Biodiversité : pourquoi ce mot est souvent mal compris

Source: The Conversation – France (in French) – By Thierry Gauquelin, Professeur émérite, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE), Aix-Marseille Université (AMU)

Créé à la fin des années 1980, ce mot a immédiatement connu un grand succès. Mais ce qu’il désigne est bien plus vaste qu’on le pense souvent. Aujourd’hui, de nouvelles notions émergent également pour nous permettre de mieux penser la diversité du vivant comme la biodiversité fantôme ou la biodiversité potentielle.


Demandez à un enfant de huit ans, à un homme politique ou à une mère de famille, quel organisme symbolise, pour eux, la biodiversité… À coup sûr, ce sera un animal et plutôt un gros animal. Ce sera le panda, le koala, la baleine, l’ours, le loup, présent aujourd’hui dans nombre de départements français. Ce sera rarement un arbre, même si la déforestation ou les coupes rases sont dans tous les esprits, encore plus rarement une fleur… Et jamais un insecte, une araignée, un ver, ou une bactérie ou un champignon microscopique… qui pourtant constituent 99 % de cette biodiversité.

Raconter l’évolution de ce terme c’est donc à la fois évoquer un grand succès mais aussi des incompréhensions et certaines limites.

Mais pour prendre la mesure de tout cela, commençons par revenir sur ses débuts.

Biodiversité, un terme récent 

Le terme biodiversité traduction de l’anglais biodiversity est issu de la contraction de deux mots diversité biologique (biological diversity). Il est relativement récent, datant seulement de la fin des années 1980, mais il a connu depuis un intérêt croissant.

Ainsi, en 2012, la Plateforme Intergouvernementale Scientifique et Politique sur la Biodiversité et les Services Ecosystèmiques (IPBES), équivalent, pour la biodiversité du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été lancée par le programme des Nations unies pour l’environnement.

L’IPBES a publié depuis nombre de rapports dont, par exemple, en 2023, un rapport sur les espèces exotiques envahissantes (EEE) qui constituent l’une des cinq principales pressions sur la biodiversité.

Courbe montrant l’évolution de l’utilisation du mot biodiversité dans la base des livres disponibles sur Google Books
Courbe montrant l’évolution de l’utilisation du mot biodiversité dans la base des livres disponibles sur Google Books.
Capture d’écran de l’outil Google Ngram, Fourni par l’auteur

La progression spectaculaire de l’utilisation de ce terme depuis sa création témoigne de l’intérêt croissant pour cette notion, notamment depuis le sommet de la Terre de Rio en 1992 où la biodiversité et sa préservation ont été considérés comme un des enjeux principaux du développement durable.

L’herbe de la Pampa (Cortaderia selloana), une espèce exotique envahissante, dans le Pays Basque
L’herbe de la Pampa (Cortaderia selloana), une espèce exotique envahissante, dans le Pays Basque.
Fourni par l’auteur

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Les 3 principaux niveaux d’organisation de la biodiversité

Mais dès qu’on s’intéresse à ce que cette notion tâche de décrire, on voit rapidement qu’il existe différents critères complémentaires pour mesurer la richesse du monde vivant, avec au moins trois niveaux de biodiversité retenus par les scientifiques. :

  • la diversité spécifique, soit la richesse en espèces d’un écosystème, d’une région, d’un pays donné. Elle correspond par exemple, concernant les espèces de plantes natives, à près de 5000 espèces pour la France hexagonale pour seulement 1700 pour la Grande-Bretagne.

  • la diversité génétique, soit la diversité des gènes au sein d’une même espèce. C’est, par exemple, la très faible diversité génétique de la population de Lynx boréal de France, issue de quelques réintroductions à partir des Carpates slovaques.

  • la diversité des écosystèmes, soit la diversité, sur un territoire donné, des communautés d’êtres vivants (biocénose) en interaction avec leur environnement (biotope), ces interactions constituant aussi un autre niveau de biodiversité, tant elles façonnent le fonctionnement de ces écosystèmes.

Ces différents niveaux tranchent avec la représentation que peuvent se faire nos concitoyens de cette biodiversité, souvent limitée à la diversité spécifique mais surtout à une fraction particulière de cette biodiversité, celle qui entretient des relations privilégiées ou affectives avec l’homme. Ces espèces sont d’ailleurs aussi celles que l’on voit incarnée dans les principaux organismes de défense de la nature, par exemple le panda du WWF. Mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt.

Une biodiversité trop mal connue… concentrée dans les sols et dans les océans

Car à ce jour, seulement environ 2 millions d’espèces ont pu être inventoriées et on estime qu’il en existe entre 8 et 20 millions.




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Cette méconnaissance affligeante et paradoxale, à une époque où l’on veut conquérir Mars, est liée au fait que cette biodiversité se trouve pour une grande partie dans deux endroits, les sols d’une part, les océans d’autre part. Soit deux milieux encore trop peu investigués et pourtant recélant l’essentiel de la biodiversité spécifique de notre planète.

Concernant les sols, si l’on s’intéresse simplement à sa faune on sait qu’elle correspond à environ 80 % de la biodiversité animale. Plus de 100000 espèces ont déjà été identifiées (notamment collemboles, acariens, vers de terre…), alors qu’il n’existe que 4500 espèces de mammifères. Mais, rien que pour les nématodes, ces vers microscopiques au rôle capital pour le fonctionnement du sol, il y aurait en réalité entre 300000 et 500000 espèces.

Il faut aussi avoir en tête tous les micro-organismes (bactéries et champignons) dont on ne connait environ que 1 % des espèces et dont on peut retrouver un milliard d’individus dans un seul gramme de sol forestier.

Ainsi, dans une forêt, et d’autant plus dans une forêt tempérée où la biodiversité floristique reste faible, c’est donc bien dans le sol que cette biodiversité, pour l’essentielle cachée, s’exprime.

Elle demeure enfin indispensable au fonctionnement des écosystèmes, indispensable au fonctionnement de la planète, marqué par les échanges de matière et d’énergie.


Fourni par l’auteur



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Darwin, en 1881, nous disait à propos des vers de terre qu’il avait beaucoup étudié, on le sait peu : « Dieu sait comment s’obtient la fertilité du sol, et il en a confié le secret aux vers de terre » il ajoutait ensuite « Il est permis de douter qu’il y ait beaucoup d’autres animaux qui aient joué dans l’histoire du globe un rôle aussi important que ces créatures d’une organisation si inférieure ».

Concernant maintenant la biodiversité des océans, et notamment celle des écosystèmes profonds, il est frappant de voir comment les chiffres avancés restent très approximatifs. On connait moins la biodiversité, notamment marine, de notre planète que les étoiles dans notre univers.




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À ce propos, Evelyne Beaulieu, l’héroïne océanographe du dernier prodigieux roman de Richard Powers, Un Jeu sans fin, s’exclame, après une plongée dans l’archipel indonésien Raja Ampat :

« C’est presque absurde des compter les espèces. Rien que pour les cnidaires, il y a sans doute au moins un millier de variétés, dont un bon nombre qu’aucun humain n’a jamais vu. Combien d’espèces encore à découvrir ? autant qu’on en veut ! je pourrais passer ma vie à donner à des créatures ton nom et le mien. »

La diversité génétique

La diversité génétique demeure ensuite la deuxième manière d’aborder la biodiversité. Elle est fondamentale à considérer, étant garante de la résilience des espèces comme des écosystèmes. Dans une forêt de hêtres présentant une diversité génétique importante des individus, ce sont bien les arbres qui génétiquement présentent la meilleure résistance aux aléas climatiques ou aux ravageurs qui permettront à cette forêt de survivre. Si, à l’inverse, la forêt ou le plus souvent la plantation est constituée d’individus présentant un patrimoine génétique identique, une sécheresse exceptionnelle ou encore une attaque parasitaire affectant un arbre les affecterait tous et mettra en péril l’ensemble de la plantation.




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Fourni par l’auteur

La diversité des écosystèmes

Les écosystèmes sont également définis comme des ensembles où des organismes vivants (la biocénose) se trouvent en interaction avec leur environnement physique (le biotope) dans un espace délimité. Écosystèmes et biodiversité sont ainsi indissociables d’une part parce que la diversité d’écosystèmes va de pair avec la diversité spécifique mais surtout parce que les interactions qui définissent ces écosystèmes se réalisent au travers des organismes vivants constituant cette même biodiversité spécifique. Maintenir dans un espace donné des écosystèmes diversifiés, c’est en même temps favoriser la biodiversité et le fonctionnement de chacun de ces écosystèmes. Les paysages méditerranéens du Sud de la France, présentent ainsi une diversité d’écosystèmes où se côtoient pelouses sèches, garrigue ou maquis, forêts de pins, forêts de chênes verts, blancs ou liège, s’inscrivant tous dans une dynamique successionnelle, auxquels s’ajoutent oliveraies, champs de céréales ou de légumineuses, etc.

Raoul Dufy, Vue des remparts de Saint-Paul-de-Vence, 1919 : une diversité d’écosystèmes
Raoul Dufy, Vue des remparts de Saint-Paul-de-Vence, 1919 : une diversité d’écosystèmes.

Pallier au manque de connaissances ?

Pour dépasser la difficulté à inventorier complètement et partout ces différentes facettes de la biodiversité, a pu se développer le concept d’une biodiversité potentielle. Des forestiers ont ainsi développer l’Indice de Biodiversité Potentielle (IBP), un outil scientifique particulièrement intéressant et pédagogique permettant d’évaluer le potentiel d’accueil d’un peuplement forestier par les êtres vivants (faune, flore, champignons), sans préjuger de la biodiversité réelle qui ne pourrait être évaluée qu’avec des inventaires complexes, non réalisables en routine.

La forêt d’exception de la Sainte-Baume : un IBP très élevé.
Fourni par l’auteur

Cet IBP permet donc d’identifier les points d’amélioration possibles lors des interventions sylvicoles. Cet indicateur indirect et « composite », repose sur la notation d’un ensemble de dix facteurs qui permettent d’estimer les capacités d’accueil de biodiversité de la forêt.

Ainsi sera noté, par exemple, la présence ou non dans l’écosystème forestier de différentes strates de végétation, de très gros arbres, d’arbres morts sur pied ou au sol mais aussi de cavités, blessures, excroissances se trouvant au niveau des arbres et susceptibles d’abriter des organismes très divers, des coléoptères aux chiroptères.

