Le genre en archéologie : un retard français difficile à justifier

Source: The Conversation – in French – By Caroline Trémeaud, Chargée de recherche Service archéologique des Ardennes, UMR 8215 Trajectoires, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

La notion de genre a commencé à émerger en archéologie à la fin des années 1970, dans les pays nordiques et anglo-saxons. Sa conceptualisation théorique se concrétise à partir des années 1990 avec une multiplication des monographies sur cette question, tant en Europe qu’outre-Atlantique. Or, la recherche française en archéologie, notamment en pré- et protohistoire, ne s’est pas du tout intéressée aux problématiques de genre et ne les a pas intégrées à ses recherches. Pourquoi ?


La première moitié du XXe siècle voit apparaître les prémices des réflexions sur la notion de « rôles sexuels » dans les sciences humaines et sociales, avec notamment les travaux de l’anthropologue américaine Margaret Mead. A la fin des années 1950, Simone de Beauvoir marque une étape avec la distinction entre la femelle et la femme, et son célèbre : « On ne naît pas femme, on le devient ».

A partir des années 1970, avec la montée des mouvements féministes, les sciences humaines et sociales s’emparent de la question des femmes. Entre 1970 et 1990, on assiste à une véritable conceptualisation du genre : sa distinction avec le sexe, sa définition comme un système de différenciation, mais aussi de domination. La terminologie est mise en place et le genre apparaît comme une discipline à part entière au sein des sciences humaines et sociales.

Parallèlement, le genre émerge également en archéologie dès la fin des années 1970, dans un premier temps en Préhistoire, où les problématiques liées à l’interprétation des structures sociales étaient très présentes. Les pays nordiques et le monde anglo-saxon s’emparent du sujet au travers de plusieurs séminaires et publications visant à redonner une place aux femmes comme sujet d’étude, et à gommer les biais androcentriques (qui consistent à envisager le monde d’un point de vue masculin). Les problématiques de genre en archéologie sont définitivement ancrées au début des années 1990 comme un champ de recherche à part entière.

Mais l’archéologie française est restée à l’écart de ce phénomène. Cette constatation est récurrente et soulignée par de nombreux chercheurs sur le genre. Il faut attendre le milieu des années 2010 pour que les premiers ouvrages sur ce sujet soient publiés en France.

Le phénomène est d’autant plus curieux que dans les autres disciplines des sciences humaines et sociales, la recherche française n’est pas absente des problématiques de genre : elle s’y est généralement intéressée dans une chronologie similaire à celle du monde anglo-saxon. Comment expliquer donc cette absence en archéologie ?

Une terminologie problématique en France ?

Le problème de légitimité du terme même de « genre », souvent souligné pour les sciences sociales, est à envisager. En effet, la recherche d’occurrences dans les publications fait clairement ressortir l’absence de l’expression « archéologie du genre » mais aussi la présence d’une autre terminologie : « histoire des femmes », « place des femmes ».

Ce problème de vocabulaire pourrait être lié à la polysémie même du terme de genre, qui est souvent évoquée pour expliquer sa moindre utilisation : le mot renvoie au genre grammatical ou au genre des naturalistes (mâle-femelle), voire à la catégorisation en littérature. Ce problème n’est pas propre à l’archéologie, et s’est traduit dans les sciences sociales françaises avec trois appellations successives depuis les années 1970 : « Études sur les femmes », « Études féministes » et, enfin, « Études sur le genre ».

Les mêmes hésitations ou réticences à utiliser le terme genre ont été à l’œuvre en archéologiques mais une trentaine d’années plus tard, dans les années 2010, lorsque les premières thèses sur le sujet sont réalisées. Ainsi, en 2009, le travail doctoral de Chloé Belard a commencé sous l’appellation : « Les femmes en Champagne pendant l’âge du fer et la notion de genre en archéologie funéraire (dernier tiers du VIe – IIIe siècle av. J.-C.) ». Lors de sa publication en 2017, son titre était devenu : « Pour une archéologie du genre, les femmes en Champagne à l’âge du Fer ». De la simple notion, une véritable revendication du terme (et du travail qui en découle) apparaît alors.

La question du vocabulaire reste cependant insuffisante pour expliquer l’absence de recherche sur cette problématique en archéologie. En effet, bien que son usage soit polémique, les problématiques sont apparues dans d’autres disciplines. Alors, pourquoi des études sur la place des femmes, ou les rapports sociaux de sexe n’ont pas émergé en archéologie française, en Pré – et Protohistoire dès les années 1990 ?


Du lundi au vendredi + le dimanche, recevez gratuitement les analyses et décryptages de nos experts pour un autre regard sur l’actualité. Abonnez-vous dès aujourd’hui !


Une discipline peu adaptée ?

L’hypothèse d’une discipline d’où les femmes (chercheuses) seraient absentes, ce qui n’aurait pas permis de prendre le train du genre en marche, n’est pas recevable : les Françaises archéologues n’étaient ni moins nombreuses, ni moins impliquées que dans d’autres pays.

Une hypothèse propre aux particularités de la discipline archéologique (des données trop fragmentaires, trop ponctuelles) pourrait être proposée. Néanmoins, pourquoi cette limite serait-elle propre à la recherche française ? Le monde anglo-saxon a au contraire développé les recherches sur le genre en archéologie.

L’archéologie française est peut-être restée plus longtemps dans une approche « processualiste » de l’archéologie, plus rattachée à l’étude des cultures matérielles, objective et cartésienne des données ; se tenant alors plus éloignée d’une archéologie théorique et de l’archéologie « post-processualiste », alors que cette dernière prenait son essor dans le monde anglo-saxon, facilitant l’émergence des études de genre.

Entre un manque d’institutionnalisation, les difficultés du terme à s’imposer jusque dans les années 2000 et des données à priori peu adaptée à cette problématique, l’absence de genre en archéologie pré – et protohistorique apparaît comme multifactorielle. Aucune hypothèse explicative ne semble suffisante pour justifier cette lacune ? D’autant qu’en archéologie, en France, des questions sur la place des femmes se sont posées lors de certaines fouilles…

Le cas de la Dame de Vix

En février 1953, dans le nord de la Côte d’Or, à Vix, est découverte une sépulture princière de la fin du VIe s. av. J.-C., comportant notamment un torque en or de plus de 400g et un cratère en bronze d’une capacité de 1 100 l. L’absence d’arme lance un vif débat : cela ouvre la possibilité qu’il puisse s’agir d’une tombe féminine.

En archéologie, une tombe masculine particulièrement riche soulève peu de questions d’interprétation : il s’agit probablement d’un personnage dirigeant. Mais s’il s’agit d’une femme, sa richesse n’est que rarement interprétée comme une marque de son propre pouvoir, mais comme le signe qu’elle est liée à un homme puissant (son mari, son père ou son frère…) On pourrait imaginer que le principe du rasoir d’Ockham s’appliquerait : pour une tombe très riche, avec tous les marqueurs de pouvoirs, peu importe le sexe ou le genre de la personne, l’hypothèse d’un personnage dirigeant doit être discutée. Mais ce n’est pas le cas.

Pendant un demi-siècle, articles scientifiques et de recherches vont essayer de répondre à la question : qui est la Dame de Vix ?

Représentation féminine sur une monnaie gauloise, IIe siècle av J.-C.
Représentation féminine sur une monnaie gauloise, IIe siècle av J.-C.
Musée de Bretagne, Rennes, CC BY

Les hypothèses vont se succéder : religieuse, travestissement, situation de régence… En 2002, on suppose même qu’elle devait être extrêmement laide, ce qui lui aurait permis d’avoir une forme de pouvoir spirituel ou religieux, une position sociale prééminente qui expliquerait sa richesse. Il aura fallu des études ADN (récemment confirmée par la réouverture des fouilles) pour que son sexe ne soit plus remis en question : il s’agit bien d’une femme.

L’aspect le plus étonnant n’est pas tant dans la démultiplication des stéréotypes ou le biais hétéronormatif que souligne cette littérature, mais dans une sorte d’aporie : durant ces 50 ans de débats autour de la Dame de Vix, jamais une réflexion plus globale sur la place des femmes ou sur les rapports sociaux de sexe dans ces sociétés ne sera posée. L’analyse reste au niveau anecdotique, sur un cas particulier.

De l’occultation du genre à l’effet de mode

Depuis le milieu des années 2010, les choses s’améliorent. Le dynamisme des études de genre en archéologie est désormais bien visible, que ce soit à travers la multiplication des publications, des travaux universitaires ou encore des journées d’étude. Cette évolution positive permet une visibilité accrue, des échanges renforcés et stimulés.

Il ne manque désormais qu’une reconnaissance de cette spécialité au travers d’une institutionnalisation universitaire avec l’intégration concrète du genre dans les formations et la création de postes spécialisés.

Ces deux dimensions manquent cruellement. En effet, le genre est devenu le mot-clé des institutions pour promouvoir l’égalité. Aussi bénéfique qu’elle soit, cette reconnaissance est à double tranchant. Sans une approche théorique et méthodologique sérieuse, faire du genre en archéologie revient presque à appliquer les mêmes stéréotypes que ceux dénoncés. Le genre est un réel outil que l’archéologie doit s’approprier : il paraît aujourd’hui plus que nécessaire de le définir, le redéfinir et expliquer son pouvoir heuristique, pour éviter les dérives interprétatives et abus théoriques.

La légitimation du genre en archéologie semble acquise. Désormais, l’archéologie se doit de dépasser l’engouement et produire une archéologie du genre rigoureuse.


