Bilharziose en Europe : d’où vient cette maladie parasitaire et comment s’en protéger ?

Source: The Conversation – in French – By Christoph Grunau, Professeur des Universités, expert en épigénetique environnementale, Université de Perpignan Via Domitia

Les schistosomes, de petits vers parasites, sont à l’origine d’une maladie aux conséquences potentiellement graves : la schistosomiase ou bilharziose. Une simple baignade dans des eaux infestées par leurs larves peut suffire à être contaminé. Longtemps cantonnée à certains pays tropicaux, la maladie s’étend. Elle aborde désormais le sud de l’Europe : des cas ont été recensés en Corse, ces dernières années.


Plus de 240 millions de personnes dans le monde vivent avec un parasite dans le corps sans le savoir. Ces personnes sont infectées par des vers plats appartenant au genre Schistosoma, transmis par des escargots d’eau douce. Ils sont responsables d’une maladie appelée schistosomiase ou bilharziose, dont les complications peuvent être graves, allant jusqu’au cancer du foie ou de la vessie.

Si la grande majorité des personnes touchées vivent en Afrique, en Amérique latine ou en Asie, des foyers localisés ont également été récemment signalés en Europe, notamment dans le sud-est de la Corse.

Aujourd’hui, la lutte contre la bilharziose ne constitue donc plus seulement un enjeu de santé publique locale. Il s’agit d’un défi mondial, qui exige une veille épidémiologique accrue, une coopération internationale renforcée et des stratégies adaptées à une réalité environnementale en mutation.

Une même maladie, différentes manifestations.

La bilharziose est transmise par de petits escargots aquatiques vivant dans les eaux douces. Les larves de schistosomes les infectent, puis se multiplient dans leur organisme, avant d’être libérées dans les eaux environnantes.

Le cycle des schistosomes, responsables de la schistosomiase ou bilharziose.
DPDx, Centers for Disease Control and Prevention

Elles vont alors se mettre en quête de leur hôte final, un mammifère (rongeur, bétail, être humain…) immergé à proximité. Une fois à son contact, les larves percent sa peau et pénètrent dans son corps. Après un passage par le foie, elles se transforment en adultes, et s’installent dans les veines proches de l’intestin ou de la vessie.

Si, dans certains cas, les premiers stades de l’infection peuvent se traduire par une irritation de la peau ou de la fièvre, souvent la maladie reste silencieuse pendant des mois.

Les manifestations cliniques qui surviennent ensuite sont principalement liées aux centaines d’œufs produits chaque jour par les femelles. En effet, si une partie est éliminée en même temps que les matières fécales ou les urines (et peuvent donc à nouveau contaminer les eaux), certains restent piégés dans les tissus. Des lésions et des réactions inflammatoires se produisent, qui peuvent avoir de lourdes conséquences.

Cependant, la bilharziose ne se manifeste pas de la même façon partout. En effet, la forme de la maladie varie non seulement selon l’espèce de vers parasites impliquée, mais aussi selon l’espèce d’escargots qui les transmettent, ainsi qu’en fonction des saisons de transmission, propres à chaque région, ou encore des mesures de contrôle, très dépendantes des infrastructures locales.

Type de maladie Symptômes Espèce impliquée Répartition géographique
Schistosomiase intestinale – typiques: douleurs abdominales, diarrhée, et sang dans les selles;

– atteintes avancées: hépatomégalie (augmentation du volume du foie), parfois associée à une ascite (liquide péritonéal) et une hypertension de la veine porte qui augmente le risque d’hémorragie; une splénomégalie (augmentation du volume de la rate) peut aussi être observée. Risque de cancer du foie aux stades tardifs.

Schistosoma mansoni Afrique, Moyen-Orient, Caraïbes, Brésil, Venezuela et Suriname
Schistosoma japonicum Chine, Indonésie, Philippines
Schistosoma mekongi Plusieurs districts du Cambodge et de la République démocratique populaire lao
Schistosoma guineansis et S. intercalatum (espèce voisine) Zones des forêts tropicales humides en Afrique centrale
Schistosomiase urogénitale – typiques: hématurie (sang dans les urines);

– atteintes avancées: lésions rénales, fibrose de la vessie et de l’uretère, et risque de cancer de la vessie aux stades tardifs.

Schistosoma haematobium Afrique, Moyen-Orient, France (Corse)

Dans certains cas d’infection aiguë, des manifestations atypiques (paralysies) ont également été décrites. Chez les enfants, l’infection se traduit par une anémie (car les parasites se nourrissent des cellules sanguines de leur hôte) ainsi que par un retard de croissance.

Pour éviter la transmission de la maladie, outre les gestes individuels (voir encadré « Comment se protéger »), les programmes locaux de lutte contre les escargots et de sensibilisation communautaire sont essentiels, car ils permettent de rompre le cycle de transmission du parasite. Dans les zones endémiques, la participation aux campagnes de traitement collectif au praziquantel permet en outre d’éviter les formes chroniques.

Cette parasitose, bien que connue depuis longtemps, demeure malheureusement d’actualité. Chaque nouveau barrage ou projet d’irrigation, chaque communauté dépourvue d’assainissement créent les conditions pour une transmission renouvelée. Une situation encore aggravée par les modifications liées au changement climatique en cours, ou au développement de certaines pratiques, parmi lesquelles l’écotourisme, qui, en favorisant les voyages dans des zones rurales ou naturelles parfois peu surveillées sur le plan sanitaire, accroît le risque d’exposition à des eaux contaminées par les schistosomes.

Au sein de notre laboratoire, et en collaboration avec des centres de recherche en Europe, Amérique du Nord et Amérique du Sud ainsi qu’en Afrique de l’Ouest, nous travaillons à comprendre la dispersion des parasites et des mollusques vecteurs. Nous étudions aussi la possibilité d’améliorer la résistance des escargots contre le parasite, et nous explorons la possibilité de recourir à des modifications épigénétiques et génétiques pour rendre les parasites vulnérables.

Un parasite qui s’adapte aux activités humaines

Le cycle de la bilharziose repose sur trois éléments : le parasite, l’escargot, et l’eau. Dès que ces trois conditions sont réunies, la transmission est possible. Que ce soit dans les campagnes brésiliennes, le Nil en Égypte, les rizières asiatiques ou les rivières corses, la bilharziose s’adapte aux paysages humains.

En Afrique de l’Ouest, comme au Sénégal et au Bénin, les écosystèmes fluviaux et les températures élevées qui varient peu tout au long de l’année constituent des habitats idéaux pour les escargots appartenant aux espèces Biomphalaria et Bulinus, vecteurs des formes intestinale et urinaire de la maladie. Dans ces régions, la transmission est observée tout au long de l’année. Elle est plus importante au sein des populations ayant un contact intense avec l’eau, comme dans la ville fluviale de Ganvié (Bénin).

Photo de pêcheurs et habitants en pirogue dans la lagune de Ganvié, au Bénin. Ce type d’environnement, où l’eau douce est omniprésente et les contacts humains fréquents, constitue un terrain propice à la transmission de la bilharziose.
Pêcheurs et habitants en pirogue dans la lagune de Ganvié, au Bénin. Ce type d’environnement, où l’eau douce est omniprésente et les contacts humains fréquents, constitue un terrain propice à la transmission de la bilharziose.
Ronaldo Augusto, CC BY

Au Brésil, la forme intestinale prédomine. En général, les escargots vecteurs, principalement Biomphalaria glabrata, prolifèrent dans les réservoirs d’eau, les rivières et les lagunes. Les épidémies surviennent principalement dans les communautés rurales du Nord-Est et du Sud-Est, où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement de base est souvent insuffisant.

Cependant, il est surprenant de constater que des épidémies peuvent apparaître dans les zones urbanisées, soit en raison de systèmes d’assainissement défaillants, soit parce que des rongeurs se trouvent à proximité de collections d’eau douce. Malgré le succès des programmes de lutte, cette complexité fait de la bilharziose une maladie dynamique, capable de s’adapter à différents scénarios selon la région du Brésil considérée.

Ces deux images prises dans l’État de Tocantins, au nord du Brésil, présentent deux scénarios contrastés de schistosomiase. Deux environnements endémiques distincts sont représentés : l’un, situé dans un parc naturel, où la transmission est principalement
Ces deux images prises dans l’État de Tocantins, au nord du Brésil, présentent deux scénarios contrastés de schistosomiase. Deux environnements endémiques distincts sont représentés : l’un, situé dans un parc naturel, où la transmission est principalement maintenue par la faune sauvage (photo de gauche). L’autre, en zone urbaine, se caractérise par la présence d’habitations et une dynamique de transmission dominée par les rejets de déjections humaines non traitées (photo de droite).
Ronaldo Augusto, CC BY

En Asie, la situation est encore plus complexe. En effet, l’espèce qui y sévit, Schistosoma japonicum, présente une capacité particulièrement marquée à contaminer de nombreux hôtes mammifères (elle infecte aussi bien les humains que les bovins et les rongeurs). Le risque d’infection est renforcé par les systèmes agricoles traditionnels, notamment la riziculture et l’élevage bovin, qui favorisent des contacts étroits et durables entre humains, animaux et milieux aquatiques (l’escargot vecteur, Oncomelania hupensis, vit dans les rizières et les zones humides). Cette situation complique fortement les efforts de contrôle. Par ailleurs, chaque inondation peut ouvrir de nouvelles zones de transmission.

Même dans les régions hors des zones tropicales, la bilharziose peut surprendre. C’est par exemple le cas en Corse, ou des touristes ont contracté la maladie après avoir nagé dans la rivière Cavu, entre 2013 et 2022.

Des analyses ont confirmé la présence sur l’île d’escargots Bulinus truncatus et du parasite S. haematobium, probablement introduit par des voyageurs en provenance de zones endémiques au Sénégal. Cet épisode a révélé la vulnérabilité de certains écosystèmes européens.

Une menace ancienne dans des paysages qui changent

Bien plus qu’une simple maladie tropicale, la schistosomiase est un indicateur des inégalités socio-économiques et de la manière dont nos environnements conditionnent notre santé. La comprendre, c’est aussi comprendre la façon dont s’entrelacent infrastructures, climat et comportements humains.