La forêt de pins maritimes des landes : un IBP faible.
Fourni par l’auteur

Enfin, cette biodiversité peut aussi s’exprimer au travers de la biodiversité fantôme c’est-à-dire la biodiversité des espèces qui pourraient naturellement occuper un environnement du fait de leurs exigences écologiques mais qui en sont absentes du fait des activités humaines.

De fait, chaque écosystème a, par les caractéristiques climatiques, géographiques, géologiques de son biotope, un potentiel de biodiversité, potentiel entravé par la main de l’homme ancienne ou récente. Dans les régions fortement affectées par les activités humaines, les écosystèmes ne contiennent que 20 % des espèces qui pourraient s’y établir, contre 35 % dans les régions les moins impactées, un écart causé par la fragmentation des habitats, favorisant la part de la diversité fantôme.

Inventoriée, cachée, potentielle ou fantôme, la biodiversité n’en reste pas moins la clé du fonctionnement des écosystèmes et la clé de notre résilience au changement climatique. En témoignent toutes les publications scientifiques qui s’accumulent montrant l’importance de cette diversité pour nos efforts d’atténuation et d’adaptation. De plus en plus menacée dans toutes ses composantes sur la planète, la biodiversité doit donc plus que jamais être explorée et décrite, notamment là où elle est la plus riche mais la moins connue.

The Conversation

Thierry Gauquelin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Biodiversité : pourquoi ce mot est souvent mal compris – https://theconversation.com/biodiversite-pourquoi-ce-mot-est-souvent-mal-compris-255522

L’opéra en Asie : entre héritage colonial, soft power et appropriation locale

Source: The Conversation – France (in French) – By Frédéric Lamantia, Docteur en géographie et maître de conférences, UCLy (Lyon Catholic University)

L’opéra national de Pékin a été conçu par Paul Andreu, architecte de l’aéroport parisien de Roissy Trey Ratcliff / Flickr, CC BY-NC-ND

De la Chine à l’Indochine, en passant par Hongkong et la Corée du Sud, l’art lyrique occidental s’est implanté en Asie dans des contextes très variés. Héritage colonial ou outil de distinction sociale, il révèle bien plus que des goûts musicaux : une géographie du pouvoir, des hiérarchies culturelles, et des trajectoires d’appropriation locale.

Second épisode de la série « L’opéra : une carte sonore du monde ».


L’implantation de l’art lyrique en Asie ne fut ni spontanée ni universellement répartie dans le temps et l’espace. Elle s’intègre dans un processus lent de greffes culturelles débutées dès la fin du XVIe siècle par des missionnaires jésuites, notamment en Chine. Toutefois, ce n’est qu’au XIXe siècle, dans un contexte de domination coloniale, que l’art lyrique occidental s’inscrit dans les paysages urbains de l’Asie du Sud-Est. L’opéra occidental devient alors un marqueur d’urbanité à l’Européenne à travers son architecture et sa place centrale dans la cité, mais aussi grâce à l’image qu’il véhicule urbi et orbi. Objet de distinction sociale à l’origine réservé aux colons, il sera peu à peu adopté par les nouvelles générations ouvertes aux influences véhiculées par la mondialisation.

En Chine, une partition à plusieurs voix

L’art lyrique occidental co-existe avec l’opéra de Pékin, un genre populaire autochtone chinois, né à la fin du XVIIIe siècle, qui propose des spectacles mêlant musique, danse acrobatique et théâtre présentés avec des costumes colorés traditionnels.

Le répertoire européen sera timidement importé à partir des années 1980, comme en témoignent les représentations de Carmen à Pékin, en 1982, à destination d’un public chinois parfois un peu perdu face à cet art si éloigné de la tradition culturelle locale. Le Parti communiste chinois avait d’ailleurs distribué des cassettes audio aux spectateurs pour leur expliquer l’œuvre et les prévenir de la moralité de Carmen…

Sur le plan architectural, le recours à l’architecte Paul Andreu, concepteur de l’aéroport de Roissy (Paris), pour réaliser la maison d’opéra (à l’architecture futuriste) de Pékin, en 2007, est significatif. Il témoigne d’une volonté politique d’utiliser l’opéra comme un outil à plusieurs dimensions. D’un côté, cette forme musicale est pensée comme un loisir destiné aux nouvelles classes sociales chinoises, davantage perméables à la musique classique ou contemporaine occidentale. De l’autre, elle est mobilisée comme un symbole de puissance ouverte sur le monde, l’innovation et la créativité. (Dix-sept nouveaux opéras ont ainsi été commandés à des compositeurs chinois entre 2007 et 2019).

La maison d’opéra devient, comme en Europe, un lieu central, dont la fréquentation s’inscrit dans un processus de distinction sociale prisé des classes sociales supérieures. Ce bâtiment futuriste a ainsi remplacé une partie de la ville composée de petites maisons traditionnelles et d’habitants souvent âgés, montrant une volonté politique forte d’inscrire la Chine dans la modernité. Ce phénomène rappelle mutatis mutandis, les opérations d’urbanisme menées sous la houlette du baron Haussmann à Paris, destinées à mettre en scène l’opéra dans la ville et à structurer l’urbanisme autour de sa centralité.

En Indochine française, un théâtre d’apparat pour la bonne société coloniale puis l’élite hanoïenne

Au début du XXe siècle, l’implantation lyrique en Indochine reste strictement coloniale et sous le contrôle étroit de la censure. À Saïgon, à Haïphong ou à Hanoï, les colons français importent l’art théâtral et dans une moindre mesure l’opérette et les grandes œuvres du répertoire pour recréer les sociabilités parisiennes dont ils sont nostalgiques. Ces villes deviennent les vitrines culturelles de l’empire français reproduisant, ici comme dans d’autres colonies, les signes urbains de la centralité métropolitaine à travers le triptyque « cathédrale, théâtre et Palais du gouverneur ».

Dès les années 1880, ces édifices accueillent des troupes venues de France, renforçant ainsi le lien affectif avec la métropole. Les représentations d’art lyrique s’intègrent dans des activités culturelles variées avec le recours fréquent d’orchestres militaires. Ces activités lyriques restent destinées à la population coloniale dont le territoire lyrique demeure hermétique à la population autochtone.

Bien que parfois initiée à la culture française, celle-ci demeure le plus souvent exclue des pratiques musicales européennes, pour des raisons tant culturelles qu’économiques. Utilisé par les communistes lors de la révolution d’août 1945, l’opéra conserve aujourd’hui une activité culturelle réservée à une élite. Il est devenu le lieu où l’on accueille les délégations internationales et bientôt des touristes…

À Pondichéry, une implantation lyrique franco-indienne aidée par l’armée

L’expérience coloniale française liée à l’art lyrique en Inde, notamment à Pondichéry, propose un modèle plus mixte. Comptoir commercial et place forte militaire de longue date (1674–1954), la ville s’organise selon un urbanisme à l’européenne.

Le théâtre, propriété de l’armée, devient au début du XXe siècle un lieu culturel diffusant entre autres de l’art lyrique, chanté en français et destiné à un public mêlant colons, fonctionnaires, militaires et élite tamoule francophone. Cette appropriation partielle du répertoire par certains groupes locaux témoigne d’un ancrage culturel plus diffus, bien que toujours limité à une élite cultivée. Les musiciens militaires jouent un rôle essentiel dans l’entretien de cette vie lyrique, participant parfois aux représentations.

Aujourd’hui, le lieu tente de conserver une activité culturelle variée malgré de nombreuses difficultés, notamment financières.

Hongkong, plaque tournante d’un art lyrique mondialisé

À la croisée des routes commerciales entre l’Europe et l’Asie, Hongkong développe, dès le XIXe siècle, un territoire lyrique singulier. Sous domination britannique depuis 1841, cette cité cosmopolite accueille des troupes itinérantes diffusant majoritairement le répertoire italien – Verdi, Rossini, Donizetti –, assez populaire dans ce lieu. L’opéra s’implante le long des circuits du négoce et s’ancre dans un paysage urbain en mutation, où la culture devient vitrine de réussite sociale.

À partir des années 1970, les élites locales s’approprient l’opéra occidental. Si l’italien reste la langue dominante utilisée, des artistes chinois, comme Ella Kiang, s’imposent désormais sur scène. Par la suite, les représentations sont sous-titrées en caractères chinois, et certaines œuvres françaises traduites dans la langue locale. À partir de 1973, le festival de Hongkong devient un espace de dialogue entre cultures, tandis que l’influence française décline au profit de celle de l’Italie et du Royaume-Uni.

Le centre culturel de Hongkong, dans le quartier de Tsim Sha Tsui
Le centre culturel de Hongkong, dans le quartier de Tsim Sha Tsui.
Wikimedia

En 1989, lors de l’inauguration du centre culturel Tsim Sha Tsui, Louis Vuitton offre le rideau de scène peint par Olivier Debré, symbole d’un soft power français à travers l’industrie du luxe…

En Corée du Sud, un art lyrique marqué par le répertoire italien et ascenseur social pour jeunes artistes

La Corée du Sud, qui échappe aux influences coloniales occidentales directes mais pas à la mondialisation culturelle récente, adopte l’opéra comme outil de distinction sociale. L’Opéra national est inauguré en 1959, avec un répertoire dominé par Verdi, chanté en coréen.

Le chant devient un moyen d’ascension sociale pour une jeunesse ambitieuse dont les meilleurs éléments s’exporteront dans les grandes scènes lyriques mondiales. Cependant, l’opéra français peine à s’imposer, tant pour des raisons linguistiques (difficultés de prononciation de la langue française et notamment du e muet pour les larynx des chanteurs coréens). Le répertoire français reste donc marginal face à l’italien.

Le National Opera adapte aussi des récits coréens dans un style lyrique mêlant musique traditionnelle et instruments occidentaux, ce qui témoigne d’une appropriation du genre à travers une esthétique hybride.

L’art lyrique en Asie, un indicateur géopolitique et culturel

À travers ces différents cas, l’art lyrique en Asie apparaît comme un révélateur des rapports de domination, de circulation culturelle et de hiérarchies linguistiques.

Si la colonisation a été un vecteur d’importation de formes lyriques européennes, elle a également été une force de sélection et de segmentation. En effet, l’art lyrique occidental n’a réellement pris racine que là où les élites – coloniales ou nationales – y ont trouvé un intérêt social ou politique. Plus récemment, la montée de classes moyennes et cultivées dans les grandes métropoles asiatiques a transformé le rapport à l’opéra, qui devient désormais un bien culturel universalisé, affranchi de ses origines européennes, adapté aux langues et aux esthétiques locales.