Cet article est publié dans le cadre de la série « Regards croisés : culture, recherche et société », publiée avec le soutien de la Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle du ministère de la culture.

The Conversation

Caroline Trémeaud a reçu des financements de l’Institut Emilie du Châtelet, sous la forme d’une allocation doctorale finançant cette recherche.

ref. Le genre en archéologie : un retard français difficile à justifier – https://theconversation.com/le-genre-en-archeologie-un-retard-francais-difficile-a-justifier-255321

L’école face aux fake news : apprendre à décrypter les discours pour former des citoyens avertis

Source: The Conversation – in French – By Marie Coutant, Doctorante en Didactique des Disciplines (LAB-E3D), Université de Bordeaux

Dans un monde où les discours circulent de plus en plus vite et peuvent être générés par des machines, il importe plus que jamais d’apprendre aux élèves à remettre en contexte ce qu’ils lisent et à comparer leurs sources, en s’interrogeant sur les intentions des locuteurs. Exemple en classe de CM2.


Dans un contexte marqué par une surabondance d’informations issues des réseaux sociaux et d’internet, il devient de plus en plus difficile, pour les jeunes, de distinguer les sources fiables des contenus mensongers. Dans ce contexte, le rôle des enseignants dans le développement des compétences critiques des élèves s’avère crucial.

Peu de chercheurs en didactique se sont véritablement attelés à définir ce que recouvre la notion de critique. Ce n’est pas une discipline officiellement enseignée. Cette notion est transversale, on parle plutôt de compétence critique ou de pensée critique.

Voici ce que propose Hannah Arendt dans Juger, sur la philosophie politique de Kant : « Le penser critique n’est possible que là où les points de vue de tous les autres sont ouverts à l’examen ». L’examen c’est l’analyse, l’observation minutieuse d’un élément pour établir une réalité. En histoire, il est difficile d’établir une vérité en dehors des faits, un document portant toujours le point de vue de celui qui l’a créé. On préfère donc le terme de réalité. Afin de mener cet examen, comment s’y prend-on ? Quel processus peut être mis en œuvre ?

Le rôle de l’enseignant

La classe se structure autour de plusieurs pôles : l’enseignant, les élèves et le savoir en jeu, constituant ce que l’on désigne généralement comme le triangle didactique. En amont de la séance, l’enseignant engage une réflexion préalable sur les savoirs à transmettre. Il est alors pertinent d’analyser les modalités concrètes qu’il mobilise en situation d’enseignement, sous la forme de gestes professionnels.

L’enseignant va utiliser cet outil pour guider, orienter les élèves vers le savoir qu’il a décidé de viser : ici, la compétence critique. Étudier son rôle et son langage est donc une entrée pour mieux comprendre le discours des élèves et, à travers leurs paroles, leur faire apprendre un savoir, une compétence. Le discours de l’enseignant va être analysé au prisme de ce qu’on appelle les gestes professionnels langagiers didactiques.

Ce concept de gestes professionnels trouve son origine dans la psychologie du travail. Il renvoie d’abord à des gestes corporels : l’enseignant se déplace, mobilise ses mains et exprime des intentions à travers ses mimiques. Ces gestes sont qualifiés de « professionnels » car ils contribuent à l’instauration de codes partagés au sein de la classe (corriger des copies par exemple). Ils sont également langagiers, dans la mesure où le langage constitue l’outil central de l’enseignant pour transmettre des connaissances : il s’agit d’un discours structuré autour d’un objectif d’apprentissage. Enfin, ces gestes sont didactiques, en ce qu’ils participent à la construction d’un savoir ciblé. Cet ensemble de gestes relève d’un processus d’étayage, visant à guider et orienter l’activité cognitive des élèves.

L’enseignant mobilise le langage de diverses manières : pour mettre en lumière le thème de la discussion (geste de focalisation), valoriser l’intervention d’un élève en la reprenant (geste de reprise), attirer l’attention sur un élément pertinent à analyser (geste de pointage), reformuler et enrichir les propos d’un élève (geste de reformulation), ou encore établir des liens avec des connaissances précédemment construites (geste de tissage didactique).

Ces gestes de l’enseignant peuvent amener les élèves à se poser des questions, à réfléchir et à débuter la construction d’une compétence critique.

Un cours d’histoire en CM2

Les données sont recueillies dans une classe de CM2 lors des séances d’histoire. La démarche de cette recherche est d’étudier des lettres de poilus présentant des points de vue différents, voire divergents. Les élèves sont confrontés à l’avis de quelqu’un qui a vraiment existé et qui nous livre sa pensée. Les élèves sont amenés à utiliser les mêmes outils que les historiens pour comprendre les documents : mener des enquêtes.

Ici il s’agit de deux lettres de poilus (Giono et Prieur) qui ont écrit en étant au même endroit (1916 à Verdun) mais pas tout à fait au même moment. Voici les lettres transcrites.

Initier les élèves à un questionnement méthodique

Afin de mettre en évidence l’intérêt des gestes professionnels langagiers didactiques dans les propos de l’enseignante et leur rôle dans la construction d’une pensée critique, nous analysons un échange portant sur la lettre de Giono (la lettre de Prieur ayant également été travaillée en classe). L’enseignante est désignée par l’abréviation PE, et les prénoms des élèves ont été modifiés. La transcription rend fidèlement les échanges, y compris les erreurs de langage. Les gestes professionnels langagiers didactiques repérés sont signalés en gras.


Fourni par l’auteur

Dans le tour de parole 335, l’enseignante focalise l’attention des élèves sur l’objet de la discussion, à savoir la lettre de Giono. Elle reformule alors l’intervention d’une élève en soulignant que la lettre de Prieur « dit la vérité ». Elle oriente ensuite le regard des élèves vers la lettre de Giono et les invite à réfléchir à la question de sa véracité.

Cela entraîne des réponses intéressantes de la part des élèves : « il ment » (Giono), un autre précise « il dissimule la vérité ». Les élèves questionnent le contenu de la lettre de Giono et réalisent que l’auteur ment : ce que dit Giono est donc potentiellement faux.

L’enseignante reprend sans modification l’intervention d’Archie et demande des précisions sur les indices qui le mènent à cette conclusion.

L’enseignante précise sa question : que manque-t-il dans cette lettre pour être crédible ?

Les élèves répondent de deux manières : en citant les éléments manquants tel le lexique en lien avec le domaine de la guerre (qui sont évoqués dans la lettre de Prieur) et, en réalisant que l’auteur parle de joie, terme qui ne coïncide pas avec la thématique guerrière.

L’enseignante reprend la remarque d’Archie sur le mot « joie » en donnant son avis (« choquant »). Elle incite les élèves à continuer leur enquête en cherchant d’autres mots inattendus dans la lettre de Giono. Archie trouve tout de suite le mot « heureux ».


Fourni par l’auteur

L’enseignante questionne ensuite les élèves dans l’objectif de replacer la situation dans un contexte qui leur permet de comprendre le décalage entre être heureux et être en guerre. Elle engage un tissage didactique, pour chercher un lien entre ce qu’ils connaissent et ce qui est travaillé en classe : « A quel moment de votre vie vous êtes heureux ? »

Jane se positionne et estime que Giono dit la vérité, mais la sienne, en omettant l’aspect négatif que représentent la guerre et ses combats.

Les élèves comprennent ensuite que Giono s’adresse à ses parents âgés et qu’il cherche à ne pas les inquiéter. La compétence critique permet alors aux élèves de saisir non seulement ce que dit l’auteur, mais surtout pourquoi il le formule de cette manière et pas autrement. Elle les amène à comprendre qu’un texte ne se limite pas à transmettre une information : il produit un discours – au sens fort du terme – qui poursuit un objectif spécifique (ici, rassurer ses parents). Les gestes de l’enseignante visent précisément à guider les élèves vers cette compréhension.

Initier les élèves à un questionnement méthodique permettant de mieux comprendre la fonction d’un document relève de gestes professionnels que l’enseignant peut mettre en œuvre en classe. On le voit bien dans cet extrait de transcription : l’enseignante pose des questions pour orienter la réflexion des élèves et cela permet aux élèves de questionner ce qu’ils lisent.

Face aux réseaux sociaux, l’école primaire et le travail autour de la compétence critique doivent permettre aux jeunes d’être en mesure d’analyser les informations reçues et de pouvoir les trier.

The Conversation

Marie Coutant ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’école face aux fake news : apprendre à décrypter les discours pour former des citoyens avertis – https://theconversation.com/lecole-face-aux-fake-news-apprendre-a-decrypter-les-discours-pour-former-des-citoyens-avertis-258036

Le « Parti de l’Amérique » d’Elon Musk peut-il faire vaciller le bipartisme ?

Source: The Conversation – in French – By Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po

Les tensions entre Donald Trump et Elon Musk semblent avoir atteint un point de non-retour. Le milliardaire de la tech vient d’annoncer la création de sa propre formation politique, le « Parti de l’Amérique ». Si le bipartisme paraît gravé dans le marbre du système états-unien, cette tentative de troisième voie s’inscrit dans une longue tradition de contestation – avec, jusqu’ici, un succès limité.


L’histoire politique des États-Unis a souvent été façonnée par des élans de colère : colère contre l’injustice, contre l’inaction, contre le consensus mou. À travers cette rage parfois viscérale surgit l’énergie de la rupture, qui pousse des figures marginales ou charismatiques à se dresser contre l’ordre établi.

