Les adultes d’âge mûr sont débordés par leurs différents rôles

Source: The Conversation – in French – By Gail Low, Associate Professor, Chair International Health, MacEwan University

Les quinquagénaires et les sexagénaires sont pris entre la nécessité de soutenir les plus jeunes générations, celles de leurs parents, et de veiller à leur propre bien-être. (Shutterstock)

Au Canada, les adultes d’âge mûr constituent l’une des ressources les plus importantes, mais aussi les plus sollicitées et les moins reconnues. Ils s’occupent discrètement de la santé et du bien-être de millions de personnes, jeunes et âgées, en présence ou à distance.

D’août 2024 à juillet 2025, les adultes canadiens de 55 à 64 ans ont collectivement travaillé plus de 100 millions d’heures par mois dans un large éventail de professions telles que le commerce de détail, le droit, l’ingénierie et les soins de santé.

À cela s’ajoute leurs activités bénévoles officielles : 552 millions d’heures par an, selon Statistique Canada, notamment dans des centres d’aide d’urgence et des écoles. Ils ont aussi consacré 1,342 million d’heures supplémentaires à des activités bénévoles informelles et non rémunérées.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


La majorité de ces heures de bénévolat informel est consacrée à soutenir directement des membres de leur famille, comme des parents, des enfants, ou des frères et sœurs. Pendant la pandémie de Covid-19, beaucoup de personnes ont ajouté 20 heures de soins à leur semaine de travail, que ce soit à la maison ou chez un membre de leur famille.




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Des aidants surchargés

Nous menons des recherches sur le vieillissement de la population et des individus. Nous avons vu les membres de nos familles se sentir coincés entre les soins à prodiguer à leurs parents et l’éducation de leurs enfants, et négliger ainsi leurs besoins en matière de santé. Ce n’est pas surprenant, car environ une femme d’âge mûr sur cinq s’occupe d’un enfant et plus d’un tiers prend soin d’un adulte.

En observe qu’en moyenne, un aidant fournit 35 heures de soins par semaine, et ce, depuis plus de quatre ans. Trois heures de plus par semaine suffiraient à le mener vers un état proche de la dépression.

Une femme d’âge moyen vêtue d’une chemise bleue, debout entre une femme plus âgée et une adolescente
Une femme d’âge mûr sur cinq s’occupe d’un enfant, et plus d’un tiers prend soin d’un adulte.
(Shutterstock)”

Dans le contexte économique actuel, la plupart des gens travaillent pour gagner leur vie, plutôt que pour financer leurs loisirs et leur retraite.

Ainsi, près de la moitié des aidants naturels au Canada doivent travailler à temps plein. Dans ce contexte, six sur dix souhaiteraient avoir une forme de soutien officiel de l’État.

Des études montrent que quatre aidants naturels actifs sur dix ont peur de ne pas pouvoir payer leurs comptes. Pas étonnant que beaucoup d’entre eux commencent leur journée fatigués et stressés.




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Les jeunes adultes vivent plus longtemps chez leurs parents

De plus en plus de jeunes adultes de 20 à 35 ans vivent avec un parent. Ils ont davantage de chances d’épargner pour l’avenir en demeurant avec leurs parents.

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Des sondages récents révèlent par ailleurs que les adultes d’âge mur ont en moyenne 300 000 dollars de dettes et qu’ils sont préoccupés par les dépenses essentielles du ménage. Un tiers d’entre eux ne sont pas préparés à la flambée du coût de la vie, en particulier pour les dépenses de base et s’ils vivent déjà d’un chèque de paie à l’autre. Certains établissent même un lien entre l’évolution historique de la cohabitation des jeunes adultes avec leur parent et l’augmentation de l’endettement des personnes âgées.

Les adultes canadiens d’âge mûr ont également souffert d’une plus grande détresse mentale pendant la pandémie et se sont sentis davantage jugés et isolés que les Canadiens plus âgés.

Les études indiquent que cette tranche de la population a peu tendance à utiliser les services d’aide communautaires pour des activités telles que la préparation des repas ou la remise en forme. Environ une personne sur quatre ayant eu besoin de services de santé a rencontré des difficultés pour y accéder. D’autres ont déclaré ne pas avoir pris le temps d’en trouver ou préférer se débrouiller seules.

Une charge trop lourde

Selon une étude menée dans 20 pays, la satisfaction à l’égard de la santé à 60 ans est étroitement liée à la perception du vieillissement.

Deux femmes préparant un repas dans une cuisine
Un aidant fournit en moyenne 35 heures de soins par semaine.
(Shutterstock)

Pour les quinquagénaires et les sexagénaires, le fait de devoir à la fois aider les jeunes générations et s’occuper de leur propre bien-être entame leur confiance en eux. Il est reconnu que consacrer du temps à des activités permettant de mieux se connaître et de prendre conscience de ses qualités constitue un investissement judicieux.

Parallèlement, les priorités fédérales en matière de financement se concentrent sur les programmes de santé mentale destinés aux jeunes et la sensibilisation aux besoins des personnes âgées des adultes susceptibles de devenir proches aidants.

Les adultes d’âge mûr constituent l’une des principales ressources de notre pays, en raison de leur rôle socio-économique et de leur soutien auprès des jeunes et des personnes âgées. Cependant, ils ont eux-mêmes besoin d’attention et de respect pour continuer à assumer ces rôles sans s’épuiser.

Il est temps de demander aux Canadiens d’âge mûr quels sont les fardeaux qu’ils portent, si leur charge est trop lourde, et comment ils la gèrent. C’est une discussion que nous devrions lancer.

La Conversation Canada

Gail Low reçoit des fonds de la Fondation RTOERO, de l’Université de l’Alberta et de l’Université MacEwan. Elle travaille pour l’Université MacEwan et fait du bénévolat pour l’association Gateway.

Gloria Gutman est professeure émérite à l’Université Simon Fraser. Elle est ancienne présidente de l’Association internationale de gérontologie et de gériatrie, de l’Association canadienne de gérontologie et du Réseau international pour la prévention des abus envers les personnes âgées.

ref. Les adultes d’âge mûr sont débordés par leurs différents rôles – https://theconversation.com/les-adultes-dage-mur-sont-debordes-par-leurs-differents-roles-263384

Que manger après 50 ans pour prévenir les blessures musculaires ?

Source: The Conversation – in French – By Patricia Yárnoz Esquíroz, Profesor Clínico Asociado, Universidad de Navarra

Les besoins en protéines varient en fonction de la situation clinique de chacun. (Prostock-studio/Shutterstock)

Mieux vaut tard que jamais. De plus en plus de personnes envisagent de faire de l’exercice physique après 50 ans. Est-ce une bonne idée ? Les différentes associations médicales s’accordent à dire que oui : l’exercice physique est non seulement essentiel pour prévenir les maladies, mais il est également recommandé dans le cadre du traitement de nombreuses pathologies.

Cependant, commencer à bouger à ce stade de la vie nécessite certaines précautions, surtout pour les personnes sédentaires, en surpoids ou obèses.

Adopter d’emblée un programme trop exigeant, combiné à une alimentation inadaptée, peut entraîner des blessures musculaires ou osseuses. Après 50 ans, ce risque est accentué par la perte naturelle de masse musculaire et osseuse liée au vieillissement.

Avant d’entamer tout programme d’exercice, il est donc conseillé de réaliser un bilan sanguin complet afin d’évaluer la nécessité d’une supplémentation en cas de carence en micronutriments.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Le rôle clé des protéines

Au-delà des micronutriments, l’organisme a besoin de macronutriments : des glucides, des lipides et des protéines. Les protéines, en particulier, apportent des acides aminés essentiels qui jouent un rôle clé dans le maintien et le développement des muscles. Elles aident aussi à prévenir la perte de masse et de force musculaires liée au vieillissement — un phénomène connu sous le nom de sarcopénie, souvent associé à la fragilité — ainsi que les lésions musculaires et l’ostéoporose.

Les besoins en protéines varient en fonction de la situation clinique de l’individu. Chez les personnes actives de plus de 50 ans qui ont une activité physique modérée, les besoins en protéines sont compris entre 1 et 1,5 g/kg de poids corporel/jour.

Mais attention : un apport accru en protéines n’est justifié que s’il est accompagné d’une activité physique. Un excès de protéines peut avoir des effets contre-productifs, en particulier sur la santé osseuse, notamment en augmentant la perte de calcium par les urines.


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D’origines végétales, animales… et bien réparties

Il est recommandé de combiner (soja, lentilles, graines de courge, cacahuètes…) et animales (œufs, laitages, volaille, poisson) pour un apport protéique équilibré.

