida, el periodo comprendido entre los 9 y los 32 años representa una oportunidad única para el crecimiento estructural. Las investigaciones sugieren que hay muchas formas de fomentar la neuroplasticidad.

El ejercicio aeróbico de alta intensidad, aprender nuevos idiomas y practicar aficiones que exigen un gran esfuerzo cognitivo, como el ajedrez pueden reforzar las capacidades neuroplásticas de tu cerebro, mientras que el estrés crónico puede obstaculizarlas.

Para quienes pretendan tener un cerebro de alto rendimiento a los 30 años, es útil desafiarlo a los 20, si bien nunca es demasiado tarde para empezar.

The Conversation

Taylor Snowden no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. No, nuestro cerebro no se “desarrolla completamente” de golpe a los 25 años: esto es lo que dice la neurociencia – https://theconversation.com/no-nuestro-cerebro-no-se-desarrolla-completamente-de-golpe-a-los-25-anos-esto-es-lo-que-dice-la-neurociencia-272593

Deepfakes leveled up in 2025 – here’s what’s coming next

Source: The Conversation – USA – By Siwei Lyu, Professor of Computer Science and Engineering; Director, UB Media Forensic Lab, University at Buffalo

AI image and video generators now produce fully lifelike content. AI-generated image by Siwei Lyu using Google Gemini 3

Over the course of 2025, deepfakes improved dramatically. AI-generated faces, voices and full-body performances that mimic real people increased in quality far beyond what even many experts expected would be the case just a few years ago. They were also increasingly used to deceive people.

For many everyday scenarios — especially low-resolution video calls and media shared on social media platforms — their realism is now high enough to reliably fool nonexpert viewers. In practical terms, synthetic media have become indistinguishable from authentic recordings for ordinary people and, in some cases, even for institutions.

And this surge is not limited to quality. The volume of deepfakes has grown explosively: Cybersecurity firm DeepStrike estimates an increase from roughly 500,000 online deepfakes in 2023 to about 8 million in 2025, with annual growth nearing 900%.

I’m a computer scientist who researches deepfakes and other synthetic media. From my vantage point, I see that the situation is likely to get worse in 2026 as deepfakes become synthetic performers capable of reacting to people in real time.

Just about anyone can now make a deepfake video.

Dramatic improvements

Several technical shifts underlie this dramatic escalation. First, video realism made a significant leap thanks to video generation models designed specifically to maintain temporal consistency. These models produce videos that have coherent motion, consistent identities of the people portrayed, and content that makes sense from one frame to the next. The models disentangle the information related to representing a person’s identity from the information about motion so that the same motion can be mapped to different identities, or the same identity can have multiple types of motions.

These models produce stable, coherent faces without the flicker, warping or structural distortions around the eyes and jawline that once served as reliable forensic evidence of deepfakes.

Second, voice cloning has crossed what I would call the “indistinguishable threshold.” A few seconds of audio now suffice to generate a convincing clone – complete with natural intonation, rhythm, emphasis, emotion, pauses and breathing noise. This capability is already fueling large-scale fraud. Some major retailers report receiving over 1,000 AI-generated scam calls per day. The perceptual tells that once gave away synthetic voices have largely disappeared.

Third, consumer tools have pushed the technical barrier almost to zero. Upgrades from OpenAI’s Sora 2 and Google’s Veo 3 and a wave of startups mean that anyone can describe an idea, let a large language model such as OpenAI’s ChatGPT or Google’s Gemini draft a script, and generate polished audio-visual media in minutes. AI agents can automate the entire process. The capacity to generate coherent, storyline-driven deepfakes at a large scale has effectively been democratized.

This combination of surging quantity and personas that are nearly indistinguishable from real humans creates serious challenges for detecting deepfakes, especially in a media environment where people’s attention is fragmented and content moves faster than it can be verified. There has already been real-world harm – from misinformation to targeted harassment and financial scams – enabled by deepfakes that spread before people have a chance to realize what’s happening.

