À l’âge des crises, ce que nous dit encore Engels

Source: The Conversation – in French – By Victor Bianchini, Maître de conférences en sciences économiques, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Face aux crises, le capitalisme ne fait pas que trébucher : il échoue à les penser. C’est ce que Friedrich Engels montre, en 1878, dans la Révolution de la science par Monsieur Eugen Dühring, ou Anti-Dühring, publié dix ans après le premier volume du Capital de Karl Marx, en dénonçant l’incapacité structurelle du capitalisme à comprendre ses propres contradictions. Une critique plus que jamais d’actualité.


Crise écologique sans précédent, endettement généralisé, précarisation de masse, perte de sens au travail, montée des autoritarismes, à mesure que les crises éclatent au grand jour, les contradictions du capitalisme apparaissent indéniables.

Une question centrale dans la tradition marxienne reste rarement posée : un système fondé sur l’appropriation exclusive des moyens de production, sur l’exploitation du travail salarié et sur l’accumulation du profit peut-il reconnaître, ou même affronter, les contradictions qu’il engendre ? Si tel n’est pas le cas, comment comprendre alors la persistance, voire l’aggravation, de ses déséquilibres ?

Essai Anti-Dühring

Friedrich Engels et né le 28 novembre 1820 à Barmen (Rhénanie) et décédé le 5 août 1895 à Londres.
Wikimediacommons

Ce n’est pas Karl Marx, mais son plus proche collaborateur, Friedrich Engels, qui affronte cette problématique dans la Révolution de la science par Monsieur Eugen Dühring (Anti-Dühring). Celui-ci est publié d’abord par fragments en 1877, puis sous forme de livre en 1878. Engels y répond à Eugen Dühring, auteur en vogue dans la social-démocratie allemande, qui prétendait fonder un système intégral, de la science à la morale, jusqu’au socialisme, sur des principes universels.

Ce n’est pas l’ambition du projet que critique Engels, mais sa méthode : une pensée abstraite, déconnectée du réel, incapable de saisir les contradictions internes du capitalisme.

Car ce système ne connaît pas de crises qui lui viendraient de l’extérieur ; il produit lui-même ses déséquilibres, du fait même de son fonctionnement. À cette logique aveugle, Engels oppose une approche dialectique, ancrée dans l’histoire, les rapports sociaux et les conflits de classe.

Anti-Dühring n’est pas un simple pamphlet. Derrière la réfutation polémique, Engels y développe une synthèse théorique ambitieuse – de la philosophie à l’économie politique – qui jette les bases d’une conception matérialiste et scientifique du socialisme. Ce cadre d’analyse sera systématisé dans une version abrégée, publiée en 1880 sous le titre désormais classique, Socialisme utopique et socialisme scientifique, rapidement devenu un texte de référence pour les mouvements ouvriers européens.

Loin d’un système clos, Engels propose une lecture dynamique de l’histoire, où les crises révèlent les contradictions d’un ordre économique fondamentalement instable. Dans un monde confronté à une crise multiple de grande ampleur, relire Engels ne relève pas d’un simple exercice académique ; c’est une manière de retrouver une pensée systémique, capable d’articuler les discordances du présent à leur logique historique, et d’interroger la capacité réelle du capitalisme à en sortir.

Crise économique

Pour Engels, l’une des impasses majeures du capitalisme est d’ordre économique. Contrairement à l’idée que les crises seraient de simples accidents passagers, Anti-Dühring montre que le système porte en lui sa propre instabilité. Ce n’est pas la pénurie, mais l’abondance elle-même qui provoque les blocages. Le capitalisme produit trop, du moins, trop pour être vendu avec profit.

Premier article sur Anti-Dühring dans le Vorwärts, journal du Parti social-démocrate des travailleurs d’Allemagne, du 3 janvier 1877.
Wikimediacommons

Ce paradoxe – une surproduction dans un monde de besoins insatisfaits – résulte d’une contradiction structurelle. La production, non planifiée, guidée par la concurrence et la recherche du profit, devient aveugle à la demande sociale. Les marchandises s’accumulent sans trouver preneur, déclenchant périodiquement des crises.

« Le commerce s’arrête, les marchés sont encombrés, les produits sont là aussi en quantités aussi massives qu’ils sont invendables, l’argent comptant devient invisible, le crédit disparaît, les fabriques s’arrêtent, les masses travailleuses manquent de moyens de subsistance pour avoir produit trop de moyens de subsistance, les faillites succèdent aux faillites, les ventes forcées aux ventes forcées. »

Engels ne formule pas la loi de la baisse tendancielle du taux de profit, que Marx élaborera plus tard dans le livre III du Capital. Il en pressent la logique sous-jacente : l’accumulation capitaliste tend à rendre de plus en plus difficile la valorisation du capital. À mesure que la productivité augmente, les débouchés ne suivent pas, et le profit, moteur du système, devient lui-même un facteur de déséquilibre. Le mode de production entre alors en conflit avec l’échange.

La société ne règle pas sa production selon ses besoins, résume Engels. Tant que le profit reste la boussole, les déséquilibres ne sont pas des anomalies, mais des secousses régulières d’un système instable.

Crise sociale

Une autre impasse majeure du capitalisme, selon Friedrich Engels, est sociale. Le système ne se contente pas de produire des inégalités, il les organise et les reproduit. Dans Anti-Dühring, Engels rappelle que le capitalisme repose sur une division fondamentale : une minorité détient les moyens de production, tandis que la majorité ne possède que sa force de travail.

Le travail salarié génère une richesse dont seule une fraction revient au producteur. L’essentiel est capté par le capital, sous forme de profit, d’une ponction permanente qui alimente l’accumulation. Dans ce cadre, l’inégalité n’est pas une anomalie, mais une condition de fonctionnement.

L’exploitation dépasse pourtant le seul champ économique. Elle s’inscrit dans l’expérience du travail lui-même : dépossession du produit, du temps, de l’autonomie. La machine, loin de libérer, intensifie encore cette aliénation. Le travail devient simple dépense de force, privé de maîtrise et de sens.

Panneau du livre Bullshitjobs
« Dans la société moderne, beaucoup d’employés consacrent leur vie à des tâches inutiles et vides de sens. C’est ce que David Graeber appelle les bullshit jobs (jobs à la con). » (2018).
Hamdi Bendali/Shutterstock

Si Engels l’analyse dans le cadre de l’industrie du XIXe siècle, cette dépossession trouve des échos frappants dans des critiques contemporaines. David Graeber, dans Bullshit Jobs, décrit une absurdité vécue par de nombreux salariés modernes : enfermés dans des tâches ressenties comme inutiles, sans finalité sociale identifiable, ils perdent le sens même de leur activité. Une autre forme d’aliénation, sans chaînes ni usines, mais tout aussi destructrice. Ce système justifie ses effets au nom du mérite ; chacun serait responsable de sa place.

Engels démonte cette fiction idéologique avec vigueur. La pauvreté n’est pas un échec individuel, mais le produit d’un ordre social qui fabrique la subordination. Selon lui, il faut abolir la propriété privée des moyens de production, dépasser le salariat, et réorganiser le travail sur une base collective. L’émancipation ne relève pas d’un ajustement, elle exige une autre logique sociale.

En spécialisant les tâches, on finit par fragmenter l’être humain lui-même. Le perfectionnement d’une seule compétence se paie alors d’un prix élevé : l’appauvrissement de l’ensemble des capacités physiques et intellectuelles. Engels souligne avec ironie que même les classes dirigeantes ne sont pas indemnes des effets mutilants de la division du travail :

« Et ce ne sont pas seulement les ouvriers, mais aussi les classes qui exploitent directement ou indirectement les ouvriers, que la division du travail asservit à l’instrument de leur activité ; le bourgeois à l’esprit en friche est asservi à son propre capital et à sa propre rage de profit ; le juriste à ses idées ossifiées du droit, qui le dominent comme une puissance indépendante ; les “classes cultivées”, en général, à une foule de préjugés locaux et de petitesses, à leur propre myopie physique et intellectuelle, à leur mutilation par une éducation adaptée à une spécialité et par leur enchaînement à vie à cette spécialité même – cette spécialité fût-elle le pur farniente. »

Crise politique

Pour Engels, le capitalisme ne se contente pas de produire des déséquilibres économiques et sociaux : il organise les formes du pouvoir appelées à les contenir. Dans Anti-Dühring, il montre que l’État moderne n’est pas un arbitre neutre, mais l’instrument d’une classe dominante. Né de la division de la société en classes, il est chargé de maintenir un ordre fondé sur l’appropriation exclusive des moyens de production et l’exploitation.

« La société se divise en classes privilégiées et en classes désavantagées, exploiteuses et exploitées, dominantes et dominées, et l’État auquel les groupes naturels de communautés d’une même tribu avaient abouti dans leur évolution, simplement, au début, afin de veiller à leurs intérêts communs […] et pour assurer leur défense contre l’extérieur, a désormais tout autant pour fin de maintenir par la violence les conditions de vie et de domination de la classe dominante contre la classe dominée. »

À mesure que les contradictions du capitalisme s’approfondissent, la puissance publique se centralise, le droit devient un masque idéologique, et la coercition se rationalise. Loin de résoudre les conflits, l’État les gère, souvent en les dissimulant. Ce que le capitalisme ne peut stabiliser économiquement, il le pacifie politiquement, au prix d’une dépossession démocratique croissante.

Engels nous rappelle que la démocratie représentative, lorsqu’elle laisse intacte l’architecture économique du pouvoir, risque de masquer plus qu’elle ne libère. Elle offre l’apparence de la souveraineté sans la capacité de transformer les rapports sociaux.

Crise écologique

Engels n’utilise pas le terme d’« écologie » au sens contemporain, mais il développe une pensée dans laquelle l’activité de production est inséparable des processus naturels. Dans Anti-Dühring, il défend une conception matérialiste et dialectique de la nature, opposée aux abstractions idéalistes, et insiste sur l’intégration des sociétés dans l’ordre naturel.

