Les adolescents face aux écrans, entre contrôle et « scrolling » : regards croisés de lycéens entre la France et la Chine

Source: The Conversation – in French – By Runsen Cao, Doctorant en sciences de l’information et de la communication, Université Bordeaux Montaigne

Tout autour du monde, les écrans prennent de plus en plus de place dans la vie des jeunes. Si la manière dont ces derniers sont encadrés diffère d’un pays à l’autre, partout leurs pratiques quotidiennes des écrans les confrontent à nombre de dilemmes. C’est ce que fait ressortir une enquête auprès de lycéens français et chinois.


Le volume de temps et d’engagement consacré « aux écrans » est une des caractéristiques de la culture juvénile actuelle. Si les parents sont animés de multiples craintes concernant les smartphones et autres dispositifs numériques, cette préoccupation n’est pas réservée aux Français. En Chine, où 97,2 % des adolescents ont accès à Internet, même dans les zones rurales, protéger et éduquer les jeunes au numérique constitue également un enjeu de société fondamental.

Or, le contrôle des usages à l’école en Chine est beaucoup plus strict qu’en France. La plupart des lycées chinois interdisent totalement le téléphone personnel. Pour les élèves d’internat, certains établissements proposent des boîtes fermées à l’extérieur des salles de cours pour garder les téléphones jusqu’à la fin de journée.

Au-delà des interdictions et des discours de prévention (la « pause numérique », le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, publié le 11 septembre 2025, sans parler des innombrables publications sur les « dangers des écrans ») ou de répression, pourquoi ne pas consulter les adolescents eux-mêmes ? Comment vivent-ils leurs expériences du numérique au quotidien ?

La comparaison entre la France et la Chine sur ce point peut être éclairante, au regard de la différence des contextes de contrôle. Dans le cadre d’une enquête de terrain qualitative conduite auprès de lycéens dans différentes villes de France et de Chine, nous avons pu donner la parole aux adolescents d’environnements sociaux très différents, non seulement sur leurs pratiques mais aussi sur leurs ressentis et sur leurs émotions.

Ennui et sentiment de culpabilité

Pour beaucoup de lycéens français et chinois, passer du temps sur leur téléphone est devenu un automatisme, comme le dit Katherine, élève française en classe de seconde :

« En général, je pense que, lorsqu’on s’ennuie ou qu’on ne sait pas trop quoi faire, on a tout de suite le réflexe de prendre le téléphone. »

C’est particulièrement le cas dans le contexte post-pandémique, selon Xiaoke, élève chinoise de première :

« Je m’ennuyais tellement à la maison et je n’avais pas de moyen de sortir. Du coup je ne pouvais m’amuser qu’avec les produits électroniques*. »

S’ils profitent d’une riche palette de divertissements grâce aux technologies, aux jeux vidéo, aux vidéos (aussi bien les courtes, appelées « shorts », au format vertical, que les longues) ou encore aux messages échangés avec des amis – comme résumé dans l’expression chinoise « jouer (玩 wán) avec le téléphone », qui renvoie à toute activité récréative sur le téléphone (regarder, scroller ou encore « être sur son téléphone » pour la France) –, les adolescents n’entretiennent pas uniquement un rapport ludique au numérique. Ils font la distinction entre ce qui est purement divertissant et ce qui est éventuellement utilitaire, non seulement pour le travail scolaire, mais également pour nourrir leur curiosité sur le monde.

C’est le cas pour cet élève français de terminale, qui perfectionne son anglais à travers la série Peaky Blinders, ou encore pour Hang, élève chinois en première, qui s’intéresse aux vidéos de vulgarisation de savoirs en mathématiques et en philosophie, sur Bilibili (plateforme vidéo chinoise).

Ils sont souvent confrontés à des dilemmes quant à leurs propres usages, mais pas forcément de la même manière. Les lycéens français, qui ont souvent moins de contraintes dans l’usage de leur téléphone, ont conscience d’un usage parfois excessif, notamment à travers le scrolling, qui représente pour certains, comme pour cette élève française en première, une perte de temps :

« Ça ne fait rien, à part bouffer mon temps et mon cerveau. »

Toutefois, il est souvent difficile pour eux de s’arrêter, comme le soulignent beaucoup de recherches, avec le développement d’un sentiment de culpabilité. C’est ce qu’éprouve cette élève française en terminale, qui compense ce sentiment par une stratégie qui consiste à regarder plus de contenus éducatifs et culturels :

« J’essaie de me limiter, je regarde des vidéos culturelles sur YouTube. »

Des « usages de revanche »

Pour les lycéens chinois, face à la réglementation très stricte des usages du téléphone, le dilemme porte sur le choix d’utiliser ou non son téléphone en cachette. La plupart des élèves enquêtés avouent qu’ils ont apporté leur téléphone au lycée malgré l’interdiction. Mais ils ne parviennent pas à en profiter, comme en témoigne un élève chinois en première :

« Autant ne pas l’amener, vu que je n’en profite même pas. »

L’interdiction totale suscite parfois des « usages de revanche », comme évoqué par Lan, lycéen en internat, qui passe quasiment tout son dimanche sur le téléphone, étant donné son usage très limité en cachette dans la semaine.

D’ailleurs, une forme de jeu de cache-cache se met souvent en place avec les parents. Certains, comme Yuan, également en internat, se plaignent d’avoir été « trahis » par les parents qui ont prévenu le lycée qu’il avait probablement apporté son smartphone, car ils ne le trouvaient pas à la maison. D’autres, comme Wan, lycéenne en internat, se félicitent du soutien des parents qui comprennent son besoin de lignes de fuite après une journée d’étude fatigante. Les usages du téléphone reflètent donc aussi la qualité des rapports de confiance avec les parents.

Entre introspection, discipline et contrôle extérieur, les lycéens construisent leur rapport au numérique sous contrainte dans des contextes sociaux différents. L’éducation consiste, pour Kant, en soins, discipline culture. Le philosophe privilégie la référence à cette dernière par rapport aux deux premières. La culture pourrait devenir un point de départ pour repenser l’éducation à l’ère du numérique.

Les jeunes en fin d’adolescence sont non seulement des mineurs dont les pratiques numériques sont à réguler et à éduquer de manière normative, mais également et surtout des sujets en train de se construire à partir d’expériences informationnelles très diverses, qui méritent une attention fine, au-delà des discours de panique. Ces expériences, dans leur diversité, sont largement comparables, voire communes, dépassant les différences des contextes culturels et normatifs.


N. B. : Les prénoms des jeunes cités dans cet article ont été changés pour préserver leur anonymat.

*« Produits électroniques »: l’expression désigne en langue chinoise tous les appareils connectés à Internet.

The Conversation

Runsen Cao ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les adolescents face aux écrans, entre contrôle et « scrolling » : regards croisés de lycéens entre la France et la Chine – https://theconversation.com/les-adolescents-face-aux-ecrans-entre-controle-et-scrolling-regards-croises-de-lyceens-entre-la-france-et-la-chine-264933

Sommes-nous plus bêtes que nos parents ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Corentin Gonthier, Professeur de psychologie, Nantes Université

Vous avez peut-être entendu parler du déclin de l’intelligence ? C’est cette idée selon laquelle le quotient intellectuel moyen a tendance à diminuer dans le monde occidental. De quoi s’alarmer sur l’état du monde, les politiques publiques, l’éducation et l’avenir de la jeunesse ! Ce déclin existe-t-il vraiment ?


Le déclin de l’intelligence est à la mode depuis quelques années. Le documentaire « Demain, tous crétins ? » diffusé par Arte en 2017 a diffusé cette polémique en France. La presse s’en est rapidement emparée à travers des titres alarmistes, comme « Le QI des Français en chute libre », « Et si l’humanité était en train de basculer dans l’imbécillité ? », ou même « Alerte ! Le QI des Asiatiques explose, le nôtre baisse ».

On s’est inquiété, et comme dans toute panique morale, des coupables ont été désignés. Selon leurs orientations politiques, les commentateurs ont blâmé les pesticides et perturbateurs endocriniens, la désaffection pour la lecture, la réforme de l’orthographe, la construction européenne, ou bien sûr, l’exposition aux écrans.

Une intelligence globale en hausse

Avant de chercher pourquoi l’intelligence déclinerait, encore faut-il être sûrs qu’elle décline. Cette idée d’une diminution de l’intelligence est pour le moins surprenante, car l’intelligence moyenne a plutôt augmenté au cours du XXe siècle. Plusieurs centaines d’études impliquant des millions de participants dans plus de 70 pays montrent qu’en moyenne, chaque génération fait mieux que la précédente sur les tests d’intelligence. Si on préfère parler en termes de quotient intellectuel (QI : le score global à travers un ensemble d’épreuves d’intelligence – sa moyenne est fixée à 100, la plupart des gens se situent entre 85 et 115), le quotient intellectuel moyen a augmenté d’environ 3 points tous les dix ans depuis le début du XXe siècle.