Ainsi, l’art lyrique, autrefois outil de cohésion entre colons, devient aujourd’hui un symbole de puissance et d’ouverture des sociétés asiatiques en quête de reconnaissance sur la scène internationale.

The Conversation

Frédéric Lamantia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’opéra en Asie : entre héritage colonial, soft power et appropriation locale – https://theconversation.com/lopera-en-asie-entre-heritage-colonial-soft-power-et-appropriation-locale-262238

Génération Z : l’amour en crise ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Katherine Twamley, Professor of Sociology, UCL

Les femmes sont, en moyenne, plus heureuses célibataires que les hommes, qui, de plus en plus, sombreraient dans l’heteropessimisme Drazen Zigic/Shutterstock

Baisse de l’activité sexuelle, montée d’un certain « hétéropessimisme » ou célibat revendiqué… de plus en plus d’éléments indiquent que la génération Z se détourne des formes traditionnelles de rencontres et des relations amoureuses à long terme. Dans le même temps, on observe un clivage politique entre jeunes femmes – plus libérales – et jeunes hommes – plus conservateurs. Comment analyser ces évolutions, au regard du contexte politique, social et économique ?


Des signes de clivage politique entre les jeunes hommes et les jeunes femmes ont pu être observés au cours de l’année écoulée. Les données issues des élections dans plusieurs pays indiquent que les femmes âgées de 18 à 29 ans se montrent nettement plus libérales, tandis que les jeunes hommes penchent davantage vers le conservatisme. Une récente étude, menée dans 30 pays a également révélé que la génération Z est plus divisée que les précédentes sur les questions liées à l’égalité entre les sexes.

Parallèlement, de plus en plus d’éléments montrent que cette génération se détourne des rencontres amoureuses. Selon les données de l’enquête nationale sur la croissance des familles aux États‑Unis (National Survey of Family Growth), entre 2022 et 2023, 24 % des hommes et 13 % des femmes, âgés de 22 à 34 ans, ont déclaré n’avoir eu aucune activité sexuelle au cours de l’année écoulée.

Il s’agit d’une augmentation significative par rapport aux années précédentes. Et les adolescents états-uniens sont moins enclins à entretenir des relations amoureuses que ceux des générations précédentes.

Au Royaume-Uni, les enquêtes menées au cours des dernières décennies révèlent une tendance à la baisse de l’activité sexuelle, tant en termes de fréquence que de nombre de partenaires chez les jeunes. Les applications de rencontre perdent également de leur attrait, les principales plateformes enregistrant des baisses significatives du nombre d’utilisateurs parmi les hétérosexuels de la génération Z l’an dernier.

Une fracture politique genrée

Une fracture politique genrée rend-elle les rencontres plus difficiles ? En tant que sociologues de l’intimité, nos travaux ont montré comment les relations sont affectées par des tendances sociales, économiques et politiques plus larges.

Nos recherches sur la persistance des inégalités de genre montrent qu’elles peuvent affecter la qualité des relations intimes ainsi que leur stabilité.

Par exemple, les relations hétérosexuelles reposent souvent sur une répartition inégale du travail émotionnel et domestique, même au sein des couples ayant des revenus similaires. Certains commentateurs et chercheurs ont identifié une tendance à l’« hétéropessimisme » – un désenchantement vis-à-vis des relations hétérosexuelles, souvent marqué par l’ironie, par le détachement ou par la frustration. De nombreuses femmes expriment une lassitude face aux inégalités de genre qui peuvent apparaître dans les relations avec les hommes.

Mais l’hétéropessimisme a également été identifié chez les hommes et des recherches ont montré que les femmes sont, en moyenne, plus heureuses célibataires que ces derniers.

Prenons le travail domestique. Malgré les avancées en matière d’égalité entre les sexes dans de nombreux domaines, les données montrent que, dans les couples hétérosexuels, les femmes assument encore la majorité des tâches ménagères et des tâches liées au soin. Au Royaume-Uni, elles effectuent en moyenne 60 % de travail non rémunéré de plus que les hommes. Cet écart subsiste même au sein des couples où les deux partenaires travaillent à temps plein.




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En Corée, l’inégalité persistante entre les sexes est considérée comme étant à l’origine du mouvement 4B. Des jeunes femmes coréennes, lassées des stéréotypes sexistes qui les cantonnent à des rôles traditionnels, déclarent rejeter le mariage, la maternité, les relations amoureuses et le sexe avec les hommes.

Dans ce pays et ailleurs, sur les réseaux sociaux, des jeunes femmes se disent « boy sober » [littéralement « sobres de garçons », ndlr_]. Le harcèlement, les abus et les « comportements toxiques » sur les applications de rencontre ont, selon certains témoignages, détourné nombre d’entre elles de toute envie de sortir avec quelqu’un.

D’autres ont opté pour la célibat volontaire. Un élément d’explication tient au fait que, pour certaines femmes, la remise en cause des droits reproductifs – comme l’abrogation de l’arrêt Roe v. Wade (qui garantissait le droit fédéral à l’avortement aux États-Unis, ndlr) – rend les questions d’intimité fondamentalement politiques.

Des désaccords politiques, qui auraient, autrefois, pu être surmontés dans une relation, sont aujourd’hui devenus profondément personnels, car ils touchent à des enjeux tels que le droit des femmes à disposer de leur corps et les expériences de misogynie qu’elles peuvent subir.

Bien sûr, les femmes ne sont pas seules à pâtir des inégalités de genre. Dans le domaine de l’éducation, les données suggèrent que les garçons prennent du retard sur les filles à tous les niveaux au Royaume-Uni, bien que des recherches récentes montrent que la tendance s’est inversée en mathématiques et en sciences.

Nombre d’hommes estiment être privés d’opportunités de s’occuper de leurs enfants, notamment en raison de normes dépassées en matière de congé parental, limitant le temps qu’ils peuvent leur consacrer.

Certains influenceurs capitalisent sur les préjudices réels ou supposés des hommes, diffusant leurs visions rétrogrades et sexistes des femmes et du couple sur les réseaux sociaux de millions de garçons et de jeunes hommes.




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Compte tenu de tout cela, il n’est pas surprenant que les jeunes hommes soient plus enclins que les jeunes femmes à affirmer que le féminisme a « fait plus de mal que de bien ».

Anxiété et incertitude

Mais des enjeux politiques et économiques plus larges influencent également les jeunes hommes et les jeunes femmes, et conditionnent leur façon – voire leur décision – de se fréquenter. La génération Z atteint l’âge adulte à une époque de dépression économique. Des recherches montrent que les personnes confrontées à des difficulté économiques peuvent avoir du mal à établir et à maintenir des relations intimes.

Cela peut être en partie dû au fait que les débuts d’une romance sont fortement associés au consumérisme – sorties au restaurant, cadeaux, etc. Mais il existe aussi un manque d’espace mental pour les rencontres lorsque les gens sont sous pression pour joindre les deux bouts. L’insécurité financière affecte également la capacité des jeunes à se payer un logement et, donc, à disposer d’espaces privés avec un partenaire.

On observe, par ailleurs, une augmentation des problèmes de santé mentale signalés par les jeunes dans le monde entier. Les angoisses liées à la pandémie, à la récession économique, au climat et aux conflits internationaux sont omniprésentes.

Ces inquiétudes se reflètent dans les rencontres amoureuses, au point que certains voient dans une relation sentimentale une prise de risque supplémentaire dont il vaut mieux se protéger. Des recherches menées auprès d’utilisateurs hétérosexuels d’applications de rencontre au Royaume-Uni, âgés de 18 à 25 ans, ont révélé qu’ils perçoivent souvent les rencontres comme un affrontement psychologique – dans lequel exprimer son intérêt trop tôt peut mener à l’humiliation ou au rejet.

Il en résulte que ni les jeunes hommes ni les jeunes femmes ne se sentent en sécurité pour manifester un véritable intérêt envers un potentiel partenaire. Cela les enferme souvent dans le fameux, et souvent décrié, « talking stage » (« phase de discussion »), où les relations peinent à progresser.

Comme l’ont montré Lisa Wade et d’autres sociologues, même dans le cadre de relations sexuelles occasionnelles, l’attachement émotionnel est souvent volontairement évité.

Cartoonish illustration of a man holding a mobile phone, which shows a woman running away through an open door
Être vulnérable et risquer le rejet, ou quitter le navire ?
Dedraw Studio/Shutterstock

Si la génération Z se détourne des relations amoureuses, ce n’est pas forcément par manque d’envie de créer du lien, mais sans doute en raison d’un sentiment de vulnérabilité accru, nourri par une montée des problèmes de santé mentale et un climat d’insécurité sociale, économique et politique.

Il ne s’agit peut-être pas d’un rejet des relations de la part des jeunes. Peut-être ont-ils plutôt du mal à trouver des espaces émotionnellement sûrs (et financièrement accessibles) propices au développement d’une intimité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Génération Z : l’amour en crise ? – https://theconversation.com/generation-z-lamour-en-crise-261739

Heinrich von Stackelberg : on ne peut séparer l’économiste du nazi

Source: The Conversation – France (in French) – By Damien Bazin, Maître de Conférences HDR en Sciences Economiques, Université Côte d’Azur

Le point d’aboutissement de l’attraction qu’exerce sur Stackelberg le nationalisme allemand est son adhésion au Parti national-socialiste (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, NSDAP) en 1931, puis à la Schutzstaffel (SS) en 1933. JasonLincolnLester/Shutterstock

Économiste de génie et… membre de la Schutzstaffel (SS). Comment séparer la biographie un des auteurs majeurs de la théorie des jeux et du duopole, de ses convictions politiques ? Dans la période de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre, Heinrich Von Stackelberg entendait peser sur le cours du monde. À base de compétition, de corporatisme fasciste et d’ordolibéralisme.


Heinrich von Stackelberg est à la fois un économiste méconnu et un théoricien de réputation internationale. Il a laissé son nom à la postérité en proposant une typologie des marchés qui fait encore l’objet de recherches aujourd’hui, en développant la théorie des jeux et en questionnant l’idée d’« équilibre économique ». Il ne fut pourtant pas que cela. Son itinéraire de théoricien de l’économie renferme une face sombre, très sombre même, puisqu’il adhéra au Parti national-socialiste allemand en 1931, soit deux ans avant l’accession de Hitler à la Chancellerie.