D’autre part, bien que l’idéal soit d’avoir une alimentation équilibrée entre les deux types de nutriments, il a été démontré que le respect des recommandations diététiques végétariennes est compatible avec la pratique du sport de haut niveau s’il y a un suivi médico-nutritionnel adéquat.

Le moment de consommation des protéines est aussi important que leur quantité : il est préférable de les répartir sur la journée, et de privilégier une prise dans les 30 minutes avant ou après l’exercice pour en optimiser l’absorption.

Micronutriments essentiels : magnésium, calcium et vitamine D

En ce qui concerne les micronutriments (vitamines et minéraux), certains d’entre eux jouent un rôle fondamental dans la pratique sportive à cet âge, comme le magnésium, le calcium et la vitamine D.

Le magnésium favorise la récupération musculaire et la formation des os. Ce micronutriment se trouve dans des aliments tels que le son de blé, le fromage, les graines de citrouille et les graines de lin.

Quant au calcium, il est essentiel pour maintenir une minéralisation osseuse adéquate et prévenir la perte de densité minérale osseuse (ostéopénie) associée à des carences de cet élément dans le sang.

Traditionnellement, l’un des grands alliés de la santé osseuse est la consommation de produits laitiers, tant pour leur biodisponibilité (degré et rapidité avec lesquels un médicament passe dans le sang et atteint son site d’action) en calcium que pour leur apport en vitamine D dans leurs versions laitières issues du lait entier.

D’autres aliments d’origine végétale, comme la pâte de sésame, les amandes, les graines de lin, le soja et les noisettes, sont également considérés comme des sources de calcium, mais leur teneur en phytates et en oxalates peut nuire à son absorption.

Enfin, les poissons gras (thon, bonite, sardine, saumon, etc.) et le jaune d’œuf sont considérés comme des sources complémentaires de vitamine D, dans le cadre d’un schéma alimentaire axé sur les personnes de plus de 50 ans qui pratiquent une activité physique.

Il est tout aussi important de maintenir une bonne hydratation avant, pendant et après l’exercice. La déshydratation et la surhydratation peuvent toutes deux affecter les performances et augmenter le risque de blessure musculaire.

Le type d’exercice a-t-il une importance ?

Jusqu’à présent, nous avons surtout abordé le lien entre alimentation, performance physique et risque de blessure. Mais un autre facteur entre en jeu : le type d’exercice pratiqué.

Sur ce point, le débat reste ouvert. De nombreuses recherches s’intéressent aujourd’hui à l’activité physique la plus appropriée en fonction de l’âge, du sexe ou de la composition corporelle. Faut-il privilégier les exercices de force ? Alterner avec des séances de cardio ? Ou encore, répartir les deux sur des jours différents ?

Cependant, malgré les différentes théories sur le sujet, une chose est claire : l’exercice régulier, adapté aux capacités de chacun et accompagné d’un bon suivi médical et nutritionnel, réduit le risque de multiples maladies et améliore la qualité de vie.

La Conversation Canada

Patricia Yárnoz Esquíroz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Que manger après 50 ans pour prévenir les blessures musculaires ? – https://theconversation.com/que-manger-apres-50-ans-pour-prevenir-les-blessures-musculaires-258657

Earth’s inner core: nobody knows exactly what it’s made of – now we’ve started to uncover the truth

Source: The Conversation – UK – By Alfred Wilson-Spencer, Research fellow of Mineral Physics, University of Leeds

Alfred Wilson-Spencer, CC BY-SA

The iron-rich core at the centre of our planet has been a crucial part of Earth’s evolution. The core not only powers the magnetic field which shields our atmosphere and oceans from solar radiation, it also influences plate tectonics which have continually reshaped the continents.

But despite its importance, many of the most fundamental properties of the core are unknown. We do not know exactly how hot the core is, what it is made of or when it began to freeze. Fortunately, a recent discovery by me and my colleagues brings us much closer to answering all three of these mysteries.

We know the temperature of Earth’s inner core is very roughly about 5,000 Kelvin (K) (4,727°C). It was once liquid, but has cooled and become solid over time, expanding outwards in the process. As it cools, it releases heat to the overlying mantle, driving the currents behind plate tectonics.

This same cooling also generates the Earth’s magnetic field. Most of the field’s energy today comes from freezing the liquid part of the core and growing the solid inner core at its centre.

However, because we cannot access the core, we have to estimate its properties to understand how it is cooling.

A key part of understanding the core is knowing its melting temperature. We know where the boundary between the solid inner core and liquid outer core is from seismology (the study of earthquakes). The temperature of the core must equal its melting temperature at this location, because this is where it is freezing. So, if we know what the melting temperature is exactly, we can find out more about the exact temperature of the core – and what it’s made of.

Mysterious chemistry

Traditionally, we have two ways to figure out what the core is made of: meteorites and seismology. By examining the chemistry of meteorites – which are thought to be pieces of planets that never formed, or pieces of the cores of destroyed Earth-like planets – we can get an idea of what our core could be made of.

The problem is that this only gives us a rough idea. Meteorites show us that the core should be made of iron and nickel, and maybe a few percent of silicon or sulphur, but it’s difficult to be more specific than this.

Seismology, on the other hand, is far more specific. When the sound waves from earthquakes travel through the planet, they speed up and slow down depending on what materials they pass through. By comparing the travel time of these waves, from earthquake to seismometer, with how fast waves travel through minerals and metals in experiments, we can get an idea of what the interior of the Earth is made of.

It turns out these travel times require that the Earth’s core is about 10% less dense than pure iron, and that the liquid outer core is denser than the solid inner core. Only some known chemistry of the core can explain these properties.

But even among a small selection of possible constituents, the potential melting temperatures vary by hundreds of degrees – leaving us none the wiser about the precise properties of the core.

A new constraint

In our new research, we’ve used mineral physics to study how the core might first have begun to freeze, discovering a new way to understand the chemistry of the core. And this approach appears to be even more specific than seismology and meteorites.

Supercooled water.
Supercooled water.
wikipedia, CC BY-SA

Research simulating how atoms in liquid metals come together to form solids has found that some alloys require more intense “supercooling” than others.
Supercooling is when a liquid is cooled below its melting temperature. The more intense the supercooling, the more often atoms will come together to form solids, making a liquid freeze faster. A water bottle in your freezer can be supercooled to -5°C for hours before freezing, whereas hail forms in minutes when water droplets are cooled to -30°C in clouds.

By exploring all possible melting temperatures of the core, we find that the most supercooled the core could have been is around 420°C below the melting temperature – any more than this and the inner core would be larger than seismology finds it to be. But pure iron requires an impossible ~1000°C of supercooling to freeze. If cooled this much, the entire core would have frozen, contrary to seismologists’ observations.

Adding silicon and sulphur, which both meteorites and seismology suggest could be present in the core, only make this problem worse – requiring even more supercooling.

Our new research explores the effect of carbon in the core. If 2.4% of the core’s mass was carbon, around 420°C of supercooling would be needed to begin freezing the inner core. This is the first time that freezing of the core has been shown to be possible. If the carbon content of the core was 3.8%, only 266°C of supercooling is needed. This is still a lot, but far more plausible.

This new finding shows that while seismology can narrow the possible chemistry of the core down to several different combinations of elements, many of these cannot explain the presence of the solid inner core at the centre of the planet.

The core cannot be made just of iron and carbon because the seismic properties of the core require at least one more element. Our research suggests it is more likely to contain a bit of oxygen and possibly silicon as well.

This marks a significant step toward understanding what the core is made of, how it started freezing, and how it has shaped our planet from the inside out.

The Conversation

Alfred Wilson-Spencer receives funding from the Natural Environment Research Council (NERC) grants NE/T000228/1 and NE/V010867/1. He works for the University of Leeds.

ref. Earth’s inner core: nobody knows exactly what it’s made of – now we’ve started to uncover the truth – https://theconversation.com/earths-inner-core-nobody-knows-exactly-what-its-made-of-now-weve-started-to-uncover-the-truth-265408

Canada’s $43-billion subsidy scheme for critical minerals misses supply chain steps

Source: The Conversation – Canada – By Chris Arsenault, Chair of the Master of Media in Journalism and Communication Program (MMJC) and assistant professor of journalism, Western University

Construction workers gather at facility in Kingston, Ont., which will be used as a start-up laboratory to test new processes related to critical minerals and other emerging technologies. (Chris Arsenault), CC BY-NC-SA

As climate change intensifies, companies and countries are attempting to build new low-carbon supply chains. From electric vehicles to solar panels and wind turbines, these technologies require vast amounts of critical minerals.

