Un singe star du Net, sa peluche et une expérience vieille de 70 ans : ce que Punch nous dit de la théorie de l’attachement

Source: The Conversation – in French – By Mark Nielsen, Associate Professor, School of Psychology, The University of Queensland

La vidéo d’un petit singe blotti contre une peluche a ému la planète. Derrière l’émotion, elle rappelle une leçon majeure de la psychologie : on ne grandit pas seulement avec de la nourriture, mais avec du lien.


Sa quête de réconfort a ému des millions d’internautes. Punch, un bébé macaque, est devenu une célébrité d’Internet. Abandonné par sa mère et rejeté par le reste de son groupe, il s’est vu offrir par les soigneurs du zoo municipal d’Ichikawa, au Japon, une peluche d’orang-outan pour lui servir de mère de substitution. Les vidéos le montrant agrippé au jouet ont depuis fait le tour du monde.

Mais l’attachement de Punch à son compagnon inanimé ne se résume pas à une vidéo bouleversante. Il renvoie aussi à l’histoire d’une célèbre série d’expériences en psychologie, menées dans les années 1950 par le chercheur américain Harry Harlow.

Les résultats de ces travaux ont nourri plusieurs des principes fondamentaux de la théorie de l’attachement, selon laquelle le lien entre le parent et l’enfant joue un rôle déterminant dans le développement de ce dernier.

En quoi consistaient les expériences de Harlow ?

Harry Harlow a séparé des singes rhésus de leur mère dès la naissance. Ces petits ont ensuite été élevés dans un enclos où ils avaient accès à deux « mères » de substitution.

La première était une structure en fil de fer, à laquelle on avait donné la forme d’une guenon, équipée d’un petit dispositif permettant de fournir nourriture et boisson.

La seconde était une poupée en forme de singe, recouverte d’éponge et de tissu éponge. Douce et réconfortante, elle n’apportait pourtant ni nourriture ni eau : ce n’était guère plus qu’une silhouette moelleuse à laquelle le petit pouvait s’agripper.

Un petit singe repose blotti contre sa mère de substitution en tissu
La « mère » en fil de fer et la « mère » en tissu dans l’expérience de Harlow.
H. F. Harlow (1958). « The nature of love », American Psychologist, 13(12), 673–685

On se retrouve donc avec, d’un côté, une « mère » qui offre du réconfort mais ni nourriture ni boisson, et, de l’autre, une structure froide, dure et métallique, qui assure l’apport alimentaire.

Ces expériences répondaient au béhaviorisme, courant théorique dominant à l’époque. Les béhavioristes soutenaient que les bébés s’attachent à celles et ceux qui satisfont leurs besoins biologiques, comme la nourriture et l’abri.

Harlow a ainsi battu en brèche cette théorie en affirmant qu’un bébé ne se construit pas seulement à coups de biberons : il a besoin de contact, de chaleur et d’attention pour s’attacher.

Selon une lecture strictement béhavioriste, les petits singes auraient dû rester en permanence auprès de la « mère » en fil de fer, celle qui les nourrissait. C’est l’inverse qui s’est produit. Ils passaient l’essentiel de leur temps agrippés à la « mère » en tissu, douce mais incapable de leur donner à manger.

Dans les années 1950, Harlow a ainsi démontré que l’attachement repose d’abord sur le réconfort et la tendresse. Face au choix, les bébés privilégient la sécurité affective à la simple satisfaction des besoins alimentaires.

En quoi cela a-t-il influencé la théorie moderne de l’attachement ?

La découverte de Harlow a marqué un tournant, car elle a profondément remis en cause la vision béhavioriste dominante à l’époque. Selon cette approche, les primates – humains compris – fonctionneraient avant tout selon des mécanismes de récompense et de punition, et s’attacheraient à celles et ceux qui répondent à leurs besoins physiques, comme la faim ou la soif.

Dans ce cadre théorique, la dimension affective n’avait pas sa place. En menant ses expériences, Harlow a renversé cette grille de lecture : il a montré que l’attachement ne se réduit pas à la satisfaction des besoins biologiques, mais repose aussi, et surtout, sur le lien émotionnel.

La préférence des petits singes pour la « nourriture émotionnelle » – en l’occurrence les câlins à la mère de substitution recouverte de tissu éponge – a posé les bases de la théorie de l’attachement.

Selon cette théorie, le développement harmonieux d’un enfant dépend de la qualité du lien qu’il tisse avec la personne qui s’occupe de lui. On parle d’attachement « sécurisé » lorsque le parent ou le proche référent apporte chaleur, attention, bienveillance et disponibilité. À l’inverse, un attachement insécure se construit dans la froideur, la distance, la négligence ou la maltraitance.

Comme chez les singes rhésus, nourrir un bébé humain ne suffit pas. Vous pouvez couvrir tous ses besoins alimentaires, mais sans affection ni chaleur, il ne développera pas de véritable attachement envers vous.

Que nous apprend le cas de Punch ?

Le zoo ne menait évidemment aucune expérience. Mais la situation de Punch reproduit, presque malgré elle, le dispositif imaginé par Harlow. Cette fois, ce n’est plus un laboratoire, mais un environnement bien réel – et pourtant, le résultat est étonnamment similaire. Comme les petits singes de Harlow qui privilégiaient la « mère » en tissu éponge, Punch s’est attaché à sa peluche Ikea.

Dans le cas du zoo, il manque évidemment un élément clé de l’expérience originale : il n’y a pas, en face, d’option dure mais nourricière avec laquelle comparer. Mais au fond, ce n’est pas ce que cherchait le singe. Ce qu’il voulait, c’était un refuge doux et rassurant – et c’est précisément ce que lui offrait la peluche.

Les expériences de Harlow étaient-elles éthiques ?

Aujourd’hui, une grande partie de la communauté internationale reconnaît aux primates des droits qui, dans certains cas, s’apparentent à ceux accordés aux humains.

Avec le recul, les expériences de Harlow apparaissent comme particulièrement cruelles. On n’envisagerait pas de séparer un bébé humain de sa mère pour mener une telle étude ; pour beaucoup, il ne devrait pas davantage être acceptable de l’infliger à des primates.

Il est frappant de voir à quel point ce parallèle avec une expérience menée il y a plus de 70 ans continue de fasciner. Punch n’est pas seulement la nouvelle star animale d’Internet : il nous rappelle l’importance du réconfort et du lien.

Nous avons tous besoin d’espaces doux. Nous avons tous besoin d’endroits où nous sentir en sécurité. Pour notre équilibre et notre capacité à avancer, l’amour et la chaleur humaine comptent bien davantage que la simple satisfaction des besoins physiques.

The Conversation

Mark Nielsen a reçu des financements de l’Australian Research Council.

ref. Un singe star du Net, sa peluche et une expérience vieille de 70 ans : ce que Punch nous dit de la théorie de l’attachement – https://theconversation.com/un-singe-star-du-net-sa-peluche-et-une-experience-vieille-de-70-ans-ce-que-punch-nous-dit-de-la-theorie-de-lattachement-276675

Le rôle des entreprises dans le processus de paix colombien

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Martineau, PhD – Relations Internationales. Spécialisation en Diplomatie des affaires, Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS)

Les entreprises colombiennes se sont impliquées dans le processus de paix, depuis les premiers tâtonnements des années 1980 jusqu’aux négociations de La Havane avec les FARC en 2016. Cet engagement a fait du secteur privé un acteur désormais incontournable mais loin d’être homogène. Malgré l’accord de 2016, la paix demeure inachevée et la pérennité de l’engagement entrepreneurial dépend en bonne partie de l’environnement institutionnel.


À l’approche de l’élection présidentielle qui se déroulera en mai 2026, et alors que le président en exercice Gustavo Petro ne peut pas se représenter, le candidat de son parti (la coalition Pacto Historico, classée à gauche), Ivan Cepeda, se trouve actuellement en tête des sondages.

Les menaces exprimées par Donald Trump à l’encontre du gouvernement colombien, qui se sont renforcées dans la foulée de l’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela voisin, participent sans doute de la désaffection populaire pour le principal candidat de la droite, Abelardo de la Espriella. Il n’en reste pas moins que les intentions de vote témoignent également de l’indulgence de la population colombienne à l’égard du parti au pouvoir, en dépit de l’échec de l’initiative de « paix totale » du président actuel.

Cette politique ambitieuse visait à négocier simultanément avec tous les groupes armés encore actifs dans le pays (guérillas, paramilitaires ou organisations criminelles) afin de parachever le processus de paix sur l’ensemble du territoire colombien. Rappelons que les autorités de Bogota et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont signé en 2016 à La Havane un accord historique censé mettre fin à des décennies de guerre civile sanglante dont le bilan humain est évalué à au moins 450 664 morts, 121 768 disparus et 7,7 millions de déplacés.

Une paix inachevée

Depuis 2016, en dépit de l’accord, la violence continue de gangrener le pays. Elle est entretenue par l’Armée de libération nationale (ELN), groupe armé de gauche non signataire de l’accord de 2016 ; par des factions dissidentes des FARC, lesquelles ont été majoritairement démobilisées ; mais surtout par des organisations mafieuses devenues multicartes (drogue, trafic d’êtres humains, minerais) et de véritables multinationales du crime.

Le Clan del Golfo, héritier des groupes paramilitaires très à droite du spectre politique qui avaient pris part à la guerre civile contre les FARC, gère un chiffre d’affaires annuel de près de 18 milliards de dollars (plus de 15 milliards d’euros). C’est la plus grande organisation criminelle du pays ; elle cohabite avec une multitude de gangs locaux et avec les groupes armés dissidents. Les idéologies marxistes qui animaient les guérillas au début des années 1960 se sont progressivement transformées en un pragmatisme mêlant collaboration avec les cartels et prébendes du trafic de cocaïne. Le narratif révolutionnaire a disparu au profit du dieu Dollar.

Face à cette réalité persistante, il est instructif de retracer l’évolution du rôle joué par les entreprises dans ce processus de paix inachevé. En effet, dès le début des pourparlers et jusqu’à la signature des accords de La Havane, les entreprises ont joué un rôle important dans le processus de construction de la paix.

