La curiosité, angle mort du management

Source: The Conversation – France (in French) – By Benoît Meyronin, Professeur senior à Grenoble Ecole de Management, GEM

Mais pourquoi la curiosité n’est-elle jamais mise en avant comme une valeur positive du management ? Peut-être parce que la notion est ambiguë et peut renvoyer à l’indiscrétion, voire à des comportements intrusifs, quand la curiosité est, d’abord et avant tout, intérêt pour autrui. Décryptage d’une notion qui gagnerait à être davantage mobilisée et vécue dans les entreprises. Par les directions, les managers et les autres…


Un collègue rencontre des difficultés dans sa vie personnelle, ou bien la mission qui lui a été confiée dépasse ses capacités. Peu importent les raisons de ces difficultés, deux postures sont possibles : la « dictature du jugement », ou la curiosité (chercher à comprendre pourquoi il en va ainsi).

En effet, « on jugera que tel ou tel collaborateur ne fait pas correctement son travail, qu’il n’est pas sérieux, qu’il se laisse aller, mais à aucun moment on ne s’interrogera sur les raisons d’un tel comportement ».

À l’inverse, la curiosité est cet élan qui nous fait aller au-delà des apparences, pour rechercher les motifs, et, ce faisant, créer les conditions d’une résolution. Ce n’est jamais une garantie. Mais le fait de juger et de condamner a-t-il jamais démontré sa performance ?

Prendre soin

La curiosité est aussi une manière d’incarner une forme de prendre soin, tout autant qu’une condition. Il est intéressant de noter ici qu’il existe un lien ontologique entre la notion de care et la curiosité : « Son sens premier, selon Littré, c’est soin, souci », rappelle Jean-Pierre Martin. Elle « procède d’une attention affectueuse au monde. Le curieux, c’est d’abord celui qui s’inquiète, et qui a grand soin. Curieux et curé ont la même racine latine : cura. Être curieux, avoir cure ».

On peut ainsi considérer que la_ curiosité procède d’une vision humaniste du management_, vision qui se fonde sur le postulat suivant : « Tous les hommes ont, par nature, le désir de connaître ».

Du personnel à l’organisationnel

Que la curiosité relève ou non d’une posture personnelle, elle doit aussi pouvoir figurer au rang des pratiques culturelles promues par l’entreprise : être tout à la fois cultivée en soi, et développée à l’échelle de l’organisation comme une pratique managériale.

Or, si 38 % des managers révèlent un niveau élevé de curiosité, 43 % appartiennent à la catégorie modérée, et 18 % semblent faire preuve d’un faible niveau de curiosité. Ce sont là les résultats d’un score développé par Todd KASHDAN, professeure à George Mason University : le Curiosity Index, pour lequel près de 2.000 managers, dans six pays, ont été interrogés (en dehors de la France).

Elle stimule la créativité, favorise la coopération entre les services ou encore la satisfaction et l’engagement des collaborateurs : elle témoigne aussi d’un climat de confiance et de sécurité psychologique avérés.

De multiples bénéfices

Pour Francesca Gino, professeure à Harvard, elle est un puissant levier de transformation, car elle aide à rendre plus agiles les organisations. Bien plus, elle nous invite à ne pas faire de suppositions relativement aux autres (qui sont-ils vraiment ?), à oser explorer des alternatives : ne pas simplement rechercher les informations qui valident nos croyances, mais quêter tout autant celles qui viennent les contredire.

Dans cet article, elle fait ainsi état d’une étude portant sur dix centres de relation client qui montre que les nouveaux collaborateurs les plus curieux, sont aussi ceux qui sont les plus performants dans la relation client. En effet, ils n’hésitent pas, par exemple, à solliciter leurs collègues plus anciens pour mieux maîtriser leur nouveau métier, en leur posant des questions.

Sans curiosité, nous sommes face à ces silos que déplorent les organisations : « Nous vivons dans des mondes cloisonnés et incurieux les uns des autres », écrit Jean-Pierre Martin, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Le philosophe évoque ainsi les ravages de l’incuriosité. Car la curiosité est, selon lui, « une passion pour les autres. […] C’est un antidote à l’indifférence. […] C’est le désir de connaître le monde de l’autre […] l’amour de l’altérité. […] C’est aller vers l’autre ».

Une valeur d’entreprise ?