L’actualité de la politique commerciale de Donald Trump pose un problème bien connu des économistes. Faut-il rétorquer par des sanctions similaires, et s’engager dans l’escalade tarifaire, ou bien négocier pour alléger les droits de douane additionnels du pays qui les a établis ? Doit-on participer à un jeu coopératif ou bien à un jeu non coopératif ? En lien direct avec cette actualité commerciale, c’est la figure de l’économiste et mathématicien Heinrich Freiherr Von Stackelberg qui se dessine en toile de fond. Un économiste dont la réputation tient essentiellement à son approche des coûts, de la concurrence et des formes de marché.

La figure de Stackelberg dans le champ de la science économique conduit à penser qu’un discours théorique n’est que rarement, voire jamais, séparé d’une vision du monde (Weltanschaung), d’un engagement politique. L’entre-deux-guerres en constitue une période hautement symbolique. Les théoriciens de l’économie, au sein desquels il prit place, entendaient peser sur le cours du monde, ce qui explique l’âpreté des conceptions des uns et des autres.

Équilibre et déséquilibre

Heinrich von Stackelberg
L’économiste Heinrich von Stackelberg, né en 1905 à Moscou et décédé en 1946 à Madrid, a développé dès son arrivée en Allemagne, à 18 ans, une attirance pour le nationalisme conservateur.
Wikimediacommons

Nul doute que cet économiste, baron de son état, né en Russie en 1905, devenu allemand par la suite et mort en Espagne en 1946, aura marqué la théorie économique. Il analyse tout particulièrement les comportements des acteurs, ces entreprises dans la sphère marchande, pouvant être à l’origine de rapports économiques asymétriques. Ces comportements participent in fine à l’émergence d’un acteur leader. Ce leader est en mesure d’empêcher, par le pouvoir dont il est doté sur le marché, la formation d’un équilibre économique. C’est lui qui fixe les règles de fonctionnement du marché, l’autre acteur étant considéré comme un suiveur. Stackelberg en déduit que l’équilibre sur les marchés est une conception très éloignée de la réalité économique.

Stackelberg s’éloigne en cela de ses prédécesseurs français, Antoine Cournot ou Joseph Bertrand, qui, pour leur part, avaient axé leur réflexion sur des jeux coopératifs. Ils aboutissaient à des marchés considérés comme équilibrés.

Structure du marché et équilibre

L’extrême rigueur de la démonstration de Stackelberg tient à la dotation élevée en capital mathématique qui caractérisait cet économiste. Elle lui vaut une insertion rapide dans les grands débats qui animent la science économique durant les années 1920-1930, années souvent qualifiées de « haute théorie », et ce, en dépit de la barrière de la langue allemande. Sa vision de l’instabilité des marchés fait qu’il n’est pas un économiste isolé puisque, la Grande Dépression aidant, d’autres économistes développent des travaux similaires comme ceux de Nicholas Kaldor en Grande-Bretagne.

Couverture du livre Market Structure and Equilibrium
Marktform und Gleichgewicht (1934), ou Market Structure and Equilibrium (2011) en anglais, est l’ouvrage phare de Stackelberg.
Springer, FAL

Avec de telles avancées théoriques, Stackelberg s’installe durablement dans le paysage éditorial économique, et en particulier dans les ouvrages d’économie industrielle et, plus largement, dans les manuels contemporains de science économique couvrant les trois premières années d’économie dans les universités.

C’est en 1934 qu’il publie son ouvrage phare, en langue allemande, et longtemps resté sans traduction ni anglaise ni encore moins française, Marktform und Gleichgewicht. Il faudra attendre 2011 pour avoir une traduction anglaise complète de ce livre Market Structure and Equilibrium. La théorie du duopole de Stackelberg, que l’on peut trouver dans cet ouvrage, lui a valu une notoriété mondiale. Un ouvrage publié en 1934 qui suscita d’emblée des commentaires et des recensions dans les revues d’économie les plus prestigieuses, et signés par les grands noms de la discipline, à l’image de Wassily Leontief aux États-Unis, de Nicholas Kaldor et de John Hicks en Grande-Bretagne, ou encore de Walter Eucken en Allemagne.

Économiste nazi

Mathématicien, statisticien, économiste, Stackelberg est un intellectuel brillant. Ses travaux sur les coûts et les formes de marché l’attestent. La science, celle de l’économie en particulier, n’est toutefois pas idéologiquement neutre. Dans le cas de Stackelberg, l’homme de connaissances développe une conscience nationaliste, une attirance pour les mouvements paramilitaires dès qu’il foule le sol allemand à l’âge de 18 ans, après avoir fui sa Russie natale avec ses parents et ses trois frères.

Le point d’aboutissement de l’attraction qu’exerce sur lui le nationalisme allemand, est l’adhésion au Parti national-socialiste (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, NSDAP) en 1931, puis à la Schutzstaffel (SS) en 1933. Si ses recherches sur les formes de marché sont finalisées dans la publication de l’ouvrage de 1934, Stackelberg publie plusieurs articles dans des revues comme Jungnationale Stimmen (Voies des jeunesses nationalistes. Lire James Konow).

On pourrait considérer qu’une ligne de démarcation sépare les travaux théoriques de l’engagement politique de Stackelberg, et affirmer ainsi que la science ne se mélange pas à la politique. L’argument principal qui plaide en faveur de cette étanchéité entre les deux champs tient à l’antériorité de l’adhésion au NSDAP sur les recherches académiques qui vont faire de lui un économiste de réputation internationale.

En réalité, Stackelberg prend des positions politiques qui transpirent dans ses analyses scientifiques.

Corporatisme d’obédience fasciste

Un premier indice réside dans sa vision de la politique monétaire. Lors d’une conférence (« Die deutsche Geldpolitik seit 1870 »), prononcée en 1942 à Bonn, dont le thème est la politique monétaire allemande, Stackelberg s’attache à retracer l’évolution des réformes monétaires de l’Allemagne depuis 1870. L’ambition de cette conférence est d’identifier les fondements d’une souveraineté monétaire de l’Allemagne en phase avec ses ambitions hégémoniques dans une Europe en voie de renouveau. La publication des inaugural lectures (Antrittsvorlesung) de l’Université de Bonn est placée sous la responsabilité de Karl Franz Johann Chudoba (1898-1976), qui enseigne la minéralogie à Bonn, mais qui est, par ailleurs, un membre actif du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, NSDAP).

Le second indice est beaucoup révélateur de l’articulation qu’il peut y avoir entre démarche scientifique et engagement politique. Il tient fondamentalement à la période historique dans laquelle évolue Stackelberg. Cette période, c’est celle de la défaite de 1918 et celle de la République de Weimar. Comme bon nombre d’économistes, dont le français François Perroux, Stackelberg s’emploie, dans son livre de 1934 (Marktform und Gleichgewicht), à cherche une troisième voie entre, d’une part, le bolchévisme et le nivellement social qu’il lui semble incarner et, d’autre part, le capitalisme et son individualisme exacerbé qui a mis à l’épreuve les valeurs de l’Allemagne.

C’est pourquoi, dans un court chapitre (trois pages seulement), il prône l’adhésion au corporatisme. En cela, il rejoint une frange des économistes qui, comme lui, ont la certitude que le capitalisme est instable, et qui sont en quête d’une troisième voie, celle du corporatisme d’obédience fasciste.

Ordolibéralisme

Stackelberg n’est donc pas qu’un théoricien, il définit des leviers de politique économique, admet l’importance de l’interventionnisme de l’État, dans la perspective d’une réconciliation des acteurs d’une même filière économique, participant ainsi d’une unité nationale. Cette conception, il en échange les principes fondamentaux avec son collègue et ami, l’économiste Luigi Amoroso, auteur en 1938 d’un article publié par la prestigieuse revue Econometrica, dédié à Vilfredo Pareto, et dans lequel il rend un vibrant hommage à Benito Mussolini.

Stackelberg participe pleinement à la bataille des idées économiques de l’entre-deux-guerres. S’éloignant du nazisme à partir de 1943, il rejoint le groupe de Fribourg, autour d’économistes comme Eucken Walter ou Röpke Wilhelm ou encore Böhm Franz. Un groupe qui fera date, puisque les économistes qui le composent forment l’ordolibéralisme, incarnation allemande d’une voie médiane entre le laissez-faire intégral et le socialisme. Ce courant de pensée libéral conceptualise que la mission économique de l’État est de créer et de maintenir un cadre normatif permettant la « concurrence libre et non faussée » entre les entreprises.

Des économistes qui entendent préparer le lendemain de la guerre en proposant de nouveaux principes organisationnels de l’économie allemande.

Invité par l’Université de Madrid comme visiting professor, Stackelberg profite de cette opportunité en 1944 pour fuir l’Allemagne nazie. Il échappe au sort qui fut réservé à tous les opposants au régime dont il fait partie. En effet, après son adhésion sans ambiguïté au nazisme, Stackelberg s’était rangé dans le camp des opposants à Hitler. Ses enseignements en Espagne font de Stackelberg un diffuseur de l’ordolibéralisme, dans un régime politique autoritaire, attestant une fois de plus de l’attirance de cet économiste pour le fascisme et le nationalisme.

Il va laisser une forte empreinte chez ses collègues espagnols, empreinte que l’on peut mesurer dans les recherches menées sur lui en Espagne, jusqu’à très récemment. Cette empreinte aura été réalisée dans un laps de temps très court, puisque Stackelberg mourut en 1946. Durant ces deux années, il publiera un ouvrage en langue espagnole : Principios de Téoria Economica.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Heinrich von Stackelberg : on ne peut séparer l’économiste du nazi – https://theconversation.com/heinrich-von-stackelberg-on-ne-peut-separer-leconomiste-du-nazi-257405

Climate models reveal how human activity may be locking the Southwest into permanent drought

Source: The Conversation – USA (2) – By Pedro DiNezio, Associate Professor of Atmospheric and Ocean Sciences, University of Colorado Boulder

A worker moves irrigation tubes on a farm in Pinal County, Ariz. A two-decade drought has made water supplies harder to secure. Carolyn Cole/Los Angeles Times via Getty Images

A new wave of climate research is sounding a stark warning: Human activity may be driving drought more intensely – and more directly – than previously understood.

The southwestern United States has been in a historic megadrought for much of the past two decades, with its reservoirs including lakes Mead and Powell dipping to record lows and legal disputes erupting over rights to use water from the Colorado River.