Mieux connaître cette maladie, et mettre au point des moyens de lutte efficace devient d’autant plus crucial que le changement climatique en cours favorise sa propagation. La hausse des températures et les modifications des régimes de pluie créent de nouveaux habitats propices aux escargots vecteurs. C’est aussi le cas de la pression sur les ressources en eau, qui conduit souvent à la création de barrages, de retenues artificielles et de systèmes d’irrigation. Autant d’aménagements générant des zones d’eau calme ou faiblement renouvelée, particulièrement favorables au développement desdits escargots.

Conséquence : de nouvelles zones de transmission pourraient apparaître là où le risque était jusqu’à présent considéré comme nul. Des modèles prédictifs suggèrent déjà que certaines régions du sud de l’Europe, notamment autour du Bassin méditerranéen, pourraient présenter les conditions écologiques nécessaires à l’établissement du cycle de transmission du parasite.

Il faut savoir que le parasite ne s’implante durablement dans une région que si l’hôte intermédiaire est présent et si les conditions climatiques sont favorables. Or plusieurs espèces d’escargots vecteurs, dont Planorbarius metidjensis et Bulinus truncatus, sont déjà présentes dans certaines régions d’Europe méridionale, ce qui explique un potentiel d’établissement localisé mais réel.

La réémergence de la bilharziose en Corse illustre comment cette maladie pourrait cesser d’être perçue uniquement comme une maladie tropicale négligée et commencer à être reconnue comme une infection émergente, y compris dans les pays du Nord.

The Conversation

Christoph Grunau a reçu des financements de l’ANR, de Wellcome Trust, de la Région Occitanie, et de l’UPVD.

Ronaldo Augusto a reçu des financements de l’ANR, de la Région Occitanie, et de l’UPVD.

ref. Bilharziose en Europe : d’où vient cette maladie parasitaire et comment s’en protéger ? – https://theconversation.com/bilharziose-en-europe-dou-vient-cette-maladie-parasitaire-et-comment-sen-proteger-260016

Le patron de la Fed visé par une enquête pénale : Trump et la tentation d’une Fed docile

Source: The Conversation – France in French (3) – By Alain Naef, Assistant Professor, Economics, ESSEC

Donald Trump est en guerre affichée contre Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale des États-Unis. Misscabul/Shutterstock

Une enquête pénale vise Jerome Powell, l’actuel gouverneur de la puissante Réserve fédérale des États-Unis (Fed), dont le mandat arrive à terme en mai 2026. Donald Trump, dont la prérogative est de lui nommer un successeur, souhaite mettre à la tête de la Fed un de ses supporters, Kevin Hassett. Mais alors qui pour être le contre-pouvoir ? Contre-intuitivement, ce pourrait bel et bien être les marchés financiers.


Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre de 2003 à 2013, aimait dire que « l’ambition de la Banque d’Angleterre est d’être ennuyeuse ». Le président de la Banque nationale suisse Thomas Jordan rappelait encore récemment que « la clé du succès est peut-être d’être ennuyeux ». Leur message est clair : la stabilité monétaire repose sur la prévisibilité, pas sur le spectacle.

Avec Donald Trump, cette règle pourrait changer. Le président des États-Unis, lui, n’aime pas être ennuyeux. S’il n’est pas clair que cela lui réussisse en politique intérieure ou extérieure, pour ce qui est de l’économie, c’est différent. La prévisibilité est un moteur de la stabilité des marchés et de la croissance des investissements. Dans ce contexte, les marchés pourraient être l’institution qui lui tient tête.

C’est ce rôle de contre-pouvoir que j’analyse dans cet article. Le conflit à venir se porte sur la nomination du successeur du président de la Réserve fédérale des États-Unis (Fed), la banque centrale des États-Unis, Jerome Powell dont le mandat expire en mai 2026. Dans la loi, le président de la première puissance mondiale a la prérogative de nommer un successeur.

Jerome Powell est actuellement visé par une enquête pénale du département de la justice américain, liée officiellement à la rénovation du siège de la Fed. Le président de la FED, lui, y voit une tentative de pression sur son indépendance, après son refus de baisser les taux d’intérêt. Donald Trump nie toute implication, même s’il dit de Powell qu’il « n’est pas très doué pour construire des bâtiments ». Pour de nombreux observateurs, le timing de l’attaque plaide pour une attaque politique. Les marchés ont réagi avec une montée du prix de l’or.

Car les présidents des banques centrales sont des personnages clés. Avec de simples mots, ils peuvent participer à créer des crises financières. Le président de la Bundesbank eut un rôle dans la crise du système monétaire européen de 1992. Si ce dernier s’était abstenu de faire un commentaire sur l’instabilité de la livre sterling, le Royaume-Uni aurait peut-être rejoint l’euro.

Gouverneurs technocrates

Traditionnellement, le choix du successeur n’est pas uniquement politique. Il se porte sur une figure reconnue, souvent issue du Conseil des gouverneurs. Les sept membres du Conseil des gouverneurs du système de la Réserve fédérale sont nommés par le président et confirmés par le Sénat. Il s’agit ordinairement de technocrates.

Les chercheurs Michael Bordo et Klodiana Istrefi montrent que la banque centrale recrute prioritairement des économistes formés dans le monde académique, soulignant la sélection d’experts de la conduite de la politique monétaire. Ils montrent que les clivages entre écoles « saltwater » (Harvard et Berkeley) et « freshwater » (Chicago, Minnesota). Les économistes freshwater étant plus restrictifs (ou hawkish) en termes de baisse de taux, alors que les « saltwater » préfèrent soutenir la croissance.

Ben Bernanke incarne cette tendance. Du 1er février 2006 au 3 février 2014, il est gouverneur de la FED. Après un premier mandat sous la présidente de George W. Bush, Barack Obama le nomme pour un second mandat. Ce professeur d’économie, défenseur de la nouvelle économie keynésienne, gagne le prix Nobel en 2022 pour ses travaux sur les banques et les crises financières. La gouverneure de 2014 à 2018, Janet Yellen, est auparavant professeure d’économie à Berkeley, à Harvard et à la London School of Economics.

Ce processus relativement apolitique est essentiellement technocratique. Ces conventions seront potentiellement bousculées pour la nomination du prochain gouverneur de la banque centrale des États-Unis. Évidemment, certains gouverneurs avaient des préférences politiques ou des liens avec le président.

Kevin Hassett, économiste controversé

Le candidat de Donald Trump pressenti par les médias est Kevin Hassett. Ce dernier s’inscrit dans le sillage de la vision du nouveau président des États-Unis en appelant à des baisses de taux brutales. Il a qualifié Jerome Powell de « mule têtue », ce qui alimente les craintes d’une Fed docile envers la Maison Blanche.

« Kevin Hassett a largement les capacités pour diriger la Fed, la seule question est de savoir lequel se présentera » entre « Kevin Hassett, acteur engagé de l’administration Trump, ou Kevin Hassett, économiste indépendant », explique Claudia Sahm, ancienne économiste de la Fed dans le Financial Times. C’est cette question qui inquiète les marchés. Cela même si l’économiste a presque 10 000 citations pour ses articles scientifiques et a soutenu sa thèse avec Alan Auerbach, un économiste reconnu qui travaille sur les effets des taxes sur l’investissement des entreprises. De façade, Hassett a tout d’un économiste sérieux. Uniquement de façade ?

Les investisseurs s’inquiètent de la politisation de la Fed. Depuis la nomination de Stephen Miran en septembre 2025 au Conseil des gouverneurs, les choses se sont pimentées. Le président du comité des conseillers économiques des États-Unis est un des piliers de la doctrine économique Trump. Il a longtemps travaillé dans le secteur privé, notamment au fonds d’investissement Hudson Bay Capital Management.

Si les votes de la Fed sont anonymes, le Federal Open Market Committee, chargé du contrôle de toutes les opérations d’open market aux États-Unis, publie un graphique soulignant les anticipations de taux d’intérêt des membres. Depuis l’élection de Stephen Miran, un membre vote en permanence pour des baisses drastiques des taux d’intérêt, pour soutenir Donald Trump. Sûrement Miran ?

Si le nouveau président de la Fed faisait la même chose, on pourrait assister à une panique à bord… qui pourrait éroder la confiance dans le dollar. Les investisseurs internationaux ne veulent pas d’une monnaie qui gagne ou perde de la valeur en fonction du cycle électoral américain. Pour que les investisseurs aient confiance dans le dollar, il faut qu’il soit inflexible à la politique.

Les marchés financiers en garde-fou

Le marché, à l’inverse de la Cour suprême des États-Unis ou du Sénat, n’a pas d’incarnation institutionnelle, mais il a tout de même une voix. Il réagit par les prix, mais pas seulement. Si on ne l’écoute pas, le marché pourrait-il hausser le ton, en changeant les prix et les taux d’intérêt ?

Quelles seraient les conséquences de la nomination d’un président de la Fed pro-Trump et favorable à des coupes de taux pour soutenir le mandat de Trump ? Il se peut que les investisseurs institutionnels puissent fuir la dette américaine, du moins à court terme. Cette réaction augmenterait potentiellement les taux d’emprunt du gouvernement, notamment à long terme.

« Personne ne veut revivre un épisode à la Truss », a résumé un investisseur cité par le Financial Times, à la suite de la consultation du Trésor auprès des grands investisseurs. Liz Truss, la première ministre du Royaume-Uni, avait démissionné sous la pression des marchés en septembre 2022. Elle avait essayé dans un « mini-budget » à la fois d’augmenter les dépenses et de réduire les impôts. Quarante-quatre jours plus tard, elle avait dû démissionner à cause de la fuite des investisseurs qui ne voulaient plus de dette anglaise, jugée insoutenable.

Donald Trump ne démissionnera probablement pas quarante-quatre jours après la nomination de Kevin Hassett. Mais, en cas de panique des marchés, Kevin Hassett lui-même pourrait sauter. Et le dollar perdre encore un peu plus de sa splendide.

The Conversation

Alain Naef a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

ref. Le patron de la Fed visé par une enquête pénale : Trump et la tentation d’une Fed docile – https://theconversation.com/le-patron-de-la-fed-vise-par-une-enquete-penale-trump-et-la-tentation-dune-fed-docile-272522

Rihanna, Selena Gomez, Kylie Jenner : pourquoi la beauté est le nouvel eldorado des stars

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Aubrun, Enseignant-chercheur en Marketing digital & Communication au BBA INSEEC – École de Commerce Européenne, INSEEC Grande École

La star Selena Gomez a lancé son entreprise de cosmétique Rare Beauty contre la « beauté toxique ». bella1105/Shutterstock

Rihanna, Selena Gomez ou Kylie Jenner, ces dernières années les marques dans le secteur des cosmétiques créées ou co-fondées par des stars se sont multipliées. Mais pourquoi cet engouement particulier pour la beauté ?