« [L’]homme est lui-même un produit de la nature, qui s’est développé dans et avec son milieu ; d’où il résulte naturellement que les productions du cerveau humain, qui en dernière analyse sont aussi des produits de la nature, ne sont pas en contradiction, mais en conformité avec l’ensemble de la nature. »

Cette réflexion se prolonge dans ses manuscrits inachevés, publiés après sa mort sous le titre la Dialectique de la nature. Il y montre que toute activité économique repose sur un échange constant de matière et d’énergie avec la nature. C’est dans ce cadre qu’il emploie la notion de « métabolisme » entre les sociétés humaines et la nature, pour désigner ce lien matériel entre société et environnement.

Cette idée est également présente chez Marx, notamment dans le livre I du Capital. Marx décrit comment l’agriculture capitaliste engendre une rupture du métabolisme entre les dynamiques productives et la terre. L’extraction intensive des éléments nutritifs du sol, sans restitution adéquate, détruit l’équilibre écologique entre ville et campagne.

Cette intuition est aujourd’hui redéployée dans les analyses de la « rupture métabolique », ou metabolic rift. Elle est portée par la tradition éco-marxiste contemporaine, de John Bellamy Foster à Andreas Malm, en passant par Paul Burkett ou Kohei Saito.

Engels n’appelle pas à revenir en arrière, mais à penser autrement. La solution ne viendra pas d’un capitalisme « vert », car c’est la logique même du profit qui rend aveugle aux limites écologiques. Il faut une production consciente, organisée selon les besoins humains, et non contre les lois de la nature. Non pour dominer, mais pour coexister.

Penser les crises, ou penser contre le capitalisme

Ce qu’Engels montre dans Anti-Dühring, c’est que le capitalisme ne fait pas qu’échouer à résoudre les crises. Il échoue à les penser. Non pas par négligence, mais parce que le mode de pensée qu’il promeut l’en rend incapable. Il les traite comme des anomalies extérieures, jamais comme des expressions de ses contradictions internes.

Cette cécité n’est pas un défaut contingent, mais une nécessité structurelle : elle repose sur une pensée fragmentaire qui refuse de relier les phénomènes à leurs causes historiques et sociales.

Engels oppose à cette cécité une pensée capable de relier les faits à leurs causes profondes : une approche dialectique et matérialiste, attentive aux conflits structurels qui traversent la société. La crise n’est pas pour lui un simple dysfonctionnement temporaire, mais un moment de vérité, où les contradictions du système deviennent visibles – et potentiellement transformables.

Si les crises s’intensifient, c’est peut-être qu’il ne suffit plus de les contenir. Il faut les penser. Relire Engels, ce n’est pas revenir en arrière : c’est rouvrir un chemin critique, capable d’articuler les déséquilibres du présent pour en faire les leviers d’une transformation en profondeur.

The Conversation

Victor Bianchini ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. À l’âge des crises, ce que nous dit encore Engels – https://theconversation.com/a-lage-des-crises-ce-que-nous-dit-encore-engels-259322

Togo’s ‘Nana-Benz’: how cheap Chinese imports of African fabrics has hurt the famous women traders

Source: The Conversation – Africa – By Fidele B. Ebia, Postdoctoral fellow, Duke Africa Initiative, Duke University

The manufacturing of African print textiles has shifted to China in the 21st century. While they are widely consumed in African countries – and symbolic of the continent – the rise of “made in China” has undermined the African women traders who have long shaped the retail and distribution of this cloth.

For many decades Vlisco, the Dutch textile group which traces its origins to 1846 and whose products had been supplied to west Africa by European trading houses since the late 19th century, dominated manufacture of the cloth. But in the last 25 years dozens of factories in China have begun to supply African print textiles to west African markets. Qingdao Phoenix Hitarget Ltd, Sanhe Linqing Textile Group and Waxhaux Ltd are among the best known.

We conducted research to establish how the rise of Chinese-made cloth has affected the African print textiles trade. We focused on Togo. Though it’s a tiny country with a population of only 9.7 million, the capital city, Lomé, is the trading hub in west Africa for the textiles.

We conducted over 100 interviews with traders, street sellers, port agents or brokers, government officials and representatives of manufacturing companies to learn about how their activities have changed.

“Made in China” African print textiles are substantially cheaper and more accessible to a wider population than Vlisco fabric. Our market observations in Lomé’s famous Assigamé market found that Chinese African print textiles cost about 9,000 CFA (US$16) for six yards – one complete outfit. Wax Hollandais (50,000 CFA or US$87) cost over five times more.

Data is hard to come by, but our estimates suggest that 90% of imports of these textiles to Lomé port in 2019 came from China.

One Togolese trader summed up the attraction:

Who could resist a cloth that looked similar, but that cost much less than real Vlisco?

Our research shows how the rise of China manufactured cloth has undermined Vlisco’s once dominant market share as well as the monopoly on the trade of Dutch African print textiles that Togolese traders once enjoyed.

The traders, known as Nana-Benz because of the expensive cars they drove, once enjoyed an economic and political significance disproportionate to their small numbers. Their political influence was such that they were key backers of Togo’s first president, Sylvanus Olympio – himself a former director of the United Africa Company, which distributed Dutch cloth.

In turn, Olympio and long-term leader General Gnassingbé Eyadéma provided policy favours – such as low taxes – to support trading activity. In the 1970s, African print textile trade was considered as significant as the phosphate industry – the country’s primary export.

Nana-Benz have since been displaced – their numbers falling from 50 to about 20. Newer Togolese traders – known as Nanettes or “little Nanas” – have taken their place. While they have carved out a niche in mediating the textiles trade with China, they have lower economic and political stature. In turn, they too are increasingly threatened by Chinese competition, more recently within trading and distribution as well.

China displaces the Dutch

Dating back to the colonial period, African women traders have played essential roles in the wholesale and distribution of Dutch cloth in west African markets. As many countries in the region attained independence from the 1950s onwards, Grand Marché – or Assigamé – in Lomé became the hub for African print textile trade.

While neighbouring countries such as Ghana limited imports as part of efforts to promote domestic industrialisation, Togolese traders secured favourable conditions. These included low taxes and use of the port.

Togolese women traders knew the taste of predominantly female, west African customers better than their mostly male, Dutch designers. The Nana-Benz were brought into the African print textile production and design process, selecting patterns and giving names to designs they knew would sell.

They acquired such wealth from this trade that they earned the Nana-Benz nickname from the cars they purchased and which they used to collect and move merchandise.

Nana-Benz exclusivity of trading and retailing of African print textiles cloth in west African markets has been disrupted. As Vlisco has responded to falling revenues – over 30% in the first five years of the 21st century – due to its Chinese competition, Togolese traders’ role in the supply chain of Dutch cloth has been downgraded.

In response to the flood of Chinese imports, the Dutch manufacturer re-positioned itself as a luxury fashion brand and placed greater focus on the marketing and distribution of the textiles.

Vlisco has opened several boutique stores in west and central Africa, starting with Cotonou (2008), Lomé (2008) and Abidjan (2009). The surviving Nana-Benz – an estimated 20 of the original 50 – operate under contract as retailers rather than traders and must follow strict rules of sale and pricing.

While newer Togolese traders known as Nanettes are involved in the sourcing of textiles from China, they have lower economic and political stature. Up to 60 are involved in the trade.

Former street sellers of textiles and other petty commodities, Nanettes began travelling to China in the early to mid-2000s to source African print textiles. They are involved in commissioning and advising on the manufacturing of African print textiles in China and the distribution in Africa.

While many Nanettes order the common Chinese brands, some own and market their own. These include what are now well-known designs in Lomé and west Africa such as “Femme de Caractère”, “Binta”, “Prestige”, “Rebecca Wax”, “GMG” and “Homeland”.

Compared to their Nana-Benz predecessors, the Nanettes carve out their business from the smaller pie available from the sale of cheaper Chinese cloth. Though the volumes traded are large, the margins are smaller due to the much lower final retail price compared to Dutch cloth.

After procuring African print textiles from China, Nanettes sell wholesale to independent local traders or “sellers” as well as traders from neighbouring countries. These sellers in turn break down the bulk they have purchased and sell it in smaller quantities to independent street vendors.

All African print textiles from China arrive in west Africa as an incomplete product – as six-yard or 12-yard segments of cloth, not as finished garments. Local tailors and seamstresses then make clothes according to consumer taste. Some fashion designers have also opened shops where they sell prêt-à-porter (ready-to-wear) garments made from bolts of African print and tailored to local taste. Thus, even though the monopoly of the Nana-Benz has been eroded, value is still added and captured locally.

Since the COVID-19 pandemic, Chinese actors have become more involved in trading activity – and not just manufacturing. The further evolution of Chinese presence risks an even greater marginalisation of locals, already excluded from manufacturing, from the trading and distribution end of the value chain. Maintaining their role – tailoring products to local culture and trends and linking the formal and informal economy – is vital not just for Togolese traders, but also the wider economy.

The Conversation

Rory Horner receives funding from the British Academy Mid-Career Fellowship. He is also a Research Associate at the Department of Geography, Environmental Management and Energy Studies at the University of Johannesburg.

Fidele B. Ebia does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Togo’s ‘Nana-Benz’: how cheap Chinese imports of African fabrics has hurt the famous women traders – https://theconversation.com/togos-nana-benz-how-cheap-chinese-imports-of-african-fabrics-has-hurt-the-famous-women-traders-260924

AI chatbots can boost public health in Africa – why language inclusion matters

Source: The Conversation – Africa (2) – By Songbo Hu, PhD Candidate, University of Cambridge

Language technologies like generative artificial intelligence (AI) hold significant potential for public health. From outbreak detection systems that scan global news in real time, to chatbots providing mental health support and conversational diagnostic tools improving access to primary care, these innovations are helping address health challenges.

At the heart of these developments is natural language processing, an interdisciplinary field within AI research. It enables computers to interpret, understand and generate human language, bridging the gap between humans and machines. Natural language processing can process and analyse enormous volumes of health data, far more than humans could ever handle manually. This is especially valuable in regions with a stretched healthcare workforce or limited public health surveillance infrastructure, because it enables faster, data-driven responses to public health needs.

Recently, our interdisciplinary team, combining expertise from computer science, human geography and health sciences, conducted a review of studies on how language AI is being used for public health in African countries. Almost a decade’s worth of academic research was analysed, to understand how this powerful technology is being applied to pressing human needs.