These are commodities such as cobalt, lithium and nickel, and also include a smaller set of 17 rare earth elements like dysprosium, neodymium, praseodymium and terbium.

Canada’s federal government, and provincial officials in Ontario, have pledged some of the biggest public subsidies to private companies in a generation — more than $43 billion — to create this new supply chain.

Plans for new mines in Northern Ontario’s “Ring of Fire” to extract critical minerals parallel billions in production subsidies to EV producers and related manufacturers in the province’s southern manufacturing heartland.

The idea is to supply southern factories with northern minerals. Instead of only exporting unrefined primary commodities like oil, copper or lumber, Canadian industry would also export high-value, renewable technology-related products.

In addition to promises around jobs, innovative industries and fighting climate change, politicians, business executives and military analysts frame the country’s critical minerals strategy around countering China’s dominance.

However, our new study identified several challenges to subsidizing supply chain integration in Canada.

Based on 20 interviews with government officials and industry leaders in Ontario’s critical minerals sector, and a review of existing literature, we identified challenges including: opposition to new mining and infrastructure projects, particularly from some Indigenous communities; some policymakers lacking understanding of the complexity of supply chains; slowing global EV demand and regional trade barriers at a time of uncertainty for the sector.

Processing: The weak link

First, there is a weak link in the planned supply chain: processing. Policymakers and average Canadian can picture a mine or an EV factory, business leaders said.

Understanding how to separate terbium, a rare earth element used to make stronger alloys for EVs, from mined stock is a more difficult process conducted in unassuming industrial parks. It doesn’t necessarily excite the public imagination.

A 2023 map of critical minerals mining and processing projects.
Advanced mining and processing projects for battery minerals in Ontario.
(Natural Resources Canada/Eric Leinberger), CC BY-NC

This is not merely complicated chemistry. Processing and refining critical minerals is where China dominates, controlling about 90 per cent of the industry. Under the current plan, even if mines are built in Northern Ontario, the minerals would likely be sent to China to be processed and then shipped back, leaving manufacturers dependent on the Chinese.

As one long-time chemical processing executive said: “Governments have convoluted the resource sector, the stuff in the ground, the product in the end (EVs and related technologies) and forgotten this middle section” before adding “infrastructure isn’t sexy and [processing facilities] are weirdo infrastructure nobody sees.”

Companies in Canada or the United States, the executive said, don’t want to pay a premium for rare earths processed in Canada. China can do the work more cheaply.

Investments suspended and delayed

Second, many high-profile manufacturing projects have been shelved or suspended, despite billions in promised subsidies. Of eight major EV manufacturing plants in Ontario selected to receive a combined $43.6 billion in subsidies, five have suspended or delayed their activities, including the European firm Umicore’s planned $2.7 billion battery plant near Kingston, Stellantis’ EV jeep production in Brampton and GM’s EV van plant in Ingersoll, which halted then reduced production earlier this year.

Subsidies promised to these firms are far higher than what the companies themselves pledged to invest. Our analysis suggests pledged public subsidies for the eight renewable manufacturing projects, including money from the federal government and Ontario, are more than 13 per cent higher than what the companies themselves promised to spend from their own coffers.

This doesn’t seem like a good use of the public purse. Subsidies can certainly help spur growth in new industries if leveraged effectively: South Korea and Taiwan’s development from the 1960s illustrates this. But spending more public money than private companies themselves are willing to invest does not seem wise in the current trade climate, especially considering government deficits and the costs of financing them given high interest rates.

In fairness to provincial and federal officials, much of the pledged money has not left the treasury. A substantial portion of the promised funds are production subsidies for each car or battery produced.

The cancelled projects, and uncertainty over access to U.S. markets and EV sales in North America, are making companies skittish, subsidies be damned. Canada this month suspended its own planned EV mandate which would have required 20 per cent of all new vehicles sold here to be electric by next year.

A map showing proposed EV manufacturing facilities and their costs.
Location of battery and EV manufacturing investments in Canada and Ontario (millions of Canadian dollars).
(Author provided/Eric Leinberger), CC BY-NC

Subsidies and the new mercantalism

Recent problems in the EV industry notwithstanding, the broader subsidy race to build out renewable energy supply chains, and the geopolitical scramble to control critical minerals, has a distinctly 19th century, neo-mercantalist vibe.

Hearkening back to the days of the British East India Company and gunboat diplomacy, corporations are working arm-in-arm with governments to advance commercial and military objectives. U.S. President Donald Trump has demanded Ukraine give American companies preferential access to the country’s vast critical minerals deposits in exchange for continued military aid amid the war with Russia.

China currently mines roughly 70 per cent of the world’s rare Earth elements, according to Canadian government data. More importantly, it processes nearly 90 per cent of the strategic commodities and also holds near processing monopolies for graphite (95 per cent), manganese (91 per cent), and cobalt (78 per cent).

China is not afraid to weaponize its control of rare earths, limiting access for U.S. companies following Trump’s tariff threats or temporarily cutting them off to Japan following a dispute over fishing and territorial rights in 2010.

“If China embargoed rare earths right now, that would put us out of business,” said one senior Ontario government official we interviewed. “They are a critical part of the supply chain.”

Against that backdrop, and threats against Canada from the Trump government, there is value in building coherent public policy around critical minerals.

However, following billions in pledged subsidies delivering mixed results, federal and provincial governments need to focus their limited financial firepower on what’s actually achievable. Developing the means to refine and process critical minerals extracted here would be a good first step.

The Conversation

Chris Arsenault has received funding from the Michener Awards Foundation under the 2025 Michener-L. Richard O’Hagan Fellowship for Journalism Education. His journalism has also been supported by The Pulitzer Center.

Philippe Le Billon receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Raphael Deberdt does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Canada’s $43-billion subsidy scheme for critical minerals misses supply chain steps – https://theconversation.com/canadas-43-billion-subsidy-scheme-for-critical-minerals-misses-supply-chain-steps-264742

Itinéraire d’une génération gâtée

Source: The Conversation – in French – By Gérard Bouchard, Professeur émérite, Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)

Les boomers sont à l’âge de la retraite, où ils profitent pleinement de la société des loisirs. Nés à une période faste, ils ont bénéficié toute leur vie de conditions gagnantes. (unsplash plus), CC BY-NC-ND

La génération des baby-boomers a profondément changé la société, et continue de le faire alors que les plus âgés d’entre eux deviennent octogénaires et les plus jeunes, sexagénaires. Ce phénomène coïncide avec une accélération du vieillissement de la population au Québec, au Canada et dans l’ensemble des sociétés occidentales.

À 81 ans, l’historien et sociologue Gérard Bouchard, professeur émérite à l’UQAC, s’identifie à la génération des boomers, même s’il la devance de quelques années. Comme tous les membres de ceux et celles que le professeur de littérature François Ricard a qualifié de « génération lyrique », il a été un participant enthousiaste de la Révolution tranquille, adoptant les nouvelles valeurs de liberté qui déferlaient sur l’Occident.

Il est aussi l’un de ses intellectuels les plus en vue, auteurs d’une trentaine d’ouvrages, récipiendaires de nombreux prix et distinctions, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la dynamique comparée des imaginaires collectifs, et co-directeur en 2007 de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. Il y a élaboré son concept d’interculturalisme, une approche québécoise en matière d’intégration des nouveaux arrivants et des groupes minoritaires qui se différencie du multiculturalisme canadien.

Cette semaine, Gérard Bouchard publie un énième ouvrage, qu’il considère comme l’un de ses plus importants, Terre des humbles. « Le livre est sur mon établi depuis 50 ans », dit-il lors de notre rencontre à son bureau de l’UQAC, à Chicoutimi. Il s’agit d’une histoire des premiers habitants du Saguenay, celle des gens ordinaires, « pas juste de ses dirigeants ».




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Son prochain ouvrage portera quant à lui sur les boomers. Il traitera des différentes interprétations de la Révolution tranquille, de l’avant et de l’après Grande noirceur.

Gérard Bouchard travaille sept jours par semaine, « un peu moins le dimanche », et ne comprend pas les gens qui prennent leur retraite à 55 ans, alors qu’ils sont en pleine santé, avec des enfants devenus adultes. « Ils vont passer quarante années de leur vie à s’amuser ? C’est absurde. » Lui n’arrêtera jamais. « Je suis un chercheur, c’est ma passion, je suis incapable de penser que je pourrais arrêter. Je vais travailler jusqu’à la fin. »


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


La Conversation Canada : Le baby-boom qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale a provoqué des secousses partout en Occident, dont au Québec. La société a dû s’ajuster à leur arrivée massive. Quels étaient les principaux défis au Québec ?