Fenty Beauty, LolaVie, Blake Brown, Rare Beauty, Kylie Cosmetics, Rhode Skin ou Goop Beauty sont des marques de beauté et de soins capillaires qui ont toutes un point commun : celui d’avoir été lancées par une célébrité, comme Rihanna, Jennifer Aniston, Blake Lively, Selena Gomez, Kylie Jenner, Hailey Rhode Bieber et Gwyneth Paltrow.

Le personal branding, cette stratégie qui transforme le « moi » en image de marque unique que l’on peut valoriser sur la scène médiatique notamment, est d’autant plus pertinente dans le secteur des cosmétiques.

Alors pourquoi un tel engouement dans ce secteur et de ses consommateurs ?

« Sephora Loves Rare BeautySelena Gomez | Beauty Without Flter ».

Effet lipstick

Le marché des cosmétiques aurait générer en 2025 un chiffre d’affaires de 677 milliards de dollars, soit 574 milliards d’euros.

L’intérêt des célébrités pour la beauté n’est pas seulement une question d’image, il est également dicté par une logique économique. Les stars ont rapidement compris qu’en lançant leur propre marque, leur notoriété permettrait de réduire la lenteur de ce processus et d’amorcer une monétisation rapide de leur entreprise. La célébrité agit comme un puissant catalyseur marketing.

Qu’est-ce que le « personal branding » ?

Historiquement, le secteur des cosmétiques est résilient aux crises, ce que les chercheurs nomment « effet lipstick ». Ce dernier explique comment les consommateurs, en période de crises économiques, réduisent les dépenses importantes, telles que l’achat de voiture ou les voyages, pour s’offrir des produits de luxe abordables, comme un rouge à lèvres.

Cette stabilité du marché de la beauté garantit un revenu sûr pour les marques de stars. Il offre des marges brutes élevées et peut encore croître de 100 milliards selon le patron de L’Oréal, Nicolas Hieronimus.

Le coût de production étant faible par rapport au prix de vente, et l’absence des contraintes logistiques, comme les collections de saisons, permettent un faible coût d’entrée et une gestion des stocks simplifiée.

Transférer les attributs positifs de la star

La célébrité qui endosse une marque est définie comme un individu jouissant d’une forte reconnaissance publique qui appose son image sur une marque par le biais d’un contrat publicitaire. Cette approche vise à transférer les attributs positifs de la star vers la marque, facilitant l’identification du message par le consommateur.

Depuis une dizaine d’années, ce qu’on appelle le self-branding for entrepreneurial prend une nouvelle ampleur avec l’avènement des réseaux sociaux. La célébrité devient cheffe d’entreprise et créée sa propre marque. La star n’est plus une simple ambassadrice : elle devient actionnaire, co-fondatrice ou propriétaire d’une marque.

C’est le cas de la comédienne Jennifer Aniston avec sa marque de soins capillaires LolaVie. L’actrice ne se contente pas de poser pour sa marque mais partage elle-même des vidéos de shooting sur les réseaux sociaux. Elle se met en scène en utilisant les produits et va jusqu’à poster des vidéos d’elle coiffant sa meilleure amie, l’actrice Courtney Cox, ou encore son petit ami Jim Curtis.

Jennifer Aniston fait preuve d’authenticité en exposant son intimité et en prenant à contre-pied l’image distante et éloignée de la réalité que peut avoir une célébrité. Elle renforce cette idée en utilisant l’humour dans son spot publicitaire « No Gimmicks » (« Pas d’artifices »).

« Jennifer Aniston x LolaVie | No Gimmicks… It Just Works ».

Contre la beauté toxique

Le succès des marques de beauté fondées par des célébrités s’explique par la disruption stratégique mise en place. Des marques, comme Fenty Beauty, ont été pionnières en prouvant que l’inclusion ethnique avec plus de 40 teintes de fonds de teint proposées n’était pas un simple geste éthique mais une stratégie économique gagnante. « Fenty Beauty est une marque à 360 degrés qui s’adresse autant à une Coréenne qu’à une Irlandaise ou à une Afro-Américaine », décrypte Lionel Durand, patron de l’entreprise Black Up.

Dans la foulée, la marque Rare Beauty a élargi cette notion à l’inclusion émotionnelle, utilisant l’authenticité du discours de sa fondatrice concernant la santé mentale pour rejeter les normes de beauté toxiques. Selena Gomez n’ayant jamais caché sa bipolarité a choisi pour sa marque le slogan « Love Your Rare » (« Aimez votre rareté ») et a créé sa fondation Rare Impact Fund consacrée à cette thématique. Elle capitalise sur une communauté fidèle et engagée, là où d’autres marques valorisent essentiellement la perfection en termes de beauté.

Ces stars utilisent leurs réseaux sociaux comme laboratoires narratifs où elles construisent la crédibilité de leur marque à travers des récits personnels simples, de travail et de passion. Les produits de beauté ont un avantage : ils sont désirables et mobilisent l’attention surtout s’ils sont mis en avant par une célébrité.

Les vidéos Instagram ou TikTok à l’ère du marketing de contenu permettent aux célébrités d’échanger et d’atteindre rapidement leur public. Leurs produits deviennent une extension d’elles-mêmes, des objets identitaires au même titre que la mode ou la musique. La marque bio Goop, de Gwyneth Paltrow, est une ode à son lifestyle. Sur la plateforme TikTok, elle vend ses créations comme des produits skincare, de maquillage ou une ligne de vêtements. L’actrice a développé un empire autour de la mouvance New Age.

Marqueur social

Les marques des célébrités deviennent un marqueur social, une manière de prolonger l’univers de la star dans le quotidien des consommateurs. En 2025, on assiste à la continuité de cette tendance. L’année aura été marquée par des extensions de gammes pour Rhode et Rare Beauty, mais aussi par de nouveaux lancements de marques comme les parfums de Bella Hadid, Orebella, ou la gamme de soins Dua, de Dua Lipa.

Le succès de la marque continue de reposer sur la capacité de la célébrité-entrepreneure à projeter une authenticité perçue et une implication réelle. En face, se trouve un consommateur certes sensible aux réseaux sociaux, mais qui peut s’avérer résistant à certaines manœuvres marketing.

Si la célébrité paraît opportuniste ou déconnectée du produit, la légitimité s’effondre. Tel fut le cas pour Meghan Markle au moment du lancement de sa marque lifestyle, As Ever, de produits alimentaires, bougies et vins. Les critiques ont fusé, l’accusant de peu de professionnalisme, de capitaliser uniquement sur sa notoriété et sur son statut de duchesse de Sussex.

Des marques à durée limitée ?

Les produits de beauté ne sont qu’un exemple de la diversification entrepreneuriale des célébrités. Nombreuses sont les stars qui se tournent vers des marchés où le capital image est essentiel et où le taux de renouvellement des produits est élevé.

C’est le cas du secteur de l’alcool qui offre une marge élevée et une connexion directe avec les fans. L’actrice Cameron Diaz a co-fondé une marque de vin bio et vegan qu’elle a nommé Avaline. Le rappeur Jay Z possède sa maison de champagne, Armand de Brignac.

Le phénomène de la célébrité-entrepreneure révèle une nouvelle dynamique, celle de la marque personnelle. Dès lors, la question qui se pose n’est plus la performance initiale mais la vision stratégique à long terme. Cette hyper-accélération du succès, rendue possible essentiellement par la notoriété, leur permet-elle de devenir des marques à part entière, et non de simples prolongements de la célébrité ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Rihanna, Selena Gomez, Kylie Jenner : pourquoi la beauté est le nouvel eldorado des stars – https://theconversation.com/rihanna-selena-gomez-kylie-jenner-pourquoi-la-beaute-est-le-nouvel-eldorado-des-stars-270215

Bob Denard et les coups d’État en Afrique : anatomie d’un mercenariat en héritage

Source: The Conversation – in French – By Christophe Premat, Professor, Canadian and Cultural Studies, Stockholm University

Figure emblématique du mercenariat postcolonial, Bob Denard (de son vrai nom Gilbert Bourgeaud incarnait une forme d’interventionnisme clandestin qui a marqué l’histoire politique de plusieurs États africains, en particulier les Comores, où il fut impliqué dans plusieurs coups d’État entre les années 1970 et 1990. Alors que les productions audiovisuelles se multiplient à son sujet, il devient essentiel de replacer son action dans une longue histoire, celle des mercenaires en Afrique.

L’actualité récente, marquée par la présence d’Africa Corps (ex-groupe Wagner) dans certains pays africains, tend parfois à présenter le mercenariat étranger comme un phénomène nouveau sur le continent. Cette lecture est historiquement inexacte. Bien avant le groupe russe Wagner, l’Afrique a été un terrain d’intervention privilégié pour des mercenaires européens, souvent liés à des intérêts géopolitiques, économiques ou idéologiques issus de la guerre froide et des continuités postcoloniales.

De Bob Denard aux réseaux anglo-saxons actifs en Afrique australe, en passant par diverses sociétés militaires privées, le mercenariat s’inscrit dans une tradition ancienne d’externalisation de la violence armée. Africa Corps ne fait que réactualiser cette pratique sous des formes contemporaines.

En tant que spécialiste des théories postcoloniales et des relations France-Afrique, je reviens sur cette figure emblématique de la Guerre froide.

La méfiance envers les mercenaires

Dans Le Prince, Machiavel déconseille aux souverains de se reposer sur des mercenaires, les décrivant comme « désunis, ambitieux, infidèles ». Leur loyauté n’est jamais garantie, car elle dépend du salaire plutôt que d’un sentiment d’appartenance. Ces mises en garde trouvent une application singulière dans l’Afrique postcoloniale.

Après les indépendances, des États fragilisés ont eu recours à des combattants expérimentés issus des armées coloniales, tandis que des puissances extérieures utilisaient ces hommes pour défendre leurs intérêts sans s’engager officiellement. Bob Denard s’inscrit dans cette tradition en étant un mercenaire moderne mêlant idéologie anticommuniste, sens aigu du renseignement et art de la manœuvre discrète.