Cette augmentation de l’intelligence moyenne à chaque génération s’appelle l’effet Flynn. On connaît l’effet Flynn depuis les années 1930, et on l’attribue aux grandes améliorations du XXe siècle , telles que la baisse de la malnutrition et des maladies infantiles, ou le développement de la scolarisation. Aujourd’hui, il est ralenti dans les pays développés, mais continue à pleine vitesse dans les pays en voie de développement (les scores d’intelligence y augmentent deux fois plus vite, environ, que dans le monde occidental).

Que notre effet Flynn ralentisse ou s’interrompe, rien d’étonnant : la scolarisation et les qualités de notre système sanitaire ne progressent plus à grande vitesse. Mais un déclin de l’intelligence ? De petites baisses sont bien retrouvées par une poignée d’études, mais elles sont sans commune mesure avec les gains du XXe siècle. L’exemple de la Norvège (Figure 1) est frappant : ces données de grande qualité (jusqu’au début du XXIe siècle, la Norvège a évalué l’intelligence de l’ensemble de sa population masculine dans le cadre du service militaire obligatoire) montrent bien une petite diminution dans les années 2000, mais elle tient plus de la fluctuation aléatoire.

Scores moyens d’intelligence en Norvège, rapportés à une base 100 en 1938. Données adaptées de Sundet et al. (2004, 2014).
Fourni par l’auteur

Une étude pour le moins critiquable

D’où vient, alors, l’idée que l’intelligence s’effondrerait en France ? La littérature ne contient qu’une unique étude d’Edward Dutton et Richard Lynn portant sur un échantillon de 79 personnes. C’est un très petit échantillon pour déclencher une panique morale, bien sûr : 79 personnes ne sont pas vraiment représentatives de la France dans son ensemble. Quand on crée un test d’intelligence, on l’étalonne plutôt sur un échantillon d’au moins 1000 personnes pour avoir une bonne estimation de la moyenne (c’est le cas de l’échelle d’intelligence pour adultes de Wechsler, la WAIS, la plus utilisée en France).

Mais le problème de cette étude est surtout dans sa méthode et dans ses résultats. Notre petit groupe de 79 personnes a passé deux tests d’intelligence en 2009 : un ancien test d’intelligence (la WAIS-III, étalonnée en 1999), et un test plus récent (la WAIS-IV, étalonnée en 2009). En comparant les résultats de ce groupe de 79 personnes à la moyenne de l’échantillon de référence pour chacun de ces tests, Dutton et Lynn constatent que les résultats de ce groupe sont légèrement plus faibles que la moyenne sur l’ancien test d’intelligence, et légèrement plus élevés que la moyenne sur le nouveau test ; ils en déduisent qu’il était plus difficile d’obtenir un bon score sur le test de 1999… donc que l’intelligence moyenne a diminué entre 1999 et 2009.

Sur le principe, le constat de Dutton et Lynn est correct : nous avons tendance à faire moins bien sur les anciens tests d’intelligence (nous avons répliqué ce résultat à un peu plus grande échelle). Mais le problème est qu’il y a d’autres raisons qu’un déclin de l’intelligence pour expliquer que les gens fassent moins bien en 2009 sur un test paru en 1999.

Pour bien comprendre, il faut s’intéresser au contenu du test. Un test d’intelligence de type WAIS est composé d’un ensemble d’épreuves qui mesurent des choses différentes : le raisonnement logique abstrait (ce qu’on entend généralement par « intelligence » : compléter une série de figures géométriques, reproduire un dessin abstrait à l’aide de cubes…), mais aussi les connaissances (vocabulaire, culture générale…), la mémoire, ou encore la vitesse de traitement de l’information. Dans l’étude de Dutton et Lynn, les scores sont en fait rigoureusement stables dans le temps pour le raisonnement logique abstrait, la mémoire ou la vitesse de traitement, qui ne déclinent donc pas : les seuls scores qui sont plus faibles en 2009 qu’en 1999, ce sont les scores de connaissances. On retrouve exactement la même chose dans d’autres pays, comme la Norvège : le raisonnement logique abstrait est constant dans le temps tandis que les scores de connaissance deviennent plus faibles sur les anciens tests.

Les tests doivent régulièrement être mis à jour

L’intelligence générale ne décline donc pas, ni en France ni dans le monde occidental. Dans ce cas peut-on au moins se plaindre que les connaissances ont décliné : la culture se perd, les jeunes n’apprennent plus rien ? Même pas : si les gens font moins bien sur les anciennes versions des tests d’intelligence, c’est tout simplement parce que les questions deviennent obsolètes avec le temps. La WAIS-III demandait aux Français de calculer des prix en francs, de comparer les caractéristiques des douaniers et des instituteurs, de citer des auteurs célèbres du XXe siècle. Avec le temps, ces questions sont devenues plus difficiles. Les scores au test ont baissé, mais pas l’intelligence elle-même. Nous avons montré que cette obsolescence suffit à expliquer intégralement les résultats de Dutton et Lynn.

Voici un petit exemple, tiré du tout premier test d’intelligence : il s’agit d’un texte à compléter, destiné à évaluer la présence d’une déficience chez de jeunes enfants. Pouvez-vous faire aussi bien qu’un enfant de 1905 en retrouvant les neuf mots manquants ?

Il fait beau, le ciel est —1—. Le soleil a vite séché le linge que les blanchisseuses ont étendu sur la corde. La toile, d’un blanc de neige, brille à fatiguer les —2—. Les ouvrières ramassent les grands draps ; ils sont raides comme s’ils avaient été —3—. Elles les secouent en les tenant par les quatre —5— ; elles en frappent l’air qui claque avec —6—. Pendant ce temps, la maîtresse de ménage repasse le linge fin. Elle a des fers qu’elle prend et repose l’un après l’autre sur le —7—. La petite Marie, qui soigne sa poupée, aurait bien envie, elle aussi, de faire du —8—. Mais elle n’a pas reçu la permission de toucher aux —9—.

Les mots « amidonnés » (3), « poêle » (7), et « fers » (9) vous ont probablement posé plus de problèmes qu’à un enfant de 1905 ; mais vous conviendrez sûrement que cette difficulté ne dit pas grand-chose de votre intelligence. Les scores d’intelligence sur ce test ont bien décliné, mais c’est plutôt l’évolution technologique du repassage qui rend le test obsolète. De la même façon, la probabilité qu’une personne dotée d’une intelligence moyenne (QI=100) réponde correctement à une question de la WAIS portant sur la pièce de théâtre Faust était de 27 % en 1999, elle est de 4 % en 2019. Ainsi, les scores aux tests de connaissance déclinent naturellement dans le temps, au fur et à mesure que la culture évolue. C’est même pour cette raison que de nouvelles versions des tests d’intelligence paraissent régulièrement : la WAIS est remise à jour tous les dix ans environ (et la WAIS-V devrait paraître en 2026).

Une « erreur » qui sert un agenda politique

Confondre un déclin de l’intelligence avec l’obsolescence des questions du test, c’est tout de même une grosse erreur. Comment Dutton et Lynn ont-ils pu la commettre ? C’est que l’erreur n’est pas innocente, et que ces deux auteurs ne sont pas tout à fait neutres. La discipline d’Edward Dutton est la théologie, Richard Lynn est connu pour défendre l’idée qu’il existe des différences génétiques d’intelligence entre les sexes et les origines ethniques ; les deux ont été éditeurs en chef d’une célèbre revue suprémaciste blanche (Mankind Quarterly) et leurs travaux alimentent directement les mouvements d’extrême droite.

Pour bien saisir l’agenda politique des auteurs, le mieux est peut-être de citer les explications qu’ils envisagent pour un déclin de l’intelligence. Deux extraits, issus des livres de Richard Lynn pour l’illustrer :

« … un grand nombre de gouvernements occidentaux ont contribué au déclin de l’intelligence depuis les années 1960, à travers une politique d’état-providence encourageant les femmes d’intelligence basse, de mauvaise moralité et de faible éducation à avoir des bébés… ».

« … l’immigration de masse de peuples non-européens en Europe de l’ouest, aux États-Unis et au Canada est un sérieux problème dysgénique… ils ont, en moyenne, une plus faible intelligence et une plus faible moralité… ils deviendront une majorité de la population en Europe de l’ouest… l’intelligence continuera à décliner… et la Chine deviendra une superpuissance mondiale »

Les réformes envisagées par les auteurs pour limiter le déclin de l’intelligence en Europe occidentale sont cohérentes avec leur orientation politique : on y trouve, par exemple, « abolir la sécurité sociale », « se retirer de la convention des Nations unies de 1951 sur l’accueil des réfugiés », ou encore « introduire des politiques publiques pour accroître la fertilité de ces femmes (intelligentes) qui ont été éduquées au point de perdre leur fonction reproductive ».

