La marche, premier mode de déplacement en France : ce que disent vraiment les statistiques de mobilité

Source: The Conversation – France (in French) – By Frédéric Héran, Économiste des transports et urbaniste émérite, Université de Lille

Les statistiques de mobilité orientent les politiques publiques. Or en France, la manière de les présenter, héritée des années du tout automobile, minore la part de la marche, ce qui pénalise le développement des mobilités actives. Et si on s’inspirait des approches statistiques déjà déployées ailleurs, par exemple en Suisse, pour mieux comptabiliser le temps passé à marcher ?


Les statistiques ne sont jamais neutres : elles sont le reflet de choix politiques répondant à un contexte historique spécifique. La manière de présenter les résultats des enquêtes statistiques sur la mobilité des personnes en France, qui a déjà 50 ans, n’échappe pas à cette règle. Elle conduit à sous-estimer fortement les déplacements à pied, au risque de continuer à favoriser des politiques en faveur des modes de déplacement motorisés.

Il est grand temps de réformer cet usage, comme l’a fait la Suisse il y a déjà 30 ans, si l’on souhaite redonner aujourd’hui davantage de place aux mobilités actives, tant pour des raisons sociales, économiques qu’environnementales.

Pour rappel, la marche est le mode de déplacement le plus inclusif, le plus démocratique et le moins nuisible à l’environnement, et pas seulement dans le cœur des grandes villes.




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Ce que disent les statistiques sur la mobilité

En France, depuis la standardisation des enquêtes sur la mobilité des personnes en 1976, les déplacements sont généralement présentés sous forme de « parts modales ». Il s’agit des parts, sur l’ensemble des déplacements comptabilisés, réalisées avec chaque mode de déplacement : voiture, deux-roues motorisé, transports collectifs, vélo, marche…

Évolution des parts modales en France, entre 1982 et 2019, pour les déplacements en semaine.
Dernières enquêtes nationales sur la mobilité des personnes

Dans les présentations classiques des données recueillies, la part modale de la marche apparaît très inférieure à celle de la voiture. Pourtant, quand on regarde l’autre grande source statistique que représentent les enquêtes sur la mobilité réalisées dans les grandes villes, les déplacements à pied dominent dans les centres-villes, et parfois également dans les banlieues denses de la proche périphérie. Mais partout ailleurs, c’est largement le contraire et le triomphe de la voiture apparaît ainsi incontestable.

Voitures stationnées directement sur le trottoir, ce qui empêche de l’utiliser.
Fourni par l’auteur

En conséquence, pour qui découvre ces statistiques ainsi présentées , dans la plupart des territoires, il paraît nécessaire de s’occuper en priorité des voitures, de leur accorder davantage de place pour circuler et stationner, même si cela doit se faire au détriment des espaces publics, des trottoirs, des places publiques et autres terre-pleins.

Ce qu’oublient de préciser ces représentations

Examinons ces chiffres de plus près. En réalité, ce qu’on nomme habituellement la « part modale de la marche » ne concerne que la « marche exclusive », c’est-à-dire les déplacements entièrement faits à pied, par les résidents, sur l’espace public et hors du temps de travail.

Par convention, on oublie ainsi :

  • la marche intermodale, c’est-à-dire les déplacements à pied pour rejoindre ou quitter un transport public ou une place de stationnement pour voiture, vélo ou deux-roues motorisé,

  • la marche effectuée dans des espaces privés ouverts au public, comme les centres commerciaux ou les gares,

  • la promenade ou la randonnée,

  • la marche pendant le travail, y compris quand elle est effectuée sur l’espace public, qui est pourtant très importante dans certaines professions,

  • la marche au domicile pour effectuer toutes sortes d’activités : du ménage au jardinage, en passant par le bricolage, etc.,

  • enfin, la marche réalisée par les visiteurs (touristes et autres non-résidents) du territoire.




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Comment expliquer une approche si restrictive ?

Les conventions statistiques sur la mobilité ont été élaborées dans les années 1960-1970 à l’époque du « tout automobile », puis des premiers efforts réalisés pour relancer les transports publics. Dans ce contexte, il fallait avant tout prévoir et dimensionner la voirie pour absorber un trafic motorisé fortement croissant, les piétons étant très peu considérés et les cyclistes censés disparaître.

Par convention dans les enquêtes sur la mobilité, un déplacement, c’est une personne qui va d’un lieu d’origine à un lieu de destination, avec un ou plusieurs modes et pour un motif particulier. Les modes sont hiérarchisés avec priorité aux plus lourds : d’abord les transports publics, puis la voiture, puis les deux-roues et enfin la marche.

Autrement dit, si une personne se rend à pied à un arrêt de bus, prend le bus, puis termine son trajet à pied, le déplacement est considéré comme ayant été fait en transport public et la part de marche est tout simplement ignorée. Dans cette approche, la marche devient un « résidu » statistique, c’est-à-dire ce qui reste une fois qu’on a pris en compte tous les autres modes de déplacement. Pourtant, les usagers des transports publics passent environ la moitié de leur temps à pied à marcher ou à attendre.




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Ces pays qui comptabilisent les déplacements différemment

Or, cette représentation des statistiques de déplacement en France est loin d’être la seule possible.

En Suisse par exemple, depuis une réforme des statistiques de la mobilité introduite en 1994, les résultats des enquêtes de mobilité sont présentés sous trois angles différents : les distances parcourues, le temps de trajet et le nombre d’étapes.

Par étape, on entend ici les segments d’un déplacement effectués à l’aide d’un seul mode de transport. Un déplacement en transport public, par exemple, compte le plus souvent une première étape à pied, puis une deuxième en transport public et une troisième à nouveau à pied : on parle de marche intermodale.

Ainsi, en 2021, en ne tenant compte que de la marche exclusive et de la marche intermodale, les Suisses ont passé chaque jour plus de temps à pied qu’en voiture.

Parts modales des moyens de transport utilisés en Suisse en 2021.
Office fédéral de la statistique suisse

Ailleurs, on réfléchit aussi à d’autres manières de présenter les résultats des enquêtes sur la mobilité, comme en Belgique ou au Royaume-Uni.

En réalité, 100 % de nos déplacements intègrent au moins une part de marche, même minimale lorsqu’il s’agit par exemple de simplement sortir de sa voiture sur le parking de son lieu de travail. La marche est à l’origine de toutes les autres formes de mobilité et les autres modes ne sont que des « relais du piéton ». Parce que nous sommes des bipèdes, la marche est évidemment notre premier mode de déplacement.

Vers une nouvelle approche en France ?

La France peut-elle changer sa façon de présenter les statistiques de mobilité, dans le sillage de ce que propose la Suisse ?

Pour prendre conscience de l’importance journalière de la marche, il convient de l’aborder en temps de déplacement total à pied. Une récente étude de l’Ademe révèle que nous passons chaque jour une heure et douze minutes à pied, soit beaucoup plus que la durée moyenne passée en voiture chaque jour, qui est de 37 minutes.

Ces résultats montrent aussi que la prise en compte de la marche intermodale augmente de 75 % la durée de la seule marche exclusive (dite « déplacements locaux intégralement à pied » dans le graphique ci-après). En tenant compte de tous les temps consacrés à se déplacer, la marche est sans conteste le premier mode de déplacement, loin devant la voiture.

Cette étude repose sur l’utilisation de deux enquêtes existantes mais sous-exploitées (l’enquête mobilité des personnes et l’enquête emploi du temps des Français) et en adoptant plusieurs hypothèses prudentes.

En quelques centaines de milliers d’années d’évolution humaine, la bipédie s’est hautement perfectionnée. Elle a permis de libérer nos mains, nous a rendus très endurants à la course et a contribué à développer notre cerveau. Puis, en 150 ans seulement avec l’avènement du transport motorisé, la marche utilitaire quotidienne s’est effondrée.

Pourtant, de par notre constitution, marcher régulièrement est essentiel pour rester en bonne santé, pour bien grandir, vivre mieux et bien vieillir. C’est un enjeu de santé publique. C’est pourquoi, il convient de réaliser des espaces publics confortables, de libérer les trottoirs du stationnement sauvage et autres obstacles, de ménager des traversées piétonnes sécurisées et de calmer la circulation automobile, sa vitesse et son volume. Pour appuyer de telles politiques, encore faudrait-il revoir notre manière de représenter la marche dans les résultats des enquêtes de mobilité.

The Conversation

Frédéric Héran est membre du conseil d’administration de l’association et groupe de réflexion Rue de l’Avenir

ref. La marche, premier mode de déplacement en France : ce que disent vraiment les statistiques de mobilité – https://theconversation.com/la-marche-premier-mode-de-deplacement-en-france-ce-que-disent-vraiment-les-statistiques-de-mobilite-272718

Peut-on encourager le covoiturage avec des subventions locales ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Guillaume Monchambert, Maître de conférences en économie, Université Lumière Lyon 2

Les personnes qui bénéficient des subventions locales pour le covoiturage ne sont pas toujours d’anciens automobilistes solos. Cette réalité limite donc les bénéfices de ces aides. Rawpixel.com/Freepik, CC BY

Le covoiturage est souvent perçu comme une des façons les plus simples de baisser les émissions de gaz à effet de serre des transports. Si le premier bilan des subventions locales visant à généraliser cette pratique est encourageant, il masque en vérité plusieurs aspects.


Face à l’urgence climatique et aux embouteillages chroniques des métropoles françaises, les pouvoirs publics cherchent des solutions pour réduire l’usage de la voiture individuelle. Les automobiles des particuliers sont la principale source des émissions de gaz à effet de serre du transport en France. Elles sont également émettrices de particules fines qui dégradent la qualité de l’air et augmentent les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires.

Face à cette réalité, le covoiturage est une piste qui suscite beaucoup d’espoir, car elle ne nécessite pas d’infrastructures lourdes supplémentaires, s’appuyant sur des ressources existantes de véhicules et de conducteurs. Parmi les solutions incitatives, les aides financières locales au covoiturage, notamment via des plateformes numériques, se développent depuis 2019. Mais ces subventions encouragent-elles vraiment plus de covoiturage ? Et quels sont les gains environnementaux dus à ces subventions ?

Des résultats probants, mais variables selon les territoires

La loi d’orientation des mobilités (LOM), promulguée en 2019, autorise les autorités organisatrices de mobilité à verser une incitation financière aux conducteurs et passagers d’un trajet en covoiturage. Le versement de cette subvention s’effectue principalement via des plateformes numériques qui organisent le covoiturage. La subvention moyenne pour un déplacement en covoiturage de 22 kilomètres s’élève à 1,60 euros.