This drought has been linked to the Pacific Decadal Oscillation, a climate pattern that swings between wet and dry phases every few decades. Since a phase change in the early 2000s, the region has endured a dry spell of epic proportions.

The PDO was thought to be a natural phenomenon, governed by unpredictable natural ocean and atmosphere fluctuations. But new research published in the journal Nature suggests that’s no longer the case.

Working with hundreds of climate model simulations, our team of atmosphere, earth and ocean scientists found that the PDO is now being strongly influenced by human factors and has been since the 1950s. It should have oscillated to a wetter phase by now, but instead it has been stuck. Our results suggest that drought could become the new normal for the region unless human-driven warming is halted.

The science of a drying world

For decades, scientists have relied on a basic physical principle to predict rainfall trends: Warmer air holds more moisture. In a warming world, this means wet areas are likely to get wetter, while dry regions become drier. In dry areas, as temperatures rise, more moisture is pulled from soils and transported away from these arid regions, intensifying droughts.

While most climate models simulate this general pattern, they often underestimate its full extent, particularly over land areas.

Two men stand beside a cement box. The landscape is dry around them.
Arizona Game and Fish Department workers pump water into a wildlife water catchment south of Tucson in July 2023. In normal years, the catchment receives enough rainwater, but years of drought have changed that.
Andrew Caballero-Reynolds/AFP via Getty Images

Yet countries are already experiencing drought emerging as one of the most immediate and severe consequences of climate change. Understanding what’s ahead is essential, to know how long these droughts will last and because severe droughts can have sweeping affects on ecosystems, economies and global food security.

Human fingerprints on megadroughts

Simulating rainfall is one of the greatest challenges in climate science. It depends on a complex interplay between large-scale wind patterns and small-scale processes such as cloud formation.

Until recently, climate models have not offered a clear picture of how rainfall patterns are likely to change in the near future as greenhouse gas emissions from vehicles, power plants and industries continue to heat up the planet. The models can diverge sharply in where, when and how precipitation will change. Even forecasts that average the results of several models differ when it comes to changes in rainfall patterns.

The techniques we deployed are helping to sharpen that picture for North America and across the tropics.

We looked back at the pattern of PDO phase changes over the past century using an exceptionally large ensemble of climate simulations. The massive number of simulations, more than 500, allowed us to isolate the human influences. This showed that the shifts in the PDO were driven by an interplay of increasing warming from greenhouse gas emissions and cooling from sun-blocking particles called aerosols that are associated with industrial pollution.

From the 1950s through the 1980s, we found that increasing aerosol emissions from rapid industrialization following World War II drove a positive trend in the PDO, making the Southwest rainier and less parched.

After the 1980s, we found that the combination of a sharp rise in greenhouse gas emissions from industries, power plants and vehicles and a reduction in aerosols as countries cleaned up their air pollution shifted the PDO into the negative, drought-generating trend that continues today.

This finding represents a paradigm shift in our scientific understanding of the PDO and a warning for the future. The current negative phase can no longer be seen as just a roll of the climate dice – it has been loaded by humans.

Our conclusion that global warming can drive the PDO into its negative, drought-inducing phase is also supported by geological records of past megadroughts. Around 6,000 years ago, during a period of high temperatures, evidence shows the emergence of a similar temperature pattern in the North Pacific and widespread drought across the Southwest.

Tropical drought risks underestimated

The past is also providing clues to future rainfall changes in the tropics and the risk of droughts in locations such as the Amazon.

One particularly instructive example comes from approximately 17,000 years ago. Geological evidence shows that there was a period of widespread rainfall shifts across the tropics coinciding with a major slowdown of ocean currents in the Atlantic.

These ocean currents, which play a crucial role in regulating global climate, naturally weakened or partially collapsed then, and they are expected to slow further this century at the current pace of global warming.

A recent study of that period, using computer models to analyze geologic evidence of earth’s climate history, found much stronger drying in the Amazon basin than previously understood. It also shows similar patterns of aridification in Central America, West Africa and Indonesia.

The results suggest that rainfall could decline precipitously again. Even a modest slowdown of a major Atlantic Ocean current could dry out rainforests, threaten vulnerable ecosystems and upend livelihoods across the tropics.

What comes next

Drought is a growing problem, increasingly driven by human influence. Confronting it will require rethinking water management, agricultural policy and adaptation strategies. Doing that well depends on predicting drought with far greater confidence.

Climate research shows that better predictions are possible by using computer models in new ways and rigorously validating their performance against evidence from past climate shifts. The picture that emerges is sobering, revealing a much higher risk of drought across the world.

The Conversation

Pedro DiNezio receives funding from the U.S. National Science Foundation, National Oceanic and Atmospheric Administration, and WTW Research Network.

Timothy Shanahan does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Climate models reveal how human activity may be locking the Southwest into permanent drought – https://theconversation.com/climate-models-reveal-how-human-activity-may-be-locking-the-southwest-into-permanent-drought-262837

Sommet Trump-Poutine en Alaska : « Ce n’est pas ainsi que l’on met fin à une guerre »

Source: The Conversation – in French – By Donald Heflin, Executive Director of the Edward R. Murrow Center and Senior Fellow of Diplomatic Practice, The Fletcher School, Tufts University

Le président états-unien Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine se rencontreront en Alaska, le 15 août 2025. Ici, ils arrivent ensemble pour la photo de groupe lors du sommet du G20 à Osaka, le 28 juin 2019. Brendan Smialowski/AFP/Getty Images

Un sommet organisé à la hâte entre les présidents Donald Trump et Vladimir Poutine est prévu le 15 août 2025 en Alaska, où les deux dirigeants discuteront d’un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine. Le chef de l’État ukrainien Volodymyr Zelensky ne sera pas présent, sauf changement de dernière minute. « The Conversation » s’est entretenu avec le diplomate chevronné Donald Heflin, qui enseigne aujourd’hui à la Fletcher School de l’Université Tufts, près de Boston, afin de connaître son point de vue sur cette rencontre inhabituelle et sur les raisons pour lesquelles elle aboutira, selon lui, probablement à une photo et à une déclaration, mais pas à un accord de paix.

The Conversation : Comment les guerres prennent-elles fin ?

Donald Heflin : Les guerres prennent fin pour trois raisons. La première est que les deux camps s’épuisent et décident de faire la paix. La deuxième, plus courante, est qu’un camp s’épuise, lève la main et dit : « Oui, nous sommes prêts à nous asseoir à la table des négociations. »

Et puis la troisième raison, que nous avons vue au Moyen-Orient, c’est que des forces extérieures, comme les États-Unis ou l’Europe, interviennent et disent : « Ça suffit. Nous imposons notre volonté de l’extérieur. Arrêtez ça. »

Ce que nous voyons dans la situation entre la Russie et l’Ukraine, c’est qu’aucune des deux parties ne montre une réelle volonté de s’asseoir à la table des négociations et de céder du territoire.

Les combats se poursuivent donc. Et le rôle que jouent actuellement Trump et son administration correspond à la troisième possibilité, celle d’une puissance extérieure qui intervient et dit « Ça suffit ».

Regardons la Russie. Elle n’est peut-être plus la superpuissance qu’elle a été, mais c’est une puissance qui dispose d’armes nucléaires et d’une armée importante. Ce n’est pas un petit pays du Moyen-Orient que les États-Unis peuvent dominer complètement. C’est presque un égal. Alors, peut-on vraiment lui imposer sa volonté et le faire venir sérieusement à la table des négociations s’il ne le veut pas ? J’en doute fort.

Deux personnes debout sur des décombres à côté d’immeubles de plusieurs étages bombardés
Des habitants de Kramatorsk (Ukraine) sortent de leur voiture au milieu d’immeubles résidentiels bombardés par les forces russes, le 10 août 2025.
Pierre Crom/Getty Images

De quelle manière cette rencontre entre Trump et Poutine en Alaska s’inscrit-elle dans l’histoire des négociations de paix ?

D. H. : Beaucoup de gens font l’analogie avec la conférence de Munich de 1938, où la Grande-Bretagne et la France ont rencontré l’Allemagne hitlérienne. Je n’aime pas faire de comparaison avec le nazisme ou avec l’Allemagne hitlérienne. Ces gens ont déclenché la Seconde Guerre mondiale, perpétré l’Holocauste et tué de 30 millions à 40 millions de personnes. Il est difficile de comparer quoi que ce soit à cela.

Mais sur le plan diplomatique, ce qui s’est passé en 1938 peut éclairer la situation actuelle. L’Allemagne a dit : « Écoutez, nous avons tous ces citoyens allemands qui vivent dans ce nouveau pays qu’est la Tchécoslovaquie. Ils ne sont pas traités correctement. Nous voulons qu’ils fassent partie de l’Allemagne. » Et ils étaient prêts à envahir le pays.

L’Europe est alors en pleine crise des Sudètes : la situation est explosive. Pour éviter la guerre, le premier ministre britannique Neville Chamberlain décide de mener seul des négociations avec le chancelier Hitler. Il fait trois fois le voyage en Allemagne en quinze jours et ces rencontres mèneront aux accords de Munich, qui actent la cession par la Tchécoslovaquie des Sudètes au profit du IIIe Reich, avec des garanties françaises et anglaises sur l’intégrité du reste du pays. Et cela devait s’arrêter là. L’Allemagne ne devait avoir aucune autre exigence.

La Tchécoslovaquie n’était pas présente en 1938. C’est une paix qui lui a été imposée.

Et, bien sûr, il n’a pas fallu attendre plus d’un an ou deux ans avant que l’Allemagne déclare : « Non, nous voulons toute la Tchécoslovaquie. Et, d’ailleurs, nous voulons aussi la Pologne. » C’est ainsi que la Seconde Guerre mondiale a commencé.

Deux hommes se serrant la main ; l’un porte un uniforme militaire avec une croix gammée sur un brassard
Le dictateur allemand Adolf Hitler, à droite, serre la main du premier ministre britannique Neville Chamberlain, lors de leur rencontre à Godesberg, en Allemagne, le 23 septembre 1938.
New York Times Co./Getty Images

Pourriez-vous préciser davantage ces comparaisons ?

D. H. : La Tchécoslovaquie n’était pas à la table des négociations. L’Ukraine n’est pas à la table des négociations.

Encore une fois, je ne suis pas sûr de vouloir comparer Poutine à Hitler, mais c’est un homme fort autoritaire à la tête d’une armée importante.