En ce sens, le lancement par Elon Musk du Parti de l’Amérique (« American Party ») s’inscrit dans une tradition d’initiatives politiques issues de la frustration à l’égard d’un système bipartisan jugé, selon les cas, sclérosé, trop prévisible ou trop perméable aux extrêmes. Ce geste politique radical annonce-t-il l’émergence d’une force durable ou ne sera-t-il qu’un soubresaut médiatique de plus dans un paysage déjà saturé ?

Le système bipartisan : stabilité, stagnation et quête d’alternatives

Depuis le début du XIXe siècle, le paysage politique américain repose sur un duopole institutionnalisé entre le Parti démocrate et le Parti républicain. Ce système, bien que traversé par des courants internes parfois contradictoires, a globalement permis de canaliser les tensions politiques et de préserver la stabilité démocratique du pays.

L’alternance régulière entre ces deux forces a assuré une continuité institutionnelle, mais au prix d’un verrouillage systémique qui marginalise les initiatives politiques émergentes. Le scrutin uninominal majoritaire à un tour, combiné à une logique dite de « winner takes all » (lors d’une élection présidentielle, le candidat vainqueur dans un État « empoche » l’ensemble des grands électeurs de cet État), constitue un obstacle structurel majeur pour les nouveaux acteurs politiques, rendant leur succès improbable sans une réforme profonde du système électoral.




À lire aussi :
Débat : Aux États-Unis, le problème est le scrutin majoritaire, pas le collège électoral


Historiquement, plusieurs tentatives ont cherché à briser ce duopole. L’exemple le plus emblématique reste celui de Theodore Roosevelt (président de 1901 à 1909), qui, en 1912, fonda le Progressive Party (ou Bull Moose Party), dont il devint le candidat à la présidentielle de cette année. Le président sortant, William Howard Taft, républicain, vit alors une grande partie des voix républicaines se porter sur la candidature de Roosevelt, qui était membre du Parti républicain durant ses deux mandats, ce dernier obtenant 27 % des suffrages contre 23 % pour Taft ; le candidat du parti démocrate, Woodrow Wilson, fut aisément élu.

Plus récemment, en 1992, dans une configuration assez similaire, le milliardaire texan Ross Perot capta près de 20 % des voix en tant que candidat indépendant lors de l’élection remportée par le démocrate Bill Clinton devant le président sortant, le républicain George H. Bush, auquel la présence de Perot coûta sans doute un nombre considérable de voix. Perot allait ensuite fonder le Reform Party en 1995. Sa rhétorique anti-establishment séduisit un électorat désabusé, mais son mouvement s’effondra rapidement, victime d’un manque de structure organisationnelle, d’idéologie claire et d’ancrage local.

Ross Perot (à droite) lors du troisième débat l’opposant à Bill Clinton et à George H. Bush lors de la campagne présidentielle de 1992.
George Bush Presidential Library and Museum

D’autres figures, telles que les écologistes Ralph Nader (2000, 2004, 2008) et Jill Stein (2012, 2016, 2024) ou le libertarien Gary Johnson (2012 et 2016), ont également porté des candidatures alternatives, mais leur impact est resté marginal, faute de relais institutionnels et d’un soutien électoral durable.

Cette récurrence de la demande pour une « troisième voie » reflète la complexité croissante de l’électorat américain, composé de modérés frustrés par l’immobilisme partisan, de centristes orphelins d’une représentation adéquate et d’indépendants en quête de solutions pragmatiques. Ce mécontentement, ancré dans la perception d’un système bipartisan sclérosé, offre un terrain fertile à des entreprises politiques disruptives, telles que le Parti de l’Amérique d’Elon Musk, qui cherche à transformer cette frustration en une force politique viable.

Le Parti de l’Amérique : une réappropriation symbolique et une réponse au trumpisme

Le choix du nom « Parti de l’Amérique » n’est pas anodin ; il constitue une déclaration politique en soi. En adoptant l’adjectif « American », Musk opère une réappropriation symbolique de l’identité nationale, se positionnant comme une force de rassemblement transcendant les clivages partisans.

Cette stratégie rhétorique vise à redéfinir le débat sur ce que signifie être « américain », un enjeu central dans le discours politique contemporain. Le nom, volontairement générique, cherche à minimiser les connotations idéologiques spécifiques (progressisme, conservatisme, libertarianisme) pour privilégier une identité englobante, à la fois patriotique et universelle, susceptible d’attirer un électorat lassé des divisions partisanes. En outre, en reprenant cette dénomination, qui a été celle de plusieurs formations politiques par le passé, Musk joue avec une mémoire politique oubliée, tout en expurgeant ce terme de ses anciennes connotations xénophobes pour en faire un vecteur d’unité et de modernité.

En effet, dans l’histoire des États-Unis, plusieurs partis politiques ont porté le nom d’American Party bien avant l’initiative d’Elon Musk. Le plus célèbre fut l’American Party des années 1850, aussi connu sous le nom de Know-Nothing Party, un mouvement nativiste opposé à l’immigration, en particulier à celle des catholiques irlandais. Fondé vers 1849, il a connu un succès politique important pendant quelques années, faisant élire des gouverneurs et des membres du Congrès, et présentant l’ancien président Millard Fillmore (1850-1853) comme candidat à l’élection présidentielle de 1856.

Après le déclin de ce mouvement, d’autres partis ont adopté le même nom, notamment dans les années 1870, mais sans impact significatif. En 1924, un autre American Party émerge brièvement comme plate-forme alternative, sans succès durable. Le nom est aussi parfois confondu avec l’American Independent Party, fondé en 1967 pour soutenir George Wallace, connu pour ses positions ségrégationnistes ; ce parti a parfois été rebaptisé American Party dans certains États.

En 1969, une scission de ce dernier a donné naissance à un nouvel American Party, conservateur et anti-communiste. Par la suite, divers petits groupes ont repris ce nom pour promouvoir un patriotisme exacerbé, des idées anti-globalistes ou un retour aux valeurs fondatrices, mais sans réelle influence nationale. Ainsi, le nom American Party a été utilisé à plusieurs reprises dans l’histoire politique américaine, souvent par des partis à tendance nativiste, populiste ou conservatrice, et porte donc une charge idéologique forte.

Le lancement du Parti de l’Amérique de Musk s’inscrit également dans une opposition explicite au trumpisme, perçu comme une dérive populiste du conservatisme traditionnel. Musk, par sa critique des projets budgétaires de Donald Trump, exprime une colère ciblée contre ce qu’il considère comme une gestion économique irresponsable et des politiques publiques inefficaces.

Cette opposition ne se limite pas à une divergence tactique, mais reflète une volonté de proposer une alternative fondée sur une vision techno-libérale, où l’innovation, la rationalité scientifique et l’entrepreneuriat occupent une place centrale. Le Parti de l’Amérique se présente ainsi comme un refuge pour les électeurs désenchantés par les excès du trumpisme et par les dérives perçues du progressisme démocrate, cherchant à dépasser le clivage gauche-droite au profit d’un pragmatisme axé sur l’efficacité, la transparence et la performance publique.

Une idéologie floue : aspirations économiques plutôt que fondements doctrinaires

Le Parti de l’Amérique, malgré son ambition de réinventer la politique américaine, souffre d’une absence de fondements idéologiques cohérents. Plutôt que de s’appuyer sur une doctrine politique clairement définie, le mouvement semble guidé par des aspirations économiques et financières, portées par la vision entrepreneuriale de Musk.

Cette approche privilégie la méritocratie technologique, l’optimisation des ressources publiques et une forme de libertarianisme modéré, qui rejette les excès de la régulation étatique tout en évitant les dérives de l’anarcho-capitalisme. Cependant, cette orientation, centrée sur l’efficacité et l’innovation, risque de se réduire à un programme technocratique, dénué d’une vision sociétale ou éthique plus large.

Le discours du Parti de l’Amérique met en avant la promesse de « rendre leur liberté aux Américains » mais la nature de cette liberté reste ambiguë. S’agit-il d’une liberté économique, centrée sur la réduction des contraintes fiscales et réglementaires pour les entrepreneurs et les innovateurs ? Ou bien d’une liberté plus abstraite, englobant des valeurs civiques et sociales ? L’absence de clarification sur ce point soulève des questions quant à la capacité du parti à fédérer un électorat diversifié.




À lire aussi :
Du populisme de plateforme au populisme politique : Elon Musk change d’échelle


En se focalisant sur des objectifs économiques – tels que la promotion des mégadonnées, de l’intelligence artificielle et de l’entrepreneuriat – au détriment d’une réflexion sur les enjeux sociaux, culturels ou environnementaux, le Parti de l’Amérique risque de se limiter à une élite technophile, éloignant les électeurs en quête d’un projet politique plus inclusif. Cette orientation économique, bien que séduisante pour certains segments de la population, pourrait ainsi entraver la construction d’une base électorale suffisamment large pour concurrencer les partis établis.

Les défis de la viabilité : entre ambition et réalité électorale

La viabilité du Parti de l’Amérique repose sur plusieurs facteurs décisifs : sa capacité à s’implanter localement, à recruter des figures politiques crédibles, à mobiliser des ressources financières et médiatiques durables, et surtout à convaincre un électorat de plus en plus méfiant à l’égard des promesses politiques.

Si Elon Musk dispose d’un capital symbolique et économique considérable, sa transformation en une dynamique collective reste incertaine. Le système électoral américain, avec ses mécanismes favorisant les grands partis, constitue un obstacle majeur. Sans une crise systémique ou une réforme électorale d’envergure, le Parti de l’Amérique risque de reproduire le destin éphémère de ses prédécesseurs.

