Source: The Conversation – Canada – By Abbas Yazdinejad, Postdoctoral Research Fellow, Artificial Intelligence, University of Toronto
Imagine receiving a robocall, but instead of a real person, it’s the voice of a political leader telling you not to vote. You share it with your friends, your family — only to find out it was a hyper-realistic AI voice clone. This is not a hypothetical.
In January 2024, a fake Joe Biden robocall reached New Hampshire Democrats urging them to “stay home” ahead of the state primary. The voice may have been synthetic, but the panic was real — and it’s a preview of the threats facing democracies around the world as elections become the most valuable targets for AI‑driven disinformation.
Left unchecked, the harms posed by this new disinformation threat are myriad, with the potential to erode public trust in our political system, depress voter turnout and destabilize our democratic institutions. Canada is not immune.
Deepfakes are artificially generated media — video, audio or images — that use AI to realistically impersonate real people. The benign applications (movies, education) are well understood, but the malicious applications are quickly catching up.
Open-source generative AI tools like ElevenLabs and OpenAI’s Voice Engine can produce high-quality cloned voices with just a few seconds of audio. Apps like Synthesia and DeepFaceLab put video manipulation in the hands of anyone with a laptop.
These tools have already been weaponized. Beyond the Biden robocall, Trump’s campaign shared an AI‑generated image of Taylor Swift endorsing him — an obvious hoax, but one that nonetheless circulated widely.
Meanwhile, state‑backed entities have deployed deepfakes in co-ordinated disinformation campaigns targeting democracies, according to the Knight First Amendment Institute, a free speech advocacy organization.
Why it matters for Canada
Canada recently concluded its 2025 federal election — conducted without robust legal safeguards against AI‑enabled disinformation.
Unlike the European Union, where the AI Act mandating clear labelling of AI‑generated text, images, and videos has been enacted, Canada has no binding regulations requiring transparency in political advertising or synthetic media.
Instead, it relies on voluntary codes of conduct and platform‑based moderation, both of which have proven inconsistent. This regulatory gap leaves the Canadian information ecosystem vulnerable to manipulation, particularly in a minority‑government situation where another election could be called at any time.
Alarm is mounting around the world. A September 2024 Pew Research Center survey found 57 per cent of Americans were “very” or “extremely” worried that AI would be used to generate fake election information; Canadian polls show a similar level of concern.
Closer to home, researchers recently discovered deepfake clips — some mimicking CBC and CTV bulletins — circulating in the run-up to Canada’s 2025 vote, including one purported news item that quoted Mark Carney, showing how fast AI‑powered scams can show up in our feeds.
What we can do
No single solution will be a panacea, but Canada could take the following key steps:
Content-labelling laws: Emulate the European Union and mandate labels for AI-generated political media. The EU requires content creators to label manufactured content.
Detection tools: Invest in Canadian deepfake detection research and development. Some Canadian researchers are already advancing this work, and the resulting tools should be integrated into platforms, newsrooms and fact-checking systems.
Media literacy: Expand public programs to teach AI literacy and how to spot deepfakes.
Election safeguards: Equip Elections Canada with rapid-response guidance for AI-driven disinformation.
Platform accountability: Hold platforms responsible for failing to act on verified deepfakes and require transparent reporting on removals and detection methods for AI-generated content.
Empowering voters in the AI age
Democracies are built on trust in elected officials, in institutions and in the information voters consume. If they can’t trust what they read or hear, that trust erodes and the very fabric of civil society begins to unravel.
AI can also be part of the solution. Researchers are working on digital‑watermarking
schemes to trace manufactured content and media outlets are deploying real‑time, machine-learning‑powered fact checks. Staying ahead of AI‑powered disinformation will take both smart regulation and an alert public.
The political future of Canada’s minority government is uncertain. We cannot wait for a crisis to act. Taking action now by modernizing legislation and building proactive infrastructure will help ensure democracy isn’t another casualty of the AI era.
Abbas Yazdinejad is a postdoctoral research fellow in artificial intelligence and cybersecurity in the AIMML at the University of Toronto.
Jude Kong receives funding from NSERC, NFRF, IDRC, FCDO and SIDA. He is affiliated with Artificial Intelligence and Mathematical Modelling Lab (AIMMLab), Africa-Canada Artificial Intelligence and Data Innovation Consortium (ACADIC), Global South Artificial Intelligence for Pandemic and Epidemic Preparedness and Response Network (AI4PEP), Canadian Black Scientist Network (CBSN).
Le 15 août, Donald Trump a rencontré Vladimir Poutine. Le 18, il a reçu Volodymyr Zelensky ainsi que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte et plusieurs dirigeants européens (Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Keir Starmer, Giorgia Meloni et Alexander Stubb). Ces échanges ont donné lieu à de nombreuses images marquantes et à quelques déclarations d’intention, mais une paix durable paraît toujours une perspective très lointaine.
Ce 18 août, à la Maison Blanche, Donald Trump et Volodymyr Zelensky ont tenté de définir les grandes lignes d’un éventuel accord de paix avec la Russie. Le ton de leur entretien a fortement contrasté avec celui de leur dernière conférence de presse conjointe à Washington en février 2025, qui s’était terminée par l’humiliation de Zelensky par Trump et son vice-président J. D. Vance.
Pressions de Trump sur Zelensky plus que sur Poutine
Ce résultat relativement positif n’était pas acquis d’avance. Au cours du week-end, Trump avait publié sur sa plateforme Truth Social un post où il affirmait que le président ukrainien « peut mettre fin à la guerre avec la Russie presque immédiatement ». Mais cette possibilité était assortie d’une condition : Zelensky devait officiellement accepter la perte de la Crimée au profit de la Russie et renoncer à une future adhésion de son pays à l’Otan.
Post de Donad Trump sur Truth Social, le 18 août 2025, où il affirme que Zelensky peut rapidement mettre fin à la guerre, mais en renonçant à la Crimée (dont Trump attribue la perte à Barack Obama) et à la perspective d’une adhésion à l’Otan.
Cette idée ainsi que d’autres suggestions similaires relatives à des « échanges de territoires » entre la Russie et l’Ukraine ont déjà été catégoriquement rejetées par le président ukrainien.
Il est important de noter que la position de Kiev a été pleinement soutenue par les alliés européens de l’Ukraine. Les dirigeants de la « coalition des volontaires » avaient publié, dès le 16 août, une déclaration commune soulignant que « c’est à l’Ukraine qu’il appartiendra de prendre des décisions concernant son territoire ».
En revanche, leur déclaration était plus ambiguë en ce qui concerne l’adhésion à l’Otan. Sur ce sujet, les dirigeants européens ont, certes, affirmé que « la Russie ne peut avoir de droit de veto sur le chemin de l’Ukraine vers l’Union européenne et l’Otan » ; mais la coalition a aussi réaffirmé son engagement à « jouer un rôle actif » dans la garantie de la sécurité future de l’Ukraine, ce qui a ouvert la voie à Trump pour offrir à Kiev des « protections similaires à celles prévues par l’article 5 » du traité de l’Alliance atlantique contre toute future agression russe et de lui promettre « une aide considérable en matière de sécurité ». L’article 5 affirme qu’une attaque contre un membre est une attaque contre tous et engage l’alliance à assurer une défense collective.
Durant la rencontre télévisée entre Trump et ses visiteurs, organisée avant une autre réunion, à huis clos cette fois, il a été question d’un accord par lequel l’Ukraine accepterait certaines concessions territoriales en contrepartie de la paix et de garanties communes fournies par les États-Unis et les Européens. De différentes façons, chacun des invités européens a reconnu les efforts réalisés par Trump en vue d’un règlement et tous ont souligné l’importance d’une approche commune à l’égard de la Russie afin de garantir que tout accord aboutisse à une paix juste et durable.
Signe que ses invités n’étaient pas disposés à accepter sans broncher les termes de l’accord qu’il avait ramené de sa rencontre avec Poutine en Alaska, le président des États-Unis a alors interrompu la réunion pour appeler son homologue russe. Les signaux en provenance de Russie étaient loin d’être prometteurs, Moscou rejetant tout déploiement de troupes de l’Otan en Ukraine et accusant spécifiquement le Royaume-Uni de chercher à saper les efforts de paix mis en œuvre par les États-Unis et par la Russie.
La paix reste difficile à atteindre
À l’issue de la réunion, lorsque les différents dirigeants ont présenté leurs interprétations respectives de ce qui avait été convenu, deux conclusions se sont imposées.
Premièrement, la partie ukrainienne n’a pas cédé à la pression des États-Unis et les dirigeants européens, tout en s’efforçant de flatter Trump, avaient également campé sur leurs positions. Il est important de noter que Trump ne s’était pas retiré du processus pour autant et semblait au contraire vouloir continuer d’y participer.
