Quand Hérodote dénonçait les régimes autoritaires, cinq siècles avant notre ère

Source: The Conversation – in French – By Debbie Felton, Professor of Classics, UMass Amherst

Darius I, roi de Perse (au centre), et sa cour, sur un vase peint entre 340 et 320 avant notre ère, exposé au Musée archéologique national de Naples (Italie). Carlo Raso/ Flickr, CC BY-SA

L’historien grec Hérodote (484 avant notre ère-425 avant notre ère) a cherché à comprendre la défaite de l’Empire perse face à la Grèce, moins puissante mais démocratique. Ses réflexions nous éclairent sur les dangers et les faiblesses des régimes autoritaires.


A marble bust of a bearded man with name Herodotus inscribed in Greek at the base
Une sculpture de l’histoirien et écrivain grec Hérodote.
Metropolitan Museum of Art de New York/Wikimedia

En tant que professeur de lettres classiques, je sais que les inquiétudes face à l’autoritarisme remontent à des millénaires. Une première discussion apparaît dans l’œuvre d’Hérodote, écrivain grec du Vᵉ siècle avant Jésus-Christ, dont l’Histoire – parfois appelée Histoires – est considérée comme le premier grand récit en prose de la littérature occidentale.

Hérodote y analysa l’invasion de la Grèce par les Perses – l’événement décisif de son temps. Pour comprendre comment la Grèce, une puissance bien plus petite, réussit à obtenir une victoire majeure sur la Perse, il étudia la nature d’un leadership efficace, qu’il considérait comme un facteur déterminant dans l’issue du conflit.

Un bouleversement inattendu

La Perse était déjà un vaste empire lorsqu’elle envahit la Grèce, un petit pays composé de cités-États indépendantes. Les Perses s’attendaient à une victoire rapide et facile.

Au lieu de cela, les guerres médiques durèrent plus d’une décennie, de 490 à 479 avant notre ère. Elles s’achevèrent par la défaite des Perses – un événement inattendu. La Perse abandonna alors son expansion vers l’ouest, tandis que diverses cités grecques formèrent une alliance fragile, qui dura près de cinquante ans.

Pour expliquer ce résultat surprenant, Hérodote décrivit l’évolution des sociétés perses et grecques avant ce conflit décisif. Selon lui, le fait que de nombreuses cités grecques disposaient de gouvernements représentatifs leur permit d’accéder à la victoire.

Ces systèmes permettaient aux individus de participer aux discussions stratégiques et amenèrent les Grecs à s’unir pour combattre pour leur liberté. Par exemple, lorsque la flotte perse se dirigeait vers la Grèce continentale, le général athénien Miltiade déclara :

« Jamais nous n’avons été en si grand danger. Si nous cédons aux Perses, nous souffrirons terriblement sous le tyran Hippias. »

Hérodote avait tendance à placer ses réflexions politiques dans la bouche de personnages historiques, tels que Miltiade. Il rassembla sa pensée sur le gouvernement dans ce que les historiens appellent le « Débat constitutionnel », une conversation fictive entre trois personnages bien réels : des nobles perses nommés Otanès, Mégabyze et Darius.

A scrap of dark brown fabric covered with Greek writing
Un fragment de l’Histoire, d’Hérodote, Livre VIII, sur papyrus, datant du début du IIᵉ siècle de notre ère.
Sackler Library, Oxford/Wikimedia

L’ascension de la Perse

Pendant des siècles avant d’envahir la Grèce, la Perse n’était qu’une petite région habitée par divers peuples iraniens anciens et dominée par le royaume voisin des Mèdes. Puis, en 550 av. n. è., le roi Cyrus II de Perse renversa les Mèdes et étendit le territoire perse pour fonder ce qui devint l’Empire achéménide.

Grâce à son gouvernement efficace et à sa tolérance envers les cultures qu’il avait conquises, les historiens l’appellent « Cyrus le Grand ».

Son fils et successeur, Cambyse II, eut moins de succès. Il ajouta l’Égypte à l’Empire perse, mais, selon Hérodote, Cambyse agit de manière erratique et cruelle. Il profana la tombe du pharaon, se moqua des dieux égyptiens et tua Apis, leur taureau sacré. Il exigea également que les juges perses modifient les lois afin qu’il puisse épouser ses propres sœurs.

Après la mort de Cambyse II, sans héritier, diverses factions se disputèrent le trône de Perse. C’est dans cette période d’instabilité qu’Hérodote situa sa réflexion sur les systèmes politiques alternatifs.

Les arguments en faveur de la démocratie

Otanès, le premier orateur du Débat constitutionnel, déclare :

« Le temps est révolu où un seul homme parmi nous peut détenir un pouvoir absolu. »

Il recommande que le peuple perse prenne lui-même en main les affaires de l’État.

« Comment la monarchie peut-elle rester notre norme, alors qu’un monarque peut faire tout ce qu’il veut, sans aucun compte à rendre ? », demande Otane.

Plus grave encore, un monarque « bouleverse les lois », comme l’a fait Cambyse II.

Otanès préconise le gouvernement du plus grand nombre, qu’il appelle « isonomie », c’est-à-dire « égalité devant la loi ». Dans ce système, explique-t-il, les responsables politiques sont élus, doivent rendre des comptes pour leur comportement et prendre leurs décisions en toute transparence.

Oligarchie et monarchie, une chute inévitable ?

Le noble compagnon d’Otanès, Mégabyze, est d’accord pour que les Perses abolissent la monarchie, mais il exprime des inquiétudes concernant le gouvernement par le peuple. « La masse est inutile – rien n’est plus insensé et violent qu’une foule », affirme Mégabaze. Selon lui, les « gens du commun » ne comprennent pas les subtilités de l’art de gouverner.

À la place, Mégabyze propose l’oligarchie, ou le « gouvernement par quelques-uns ». Choisir les meilleurs hommes de Perse et les laisser gouverner les autres, insiste-t-il, car ils « trouveront naturellement les meilleures idées ».

Mais Mégabyze n’explique pas qui pourrait être considéré comme faisant partie des « meilleurs hommes », ou qui serait chargé de les sélectionner.

Le troisième orateur, Darius, considère la démocratie et l’oligarchie comme également imparfaites. Il souligne que même des oligarques bien intentionnés se disputent entre eux parce que « chacun veut que son opinion l’emporte ». Cela conduit à la haine et à pire encore.

Darius affirme au contraire qu’« en faisant preuve de bon jugement, un monarque sera un gardien irréprochable du peuple ». Il soutient que, puisque la Perse a été libérée par un seul homme, le roi Cyrus II, les Perses doivent maintenir leur monarchie traditionnelle.

Darius n’explique pas comment garantir le bon jugement d’un monarque. Mais son argument l’emporte. Il devait en être ainsi, puisque, dans les faits, Darius devint le roi de Perse. Les rois, ou « shahs » régnèrent sur la Perse – qui prit le nom d’Iran en 1935 – jusqu’à ce que la révolution iranienne de 1979 abolisse la monarchie et établisse la République islamique d’Iran.

Les leçons à retenir d’Hérodote

Hérodote lui-même était largement favorable à la démocratie, mais son débat constitutionnel ne prône pas un seul type de gouvernement. Il valorise plutôt des principes de bon gouvernement. Parmi eux : la responsabilité, la modération et le respect du « nomos », un terme grec qui englobe à la fois la coutume et la loi.

Hérodote souligne : « Autrefois, de grandes cités sont devenues petites, tandis que de petites cités sont devenues grandes. » La fortune humaine change constamment, et l’échec de la Perse à conquérir la Grèce n’en est qu’un exemple.

L’histoire a vu l’ascension et la chute de nombreuses puissances mondiales. Les États-Unis chuteront-ils à leur tour ? Le président actuel, Donald Trump, n’est pas techniquement un monarque, mais certains estiment qu’il agit comme tel. Son administration et lui ont ignoré des décisions de justice, empiété sur les pouvoirs du Congrès et cherché à réduire ses critiques au silence en s’attaquant à la liberté d’expression, pourtant protégée par la Constitution américaine. Hérodote considérait que la monarchie perse, dont les rois estimaient leur propre autorité suprême, constituait la faiblesse qui mena à leur foudroyante défaite en 479 avant notre ère.

The Conversation

Debbie Felton est affiliée au parti démocrate (enregistrée sur les listes électorales).

ref. Quand Hérodote dénonçait les régimes autoritaires, cinq siècles avant notre ère – https://theconversation.com/quand-herodote-denoncait-les-regimes-autoritaires-cinq-siecles-avant-notre-ere-263774

Protéger les écoles des prochaines canicules : des solutions « low-tech » à expérimenter dès maintenant

Source: The Conversation – France (in French) – By Amaury Fievez, Doctorant et pilote de projets de recherche sur l’adaptation aux canicules dans les écoles primaires via des démarches lowtech, Mines Saint-Etienne – Institut Mines-Télécom

Nous sommes en train de vivre les étés les plus frais de ce siècle. L’intensification des vagues de chaleur entraînera des impacts de plus en plus importants sur nos sociétés. La fermeture de nombreuses écoles primaires lors de la canicule du mois de juin 2025 n’en est qu’un des premiers exemples. Et c’est dès à présent qu’il faut se préparer à protéger les établissements des prochaines canicules.


Les prévisions de Météo France sont sans équivoques : tous les scénarios climatiques convergent vers une augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de forte chaleur. Selon les scénarios les plus pessimistes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) documentant les recherches sur le dérèglement climatique), l’Europe pourrait passer d’ici la fin du siècle d’un continent où l’on meurt de froid à un continent où l’on meurt de chaud.

Un tel bouleversement provoque un changement culturel majeur. Dans certaines régions du monde, dont le climat actuel est proche de notre climat futur, la société est active principalement le matin et le soir, le cœur de la journée amenant à un repos forcé. De ce fait, le secteur de l’éducation ne sera pas épargné car les canicules apparaîtront également de plus en plus tôt (et tard) dans la saison estivale, comme nous avons pu le constater au mois de juin 2025, entraînant la fermeture de milliers d’écoles et contraignant les familles à devoir se réorganiser.

Sur près de 50 000 écoles, très peu sont adaptées au climat futur et la plupart présentent d’ailleurs déjà une forte vétusté et une inadaptation au climat actuel. L’augmentation de la chaleur dans les écoles entraîne plusieurs conséquences, notamment :

  • une baisse de la concentration des enfants (et donc une baisse des résultats scolaires) ainsi que des risques sanitaires : les enfants étant un public plus sensible aux fortes chaleurs en raison principalement d’une moins bonne compréhension de leur confort thermique ;

  • une augmentation des coûts d’exploitation des bâtiments (factures d’électricité, contrat de maintenance des équipements) pour la collectivité si des climatisations sont installées pour atténuer les effets des vagues de chaleur ;

  • un impact sur l’organisation de l’ensemble de la société avec la fermeture de plus en plus fréquente des écoles en raison de températures intérieures trop élevées.

Quelles solutions s’offrent à nous ?

Malgré ce constat assez alarmant, on ne peut pas dire qu’on manque de connaissances ou d’idées pour commencer à s’adapter collectivement à ce changement de climat. Avant d’aller chercher des solutions techniques très complexes, il faut s’intéresser aux actions « low-tech ».

La ventilation nocturne des écoles, c’est-à-dire le fait de faire circuler l’air extérieur dans le bâtiment pendant la nuit, peut permettre un refroidissement important. Ce « stock de fraîcheur », que nous constituerions alors dans les murs, les sols, les meubles et les plafonds, serait « diffusé » pendant la journée à l’intérieur des salles de classe.