Gérard Bouchard : Sans aucun doute la démocratisation de l’éducation. Les Canadiens français accusaient un important retard. La plupart des enfants quittaient l’école à partir de 12 et 13 ans. Or, les attentes vis-à-vis de l’instruction se sont faites plus importantes dès les années cinquante. Les parents des classes moyennes et pauvres voyaient bien que ceux qui avaient une belle vie, les notables, les avocats, les notaires et les médecins, étaient des gens instruits. L’idée que « qui s’instruit s’enrichit » a été formulée dans les années 60, mais elle était présente bien avant. Il fallait instruire cette génération.

LCC : On a donc construit des écoles secondaires, le réseau des cégeps, celui des universités du Québec…

G.B. : Oui, car il y avait urgence. Et pour cela, il fallait d’abord se défaire de l’autoritarisme considérable de l’Église, sa censure, sa guerre contre les intellos. L’Église s’opposait à l’instruction obligatoire jusqu’à 14 ans. L’arrivée du premier ministre Jean Lesage, en 1960, a changé les choses. Lui-même n’était pas porteur du changement. Il était contre la nationalisation de l’électricité, la laïcisation, la création de la Caisse de dépôt… Il a fallu le convaincre. Ce qu’il a fait de mieux, c’est de s’entourer de gens très brillants et très intègres [NDLR notamment René Lévesque et Jacques Parizeau], qui ont créé un État moderne, avec moins de corruption, d’arbitraire, d’amateurisme dans la manière de gouverner.

Une bourgeoisie francophone a pris son essor, on a créé des entreprises, une classe de technocrates. C’était la Révolution tranquille. Elle s’est déployée dans les années soixante, mais ses idées circulaient depuis quelques décennies, notamment avec l’intellectuel André Laurendeau, le plus important de sa génération.

L’école est devenue obligatoire jusqu’à 16 ans et on a créé le tout nouveau réseau de l’Université du Québec, avec ses dix antennes. Il fallait des professeurs. On a embauché des gens qui n’avaient parfois que de simples maîtrises. On les formait, on payait leurs études et leurs salaires jusqu’au doctorat. On n’avait pas le choix. Il fallait pourvoir les postes pour former les cohortes qui venaient. Mais on s’est arrêté une fois les besoins remplis. Les générations suivantes ont donc frappé un mur…

LCC : Quel a été l’impact de la Révolution tranquille sur cette génération devenue adulte ?

G.B. : Les boomers n’ont pas fait la Révolution tranquille, ils en ont bénéficié et ils ont participé activement et avec beaucoup d’enthousiasme à sa mise en place. J’avais 20 ans en 1963. À 25 ans j’étais un militant, partisan des nouvelles valeurs de liberté, de l’indépendance du Québec. Cette génération a assimilé profondément ces nouvelles valeurs et en a fait les siennes. Les boomers sont donc associés à de grands changements sociaux, à l’émergence d’une société de consommation, où le travail n’était plus l’absolu sanctifié, à un monde de liberté.

LCC : Le party s’est terminé cependant…

G.B. : Oui, dès 1973, l’Occident a connu le premier choc pétrolier, la fin de l’expansion économique, l’inflation. Les États étaient endettés. Les boomers n’en ont pas tant souffert. Ils étaient établis dans leur vie. Par ailleurs, avec la Révolution tranquille, le Québec s’est doté de vastes politiques sociales qui sont restées en vigueur.


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Mais l’idée qu’un bon diplôme équivalait à un bon emploi ne fonctionnait plus. Ce qui a fait que la génération qui a suivi, les X, s’est sentie traitée injustement. La musique s’était arrêtée. Il n’y avait plus de chaises pour eux. Les X ont cherché des coupables et blâmé les boomers de s’être empiffrés, d’avoir été narcissiques. On comprend cette réaction émotive.

Ils ont eu raison d’être fâchés. L’évolution de notre société leur a causé beaucoup de tort.

Mais les boomers n’y étaient pour rien. La crise économique était à l’échelle de l’Occident. Il y a eu rupture dans la mobilité sociale. Cela dit, le Québec a su résister aux effets du néo-libéralisme qui a déferlé à partir des années 80. Il n’a pas coupé dans ses politiques sociales. Le filet s’est même étendu.

LCC : Les premiers boomers auront bientôt 80 ans, et seront suivis par une vaste cohorte. Comment vivent-ils leur vieillesse ?

G.B. : Ils ont de bons fonds de pension universelle. Ils ont des moyens, dépensent, s’amusent, sont heureux… jusqu’à ce qu’ils soient malades. Et lorsque c’est le cas, l’État s’en occupe. À l’image de leur vie, leur couloir est tracé. Ils sont sur la voie de sortie, et c’est une voie convenable, qui est le propre d’une société civilisée.

Évidemment, il y a des inégalités, notamment dans les fonds de pension individuels. Tous ne participent pas au même banquet. Mais la société leur permet de vivre une vie convenable. La manière dont on traite les personnes âgées, c’est quelque chose qu’on fait de bien.

La Conversation Canada

Gérard Bouchard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Itinéraire d’une génération gâtée – https://theconversation.com/itineraire-dune-generation-gatee-264009

Paul Biya at 92: will defections weaken his grip on absolute power in Cameroon?

Source: The Conversation – Africa (2) – By David E Kiwuwa, Associate Professor of International Studies, University of Nottingham

Cameroonians go to the polls in October 2025 in what some people hoped might be a break from the country’s troubled recent past. They thought that President Paul Biya (92) might stand aside to allow a transition.

Three years ago I was one of those who expressed optimism about the 2025 poll. But I was wrong.

Biya is set to run yet again for an 8th term. He is already one of Africa’s longest ruling presidents, behind only Equatorial Guinea’s Teodoro Nguema.

Biya is on the cusp of achieving lifetime presidency since taking office in 1982.

In July 2025, after months of speculation, he confirmed in a tweet that he would run again.

Having weathered coups, silenced dissent, defied death rumours, and outlasted generations of challengers, he reminded friend and foe alike that he remains at the centre of Cameroon’s political ecosystem.

I am a long time scholar of and commentator on African politics, regime transformation, democratic transition and broader governance. Given regional developments that have seen the military deposing long term leaders, one might expect Biya to superintend a managed transition. The intriguing question is: what is it about the situation in Cameroon that continues to defy logic?

There is evident restlessness and frustration among young Cameroonians as well as clear clamour for change. Yet, the incumbent remains the front-runner, supported by the ruling party, the Cameroon People’s Democratic Movement, and his near-total command of the state’s political machinery.

Simply, the system has been designed to serve Biya’s interests. With government control of the media, resources, and judicial and electoral institutions, it is unlikely that the opposition can bring about systemic change.

Some things have changed, however. Biya’s previous wins were landslides that left no room for debate. This time things could potentially be different on account of high-profile defections from his party. These men will be challenging him at the polls.

The field

The last electoral cycle, leading up to the 2018 poll, was characterised by subdued challenges and a co-opted or deeply divided opposition. This time Biya appears to face a relatively organised opposition.

Initially, 83 candidates signalled their interest. In July the electoral commission cleared 13 to run. The commission controversially disqualified Maurice Kamto, a renowned legal scholar who performed respectably in the 2018 electoral cycle with 14% of the vote.

Human Rights Watch warned that this would cast a shadow over the credibility of the electoral process.

Nevertheless, several credible figures across the political spectrum remain in the race and present alternatives.

Biya faces two other former allies turned political adversaries.

One is Issa Tchiroma Bakary, his minister of employment and vocational training. A longtime insider of the regime, he served in various ministerial roles and was long considered a loyalist. Yet in June 2025, he resigned from the government, delivering a searing critique of the system he once represented.

He then launched his campaign, running on the ticket of the Front for the National Salvation of Cameroon.

The minister of tourism and leisure, Bello Bouba Maigari, still formally holding office, declared his intention in July 2025 to run against his boss in the October elections.

This announcement was especially striking given the deep political history between the two men. Maigari is not just any cabinet member. He is a long-standing confidant of the president, having been appointed Biya’s prime minister in 1982 and hailing from the vote-rich northern region. The decision to enter the race marks a shift from loyal lieutenant to presidential challenger, revealing the growing fissures within the ruling elite.

Others in the race worth noting are:

  • Akere Muna, a former speaker who swore in Biya in 1982 and a tireless advocate for transparency and accountability. He ran for the top job in 2018 (but withdrew at the last minute).

  • Cabral Libii, from the Cameroon Party for National Reconciliation, a young and dynamic leader who also ran for president in 2018 and garnered 6% of the total vote.