Deuxièmement, la Russie n’a pas cédé de terrain non plus. La prochaine étape devrait être une entrevue Poutine-Zelensky, mais le flou plane encore sur ce projet, aussi bien en ce qui concerne le lieu que la date. Cette rencontre devra être suivie, selon Trump, par une réunion à trois entre Zelensky, Poutine et lui-même.
Un processus de paix – si l’on peut l’appeler ainsi – est donc, en quelque sorte, à l’œuvre ; mais on est encore très loin d’un véritable accord de paix. Peu de choses ont été dites à la suite de la réunion à la Maison Blanche sur les questions territoriales. Les pressions à exercer sur la Russie n’ont été évoquées que brièvement dans les commentaires des dirigeants européens, dont l’ambition de s’impliquer officiellement dans les négociations de paix continue à ce stade de relever de la chimère. Et malgré l’optimisme initial concernant les garanties de sécurité, aucun engagement ferme n’a été pris, Zelensky se contentant de prendre note du « signal important envoyé par les États-Unis concernant leur volonté de soutenir et de participer à ces garanties ».
La paix en Ukraine reste donc, pour l’instant, hors de portée. Le seul succès tangible de la récente séquence politique est que le processus envisagé par Trump pour parvenir à un accord de paix n’a pas complètement échoué. Mais ce processus est extrêmement lent et, pendant ce temps, la machine de guerre russe déployée contre l’Ukraine continue de progresser.
En fin de compte, les discussions du 18 août n’ont pas changé grand-chose. Elles ont simplement confirmé que Poutine continue de gagner du temps, que Trump n’est pas disposé à exercer de réelles pressions sur lui et que l’Ukraine et l’Europe n’ont aucun moyen de pression efficace sur l’une ou l’autre des parties.
Trump a déclaré avec assurance avant sa réunion avec Zelensky et les dirigeants européens qu’il savait exactement ce qu’il faisait. C’est peut-être vrai, mais cela ne semble guère suffire à aboutir à une paix durable au vu de la posture inflexible de son homologue russe.
Stefan Wolff a reçu par le passé des financements du Conseil britannique de recherche sur l’environnement naturel, de l’Institut américain pour la paix, du Conseil britannique de recherche économique et sociale, de la British Academy, du programme « Science pour la paix » de l’OTAN, des programmes-cadres 6 et 7 de l’UE et Horizon 2020, ainsi que du programme Jean Monnet de l’UE. Il est administrateur et trésorier honoraire de l’Association britannique d’études politiques et chercheur senior au Foreign Policy Centre de Londres.
Source: The Conversation – Canada – By Jennifer Black, Associate Professor of Food, Nutrition and Health, University of British Columbia
If it takes a village to raise a child, it also takes a village to care for children’s food needs.
Children’s health and nutrition outcomes are nurtured directly by family caregivers, but also by a broader “village” of policymakers and governments, health and education systems, social services and civil-society groups, as well as others working at both national and local levels.
Lessons learned from academic research studies help today’s multi-sector villages improve health policies, medical treatments and approaches for preventing children’s food- and eating-related problems.
Yet, medical research studies focus more on what parents are doing wrong than they do on the social conditions and resources that families and communities need to improve kids’ nutrition.
In our recent paper, we found that studies published in medical journals are stuck in a rut, repeating some outdated tropes and assumptions. The recipe to care well for school-aged children’s food needs is due for a refresh.
Food care
We are food and nutrition researchers and dietitians who have painstakingly reviewed a breadth of food and nutrition studies, including authoring rigorous reviews about childhood nutrition and family food practices.
Our team recently combed through two leading medical research databases to find out what questions, theories and measurements health researchers commonly use to study the processes involved in caring for school-aged children’s food and nutrition needs.
We couldn’t find a term that described exactly what we were looking for, so we proposed a concept and research framework called “food care.” We described the concept of food care as “the processes of feeling concern or interest about food, or taking action to provide food necessary for the health, welfare, maintenance, or protection of oneself or someone else.”
These issues are well established in other fields of social science, but health research continues to largely overlook them.
Blaming parents
Health research about children’s food care largely centres on the family, including parents’ food practices and household conditions that shape what and how children eat. While this field is progressing, when (if at all) studies about school-aged children talked about food care, children’s eating and nutrition challenges were most often described as issues that stemmed from parents’ shortcomings.
Both the food care measures themselves and the child outcomes most commonly studied were more often than not described as harmful. Three-quarters of studies we analyzed focused on how parental actions increased children’s risks of feeding problems, disordered eating, excess weight or poor mental health.
The four main categories of food care that researchers focused on in the 20 studies analyzed included:
Caregivers’ feeding practices
Parents’ actions focused on children’s body size or weight
Ways that parents cultivate healthy eating
Mealtime interactions
In studies where many factors were measured, research conclusions often focused squarely on things parents were doing “wrong” or should improve.
Even when the size of the effects found were very small, or little meaningful impact of parental actions were identified, research conclusions were often still tinged with parent-blaming. Fingers were pointed at parents described as doing “too little” to foster healthy dietary choices, but also at those described as overzealous and trying too hard. Parents could seldom catch a break in these studies.
On the flip side, researchers rarely mentioned or tried to assess how parents’ food care efforts contributed to building healthy relationships, connections, trust or family traditions or bonds, psychological attachment, health benefits or mental well-being for children or other family members, or the benefits of food care for the wider community.
Assumptions baked into research
Researchers are currently working in an era in which “intensive parenting” is the cultural ideology and norm. Intensive mothering, as coined by sociologist Sharon Hayes, reflects ideas about “good” mothering that are child-centred, emotionally absorbing, labour-intensive and expert-guided.
While health studies seldom named their own assumptions about gender roles or parenting beliefs, intensive mothering approaches seeped into the types of recommendations found across many studies.
These ways of thinking sometimes lay beneath assumptions and recommendations that parents should always try harder, spend more time, money and labour. Or research language presumed that parents — and particularly mothers — are, or should be, the main party responsible for children’s health outcomes.
Such ideas also showed up in study recommendations that tended to blame parents for outcomes that may be out of their control, clinically irrelevant or benign, while overlooking the benefits of food care and the often invisible work of feeding a family.
Parents, as children’s primary caregivers and first teachers, do influence children’s eating patterns, behaviours and habit development. But they do so in a broad and complex social context that is influenced by political, historical and community conditions. These conditions are under-examined in discussions of family food work in medical studies.
Recommendations from some of these studies suggested that medical professionals should provide parents with more guidance about healthy eating and food-related parenting strategies. But authors seldom mentioned structural supports such as policies, programs or tangible resources that would help parents succeed.
Yet parents contend with lots of conflicting factors and considerations when deciding what, when, where and how to feed their children. In many cases, it’s not as simple as just following available dietary advice.
What’s needed to provide quality food care
Evidence from medical research contributes to improved pediatric nutrition policies, programs and clinical practice. But research in leading medical journals about what and how to feed school-aged children remains largely disconnected from the complex realities of family life and the political forces that shape it.
The sample of studies we analyzed largely overlooked measuring and talking about the important ingredients needed to provide good quality food care for children. These include affording and accessing nutritious food, safe food storage and preparation facilities, resources, time, childcare and available school food programs, food literacy knowledge and skills, neighbourhood food environments and overarching institutional and social policies and conditions that foster food care.
These topics were occasionally mentioned on the fringes and have long been topics of study in some corners of sociology, political science and food studies research.
But it’s time that medical researchers and those who read and use nutrition studies take a closer look at the unnamed assumptions baked into research to make sure we’re not perpetuating one-size-fits all tropes about how parents — namely mothers — can “do better” while discounting the effort parents are already putting into feeding their children.
Health researchers can progress by more actively reflecting on their own assumptions about gender roles, good parenting, healthy eating and idealized family meals, and how these understandings are infused into scholarly work and the ways we measure and talk about how to feed children well.
In the 1980s, family food researcher Marjorie DeVault pointed out how important it is to name and study the valuable daily work of feeding families, but there remains much work to be done.
Jennifer Black has recently received research funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada, the Canadian Institutes of Health Research, and Michael Smith Health Research BC among other financial supports from the University of British Columbia.
Georgia Middleton does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
La reconnexion des cultures et de l’élevage entre exploitations agricoles est prometteuse pour rendre l’agriculture plus durable. Néanmoins, un effet contre-productif peut apparaître et contrebalancer les bénéfices environnementaux attendus, à cause de l’intensification de la production agricole.