De même, la protection solaire de toutes les surfaces vitrées (surtout celles orientées au sud, ouest et est) sont essentielles pour éviter que la chaleur ne rentre dans le bâtiment. On peut retenir l’image suivante : une fenêtre non protégée laissant passer le rayonnement solaire revient à allumer un petit radiateur électrique dans la salle de classe. En période de canicule, on s’en passerait volontiers !

Des solutions… de bon sens ?

Il n’y a pas de grandes innovations techniques à réaliser pour ventiler des écoles la nuit ou pour installer des volets sur les fenêtres. D’autres le faisaient et le font toujours, et il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à l’international pour avoir des exemples. En effet, nous sommes nombreuses et nombreux à avoir des souvenirs plus ou moins anciens de séjours dans des maisons du sud de la France, où les volets étaient systématiquement fermés en journée et les fenêtres systématiquement ouvertes la nuit. De même, la température n’étant pas la seule variable jouant sur notre confort thermique, l’installation de brasseurs d’air peut avoir un effet bénéfique important.

Bien moins consommateur qu’une climatisation, un ventilateur améliore notre confort par la mise en mouvement de l’air. Il ne s’agit pas que d’une « sensation » de fraîcheur ; l’effet sur la thermorégulation (le mécanisme par lequel notre corps régule sa température interne pour qu’elle reste aux alentours de 36,5 °C) est réel : l’air en mouvement vient « voler » de l’énergie thermique sur notre corps par le phénomène de « convection ».




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Pourquoi un ventilateur donne-t-il un sentiment de fraîcheur ?


Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser en première approche, ces solutions ne sont pas simples à mettre en œuvre, notamment dans les écoles, car de nombreux blocages apparaissent rapidement, par exemple lorsqu’il s’agit d’y laisser les fenêtres ouvertes la nuit. Le risque d’intrusion est souvent le premier sujet de discorde, qu’il concerne des personnes mal intentionnées ou des animaux nuisibles.

La crainte des dégâts liés aux intempéries (vent, pluie, etc.) est également présente et questionne notamment les sujets assurantiels. Enfin, des questions très pratiques vont se poser : qui ouvre le soir et qui referme le matin ?

Pour autant, le dérèglement climatique nous affecte déjà en tant que société. Les réponses que nous devons apporter doivent être à la hauteur de l’enjeu : ces contraintes organisationnelles doivent être dépassées. Là se situe l’innovation dont nous avons besoin.

Le projet RACINE : la recherche par l’expérimentation ?

Le projet de recherche sur l’adaptation aux canicules à l’intérieur de nos écoles (dit projet Racine, porté par l’Action des collectivités territoriales pour l’efficacité énergétique (ou, programme Actee) et sous la direction scientifique de l’école des Mines de Saint-Étienne, vise à expérimenter la mise en œuvre de ces solutions low-tech dans les écoles primaires.

Les quinze écoles pilotes participant à l’expérimentation ont été équipées de capteurs (thermiques et hygrométriques) au début de l’été, permettant notamment de confirmer l’importance de la ventilation nocturne des écoles. Sur ce graphique, nous pouvons voir l’évolution des températures des salles de classe d’une des écoles sur toute la durée de la canicule de juin 2025 et de les comparer avec l’évolution de la température extérieure. Alors que cette dernière descend assez bas au cœur de la nuit, même au cœur de la canicule, celles des salles de classe ne descendent que très peu, car elles ne sont pas ventilées.

On peut voir des baisses de température dans les classes en tout début de matinée, en raison de l’ouverture des fenêtres par le personnel de ménage. Toutefois, cette courte aération ne permet que le renouvellement de l’air et non le stockage de froid sur plusieurs heures dans la structure du bâtiment.


Fourni par l’auteur

Cet exemple est tout à fait représentatif des autres écoles de RACINE et nous pouvons sans prendre trop de risques émettre l’hypothèse qu’elle est représentative de l’ensemble des écoles françaises. La suite de notre travail consistera à mobiliser cet important gisement de fraîcheur en permettant la ventilation nocturne de ces écoles. Les solutions peuvent être techniques (installation de dispositifs anti-intrusion et de moustiquaires) ou organisationnelles. L’arrivée du dérèglement climatique s’accompagnera-t-elle du retour du gardiennage dans nos écoles ?

Même si ce potentiel de rafraîchissement est colossal, il ne sera pas illimité. L’intensification des canicules, en particulier lorsqu’il est couplé à l’effet « d’îlot de chaleur urbain » (accumulation de la chaleur dans les centres-villes), élèvera également les températures nocturnes. Sans pour autant rendre ce sujet obsolète, ces « nuits tropicales » réduiront les possibilités de rafraîchissement par ouverture des fenêtres la nuit.

D’autres solutions devront alors être mises en œuvre, notamment des travaux plus importants sur les écoles (par exemple l’isolation de l’enveloppe du bâtiment) ou la mise en place de systèmes de refroidissements actifs. En revanche, l’adaptation ne pourra pas se faire sans des changements sociétaux importants, comme le décalage des heures de cours voire le décalage du début et de la fin de l’année scolaire.




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Il ne faut pas se tromper dans la liste des priorités. Tout comme on construit une maison en commençant par les fondations, l’adaptation des écoles aux canicules doit démarrer par la mise en œuvre des actions les plus sensées et les plus accessibles. Climatiser des écoles dont la conception et l’utilisation relèvent plus du four solaire que d’un bâtiment adapté au climat futur n’est pas tout à fait optimal. Pour construire une société robuste, il faut intégrer la gestion de la chaleur dans notre quotidien. L’adaptation sera culturelle avant d’être technique.

The Conversation

Amaury Fievez travaille pour ACTEE (Action des Collectivités Territoriales pour l’Efficacité Energétique), programme de CEE porté par la FNCCR.

ref. Protéger les écoles des prochaines canicules : des solutions « low-tech » à expérimenter dès maintenant – https://theconversation.com/proteger-les-ecoles-des-prochaines-canicules-des-solutions-low-tech-a-experimenter-des-maintenant-265428

ChatGPT : la proposition d’OpenAI pour éviter les hallucinations pourrait tuer son propre chatbot

Source: The Conversation – France in French (2) – By Wei Xing, Assistant Professor, School of Mathematical and Physical Sciences, University of Sheffield

Parce que les classements comparatifs d’IA pénalisent les modèles qui préfèrent ne pas répondre plutôt que de piocher une réponse au hasard, les hallucinations perdurent, estime OpenAI dans son dernier article de recherche. Mais la solution que propose le géant de l’intelligence artificielle pourrait conduire à sa propre perte.


Dans un article récent, des chercheurs d’OpenAI expliquent pourquoi ChatGPT et d’autres grands modèles de langage peuvent inventer des choses – un phénomène connu dans le monde de l’intelligence artificielle sous le nom d’« hallucination ». Ils révèlent aussi pourquoi ce problème pourrait être impossible à résoudre, du moins pour le grand public.

L’article en question propose l’explication mathématique la plus rigoureuse à ce jour sur les raisons pour lesquelles ces modèles énoncent des contre-vérités avec assurance. Il montre qu’il ne s’agit pas simplement d’un effet secondaire malheureux de la façon dont les IA sont actuellement entraînées, mais d’un phénomène mathématiquement inévitable. Le problème s’explique en partie par des erreurs dans les données sous-jacentes utilisées pour entraîner les IA. Mais grâce à une analyse mathématique de la façon dont les systèmes d’IA apprennent, les chercheurs prouvent que même avec des données d’entraînement parfaites, le problème persiste.

La façon dont les modèles de langage répondent aux requêtes – en prédisant un mot à la fois dans une phrase, sur la base de probabilités – produit naturellement des erreurs. Des chercheurs ont d’ailleurs montré que le taux d’erreur total pour générer des phrases est au moins deux fois plus élevé que le taux d’erreur que la même IA aurait sur une simple question fermée par oui ou non, car les erreurs peuvent s’accumuler au fil des prédictions successives. Autrement dit, les taux d’hallucination sont fondamentalement liés à la capacité des systèmes d’IA à distinguer les réponses valides des réponses invalides. Comme ce problème de classification est intrinsèquement difficile dans de nombreux domaines de connaissance, les hallucinations deviennent inévitables.

Il s’avère également que moins un modèle rencontre un fait durant son entraînement, plus il est susceptible d’halluciner lorsqu’on l’interroge à ce sujet. Pour les dates de naissance, par exemple, les auteurs démontrent que si 20 % de ces dates n’apparaissent qu’une seule fois dans les données d’entraînement, on doit s’attendre à ce que les modèles de base se trompent sur au moins 20 % des questions portant sur les anniversaires. Et effectivement, interrogé sur la date de naissance d’Adam Kalai (un des auteurs de l’article), DeepSeek-V3 a donné avec assurance trois dates différentes et toutes fausses lors de tentatives séparées : « 03-07 », « 15-06 » et « 01-01 ». La date correcte se situe en automne, donc aucune de ces réponses n’était même proche de la réalité.

Le piège de l’évaluation

Ce qui est plus troublant, c’est l’analyse de l’article sur les raisons pour lesquelles les hallucinations persistent malgré les efforts « post-training » (comme l’apprentissage par renforcement à partir de rétroaction humaine). Les auteurs ont examiné dix grands comparatifs d’IA, y compris ceux utilisés par Google, OpenAI, ainsi que les meilleurs classements qui évaluent les modèles d’IA. Leur travail a révélé que neuf de ces benchmarks utilisent des systèmes de notation binaires qui attribuent zéro point aux IA exprimant une incertitude.

Cela engendre ce que les auteurs appellent une « épidémie » où l’incertitude et le refus de répondre sont pénalisés. Lorsqu’un système d’IA dit « je ne sais pas », il reçoit le même score que s’il fournissait une information complètement fausse. La stratégie optimale dans ce type d’évaluation devient alors évidente : toujours deviner.

Et les chercheurs le prouvent mathématiquement. Avec cette évaluation binaire, quelles que soient les chances qu’une réponse particulière soit correcte, le score attendu en se contentant de deviner dépasse toujours celui d’une IA qui s’abstient lorsqu’elle ne sait pas.

La solution qui ferait tout exploser

La solution proposée par OpenAI consiste à ce que l’IA évalue la confiance qu’il attribue à sa réponse avant de la fournir, et que les comparatifs l’évaluent en fonction de cela. L’IA pourrait alors recevoir une consigne, par exemple : « Réponds seulement si tu es confiant à plus de 75 %, puisque les erreurs sont pénalisées de 3 points tandis que les bonnes réponses rapportent 1 point. »

Le cadre mathématique adopté par les chercheurs d’OpenAI montre que, avec des seuils de confiance appropriés, les systèmes d’IA exprimeraient naturellement de l’incertitude plutôt que de deviner. Cela permettrait donc de réduire les hallucinations.

Le problème réside dans l’impact que cela aurait sur l’expérience utilisateur. Imaginez les conséquences si ChatGPT commençait à répondre « je ne sais pas » à 30 % des requêtes – une estimation plutôt prudente fondée sur l’analyse que fait l’article de l’incertitude factuelle dans les données d’entraînement. Les utilisateurs, habitués à recevoir des réponses assurées à presque toutes leurs questions, abandonneraient probablement rapidement un tel système.

J’ai déjà rencontré ce genre de problème dans un autre domaine de ma vie. Je participe à un projet de surveillance de la qualité de l’air à Salt Lake City, dans l’Utah. Lorsque le système signale des incertitudes concernant les mesures pendant des conditions météorologiques défavorables ou lors du calibrage de l’équipement, l’engagement des utilisateurs est moindre comparé aux affichages donnant des mesures sûres – même lorsque ces mesures « sûres » se révèlent inexactes lors de la validation.