Un mercenariat géopolitique

Le Congo de la période post-sécession katangaise est l’un des premiers terrains où s’affirme Bob Denard. Il sert d’abord Moïse Tshombe, président autoproclamé de l’État sécessioniste du Katanga, qu’il accompagne dans ses tentatives de stabilisation du Katanga puis, plus tard, lors de son passage à la tête du gouvernement central. Cette expérience le place au cœur des affrontements politiques et militaires du Congo des années 1960.

Le film Mister Bob (2011) revient d’ailleurs sur cette phase fondatrice, montrant comment Denard navigue dans un environnement où se croisent ambitions congolaises, interventions étrangères et stratégies clandestines. Si Mobutu apparaît ensuite comme l’acteur dominant de la scène congolaise, Denard évolue davantage à sa périphérie qu’à ses côtés, prêt à servir des causes présentées comme anticommunistes et à répondre aux attentes d’acteurs extérieurs, notamment occidentaux.

Dans ce contexte de Guerre froide, Denard opère ainsi dans ces zones grises où se mêlent autorité étatique, diplomatie secrète et interventions paramilitaires. Son parcours congolais témoigne de la manière dont certains États externalisaient des opérations sensibles à des individus capables d’agir là où l’armée nationale ou les services officiels ne pouvaient intervenir ouvertement.

À bien des égards, Denard a donné corps aux logiques de la Françafrique, non seulement par ses engagements militaires, mais aussi par les relations qu’il entretenait avec Jacques Foccart, l’un des architectes les plus influents de ce système d’influence mêlant réseaux politiques, intérêts stratégiques et action clandestine.

Les Comores, une histoire politique sous tutelle mercenaire

C’est pourtant aux Comores que Denard inscrit durablement son empreinte.
Lorsque les Comores accèdent à l’indépendance en 1975, l’archipel devient le théâtre d’un jeu d’ombres dont Bob Denard est l’un des principaux architectes. Profitant de la fragilité du nouveau régime, Denard renverse le président Ahmed Abdallah et installe à sa place Ali Soilih, un dirigeant aux ambitions révolutionnaires. Ce geste inaugure une période d’instabilité profonde, où la politique comorienne se tisse désormais aussi dans les couloirs discrets des mercenaires et des réseaux d’influence.

Trois ans plus tard, en 1978, l’histoire bascule de nouveau. Denard revient à Moroni pour renverser Soilih et rétablir Ahmed Abdallah au pouvoir. L’opération, exécutée avec une précision quasi militaire, consacre le mercenaire comme un véritable arbitre de la scène politique comorienne. À travers lui, des intérêts extérieurs, diplomatiques, économiques, sécuritaires, continuent de peser sur les trajectoires du jeune État.

En 1989 survient l’épisode le plus trouble car le président Abdallah est assassiné dans son palais. Denard, présent sur place, est rapidement soupçonné d’implication. Bien qu’il soit acquitté par la justice française, l’affaire renforce l’image d’un mercenaire devenu trop puissant, capable d’infléchir le destin d’un pays au-delà de tout contrôle institutionnel.

L’histoire se clôt en 1995 avec l’opération Azalée. Cette intervention militaire française expulse Denard et son groupe, mettant fin à vingt ans d’influence directe sur la vie politique comorienne. Pour Paris, il s’agit de reprendre la main ; pour Moroni, d’entrevoir la possibilité de reconstruire un système politique affranchi de cette tutelle informelle.

Les documentaires consacrés aux Comores reviennent largement sur ces décennies d’ingérence. Ils montrent comment les interventions successives ont contribué à militariser la vie politique, à institutionnaliser une dépendance à des réseaux extérieurs et à fragiliser durablement les structures étatiques d’un archipel déjà vulnérable. Derrière l’aventure exotique souvent associée au personnage de Denard se lit en creux le long coût politique, social et institutionnel de ce mercenariat d’État dans un micro-État postcolonial.

Bob Denard à l’écran

Si la figure de Bob Denard continue de hanter l’imaginaire collectif, c’est en grande partie grâce à son traitement audiovisuel, qui a façonné deux portraits presque opposés du mercenaire. D’un côté, le film de 2011 choisit de raconter l’homme à travers sa relation privilégiée avec Mobutu. On y découvre un Denard présenté comme un officier de l’ombre, naviguant entre fidélités personnelles et logiques d’État, un personnage à la fois tacticien, confident et instrument discret de stratégies géopolitiques plus vastes. La mise en scène insiste sur la densité politique de ses engagements, presque sur son expertise, donnant au mercenaire une profondeur qui dépasse le simple aventurier.

Mais l’autre versant du récit apparaît dans les nombreux documentaires consacrés aux Comores. Là, le ton change radicalement. Les enquêtes, nourries de témoignages comoriens, dressent un portrait moins flatteur, celui d’un entrepreneur de violence dont les interventions successives ont contribué à redessiner le destin politique d’un micro-État vulnérable. Ces documentaires tout comme la bande dessinée qui lui est consacrée montrent un Denard beaucoup moins romanesque, davantage stratège et parfois manipulateur, révélant les effets tangibles de ses opérations sur les populations locales, les institutions et la vie quotidienne des Comoriens.

Un révélateur de l’histoire postcoloniale

La trajectoire de Denard est indissociable des ambiguïtés de la période post-indépendance avec les fragilités institutionnelles des jeunes États, la compétition d’intérêts étrangers et l’absence de régulation du recours à la force privée.

Bien avant l’émergence des sociétés militaires privées contemporaines, Denard expérimente des formes d’externalisation de la violence où s’entremêlent réseaux politiques, services de renseignement et initiatives personnelles. Son parcours éclaire aussi les relations franco-africaines dans ce qu’elles ont parfois eu de plus opaque.

Une histoire longue de la violence privatisée

L’histoire de Bob Denard dépasse largement son personnage : elle révèle les vulnérabilités structurelles d’États en quête de stabilité, les pratiques d’ingérence discrète durant la Guerre froide et l’ambivalence d’un mercenaire oscillant entre instrument de puissance et acteur autonome.

Aujourd’hui, alors que des groupes comme Wagner ont redéfini la présence d’acteurs armés privés en Afrique, la figure de Denard retrouve une actualité inattendue. Si la comparaison ne doit pas être simplifiée – Wagner étant un dispositif paramilitaire industrialisé, intégré à une stratégie géopolitique étatique, là où Denard incarnait un mercenariat plus limité reposant sur des réseaux personnels –, une filiation structurelle apparaît néanmoins.

Denard a préfiguré un monde où la violence peut être privatisée, externalisée hors du contrôle direct des États, mais toujours au service d’intérêts politiques. Wagner en est aujourd’hui la version amplifiée : un acteur capable d’occuper un territoire, d’exploiter des ressources et d’influencer durablement des régimes.

De Denard à Prigojine, de Moroni à Bangui, n’assiste-t-on pas à l’évolution d’un même modèle d’ingérence armée ? Un modèle où les mises en garde de Machiavel résonnent encore. Aucun État ne peut se reposer durablement sur des forces dont la loyauté se loue.

The Conversation

Christophe Premat est directeur du centre d’études canadiennes et professeur en études culturelles francophones à l’Université de Stockholm. Il a bénéficié d’une subvention de la Fondation suédoise pour la coopération internationale dans la recherche et l’enseignement supérieur (STINT) pour la période de février 2021 à décembre 2023 (numéro de subvention : AF 2020-8901) sur un projet concernant la circulation des littératures maghrébines francophones.

ref. Bob Denard et les coups d’État en Afrique : anatomie d’un mercenariat en héritage – https://theconversation.com/bob-denard-et-les-coups-detat-en-afrique-anatomie-dun-mercenariat-en-heritage-271534

Un fidèle de Trump à la tête de la Fed ? Les marchés financiers s’inquiètent

Source: The Conversation – France in French (3) – By Alain Naef, Assistant Professor, Economics, ESSEC

Donald Trump est en guerre affichée contre Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale des États-Unis. Misscabul/Shutterstock

Une enquête pénale vise Jerome Powell, l’actuel gouverneur de la puissante Réserve fédérale des États-Unis (Fed), dont le mandat arrive à terme en mai 2026. Donald Trump, dont la prérogative est de lui nommer un successeur, souhaite mettre à la tête de la Fed un de ses supporters, Kevin Hassett. Mais alors qui pour être le contre-pouvoir ? Contre-intuitivement, ce pourrait bel et bien être les marchés financiers.


Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre de 2003 à 2013, aimait dire que « l’ambition de la Banque d’Angleterre est d’être ennuyeuse ». Le président de la Banque nationale suisse Thomas Jordan rappelait encore récemment que « la clé du succès est peut-être d’être ennuyeux ». Leur message est clair : la stabilité monétaire repose sur la prévisibilité, pas sur le spectacle.

Avec Donald Trump, cette règle pourrait changer. Le président des États-Unis, lui, n’aime pas être ennuyeux. S’il n’est pas clair que cela lui réussisse en politique intérieure ou extérieure, pour ce qui est de l’économie, c’est différent. La prévisibilité est un moteur de la stabilité des marchés et de la croissance des investissements. Dans ce contexte, les marchés pourraient être l’institution qui lui tient tête.

C’est ce rôle de contre-pouvoir que j’analyse dans cet article. Le conflit à venir se porte sur la nomination du successeur du président de la Réserve fédérale des États-Unis (Fed), la banque centrale des États-Unis, Jerome Powell dont le mandat expire en mai 2026. Dans la loi, le président de la première puissance mondiale a la prérogative de nommer un successeur.

Jerome Powell est actuellement visé par une enquête pénale du département de la justice américain, liée officiellement à la rénovation du siège de la Fed. Le président de la FED, lui, y voit une tentative de pression sur son indépendance, après son refus de baisser les taux d’intérêt. Donald Trump nie toute implication, même s’il dit de Powell qu’il « n’est pas très doué pour construire des bâtiments ». Pour de nombreux observateurs, le timing de l’attaque plaide pour une attaque politique. Les marchés ont réagi avec une montée du prix de l’or.

Car les présidents des banques centrales sont des personnages clés. Avec de simples mots, ils peuvent participer à créer des crises financières. Le président de la Bundesbank eut un rôle dans la crise du système monétaire européen de 1992. Si ce dernier s’était abstenu de faire un commentaire sur l’instabilité de la livre sterling, le Royaume-Uni aurait peut-être rejoint l’euro.