Depuis le milieu du XXe siècle, l’agriculture française tend à se spécialiser, avec une déconnexion entre les productions végétales et animales. Ce phénomène a d’abord été observé à l’échelle des exploitations agricoles, quand certaines d’entre elles se sont spécialisées soit en cultures, soit en élevage afin de bénéficier d’économies d’échelle importantes.
Mais cette spécialisation a aussi eu lieu à l’échelle de régions entières qui se sont spécialisées soit en grandes cultures, comme la région céréalière de la Beauce, soit en élevage, comme la Bretagne. Néanmoins, depuis les années 2000, les impacts négatifs sur l’environnement de cette évolution a remis en question la spécialisation de l’agriculture.
En effet, celle-ci va de pair avec son industrialisation, dont les conséquences sur l’environnement sont largement reconnues : pollution de l’eau, dégradation des sols, réduction de la biodiversité, émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, la plupart des avantages économiques et environnementaux des agroécosystèmes diversifiés sont perdus lors de la spécialisation.
Les conséquences de la spécialisation de l’agriculture
Un des principaux écueils de la déconnexion entre cultures et élevages est la gestion de l’azote, alors même que l’azote est un élément indispensable à la croissance et au développement des plantes. Lorsque l’agriculture et l’élevage étaient couplés, les apports en azote des cultures étaient majoritairement apportés par les effluents d’élevage (fumier, lisier), riches en cet élément.
Avec la spécialisation de l’agriculture, les exploitations et régions spécialisées en grandes cultures souffrent d’un déficit en azote, qui est généralement compensé par des achats massifs d’engrais synthétiques. Au contraire, les exploitations et les régions spécialisées en élevage sont caractérisées par un excès d’azote issu des effluents d’élevage qui sont présents en quantités très importantes. Cet excédent est tel qu’une partie de l’azote se perd dans l’environnement et cause des pollutions importantes, comme celle des algues vertes en Bretagne.
Par ailleurs, la question de l’azote s’étend aussi à celle des protéines dans l’alimentation animale, car le constituant principal des protéines est l’azote. Les exploitations et les régions spécialisées en élevage ne produisant pas suffisamment d’aliments pour couvrir les besoins des animaux, elles doivent en acheter. C’est notamment le cas du tourteau de soja majoritairement importé du Brésil, ce qui peut conduire au phénomène de déforestation importée.
« Comment nourrir la France de 2050 sans engrais chimiques ? », Le Monde.
Les échanges entre exploitations, ou comment coopérer pour une agriculture plus durable
Une solution de plus en plus souvent avancée pour faire face à ce déséquilibre dans la gestion de l’azote consiste à valoriser les liens culture-élevage, non pas à l’intérieur des exploitations agricoles, mais entre les exploitations d’une même région : les exploitations de grandes cultures pourraient ainsi vendre des aliments riches en protéines aux exploitations d’élevage, qui pourraient utiliser ces cultures pour nourrir les animaux.
En contrepartie, les exploitations d’élevage pourraient exporter des effluents vers des exploitations de grandes cultures qui manquent d’azote pour fertiliser leurs cultures. Cet exemple d’économie circulaire semble n’avoir que des bénéfices sur le papier, mais qu’en est-il réellement ? Notre article montre que les échanges entre exploitations ne sont pas toujours aussi vertueux, du fait de l’apparition d’effets rebonds.
Effet rebond : de quoi parle-t-on ?
Un effet de rebond apparaît lorsque des gains d’efficacité permettant d’obtenir un même produit ou service à moindre coût, entraînent en « rebond » une augmentation de la consommation de ce bien ou service, ce qui finit par annuler une partie des bénéfices environnementaux initialement réalisés. Dans certains cas extrême, l’effet rebond peut entraîner un effet « retour de flamme » lorsque l’augmentation de la consommation compense complètement les bénéfices initiaux.
William Stanley Jevons (1835-1882), l’économiste britannique auteur de la Question du charbon (1865) et théoricien de l’effet rebond.
L’effet de rebond a été décrit pour la première fois sous le nom de « paradoxe de Jevons » pendant la révolution industrielle et a ensuite été souvent observé dans de nombreuses problématiques relatives à l’énergie. Un exemple typique d’effet rebond apparaît lorsqu’on utilise plus souvent sa voiture parce qu’elle consomme moins de carburant ou lorsqu’on chauffe plus fortement son logement après avoir installé un système de chauffage performant.
Dans ces deux exemples, l’économie d’énergie, donc la réduction de la pollution initialement prévue, est amoindrie par l’augmentation de la consommation. En agriculture, l’effet rebond a été peu documenté, et d’autant moins lorsque les gains d’efficacité résultent des échanges entre exploitations, comme c’est le cas pour notre étude.
Effets rebond et « retours de flamme » dans certaines exploitations qui coopèrent
À travers notre étude, nous voulions comprendre si l’échange d’effluents ou d’aliments entre exploitations pouvait donner lieu à un effet rebond et donc limiter les bénéfices environnementaux d’une telle coopération.
Pour cela, nous avons réalisé une enquête auprès de 18 exploitations agricoles situées dans la région de Saragosse en Espagne : la moitié des exploitations est spécialisée en grande culture et l’autre moitié en élevage. Parmi ces 18 exploitations, certaines échangent des effluents ou des aliments tandis que d’autres ne le font pas. Nous avons ensuite calculé deux indicateurs de l’effet rebond de l’azote : l’un pour les exploitations de grandes cultures pour découvrir si les échanges permettent de consommer moins d’engrais synthétiques et l’autre pour les exploitations d’élevage pour découvrir si les échanges permettent de limiter les risques de fuites d’azote dans l’environnement.
L’analyse des résultats montre que seulement une exploitation de grande culture sur quatre utilise moins d’engrais synthétiques grâce à l’échange d’effluents. Les trois autres connaissent, non pas un effet rebond, mais un effet « retour de flamme ». Elles utilisent bien des effluents, mais continuent aussi d’appliquer des engrais synthétiques. Peut-être les agriculteurs craignent-ils que les effluents seuls n’apportent pas assez d’azote aux cultures ? Ils continueraient alors d’utiliser des engrais synthétiques pour s’assurer d’obtenir de bons rendements.
Dans les exploitations d’élevage étudiées, deux exploitations sur les cinq qui échangent des effluents ont des pertes d’azote plus faibles que celles qui n’en échangent pas. Les trois autres exploitations subissent un effet rebond (pour l’une d’entre elles), voire un effet « retour de flamme » (pour deux d’entre elles). Comment cela s’explique-t-il ?
En exportant des effluents vers d’autres exploitations, ces fermes se sont libérées d’une contrainte réglementaire qui limite le nombre d’animaux par hectare afin de pouvoir gérer leurs effluents correctement. Sans cette contrainte, elles peuvent élever plus d’animaux, augmentant par la même occasion leurs achats d’aliments, ce qui augmente le risque de pertes azotées.
À travers notre étude, nous montrons qu’il est important de questionner les potentiels effets rebond en agriculture, car, c’est un sujet trop souvent oublié lorsqu’on promeut des nouvelles pratiques qui sont a priori bénéfiques pour l’environnement. En effet, dans notre étude, des effets rebond sont parfois apparus lorsque les grandes cultures et l’élevage étaient reconnectés grâce à des échanges entre fermes.
Autrement dit, la coopération entre les fermes spécialisées n’amène pas forcément des économies d’azote et donc des bénéfices environnementaux. Néanmoins, cette coopération reste une piste prometteuse pour diminuer les impacts négatifs de l’agriculture, tout en profitant des avantages de la spécialisation agricole, à condition de faire en sorte d’éviter les effets rebond.
Pour cela, des mesures plus ambitieuses sur la taille des troupeaux ou sur la gestion de l’azote devraient être mises en place afin d’éviter une intensification de la production agricole. Le Danemark a récemment pris cette direction en proposant aux agriculteurs l’équivalent de 100 dollars par tonne pour qu’ils réduisent les émissions de gaz à effet de serre provenant de la fertilisation azotée.
Ce travail de recherche a bénéficié de financements du projet Cantogether, EU 7th Framework Programme Grant agreement no. FP7-289328
Ce travail de recherche a bénéficié de financements du projet Cantogether, EU 7th Framework Programme Grant agreement no. FP7-289328
Faire du skateboard, c’est apprendre à exécuter des figures difficiles dans des environnements inconnus. Et cela peut aider les jeunes à maîtriser d’autres types de compétences comme l’expérimentent des communautés d’apprentissage et, parfois même, des établissements scolaires.