La question économique liée au calcul

Il ne serait pas difficile de réduire les hallucinations en s’appuyant sur les conclusions de l’article. Des méthodes pour quantifier l’incertitude existent depuis des décennies et pourraient être utilisées pour fournir des estimations fiables de l’incertitude et guider une IA vers des choix plus judicieux. Mais même si l’on pouvait surmonter le problème de l’aversion des utilisateurs pour cette incertitude, un obstacle encore plus important se poserait : le coût des calculs. Les modèles de langage « conscients de l’incertitude » nécessitent beaucoup plus de puissance de calcul que les approches actuelles, car ils doivent évaluer plusieurs réponses possibles et estimer les niveaux de confiance. Pour un système traitant des millions de requêtes chaque jour, cela se traduit par des coûts opérationnels considérablement plus élevés.

Des approches plus sophistiquées, comme l’apprentissage actif, où les systèmes d’IA posent des questions de clarification pour réduire l’incertitude, peuvent améliorer la précision mais augmentent encore les besoins en calcul. Ces méthodes fonctionnent bien dans des domaines spécialisés comme la conception de puces, où des réponses erronées coûtent des millions de dollars et justifient un calcul intensif. Pour des applications grand public, où les utilisateurs attendent des réponses instantanées, l’aspect économique devient prohibitif.

La donne change radicalement pour les systèmes d’IA qui gèrent des opérations commerciales critiques ou des infrastructures économiques. Lorsque des agents d’IA prennent en charge la logistique de la chaîne d’approvisionnement, le trading financier ou le diagnostic médical, le coût des hallucinations dépasse largement celui de rendre les modèles capables de décider lorsqu’ils sont trop incertains. Dans ces domaines, les solutions proposées par l’article deviennent économiquement viables – et même nécessaires. Ces agents d’IA « incertains » coûteront simplement plus cher.

Une incitation structurelle à l’hallucination

Cependant, les applications grand public dominent toujours les priorités de développement de l’IA. Les utilisateurs veulent des systèmes qui fournissent des réponses assurées à n’importe quelle question. Les benchmarks d’évaluation récompensent les systèmes qui devinent plutôt que ceux qui expriment de l’incertitude. Les coûts de calcul favorisent les réponses rapides et confiantes plutôt que les réponses lentes et incertaines.

La baisse des coûts énergétiques par token et les avancées dans les architectures de puces pourraient éventuellement rendre plus abordable le fait que les IA décident si elles sont suffisamment sûres pour répondre à une question. Mais la quantité de calcul resterait relativement élevée, comparée à celle requise pour deviner aujourd’hui. En résumé, l’article d’OpenAI met involontairement en lumière une vérité inconfortable : les incitations économiques qui orientent le développement de l’IA grand public restent fondamentalement incompatibles avec la réduction des hallucinations. Tant que ces incitations ne changeront pas, les hallucinations persisteront.

The Conversation

Wei Xing ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. ChatGPT : la proposition d’OpenAI pour éviter les hallucinations pourrait tuer son propre chatbot – https://theconversation.com/chatgpt-la-proposition-dopenai-pour-eviter-les-hallucinations-pourrait-tuer-son-propre-chatbot-265886

Maintenir une bonne santé cognitive à tout âge, c’est possible

Source: The Conversation – in French – By Benjamin Boller, Professeur agrégé en neuropsychologie, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

La réserve cognitive n’est pas figée à l’enfance ni à l’âge adulte : elle peut se construire, se maintenir et même s’amplifier tout au long de la vie grâce à des expériences variées comme l’apprentissage, les interactions sociales riches et les loisirs cognitivement stimulants. (Shutterstock)

Vieillir tout en restant mentalement alerte, est-ce un objectif atteignable ou une utopie ?

C’est tout à fait possible, à condition de cultiver des habitudes bénéfiques pour le fonctionnement cérébral tout au long de la vie.

Chercheur en neurosciences cognitives et en neuropsychologie du vieillissement, je propose d’apporter un éclairage sur la possibilité de maintenir une bonne santé cognitive en vieillissant, à la lumière des avancées scientifiques récentes.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


L’importance de la réserve cognitive

Parmi les stratégies les plus efficaces identifiées par la recherche, le développement et le maintien d’une bonne réserve cognitive se démarquent.

La réserve cognitive désigne la capacité du cerveau à résister aux effets du vieillissement ou des maladies neurodégénératives, sans qu’ils ne se traduisent par un déclin fonctionnel marqué. Ce concept est désormais central dans les approches de prévention du déclin cognitif.

Dans son rapport mis à jour en 2024, la commission permanente de la revue scientifique The Lancet sur la prévention, l’intervention et les soins liés à la démence a mis en évidence qu’environ 45 % des cas de démence pourraient être évités ou retardés en agissant sur 14 facteurs de risque modifiables.

Ces facteurs incluent notamment l’inactivité physique, la dépression et l’isolement social.

Mais l’un des facteurs les plus précoces et les plus significatifs est le faible niveau d’éducation, généralement acquis durant l’enfance.

Au-delà de l’éducation

L’éducation a longtemps été considérée comme le principal indicateur de la réserve cognitive. Elle reflète une exposition prolongée à des activités intellectuellement stimulantes qui favorisent le développement de réseaux cérébraux efficaces.

Toutefois, cette vision s’avère aujourd’hui partielle. En effet, la réserve cognitive n’est pas figée à l’enfance ni à l’âge adulte : elle peut se construire, se maintenir et même s’amplifier tout au long de la vie grâce à des expériences variées comme l’apprentissage, les interactions sociales riches et les loisirs cognitivement stimulants. On peut par exemple penser à la pratique d’un instrument de musique, la réalisation de jeux de société complexes comme les échecs, ou encore la participation à des activités bénévoles qui nécessitent des notions de planification et de résolution de problèmes.

Comprendre la réserve cognitive

La littérature scientifique propose plusieurs modèles complémentaires pour comprendre les mécanismes de la réserve cognitive.

Certains mettent l’accent sur la structure même du cerveau, en suggérant que des caractéristiques, comme le nombre de neurones, influencent la capacité de tolérance aux lésions cérébrales. C’est le modèle de la réserve cérébrale qui repose sur l’idée que certaines personnes disposent dès la naissance d’un plus grand nombre de neurones, ce qui leur permettrait de mieux faire face au vieillissement.

D’autres avancent que des modes de vie actifs peuvent ralentir les effets du vieillissement cérébral en renforçant la résistance biologique, c’est-à-dire la capacité du cerveau à rester intact et fonctionnel en vieillissant, en montrant peu de signes visibles de détérioration malgré l’âge. C’est le modèle du maintien cérébral.

Un troisième ensemble de modèles insiste sur la souplesse fonctionnelle du cerveau, qui lui permet de mobiliser différemment ses ressources ou de recruter des réseaux neuronaux alternatifs pour compenser les pertes liées à l’âge. On parle alors du modèle de la réserve cognitive.

Ces différents modèles s’inscrivent dans un cadre conceptuel commun qui distingue la réserve cérébrale, le maintien cérébral et la réserve cognitive.

Chacun repose sur une idée spécifique, mais ils sont complémentaires et soutenus par des données empiriques.

Le modèle de la réserve cognitive reste le plus étudié, notamment en raison de son lien avec des facteurs modifiables comme le niveau d’éducation ou la pratique régulière d’activités cognitivement stimulantes.

trois femmes âgées jouent divers instruments de musique
La pratique d’un instrument de musique est une bonne manière de maintenir une bonne santé cognitive.
(Shutterstock)

La réserve cognitive est dynamique

Cette clarification aide à harmoniser les recherches et à orienter efficacement les stratégies de prévention. Elle rappelle surtout que la réserve cognitive, loin d’être une entité figée, évolue en interaction avec l’expérience et les apprentissages et peut donc être renforcée tout au long de la vie.

Des travaux récents appuient cette vision dynamique. Une équipe de chercheurs québécois, dont je fais partie, a montré que l’apprentissage structuré de stratégies de mémoire, telles que la méthode des lieux (associer chaque information à un lieu familier) ou la visualisation mentale (transformer l’information en images pour mieux la retenir), pouvait induire des modifications significatives de l’activité cérébrale.


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Une combinaison d’augmentations et de diminutions d’activation, c’est-à-dire de variations dans le niveau d’activité des régions du cerveau, a été observée dans différentes zones cérébrales lors des phases d’apprentissage de l’information à mémoriser et de rappel de cette information. Cette observation reflète que l’utilisation de stratégies de mémoire permet une meilleure souplesse fonctionnelle du cerveau.

Les résultats ont également montré que chez les personnes plus scolarisées, certaines régions s’activent de manière plus ciblée pendant l’apprentissage et le rappel, ce qui laisse penser que leur cerveau utilise des stratégies plus efficaces.

D’autres recherches ont également souligné le rôle de l’éducation dans la structure et le fonctionnement cérébral. Une étude que j’ai menée avec des collaborateurs a mis en évidence une association entre le nombre d’années de scolarité, le volume de matière grise et l’activation cérébrale en contexte de mémoire. Une autre étude, à laquelle j’ai participé, a montré une plus grande flexibilité d’activation selon la complexité des tâches chez les individus plus éduqués.

L’ensemble de ces travaux confirme que la réserve cognitive peut se développer avec l’expérience et être modulée par l’entraînement cognitif à tout âge.

Stimuler son cerveau tout en s’amusant

Dans cette même optique, l’étude Engage du Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement vise à étudier les effets comportementaux et neurophysiologiques de la pratique de loisirs cognitivement stimulants chez les personnes aînées.

Cette intervention hybride associe des entraînements cognitifs formels (stratégies de mémorisation, attention) à des loisirs structurés tels que l’apprentissage de la musique, d’une langue seconde ou des jeux vidéo.

Elle offre un modèle écologique, c’est-à-dire une approche qui se rapproche des conditions réelles de la vie quotidienne, plaisant et motivant, propice à un engagement soutenu.

En démontrant que ces interventions naturelles produisent des effets comparables à ceux des programmes classiques d’entraînement cognitif qui consistent souvent en des exercices répétitifs faits sur ordinateur ou sur papier, pour travailler des fonctions comme la mémoire ou la concentration, Engage pourrait transformer les approches de prévention du déclin cognitif lié à l’âge.

À chacun sa manière de maintenir une bonne santé cognitive

À l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), à mon laboratoire en neuropsychologie du vieillissement (NeuroAge), nous menons un projet complémentaire.

En collaboration avec les professeurs Paul John, du Département des langues modernes et de traduction, et Simon Rigoulot du Département de psychologie, nous explorons les effets de l’apprentissage de l’anglais comme langue seconde sur la cognition et l’activité cérébrale chez les personnes aînées.

Grâce à un protocole intégrant cours, tutorat et mesures cognitives et en électroencéphalographie, ce projet vise à documenter les bénéfices cognitifs et neuronaux d’un apprentissage significatif, motivant et accessible.

Les résultats préliminaires sont prometteurs et soutiennent l’idée que l’engagement intellectuel, même tardif, peut générer des bénéfices mesurables.

Nous sommes actuellement en phase de recrutement à l’Université du Troisième Âge de l’UQTR. Toute personne âgée intéressée par l’apprentissage de l’anglais et désireuse de stimuler sa cognition est invitée à nous rejoindre.

Maintenir une bonne santé cognitive à tout âge passe par une combinaison d’interventions accessibles, motivantes et stimulantes.

La réserve cognitive, loin d’être figée, se construit tout au long de la vie. Que ce soit par l’éducation, des loisirs stimulants, des stratégies d’apprentissage ou des relations sociales riches, chacun peut contribuer activement à préserver ses fonctions cognitives.

Les avancées de la recherche nous offrent aujourd’hui des outils concrets pour vieillir en santé et notamment, en bonne santé cognitive.