Pour voir si ce levier est efficace, un jeu de données est précieux : celui du registre de preuve de covoiturage. Il centralise les données de trajets transmises par les plateformes partenaires. Notre étude récente utilise ces données pour mesurer la pratique du covoiturage organisé via plateforme dans 1 123 collectivités locales françaises entre 2019 et 2024.

Elle révèle que ce levier est effectivement puissant. En moyenne, l’introduction d’une subvention locale attribuée pour chaque déplacement augmente d’environ 5 trajets mensuels le nombre de trajets de covoiturage à courte distance (inférieurs à 80 kilomètres) sur plateforme pour 1 000 habitants concernés. Chaque euro de subvention supplémentaire par déplacement génère près de 4 trajets mensuels additionnels par 1 000 habitants. Autrement dit, les finances publiques locales, investies dans ce type d’incitation, produisent un effet tangible et mesurable sur le terrain.

Ce résultat masque cependant une forte diversité. L’effet des subventions est nettement plus marqué dans les zones urbaines denses et peuplées. À l’inverse, dans les territoires peu denses et ruraux, la subvention n’a quasiment aucun effet, traduisant les difficultés du covoiturage à s’implanter sans une masse critique d’usagers. Cette disparité met en lumière le rôle central des effets de réseau propres aux plateformes numériques : plus il y a d’utilisateurs, plus elles deviennent utiles, ce qui amplifie l’impact des subventions.

D’autres réalités doivent également être soulevées pour comprendre l’efficacité ou non de ces subventions, notamment du point de vue environnemental.

L’effet d’aubaine : inciter ceux qui viendraient de toute façon

L’effet d’aubaine se produit lorsque des utilisateurs auraient covoituré via la plateforme même en l’absence de toute subvention. Par exemple, un salarié habitué à organiser son covoiturage quotidien sur une application continue simplement à le faire, mais touche désormais une prime financière.

Ici, la dépense publique n’a donc pas changé son choix ni augmenté le nombre total de trajets partagés, ce qui dilue l’efficacité de la politique.

L’effet d’opportunité : attirer les covoitureurs informels sans créer de nouveaux trajets

L’effet d’opportunité correspond lui aux covoitureurs qui, sans subvention, auraient continué à partager leurs trajets en dehors des plateformes numériques (par exemple via le bouche-à-oreille ou des groupes privés). Lorsque la subvention est instaurée, ils transfèrent leur pratique sur la plateforme pour bénéficier des aides. Ainsi, le volume de trajets enregistrés croit artificiellement, sans que la part réelle du covoiturage dans la mobilité globale n’augmente. Par exemple, deux voisins qui organisaient ensemble leur trajet en voiture hors plateforme rejoignent l’application pour percevoir la prime, sans modification de leur habitude de déplacement. Une enquête du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) montre qu’un tiers des nouveaux covoitureurs attirés par les dispositifs d’incitation financière covoituraient déjà avant la mise en place de l’incitation.

Le report modal : comprendre d’où viennent les nouveaux passagers

Le facteur le plus décisif concerne cependant les sources du report modal : il s’agit d’identifier le mode de transport qu’un passager du covoiturage aurait utilisé si la subvention n’existait pas. Contrairement à l’idée reçue, une grande partie des nouveaux passagers du covoiturage issu de la subvention ne sont pas d’anciens automobilistes solo, mais d’anciens usagers du transport collectif (bus, train) ou parfois des modes actifs (comme le vélo ou la marche).

Prenons l’exemple d’une passagère qui renonce au TER pour un trajet covoituré subventionné : cela ne retire pas une voiture de la circulation, et les bénéfices pour la réduction des émissions sont nettement moindres que si elle avait quitté la voiture solo.

D’après l’enquête nationale sur le covoiturage pilotée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), 35 % des passagers du covoiturage courte distance via plateforme faisaient le déplacement en transports en commun avant de pratiquer le covoiturage, 11 % utilisaient un mode actif et 10 % ne faisaient pas ce trajet. Ce constat est valable tant pour le covoiturage court que longue distance, freinant fortement l’effet net de la politique sur les émissions de gaz à effet de serre.

Combien coûte réellement la tonne de CO₂ évitée ?

Pour obtenir une mesure de l’impact net des subventions, il est donc indispensable de corriger les chiffres bruts du nombre de trajets en tenant compte de ces trois effets. Selon notre étude, ces phénomènes expliquent qu’entre un tiers et la moitié de l’augmentation observée n’est pas associée à une réelle réduction de l’autosolisme ou des émissions.

Une manière de mesurer l’efficacité d’une politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et de la comparer à d’autres politiques, est de calculer le montant nécessaire pour éviter l’émission d’une tonne de CO2. Dans le cas du covoiturage, chaque tonne de CO2 évitée coûte à la collectivité entre 1 000 et 1 300 euros en subventions.

Ce chiffre se situe dans la fourchette haute des instruments de politique climatique en Europe, ce qui dénote une efficacité très relative. À titre de comparaison, le dispositif d’encouragement de l’adoption de la motorisation électrique a un coût pour les finances publiques de l’ordre de 600 euros par tonne de CO₂ évitée.

Vers une stratégie de long terme, ciblée et combinée

Ces résultats montrent bien la nécessité de concevoir des politiques qui ciblent précisément les changements de comportement les plus à même de réduire les émissions de CO2. Ces politiques seront d’autant plus efficaces qu’elles convainquent des autosolistes d’abandonner leur voiture pour covoiturer en tant que passager. Pour cela, des stratégies combinées seront nécessaires : incitations financières, infrastructures adaptées comme les voies réservées, développement de l’intermodalité…

Enfin, l’effet des subventions croissant dans le temps et le développement de la pratique du covoiturage invitent à une vision de long terme, loin des mesures ponctuelles d’effet d’annonce.

The Conversation

Guillaume Monchambert est membre du conseil scientifique de la Société des Grands Projets (SGP). Il a reçu des financements de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (Projet Covoit’AURA) et de la BPI (projet Mobipart). Il a effectué des activités de conseil pour SNCF Réseau et SNCF Voyageurs.

ref. Peut-on encourager le covoiturage avec des subventions locales ? – https://theconversation.com/peut-on-encourager-le-covoiturage-avec-des-subventions-locales-271261

Does running wear out the bodies of professionals and amateurs alike?

Source: The Conversation – France – By Sylvain Durand, Professeur de physiologie humaine au département STAPS, chercheur au laboratoire Motricité, Interactions, Performance, Le Mans Université

Running counts among today’s most popular sports. Sometimes the race is on even before the competition itself has started, as tickets for events sell out within hours. In France, this has got people talking about a “race for the runner’s bib”.

So, while running enjoys the reputation of a wholesome sport, the reality is that some of us feel stress at the simple prospect of donning a bib, while even a greater number of us face exhaustion upon completing a race such as a marathon or trail. So, what exactly is the toll of the sport on our bodies, and does our status as an amateur or a pro make a difference?

Working it out like a pro

It’d be easy to place professional and amateur runners in two separate boxes. Indeed, pros train hard–up to three times a day ahead of certain races. Life at those times is austere, punctuated by meals, runs and sleep, leaving little room for improvisation. And while you might think that the countless events around the world might dilute some of the demand for them, competition in such a universal sport is in fact fierce and professional runners need to push their bodies to the limit to get better at it.

High-level careers are often brief, lasting five or six years. Stories such as that of Eliud Kipchoge, the first man to run a marathon in under two hours (under non-certifiable conditions), sixteen years after becoming world champion in the 5,000 metres on the track, remain exceptions.

The significant mechanical stress inherent in the sport weighs on the muscles, tendons and skeleton. There are times when rest periods are short and it’s increasingly common to see athletes injuring themselves during competitions on live television, a surefire sign of physical and mental exhaustion. Some might consider these factors to be fairly typical: after all, these are top-level athletes.

Similarities between professionals and amateurs

But are world champs, next-door champs and ordinary runners really that different? Considering the tip of the iceberg of this question, the answer seems obvious: they don’t run at the same speed and therefore don’t spend the same time exerting themselves. But what about the submerged part: the pre-race prep, training, the individuals’ investment and self-sacrifice? When you want to break a record–your own record–don’t you give 100% of yourself, both physically and mentally?

Let’s consider the figures for the Paris Marathon in 2025: 56,950 registered for the race, 55,499 finishers. The mass event spells the same challenge for all: 42,195 km (around 26 mi) for the fifty or so athletes who might be considered elite and all the others who have to juggle it with their professional and family lives.

In truth, regardless of your level or speed, there are many similarities in how you prepare for a marathon, with identical training loads. Marathon training typically lasts ten to twelve weeks and includes essential elements such as “long runs”, a training session of around thirty kilometres recommended once a week.

No one escapes it. And there’s a whole range of science-based books on running, designed to guide the general public.

However, as training takes its toll on both body and morale, the risk of injury rises.

Trail or marathon prepping: increased risk of injury for amateurs

In fact, we most often see stress-related injuries among amateurs.

A high-level athlete doesn’t need to see a sports doctor. Why is that? Because they have built their careers over many years and have specific genetic characteristics that allow them to take on heavy training loads. They follow a specific programme that includes dietary measures, recovery phases and processes.

Professional athletes benefit from much better general and medical support than novice or amateur runners who, whether for individual or collective challenges, embark on projects such as marathons or trail running. This is how a runner like Christelle Daunay, after fifteen years of practice and modest beginnings at the national level, patiently built herself up to win the European Marathon Championships in Zurich in 2014.

French athlete Christelle Daunay wins the marathon at the European Athletics Championships in Zurich in 2014
French athlete Christelle Daunay wins the marathon at the European Athletics Championships in Zurich in 2014.
Erik van Leeuwen, CC BY

When physical stress takes its toll on professionals

The issue of physical stress has been raised for a long time. In the 1990s, it was already reported that simply running for 45 minutes rather than 30 minutes a day could double the frequency of injuries. Going from three to five weekly sessions had similar effects.

Christelle Daunay was no exception. She suffered a stress-related fracture in 2018, which prevented her from defending her title as European marathon champion in 2014. It should be noted that a “stress fracture” is a bone injury, similar to a crack, which can be caused by running long distances.

When ultra-trail puts body and mind to the test

The recent development of trail running (i.e. running in the great outdoors) only reinforces these concerns, with not just the wilderness but “ultra” aspect appealing to many.