Aujourd’hui encore, elles demeurent des acteurs clés. Cependant, leur engagement n’est ni homogène, ni linéaire, ni constant. Les fondements structurels ou idéologiques de cette participation répondent à des intérêts économiques, territoriaux et politiques variés et complexes, comme le montre l’étude empirique menée par Rettberg et Aceros.

La diplomatie des affaires au service de la consolidation de la paix

Les modèles conceptuels de la diplomatie ont largement évolué. Le constat de l’inefficacité de la seule médiation gouvernementale pour la résolution des conflits avait conduit l’ancien diplomate américain Joseph Montville à développer dans les années 1980 la notion de « diplomatie parallèle ». Elle traduit la partie informelle qui sous-tend les relations internationales.

Dans les années 1990, le modèle à voies multiples proposé par Louise Diamond et complété par l’ambassadeur John McDonald reflète mieux la complexité des diplomaties alternatives et l’augmentation des parties prenantes qui y participent. Les entreprises et la diplomatie des affaires deviennent une voie possible et crédible pour la résolution des conflits.

Le début de la décennie suivante offre une reconnaissance internationale du rôle accru des entreprises dans la bonne marche du monde. Le programme Global Compact des Nations unies tient compte de la puissance économique des multinationales – dont le chiffre d’affaires dépasse parfois le PIB de certains États – et les considère comme des acteurs essentiels pour atteindre certains objectifs de développement durable de l’Agenda 2030, notamment l’ODD 16, qui consiste à s’engager pour la paix, la justice et des institutions efficaces. Le plan stratégique (2024-2025) embarque les PME dans le programme.

Ce n’est pas seulement la philanthropie qui incite les entreprises à s’impliquer dans un processus de consolidation de la paix. Surtout lorsque le pays en conflit est riche en ressources renouvelables (terres agricoles fertiles, potentiel hydroélectrique, forêts…) ou en réserves épuisables (pétrole, gaz, charbon, or, diamants…).

Néanmoins, quel que soit l’intérêt qu’elles y trouvent (marges conséquentes, parts de marché, avantage concurrentiel, croissance rapide, RSE), les entreprises jouent indéniablement un rôle. Celui-ci peut être positif ou négatif. Elles ne sont en effet ni facilitatrices de la résolution d’un conflit par nature ni a contrario nécessairement alimentatrices de tensions existantes. Leur implication est toujours nuancée, elle dépend du contexte dans lequel elles opèrent. Les ONG documentent autant de cas montrant leurs apports à la construction de la paix que leurs comportements prédateurs.

Dans le cas de la Colombie, des acteurs du secteur privé ont participé aux négociations et à la signature des accords de paix avec les FARC en 2016. Ce succès représentait l’espoir de mettre fin au conflit le plus long du monde occidental, impliquant à partir des années 1990, la communauté internationale, qui apporta soutien et coopération aux autorités du pays.

Un référendum rejeta dans un premier temps le traité de paix. Mais, il fut révisé et approuvé par le Congrès colombien (plutôt que soumis à une autre validation populaire), sous le nom d’accord du théâtre Colón le 24 novembre 2016.

Une implication progressive des entreprises

L’engagement des entreprises colombiennes dans le processus de paix s’inscrit dans une trajectoire marquée par une intensification progressive et une professionnalisation croissante.

La période 1982-1998 constitue une phase d’apprentissage timide. En 1984, dans un discours télévisé, le président Belisario Betancur évoque l’importance des milieux d’affaires dans la recherche d’une solution pacifique au conflit. Cette reconnaissance marque le début d’une action accrue des entrepreneurs au sein des sphères publique et politique, dans un contexte marqué par des processus de négociation avec les groupes armés. Des personnalités du monde des affaires sont directement impliquées : Nicanor Restrepo, alors à la tête du Grupo Empresarial Antioqueño (GEA), un conglomérat regroupant près de 125 entreprises, est nommé Haut Commissaire pour la paix. À partir de 1992, le gouvernement prélève des impôts pour financer le processus de paix, une contribution largement acceptée par les entreprises.

Le tournant survient au milieu des années 1990 lorsque l’explosion de la violence multiplie les coûts pour les entreprises. Celles-ci soutiennent alors les marches citoyennes et le Mandat pour la paix, un vote symbolique non officiel lors des élections locales d’octobre 1997, qui recueille dix millions de voix. Les Colombiens expriment ainsi leur désir de voir la fin du conflit armé, faisant de ce geste l’une des plus grandes mobilisations citoyennes pour la paix de l’histoire latino-américaine. Néanmoins, peu d’entrepreneurs désirent faire partie intégrante de l’effort national pour la paix. Le conflit épargnant la majeure partie du tissu économique, qui est concentré dans les quatre grandes métropoles (Bogota, Barranquilla, Cali, Medellin), nombre d’entre eux adoptent une position prudente ou attentiste.

L’administration Pastrana (1998-2002) marque un changement radical. Le conflit affecte désormais directement les entreprises avec l’explosion du nombre d’enlèvements, dont près de 15 % touchent la communauté des affaires. Les FARC imposent, sur les territoires qu’elles contrôlent directement ou indirectement, une taxe de 10 % sur les actifs dépassant un million de dollars (849 000 euros environ), tandis que les dépenses de sécurité privée explosent pour représenter de 4 à 6 % des budgets d’entreprise. Les entrepreneurs participent activement aux négociations de San Vicente del Caguán, créent des think tanks et multiplient les actions locales.

Des initiatives structurées émergent et essaiment, comme le réseau national de programmes régionaux de développement et de paix. Elles tentent de s’attaquer aux causes structurelles de la violence que sont la pauvreté, l’accès à l’éducation et à la santé en associant les entreprises, l’Église (souvent la plus légitime à l’échelon territorial), les organisations internationales et les communautés locales.

Toutefois, l’échec du processus et l’escalade de la violence érodent progressivement ce soutien.

L’illusion d’une victoire militaire

Sous l’administration Uribe (2002-2010), l’approche se durcit. Le président privilégie la stratégie sécuritaire et la lutte armée. Le secteur privé soutient massivement cette orientation en acceptant une réforme fiscale sévère, payant simultanément pour la paix et la guerre. La réduction des homicides et des enlèvements améliore la perception de sécurité, conduisant certains entrepreneurs à envisager une solution purement militaire. Mais ils réalisent finalement qu’une paix durable ne peut résulter d’une politique exclusivement sécuritaire. Une étude de l’Université de Los Andes auprès de 1 113 entreprises révèle qu’en l’absence de violence, les entreprises investiraient davantage, confirmant l’existence d’un important « dividende de la paix ».

L’administration Santos (2012-2016) représente l’apogée de l’implication entrepreneuriale. Le gouvernement consulte régulièrement la communauté des affaires dès la phase exploratoire secrète. Les entreprises financent discrètement les contacts préliminaires et participent directement aux négociations. Une délégation de huit organisations patronales se rend à La Havane en novembre 2015, aboutissant à la création du Conseil d’entreprises pour la paix durable. Néanmoins, cette implication ne fait pas consensus. Certains entrepreneurs, craignant des concessions excessives, financent la campagne du « Non » au référendum d’octobre 2016.

La période post-accord, une occasion ratée ?

Un travail de recherche publié en 2019 montre que peu d’entreprises perçoivent un changement majeur dans leurs opérations. Le secteur minier constate que les groupes illégaux ont simplement remplacé les FARC. L’avantage principal reste l’accélération de projets déjà prévus et l’accès à de nouvelles zones d’opération qui bénéficient d’un classement spécial – les programmes de développement avec approche territoriale (PDET) et les zones les plus affectées par le conflit armé (ZOMAC) – qui donnent droit à des exonérations fiscales en contrepartie d’investissements notamment dans les infrastructures.

Ainsi, à travers ces quatre décennies, le secteur privé colombien est devenu un acteur incontournable du processus de paix, tout en restant fondamentalement hétérogène dans ses motivations, ses perceptions et ses actions. Cette trajectoire illustre la façon dont l’intensification du conflit, la perception croissante des coûts économiques, le développement de la culture RSE et l’apprentissage institutionnel ont transformé des entrepreneurs initialement distants en parties prenantes essentielles de la construction de la paix colombienne.

L’engagement du secteur privé, bien que motivé par des intérêts économiques, peut constituer un levier puissant pour la consolidation de la paix – à condition qu’il s’inscrive dans un cadre institutionnel solide et qu’il soit accompagné d’une véritable volonté politique et d’une collaboration entre l’ensemble des parties prenantes à une situation de conflit. La question qui se pose désormais est celle de la durabilité : comment maintenir cet engagement entrepreneurial dans la durée, particulièrement lorsque les « dividendes de la paix » tardent à se matérialiser ?

The Conversation

Frédéric Martineau est président de l’AMAEPF.

ref. Le rôle des entreprises dans le processus de paix colombien – https://theconversation.com/le-role-des-entreprises-dans-le-processus-de-paix-colombien-275852

Realpolitik et fiabilité : le dilemme des négociations avec la République islamique d’Iran

Source: The Conversation – in French – By Djamchid Assadi, Professeur associé au département « Digital Management », Burgundy School of Business

Négocier avec l’Iran sur son programme nucléaire est possible, mais il convient, pour obtenir des résultats tangibles, de s’appuyer sur les leçons du passé et sur les réflexions théoriques conduites par divers politologues majeurs des dernières décennies.


Le dilemme est ancien et pourtant intact : négocier est parfois nécessaire pour éviter le pire. Mais les démocraties peuvent-elles, sans affaiblir les principes mêmes qu’elles prétendent défendre, négocier avec des régimes régulièrement mis en cause par des organisations internationales pour violations des droits fondamentaux de la même façon qu’elles négocient entre elles ?

Des compromis signés seront-ils respectés ?

Le régime auquel nous pensons ici en premier lieu est la République islamique d’Iran, et les mises en cause évoquées ci-dessus ne relèvent pas d’une appréciation polémique : elles sont régulièrement documentées par des organisations indépendantes comme Amnesty International ou Reporters sans frontières, par des think tanks comme Freedom House, ainsi que par divers indicateurs internationaux sur la démocratie et l’État de droit.