La Conversation Canada

Benjamin Boller a reçu des financements des Fonds de Recherche du Québec

ref. Maintenir une bonne santé cognitive à tout âge, c’est possible – https://theconversation.com/maintenir-une-bonne-sante-cognitive-a-tout-age-cest-possible-250369

La liberté d’expression aux États-Unis résistera-t-elle aux coups de boutoir de Donald Trump ?

Source: The Conversation – in French – By Jérôme Viala-Gaudefroy, Spécialiste de la politique américaine, Sciences Po

Donald Trump avait annoncé que son second mandat serait placé sous le signe de la liberté d’expression et Charlie Kirk, durant toute sa carrière, s’en était fait le chantre. Et pourtant, l’assassinat de Kirk a offert à Trump l’occasion de s’en prendre avec plus de virulence que jamais aux voix critiques à son égard ou défendant des opinions contraires aux siennes. Sa censure par intimidation s’est étendue aux médias, à la culture et à l’université, dans un écosystème fragilisé par la concentration capitalistique. Mais en s’en prenant ouvertement à la liberté d’expression, principe sacré de l’imaginaire états-unien, le pouvoir n’est-il pas allé trop loin ?


La suspension de l’émission Jimmy Kimmel Live !, annoncée le 17 septembre par la chaîne qui la diffuse depuis sa création il y a vingt-deux ans, n’est pas un accident mais l’illustration d’un mode opératoire. L’État n’interdit pas ; il contraint des acteurs privés – par la menace publique et le levier réglementaire – à museler la parole des opposants et des critiques.

Le prétexte Charlie Kirk

Rapide rappel des derniers événements. Le 10 septembre 2025, l’influenceur et activiste d’extrême droite Charlie Kirk, proche de Donald Trump, est assassiné lors d’une prise de parole en public à l’Utah Valley University. L’onde de choc est nationale.

Immédiatement, le président des États-Unis instrumentalise l’affaire. Dans un discours prononcé depuis le Bureau ovale, il présente Kirk – qui était connu pour ses propos racistes, islamophobes, xénophobes, transphobes, pro-armes et misogynes, pour ses récurrentes remises en cause de l’origine humaine du changement climatique ainsi que pour ses techniques d’intimidation – comme un « martyr de la vérité et de la liberté ».

Trump profite de l’occasion pour accuser la « gauche radicale » et « les médias » d’avoir instauré le climat qui a abouti à l’assassinat de Kirk, et promet de s’en prendre à l’une comme aux autres.

Le 15 septembre, Jimmy Kimmel commente l’affaire dans son émission diffusée depuis 2003 sur la chaîne ABC : il se moque du manque d’empathie de Trump et laisse notamment entendre – à tort – que le tueur faisait partie du « gang MAGA [Make America Great Again] ».

Le 17 septembre, Brendan Carr, le président de la Commission fédérale des communications (FCC), s’exprime publiquement dans un podcast et demande aux diffuseurs de « prendre des mesures à l’encontre de Kimmel », suggérant une possible révocation des licences de diffusion des stations affiliées au réseau d’ABC dans le cas contraire. Une déclaration inédite pour une agence normalement indépendante qui a le pouvoir de réguler aux États-Unis les communications (radio, télévision, câble, satellite et télécoms), en délivrant des licences, allouant des fréquences et faisant appliquer les règles d’intérêt public. Le jour même, Disney, maison mère d’ABC, suspend indéfiniment l’émission Jimmy Kimmel Live.

Le lendemain, sur sa plate-forme Truth Social, Donald Trump se fend d’un message félicitant ABC d’avoir « enfin eu le courage de faire ce qui devait être fait ». Il va jusqu’à encourager la chaîne NBC à en faire de même avec les humoristes Jimmy Fallon et Seth Myers (eux aussi connus pour leur hostilité à l’égard de l’administration actuelle), deux « losers complets » selon lui.

Post de Donald Trump sur Truth Social, le 18 octobre.
Truth Social

Sous pression du public, Disney annonce finalement, le 22 septembre, le retour à l’antenne de l’émission de Kimmel sur la chaîne ABC dès le lendemain.

Cette affaire est le signe d’une nouvelle escalade dans une stratégie plus large de pression politico-réglementaire exercée sur les médias, la culture, l’éducation et même l’économie par le gouvernement Trump.

Ce que dit le droit : la ligne rouge de la coercition

Cette forme de pression verbale venant de l’administration (appelée familièrement « jawboning » en anglais) contredit pourtant clairement le premier amendement de la Constitution qui garantit précisément la liberté d’expression face au pouvoir gouvernemental, que celui-ci soit fédéral, étatique et local, législatif, exécutif ou judiciaire.

Même si ce sont des compagnies privées (ABC/Disney) qui ont suspendu Jimmy Kimmel, la pression gouvernementale sur des acteurs privés pour réduire l’expression est clairement inconstitutionnelle. Du point de vue du droit, il faut en effet distinguer les sanctions privées (c’est-à-dire prises par les employeurs) – licites – d’une pression étatique.

Très récemment (arrêt NRA v. Vullo, 2024), la Cour suprême a d’ailleurs réaffirmé, à l’unanimité, qu’un responsable public violait le Premier amendement s’il s’appuyait sur la menace de sanctions réglementaires pour amener des acteurs privés à écarter un discours jugé indésirable. Rappelons que depuis les années 1960, les arrêts de la Cour suprême ont tous reposé sur une interprétation très libérale du Premier amendement, incluant une tolérance pour les contenus subversifs comme pour les discours de haine, sauf s’il s’agit d’une « action illégale imminente qui est susceptible de se produire » (arrêt Brandenburg v. Ohio, 1969).

Il est donc particulièrement choquant que la ministre de la justice, Pam Bondi, ose promettre, peu après l’assassinat de Kirk, qu’elle poursuivra tous ceux qui tiennent un discours de haine. Elle a d’ailleurs dû opérer du rétropédalage dès le lendemain de cette déclaration, reconnaissant implicitement que le hate speech, stricto sensu, reste protégé.

Dans le cas contraire, il faut d’ailleurs souligner que Charlie Kirk aurait été le premier à se retrouver devant un juge et à être certainement condamné pour ses propos, comme il l’aurait été en Europe.

« Marché des idées » : le pluralisme en soldes

Ce véritable « culte du droit à la liberté d’expression » repose sur une philosophie illustrée par la métaphore libérale du « marché des idées », devenue depuis les années 1960 une analogie courante dans le droit américain. Or ce qu’illustre très bien l’affaire Kimmel, c’est précisément que « le marché des idées » a en réalité produit une concentration du pouvoir (fusions médias/tech, alignements politiques), rendant l’espace public manipulable et inégal.

Depuis une quinzaine d’années, les opérateurs de stations locales (TV et radio) ont racheté et regroupé des dizaines, voire des centaines de chaînes pour former de grands conglomérats, comme Nexstar Media Group ou Sinclair Broadcast Group. Aux États-Unis, la diffusion nationale d’un réseau repose sur une fédération de stations locales affiliées. Ces groupes peuvent, légalement et contractuellement, préempter ou remplacer un programme du réseau sur leurs marchés – ce qui leur donne un levier décisif sur ce que le « public national » voit effectivement à l’antenne.

Ce sont précisément ces deux acteurs – Nexstar et Sinclair – qui ont d’abord menacé de ne plus diffuser l’émission de Jimmy Kimmel, fragilisant encore le modèle déjà précaire des late-night talk shows.

Sinclair, connu pour ses positions politiques conservatrices, a même laissé entendre qu’il maintiendrait la diffusion de Kimmel sur ses stations affiliées au réseau ABC si l’animateur présentait des excuses à la famille de Charlie Kirk et effectuait « un don personnel significatif » à celle-ci ainsi qu’à Turning Point USA, l’organisation fondée par Kirk.

Disney a donc tenté de contenir le risque d’un bras de fer avec ces grands groupes de diffuseurs de programmes, d’autant qu’un accord majeur avec les médias sportifs NFL–ESPN était en cours et que toute polémique pouvait compliquer ses rapports avec le régulateur fédéral (FCC).

De la même façon, Paramount, propriétaire de CBS, qui a déprogrammé, en juillet 2025, The Late Show with Stephen Colbert, émission phare du late-night, attendait elle aussi un feu vert de la FCC pour sa fusion avec Skydance, dont l’un des principaux actionnaires est le multimilliardaire Larry Ellison (fondateur d’Oracle), proche de Donald Trump.

Très politique et régulièrement critique de Donald Trump, The Late Show était une cible récurrente de la droite trumpiste (plaintes à la FCC en 2017 après une blague sur Trump, campagnes appelant à le « faire taire »). À la différence d’ABC, CBS a décidé de mettre fin à l’émission en mai 2026 – officiellement, sous couvert d’un motif financier.

D’après le New York Times, Ellison envisagerait une droitisation de CBS News, un accord avec TikTok et même un rachat potentiel de Warner Bros Discovery (qui possède HBO, Warner Bros., CNN) – autant de projets qui, là encore, supposent un passage devant le régulateur.

Cette concentration des médias se passe dans un contexte inquiétant de disparition de la presse locale (plus d’un tiers des titres ont disparu depuis 2005), d’attaques visant les médias publics et de l’omniprésence sur les réseaux sociaux de « l’indignation tapageuse » (outrage) pilotée par des entrepreneurs d’attention négative, comme Musk (X) ou Zuckerberg (Facebook) et amplifiée par des algorithmes qui rendent leurs utilisateurs captifs.

De la dissuasion à l’autocensure : dynamique d’intimidation

Les menaces que fait peser la concentration des médias sur la liberté d’information, et donc sur la liberté d’expression, sont largement ignorées, voire encouragées, par la Cour suprême, sans parler du climat de peur et d’intimidation à la fois économique et physique qui pèse aujourd’hui sur tous ceux qui critiquent publiquement l’administration en place.

Les compromis coûteux pour apaiser Donald Trump se multiplient. En décembre 2024, Disney/ABC a soldé son litige avec Trump en versant 15 millions de dollars à sa future bibliothèque présidentielle, en publiant une note exprimant ses regrets et en réglant environ 1 million de dollars de frais d’avocats. Le motif de la plainte pour diffamation qu’avait déposée Trump (un journaliste de la chaîne avait fait état des poursuites pour violences sexuelles engagées contre lui) était pourtant considéré par les spécialistes comme juridiquement faible.

De son côté, CBS/Paramount a mis fin en juillet 2025 au contentieux autour de l’émission 60 Minutes – Trump avait affirmé qu’avait été diffusé avant l’élection un montage « trompeur » d’une interview de Kamala Harris qui aurait favorisé la candidate démocrate à ses dépens – en acceptant de payer 16 millions de dollars destinés là aussi à la future bibliothèque présidentielle de Trump, sans excuse ni admission de faute cette fois.

Et ce n’est pas fini : le 16 septembre 2025, Donald Trump a déposé en Floride, où il pensait obtenir un verdict plus favorable, une plainte en diffamation contre le New York Times, l’accusant d’avoir publié des informations fausses et biaisées qui nuisent à sa réputation politique et commerciale et exigeant des dommages et intérêts s’élevant à… 15 milliards de dollars. La plainte a été rejetée par un juge fédéral le 19 septembre pour vice de forme.

On est passé de la « cancel culture » – ces campagnes de dénonciation, de retrait de soutien et de boycott, menées sous la pression du public et des réseaux sociaux – à une gouvernance par intimidation. Les conservateurs parlent de « consequence culture », et tentent ainsi de déplacer la norme sociale de la censure vers la responsabilisation des médias, mais la source de la sanction (marché/entreprises vs État) demeure la ligne rouge constitutionnelle.