Aujourd’hui, nous avons la certitude qu’il n’y a pas réellement de déclin de l’intelligence en France, même si l’effet Flynn est bel et bien interrompu. Le déclin de l’intelligence dans le monde occidental n’est pas un sujet scientifique, mais plutôt un sujet politique – un argument idéal que les déclinistes utilisent pour faire peur, désigner des coupables, et promouvoir des réformes hostiles au changement.

Si cette idée a autant de succès, c’est probablement qu’elle parle à nos tendances profondes : au second siècle de notre ère, Hésiode se plaignait déjà que les nouvelles générations laissent plus de place à l’oisiveté que les précédentes. Si nous bénéficions d’un droit inaliénable à critiquer les valeurs et les goûts musicaux de nos enfants, une chose est sûre : ils ne sont pas moins intelligents que nous.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 3 au 13 octobre 2025), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Intelligence(s) ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Corentin Gonthier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sommes-nous plus bêtes que nos parents ? – https://theconversation.com/sommes-nous-plus-betes-que-nos-parents-266310

Un sommeil de mauvaise qualité peut accélérer le vieillissement cérébral, selon une nouvelle étude

Source: The Conversation – France in French (3) – By Abigail Dove, Postdoctoral Researcher, Neuroepidemiology, Karolinska Institutet

Un sommeil de mauvaise qualité ne se traduit pas seulement par de la fatigue : cela pourrait aussi accélérer le vieillissement du cerveau. Ekaterina Karpacheva/Shutterstock

Une nouvelle étude révèle qu’un sommeil de mauvaise qualité pourrait faire vieillir le cerveau plus vite qu’il ne le devrait – un effet mesurable grâce à l’imagerie cérébrale et lié, en partie, à l’inflammation.


Nous passons près d’un tiers de notre vie à dormir, mais le sommeil est tout sauf une perte de temps. Ce n’est pas une période d’inactivité, mais un processus actif et essentiel qui restaure le corps et protège le cerveau. Lorsque le sommeil est perturbé, le cerveau en subit les conséquences – parfois subtiles, mais qui s’accumulent au fil des années.

Dans une nouvelle étude, mes collègues et moi avons analysé les habitudes de sommeil et les données d’IRM cérébrale de plus de 27 000 adultes britanniques âgés de 40 à 70 ans. Nous avons constaté que les personnes dormant mal présentaient un cerveau qui paraissait sensiblement plus âgé que leur âge réel ne le laisserait supposer.

Mais que signifie exactement le fait qu’un cerveau « paraisse plus vieux » ? Si nous vieillissons tous au même rythme chronologique, notre horloge biologique, elle, peut avancer plus ou moins vite. Grâce aux progrès récents de l’imagerie cérébrale et de l’intelligence artificielle, il est désormais possible aux chercheurs d’estimer l’« âge cérébral » d’une personne à partir des schémas visibles sur ses IRM — tels que la perte de tissu cérébral, l’amincissement du cortex ou encore les lésions des vaisseaux sanguins.

Dans notre étude, cet âge cérébral a été estimé à partir de plus de 1 000 marqueurs d’imagerie. Nous avons d’abord entraîné un modèle d’apprentissage automatique sur les scans des participants les plus en bonne santé — ceux dont le cerveau correspondait le mieux à leur âge chronologique. Une fois le modèle capable de reconnaître les signes d’un vieillissement « normal », nous l’avons appliqué à l’ensemble de la cohorte.

Un âge cérébral supérieur à l’âge réel peut signaler un écart par rapport à un vieillissement sain. Des travaux antérieurs ont déjà établi qu’un cerveau d’apparence plus âgée est associé à un déclin cognitif accéléré, à un risque accru de démence et même à une mortalité prématurée plus élevée.

Le sommeil est un phénomène complexe, et aucune mesure isolée ne peut à elle seule refléter sa qualité globale. Nous nous sommes donc concentrés sur cinq aspects du sommeil autorapportés par les participants : leur chronotype (plutôt « matinal » ou « nocturne »), la durée habituelle du sommeil (de sept à huit heures étant considérées comme optimale), la présence d’insomnie, le ronflement et la somnolence diurne excessive.

Ces facteurs peuvent interagir entre eux. Par exemple, une personne souffrant d’insomnie fréquente peut également ressentir une somnolence diurne plus importante, et avoir un chronotype tardif peut entraîner une durée de sommeil plus courte. En combinant ces cinq paramètres dans un « score de sommeil sain », nous avons obtenu une vision plus complète de la santé globale du sommeil.

Les participants présentant quatre ou cinq comportements sains formaient le groupe au sommeil « sain », ceux ayant deux ou trois comportements sains constituaient le groupe « intermédiaire », et ceux n’en présentant aucun ou un seul appartenaient au groupe au sommeil « médiocre ».

Les résultats étaient clairs : pour chaque point perdu au score de sommeil sain, l’écart entre l’âge cérébral et l’âge chronologique augmentait d’environ six mois. En moyenne, les personnes au sommeil médiocre avaient un cerveau paraissant presque un an plus vieux que prévu, alors que celles au sommeil sain ne présentaient pas de tel écart.

En analysant chaque paramètre séparément, nous avons observé que le chronotype tardif et une durée de sommeil anormale étaient les principaux contributeurs à un vieillissement cérébral accéléré.

Un an peut sembler peu, mais en matière de santé cérébrale, c’est significatif. Même de légères accélérations du vieillissement du cerveau peuvent, à long terme, accroître le risque de déclin cognitif, de démence et d’autres troubles neurologiques.

La bonne nouvelle, c’est que les habitudes de sommeil peuvent être modifiées. Bien que tous les troubles du sommeil ne soient pas faciles à corriger, quelques stratégies simples — maintenir un horaire de coucher régulier, limiter la consommation de caféine, d’alcool et l’utilisation d’écrans avant le coucher, et favoriser un environnement calme et sombre — peuvent améliorer la qualité du sommeil et protéger la santé du cerveau.

Femme regardant son téléphone dans son lit
Posez ce téléphone !
Ground Picture/Shutterstock

Comment le sommeil influence-t-il la santé du cerveau ?

Une explication pourrait résider dans l’inflammation. De plus en plus de preuves indiquent que les troubles du sommeil augmentent le niveau d’inflammation dans l’organisme, ce qui peut nuire au cerveau en endommageant les vaisseaux sanguins, en favorisant l’accumulation de protéines toxiques et en accélérant la mort des cellules cérébrales.

Nous avons pu explorer ce lien grâce aux échantillons sanguins collectés au début de l’étude sur les participants, riches en informations sur différents biomarqueurs inflammatoires. En les intégrant à nos analyses, nous avons constaté que l’inflammation expliquait environ 10 % du lien entre le sommeil et le vieillissement cérébral.

D’autres mécanismes pourraient aussi intervenir

Une autre piste concerne le système glymphatique – le réseau de nettoyage des déchets du cerveau, principalement actif durant le sommeil. Lorsque celui-ci est perturbé ou insuffisant, ce système fonctionne moins bien, laissant s’accumuler des substances nocives.

Il est également possible que le fait de mal dormir augmente le risque d’autres pathologies néfastes pour le cerveau, notamment le diabète de type 2, l’obésité ou les maladies cardiovasculaires.

Notre étude, l’une des plus vastes et complètes du genre, s’appuie sur une population importante, une approche multidimensionnelle de la qualité du sommeil et une estimation détaillée de l’âge cérébral fondée sur des milliers d’indicateurs IRM. Bien que des recherches antérieures aient déjà montré qu’un sommeil de mauvaise qualité est associé au déclin cognitif et à la démence, notre recherche montre aussi qu’il est lié à un cerveau qui semble plus âgé, ce qui est dû, en partie, à l’inflammation.

Le vieillissement cérébral est inévitable, mais nos comportements et nos choix de mode de vie peuvent influencer son évolution. Les implications de nos recherches sont claires : pour préserver la santé de notre cerveau, faisons du sommeil une priorité.

The Conversation

Abigail Dove bénéficie d’un financement de la part d’Alzheimerfonden, Demensfonden et de la Fondation Loo et Hans Osterman pour la recherche médicale.

ref. Un sommeil de mauvaise qualité peut accélérer le vieillissement cérébral, selon une nouvelle étude – https://theconversation.com/un-sommeil-de-mauvaise-qualite-peut-accelerer-le-vieillissement-cerebral-selon-une-nouvelle-etude-266609

Donald Trump et Pete Hegseth appellent 800 généraux à combattre « l’ennemi intérieur »

Source: The Conversation – France in French (3) – By Olivier Sueur, Enseigne la compétition stratégique mondiale et les enjeux transatlantiques, Sciences Po

Jamais l’ensemble des généraux américains n’avaient été convoqués pour écouter le président du pays et leur ministre de tutelle comme ce fut le cas ce 30 septembre à Quantico (Virginie). Cette réunion historique a vu Donald Trump et Pete Hegseth tenir à des hauts gradés silencieux un discours aux intonations martiales et virilistes dont l’objectif réel était de les préparer à diriger des opérations militaires… à l’intérieur même des États-Unis, dans les villes dirigées par des démocrates.