Chez Raymond Aron, la tension entre valeurs démocratiques et possibilité de négocier avec des régimes autoritaires n’oppose pas naïvement morale et intérêt, mais deux exigences constitutives de la politique étrangère : la prudence stratégique – éviter la guerre dans un monde anarchique – et la fidélité à des normes sans lesquelles l’ordre international ne serait qu’un rapport de forces dépourvu de légitimité.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut dialoguer avec des régimes à faible redevabilité institutionnelle et à structure décisionnelle opaque. Mais si l’on admet que la négociation peut être nécessaire pour prévenir des risques majeurs, encore faut-il s’interroger sur les conditions de fiabilité des engagements qui en résultent. Comment s’assurer que les compromis conclus ne restent pas des promesses réversibles ?

L’histoire offre des illustrations concrètes de ce risque de réversibilité. En 1938, la France et le Royaume-Uni négocient avec l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler les accords de Munich, acceptant l’annexion des Sudètes – région frontalière de la Tchécoslovaquie majoritairement peuplée d’Allemands – dans l’espoir de préserver la paix européenne. Faute de mécanismes contraignants de mise en œuvre et de garanties crédibles, les accords offrent simplement un répit stratégique à Hitler, qu’il exploite pour consolider son réarmement et poursuivre son expansion territoriale, avant d’envahir la Pologne en 1939.

Dans les années 1990, les Nations unies, l’Union européenne (UE) et les États-Unis négocient avec le président serbe Slobodan Milosevic plusieurs cessez-le-feu destinés à mettre fin aux opérations coercitives en Bosnie. Ces engagements restent seulement partiellement appliqués tant qu’ils ne sont pas adossés à un dispositif contraignant, celui des accords de Dayton de 1995, soutenus par une présence militaire de l’Otan chargée d’en garantir l’exécution. Dans les deux cas, la leçon est claire : sans dispositifs de vérification et de contrainte capables de rendre la défection coûteuse, la négociation risque de demeurer un levier tactique plutôt qu’un instrument de stabilisation durable.

La question centrale devient alors celle de la crédibilité des engagements issus d’une négociation destinée à prévenir un risque stratégique majeur : comment s’assurer que les promesses formulées ne demeurent pas réversibles ? Les penseurs libéraux des relations internationales ont précisément analysé cette question.

L’éclairage de la science politique

Dans After Hegemony (1984, sorti en français en 2015 aux éditions de l’Université de Bruxelles sous le titre Après l’hégémonie, Coopération et désaccord dans l’économie politique internationale), Robert Keohane n’aborde pas directement la négociation, mais les conditions institutionnelles qui rendent des engagements internationaux crédibles dans un système anarchique, dépourvu d’autorité centrale. Il montre qu’un accord ne devient fiable que lorsque des mécanismes institutionnels rendent observable et coûteuse la défection des engagements pris. Transparence, inspections, répétition des interactions : ces dispositifs permettent de vérifier le respect des engagements et de transformer un compromis politique en obligation crédible. Keohane prolonge cette réflexion dans Power and Governance in a Partially Globalized World (2002), confirmant le rôle central des institutions dans la fiabilité des engagements internationaux.

Andrew Moravcsik, dans The Choice for Europe (1998), met l’accent sur l’ancrage domestique des engagements. Selon son approche libérale intergouvernementale, un accord international ne devient solide que s’il est soutenu, à l’intérieur même du régime signataire, par des acteurs ayant intérêt à son maintien. Lorsque le coût politique interne d’un abandon des engagements augmente, la crédibilité externe de ces engagements s’en trouve renforcée.

Anne-Marie Slaughter, dans A New World Order (2004), insiste pour sa part sur la mise en œuvre transgouvernementale des engagements. Un compromis ne devient robuste que s’il s’inscrit dans des réseaux d’autorités administratives, de régulateurs et d’agences spécialisées capables d’en assurer l’application concrète et la continuité au-delà des alternances politiques. À défaut de tels relais institutionnels, un engagement obtenu au sommet demeure fragile.

Il ressort de ces analyses qu’un engagement issu de négociations internationales n’est crédible que s’il réunit plusieurs conditions complémentaires : être vérifiable par des mécanismes de transparence et d’inspection ; s’inscrire dans des interactions répétées qui rendent la défection stratégiquement coûteuse ; être soutenu à l’intérieur du régime signataire par des acteurs ayant intérêt à son maintien ; et être relayé par des réseaux transgouvernementaux – administratifs, régulatoires ou judiciaires – capables d’en assurer l’application et la continuité au-delà des alternances politiques.

Hannah Arendt apporte un éclairage complémentaire. Dans les Origines du totalitarisme (1951), elle montre que dans certains systèmes politiques, la responsabilité décisionnelle se dilue dans des structures bureaucratiques et idéologiques peu transparentes. Lorsque les centres effectifs de décision sont difficiles à identifier et que les mécanismes de redevabilité sont limités, la logique même de l’engagement politique s’en trouve fragilisée. La question n’est plus seulement celle de la volonté déclarée, mais celle de la capacité institutionnelle à garantir la continuité et l’imputabilité des décisions prises.

Les négociations sur le nucléaire iranien et leurs faiblesses

Le dossier du programme nucléaire de la République islamique d’Iran peut être relu à l’aune de ces critères. En novembre 2004, sous la présidence de Mohammad Khatami, présenté comme modéré par rapport aux radicaux du régime, l’accord de Paris formalise une suspension volontaire d’activités sensibles sous vérification internationale. Le dispositif répond partiellement à l’exigence de vérifiabilité. Toutefois, l’élection en 2005 d’un président nettement plus radical, Mahmoud Ahmadinejad, modifie la trajectoire : certaines activités reprennent dès 2005, puis l’enrichissement est relancé en 2006. L’épisode suggère que l’engagement n’est pas suffisamment soutenu par des acteurs internes capables d’en garantir la continuité, et que le coût politique domestique d’une révision apparaît limité.

La dynamique se rejoue avec le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA) de 2015, dit Accord de Vienne. L’accord prévoit des mécanismes de contrôle détaillés sous supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique et s’inscrit dans un cadre multilatéral. Jusqu’en 2018, l’AIEA certifie à plusieurs reprises que la République islamique respecte les obligations techniques prévues par le texte. En mai 2018, lors du premier mandat de Donald Trump, les États-Unis annoncent pourtant leur retrait unilatéral, l’administration estimant que l’accord ne traitait ni du programme balistique iranien ni des clauses dites « sunset » – dispositions prévoyant l’expiration progressive de certaines limitations nucléaires après un délai déterminé. À la suite de ce retrait, Téhéran engage des dépassements progressifs des seuils d’enrichissement fixés par le JCPOA. La réversibilité apparaît alors des deux côtés : retrait américain d’un engagement multilatéral d’une part, non-respect graduel de certaines clauses par Téhéran d’autre part.

Cette fragilité tient aussi au faible ancrage institutionnel transversal de l’accord : contesté par une partie du Congrès américain et par des acteurs influents au sein du système politico-stratégique iranien, il ne créait pas de coûts domestiques suffisamment élevés pour rendre la défection politiquement dissuasive.

Le dossier des arrestations de ressortissants binationaux éclaire plus spécifiquement le cas de la République islamique d’Iran. Ces dernières années, plusieurs binationaux – notamment Nazanin Zaghari-Ratcliffe (britannique-iranienne) ou Fariba Adelkhah (franco-iranienne) – ont été arrêtés et détenus en Iran dans des contextes de tension diplomatique. Parallèlement, des échanges de prisonniers ont eu lieu, comme celui impliquant le chercheur américain Xiyue Wang en 2019 ou l’accord d’échange conclu avec Washington en 2023. Cette coexistence d’un dialogue diplomatique et de mesures coercitives suggère que les interactions ne sont pas pleinement encadrées par des mécanismes stabilisés et réciproques comparables à ceux existant entre États liés par des accords formalisés d’extradition. Dans ces différents domaines – nucléaire et détentions – la négociation demeure exposée aux variations du rapport de forces plutôt qu’inscrite dans une architecture institutionnelle consolidée.

La question n’est donc pas de qualifier moralement ces séquences, mais d’évaluer si les engagements pris répondent aux critères de crédibilité précédemment établis.

Les conditions d’une négociation fiable

Si l’on souhaite maintenir la négociation tout en renforçant sa fiabilité, plusieurs pistes peuvent être envisagées dans le cadre théorique esquissé plus haut.

Premièrement, renforcer les dispositifs de vérification et inscrire les engagements dans des interactions réellement répétées et conditionnelles, de manière à accroître le coût stratégique d’une défection.

Deuxièmement, structurer les accords de manière à créer des incitations internes à leur continuité. Il ne faut pas se leurrer : les négociateurs occidentaux ne peuvent « fabriquer » des relais domestiques au sein de la République islamique d’Iran. En revanche, ils peuvent concevoir des engagements qui s’inscrivent dans des lignes de différenciation déjà présentes au sein du système politico-institutionnel. Les séquences nucléaires conduites sous la présidence de Mohammad Khatami (1997-2005), puis lors de la négociation du JCPOA en 2013-2015, ont reposé sur l’existence de sensibilités plus favorables à l’ouverture internationale.

Lorsque des bénéfices économiques, scientifiques ou techniques sont clairement identifiables, ils tendent à renforcer ces segments administratifs et économiques ayant intérêt à la stabilité des engagements. Des dynamiques comparables ont été observées ailleurs : les accords d’Helsinki de 1975 ont offert des points d’appui normatifs aux réformateurs d’Europe de l’Est dans les années 1980 ; l’ouverture économique de la Chine à partir de 1978, puis son accession à l’OMC en 2001 ont consolidé des coalitions technocratiques favorables à l’intégration internationale ; la normalisation américano-vietnamienne engagée en 1995 a accompagné des réformes économiques internes. Toutefois, plus les fractions conservatrices et radicales deviennent prédominantes, plus cette condition devient difficile à satisfaire : la crédibilité d’un accord dépend alors de sa capacité à produire des coûts politiques internes suffisants pour dissuader les radicaux de le remettre en cause.

Troisièmement, élargir les réseaux transgouvernementaux au-delà du seul niveau exécutif. Certes, des mécanismes existent déjà : l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) assure un contrôle technique central. Mais l’expérience montre que ces dispositifs ne suffisent pas toujours à dissiper durablement la défiance. La révélation tardive de certains sites nucléaires non déclarés – comme Natanz en 2002 ou Fordow en 2009 – a illustré les limites d’un système reposant principalement sur la déclaration et l’inspection encadrée.