Au-delà du fond, l’action s’inscrit dans une stratégie plus large mise en œuvre par Trump : celle de mettre au pas les grands médias. L’objectif est de dissuader une couverture critique en créant un effet dissuasif (« chilling effect »).

Tout cela dans un climat délétère de montée des menaces physiques contre les élus, les journalistes, les personnels électoraux, les juges, les enseignants et leurs familles – des menaces dont les effets sur la liberté sont difficilement mesurables.

Nul doute, cependant, que l’assassinat de Charlie Kirk, mais aussi celui en juin dernier de l’élue locale démocrate Melissa Hortman et de son mari dans le Minnesota ne vont pas encourager la prise de parole publique, dans la tradition des Townhall Meetings (« réunion de quartier »), pourtant nécessaires à la délibération démocratique.

Promesse de dérégulation, pratique de domination

L’ironie tragique de la situation, c’est que Donald Trump est arrivé au pouvoir en promettant plus de liberté d’expression : l’un de ses tout premiers décrets, le jour même de son investiture, avait pour titre « Restaurer la libre expression et arrêter la censure fédérale ».

Il s’agissait principalement pour lui, à ce moment-là, d’encourager la dérégulation des plates-formes des réseaux sociaux. À présent, le trumpisme opère une transformation rhétorique qui renverse le sens des mots : l’invocation rituelle de la « liberté d’expression » sert en fait à justifier des pratiques anti-libérales (pression d’État, consolidation médiatique, punition expressive).

L’ampleur des attaques publiques contre un principe sacré aux États-Unis a soulevé un tollé, y compris chez certaines personnalités républicaines de premier plan, comme Tucker Carlson, Ted Cruz ou encore Rand Paul.

Le revirement de Disney sur la diffusion de l’émission de Jimmy Kimmel intervient après une forte levée de boucliers (protestations publiques, lettre de centaines d’artistes, annulations d’abonnements à Disney+) qui pourrait avoir changé le rapport de force. Malgré cela, Nexstar et Sinclair refuser toujours de diffuser l’émission sur leurs réseaux. Quant à Donald Trump, il menace de poursuivre ABC, et de « tester » la chaîne, en rappelant sur son réseau social le précédent règlement « de 16 millions de dollars » en sa faveur obtenu en décembre 2024.

Il est donc clair que cette bataille pour la liberté d’expression et la démocratie n’est pas finie. Une leçon semble toutefois se dessiner : seule une pression venant du bas (des consommateurs, des citoyens et des électeurs) peut contrer les dérives autoritaires de Donald Trump et de son administration.

The Conversation

Jérôme Viala-Gaudefroy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La liberté d’expression aux États-Unis résistera-t-elle aux coups de boutoir de Donald Trump ? – https://theconversation.com/la-liberte-dexpression-aux-etats-unis-resistera-t-elle-aux-coups-de-boutoir-de-donald-trump-265775

Les classes populaires en ont-elles vraiment marre de l’écologie ?

Source: The Conversation – in French – By Alex Roy, Chercheur associé en sociologie urbaine, ENTPE

C’est un mot qui peut provoquer des tensions dans toutes les classes sociales, notamment les classes populaires. Celui d’écologie, qui se retrouve parfois associé à des solutions inaccessibles, à des discours moralisateurs. Pourtant, comme le montrent les résultats d’une recherche-action, menée en Bourgogne-Franche-Comté, auprès de collectifs citoyens avec des personnes en situation de précarité, ces dernières sont tout sauf insensibles aux enjeux environnementaux. Elles sont même pourvoyeuses de solutions.


C’est une situation pour le moins paradoxale. Des enquêtes, comme celles de Parlons climat ou de l’Agence de la transition écologique (Ademe), montrent que les préoccupations environnementales restent globalement importantes dans l’ensemble de la population française. Mais, en parallèle de cela, une petite musique monte dans le champ politico-médiatique : celle d’un backlash (ou retour de bâton) écologique. Autrement dit, les commentateurs observeraient une forme de retour en arrière sociétal lié à un rejet des politiques et des discours environnementaux que l’on retrouve sous le vocable de l’« écologie punitive ». Une fois n’est pas coutume, une partie des classes populaires seraient à l’origine de cette opposition, à l’instar du mouvement des gilets jaunes. Ce présupposé n’est pas sans effets sur les politiques environnementales qui font aujourd’hui l’objet d’un détricotage.

Pourtant, si l’on se fie aux travaux de terrain du chercheur en science politique Théodore Tallent, l’opposition populaire demeure relative et, lorsqu’elle est constatée, elle n’est pas un rejet généralisé de l’écologie. Il s’agit plutôt d’une critique de solutions écologiques vues comme coûteuses et d’une critique de la manière dont les politiques environnementales sont menées : perçues comme injustes et imposées d’en haut.

En creux se dessine aussi une quête de reconnaissance d’une écologie ancrée dans les réalités des classes populaires, prenant en considération les contraintes économiques, les inégalités environnementales, et valorisant les pratiques de débrouillardise écologique, l’attachement aux liens sociaux humains et non humains de proximité.

Une étude que nous avons menée entre 2023 et 2025 vient appuyer ce constat. Prefigs (« précarité-écologie-futur-imaginaires-organisations-savoirs ») est un projet de recherche-action participative réalisé en partenariat avec quatre associations de Bourgogne-Franche-Comté qui ont chacune mobilisé un collectif citoyen dans leur territoire respectif : à Belfort (Territoire de Belfort), à Prémery (Nièvre), à Autun et à Tournus (Saône-et-Loire).

Lors de vingt-sept ateliers participatifs et de multiples réunions, l’objectif était de proposer un cadre favorable à un empowerment écologique, c’est-à-dire un pouvoir d’agir collectif, fondé sur l’expérience des personnes en situation de précarité avec une portée transformative. Pour ce faire, nous avons constitué des collectifs d’enquête capables de formuler un problème commun, puis d’esquisser des actions locales susceptibles de s’étendre à plus grande échelle. Ce sont 123 personnes qui se sont impliquées volontairement, pour la plus grande partie bénévolement, au sein de la démarche. Soixante-trois d’entre elles connaissent la précarité économique et sociale ou différentes formes de vulnérabilité, à l’instar du handicap mental (trois personnes concernées).

Une série d’ateliers dits « régionaux » ont, dans un second temps, permis de croiser les expériences locales de ces quatre terrains pour construire un récit commun d’une transition écologique juste et élaborer collectivement des recommandations pour l’action publique. Aux 123 participants et participantes volontaires des premiers ateliers se sont alors ajoutés 115 autres personnes qui se sont joints à des ateliers locaux et régionaux de restitution.

Derrières les critiques de l’écologie, les inégalités sociales

Dans notre enquête réalisée avec ces collectifs citoyens, nous nous sommes confrontés aux critiques de l’écologie. Ce sont elles qui façonnent le présupposé du backlash. Au lieu de les balayer d’un revers de main ou de les contourner en évitant d’employer le terme d’écologie, nous avons, au contraire, voulu ouvrir un espace de dialogue démocratique. Un participant en situation de précarité a ainsi pu rapporter :

« Dans tous les quartiers de France, ce n’est pas ce truc de faire un jardin qui va régler les problèmes sociaux. L’écologie bio on le fout partout. À un moment, faut arrêter ! »

Un autre a, pour sa part, déploré à propos des voitures électriques :

« C’est un truc de riches. La moins chère, c’est combien ? 30 000 euros ? C’est dix fois mon budget quand je vais acheter une voiture, c’est du 2 400 euros ! »

Loin d’être la résultante d’un climato-scepticisme, les critiques exprimées révèlent les contraintes qu’éprouvent les personnes en situation de précarité, mais aussi en situation intermédiaire. Ce sont les difficultés du quotidien sur les manières de se déplacer en milieu rural, de se nourrir convenablement à faible coût ou de maintenir un milieu de vie agréable autour de soi qui se sont exprimées. Mais c’est aussi une anxiété qui a été partagée liée à la crise écologique venant assombrir les perspectives pour l’avenir, tout en ayant des impacts concrets dans le présent. « Peut-être que l’humain va disparaitre », « On est dans le mur, le mal est fait » font ainsi partie des inquiétudes qui ont été verbalisées lors des ateliers.

Les collectifs de Prefigs ont alors exposé leurs préoccupations environnementales, des valeurs d’antigaspillage, leurs savoirs de la débrouillardise populaire écologique ainsi que quelques pratiques qualifiées volontiers d’écogestes. Ce dernier point est intéressant, car il est vrai que les écogestes ont également fait l’objet de critiques, parfois virulentes. Ainsi, dans le quartier populaire du Mont, à Belfort, les « petits gestes pour la planète » ont été décriés par certains (« Ce n’est pas ça qui va sauver le monde », a pu assurer un participant), mais aussi largement valorisés par d’autres :

« Moi j’y crois, j’essaie de polluer le moins possible, trier mes déchets, moins rouler, pas prendre l’avion »,

a-t-on pu entendre, ou encore :

« On fait à notre échelle, du tri […]. Le jardin, c’est petit, il y a peu de monde et on ne nourrira pas le quartier. Mais c’est une petite piste d’avancée. »

Encore une fois, ce qui se cache bien souvent derrière la critique des écogestes, c’est davantage le rejet d’une moralisation venant d’en haut, que les pratiques en elles-mêmes. Alors oui, quelques solutions écologiques ont été décriées à l’instar de la voiture électrique et de l’alimentation bio. Mais la principale raison avancée, c’est l’inaccessibilité économique de ces biens. Car les participants et participantes à Prefigs, en situation de précarité ou non, n’ont pas remis en question l’intérêt d’une alimentation saine et durable ou d’un mode de transport moins carboné.

« Ce qu’il nous faut, c’est un truc simple, a résumé un participant ayant l’expérience de la précarité. On a juste besoin d’un petit coin pour se reposer, qui ne prend pas trop d’énergie, qui ne dépense pas beaucoup dans l’écologie. Ça, c’est l’idéal. Un toit, un coin où se reposer, mais minimaliste, pas besoin de plus. Tu vois que, pendant la vie, on n’a pas besoin de plus pour être heureux. »

L’enquête Prefigs met finalement en évidence une « écologie en tension » : tour à tour rejetée, lorsqu’elle est perçue comme une injonction moralisatrice ou élitiste, et vécue comme une évidence, lorsqu’elle se fond dans les pratiques ordinaires (cuisine, jardinage, récupération, covoiturage). Celles-ci, bien que modestes, produisent des affects positifs et participent d’une responsabilisation située, ouvrant des pistes pour penser une écologie ancrée dans les réalités sociales.

La transition écologique juste au concret

Alors que les enjeux de préservation sont souvent vus comme un supplément d’âme des populations aisées, les personnes en situation de précarité qui ont participé à Prefigs se sont engagées avec d’autres dans des actions concrètes dénonçant le manque de considération à la fois environnementale et sociale.

Pendant les deux années d’enquête les collectifs citoyens ont, d’abord, identifié une situation jugée problématique, générée par la précarité, par les inégalités environnementales, par le changement climatique, par la raréfaction des ressources, de la biodiversité et des liens sociaux. Les difficultés du quotidien ont ainsi rejoint les enjeux globaux pour étudier les conditions d’une mobilité moins carbonée en milieu rural (à Prémery), d’une alimentation saine et durable pour tous (à Tournus), d’une habitabilité des milieux de vie en quartiers populaires attentive aux humains comme aux non-humains (à Autun et à Belfort).

Puis les collectifs se sont engagés dans l’élaboration de solutions locales de transition écologique juste, en organisant un système de covoiturage, une caisse locale alimentaire, des jardins partagés, des animations participatives, et en créant une œuvre collective, intitulée la Forêt magique.