The extreme sport has its own particularities. Due to the irregular terrain, its practice requires different joint and muscle movements and therefore greater concentration than road running. Add to that the effort’s duration, ranging from a few hours to a full day or more, the issues of nutrition, effort management, and muscle damage that sets in over time, and it’s easy to understand why these events lead to mental and physical fatigue, not only during the event itself, but also in the long term.

The conditions of running-related physical wear depend on many factors and vary from person to person. For example, on whether you jog to hit a speed or mileage goal.

Wearing out the body at a given moment to increase its resistance… to wear and tear

Whatever the focus, people often engage in specific training programmes, with physical and physiological progress relying on the human body’s remarkable adaptive capacity.

Note the paradox here: one of the principles of training is to stimulate the body, to “wear it out” at a given moment in time in order to trigger the physiological processes that will lead to improved capabilities, the fight against fatigue… and, ultimately, increased resistance to physical stress.

This fundamental process is the basis of physical rehabilitation/recovery programmes, which are increasingly used in physiopathological contexts, for example to treat peripheral artery disease or obesity.

However, at its most intense, training can require mental commitment, resistance to weariness, and a strong will to continue the effort over time despite fatigue.

Stress can therefore also be mental. This is perhaps the major difference between amateurs and professionals, who have no choice but to put their bodies under severe strain in order to progress in the high-level hierarchy.

Pros or amateurs, the importance of good coaching

Seeking to push their physical and mental limits can lead any runner to feel “worn out”. All these factors highlight the importance of being well supervised and advised (by coaches, in clubs, etc.) in order to train with a certain progression, both in terms of quantity and intensity, and to adapt one’s lifestyle.

No technical equipment is needed to run – an advantage which allows you to ideally experience your own body, provided you’re aware of races’ risks and limitations. And rest assured, if you still don’t enjoy this sport, there are plenty of other options available so you can find something that suits you and enjoy the health benefits of physical activity. What’s important is to keep moving.

Extract from What I Talk About When I Talk About Running by Haruki Murakami:

“Human beings naturally continue doing things they like, and they don’t continue what they don’t like. That’s why I’ve never recommended running to others. It doesn’t suit everybody. Similarly, not everyone can become a novelist.”


Benoît Holzerny, a health-promoting sports coach, and Cédric Thomas, a top athlete trainer (including the 2014 European marathon champion, Christelle Daunay), contributed to writing this article.

The Conversation

Sylvain Durand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Does running wear out the bodies of professionals and amateurs alike? – https://theconversation.com/does-running-wear-out-the-bodies-of-professionals-and-amateurs-alike-270507

Pourquoi reconstruisons-nous les monuments « à l’identique » ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrice Gourbin, Historien de l’architecture [maître de conférences à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Normandie], Ecole Nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux (ENSAP Bordeaux)

La reconstruction de Notre Dame de Paris, en avril 2024. CC BY

En 2019, la reconstruction de la charpente de Notre-Dame de Paris « à l’identique » des matériaux d’origine et de leur mise œuvre a été présentée comme une nécessité technique, historique et parfois même mystique. Or ce type d’attitude, relativement récente, mérite d’être interrogée en tant que fait culturel qui interroge le rapport de nos sociétés à leur histoire.


Fort de la mission qui lui avait été confiée par l’État dans les années 1830, le service des Monuments historiques fut pendant près de cent cinquante ans l’unique garant du patrimoine national.

Confronté aux dévastations de la Grande Guerre, il mit en place une doctrine de reconstruction des édifices ou parties d’édifices détruits qui fut reprise après la Seconde Guerre mondiale et se maintint inchangée jusqu’au milieu des années 1990. Il ne s’agissait pas de refaire les monuments « à l’identique » de ce qu’ils étaient avant la catastrophe, mais de leur redonner leur apparence originelle tout en les améliorant d’un triple point de vue, technique, archéologique et artistique.

Les charpentes furent par exemple reconstruites en béton armé pour des raisons d’économie, de facilité d’entretien et de résistance au feu. Le matériau pouvait aussi être utilisé pour renforcer des structures instables ou remplacer à moindre coût les maçonneries traditionnelles. À Rouen, la grande voûte en bois de la salle des procureurs du palais de justice, incendiée en mars 1944, fut reconstituée dans son apparence grâce à un voile mince de béton armé supportant à la fois un lambris de bois intérieur et la couverture extérieure en ardoises épaisses. La modification concernait l’ensemble de la structure de l’édifice : du fait de la poussée de la nouvelle voûte, trois fois plus lourde que l’ancienne, il fallut renforcer les fondations en sous-œuvre et forer l’épaisseur des murs pour y installer des tirants métalliques reliant la voûte, le plancher intermédiaire en béton et les fondations.

Retrouver un état de « référence »

Sur le plan archéologique, il était courant de supprimer des éléments considérés comme non pertinents, en particulier ceux du XIXᵉ siècle, une période dévalorisée de l’histoire de l’art. Le but était de retrouver un état de référence, souvent le plus ancien connu. Par exemple pour la reconstruction de l’église de Carignan (Ardennes) détruite en 1940, l’architecte en chef Yves-Marie Froidevaux choisit de revenir à l’état de 1681 en remplaçant la tour-porche du XIXe en pierre par un clocher en charpente de style classique.

Politiques de création

Enfin, la dernière amélioration concernait le domaine de la création. Si les éléments décoratifs répétitifs (corniches, garde-corps, décor géométrique ou végétal, modénature étaient refaits tels qu’ils étaient avant la catastrophe, ce n’était généralement pas le cas des éléments artistiques uniques, tels que tympans sculptés, chapiteaux, vitraux, mobilier. Leur remplacement était alors une occasion de faire appel à des créateurs contemporains.

Lors de la première reconstruction, des commandes furent passées auprès des artistes au cas par cas pour remplacer les éléments mobiliers détruits. Lors de la seconde, le service des Monuments historiques vit dans les destructions une opportunité de développer une politique de création dans les monuments anciens, en particulier dans le domaine du vitrail. L’intervention n’était pas uniquement réparatrice : les objets et vitraux du XIXe siècle, considérés comme inappropriés, étaient souvent supprimés, qu’ils soient endommagés ou non, au profit de créations neuves. La commande reposait sur une conception corporatiste : l’objectif était de créer une classe d’artisans spécialisés dans l’intervention en milieu patrimonial. Ce n’est qu’en 1955 que les commandes commencèrent à s’ouvrir à des artistes qui n’étaient pas aussi des maîtres-verriers, comme Jacques Villon (à Metz) ou Marc Chagall (à Reims).

Les dernières interventions sur les monuments endommagés par la seconde guerre mondiale datent du milieu des années 1980. À Rouen, la flèche de la tour Saint-Romain de la cathédrale fut reconstruite en 1984 avec une charpente en béton armé.

Incontestée, la reconstruction-amélioration s’appliquait à toutes sortes d’interventions, post-catastrophe ou non : la reconstitution des combles du Parlement de Bretagne à Rennes après l’incendie de 1994, la remise en état d’usage du château de Falaise (Calvados) à partir de 1997 ou de celui de Suscinio (Morbihan).

Nouvelles pratiques de reconstruction

Mais le milieu des années 1990 fut aussi celui de l’émergence de nouvelles pratiques de (re)construction, en dehors du champ d’action du service des Monuments historiques. Les interventions s’inspiraient des méthodes de l’archéologie expérimentale qui cherchait, par la reproduction du geste créateur, à mieux comprendre les artefacts originaux. À Saint-Sylvain-d’Anjou, une association initiée par le maire de la commune restitua un château à motte en bois de l’an mil à quelques du site originel afin de l’ouvrir à la visite. À Rochefort la reconstruction de la frégate l’Hermione débuta en 1992 avec un double objectif. Il s’agissait non seulement de refaire un objet à valeur mémorielle et patrimoniale, mais aussi de mettre en scène sa fabrication dans le cadre d’un chantier immersif ouvert au public.

La construction du château (imaginaire) de Guédelon qui débuta en 1997 reposait sur la même stratégie, mais avec une exigence supplémentaire dans le domaine de l’archéologie de la matière et du geste. Il s’agissait de retrouver les savoir-faire et les matériaux correspondant à la période de référence qui avait été choisie. Les interférences avec le présent étaient évacuées pour la science mais aussi pour le spectacle, avec par exemple des ouvriers vêtus de costumes médiévaux.

Le patrimoine-spectacle existait déjà : le premier son et lumière avait eu lieu à Chambord en 1950 avec un succès planétaire et de multiples avatars au fil du temps comme celui du Puy-du-Fou. Guédelon y ajoutait une dimension scientifique et son succès témoignait de la profondeur des attentes du public, qui n’était pas seulement consommateur de divertissement.

Les actuels chantiers de la charpente de la cathédrale de Paris et de la flèche de l’abbatiale de Saint-Denis sont dans la continuité de ce renversement des pratiques engagé dans les années 1990. La triple amélioration qui caractérisait les reconstructions suivant les deux guerre mondiales s’est évaporée. Dévalorisées, les techniques modernes sont considérées comme inappropriées au moment même où leur utilisation plus que centenaire aurait pu en démontrer la pertinence économique et structurelle.

Quant à l’amélioration créative, elle paraît désormais anachronique comme le montre le procès intenté à l’encontre de l’insertion de vitraux contemporains à Notre-Dame de Paris voulue par le président de la République. Appliquant les leçons de Rochefort et Guédelon, les deux chantiers parisiens convoquent science et spectacle. Il s’agit tout autant de retrouver l’apparence ancienne que de s’assurer du geste et de la matière ancienne, sous le regard du public qui est invité à suivre l’avancement des travaux, sur site (à Saint-Denis) ou en différé (à Paris) par médias interposés. Enfin l’équilibre économique est assuré de la même manière, par les dons et les recettes du chantier-spectacle.

La reconstruction de tout ou partie du patrimoine disparu a-t-elle trouvé un nouveau départ ? Le patrimoine-spectacle, qui est aussi patrimoine-science a trouvé son public, mais il ne s’applique qu’à des édifices iconiques de l’histoire nationale. Peut-être marque-t-il la fin de cette expansion patrimoniale dénoncée par les experts dans les années 1990, de l’historienne Françoise Choay, qui y voyait le signe d’un « narcissisme collectif », au directeur de l’architecture et du patrimoine François Barré qui s’inquiétait de l’abus patrimonial. Quoiqu’il en soit, le patrimoine-spectacle-et-science peut dès maintenant être érigé en emblème du champ culturel patrimonial des années 2020.