Le 30 septembre 2025, le secrétaire américain à la guerre Pete Hegseth a prononcé devant 800 officiers généraux américains réunis à Quantico, en Virginie, un discours mémorable, qui a été suivi d’une intervention du président – et commandant en chef des armées, Donald Trump.

Cette réunion avait fait en amont l’objet des spéculations les plus folles, et son déroulement nourrit désormais moqueries et parodies sur les réseaux sociaux. Convoquée début septembre, soit avec un préavis très court, une réunion de chefs militaires américains de cette ampleur n’a pas de précédent connu. Elle mérite une véritable analyse pour en comprendre l’exacte signification, de même que son importance structurante pour les trois prochaines années.

Une réunion annoncée au dernier moment, mais préparée depuis longtemps

Commençons par resituer le contexte de cette réunion.

Premièrement, l’administration Trump a procédé à une première épuration parmi les plus hauts gradés de l’armée : le chef d’état-major des armées le général C. Q. Brown, la cheffe d’état-major de la Marine Lisa Franchetti, le directeur du renseignement militaire Jeffrey Kruse, l’amirale commandant les garde-côtes Linda Fagan… une dizaine de départs de responsables de premier plan a été enregistrée depuis février.

Deuxièmement, le secrétaire à la guerre a pris, le 5 mai 2025, une directive ordonnant la réduction du nombre d’officiers généraux cinq étoiles de 20 %, soit un passage de 37 à 30 du nombre d’officiers généraux de la garde nationale d’au moins 20 %, et du nombre d’officiers généraux des forces armées de 10 % (de 838 à environ 700).

Troisièmement, le département de la défense a été rebaptisé « département de la guerre », le 5 septembre 2025, sur décision du président Trump.

Quatrièmement, deux documents structurants pour l’organisation de ce ministère sont en cours d’achèvement cet automne, à savoir la stratégie nationale de défense (National Defense Strategy) et la révision de la configuration mondiale des forces (Global Force Posture Review). Ces documents doivent aboutir à une réduction significative du volume des forces stationnées à l’étranger et se traduire par une bascule de leur déploiement de l’Europe vers l’Indo-Pacifique.

L’annonce d’un « changement de culture »

Au vu de l’ensemble de ces éléments, une forme de nervosité, voire d’appréhension, de la part des participants n’apparaissait pas illégitime. Et ils n’ont pas été déçus : Pete Hegseth a fait de son intervention le « jour de libération des guerriers de l’Amérique », paraphrasant le « jour de la libération » proclamé par Donald Trump, le 2 avril 2025, lors de ses annonces en matière de droits de douanes.

Son objectif révélé dès la première minute de son intervention est d’« avoir les bonnes personnes et la bonne culture au département de la guerre », car c’est le personnel qui fait la politique d’une organisation (« Personnel is policy »). Il dénonce ensuite longuement la « dérive woke » au sein des forces armées américaines – promotions sur la base d’appartenance raciale ou de quotas de genre, politiquement correct, mois de l’identité, programmes Diversity, Equity, and Inclusion (DEI), femmes dans les unités combattantes, transsexuels, gros, barbus, cheveux longs… Bref, tout y passe, et Hegseth promet d’y porter le fer avec énergie.

Tout cela n’est en aucun cas une surprise puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de la politique engagée au niveau national par le président Trump – et annoncée lors de sa campagne.

En revanche, ce qui est passionnant dans ce discours, c’est son caractère programmatique. D’abord, le secrétaire à la guerre annonce que ses services se dotent des moyens de mettre en œuvre cette rééducation culturelle des militaires américains à l’égard de l’« idéologie woke » grâce à l’envoi aux participants de dix directives formalisant les orientations énoncées ci-dessus et portant, notamment, sur le rétablissement de standards physiques masculins uniformes en matière de préparation militaire : c’est sur ce modèle qu’eux, officiers généraux, seront évalués.

Ensuite, il annonce à son auditoire que ce changement de culture implique un changement de génération parmi eux, et donc de nouveaux départs, allant jusqu’à inviter ceux qui se sentent en désaccord avec ses propos à démissionner. Dans un contexte de réduction du nombre de postes offerts à la promotion, voilà qui invite à l’introspection.

Ce discours organise le réalignement culturel des forces armées américaines sur les orientations du gouvernement, à l’image de ce qu’indiquait le règlement des armées françaises de 1933 : « Il importe que les ordres soient exécutés littéralement, sans hésitation, ni murmure. »

Objectif désigné : les villes démocrates

Pourquoi ce réalignement ? C’est l’intervention subséquente de Donald Trump qui y répond : bien que particulièrement décousue, elle est l’occasion d’annoncer fort à propos une augmentation des salaires des militaires de 3,8 %, mais surtout de désigner aux officiers généraux leur adversaire, à savoir l’« invasion intérieure » (« Invasion from within »).

De manière spécieuse, le président liste même les cibles qu’il qualifie de « zones de guerre ». Il s’agit des villes tenues par « la gauche radicale démocrate » et nommément désignées : San Francisco, Chicago, New York, Los Angeles, Portland et Seattle. Il prend appui sur les précédents historiques d’utilisation des forces armées pour le maintien de l’ordre intérieur par les présidents George Washington, Abraham Lincoln, Grover Cleveland ou George W. Bush. Il rappelle enfin aux officiers généraux présents, comme l’avait d’ailleurs fait Pete Hegseth à deux reprises, leur serment de prise de fonctions qui prévoit la lutte contre l’ennemi intérieur :

« Je jure [ou affirme] solennellement que je soutiendrai et défendrai la Constitution des États-Unis contre tous les ennemis, étrangers et intérieurs. »

Une insistance à replacer dans le cadre culturel américain, où une importance majeure est accordée aux serments depuis la guerre d’Indépendance et la guerre de Sécession.

Comme on le comprend aisément, la plupart des commentaires ratent l’essentiel. L’administration Trump prépare les forces armées américaines, d’une part, à une intervention massive dans les grandes villes administrées par les démocrates au prétexte de lutter contre les ennemis intérieurs et, d’autre part, à disposer d’une institution militaire à la fois obéissante et partageant les valeurs du gouvernement, en vue des prochaines échéances politiques du pays, notamment électorales… toutes choses qui avaient manqué lors du coup d’État avorté du 6 janvier 2021.

The Conversation

Olivier Sueur ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Donald Trump et Pete Hegseth appellent 800 généraux à combattre « l’ennemi intérieur » – https://theconversation.com/donald-trump-et-pete-hegseth-appellent-800-generaux-a-combattre-lennemi-interieur-266965

Pourquoi la « business pride » du Medef n’aura pas lieu

Source: The Conversation – in French – By Michel Offerlé, Sociologie du politique, École normale supérieure (ENS) – PSL

Les patrons sont sous pression alors que les appels à taxer les hauts patrimoines se multiplient, notamment avec une taxe Zucman sur les plus riches d’entre eux. Un meeting « énorme », censé défendre les intérêts patronaux, devait se tenir ce lundi 13 octobre : il a finalement été reporté par le Medef. Alors que la crise politique perdure, les patrons, généralement adeptes du lobbying discret, semblent remontés, mais divisés et hésitants sur la marche à suivre.


En 2009, Charlie Hebdo faisait sa une avec une caricature de Cabu montrant Laurence Parisot tenant une pancarte proclamant « Nos stock-options », devant un fond : « Sarkozy, t’es foutu le Medef est dans la rue ! »
Le Figaro du 5 octobre 1999 éditait une photographie en première page représentant une foule assemblée, avec au premier rang un homme d’une cinquantaine d’années coiffé d’un haut chapeau vert sur le lequel était inscrit, « Respect ».

Ces images de patrons dans la rue sont rares. Ce 13 octobre 2025, les patrons, ou plutôt certains patrons, devaient se réunir au Palais omnisport de Paris-Bercy (Accor Arena) pour une initiative peu banale, annonçant un « meeting énorme ». Patrick Martin, président du Medef, a finalement décidé de reporter ce rendez-vous en raison, selon lui, de la démission du premier ministre Sébastien Lecornu. Pourquoi cette mobilisation et pourquoi cette reculade ?