De plus, la figure de Musk est profondément polarisante. Sa colère, catalyseur de cette initiative, traduit un malaise réel dans la société américaine, mais sa capacité à fédérer au-delà de son audience habituelle – composée d’entrepreneurs, de technophiles et de libertariens – reste à démontrer. Le succès du Parti de l’Amérique dépendra de sa capacité à transcender l’image de son fondateur (lequel ne pourra pas, en tout état de cause, se présenter à l’élection présidentielle car il n’est pas né aux États-Unis) pour incarner un mouvement collectif, ancré dans des structures locales et des propositions concrètes.

L’histoire politique américaine montre que les mouvements de troisième voie, bien que porteurs d’espoir, peinent à s’inscrire dans la durée face aux contraintes structurelles du système électoral.

Le Parti de l’Amérique, malgré l’aura de son instigateur, risque de demeurer un sursaut protestataire plutôt qu’une force durable. Toutefois, il révèle une vérité profonde : l’Amérique contemporaine est en quête d’un nouveau récit politique, et la colère, lorsqu’elle est canalisée, peut parfois poser les bases d’une transformation.

Reste à savoir si le « grand soir » annoncé par Musk saura prendre racine ou s’évanouira dans le tumulte électoral.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le « Parti de l’Amérique » d’Elon Musk peut-il faire vaciller le bipartisme ? – https://theconversation.com/le-parti-de-lamerique-delon-musk-peut-il-faire-vaciller-le-bipartisme-260569

Réforme des retraites : quelle est la valeur juridique d’un « conclave » ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Stéphane Lamaire, Professeur associé au CNAM en droit du travail, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Le gouvernement espère toujours un accord entre partenaires sociaux dans le cadre du conclave sur la réforme des retraites. Mais quelle serait la valeur juridique de ce « conclave » ?


Tentant de clore le vif débat ouvert par l’adoption de la Loi au sujet du recul de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, le 1er ministre a proposé aux représentants des salariés et des employeurs une procédure qu’il a qualifié de « conclave ». Cette dénomination évoquant la désignation d’un nouveau pape est d’autant plus mal choisie qu’elle renvoie en réalité à une vieille procédure fort républicaine de « concertation ». Quels sont ses fondements et ses modalités ?

La « concertation » selon la loi

Notre système politique a longtemps connu une tradition de « concertation » informelle ayant porté ses fruits en donnant lieu à des accords interprofessionnels fondateurs notamment dans le domaine des retraites (accords sur les régimes complémentaires de retraites des salariés cadres – AGIRC – en 1947 ainsi que non-cadres – ARRCO – en 1961). Toutefois la loi du 31 janvier 2007 a institué une procédure de « concertation » préalable aux votes de projets de Loi portant sur les relations individuelles et collectives du travail, l’emploi et la formation professionnelle.

Pour certains, cette institutionnalisation de la participation des parties prenantes à la formation de la loi représente un effort méritoire accordant une nouvelle place aux destinataires de la loi, mais pour d’autres il s’agit bien au contraire d’un abaissement supplémentaire de la place du parlement, voire une atteinte inadmissible à la souveraineté du peuple s’exprimant normalement par la représentation parlementaire. En effet, l’article 3 de notre Constitution précise que : « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du referendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice ». Par conséquent, dans les différentes branches du droit, la Loi est exclusivement formée par des parlementaires, le cas échéant sur un projet du gouvernement.

Néanmoins, en matière de droit du travail, la formation de la loi fait désormais l’objet d’une délibération publique associant divers acteurs privés considérés comme représentatifs et dont l’avis est sollicité de façon formelle. Cette procédure ne se confond pourtant pas avec la consécration d’une négociation collective interprofessionnelle préalable au vote de la Loi. Il ne s’agit pas de prévenir (ou de régler) un éventuel antagonisme social par le procédé de la négociation collective, mais de préférer un « dialogue » afin d’obtenir une mise en œuvre efficace des réformes voulues par les autorités publiques.

Pas de compétence autonome des partenaires sociaux

Dans plusieurs systèmes juridiques, comme en Allemagne (l’article 9, alinéa 3 de la constitution allemande, les acteurs sociaux ont obtenu un champ de compétence autonome constituant un domaine réservé en matière de droit du travail. C’est ce qu’ont réclamé les partenaires sociaux français (positions communes des 16 juillet 2001 et 9 avril 2008 sans obtenir satisfaction. En droit français, il n’existe pas de liste de thèmes pour lesquels les protagonistes sociaux bénéficient d’une priorité d’intervention leur permettant de supplanter le législateur. Si le principe constitutionnel de participation garantit et soutient la contribution de la négociation collective à la production normative du droit du travail, le législateur fixer toujours les grands principes.

La « concertation » représente donc un prudent englobement de la « démocratie sociale » par la « démocratie politique », conférant aux acteurs sociaux la possibilité de discuter les termes des projets de réformes du droit du travail mais conservant au bout du compte au législateur le pouvoir du « dernier mot » comme l’écrit Alain Supiot.

Un gouvernement peu contraint par la « concertation »

En outre, l’examen de la portée effective de cette « concertation » démontre sa modestie. Soulignons d’abord que les modalités prescrites sont très peu contraignantes. En effet, le Conseil Constitutionnel et le Conseil d’État estiment que si la Loi adoptée n’a pas respecté la procédure prévue par les articles n°1 et suivants du Code du travail, mais qu’elle a tout de même suivi une procédure de « concertation » au moins équivalente, alors elle peut être jugée comme conforme à la Constitution. Il en découle que le gouvernement peut changer selon sa guise les modalités de la « concertation ». De surcroît, il peut décider d’étendre le domaine des thèmes soumis à la procédure en question comme il le fait actuellement au sujet de l’âge légal de départ à la retraite.

Par la suite, les acteurs professionnels ont le choix de donner une suite favorable ou défavorable à une sollicitation entièrement formulée par les pouvoirs publics. En cas de refus, liberté est laissée au gouvernement de former son projet de façon unilatérale. Cependant s’ils décident de se saisir du sujet, le gouvernement doit attendre la fin de leurs pourparlers. Dans l’hypothèse de la conclusion d’un accord dont le contenu a pour effet de modifier la Loi, le gouvernement se trouve dans l’obligation de reprendre à son compte le texte conventionnel par le biais d’un projet de Loi. Dès lors, celui-ci peut reprendre fidèlement à son compte le texte issu de la négociation collective en l’incorporant intégralement à la Loi ou se réserver la possibilité de le réécrire par addition ou soustraction. Enfin, le projet en question est ensuite soumis au pouvoir d’amendement et de vote du parlement.

En cas d’échec des négociations, le gouvernement a la possibilité d’abandonner son initiative, ou de reprendre les fragments de compromis sociaux de son choix, pour présenter son propre projet au parlement. Selon ces différentes hypothèses, il doit éviter un procès en déloyauté de la part de signataires bafoués ou de négociateurs incapables de trouver un compromis. Dès lors, les marges de manœuvre sont plus ou moins larges selon les diverses situations mais à coup sûr relativement étroites en cas de conclusion d’un accord sur la base d’un large consensus des acteurs professionnels. Il en ressort que le champ de la coproduction des normes légales du travail s’apparente à un espace où le législateur et les protagonistes sociaux se surveillent et formulent des reproches réciproques.

En somme, par le biais de cette modeste procédure, le gouvernement trouve avantage à déléguer de manière contrôlée la formation de la Loi aux acteurs professionnels représentatifs soit pour se délier de sa responsabilité soit pour tenter de renforcer sa légitimité.

The Conversation

Stéphane Lamaire ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Réforme des retraites : quelle est la valeur juridique d’un « conclave » ? – https://theconversation.com/reforme-des-retraites-quelle-est-la-valeur-juridique-dun-conclave-260451

Overuse of riprap to prevent riverbank erosion is harming B.C. rivers

Source: The Conversation – Canada – By Charlotte Milne, PhD Candidate, Institute for Resources, Environment and Sustainability, University of British Columbia

Every spring, melting snow and heavy rainfall brings a higher risk of flooding and riverbank erosion to parts of Canada. Bank erosion is responsible for a significant portion of annual flood damage in Canada, with estimates suggesting the costs could grow as high as $13.6 billion anually by the end of the century.

In British Columbia, erosion is primarily managed by “hardening” riverbanks with large rocks called riprap. These rocks are so prevalent along B.C. rivers that you might think they are part of the natural environment, but they are not.

Hardened riverbanks offer temporary protection from river movement, but riprap can lead to degraded rivers. Erosion is a natural process that helps maintain healthy and diverse river habitat. However, as societies expand, there is more demand to control river movement and prevent erosion.

Through my work as a river scientist and flood risk researcher in New Zealand and Canada, I have witnessed the sometimes devastating impacts of river erosion and have also seen just how lifeless rivers can become when overly restricted.

Of course we need to protect people, property and infrastructure from riverbank erosion. But current erosion management is hurting B.C. rivers.

The problem with riprap

Riprap is essential for stabilizing riverbanks when infrastructure and property are at immediate risk. The rocks are often laid down as “temporary” erosion prevention before or during floods.

The problem is, if you harden one area with riprap, that bank transfers the erosion-hungry current elsewhere, driving the need for further riprap to be installed.

The exact impact that riprap is having on B.C. waterways requires more research, but professionals working in the province’s rivers are already seeing the damage.

During a workshop I led with colleagues from Resilient Waters and Watershed Watch, we found that in a group of 83 river and flood management professionals, 53 had witnessed adverse impacts from riprap use in the province’s Lower Mainland region.