AI researcher Hany Farid explains how deepfakes work and how good they’re getting.

The future is real time

Looking forward, the trajectory for next year is clear: Deepfakes are moving toward real-time synthesis that can produce videos that closely resemble the nuances of a human’s appearance, making it easier for them to evade detection systems. The frontier is shifting from static visual realism to temporal and behavioral coherence: models that generate live or near-live content rather than pre-rendered clips.

Identity modeling is converging into unified systems that capture not just how a person looks, but how they move, sound and speak across contexts. The result goes beyond “this resembles person X,” to “this behaves like person X over time.” I expect entire video-call participants to be synthesized in real time; interactive AI-driven actors whose faces, voices and mannerisms adapt instantly to a prompt; and scammers deploying responsive avatars rather than fixed videos.

As these capabilities mature, the perceptual gap between synthetic and authentic human media will continue to narrow. The meaningful line of defense will shift away from human judgment. Instead, it will depend on infrastructure-level protections. These include secure provenance such as media signed cryptographically, and AI content tools that use the Coalition for Content Provenance and Authenticity specifications. It will also depend on multimodal forensic tools such as my lab’s Deepfake-o-Meter.

Simply looking harder at pixels will no longer be adequate.

The Conversation

Siwei Lyu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Deepfakes leveled up in 2025 – here’s what’s coming next – https://theconversation.com/deepfakes-leveled-up-in-2025-heres-whats-coming-next-271391

New materials, old physics – the science behind how your winter jacket keeps you warm

Source: The Conversation – USA – By Longji Cui, Assistant Professor of Mechanical Engineering, University of Colorado Boulder

Modern winter jackets use a few time-honored physics principles to keep you warm. Magda Indigo/Moment via Getty Images

As the weather grows cold this winter, you may be one of the many Americans pulling their winter jackets out of the closet. Not only can this extra layer keep you warm on a chilly day, but modern winter jackets are also a testament to centuries-old physics and cutting-edge materials science.

Winter jackets keep you warm by managing heat through the three classical modes of heat transfer – conduction, convection and radiation – all while remaining breathable so sweat can escape.

A diagram showing a fireplace in a room. heat radiating off the fire is labeled 'radiation,' heat moving through the floor is labeled 'conduction' and heat moving up through hot air is 'convection'
In a fireplace, heat transfer occurs by all three methods: conduction, convection and radiation. Radiation is responsible for most of the heat transferred into the room. Heat transfer also occurs through conduction into the room’s floor, but at a much slower rate. Heat transfer by convection also occurs through cold air entering the room around windows and hot air leaving the room by rising up the chimney.
Douglas College Physics 1207, CC BY

The physics has been around for centuries, yet modern material innovations represent a leap forward that let those principles shine.

Old science with a new glow

Physicists like us who study heat transfer sometimes see thermal science as “settled.” Isaac Newton first described convective cooling, the heat loss driven by fluid motion that sweeps thermal energy away from a surface, in the early 18th century. Joseph Fourier’s 1822 analytical theory of heat then put conduction – the transfer of thermal energy through direct physical contact – on mathematical footing.

Late-19th-century work by Josef Stefan and Ludwig Boltzmann, followed by the work of Max Planck at the dawn of the 20th century, made thermal radiation – the transfer of heat through electromagnetic waves – a pillar of modern physics.

All these principles inform modern materials design. Yet what feels new today are not the equations but the textiles. Over the last two decades, engineers have developed extremely thin synthetic fibers that trap heat more efficiently and treatments that make natural down repel water instead of soaking it up. They’ve designed breathable membranes full of tiny pores that let sweat escape, thin reflective layers that bounce your body heat back toward you, coatings that store and release heat as the temperature changes, and ultralight materials.

Together, these innovations give designers far more control over warmth, breathability and comfort than ever before. That’s why jackets now feel warmer, lighter and drier than anything Newton or Fourier could have imagined.