Lobbying et discrétion patronale

Les patrons ne sont pas professionnellement la catégorie sociale qui se mobilise le plus fréquemment dans la rue ou dans des meetings. Ils utilisent peu l’action collective visible, dans ce que les sociologues appellent « les répertoires de l’action collective ». Ils ont accès (pour les plus grands d’entre eux surtout) à des moyens d’action plus feutrés et plus furtifs (ce qu’on appelle la « quiet politics ») dans toutes ses variétés et dimensions, qui leur permettent d’interpeller les décideurs de manière discrète, voire très privée. C’est ce que l’on désigne habituellement par lobbying.

L’Association française des entreprises privées (Afep) est le parangon de ces tentatives d’influence, mais ses démarches publiques vont pourtant rarement au-delà des communiqués ou des conférences de presse.

Les patrons sont (rarement) dans la rue

Des chefs d’entreprise ont pu participer individuellement à des manifestations de rue (pour l’école privée en 1984 ou contre le mariage pour tous en 2013, mais pas en tant que patrons. On pourra aussi en avoir vu parmi les Bonnets rouges ou les gilets jaunes.

Le 5 octobre 1999, le Figaro place à la une les patrons qui manifestent contre les 35 heures.
Le Figaro, Fourni par l’auteur

L’appel à la rue est l’apanage des seuls petits patrons qui l’ont utilisé pour des raisons dissemblables, dans les années 1950 lors des mobilisations poujadistes, autour de Gérard Nicoud à la fin des années 1960 ou dans les années 1990 avec la figure controversée de Christian Poucet. La mobilisation par réseaux sociaux des « pigeons » en 2012, suivie, de celles moins relayées de divers volatiles la même année, a fait exception aussi en utilisant des moyens innovants. Il y aura encore des manifestations patronales depuis 2000, celles des buralistes ou localement celles du bâtiment, ou autour du collectif Sauvons nos entreprises en 2014.

Malgré son opposition à la politique du début du quinquennat Hollande, le Medef n’ira pas au-delà de réunions publiques à Lyon, dans le Rhône, (avec cartons jaunes et sifflets) et à Paris (avec des petits drapeaux « Libérez l’entreprise »), et la CGPME d’une opération organisée devant Bercy avec une agence d’événementiel sur le thème du cadenas (« PME cadenASSEZ »).

La lente sortie des restrictions liées au Covid a vu fleurir les actions de rue à Lyon ou encore à Paris en 2020 ou le très original die in de Toulouse, en Haute-Garonne (France Bleu titrait « À Toulouse, place du Capitole, un millier de petits commerçants crient leur peur de mourir », en novembre 2020) initiative prise avec les métiers du spectacle, sur la thématique de la mort des entreprises (les manifestants transportant des cercueils et s’habillant en noir).

Mobilisations exceptionnelles contre la gauche en 1982 et en 1999

Les deux grands meetings de 1982 et de 1999 sont donc exceptionnels. Le 14 décembre 1982, le Conseil national du patronat français (CNPF, ancêtre du Medef) et les autres organisations patronales organisent, contre la politique économique et sociale de la gauche, les « États généraux des entreprises au service de la nation ». Ainsi, 25 000 patrons viennent à Villepinte et « adoptent » la Charte de Villepinte, cahiers de revendications et de propositions. L’opération est aussi interne, le président du CNPF, Yvon Gattaz, est alors contesté par certaines fédérations, et renforce alors sa légitimité :

« Tout le monde est venu, comme le grand Condé est venu auprès de Louis XIV après sa dissidence sous la Fronde », déclarait-t-il avec emphase, en 2007 (entretien avec l’auteur).

Le 4 octobre 1999, c’est contre les 35 heures (« Tout le monde ne chausse pas du 35 ») qu’Ernest-Antoine Seillière, président du tout nouveau Mouvement des entreprises de France (Medef, créé de manière militante l’année précédente à Strasbourg), contribue à rassembler quelque 30 000 personnes selon les organisateurs :

« J’ai monté en province des réunions, des congrès, des shows, des rassemblements absolument sans cesse », affirmait le patron des patrons, tout en soulignant le plaisir qu’il prenait à la tribune (entretien avec l’auteur, 2009).

Dans les deux cas, ce sont une succession de discours militants plus ou moins décapants et de témoignages « d’entrepreneurs de terrain » qui constituent la réussite de ces événements classiques, avec écrans géants et quelques pancartes plus ou moins contrôlées.

Le meeting « énorme » 13 octobre 2025

Le meeting du 13 octobre 2025, annoncé comme « énorme », aurait pu se nourrir de ces précédents, ainsi que des prestations très travaillées de Laurence Parisot (remarquée en 2007 à Bercy ou en 2008 au Parlement européen), et aurait été nécessairement jaugé en fonction des performances passées.

Ses organisateurs avaient tenté d’en formuler la réception :

« Une forme républicaine, pacifique, qui rassemblera le patronat au-delà du Medef. On ne descendra pas dans la rue. On réunira massivement, comme ce fut le cas par le passé, sous forme de meeting, des milliers de chefs d’entreprise de tout profil (…) Pour bien signifier que nous refusons d’être la variable d’ajustement de politiques qui nous paraissent contraires à la bonne marche de l’économie et à l’intérêt du pays », expliquait ainsi Patrick Martin, l’actuel président du Medef.

Il s’agissait pour ce dernier de mettre en scène les récentes propositions issues du « Front économique » dont le dirigeant a pris l’initiative. Mais aussi de proposer ce que l’on pourrait qualifier de « business pride » (marche patronale des fiertés). On ne saurait en effet oublier que cette volonté de mobilisation exprime une cristallisation d’un vieux mal-être patronal français.

En effet, depuis de très nombreuses années, les porte-paroles du patronat et certains grands patrons développent un discours de victimisation, d’incompréhension face à ce qu’ils estiment être la surdité et l’incompétence de l’ensemble des politiques. Il s’agissait donc – non seulement d’interpeller le gouvernement et l’ensemble des partis politiques –, mais aussi d’affirmer la fierté d’être entrepreneur.

(Re)faire entendre la voix des patrons

Les précédentes grandes mobilisations avaient eu lieu sous des gouvernements de gauche. Celle de 2025 a éclos dans une autre conjoncture politique, peu lisible et incertaine. Elle fait écho aux prises de parole répétée des organisations patronales et de patrons médiatiques, dans l’espace public depuis la dissolution (MM. Arnault, Trappier, Pouyanné, Niel, ou encore Leclerc et Pigasse).

Avec la victoire de Donald Trump, les analyses relatives à la « trumpisation des patrons français » se sont multipliées, soulignant l’acceptation latente ou la cooptation de Jordan Bardella, président du Rassemblement national, comme moindre mal face à la menace de La France insoumise (LFI) ou du Nouveau Front populaire (NPF), ou encore face à la taxe Zucman (dont l’auteur a été vilipendé par Patrick Martin et Bernard Arnault) imposant les ultrariches.

Il y a sans doute plusieurs colères patronales, puisque leurs intérêts et leurs quotidiens sont incomparables et plusieurs anticipations de l’avenir (la catégorie patronale est la plus hétérogène de toutes les professions et catégories socioprofessionnelles). Tous les patrons ne peuvent pas se faire entendre de la même manière.

L’ombre du RN sur le meeting

Les déclarations de Michel Picon (président de l’U2P), fréquemment sollicité par les médias, sonnent comme une rupture de l’unité patronale (la « finance » contre « le travail »). La crainte d’une salle peu garnie et atone a sans doute pesé sur cette décision de report, mais la possibilité d’un cavalier seul des petites et moyennes entreprises dans les relations sociales à venir apparaît comme l’une des « peurs » du Medef, dont la représentativité tient plus au bon plaisir de l’État qu’à un rapport des forces militantes.

Il est vraisemblable que certains grands patrons ont rappelé à l’ordre leur « commis » et que certaines fédérations ont donné de la voix au sein du Medef.

L’explication officielle de Patrick Martin, expliquant le report du meeting par sa volonté de contribuer à « l’apaisement du pays » après la démission de Sébastien Lecornu n’est donc pas la seule explication à ce retournement.

L’ombre du RN planait aussi sur le meeting de Bercy. Les petits et tout petits patrons peuvent s’y retrouver, et les grands anticipent de possibles accommodements comparables à ceux de Giorgia Meloni et du patronat italien, quand d’autres radicalisent leur discours par l’acquisition de médias (Vincent Bolloré ou Pierre-Édouard Stérin, voire le raidissement de Bernard Arnault, également propriétaire de journaux).

Reporter le meeting de Bercy, c’est aussi se donner le temps de voir venir. Car les patrons sont suspendus à une conjoncture politique où ils vont devoir choisir : considérer l’arrivée possible au pouvoir du RN comme un danger, ou cultiver la politique du moindre mal.


Michel Offerlé est l’auteur de Ce qu’un patron peut faire, (Gallimard, 2021), et de Patron (Anamosa, 2024).