It is now estimated that more than half of the gravel sections of the Fraser River have been hardened through riprap. To date, there has been limited consideration of the environmental consequences of such widespread bank hardening.

Riprap can bury the shallow spawning habitats preferred by many fish. It can prevent the “undercutting” of banks, a process that creates important spaces that salmon species prefer for shelter.

In addition, riprap causes water temperatures to rise as rocks trap heat from sunlight that would normally be shaded by riparian vegetation. That lack of vegetation also means less wood and debris in the rivers, which would normally add essential habitat complexity that is preferred by many fish species.

Riprap also acts as a potential migration barrier for salmon and other species trying to navigate the riverbanks. Finally, as riprap lessens available habitat for indigenous species, it can offer preferential habitat for invasive ones instead.

Given the potential for environmental harm, there have been calls to limit riprap use in British Columbia. Experts have suggested it should only be used in essential cases, ideally in river systems that are already heavily impacted by humans.

Bioengineering, revegetation alternatives

The good news is that there are bank-stabilizing alternatives to riprap.

Bioengineering involves using vegetation to create or support engineered structures. For example, live tree cuttings can be woven together to create wattles or brush mattresses. This process creates living tree walls and coverings that grow and strengthen over time.

Revegetation is another approach, using riparian planting to strengthen riverbanks with root systems. In some cases, this can be as simple as laying down seeds at the right time of year, often with other erosion control options like mulch terraces.

The key to the success of bioengineering and revegetation efforts is that they need to be done proactively. Unlike riprap, which can be installed as an emergency response measure, vegetation needs time to grow.

Next steps for B.C.

boulders along a shoreline near some trees. Buildings are seen in the background
Riprap along part of Vancouver’s False Creek in July 2020. Given the potential for environmental harm, there have been calls to limit riprap use in British Columbia.
(Shutterstock)

Is it possible to move on from our over-reliance on riprap in B.C.?

During our workshop, experts discussed what needs to happen to support environmentally friendly bank stabilization options.

First off, we need to be talking about the overuse of riprap more. Currently, decision-makers and property-owners are often unaware of the potential harm that riprap can have on our rivers, or that alternatives exist. While many alternatives won’t be appropriate in extreme erosion cases, for the province’s smaller and healthier rivers, they would be ideal.

For this to happen, the bank-stabilization regulation process in B.C. needs to change. Currently it is hard to receive consent or funding to undertake bank strengthening activities outside of emergency riprap installation.

The B.C. government needs to adapt local guidelines and regulations to allow wider use of alternative methods, prioritizing proactive bank strengthening. They can draw on findings from elsewhere in Canada where alternative bank-stabilization options are already being tested.

Shifting away from a dependence on riprap won’t be easy, but in a province that relies on healthy rivers and fish, it should be a priority.

As one workshop attendee put it: “We don’t want to see sterile kilometres of riprap.”

The Conversation

Charlotte Milne receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada and the Public Scholars Initiative at UBC. The research mentioned in this article received funding from UBC’s Sustainability Scholars Program and support from Resilient Waters and the Watershed Watch Salmon Society.

ref. Overuse of riprap to prevent riverbank erosion is harming B.C. rivers – https://theconversation.com/overuse-of-riprap-to-prevent-riverbank-erosion-is-harming-b-c-rivers-255283

Cumbre 2025: los BRICS abrazan el multilateralismo y piden reformas en las organizaciones globales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ulf Thoene, Profesor Asociado de Ética Empresarial y Organizacional, Universidad de La Sabana

Banderas de los países que integran el grupo de los BRICS. https://www.shutterstock.com/es/image-photo/photo-flags-brics-membership-concept-summit-2353838495

La cumbre número 17 de los BRICS, que acaba de celebrarse en Río de Janeiro (6 y 7 de julio de 2025), representa un momento crucial para los países emergentes que se han constituido en bloque alternativo al G7, el cual reúne los siete países con mayor peso político, económico y militar a escala global.

El grupo de los BRICS, creado por Brasil, Rusia, India, China y Sudáfrica, cuenta ahora con 10 miembros plenos –dado que persisten dudas sobre la membresía plena de Arabia Saudita, que no ha ratificado su pertenencia– y 10 países socios de diversas regiones del mundo.

BRICS, una fuerza geopolítica global

La Declaración de Río subraya la intención de los BRICS de ir más allá de una plataforma de coordinación económica para convertirse en una fuerza significativa en la geopolítica global. Además, aborda los nuevos y complejos desafíos de seguridad y reafirma su compromiso con un orden mundial multipolar.

Ante los conflictos globales crecientes y la instauración de nuevas políticas comerciales, más proteccionistas (especialmente de EE. UU.), la cumbre resalta la creciente ambición del bloque y su disposición para lograr consensos.

Ausencias destacadas

Ya la cumbre BRICS 2024 (celebrada en Kazán, Rusia) marcó un precedente por su alta participación y una declaración detallada en apoyo del multilateralismo, la cooperación económica y financiera, y los movimientos migratorios entre sus países miembros. Ahora, la presidencia de Brasil prioriza la gobernanza global inclusiva y la colaboración entre naciones en desarrollo.

Sin embargo, han faltado a esta cita dos líderes destacados de los países BRICS: el presidente ruso Vladímir Putin y el presidente chino Xi Jinping. Putin, sobre quien pesa una orden de detención de la Corte Penal Internacional, decidió no asistir por temor a que su avión pudiera ser interceptado. La ausencia de Xi probablemente sea deliberada: Rusia y China dominan el bloque y el líder chino podría haber sido reacio a liderar el encuentro sin la presencia de Putin.

La seguridad como eje central

La Declaración de Río resalta el creciente compromiso de los BRICS con la geopolítica y la seguridad global, una tendencia que ha ido ganando fuerza desde la cumbre de 2022, celebrada en Pekín (China).

Aunque el conflicto en Ucrania recibe menos atención este año, el Medio Oriente y África son preocupaciones principales. Por ello, el presidente brasileño, Luiz Inácio Lula Da Silva, ha propuesto en esta cumbre la reforma del Consejo de Seguridad de Naciones Unidas.

Además, se ha abordado la cuestión del terrorismo con una condena explícita de los ataques en Jammu y Cachemira del pasado abril. La declaración también señala los conflictos en Sudán, Siria y Haití, y hace un llamamiento a la paz y a mantener la acción humanitaria en las zonas en conflicto.

Objetivos económicos y disputas comerciales

A pesar del énfasis puesto en la seguridad global, la misión central de BRICS sigue siendo la coordinación económica y la reforma multilateral. La declaración respalda el desarrollo sostenible, las iniciativas climáticas, la digitalización, la inteligencia artificial, el desarrollo de la ciberseguridad y los programas de desarrollo y ayuda internacional del New Development Bank (NBD).

Sobre el cambio climático, prioridad brasileña, los BRICS rechazan el mecanismo de ajuste de carbono en fronteras aplicado por la UE, al que califican de proteccionista (Artículo 88 de la Declaración de Río).

La declaración expresa la preocupación de los miembros del grupo por las medidas arancelarias unilaterales, que perturban el comercio y contravienen las reglas de la Organización Mundial del Comercio. En cuanto a la discusión sobre la reducción de la dependencia del dólar, los BRICS proponen un sistema de pago propio para disminuir la dependencia de los sistemas financieros occidentales.




Leer más:
New Development Bank, ¿un banco liderado por China para el nuevo orden mundial?


Multipolaridad y gobernanza global

Los BRICS abrazan el multilateralismo y piden reformas para “apoyar las aspiraciones legítimas de los países emergentes y en desarrollo de África, Asia y América Latina, incluyendo los países BRICS, a desempeñar un papel mayor en los asuntos internacionales” y que, en particular, el Consejo de Seguridad de las Naciones Unidas sea “más democrático, representativo, eficaz y eficiente” (Artículo 6).

Este enfoque se alinea con sus críticas a las instituciones nacidas de los Acuerdos de Bretton Woods, como el Banco Mundial y el Fondo Monetario Internacional (FMI), a las que reclama un proceso de reforma para “hacerlas más ágiles, eficaces, confiables, inclusivas, adecuadas a su finalidad, imparciales, responsables y representativas, reforzando su legitimidad” (Artículo 10). Además, defiende iniciativas propias, como el New Development Bank: “reconocemos y apoyamos su creciente papel como un agente robusto y estratégico de desarrollo y modernización en el Sur Global” (Artículo 46).

El presidente brasileño, Lula da Silva, señaló en su intervención que, con el multilateralismo bajo amenaza, está en juego la autonomía de las naciones en desarrollo. .

Desafíos y prioridades estratégicas

Fortalecer instituciones como el New Development Bank y fomentar la cooperación Sur-Sur será crucial para mantener la relevancia de BRICS. Además, su expansión a 20 países, incluyendo miembros plenos como Egipto, Etiopía, Irán, los Emiratos Árabes Unidos e Indonesia, fortalece su influencia global. El bloque representa ya cerca del 50 % de la población mundial, casi el 40 % de su economía en 2023 y más de dos quintas partes de la producción global de petróleo. Sin embargo, este crecimiento complica la construcción de consensos y plantea desafíos sobre la soberanía de los países miembros.

En un mundo volátil, moldeado por guerras comerciales y conflictos regionales, los BRICS enfrentan un equilibrio delicado. El bloque debe tranquilizar a socios occidentales escépticos, como el presidente estadounidense Donald Trump, quien lo ha criticado vehementemente en su red social, Truth Social.