Cette dernière est un bon exemple pour illustrer le processus de mobilisation écologique en milieux populaires. Dans l’Autunois, les débats autour des déchets ont été au cœur des échanges, révélant une double lecture : certaines personnes attribuent la saleté du quartier à la responsabilité individuelle des habitants et habitantes, d’autres pointent les insuffisances des services publics, notamment dans la collecte et le tri. Ce questionnement a permis la construction progressive d’une responsabilité collective envers leur cadre de vie.

Ce processus a trouvé une expression concrète à travers la création d’un objet transitoire, la Forêt magique, une maquette réalisée à partir de matériaux de récupération et donnant à voir les différentes représentations de ces concepteurs sur la biodiversité. L’objet est transitoire, car il a servi ensuite de support pour élargir le débat de la « relation à la nature », au-delà du groupe initial, pour toucher un public diversifié (enfants, élus et élues du territoire, associations, grand public) dans le cadre d’un partenariat avec la communauté de communes.

À l’instar du groupe autunois, des agencements partenariaux avec les institutions locales ont permis la montée en échelle territoriale et sociale de ces initiatives en élargissant le cercle des personnes impliquées. Ainsi, à Belfort, les habitants et habitantes d’un quartier populaire se sont organisés en « amicale des voisins » et ont établi des relations avec le bailleur social et la commune pour déployer leurs projets autour de l’amélioration du cadre de vie (jardin collectif, compostage, mobilier urbain, plantation d’arbres fruitiers, etc.). La communauté de communes des Bertranges a pris en charge la réalisation d’une étude de faisabilité économique pour développer le système de covoiturage imaginé par le collectif de Prémery. Le groupe tournugeois, initialement constitué des membres d’une épicerie sociale, s’est élargi à d’autres partenaires pour monter un comité local visant la préfiguration d’une sécurité sociale alimentaire.

Ces initiatives locales façonnent « par le bas » ce que le Labo de l’économie sociale et solidaire (ESS) appelle une « transition écologique juste ». Ce terme désigne une transformation radicale et démocratique visant la soutenabilité écologique, l’émancipation et la satisfaction digne des besoins de tous et toutes. Inspirée de la justice environnementale nord-américaine, la transition écologique juste repose sur quatre piliers :

  • réduire les inégalités (justice distributive),
  • garantir la participation (justice procédurale),
  • reconnaître les différences culturelles et sociales,
  • et renforcer le pouvoir d’agir.

Vers de nouveaux récits porteurs d’action collective

Les résultats du projet Prefigs démontrent ainsi que les barrières à l’engagement collectif des personnes en situation de précarité (sentiment d’impuissance, désaffiliation, injonctions institutionnelles, fatigue, perte de dignité, résignation) ne sont pas une fatalité. La sensibilité environnementale n’est pas l’apanage d’une classe sociale, d’autant moins lorsqu’elle est fondée sur la prise en compte des inégalités sociales et des contraintes économiques.

Tout l’enjeu est donc de rendre visible cette écologie qui s’élabore par le bas, dans des initiatives citoyennes et associatives, accompagnée parfois par les pouvoirs publics. Ce sont de nouveaux récits à construire. Et ils se construisent déjà, qu’ils prennent le nom de « transition écologique juste », de « social-écologie » ou encore d’« écologie populaire ». Ces récits ont une vocation existentielle. C’est un espace d’activités socioécologiques qui cherche la reconnaissance de son existence en vue d’une pérennisation dans un contexte de précarisation budgétaire forte du milieu associatif.

Mais ces récits ont aussi une vocation transformative : des collectifs citoyens et associatifs interpellent les pouvoirs publics dans leur responsabilité à intégrer ce référentiel socioécologique pour son rôle de planification écologique à toutes les échelles.

Selon les participants et participantes à notre journée de restitution finale de Prefigs, la planification d’une transition écologique juste passe par la formation de la fonction publique et des élus ou élues à ces enjeux, par le soutien des expérimentations locales sans chercher à les contrôler, par le décloisonnement des silos de secteurs d’action publique, par la création d’espaces de délibération démocratique inclusifs, par des dispositifs de compensation économique des mesures écologiques, par la démocratisation des savoirs scientifiques disponibles et par des aménagements facilitant le changement de pratiques prenant en compte les contraintes des habitants et des habitantes.

The Conversation

Le projet a reçu des financements de l’ADEME, programme TEES et de la DREAL BFC

Le projet a reçu des financements de l’ADEME, programme TEES et de la DREAL BFC

ref. Les classes populaires en ont-elles vraiment marre de l’écologie ? – https://theconversation.com/les-classes-populaires-en-ont-elles-vraiment-marre-de-lecologie-264496

Niger : comment les Touaregs ont trouvé le chemin du dialogue avec l’État

Source: The Conversation – in French – By Adib Bencherif, Professor, Université de Sherbrooke

Les communautés touarègues sont l’un des nombreux groupes ethniques vivant au Niger. Leur mode de vie varie. Certains Touaregs sont nomades, d’autres relèvent plus du semi-nomadisme et enfin, une grande partie des communautés s’est aussi sédentarisée dans les villes et villages. Le défi d’intégration des nomades est souvent un défi vécu par les États sahéliens. De plus, une sorte de substrat culturel d’appartenance au monde nomadique semble traverser l’ensemble des communautés touarègues. Ainsi, si des membres de la communauté touarègue, ayant conservé en partie un mode de vie nomade, éprouvent des défis d’inclusion, cela peut se répercuter sur l’ensemble des Touaregs. Contrairement au cas malien, au Niger les communautés touarègues ont une relation plus apaisée avec l’État. Cela n’a pas toujours été le cas. Cette relation est le fruit d’une évolution notable dans les relations entre ces communautés nomades et l’État. Le rôle joué par les élites touarègues participe à ces changements. Le professeur Bencherif a récemment publié un article scientifique sur cette question. Il s’est entretenu avec The Conversation Africa.


Comment les élites touarègues perçoivent-elles l’évolution de leur relation avec l’État nigérien ?

Pour les élites touarègues avec lesquelles j’ai échangé, l’histoire avec l’État nigérien est marquée par une série d’épisodes que l’on peut considérer comme des « épreuves » vécues par les populations touarègues. Pour la majorité d’entre elles, la rébellion armée des années 1990 incarne le tournant dans leur relation avec l’autorité centrale.

En effet, après l’accord de paix de 1995, la relation entre ces communautés nomades et l’État se serait pacifiée. Les élites touarègues évoquent souvent la suspicion qui s’était installée après le coup d’État manqué de 1976, ainsi que la répression sanglante de Tchintabaraden – ville du centre-ouest du pays – en 1990, comme des périodes difficiles vécues par leurs communautés. Toutefois, ces épisodes et périodes cités ne sont pas vus exclusivement à travers le prisme du conflit : ils sont appréhendés comme des moments où la communauté touarègue a dû réaffirmer son existence face au pouvoir central.

Contrairement au cas malien, où la répression de 1963 dans la région de Kidal (nord du Mali) demeure un traumatisme capable d’être ravivé, les élites nigériennes mettent en avant, dans leurs récits, une évolution plus apaisée dans leur pays. Elles racontent un chemin qui, malgré les violences, a débouché sur davantage de dialogue. Ainsi, beaucoup soulignent qu’au Niger, les rébellions armées des années 1990 et de 2007-2009 ont toujours eu pour but d’ouvrir une négociation avec l’État plutôt que de rompre définitivement avec lui.

Une nouvelle fierté s’exprime à travers la présence de Touaregs comme députés, maires ou ministres, signe concret d’intégration. Mais au Mali, malgré des réussites individuelles similaires, cette visibilité n’a pas suffi à apaiser les tensions.




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Quels sont les catalyseurs de l’apaisement au Niger ?

C’est une question sur laquelle je travaille depuis plusieurs années dans une démarche comparée avec le Mali, via le prisme des récits des élites touarègues, et en me focalisant sur des enjeux spécifiques comme l’économie morale associée aux trafics de drogue. Au Niger, les chefferies traditionnelles jouent un rôle clé. D’abord, l’État les a intégrées à l’administration et protégées par la loi. Elles servent de relais institutionnel, de médiateurs, et leur statut est protégé par des textes de loi. Ce lien avec le pouvoir central a évité la marginalisation des communautés nomades

Ensuite, les accords de paix des années 1990 ont ouvert la voie à l’intégration d’anciens chefs de groupes armés et militants dans les institutions. Beaucoup sont devenus fonctionnaires, élus, ou officiers, à l’instar des anciens ministres Rhissa Ag Boula et Issyad Ag Kato. Ainsi le passage des armes aux urnes a été rendu possible grâce aux perspectives d’avenir que l’État a su offrir à ces anciens combattants.

Enfin, l’existence d’une institution comme la Haute autorité à la consolidation de la paix a donné une continuité au processus. Son évolution nominale, au cours du temps, symbolise aussi l’idée que le Niger est entré dans un temps d’apaisement durable, au moins sur la question des communautés touarègues, et en mettant de côté tous les nouveaux défis associés à l’insécurité provoquée par les groupes djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et de l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS).




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À cela s’ajoute un facteur souvent évoqué par mes interlocuteurs : le contraste avec le Mali. En voyant leur voisin s’enliser dans une guerre interminable depuis 2012, beaucoup d’élites touarègues insistent sur la nécessité de préserver coûte que coûte les acquis du dialogue. Les différends peuvent se régler au sein des institutions, pas à l’extérieur.

Ainsi, après le coup d’État du général Abdourahamane Tchiani en 2023, les anciens cadres de la rébellion armée des années 1990 ont appelé à retrouver le chemin du dialogue entre les acteurs politiques. Ils ont invité la jeunesse à ne pas reprendre les armes et à rester dans le cadre du jeu institutionnel.

Plusieurs d’entre eux collaborent avec le régime militaire, privilégiant le pragmatisme et l’action au sein de l’appareil de l’État. Leur objectif est de préserver les intérêts des communautés touarègues et de maintenir le dialogue intercommunautaire, notamment pour lutter contre l’extrémisme violent qui sévit, entre autres, dans la région de Tillabéry.

Quel impact la crise au Mali a-t-elle eu sur la situation concrète des Touaregs au Niger ?

La crise malienne a eu un effet miroir. Les élites nigériennes n’ont cessé de comparer leur trajectoire à celle du Mali lors de mes enquêtes de terrain en 2016 et 2017 dans ces deux pays, et la conclusion était claire pour elles. La situation a été mieux gérée au Niger.

Au Mali, la méfiance entre l’État et certaines communautés touarègues, surtout de la région de Kidal, n’a cessé de s’accentuer. L’accord de paix de 2015 n’a jamais été pleinement appliqué. Les négociations et affrontements se sont poursuivis pendant la période intérimaire censée mettre en œuvre cet accord. Le conflit armé a même été réactivé, à la suite des combats ayant eu lieu autour de l’occupation des bases de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et après le retrait acté de l’accord de paix par le régime militaire d’Assimi Goïta en 2024.

Au Niger, au contraire, les dirigeants et les élites touarègues (aux affaires ou non) valorisent leur capacité à dialoguer avec l’État, à l’exception de cas très singuliers comme l’ancien chef rebelle Rhissa Ag Boula, prompt à réactiver son capital social de chef de guerre. À noter qu’au Mali certains cadres et leaders touaregs s’efforcent de collaborer avec les autorités de Bamako. Certaines élites touarègues sont même associées aux principales instances et collaborent étroitement et sont intégrées au sein du régime de Goïta.

L’écart est toutefois devenu particulièrement visible après le coup d’État de 2023 qui a renversé le président Mohamed Bazoum au Niger. Alors que la situation aurait pu rallumer la flamme d’une rébellion, la majorité des anciens chefs de fronts touaregs y ont publiquement appelé à la retenue. Cette prise de position tranche fortement avec les logiques maliennes, où la tentation de la lutte armée demeure récurrente.