Gouverneurs technocrates

Traditionnellement, le choix du successeur n’est pas uniquement politique. Il se porte sur une figure reconnue, souvent issue du Conseil des gouverneurs. Les sept membres du Conseil des gouverneurs du système de la Réserve fédérale sont nommés par le président et confirmés par le Sénat. Il s’agit ordinairement de technocrates.

Les chercheurs Michael Bordo et Klodiana Istrefi montrent que la banque centrale recrute prioritairement des économistes formés dans le monde académique, soulignant la sélection d’experts de la conduite de la politique monétaire. Ils montrent que les clivages entre écoles « saltwater » (Harvard et Berkeley) et « freshwater » (Chicago, Minnesota). Les économistes freshwater étant plus restrictifs (ou hawkish) en termes de baisse de taux, alors que les « saltwater » préfèrent soutenir la croissance.

Ben Bernanke incarne cette tendance. Du 1er février 2006 au 3 février 2014, il est gouverneur de la FED. Après un premier mandat sous la présidente de George W. Bush, Barack Obama le nomme pour un second mandat. Ce professeur d’économie, défenseur de la nouvelle économie keynésienne, gagne le prix Nobel en 2022 pour ses travaux sur les banques et les crises financières. La gouverneure de 2014 à 2018, Janet Yellen, est auparavant professeure d’économie à Berkeley, à Harvard et à la London School of Economics.

Ce processus relativement apolitique est essentiellement technocratique. Ces conventions seront potentiellement bousculées pour la nomination du prochain gouverneur de la banque centrale des États-Unis. Évidemment, certains gouverneurs avaient des préférences politiques ou des liens avec le président.

Kevin Hassett, économiste controversé

Le candidat de Donald Trump pressenti par les médias est Kevin Hassett. Ce dernier s’inscrit dans le sillage de la vision du nouveau président des États-Unis en appelant à des baisses de taux brutales. Il a qualifié Jerome Powell de « mule têtue », ce qui alimente les craintes d’une Fed docile envers la Maison Blanche.

« Kevin Hassett a largement les capacités pour diriger la Fed, la seule question est de savoir lequel se présentera » entre « Kevin Hassett, acteur engagé de l’administration Trump, ou Kevin Hassett, économiste indépendant », explique Claudia Sahm, ancienne économiste de la Fed dans le Financial Times. C’est cette question qui inquiète les marchés. Cela même si l’économiste a presque 10 000 citations pour ses articles scientifiques et a soutenu sa thèse avec Alan Auerbach, un économiste reconnu qui travaille sur les effets des taxes sur l’investissement des entreprises. De façade, Hassett a tout d’un économiste sérieux. Uniquement de façade ?

Les investisseurs s’inquiètent de la politisation de la Fed. Depuis la nomination de Stephen Miran en septembre 2025 au Conseil des gouverneurs, les choses se sont pimentées. Le président du comité des conseillers économiques des États-Unis est un des piliers de la doctrine économique Trump. Il a longtemps travaillé dans le secteur privé, notamment au fonds d’investissement Hudson Bay Capital Management.

Si les votes de la Fed sont anonymes, le Federal Open Market Committee, chargé du contrôle de toutes les opérations d’open market aux États-Unis, publie un graphique soulignant les anticipations de taux d’intérêt des membres. Depuis l’élection de Stephen Miran, un membre vote en permanence pour des baisses drastiques des taux d’intérêt, pour soutenir Donald Trump. Sûrement Miran ?

Si le nouveau président de la Fed faisait la même chose, on pourrait assister à une panique à bord… qui pourrait éroder la confiance dans le dollar. Les investisseurs internationaux ne veulent pas d’une monnaie qui gagne ou perde de la valeur en fonction du cycle électoral américain. Pour que les investisseurs aient confiance dans le dollar, il faut qu’il soit inflexible à la politique.

Les marchés financiers en garde-fou

Le marché, à l’inverse de la Cour suprême des États-Unis ou du Sénat, n’a pas d’incarnation institutionnelle, mais il a tout de même une voix. Il réagit par les prix, mais pas seulement. Si on ne l’écoute pas, le marché pourrait-il hausser le ton, en changeant les prix et les taux d’intérêt ?

Quelles seraient les conséquences de la nomination d’un président de la Fed pro-Trump et favorable à des coupes de taux pour soutenir le mandat de Trump ? Il se peut que les investisseurs institutionnels puissent fuir la dette américaine, du moins à court terme. Cette réaction augmenterait potentiellement les taux d’emprunt du gouvernement, notamment à long terme.

« Personne ne veut revivre un épisode à la Truss », a résumé un investisseur cité par le Financial Times, à la suite de la consultation du Trésor auprès des grands investisseurs. Liz Truss, la première ministre du Royaume-Uni, avait démissionné sous la pression des marchés en septembre 2022. Elle avait essayé dans un « mini-budget » à la fois d’augmenter les dépenses et de réduire les impôts. Quarante-quatre jours plus tard, elle avait dû démissionner à cause de la fuite des investisseurs qui ne voulaient plus de dette anglaise, jugée insoutenable.

Donald Trump ne démissionnera probablement pas quarante-quatre jours après la nomination de Kevin Hassett. Mais, en cas de panique des marchés, Kevin Hassett lui-même pourrait sauter. Et le dollar perdre encore un peu plus de sa splendide.

The Conversation

Alain Naef a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

ref. Un fidèle de Trump à la tête de la Fed ? Les marchés financiers s’inquiètent – https://theconversation.com/un-fidele-de-trump-a-la-tete-de-la-fed-les-marches-financiers-sinquietent-272522

DOJ criminal probe highlights risk of Fed losing independence – a central bank scholar explains what’s at stake

Source: The Conversation – USA (2) – By Cristina Bodea, Professor of Political Science, Michigan State University

U.S. President Donald Trump with Federal Reserve Chair Jerome Powell on July 24, 2025. Andrew Caballero-Reynolds/AFP via Getty Images)

The Department of Justice’s decision to open a criminal investigation into Federal Reserve chair Jerome Powell has reignited concern over the independence of the central bank.

In unusually blunt remarks, Powell described the unprecedented probe as part of a political attack by the White House over the Fed’s refusal to drastically cut interest rates, as President Donald Trump has long advocated.

But how unique are such apparent attempts to undermine the central bank’s authority? And what would be the consequences of chipping away at Fed independence? To understand what’s at stake, The Conversation turned to Cristina Bodea, a Michigan State University professor who has been studying central bank best practices for more than two decades.

How unique is this moment in American history?

It is unique in the sense that we haven’t seen a Fed chair criminally investigated ever.

But if we go back in history to the Nixon and Reagan years, presidents have put a lot of pressure on Fed chairs when economic conditions were bad – more precisely, there was high unemployment and high inflation.

In more recent history, Fed chairs and the U.S. Federal Reserve have enjoyed bipartisan support in being independent.

Why are central banks independent, and what is at stake?

Independence comes in two forms: legal and in practice. In the recent past, the laws governing central banks have tended to favor an arms-length relationship in which experts in these institutions look at the economic data and make interest rate decisions based on their mandate. If their mandate includes low inflation, they’re supposed to adjust interest rates based on their data so that they can achieve their goal in the medium term.

Legal independence means that the law governing the institution allows them to do this without politicians interfering in day-to-day operations. This does not mean that the institution is not accountable. The Fed is accountable to Congress, and the people who run the Fed are appointed by the president and voted on by the Senate

Then, there is the de facto independence. Because laws are debatable, what happens in practice can differ from the law, and there isn’t an application of the law to each and every instance in which an institution makes a decision.

In the past 30 years, the U.S. Federal Reserve has been more independent than the law suggests because there was a clear bipartisan consensus to not politicize the institution so that it could safeguard the country’s price environment and employment outcomes, without taking into account elections, electoral cycles and who is or isn’t in the White House.

Why do politicians seek to interfere with this independence?

Monetary policy is a fairly powerful tool, meaning that it can have fairly large and quick effects on outcomes. So, politicians would like to use it; the short-term political gains might include cheaper credit and somewhat more employment.

But it’s kind of a double-edged sword because politicians cannot fool people repeatedly. Along with people expecting politicians to use and misuse monetary policy comes inflation as well as an expectation of inflation. If people expect inflation rates to increase, they will adjust their expectations, and employment will only increase if your inflation expectations are stable.

It makes very little sense to put pressure on the Fed in the way that the current administration is – like a full-on assault, an attempt to take over the institution. The institution is useful. If you have an institution that is not a credible inflation fighter, it will actually not be able to stabilize employment either.

What are the stakes here for the American consumer?

The concern is inflation. Currently, data is ambiguous about the right monetary policy, and there are debates within the Fed about the right course of action. But there is no full-blown financial crisis or unemployment crisis.

Interest rates should not be lowered by 3 percentage points under these circumstances, as Trump has urged. Fairly drastic measures should be reserved for fairly drastic circumstances, and I don’t think we are in fairly drastic circumstances. If low interest rates are employed at this moment, you’re basically using all your ammunition on a moment that doesn’t seem to warrant using it.

We are at an uncertain juncture: There are risks to employment, tariffs can further damage the labor market, there is an affordability crisis. There could be an actual financial crisis in the future.

Lowering interest rates now would make the Fed’s interest rate instrument incapable of working should there be a true crisis in the near future.

A screen shows men and a caption above other men working
Traders digest news of Federal Reserve Chair Jerome Powell’s comments over a criminal investigation.
AP Photo/Richard Drew

Have we seen the independence of central banks under attack in other countries, or is this uniquely American?

This is not uniquely American, and has happened in countries like Turkey, Venezuela and Argentina. Central bank independence globally has been under attack, but not in democracies or in countries that claim to have strong institutions and rule of law.

The Conversation

Cristina Bodea does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. DOJ criminal probe highlights risk of Fed losing independence – a central bank scholar explains what’s at stake – https://theconversation.com/doj-criminal-probe-highlights-risk-of-fed-losing-independence-a-central-bank-scholar-explains-whats-at-stake-273314

Santé mentale des adolescents : les réseaux sociaux amplifient les troubles observés hors ligne, en particulier chez les filles

Source: The Conversation – in French – By Olivia Roth-Delgado, Cheffe de projets scientifiques, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

Troubles anxiodépressifs et pensées suicidaires, cyberharcèlement, image de soi dégradée, consommation d’alcool, de cannabis et autres substances psychoactives… les réseaux sociaux exploitent les vulnérabilités des jeunes et contribuent ainsi à amplifier certains troubles dont ces derniers sont victimes.