Cet article est publié dans le cadre de la série « Regards croisés : culture, recherche et société », publiée avec le soutien de la Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle du ministère de la culture.

The Conversation

Patrice Gourbin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi reconstruisons-nous les monuments « à l’identique » ? – https://theconversation.com/pourquoi-reconstruisons-nous-les-monuments-a-lidentique-263672

Les États-Unis arraisonnent un navire battant pavillon russe : que dit le droit de la mer ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Andrew Serdy, Professor of the Public International Law of the Sea, University of Southampton

Les États-Unis affirment avoir agi dans le respect du droit international. La Russie dénonce une violation manifeste du droit de la mer. Entre accusations et contre-accusations, l’arraisonnement d’un navire battant pavillon russe soulève un point de droit de la mer inédit.


Les relations entre les États-Unis et la Russie ont connu un nouvel accroc après que les garde-côtes américains ont abordé un navire naviguant dans les eaux islandaises, affirmant qu’il violait les sanctions visant le Venezuela. L’incident a immédiatement donné lieu à des accusations et contre-accusations entre les États-Unis et la Russie.

Washington a affirmé avoir agi correctement, exécutant un mandat délivré par un tribunal fédéral américain. De leur côté, des responsables russes ont déclaré, selon l’agence de presse russe Tass, que cet arraisonnement constituait une violation manifeste du droit de la mer, affirmant qu’« aucun État n’a le droit d’employer la force contre des navires dûment enregistrés dans les juridictions d’autres États ». Le communiqué précisait que le Bella 1 — récemment rebaptisé Marinera — avait reçu une autorisation temporaire de naviguer sous pavillon russe le 24 décembre.

Les garde-côtes américains abordent le pétrolier « Bella I », un tanker, en mer du Nord Atlantique.
Les garde-côtes américains abordent le pétrolier « Bella I », un tanker, en mer du Nord Atlantique.
US Secretary Kristi Noem/X

Contrairement à l’enlèvement spectaculaire du président vénézuélien, Nicolás Maduro, de son palais de Caracas le 3 janvier — une opération que les États-Unis ne semblent même pas tenter de justifier en droit international — l’interception du Marinera/Bella 1 paraît soulever un point inédit du droit de la mer, susceptible d’offrir au moins une certaine marge à Washington pour se présenter comme étant du côté du droit.

Avant l’enlèvement de Maduro, les États-Unis semblaient choisir avec un certain soin les navires transportant du pétrole vénézuélien qu’ils prenaient pour cibles. Il s’agissait soit de navires sans nationalité, soit de navires soupçonnés d’arborer un faux pavillon, ce qui ne leur confère aucune protection au titre de l’article 92 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), laquelle constitue également la règle de droit international coutumier applicable aux États non parties comme les États-Unis.

Les navires sans nationalité sont vulnérables

Se trouver sans nationalité, ou adopter une conduite qui offre aux navires de guerre en haute mer un fondement valable pour traiter un bâtiment comme tel, est une position à haut risque que tout navire a tout intérêt à éviter. En effet, un navire sans nationalité n’a, par définition, aucun État sous le pavillon duquel il est enregistré pour faire valoir à son profit la juridiction exclusive et protectrice qui s’exerce en haute mer.

La CNUDM prévoit par ailleurs qu’un navire qui navigue sous les pavillons de deux États ou plus, et les change en fonction des circonstances, « ne peut se prévaloir d’aucune des nationalités en question à l’égard de tout autre État ». Cela signifie qu’il peut être juridiquement considéré comme sans nationalité.

Ainsi, jusqu’au changement de pavillon signalé le 31 décembre, non seulement les États-Unis mais n’importe quel État étaient en droit de considérer le Marinera/Bella 1 comme un navire sans nationalité. Cela le rendait vulnérable à une interception en haute mer et à l’exercice, à son encontre, de la compétence répressive interne de l’État dont relevait le navire de guerre ou le bâtiment des garde-côtes procédant à l’interception.

La situation juridique demeure toutefois incertaine. La question pourrait être de savoir si les États-Unis poursuivaient déjà le Marinera/Bella 1 au moment où celui-ci a changé de pavillon. Si tel était le cas, Washington pourrait être fondé à ne pas tenir compte de la réimmatriculation.

La CNUDM prévoit ce qu’elle appelle le « droit de poursuite » (hot pursuit). Elle précise que « le droit de poursuite cesse dès que le navire poursuivi entre dans la mer territoriale de son propre État ou d’un État tiers ». Aucun autre cas de cessation de ce droit n’étant mentionné — y compris l’hypothèse où le navire cesserait d’être sans nationalité — cela laisse aux États-Unis la possibilité de soutenir qu’ils poursuivaient déjà le Marinera/Bella 1 et qu’ils n’étaient donc pas tenus de mettre fin à cette poursuite.


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Lors d’opérations menées avant l’aube ce matin, les garde-côtes américains ont arraisonné deux pétroliers de la « flotte fantôme » dans l’océan Atlantique Nord et dans les eaux internationales près des Caraïbes. Les deux navires avaient soit fait escale récemment au Venezuela, soit s’y rendaient.)


Mais cet argument reste fragile, car rien ne permet d’affirmer avec certitude qu’il s’agissait d’une véritable « hot pursuit ». En droit de la mer, cette notion s’applique à des poursuites engagées depuis l’une des zones maritimes de l’État concerné — et non en haute mer.

Accusations et contre-accusations

Jusqu’à présent, le ministère russe des Transports a affirmé que l’action des États-Unis contrevenait à la règle énoncée à l’article 92. La Russie soutient que le changement d’immatriculation est intervenu dès le 24 décembre. Face à cet argument, les États-Unis pourraient faire valoir que ce n’est qu’au moment où le pavillon russe a été peint sur la coque du navire — ce qui aurait eu lieu le 31 décembre — que l’article 92 pouvait être invoqué à leur encontre.

Article qui précise également qu’« un navire ne peut changer de pavillon au cours d’un voyage ou lors d’une escale, sauf en cas de transfert réel de propriété ou de changement d’immatriculation ». Cette disposition est souvent mal comprise et interprétée comme interdisant purement et simplement tout changement de pavillon en cours de route — comme cela semble avoir été le cas ici. Une lecture plus attentive montre toutefois que ce n’est pas exact : ce que la règle interdit, c’est un changement de pavillon sans changement d’immatriculation correspondant.

Mais ce n’est pas la situation ici. À supposer qu’il y ait bien eu une immatriculation effective en Russie, c’est cet élément qui fait foi. Le fait de peindre un pavillon sur la coque faute d’en disposer physiquement n’en est qu’un indice matériel.

Le changement de pavillon en cours de poursuite constitue un point inédit du droit international de la mer, dans la mesure où aucun précédent connu n’existe. En l’absence de réponse juridique claire, la manière dont cet incident se réglera est susceptible de faire jurisprudence. Il faudra donc entendre les argumentaires juridiques concurrents des États-Unis et de la Russie pour déterminer lequel se révèle le plus convaincant.

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Andrew Serdy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les États-Unis arraisonnent un navire battant pavillon russe : que dit le droit de la mer ? – https://theconversation.com/les-etats-unis-arraisonnent-un-navire-battant-pavillon-russe-que-dit-le-droit-de-la-mer-273021

¿Por qué nos gusta tanto Mariana Enriquez (también a los académicos)?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Enrique Ferrari, Vicedecano de investigación de la Facultad de Artes y Ciencias Sociales, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Mariana Enríquez en la presentación en Madrid de su libro _Un lugar soleado para gente sombría_ en 2024. Casa de América, CC BY-NC-ND

Estos años la escritora argentina Mariana Enriquez (sin tilde) parece estar en todas partes: en las librerías, en los medios de comunicación, en la academia. No es lo habitual que, a un mismo tiempo, se lea y estudie tanto a una escritora que solo tiene 50 años.

Pero su éxito sorprende aún más porque escribe literatura de género, terror fantástico casi siempre, una temática que genera suspicacias en muchos y que ella defiende con uñas y dientes. Y la defiende por su interés personal (como lectora es un género que siempre le ha gustado), pero también como punta de lanza de una reflexión de más calado en torno a su misión en la literatura, que parece tener muy clara.

Por qué gusta a los lectores

Quienes leemos cuentos conocimos a Mariana Enriquez con Los peligros de fumar en la cama (2009) y Las cosas que perdimos en el fuego (2016). Quienes no leen narraciones breves llegaron a ella con Nuestra parte de noche, Premio Herralde de Novela en 2019. En 2024 publicó los relatos Un lugar soleado para gente sombría y también ha escrito crónicas y ensayos, además de lanzar reediciones de sus novelas anteriores.

Nacida en Buenos Aires en 1973, es una de las autoras más leídas y valoradas de la narrativa contemporánea en español pero también tiene éxito en otros países, como Reino Unido o Estados Unidos. Entonces, ¿a qué viene este interés?

Masas de público haciendo cola para una presentación de Mariana Enriquez.
Masas de público haciendo cola para una presentación de Mariana Enriquez.
Casa de América, CC BY-SA

En primer lugar, a los lectores les gusta Mariana Enriquez por su destreza técnica para resolver las tramas, esquivando los lugares comunes, y también por su habilidad para construir personajes complejos.

Les atrae mucho su actualización del terror fantástico, en la que usa escrupulosamente los elementos del género para crear historias nuevas, no previsibles. Enriquez renueva cada tópico al hacerlo suyo.

Además, su uso de esas tramas ofrece un enfoque demoledor de los problemas sociales en la actualidad. Cada argumento es parte de un diagnóstico muy bien pensado, que remite siempre al miedo como una de las emociones más insistentes de nuestro tiempo. Se ha estudiado ya, por ejemplo, cómo trata la violencia machista, el maltrato a los niños, la aporofobia, la incomprensión social hacia las víctimas, la enfermedad o el trauma de la dictadura militar en Argentina.

Por qué gusta a los académicos

Con todo, Enriquez no solo tiene éxito entre los lectores. Google Scholar devuelve más de 3 200 resultados con su búsqueda. Scopus y Web of Science recogen ya más de 70 artículos sobre ella (los dos últimos Premios Cervantes, juntos, no llegan a cinco).

¿Qué es lo que ve el mundo académico en su literatura?