Dans un établissement de Malmö, en Suède, le skateboard fait partie du programme scolaire. Directeur adjoint du lycée Bryggeriets, John Dahlquist dispense des cours dans cette discipline et en intègre des enseignements dans d’autres matières. Son constat : ces moments de divertissement collectifs contribuent à donner envie aux adolescents d’aller à l’école. Dans un livre que j’ai récemment coédité sur le skateboard et l’enseignement, il note que certains élèves sont même impatients de retourner en classe après le week-end.
Le skateboard est une activité créative qui nécessite de l’ingéniosité pour s’adapter à de nouveaux environnements. Il comporte aussi une dimension collective et sociale : lorsqu’il s’agit d’apprendre quelque chose de nouveau, les skateurs s’encouragent mutuellement, reconnaissant que chacun a un niveau différent et fait face à des défis distincts.
Lorsque le skateboard est pratiqué comme il se doit, il permet de s’épanouir individuellement au sein d’une communauté solidaire et bienveillante. C’est une activité qui suppose également d’accepter l’échec. Il est impossible de maîtriser une figure sans multiplier les essais – c’est-à-dire échouer, encore et encore.
Prenons l’exemple de l’enseignement de M. Dahlquist à Malmö. Il note que l’intégration du skateboard à d’autres matières a de nombreux effets notables. L’activité physique améliore la concentration. Certains élèves affirment même qu’ils n’auraient pas pu réussir ainsi dans un autre environnement d’apprentissage, car ils auraient été incapables de se concentrer sur la tâche à accomplir.
Développer une mentalité de skateur – c’est-à-dire, être prêt à apprendre des figures difficiles dans des environnements inconnus – a, d’autre part, permis aux élèves d’acquérir la capacité de maîtriser d’autres types de compétences nouvelles.
Capable d’affronter l’échec
Le processus de dépassement de la peur de l’échec est crucial. S’ils veulent apprendre de nouvelles figures, les skateurs ne peuvent pas se permettre d’avoir peur de tomber. La motivation à répéter ses efforts pour apprendre aide également les skateurs dans d’autres domaines de la vie. Les élèves de Bryggeriets ne s’inquiètent pas tant que ça d’avoir de mauvaises notes, précisément parce qu’ils y voient une occasion d’apprendre et d’avancer.
« À la fin de mes cours, je dois la plupart du temps mettre les élèves à la porte. “J’y suis presque, laissez-moi encore faire trois essais”, me supplient certains. »
Cette façon de voir les choses réduit l’importance des notes dans l’éducation et, par extension, améliore la santé mentale des élèves. Ma collègue Esther Sayers, qui a mené des recherches sur le terrain à Bryggeriets, a découvert un autre effet. Les enseignants aident les élèves à développer les compétences nécessaires pour se motiver et à atteindre un état propice à l’inspiration.
Le lycée Bryggeriets n’est pas le seul endroit où le skateboard aide à enseigner comment apprendre. Au-delà de son statut historique de culture urbaine autodisciplinée, le skateboard joue désormais un rôle important dans la création de communautés d’apprentissage engagées à travers le monde. L’organisation berlinoise Skateistan organise des cours de skate, permet aux jeunes d’accéder à l’éducation et offre des fonds à de jeunes leaders prometteurs.
La Concrete Jungle Foundation construit des skateparks en collaboration avec des jeunes au Pérou, au Maroc et en Jamaïque, afin de permettre l’échange de connaissances et favoriser l’appropriation locale et l’apprentissage. De même, la Fondation Harold-Hunter, basée à New York, organise des ateliers de skate assortis d’un mentorat et d’un accompagnement professionnel.
Mettre l’accent sur le processus d’apprentissage
Nos collègues Arianna Gil et Jessica Forsyth ont étudié des groupes de skateurs issus des classes populaires noires et latino-américaines, pilotés par des organisateurs communautaires de genres divers. Elles ont constaté que des groupes tels que Brujas et Gang Corp mobilisent les skateurs se mobilisent autour du leitmotiv « Pour nous, par nous ».
Remettant en question les modèles institutionnels d’autorité, ces groupes de skateurs développent des services ancrés dans les espoirs et les aspirations de leurs communautés, allant de séances d’information à des programmes récréatifs. On y trouve aussi bien une conférence sur l’histoire et la signification des sweats à capuche, ainsi que des modules sur le pouvoir de la narration et les dangers de la propagande. L’essentiel ici est d’apprendre des choses que l’on rencontre dans la vie quotidienne.
Les skateurs qui vivent dans la pauvreté et l’oppression créent leur propre écosystème pour apprendre les uns des autres, hors d’un système éducatif conçu de manière descendante. Cela signifie créer un modèle d’école populaire où les groupes de skateurs choisissent ce qu’ils veulent apprendre et comment ils veulent l’apprendre. Plutôt que des notes et des diplômes, l’éducation est ici structurée autour du processus d’apprentissage entre pairs – avec l’objectif permanent de transmettre les connaissances qu’on acquiert dans un avenir proche.
Les effets de cette approche sont triples. Premièrement, elle met l’accent sur le mentorat et sur le parcours d’apprentissage, ce qui favorise l’échange de connaissances entre les générations. Deuxièmement, l’esprit DIY (Do it yourself) du skateboard peut aider à surmonter les difficultés d’accès à la formation. En adoptant des pratiques et des formats d’enseignement populaire, l’éducation peut être adaptée aux besoins et aux désirs spécifiques d’une communauté, plutôt que de suivre des objectifs d’apprentissage standardisés.
Troisièmement, plutôt que de se concentrer sur le fait de devoir mémoriser des informations pour des évaluations et des notes, ce nouvel écosystème est structuré autour de l’apprentissage par problèmes. Dans un monde confronté à des problèmes, comme les violations des droits humains et des contextes d’hostilité, les skateurs apprennent non seulement à analyser leur environnement, mais aussi à faire face aux structures sociales oppressives et à s’engager contre elles.
Alors que l’éducation est confrontée à des coupes budgétaires croissantes et à des influences politiques accrues, le skateboard ouvre la voie à de nouvelles façons d’organiser nos espaces d’apprentissage. Les écoles et les enseignants peuvent favoriser l’implication des élèves en intégrant cette culture de l’apprentissage qui décentralise les jugements et célèbre les tentatives plutôt que les succès.
Sander Hölsgens a reçu une bourse de l’OCW, aux Pays-Bas. Il est affilié à Pushing Boarders, une plateforme qui suit l’impact social du skateboard à travers le monde.
Le territoire syrien, habité de manière continue depuis plus de cinq millénaires, est l’un des berceaux les plus anciens et les plus féconds de la civilisation humaine. De l’émergence des premiers centres urbains protohistoriques, tels qu’Ebla et Mari, à l’essor des royaumes araméens, en passant par l’intégration progressive au sein des grands ensembles impériaux – assyrien, achéménide, hellénistique, romain, byzantin — puis par l’islamisation du pays sous les dynasties omeyyade, abbasside, fatimide, seldjoukide, ayyoubide et enfin ottomane, la Syrie a constitué un carrefour civilisationnel d’une exceptionnelle densité historique.
Ce territoire a vu se superposer et dialoguer des traditions culturelles, linguistiques, religieuses et artisanales qui ont profondément marqué le développement du Proche-Orient antique et médiéval, tout en exerçant une influence durable bien au-delà de ses frontières. Cette longue histoire, stratifiée dans les sols du Levant, a légué au monde un patrimoine matériel et immatériel d’une valeur inestimable.
Entre chaos et prédation : archéologie clandestine et effondrement de la régulation
La désintégration progressive des structures étatiques syriennes, consécutive au déclenchement de la guerre civile, a coïncidé avec une militarisation généralisée du territoire, affectant non seulement les institutions de gouvernance civile, mais également les dispositifs de protection du patrimoine archéologique.
Dans ce contexte d’effondrement institutionnel, un vide juridique et sécuritaire s’est installé, ouvrant la voie à la prolifération de pratiques clandestines de fouille, de contrebande et de revente d’antiquités. Ce vide a été exploité à la fois par des acteurs locaux opérant dans l’informalité – parfois en lien avec des organisations terroristes – et par des réseaux transnationaux de trafic d’objets culturels, structurés et souvent en lien avec des circuits de blanchiment sur les marchés internationaux de l’art.
Les observations satellitaires, croisées avec les enquêtes de terrain menées par des archéologues syriens et internationaux permettent de dresser une cartographie partielle mais significative de ces atteintes. Dans le seul gouvernorat d’Idleb, près de 290 sites archéologiques auraient été soumis à des fouilles illégales, souvent menées de nuit, dans des conditions rudimentaires, mais avec une organisation logistique bien rodée. Dans l’ancienne ville d’Alep, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986, plusieurs monuments ont été purement et simplement détruits, rendant toute restauration ou étude ultérieure impossible.