Out of 54 research publications, we found that evidence of real-world effects of the technology was still rare. Only 4% of these studies (two out of 54) showed measurable improvements in public health, such as boosting people’s mood or increasing vaccine intentions.

Most projects stop at technology development and publication. Very few advance to real-world use or impact. Opportunities to improve health and well-being across the continent could be missed as a result.

Current limitations

In recent years, AI language technologies for public health have increased rapidly. This wave of technology development really took off as the COVID-19 pandemic renewed attention to public health. Health chatbots and sentiment analysis tools were developed in Africa and beyond.

Health chatbots “talk” to people and provide reliable health information in a friendly, conversational way. Sentiment analysis tools scan social media posts to understand what people are feeling and talking about. Together they can identify misinformation or changes in public opinion and then provide accurate information.

Of course, new technologies come with imperfections. We found that most technologies for public health in Africa exist in just a few languages whose dominance can be traced to colonial times, namely English and French.

The consequences are clear: key health messages fail to reach many communities, leaving millions unable to access or act on essential information.

We also found that few projects have gone beyond the laboratory development stage. Our study found only one system in operation that had a measurable public health effect.

A successful model

This standout example comes from a team at the Center for Global Development and the University of Chicago, in partnership with the Busara Center for Behavioral Economics. Their chatbot, deployed on Facebook Messenger, was designed for people in Kenya and Nigeria who were hesitant about COVID-19 vaccines. It was only available in English.

More than 22,000 social media users used this app, sharing vaccine-related questions and concerns. The chatbot provided tailored, evidence-based responses to topics ranging from vaccine effectiveness and safety to misinformation. Its effect was notable. The intervention boosted users’ intention and willingness to get vaccinated by 4%-5%. The strongest effects were seen among those most hesitant to begin with.

Behind this success was the researchers’ commitment to understanding the local context. Before launching the chatbot, in-depth discussions were held with focus groups and social media users in Kenya and Nigeria. The aim was to learn about the specific worries and cultural factors shaping attitudes toward vaccination.

The chatbot was designed to address these concerns. This user-centred, locally adapted approach enabled the chatbot’s messages to address real barriers. As this example demonstrates, language technologies for public health are most effective when responding to the concerns and needs of the intended users.

From lab to life

These technologies take time and money to be put into practice. The COVID-19 pandemic jump-started development but public health language AI technologies are very new. It could be that a future survey would find a very different situation.

At the same time, advances in large language models such as GPT-4 are rapidly lowering the technical barriers to developing language technologies. These models can often be adapted to new applications with far less data and effort than previous methods. Recent advances could enable small teams of researchers or even individual developers to build tools tailored to the specific needs of their own communities. The path from lab to real-world effects may become much shorter and easier.

Investors, accelerators and state support could help make this transition from lab to life happen.

Technology developers can also contribute by rooting their work in community-driven, multi-disciplinary and cross-sector collaboration. Social science and public health research knowledge and skills can inform the design and development of new technologies.

To maximise the potential of language technologies for public health, the following needs to happen:

  • involving communities and health workers in natural language processing design

  • expanding provision in indigenous African languages

  • integrating language technologies into existing health systems.

Future research and development must move beyond technical prototypes and laboratory tests to rigorous real-world evaluations that measure health outcomes.

The other co-authors behind this research are: Abigail Oppong, Ebele Mogo, Charlotte Collins, and Giulia Occhini.

The Conversation

Songbo Hu currently receives funding from the Cambridge Trust.

Anna Barford currently receives funding from UKRI and the Mastercard Foundation. She has previously received funding from the the British Aacdemy, ESRC, Leverhulme Trust, CPEST, the University of Cambridge, Unilever (via a philanthropic donation to the University) and the Asian Development Bank. Anna is the Co-Director of the Business Fights Poverty Institute and a consultant to the International Labour Organization.

Anna Korhonen receives funding from UKRI, and has previously received funding from MRC, EPSRC, NERC, Royal Society, ERC, and philantrophic donations to the University of Cambridge.

ref. AI chatbots can boost public health in Africa – why language inclusion matters – https://theconversation.com/ai-chatbots-can-boost-public-health-in-africa-why-language-inclusion-matters-260861

La spiritualité a sa place dans les soins de santé. Voici pourquoi

Source: The Conversation – in French – By Marck Pépin, Doctorant en anthropologie, Université Laval

Différentes épreuves, comme le deuil et la maladie, peuvent laisser les individus démunis. Les intervenants en soins spirituels ont pour objectif d’accompagner ces personnes afin de leur apporter un support. (Shutterstock)

La profession d’accompagnants spirituels a vécu de profondes et radicales transformations, en particulier depuis les années 1960. Cette métamorphose, de pair avec les transformations sociales du Québec, a exigé une redéfinition et une explicitation du rôle de ceux et celles qui, depuis 2011, se nomment les « intervenants en soins spirituels (ISS) ».

Au Québec, la formation professionnelle passe par des études universitaires de 2e cycle, avec des programmes spécialisés ancrés dans les réalités du terrain. Une certification de niveau nationale est également recommandée.

Au cours de leur formation, les futurs ISS assimilent la tâche délicate, originale, mais essentielle, d’accompagner spirituellement les personnes malades ou accidentées. Les ISS sont sollicités par les équipes de soins, par les usagers ou par leur famille. Face à une maladie grave ou aux conséquences d’un accident, certains des éléments sur lesquels se construit notre existence (valeurs, convictions, buts, perception du monde, de soi ou de ce qui nous dépasse) se trouvent autant sollicités que bousculés, bouleversés, parfois dévastés. Les ISS accompagnent justement ces dimensions essentielles de chaque personne.

Certaines personnes malades, mais aussi celles qui les soignent, peuvent se trouver confrontées à des situations ou des questionnements qui leur occasionnent de la souffrance morale, voire de la détresse spirituelle. L’incompréhension face à l’absurdité de la souffrance, face à la mort d’un enfant, ou encore face à l’injustice ressentie par rapport à une maladie peut mettre à l’épreuve l’équilibre spirituel chez ces personnes.

À l’inverse, la spiritualité de chacune et chacun peut offrir des ressources uniques pour traverser les moments difficiles. Voilà pourquoi un accompagnement spirituel compétent devient crucial dans de tels moments.


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Vous avez dit « spiritualité » ?

Dans un Québec devenu laïque, les profondes mutations du rapport à la religion ont souvent contribué à une perception parfois biaisée de la spiritualité, la confondant avec le religieux, ou occultant sa dimension existentielle et relationnelle.

Or la spiritualité est une dimension dynamique de l’existence humaine, distincte du religieux. La spiritualité se manifeste par une quête de sens, de but et de transcendance. Elle s’exprime et se vit de manière subjective, à travers les relations à soi, aux autres, à la nature et au sacré. La spiritualité se reconnaît dans son dynamisme relationnel et existentiel, influençant la manière d’habiter le monde et de donner sens à l’expérience humaine.

Une femme pratique la méditation dans une forêt
La spiritualité peut se manifester de diverses manières, en fonction de la quête personnelle de chacun.
(Shutterstock)

Certaines personnes trouvent dans le religieux un espace communautaire qui nourrit leur quête de sens. Et c’est donc dans le religieux que s’exprime et se déploie pour eux la vie spirituelle. D’autres trouveront des ressources spirituelles dans des sagesses séculaires, des approches philosophiques, des pratiques corporelles ou rituelles, etc.

Les ISS sont habilités à reconnaître le profil spirituel des personnes accompagnées et faciliter l’actualisation des ressources qui contribuent au sens, au but et à la transcendance de sa vie.

Comment les ISS accompagnent-ils les personnes dans leur spiritualité ?

L’originalité du travail des ISS réside dans son approche profondément humaine et personnalisée : ils interviennent, non pas « sur », mais « avec » la personne et selon la personne.

Plutôt que de travailler à partir d’un cadre de références prédéfinies, les ISS se rendent attentifs et présents à l’autre qui vit des pertes, des doutes, un mal-être en s’adaptant aux ressources intérieures de chacun. Ils favorisent ainsi un cheminement personnel où l’individu peut retrouver lui-même son chemin spirituel.

Aux personnes malades ou endeuillées, à leurs proches et au personnel soignant, l’ISS offre une écoute singulière, un espace où exprimer ce qui a le plus de valeur, ou ce qui est souffrant. Plus qu’un soutien, il est aussi un auxiliaire entre la vie et la mort, un guide dans la quête de sens face à l’incompréhensible et à la souffrance.

Par leur posture d’intermédiaire, les ISS, avec les autres intervenants psychosociaux, jouent un rôle central de médiateur entre la personne malade ou endeuillée, ses proches et l’équipe soignante. Témoins des tensions familiales, ils facilitent le dialogue et contribuent à la résolution des conflits. Ils veillent à préserver un espace d’écoute et de respect.

Leur médiation s’étend également au personnel soignant, dont les avis, les convictions et le regard sur la situation peuvent parfois diverger de l’expérience vécue du patient ou de ses proches. En informant et en conciliant ces différentes perspectives, les ISS assurent une présence apaisante, favorisant une communication harmonieuse dans des contextes souvent marqués par la vulnérabilité et l’incertitude.

Les ISS accompagnent les personnes endeuillées au-delà de leur douleur, les aidant à puiser en elles la force spirituelle de traverser l’épreuve. Ils facilitent l’émergence des ressources spirituelles et renforcent l’identité de la personne accompagnée en s’adaptant à ce qui fait sens pour elle et pour son entourage.

Cette approche repose sur une grande flexibilité dans la posture de l’intervenant, qui tient compte de la diversité des expériences, des réalités et des perspectives sociales, culturelles et spirituelles. Les ISS accompagnent sans imposer, et laissent ainsi place à la réinvention possible des croyances et de la spiritualité.

De la posture à l’acte : comment opèrent ces spécialistes de la spiritualité ?

Se démarquant de l’exercice coutumier des professionnelles de santé, l’intervention en soins spirituels repose avant tout sur l’« être » plutôt que sur le « faire ». Le processus relationnel propre à cette intervention évolue au fil des interactions, nourri par la posture propre des ISS, inscrite dans la compassion, l’attention et la bienveillance.