Trap still air, slow the leak

Conduction is the direct flow of heat from your warm body into your colder surroundings. In winter, all that heat escaping your body makes you feel cold. Insulation fights conduction by trapping air in a web of tiny pockets, slowing the heat’s escape. It keeps the air still and lengthens the path heat must take to get out.

A close up of a down puffer jacket.
The puffy segments in a jacket are filled with down.
Victoria Kotlyarchuk/iStock via Getty Images

High-loft down makes up the expansive, fluffy clusters of feathers that create the volume inside a puffer jacket. Combined with modern synthetic fibers, the down immobilizes warm air and slows its escape. New types of fabrics infused with highly porous, ultralight materials called aerogels pack even more insulation into surprisingly slim layers.

Tame the wind, protect the boundary layer

A good winter jacket also needs to withstand wind, which can strip away the thin boundary layer of warm air that naturally forms around you. A jacket with a good outer shell blocks the wind’s pumping action with tightly woven fabric that keeps heat in. Some jackets also have an outer layer of lamination that keeps water and cold air out, and a woven pattern that seals any paths heat might leak through around the cuffs, hems, flaps and collars.

The outer membrane layer on many jacket shells is both waterproof and breathable. It stops rain and snow from getting in, and it also lets your sweat escape as water vapor. This feature is key because insulation, such as down, stops working if it gets wet. It loses its fluff and can’t trap air, meaning you cool quickly.

a diagram showing a jacket, with a zoomed in window showing a variety of fabric layers.
How modern jackets manage heat: Left, a typical insulated shell; right, layers that trap air, block wind, and reflect infrared heat without adding bulk.
Wan Xiong and Longji Cui

These shells also block wind, which protects the bubble of warm air your body creates. By stopping wind and water, the shell creates a calm, dry space for the insulation to do its job and keep you warm.

New tricks to reflect infrared heat

Even in still air, your body sheds heat by emitting invisible waves of heat energy. Modern jackets address this by using new types of cloth and technology that make the jacket’s inner surface reflect your body’s heat back toward you. This type of surface has a subtle space blanket effect that adds noticeable warmth without adding any bulk.

However, how jacket manufacturers apply that reflective material matters. Coating the entire material in metallic film would reflect lots of heat, but it wouldn’t allow sweat to escape, and you might overheat.

Some liners use a micro-dot pattern: The reflective dots bounce heat back while the gaps between them keep the material breathable and allow sweat to escape.

Another approach moves this technology to the outside of the garment. Some designs add a pattern of reflective material to the outer shell to keep heat from radiating out into the cold air.

When those exterior dots are a dark color, they can also absorb a touch of warmth from the sun. This effect is similar to window coatings that keep heat inside while taking advantage of sunlight to add more heat.

Warmth only matters if you stay dry. Sweat that can’t escape wets a jacket’s layer of insulation and accelerates heat loss. That’s why the best winter systems combine moisture-wicking inner fabrics with venting options and membranes whose pores let water vapor escape while keeping liquid water out.

What’s coming

An astronaut wearing a space suit floating in space.
Thin reflective surfaces bounce infrared heat – similar to the ‘space-blanket’ effect used in aerospace and modern jacket liners.
Vincent Besnault/The Image Space via Getty Images

Describing where heat travels throughout textiles remains challenging because, unlike light or electricity, heat diffuses through nearly everything. But new types of unique materials and surfaces with ultra-fine patterns are allowing scientists to better control how heat travels throughout textiles.

Managing warmth in clothing is part of a broader heat-management challenge in engineering that spans microchips, data centers, spacecraft and life-support systems. There’s still no universal winter jacket for all conditions; most garments are passive, meaning they don’t adapt to their environment. We dress for the day we think we’ll face.