Cette dynamique ne saurait être réduite à une violence opportuniste, marginale dans un contexte de guerre. Elle relève d’une véritable économie de guerre, où le patrimoine matériel est transformé en capital monnayable, parfois utilisé comme monnaie d’échange entre factions armées. Plus encore, elle révèle une instrumentalisation de la mémoire collective syrienne, marquée par la destruction systématique de sites préislamiques.
Par le pillage, la falsification des provenances, l’effacement des inventaires officiels et la circulation sur des marchés complaisants, c’est tout un tissu de significations historiques, identitaires et culturelles qui se trouve disloqué.
Un pillage à visages multiples : du régime aux factions armées
Le trafic d’antiquités en Syrie ne saurait être envisagé isolément du contexte politique interne qui a façonné le pays bien avant l’éclatement de la guerre civile. Loin d’être une simple conséquence du chaos engendré par le conflit, la marchandisation du patrimoine puise ses racines dans des pratiques de prédation anciennes, souvent tolérées, voire encouragées, par certaines élites politico-militaires du régime baasiste.
Ainsi, dès les années précédant la guerre, des acteurs proches du pouvoir mettaient en œuvre des fouilles clandestines sur des sites archéologiques majeurs, à l’instar de Tell al-Masih.
Sous le couvert d’une rhétorique théologico-idéologique prônant la purification religieuse, elle a mené des campagnes systématiques de démolition de monuments antiques, tout en organisant parallèlement un trafic lucratif d’objets archéologiques, acheminés principalement vers la Turquie.
L’année 2015 marque un tournant dans cette politique de destruction ciblée, particulièrement envers le patrimoine religieux chrétien syrien. Dans la vallée du Khabour, bastion historique des Assyriens, Daech s’empare en mars de la localité de Tel Nasri. Le 5 avril, jour de Pâques, l’église assyrienne de la ville est détruite, symbolisant une volonté manifeste d’effacer la présence chrétienne ancienne sur le territoire.
Dans ce contexte de désinstitutionnalisation profonde, marqué par l’absence totale de régulation et de surveillance, s’est développée une économie de guerre parallèle où les artefacts archéologiques sont devenus des biens stratégiques et marchandisables. Leur circulation, facilitée par leur portabilité et leur anonymat relatif, s’est déployée à travers des réseaux transnationaux souvent ignorés, voire tolérés, par les circuits internationaux de l’art. Cette situation révèle l’étroite porosité entre criminalité patrimoniale, spéculation artistique et économie globalisée.
Sur les routes du trafic d’antiquités syriennes.
Repenser la gouvernance du patrimoine en temps de crise : pistes pour une solution concertée
Face à l’ampleur et à la complexité de la tragédie patrimoniale que traverse la Syrie, une réponse limitée à des mesures purement sécuritaires ou diplomatiques apparaît nécessairement insuffisante. La protection et la restitution du patrimoine syrien exigent au contraire une mobilisation multilatérale, coordonnée et intégrée, associant les institutions syriennes, les États de transit, les acteurs du marché de l’art, les musées, ainsi que les organismes internationaux et régionaux de régulation tels que l’Unesco, l’Alesco et l’Interpol.
Cette démarche concertée doit s’appuyer sur trois piliers essentiels et complémentaires.
Premièrement, la reconstruction documentaire et l’exploitation des technologies avancées constituent une priorité absolue. L’absence ou la dégradation des archives officielles, consécutive à la longue période de conflit et à la négligence passée, impose la mise en place de bases de données numériques centralisées.
Ces plates-formes doivent s’appuyer sur des technologies innovantes, notamment l’intelligence artificielle et l’analyse d’images satellitaires, afin d’identifier et de recenser les objets dispersés sur le territoire syrien et au-delà.
Par ailleurs, ces outils numériques permettraient de surveiller en temps réel les sites archéologiques encore préservés, renforçant ainsi la prévention contre les fouilles illégales et les actes de vandalisme. Ce travail documentaire, couplé à une coopération régionale et internationale, favoriserait le recoupement des informations avec les registres étrangers, souvent lacunaires, tout en rendant plus efficiente la traque des objets volés.
Deuxièmement, une justice culturelle doit être entreprise, comprenant des enquêtes rétrospectives approfondies. Il est indispensable d’étendre les investigations au-delà de la seule période post-2011, afin de démanteler les réseaux de trafic qui se sont progressivement constitués, parfois avec la complicité tacite ou active de certaines élites du régime antérieur.
Ce volet de la lutte contre le pillage nécessite une coopération judiciaire et policière internationale, dans laquelle les États concernés doivent s’engager pleinement à partager les informations et à collaborer pour identifier les détenteurs illégitimes. Ce processus permettrait non seulement de responsabiliser les acteurs impliqués, mais aussi de redonner une visibilité juridique aux biens culturels spoliés, condition sine qua non pour leur restitution.
Il pourrait notamment financer la formation et le renforcement des capacités des professionnels du patrimoine locaux, qui doivent être au cœur de la sauvegarde et de la gestion du patrimoine national. Il offrirait également les moyens nécessaires pour protéger les quelques sites archéologiques encore intacts, à travers la mise en place d’infrastructures sécuritaires adaptées. Enfin, ce fonds serait un levier pour faciliter la restitution des objets identifiés, en soutenant les procédures diplomatiques, juridiques et logistiques afférentes.
En somme, seule une approche globale, combinant innovation technologique, coopération judiciaire approfondie et engagement financier soutenu, permettra de faire face efficacement au défi colossal que représente la sauvegarde du patrimoine syrien. Il s’agit non seulement de restaurer la mémoire matérielle d’une civilisation millénaire, mais aussi de contribuer à la reconstruction symbolique d’une nation profondément meurtrie, en préservant l’héritage culturel qui constitue l’un des fondements de son identité.
La richesse historique et patrimoniale de la Syrie, fruit d’une histoire millénaire, ne saurait se réduire à un simple vestige archéologique ou à un enjeu politique passager. Elle incarne une mémoire vivante, tissée de pluralité et de coexistence, que le pillage et la destruction menacent d’effacer définitivement. Face à cette menace, il devient impératif de dépasser les réponses ponctuelles et sectorielles pour bâtir une stratégie globale et concertée, qui associe justice, savoir et coopération internationale. Ce n’est qu’à travers un engagement collectif et responsable que le patrimoine syrien pourra renaître, non seulement comme témoignage du passé, mais aussi comme fondement d’un avenir partagé.
Mohamed Arbi Nsiri ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Détresse psychologique, dépression… après une compétition majeure comme les Jeux olympiques, les athlètes de haut niveau peuvent souffrir de troubles de santé mentale après avoir subi un échec… ou atteint leurs objectifs. Elles et ils doivent bénéficier d’un accompagnement psychologique spécifique, distinct de celui lié à la performance sportive.
Les Jeux olympiques de Paris 2024 ont été célébrés avec enthousiasme, mettant en lumière l’excellence organisationnelle et les performances remarquables des athlètes. Cependant, derrière la gloire et les médailles, se cache une réalité moins visible : le parcours difficile et les sacrifices immenses consentis par ces sportifs et sportives de haut niveau.
Contrairement à l’idée d’abnégation qui implique un sacrifice de soi au profit des autres, les athlètes de haut niveau adoptent souvent une posture plus individualiste, nécessaire pour se concentrer sur leur quête de performance. Ce dévouement intense les conduit à mettre de côté leurs proches, leur santé et leur bien-être psychologique.
Détourner l’attention de la douleur
Ils doivent aussi dissocier leur corps des signaux de fatigue et de douleur et développent une forme de « dissociation somatique », indispensable pour dépasser les limites physiques imposées par l’entraînement et par la compétition.
En psychologie du sport, la dissociation peut être décrire comme une stratégie d’entraînement visant à détourner l’attention de la douleur. On parle d’une « compartimentalisation de la douleur » ou d’un détachement des réponses émotionnelles pour renforcer les compétences motrices.
Un même continuum dissociatif semble se dessiner entre les observations issues de la psychologie du sport – qui décrivent une dissociation adaptative permettant de franchir les barrières physiques – et des travaux cliniques sur la dissociation somatique en lien avec des processus défensifs ou traumatiques.
Sportifs de haut niveau : une santé mentale mise à rude épreuve
Cette psychologie spécifique, centrée sur la performance individuelle, est le moteur qui pousse ces sportifs à répéter des efforts parfois perçus comme absurdes par les non-initiés : courir des kilomètres, soulever des poids, nager des heures. Pourtant, ce sacrifice a un coût élevé : la santé mentale des athlètes est souvent mise à rude épreuve.
Même des champions comme Michael Phelps ont traversé des épisodes dépressifs sévères et incitent à la création de fondations pour sensibiliser et prévenir ces troubles.