The Conversation

Ulf Thoene no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cumbre 2025: los BRICS abrazan el multilateralismo y piden reformas en las organizaciones globales – https://theconversation.com/cumbre-2025-los-brics-abrazan-el-multilateralismo-y-piden-reformas-en-las-organizaciones-globales-260573

Why are we so obsessed with bringing back the woolly mammoth?

Source: The Conversation – Canada – By Rebecca Woods, Associate Professor, Institute for the History & Philosophy of Science & Technology, University of Toronto

A photograph of a steppe mammoth on display at the Australian Museum in Sydney. (Unsplash/April Pethybridge), CC BY

In just the last several months, de-extinction — bringing back extinct species by recreating them or organisms that resemble them — has moved closer from science fiction to science fact. Colossal Biosciences — an American for-profit de-extinction startup headed by geneticists George Church and Beth Shapiro — announced two major achievements almost back-to-back.

In the first, scientists spliced part of the woolly mammoth’s genome into mice to create “woolly mice,” incredibly cute pom-pom like rodents sporting coats that express the genes of long-extinct woolly mammoths.

Reuters reports on the woolly mice developed by Colossal Biosciences.

Just a few weeks later, Colossal announced an even bigger achievement, claiming to have brought back the dire wolf, a contemporary of the woolly mammoth who, like their Ice Age proboscidean co-travellers, last roamed the Earth roughly 10,000 years ago.




Read more:
Colossal Bioscience’s attempt to de-extinct the dire wolf is a dangerously deceptive publicity stunt


Mammoth popularity

Woolly mammoths are at the forefront of these controversial de-extinction efforts. Despite a deep bench of more recently extinct species — the dodo, the moa, passenger pigeons, the bucardo, quagga, thylacine, aurochs and a whole host of others — readily available to take centre stage in de-extinction efforts, woolly mammoths figure prominently in de-extinction stories, both scientific and popular.

Woolly mammoths featured prominently in the imagery of Revive & Restore, a “genetic rescue” conglomerate of scientists and futurists headed by tech-guru Steward Brand; in 2021, Colossal “established ownership” over woolly mammoth revival. Colossal’s own logo visualizes CRISP-R, the gene-splicing technology that facilitates de-extinction, and the signature spiralled tusks of Mammuthus primigenius.

In popular culture, woolly mammoths have been a source of fascination for the last several centuries. Thomas Jefferson famously held out hope that live mammoths would be found beyond the frontier of American colonialism in the late-1700s, while early excavations of American mastodons were major events in the early 1800s. American painter Charles Willson Peale captured the first such excavation in oils, and later capitalized on that mastadon’s skeleton in his Philadelphia museum.

More recently, Manny the mammoth featured in the ongoing Ice Age animated film franchise, first launched in 2002.

Climate icons

At the same time, woolly mammoths have also become an emblem of the contemporary climate crisis. During the recent wave of defacing famous artwork in order to draw attention to the climate crisis, environmental activists painted the (fortunately artificial) tusks of the Royal B.C. Museum’s woolly mammoth model bright pink.

In a 2023 publicity stunt, the Australian cultured-meat startup, Vow, unveiled a mammoth meatball produced out of the woolly mammoth’s genome with sheep DNA as filler. Not for sale, the mammoth meatball was scorched before an audience at the Dutch science museum, Nemo.

The stunt was intended to call attention, again, to the plight of the Earth’s climate, the unsustainability of industrialized food systems and the potential for lab-grown meat to square this particular circle.

Model animals

For a creature that no human being has ever seen live and in the flesh, woolly mammoths certainly get a lot of media exposure. How did this long-extinct species become the emblem of contemporary extinction and de-extinction?

People have been interacting with the remains of woolly mammoths for hundreds of years. Dig a hole deep enough almost anywhere in the northern hemisphere, and you are apt to come across the bones or maybe the tusks of extinct mammoths or mastodons.

In early modern Europe, mammoth fossils were famously interpreted as the bones of unicorns and giants before being recognized as belonging to elephant-like creatures around 1700. Only around 1800 were mammoths recognized as a distinct and extinct species of proboscidea.

Elsewhere in Arctic regions, especially Siberia, Indigenous Peoples were familiar with mammoth remains preserved by permafrost. As rivers and their tributaries surged during annual thaws, whole carcasses of mammoths (and woolly rhinos) were sometimes exposed.

Local peoples who came across these remains, apparently recently dead but belonging to creatures they never saw walking the Earth’s surface, surmised that they were great burrowing rodent-like animals that tunnelled through the ground and perished if they accidentally came into contact with atmosphere.




Read more:
Ancient DNA suggests woolly mammoths roamed the Earth more recently than previously thought


Around the Arctic, including in Alaska, permafrost prevented the fossilization of mammoth tusks as well as bodies, and this ice ivory was — and remains — an important element of Arctic economies, carved locally and exchanged into historically regional, and now global, markets.

Continued relevance

Despite their association with the distant past, woolly mammoths have long resonated with modern human cultures as their fossilized or preserved body parts entered economic practices and knowledge systems alike. But as the extinction of once numerous species like the passenger pigeon, the American bison and African elephant began to loom over the late 19th century, woolly mammoths took on new meanings in the context of modern extinction and emergent understandings of human evolution.

a mural of woolly mammoths
A mural by by paleoartist Charles R. Knight depicting wooly mammoths, displayed at the American Museum of Natural History.
(United States Geological Survey)

Revolutions in geology, archeology, paleontology and related disciplines were changing long-held assumptions about the origin of humankind.

Narratives of the rise of “man the hunter” arose in natural history institutions such as the American Museum of Natural History and the Field Museum in Chicago. These origin stories were explicitly connected to the presumed extinction of woolly mammoths and their evolutionary relatives, the mastodons.

These led to some of the most powerful expressions of mammoths in visual form, like the frescoes and paintings produced by renowned paleoartist Charles R. Knight.

At the same time, cave paintings in France, Spain and elsewhere came to light in the early 20th century. For example, the 40,000-year-old frescoes at Rouffignac, France clearly depicting woolly mammoths were interpreted as further evidence of this deep and powerful historical connection.

It is this connection — the association of the rise of modern humankind with the decline and extinction of the woolly mammoth — that feeds today’s continued fascination. Notions of human complicity in extinction stories have long been embedded in modern scientific understandings of woolly mammoths. It is no accident that woolly mammoths are so central to de-extinction projects and climate activism alike.

The Conversation

Rebecca Woods received funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

ref. Why are we so obsessed with bringing back the woolly mammoth? – https://theconversation.com/why-are-we-so-obsessed-with-bringing-back-the-woolly-mammoth-253432

Lilo & Stitch: With love, a bereaved child feels safe enough to grieve and grow

Source: The Conversation – Canada – By Elena Merenda, Associate Head of Early Childhood Studies, University of Guelph-Humber

Lilo’s story offers a meaningful glimpse into how grief shows up in children through their emotions and actions. (Disney)

This story contains spoilers about Lilo & Stitch.

At first glance, Disney’s Lilo & Stitch, set in Hawaii, seems like a playful, heartwarming film about an alien’s misadventures and a young girl’s search for connection and friendship. But there’s a deeper story — one about childhood grief in the life of the main character, Lilo, and how she navigates the loss of her parents.

Lilo’s story offers a meaningful glimpse into how grief shows up in children through their emotions and actions.

Grief in childhood is often misunderstood and overlooked. A common misconception is that children don’t grieve because they’re too young to understand loss. But just because children don’t express grief the way adults do, it doesn’t mean they aren’t grieving.

As an early child educator who teaches families and post-secondary students about children’s grief, I often say this: anyone who is capable of loving is capable of grieving — and children are deeply capable of love.

Children express grief through behaviours

Lilo’s grief is never directly named in the film, but it’s everywhere — she lashes out, isolates herself and clings tightly to Stitch. These behaviours mirror how many children express grief through actions rather than words.

Research from the National Child Traumatic Stress Network notes that young children often grieve through behaviour — aggression, regression, somatic complaints or withdrawal. This is tied to their stage of cognitive development.

As the theory of cognitive development by renowned psychologist Jean Piaget outlines, children aged two to seven think concretely and egocentrically, making abstract concepts like death hard to understand.

In one scene, Lilo insists on feeding a sandwich to her pet fish Pudge, believing he controls the weather — an imaginative ritual that helps her feel a sense of control in a world that feels uncertain and unstable. In multiple scenes she refuses to listen to her sister Nani, reflecting how grief often shows up through routines, symbolic actions or emotional withdrawal.

Grief can make children feel ‘different’

The Canadian Alliance for Children’s Grief estimates that one in 14 children in Canada will lose a parent or sibling before age 18. Yet despite how common it is, childhood grief is often overlooked — especially in schools, where emotional pain may go unnoticed.

A dog-like character has his tongue out and teeth bared while smiling.
Feeling ‘different’ may go unnoticed in schools.
(Disney)

In Lilo & Stitch, we see this reality through Lilo. She knows she doesn’t fit in and asks her sister why no one likes her. Her classmates tease her for being “weird” and emotionally reactive. In one scene, she tries to share a handmade bracelet during dance class, only to be mocked and excluded. The moment may seem small but it reveals a deeper truth: grief can make children feel isolated, overwhelmed and fundamentally different from their peers.

Research confirms this. Studies in the Journal of School Psychology show that bereaved children often describe themselves as “not normal” or “different,” especially when their peers haven’t experienced a similar loss. Without safe, validating spaces to process their grief, these feelings can lead to loneliness, behavioural struggles and low self-esteem.