Portada de Nuestra parte de noche, premio Herralde de Novela

Anagrama

Valora su poética, su teoría literaria, que es desacomplejada, renovadora, retadora, audaz. También su reconstrucción de su propia genealogía literaria; su propuesta de renovación del canon literario, sin deudas sobrevenidas. Nuestra parte de noche, por ejemplo, es un verso de Emily Dickinson, traducido por la escritora argentina Silvina Ocampo, mientras que “Las cosas que perdimos en el fuego” es el título de una canción de Bastille, la banda indie británica.

Destaca también su papel prescriptor. Enriquez ejerce de introductora y guía de otros autores que le son cercanos o que le gustan, fundamentalmente iberoamericanos y mucho más desconocidos que ella, en un ejercicio que es de proselitismo (por qué no) pero también de crítica literaria y de literatura comparada, aunque sea en primera persona. Es una lectora abrumadora, certera y entusiasta.

Fantasmas de la sociedad

No hemos pasado por alto ni los lectores ni los académicos la ambición de su escritura. Su escritura pretende dar una explicación compleja de la realidad, sobre todo a partir de su comprensión de algo tan difícil de analizar como el miedo como emoción primaria del sujeto al enfrentarse al mundo.

Por ejemplo, muchos de sus cuentos fantásticos, casi todos, son historias de fantasmas. De estos, aproximadamente la mitad narran cómo los personajes son poseídos por espectros que controlan su voluntad, obligándolos a agredirse a sí mismos. En el plano técnico, esto le permite construir la historia con dos niveles –el real y el fantástico– y sostener una ambigüedad bien consistente que habilita ambas lecturas: pensar que el personaje padece un trastorno mental o que realmente está poseído.

Una mujer de melena blanca habla con un micrófono.
Mariana Enríquez en París durante la presentación de su obra Los peligros de fumar en la cama en su edición en francés.
Guillermo Ramos Flamerich/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Pero, al mismo tiempo, abre la posibilidad de plantear un tratamiento más complejo de la víctima, centrado en cómo la perciben y atienden los otros personajes. Al confundirse víctima y agresor en un mismo cuerpo, se vuelve más difícil solidarizarse con el poseído: para los testigos solo hay un individuo haciéndose daño. Así, el personaje inicialmente agredido por el fantasma recibe una segunda agresión por la falta de comprensión y el abandono de su entorno, que lo identifica con el atacante. La víctima no es reconocida como tal; incluso se presenta ante los demás como una amenaza.

El terror como marcador social

Lo que hay detrás de estas posesiones es la incomprensión hacia quien sufre, un tema central en su narrativa. En su último libro de cuentos le da otra vuelta de tuerca a esta tesis al proponer también que los fantasmas son sujetos necesitados de cuidado, demandantes de cariño: ellos mismos son víctimas de una estructura social incapaz de ocuparse de los más vulnerables.

Sin embargo, que muchos de sus protagonistas sean espectros no encajona la narrativa de Mariana Enriquez en la literatura fantástica. Ella ha dicho que lo que le interesa es narrar el miedo, en cualquiera de sus formas. Y lo hace con una narrativa decididamente liminar: en la frontera de los géneros, esas zonas tan prometedoras, colmadas de posibilidades pero también de desasosiego; en esa franja de tierra de nadie que queda entre los puestos de control (con la fórmula que toma del escritor inglés de ciencia ficción J. G. Ballard). Eso es lo que nos gusta de su literatura: su capacidad para desquiciar la realidad y mostrárnosla más desprevenida.

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Enrique Ferrari no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Por qué nos gusta tanto Mariana Enriquez (también a los académicos)? – https://theconversation.com/por-que-nos-gusta-tanto-mariana-enriquez-tambien-a-los-academicos-269539

Así podemos activar el “modo antienvejecimiento” para resistir el paso de los años

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antonio Fernando Murillo Cancho, Profesor Asociado, Universidad de Almería

Halfpoint/Shutterstock

¿Por qué se “cuelga el sistema” de nuestro organismo a veces? Envejecer no es otra cosa que acumular pequeños fallos en las células. A medida que pasan los años, se dañan los genes y se acortan los extremos de los cromosomas. Las “centrales de energía” (mitocondrias) de nuestras células se agotan y aparecen errores en cadena. Si no limpiamos esos fallos y reparamos con rapidez, llegan antes las enfermedades.

Limite la corriente: comer menos y practicar ayuno intermitente

Bajar moderadamente las calorías ayuda al ahorro interno y mejora la reparación de piezas gastadas. Esto no implica hacer dietas extremas, sino reducir un poco la energía total o acotar las horas en las que comemos.

Varios estudios en humanos, incluido el ensayo clínico CALERIE, han demostrado que una reducción calórica moderada mejora los marcadores de inflamación, reduce la resistencia a la insulina y favorece un metabolismo más eficiente en adultos sanos. Estas mejoras aparecieron sin necesidad de llegar a un ayuno estricto.

Dejar transcurrir 14 a 16 horas entre cena y desayuno también ayuda. Es lo que se conoce como ayuno intermitente. En este enfoque no se come menos volumen total, sino que se concentra la ingesta en una franja del día de 8 o 10 horas, alargando el tiempo nocturno sin comer. Los estudios en personas con exceso de peso o síndrome metabólico han identificado descensos de glucosa, presión arterial y grasa abdominal, junto con una mejor regulación del apetito, simplemente cambiando el “cuándo” más que el “qué” se come.

¿Por qué? Al parecer, el cuerpo interpreta esa pausa como un reinicio suave. Si la cena es especialmente ligera, el efecto se potencia, ya que una cena temprana y menos copiosa se asocia con mejor control de la glucosa en ayunas y menor acidez nocturna, y favorece que el descanso nocturno se use para reparar tejidos en vez de seguir digiriendo comida pesada.

Actualizar el firmware moviéndonos cada día

El ejercicio funciona como una especie de taller de mantenimiento. Renueva piezas, recicla proteínas y mejora el azúcar en sangre. Además, el músculo activo envía señales antiinflamatorias.

No es preciso correr una maratón: basta con constancia y un plan sencillo. Tres días de fuerza y caminar la mayoría de días ya ayuda. Tanto en adultos de mediana edad como en personas mayores, programas sencillos de fuerza dos o tres veces por semana han conseguido aumentar la masa y la función muscular, reducir la grasa visceral y mejorar el control de la glucosa. La regularidad es el verdadero secreto.

Limpiar la caché: dormir mejor y a horas regulares

Dormir poco equivale a apagar mal el ordenador de nuestro cuerpo: quedan tareas críticas a medias y se acumula basura. El sueño profundo, por el contrario, activa la limpieza interna y la reparación.

Durante el sueño profundo se activa el sistema linfático, un mecanismo que drena desechos del cerebro, incluidos metabolitos asociados al deterioro cognitivo. Asimismo, dormir en horarios regulares ayuda a estabilizar hormonas como la melatonina y el cortisol, que rigen procesos de reparación nocturna, regulación de energía e incluso el estado de ánimo.

Además de fijar horarios, conviene evitar pantallas por la noche, oscurecer el dormitorio y cuidar el silencio. Acostarse y levantarse a la misma hora cada día es gratis y rejuvenece.

El equivalente a instalar un buen antivirus es cuidar la microbiota. El intestino alberga billones de microbios aliados, una comunidad que pierde diversidad con la edad. Si se empobrece, aumenta la inflamación de bajo grado y se debilita la barrera intestinal, lo que provoca que el sistema inmune no pare de trabajar sin encontrar al culpable lo que afecta negativamente a la energía, al estado de ánimo y al metabolismo.

Una microbiota diversa se asocia a longevidad en poblaciones centenarias, mejor digestión, menor inflamación y un perfil metabólico más estable. Esta diversidad mejora en cuestión de semanas cuando se consumen alimentos reales (verdura, fruta, legumbres, frutos secos…), especialmente si son ricos en fibra fermentable, porque alimentan a bacterias beneficiosas como Faecalibacterium prausnitzii o Akkermansia muciniphila. Este patrón alimentario se asocia a mejor salud metabólica en numerosas cohortes modernas. Expulsa el malware: silencia las “células zombi”.

La importancia de eliminar a las “células zombi”

Algunas células viejas (senescentes) no mueren, funcionan mal, consumen recursos y generan ruido inflamatorio. Este consiste en enviar señales inflamatorias al resto del organismo como si fueran un programa defectuoso generando errores en segundo plano.

Los polifenoles de frutas y verduras –compuestos naturales de acción antioxidante– pueden disminuir parte de esa señal inflamatoria según varios estudios celulares y humanos ENLACE. Frutas rojas, cebolla, manzana y té verde aportan estos compuestos y se han asociado a mejores marcadores de inflamación en distintos ensayos nutricionales.

Viendo los avances actuales de la ciencia, podemos pronosticar que pronto sabremos qué palanca necesita accionar cada persona para vivir más gozando de mejor salud. Mientras tanto, la mejor receta es aplicar lo que funciona: comer mejor y en horarios razonables, movernos y dormir bien. Empecemos hoy: cada pequeño cambio, cuenta.

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Antonio Fernando Murillo Cancho no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Así podemos activar el “modo antienvejecimiento” para resistir el paso de los años – https://theconversation.com/asi-podemos-activar-el-modo-antienvejecimiento-para-resistir-el-paso-de-los-anos-267146

Michael Ignatieff: “El desafío de la libertad en una sociedad libre es pensar por uno mismo”

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Laura G. de Rivera, Ciencia + Tecnología, The Conversation

“Mi trabajo como profesor es enseñar a los jóvenes a pensar por sí mismos”, nos dice Michael Ignatieff (Toronto, 1947). Con una trayectoria que abarca la academia, el ensayo y la política –fue líder del Partido Liberal de Canadá entre 2008 y 2011–, ha dedicado buena parte de su obra a reflexionar sobre la democracia, las libertades civiles, el nacionalismo y las tensiones que atraviesan nuestras sociedades. Conoce desde dentro la dureza de la política, pero también la calma de la reflexión intelectual. Esa doble mirada le permite hablar con rigor y franqueza sobre los dilemas de nuestro tiempo desde un punto de vista crítico, aunque siempre ofrece una luz al final del túnel.

En su ensayo Fuego y cenizas. Éxito y fracaso en política (Taurus, 2014), dice que “nada te puede causar más problemas en política que decir la verdad”. ¿Cuál es su definición de “verdad” en un mundo donde la tecnología ha amplificado las posibilidades de crear realidades artificiales?