Détresse psychologique et bien-être peuvent cohabiter
La dépression, maladie psychique caractérisée par une tristesse profonde, une perte de motivation, des troubles du sommeil et des pensées suicidaires, touche environ 280 millions de personnes dans le monde.
Chez les sportifs, sa prévalence varie selon le sport, le sexe et le niveau d’entraînement. Dans une enquête britannique publiée en 2022, des chercheurs ont estimé que près de 24 % des athlètes olympiques et paralympiques souffraient d’une détresse psychologique élevée. Les femmes, les athlètes blessés ou malades, ainsi que ceux qui approchent de la retraite, apparaissaient comme particulièrement vulnérables.
Malgré une forte détresse psychologique, 71,7 % des athlètes déclaraient un bien-être subjectif positif, ce qui révèle que détresse et bien-être peuvent coexister de manière paradoxale.
La fin de carrière : une « petite mort » symbolique
De plus, la dépression peut survenir même après l’atteinte d’un objectif majeur, la médaille d’or ne constituant en rien une protection contre les troubles psychiques.
L’arrêt de la carrière sportive marque aussi souvent une rupture identitaire profonde : perte des repères quotidiens, diminution du statut social, disparition du cadre structurant de l’entraînement et des compétitions.
Cette période de transition, souvent difficile à anticiper, constitue un moment critique sur le plan psychologique. Elle s’accompagne fréquemment d’un sentiment de vide, d’un questionnement existentiel, et peut s’apparenter, comme nous le décrivons dans Psychologie positive des activités physiques et sportives. Corps, santé mentale et bien-être (« Univers psy », Dunod, 2024), à une véritable « petite mort » symbolique, marquant la fin d’un chapitre de vie et la nécessité d’en reconstruire un nouveau.
Chute des hormones de stress après la compétition
À noter qu’un état dépressif peut survenir après l’atteinte d’un objectif, même majeur, comme les Jeux olympiques. Après une compétition importante, la chute des hormones du stress provoque une phase de redescente émotionnelle, comparable à un sevrage d’adrénaline.
Cette dépendance psychologique à l’excitation de la compétition peut entraîner un vide émotionnel, aggravé par des facteurs tels que blessures ou retraite imminente. Les symptômes dépressifs, proches de ceux du surentraînement, incluent fatigue, perte de motivation et baisse des performances, et doivent être considérés comme une blessure à part entière, malgré la honte et la culpabilité qu’ils suscitent.
Un soutien extérieur est nécessaire
Le paradoxe des athlètes de haut niveau est qu’ils ont toujours puisé en eux-mêmes pour performer, alors que la guérison de la dépression exige au contraire de rechercher un soutien extérieur et de repenser son identité. Cette reconstruction identitaire est cruciale, car elle leur rappelle qu’ils sont humains, vulnérables, et non des êtres surhumains.
Par ailleurs, l’athlète doit réapprendre à ressentir son corps et ses émotions, non plus en dissociation pour la performance, mais en réintégrant ces sensations dans une nouvelle relation à soi.
Ce double processus – chercher de l’aide extérieure et réajuster son rapport intérieur au corps et à l’esprit – est essentiel pour éviter que la dépression ne devienne chronique et pour prévenir le développement de troubles associés comme l’anxiété ou le dopage.
TCC, pleine conscience, EMDR… quelles prises en charge sont adaptées ?
Ainsi, la dépression chez les athlètes de haut niveau est une blessure spécifique qui nécessite une approche adaptée, distincte de celle de la performance sportive.
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) adaptées au contexte de la haute performance demeurent centrales pour traiter la dépression, l’anxiété et les pensées automatiques liées à l’échec ou à la rumination attachée à la compétition.
En complément, les programmes de pleine conscience (MBP) offrent désormais un soutien structuré. Une méta-analyse de 2024 démontre un effet moyen à fort sur l’anxiété compétitive ainsi que des améliorations de la confiance en soi et de la régulation émotionnelle, indépendamment du sport, de l’âge ou du genre. Un autre essai contrôlé récent signale une diminution significative de l’anxiété somatique et cognitive chez les sprinteurs, après une intervention en pleine conscience.
Par ailleurs, l’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR), bien documentée dans le traitement des traumatismes, s’avère prometteuse dans le domaine sportif : une étude de cas auprès de golfeuses professionnelles, victimes d’un certain type de traumatismes sportifs, a montré une réduction notable de l’anxiété compétitive. De plus, une étude pilote auprès d’athlètes universitaires blessés a révélé que l’EMDR pouvait conduire à des performances personnelles records après intervention.
Enfin, des approches combinant psychoéducation, travail psychocorporel et interventions de groupe sont essentielles pour renforcer la résilience athlétique et prévenir les rechutes psychiques.
« Survivre à la victoire »… ou à l’échec
On parle dans le milieu sportif de plus en plus de « résilience ». Voilà un concept qui trouve une adaptation dans tous les milieux et qui, sans doute, reste mal compris et dénaturé la plupart du temps. La résilience pourrait se résumer comme la faculté de surmonter les épreuves, les difficultés et à s’adapter positivement aux défis de la vie.
Dans le cas des sportifs de haut niveau, il peut s’agir d’un échec sportif, d’un objectif non atteint, mais aussi de l’atteinte de l’objectif qui était le moteur même de ces athlètes de haut niveau.
Hubert Ripoll n’évoque-t-il pas le fait qu’il puisse être question de survivre à la victoire ? En soi, ce n’est pas un traumatisme, car en aucun cas ces évènements ne viennent mettre à mal la vie ou l’intégrité physique ou psychique de ces athlètes comme peuvent le faire un attentat, une guerre ou une maladie grave comme le cancer.
Dans le meilleur des cas, et loin de nous la volonté de banaliser la situation, il s’agit de situations de stress qui, même si elles sont intenses, ne peuvent pas être affublées d’une quelconque dimension psychotraumatique.
On peut, en effet, utiliser le terme de « résilience » pour caractériser les capacités de ces sportifs de haut niveau à faire face aux adversités propres à leurs situations d’athlètes.
Des athlètes qui devront rebondir
À la différence des athlètes des jeux de l’Antiquité, nos sportifs ne mettent jamais leur vie en péril. Mais il leur faudra rebondir, ce qui, dans ce contexte, signifie être capable de mettre en perspective les évènements auxquels ils ont été confrontés.
Il leur faut accepter, par exemple, que l’atteinte des performances attendues ou l’obtention d’une médaille ne sont que des détails. La performance sportive ne peut et ne doit pas être le moteur d’une vie.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
Le parti macroniste Renaissance se cherche un nouveau nom. Ce quatrième changement d’appellation traduit les tentatives de son secrétaire général Gabriel Attal de détacher l’organisation partisane de la figure présidentielle. Sans grand succès jusqu’ici.
Le 31 juillet 2025, le secrétaire général de Renaissance et ancien premier ministre Gabriel Attal initiait une consultation interne auprès des 33 000 adhérents de Renaissance, visant notamment à changer le nom du mouvement.
Au-delà des considérations fonctionnelles, cette entreprise de changement de dénomination s’inscrit dans une dynamique de succession où Gabriel Attal cherche à façonner le parti à son image et, selon une source interne à Renaissance, à « tuer le père » – c’est-à-dire, ici, Emmanuel Macron. Cette stratégie d’émancipation s’enracine dans la rupture brutale provoquée par la dissolution de juin 2024, qui a transformé des relations empreintes de connivence en une cohabitation froide et distante entre le président et son ancien premier ministre.
Elle pose également la question fondamentale de savoir si ce rebranding constitue une simple opération cosmétique destinée à masquer les contradictions profondes du parti, ou s’il préfigure une véritable refondation doctrinale capable de résoudre l’aporie identitaire du macronisme postprésidentiel. Celle-ci pourrait, accessoirement, offrir au secrétaire général et président du groupe à l’Assemblée nationale l’opportunité de s’émanciper de la tutelle macronienne.
Les métamorphoses partisanes du macronisme : de la disruption à l’impasse
La trajectoire nominale du mouvement macroniste illustre une ambition politique aux prises avec ses ambivalences. Le choix d’« En marche » en avril 2016 constituait une innovation politique majeure dans le paysage français. La personnalisation assumée à travers les initiales E. M. d’Emmanuel Macron, la rhétorique du mouvement refusant l’étiquette jugée obsolète de parti, et le dépassement revendiqué des clivages gauche-droite inscrivaient cette création dans la lignée des partis personnels européens, comme Forza Italia de Silvio Berlusconi ou le Mouvement 5 étoiles (M5S) de Beppe Grillo, en Italie. Avec une spécificité française toutefois : la prétention à incarner simultanément le renouveau et l’institution.