But some engineering researchers are working on environmentally adaptive textiles. Imagine fabrics that open microscopic vents as the humidity rises, then close them again in dry, bitter air. Picture linings that reflect more heat under blazing sun and less in the dark. Or loft that puffs up when you’re outside in the cold and relaxes when you step indoors. It’s like a science fiction costume made practical: Clothing that senses, decides and subtly reconfigures itself without you ever touching a zipper.

Today’s jackets don’t need a new law of thermodynamics to work – they couple basic physics with the use of precisely engineered materials and thermal fabrics specifically made to keep heat locked in. That marriage is why today’s winter wear feels like a leap forward.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. New materials, old physics – the science behind how your winter jacket keeps you warm – https://theconversation.com/new-materials-old-physics-the-science-behind-how-your-winter-jacket-keeps-you-warm-266877

Who thinks Republicans will suffer in the 2026 midterms? Republican members of Congress

Source: The Conversation – USA – By Charlie Hunt, Associate Professor of Political Science, Boise State University

House Speaker Mike Johnson will have to defend a narrow majority in the 2026 elections. A near-record number of retiring Republicans won’t make that task easier. J. Scott Applewhite/AP

The midterm elections for Congress won’t take place until November, but already a record number of members have declared their intention not to run – a total of 43 in the House, plus 10 senators. Perhaps the most high-profile person to depart, Republican Rep. Marjorie Taylor Greene of Georgia, announced her intention in November not just to retire but to resign from Congress entirely on Jan. 5 – a full year before her term was set to expire.

There are political dynamics that explain this rush to the exits, including frustrations with gridlock and President Donald Trump’s lackluster approval ratings, which could hurt Republicans at the ballot box.

Rather than get swept away by a prospective “blue wave” favoring Democrats – or possibly daunted by the monumental effort it would take to survive – many Republicans have decided to fold up the beach chair and head home before the wave crashes.

As of now, two dozen Republican House members have either resigned from the House or announced their intent to not run for reelection in 2026. With only two exceptions – Republicans in 2018 and 2020 – this is more departures from either party at this point in the election calendar than any other cycle over the past 20 years.

There is also growing concern within the House Republican caucus that Greene’s announcement is a canary in the coal mine and that multiple resignations will follow.

As a political scientist who studies Congress and politicians’ reelection strategies, I’m not surprised to see many House members leaving ahead of what’s shaping up to be a difficult midterm for the GOP. Still, the sheer numbers of people not running tells us something about broader dissatisfaction with Washington.

Why do members leave Congress?

Many planned departures are true retirements involving older and more experienced members.

For example, 78-year-old Democratic congressman Jerry Nadler is retiring after 34 years, following mounting pressure from upstart challengers and a growing consensus among Democrats that it’s time for older politicians to step aside. Nancy Pelosi, the former speaker who will turn 86 in March, is also retiring.

Sometimes, members of Congress depart for the same reasons other workers might leave any job. Like many Americans, members of Congress might find something more attractive elsewhere. Retiring members are attractive hires for lobbying firms and corporations, thanks to their insider knowledge and connections within the institution. These firms usually offer much higher salaries than members are used to in Congress, which may explain why more than half of all living former members are lobbyists of some kind.

Nancy Pelosi, the former House speaker, gestures at a news conference.
Democrat Nancy Pelosi, who was first elected in 1986, will step down at the end of this Congress.
Jose Luis Magana/AP

Other members remain ambitious for elective office and decide to use their position in Congress as a springboard for another position. Members of the House regularly retire to run for a Senate seat, such as, in this cycle, Democratic Rep. Haley Stevens of Michigan. Others run for executive offices, including governor, such as Republican Rep. Nancy Mace of South Carolina.

But some are leaving Congress due to growing frustration with the job and an inability to get things done. Specifically, many retiring members cite growing dysfunction within their own party, or in Congress as a whole, as the reason they’re moving on.

In a statement announcing his departure in June, Sen. Thom Tillis, R-N.C., mused that “between spending another six years navigating the political theater and partisan gridlock in Washington or spending that time with my family,” it was “not a hard choice” to leave the Senate.