Encouragez vos équipes à poser des questions, lors des séminaires et réunions. Lors de ces mêmes temps, sollicitez leurs avis et leurs idées en vous montrant sincèrement curieux de leurs retours et suggestions. À l’occasion d’une tournée terrain, posez-leur des questions plutôt que de parler. Favorisez les temps d’exploration, idéalement de façon formelle (libérez du temps pour la veille, des projets connexes ou annexes à l’activité professionnelle, comme l’a fait 3M, l’inventeur du post-it).

Vous pouvez aussi mesurer la maturité de votre organisation et bâtir un plan d’action spécifique, en intégrant la curiosité parmi les valeurs de votre organisation. Vous pouvez reconnaître les efforts, même (et surtout) s’ils n’aboutissent pas (une forme de droit à l’erreur). Vous pouvez organiser des Why ? Days pour encourager les équipes à poser des questions qu’elles n’osent peut-être pas évoquer ordinairement. Vous pouvez, enfin, ritualiser des Vis ma vie et des benchmarks pour explorer d’autres réalités. Encouragez les modalités d’enrichissement des connaissances.

Mieux recruter

Faites de la curiosité un critère de recrutement comme le font déjà de grandes marques.

Faites-en, pour finir, un critère d’évaluation. La curiosité doit ainsi devenir une pratique valorisée dans l’organisation, une posture vécue et observable, ritualisée : un élément du langage managérial.

Nombre d’organisations pratiquent le rituel des cinq pourquoi, afin d’inviter leurs équipes à réinterroger leurs pratiques – pourquoi faites-vous cela ? Quel sens cela a-t-il pour nos clients ? Etc. Se poser ces questions, c’est par essence se montrer curieux. Elle est donc déjà présente, sans être nommée, dans des méthodes de gestion et dans de nombreuses organisations.

Comprendre le travail du terrain

C’est le cas chez SNCF Réseau, où l’un des marqueurs de l’entreprise consiste à ritualiser des visites de terrain, comme nous l’a indiqué Christel PUJOL, la DGRH de l’entreprise, lors d’une interview. C’est une formidable opportunité pour se montrer curieux des équipes, de leurs métiers, en assumant le fait de ne pas tout connaître, en soulignant à l’inverse son désir de mieux savoir.

En allant eux-mêmes sur le terrain, via des tournées dûment préparées et débriefées, les dirigeants ont donc la possibilité de se montrer curieux des réalités du travail et de leurs équipes. L’authenticité perçue de la rencontre et de la disponibilité fera le reste – ou non.

De nombreux freins existent pourtant. L’application stricte des procédures, des règles, des processus peut générer une culture de la soumission à l’existant, une obéissance aveugle, une atrophie de l’attention. Ensuite, il y a la peur : pour un dirigeant, cela peut être perçu comme une marque de faiblesse (« Comment ? Il ne sait pas ? »).

Si l’on reconnaît à ces derniers un rôle d’exemplarité, alors il devient difficile d’envisager une telle culture au sein d’une organisation si eux-mêmes ne questionnent pas leurs propres croyances.

Concluons cet article par une histoire vraie : « L’idée de l’appareil photo instantané Polaroid est née d’une question posée par un enfant de trois ans. La fille de l’inventeur Edwin Land était impatiente en effet de voir une photo que son père venait de prendre. Lorsqu’il lui expliqua que la pellicule devait être développée, elle s’interrogea à voix haute : « Pourquoi devons-nous attendre la photo ? »

The Conversation

Benoît Meyronin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La curiosité, angle mort du management – https://theconversation.com/la-curiosite-angle-mort-du-management-280068

Le mythe du fondateur : quand la Silicon Valley exporte ses récits jusqu’à occulter le fait que l’innovation est d’abord collective

Source: The Conversation – France (in French) – By Marion Trommenschlager, Chercheure en sciences de l’information-communication, laboratoire PREFics, Université Rennes 2

Le numérique a promu une vague de figures d’entrepreneur, de Mark Zuckerberg à Jeff Bezos, bientôt rejoints par celles de l’IA, comme Sam Altman. Mais si les récits, notamment médiatiques, adorent cette représentation, la réalité est beaucoup plus nuancée. Au-delà de ces individus plus ou moins héroïsés, la contribution des écosystèmes au succès des uns et des autres doit être rappelée.