Des gens assis en rond se tiennent la main
Pour certaines, la spiritualité en passe par un sentiment de communauté. Pour d’autres, elle est quelque chose de résolument personnel. Peu importe les besoins des patients, les intervenants en soins spirituels cherchent à les accompagner, plutôt qu’à s’imposer.
(Shutterstock)

L’accompagnement prend diverses formes, notamment par des rituels et des activités adaptées aux besoins spirituels et symboliques de la personne et de son entourage. Ces pratiques, qu’elles soient laïques (humanistes) ou religieuses, permettent d’apporter du réconfort, de structurer l’expérience et d’offrir un espace de communion chaleureuse.

Les organisations peuvent-elles se passer de spiritualité ?

Les recherches sur l’impact de la spiritualité dans les pratiques de soins à partir d’un modèle holistique qui intègre le spirituel au biopsychosocial sont abondantes et concluantes. Elles reconnaissent la spiritualité comme composante fondamentale du mieux-être de la personne, tant chez les personnes malades qu’auprès des membres de leur famille.

L’intégration compétente du spirituel dans les pratiques de soins s’avère d’autant plus crucial dans un système de santé qui « vit une crise » marquée par de profondes et multiples pressions systémiques, se manifestant notamment par la détresse morale des professionnels de santé, leur épuisement et les répercussions psychologiques liées aux deuils vécus. Des études montrent également que la dimension spirituelle contribue aussi au mieux-être des professionnels confrontés à des contextes exigeants.

La reconnaissance tardive des intervenants en soin spirituel (ISS) en milieu de santé ne cesse d’étonner alors que les professionnels de la santé prennent progressivement conscience de l’importance du spirituel dans les pratiques de soins. L’un des freins à cette pleine intégration de professionnels du spirituel semble résider dans la difficulté des milieux de santé à intégrer une approche fondée sur la présence et le sens, pourtant essentielle pour accompagner les usagers au-delà des seules logiques médicales.

Les ISS guident sans diriger, soutiennent sans prescrire, et accompagnent la personne endeuillée dans une quête de sens qui dépasse la seule perte. Leur rôle, empreint d’une profonde humanité, s’inscrit dans une dynamique relationnelle où chaque échange contribue à tisser un chemin de résilience et de transformation.

Parce qu’elle soutient la traversée de l’expérience de la maladie, du deuil, de la perte et de la détresse, la spiritualité devrait imposer sa place dans les institutions de santé. Face à la souffrance, elle éclaire, ouvre un espace d’expression de la quête de sens et de l’actualisation de soi.

La Conversation Canada

Audrey Simard est membre de l’Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec. Elle a obtenu la Bourse d’études supérieures du Canada au niveau de la maîtrise (BESC M) octroyée par le Conseil de recherches en
sciences humaines. Elle est intervenante pour l’organisme Albatros Capitale-Nationale et auxiliaire d’enseignement et de recherche à l’Université Laval.

Chantal Verdon est professeure titulaire de l’Université du Québec en Outaouais au département des sciences infirmières et membre de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Elle est cochercheuse dans le projet Partenariat Spiritualité qui a reçu un financement du Conseil de recherche en sciences humaines – engagement partenarial.

Elaine Champagne est titulaire de la Chaire Religion, spiritualité et santé, Université Laval.
Elle a obtenu du subvention d’engagement partenarial du CRSH (chercheure principale) pour le projet Partenariat Spiritualité: Partenariat pratique/recherche pour mieux soutenir les interventions spirituelles en contexte de deuil.

Marck Pépin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La spiritualité a sa place dans les soins de santé. Voici pourquoi – https://theconversation.com/la-spiritualite-a-sa-place-dans-les-soins-de-sante-voici-pourquoi-254880

En ces temps incertains, trois stratégies pour mieux maîtriser vos finances

Source: The Conversation – in French – By Omar H. Fares, Assistant Professor, Faculty of Business, University of New Brunswick

Les consommateurs canadiens semblent passer d’une inquiétude économique passagère à un sentiment de précarité financière plus durable, qui commence à modifier en profondeur leurs habitudes de vie.

Ils retardent les achats importants et expriment une lassitude croissante envers les services par abonnement. Une enquête récente a révélé que 70 % des Canadiens repoussent des décisions majeures, y compris l’achat d’une maison et la planification familiale, en raison de l’incertitude économique persistante.

Cette inquiétude se reflète désormais dans le moral général. La dernière enquête de la Banque du Canada sur les attentes des consommateurs a révélé une forte hausse du pessimisme économique. Environ deux tiers des Canadiens anticipent maintenant une récession dans l’année, contre 47 % à la fin de 2024.

Les inquiétudes concernent la sécurité de l’emploi, le remboursement des dettes et l’accès au crédit augmentent également. Pour la première fois depuis début 2024, davantage de consommateurs déclarent réduire leurs dépenses. Les intentions d’achat de logement diminuent, en particulier chez ceux qui s’attendent à un ralentissement. Une part croissante des détenteurs de prêts hypothécaires prévoient de réduire leurs dépenses en prévision de l’augmentation des paiements de renouvellement.

Les Canadiens ne réagissent plus seulement à l’inflation ou aux taux d’intérêt : ils s’ajustent à l’idée que l’incertitude financière fait désormais partie du quotidien.

Pourquoi cette incertitude semble différente

Si le lien entre l’incertitude économique et la baisse des dépenses est bien documenté, la conjoncture actuelle se distingue par la convergence de plusieurs facteurs de stress auxquelles sont confrontés les consommateurs : un marché de l’emploi difficile, en particulier pour les jeunes, des inquiétudes liées aux effets perturbateurs de l’automatisation induite par l’IA, la menace de droits de douane imposés par les États-Unis, les conflits internationaux et l’augmentation du coût de la vie.

Dans ce contexte, le sentiment de précarité s’installe comme une réalité quotidienne, influençant la manière dont les gens planifient, dépensent et envisagent l’avenir.

Pour faire face à cette nouvelle réalité, nous devons nous doter d’outils et de réflexes qui peuvent nous aider à développer une stabilité financière, même en période d’incertitude.

Voici trois moyens fondés sur la recherche pour y parvenir.

1. Établissez un budget aligné sur vos valeurs

À l’heure où de nombreuses personnes ressentent une pression financière croissante, adopter une approche plus réfléchie et basée sur les valeurs en matière de finances personnelles, au-delà des méthodes traditionnelles de budgétisation, est essentiel. Si vous souhaitez mieux contrôler vos finances, il peut être utile de ne plus vous concentrer uniquement sur le suivi de vos dépenses, mais plutôt sur la manière dont vous dépensez votre argent.

Les recherches sur le comportement des consommateurs confirment ce changement de mentalité. La « comptabilité mentale », introduite par l’économiste Richard Thaler, montre que les individus répartissent naturellement leur argent en catégories symboliques telles que la stabilité, la famille ou l’apprentissage. Il ne s’agit plus simplement de réduire ses dépenses, mais de faire des choix financiers alignés sur ses priorités.

Des recherches montrent qu’en associant cette approche à des gestes simples – comme la définition d’objectifs précis et la mise en place de virements automatiques vers l’épargne ou les dépenses importantes –, on améliore sa capacité à faire des choix cohérents sur le long terme. L’idée n’est pas de tout comptabiliser au centime près, mais de faire en sorte que votre argent serve ce qui a du sens pour vous.

Étant donné que les valeurs ont tendance à guider la prise de décisions durables, un point de départ pratique consiste à identifier trois à cinq valeurs fondamentales, telles que la sécurité financière, le développement personnel ou le temps passé en famille. Ensuite, passez en revue vos transactions récentes et regroupez-les en fonction de la valeur qu’elles représentent. Cela permet de recadrer la budgétisation non plus comme une simple contrainte, mais comme un moyen d’évaluer si vos dépenses actuelles correspondent à ce que vous considérez comme le plus important.

À partir de là, attribuez un montant mensuel raisonnable à chaque catégorie en fonction de vos revenus et de vos obligations fixes. Vous n’avez pas besoin de suivre chaque détail, mais le fait d’avoir des repères basés sur vos valeurs vous donne une direction claire et vous aidera à faire de meilleurs choix au quotidien.

Renommer les catégories dans votre application ou votre feuille de calcul budgétaire est une autre approche importante. Par exemple, remplacer « dépenses discrétionnaires » par « temps en famille » ou « bien-être » peut renforcer le lien entre les dépenses et les valeurs. Mettez en place des virements automatiques qui reflètent vos objectifs ; cela peut inclure la création d’une réserve d’épargne, le financement des études ou la contribution à un compte d’investissement à faible risque. Automatiser ce processus peut vous aider à rester constant, même en période d’incertitude. L’automatisation permet de réduire la fatigue décisionnelle et favorise la cohérence.

2. Utilisez le pessimisme à votre avantage

S’il est tout à fait rationnel de reconnaître les risques économiques, la manière dont les gens y réagissent fait une différence considérable. Les psychologues ont étudié un état d’esprit appelé « pessimisme défensif », une stratégie qui consiste à anticiper les problèmes potentiels afin de planifier efficacement, plutôt que de se laisser submerger par l’incertitude.


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Contrairement à l’anxiété chronique ou à la peur, qui peuvent nuire à la prise de décision et conduire à de mauvais choix financiers et de consommation, le pessimisme défensif encourage les gens à adopter une approche plus mesurée et réfléchie. Il combine réalisme et préparation et aide les individus à rester concentrés et réactifs dans des conditions incertaines.

Les gens sont plus résilients lorsqu’ils se concentrent sur ce qui peut être changé. Concrètement, cela peut consister à acquérir une nouvelle compétence, à lancer un projet parallèle ou à renforcer son réseau personnel ou professionnel.

Pour appliquer le pessimisme défensif, commencez par identifier clairement ce qui pourrait mal tourner, puis définissez des mesures spécifiques pour faire face à ces éventualités. Divisez les tâches importantes en étapes plus petites et plus faciles à gérer, élaborez un plan de secours et réévaluez régulièrement vos progrès. Cette approche permet de rester concentré, de réduire les surprises et de transformer l’inquiétude en préparation.