Le repackaging d’En marche en La République en marche (LREM) en mai 2017, consécutif à la victoire présidentielle, visait, selon le politologue Julien Fretel, à « s’adapter à une nouvelle réalité, à savoir l’arrivée d’E. Macron à la présidence de la République et la création des groupes parlementaires de la majorité ». Ce passage à LREM traduit la conversion du mouvement en outil au service de l’exécutif, illustrant un processus de cartellisation. Ce concept désigne la transformation d’un parti politique en agent de l’État : il devient ainsi dépendant des ressources publiques et du pouvoir institutionnel pour assurer sa survie, plutôt que de s’appuyer sur la mobilisation de la société civile.
Après cinq années marquées par une hyperpersonnalisation présidentielle, le mouvement se rebaptise, abandonnant LREM pour devenir officiellement Renaissance en septembre 2022. Cela représentait théoriquement une tentative de normalisation et de dépersonnalisation.
L’objectif affiché était triple : élargir la base par la fusion avec des micropartis comme Agir et Territoires de progrès, européaniser l’identité par une référence à la renaissance du projet européen – le nom évoque aussi délibérément l’époque historique de la Renaissance –, et normaliser l’organisation par le passage au système d’adhésions payantes traditionnel des partis. Cette refondation visait ainsi à transformer un mouvement centré sur la figure présidentielle en une structure partisane plus formalisée.
Ces évolutions nominales révèlent cependant l’aporie fondamentale du macronisme : conçu comme une entreprise politique personnelle en rupture avec le système partisan, il oscille entre hyperpersonnalisation et tentative de normalisation organisationnelle, sans parvenir à résoudre cette contradiction génétique qui détermine son modèle originel.
Renaissance face à ses défis existentiels : vers l’effondrement d’un modèle ?
Au-delà des questions d’étiquettes, Renaissance fait face à une crise existentielle.
L’effondrement organisationnel se mesure d’abord par les chiffres : de 450 000 « cliqueurs » – c’est-à-dire, soutiens sur Internet – revendiqués en 2017 par le mouvement, celui-ci est passé à 30 000 adhérents lors de sa transformation en Renaissance en 2022, pour chuter à moins de 10 000 membres à jour de cotisation en 2024. Cette saignée s’explique principalement par le traumatisme de la dissolution, par le décalage entre les promesses d’horizontalité et un exercice vertical du pouvoir, ainsi que par la dérive droitière du parti.
Le second défi majeur réside dans le vide idéologique du parti. Un ancien ministre qualifie Renaissance de « maison vide », de « parti né en cliquant » sans « contenu politique ». Plus révélateur encore, le questionnaire de Gabriel Attal, demandant aux adhérents de définir « les trois valeurs du parti » et de « résumer l’identité du parti en une phrase », expose paradoxalement l’absence de corpus doctrinal stabilisé, neuf ans après la création du mouvement. Cette situation confirme l’absence d’identité doctrinale claire du macronisme, dont le « en même temps » peine à se cristalliser en un projet partisan cohérent.
Cette quête identitaire témoigne de l’épuisement du « progressisme » comme marqueur distinctif du macronisme. Conçu, dès 2017, comme une opération de marketing politique pour masquer le terme « libéralisme », ce progressisme, défini surtout « par opposition » aux conservateurs, n’a pu dissimuler la contradiction avec des politiques ancrées à droite, comme la suppression de l’ISF, ou l’utilisation autoritaire de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution.
La difficulté à articuler un projet post-Macron et l’impossibilité de stabiliser une base militante révèlent l’échec de cette redéfinition artificielle du clivage politique.
Attal face à l’héritage macronien : entre émancipation et dépendance
L’entreprise de rebranding partisan de Renaissance constitue un marqueur symbolique de la transition postcharismatique, où la nouvelle appellation et le déménagement du siège représentent des tentatives d’autonomisation du parti permettant à Attal de construire sa propre légitimité politique, notamment en vue des municipales de 2026 et de l’élection présidentielle de 2027.
Cette volonté d’autonomisation se concrétise également par la nomination récente d’un nouveau bureau exécutif, soigneusement choisi par le secrétaire général, lui permettant ainsi de structurer le parti selon sa vision et de consolider son emprise organisationnelle. Il a, d’ailleurs, déclaré vouloir « proposer un chemin aux Français » et promis de « tout faire pour conduire [ses partisans] dans deux ans sur le chemin de la victoire ».
Cependant, cette ambition se heurte à une contrainte organisationnelle considérable : la dépendance du parti à la figure de son fondateur. Les défis de la routinisation du charisme – c’est-à-dire, la transformation d’un mouvement centré sur le charisme d’un leader en une organisation politique pérenne et institutionnalisée – et de la transmission de l’autorité politique apparaissent d’autant plus complexes que les exemples européens de partis personnels ont pour la plupart échoué dans ce processus. Forza Italia post-Berlusconi a connu un effondrement électoral spectaculaire, UKIP, chantre du Brexit, s’est marginalisé post-Farage et Ciudadanos post-Rivera a quasi disparu du paysage politique espagnol. Ces précédents interrogent sur la capacité du mouvement macroniste, quelle que soit sa future dénomination, à survivre à son démiurge.
La crise d’un modèle partisan
Les défis rencontrés par Renaissance se traduisent par les fractures internes d’une formation politique tiraillée entre héritage présidentiel et ambition post-Macron – de la prise de distance des députés du microparti En commun, à la scission ouverte portée par Gérald Darmanin avec son mouvement Populaires.
La déclaration d’Emmanuel Macron aux Jeunes avec Macron, le 5 juillet 2025 – « J’[aur]ai aussi besoin de vous pour dans deux ans, pour dans cinq ans, pour dans dix ans » – révèle, d’ailleurs, la permanence de ce bonapartisme organisationnel qui entrave toute refondation authentique. Président d’honneur de Renaissance, Macron neutralise les velléités d’autonomisation d’Attal. Il maintient ainsi son successeur dans une dépendance vis-à-vis de l’entreprise politique qu’il a lui-même créée.
Le 5 juillet 2025, Emmanuel Macron intervient lors de la célébration des 10 ans des Jeunes avec Macron : il y entretient l’ambiguité sur un éventuel retour après 2027.
Cette posture de contrôle à distance soulève une autre interrogation cruciale : Macron prépare-t-il déjà son retour pour 2032 ? Un tel projet expliquerait son refus de lâcher les rênes du parti, qu’il devrait conserver comme base organisationnelle en vue de 2032. En effet, si la Constitution limite le président à deux mandats consécutifs, elle reste floue sur la possibilité d’une deuxième réélection non consécutive.
Ludovic Grave ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Ce n’est pas un hasard si Paris, outre les touristes, attire des entreprises venues du monde entier. La capitale de la France fait partie de ce qu’on appelle « villes-mondes ». Quels sont leurs atouts ? Ne sont-elles pas victimes de leur succès ? Quel type d’entreprises ont vraiment intérêt à s’y installer ?
Comme chaque année, au mois de juin dernier, le salon Vivatech s’est déroulé à Paris, attirant les entreprises tech du monde entier. Plusieurs entreprises étrangères du domaine de l’intelligence artificielle (IA) ont d’ailleurs récemment choisi de localiser leurs activités à Paris : Insider, une plateforme singapourienne d’expérience client, Avanade, leader mondial états-unien des solutions numériques Microsoft en IA, ou bien Tata Consultancy Services, géant indien des services informatiques. De fait, Paris fait partie du club privilégié des villes-mondes ou global cities, ces villes qui concentrent des volumes colossaux d’investissements directs étrangers.
Les villes-mondes comme New York, Londres, Paris ou Tokyo sont des centres de commande et de contrôle de l’économie mondiale. Elles possèdent des caractéristiques uniques. Le réseau de recherche Globalization & World Cities de l’Université de Loughborough en Angleterre propose un classement de ces villes dites mondiales en se basant sur les activités de 175 cabinets de conseil et d’audit (dont les plus connus sont les Big 4 : Deloitte, EY, KPMG et PwC) dans 785 villes à travers le monde.
Les chercheurs établissent trois grandes catégories de villes-monde : alpha, beta et gamma. Parmi les villes françaises, Paris se situe dans la catégorie alpha, Lyon dans la catégorie beta et Marseille dans la catégorie gamma.
Mais la localisation des activités dans ces villes-mondes a-t-elle des conséquences sur la performance des entreprises ? Dans notre recherche, nous répondons positivement à cette question et montrons que localiser une part importante des activités dans les « villes globales » conduit à une meilleure performance financière de l’entreprise multinationale. Toutefois, c’est surtout vrai pour les multinationales opérant dans des secteurs intensifs en connaissances (knowledge-intensive). Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène.