La couverture médiatique et politique des récentes vagues d’IA met au premier plan des visages (Sam Altman, Elon Musk, Mark Zuckerberg, Peter Thiel…), et tend à personnifier la dynamique technologique. La success story devient l’histoire d’un fondateur héroïque, nous noterons d’ailleurs l’absence de fondatrice. Cette lecture simplificatrice masque pourtant la réalité des processus d’innovation, qui sont des produits collectifs et territorialisés, construits par des alliances entre universités, financeurs, marchés publics, incubateurs et réseaux locaux. Déconstruire ces récits individuels pour rendre visibles les mécanismes concrets autour de l’innovation apparaît plus que jamais indispensable. Récemment, nous avons d’ailleurs assisté à une panoplie de discours alarmistes sur les risques de l’IA par les dirigeants eux-mêmes (Sam Altman chez Open AI, Dario Almodei chez Anthropic) de l’industrie de l’IA.

S’agit-il d’alertes sincères ou d’une stratégie de renforcement de leur influence afin de pousser à une régulation qui viendrait davantage toucher les petites start-up et l’open source, plutôt que les grands acteurs déjà installés ? Des prises de paroles que le français Arthur Mensch (Mistral AI), interrogé par le Monde, qualifie « de distraction » occultant le réel enjeu actuel du secteur, celui d’un système oligarchique de l’information, « le vrai risque de l’intelligence artificielle à venir, c’est celui de l’influence massive sur la manière dont les gens pensent et sur la manière dont ils votent ».

Identification politique

La mise en récit des fondateurs n’est pas qu’un biais journalistique : c’est une force performative (c’est-à-dire la capacité d’un récit à produire lui-même la réalité qu’il décrit) qui guide l’action collective. En érigeant un visage seul en porte-voix, le récit facilite l’identification politique et médiatique d’un protagoniste, canalise l’attention publique et légitime des modèles d’organisation particuliers : la scalabilité, la disruption, la domination des marchés globaux.

Anthony Galluzo, chercheur en sciences de gestion, a montré combien le mythe du fondateur héros (ou founder as hero structure les imaginaires entrepreneuriaux contemporains. Or, cette visibilité masque les ressources et les relations qui rendent ces trajectoires technologiques possibles.




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Un triptyque gagnant

Les écosystèmes d’innovation se sont constitués progressivement dès l’après-guerre, et surtout à partir des années 1950, autour d’un triptyque : acteurs académiques, industriels et publics. Aux États-Unis, l’industrialisation des campus (comme Stanford), les transferts technologiques issus de la recherche universitaire, les commandes gouvernementales (défense, spatial), rejoints plus tard par le capital-risque, ont façonné des réseaux d’acteurs interconnectés.

Dès les années 1990, le concept de « triple hélice », en reprenant la collaboration entre l’université, l’industrie et l’État, rend compte de ces imbrications. Il montre comment l’innovation naît d’alliances et se renforce par des institutions, des financements et des infrastructures partagées.

La voie française

Les modèles californien et français diffèrent fortement, l’un articulé autour du capital-risque et des transferts universitaires, l’autre structuré depuis une dizaine d’années par une orchestration étatique (structuration de la French Tech, intervention de Bpifrance, politiques territoriales). Reste que ces deux modèles obéissent à une dynamique profonde commune : l’innovation n’émerge pas d’un acte solitaire mais d’un jeu d’alliances entre acteurs publics, privés et académiques.

Bien que les trajectoires californiennes et françaises se différencient par leurs histoires, leurs ressources et leurs cultures institutionnelles, la différence tient moins au principe collectif qu’à la manière dont ce collectif est financé, organisé et raconté. Malgré les différences marquées dans la façon de produire l’innovation, la Californie n’est pas l’anti-modèle d’une innovation « collective », elle en est au contraire l’une des origines historiques et l’un des laboratoires les plus aboutis. Autrement dit, on n’entreprend pas seul, les succès attribués aux « fondateurs » sont en réalité le produit d’assemblages collectifs, de ressources partagées et de choix politiques et financiers convergents.

Mécanique de l’innovation

Les trajectoires technologiques se construisent au quotidien par des mécanismes concrets et différents selon les acteurs. D’un côté, les fonds de capital-risque légitiment des projets par leur choix d’investissement. En sélectionnant certains modèles et en signalant leur attractivité, ceux que l’on nomme également VC pour Venture Capital, orientent quelles typologies d’innovations accèdent aux ressources et ont la visibilité nécessaire pour se développer.