En outre, la robustesse d’un accord nucléaire dépend aussi de son articulation avec d’autres préoccupations stratégiques, notamment les capacités balistiques ou le soutien logistique et financier à certains groupes armés désignés comme terroristes par plusieurs États. Lorsque ces dimensions restent en dehors du cadre négocié, elles alimentent la contestation politique de l’accord. D’où l’intérêt d’une architecture plus dense associant autorités de régulation, réseaux techniques et canaux académiques – y compris au sein de la diaspora iranienne – afin de renforcer l’environnement institutionnel dans lequel les engagements sont appliqués.

Une telle approche ne relève ni du contournement ni de l’ingérence. Elle vise à inscrire la négociation dans une profondeur institutionnelle susceptible d’en réduire la fragilité.

La realpolitik, chez Aron, n’est pas l’abandon des principes ; elle est l’acceptation lucide des contraintes. Mais lorsqu’elle se limite à des arrangements temporaires sans architecture institutionnelle capable d’en garantir la continuité, elle risque d’affaiblir la crédibilité normative qu’elle cherche précisément à préserver.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut négocier avec la République islamique d’Iran. Elle est de déterminer si la négociation peut être structurée de manière à rendre les engagements vérifiables, coûteux à violer et institutionnellement consolidés – condition pour que la prudence stratégique ne se transforme pas, malgré elle, en normalisation fragile.

The Conversation

Djamchid Assadi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Realpolitik et fiabilité : le dilemme des négociations avec la République islamique d’Iran – https://theconversation.com/realpolitik-et-fiabilite-le-dilemme-des-negociations-avec-la-republique-islamique-diran-276452

One Health : un label parfois flou, mais une approche scientifique éprouvée

Source: The Conversation – in French – By Marisa Peyre, Deputy head of ASTRE research unit, epidemiologist, Cirad

Du fait de l’urbanisation croissante, de plus en plus d’habitats sont désormais partagés entre humains et animaux sauvages. Aditya Sahoo/Bhubaneswar (OD, Inde).

La pandémie de Covid-19 a révélé l’urgence de repenser notre approche de la santé. Aujourd’hui, « One Health », qui relie la santé humaine, animale et environnementale, s’est imposée dans les discours, mais fait parfois l’objet de confusion, voire de détournements. Bien mise en œuvre, elle constitue pourtant une conception éprouvée pour renforcer la prévention sanitaire mondiale.


Pandémies, résistance antimicrobienne, maladies vectorielles, effondrement de la biodiversité, dégradation des sols, pollutions chimiques, crises alimentaires… nous avons aujourd’hui une conscience aiguë des liens étroits entre enjeux de santé humaine, animale et environnementale. Face à la multiplication des crises sanitaires, environnementales et climatiques, le concept « One Health » est devenu central pour les analyser et y répondre.

Issues de réflexions anciennes, ses bases fondatrices actuelles ont été posées par les principes de Manhattan, formulés en 2004 lors de la conférence « One World, One Health » organisée par la Wildlife Conservation Society. Ils reconnaissent l’interdépendance étroite entre la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes, et appellent à une approche intégrée pour prévenir les crises sanitaires, environnementales et sociales. Cette vision, qui dépasse la seule gestion des risques sanitaires, invite à repenser les modes de production, de consommation et de gouvernance. L’enjeu ? Préserver durablement les socioécosystèmes et les communautés qui en dépendent.

Malgré l’intérêt croissant que le One Health suscite, son utilisation en recherche et ses applications restent floues et souvent mal comprises. Trop souvent, il est réduit à un slogan politique ou à une gestion biomédicale des zoonoses, sans prendre en compte l’interdépendance des facteurs écologiques, sociaux et économiques. Ces derniers conditionnent pourtant la santé globale et la dynamique des crises sanitaires.

Un cadre opérationnel de prévention

Depuis plus de vingt ans, des initiatives portées par la science se développent pour mettre en œuvre de façon concrète l’approche « One Health ». Au Cirad, des travaux sur les maladies animales émergentes, les interfaces faune-élevage-humains et les systèmes agricoles tropicaux ont mis en évidence, dès les années 2000, les liens étroits entre santé, biodiversité et usages des territoires.

Nos recherches ont peu à peu intégré les dimensions environnementales, sociales et alimentaires. L’enjeu est de passer d’une logique de gestion des crises à une approche de prévention des risques d’émergence. En 2021, une coalition internationale portée par la recherche et baptisée PREZODE a été créée pour mener des opérations de prévention fondée sur l’approche One Health.

Elle intervient en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes pour comprendre, réduire et détecter de façon précoce les risques en santé et éviter les épidémies.

Gestion des écosystèmes, agroécologie et surveillance sanitaire

En Guinée, ses équipes ont ainsi observé comment les pratiques agricoles intensives affectant la ressource forestière favorisaient l’intensification des contacts humains-faune. Ces contacts favorisent la transmission entre humains et animaux sauvages de maladies zoonotiques, comme les fièvres hémorragiques (Ebola, Lassa, Marburg).

Avec les communautés locales, des stratégies de prévention basées sur la gestion des écosystèmes ont été mises en place pour limiter le risque d’émergence de nouvelles épidémies.

À Madagascar, des scientifiques du Cirad, en partenariat avec l’ONG Pivot et l’Institut de recherche et de développement (IRD), ont développé une méthode de surveillance intégrée des risques sanitaires. Elle combine les données vétérinaires, humaines et environnementales, pour mieux anticiper les épidémies émergentes.

Au Gabon, dans le cadre d’un projet qui soutient les associations de chasseurs dans leur gestion des ressources forestières – y compris la biodiversité – nous avons mis en place un système de surveillance communautaire pour détecter très rapidement les évènements sanitaires suspects. Ceci a été mené en collaboration, avec le Centre interdisciplinaire de recherche médicale de Franceville (CIRMF).

En Asie du Sud-Est, les actions s’inscrivent dans une approche agroécologique qui articule les enjeux de santé et de gouvernance territoriale. Elles visent à accompagner des transitions agricoles et à réduire les pressions sur les écosystèmes (déforestation, usage des intrants, artificialisation). L’enjeu est d’améliorer la résilience des systèmes alimentaires locaux et la prévention des risques sanitaires, à l’interface entre humains, animaux et environnement.

Ces démarches reposent sur des diagnostics territoriaux participatifs, le croisement de données agricoles, écologiques et sanitaires et le soutien à des pratiques agroécologiques adaptées aux contextes locaux (diversification des cultures, gestion intégrée des élevages, restauration des paysages). L’objectif est de faire de l’agroécologie un levier pour prévenir les émergences infectieuses, améliorer la sécurité alimentaire et permettre un développement territorial durable, en cohérence avec l’approche One Health.

Une gouvernance fragmentée

Ces exemples illustrent l’efficacité d’une prévention alliant une vision systémique des enjeux sanitaires et une gouvernance partagée entre acteurs locaux, scientifiques et autorités gouvernementales. Malgré tout, de nombreux obstacles subsistent.

La fragmentation institutionnelle reste l’un des plus grands défis. À toutes les échelles, les secteurs de la santé, de l’agriculture et de l’environnement ne communiquent pas assez, ce qui freine la mise en œuvre d’une gouvernance efficace. La voix des communautés est rarement sollicitée. Les projets One Health sont, en outre, souvent financés à court terme et souvent fléchés sur les zoonoses uniquement. Cela alimente le flou autour du concept et n’encourage pas son appropriation par les pays qui en auraient pourtant le plus besoin.

Les acteurs de terrain soulignent que l’accès en temps utile à des données locales et nationales – depuis leur collecte jusqu’à leur partage et leur analyse – est central. Ce sont elles qui permettent de renforcer la surveillance et la prévention des maladies zoonotiques et construire des systèmes plus résilients, capables d’anticiper et d’atténuer en temps réel les menaces sanitaires actuelles et futures. Il est nécessaire, pour cela, d’être doté d’infrastructures de données solides et partagées entre les secteurs concernés, et de les mobiliser pour développer des outils de modélisation prédictive pertinents. Mais pas seulement : une réponse rapide, adaptée et coordonnée au niveau local peut suffire à prévenir les risques d’émergence.

Risque de « One Health washing »

Sans une collaboration efficace entre les secteurs, le risque est de voir se développer un « One Health washing ». Il existe de nombreux projets qui se revendiquent du concept, mais sans mettre en place de travaux ou d’actions réellement intégrées.

C’est le cas de publications traitant de pathogènes zoonotiques, mais uniquement focalisées sur la santé humaine. Idem pour certaines initiatives agricoles qui utilisent le terme abusivement. Toujours dans ce cadre, certaines études se réclament de l’approche One Health principalement au titre d’une mobilisation interprofessionnelle – par exemple via l’implication de réseaux vétérinaires dans le diagnostic humain – sans pour autant mettre en œuvre un véritable design d’étude intégrant conjointement des données humaines, animales et environnementales, ni analyser les effets d’une action spécifique sur les différents secteurs.

Pour autant, ces projets sont importants. Ils peuvent contribuer à renforcer des approches plus intégrées de la santé. À ce titre, ils constituent des étapes intermédiaires vers un One Health plus abouti. Le principal risque réside plutôt dans l’usage extensif et peu exigeant du terme One Health, qui, en devenant un label fourre-tout, finit par en affaiblir la portée scientifique, opérationnelle et politique.

Dans ce contexte, clarifier les fondements et les modalités d’application du One Health est essentiel. C’est l’objectif de l’Atlas One Health, qui propose une lecture de cette approche articulant santé humaine, animale, des écosystèmes, mais aussi agricultures et systèmes alimentaires, dynamiques sociales, gouvernance et territoires. Avec des études de cas, des cadres analytiques et des outils issus du terrain, cet ouvrage vise à faire du One Health un véritable cadre d’action collective et de prévention.

L’un des défis les plus importants est d’intégrer la dimension sociale et de genre pour garantir des solutions inclusives et efficaces. Ceci évitera des interventions mal adaptées qui risqueraient de creuser davantage les inégalités. En milieu rural notamment, les femmes jouent un rôle clé dans l’alimentation, l’approvisionnement en eau et la gestion des ressources naturelles. Elles restent pourtant souvent invisibles dans les politiques de santé publique et de prévention.