Des garanties de sécurité ont été données à la Tchécoslovaquie et n’ont pas été respectées. L’Occident a donné des garanties de sécurité à l’Ukraine lorsque ce pays a renoncé à ses armes nucléaires en 1994. Nous leur avons dit : « Si vous faites preuve de courage et renoncez à vos armes nucléaires, nous veillerons à ce que vous ne soyez jamais envahis. » Et ils ont été envahis deux fois depuis, en 2014 et en 2022. L’Occident n’a pas réagi.

L’histoire nous enseigne donc que les chances que ce sommet débouche sur une paix durable sont assez faibles.

Quel type d’expertise est nécessaire pour négocier un accord de paix ?

D. H. : Voici comment cela se passe généralement dans la plupart des pays qui ont une politique étrangère d’envergure ou un appareil de sécurité nationale important, et même dans certains petits pays.

D’abord, les dirigeants politiques définissent leur objectif politique, ce qu’ils veulent atteindre.

Ils communiquent ensuite leurs objectifs aux agents de l’État, des services diplomatiques et aux militaires en leur disant : « Voici ce que nous voulons obtenir à la table des négociations. Comment y parvenir ? »

Alors ces experts leur font des propositions : « Nous allons faire ceci et cela, et nous affecterons du personnel à cette tâche. Nous travaillerons avec nos homologues russes pour tenter de réduire le nombre de points litigieux, puis nous proposerons des chiffres et des cartes. »

Or, il y a eu beaucoup de turnover au département d’État depuis l’investiture en janvier. L’équipe est nouvelle, et si certains, comme Marco Rubio, savent généralement ce qu’ils font en matière de sécurité nationale, d’autres moins. De nombreux hauts fonctionnaires et personnels du département d’État ont été licenciés, et beaucoup de cadres intermédiaires partent, et avec eux, c’est l’expertise qui s’en va.

C’est un vrai problème. L’appareil de sécurité nationale américain est de plus en plus dirigé par une équipe B, dans le meilleur des cas.

Pourquoi cela posera-t-il un problème quand Trump rencontrera Poutine ?

D. H. : Une rencontre entre deux dirigeants de deux grands pays comme ceux-ci ne s’organise pas à la hâte, à moins qu’il s’agisse d’une situation de crise.

C’est-à-dire que cette rencontre pourrait avoir lieu dans deux ou trois semaines, aussi bien que cette semaine.

En disposant de plus de temps, on peut mieux se préparer. On peut transmettre toutes sortes de documents et d’informations aux agents diplomatiques américains qui vont participer au sommet. Ceux-ci auraient le temps de rencontrer leurs homologues russes, ainsi que leurs homologues ukrainiens, voire des agents d’autres pays d’Europe occidentale. Et lorsque les deux parties finiraient par s’asseoir à la table des négociations, cela se passerait de manière très professionnelle.

Les négociateurs auraient des documents de travail similaires. Chacun aurait à peu près le même niveau d’information. Les questions seraient ciblées.

Ce n’est pas du tout le cas avec ce sommet en Alaska. Ici, il s’agit de deux dirigeants politiques qui vont se rencontrer et prendre des décisions – souvent motivées par des considérations purement politiques –, mais sans aucune idée réelle de leur faisabilité ou de la manière dont elles vont pouvoir être mises en œuvre.

Un accord de paix pourrait-il être appliqué ?

D. H. : Une fois encore, la situation est, en quelque sorte, hantée par le fait que l’Occident n’a jamais appliqué les garanties de sécurité promises en 1994.

Historiquement, la Russie et l’Ukraine ont toujours été liées, et c’est là le problème. Quelle est la ligne rouge de Poutine ? Renoncerait-il à la Crimée ? Non. Renoncerait-il à la partie de l’est de l’Ukraine qui a été prise de facto par la Russie avant même le début de la guerre ? Probablement pas. Renoncerait-il à ce qu’ils ont gagné depuis lors ? Peut-être.

Mettons-nous ensuite à la place de l’Ukraine. Veut-elle renoncer à la Crimée ? Elle répond « Non ». Veut-elle renoncer à une partie de l’est du pays ? Encore « Non ».

Je suis curieux de savoir ce que vos collègues du monde diplomatique pensent de cette réunion à venir.

D. H. : Les personnes qui comprennent le processus diplomatique pensent que cette initiative est de l’amateurisme et qu’elle a peu de chances d’aboutir à des résultats concrets et applicables. Elle donnera lieu à une déclaration et à une photo de Trump et de Poutine se serrant la main. Certains croiront que cela résoudra le problème. Ce ne sera pas le cas.

The Conversation

Donald Heflin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sommet Trump-Poutine en Alaska : « Ce n’est pas ainsi que l’on met fin à une guerre » – https://theconversation.com/sommet-trump-poutine-en-alaska-ce-nest-pas-ainsi-que-lon-met-fin-a-une-guerre-263122

How poisoned data can trick AI − and how to stop it

Source: The Conversation – USA – By M. Hadi Amini, Associate Professor of Computing and Information Sciences, Florida International University

Data poisoning can make an AI system dangerous to use, potentially posing threats such as chemically poisoning a food or water supply. ArtemisDiana/iStock via Getty Images

Imagine a busy train station. Cameras monitor everything, from how clean the platforms are to whether a docking bay is empty or occupied. These cameras feed into an AI system that helps manage station operations and sends signals to incoming trains, letting them know when they can enter the station.

The quality of the information that the AI offers depends on the quality of the data it learns from. If everything is happening as it should, the systems in the station will provide adequate service.

But if someone tries to interfere with those systems by tampering with their training data – either the initial data used to build the system or data the system collects as it’s operating to improve – trouble could ensue.

An attacker could use a red laser to trick the cameras that determine when a train is coming. Each time the laser flashes, the system incorrectly labels the docking bay as “occupied,” because the laser resembles a brake light on a train. Before long, the AI might interpret this as a valid signal and begin to respond accordingly, delaying other incoming trains on the false rationale that all tracks are occupied. An attack like this related to the status of train tracks could even have fatal consequences.

We are computer scientists who study machine learning, and we research how to defend against this type of attack.

Data poisoning explained

This scenario, where attackers intentionally feed wrong or misleading data into an automated system, is known as data poisoning. Over time, the AI begins to learn the wrong patterns, leading it to take actions based on bad data. This can lead to dangerous outcomes.

In the train station example, suppose a sophisticated attacker wants to disrupt public transportation while also gathering intelligence. For 30 days, they use a red laser to trick the cameras. Left undetected, such attacks can slowly corrupt an entire system, opening the way for worse outcomes such as backdoor attacks into secure systems, data leaks and even espionage. While data poisoning in physical infrastructure is rare, it is already a significant concern in online systems, especially those powered by large language models trained on social media and web content.

A famous example of data poisoning in the field of computer science came in 2016, when Microsoft debuted a chatbot known as Tay. Within hours of its public release, malicious users online began feeding the bot reams of inappropriate comments. Tay soon began parroting the same inappropriate terms as users on X (then Twitter), and horrifying millions of onlookers. Within 24 hours, Microsoft had disabled the tool and issued a public apology soon after.

Data poisoning explained.

The social media data poisoning of the Microsoft Tay model underlines the vast distance that lies between artificial and actual human intelligence. It also highlights the degree to which data poisoning can make or break a technology and its intended use.

Data poisoning might not be entirely preventable. But there are commonsense measures that can help guard against it, such as placing limits on data processing volume and vetting data inputs against a strict checklist to keep control of the training process. Mechanisms that can help to detect poisonous attacks before they become too powerful are also critical for reducing their effects.

Fighting back with the blockchain

At Florida International University’s solid lab, we are working to defend against data poisoning attacks by focusing on decentralized approaches to building technology. One such approach, known as federated learning, allows AI models to learn from decentralized data sources without collecting raw data in one place. Centralized systems have a single point of failure vulnerability, but decentralized ones cannot be brought down by way of a single target.

Federated learning offers a valuable layer of protection, because poisoned data from one device doesn’t immediately affect the model as a whole. However, damage can still occur if the process the model uses to aggregate data is compromised.

This is where another more popular potential solution – blockchain – comes into play. A blockchain is a shared, unalterable digital ledger for recording transactions and tracking assets. Blockchains provide secure and transparent records of how data and updates to AI models are shared and verified.

By using automated consensus mechanisms, AI systems with blockchain-protected training can validate updates more reliably and help identify the kinds of anomalies that sometimes indicate data poisoning before it spreads.

Blockchains also have a time-stamped structure that allows practitioners to trace poisoned inputs back to their origins, making it easier to reverse damage and strengthen future defenses. Blockchains are also interoperable – in other words, they can “talk” to each other. This means that if one network detects a poisoned data pattern, it can send a warning to others.

At solid lab, we have built a new tool that leverages both federated learning and blockchain as a bulwark against data poisoning. Other solutions are coming from researchers who are using prescreening filters to vet data before it reaches the training process, or simply training their machine learning systems to be extra sensitive to potential cyberattacks.

Ultimately, AI systems that rely on data from the real world will always be vulnerable to manipulation. Whether it’s a red laser pointer or misleading social media content, the threat is real. Using defense tools such as federated learning and blockchain can help researchers and developers build more resilient, accountable AI systems that can detect when they’re being deceived and alert system administrators to intervene.

The Conversation

M. Hadi Amini has received funding for researching security of transportation systems from U.S. Department of Transportation. Opinions expressed represent his personal or professional opinions and do not represent or reflect the position of Florida International University.

This work was partly supported by the National Center for Transportation Cybersecurity and Resiliency (TraCR). Any opinions, findings, conclusions, and recommendations expressed in this material are those of the authors and do not necessarily reflect the views of TraCR, and the U.S. Government assumes no liability for the contents or use thereof.

Ervin Moore has received funding for researching security of transportation systems from U.S. Department of Transportation. Opinions expressed represent his personal or professional opinions and do not represent or reflect the position of Florida International University.

This work was partly supported by the National Center for Transportation Cybersecurity and Resiliency (TraCR). Any opinions, findings, conclusions, and recommendations expressed in this material are those of the authors and do not necessarily reflect the views of TraCR, and the U.S. Government assumes no liability for the contents or use thereof.

ref. How poisoned data can trick AI − and how to stop it – https://theconversation.com/how-poisoned-data-can-trick-ai-and-how-to-stop-it-256423

Spiderweb silks and architectures reveal millions of years of evolutionary ingenuity

Source: The Conversation – USA – By Ella Kellner, Ph.D. Student in Biological Sciences, University of North Carolina – Charlotte

An orchard orb weaver spider rests in the center of her web. Daniela Duncan/Moment via Getty Images

Have you ever walked face-first into a spiderweb while on a hike? Or swept away cobwebs in your garage?