The Conversation

Michel Offerlé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi la « business pride » du Medef n’aura pas lieu – https://theconversation.com/pourquoi-la-business-pride-du-medef-naura-pas-lieu-266270

A pro-democracy Venezuelan politician wins this year’s Nobel Peace Prize. Is it a rebuke to Trump?

Source: The Conversation – Canada – By James Horncastle, Assistant Professor and Edward and Emily McWhinney Professor in International Relations, Simon Fraser University

The Nobel Committee has ended months of speculation over the 2025 Nobel Peace Prize winner in selecting Venezuelan politician and activist María Corina Machado. With no obvious candidate this year, analysts spent months debating who should win the prestigious award.

In the end, however, the committee signalled its efforts to uphold the increasingly threatened liberal international order by selecting Machado, one of Venezuela’s key opposition figures and a proponent of democracy.

The politics of the prize

The Nobel Peace Prize, like most international awards, is highly subjective. In some years the winners may appear obvious, such as in 1994 when Yasser Arafat, Yitzhak Rabin and Shimon Peres shared the award for the Oslo Accord, but in other years, it’s not so clear; 2025 is one such year.

This ambiguity has given rise to many people and organizations angling for the award.

In 2025, United States President Donald Trump made a concerted and high-profile push for the award to cement his dubious legacy. Although many people found his demands for the award laughable, there is precedent for politics overstepping the reality of an individual’s contribution.

U.S. President Barack Obama received the 2009 Nobel Peace Prize for “extraordinary efforts to strengthen international diplomacy and co-operation between peoples.” But in reality, Obama had accomplished little to justify the award at that point of his political career just a year into his historic presidency.

Instead, the best justification that the committee chairman could offer was “we want to embrace the message that he stands for.”

In the case of Machado, the Nobel Committee chose to endorse both a message as well as actions.

Declining democracy in Venezuela

Democratic rights in Venezuela have declined significantly over the last two decades. Initially, people greeted the election of Hugo Chávez in 1998 as a significant break from the corruption and economic crisis that defined Venezuelan politics in the 1990s. They were wrong.

Once Chávez rose to power, his regime became increasingly authoritarian over time. The complete pivot to authoritarianism in Venezuela, however, happened after Chavez’s death under his successor, Nicolás Maduro, who assumed the presidency in 2013.

By 2016, outside observers argued that Maduro’s efforts to centralize power for himself constituted a “full-on dictatorship.” Despite several nominal elections since that time, Maduro has used a variety of tactics in order to guarantee he and his regime remain in power.

The Maduro regime’s tactics range from digital censorship to threats in the face of protests and outright violence. The people of Venezuela, in short, are far from free.

A champion for democracy

The tactics used by Maduro’s government to suppress the opposition means it requires considerable personal bravery and integrity to challenge the regime. Machado possesses such traits.

She’s faced considerable threats to her life throughout her political career. Starting in 2011, Machado was physically attacked by Chavez supporters. These attacks have escalated since Maduro assumed power.

While many of her fellow politicians have fled the country fearing such threats of violence, Machado has remained in the country and become a symbol of defiance and democracy for the opposition. Even though her centre-right views are not in alignment with much of the Venezuelan opposition’s political stances, she was nevertheless chosen to be the unity candidate in the 2024 Venezuelan presidential election.

Maduro’s government, fearing her appeal as a candidate, ultimately barred her from holding office.

Champion of a failing order

Machado’s personal bravery in the face of threats from the Maduro regime also highlights another matter the Nobel Prize committee seeks to highlight: the declining state of democracy at an international level.

Democracy is regarded by many as a foundational pillar for peace. The Nobel Prize committee is among them.

In awarding the 2025 Nobel Peace Prize, the committee noted:

“Democracy is a precondition for lasting peace. However, we live in a world where democracy is in retreat, where more and more authoritarian regimes are challenging norms and resorting to violence. The Venezuelan regime’s rigid hold on power and its repression of the population are not unique in the world.”

Most analyses suggest that liberal democracy is in decline at an international level. Whether through the development of hybrid regimes or outright authoritarian governments, democracy as both a concept and a practice is under threat.

Trump’s second stint in the Oval Office seems to vividly illustrate this decline. The U.S. president and his supporters have been quite explicit that their priority is “America First.” The U.S., which previously served as a champion of the liberal international order on the global stage, is anything but at the moment.

Furthermore, Trump’s domestic actions domestically that threaten the basis of democratic governance will undoubtedly embolden other politicians to pursue similar policies.

With the world’s traditional champion of democratic governance in retrenchment, other pro-democracy forces are stepping into the breach — including the Nobel Committee and its selection of Machado for the 2025 Nobel Peace Prize.

The Conversation

James Horncastle does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. A pro-democracy Venezuelan politician wins this year’s Nobel Peace Prize. Is it a rebuke to Trump? – https://theconversation.com/a-pro-democracy-venezuelan-politician-wins-this-years-nobel-peace-prize-is-it-a-rebuke-to-trump-267189

From artificial atoms to quantum information machines: Inside the 2025 Nobel Prize in physics

Source: The Conversation – USA – By Zhixin Wang, Postdoctoral Researcher in Physics, University of California, Santa Barbara

This illustration shows, from left to right: John Clarke, Michel Devoret and John Martinis. Niklas Elmehed © Nobel Prize Outreach, CC BY-NC

The 2025 Nobel Prize in physics honors three quantum physicists – John Clarke, Michel H. Devoret and John M. Martinis – for their study of quantum mechanics in a macroscopic electrical circuit.

Since the prize announcement, cheers and excitement have surrounded the home institutions of these laureates in Berkeley, Santa Barbara and New Haven.

The award of this prestigious prize to pioneering research in quantum physics coincides with the 100th anniversary of the birth of quantum mechanics – a revolutionary scientific theory that forms the foundation of modern physics.

Quantum mechanics was originally formulated to explain and predict the perplexing behaviors of atoms, molecules and subatomic particles. It has since paved the way for a wide range of practical applications, including precision measurement, laser technology, medical imaging and, probably the most far-reaching of all, semiconductor electronic devices and computer chips.

Yet numerous aspects of the quantum world have long remained mysterious to scientists and engineers. From an experimental point of view, the tiny scale of microscopic particles poses outstanding challenges for studying the subtle laws of quantum mechanics in laboratory settings.

The promises of quantum machines

Since the closing decades of the past century, researchers around the world have sought to precisely isolate, control and measure individual physical objects, such as single photons and atomic ions, that display quantum behaviors under very specific experimental conditions. These endeavors have given rise to the emerging field of quantum engineering, which aims to utilize the peculiarities of quantum physics for groundbreaking technological innovations.

A man speaking at a podium with a 'Berkeley ' sign on it
John Clarke, an emeritus professor of physics at the University of California, Berkeley, speaks on Oct. 7, 2025, at a press conference on the campus celebrating his 2025 Nobel Prize in Physics.
Karl Mondon/AFP via Getty Images

One of the most promising directions is quantum information processing, whose goal is to design and implement machines that can encode, process, transmit and detect information in “strange” quantum manners: For instance, an object can be in a superposition of different states at the same time. Distant objects can manifest quantum entanglement – remote correlations that escape all possible classical interpretation. Compared with their conventional electronics predecessors, quantum information machines could have advantages in specific tasks of computation, simulation, cryptography and sensing.

The realization of such quantum machines would require experimenters having access to reliable physical components that can be assembled and controlled on the human scale, yet fully obey quantum mechanics. Counterintuitive as it might sound, can we break the implicit boundaries of the natural world and bring microscopic physical laws into the macroscopic reality?

Quantum mechanics in an electrical circuit

In 1985, the three Nobel laureates – then working in the same research group at the University of California, Berkeley – provided an affirmative answer to the question above. They were studying electrical circuits made of superconductors. Superconductivity is a special state of matter famous for conducting electrical currents without resistance, due to underlying quantum mechanical interactions of electrons at low temperatures. For the first time, the trio observed distinct quantum behaviors of a macroscopic physical variable.

In a superconductor, two electrons bond together to form a Cooper pair. These electron pairs condense into a macroscopic state, which can be described by a collective phase variable shared by all its microscopic constituents. In this state, trillions or more electrons effectively behave like a single entity, resembling the mass collections of atoms that form everyday objects like pendulums or billiard balls.

To observe the quantum mechanical motion of this macroscopic phase variable, the three scientists fabricated a device called the Josephson junction, which consists of two pieces of superconductors separated by an insulator layer thinner than 1/10,000 of a human hair. They discovered that, at sufficiently low temperatures (below −273 degrees Celsius, or −459 degrees Fahrenheit), the phase variable difference across the Josephson junction shows a unique quantum mechanical phenomenon known as quantum tunneling, where an object may escape a barrier without the need to climb over its summit.