  • Joshua Osih, a seasoned politician with a strong track record.

The issues

The nation’s pressing issues remain the same as they have been for a long while.

These include:

  • Endemic corruption. Cameroon is ranked 140 out of 180 countries by Transparency International. The reasons are systemic decay of state institutions and maladministration.

  • Economic stasis, including stubborn unemployment forecast at 7.34% by Statista; 23% live below the international poverty line and 3.3 million are food insecure.

  • The ongoing anglophone regional crisis pitting the English speaking regions against the dominant francophone centre.

  • Biya’s ability to govern and the succession question, given his very advanced age and the potential vacuum or infighting if he couldn’t complete his term.

The external dimension

Western actors have been consistent critics of Biya’s regime in the recent past. However, some have adopted a more cautious tone, balancing criticism with strategic interests.

The US, for instance, suspended some military assistance to Cameroon in 2019 over human rights abuses. But it continues counter-terrorism cooperation against Boko Haram.

The European Union, while pressing for peaceful resolution of the anglophone conflict, remains an important trade and aid partner.

China has become Cameroon’s largest bilateral creditor and a top trading partner. According to a report by Business in Cameroon, in 2024 Cameroon owed about 64.8% of its external bilateral debt to China. This is primarily for infrastructure loans that have funded projects like the Kribi Deep Sea Port, the Yaoundé-Douala highway, and hydropower stations.

For regime survival, Biya has pursued a pragmatic foreign policy. Beijing’s diplomatic stance of non-interference and respect for sovereignty resonates with Cameroonian political elites wary of western scrutiny and criticism over democratic backsliding and the anglophone conflict.

But Biya has not severed ties with the west. For example, the government maintains partnerships with France for security training, with Germany for decentralisation support, and with the US for counterinsurgency.

This balancing is not simply geopolitical. It is also deeply embedded in domestic patronage networks. Foreign aid, loans and investments serve as resources to consolidate elite power, strengthen the patronage system and suppress dissent.

The October polls are sure to reaffirm the status quo.

The Conversation

David E Kiwuwa does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Paul Biya at 92: will defections weaken his grip on absolute power in Cameroon? – https://theconversation.com/paul-biya-at-92-will-defections-weaken-his-grip-on-absolute-power-in-cameroon-264915

Robert Redford: the ‘golden boy with a darkness in him’

Source: The Conversation – UK – By Nathan Abrams, Professor of Film Studies, Bangor University

Robert Redford, who has died at the age of 89, was perhaps everybody’s idea of a classical Hollywood movie actor. His conventional good looks – his blond hair, boyish charm and chiselled chin – led him to be cast as a sex symbol and a romantic lead opposite Jane Fonda in Barefoot in the Park (1967), Barbra Streisand in The Way We Were (1973), and Meryl Streep in Out of Africa (1985).

Dustin Hoffman described him as a “walking surfboard”. But the Californian golden boy belied his appearance. No airhead, beneath the surface was a shy and sensitive actor who used his looks to his advantage, insisting on starring in and later directing movies with weight. These included a series of anti-establishment and countercultural films that reflected his anti-corruption and pro-environmental activism.

From the early 1960s through to the 2020s, Robert Redford appeared in some of the most iconic, if unconventional, films of the second half of the 20th century. Those of us born in the late 1960s and early 1970s grew up with Redford. He came to attention as the timid, newly married Paul Bratter in Neil Simon’s Broadway play, Barefoot in the Park, in 1967, before starring in the movie of the same name.

His breakout role was as the titular Sundance in the irreverent and subversive paean to the wild west, Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969), beginning what would later be called a bromance with his co-star, Paul Newman. He teamed up again with Newman, a fellow activist, in the Depression-era set The Sting (1973), which led to Redford’s first and only Oscar nomination as an actor.

That same year, he starred in The Way We Were alongside Streisand, who described him as “the blond, suntanned California guy, surfing and riding horses”. Directed by Sydney Pollack, Redford would go on to star in a further six of his films. The director called him “an interesting metaphor for America, a golden boy with a darkness in him”.

Following his liberal instincts, Redford appeared in two of the post-Watergate and post-Vietnam War films that encapsulated the pervasive feeling of distrust and suspicion of the government that followed the administration of Richard Nixon.

In the spy thriller Three Days of the Condor (1975), Redford was an introverted CIA codebreaker caught up in a conspiracy. And in All the President’s Men (1976), he played the real-life Washington Post journalist Bob Woodward alongside Dustin Hoffman as Carl Bernstein as they exposed the Watergate Hotel scandal that helped to bring down Nixon.

The film, which Redford was instrumental in bringing to the screen, was so powerful that it has been credited by some with swinging the presidential election of that year to the Democrat Jimmy Carter.

Redford branched into directing with Ordinary People in 1980, about an upper-middle-class family’s fracturing with grief following their son’s death. The film starred Donald Sutherland and Mary Tyler Moore and won four Oscars, including for best picture and best director, beating Martin Scorsese’s Raging Bull.

Redford’s later efforts were not always as successful, but Quiz Show in 1994, about the real-life scandal of a fixed television game show in the 1950s, received Academy nominations.

Other films he directed showcased his politics. The Milagro Beanfield War (1988), about the fight to protect a small beanfield in a New Mexico village against larger business and political interests, reflected Redford’s own concerns about the environment and land preservation.

His 2007 Lions for Lambs explored the impact of US foreign policy through the intersecting lives of a US congressman (Tom Cruise), a journalist (Meryl Streep) and an academic (Redford) against the backdrop of the war on terror in Afghanistan.

In 2014, Redford even joined the Marvel cinematic universe, starring as US government leader and secret Hydra operative Alexander Pierce in 2014’s Captain America: The Winter Soldier and Avengers: Endgame in 2019. It was a callback to those 1970s paranoid thrillers, especially Three Days of the Condor. This introduced him to a younger generation of fans and audiences most likely unfamiliar with his earlier work.

“The idea of the outlaw has always been very appealing to me. If you look at some of the films, it’s usually having to do with the outlaw sensibility, which I think has probably been my sensibility. I think I was just born with it,” Redford said in 2018.

“I wanted to tell stories about the America that I grew up in. And for me, I was not interested in the red, white and blue part of America. I was interested in the grey part – that’s where complexity lies.”

The Conversation

Nathan Abrams receives and has previously received external funding from charities and government-funded, foundation or research council grants.

ref. Robert Redford: the ‘golden boy with a darkness in him’ – https://theconversation.com/robert-redford-the-golden-boy-with-a-darkness-in-him-265507

TikTok et les jeunes : rentabilité et fabrique du mal-être

Source: The Conversation – in French – By Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel

La commission d’enquête parlementaire, qui a rendu ses conclusions le 11 septembre 2025, souligne l’opacité des algorithmes de TikTok. Les contenus les plus radicaux ou perturbants semblent particulièrement valorisés pour capter l’attention. Daniel Constante/Shutterstock

Tutoriels de suicide, hashtags valorisant l’anorexie, vidéos de scarification… Le rapport parlementaire, publié le 11 septembre 2025, dresse un constat glaçant des effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. L’application, loin d’être un simple divertissement, apparaît comme une véritable « fabrique du mal-être », structurée par une architecture algorithmique qui capte et qui exploite l’attention des adolescents pour maximiser sa rentabilité.


Si les députés proposent d’interdire l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans, l’enjeu va bien au-delà de la seule régulation juridique. Ce que révèle le rapport de la commission parlementaire d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, publié le 11 septembre 2025, c’est l’émergence de nouvelles fragilités liées aux environnements numériques. Ce mélange de design addictif, de spirales algorithmiques et de logiques économiques tend à fragiliser les jeunes usagers.

Dès lors, la question centrale ne porte pas seulement sur l’âge d’accès aux plateformes, mais sur notre capacité collective à construire une régulation adaptée, capable de protéger les mineurs sans les exclure du monde numérique.

Comment protéger efficacement les mineurs face à la puissance des algorithmes sans les priver d’un espace numérique devenu incontournable dans leur socialisation et leur développement ?

La fabrique algorithmique de la vulnérabilité

Le rapport parlementaire décrit TikTok comme une « machine algorithmique » conçue pour capter l’attention des utilisateurs et pour les enfermer dans des spirales de contenus extrêmes. L’architecture du fil repose sur l’idée simple que plus un contenu retient le regard longtemps, plus il sera recommandé à d’autres utilisateurs. Ce mécanisme transforme la durée d’attention en indicateur de rentabilité, au détriment de la qualité ou de l’innocuité des contenus.