You may recognize the orb web as the classic Halloween decoration or cobwebs as close neighbors with your dust bunnies. These are just two among the many types of spiderweb architectures, each with a unique structure specially attuned to the spider’s environment and the web’s intended job.

While many spiders use their webs to catch prey, they have also evolved unusual ways to use their silk, from wrapping their eggs to acting as safety lines that catch them when they fall.

As a materials scientist who studies spiders and their silks, I am curious about the relationship between spiderweb architecture and the strength of the silks spiders use. How do the design of a web and the properties of the silk used affect a spider’s ability to catch its next meal?

Webs’ ancient origins

Spider silk has a long evolutionary history. Researchers believe that it first evolved around 400 million years ago. These ancestral spiders used silk to line their burrows, protect their vulnerable eggs and create sensory paths and guidelines as they navigated their environment.

To understand what ancient spiderwebs could have looked like, scientists look to the lampshade spider. This spider lives in rock outcroppings in the Appalachian and Rocky mountains. It is a living relative of some of the most ancient spiders to ever make webs, and it hasn’t changed much at all since web-building first evolved.

A black and brown spider camouflaged over a mossy rock, with a circular, flat web around it, stuck to the rock
A lampshade spider in its distinctive web between rocks.
Tyler Brown, CC BY-SA

Aptly named for its web shape, the lampshade spider makes a web with a narrow base that widens outward. These webs fill the cracks between rocks where the spider can be camouflaged against the rough surface. It’s hard for a prospective meal to traverse this rugged landscape without being ensnared.

Web diversity

Today, all spider species produce silk. Each species creates its own specific web architecture that is uniquely suited to the type of prey it eats and the environment it lives in.

Take the orb web, for example. These are aerial, two-dimensional webs featuring a distinctive spiral. They mostly catch flying or jumping prey, such as flies and grasshoppers. Orb webs are found in open areas, such as on treelines, in tall grasses or between your tomato plants.

Image of a black spider spinning an an irregular web
A black widow spider builds three-dimensional cobwebs.
Karen Sloane-Williams/500Px Plus via Getty Images

Compare that to the cobweb, a structure that is most often seen by the baseboards in your home. While the term cobweb is commonly used to refer to any dusty, abandoned spiderweb, it is actually a specific web shape typically designed by spiders in the family Theridiidae. This spiderweb has a complex, three-dimensional architecture. Lines of silk extend downwards from the 3D tangle and are held affixed to the ground under high tension. These lines act as a sticky, spring-loaded booby trap to capture crawling prey such as ants and beetles. When an insect makes contact with the glue at the base of the line, the silk detaches from the ground, sometimes with enough force to lift the meal into the air.

Watch a redback spider build the high-tension lines of a cobweb and ensnare unsuspecting ants.

Web weirdos

Imagine you are an unsuspecting beetle, navigating your way between strands of grass when you come upon a tightly woven silken floor. As you begin to walk across the mat, you see eight eyes peeking out of a silken funnel – just before you’re quickly snatched up as a meal.

Spiders such as funnel-web weavers construct thick silk mats on the ground that they use as an extension of their sensory systems. The spider waits patiently in its funnel-shaped retreat. Prey that come in contact with the web create vibrations that alert the spider a tasty treat is walking across the welcome mat and it’s time to pounce.

A light-brown spider facing the camera, with a funnel shaped web surrounding it
A funnel-web spider peeks out of its web in the ground.
sandra standbridge/Moment via Getty Images

Jumping spiders are another unusual web spinner. They are well known for their varied colorations, elaborate courtship dances and being some of the most charismatic arachnids. Their cuteness has made them popular, thanks to Lucas the Spider, an adorable cartoon jumping spider animated by Joshua Slice. With two huge front eyes giving them depth perception, these spiders are fantastic hunters, capable of jumping in any direction to navigate their environment and hunt.

But what happens when they misjudge a jump, or worse, need to escape a predator? Jumpers use their silk as a safety tether to anchor themselves to surfaces before leaping through the air. If the jump goes wrong, they can climb back up their tether, allowing them to try again. Not only does this safety line of silk give them a chance for a redo, it also helps with making the jump. The tether helps them control the direction and speed of their jump in midair. By changing how fast they release the silk, they can land exactly where they want to.

A brown spider with green iridescence in mid-air, tethered to a leaf behind it with a thin strand of silk
A jumping spider uses a safety tether of silk as it makes a risky jump.
Fresnelwiki/Wikimedia Commons, CC BY-SA

To weave a web

All webs, from the orb web to the seemingly chaotic cobweb, are built through a series of basic, distinct steps.

Orb-weaving spiders usually start with a proto-web. Scientists think this initial construction is an exploratory stage, when the spider assesses the space available and finds anchor points for its silk. Once the spider is ready to build its main web, it will use the proto-web as a scaffold to create the frame, spokes and spiral that will help with absorbing energy and capturing prey. These structures are vital for ensuring that their next meal won’t rip right through the web, especially insects such as dragonflies that have an average cruising speed of 10 mph. When complete, the orb weaver will return to the center of the web to wait for its next meal.

The diversity in a spider’s web can’t all be achieved with one material. In fact, spiders can create up to seven types of silk, and orb weavers make them all. Each silk type has different material and mechanical properties, serving a specific use within the spider’s life. All spider silk is created in the silk glands, and each different type of silk is created by its own specialized gland.

A pale brown spider at the center of its spiral patterned  orb-web
A European garden spider builds a two-dimensional orb web.
Massimiliano Finzi/Moment via Getty Images

Orb weavers rely on the stiff nature of the strongest fibers in their arsenal for framing webs and as a safety line. Conversely, the capture spiral of the orb web is made with extremely stretchy silk. When a prey item gets caught in the spiral, the impact pulls on the silk lines. These fibers stretch to dissipate the energy to ensure the prey doesn’t just tear through the web.

Spider glue is a modified silk type with adhesive properties and the only part of the spiderweb that is actually sticky. This gluey silk, located on the capture spiral, helps make sure that the prey stays stuck in the web long enough for the spider to deliver a venomous bite.

To wrap up

Spiders and their webs are incredibly varied. Each spider species has adapted to live within its environmental niche and capture certain types of prey. Next time you see a spiderweb, take a moment to observe it rather than brushing it away or squishing the spider inside.

Notice the differences in web structure, and see whether you can spot the glue droplets. Look for the way that the spider is sitting in its web. Is it currently eating, or are there discarded remains of the insects it has prevented from wandering into your home?

Observing these arachnid architects can reveal a lot about design, architecture and innovation.

The Conversation

Ella Kellner does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Spiderweb silks and architectures reveal millions of years of evolutionary ingenuity – https://theconversation.com/spiderweb-silks-and-architectures-reveal-millions-of-years-of-evolutionary-ingenuity-261928

Vasectomie, douleur et regrets : ce que le forum en ligne Reddit révèle sur l’expérience des hommes

Source: The Conversation – in French – By Kevin Pimbblet, Professor and Director of the Centre of Excellence for Data Science, AI and Modelling, University of Hull

La vasectomie est depuis longtemps considérée comme une méthode contraceptive permanente, sûre et efficace. Parmi ses avantages, on mentionne souvent qu’elle est peu invasive et sans risque majeur.

Mais ce n’est peut-être pas tout.

Ces dernières années, le taux de vasectomie au Royaume-Uni a considérablement diminué. Cette tendance est surprenante, étant donné que l’efficacité de l’intervention n’a pas changé. Ce qui a sans doute changé, c’est la façon dont les hommes en parlent. Pas dans les cabinets médicaux, mais en ligne.

En tant que chercheur en IA travaillant avec des données publiques à grande échelle, j’ai dirigé une étude en 2025 utilisant le traitement du langage naturel (NLP) – une branche de l’intelligence artificielle qui analyse les schémas du langage humain – pour examiner des milliers de messages publiés sur r/vasectomy et r/postvasectomypain, deux subreddits (forums de discussion thématiques) sur Reddit, une plate-forme de médias sociaux où les utilisateurs partagent et commentent des contenus au sein de communautés thématiques.

Mon objectif n’était pas de me prononcer sur l’urologie (ce n’est pas ma spécialité), mais d’explorer le ton émotionnel et les résultats auto-déclarés dans des espaces numériques où les utilisateurs s’expriment franchement et en temps réel.

Les résultats sont révélateurs et soulèvent des questions importantes sur le consentement éclairé, le discours sur la santé en ligne et l’influence croissante des données sociales sur la communication en matière de santé.

Peur, regret et douleur ?

La réaction émotionnelle la plus courante face à la vasectomie, qu’elle soit envisagée ou déjà pratiquée, est la peur. Pour évaluer cela, nous avons utilisé un outil appelé NRClex, un classificateur d’émotions formé par le public. Il s’agit d’un modèle d’IA formé à partir de milliers d’exemples étiquetés afin de détecter le ton émotionnel d’un texte. Il a révélé que la « peur » dominait plus de 70 % des contenus générés par les utilisateurs.

Ce n’est pas surprenant. Les hommes sur Reddit posent des questions telles que « La douleur est-elle forte ? », « Combien de temps dure-t-elle ? » et « Vais-je le regretter ? » Ces préoccupations ne sont pas rares : elles sont au cœur de la conversation.

Si l’analyse globale des sentiments montre que la plupart des utilisateurs font état de résultats positifs, une minorité significative exprime de profonds regrets et des douleurs persistantes, parfois pendant des années après l’opération.

Cette douleur est souvent décrite comme un syndrome douloureux post-vasectomie (PVPS), une affection relativement peu connue qui se caractérise par une douleur nouvelle ou chronique au niveau du scrotum qui persiste pendant plus de trois mois après l’intervention.

Le PVPS est mal compris et peut avoir plusieurs causes, certaines anatomiques, d’autres neurologiques et d’autres encore inconnues. Bien que certaines autorités sanitaires le qualifient de « rare », nos données Reddit suggèrent qu’il pourrait être plus fréquent, ou du moins plus perturbateur, qu’on ne le pense actuellement.