Un investissement plus qu’un coût

Le financement de la prévention One Health doit être considéré comme un investissement stratégique, et non comme un coût. Moins spectaculaires que la gestion des crises sanitaires, les approches préventives sont largement plus rentables et engendrent des co-bénéfices majeurs : adaptation et atténuation du changement climatique, systèmes agricoles plus durables, réduction des intrants chimiques, protection de la biodiversité et amélioration de la qualité de l’alimentation.

Les travaux menés par le Cirad, l’initiative PREZODE et toute la communauté internationale en faveur de ces principes s’accordent sur le constat que ces actions renforcent simultanément la santé, les moyens de subsistance et la résilience des territoires. Or, la prévention demeure trop dépendante de financements internationaux ponctuels : elle doit être inscrite dans des budgets nationaux pluriannuels intégrés aux politiques agricoles, sanitaires, environnementales et alimentaires, afin de soutenir des transformations structurelles durables.

Anticiper les crises demande de repenser fondamentalement nos systèmes. Une approche « One Health » transformatrice nécessite un engagement politique durable, de la coopération internationale et une volonté commune d’intégrer les dimensions sociales et écologiques dans la gestion des risques sanitaires. Un travail de longue haleine qui est déjà en marche. Ces messages seront portés au cours des évènements organisés par PREZODE lors du Sommet One Health, qui se tiendra à Lyon (Rhône), le 7 avril 2026 sous la présidence française du G7.

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Marisa Peyre est membre de PREZODE

François Roger est affilié au CIRAD, partenaire du programme PREZODE mentionné dans cet article.

ref. One Health : un label parfois flou, mais une approche scientifique éprouvée – https://theconversation.com/one-health-un-label-parfois-flou-mais-une-approche-scientifique-eprouvee-273540

Escroqueries en ligne : au Cambodge, des victimes torturées dans des « usines à arnaques » se retrouvent sans protection

Source: The Conversation – France in French (3) – By Ivan Franceschini, Lecturer, Chinese Studies, The University of Melbourne

L’offensive contre les réseaux d’arnaques au Cambodge a libéré des milliers de travailleurs étrangers. Elle a aussi provoqué une crise humanitaire silencieuse : aujourd’hui, des victimes de traite dorment dans la rue en attendant une aide qui tarde à venir.


« Je fuyais la guerre, et je me suis retrouvé à nouveau en guerre. » C’est ainsi qu’Éric, un jeune homme originaire d’Afrique centrale, nous décrit la manière dont il s’est retrouvé dans une scam factory (un centre organisé où des personnes sont contraintes d’effectuer des arnaques en ligne à grande échelle) au Cambodge, avant d’y être bloqué, sans aucune issue possible.

L’histoire d’Éric (nous utilisons un pseudonyme et ne révélons pas son pays d’origine afin de le protéger) ressemble à celle de nombreux travailleurs piégés dans l’industrie des arnaques. Après avoir fui le conflit dans son pays et vécu dans une extrême précarité, Éric a reçu un courriel lui proposant un emploi au Cambodge rémunéré 2 000 dollars américains par mois (1700 euros). Le recruteur l’a rapidement convaincu d’accepter.

Lorsqu’il a tenté de prévenir l’une de ses cibles qu’elle était victime d’une arnaque, les responsables l’ont découvert et l’ont roué de coups avec une telle violence qu’il a cru qu’il allait mourir. Dans les semaines suivantes, il a été témoin de sévices graves infligés à d’autres et de la disparition de plusieurs collègues. L’un d’eux a sauté par une fenêtre, dans ce qui semblait être une tentative de suicide, et n’a jamais été revu.

Un mois plus tard, Éric est parvenu à s’échapper lorsque l’armée thaïlandaise a commencé à bombarder le Cambodge lors d’affrontements le long de leur frontière commune. Sa liberté a toutefois été de courte durée. Il a de nouveau été victime de traite et transféré vers un autre complexe, où il a passé un mois supplémentaire en captivité avant de réussir à fuir définitivement à la mi-janvier.

Offensive gouvernementale

Éric est désormais bloqué au Cambodge, comme des milliers d’autres étrangers libérés ces dernières semaines de scam factories, alors que circulent des rumeurs d’une vaste offensive des autorités contre ce secteur.

Cette répression a commencé le mois dernier après l’arrestation du magnat chinois Chen Zhi, que le département américain de la Justice a présenté comme « le cerveau d’un vaste empire de cyberfraude ».

L’arrestation de Chen a accentué la pression internationale croissante sur le Cambodge pour qu’il assume enfin son rôle dans l’essor de l’industrie mondiale des arnaques en ligne, qui génère chaque année des milliards de dollars de revenus illicites et a conduit à la traite de centaines de milliers de travailleurs vers des « scam factories » sordides en Asie du Sud-Est et au-delà.

Les autorités cambodgiennes ont déjà mené des descentes dans ces complexes par le passé, mais ces opérations sont restées limitées et ont souvent semblé relever davantage du geste symbolique que d’une réelle volonté d’éradication.

Coincés dans l’impasse

L’exode massif de travailleurs hors de ces complexes, dont beaucoup n’ont ni passeport, ni argent, ni destination d’accueil, conduit à ce qu’Amnesty International qualifie de « crise humanitaire en pleine expansion ».

Deux d’entre nous (Ling et Ivan) se trouvaient au Cambodge pour surveiller les scam factories lorsque l’offensive a été lancée. Nous avons vu des personnes désespérées, sans papiers, faire la queue devant leurs ambassades à Phnom Penh, tentant d’obtenir de l’aide pour rentrer chez elles.

L’ambassade d’Indonésie a indiqué que plus de 3 400 personnes ont sollicité une assistance consulaire. D’après nos échanges avec des responsables d’ambassades, l’Ouganda et le Ghana comptent chacun environ 300 ressortissants bloqués, et le Kenya en dénombre plus de 200.

Les ambassades de Chine et d’Indonésie sont parvenues à convaincre le gouvernement cambodgien de placer leurs citoyens dans des centres d’accueil en attendant leur expulsion. Le Kenya, de son côté, a obtenu une exemption des amendes encourues pour absence de documents ou dépassement de visa, et les Kényans bloqués tentent désormais de réunir les fonds nécessaires pour payer leurs billets d’avion.

Les personnes originaires d’autres pays, en revanche, se heurtent à un mur de la part de la bureaucratie cambodgienne.

La plupart des Africains que nous avons rencontrés se trouvent dans une situation dramatique. Ils viennent de pays qui ne disposent pas de représentation diplomatique au Cambodge et ont été éconduits par des agences internationales et par leurs partenaires locaux, invoquant un « manque de ressources » et des restrictions liées à la réglementation locale.

Nombre de survivants ont mis en commun leurs maigres moyens pour louer des chambres dans des pensions acceptant les personnes sans papiers, tandis que d’autres sont contraints de dormir dans la rue ou de dépendre de la générosité de bons samaritains. Beaucoup vivent dans la crainte d’une arrestation, la police procédant à des contrôles dans les habitations et les hôtels pour vérifier les documents d’identité.

Éric fait partie des relativement chanceux qui ont pu trouver un hébergement temporaire, mais son avenir reste profondément incertain. Il n’a ni passeport, ni famille, ni pays vers lequel retourner. Interrogé sur ses espoirs, il répond simplement qu’il veut un endroit où recommencer sa vie – peu importe lequel. Il est aussi désespéré à l’idée de partir à la recherche de sa famille restée au pays, ne sachant même pas si elle est encore en vie.

La fin d’une industrie ?

Les autorités cambodgiennes présentent ces opérations comme une rupture décisive avec le passé. Elles se sont engagées à éradiquer les puissants réseaux d’arnaques en ligne présents dans le pays d’ici avril.

Reste à savoir si ces raids traduisent un véritable changement de cap durable ou s’ils constituent une réponse ponctuelle à un regain de pressions diplomatiques. Bien qu’il s’agisse de l’action la plus vaste menée à ce jour par le Cambodge, ce n’est pas la première offensive du gouvernement. L’industrie, jusqu’à présent, y a toujours survécu.

Et des poches d’activité subsistent. D’après notre veille sur Telegram et nos échanges avec des acteurs du secteur, nombre d’entre eux continuent d’opérer dans des zones comme Koh Kong et Poipet.

En outre, des réseaux d’arnaques poursuivent le recrutement de travailleurs toujours piégés dans le pays. Plusieurs victimes bloquées nous ont confié avoir été approchées avec des offres d’emploi présentées comme un moyen simple de gagner assez d’argent pour financer leur billet de retour.

Par ailleurs, les réseaux continuent de recruter parmi les travailleurs coincés dans le pays. De nombreuses victimes bloquées nous ont raconté avoir été démarchées avec des offres d’emploi présentées comme une solution rapide pour réunir l’argent nécessaire à un billet d’avion et rentrer chez elles.

Des annonces d’emploi circulent également sur Telegram, visant ces mêmes personnes avec de prétendues « opportunités » précisément au moment où elles sont les plus vulnérables. Beaucoup ont subi de graves violences et ont un besoin urgent d’un soutien psychologique.

À ce stade, les appels des survivants à la communauté internationale sont restés largement sans réponse. Faute d’une intervention rapide et coordonnée pour leur venir en aide, les perspectives sont sombres – et l’avantage risque, une fois encore, de revenir aux escrocs.

The Conversation

En 2024, Ivan a cofondé EOS Collective, une organisation à but non lucratif consacrée à l’analyse des mécanismes de l’industrie des arnaques en ligne et des réseaux criminels qui l’alimentent, ainsi qu’au soutien des survivants contraints de participer à ces activités illégales.

Charlotte Setijadi a précédemment bénéficié de financements de recherche du ministère de l’Éducation de Singapour et du Singapore Social Science Research Council. Elle est actuellement l’une des co-responsables de l’Indonesia Forum de l’Université de Melbourne.