Grief grows with us

Grief in childhood isn’t a single moment — it evolves and deepens over time. As children grow, so does their understanding of what they’ve lost. They often revisit their grief at new developmental stages, carrying it in different ways.

Lilo & Stitch reflects this beautifully. Lilo doesn’t talk much about her parents’ death, but we see her grief in the routines she clings to — like listening to Elvis or sharing old family photos. These aren’t just quirks; they’re ways she keeps her parents close.

This reflects what grief researchers call the continuing bonds theory, which emphasizes that maintaining emotional connections to the deceased can support healthy adaptation. Grief isn’t something children “get over.” It’s something they learn to carry — with support, connection and love.

Healing doesn’t mean Lilo returns to who she was before her parents’ deaths. Her grief remains, but she begins to rebuild her world with Stitch, Nani and her new ‘ohana (family).

They don’t replace what was lost, but they become a space where grief and love can coexist.

One of the film’s most memorable lines captures this truth:

“This is my family. I found it, all on my own. It’s little and broken but still good. Yeah… still good.”

Connection is the path to healing

Just as grief is rooted in love, healing is rooted in connection.

Lilo’s healing comes from presence. Despite the chaos he brings, Stitch stays. Nani, overwhelmed and unsure, keeps showing up.

Their love and steady, unconditional presence allow Lilo to begin feeling safe enough to grieve and grow.

‘Lilo & Stitch’ trailer.

This reflects what attachment research tells us: strong, secure relationships are among the most powerful protective factors for children navigating loss. When a child feels emotionally safe with a caregiver, they’re better able to regulate emotions, build resilience and integrate the pain of loss into their development. In bereavement, the presence of a stable, responsive adult can determine whether a child’s grief becomes traumatic — or transformative.

In Lilo & Stitch, connection becomes both the container for Lilo’s grief and the bridge to her healing. The film gently reminds us: love may be the reason we grieve, but it’s also the most powerful way through it.

How caregivers can support a grieving child

1. Maintain routine and consistency.

In times of grief, structure helps children feel safe. Predictable routines — like mealtimes, bedtime rituals and daily rhythms — offer a sense of stability when everything else feels uncertain

2. Normalize and validate emotions.

Help your child name what they’re feeling and let them know it’s OK. Say things like, “It’s OK to feel that way,” or “Whatever you feel is welcome here.” Validation helps reduce shame and gives children permission to process their grief openly.

3. Answer questions honestly.

Children need truthful, age-appropriate information about what has happened. Avoid euphemisms like “went to sleep” or “passed away,” which can cause confusion. Instead, use clear, simple language: “Their body stopped working and they died.” Honesty builds trust and supports children’s cognitive and emotional development as they process the permanence of death.

4. Seek support.

Grief can feel overwhelming — for children and their parents or caregivers. Reach out to school counsellors, grief therapists or local support groups, because support can reduce isolation, support expression and improve coping in grieving families.

The Conversation

Elena Merenda does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Lilo & Stitch: With love, a bereaved child feels safe enough to grieve and grow – https://theconversation.com/lilo-and-stitch-with-love-a-bereaved-child-feels-safe-enough-to-grieve-and-grow-259873

À quand des déchets plastiques biodégradables, à composter chez soi ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Jules Bellon, Doctorant en science des matériaux, UniLaSalle

Et si, au lieu de les trier pour les recycler, on pouvait simplement jeter ses emballages plastiques au compost, avec nos déchets organiques ? Les plastiques biodégradables semblent la meilleure solution pour réduire la pollution produite par ces matériaux. La biodégradabilité de ces matériaux doit cependant encore être améliorée dans ces conditions.


Ils sont partout, et rien ne semble les arrêter. Les plastiques ont envahi notre quotidien, nos paysages… et même nos organismes. Depuis les années 1950, la production de ce matériau à la fois pratique, polyvalent et bon marché a explosé. Aujourd’hui, tous les secteurs y ont recours : emballages, vêtements, objets du quotidien, instruments de musique, dispositifs médicaux… jusqu’aux cœurs artificiels, dont certaines parties sont désormais faites de plastique.

Face à cette omniprésence, le recyclage tente de limiter l’impact environnemental, mais il reste insuffisant. Le plastique s’accumule dans les océans en d’immenses plaques flottantes à la dérive, mais aussi de façon invisible sous forme de micro – et nanoparticules que nous ingérons en mangeant, en buvant, ou en respirant.

Contre cette pollution massive, il existe des leviers d’action, parfois méconnus, qui méritent toute notre attention. Parmi eux : les plastiques biodégradables, à condition de leur offrir des conditions de fin de vie réellement adaptées.


Du lundi au vendredi + le dimanche, recevez gratuitement les analyses et décryptages de nos experts pour un autre regard sur l’actualité. Abonnez-vous dès aujourd’hui !


Des matériaux qui se dégradent rapidement

À l’image de la cigarette, le meilleur plastique est sans doute celui qu’on ne consomme pas. Mais dans certains cas, il reste difficile de s’en passer complètement. Prenons un exemple courant : les barquettes de viande en supermarché. Leur emballage plastique protège les aliments des contaminations microbiennes et prolonge leur durée de conservation, limitant ainsi le gaspillage alimentaire.

C’est dans ce contexte que les plastiques biodégradables prennent tout leur sens. Bien qu’ils soient souvent issus de ressources renouvelables – végétales ou microbiennes – ce n’est pas toujours le cas : un plastique peut être biodégradable sans être biosourcé, et inversement. Pour les plastiques biosourcés, leurs constituants élémentaires peuvent être extraits, par exemple, de l’amidon contenu dans les grains de blé. D’autres, comme les polyhydroxyalcanoates (PHAs), sont synthétisés directement par certaines bactéries en tant que réserves d’énergie. Ces polymères sont déjà utilisés aujourd’hui pour la fabrication de pailles ou de vaisselle à usage unique.

Contrairement aux plastiques conventionnels, qui peuvent persister pendant des siècles dans l’environnement, ces matériaux sont conçus pour se biodégrader plus rapidement. Ils ont la capacité de se décomposer en éléments naturels (eau, dioxyde de carbone, biomasse) sous l’action de micro-organismes, à condition que les bonnes conditions de température, d’humidité et d’aération soient réunies. Comme tous les plastiques, ils sont constitués de chaînes de molécules attachées entre elles. Mais dans les plastiques biodégradables, ces liaisons chimiques sont plus fragiles, notamment les liaisons dites esters ou glycosidiques. Cela les rend accessibles à des micro-organismes capables de les dégrader, en les utilisant comme source de carbone et d’énergie. Dans les bonnes conditions, ce processus permet d’éviter la formation de micro – ou nanoparticules persistantes.

En comparaison, les plastiques conventionnels ne sont pour l’instant recyclés qu’en faible proportion. Et contrairement au verre ou au métal, leur recyclage ne peut être répété indéfiniment : à chaque cycle, leurs propriétés mécaniques se détériorent et il est donc nécessaire d’ajouter à la matière recyclée du plastique neuf. L’incinération, autre option, reste coûteuse et génère des émissions polluantes, malgré les dispositifs de récupération d’énergie.

Améliorer la filière comme alternative au recyclage

Une fois dégradés par les micro-organismes, ces plastiques sont transformés en composés simples, comme du dioxyde de carbone ou de l’eau, et permettent aux bactéries de se multiplier. Ils ne nourrissent pas directement les plantes, car ils sont le plus souvent dépourvus des éléments minéraux nécessaires à leur nutrition. En revanche, une fois dégradés, ils peuvent malgré tout réintégrer le cycle biologique des sols en soutenant l’activité microbienne.

Leur biodégradabilité peut même être améliorée en ajoutant certains constituants organiques dans leur composition. Ce peut-être par exemple des déchets provenant de l’industrie agroalimentaire, comme de la poudre de pelures d’orange ou de bananes, après une étape de séchage et de broyage. En plus d’accélérer le processus de biodégradation, cela permet de valoriser économiquement ces biodéchets, qui finissent souvent en décharge et polluent les sols et les cours d’eau environnants.

Cette capacité à disparaître a cependant un coût : les plastiques biodégradables présentent souvent des propriétés mécaniques plus limitées, encore variables selon les formulations. Par exemple, les sacs en plastique biodégradables peuvent avoir une plus faible résistance à la traction, les rendant plus susceptibles de se rompre sous le poids de leur contenu. Ils sont également, pour l’instant, plus coûteux à produire que leurs équivalents conventionnels. Toutefois, le développement de filières industrielles dédiées et la mise en place d’unités de production à grande échelle pourraient, à terme, permettre de réduire ces coûts grâce à des économies d’échelle.

Le compostage domestique des plastiques : (presque) que des avantages

Mais attention : pour qu’un plastique biodégradable se décompose réellement, certaines conditions doivent être réunies. Cela nécessite une température et une humidité suffisantes, ainsi qu’une population microbienne capable de rompre les liaisons chimiques spécifiques du matériau. Or, tous les environnements naturels ne remplissent pas ces critères. C’est pourquoi il est essentiel de leur assurer une fin de vie appropriée – par exemple, dans un tas de compost, milieu riche en bactéries et en champignons. On distingue alors deux types de compostage : le compostage centralisé (ou industriel) et le compostage domestique.

Le compostage industriel repose sur la collecte des biodéchets, leur transport et leur traitement dans des installations spécifiques. Ce modèle exige des infrastructures coûteuses, du personnel qualifié, une logistique importante, et génère une empreinte carbone liée au transport. En France, cette filière reste encore en développement. Si elle devait devenir un canal privilégié pour les plastiques biodégradables, elle nécessiterait un effort de structuration conséquent.