En quelques minutes, un adolescent peut passer d’une vidéo anodine à des tutoriels de scarification, des incitations à l’anorexie (#SkinnyTok) ou au suicide. Amnesty International a montré que, dès les douze premières minutes, plus de la moitié des contenus recommandés à un « profil dépressif » concernaient l’anxiété, l’automutilation ou le suicide. L’algorithme ne reflète donc pas seulement les préférences. Il construit également un environnement qui accentue les vulnérabilités psychiques.

Dans une perspective des sciences de l’information et de la communication (SIC), discipline qui étudie la manière dont les technologies et les dispositifs médiatiques structurent nos pratiques sociales et nos représentations, ce processus illustre une « fabrique de vulnérabilités communicationnelles ». Autrement dit, l’architecture technique de TikTok ne se contente pas de diffuser des contenus, elle façonne les conditions mêmes de réception et d’usage.

Il s’agit d’un design pensé pour exploiter l’économie de l’attention, reposant sur la gratification immédiate et la logique de la récompense aléatoire. Comme le souligne Ulrich Beck dans sa théorie de la « société du risque », les technologies produisent elles-mêmes les dangers qu’elles prétendent encadrer. TikTok illustre ce paradoxe avec un espace de divertissement qui se transforme en espace de mise en danger systémique.

En ce sens, la toxicité décrite dans le rapport n’est pas une dérive accidentelle, mais une conséquence structurelle du modèle économique de la plateforme. L’algorithme, optimisé pour maximiser le temps passé en ligne, tend mécaniquement à privilégier les contenus les plus radicaux ou perturbants, car ce sont ceux qui retiennent le plus l’attention.

L’opacité algorithmique comme enjeu central

L’un des constats majeurs de la commission d’enquête concerne l’opacité des algorithmes de TikTok. Malgré plus de sept heures d’audition des représentants de la plateforme, les députés soulignent le caractère insaisissable de son fonctionnement : absence d’accès aux données brutes, impossibilité de vérifier les critères de recommandation, communication limitée à des éléments généraux et souvent contradictoires. Autrement dit, le cœur technique de l’application algorithmique reste une boîte noire dont l’intelligibilité est encore questionnée.

Cette opacité n’est pas un simple détail technique puisqu’elle conditionne directement la capacité à protéger les mineurs. Si l’on ne sait pas précisément quels signaux (durée de visionnage, likes, pauses, interactions) déclenchent la recommandation d’un contenu, il devient impossible de comprendre pourquoi un adolescent vulnérable est exposé en priorité à des vidéos sur l’anorexie, sur le suicide ou sur l’automutilation. Le rapport qualifie ce manque de transparence d’« obstacle majeur à la régulation ».

Cette situation illustre la notion de gouvernance algorithmique. Il s’agit des dispositifs qui, tout en organisant nos environnements informationnels, échappent largement à l’intelligibilité publique. Cette asymétrie entre la puissance des plateformes et la faiblesse des institutions de contrôle génère ce que l’on peut qualifier de vulnérabilité communicationnelle systémique.

Le rapport insiste ainsi sur la nécessité d’outils européens d’audit des algorithmes, mais aussi sur l’importance d’une coopération renforcée entre chercheurs, autorités de régulation et acteurs de la société civile. L’enjeu n’est pas seulement de contraindre TikTok à être plus transparent, mais de créer les conditions d’une intelligibilité collective de ces dispositifs techniques. C’est à ce prix que la protection des mineurs pourra devenir effective et que l’Europe pourra affirmer une souveraineté numérique crédible.

L’économie du mal-être

Le rapport parlementaire souligne également que la toxicité de TikTok n’est pas accidentelle ni le fruit d’une intention malveillante, mais qu’elle découle de son modèle économique, d’une logique marchande où le mal-être est rentable.

Ce mécanisme illustre ce que les chercheurs appellent l’« économie de l’attention ». Sur TikTok, le temps de visionnage devient la ressource centrale. Plus un adolescent reste connecté, plus ses données alimentent le ciblage publicitaire et la valorisation financière de la plateforme. Or les émotions négatives (peur, sidération, fascination morbide) génèrent souvent une rétention plus forte que les contenus positifs. Les spirales algorithmiques ne sont donc pas de simples accidents, mais la conséquence directe d’une optimisation économique.

Cette dynamique s’inscrit dans un capitalisme de surveillance, où l’expérience intime des individus est extraite, analysée et transformée en valeur marchande. Dans le cas de TikTok, les comportements vulnérables des mineurs (hésitations, clics répétés, visionnages prolongés de contenus sensibles) deviennent autant de données monétisables.

Ainsi, il ne s’agit pas seulement de protéger les jeunes contre des contenus toxiques, mais de comprendre que la plateforme a intérêt à maintenir ces contenus en circulation. Le problème est donc structurel. TikTok n’est pas seulement un réseau social qui dérape, c’est aussi une industrie qui prospère sur la captation du mal-être.

Au-delà de TikTok

En définitive, le rapport sur TikTok agit comme un miroir grossissant des mutations de nos environnements numériques. Il ne s’agit pas seulement de pointer les dangers d’une application. Il s’agit également de questionner les logiques économiques et algorithmiques qui façonnent désormais la socialisation des plus jeunes.

L’enjeu n’est pas de bannir un réseau social, mais plutôt de concevoir une régulation capable d’intégrer la complexité des usages, la diversité des publics et les impératifs de protection. La notion de sécurité communicationnelle fournit ici une clé de lecture en ce sens qu’elle invite à penser ensemble santé psychique, gouvernance algorithmique, souveraineté numérique et innovation responsable.

TikTok n’est donc pas une exception, mais le symptôme d’un modèle qu’il devient urgent de réformer. L’avenir de la régulation ne se jouera pas uniquement sur cette plateforme. Elle se jouera aussi dans la capacité des sociétés européennes à redéfinir les règles du numérique à la hauteur des enjeux générationnels qu’il engage.

The Conversation

Fabrice Lollia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. TikTok et les jeunes : rentabilité et fabrique du mal-être – https://theconversation.com/tiktok-et-les-jeunes-rentabilite-et-fabrique-du-mal-etre-265082

Au Mexique, le pouvoir criminalise les défenseurs des migrants

Source: The Conversation – in French – By Romain Busnel, Chargé de recherche en sciences sociales du politique, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Le 5 août dernier, Luis García Villagrán, défenseur des personnes migrantes, a été arrêté à la frontière sud du Mexique. En marge des pressions diplomatiques états-uniennes, cette criminalisation du militantisme réactive les débats en cours autour de la définition des catégories du militant et du « passeur », de l’accompagnement humanitaire et du « trafic d’êtres d’humains ».


En juin 2025, Luis García Villagrán, 63 ans, avocat formé au droit en prison (il y a passé douze ans, de 1998 à 2000, à la suite d’un imbroglio judiciaire pour lequel il a finalement été innocenté), avait repris sa casquette d’activiste dans la ville de Tapachula (Chiapas, sud du Mexique, à une vingtaine de kilomètres du Guatemala) pour dénoncer les manquements des autorités mexicaines compétentes en matière migratoire. Il les accusait d’être corrompues et de freiner l’octroi de visas aux milliers de personnes bloquées dans cette ville de 350 000 habitants, désireuses de s’installer au Mexique ou, plus souvent, de traverser son territoire afin de rejoindre les États-Unis.

Face à l’absence de solutions, il a organisé une caravane. Ce mode d’action consiste à se déplacer vers le Nord à plusieurs centaines ou milliers de sans-papiers pour faire pression sur les autorités et se protéger des exactions aussi bien des forces de l’ordre que des groupes criminels.

Le 6 août 2025, cette première caravane de plus de 500 personnes depuis la prise de fonctions de Donald Trump est finalement partie sans le militant, arrêté la veille par les forces de l’ordre mexicaines et conduit au bureau du procureur fédéral (Fiscalía General de la República). Le lendemain, la présidente de la République Claudia Sheinbaum a justifié sa mise en détention :

« Ce n’est pas un militant. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt et il est accusé de trafic d’êtres humains. »

Organisations de la société civile et universitaires mexicains se sont immédiatement alarmés de cette stigmatisation et de la violation de la présomption d’innocence de la part de la plus haute autorité du pays. Le 11 août, un juge fédéral a finalement ordonné la libération de l’activiste dans l’attente d’une enquête approfondie, faute de preuves solides. Le lendemain, le procureur fédéral a réagi en dénonçant la supposée mansuétude du juge à l’égard de Villagrán : « Quand on a fait comparaître cette personne devant le juge, celui-ci n’a pas même pas voulu analyser les 75 preuves que les autorités lui avaient présentées. […] Je n’ai jamais vu ça. »

La frontière sud du Mexique, une zone d’« endiguement migratoire » sous surveillance états-unienne

Cette intromission des plus hautes sphères fédérales dans le cas d’un défenseur des droits des personnes migrantes a de quoi surprendre dans ce pays gouverné par la gauche depuis 2018 (année de la victoire d’Andrés Manuel López Obrador, à qui Claudia Sheinbaum a succédé en 2024).