En 2024, Ling Li a cofondé EOS Collective, une organisation à but non lucratif dédiée à l’étude des mécanismes de l’industrie des arnaques en ligne et des réseaux criminels qui la structurent, ainsi qu’au soutien des survivants contraints de participer à ces activités illégales.

ref. Escroqueries en ligne : au Cambodge, des victimes torturées dans des « usines à arnaques » se retrouvent sans protection – https://theconversation.com/escroqueries-en-ligne-au-cambodge-des-victimes-torturees-dans-des-usines-a-arnaques-se-retrouvent-sans-protection-275961

Voici comment rendre les espaces publics accessibles, sécuritaires et attrayants pour une population vieillissante

Source: The Conversation – in French – By François Racine, Professeur-chercheur en design urbain et urbanisme, Université du Québec à Montréal (UQAM)

La ville doit repenser ses espaces publics afin de se préparer au vieillissement de la cohorte des baby-boomers, devenue aujourd’hui celle de nos aînés. En premier lieu, elle doit s’interroger sur la capacité réelle de ces espaces à être adaptés à l’ensemble de la population.


Pour être véritablement inclusifs, les espaces extérieurs accessibles au public d’une ville doivent répondre aux besoins de l’ensemble de la population, quels que soient leur âge, leurs capacités physiques ou leurs conditions de mobilité.

Même si de nombreuses villes ont adopté des politiques d’accessibilité universelle au cours des dernières années, il faut se demander si celles-ci ont réellement amélioré l’accessibilité et la qualité de l’expérience des citoyens. Les espaces publics peuvent être source de fatigue et de stress si certaines de leurs caractéristiques ne sont pas correctement pensées.

Pour mieux comprendre le degré d’accessibilité des espaces publics, plusieurs champs de recherche en design urbain, urbanisme et architecture offrent des outils précieux. Trois dimensions sont particulièrement pertinentes, car elles concernent directement la manière dont l’environnement bâti répond aux besoins des personnes ayant des limitations motrices, visuelles ou cognitives. Ces trois dimensions – le confort, la lisibilité et la clarté géométrique – permettent d’évaluer si un espace est vraiment pensé pour tous.

Architecte et urbaniste, professeur-chercheur à l’UQAM, j’étudie l’accessibilité universelle des environnements publics en identifiant les dimensions physiques et spatiales favorisant leur usage équitable.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.

La dimension du confort

Les études environnementalistes s’intéressent à la façon dont les gens vivent et utilisent les espaces publics. Selon Jan Gehl, architecte et urbaniste danois, un espace adéquat pour les piétons doit offrir protection, confort et attrait.

  • La protection assure la sécurité, par exemple grâce à des trottoirs séparés de la circulation véhiculaire, ou à des passages piétons bien signalés.

  • Le confort facilite les déplacements : surfaces planes et continues, absence d’obstacles, bancs, rampes et accès adaptés.

  • L’attrait repose sur la combinaison d’éléments physiques et sensoriels, tels que la verdure, la lumière et la présence d’activités, qui favorisent une expérience agréable pour les usagers.

Ces critères bénéficient à tous, mais sont particulièrement essentiels pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. Un espace agréable et confortable encourage les gens à se déplacer davantage à pied et à profiter pleinement de la ville, renforçant ainsi l’inclusion sociale et le bien-être.




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Pourquoi l’accessibilité universelle nous concerne tous


Le parcours piétonnier du Parc Safari à Hemmingford est un exemple de développement urbain touristique valorisant la dimension du confort.

Les surfaces pavées planes et l’absence d’obstacles au sol, comme des marches irrégulières ou des pentes abruptes, assurent le confort et la fluidité des déplacements. Pour un usage agréable et sécurisé, il est essentiel d’assurer l’homogénéité des surfaces et la régularité des niveaux, ce qui facilite le passage des poussettes, fauteuils roulants, ainsi que les déplacements des personnes ayant des difficultés de mobilité.

La dimension de la lisibilité

Les études sur l’image de la ville se concentrent sur la manière dont les gens perçoivent leur environnement et s’y orientent. Kevin Lynch, urbaniste américain ayant enseigné au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et à Harvard, a profondément influencé le design urbain avec ses travaux sur la perception des villes. Ces recherches ont permis d’identifier cinq éléments qui aident les personnes à se repérer dans la ville :

  • Les voies (rues, trottoirs ou sentiers le long desquels on se déplace).

  • Les limites (murs, rivières ou voies ferrées) qui délimitent un espace pouvant être difficile, voire impossible, à franchir.

  • Les quartiers reconnaissables par leur ambiance, leur fonction ou leur architecture homogène.

  • Les nœuds (lieux de passage ou de rencontre, comme une place publique, un carrefour ou une gare).

  • Les points de repère (éléments visibles permettant de se situer), comme une tour, un clocher, une enseigne ou un arbre distinctif.

L’esplanade de la Place Ville-Marie peut servir à mettre en évidence la dimension de la lisibilité. La conception, organisée autour de marches intégrant une rampe clairement visible depuis le champ de vision du piéton, réduit la confusion et facilite la compréhension des liaisons entre les différents niveaux de l’esplanade. Les piétons peuvent ainsi anticiper la continuité de leur parcours, rendant la circulation plus rassurante et agréable. La lisibilité de cette organisation permet un accès pour tous à l’esplanade de la Place Ville-Marie.

Lorsque limites et repères sont clairement définis, la ville devient plus lisible et accueillante, notamment pour les personnes rencontrant des difficultés d’orientation ou de repérage. La lisibilité réduit l’anxiété liée aux déplacements à pied dans des environnements complexes et renforce le sentiment de sécurité. Par exemple, dans le cadre du projet Bristol Legible City au Royaume‑Uni, 97 % des visiteurs ont souligné l’impact concret d’un aménagement urbain clair et cohérent sur l’expérience de marche et le confort des usagers.


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La dimension de la clarté géométrique

Les études de la spatialité analysent la forme et la géométrie des espaces urbains pour comprendre comment leur organisation influence les déplacements et les comportements humains.

Bill Hillier, architecte britannique et professeur à l’University College London (UCL), est connu pour son approche syntaxique, une méthode d’analyse des espaces urbains et architecturaux. Ses travaux montrent que les gens se déplacent naturellement le long d’axes clairs et directs. Certaines maladies cognitives comme la maladie d’Alzheimer ou le trouble cognitif léger lié à l’âge, peuvent affecter mémoire, attention et orientation. Une configuration urbaine géométriquement claire facilite l’orientation de ces personnes et leur permet de se représenter mentalement la figure spatiale de l’espace dans lequel elles déambulent.




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Un autre élément important est l’effet d’enveloppe spatiale déterminé par la continuité des façades, des clôtures ou des alignements de bâtiments qui créent un sentiment d’encadrement et de sécurité.

Les espaces publics les plus accessibles sont donc souvent ceux dont les parcours sont simples et linéaires, offrant un cheminement régulier et prévisible. Une configuration claire permet également aux personnes âgées et aux visiteurs de mieux anticiper leurs trajets à venir et de profiter pleinement de l’environnement urbain.

Dans le Vieux-Port de Montréal, l’espace est fréquemment cadré de manière claire, comme ici sur la rue Saint-Paul. Les façades consécutives des bâtiments définissent fortement l’espace, créant une orientation naturelle qui évolue au fil du déplacement. La présence d’une bordure de trottoir basse renforce encore la clarté spatiale et la simplicité du parcours.

L’accessibilité pour tous

La figure ci-dessous illustre comment les dimensions du confort, de la lisibilité et de la clarté géométrique peuvent guider les designers urbains (architectes, urbanistes, architectes de paysage, ingénieurs, etc.) pour créer des espaces publics accessibles à tous. Respecter ces critères dès la conception permet d’éviter des ajustements coûteux et tardifs, tout en garantissant un confort et une sécurité optimaux pour tous les usagers.

Lorsqu’on conçoit des espaces publics de qualité dès le départ, il est possible de répondre aux besoins liés à la motricité, à la vision et à la cognition sans concevoir l’espace pour un seul type d’usager. Un design réfléchi et inclusif rend la ville plus confortable, lisible et sécurisée pour tous, en particulier pour une population vieillissante.

La Conversation Canada

François Racine a reçu des financements de la Fondation des amis du parc Safari

ref. Voici comment rendre les espaces publics accessibles, sécuritaires et attrayants pour une population vieillissante – https://theconversation.com/voici-comment-rendre-les-espaces-publics-accessibles-securitaires-et-attrayants-pour-une-population-vieillissante-268061

Disability and access to justice in four African countries: strong laws, weak in practice

Source: The Conversation – Africa (2) – By Azwihangwisi Judith Mphidi, Adjunct Academic, University of South Africa

South Africa has a reputation as one of the most progressive countries on the African continent when it comes to disability rights.

It has ratified the United Nations Convention on the Rights of Persons with Disabilities and adopted laws aimed at protecting the rights of persons with disabilities.

But is it truly a disability-friendly country, especially within its criminal justice system?

This question forms the core of recent research. In it I examined South Africa’s disability-friendliness in the justice system, drawing comparative insights from Nigeria, Kenya and Ghana.

I am a researcher with a focus on policing, criminal justice and social justice.

A pattern emerged across all four countries: solid legislative frameworks exist, but implementation lags badly. There are structural barriers, such as inaccessible infrastructure and lack of transport options. And there are institutional factors, like weak enforcement and inadequate sensitivity training.

Societal stigma also plays a part. This is particularly true for people with invisible disabilities, who are largely overlooked in policy and practice.

I argue that in this technological era, it is not impossible to allocate resources to improve services.

I found that South Africa’s legal framework is more comprehensive and advanced than the other three countries. But all four face similar challenges in practice.




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South Africa’s legal framework: progressive yet incomplete

South Africa’s constitution explicitly prohibits discrimination based on disability. It guarantees access to healthcare, education and employment.

Laws such as the Employment Equity Act and the Promotion of Equality and Prevention of Unfair Discrimination Act insist on reasonable accommodation for people with disabilities. The White Paper on the Rights of Persons with Disabilities (2015) outlines a strategy to eliminate barriers.

Despite these progressive laws, the criminal justice system faces practical challenges.

Firstly, many courtrooms, police stations and legal procedures remain physically inaccessible to those with mobility impairments.

Secondly, communication support services such as sign language interpreters and materials in Braille or simplified legal language are not always available. It’s often left to individual officials to arrange help.

Thirdly, there’s still societal stigma and discrimination in the justice system. Some law enforcement, prosecution and judiciary personnel have negative attitudes to disability – especially invisible disabilities such as intellectual, psycho-social, or communication impairments.