Il y a donc un réel jeu de miroir inversé qui a présentement lieu sur ladite « question touarègue », dans ces deux pays. Dans le contexte actuel, où les récits véhiculés par l’Alliance des États du Sahel (AES) visent à présenter une réalité homogène entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso, on tend à oublier les spécificités et les trajectoires vécues par ces pays. Il importe donc de conserver une distance critique face aux réinterprétations constantes des faits passés.




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Les récits des élites reflètent-ils une réconciliation durable ou une paix sous conditions au Niger ?

Les témoignages révèlent une réconciliation durable mais ambivalente. Les élites affirment que la rébellion armée appartient au passé. Beaucoup jugent légitime seulement celle des années 1990 et condamnent celle de 2007.

Selon les élites touarègues, tant les anciens leaders des années 1990 que la génération suivante estiment que les jeunes doivent désormais investir le champ politique, se présenter aux élections et entrer dans l’administration. L’idée de reprendre le maquis est jugée contre-productive et même nuisible à l’image de la communauté. Mais, de l’autre côté, les frustrations persistent.

Plusieurs interlocuteurs rappellent que les inégalités régionales sont encore fortes, que l’accès aux ressources et aux postes reste limité, et que certains jeunes continuent de se sentir exclus, plus particulièrement dans le monde nomade où l’activité pastorale devrait être plus encouragée et protégée.

Dans ce contexte, la paix apparaît comme une paix « sous conditions » : elle repose sur la capacité de l’État central à maintenir un dialogue constant et à offrir des perspectives d’inclusion réelle aux nouvelles générations appartenant aux communautés nomades, dont les communautés touarègues.

Ainsi, la paix actuelle avec les Touaregs est-elle réelle mais fragile. Elle ne repose pas sur un oubli des conflits passés, mais sur une vigilance partagée : éviter que les erreurs du Mali voisin ne se reproduisent au Niger.

Pour l’heure, le principal défi concerne la marginalisation et la radicalisation de certaines franges parmi les populations nomades, notamment peules, au Sahel central. À cela s’ajoute le développement des groupes djihadistes dans la région, qui conduit à une forme de gouvernance djihadiste sur certains territoires des trois pays du Liptako-Gourma, région transfrontalière située à la jonction du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

The Conversation

Adib Bencherif receives funding from SSHRC-CRSH (767 2015 1494 and 756 2019 059).

ref. Niger : comment les Touaregs ont trouvé le chemin du dialogue avec l’État – https://theconversation.com/niger-comment-les-touaregs-ont-trouve-le-chemin-du-dialogue-avec-letat-265640

Despite Google’s recent victory, a flurry of competition cases could still change how the tech giants do business

Source: The Conversation – UK – By Ioannis Kokkoris, Professor of Competition Law and Economics, Queen Mary University of London

A US judge recently decided not to break up Google, despite a ruling last year that the company held a monopoly in the online search market. Between Google, Microsoft, Apple, Amazon and Meta, there are more than 45 ongoing antitrust investigations in the EU (the majority under the new EU Digital Markets Act) and in the US.

While the outcome could have been much worse for Google, other rulings and investigations have the potential to cut to the heart of how the big tech companies make money. As such, these antitrust cases can drive real change around how the tech giants do business – with implications both for their competitors and for ordinary users.

Some investigations focus on potential breaches of longstanding competition legislation, such as restricting the ability of software to work with other software, while others address controversies that have emerged only in the last few years.

Previous antitrust cases have been based on decades-old competition legislation, namely the US Sherman Act, passed in 1890, and the EU’s treaty on the functioning of the European Union, the first iteration of which was signed in 1957. More recent cases in the EU have been based on the newer Digital Markets Act.

A quick search shows at least 15 different countries (including individual countries within the EU) where competition authorities have initiated or concluded investigations into Google’s business practices.

When US Judge Amit Mehta decided not to order a break up of Google in August, or to force the company to sell off its internet browser, Google Chrome – which had both been raised as potential outcomes – he instead imposed a number of other commitments on the company.

Hefty fines

In September 2025, the European Commission also imposed a fine of €2.95bn (£2.5 billion) on Google, in relation to its search advertising practices. The commission said that Google favoured its own online display advertising technology services “to the detriment of competing providers”.

In a statement, Google called the fine “unjustified” and said the changes would “hurt thousands of European businesses by making it harder for them to make money”.

These investigations are not limited to the search giant, however. In the last few years, Microsoft, Apple and Meta have also been under investigation by the EU. So how should we interpret this flurry of enforcement against the tech giants and what does the future hold for them?

Competition investigations hit at the core of these companies’ business activities, so they have an extremely high incentive to fight for every conceivable aspect of their business model. Voluntarily giving some parts of their business up would mean foregoing substantial profits.

Companies clearly have to weigh up the potential downsides of compromising over their business approaches against hefty fines and major restrictions over how they operate in particular territories. In the US case involving Google, major changes to the company had been on the table, including a sell-off of the Google Chrome browser. Needless to say, this would have dealt a major blow to the company.

In 2023, the European Commission started an investigation into Microsoft over the company tying its Microsoft Teams software to its Office 365 and Microsoft 365 software suites. The investigation was initiated following a complaint by Slack, which makes software that competes with Teams.

The way this case concluded is one example of how tech companies can mitigate damage to their business. Microsoft presented its own commitments to the European Commission over the Teams investigation.

The tech giant had to amend its original proposal following market testing by the European Commission, but in September, they were accepted by the Commission. The commitments include making available versions of Office 365 and Microsoft 365 without Teams and at a reduced price.

Behaviour change

Where possible, by offering their own commitments, companies can retain a degree of control and, potentially, avoid a fine. Other recent cases show that those fines can be substantial. In April, the Commission fined Apple €500m after it said the company had breached the Digital Markets Act by preventing app developers from steering users to cheaper deals outside the app store.

In July, Apple launched an appeal against the decision, saying that the Commission went “far beyond what the law requires” in the dispute.

The commission has also investigated Meta over the company’s “pay-or-consent” advertising model. Under the model, EU users of Facebook and Instagram had a choice between their personal data gathered from different Meta services being combined for advertising, or paying a monthly subscription for an ad-free service. Finding that the company had breached the Digital Markets Act, the Commission fined Meta €200 million.

The commission says that when it decides that companies are not complying with legislation, it can impose fines up to 10% of the company’s total worldwide turnover. Such fines can go up to 20% in case of repeated infringement.

In cases of continued non-compliance, the commission can oblige tech companies to sell a business or parts of it, or banning them from acquisitions of other companies involved in areas related to their non-compliance.

Such intervention is likely to place boundaries on any big tech company with regard to their business practices towards competitors and users. As discussed, we have already started to see some evidence of this.

Users are now able to use different services from the companies without having to give consent to their data. There will also be changes in how users engage with some of these services. For example, you may not be able to click on a hyperlinked hotel in a map contained in search results in order to go to its booking website.

Reduced linking was carried out in the EU for Google Maps because of perceptions about the company’s dominance in the search market.

But overall, the expectation is that in the not too distant future, big tech will be more constrained in the business models they adopt, especially where they relate to market competition.

The Conversation

Ioannis Kokkoris does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Despite Google’s recent victory, a flurry of competition cases could still change how the tech giants do business – https://theconversation.com/despite-googles-recent-victory-a-flurry-of-competition-cases-could-still-change-how-the-tech-giants-do-business-264890

Graduated, now what? Survey of young Africans shows degrees don’t always land them a job

Source: The Conversation – Africa – By Andrea Juan, Chief Research Specialist, Human Sciences Research Council

Graduates aren’t guaranteed a job. Nqobile Vundla/Unsplash

Study hard, get your degree, and then step confidently into a stable, well-paid job. That’s long been the assumption about how to secure a livelihood: in neat, predictable stages. But it is increasingly out of touch with reality. Secure jobs are no longer guaranteed after obtaining a tertiary qualification.

Up-to-date and reliable data on graduate unemployment in Africa is hard to come by. A 2014 British Council study estimated that nearly one in four Nigerian graduates (23.1%) were unemployed. In Kenya, the study said, it took graduates an average of five years to secure their first job. In South Africa, graduate unemployment stood at just 5.8% in 2008. By 2023, this had more than doubled to 11.8%. When looking specifically at young graduates aged 20–29 – a useful proxy for those newly entering the job market – the figure is even starker: nearly one in three (30.3%) were unemployed in 2023.

These figures signal a crisis. The mismatch between graduates and opportunities makes it clear that it’s essential to find diverse ways of making a living.

So what do graduates do to generate livelihoods? We recently conducted research tracking more than 500 African tertiary graduates across 21 universities (nine in African countries and 12 in other countries) over five years to provide some answers.

The findings showed that graduates were piecing together livelihoods from multiple sources rather than walking the straight road of a career. Their paths were complex. Only 16% of the total sample moved smoothly from tertiary education into a job and remained in employment over the period of the survey.

Knowing this, universities can help provide graduates with the skills and resources they will need for the real world.

Graduates build portfolios of income

The study showed that African graduates are resourceful in generating livelihoods. From their responses we identified some trends.

First, they do more than one thing. Almost half of the respondents were engaged in more than one activity – for example, working while running a side business or pursuing further studies. A Ugandan graduate explained how he juggled salaried work, family farming projects and continued education.

Second, they make education itself a livelihood. Scholarships, postgraduate degrees and research opportunities provided both income and stability. Others use underemployment (jobs that don’t match their qualification, skills or ambitions) as stepping stones, gaining experience while waiting for better opportunities.

Third, entrepreneurship or self-employment has a role. While only a small minority relied solely on their own businesses, about a fifth of graduates supplemented their income in this way. Some sold goods, others started NGOs or social enterprises, and many saw entrepreneurship as a safety net in an unpredictable labour market.

But this isn’t just about necessity. Graduates are motivated by opportunity, passion projects, and the chance to build something of their own, often with family members. This challenges the common view that entrepreneurship in Africa is driven only by desperation. In reality, necessity and opportunity overlap, and both are part of how graduates make a living.

Beyond ‘waiting’ for an opportunity

The pathways described by graduates don’t fit the conventional picture of being “stuck” or “unemployed”. Instead, they are marked by movement, improvisation and continuous reinvention.

Even when underemployed, graduates often describe their jobs as dignified or at least as stepping stones. They are investing in their futures, sharpening skills and building networks.




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This kind of agency (the capacity to navigate uncertainty and imagine alternative futures) is a crucial resource. It allows young Africans to find dignity and purpose in contexts where institutional support and job opportunities are limited.

What universities can do differently to prepare graduates

These findings raise tough questions for universities. If the education-to-employment pipeline is so complex, what role should higher education play in preparing graduates? Our research points to some answers:

First, universities must stop clinging to outdated concepts like “employability”. Degrees are not tickets to stable jobs. Instead, education should prepare students for diversified, non-linear livelihoods. This means teaching not just technical skills but also resilience, adaptability and entrepreneurial thinking.




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Entrepreneurship education is one starting point. Courses on business planning, financial management and networking can help graduates who want to start or sustain ventures.

But skills alone are not enough. Without supportive ecosystems, such as incubators, access to finance and mentorship, many small businesses fail. Universities could act as hubs, linking students and graduates to government programmes, private sector partners and alumni networks. Partnerships between universities and government agencies, like South Africa’s National Youth Development Agency which funds business ventures, need to be forged.

Career services also need to evolve. Rather than focusing narrowly on job placements, universities should help students explore multiple career paths, build social capital and access opportunities for income diversification. Practical resources, like co-working spaces, short courses or “micro-credentials” that allow graduates to quickly pick up new skills, and seed funding could give graduates a head start.