Les laboratoires publics et universitaires, de leur côté, orientent les agendas de recherche en fonction des expertises locales, des financements disponibles et des besoins territoriaux (santé, mobilité, cybersécurité, etc.). Ces ressources de connaissance et de formation façonnent les capacités d’apparition de filières.

Un acheteur stratégique

L’État, quant à lui, opère par institutionnalisation : appels à projets, critères d’éligibilité, structurent les grandes orientations souhaitables. Mais l’État peut aussi agir comme acheteur stratégique (contrats publics, commandes), le cas particulièrement aux États-Unis, ce qui oriente directement les marchés et les priorités technologiques indépendamment des logiques de marché pures.

Auprès des entrepreneurs, ces trois parties (financeurs privés, centres de recherche et action publique) produisent des « chemins obligés » par lesquels certaines innovations émergent tandis que d’autres restent marginales.

L’IA révélatrice des récits dominants

La montée de l’IA générative révèle au grand jour les hiérarchies de puissance entre acteurs, ce que la chercheuse Kate Crawford décrit comme la matérialité politique de l’IA, à la fois une infrastructure, une industrie et un régime d’extraction. Cette matérialité politique se combine ici à la mise en récit, pour consolider des positions dominantes. La rivalité géopolitique autour de l’IA se raconte souvent comme une « guerre ». Dans cette dramaturgie, chaque espace construit ses propres héros pour justifier une prétention au leadership mondial. La discipline révèle, tout autant qu’elle renforce, des ordres organisationnels préexistants.

Le cas de l’IA chinoise dont tout le monde parlait il y a 18 mois semblait emprunter un autre modèle. En Chine, l’IA est pilotée par une stratégie d’autonomie technologique ( « Made in China 2025 »), avec des investissements massifs dans les puces et l’open-source, et des acteurs comme DeepSeek qui bousculent les équilibres mondiaux.

La personnalisation du récit et la centralité des logiques de marché contribuent à marginaliser d’autres trajectoires d’innovation qui peinent à entrer dans les cadres de légitimation dominants. Des contre-modèles émergent (avec par exemple la civic tech plus largement développée à Los Angeles, ou encore à Taïwan) mais restent fragmentaires face aux flux de capitaux et aux narrations globalisantes.

Arte 2024.

(Ré)investir le débat dans l’innovation

Comprendre les mécaniques concrètes (critères de sélection, de financement, modalités d’achats publics) permet d’identifier des leviers politiques pour orienter l’allocation des ressources. D’autre part, instituer des dispositifs de délibération (conseils citoyens, procédures de co-conception des priorités technologiques) semble nécessaire pour inscrire l’innovation dans un horizon démocratique. Pour le formuler plus directement, il ne s’agit pas seulement d’aider les start-up, mais de déterminer collectivement qui décide des finalités de l’innovation, selon quels critères et au profit de quels usages.

Si les débats médiatiques actuels privilégient souvent l’angle géopolitique dans la quête de la maîtrise technologique, cette perspective, aussi cruciale soit-elle, ne doit pas dissimuler que les trajectoires technologiques se fabriquent au quotidien par des choix nationaux et locaux.

Aux vues des élections de 2027, rappeler que l’innovation est aussi une affaire de proximité, de décisions d’achats locaux, de politiques d’accueil des acteurs, de priorités de services publics, revient à replacer la tech au cœur du débat démocratique. Reprendre la main sur l’innovation, c’est d’abord rendre ces mécanismes lisibles et co-décidables.

The Conversation

Marion Trommenschlager ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le mythe du fondateur : quand la Silicon Valley exporte ses récits jusqu’à occulter le fait que l’innovation est d’abord collective – https://theconversation.com/le-mythe-du-fondateur-quand-la-silicon-valley-exporte-ses-recits-jusqua-occulter-le-fait-que-linnovation-est-dabord-collective-278456

Charlotte Perkins Gilman, l’économiste qui dénonce l’enfermement domestique des femmes

Source: The Conversation – France (in French) – By Guillaume Vallet, Professeur des Universités, Université Grenoble Alpes (UGA)

À la fin du XIXe siècle aux États-Unis, Charlotte Perkins Gilman (1860-1935) plaide pour la « femme nouvelle », en inscrivant le genre au cœur des sciences économiques. Face à un capitalisme conçu par et pour les hommes, elle met en lumière l’interdépendance des sphères domestique et professionnelle. L’enjeu : créer de nouvelles formes d’organisation du travail plus inclusives, plus coopératives et de facto plus efficientes collectivement.