Ces petites mesures proactives, accompagnées d’une réflexion personnelle approfondie, peuvent donner un sentiment d’autonomie qui contrebalancent le sentiment d’impuissance. Plutôt que d’ignorer les défis, le pessimisme défensif, associé à une réflexion constante, consiste à trouver des moyens de les contourner.

3. Adoptez une vision à long terme

Malgré l’incertitude actuelle, il reste très important de conserver une perspective financière à long terme. Les études montrent systématiquement que les personnes qui s’engagent dans une planification à long terme ont tendance à accumuler davantage de richesse au fil du temps.

La planification à long terme consiste à continuer à planifier des objectifs futurs tels que la retraite ou les études, même lorsque les délais doivent être modifiés en raison de circonstances changeantes.

L’un des plus grands défis de cette approche est connu sous le nom « d’effet de la grappe acide ». Il s’agit de la tendance qu’ont les gens à minimiser un objectif ou une récompense future après avoir connu des revers ou des échecs précoces.

Une étude réalisée en 2020 auprès de 1304 participants en Norvège et aux États-Unis a révélé que les revers peuvent amener les individus à se désengager de leurs objectifs. Les participants ont reçu des commentaires positifs ou négatifs sur une tâche initiale, puis ont été invités à prédire leur niveau de bonheur s’ils réussissaient lors d’une deuxième série.

Ceux qui avaient connu l’échec anticipaient beaucoup moins de bonheur en cas de réussite future. Lorsque tout le monde a finalement réussi, leur niveau de bonheur était le même, indépendamment des commentaires initiaux. Les revers peuvent amener les gens à dévaloriser leurs objectifs comme stratégie d’autoprotection. Cependant, les participants ayant une forte motivation à la réussite ne présentaient pas ce biais.

En d’autres termes, lorsque des déceptions à court terme sont interprétées comme des échecs, les gens risquent d’abandonner complètement leurs projets à long terme. Dans ces moments-là, la meilleure chose à faire est de rester cohérent et engagé, tout en restant suffisamment agile pour s’adapter si nécessaire.

La Conversation Canada

Omar H. Fares ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. En ces temps incertains, trois stratégies pour mieux maîtriser vos finances – https://theconversation.com/en-ces-temps-incertains-trois-strategies-pour-mieux-maitriser-vos-finances-261330

Understanding the violence against Alawites and Druze in Syria after Assad

Source: The Conversation – USA (3) – By Güneş Murat Tezcür, Professor and Director of the School of Politics and Global Studies, Arizona State University

Bedouin fighters at Mazraa village on the outskirts of Sweida city, during clashes in southern Syria on July 18, 2025. AP Photo/Ghaith Alsayed

In July 2025, clashes between the Druze religious minority and Sunni Arabs backed by government-affiliated forces led to hundreds of deaths in Sweida province in southern Syria. Israel later launched dozens of airstrikes in support of the Druze.

This eruption of violence was an eerie reminder of what had unfolded in March 2025 when supporters of the fallen regime led by Bashar Assad, an Alawite, targeted security units. In retaliation, militias affiliated with the newly formed government in Damascus carried out indiscriminate killings of Alawites.

While exact figures remain difficult to verify, more than 1,300 individuals, most of them Alawites, lost their lives. In some cases, entire families were summarily executed.

Although the Syrian government promised an investigation into the atrocities, home invasions, kidnappings of Alawite women and extrajudicial executions of Alawite men continue.

The violence in Sweida also bore a sectarian dimension, pitting members of a religious minority against armed groups aligned with the country’s Sunni majority.

A key difference, however, involved the active Israeli support for the Druze and the U.S. efforts to broker a ceasefire.

Post-Assad Syria has seen promising developments, including the lifting of international sanctions, a resurgence of civil society and the end of diplomatic isolation. There was even a limited rapprochement with the main Kurdish political party controlling northeastern Syria.

The persistent violence targeting the Alawites and, to a more limited extent, the Druze, starkly contrasts with these trends. As a scholar of religious minorities and the Middle East, I argue that the current political situation reflects their historical persecution and marginalization.

History of the Alawites

The Alawites emerged as a distinct religious community in the 10th century in the region of the Latakia coastal mountains, which today make up northwestern Syria.

Although their beliefs have some commonalities with Shiite Islam, the Alawites maintain their own unique religious leadership and rituals. Under the Ottoman regime in the late 19th century, they benefited from reforms such as the expansion of educational opportunities and economic modernization, while gaining geographical and social mobility.

After Hafez Assad, the father of Bashar, came to power in a coup in 1970, he drew upon his Alawite base to reinforce his regime. Consequently, Alawites became disproportionately represented in the officer corps and intelligence services.

Prior to the civil war, which began in 2011, their population was estimated at around 2 million, constituting roughly 10% of Syria’s population. During the civil war, Alawite young men fighting for the regime suffered heavy casualties. However, most Alawites remained in Syria, while Sunni Arabs and Kurds were disproportionately displaced or became refugees.

Several people, including women and children, stand next to parked vehicles.
Members of the Alawite minority gather outside the Russian air base in Hmeimim, near Latakia in Syria’s coastal region, on March 11, 2025, as they seek refuge there after violence and retaliatory killings in the area.
AP Photo/Omar Albam

Among Syria’s minorities, two key factors make the Alawites most vulnerable to mass violence in post-Assad Syria. The first factor is that, like the Druze, Alawites have their own distinct beliefs that deviate from Sunni Islam. Their religious practices and teachings are often described as “esoteric” and remain mostly inaccessible to outsiders.

In my 2024 book “Liminal Minorities: Religious Difference and Mass Violence in Muslim Societies,” I categorize the Alawites and Druze in Syria alongside Yezidis in Iraq, Alevis in Turkey and Baha’is in Iran as “liminal minorities” – religious groups subject to deep-seated stigmas transmitted across generations.

These groups are often treated as heretics who split from Islam and whose beliefs and rituals are deemed beyond the pale of acceptance. For instance, according to Alawite beliefs, Ali, the son-in-law of Prophet Muhammad, is a divine manifestation of God, which challenges the idea of strict monotheism central to Sunni Islam.

From the perspective of Sunni orthodoxy, these groups’ beliefs have been a source of suspicion and disdain. A series of fatwas by prominent Sunni clerics from the 14th to the 19th century declared Alawites heretics.

Resentment against the Alawites

The second factor contributing to the Alawites’ vulnerability is the widespread perception that they were the main beneficiaries of the Assad regime, which engaged in mass murder against its own citizens. Although power remained narrowly concentrated under Assad, many Alawites occupied key positions in the security apparatus as well as the government.

In today’s political landscape where the central government remains weak and its control over various armed groups is limited, religious stigmatization and political resentment create fertile ground for mass violence targeting the Alawites.

The massacres of March 2025 were accompanied by sectarian hate speech, including open calls for the extermination of the Alawites, both in the streets and on social media.

While many Sunni Muslims in Syria also perceive the Druze as heretics, they maintained a greater degree of distance from the Assad regime and were less integrated into its security apparatus.

Nonetheless, in recent months the situation deteriorated rapidly in the Druze heartland. The Druze militias and local Bedouin tribes engaged in heavy fighting in July 2025. Unlike the Alawites, the Druze received direct military assistance from Israel, which has its small but influential Druze population. This further complicates peaceful coexistence among religious groups in post-Assad Syria.

A sober future

Sunni Arab identity is central to the newly formed government in Damascus, which can come at the expense of religious and ethnic pluralism. However, it has incentives to rein in arbitrary violence against the Alawites and Druze. Projecting itself as a source of order and national unity helps the government internationally, both diplomatically and economically.

Internally, however, the new government remains fractured and lacks effective control over vast swaths of territory. While it pays lip service to transitional justice, it is also cautious about being perceived as overly lenient toward individuals associated with the Assad regime and its crimes. Meanwhile, Alawite and Druze demands for regional autonomy continue to stoke popular Sunni resentments and risk triggering further cycles of instability and violence.

I believe that in a post-Assad Syria defined by fractured governance and episodic retribution, the Alawites as well as Druze are likely to face deepening marginalization.

The Conversation

Güneş Murat Tezcür does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Understanding the violence against Alawites and Druze in Syria after Assad – https://theconversation.com/understanding-the-violence-against-alawites-and-druze-in-syria-after-assad-255292

What Canada can learn from Australia on adequately protecting citizens at live events

Source: The Conversation – Canada – By Sean Spence, Security Risk Management Pracitioner & Researcher, Royal Military College of Canada

In April 2025, a man drove an SUV through a crowd of people attending a Filipino cultural festival in Vancouver, killing 11 people and injuring dozens more. In response, the British Columbia government immediately commissioned an inquiry to examine the systemic causes of the incident and whether any lessons could be learned from the tragedy.




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Vancouver SUV attack exposes crowd management falldowns and casts a pall on Canada’s election


The commission came up with six recommendations based on gaps in the current municipal application and approval system for public events across the province.

One key recommendation was that all public events should be required to complete a risk assessment. This isn’t currently happening across the province. The absence of such analysis poses a risk for public safety.

Another recommendation was the creation of local knowledge capacity to support event organizers, particularly for small and rural events, where the expertise to conduct a basic security risk assessment is lacking.

Forseeable tragedy?

As I argued in August 2022, the live events industry lacks the same level of professionalism as other occupations. Many of these small event organizers are amateurs who lack the resources to properly deal with the security risks involved in holding their events.




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These factors, combined with emerging security risks, meant that the tragedy at the Lapu Lapu festival could be considered a foreseeable event given the risk realities associated with modern mass gatherings.

The inquiry report highlighted how B.C. is lagging behind other international jurisdictions in terms of legislative pro-activeness in securing public events. This policy deficiency is actually a Canada-wide problem; the country is woefully behind other western nations when it comes to securing public events.

My doctoral thesis examined this very issue when I compared the regulation and application process to host public events in Canada and Australia’s largest cities.

Australia vs. Canada

Firstly, it’s important to note that Canada is a less safe country in terms of security than Australia, all things considered equal. Canada’s porous border with the United States means more illegal firearms are entering the country, resulting in more gun violence than in Australia, where there are more restrictive gun ownership laws.