People with these disabilities are often misunderstood, denied the help they need, or even excluded from legal proceedings.

Fourth, there is inadequate training for criminal justice personnel on disability rights and needs. As a result many do harm without realising it, undermining trust in the justice system.




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Nigeria, Kenya and Ghana

Nigeria, Kenya and Ghana also have legal frameworks that affirm the rights of people with disabilities.

All have ratified the United Nations Convention on the Rights of Persons with Disabilities and have disability laws aimed at fostering inclusion.

Nigeria ratified the convention in 2007 (and the optional protocol in 2010) and passed the Discrimination Against Persons with Disabilities (Prohibition) Act in 2018. The act prohibits discrimination, mandates accessibility, and establishes a national commission for enforcement.

Kenya ratified the UN convention in 2008, integrating it via Article 2(6) of its 2010 constitution. It has the Persons with Disabilities Act (2003, amended) focusing on inclusion in education, employment and public services.

Ghana ratified the convention and optional protocol in 2012, after signing in 2007. The Persons with Disability Act (Act 715 of 2006) promotes rights to education, health, employment and accessibility.

However, like South Africa, there are gaps in enforcement, accessibility and practical steps to accommodate people with disabilities.

In Nigeria, courthouses and police facilities are often inaccessible. And people with intellectual or mental health disabilities often struggle to understand and communicate within the legal process.

Reports of mistreatment and wrongful detention, especially those with psychosocial disabilities, are not uncommon. A notable case highlighted the denial of proper accommodations for a visually impaired person accused of theft.

Kenya’s Persons with Disabilities Act mandates accessible public buildings, including police stations and courts. Yet many facilities remain inaccessible.

There aren’t enough trained personnel who understand the needs of people with disabilities. And public transport – critical for accessing justice – is not always equipped to carry people with mobility impairments.

Ghana’s Disability Act (2006) provides a strong legal foundation, complemented by ratification of the UN convention.

But many public facilities remain inaccessible after the legislated compliance period.

Police misconduct towards people with disabilities, especially those with mental health conditions, has been documented.

Detention conditions are sometimes inhumane. Many people, particularly with psychosocial disabilities, face wrongful imprisonment without fair legal representation.

In all four countries the justice systems do more to accommodate visible disabilities, including mobility or sensory impairments. They neglect intellectual, psychosocial and communication disabilities. This neglect results in misunderstanding, exclusion and discriminatory outcomes.

Cases such as the tragic deaths in South Africa’s Life Esidimeni mental health crisis and incidents of sexual violence against women with disabilities in Kenya and Nigeria highlight the grave consequences of systemic neglect.

They also underscore the urgent need for reforms not only in legal provisions but also in attitudes, resources and operational practices.




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Moving forward: key recommendations for South Africa

South Africa’s strengths in disability rights legislation provide a foundation to build a more inclusive criminal justice system. However, closing the gap between law and lived experience requires focused action:

Enforcement and oversight: Regular audits of courts, police stations and correctional facilities for accessibility compliance must be mandated and resourced. Disability-specific expertise within oversight bodies can improve accountability.

Disability training: Ongoing, mandatory training on disability rights is essential. Collaborating with organisations for disabled people ensures training reflects lived realities.

Standard accommodations: Provision of sign language interpreters, accessible legal documents, and trauma-informed procedures must be codified and resourced. This must include invisible disabilities.

Inclusive policy development: Persons with disabilities and their representative organisations must be part of making and monitoring policy.

Public awareness and anti-stigma campaigns: Changing societal attitudes is key to fostering a culture of respect and inclusion.

Regional collaboration: Sharing best practices and harmonising standards can accelerate progress across the continent.




Read more:
Traditional beliefs inform attitudes to disability in Africa. Why it matters


Next steps

Comparing South Africa to Nigeria, Kenya and Ghana reveals common challenges and highlights the need for systemic, coordinated change.

Disability justice is not solely a matter of legal texts. It’s a complex interplay of attitudes, institutional practices and social inclusion. The approach must address physical, psychological, and social barriers to deliver justice for all citizens.

The Conversation

Azwihangwisi Judith Mphidi does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Disability and access to justice in four African countries: strong laws, weak in practice – https://theconversation.com/disability-and-access-to-justice-in-four-african-countries-strong-laws-weak-in-practice-263987

Abortion laws show that public policy doesn’t always line up with public opinion

Source: The Conversation – USA – By Marlo Rossi, PhD Candidate in Public Affairs & Community Development, Rutgers University–Camden, Rutgers University

Participants in the annual March for Life protests in Washington call for an end to all abortions, on Jan. 23, 2026. CQ-Roll Call/Tom Williams via Getty Images

Representational government rests on a simple idea: that the laws the nation lives under generally reflect what the public wants. In the United States, few issues test that idea more than abortion.

In 2022, the U.S. Supreme Court ruled in Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization that the Constitution does not guarantee a right to an abortion. The decision effectively overturned nearly 50 years of federally protected access to the procedure and returned primary authority over abortion policy to states.

Individual states now have the authority to enact permissive or restrictive abortion laws. These vary substantially, from near-total bans on the procedure – such as in Florida or Texas, where abortion is banned except in very limited circumstances – to guarantees of abortion access that are enshrined in state constitutions, including in California and Vermont.

Abortion serves as a clear example of how difficult it can be to translate public opinion into law. It is an issue where public views have remained relatively consistent over time, with the majority of the public supporting abortion rights according to polls. Still, laws have shifted dramatically from state to state and year to year.

As a researcher who studies the relationship between public opinion and state-level policy, I examine whether laws reflect the preferences of the American public. The dichotomy between abortion protections and restrictions suggests that this dynamic is often more complicated than many people might assume.

State legislatures, courts and election methods – and the interplay between them – all influence how public preferences are translated into law. Additionally, lobbying by well-connected interest groups that may represent a minority viewpoint can exert significant pressure on lawmakers, sometimes outweighing the desires of the broader public.

As a result, there is not always a direct line between what a majority of voters might want and the policies that are enacted.

Where public opinion stands

Despite these broad policy differences, public opinion has remained relatively stable around the abortion issue since the 1970s. Sixty-three percent of Americans say abortion should be legal in all or most cases, compared with 36% who say it should be illegal in all or most cases, according to the Pew Research Center. In 34 states and the District of Columbia, more people say abortion should be legal than say it should be illegal.

Even in states with restrictive policies, opinion is often closely divided. In Utah, where abortion is banned after 18 weeks of pregnancy, public opinion is split nearly down the middle.

Support for abortion does vary by religion, age, education level, political views and gender. Eighty-six percent of religiously unaffiliated Americans say abortion should be legal in all or most cases, compared with 25% of white evangelical Protestants, for example.

Similar divides appear across other partisan or demographic groups. About 85% of those who lean Democratic say abortion should be legal in most cases, according to Pew, compared with about 41% of those who lean Republican. Differences also emerge by education, with college graduates more likely to support legal abortion than those without a college degree. More women than men support abortion access, although the difference is relatively minor – 64% of women, 61% of men.

Abortion on the ballot

In response to the 2022 Dobbs decision, voters in multiple states turned to ballot initiatives, mostly to restore or affirm abortion rights. In 2024, voters in 10 states decided on abortion-related measures. Seven states passed measures to protect abortion rights: Arizona, Colorado, Maryland, Missouri,
Montana, Nevada and New York. Measures to enact protections failed in Florida, Nebraska and South Dakota.

Ballot initiatives are one of the few ways Americans can directly shape policy, though the rules for their passage vary by state. Citizen-generated initiatives are only available in about half the states.

In states such as Arizona and California, simple majorities were able to approve their 2024 measures affirming abortion protections. That same year, 57% of Florida voters supported a similar measure to protect abortion access up to 24 weeks of pregnancy, but that did not meet the state’s 60% threshold for passage of initiatives.

Even in states where ballot initiatives have passed, translating voter preferences into policy is not always a straight line. In Missouri, for example, the state Supreme Court in May 2025 allowed preexisting restrictions to remain in effect while legal challenges to a 2024 abortion rights amendment continued. Because that amendment remains part of the state constitution, legislators have placed a new measure on the November 2026 ballot specifically to repeal those protections and reinstate a nearly total ban.

Seen in this context, the abortion issue represents not only a debate about access. It also offers a clear example of how representation works in practice.

The relationship between public opinion and policy is not always direct or immediate, but is shaped by the institutions and processes that define American democracy.

The Conversation

Marlo Rossi does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Abortion laws show that public policy doesn’t always line up with public opinion – https://theconversation.com/abortion-laws-show-that-public-policy-doesnt-always-line-up-with-public-opinion-274699

Why US third parties perform best in the Northeast

Source: The Conversation – USA – By Bert Johnson, Professor of Political Science, Middlebury College

Hugh McTavish is running as the Independence-Alliance Party candidate for governor of Minnesota in 2026. UCG via Getty Images

A majority of Americans say they are “frustrated” or “angry” – or both – with Republicans and Democrats, according to the Pew Research Center. But that rarely translates into support for independent or third-party candidates.

One exception has been in the Northeast. Angus King of Maine and Bernie Sanders of Vermont are the Senate’s only independents. King, along with Lowell Weicker of Connecticut and Lincoln Chafee of Rhode Island, represent three of the five independent and third-party governors elected nationwide since 1990. And of the 23 current independent or third-party state legislators in the country, excluding technically nonpartisan Nebraska, 14 of them, or 61%, are in New England.

As a political scientist who has taught in Vermont for two decades, I was intrigued by the question of why third-party and independent candidates are so successful, relatively speaking, in the Northeast? And can this region teach us lessons about broadening the choices available to voters?

Market forces

In their classic book “Third Parties in America,” Steven Rosenstone, Roy Behr and Edward Lazarus argue that alternative parties succeed where motivation for third-party voting is high, constraints against doing so are low, or both.

Those may sound like obvious points, but let’s explore them individually. First, motivation. Third parties do better when voters are frustrated with the two major parties and see them as incapable or unwilling to respond to their needs.

Sen. Bernie Sanders holds and leans into a microphone, wearing a heavy coat at an outdoor event.
Bernie Sanders has represented Vermont in the Senate as an independent since 2007 but twice ran for president as a Democrat.
AP Photo/Andres Kudacki

In a polarized national political climate, New Englanders might appear to be good candidates for anger. Vermont gave Donald Trump his smallest share of the 2024 presidential vote of any state – less than a third. Massachusetts was not far behind.