No sé si puedo definir la verdad, pero creo que existe. Estoy en una habitación contigo, tiene suelo de mármol. Madrid está fuera. Tú eres mujer, yo soy hombre, tú llevas un vestido negro. Son ciertos hechos indiscutibles sobre nuestra situación con los que podemos estar de acuerdo. No creo que estemos en un mundo relativista donde lo que yo veo no es lo que tú ves; ahí residiría la locura. Pero es cierto que vivimos una especie de crisis epistemológica. Con la explosión de los medios de comunicación, tenemos un inmenso suministro de información a coste cero, que tampoco cuesta nada difundir. Nuestra respuesta frente a la proliferación de información ha sido encerrarnos en burbujas de filtrado, en las que cada uno obtiene distintas construcciones de la realidad. Pero no son los hechos ni lo que es verdad lo que está en duda. No creo que estemos perdidos en una especie de salón de los espejos, aunque es cierto que nuestra política está dividida por fuentes de información que compiten entre sí. Esto implica que, como ciudadanos, nosotros tenemos el deber de averiguar qué es verdad.

¿Cuál es el estado actual de la libertad de expresión en países democráticos como los europeos, Estados Unidos o Canadá?

Lo que yo suelo preguntarme es ¿pienso por mí mismo? Tengo libertad para decir lo que quiero, nadie intenta limitar mi derecho a la libertad de expresión. Pero cuando me pregunto si realmente pienso por mí mismo o si estoy reciclando lo que he leído de otra persona más inteligente que yo… no lo tengo tan claro. Ese es el desafío de la libertad en una sociedad libre: pensar por uno mismo.

Es cierto que hay presiones sustanciales en la libertad de expresión, pero la amenaza más acuciante es el poder de la opinión mayoritaria. En el siglo XIX, John Stuart Mill dijo que es nuestro instinto de conformarnos lo que pone en peligro la libertad de pensamiento y la libertad de opinión. No es tanto la tiranía de los poderosos como nuestro deseo de ser queridos, de recibir aprobación, de decir cosas socialmente aceptadas. Muy pocos tenemos el coraje de decir algo con lo que los otros no van a estar de acuerdo. Siento que me he pasado toda la vida tratando de pensar por mí mismo, pero honestamente me pregunto con qué frecuencia he tenido un pensamiento personal original y me he mantenido firme frente a la oposición. No a menudo.

Hay quien dice que los nuevos chatbots son casi humanos y que la inteligencia artificial es tan buena como una persona para crear arte o responder e-mails. ¿Cómo define esa humanidad que es exclusivamente nuestra y nos distingue de la máquina?

Uno de nuestros problemas es el uso mismo de la palabra “inteligencia” cuando hablamos de IA. Hemos confundido inteligencia y computación. Estas máquinas realizan operaciones extremadamente sofisticadas de computación mecánica, que no tienen nada que ver con la inteligencia humana. En este momento, mientras tú y yo hablamos, recibo un flujo de datos tuyos como persona, que algunos son verbales y otros no. Como cualquier ser humano, estamos continuamente evaluando la situación, y eso es una muestra de inteligencia humana. Es algo que las personas hacemos sin esfuerzo. Ninguna máquina puede hacerlo. Me preocupa que, al reducir la inteligencia a computación y al decir que las máquinas ya tienen inteligencia humana, hayamos perdido el norte. Ello implicaría una amenaza para nuestra propia definición de lo que es ser humano.

¿Parte de lo que nos hace humanos es, entonces, nuestra interacción con el contexto?

Nuestra impresión del otro está moldeada por los hechos; no solo por lo que decimos, sino también por cómo nos presentamos en el mundo. Nos han entrenado durante milenios para ensamblar toda esa imagen del otro sin esfuerzo, sin siquiera pensarlo. Sin embargo, las máquinas no están encarnadas en un organismo vivo. Además, las máquinas no tienen una personalidad singular: son como cualquier otra máquina construida de la misma manera. Al contrario, una persona es una representación irrepetible de un ser humano.

Parecemos todos muy ocupados en alabar los logros de los sistemas de IA. De alguna manera, ¿estamos olvidando las fascinantes capacidades del cerebro humano? Usted es un gran amante del Museo del Prado; se me ocurre, por ejemplo, pensar en artistas que hicieron historia, pero también científicos, inventores…

Hay algo singular en Cervantes, igual que hay algo en Velázquez que es irrepetible… Cuando me acerco a Las Meninas y observo el trabajo del pincel en la ropa de los personajes, me parece increíble. Sí, estamos perdiendo el respeto por lo que es singular en nuestra humanidad. Por otra parte, recordemos que los seres humanos no pueden secuenciar 400 000 tipos de proteínas e indicar cuál podría ser útil para un tratamiento. Usada adecuadamente, la inteligencia artificial puede hacer cosas que nosotros no podemos. Pero no es posible replicar la inteligencia humana, en mi opinión; no creo que se pueda nunca. No es solo una cuestión de que aún no tengamos suficiente poder computacional: creo que hay un límite lógico, porque no se va a materializar en un cuerpo físico como lo hacemos nosotros. Lo deseable es usar la inteligencia artificial, pero manteniéndola bajo control y conservando nuestro respeto por lo que es propiamente humano.

Nosotros, la gente normal, en nuestra relación con la tecnología, ¿somos usuarios o usados?

En la medida en que capturan datos sobre nosotros, estamos siendo utilizados. Recuerdo que tuve una joven estudiante en Harvard que consiguió un trabajo en Facebook y, cuando la felicité por ello, tomó mi smartphone y apagó la ubicación, el permiso del micrófono y todas esas cosas que le dan a Meta datos sobre mí. El mensaje es que es bueno tener estudiantes bien situados profesionalmente. (Ríe).

En Fuego y cenizas dice que una de las claves del buen político es lograr que la gente lo escuche y, para conseguir eso, hace falta entender a la gente, sus necesidades, sus deseos. Esto es lo que hacen los algoritmos de segmentación de audiencias y perfilado de la población: analizar los rincones más íntimos de nuestra intimidad a través de nuestro comportamiento online, ¿verdad? Parece que pueden ser buenos aliados de la política y temibles enemigos de la libertad de pensamiento…

Sí, eso creo. No son una herramienta neutral. Están siendo utilizados por todos los partidos políticos del mundo para averiguar las preferencias públicas. Se están volviendo cada vez más intrusivos, pero creo que llegará un momento en el que la gente se harte. No nos gusta que nos empujen, que nos manipulen. Así que tengo la esperanza de que la gente se resista y tome medidas para proteger más su privacidad. Anoche estuve hablando con una española que no permite a su hija adolescente tener un smartphone. Todos le deseamos buena suerte. Pero esa madre está defendiendo el derecho de su hija a tener interioridad y una vida emocional y psicológica libre de estas máquinas. Creo que no debemos subestimar nuestra capacidad de contraatacar.

Y, mientras los ciudadanos se defienden (o no), ¿qué opina sobre regular esta especie de salvaje Oeste digital? Además del Acta europea de IA, el Reglamento de Servicios Digitales y el Reglamento General de Protección de Datos, en España tenemos la Carta de Derechos Digitales y estamos esperando que se apruebe la Ley Orgánica de Protección de Menores en Entornos Digitales.

Proteger a los niños de los aspectos aterradores de internet es una necesidad urgente. Soy padre y no quiero que mis hijos accedan a ciertos contenidos. Creo que hay cosas que pueden dañar a un niño de por vida. También es importante proteger nuestros derechos de privacidad. Lo que pasa con la tecnología es que, en realidad, no sabemos qué son estas cosas que llevamos en el bolsillo (se toca el móvil). Son dispositivos enormemente poderosos. Quizá yo solo use el 5 % de sus capacidades. No tengo idea de lo que mi smartphone sabe sobre mí. Creo que es apropiado tener una legislación para proteger a los adultos mayores como yo, y también a los niños.

En alguna ocasión, ha dicho que hay una brecha enorme entre las expectativas sociales y la capacidad recaudatoria de los estados liberales. Quizá, una posible solución a este dilema sea adormecer a la gente con tecnología para disminuir sus expectativas sociales…

Sí, de vez en cuando veo a veinteañeros que caminan por la calle mirando solo a sus teléfonos y pienso que van a chocarse contra una farola o que les va a atropellar un coche. Esta no es forma de vivir la vida. Sin embargo, las expectativas sociales son bastante obstinadas. El pasado 18 de septiembre, en París, había 800 000 personas manifestándose en la calle, diciendo “no aplasten mis esperanzas, quiero jubilarme a los 64 y quiero dos vacaciones pagadas adicionales”. Es una lucha enorme, precisamente porque reducir las expectativas sociales es casi imposible. Como expolítico, no me gusta reconocerlo; como ser humano, me gusta mucho.

Entonces, ¿quién se beneficia de que haya tantos jóvenes pegados a sus smartphones, con la disminución de la motivación, la fuerza de voluntad y las ganas de cambiar el mundo que esto implica? ¿Es intencional o es solo un efecto secundario de la tecnología?

No creo que sea intencional, principalmente porque creo que Elon Musk es inteligente, pero no tanto, ya sabes. (Sonríe). Pero tomemos un ejemplo dramático: el joven de 22 años acusado de disparar a Charlie Kirk aparentemente se pasaba la vida en chats y grupos privados donde utilizan una jerga extraña que grabó en los casquillos de las balas que usó. Esa es una vida miserable. Sin embargo, creo que el problema va más allá de la tecnología. Hay muchos hombres jóvenes, especialmente varones, pero también mujeres, que crecen sin esperanza, sin propósito, sin una dirección en la vida. La tecnología les ayuda a pasar el día, a entretenerse… pero el verdadero problema es que es muy difícil comenzar una vida familiar, es muy difícil pagar un piso, es muy difícil conseguir un buen trabajo.

Siempre ha sido difícil pasar de la adolescencia a la adultez joven, en todas las culturas y en todas las épocas. Hoy lo estamos haciendo aún más difícil y los jóvenes padecen una especie de epidemia de soledad. Por ejemplo, en los años 60, cuando yo tenía 21 años, lo único que queríamos era tener sexo. Hoy, las estadísticas muestran que los jóvenes tienen cada vez menos sexo. Bueno, eso es una muy mala señal. Necesitamos conexión humana, conexión entre los cuerpos. Desconozco los motivos, pero creo que van más allá de la tecnología.