C’est ce que conclut un rapport d’envergure de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) qui décortique les mécanismes d’action de ces outils numériques paramétrés pour cibler à des fins mercantiles les spécificités mais aussi les fragilités liées à l’adolescence.

Olivia Roth-Delgado et Thomas Bayeux font partie de l’équipe de l’Anses qui a coordonné ces travaux. Ils nous présentent les principaux enseignements de ce rapport.


The Conversation : Le rapport de l’Anses relatif aux « effets de l’usage des réseaux sociaux numériques sur la santé des adolescents » est inédit. Pourquoi ?

Olivia Roth-Delgado : Cette expertise, c’est cinq ans de travail et plus de 1 000 articles analysés. Elle est inédite par son originalité et par son ampleur qui sont sans équivalent, à notre connaissance, pour des instances publiques comme l’Anses.

Pour la première fois, ce sont certains mécanismes de conception des réseaux sociaux qui ont été mis en relation avec des effets sur la santé des adolescents. Ces mécanismes, ce sont les dark patterns en anglais – que nous avons traduits par « interfaces trompeuses ».

L’adolescence est une période de vulnérabilité, car le cerveau est encore en maturation. Les adolescents et adolescentes traversent des changements dans la façon dont ils ressentent et gèrent les émotions, et dans les circuits liés à la récompense. Ils sont aussi plus sensibles au contexte social, ce qui peut favoriser des conduites à risque lorsqu’ils sont entourés de leurs pairs. Et c’est également une période de grande vulnérabilité aux troubles psychiques.

Thomas Bayeux : Se développe, durant l’adolescence, une culture qui invite à se confronter à autrui, une appétence pour la communication, une construction de soi qui conduit à tester les normes, etc. Tous ces arguments nous ont amenés à retenir la tranche d’âge 11-17 ans, lors de laquelle s’opèrent tous ces changements.

Le rôle de l’Anses, en tant qu’agence de santé publique, est d’évaluer les risques pour la santé. Toutefois, dans les chapitres du rapport consacrés aux usages et au maintien des relations entre générations, l’expertise évoque les effets bénéfiques potentiels des réseaux sociaux, à travers les motivations qui poussent à les utiliser durant l’adolescence.

Le rapport évoque des effets particulièrement préoccupants en lien avec l’usage des réseaux sociaux à l’adolescence, comme des troubles anxiodépressifs, des pensées suicidaires ou encore de l’automutilation. Quels sont les mécanismes à l’œuvre ?

O. R.-D. : Parmi les mécanismes que nous avons mis en exergue et étudiés, figurent ces interfaces trompeuses (ou manipulatrices) ainsi que les algorithmes de personnalisation de contenus. Tous correspondent à des mécanismes de captation de l’attention qui retiennent les utilisatrices et utilisateurs sur le réseau social, en leur présentant des contenus de plus en plus ciblés, voire extrêmes.

Si un ou une adolescente a, par exemple, recherché une première fois du contenu sur l’automutilation, ce type de contenus va lui être présenté de manière répétée et peut l’enfermer dans une spirale de difficultés.

T. B. : La captation de l’attention sert le modèle économique sur lequel reposent ces plateformes numériques. Cela leur permet de disposer d’un nombre important de données et de les monétiser et concourt également à la vente d’espaces publicitaires.

Les plateformes numériques ont donc intérêt à ce que les personnes restent sur le réseau social grâce aux deux stratégies que nous avons évoquées : d’une part, la personnalisation des contenus au travers d’algorithmes de plus en plus performants qui enferment celles et ceux qui les utilisent dans une boucle d’informations et, d’autre part, via la mise en avant des contenus les plus impactants.

Les interfaces trompeuses (dark patterns) mobilisent des techniques que nous connaissons tous : les likes, les notifications, le scroll infini, les vidéos qui s’enchaînent de manière automatique, etc.

La période de l’adolescence entre en forte résonance avec ces stratégies mises en place par les réseaux sociaux. À l’Anses, nous voyons là des enjeux majeurs en matière de santé publique, car une offre et une demande se rencontrent en quelque sorte. Et le cocktail peut se révéler détonnant !

Concernant ces troubles liés à la santé mentale, mais aussi le harcèlement, la consommation d’alcool, de tabac, de cannabis et d’autres comportements à risque contre lesquels vous alertez, est-ce à dire que les réseaux sociaux amplifient des phénomènes préexistants ?

O. R.-D. : Tout à fait. Les réseaux sociaux sont un espace social. Ils agissent comme une caisse de résonance des problèmes présents dans la société, à l’image des stéréotypes de genre, de l’incitation à la prise de drogues, etc.

T. B. : Les réseaux sociaux participent à la socialisation et à la construction adolescente, ils constituent une continuité du monde hors ligne, avec ses points positifs et ses travers. Il n’existe pas de barrière étanche entre ce qui se passe hors ligne et sur les réseaux sociaux.

Les règles qui existent pour protéger les mineur·es dans la société devraient donc s’exercer également sur les réseaux sociaux ?

O. R.-D. : C’est le principe fondateur du Digital Services Act, le dispositif réglementaire européen qui vise à réguler les contenus en ligne des très grandes plateformes, selon la formule : « Ce qui est illégal hors ligne est illégal en ligne. »

T. B. : Cette préoccupation motive l’une des recommandations phares du rapport de l’Anses, à savoir que les moins de 18 ans ne puissent accéder qu’à des réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger les mineurs. Notre propos n’est pas de les bannir. Mais des solutions techniques doivent être engagées pour que les réseaux sociaux soient des lieux sûrs pour les adolescents et adolescentes, et l’Anses insiste pour une responsabilisation des plateformes à cet égard.

Ensuite, pour un adolescent ou une adolescente, discuter de ses pratiques numériques avec autrui – ses pairs, ses parents, des membres du corps enseignant, des éducateurs… – peut se révéler vertueux. Cela ne dédouane pas les pouvoirs publics et les plateformes numériques d’adopter des stratégies à une échelle collective pour que les réseaux sociaux soient des espaces sûrs pour les adolescents et adolescentes.

Le rapport évoque des liens entre l’utilisation des réseaux sociaux et certains troubles, mais il n’établit pas de relation de causalité à proprement parler. Pourquoi ?

O. R.-D. : La question de la causalité reste compliquée. Nous nous appuyons sur une expertise très fournie et documentée. Notre méthodologie est solide, mais elle ne repose pas sur une méthode du poids des preuves. Néanmoins, nous montrons des associations robustes entre l’usage des réseaux sociaux et les troubles que nous avons évoqués et pour lesquelles nous mettons au jour les mécanismes sous-jacents de manière extrêmement pertinente.

Dans le cas du sommeil, par exemple, plusieurs mécanismes jouent. Quand les adolescents consultent les réseaux sociaux le soir avant de se coucher, la lumière bleue des écrans entraîne un retard d’endormissement, car elle stimule ce qu’on appelle un éveil cognitif, ce qui raccourcit la durée de leur sommeil. Or, les effets à long terme sur la santé physique et mentale d’un manque chronique de sommeil sont bien documentés. De plus, quand on consulte des réseaux sociaux, des stimuli émotionnels peuvent aussi empêcher de dormir. On le voit, il existe un faisceau de preuves. Mais les effets concrets des réseaux sociaux sur le sommeil d’un adolescent ou d’une adolescente dépendent aussi de ses usages.

De même, dans la survenue des troubles anxiodépressifs ou d’idées suicidaires, la nature des contenus proposés joue un rôle majeur. On doit également prendre en compte un effet bidirectionnel. Je m’explique : un adolescent ou une adolescente qui est déjà vulnérable psychologiquement aura tendance à consulter davantage les réseaux sociaux. L’algorithme de présentation de contenus va détecter cette fragilité émotionnelle et lui présenter des contenus chargés sur le plan émotionnel. Et c’est là qu’il ou elle va se retrouver enfermé·e dans une spirale délétère. Il est plus difficile d’affirmer une causalité en présence de boucles de rétroaction et d’effets bidirectionnels.

Enfin, sur l’altération de l’image de soi, nous disposons également d’un faisceau convaincant de preuves selon le même type de mécanismes fondés sur une exposition répétée à des contenus valorisant des femmes maigres et des hommes musclés.

Les filles apparaissent plus sensibles que les garçons aux effets négatifs des réseaux sociaux. Comment l’expliquer ?

T. B. : C’est l’un des enseignements majeurs de cette expertise. Les filles représentent clairement un groupe à risque sur les réseaux concernant tous les effets sur la santé, pas uniquement l’altération de l’image de soi. Elles sont plus présentes sur les réseaux sociaux que les garçons, y sont davantage harcelées, victimes de stéréotypes de genre, soumises à des pressions sociales… Les filles accordent également davantage d’importance à ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux, aux commentaires qui y sont postés, etc.

Les communautés LGBTQIA+ représentent aussi un groupe à risque sur les réseaux sociaux. Elles sont notamment davantage victimes de cyberharcèlement dont découlent des risques, notamment en matière de santé mentale.

Le rapport de l’Anses relève le fait que le temps passé devant les réseaux sociaux n’est pas le seul critère à prendre en compte.

T. B. : Le temps d’utilisation constitue une mesure utile, mais qui ne suffit pas pour aborder pleinement le sujet. Le temps permet d’étudier certains enjeux de santé, comme la sédentarité, même si les outils numériques nomades se multiplient pour accéder aux réseaux sociaux. Quantifier la durée d’utilisation se révèle également précieux quand on parle d’expositions tardives susceptibles d’impacter le sommeil, par exemple.

En revanche, on sait aussi que la compréhension des usages est essentielle pour étudier certains effets sur la santé. Il est important de savoir ce qui est fait sur le réseau social : publier, liker, lire des commentaires, faire des retouches photos, par exemple, et quel engagement émotionnel est associé à ces pratiques. Il ne faut pas opposer les approches mais plutôt y voir une complémentarité.

Votre rapport s’appuie sur des travaux de recherche qui n’ont pas, ou peu, étudié l’impact des outils numériques les plus récents, comme TikTok ou les « compagnons IA ». Peut-on supposer que ces nouvelles technologies accroissent les risques pour la santé mentale des adolescentes et adolescents ?