Furthermore, the team exposed the Josephson junction to microwave electromagnetic radiation whose frequency is close to that of Wi-Fi signals. They measured energy levels of the circuit at discrete, or quantized, values, which are usually present only in microscopic atoms and molecules. The device used in these experiments can thus be referred to as an “artificial atom” – namely, an electrical circuit with atom-like properties, which is at once macroscopic in size, adjustable in design, and quantum mechanical in nature.

Implications and outlooks

The groundbreaking works by Clarke, Devoret and Martinis have had many profound impacts. On the fundamental level, they suggested that distinct quantum phenomena – once thought to exist only at the microscopic level – can actually manifest at much larger physical scales. In the meantime, the invention of superconducting artificial atoms has opened brand-new avenues toward building useful quantum machines with advanced engineering techniques.

Based on these discoveries, researchers – including these Nobel Prize recipients and their research groups – have made significant achievements in constructing prototype quantum computers using superconducting quantum circuits in the decades since. The elementary device unit that makes up these information processors is the superconducting quantum bit, or “qubit” for short. Each superconducting qubit is an artificial atom containing one or more Josephson junctions. Its quantum state can be precisely prepared, manipulated and measured by experimenters. The perfection and integration of superconducting qubits are among the state-of-the-art challenges in quantum information technology.

2025 Nobel laureate John Martinis discusses the roadmap of building a quantum computer at the 2016 Adiabatic Quantum Computing Conference in Los Angeles.

The 2025 Nobel Prize for physics recognizes original investigations in the intersection of basic and applied sciences. The prize recipients tested profound quantum mechanical hypotheses through clear and rigorous experimentation.

From those artificial atoms have emerged the audacious efforts and rapid progress in building practical quantum information machines. The combination of pure intellectual inquiries and engineering advancement has been shaping this interdisciplinary field since its creation.

This Nobel Prize is therefore a tribute to the three inventors of superconducting quantum circuits, whose inquisitive minds, broad visions and adventurous attitudes represent the true scientific spirit and will continue to inspire future generations.

The Conversation

Zhixin Wang does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. From artificial atoms to quantum information machines: Inside the 2025 Nobel Prize in physics – https://theconversation.com/from-artificial-atoms-to-quantum-information-machines-inside-the-2025-nobel-prize-in-physics-266976

Opa del BBVA al Banco Sabadell: capítulo final

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jorge Hernando Cuñado, Profesor de Dirección y Organización de Empresas, Universidad Complutense de Madrid

La sede del BBVA en Madrid. José Miguel Sánchez/Shutterstock

El viernes 10 de octubre a las 23.59 acaba el plazo para que los accionistas de Banco Sabadell acudan a la opa del BBVA, declarada hostil por la directiva de la entidad catalana. El Gobierno de España, en el Consejo de Ministros del 24 de junio de 2025 y tras someter la operación a consulta pública, autorizó la oferta bajo condiciones estrictas para proteger el interés general. En consecuencia, la opa podrá ejecutarse siempre que al menos el 50 % de los accionistas del Sabadell la acepten.

En septiembre de 2025 el BBVA mejoró su oferta, elevando su valor inicial en un 10 %. La propuesta es mayoritariamente en acciones: por cada 4,83 títulos del Sabadell se ofrecería una acción de nueva emisión del BBVA, con un pequeño ajuste en efectivo para redondear el canje. Por su parte, el Consejo del Banco Sabadell ha mantenido la recomendación a sus accionistas de rechazar la oferta, argumentando que la valoración es insuficiente y que el valor real del banco es significativamente superior al ofertado.

Ahora mismo existe una gran incertidumbre sobre el desenlace. Tras el vencimiento del plazo, los resultados definitivos se publicarán el 17 de octubre a través de la CNMV.

Se barajan tres escenarios posibles:

  1. La aceptación supera el 50 % del capital: la opa prosperaría y la fusión se realizaría bajo los términos acordados y las condiciones impuestas por el Gobierno.

  2. Se sitúa entre el 30 % y el 50 %: la normativa exige al BBVA lanzar una oferta adicional obligatoria en efectivo por el resto del capital no aceptado, sin poder ofrecer un precio inferior al de la oferta inicial.

  3. La aceptación es inferior al 30 %: la opa se considerará fallida y no se producirá la fusión.

El escenario intermedio, entre el 30 y el 50 %, es considerado el más probable . El desenlace dependerá de la capacidad del BBVA para convencer a un número suficiente de accionistas del Sabadell.

Riesgo fiscal para los aceptantes

Existe un riesgo fiscal para los residentes en España: si la opa no supera el 50 %, quienes hayan aceptado podrían verse obligados a tributar por las plusvalías al no cumplirse la neutralidad fiscal prevista.

Entre los accionistas relevantes, Zurich Insurance, con alrededor del 4,9 % del capital, ha anunciado públicamente que no acudirá a la oferta por considerarla poco atractiva. En cambio, David Martínez, consejero del Sabadell y titular de aproximadamente el 3,8 % de las acciones, ha expresado su apoyo a la operación
.

Desde el punto de vista económico, de salir adelante la opa la entidad resultante vería mejoradas la eficiencia operativa (gracias a las economías de escala), aumentaría su rentabilidad por las sinergias (o sea, el valor de la empresas resultante de la fusión es mayor que el valor individual de las empresas fusionadas) y reforzaría la posición competitiva internacional del BBVA. Pero por otro lado, incrementaría el riesgo sistémico derivado del tamaño del banco resultante y reduciría la competencia, al concentrarse buena parte del mercado financiero español en tres grandes entidades (CaixaBank, Banco Santander y BBVA).




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Objetivo de Europa: bancos más grandes y solventes

Desde la crisis de 2008, tanto el Banco Central Europeo como la Comisión Europea impulsan un modelo bancario basado en la consolidación y la solvencia. El objetivo es contar con menos bancos, pero más grandes y sólidos, con supervisión centralizada por parte del BCE y de la Autoridad Bancaria Europea y avanzar hacia un mercado bancario único que resista mejor a las crisis financieras.

Uno de los fines es competir con los gigantes estadounidenses y asiáticos. Sin embargo, la Unión Europea aún carece de un auténtico “campeón bancario continental”, y operaciones como la de BBVA–Sabadell se interpretan como pasos intermedios hacia integraciones transnacionales futuras.

No obstante, este modelo también presenta riesgos estructurales: mayor exposición al riesgo sistémico –las entidades “demasiado grandes para caer” (too big to fail) que ya vivimos durante la crisis de 2008–, dependencia del BCE como garante de estabilidad y pérdida de la diversidad financiera local, que cumple funciones económicas y sociales esenciales.




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Adaptarse al cambio

Esta opa representa una respuesta adaptativa a un entorno cada vez más complejo, marcado por márgenes estrechos, competencia digital y presión regulatoria. Pero también implica una reducción de la diversidad, un debilitamiento de la descentralización y una pérdida de raíces locales dentro del sistema financiero español.

En breve conoceremos el desenlace, que marcará un nuevo capítulo en la reconfiguración del sistema bancario español y, posiblemente, en la propia arquitectura financiera europea.

The Conversation

Jorge Hernando Cuñado no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Opa del BBVA al Banco Sabadell: capítulo final – https://theconversation.com/opa-del-bbva-al-banco-sabadell-capitulo-final-267248

María Corina Machado, Nobel de la Paz 2025: la estrategia de la constancia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Benigno Alarcón, Director of the Center for Political Studies, Universidad Católica Andrés Bello

María Corina Machado, en 2014. Carlos Díaz/Wikimedia Commons, CC BY

Nacida en Caracas en 1967, ingeniera industrial, cofundadora de Súmate y exdiputada, María Corina Machado se formó políticamente en la intersección entre integridad electoral, ciudadanía activa y democracia con libertades políticas y económicas para todos.

Sobre esa base, y apoyada en una amplia plataforma cívica, obtuvo el 22 de octubre de 2023 una victoria abrumadora en la primaria opositora, lo que legitimó su liderazgo al frente del movimiento democrático. Pese a ello, en 2024 fue inhabilitada por el gobierno, contraviniendo el espíritu del Acuerdo de Barbados.

Sin embargo, se mantuvo en la ruta electoral apoyando con generosidad y entrega máxima la candidatura unitaria de Edmundo González Urrutia.




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Voto, calle y diplomacia

Las presidenciales de 2024 –marcadas por graves irregularidades– concluyeron con la proclamación oficial de Nicolás Maduro, mientras la oposición afirmó, con actas en mano, la victoria de González Urrutia. Varios gobiernos reclamaron verificación y Estados Unidos reconoció a González como “presidente electo”.