¿Qué sucede con esas minorías que no interesan al poder? Usted conoce bien este problema: en Canadá, nativos como los innu se quejan de que su historia ha sido borrada de los libros de texto escolares y de los museos. La tecnología magnifica esos prejuicios e invisibiliza a esas minorías. ¿Es la inteligencia artificial la última colonización?

Hay investigaciones que demuestran que las lenguas de minorías no están representadas en las bases de datos de los motores de búsqueda, con un sesgo muy grande hacia el inglés. Sé que las comunidades aborígenes de Canadá no tienen buen acceso a internet, la incorporación de su idioma y su experiencia en nuestros buscadores no es buena… No hay duda de que existe el riesgo de que estemos creando nuevas formas de servidumbre, de discriminación y de injusticia, a medida que estas tecnologías se desarrollan. ¿Cuál es la solución? No se puede tener una democracia si un grupo entero de personas está en desventaja digital; es un problema que tenemos que solucionar. Las minorías deben hacer ruido, conseguir el apoyo de las personas que están de acuerdo en que necesitan estar representadas.

Entonces, ¿la pelota está en su tejado?

¡Sí! Pero siempre ha sido así. No debemos nunca subestimar la capacidad de las personas para responder a la injusticia que afecta sus intereses vitales. Cuando estos se ven afectados, la gente lucha. Eso es democracia y así es como se produce el progreso. Por eso, no soy pesimista sobre estas cosas: la gente luchará. ¡Bien por ellos!

¿Quién gobierna el mundo, los líderes elegidos democráticamente o los dueños de las cinco grandes tecnológicas cuyos productos usamos todos cada día?

Bueno, hay una batalla feroz sobre esa cuestión. Yo deseo fervientemente que ganen las democracias liberales porque solo así las personas podremos tener un poco de control sobre nuestras vidas. Ahora mismo, las grandes empresas tecnológicas van a Europa y dicen que no les gusta su impuesto a los servicios digitales. Van a Canadá, mi país, y dicen lo mismo. Están buscando intervenir un país tras otro para derribar decisiones tomadas democráticamente en un país tras otro. Son empresas que tienen un enorme poder sobre estas tecnologías y pueden infligir mucho daño a las democracias que les ponen límites. Pero, si queremos democracia, vamos a tener que defendernos y poner límites, no hay duda al respecto. Y el resultado de esta batalla es, en cierto sentido, tan importante para el futuro de la democracia como cualquier otra batalla que se esté librando actualmente.

Ha dicho alguna vez que los países deben prepararse por si hay una guerra. ¿Cuál es el riesgo de la tecnología dual, un teléfono móvil, por ejemplo, que sirve para chatear, pero también para dirigir un ciberataque contra una infraestructura crítica o drones que matan a gente real? Debemos recordar que la Ley de IA europea no se aplica a los fines militares.

Estas tecnologías son muy dinámicas, muy explosivas en sus posibilidades creativas. Jóvenes de 19 años están usando sus teléfonos de formas que ni siquiera puedo imaginar. Creo que es una fantasía pensar que podemos tenerlo todo controlado. Lidiaremos con los daños de ayer y no estaremos preparados para los de mañana. El uso dual es un gran problema. Por ejemplo, tenemos preocupaciones legítimas sobre la tecnología china: puede haber smartphones de fabricantes de ese país que transmiten señales a las autoridades de vigilancia del Estado chino. Los gobiernos, ejércitos y universidades del resto del mundo deberían tener mucho cuidado. Sería bueno que pudiéramos establecer acuerdos internacionales sobre el uso dual, sobre la vigilancia, sobre el desarrollo de la IA. China y Estados Unidos, superpotencias en IA, deberían tener interés en regularla, igual que regulamos las armas nucleares en la Guerra Fría. Pero, en este momento, no estamos teniendo ese diálogo.

¿Qué papel ha jugado la Declaración Universal de los Derechos Humanos en nuestra historia reciente? ¿Para qué sirve si no se respeta, como está ocurriendo en Gaza?

La Declaración Universal de los Derechos Humanos (1948) es la expresión de la universalidad humana más influyente que existe. Pero la universalidad humana es un experimento mental, siempre es un deseo. Es una idea que choca con las diferencias que nos definen como individuos: blancos, negros, jóvenes, ancianos, mujeres, hombres, judíos, cristianos, musulmanes… Estas diferencias son enormemente importantes en la creación de nuestras identidades, nuestros apegos y nuestras lealtades. Creo que, en la práctica, los humanos no somos conscientes de lo que compartimos como especie, sino de las diferencias. Esa es la fuente del conflicto, es la fuente de la guerra, del odio, de lo que está pasando en Gaza.

Los derechos humanos siempre están luchando contra las fuerzas de la diferencia humana y las ventajas y el poder que genera. Estamos luchando por crear un mundo donde el hecho de que tú seas mujer y yo hombre, o que él sea negro y yo blanco, sea irrelevante. Donde no usemos esas diferencias en aras de la opresión, la crueldad y la violencia. La Declaración Universal de los Derechos Humanos expresa nuestro deseo de vivir en un mundo así. Pero no vivimos en un mundo así.

No me sorprende que los derechos humanos estén en crisis. El problema de Gaza se remonta a 1947: cometimos errores porque no dividimos la tierra entonces y aquí estamos en 2025 con brutalidad, violencia y horror. Ha habido momentos en la historia en que ambos lados se reconocieron como iguales y aceptaron el reclamo mutuo sobre la tierra. Eso ahora está roto. Estamos en una guerra salvaje e incesante, sin piedad ni misericordia. Es una catástrofe moral y un desastre para el derecho internacional.

Para mí, lo más horrible es que ha habido momentos en los que estuvieron a punto de alcanzar la reconciliación y la paz, pero fueron destruidos por fanáticos de ambos lados. Cuando los fanáticos matan a los pacificadores, entran en juego los hacedores de guerra, dispuestos a luchar a muerte. Es una catástrofe no solo para los palestinos, sino también para Israel, porque cada niño que pierde a su familia, cada joven que pierde a su madre, se convierte en un enemigo ferozmente hostil.

La masacre de inocentes ¿no es una tragedia para todos nosotros como seres humanos? Lo que está pasando en Gaza podría suceder en España o en cualquier otro sitio…

Así es. Tenemos que entender que, si las personas creen que están luchando por su supervivencia, harán casi cualquier cosa. Es un error pensar que los israelíes o los palestinos son otra raza de seres humanos. Nosotros, en situaciones similares de desesperación, bien podríamos hacer lo mismo. Cuando estuve en los Balcanes en los años 90, vi a europeos muy cultos y bien educados masacrándose; cuando estuve en Ruanda, vi a africanos que hablaban un francés perfecto matándose entre sí. He estado en Gaza, y he visto a estas personas luchando por sus vidas. No hay límite a la brutalidad humana. Es un pensamiento muy desagradable que tenemos que aplicarnos a nosotros mismos. Cuando pensamos “son ellos”, tenemos que darnos cuenta de que “podríamos ser nosotros”.


Esta entrevista se publicó originalmente en la Revista Telos de la Fundación Telefónica, y forma parte de un número monográfico dedicado a los derechos digitales.


The Conversation

ref. Michael Ignatieff: “El desafío de la libertad en una sociedad libre es pensar por uno mismo” – https://theconversation.com/michael-ignatieff-el-desafio-de-la-libertad-en-una-sociedad-libre-es-pensar-por-uno-mismo-272910

Nuevo estudio: Uno de cada ocho menores en España tiene un problema de salud mental

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mireia Orgilés, Catedrática de Universidad. Experta en Tratamiento Psicológico Infantil, Universidad Miguel Hernández

New Africa/Shutterstock

La salud mental de la infancia y la adolescencia es una preocupación social de primer orden. En los últimos años, familias, docentes y profesionales vienen alertando de un aumento de los problemas emocionales a edades cada vez más tempranas.

A través de nuestro reciente estudio EmoChild hemos investigado cómo se sienten los niños, niñas y adolescentes en España a través de cuestionarios con 10 831 escolares de entre 8 y 18 años, procedentes de centros educativos de toda España. El estudio se complementó con grupos de conversación con menores, familias y profesionales, para comprender mejor la realidad que se esconde detrás de los datos: cómo evolucionan las dificultades emocionales con el tiempo y qué factores incrementan el riesgo de desarrollar problemas de salud mental.

Un 12 % con síntomas graves

Los resultados más recientes, recogidos en otoño de 2025, muestran que un 12 % de la población infantil y juvenil presenta síntomas de gravedad clínica de al menos un problema emocional. Además, un 34 % presenta síntomas en niveles de precaución, es decir, dificultades que pueden evolucionar negativamente si no se detectan y abordan a tiempo.

Los problemas emocionales más frecuentes son la depresión y la ansiedad social, aunque la ansiedad generalizada es la más prevalente en términos de riesgo. En conjunto, uno de cada ocho menores en España presenta un problema emocional y uno de cada tres se encuentra en riesgo de desarrollarlo.

¿Ha empeorado la salud mental?

Una cuestión clave es si la situación está empeorando o mejorando. El seguimiento entre 2024 y 2025 muestra una ligera disminución tanto de los casos clínicos como de los casos en riesgo. Esto sugiere que parte de los menores que se encontraban en estas situaciones ha experimentado una mejoría.

Sin embargo, los porcentajes continúan siendo elevados, lo que subraya la necesidad de desarrollar estrategias preventivas sostenidas en el tiempo. En otras palabras, aunque la tendencia es positiva, los problemas emocionales siguen siendo muy frecuentes.

Redes sociales, videojuegos y vida digital

Entre los niños y adolescentes con los que hemos hablado, es muy frecuente el uso de videojuegos y de las redes sociales. El 39 % de los niños y niñas y el 34 % de los adolescentes juegan a videojuegos casi a diario, y cerca del 10 % le dedica más de tres horas al día.

En cuanto a las redes sociales, las utilizan el 85 % de los niños y niñas y prácticamente la totalidad de adolescentes. Un 31 % de adolescentes y un 9 % de niños y niñas pasan en ellas más de tres horas diarias.

Las plataformas más usadas son YouTube, WhatsApp, TikTok e Instagram. Más allá del tiempo de utilización, resultan relevantes aspectos emocionales como la ansiedad cuando no pueden conectarse, la percepción de que los demás se lo pasan mejor o la sensación de que su vida es más aburrida que la que observan en las pantallas. En conjunto, el uso intensivo y emocional de las redes constituye un factor de riesgo importante para la salud mental.