O. R.-D. : L’expertise de l’Anses s’est appuyée sur plus d’un millier d’articles publiés majoritairement entre 2011 et 2021. Du fait du cumul entre le temps de la recherche et celui de l’expertise, nous avons été amenés à étudier des technologies qui ont effectivement évolué. Néanmoins, nous nous sommes basés sur un socle commun de mécanismes, comme les interfaces trompeuses (dark patterns) et les algorithmes de personnalisation de contenus, auxquels nous avons associé des effets sur la santé.

Donc nos conclusions comme nos recommandations peuvent s’étendre à des réseaux sociaux plus récents. En ce qui concerne l’intelligence artificielle et les « compagnons IA », l’Anses recommande que des expertises futures se penchent sur la question.

Dans vos recommandations, vous proposez d’associer les adolescentes et les adolescents aux programmes développés pour prévenir les risques.

O. R.-D. : L’Anses propose d’associer les jeunes eux-mêmes aux travaux, car ce sont eux qui connaissent leurs motivations à aller sur les réseaux sociaux, ce sont eux qui construisent et diffusent les nouvelles pratiques. Il nous paraît donc important de les inclure dans les dialogues et la construction des repères, avec les éducateurs et les parents. Ils seront plus enclins à respecter des règles qu’ils auront contribué à formuler. Parmi ses recommandations, l’Anses évoque également le fait de promouvoir des espaces de dialogue entre jeunes pour des retours d’expérience de ce qui leur arrive en ligne.

T. B. : Et encore une fois, nous rappelons que l’Anses ne recommande pas d’interdire les réseaux sociaux, mais de revoir en profondeur leur conception de manière à ce qu’ils ne nuisent pas à la santé des adolescents et les adolescentes.


Propos recueillis par Lionel Cavicchioli et Victoire N’Sondé.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Santé mentale des adolescents : les réseaux sociaux amplifient les troubles observés hors ligne, en particulier chez les filles – https://theconversation.com/sante-mentale-des-adolescents-les-reseaux-sociaux-amplifient-les-troubles-observes-hors-ligne-en-particulier-chez-les-filles-273116

Slanguage: The trouble with idioms — how they can leave even fluent English speakers behind

Source: The Conversation – Canada – By Frank Boers, Professor of Applied Linguistics, Western University

Being a linguist — and someone who has tried to learn several languages (including English) in addition to my mother tongue (Flemish Dutch) — I have an annoying habit: instead of paying attention to what people are saying, I often get distracted by how they are saying it. The other day, this happened again in a meeting with colleagues.

I started writing down some of the expressions my colleagues were using to communicate their ideas that may be puzzling for users of English as a second or additional language.

In a span of about five minutes, I heard “it’s a no-brainer,” “to second something,” “being on the same page,” “to bring people up to speed,” “how you see fit,” “to table something” and “to have it out with someone.”

These are all expressions whose meanings do not follow straightforwardly from their lexical makeup — they’re called idioms by lexicologists.

Idioms are part of daily communication. But this anecdote also suggests that we take it for granted that such expressions are readily understood by members of the same community. However, when it comes to people who are new to said community, nothing could be further from the truth.


Learning a language is hard, but even native speakers get confused by pronunciation, connotations, definitions and etymology. The lexicon is constantly evolving, especially in the social media era, where new memes, catchphrases, slang, jargon and idioms are introduced at a rapid clip.
Slanguage, The Conversation Canada’s new series, dives into how language shapes the way we see the world and what it reveals about culture, power and belonging. Welcome to the wild and wonderful world of linguistics.


Idioms and the limits of language proficiency

Research conducted at the University of Birmingham several years ago revealed that international students for whom English is an additional language often misunderstand lecture content because they misinterpret their lecturers’ metaphorical phrases, including figurative idioms.

More recent research confirms that English idioms can remain elusive to second-language learners even if the expressions are intentionally embedded in transparent contexts.

One of my own recent studies, conducted with international students at Western University in Canada, also found that students incorrectly interpreted idioms and struggled to recall the actual meanings later on after being corrected.

This shows just how persistently confusing these expressions can be.

It’s worth mentioning that we’re talking about students who obtained high enough scores on standardized English proficiency tests to be admitted to English-medium universities. Knowledge of idioms appears to lag behind other facets of language.

When literal meanings get in the way

The challenge posed by idioms is not unique to English. All languages have large stocks of idioms, many of which second-language learners will find puzzling if the expressions do not have obvious counterparts in their mother tongue.

There are various obstacles to comprehending idioms, and recognizing these obstacles can help us empathize with those who are new to a community. For one thing, an idiom will inevitably be hard to understand if it includes a word that the learner does not know at all.

However, even if all the constituent words of an expression look familiar, the first meaning that comes to a learner’s mind can be misleading. For example, as a younger learner of English, I was convinced that the expression “to jump the gun” referred to an act of bravery because, to me, the phrase evoked an image of someone being held at gunpoint and who makes a sudden move to disarm an adversary.

I only realized that this idiom means “to act too soon” when I was told that the gun in this phrase does not allude to a firearm but to the pistol used to signal the start of a race.

I also used to think that to “follow suit” meant taking orders from someone in a position of authority because I thought “suit” alluded to business attire. Its actual meaning — “to do the same thing as someone else” — became clear only when I learned the other meaning of suit in card games such as bridge.

The idea that idioms prompt a literal interpretation may seem counter-intuitive to readers who have not learned a second language because we normally bypass such literal interpretations when we hear idioms in our first language. However, research suggests that second-language learners do tend to use literal meanings as they try to make sense of idioms.

Unfortunately, when language learners use a literal reading of an idiom to guess its figurative meaning, they are very often misled by ambiguous words. For example, they will almost inevitably misunderstand “limb” in the idiom “to go out on a limb” — meaning “to take a serious risk” — as a body part rather than a branch of a tree.

Recognizing the origin of an idiomatic expression can also be difficult because the domains of life from which certain idioms stem are not necessarily shared across cultures. For example, learners may struggle to understand English idioms derived from horse racing (“to win hands down”), golf (“par for the course”), rowing (“pull your weight”) and baseball (“cover your bases”), if these sports are uncommon in the communities in which they grew up.

A language’s stock of idioms provides a window into a community’s culture and history.

Same language, same idioms? Not exactly

Idiom repertoires vary across communities — whether defined regionally, demographically or otherwise — even when those communities share the same general language.

For example, if an Aussie were to criticize an anglophone Canadian for making a fuss by saying “you’re carrying on like a pork chop,” they may be lost in translation, even if there isn’t much of one. At least, linguistically that is.

Although people may have learned a handful of idioms in an English-language course taken in their home country, those particular idioms may not be the ones they will encounter later as international students or immigrants.

The moral is simple: be aware that expressions you consider perfectly transparent because you grew up with them may be puzzling to others. We need to have more empathy for people who are not yet familiar with the many hundreds of potentially confusing phrases that we use so spontaneously.

The Conversation

Frank Boers receives funding from the Social Science and Humanities Research Council of Canada.

ref. Slanguage: The trouble with idioms — how they can leave even fluent English speakers behind – https://theconversation.com/slanguage-the-trouble-with-idioms-how-they-can-leave-even-fluent-english-speakers-behind-271681

Cómo aprovechar los polifenoles del vino o el chocolate sin consumir ni vino ni chocolate

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Dra. Sabina Lachowicz-Wisniewska, Investigadora Postdoctoral Marie Sklodowska Curie, Tecnología de Alimentos y Nutrición, IMDEA

Alim Yakubov/Shutterstock

Detrás del color, el sabor y el aroma de alimentos como el vino tinto, el café, el aceite de oliva, el chocolate negro y los frutos rojos hay una familia de compuestos de origen natural llamados polifenoles.

Más allá del atractivo sensorial que poseen, desempeñan múltiples funciones en nuestra salud. Por un lado, neutralizan los radicales libres, moléculas de nuestro cuerpo que en exceso pueden causar daño celular, reduciendo así el estrés oxidativo. Además, calman la inflamación crónica y ayudan a mantener una microbiota intestinal equilibrada, lo que a su vez mejora las funciones inmunológicas, metabólicas y cognitivas. Debido a esta amplia variedad de beneficios, los polifenoles están siendo objeto de estudio como componentes dietéticos clave para prevenir las enfermedades crónicas y favorecer un envejecimiento saludable.

Pero hay un obstáculo: una proporción considerable de estos compuestos llega al colon en formas que el intestino delgado no puede absorber y, una vez allí, sufren una transformación microbiana que les hace perder su efecto beneficioso.

Por lo tanto, la mera presencia de polifenoles en la dieta no garantiza, por sí sola, una utilización biológica eficaz. De ahí que el principal desafío no sea tanto aumentar la cantidad que consumimos, sino modular cuán eficazmente nuestro cuerpo puede absorberlos y utilizarlos una vez ingeridos.




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¿Cómo procesa los polifenoles nuestro organismo?

Muchos polifenoles son químicamente inestables. Eso implica que se degradan durante el procesado y el almacenamiento de los alimentos cuando están expuestos a factores externos como oxígeno, calor, luz o cambios de pH, entre otros.

Una vez ingeridos, sufren nuevas transformaciones a medida que avanzan por el sistema digestivo. Por ejemplo, las antocianinas, responsables de los colores rojos, azules y morados en muchas frutas y verduras, y que son estables y de coloración intensa en entornos ácidos, se convierten en tonos más pagados cuanto más elevado el pH del intestino.

A este proceso le siguen otros metabólicos, como los de glucuronidación, sulfatación y metilación, así como la degradación microbiana en ácidos fenólicos y aldehídos de bajo peso molecular. Todos estos cambios los transforman químicamente, facilitando su eliminación y reduciendo su actividad original.

Para colmo, las interacciones con otros componentes de los alimentos, incluidos proteínas, fibra dietética y lípidos, junto con la influencia de las sales biliares y las enzimas digestivas, pueden disminuir aún más su actividad.

Todo ello explica la necesidad de sistemas protectores y de liberación controlada que limiten la degradación, prolonguen la exposición y dirijan la acción de los polifenoles al lugar adecuado dentro del tracto gastrointestinal.




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Mejorar el paso de los polifenoles a través del cuerpo

Una posibilidad es usar sistemas de encapsulación alimentaria basados en biopolímeros que, a modo de “vehículos protectores”, encapsulan compuestos sensibles para evitar que se degraden antes de que el cuerpo pueda absorberlos.