À l’inverse, le compostage domestique permet d’éviter en grande partie ces contraintes. Depuis janvier 2024, le tri des biodéchets à la source est devenu obligatoire pour les ménages. Les emballages à usage unique portant une certification de compostabilité domestique (comme la norme NF T51-800) peuvent donc être ajoutés aux déchets alimentaires dans un bac à compost familial.

La dégradation des plastiques biodégradables est certes plus lente en compostage domestique qu’en compostage industriel, en raison de températures plus basses et de conditions moins contrôlées. Pourtant, ce mode de traitement local, sans coûts de collecte ni de transport, présente un réel potentiel dans une logique d’économie circulaire. Pour que cette filière décentralisée puisse se développer de manière crédible, accessible et efficace, il reste toutefois essentiel d’améliorer la biodégradabilité des plastiques, en particulier celle des principaux polymères utilisés dans les formulations.

Améliorer le processus et sensibiliser par l’action individuelle

Plusieurs pistes émergent pour relever ce défi, comme le développement de biocomposites intégrant des coproduits organiques, ou encore des stratégies d’enrichissement biologique du milieu de compostage. Par exemple, des souches microbiennes spécifiques ou des additifs naturels (comme le lait écrémé) peuvent stimuler l’activité microbienne et accélérer la biodégradation. Ces approches pourraient donner lieu à la commercialisation de nouveaux « activateurs de compost », utilisables aussi bien par les ménages que par les collectivités ou entreprises assurant la gestion de composteurs dits communautaires – une autre voie prometteuse pour un compostage décentralisé, à l’échelle des quartiers ou des communes.

Enfin, au-delà de l’aspect technique, ce modèle a une vertu éducative : en participant à la dégradation des emballages, les consommateurs prennent conscience de leur impact environnemental. Cette prise de conscience peut les inciter à réduire leur production de déchets, à privilégier le vrac ou à adopter des contenants réutilisables. Et c’est ainsi que se met en marche, peu à peu, un véritable cercle vertueux.

The Conversation

Jules Bellon a reçu un financement de la Région Normandie (RIN50: 22 E01400 – 00123402) afin de mener ses travaux de recherche.

Feriel Bacoup et Gattin Richard ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. À quand des déchets plastiques biodégradables, à composter chez soi ? – https://theconversation.com/a-quand-des-dechets-plastiques-biodegradables-a-composter-chez-soi-257914

Alcohol and colonialism: the curious story of the Bulawayo beer gardens

Source: The Conversation – Africa – By Maurice Hutton, Research Associate, School of Environment, Education and Development, University of Manchester

Kontuthu Ziyathunqa – Smoke Rising – was what they used to call Bulawayo when the city was the industrial powerhouse of Zimbabwe. Now, many of its factories lie dormant or derelict. The daily torrent of workers flowing eastward at dawn, and back out to the high-density western suburbs at dusk, has diminished to a trickle.

But there is an intriguing industrial-era institution that lives on in most of the older western suburbs (formerly called townships). It is the municipal beer hall or beer garden, built in the colonial days for the racially segregated African worker communities. There are dozens of these halls and garden complexes, still serving customers and emitting muffled sounds of merriment to this day.




Read more:
Mbare Art Space: a colonial beer hall in Zimbabwe has become a vibrant arts centre


Like other urban areas in Rhodesia (colonial Zimbabwe), Bulawayo was informally segregated from its inception, and more formally segregated after the second world war. Under British rule (1893-1965) and then independent white minority rule (1965-1980), municipal drinking amenities were built in the townships to maintain control of African drinking and sociality. At the same time, they raised much-needed revenue for township welfare and recreational services.




Read more:
Zimbabwe’s economy crashed – so how do citizens still cling to myths of urban and economic success?


I researched the history of these beer halls and gardens as part of my PhD project on the development of the segregated African townships in late colonial Bulawayo. As my historical account shows, they played a key role in the contested township development process.

From beer halls to beer gardens

Bulawayo’s oldest and most famous beer hall, MaKhumalo, also known as Big Bhawa, was built more than a century ago. It still stands at the heart of the historic Makokoba neighbourhood. It’s enormous, but austere, and in the early days it was oppressively managed. Drinkers would describe feeling like prisoners there.

The more picturesque beer gardens began to emerge in the 1950s, reflecting the developmental idealism of Hugh Ashton. The Lesotho-born anthropologist was educated at the Universities of Oxford, London and Cape Town, and took up the new directorship of African administration in Bulawayo in 1949.

He was tuned into new anthropological ideas about social change, as well as developmental ideas spreading through postwar colonial administrations – about “stabilising” and “detribalising” African workers to create a more passive and productive urban working class. He saw a reformed municipal beer system as a key tool for achieving these goals.

Ashton wanted to make the beer system more legitimate and the venues more community-building. He proposed constructing beer garden complexes with trees, rocks, games facilities, food stalls and events like “traditional dancing”. So the atmosphere would be convivial and respectable, but also controllable, enticing all classes and boosting profits to fund better social services. As we shall see, this strategy was full of contradictions…

Industrial beer brewing

MaKhumalo, MaMkhwananzi, MaNdlovu, MaSilela. These beer garden names, emblazoned on the beer dispensaries that stick up above the ramparts of each garden complex, referenced the role that women traditionally played in beer brewing in southern Africa. This helped authenticate the council’s “home brew”.

But the reality was that the beer was now produced in a massive industrial brewery managed by a Polish man. It was piped down from steel tanks at the tops of the dispensary buildings into the plastic mugs of thirsty punters at small bar windows below. (It was also sold in plastic calabashes and cardboard cartons.)

And the beer garden bureaucracy, which offered a rare opportunity for African men to attain higher-grade public sector jobs, became increasingly complex and strictly audited.

As the townships rapidly expanded, with beer gardens dotted about them, sales of the council’s “traditional” beer – the quality of which Ashton and his staff obsessed over – went up and up.

Extensive beer advertising in the council’s free magazine mixed symbols of tradition (beer as food) with symbols of modern middle-classness.

Beer monopoly system

The system’s success relied on the Bulawayo council having a monopoly on the sale of so-called “native beer”. This traditional brew is typically made by malting, mashing, boiling and then fermenting sorghum, millet or maize grains. Racialised Rhodesian liquor laws restricted African access to “European” beers, wines and spirits.

So, the beer hall or garden was the only public venue where Africans could legally drink (apart from a tiny elite, for whom a few exclusive “cocktail lounges” were built). The council cracked down harshly on “liquor offences” like home brewing.

This beer monopoly system was quite prevalent in southern and eastern Africa, though rarely at the scale to which it grew in Bulawayo. Nearly everywhere, the system caused resentment among African townspeople, and so it became politically charged.

In several colonies, beer halls became sites of protest, or were boycotted (most famously in South Africa). And they usually faced stiff competition from illicit drinking dens known as shebeens.

In Bulawayo, the more the city council “improved” its beer system after the Second World War, the more contradictory the system became. It actively encouraged mass consumption of “traditional” beer, so that funds could be raised for “modern” health, housing and welfare services in the townships. Ashton himself was painfully aware of the contradictions.

In his guest introduction to a 1974 ethnographic monograph on Bulawayo’s beer gardens, he wrote:

The ambivalence of my position is obvious. How can one maintain a healthy community and a healthy profit at one and the same time? I can almost hear the critical reader questioning my morality and even my sanity. And why not? I have often done so myself.

Many citizen groups – both African and European – questioned the system too. They called it illogical, if not immoral; even some government ministers said it had gone too far. And when some beer gardens were constructed close to European residential areas, to cater for African domestic workers, many Europeans reacted with fear and fury.

As Zimbabweans’ struggle for independence took off in the 1960s, African residents increasingly associated the beer halls and gardens with state neglect, repression, or pacification. They periodically boycotted or vandalised them. Nevertheless, with few alternative options, attendance rates remained high: MaKhumalo recorded 50,000 visitors on one Sunday in 1970.

After independence

After Zimbabwe gained independence in 1980, the township beer gardens remained in municipal hands. They continued to be popular, even though racial desegregation had finally given township residents access to other social spaces across the city.

The colonial-era municipal beers continued to be produced, with Ngwebu (“The Royal Brew”) becoming a patriotic beverage for the Ndebele – the city’s majority ethnic group.

But with the deindustrialisation of Bulawayo since the late 1990s, tens of thousands of blue collar workers have moved to greener pastures, mostly South Africa. The old drinking rhythm of the city’s workforce has changed, and for the young, the beer gardens hold little allure. Increasingly, they have been leased out to private individuals to run.




Read more:
Beer, politics and identity – the chequered history behind Namibian brewing success


Nevertheless, there is always a daily trickle of regulars to the beer gardens, where mugs and calabashes are passed around among friends or burial society members. Some punters play darts or pool. And there are always some who sit alone, ruminating – perhaps in the company of ghosts from the past.

The beer gardens of Bulawayo embody the moral and practical contradictions of late colonial development – and the ways in which such systems and infrastructures may live on, but change meaning, in the post-colony.

The Conversation

Maurice Hutton received funding from the Economic and Social Research Council (ESRC) and the University of Edinburgh’s College of Humanities and Social Sciences to conduct the research on which this article is based.

ref. Alcohol and colonialism: the curious story of the Bulawayo beer gardens – https://theconversation.com/alcohol-and-colonialism-the-curious-story-of-the-bulawayo-beer-gardens-256511