The Lapu Lapu attack was not investigated as an act of terrorism, but in a related concern, Canada’s intelligence-gathering and national security laws place it at a counter-terrorism disadvantage compared to Australia.

Relatively speaking, research suggests Canada’s Charter of Rights and Freedoms hinders its security services from being able to detect and investigate terrorism-related offences given the greater importance placed on individual rights compared to Australia, where there is no such Charter equivalent.

Australia also has pro-active foreign intelligence collection capabilities to aid in its counter-terrorism efforts, while Canada’s CSIS agency only has domestic capabilities. That essentially requires it to import intelligence from its allies.

Given these facts, it would seem plausible that Canada would be at greater risk for security threats at public events — including terrorist attacks, active shooters, etc. — than Australia.

When I compared the data between both countries in my research, it suggested Australia has more public event regulation than Canada.

It was quantitatively shown that Australian officials require risk assessments and other proactive measures from event organizers, including for risk mitigation, while Canadian officials are mostly concerned with reactive security response plans — in other words, determining how organizers would respond to attacks after they occurred.

An analysis of event application documents in both countries reveal that Australian municipalities disproportionately emphasize “risk management” in approving events compared to Canadian municipalities.

Three ways the B.C. report falls short

The B.C. report missed out on examining several important elements.

Firstly, it did not take a holistic, deep dive into just how vulnerable public events are to myriad security threats — like active shooters, crowd crushing and terrorist attacks — but instead focused solely on the hostile vehicle threat.

It also failed to consider the urgency of governments to adopt policy changes in the face of emerging threats on public spaces, like drone attacks.

Secondly, the report made no mention of the need for law enforcement to develop stronger ties to share intelligence with event organizers as a proactive measure to protect mass gathering events from violence. The Hamas attacks at a music festival in Israel in October 2023 highlight the worst outcome of such failures.




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How Israel underestimated Hamas’s intelligence capabilities – an expert reviews the evidence


Lastly, there was no call for action or recommendation for the federal government to play a greater role in providing guidance to the industry and lower levels of government.

National security is a federal issue as well as the regulation of airspace for drones. In countries such as the United Kingdom, Australia and the United States, the national government provides guidance on protecting public spaces. There is no such policy leadership in Canada.

The B.C. findings show Canadian authorities have a lot of work to do to make public events safer for Canadians. With the FIFA World Cup coming to Canada next year, Canadian governments still have time to implement corrective actions to ensure soccer fans stay safe.

The Conversation

Sean Spence provides security consulting services within the hospitality industry.

ref. What Canada can learn from Australia on adequately protecting citizens at live events – https://theconversation.com/what-canada-can-learn-from-australia-on-adequately-protecting-citizens-at-live-events-261161

Understanding how Taylor Swift constructs her songs helps explain her phenomenal popularity

Source: The Conversation – Canada – By Alexander Carpenter, Professor, Musicology, University of Alberta

In 2023, Forbes published an article about Taylor Swift that included the following mind-boggling statistic: 55 per cent of adults in the United States identify themselves as Swift fans.

In the wake of her recent epic world tour — which drew 10 million attendees and earned billions of dollars — Swift has clearly emerged as a modern singer-songwriter whose success and renown has no equal.

The same article reports that 73 per cent of those surveyed insisted that “Swift’s music is a driving force of their support of her.” But the abundant discourse surrounding Taylor Swift in the popular press, academia and online seems to be about everything but her songs.

In place of critical engagement with her musical work, Swift is credited for creating her own economic ecosystem wherever she goes, lauded for being a shrewd and powerful businessperson, described as an empowered and empowering feminist icon or branded a quintessential entertainer.

At this moment, Swift resides at the very apex of modern celebrity culture. Ironically, this makes it especially tricky to engage with Swift as a musician, which is the very basis of her fame.

As a musicologist, music critic and musician who studies and teaches popular music, there are ways to examine the musical meaning of pop songs. These approaches provide useful insights; after all, wasn’t it the music that drew audiences to Swift in the first place?

Studying Swift

Swift is increasingly taken seriously in the halls of academia. A number of universities offer courses dedicated to Swift, but typically not to her music as such: rather, many of these courses take a literary approach to her songs or a broadly sociological approach to her as a pop culture phenomenon, or they foreground her business model.

In his book There’s Nothing Like This, Kevin Evers, senior editor of the Harvard Business Review, regards Swift as a “strategic genius.” He examines how she identifies and exploits untapped markets, making creative and marketing pivots at key moments while protecting her image as a self-made, authentic singer-songwriter.

Evers focuses on non-musical elements when discussing Swift’s songs. He claims that Swift’s fans interpret her lyrics in a manner akin to the literary analysis of complex poems. Swift’s songs intrigue fans, Evers insists, primarily because they offer insight into her personal life, romantic travails and struggles with fame.

Of course, words are an important element of pop songs, and for many fans, the words of a song constitute its “about-ness.” But a pop song is a sonic object, not simply a delivery system for words.

Lyrical discourse analysis

Song lyrics are not poems, although they may be “like poetry,” as musicologist Dai Griffiths has argued. He points out that when we insist on thinking of lyrics as poetry, we lose a systematic understanding of how words function in songs. The placement and sound of words, and how they relate to the music, are key elements of a song’s musical structure and sense.

It is this discussion of the musical sense and meaning of Swift’s songs that is largely neglected.

The academic study of classical music offers a wealth of analytic methodologies; there are ways to examine the musical meaning of pop songs that do not over-analyze the song. These include looking at elements like form, orchestration, melody, harmony and rhythm.

A song creates space: its formal layout and the rhythm of musical phrases provide the space for words — what Griffiths calls the “verbal space” — which have their own rhythms and structures and work within but also push against the boundaries of this space.

Form and space

Consider Swift’s chart-topping 2014 single, “Shake it Off,” re-released as “Shake it Off (Taylor’s Version)” in 2023. This song, while popular, was criticized for its repetitiveness and lack of emotional depth.

“Shake it Off” doesn’t seem to have much lyrical content: the verses are short, rounded off with simple slant rhymes, and much of the created space seems to be filled with repetition: “I’m just gonna shake, shake, shake, shake, shake/Shake it off, shake it off.”

Likewise, the song is built musically on some very basic and limited material, namely three chords, a short, unvaried drum loop and a spare bass line provided by a baritone saxophone.

The lyric video to “Shake it Off (Taylor’s version).”

The lyrics touch lightly on Swift’s response to fame and her critics, but it is their syllabic density that contributes to the song’s development and momentum. This gradually and sytematically increases over the first two verses and pre-chorus, until arriving at the chorus, where the space is filled almost completely.

The density of the music also increases in the choruses, with a thicker bass part, added vocals and a brass fanfare.

While “Shake it Off” is repetitive with little harmonic and melodic variety, it is also quite subtly counterbalanced with a variety of sounds, textures and densities. These move the song forward and importantly, help mark off the song’s formal sections.

These compositional and production details contribute to the song’s overall meaning. But how the words participate in the unfolding of the song-as-music, or the creation and shaping of the musical space, is also meaningful. The thrust of the lyrics emphasize Swift’s detachment from gossip and criticism: “I never miss a beat/I’m lightnin’ on my feet” and “But I keep cruisin’/Can’t stop, won’t stop groovin’”.

These lyrics are reinforced by the propulsive musical momentum of the song created by the gradual thickening of the text and music. Even with this thickening, the song still remains quite light, emphasizing the lyrical claims of detachment and distance from negativity.

The chorus, by contrast, with its deeply resonant bass, layers of background vocals and added brass, is musically the heaviest part of the song, underwriting Swift’s assertive claim that she will “shake off” the lies and gossip that plague her as a celebrity pop star.

Understanding Swift’s success

Collecting some musical information about Swift’s songs is not an abstract or intellectual activity; rather, it is essential information if we want to better understand Swift and her success in terms of her song writing.

I’m not making an argument here for or against Swift’s music; I’m neither a “Swiftie” nor a detractor. Nor have I offered anything like a comprehensive or definitive analysis of a song in this short article.

But I do think we should be curious and better understand Swift’s success, especially the popularity of her music across generations and demographics. How her songs are actually put together — how they work as music, in tandem with words, to tell stories — is an essential part of that understanding.

The Conversation

Alexander Carpenter does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Understanding how Taylor Swift constructs her songs helps explain her phenomenal popularity – https://theconversation.com/understanding-how-taylor-swift-constructs-her-songs-helps-explain-her-phenomenal-popularity-247855

À bord de l’« Ocean Viking » (1) : paroles de personnes exilées secourues en mer

Source: The Conversation – France in French (3) – By Morgane Dujmovic, Chargée de recherche CNRS, Géographe et politiste spécialiste des frontières et migrations, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Atelier sur le pont de l’_Ocean Viking_.
Morgane Dujmovic, Fourni par l’auteur

Cet article est le premier d’une série en quatre volets consacrée à un travail de recherche mené à bord de l’Ocean Viking, navire de sauvetage de l’ONG SOS Méditerranée. Morgane Dujmovic, géographe et politiste, a recueilli les récits de 110 personnes secourues en Méditerranée centrale pour mieux comprendre leur parcours. Ce premier épisode revient sur la méthodologie employée. L’épisode 2 est ici. Une version immersive de cette série existe également.


« Nous étions prêts à sauter. Nous avions tellement peur que les Libyens arrivent ! »

Je lis ces mots d’un jeune homme syrien dans le tableau de données. Ils sont issus de l’étude que j’ai coordonnée, de l’été 2023 à l’été 2024, à bord de l’Ocean Viking, le navire civil de recherche et sauvetage en mer de SOS Méditerranée. Ces mots ne sont pas isolés. Parmi les 110 personnes rescapées qui se sont exprimées via l’enquête par questionnaire déployée à bord, près d’un tiers ont décrit une peur semblable à la vue d’un navire à l’horizon : non pas la peur du naufrage imminent ou de la noyade, mais celle d’être interceptées par les forces libyennes et renvoyées en Libye.