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En ese contexto, Machado y su equipo han afrontado persecución. Desde el 9 de enero de 2025, tras una detención seguida de liberación en circunstancias opacas, ella ha tenido que resguardarse. Aun así, no habilitó salidas insurreccionales: sostuvo la verdad electoral, preservó la organización social y escaló la presión diplomática.

Esa combinación –voto, calle no violenta y diplomacia– es el corazón estratégico que hoy explica este reconocimiento a través del Nobel de la Paz.

¿Dónde está hoy Venezuela?

Hoy, el país vive un agravamiento de la suspensión del Estado de derecho, que se viene arrastrando desde la llegada de Chávez al poder, en 1999, y se ha acentuado progresivamente desde el ascenso de Maduro en 2013. Instituciones capturadas, resultados disputados y nunca auditados, coerción selectiva, tejido social exhausto.




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Maduro: objetivo, silenciar a la disidencia


La documentación de 2024–2025 sobre violaciones de derechos humanos en el contexto electoral deja poco margen de duda. Sin embargo, persiste un sustrato ciudadano reacio a ceder su voz. En este paisaje, el liderazgo de Machado –de facto y moral– ha operado como columna vertebral de la resistencia cívica, a pesar de detenciones, exilios y amenazas.

A pesar de todo, octubre de 2025 será, para la memoria colectiva venezolana, un mes de señales. El 19 de octubre, el Vaticano canonizará al doctor José Gregorio Hernández y a la madre Carmen Rendiles, los dos primeros santos de un país profundamente creyente. También en octubre, y por sorpresa, Venezuela celebra que a una mujer venezolana se le haya concedido el Nobel de la Paz (Baruj Benacerraf, nacido en Caracas, obtuvo el de Medicina en 1980). No se confunden los lenguajes –fe y política– pero se reflejan en el espejo de una misma ética de servicio al país y a sus ciudadanos a través de valores espirituales como la resiliencia, la constancia, la templanza y la fidelidad a la verdad.

El cruce de símbolos recuerda que la grandeza nacional no siempre se mide en conquistas materiales.

Efectos geopolíticos y domésticos

El reconocimiento reconfigura incentivos en tres planos:

  1. Eleva el costo reputacional de quienes intentan normalizar el autoritarismo venezolano.

  2. Endurece la condicionalidad de cualquier negociación: el estándar ya no es “diálogo por el diálogo”, sino verificación, cronograma, cumplimiento y retorno a la democracia.

  3. Empodera a la diáspora como actor diplomático y económico con una narrativa transversal –no partidista– que articula libertad, democracia y derechos humanos.

Hacia adentro, el Nobel consolida una doble legitimidad del liderazgo de Machado: de origen, por su investidura cívica y la victoria en la primaria, y de ejercicio, por su negativa a trivializar la violencia y su papel en la unificación opositora. Cada intento de criminalizarla chocará con un blindaje simbólico global.

Hacia afuera, se robustece su capacidad de interlocución con gobiernos y organismos: deja de ser “oposición local” para convertirse en referente normativo hemisférico sobre cómo se defiende la democracia en contextos cerrados y altamente represivos como el venezolano.

Asimismo, el lauro facilita en Washington, Europa y la región –tanto para los gobiernos como para los parlamentos– un marco más nítido para calibrar decisiones inteligentes que faciliten la transición democrática.

La propia Machado ha pedido mayor acción frente al endurecimiento del régimen, la represión y el control institucional. El premio reconoce su autoridad moral para plantearlo sin que se desdibuje el carácter pacífico de su estrategia, y aumenta los costos para los normalizadores del autoritarismo dentro y fuera de Venezuela.

Una lectura personal

Hemos sido testigos, a través de los años, del crecimiento como líder de María Corina Machado en medio de un ambiente muy hostil. Su mérito no es la infalibilidad –nadie la tiene–, sino la voluntad de aprender y persistir: abandonar maximalismos, tejer alianzas, aceptar el escrutinio, resistir tentaciones de violencia y mantener la brújula moral cuando otros la pierden y los incentivos colocados por el régimen han empujado a muchos liderazgos al despeñadero.

María Corina Machado se enfrenta a Chávez en 2012 en el Congreso de Venezuela.

Por eso este Nobel trasciende lo personal y la reconoce como el eje de unidad y coordinación entre actores democráticos pero dispersos –líderes políticos y sociales, iglesia, academia, empresa, aliados democráticos– en torno a una agenda común: unas elecciones con resultados legítimos, el retorno a la democracia y la búsqueda de una salida que minimice daños y garantice el futuro del país.




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El Nobel de la Paz 2025 no resuelve la transición, pero recalibra el tablero. Cuando un país contempla, en el mismo mes, la canonización de sus dos primeros santos y el reconocimiento global de quien encarna su lucha cívica, no asiste a un milagro fortuito: renace la esperanza al comprobar que la templanza también mueve montañas. El premio a María Corina Machado no concluye el camino, lo ilumina.

The Conversation

Benigno Alarcón no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. María Corina Machado, Nobel de la Paz 2025: la estrategia de la constancia – https://theconversation.com/maria-corina-machado-nobel-de-la-paz-2025-la-estrategia-de-la-constancia-267252

Government shutdown hasn’t left consumers glum about the economy – for now, at least

Source: The Conversation – USA (2) – By Joanne Hsu, Research Associate Professor at the Institute for Social Research, University of Michigan

Economic clouds gathering? Perhaps not yet. Brendan Smialowski/AFP via Getty Images

The ongoing federal shutdown has resulted in a pause on regular government data releases, meaning economic data has been in short supply of late. That has left market-watchers and monetary policymakers somewhat in the dark over key indicators in the U.S. economy.

Fortunately, the University of Michigan’s Surveys of Consumers is unaffected by the impasse in Washington and released its preliminary monthly report on Oct. 10, 2025; the final read of the month will be released in two weeks.

The Conversation U.S. spoke with Joanne Hsu, the director of the Surveys of Consumers, on what the latest data shows about consumer sentiment – and whether the shutdown has left Americans feeling blue.

What is consumer sentiment?

Consumer sentiment is something that we at the University of Michigan have measured since 1946. It looks at American attitudes toward the current state of the economy and the future direction of the economy through questions on personal finances, business conditions and buying conditions for big-ticket items.

Over the decades, it has been closely followed by policymakers, business leaders, academic researchers and investors as a leading indicator of the overall state of the economy.

When sentiment is on the decline, consumers tend to pull back on spending – and that can lead to a slowdown in the economy. The opposite is also true: High or rising sentiment tends to lead to increased spending and a growing economy.

How is the survey compiled?

Every month, we interview a random sample of the U.S. population across the 48 contiguous states and the District of Columbia. Around 1,000 or so people take part in it every month, and we include a representative sample across ages, income, education level, demography and geography. People from across all walks of life are asked around 50 questions pertaining to the economy, personal finances, job prospects, inflation expectations and the like.

When you aggregate that all together, it gives a useful measure of the health of the U.S. economy.

What does the latest survey show?

The latest survey shows virtually no change in overall sentiment between September and October. Consumers are not feeling that optimistic at the moment, but generally no worse than they were last month.

Pocketbook issues – high prices of goods, inflation and possible weakening in the labor market – are suppressing sentiment. Views of consumers across the country converged earlier in the year when the Trump administration’s tariffs were announced. But since then, higher-wealth and higher-income consumers have reported improved consumer sentiment. It is for lower-income Americans – those not owning stock – that sentiment hasn’t lifted since April.

In October, we also saw a slight decline in inflation expectations, but it remains relatively high – midway between where they were around a year ago and the highs of around the time of the tariff announcements in April and May.

Has the government shutdown affected consumer sentiment?

The government shutdown was in place for around half the time of the latest survey period, which ran from Sept. 23-Oct. 6, 2025. And so far, we are not seeing evidence that it is impacting consumer sentiment one way or another.

And that is not super-surprising. It is not that people don’t care about the shutdown, just that it hasn’t affected how they see the economy and their personal finances yet.

History shows that federal shutdowns do move the needle a little. In 2019, around 10% of people spontaneously mentioned the then-shutdown in the January survey. We saw a decline in sentiment in that month, but it did improve again the following month.

Looking back, we tend to see stronger reaction to shutdowns when there is a debt ceiling crisis attached. In 2013, for example, there was a decline in consumer sentiment coinciding with concerns over the debt ceiling being breached. But it did quickly rebound when the government opened again.

Whether or not we see a decline in sentiment because of the current shutdown depends on how long it lasts – and how consumers believe it will impact pocketbook issues, namely prices and job prospects.

The Conversation

Joanne Hsu receives research funding from NIA, NIH, and various sponsors of the University of Michigan Surveys of Consumers.

ref. Government shutdown hasn’t left consumers glum about the economy – for now, at least – https://theconversation.com/government-shutdown-hasnt-left-consumers-glum-about-the-economy-for-now-at-least-267264