What’s unique about 2026?

In addition, there are a few other factors that can help explain why so many Republicans in particular are heading for the exits leading up to 2026.

The shifting of boundaries that has come with the mid-decade redistricting process in several states this year has scrambled members’ priorities. Unfamiliar districts can drive incumbents to early retirement by severing their connection with well-established constituencies.

In Texas, six Republicans and three Democrats – nearly a quarter of the state’s entire House delegation – are either retiring or running for other offices, due in part to that state’s new gerrymander for 2026.

All decisions about retirement and reelection are sifted through the filter of electoral and partisan considerations. A phenomenon called “thermostatic politics” predicts that parties currently in power, particularly in the White House, tend to face a backlash from voters in the following election. In other words, the president’s party nearly always loses seats in midterms.

In 2006 and 2018, for example, Republican members of Congress were weighed down by the reputations of unpopular Republican Presidents George W. Bush and Trump. Republicans had arguably even greater success in midterm elections during Barack Obama’s presidency.

Currently, 2026 looks like it will present a poor national environment for Republicans. Trump remains highly unpopular, according to polls, and Democrats are opening up a consistent lead in the “generic ballot” question, which asks respondents which party they intend to support in the 2026 midterms without reference to individual candidates.

Democrats have already been overperforming in special elections, as well as the general election in November in states such as New Jersey and Virginia, which held elections for governor. Democrats are on average running 13 points ahead of Kamala Harris’ performance in the 2024 election.

As a result, even Republicans in districts thought to be safe for their party may see themselves in enough potential danger to abandon the fight in advance.

Retirement vs. resignation

One final, unique aspect of this election cycle with major consequences is not an electoral but an institutional one.

House conservatives are quietly revolting against Speaker Mike Johnson’s leadership style. That members may be frustrated enough not just to retire but resign in advance, leaving their seats temporarily vacant, is a notable sign of dysfunction in the U.S. House.

This also could have a major impact on policy, given how slim the Republicans’ majority in the lower chamber is already. Whatever the outcome of the midterms in November, these departures clearly matter in Washington and offer important signals about the chaos in Congress.

The Conversation

Charlie Hunt does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Who thinks Republicans will suffer in the 2026 midterms? Republican members of Congress – https://theconversation.com/who-thinks-republicans-will-suffer-in-the-2026-midterms-republican-members-of-congress-271285

Resolve to network at your employer’s next ‘offsite’ – research shows these retreats actually help forge new connections

Source: The Conversation – USA (2) – By Madeline Kneeland, Assistant Professor of Management, Babson College

Getting to know new colleagues over a short period of time can pay off later on. Tom Werner/DigitalVision via Getty Images

What do you do when an announcement about an “offsite” hits your work inbox? Chances are you might sigh and begrudgingly add the event to your calendar.

These events, also called retreats, bring colleagues together for a mix of structured activities and free time – freeing them from their regular work obligations. For one or two days, employees take a mandatory break from their normal routines at work and at home. Participants spend a lot of that time making small talk with colleagues, as well as engaging in structured interactions that may include awkward icebreakers.

Although networking is one of these events’ main purposes, some people find that networking for the purpose of meeting professional goals can feel transactional, uncomfortable or even dirty. Unsure about whether it will be worth the time and effort, you might ask: What’s in it for me?

We are management professors who study how professional networks help information and resources move across organizations and create opportunities. Our research findings suggest participating in an offsite could be well worth the time and hassle.

And it might quietly reshape your working relationships in unexpected ways.

Taking time and costing money

While these gatherings have become relatively common, we were surprised to learn how little research there is on whether they work. In particular, few scholars have dug into their effectiveness in helping people forge new connections.

Offsites can help with strategic planning, team development and goal setting. They’re often held once or twice a year. The timing varies from one employer to the next. But the period from December through March is becoming more popular.