S’il est commun aujourd’hui de lier les questions de genre à celles des sciences économiques, l’histoire de la discipline nous révèle qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Les sciences économiques ont été, et demeurent, une science androcentrique, à savoir un monde envisagé du point de vue des hommes.

C’est pourquoi il est fondamental de revenir au temps des pionniers qui ont insisté sur la primordialité du lien entre genre et sciences économiques. À bien des égards, c’est le cas de Charlotte Perkins Gilman, une écrivaine états-unienne de l’ère progressiste américaine (1890-1920), membre de l’American Economic Association de 1892-1893 à 1895-1896.

« L’homme doit travailler pour être pleinement humain, et la femme aussi », souligne-t-elle en 1895.

Durant cette période marquée par le triptyque industrialisation-urbanisation-immigration qui transforma durablement les États-Unis, elle fut à l’avant-garde de nouvelles réflexions sur le lien précédemment évoqué. Elle publia des livres avec des contributions innovantes telles que Women and Economics (1898), The Home. Its Work and Influence (1903), mais aussi des fictions comme Herland (1915).

Fondé sur un travail d’archives relatif à son œuvre réalisée en 2021, et s’appuyant sur une publication récente sur sa vision de l’économie du foyer, cet article vise à présenter la contribution de cette autrice à la pensée économique.

Indépendance économique des femmes

The Forerunner est une revue mensuelle dirigée par Charlotte Perkins Gilmore entre 1909 et 1916.

Ses différents travaux, au même titre que ses nombreux articles de journaux qu’elle écrivit, dont dans le mensuel The Forerunner, lui permirent de diffuser sa conception nouvelle de l’économie. Progressiste, Charlotte Perkins Gilman visait à déterminer un ordre collectif capable de promouvoir le bien commun dans une société états-unienne en pleine transformation. Si elle porta une attention particulière à la condition des femmes – le terme « féminisme » n’est entré dans le lexique politique états-unienne que dans les années 1910 –, elle se considérait davantage comme une « humaniste » plutôt que strictement « féministe » :

« J’abhorre qu’on me qualifie de féministe », rappelle-t-elle.

Sur ce plan, l’originalité de la pensée de Charlotte Perkins Gilman fut d’insister sur la centralité de l’indépendance économique des femmes par le travail salarié, grâce à une nouvelle articulation entre les sphères domestique, professionnelle et politique :

« L’indépendance économique des femmes implique un changement dans le foyer et dans les relations familiales », souligne-t-elle.

Contrairement à des féministes de l’époque, qui telle Hubertine Auclert en France, priorisent l’acquisition de droits politiques pour les femmes –, droit de vote essentiellement –, Charlotte Perkins Gilman considère que l’obtention de tels droits est dénuée de sens si les femmes ne possèdent pas les capacités économiques réelles de les exercer.

« La banderole proclame “l’égalité devant la loi”, la part de la femme dans la liberté politique ; mais l’axe principal du progrès est et a toujours été l’égalité et la liberté économiques », affirme-t-elle.

Près de 147 357 travailleurs masculins pour 2 femmes

Dans cette perspective, Charlotte Perkins Gilman propose de changer la condition des femmes sur le marché du travail. Dans les États-Unis d’avant les années 1920, la plupart des emplois sur le marché du travail états-unien – particulièrement dans l’industrie – ne sont pas accessibles aux femmes. Par exemple, les industries du fer et de l’acier emploient à l’époque 147 357 travailleurs masculins pour seulement 2 femmes, dans tout le pays.

Les femmes salariées se concentrent dans certains services à la personne, et dans des industries telles que le textile, l’agroalimentaire et le tabac qui englobent les trois quarts des emplois industriels féminins. Elles représentent 20 % de la population active en 1920.




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Cette situation pose problème pour Charlotte Perkins Gilman : les femmes, pourtant de plus en plus diplômées, ne se voient offrir que de mauvais emplois. Elles restent sous la domination économique des hommes. Ces derniers contrôlent les principales activités, créant de facto une mauvaise allocation des ressources, aussi bien pour les femmes que pour la société dans son ensemble.