En particular, las películas multicapa layer-by-layer (LbL), compuestas de polisacáridos y proteínas, permiten
mejorar la resistencia de los polifenoles a la degradación ambiental (por ejemplo, pH, temperatura, luz, etc.) y prolongar la retención gastrointestinal.

La ingeniería de este pionero sistema de encapsulación mejora aún más la retención y la bioactividad durante la digestión, mostrando una alta eficiencia de encapsulación, conservación de la actividad antioxidante y mayor resistencia mecánica y térmica. De este modo es posible controlar cómo y cuándo se liberan los polifenoles, de momento en el laboratorio.

La idea de esa iniciativa, que forma parte del proyecto Marie Skłodowska-Curie BIOCOMAT, es crear sistemas de liberación de estos polifenoles que se encuentran naturalmente en chocolate o en vino, de la misma forma de tomar un suplemento de vitamina C sin comer una naranja, o hierro sin comer hígado, y recibir los mismos beneficios.




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El grande reto: un sistema de liberación óptimo

El siguiente desafío en este proceso es diseñar materiales inteligentes que sepan dónde y cuándo liberar su carga. El fin es garantizar que los polifenoles permanezcan protegidos del calor, el procesado y la digestión, y se liberen únicamente cuando lleguen a la parte adecuada del intestino.

La diferencia entre un suplemento convencional y lo que está diseñando nuestro equipo es que, mediante los materiales y las técnicas empleadas, se puede controlar cómo esos sistemas de entrega se degradan en el cuerpo y el tiempo que tardan en hacerlo. Así, en lugar de liberar los polifenoles antes de pasar por el punto del cuerpo donde no serían absorbidos correctamente se liberan en donde pueden tener un mayor efecto.

Para lograrlo, será necesario ajustar con precisión la velocidad de liberación en condiciones que imiten el sistema digestivo humano, empleando al mismo tiempo el modelado computacional (las simulaciones y los modelos predictivos) y el diseño experimental.

Paralelamente, los avances en la automatización de procesos, desde la dosificación hasta el recubrimiento y las mediciones en tiempo real, garantizarán que la tecnología pueda escalarse de manera eficiente.

El desafiante objetivo de nuestro laboratorio es, en última instancia, desarrollar un producto de fácil consumo y que cumpla realmente lo que promete: proporcionar los beneficios saludables de los polifenoles en el momento y el lugar más importantes.

The Conversation

Dra. Sabina Lachowicz-Wisniewska recibe fondos de la Union Europea under Grant Agreement 101151044 del proyecto BIOCOMAT. Views and opinions expressed are, however, those of the author(s) only and do not necessarily reflect those of the European Union. Neither the European Union nor the granting authority can be held responsible for them.

ref. Cómo aprovechar los polifenoles del vino o el chocolate sin consumir ni vino ni chocolate – https://theconversation.com/como-aprovechar-los-polifenoles-del-vino-o-el-chocolate-sin-consumir-ni-vino-ni-chocolate-271870

El nuevo anteproyecto de Ley de Consumo Sostenible obliga a reparar ciertos productos más allá del período de garantía

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Arantxa Serrano Cañadas, Contratada investigadora predoctoral en área de Derecho Financiero y Tributario – Economía circular, Universidad de Castilla-La Mancha

ANATOLY Foto/Shutterstock

El anteproyecto de Ley de Consumo Sostenible, aprobado el pasado mes de julio por el Consejo de Ministros, supone el intento más ambicioso de los últimos años para reorientar el modelo de consumo en España hacia mayores estándares de durabilidad, transparencia e impacto ambiental reducido.

Se trata de una norma transversal que transpone las directivas de la Unión Europea (UE) 2024/825 y 2024/1799, centradas respectivamente en combatir las prácticas verdes engañosas y en promover el derecho a reparar. Su aprobación podría modificar de forma sustancial el modo en que los consumidores eligen productos, cómo los diseñan las empresas y cuáles son los incentivos económicos asociados a reparar en lugar de sustituir.

La norma, que entrará en vigor entre julio y septiembre de 2026, interviene sobre dos pilares del ordenamiento: la Ley de Competencia Desleal y el texto refundido de la Ley General para la Defensa de los Consumidores y Usuarios. Aunque este método de “injerto normativo” ha sido criticado por generar dispersión y falta de sistematicidad, constituye la vía que ha escogido el legislador para dar cumplimiento a las obligaciones europeas.

Más información, menos greenwashing

Una de las áreas con mayor impacto es la regulación de las alegaciones medioambientales. El anteproyecto incorpora la categoría de “ecoimpostura”, entendida como el uso de declaraciones ambientales vagas, no verificables o directamente engañosas. Esta figura deriva de la Directiva (UE) 2024/825, que busca evitar que el término “sostenible” se utilice como reclamo sin respaldo técnico.

En consecuencia, la publicidad que atribuya a un bien características verdes deberá basarse en certificaciones verificables, trazabilidad y criterios objetivos. La norma también prohíbe los distintivos ambientales poco transparentes y somete a especial escrutinio las menciones globales como “cero emisiones”, que pueden ocultar compensaciones externas o metodologías de cálculo discutibles.

Además, la ley resucita una prohibición clásica: la “publicidad del miedo”. Será ilícito promover servicios, especialmente en seguridad, mediante mensajes que exploten ansiedad o riesgo sin aportar datos verificables. Se trata de una respuesta a prácticas que combinan emocionalidad y opacidad, y que condicionan decisiones de compra alejadas de la racionalidad económica.




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Derecho a reparar: de la retórica a la obligación jurídica

El núcleo del texto se encuentra en el derecho a reparar. La Directiva (UE) 2024/1799 obliga a redefinir las relaciones entre consumidores, vendedores y fabricantes. Los fabricantes deberán reparar determinados bienes (por ejemplo: grandes electrodomésticos de uso doméstico y teléfonos móviles) más allá del período de garantía legal cuando estos productos cuenten con normas europeas que establezcan sus requisitos de reparabilidad.

Esta obligación se ve reforzada por tres instrumentos:

  1. Formulario europeo de información sobre la reparación: documento estandarizado que detalla precio, plazos y condiciones, y que permitirá comparar ofertas en un mercado que hasta ahora sufría una asimetría informativa estructural. Su uso garantiza el cumplimiento de los deberes de información precontractual por parte del reparador.

  2. Plataforma europea en línea de reparaciones: España contará con una sección nacional que incluirá reparadores, vendedores de bienes reacondicionados y entidades que participen en iniciativas comunitarias de reparación. Esta plataforma introduce competencia en un mercado históricamente atomizado, facilitando el acceso a reparadores y reduciendo costes de búsqueda.

  3. Sistema de financiación parcial de reparaciones: mecanismo novedoso en el derecho español por el que fabricantes, importadores o distribuidores cofinancian reparaciones una vez agotada la garantía legal. Su diseño es decreciente en el tiempo y solo se activará cuando no exista garantía comercial o esta sea más corta que el periodo previsto por la ley.

Este sistema pretende corregir el sesgo económico que empuja al reemplazo: cuando reparar es tan caro como comprar un bien nuevo, la decisión racional del consumidor se orienta hacia el reemplazo. El mecanismo busca invertir esa lógica.

Transparencia en precios y durabilidad

El anteproyecto aborda también la reduflación –la reducción de cantidades manteniendo precio– mediante nuevas exigencias informativas. Aunque la reduflación no es ilícita per se, sí puede resultar engañosa si el consumidor no percibe la reducción efectiva del contenido. La norma obliga a informar de forma clara y visible cuando se produzca este cambio, reforzando la comparabilidad de precios unitarios.

Asimismo, se introduce la “garantía comercial de durabilidad”, que permitirá señalar, mediante una etiqueta armonizada, si el producto cuenta con un compromiso de durabilidad superior al mínimo legal y sin coste adicional. Esta etiqueta aspira a crear un incentivo reputacional para los fabricantes de productos robustos y reparables, y a generar una señal fiable para el consumidor en un mercado saturado de información.




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Implicaciones económicas y sociales

Las obligaciones derivadas del anteproyecto pueden generar costes de adaptación relevantes para empresas, particularmente pymes del sector tecnológico y electrodoméstico. La disponibilidad de piezas de repuesto, la documentación técnica y la obligación posgarantía exigen reorganizar cadenas de suministro y, en algunos casos, rediseñar productos. Sin embargo, estos efectos deben analizarse a la luz de beneficios sistémicos: reducción de residuos, impulso a la economía circular y creación de negocios locales de reparación.

Para los consumidores, la norma incrementa la tutela jurídica y reduce incertidumbre: alargar la vida útil de bienes, ofrecer información fiable y evitar prácticas comerciales engañosas refuerza el comportamiento racional y disminuye costes a largo plazo.

Aplicable solo a algunos productos

Del análisis conjunto del anteproyecto y la doctrina se desprende un aspecto poco discutido: el riesgo de generar una asimetría regulatoria de reparabilidad. El derecho a reparar se aplicará solo a determinados productos designados por la Unión Europea. Esto puede incentivar a algunos fabricantes a desplazar su catálogo hacia productos no incluidos en la lista de reparabilidad para evitar obligaciones de reparación posgarantía.

Este efecto, aunque indirecto, es relevante y exige que el legislador monitorice la evolución del mercado para evitar distorsiones competitivas y garantizar que la transición ecológica no quede limitada por el perímetro de la regulación europea. La propia doctrina advierte de la necesidad de una ley autónoma de consumo sostenible que permita integrar coherentemente estas obligaciones y evitar vacíos sistémicos.

The Conversation

Arantxa Serrano Cañadas recibe fondos de un contrato predoctoral de investigación cofinanciado por el Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades, así como por la Unión Europea.

Gemma Patón García recibe fondos para proyectos de investigación del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades (MICIU). Miembro del Consejo Asesor de Economía Circular del Ministerio de Transición Ecológica y Reto Demográfico (MITERD). Miembro de la Asociación para el Progreso y Sostenibilidad de las Sociedades (ASYPS).

ref. El nuevo anteproyecto de Ley de Consumo Sostenible obliga a reparar ciertos productos más allá del período de garantía – https://theconversation.com/el-nuevo-anteproyecto-de-ley-de-consumo-sostenible-obliga-a-reparar-ciertos-productos-mas-alla-del-periodo-de-garantia-269738