Ces événements s’inscrivent dans le cadre d’une externalisation des frontières états-uniennes au Mexique, caractérisée par des politiques de mise en attente des personnes migrantes. Si la frontière du Mexique avec les États-Unis accapare une large part de l’attention médiatique, les dynamiques de la frontière Sud, en bordure du Guatemala, restent peu documentées.

Au cours des années 2010, cette zone de passage obligé pour les personnes désireuses de rejoindre les États-Unis a fait l’objet de politiques dites d’« endiguement migratoire » visant à ralentir les flux de personnes migrantes issues d’Amérique centrale (Honduras, Guatemala, Nicaragua, Salvador), des Caraïbes (Haïti, Cuba), d’Amérique du Sud (Venezuela, Équateur) mais aussi d’autres continents (Afrique, Moyen-Orient et Asie).

Face à la massification et à la diversification des mobilités internationales dans cette région, les politiques migratoires mexicaines sont progressivement devenues une marge d’ajustement des relations diplomatiques avec les États-Unis, notamment dans le contexte actuel de renégociation des droits de douane.

Déjà, en 2019, le gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador avait négocié le maintien de droits de douane avantageux en échange de l’envoi à la frontière Sud du Mexique de la Garde nationale, un nouveau corps de police militarisée.

Les multiples contrôles sur les routes, ainsi que les pratiques d’allongement des délais d’obtention de papiers permettant de transiter légalement au Mexique ont fait de Tapachula une « prison à ciel ouvert », où plusieurs dizaines de milliers de personnes exilées restent bloquées dans l’attente d’une régularisation.

Cette situation encourage les versements de pots-de-vin aux agents de l’Institut national des migrations (INM) – déjà dénoncés par un ancien directeur de cette institution –, mais aussi la présence de réseaux de passeurs illicites, parfois en lien avec des groupes criminels.

Des caravanes pour s’extirper de l’attente

En réponse à cette mise en attente dans le Chiapas, État le plus pauvre du Mexique, un nouveau mode d’action collective et migratoire a émergé dans les années 2010. Certains religieux et activistes issus d’organisations de défense du droit à la migration ont commencé à accompagner des groupes de personnes migrantes dans leur périple, pour les protéger en les rendant plus visibles.

C’est ainsi qu’ont émergé en 2018 des caravanes de plusieurs milliers de personnes sur les routes d’Amérique centrale et du sud du Mexique. À cette époque, leur importante médiatisation avait déclenché des réactions virulentes du président états-unien Donald Trump.

« Mexique : la caravane qui irrite Trump. » France24, 3 avril 2018.
Post de Donald Trump sur Twitter, 3 avril 2018. Traduction : « La grande caravane en provenance du Honduras, qui traverse maintenant le Mexique et se dirige vers notre frontière aux « lois laxistes », ferait mieux d’être arrêtée avant d’y arriver. L’ALENA, véritable vache à lait, est en jeu, tout comme l’aide étrangère au Honduras et aux pays qui permettent que cela se produise. Le Congrès DOIT AGIR MAINTENANT ! »

Post de Donald Trump sur Twitter le 18 octobre 2018. Traduction : « En plus de suspendre tous les paiements à ces pays, qui semblent n’avoir pratiquement aucun contrôle sur leur population, je dois demander avec la plus grande fermeté au Mexique de mettre fin à cet assaut – et s’il n’est pas en mesure de le faire, je ferai appel à l’armée américaine et FERMERAI NOTRE FRONTIÈRE SUD ! »

Depuis, ce type d’actions n’a pas cessé. Tous les ans, plusieurs caravanes partent de Tapachula. Luis García Villagrán a participé activement à plusieurs d’entre elles. Cela lui vaut, comme à d’autres, une stigmatisation régulière de la part de personnalités politiques (de droite comme de gauche, à l’instar de la présidente Sheinbaum) qui entretiennent l’amalgame entre « militant » et « passeur » (coyote ou pollero au Mexique), entre « accompagnement » et « trafic d’êtres humains ».

Des militants visés et des migrants en danger

La poursuite en justice d’activistes s’inscrit en prolongement d’une répression de longue date par l’État mexicain du militantisme politique. Elle déborde aujourd’hui sur l’enjeu migratoire, un sujet sensible au niveau diplomatique, mais aussi au niveau national dans la mesure où les personnes migrantes sont des cibles facilement exploitables pour les groupes criminels.

Déjà en 2019, plusieurs activistes mexicains présents pour accompagner les caravanes avaient fait l’objet d’intimidations, d’arrestations et de menaces. Certains ont même été physiquement violentés lors des interrogatoires.

La répression se fait aussi à bas bruit, par des acteurs pas toujours bien identifiés. Les militants reçoivent souvent des menaces provenant de numéros inconnus sur leurs téléphones. Il arrive aussi que celles-ci soient mises à exécution, par exemple lorsque Luis García Villagrán s’est fait passer à tabac par un groupe armé en octobre 2023, peu après avoir annoncé vouloir accompagner une caravane organisée par un autre activiste.

La criminalisation du militantisme en soutien aux sans-papiers n’est pas sans rappeler des processus observés en Europe. Mais si les activistes disposent de relais médiatiques pour se défendre des accusations, les personnes migrantes restent celles qui pâtissent en premier de la répression.

Par le suivi de caravanes, mes recherches de terrain ont montré que la privation des soutiens sur le trajet expose les personnes migrantes aux exactions de groupes criminels ou des autorités policières. En outre, les personnes exilées qui s’impliquent dans l’organisation quotidienne pour négocier avec les autorités, assurer la logistique des repas ou prendre des décisions paient parfois cher cet engagement. Identifiées comme les moteurs de la mobilisation par les autorités mexicaines, beaucoup sont arrêtées dans une quasi-indifférence générale, et sont ensuite privées de visas d’entrée aux États-Unis et au Mexique.

Au Mexique, comme ailleurs, la criminalisation de tout acte de solidarité s’inscrit dans la construction d’un régime de mobilité restrictif. Aide aux personnes migrantes par leurs soutiens ou entraide entre personnes migrantes sont susceptibles d’être réprimées au nom d’un amalgame fallacieux entre accompagnement humanitaire et « trafic d’êtres humains », ou défenseur des personnes migrantes et « passeur ». Ces processus visent aussi à créer une démarcation entre, d’une part, les « bonnes » organisations de soutien financées par l’aide internationale qui assistent les exilés dans les lieux d’attente et, d’autre part, les « mauvaises » qui les accompagnent sur les routes ou qui protestent contre le sort qui leur est réservé.

C’est pourtant bien ce nouveau paradigme qui contribue à rendre les routes de l’exil beaucoup plus dangereuses pour les personnes qui les empruntent, mais aussi pour celles qui y vivent.

The Conversation

Romain Busnel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au Mexique, le pouvoir criminalise les défenseurs des migrants – https://theconversation.com/au-mexique-le-pouvoir-criminalise-les-defenseurs-des-migrants-264223

La plus grande mer intérieure du monde rétrécit rapidement sous l’effet du changement climatique

Source: The Conversation – in French – By Simon Goodman, Lecturer in Evolutionary Biology, University of Leeds

La mer Caspienne fait à peu près la taille de l’Allemagne ou du Japon, mais elle rétrécit rapidement. Nasa

Le recul alarmant de la Caspienne, plus grande mer fermée du monde, entraîne des bouleversements écologiques, humains et géopolitiques dans toute cette zone aux confins de l’Europe. Les pays qui l’entourent semblent déterminés à agir, mais leur réaction risque d’être trop lente face à ce changement très rapide.


C’était autrefois un refuge pour les flamants, les esturgeons et des milliers de phoques. Mais les eaux qui reculent rapidement transforment la côte nord de la mer Caspienne en étendues arides de sable sec. Par endroits, la mer s’est retirée de plus de 50 km. Les zones humides deviennent des déserts, les ports de pêche se retrouvent à sec, et les compagnies pétrolières draguent des chenaux toujours plus longs pour atteindre leurs installations offshore.

Le changement climatique est à l’origine de ce déclin spectaculaire de la plus grande mer fermée du monde. Située à la frontière entre l’Europe et l’Asie centrale, la mer Caspienne est entourée par l’Azerbaïdjan, l’Iran, le Kazakhstan, la Russie et le Turkménistan, et fait vivre environ 15 millions de personnes.