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Finally, alumni networks are a powerful but underused asset. Showcasing graduates who have successfully diversified their income can inspire others and change the prevailing narrative.

Education should no longer be seen simply as a bridge to wage employment, but as a platform for building flexible, multi-dimensional livelihoods.

A new story of graduate life

The African youth population is still growing, and the labour market will not suddenly expand to meet demand. That reality can sound daunting. But the stories of young graduates also show resilience, creativity and determination. They are not passively “waiting” for jobs – they are actively constructing futures, often against the odds.

Universities and other tertiary education institutions must catch up. By supporting entrepreneurship, fostering networks and recognising the reality of non-linear transitions, they can help graduates navigate uncertainty with confidence.

The future of work in Africa will not be defined by smooth transitions, but by complex entanglements. Recognising and supporting these entanglements may be one of the most important tasks of higher education in the decades ahead.

The Conversation

This article was produced in the context of The Imprint of Education study that was conducted by the Human Sciences Research Council, South Africa between August 2019 and July 2025, in partnership with and funded by the Mastercard Foundation. The views expressed are those of the authors alone and do not necessarily represent those of the Mastercard Foundation, its staff, or its Board of Directors. Andrea Juan holds an honorary research fellowship at the University of KwaZulu-Natal, School of Law.

This article was produced in the context of The Imprint of Education study that was conducted by the Human Sciences Research Council, South Africa between August 2019 and July 2025, in partnership with and funded by the Mastercard Foundation. The views expressed are those of the authors alone and do not necessarily represent those of the Mastercard Foundation, its staff, or its Board of Directors. Adam Cooper holds an honorary research associateship at Nelson Mandela University, Chair in Youth Unemployment, Empowerment and Employability.

ref. Graduated, now what? Survey of young Africans shows degrees don’t always land them a job – https://theconversation.com/graduated-now-what-survey-of-young-africans-shows-degrees-dont-always-land-them-a-job-264999

Detroit’s Gordie Howe bridge is poised to open as truck traffic between US-Canada slows – low-income residents are deciding whether to stay or go

Source: The Conversation – USA – By Paul Draus, Professor of Sociology, University of Michigan-Dearborn

The Gordie Howe International Bridge connects Detroit, Mich., and Windsor, Ontario. John Coletti/Photodisc via Getty Images

Watching the space between two nations shrink became a regular pastime for Detroiters over the past decade as the segments of the Gordie Howe International Bridge gradually grew, extending meter by meter from Ontario on one side and Michigan on the other.

The gap finally closed in July 2024 with the two halves coming together in a long-awaited kiss.

The official grand opening of the bridge was originally scheduled for fall of 2025, but it seems now likely to be delayed into 2026.

Canadian and American flags are held by cranes on either side of a large suspension bridge.
Completion of the Gordie Howe International Bridge is months behind schedule.
Steven Kriemadis/iStock/Getty Images Plus via Getty Images

I’m a sociologist who has worked alongside neighborhood revitalization projects in Detroit for the past 15 years. I’ve observed the bridge project – and the many tensions around it – from the perspective of adjacent communities of Delray and Mexicantown, communities that are largely home to low-income Latino, Black and white residents.

The costs and benefits of this binational behemoth are complex and intertwined.

Clearing a chokehold

Boosters on both sides of the border have spoken frequently of the bridge’s expected benefits.

Detroit and Windsor would finally be free of the perpetual chokehold produced by the privately owned Ambassador Bridge.

Auto parts will flow more freely over the border, according to the Cross-Border Institute at the University of Windsor. And the Detroit Greenways Coalition is celebrating that its advocacy led to the inclusion of free pedestrian and bike lanes.

People living close to the existing bridge will gain some relief from truck traffic and pollution. But this burden won’t simply disappear – it will be shifted nearby, where others will have to cope with increased traffic flowing over six lanes 24 hours a day.

Large signs affixed to a bridge over a highway, in white lettering on green signs, show the exits for the Ambassador Bridge and the closed Gordie Howe International Bridge.
Signs for the Ambassador Bridge and soon-to-be opened on-ramp to the Gordie Howe International Bridge.
Valaurian Waller/The Conversation, CC BY-ND

A political football

The costs and benefits of the bridge were contested from the beginning.

In the early days, the debate concentrated on who would own the bridge and who would pay for it.

Once just a concept known by the acronym DRIC, or Detroit River International Crossing, the project became real under former Michigan Gov. Rick Snyder. In July 2018, representatives from both Ottawa and Washington broke ground on the bridge situated in an area of Detroit empty enough to contain its significant footprint and bear its weight without fear of sinkholes from underground salt mines.

“Every Michigander should thank every Canadian,” said Snyder at the time, alluding to the agreement that Canadian taxpayers alone would pay for the bridge’s construction in exchange for collecting all the tolls.

The bridge’s designers attempted to honor the cultural and natural history of the region. It was named after the legendary Canadian hockey player who was also a longtime stalwart for the Detroit Red Wings. The bridge’s towers are adorned with murals by First Nations artists.

But serious questions remain.

Today the debates center on whether the Trump administration’s increased tariffs and trade conflicts with Canada could negatively affect the value of the bridge – and if it will ever pay for itself. Even before President Donald Trump took office for the second time, truck traffic on the Ambassador Bridge was down, falling 8% from 2014 to 2024.

One bridge was always a bad idea, (nearly) everyone agreed

Residents and politicians have long agreed that having a single, privately owned bridge connecting Detroit and Windsor was a bad idea. This felt especially apparent after the 9/11 terrorist attacks laid bare the possibility of suddenly losing critical infrastructure.

For many years, travelers’ only other connection between Canada and Detroit has been a tunnel that runs underneath the Detroit River. However, the tunnel doesn’t offer direct access to interstate highways, making it less suitable for commercial trucks.

Adding another bridge makes it harder to disrupt trade and transport.

But the project has had one stalwart critic. Matty Moroun, the trucking billionaire who purchased the Ambassador Bridge in 1979, ferociously protected his asset against potential competition. He actively sought to thwart the construction, launching numerous lawsuits against the state of Michigan and the Windsor-Detroit Bridge Authority, the entity managing construction of the new bridge.

Those lawsuits continued even after Moroun’s death in 2020, as his heirs asserted significant damages to the value of their property.

Was enough done for nearby homeowners?

Others have criticized the attempts to compensate the residents of Delray, a once-vibrant neighborhood that has been impacted by industrialization since the 1960s.

Benefits negotiated for residents and homeowners affected by the construction have not increased as the project’s costs ballooned and the timeline to complete it stretched out.

The cost of the Gordie Howe bridge is now estimated at around $6.4 billion Canadian – or about $US4.7 billion. That is $700 million more than the original projected cost. The project is at least 10 months behind schedule.

Construction materials stacked behind a brick house.
Materials for an on-ramp construction to the new Gordie Howe International Bridge are stored in a residential neighborhood in Southwest Detroit on Aug. 26, 2025.
Valaurian Waller/The Conversation, CC BY-ND

Simone Sagovac, director of the SW Detroit Community Benefit Coalition, said they did not anticipate the immense scale of the development and its continued effects on the community.

“That scale affected health and quality of life significantly every day, with years of continuous industrial dust causing sinus problems, headaches, and increasing asthma, and then there will be thousands of daily truck impacts to come,” Sagovac wrote to me in an email.

A baseline health impact assessment, issued in 2019 by University of Michigan researchers working closely with the coalition, expressed concern about the heightened airborne pollution that would likely activate asthma, especially in children. Matching the findings of so many other epidemiological studies, the assessment found that residents living within 500 feet (152 meters) of a truck route reported a significantly higher likelihood of experiencing asthma or allergies affecting their breathing.

Sagovac wrote that the project took 250 homes, 43 businesses and five churches by eminent domain, and “saw the closing of more after.” One hundred families left the neighborhood via a home swap program funded as a result of the benefits agreement administered by a local nonprofit. Two hundred and seventy families remain, but most businesses have left the area over decades of decline.

The families that remain are often long-term residents wanting or needing a cheap place to live and willing to put up with dust, noise and smells from nearby factories and a sewage treatment plant.

“They constantly face illegal dumping and other unanswered crimes, and will face the worst diesel emissions exposure and other trucking and industry impacts,” Sagovac wrote.

Heather Grondin, chief relations officer of the Windsor-Detroit Bridge Authority, wrote in an emailed statement
that they have taken steps to minimize impacts from construction and that they regularly meet with the community to hear concerns.

“Construction traffic is using designated haul routes to minimize community impacts, traffic congestion and wear and tear on existing infrastructure while maximizing public and construction safety,” Grondin wrote.

According to Grondin, cars will be forced to follow a “no idling” rule on the American side to minimize pollution. Other aspects of the Community Benefits Plan included $20,000 in free repairs for 100 homes, planting hundreds of trees and investing in programs addressing food insecurity and the needs of young people and seniors, Grondin wrote.

A large cable bridge spans across a vast body of water. Dark clouds with speckled light appear in the background.
It costs $9 to cross the Ambassador Bridge in a car. Tolls on the Gordie Howe bridge (pictured) haven’t been announced yet.
Paul Draus, CC BY-ND

An updated Health Impacted Assessment is expected to be released later in 2025.

History lost

Lloyd Baldwin, a historian for the Michigan Department of Transportation, was tasked with evaluating whether local landmarks like the legendary Kovacs Bar needed to be preserved.

“Kovacs Bar was one among many working-class bars in the Delray neighborhood but stands out for its roughly eight-decade association as a gathering place for the neighborhood and downriver Hungarian-American community,” Baldwin wrote in one such report.

The bar was nonetheless demolished in November 2017.

This was not MDOT’s only loss. While the agency made some sincere efforts to leverage other benefits for residents who remained, dynamic factors at many levels were out of the agency’s control.

For one thing, the numerous lawsuits filed by the bridge company over parcels of contested land limited MDOT’s ability to talk openly to the public about the land acquisition process.

In the period of legal limbo, Baldwin said, “the neighborhood imploded.”

Baldwin gave the example of the Berwalt Manor Apartments, built in the 1920s and located on Campbell Street near the bridge entrance. MDOT committed to preserve the historic building and proposed to mitigate the environmental impacts on mostly low-income residents by paying for new windows and HVAC units once the bridge was built.

But the speed of development outstripped the pace of community compensation. The building passed through probate court in 2018 and has since changed hands multiple times, so it is now unclear whether there are any low-income residents left to benefit from upgrades.

Benefits yet to be measured

On the brighter side, environmentalists have pointed to the expansion and connection of bicycle trails and bird migration corridors as long-term benefits of the Gordie Howe bridge.

On the Canadian side, the bridge construction falls largely outside of Windsor’s residential neighborhoods, so it caused less disruption. As part of the project,bike lanes, enhanced landscaping, and gathering spaces were added to an approach road called Sandwich Street.

Cross-border tourism spurred on by a proposed system of greenways called the “Great Lakes Way” may provide new opportunities for people and money to flow across the Detroit River, improving the quality of life for communities that remain.

But if the trade war between the Trump administration and Canada continues, observers may question whether the bridge is a graceful gift of infrastructure to two nations or one of the world’s longest and skinniest white elephants.

The Conversation

Paul Draus is affiliated with the Downriver Delta CDC and Friends of the Rouge. The Fort Street Bridge Park, a project that Draus is affiliated with, received a donation for a public sculpture from the Windsor Detroit Bridge Authority in 2020.

ref. Detroit’s Gordie Howe bridge is poised to open as truck traffic between US-Canada slows – low-income residents are deciding whether to stay or go – https://theconversation.com/detroits-gordie-howe-bridge-is-poised-to-open-as-truck-traffic-between-us-canada-slows-low-income-residents-are-deciding-whether-to-stay-or-go-260280