Premièrement, les villes-mondes concentrent des sources de connaissances et de technologies de pointe : universités et centres de recherche renommés, scientifiques, chercheurs, start-ups high-tech. Les entreprises peuvent ainsi accéder à ces talents et bénéficier des transferts de connaissances. Par exemple, Paris et sa région disposent de nombreuses universités, de grandes écoles d’ingénieur et de commerce, de centres de recherche et de pôles de compétitivité en hautes technologie rassemblant des milliers de scientifiques, d’étudiants, d’ingénieurs et de doctorants. Choose Paris Region, l’agence d’investissement d’Île-de-France, suit de près l’attractivité de Paris et publie des études disponibles gratuitement sur son site ainsi que les success-stories.
Une grande connectivité
Deuxièmement, les villes-mondes sont caractérisées par une grande connectivité. Elles ont des infrastructures leur permettant de réduire les temps et coûts de transports : elles disposent, par exemple, de plusieurs aéroports, gares ferroviaires internationales, réseaux de routes, etc. La connectivité est présente également au niveau des connaissances et de la technologie. Pour préserver leur compétitivité, les entreprises, notamment les multinationales, cherchent à avoir accès à de la connaissance et à des technologies de pointe, y compris les nouvelles technologies, dispersées dans les villes-mondes et ailleurs.
Les villes-mondes peuvent donc leur permettre d’atteindre ces ressources et d’y puiser des connaissances. Ainsi, en localisant une partie importante de leurs activités dans les « villes globales », les multinationales peuvent puiser les connaissances disponibles dans ces villes ainsi qu’à travers le monde. Par exemple, les universités et centres de recherche à Paris sont connectés à des centres de savoir partout dans le monde. L’École polytechnique a ainsi de nombreux partenariats internationaux avec des universités et des centres de recherche de pointe.
Troisièmement, les villes-mondes ont des concentrations très fortes de services spécialisés, en comptabilité, en affaires juridiques, en relations publiques et en services financiers. Des acteurs majeurs comme les Big 4, les grands cabinets d’audit et de conseil, sont localisés dans les villes-mondes et les entreprises peuvent donc facilement accéder à leurs services, indispensables à leur fonctionnement.
Un environnement cosmopolite
Quatrièmement, les villes-mondes jouissent d’un environnement cosmopolite qui attire les expatriés. Beaucoup de langues y sont parlées, de nombreuses personnes y passent, se rencontrent, échangent et fertilisent les idées. On y trouve également des écoles internationales, indispensables pour accueillir les familles des expatriés. Par exemple, à proximité de Paris, le lycée international de Saint-Germain-en-Laye (Hauts-de-Seine) propose 14 sections internationales : espagnole, italienne, néerlandaise, britannique, américaine, danoise, suédoise, norvégienne, russe, polonaise, chinoise, japonaise, portugaise et allemande.
France 24, 2024.
Ces atouts des villes-mondes ne semblent toutefois pas bénéficier à toutes les entreprises de la même manière.
En effet, notre recherche montre qu’ils sont particulièrement importants pour les entreprises évoluant dans les secteurs que l’on caractérise comme « intensif en connaissances » (knowledge-intensive). Pour les autres entreprises, localiser les activités dans ces villes est moins attractif.
Des atouts mais aussi des inconvénients
Car localiser ses activités dans les villes-mondes ne vient pas sans inconvénients. Les prix de l’immobilier sont généralement élevés et il y a une concurrence accrue pour les localisations centrales. Les salaires ont tendance à être plus élevés pour répondre à des coûts de la vie plus importants et il y a une forte concurrence pour attirer les talents.
À cela s’ajoute la difficulté à trouver de grandes surfaces pour installer des bureaux. Pour toutes ces raisons, il est plus judicieux pour certaines entreprises de chercher des localisations dans des plus petites villes ou même dans des zones rurales.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
In South Africa, children’s admission to a particular public school is decided by province. Each provincial education department manages its own digital admissions system. The Western Cape province introduced an online admissions portal in 2018 which became fully operational in 2024. The aim was to make school placement more transparent. This is important because historically, under apartheid, South African education was racially segregated and unequally funded. White schools received the best resources.
Education researcher Samantha Kriger took a closer look at what actually happens in admissions to schools in the Western Cape that used to be exclusively white (known as Model C schools). She set out her findings in a book coauthored with education academic Jonathan Jansen. Though Who Gets In and Why was published in 2020, she says the circumstances remain the same in most of these schools. Here she answers some questions about what she found.
How is the admissions portal supposed to work?
Parents apply online to a minimum of three and maximum of ten schools, via the Western Cape education department admissions portal. The schools receive the applications via the portal and assess them based on provincial guidelines. That implies schools can discriminate between applications.
Schools submit a list of accepted, declined and waiting-list learners to the province via the portal.
Why and how did you research school admissions?
We wanted to know why formerly white schools still looked much as they had under apartheid (with high enrolment of white pupils).
The initial research included school data from the Centralised Education Management Information System, the official data management system used by the Western Cape Education Department. This digital database records and tracks all key information about learners, teachers and schools in the province. The data revealed that many former “Model C” schools continued to preserve their historically exclusive enrolment criteria.
Under apartheid Model C schools were whites-only public schools. In 1990 they were semi-privatised, giving their governing bodies greater control over finances, admissions and staffing.
We used a qualitative case study approach, focusing on 30 historically white primary schools in the wealthier southern suburbs of Cape Town. All the schools allowed us to visit and shared information about their admissions processes.
As researchers we visited sites and interviewed principals, admissions officers, staff and stakeholders (such as estate agents and provincial education officials). We also analysed school documents and enrolment data. The study used pseudonyms to protect participant anonymity.
We then analysed admissions practices in relation to broader political, policy and socio-economic contexts.
Some of the schools were wealthy institutions, as measured by the school location and facilities, tuition fees and the range of extramural activities that they offered. Others were not wealthy.
What did you find?
The majority of the schools maintained their white enrolment. This was not simply the result of lingering residential segregation, but was often tied to school-level practices and socio-economic gatekeeping.
These schools frequently employ subtle, yet effective, admissions strategies that indirectly exclude lower-income, predominantly Black families. For example they choose applicants from specific feeder areas with high property prices, emphasise English or Afrikaans proficiency tests, or charge high school fees. Strong alumni networks and parent bodies, historically dominated by white families, also play a role in sustaining existing demographics by influencing school governance and admissions decisions.
South Africa’s public education policy promotes equal access. Yet we found that, in practice, these schools filter who gets in.
In South Africa, prior to 1994, the racially segregated education system privileged white learners while systematically underfunding schools for Black African, Coloured and Indian communities. More than 30 years later, deep inequalities persist because race and class remain closely linked.
High-fee former white schools often exclude, in practice, many Black, Indian and Coloured families who cannot afford the costs or meet other socio-economic entry barriers.
Admissions criteria such as language preference, application deadlines, early registration practices and school proximity can function as indirect mechanisms of exclusion.
For example, many parents are unaware that certain schools “lock in” preferred candidates years before formal Grade R or Grade 1 enrolment. This often occurs through unofficial feeder systems, where pre-primary schools enrol children as young as two years old, typically at a substantial financial cost. By the time applications open to the general public, most places have already been informally allocated.
This dynamic is evident in high school admissions too. Preference is frequently given to learners from designated primary schools. Candidates without prior affiliation may stand a chance only if they bring added value, such as athletic excellence, or musical or artistic abilities that align with the school’s interests.
These practices can unintentionally disadvantage families from lower socio-economic backgrounds who engage the system later or lack access to early-stage enrolment opportunities.
Language requirements are often framed as necessary for ensuring that learners can cope with the school’s curriculum. But they may indirectly exclude applicants from homes that mostly use African languages. For many black African families, especially those from lower-income or rural backgrounds, limited exposure to English or Afrikaans before school entry can disadvantage their children in admissions assessments or interviews.
The emphasis on early “lock in” and complex documentation also benefits families who are digitally literate, well-resourced and socially networked.
Another troubling finding was the role of parental profiling in admissions. Some schools assess the social standing of families, including their income, occupation, and perceived “fit” with the school’s culture.
Why does it matter that school admissions work this way?
The implications are serious. While the constitution and education policy mandate non-discrimination and the right to basic education, the reality is that access to elite public schools remains stratified. This is not only by geography or academic ability but by social capital. The effect is to reinforce existing race and class divides.
If transformation in education is to be more than cosmetic, policies must be matched with oversight, transparency, and a commitment to dismantling the quiet mechanisms of exclusion.
Samantha Kriger does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.