Ces mots résonnent avec ceux de Shakir, un Bangladais que j’ai connu sur l’OV (surnom donné à l’Ocean Viking) :

« Tes ateliers nous ont rafraîchi l’esprit. Depuis la Libye et la mer, nous nous sentions perdus. Maintenant, nous comprenons le chemin parcouru. »

Portrait de Shakir.
Morgane Dujmovic, Fourni par l’auteur

Sur le pont de l’OV et dans les containers servant d’abri jusqu’au débarquement en Italie, j’ai proposé des ateliers participatifs de cartographie sensible. Une soixantaine de personnes s’en sont emparées, en retraçant les étapes, les lieux et les temporalités de leurs voyages par des cartes dessinées. Si je développe des méthodes de recherche créatives et collaboratives pour encourager l’expression des savoirs qui se construisent en migration, je n’avais pas anticipé que ces gestes et tracés puissent aussi contribuer à « rafraîchir l’esprit », se réapproprier des repères ou valoriser « le chemin parcouru ».

Ces mots résonnent aussi avec ceux de Koné, un Ivoirien rencontré à Ancône (Italie), une semaine après avoir été débarqué par une autre ONG de sauvetage :

« Le pire n’est pas la mer, crois-moi, c’est le désert ! Quand tu pars sur l’eau, c’est la nuit et tu ne vois pas autour : c’est seulement quand le jour se lève que tu vois les vagues. Dans le désert, on te met à cinquante sur un pick-up prévu pour dix : si tu tombes, tu restes là. Dans l’eau, tu meurs d’un coup, alors que, dans le désert, tu meurs à petit feu. »

Portrait de Koné.
Morgane Dujmovic, Fourni par l’auteur

Tous ces mots m’ont amenée à reformuler mes hypothèses sur les frontières et leurs dangers. Pourquoi prendre le risque de la traversée en mer, à l’issue incertaine ? Que perçoit-on du sauvetage, depuis une embarcation en détresse ? Comment vit-on les journées à bord d’un navire d’ONG ? Que projette-t-on dans l’arrivée en Europe, et après ? Si les sauvetages et naufrages font assez souvent la une des médias, les perceptions des personnes rescapées sont rarement étudiées ; elles nous parviennent le plus souvent à travers le filtre des autorités, journalistes ou ONG. Recueillir ces vécus, permettre aux personnes exilées de se raconter : c’était là l’objet de ma mission de recherche embarquée.

« Sur le terrain : Quand les cartes racontent l’exil », avec Morgane Dujmovic, The Conversation France, 2025.

Une recherche embarquée

À bord de l’OV, j’occupe le « 25e siège », habituellement réservé à des personnalités. Ma présence a quelque chose d’inédit : c’est la première mission SAR (Search and Rescue) qui accueille une chercheuse extérieure à une ONG. Pour le Département des opés de SOS Méditerranée, c’est l’occasion d’amener à bord une méthodologie de sciences sociales, nourrie par un regard distancié, pour tenter d’améliorer la réponse opérationnelle à partir des priorités exprimées par les personnes secourues.

L’Ocean Viking à Syracuse (Italie).
Morgane Dujmovic, Fourni par l’auteur

Côté navire, plusieurs membres de l’équipage expriment leur soutien pour ce travail, destiné à enrichir leurs pratiques, comme la compréhension de parcours d’exil auxquels ils sont confrontés depuis des années. C’est le cas de Charlie, l’un des anciens de l’ONG, impliqué depuis une dizaine d’années dans le perfectionnement des techniques d’approche et de secours des embarcations en détresse. En tant que SAR Team Leader, il coordonne les équipes des RHIBs (Rigid-Hulled Inflatable Boats), les bateaux semi-rigides d’intervention mis à l’eau depuis l’OV pour réaliser les sauvetages :

« Ce travail est vraiment utile, car nous cherchons constamment à nous améliorer. Mais la chose dont je suis vraiment curieux, c’est ce qu’il se passe avant. Je parle avec eux parfois, mais je voudrais en savoir plus sur eux. »

Quant à moi, si je travaille depuis quinze ans avec des personnes exilées, c’est la première fois que j’écris sur les frontières en étant moi-même dans la frontière – un sentiment d’immersion amplifié par l’horizon de la mer et par le quotidien confiné à bord de l’OV.

Navigation vers la zone d’opérations.
Morgane Dujmovic, Fourni par l’auteur

L’étude est déployée au fil de cinq rotations, missions en zone de recherche et sauvetage de six semaines chacune. L’ensemble du crew (équipes de sauvetage, de protection, de logistique et de communication) a été formé à la méthodologie d’enquête.

Issu d’un dialogue entre objectifs scientifiques et opérationnels, le protocole de recherche articule des méthodes quantitatives et qualitatives. Un questionnaire est élaboré autour de trois thèmes :

  • le sauvetage en mer (ou rescue),

  • la prise en charge sur le bateau-mère (ou post-rescue),

  • les projets et parcours de migration, du pays de départ jusqu’aux lieux d’installation imaginés en Europe.

Ma présence à bord permet d’affiner le questionnaire initial, pour parvenir à une version stabilisée à partir des retours de personnes secourues et de membres de l’équipage. Les données statistiques sont complétées, d’autre part, par des méthodes plus qualitatives que je déploie habituellement sur terre, aux frontières franco-italiennes, franco-espagnoles ou dans les Balkans, avec le projet La CartoMobile.

Ces ateliers itinérants visent la co-construction de savoirs expérientiels sur les frontières, en proposant aux personnes qui les franchissent des outils de cartographie sensible et participative pour se raconter.

Ateliers cartographiques sur le pont de l’OV.
Alisha Vaya/SOS Méditerranée, Fourni par l’auteur

Pour transférer ces méthodes en mer, j’apporte à bord de l’OV des cartes dessinées avec d’autres personnes exilées, dispose du matériel de création, aménage un espace. Dans ce laboratoire improvisé, je cherche à générer un espace-temps propice à la réflexion, pour faire émerger des savoirs mis en silence et les porter auprès du grand public. L’invitation à participer se veut accessible : l’atelier est guidé et ne nécessite pas de compétences linguistiques ou graphiques particulières ; le résultat esthétique importe moins que l’interaction vécue au cours du processus cartographique.

Ces enjeux scientifiques et éthiques rejoignent bien les préoccupations opérationnelles : durant les journées de navigation et jusqu’au débarquement dans un port italien, il faut combler l’attente, redonner le moral. Sur le pont de l’OV, la cartographie trouve progressivement sa place parmi les activités post-rescue dont certaines, à dimension psychosociale, visent à revaloriser la dignité des personnes rescapées et les préparer à la suite de leur parcours en Europe. Les mappings collectifs où s’affichent textes et dessins deviennent un langage et un geste partagé, entre membres de l’équipage et personnes secourues invitées à l’atelier.

Mapping collectif sur le pont de l’OV.
Alisha Vaya/SOS Méditerranée et Morgane Dujmovic, Fourni par l’auteur

The Conversation

Morgane Dujmovic ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. À bord de l’« Ocean Viking » (1) : paroles de personnes exilées secourues en mer – https://theconversation.com/a-bord-de-l-ocean-viking-1-paroles-de-personnes-exilees-secourues-en-mer-257597

À bord de l’« Ocean Viking » (2) : avant la mer, les périls des parcours

Source: The Conversation – France in French (3) – By Morgane Dujmovic, Chargée de recherche CNRS, Géographe et politiste spécialiste des frontières et migrations, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Les parcours de migration des personnes recueillies à bord sont très variés, certains se résumant à quelques jours, d’autres s’étalant sur plusieurs années.
Morgane Dujmovic, Fourni par l’auteur

Cet article est le deuxième d’une série en quatre volets consacrée à un travail de recherche mené à bord de l’Ocean Viking, navire de sauvetage de l’ONG SOS Méditerranée. Morgane Dujmovic, géographe et politiste, a recueilli les récits de 110 personnes secourues en Méditerranée centrale pour mieux comprendre leur parcours. Ce deuxième épisode restitue les périls rencontrés avant de prendre la mer. L’épisode 3 est ici. Une version immersive de cette série existe également.


Vingt-et-une esquisses individuelles ont été fabriquées sur l’Ocean Viking (OV) au cours de ces recherches. Elles racontent des fragments de voyages, trajectoires plus ou moins fluides ou heurtées depuis le Bangladesh, le Pakistan, la Syrie, la Palestine et l’Égypte. Les parcours sont parfois très onéreux, mais rapides et organisés, comme ceux de certaines personnes bangladaises de Dacca à Zouara (Libye), en passant par Dubaï, en seulement quelques jours. D’autres s’étendent et se tissent sur plusieurs années, s’adaptant aux rencontres, aux ressources, aux dangers, et aux multiples guerres et violences dans les pays traversés.

« De Dacca à Zouara » (série de 10 esquisses individuelles sur les parcours du Bangladesh).
Morgane Dujmovic, Fourni par l’auteur
« De la Syrie à Zouara » (série de 11 esquisses individuelles sur les parcours du Moyen-Orient).
Morgane Dujmovic, Fourni par l’auteur

Parmi 69 personnes ayant participé à l’étude, 37,6 % avaient quitté leur pays d’origine la même année, mais 21,7 % voyageaient depuis plus de cinq ans – et 11,5 %, depuis plus de dix ans. Les parcours les plus longs débutent dans des pays aussi divers que le Nigeria, le Soudan, l’Érythrée et l’Éthiopie. Dans 60 % des cas étudiés, ils commencent en Syrie.

2011, 2012, 2013, 2014, 2015… L’étalement régulier des dates de départ recueillies à travers l’enquête met en évidence la perpétuation des conflits qui suscitent les raisons de migrer :

« J’ai fui l’armée de Syrie. J’ai vécu trois années de prison et de torture, vu des scènes terribles. J’avais 18 ans, je n’avais pas l’âge de vivre ou voir de telles choses. »

Les motivations à poursuivre ces longs voyages sont souvent faites d’ambitions personnelles « pour une vie meilleure », comme le fait de « pouvoir étudier » ou « d’aider la famille » restée au pays, comme l’a expliqué un jeune Égyptien :

« Je suis le seul garçon de ma famille. Mes parents sont âgés et ils sont inquiets que je n’y arrive pas. »

L’étude auprès des personnes secourues a aussi permis de dresser un panorama des soutiens reçus et des dangers rencontrés en cours de route. Au même niveau que les ressources financières issues d’économies personnelles ou de sommes prêtées le plus souvent par la famille, près de 60 % des personnes répondantes ont mentionné l’importance de ressources immatérielles, telles que « les conseils d’amis », « le soutien psychologique du mari », « des informations et un soutien émotionnel d’une nièce ».