This should not necessarily be interpreted as enthusiasm for the Democrats. Pew found that two-thirds of Democrats are frustrated with their own party.

Channeling some of this discontent, Vermont Gov. Phil Scott, although a Republican, has frequently criticized Trump and accused the president and other politicians in Washington of creating “chaos.”

Still, the idea that discontent explains New England’s openness to third parties and independents clashes with other pieces of the picture. Other states where most voters are hostile to Trump, such as California, Maryland and Illinois, have few successful third-party or independent candidates.

And the Northeast has been fairly friendly territory for third parties and independents in very different national contexts. New England elected far more third-party and independent legislators than other regions back in 2010 as well, at a point during Barack Obama’s presidency when political discontent was most famously centered within the conservative tea party movement.

Limits on minor parties

That brings us to the second possibility: constraints on third parties, or their absence.

Unlike parliamentary democracies, including Brazil and Spain, that use proportional representation – giving some proportion of the seats even to parties that garner small shares of the overall vote – the U.S. system is stacked against third parties because of its “first-past-the-post” electoral system, under which candidates can win with pluralities of the vote.

This type of voting encourages citizens to consider only the two major parties because other candidates are generally considered not to have any realistic shot of winning. This helps explain why Sanders ran for president as a Democrat in 2016 and 2020.

Ross Perot gestures with his left hand while standing between George H.W. Bush and Bill Clinton, both seated on a stage.
Ross Perot was the last third-party candidate to reach a presidential debate stage, here standing between Republican George H.W. Bush and Democrat Bill Clinton in 1992.
AP Photo/Doug Mills

In presidential voting, the Electoral College sinks third-party chances – even if they have wide support – if their voters are not concentrated enough to win individual states. Running as an independent in 1992, businessman Ross Perot won 19% of the national vote but received exactly zero votes in the Electoral College.

These constraints, while formidable in national politics, play out differently at the state and local levels. Absent the Electoral College, there is less of a guarantee that the Democrat and Republican will always be perceived as the two most viable candidates in local races, especially in regions with lopsided support for one party or the other.

In areas with overwhelming Democratic support, the next most viable option might not be a Republican but a progressive. In areas with overwhelming Republican support, Democrats could be less viable than libertarians.

Access to the ballot

But if this is true, why do we not see just as many third-party and independent victories in red states, such as Alabama and Mississippi, as we do in Vermont and Maine? The answer lies in a seemingly mundane but crucial factor: ballot access laws.

States set the rules governing which candidates quality for the ballot. In almost every state, Democrats and Republicans have advantages over other parties or independents. But in the Northeast it is easier for independents and candidates from other parties to get on the ballot.

In no New England state does an independent candidate for a state legislative seat have to collect more than 150 signatures to secure a ballot spot. In Georgia, by contrast, candidates must collect signatures equal to 5% of the total number of registered voters in the jurisdiction holding an election, which can translate into thousands of signatures.

To see the impact of ballot access rules on candidates outside of the major parties, you only need look at one of the few states outside of New England where such candidates have done as well: Alaska.

Alaska has long had ballot access rules that are among the most open in the nation. Candidates for state House races need only pay a filing fee of US$30 to get a ballot line, and it is nearly as easy for them to file as a recognized party or group.

That helps explain why five independents currently serve in the Alaska House, that the state elected as governor a third-party candidate in 1990 and an independent in 2014, and reelected U.S. Sen. Lisa Murkowski as a write-in candidate after she lost the Republican primary in 2010.

Ease of ballot access attracts outsider candidates, increases competition, and gives voters an outlet for their frustrations.

To sum up, if people want more choices in elections, they will need to change the rules.

The Conversation

Bert Johnson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why US third parties perform best in the Northeast – https://theconversation.com/why-us-third-parties-perform-best-in-the-northeast-273749

Making sense of a chaotic planet: How understanding weather and climate risks depends on supercomputers like NCAR’s

Source: The Conversation – USA (2) – By Antonios Mamalakis, Assistant Professor of Data Science and Environmental Science, University of Virginia

Have you ever stopped to wonder how forecasters can predict the weather days in advance, or how scientists figure out how the climate might evolve under different policies?

The Earth system is a vast web of intertwined processes, from microscopic chemical reactions to towering storms. Ocean currents circulating deep in the Atlantic, forests exchanging carbon with the atmosphere, and humans altering the composition of the air all have effects that ripple through the system. These processes are governed by physical laws, such as conservation of mass, energy and momentum.

All of this plays out on such a large scale that no single human mind can truly grasp it in full. And yet, the system is so sensitive that a small perturbation, given enough time, can steer its trajectory in a dramatically different direction. This sensitivity is called “chaos,” also known as the “butterfly effect.” The planet is, at once, immense and delicate.

Despite this complexity and scale, scientists are able to simulate and anticipate how the climate will change.

How is this even possible? Behind the long-term climate projections that affect our lives sits one of the most remarkable scientific achievements of the modern era: climate models that run on supercomputers.

I am a climate data scientist. My colleagues and I try to understand extreme weather and long-term climate risks by using virtual versions of Earth inside these machines.

What a climate model really is

Here is the simplest way to picture a climate model:

Imagine dividing the entire planet into 3D boxes. At the surface, each box might represent an area 50 to 100 kilometers across. Then we stack boxes upward into the atmosphere and downward into the oceans to create a 3D grid wrapping around the globe.

Each box contains numbers: temperature, wind speed, humidity, sea ice thickness, soil moisture and hundreds of other variables. The model contains mathematical expressions that describe how these variables influence one another: how heat moves, how air rises and sinks, how moisture condenses into clouds, how the ocean absorbs and redistributes energy.

A globe with boxes around it and a close-up of some calculations taking place in one of those boxes.
Climate models are systems of differential equations based on the basic laws of physics, fluid motion and chemistry. They divide the planet into a 3D grid, apply the equations and evaluate the results. Within these models, the atmosphere component, for example, calculates winds, heat transfer, radiation, relative humidity and surface hydrology.
NOAA

We then let the model march forward in time, solving the math and updating every variable in every box. Then again. And again.

Now scale that up. Millions of grid boxes. Hundreds of variables per box. Calculations carried out millions of times to simulate decades or even centuries.

And because the system is chaotic, we do not run the model just once. We run it many times with slightly different initial conditions – what scientists call an ensemble – to make sure the result is in fact a true system response to the considered scenario, such as warming temperatures due to increased emissions, and not an effect of chaos.

The result is an astronomical number of calculations. Performing them requires computers capable of executing quadrillions of operations per second – what are known as petaflop-scale supercomputers. A petaflop equals 1 quadrillion – 1,000,000,000,000,000 – calculations per second!

From simulation to real-world decisions

These simulations inform decisions that affect everyday life: how high to elevate homes in flood-prone areas, how to design power grids resilient to prolonged heat waves, how to manage water resources during drought.

Urban planners, engineers, emergency managers and policymakers all rely on information derived from these models.

Dozens of major climate models have been developed around the world by universities, national laboratories and government agencies. Each modeling center builds its own code, makes its own physical assumptions, chooses its own grid resolution and operates its own supercomputing systems. Through international efforts such as the Coupled Model Intercomparison Project, modeling centers agree on common experiments: the same greenhouse gas scenarios and the same volcanic eruptions, for example.

When you hear that extreme rainfall is projected to intensify in a warmer world, or that the Arctic Ocean could become seasonally ice-free within decades, those conclusions are not the result of calculations carried out by a single scientist, a single team of scientists, or even a single model run. They emerge from dozens of independently developed models, run on room-sized supercomputers, under pre-agreed and carefully coordinated experiments.

A map created by an ensemble with multiple computer models shows areas of agreement.
In this example of the use of multiple models, areas in color and without hashmarks indicate regions with high agreement among models, where more than 80% of the models agree on the signs of change. The projections for annual maximum daily precipitation change were made using the Multi-model Coupled Model Intercomparison Project Phase 5 (CMIP5).
IPCC

This global collaboration is one of the reasons scientists know so much about climate change. These shared simulations allow scientists around the world to test hypotheses and explore future risks based on models’ consensus.

It is no surprise that the 2021 Nobel Prize in physics recognized pioneers of climate modeling. These models fundamentally transformed humanity’s ability to understand a complex planet.

There is no alternative way to answer “what if” questions about the future climate system. What happens if carbon dioxide doubles? What if emissions decline rapidly? What if a major volcanic eruption injects aerosols into the stratosphere? Because the climate system is so complex, and forces can push it outside the range of historical experience, the past is no longer a reliable guide to the future. So statistical models aren’t enough.

Artificial intelligence cannot replace this foundation either. AI has made impressive progress in short-term weather prediction, learning patterns from vast historical datasets, and producing forecasts with remarkable speed.

But climate projections require extrapolating to conditions the planet has not experienced in modern history – such as higher greenhouse gas concentrations. AI can accelerate simulations and analyze massive amounts of data today, but it cannot replace solving the physical equations that govern the system.

National supercomputing centers are essential

In the United States, major climate modeling efforts have been supported by national laboratories and federal centers, including NASA and the National Center for Atmospheric Research, or NCAR, along with a few research universities.

At NCAR, scientists developed the Community Earth System Model, a comprehensive climate model that’s arguably one of the best models to date and is used by researchers across the country and around the world to study climate change, severe weather, climate effects on wildfires, and atmospheric patterns. It has helped position the United States at the forefront of climate science and enabled the global research community to tackle some of the most pressing challenges of our time.

Running large ensembles with this model requires powerful hardware, data storage systems capable of handling petabytes of output, and engineers who keep these systems operational. This is not a matter of downloading and running a program on a laptop. It is a national-scale scientific enterprise that makes NCAR and its supercomputer essential.

In a warming climate, the stakes are high. The ability to simulate the Earth system at scale is one of the most powerful tools humanity has to prepare for the risks ahead.

The Conversation

Antonios Mamalakis does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Making sense of a chaotic planet: How understanding weather and climate risks depends on supercomputers like NCAR’s – https://theconversation.com/making-sense-of-a-chaotic-planet-how-understanding-weather-and-climate-risks-depends-on-supercomputers-like-ncars-276376