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Problemas de la conducta alimentaria

Los problemas relacionados con la alimentación son especialmente preocupantes. Un 5 % de adolescentes presenta síntomas clínicos y un 13 % se encuentra en niveles de riesgo.

Estas dificultades se asocian al uso de redes sociales centradas en la imagen, como TikTok o Instagram. La comparación constante, la importancia de los “me gusta” y el uso de las redes sociales para regular las emociones aumentan el riesgo de desarrollar problemas de la conducta alimentaria.

Conducta suicida y autolesiones

Los datos sobre conducta suicida y autolesiones requieren una atención especial. Un 9 % de adolescentes ha pensado en algún momento que la vida no merece la pena, un 5 % ha considerado seriamente quitarse la vida y un 3 % lo ha intentado alguna vez.

Aunque estas cifras han descendido ligeramente desde 2024, siguen siendo muy preocupantes.

En cuanto a las autolesiones, alrededor del 5 % de adolescentes afirma haberse autolesionado en algún momento de su vida. Destaca especialmente la edad de inicio, que se ha adelantado aproximadamente un año y medio, situándose ahora antes de los doce años.




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La visión de los protagonistas

La investigación cualitativa aporta una perspectiva esencial. Más de 500 niños, niñas, adolescentes, familias y profesionales participaron en casi 60 grupos de conversación. Todos ellos nos cuentan que la tecnología ocupa un lugar central en su vida cotidiana.

Les preocupa su uso excesivo, la comparación social y el aislamiento. Los controles parentales se consideran necesarios, pero insuficientes. El acoso escolar continúa siendo un problema no resuelto. Muchos menores temen denunciarlo y los adolescentes consideran poco eficaces las estrategias actuales.

La amistad constituye un pilar emocional fundamental en la infancia y la adolescencia, pero también un espacio vulnerable. Aunque niños y adolescentes valoran el respeto y el apoyo mutuo, sus relaciones se ven influidas por dinámicas de exclusión y por la presencia constante de la tecnología.

Las pautas de crianza están cambiando y generan un claro choque generacional. Los modelos autoritarios funcionan cada vez menos y tanto niños como adolescentes piden ser escuchados. Las familias expresan desgaste emocional y una clara necesidad de apoyo. La falta de tiempo y el ritmo acelerado de vida dificultan la convivencia y el cuidado emocional.

Mirando al futuro: qué nos enseña ‘EmoChild’

Nuestro estudio EmoChild transmite un mensaje claro: la prevención es necesaria. Aunque se observa una ligera mejoría, el elevado número de menores en riesgo de desarrollar problemas emocionales subraya la importancia de intervenir antes de que los problemas se cronifiquen.

La educación emocional basada en la evidencia es esencial, al igual que fortalecer los vínculos familiares y escolares. Promover un uso saludable de la tecnología desde edades tempranas también es una prioridad.

Detectar el malestar a tiempo marca la diferencia. EmoChild aporta datos sólidos y necesarios para orientar decisiones que protejan la salud mental de las nuevas generaciones.

The Conversation

Mireia Orgilés no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Nuevo estudio: Uno de cada ocho menores en España tiene un problema de salud mental – https://theconversation.com/nuevo-estudio-uno-de-cada-ocho-menores-en-espana-tiene-un-problema-de-salud-mental-272285

España necesita renovar más de siete millones de viviendas: cómo planificar rehabilitaciones energéticas realistas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pablo Hernández-Cruz, Investigador Doctor en Ingeniería Energética, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea

Rafael Prendes/Shutterstock

Las viviendas desempeñan un papel clave en el cumplimiento de los objetivos para reducir emisiones de gases de efecto invernadero. En la Unión Europea, representan alrededor del 26 % del consumo de energía final.

En España, el 75 % de los edificios son ineficientes y su edad media ronda los 43,5 años. La oleada de rehabilitación que necesitan ya está en marcha, pero ¿se está llevando a cabo de forma adecuada?

Renovar el 43 % de los edificios menos eficientes

Las ayudas de rehabilitación se conceden en base al ahorro energético esperado y han intensificado en los últimos años los esfuerzos para rehabilitar el parque edificado.

Entre 2020 y 2023 se han ejecutado unas 540 000 rehabilitaciones de viviendas al año según el borrador del Plan Nacional de Renovación de Edificios (PNRE). Para 2050, el objetivo es renovar el 43 % de los edificios menos eficientes (más de siete millones de viviendas).

El PNRE destaca que la vivienda social es esencial para garantizar una transición energética justa y reducir la pobreza energética. La reciente creación de la Entidad Estatal de Vivienda y Suelo CASA47, que velará por el acceso universal a una vivienda digna y adecuada, va en esta línea.

En Euskadi, esta función la desempeña Alokabide, S. A., que gestiona más de 30 000 viviendas. En los últimos años, Alokabide ha impulsado rehabilitaciones clave para mejorar la habitabilidad y reducir el consumo energético de su parque.

¿Qué tipo de rehabilitaciones necesitan las viviendas?

El consumo energético doméstico se debe a la calefacción, al agua caliente sanitaria y la electricidad para iluminación y electrodomésticos. Las rehabilitaciones más habituales incluyen la mejora del aislamiento y la renovación de ventanas, la sustitución de los sistemas de calefacción y agua caliente sanitaria por otros más eficientes y la incorporación de energías renovables.

Dependiendo del grado de intervención, se habla de rehabilitaciones ligeras, cuando se renuevan pocas partes de la vivienda, o de rehabilitaciones profundas, con las que se pueden conseguir ahorros energéticos de hasta un 80 %.

Entre 2020 y 2023, de las 540 000 rehabilitaciones anuales, solamente unas 31 500 fueron profundas, menos del 10 %. No obstante, gracias a estas actuaciones, se estima que el consumo energético del parque residencial se ha reducido un 7 % en los últimos años.

La hoja de ruta plantea unos objetivos ambiciosos para los próximos años, que incluyen recortar un 45 % las emisiones para 2030 y alcanzar un parque sin emisiones en 2050.




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La diferencia entre consumo energético teórico y real

No obstante, estas cifras de estimaciones no pueden tomarse al pie de la letra. Cuando se plantea una rehabilitación, la reducción de consumo esperada se calcula con perfiles de uso estándar o teóricos. Sin embargo, está demostrado que el consumo real –especialmente el de calefacción y agua caliente– difiere bastante del teórico. Esto se conoce como brecha de comportamiento energético o Energy Performance Gap (EPG).

Varios estudios realizados en edificios terciarios y en viviendas privadas han cuantificado que el consumo real puede ser entre dos y cinco veces superior al teórico. Esto afecta a las estimaciones de ahorro: si una vivienda consume más de lo esperado, la reducción lograda tras rehabilitar será mayor en términos absolutos. Sin embargo, en estudios llevados a cabo en el parque de viviendas sociales de Euskadi no ocurre esto, sino que se ha descubierto que el consumo real es entre 0,3 y 2,3 veces el teórico.

En otras palabras, algunos de estos hogares consumen menos energía de la prevista teóricamente. En estos casos, las estimaciones de ahorro tras una rehabilitación pueden ser demasiado optimistas.

Esquema que ilustra la diferencia en la estimación del ahorro energético tras una rehabilitación en un usuario estándar y un usuario de vivienda social.
Efecto de la diferencia entre un usuario estándar y un usuario de vivienda social en la estimación del ahorro anual de energía por vivienda rehabilitada.
Pablo Hernández-Cruz, CC BY-SA

En otra investigación hemos determinado que, si no se considera el consumo real, la diferencia entre la reducción energética real y estimada puede ser de hasta 22 puntos porcentuales. Esto no solo altera las previsiones de reducción de energía o emisiones, sino también las expectativas de ahorro económico: una acción pensada para reducir significativamente la factura energética puede no lograrlo si el consumo actual ya es más bajo de lo esperado.




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Cómo mejorar las estimaciones de ahorro energético

En términos globales del parque público de Euskadi, bajo un escenario de rehabilitaciones profundas, se podría estar sobreestimando el ahorro real en unas 2 500 toneladas de CO₂ o unos 12 000 MWh anuales. El problema es que afinar en estas predicciones es complejo. Implica realizar simulaciones energéticas detalladas y calibradas a partir de datos reales de consumo energético.




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Una caracterización energética realista para rehabilitar las viviendas sociales


Con el fin de solucionar esto, nuestro trabajo propone una metodología simplificada para evaluar de forma más fiable el impacto de las rehabilitaciones. Así nos aseguramos de no fallar en las ambiciosas predicciones de ahorro energético. La herramienta es accesible para agentes del sector, ya que solamente requiere de datos simplificados de consumo de calefacción y agua caliente, y del certificado de eficiencia energética del edificio.

La metodología propuesta sigue los siguientes pasos:

  1. Calcular la brecha entre el consumo energético real y teórico utilizando los consumos reales recolectados y el certificado de eficiencia energética.

  2. Plantear una medida de rehabilitación ajustada a las necesidades reales de los usuarios.

  3. Calcular el ahorro teórico utilizando el certificado de eficiencia energética.

  4. Aplicar la metodología propuesta para obtener una estimación de reducción de energía y emisiones más realista.

Esquema para ajustar la estimación del ahorro anual de energía por vivienda a la realidad de los usuarios
Esquema de la metodología propuesta para ajustar la estimación del ahorro anual de energía por vivienda a la realidad de los usuarios.
Pablo Hernández-Cruz, CC BY-SA

Rehabilitando con conciencia

El hecho de que podamos fallar en las estimaciones de rehabilitación energética en viviendas sociales no significa que no haya que rehabilitarlas, sino todo lo contrario. Significa que es fundamental hacerlo con conocimiento de la realidad.

Nuestro estudio también muestra que entender el consumo real ayuda a identificar qué medidas mejorarán el confort interior de los usuarios. Conocer cómo viven las personas y cuáles son sus necesidades permite diseñar intervenciones más eficaces y orientadas a mejorar sus condiciones, más allá de los números teóricos de ahorro y emisiones.

The Conversation

Pablo Hernández-Cruz recibe fondos del proyecto PID2021-126739OB-C22, financiado por MCIN/AEI/10.13039/ 501100011033/ y “ERDF A way of making Europe”.

Ivan Flores Abascal y Juan María Hidalgo Betanzos no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. España necesita renovar más de siete millones de viviendas: cómo planificar rehabilitaciones energéticas realistas – https://theconversation.com/espana-necesita-renovar-mas-de-siete-millones-de-viviendas-como-planificar-rehabilitaciones-energeticas-realistas-269744