La Caspienne est un centre de pêche, de navigation et de production de pétrole et de gaz, et son importance géopolitique est croissante, puisqu’elle se trouve à la croisée des intérêts des grandes puissances mondiales. À mesure que la mer s’appauvrit en profondeur, les gouvernements sont confrontés au défi crucial de maintenir les industries et leurs moyens de subsistance, tout en protégeant les écosystèmes uniques qui les soutiennent.

Je me rends sur la Caspienne depuis plus de vingt ans, pour collaborer avec des chercheurs locaux afin d’étudier le phoque de la Caspienne, une espèce unique et menacée, et soutenir sa conservation. Dans les années 2000, l’extrême nord-est de la mer formait une mosaïque de roselières, de vasières et de chenaux peu profonds grouillants de vie, offrant des habitats aux poissons en frai, aux oiseaux migrateurs et à des dizaines de milliers de phoques qui s’y rassemblaient au printemps pour muer.

Aujourd’hui, ces lieux sauvages et reculés où nous capturions des phoques pour des études de suivi par satellite sont devenus des terres sèches, en transition vers le désert à mesure que la mer se retire, et la même histoire se répète pour d’autres zones humides autour de la mer. Cette expérience fait écho à celle des communautés côtières, qui voient, année après année, l’eau s’éloigner de leurs villes, de leurs quais de pêche et de leurs ports, laissant les infrastructures échouées sur des terres nouvellement asséchées, et les habitants inquiets pour l’avenir.

Des phoques et des cartes satellite
Haut : Phoques de la Caspienne parmi les roselières de la baie de Komsomol (ombrée en orange sur les images satellites), avril 2011. Bas : Étendue du recul côtier dans le nord-est de la mer Caspienne entre 2001 et 2024. Images satellites de NASA Worldview.
(Phoque : Simon Goodman, University of Leeds ; Image satellite de la Nasa)

Une mer en retrait

Le niveau de la mer Caspienne a toujours fluctué, mais l’ampleur des changements récents est sans précédent. Depuis le début de ce siècle, le niveau de l’eau a baissé d’environ 6 cm par an, avec des chutes allant jusqu’à 30 cm par an depuis 2020. En juillet 2025, des scientifiques russes ont annoncé que la mer était descendue en dessous du niveau minimum précédent enregistré depuis le début des mesures instrumentales.

Au cours du XXe siècle, les variations étaient dues à une combinaison de facteurs naturels et de détournements d’eau par l’homme pour l’agriculture et l’industrie, mais aujourd’hui, le réchauffement climatique est le principal moteur du déclin. Il peut sembler inconcevable qu’une masse d’eau aussi vaste que la Caspienne soit menacée, mais dans un climat plus chaud, le débit d’eau entrant dans la mer par les rivières et les précipitations diminue, et il est désormais dépassé par l’augmentation de l’évaporation à la surface de la mer.

Même si le réchauffement climatique est limité à l’objectif de 2 °C fixé par l’accord de Paris, le niveau de l’eau devrait baisser jusqu’à dix mètres par rapport au littoral de 2010. Avec la trajectoire actuelle des émissions mondiales de gaz à effet de serre, le déclin pourrait atteindre 18 mètres, soit environ la hauteur d’un immeuble de six étages.

Comme le nord de la Caspienne est peu profond –, une grande partie n’atteint qu’environ cinq mètres de profondeur – de petites diminutions de niveau entraînent d’immenses pertes de surface. Dans une recherche récente, mes collègues et moi avons montré qu’un déclin optimiste de dix mètres mettrait à découvert 112 000 kilomètres carrés de fond marin – une superficie plus grande que l’Islande.

Ce qui est en jeu

Les conséquences écologiques seraient dramatiques. Quatre des dix types d’écosystèmes uniques à la mer Caspienne disparaîtraient complètement. Le phoque de la Caspienne, une espèce menacée, pourrait perdre jusqu’à 81 % de son habitat de reproduction actuel, et l’esturgeon de la Caspienne perdrait l’accès à des zones de frai essentielles.

Un bébé phoque et des cartes
Haut : Un jeune phoque de la Caspienne abrité près d’une crête de glace. Bas : Réduction potentielle de l’habitat de reproduction du phoque de la Caspienne, selon différents scénarios de baisse du niveau de l’eau. Avec un déclin de cinq mètres, la perte pourrait atteindre 81 %.
Phoque : Central-Asian Institute of Environmental Research ; Cartes : Court et al. 2025

Comme lors de la catastrophe de la mer d’Aral, où un autre immense lac d’Asie centrale a presque totalement disparu, des poussières toxiques issues du fond marin exposé seraient libérées, avec de graves risques pour la santé.

Des millions de personnes risquent d’être déplacées à mesure que la mer se retire, ou de se retrouver confrontées à des conditions de vie fortement dégradées. Le seul lien de la mer avec le réseau maritime mondial passe par le delta de la Volga (qui se jette dans la Caspienne), puis par un canal en amont reliant le Don, offrant des connexions vers la mer Noire, la Méditerranée et d’autres systèmes fluviaux. Mais la Volga est déjà confrontée à une réduction de sa profondeur.

Des ports comme Aktau au Kazakhstan et Bakou en Azerbaïdjan doivent être dragués simplement pour pouvoir continuer à fonctionner. De même, les compagnies pétrolières et gazières doivent creuser de longs chenaux vers leurs installations offshore dans le nord de la Caspienne.

Les coûts déjà engagés pour protéger les intérêts humains se chiffrent en milliards de dollars, et ils ne feront qu’augmenter. La Caspienne est au cœur du « corridor médian », une route commerciale reliant la Chine à l’Europe. À mesure que le niveau de l’eau baisse, les cargaisons maritimes doivent être réduites, les coûts augmentent, et les villes comme les infrastructures risquent de se retrouver isolées, à des dizaines voire des centaines de kilomètres de la mer.

Une course contre la montre

Les pays riverains de la Caspienne doivent s’adapter, en déplaçant des ports et en creusant de nouvelles voies de navigation. Mais ces mesures risquent d’entrer en conflit avec les objectifs de conservation. Par exemple, il est prévu de draguer un nouveau grand chenal de navigation à travers le « seuil de l’Oural » dans le nord de la Caspienne. Mais il s’agit d’une zone importante pour la reproduction des phoques, leur migration et leur alimentation, et ce sera une zone vitale pour l’adaptation des écosystèmes à mesure que la mer se retire.

Comme le rythme du changement est si rapide, les aires protégées aux frontières fixes risquent de devenir obsolètes. Ce qu’il faut, c’est une approche intégrée et prospective pour établir un plan à l’échelle de toute la région. Si les zones où les écosystèmes devront s’adapter au changement climatique sont cartographiées et protégées dès maintenant, les planificateurs et décideurs politiques seront mieux à même de faire en sorte que les projets d’infrastructures évitent ou minimisent de nouveaux dommages.

Pour ce faire, les pays de la Caspienne devront investir dans le suivi de la biodiversité et dans l’expertise en matière de planification, tout en coordonnant leurs actions entre cinq pays différents aux priorités diverses. Les pays de la Caspienne reconnaissent déjà les risques existentiels et ont commencé à conclure des accords intergouvernementaux pour faire face à la crise. Mais le rythme du déclin pourrait dépasser celui de la coopération politique.

L’importance écologique, climatique et géopolitique de la mer Caspienne fait que son sort dépasse largement ses rivages en recul. Elle constitue une étude de cas essentielle sur la manière dont le changement climatique transforme les grandes étendues d’eau intérieures à travers le monde, du lac Titicaca (entre le Pérou et la Bolivie) au lac Tchad (à la frontière entre le Niger, le Nigeria, le Cameroun et le Tchad). La question est de savoir si les gouvernements pourront agir assez vite pour protéger à la fois les populations et la nature de cette mer en mutation rapide.

The Conversation

Simon Goodman a conseillé le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sur la conservation du phoque de la Caspienne et a par le passé mené des recherches et conseillé des entreprises pétrolières et gazières de la région sur la façon de réduire leur impact sur ces animaux. Ses travaux récents n’ont pas été financés par l’industrie ni liés à elle. Il est coprésident du groupe de spécialistes des pinnipèdes de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

ref. La plus grande mer intérieure du monde rétrécit rapidement sous l’effet du changement climatique – https://theconversation.com/la-plus-grande-mer-interieure-du-monde-retrecit-rapidement-sous-leffet-du-changement-climatique-265446