They tend to bring people together who rarely interact through their work – particularly at large employers with offices spread across the country or even the world, and in organizations with remote-first work arrangements.

Retreats help people get better acquainted in many informal ways, whether it’s sharing meals, exchanging ideas or chatting in hallways. Those interactions and the more structured ones, such as brainstorming exercises conducted in previously assigned groups, make it easier to connect with colleagues.

After years of remote work when people mainly gathered over Zoom, employers continue to look for ways to rebuild connections and to address a surge in disengagement.

These retreats for professionals have apparently become more popular following the COVID-19 pandemic, as part of the larger rebound in business-related travel. A survey of 2,000 full-time employees from a range of industries found that the percentage of companies hosting no offsites at all fell to 4% in 2024, from 16% in 2019.

Further, many companies are allocating larger budgets for offsites and budgeting more time during off-site retreats for social purposes, the same survey found.

Off-site retreats require planning to make sure there’s time for colleagues to make new connections.

Mapping a law firm’s networking patterns

When we spoke with managers from several large firms about their off-site practices, we were surprised that they simply assumed collaboration was an inevitable outcome.

To test whether that was true, we studied the working relationships of more than 700 partners in a large U.S. law firm, which we agreed not to name to access its data. Over eight years, from 2005 to 2012, these partners attended – or skipped – the firm’s annual retreats.

We tracked the partners’ attendance and their collaborative work for the firm’s clients before and after the offsites. Because lawyers at this firm – and elsewhere – record their work in 6-minute increments, it was possible to analyze billing records for the partners’ collaboration on client projects.

The results of this mapping exercise surprised us. And they may change your feelings about whether retreats are worth your time and energy.

Helping partners get noticed

We found that after participating in an offsite, partners were more likely to reach out to other partners whom they had not worked with previously.

To our surprise, we found that even workers who didn’t attend an offsite acted more collaboratively afterward. Having received the message that collaboration is important to the firm, they made up for missing out by finding other ways to start collaborating with more colleagues.

But building a successful career also depends on something harder to control than whether you reach out to new colleagues and clients: You need your colleagues to think of you when opportunities arise. And that likelihood can increase when you participate in offsites.

Getting 24% more requests to collaborate

We found an increase in newly formed connections across the law firm after these events. New collaborations on billable work increased, generating more revenue for the firm. And the targets of these new collaborations tended to be the people who took part in the offsite.

The partners who attended the offsite became more visible and had 24% more new requests to collaborate on work for a client in the two months following the retreat than those who did not. Importantly, these relationships were not superficial. Almost 17% of these new working relationships continued over the next two years.

While we analyzed only the relationships that formed shortly after the offsite, it is likely that colleagues remember those they meet at these events. The people who attend them continue to reap network-based benefits beyond what we found in the data.

We also found that offsites helped attorneys forge connections with lawyers in the firm’s other practice groups more than with those on their own team.

Overall, lawyers who went to an offsite made more new connections – about one per month – after an offsite than the ones who didn’t go.

Bridging silos at work

In the course of day-to-day work, people tend to interact most with the colleagues they already know.

This pattern seems to be even stronger in remote work. Offsites helped to break that pattern by giving professionals opportunities to engage with colleagues they don’t know. Sometimes, they end up eager to collaborate with people they meet this way.

These more distant connections can help people obtain diverse information, resources and perspectives and create opportunities to productively brainstorm.

When you work for a big employer, it can be hard to meet colleagues on other teams. Offsites may provide a significant opportunity to build networks and stand out among peers.

While offsites may never be your favorite way to spend a few days, our research shows that they can serve an important function for employers and employees alike.

The Conversation

Madeline Kneeland received funding for this research from The Strategic Management Society.

Adam M. Kleinbaum does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Resolve to network at your employer’s next ‘offsite’ – research shows these retreats actually help forge new connections – https://theconversation.com/resolve-to-network-at-your-employers-next-offsite-research-shows-these-retreats-actually-help-forge-new-connections-270762