Nous avons analysé plus de 11 000 messages Reddit et avons constaté que le mot « douleur » apparaissait dans plus de 3 700 d’entre eux, soit environ un tiers. Dans de nombreux cas, la douleur décrite persistait bien au-delà de la période de récupération prévue. Le mot « mois » apparaissait dans près de 900 messages liés à la douleur, tandis que le mot « année » apparaissait dans plus de 600 messages.

Des résultats qui étonnent

Ceci est remarquable. On s’attend généralement à ce que la douleur postopératoire disparaisse en quelques jours ou quelques semaines. Pourtant, notre ensemble de données suggère que 6 à 8 % des utilisateurs de Reddit qui discutent de la vasectomie signalent une gêne à plus long terme, un taux qui correspond aux estimations les plus élevées des études urologiques. Des recherches plus récentes, notamment une étude postopératoire à grande échelle, affirment que l’incidence est probablement beaucoup plus faible, peut-être inférieure à 1 %.

Bien sûr, nous devons souligner qu’il s’agit d’expériences rapportées par les utilisateurs eux-mêmes. Toutes les mentions de « douleur » ne correspondent pas à un diagnostic officiel de PVPS. Il est également important de reconnaître que les personnes insatisfaites d’une intervention médicale sont généralement plus enclines à en parler en ligne, ce qui constitue un biais bien connu dans les données sociales. Malgré tout, le volume, la cohérence et l’intensité émotionnelle de ces messages suggèrent que cette question mérite une attention particulière de la part des cliniciens et des chercheurs.

Plus frappant encore, environ 2 % des messages mentionnent à la fois « douleur » et « regret », ce qui implique des conséquences graves, potentiellement bouleversantes, pour un groupe restreint, mais significatif de personnes.


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Sur r/postvasectomypain, un subreddit dédié à la discussion du PVPS, le ton est encore plus grave. Sans surprise, 74 % des messages décrivent une douleur persistante et chronique. En outre, 23 % mentionnent des douleurs pendant les rapports sexuels et 27 % signalent des changements de sensibilité.

Les messages publiés sur ce forum font également beaucoup plus souvent référence à la chirurgie de renversement de la vasectomie qu’à des interventions plus spécialisées telles que la dénervation microchirurgicale : une procédure complexe d’ablation des nerfs utilisée dans les cas graves de douleurs testiculaires chroniques, généralement lorsque les autres traitements ont échoué.

De l’IA à l’andrologie : un carrefour éthique

Pourquoi un professeur d’IA et de physique analyse-t-il la douleur sur des forums d’urologie ?

Parce que dans le monde numérique d’aujourd’hui, les gens se tournent de plus en plus vers des plates-formes en ligne telles que Reddit pour obtenir des conseils de santé, du soutien par des pairs et aider à la prise de décision, souvent avant de consulter un médecin. En tant que chercheur en IA, je pense que nous avons la responsabilité d’examiner comment ces discussions façonnent la compréhension du public et ce qu’elles peuvent nous apprendre sur les défis réels en matière de soins de santé.

Dans ce cas précis, il est possible que la baisse du recours à la vasectomie soit liée, au moins en partie, au partage ouvert et émotionnel des résultats négatifs en ligne. Ces messages ne sont pas alarmistes. Ils sont détaillés, francs et souvent très précis. Ils constituent un type de données concrètes que les essais cliniques et les études formelles ne permettent pas toujours de saisir.

Que devons-nous retenir de tout cela ?

Des termes tels que « rare », souvent utilisés dans les formulaires de consentement et les conversations cliniques, peuvent masquer la complexité et la variabilité des résultats pour les patients. La douleur après une vasectomie, qu’elle soit légère, temporaire, chronique ou invalidante, semble suffisamment courante pour justifier une communication plus transparente et nuancée.

Il ne s’agit pas d’un argument contre la vasectomie. Elle reste une option sûre, efficace et émancipatrice. Mais un consentement véritablement éclairé doit refléter à la fois la littérature clinique et les expériences des personnes qui subissent l’intervention, d’autant plus que ces expériences sont désormais accessibles au public en grand nombre.

Dans un monde où les forums en ligne font office de journaux de santé, de réseaux de soutien et de registres de recherche informels, nous devons les prendre au sérieux. Le langage médical a son importance. Des termes tels que « rare », « peu fréquent », ou « faible risque » ont un réel poids émotionnel et moral. Ils façonnent les attentes et influencent les décisions.

Si même un faible pourcentage d’hommes souffre de douleurs à long terme après une vasectomie, ce risque doit être communiqué clairement, dans un langage simple, idéalement avec une fourchette de pourcentages tirés d’études publiées.

La Conversation Canada

Kevin Pimbblet bénéficie actuellement d’un financement de la part du STFC, de l’EPSRC, de la British Academy, de la Royal Astronomical Society, de la British Ecological Society et de l’Office for Students. Aucun de ces organismes n’est directement lié à ce travail.

ref. Vasectomie, douleur et regrets : ce que le forum en ligne Reddit révèle sur l’expérience des hommes – https://theconversation.com/vasectomie-douleur-et-regrets-ce-que-le-forum-en-ligne-reddit-revele-sur-lexperience-des-hommes-262413

How to improve the monitoring of chemical contaminants in the human body

Source: The Conversation – France – By Chang He, Professor of environmental sciences, The University of Queensland

From pesticides in our food to hormone disruptors in our kitchen pans, modern life is saturated with chemicals, exposing us to unknown long-term health impacts.

One of the surest routes to quantifying these impacts is the scientific method of biomonitoring, which consists of measuring the concentration of chemicals in biological specimens such as blood, hair or breastmilk. These measurable indicators are known as biomarkers.

Currently, very few biomarkers are available to assess the impact of chemicals on human health, even though 10 million new substances are developed and introduced to the market each year.

My research aims to bridge this gap by identifying new biomarkers of chemicals of emerging concern in order to assess their health effects.

What makes a good biomarker

One of the difficulties of biomonitoring is that once absorbed in our bodies, chemical pollutants are typically processed into one or more breakdown substances, known as metabolites. As a result, many chemicals go under the radar.

In order to understand what happens to a chemical once it has entered a living organism, researchers can use various techniques, including approaches based on computer modelling (in silico models), tests carried out on cell cultures (in vitro approaches), and animal tests (in vivo) to identify potential biomarkers.

The challenge is to find biomarkers that allow us to draw a link between contamination by a toxic chemical and the potential health effects. These biomarkers may be the toxic product itself or the metabolites left in its wake.

But what is a “good” biomarker? In order to be effective in human biomonitoring, it must meet several criteria.

First, it should directly reflect the type of chemical to which people are exposed. This means it must be a direct product of the chemical and help pinpoint the level of exposure to it.

Second, a good biomarker should be stable enough to be detectable in the body for a sufficient period without further metabolization. This stability ensures that the biomarker can be measured reliably in biological samples, thus providing an accurate assessment of exposure levels.

Third, a good biomarker should enable precise evaluation. It must be specific to the chemical of interest without interference from other substances. This specificity is critical for accurately interpreting biomonitoring data and making informed decisions about health risks and regulatory measures.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


Two examples of ‘bad’ biomarkers

One example of a “bad” biomarker involves the diester metabolites of organophosphate esters. These compounds are high-production-volume chemicals widely used in household products as flame retardants and plasticizers, and are suspected to have adverse effects on the environment and human health.

Recent findings showed the coexistence of both organophosphate esters and their diester metabolites in the environment. This indicates that the use of diesters as biomarkers to estimate human contamination by organophosphate esters leads to an overestimation.

Using an inappropriate biomarker may also lead to an underestimation of the concentration of a compound. An example relates to chlorinated paraffins, persistent organic pollutants that are also used as flame retardants in household products. In biomonitoring, researchers use the original form of chlorinated paraffins due to their persistence in humans. However, their levels in human samples are much lower than those in the environment, which seems to indicate underestimation in human biomonitoring.

Recently, my team has found the potential for biodegradation of chlorinated paraffins. This could explain the difference between measurements taken in the environment and those taken in living organisms. We are currently working on the identification of appropriate biomarkers of these chemicals.

Current limitations in human biomonitoring

Despite the critical importance of biomarkers, several limitations hinder their effective use in human biomonitoring.

A significant challenge is the limited number of human biomarkers available compared to the vast number of chemicals we are exposed to daily. Existing biomonitoring programmes designed to assess contamination in humans are only capable of tracking a few hundred biomarkers at best, a small fraction of the tens of thousands of markers that environmental monitoring programmes use to report pollution.

Moreover, humans are exposed to a cocktail of chemicals daily, enhancing their adverse effects and complicating the assessment of cumulative effects. The pathways of exposure, such as inhalation, ingestion and dermal contact, add another layer of complexity.

Another limitation of current biomarkers is the reliance on extrapolation from in vitro and in vivo models to human contexts. While these models provide valuable insights, they do not always accurately reflect human metabolism and exposure scenarios, leading to uncertainties in risk assessment and management.

To address these challenges, my research aims to establish a workflow for the systematic identification and quantification of chemical biomarkers. The goal is to improve the accuracy and applicability of biomonitoring in terms of human health.

Innovative approaches in biomarker research

We aim to develop a framework for biomarker identification that could be used to ensure that newly identified biomarkers are relevant, stable and specific.

This framework includes advanced sampling methods, state-of-the-art analytical techniques, and robust systems for data interpretation. For instance, by combining advanced chromatographic techniques, which enable the various components of a biological sample to be separated very efficiently, with highly accurate methods of analysis (high-resolution mass spectrometry), we can detect and quantify biomarkers with greater sensitivity and specificity.

This allows for the identification of previously undetectable or poorly understood biomarkers, expanding the scope of human biomonitoring.

Additionally, the development of standardized protocols for sample collection and analysis ensures consistency and reliability across different studies and monitoring programmes, which is crucial for comparing data and drawing meaningful conclusions about exposure trends and health risks.

This multidisciplinary approach will hopefully be providing a more comprehensive understanding of human exposure to hazardous chemicals. This new data could form a basis for improving prevention and adapting regulations in order to limit harmful exposure.


Created in 2007 to help accelerate and share scientific knowledge on key societal issues, the Axa Research Fund has supported nearly 700 projects around the world conducted by researchers in 38 countries. To learn more, visit the website of the Axa Research Fund or follow @AXAResearchFund on X.

The Conversation

Chang He received funding from the AXA Research Fund.

ref. How to improve the monitoring of chemical contaminants in the human body – https://theconversation.com/how-to-improve-the-monitoring-of-chemical-contaminants-in-the-human-body-233255