Les informations reçues de proches paraissent cruciales à certaines étapes du voyage : comme l’a expliqué l’un des répondants, elles relèvent d’une forme de soutien moral pour « survivre en Libye ». À l’inverse, une autre personne participante a confié qu’il lui avait été essentiel, « pour tenir bon », de cacher à sa famille les réalités de son quotidien libyen. Car c’est bien là que sont rencontrées la plupart des difficultés : sur les 136 situations de danger décrites dans l’étude, 50 % sont localisées en Libye – contre 35,3 % en mer, 8,8 % dans le pays d’origine et 5,9 % à d’autres frontières, le long des parcours migratoires.

Il est précisé que ces réponses ne reflètent pas une image exhaustive de l’ensemble des dangers en migration : elles traduisent les perceptions d’un échantillon limité de personnes secourues au large de la Libye et sont à restituer dans le contexte d’une collecte de données réalisée en pleine mer.

« Sur le terrain : Quand les cartes racontent l’exil », avec Morgane Dujmovic, The Conversation France, 2025.

Raconter la Libye

Les atrocités qui ciblent les personnes en migration en Libye sont désormais bien documentées. Elles apparaissent dans une multitude de documents – des rapports d’ONG (SOS Humanity, 2024), documentaires vidéos (Creta 2021) et témoignages directs de personnes concernées par les faits (Kaba 2019).

Les résultats d’une mission d’enquête indépendante du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, publiés en 2021, ont permis de qualifier ces réalités de crimes contre l’humanité :

« Il existe des motifs raisonnables de croire que les actes de meurtre, de réduction en esclavage, de torture, d’emprisonnement, de viol, de persécution et autres actes inhumains commis contre les migrants font partie d’une attaque systématique et généralisée dirigée contre cette population, en application d’une politique d’État. En tant que tels, ces actes peuvent constituer des crimes contre l’humanité. »

Avec l’étude réalisée à bord de l’OV, les personnes participantes ont pu définir, avec leurs propres mots, la nature des dangers qu’elles y ont vécus. Leurs réponses ont ensuite été codées et regroupées en catégories permettant d’établir une typologie spatialisée issue de ces récits. Les citations associées aux données traduisent des expériences subjectives, incarnées, retravaillées par les émotions, mais assez convergentes et nombreuses pour reconstituer ce qu’il se joue en Libye.

Les mécanismes de violences rapportés sont systémiques : enfermements punitifs assortis de torture, traitements inhumains et dégradants, violences raciales et sexuelles dont on est victime et/ou témoin.

« Durant la première période que j’ai passée en Libye, j’ai été emprisonné six fois, torturé, frappé. Je ne peux même pas me rappeler des détails exacts. »

Ces violences impliquent des acteurs plus ou moins institutionnalisés : garde-côtes, gardiens de prison, mafias, milices et patrons, dont les rôles tendent à se chevaucher. Elles se produisent sur l’ensemble du territoire : Benghazi, Misrata, Sabratha, Syrte, Tripoli, Zaouïa, Zouara, pour les villes les plus citées dans l’enquête, mais aussi dans le désert et dans des lieux de détention de localisation inconnue.

Omniprésente, la perspective d’enfermements violents et arbitraires génère une présomption de racisme généralisé envers les étrangers :

« Le racisme que j’ai vécu en tant qu’Égyptien est juste inimaginable : kidnapping, vol, emprisonnement. »

Les personnes noires se sentent particulièrement visées par les attaques ciblées. Parmi celles qui en ont témoigné, un Éthiopien resté bloqué quatre années en Libye a décrit un sentiment de terreur permanent, lié aux multiples arrestations racistes dont il a été victime :

« Les gens se font kidnapper en Libye. Ils nous attrapent et nous mettent en prison car nous n’avons pas de papiers, puis nous devons payer plus de 1 000 dollars pour être relâchés. Cela m’est arrivé quatre fois, pendant deux semaines, puis un mois, puis deux mois et finalement pendant un an. Tout cela à cause de ma couleur, parce que je suis noir. Cela a duré si longtemps que mon esprit est trop stressé, à cause de la peur. »

Ce que confirme le rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU :

« Il s’avère aussi que les migrants venant d’Afrique subsaharienne, qui représentent la majeure partie des détenus, sont traités plus durement que les autres, ce qui laisse penser qu’ils font l’objet d’un traitement discriminatoire. »

Cependant, les risques de kidnapping et rançonnage semblent n’épargner aucune personne exilée sur le sol libyen. Koné, par exemple, les a assimilés à une pratique généralisée et systémique :

« Il y a un business que font pas mal de Libyens : on te fait monter dans un taxi, qui te vend à ceux qui te mettent en prison. Puis on demande une rançon à ta famille pour te faire sortir. Si la rançon n’est pas payée, on te fait travailler gratuitement. Finalement, en Libye, tu es comme une marchandise, on te laisse rentrer pour faire le travail. »

Plusieurs personnes participantes à l’étude ont été prises dans ces mailles et leurs analyses a posteriori convergent sur un point : l’expérience libyenne s’apparente en fait à un vaste système d’exploitation par le travail forcé. Les faits rapportés correspondent, selon les définitions de l’Organisation internationale du travail (OIT), à la pratique de « traite des personnes » ou « esclavage moderne » et sont encore confirmés dans le rapport onusien :

« Bien que la détention des migrants soit fondée dans le droit interne libyen, les migrants sont détenus pour des durées indéterminées sans moyen de faire contrôler la légalité de leur détention, et la seule façon pour eux de s’échapper est de verser de fortes sommes d’argent aux gardiens, ou de se livrer à un travail forcé ou d’accorder des faveurs sexuelles à l’intérieur ou à l’extérieur du centre de détention pour le compte de particuliers. »

En définitive, à propos de la détention en Libye, c’est le sentiment de honte que Koné se remémore le plus péniblement :

« J’ai pitié de moi, de mon histoire, mais encore plus des gens qui sont allés en prison. Si ta famille n’a pas de quoi payer la rançon, elle doit faire des dettes, donc c’est un problème que tu mets sur ta famille. Il y en a qui sont devenus fous à cause de ça. »

L’apport des ateliers : le geste et le langage cartographiques pour témoigner

Si les bilans des périodes passées en Libye sont toujours amers, souvent effroyables, et parfois indicibles, l’étude a mis en évidence une volonté assez forte de témoigner de ce qu’il s’y passe, non seulement auprès du grand public, mais aussi pour celles et ceux qui pourraient entreprendre le même parcours :

« Je voudrais dire qu’en Libye, il y a beaucoup de femmes comme moi qui sont dans une situation très difficile » ; « Je n’ai pas grand-chose à dire, si ce n’est que tellement de gens souffrent encore plus que moi en Libye » ; « Je ne conseille à personne de venir par cette route ».

Pour accompagner ces récits, les ateliers cartographiques à bord de l’OV fonctionnaient comme une proposition, une occasion de se raconter sans avoir à poser des mots sur les expériences traumatiques. Conçu comme un mode d’expression, le processus cartographique reposait sur des exercices de spatialisation en plusieurs étapes.

Dans un premier temps, les mappings collectifs organisés sur le pont de l’OV ont permis de faire émerger les principaux thèmes que les personnes participantes elles-mêmes souhaitaient aborder, en fonction de trois séquences – « Notre passé », « Notre présent » et « Le futur que nous imaginons ».

Mon rôle consistait ici à instaurer un cadre d’expression idoine, aiguiller vers des techniques graphiques accessibles et permettre le partage des créations via l’affichage progressif sur le pont.

Mapping collectif sur le pont de l’OV.
Alisha Vaya/SOS Méditerranée, Fourni par l’auteur
Mapping collectif sur le pont de l’OV.
Alisha Vaya/SOS Méditerranée, Fourni par l’auteur

Des ateliers ont également été proposés par petits groupes ou de façon individualisée dans les containers, espaces plus propices à la confidentialité des récits intimes.

L’une des consignes suggérées consistait à représenter les zones de danger ressenties sur l’ensemble du parcours migratoire – d’où la Libye ressortait immanquablement. C’est à partir de ces cheminements personnels qu’un second exercice a pu être amené, pour celles et ceux qui le souhaitaient : décrire l’expérience du danger à l’échelle libyenne, en s’appuyant sur les lieux déjà évoqués.

Les personnes participantes étaient ensuite encouragées à compléter leurs esquisses par des illustrations personnelles et des légendes narratives dans leurs langues d’origine, traduites a posteriori en français.

« Un an et demi » : l’expérience de la Libye d’Ahmed

Traduction : Amine Boudani et Rafik Arfaoui.
Fourni par l’auteur

Sur sa carte, Ahmed, originaire de Syrie, dépeint « l’insécurité » à Tripoli, « les mauvais traitements et le prélèvement d’argent de force » à Benghazi, « le non-respect des droits » à Zouara.

Son illustration représente une scène de criminalité ordinaire et généralisée : « le Libyen » qui tire sur « les étrangers » évoque la violence collective qu’Ahmed spatialise dans « toute la Libye ».

Cette méthode cartographique sensible et participative a servi de langage pour livrer des récits difficiles à mettre en mots. Par-delà ce que ces gestes dessinés peuvent faciliter pour les personnes qui partagent leur histoire, ils permettent à celles et ceux qui découvrent ces violences de les recueillir, de les recevoir et de les restituer, en les replaçant dans l’écheveau complexe des repères spatio-temporels.

The Conversation

Morgane Dujmovic ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. À bord de l’« Ocean Viking » (2) : avant la mer, les périls des parcours – https://theconversation.com/a-bord-de-l-ocean-viking-2-avant-la-mer-les-perils-des-parcours-259738