Femmes dans la sphère domestique

Charlotte Perkins Gilman prêche pour un changement profond du statut et du rôle des femmes dans la sphère domestique, victimes d’une division du travail économique qui leur est défavorable :

« Nous sommes à nouveau aveuglés par la division primitive du “ travail de l’homme ” et du “ travail de la femme ”, et par l’honneur et le déshonneur accumulés arbitrairement attachés à chacun », dit-elle.

Elle insiste en particulier sur le mariage, une institution androcentrique, qui confine les femmes à des fonctions économiques non valorisées bien qu’essentielle :

« Cela suppose soit que le mari soit l’employeur et la femme l’employée, soit que le mariage soit un partenariat et que la femme contribue autant que le mari à la création de richesse. »

Charlotte Perkins Gilman.
Wikimedia

Cette situation pose un problème majeur pour la société états-unienne en recherche d’un nouvel ordre économique, social et moral. Dans son esprit, des femmes non épanouies par leur travail sont de moins bonnes mères. Son objectif est de réformer les institutions pour une « maternité efficiente » ; les femmes doivent pouvoir mieux concilier leurs activités productives et activités reproductives. Le travail devient un devoir moral pour les femmes :

« Une race de femmes cantonnées au rôle de cuisinières et de domestiques n’offre pas une maternité aussi noble que le monde en a besoin », affirme-t-elle.

« Nouvelle femme »

Compte tenu de ce constat, Charlotte Perkins Gilman milite pour l’émergence de la « nouvelle femme ». Ce terme est forgé par la féministe Sarah Grand, caractérisant la nouvelle génération de femmes adultes des années 1890, dont le potentiel économique doit être exploité différemment. Avec ce modèle à l’esprit, Charlotte Perkins Gilman suggère des changements dans deux directions interdépendantes :

  • Faire en sorte que les activités économiques ne dépendent pas uniquement du marché, institution supposée neutre dans la distribution des positions économiques, ce en fonction du mérite individuel. Selon elle, le marché doit être régulé, puisqu’il existe des relations non marchandes dans la société, mais aussi par la mainmise des hommes sur les principales activités économiques. Pour les femmes comme pour la société, il est crucial de valoriser les relations basées sur la réciprocité et la redistribution.

  • Construire une démocratie économique reposant « sur la liberté des femmes », soit un système fondé sur la coopération au sein de l’industrie. Cette société forgerait des relations non oppressives, non hiérarchiques entre les individus, nécessitant un nouveau type de division du travail entre hommes et femmes.

À une époque où la création de grandes entreprises inquiète comme fascine, Charlotte Perkins Gilman propose d’externaliser à cette structure les activités de préparation des repas, de ménage comme de garde d’enfants. La conséquence envisagée : une baisse des coûts de production.

Une consacrée à Charlotte Perkins Gilman dans The Atlanta Journal-Constitution.
Wikimedia

L’utopie « Herland »

L’objectif de Charlotte Perkins Gilman n’est pas uniquement de féminiser la sphère productive, mais de promouvoir de nouvelles formes d’organisation du travail plus inclusives, plus coopératives et de facto plus efficientes collectivement. Elle en fait la démonstration dans son utopie Herland, une société sans hommes où règne l’abondance économique, la coopération sociale et l’épanouissement des femmes.




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Dans ce roman, en l’absence d’hommes, les femmes se voient offrir un large éventail de tâches productives, en fonction de leurs compétences et de leurs préférences personnelles. À Herland, la société est conçue comme une chaîne cohérente d’individus ayant réussi à créer à la fois croissance économique et liens sociaux :

« Avec tous nos efforts, ce pays pourra subvenir aux besoins d’un nombre indéterminé de personnes, en leur offrant le niveau de paix, de confort, de santé, de beauté et de progrès auquel nous aspirons », décrit-elle.

Regard critique sur son œuvre

Au regard de ce qui précède, il importe de souligner l’originalité des propositions économiques de Charlotte Perkins Gilman. Bien que non économiste de formation, elle est parvenue par son expérience, ses intuitions fondatrices ou comme ses relations avec de nombreux chercheurs en sciences sociales influents de l’époque – Edward Bellamy ou Edward Alsworth Ross en particulier –, à montrer qu’il n’est pas possible de réfléchir à l’économie sans s’intéresser aux questions de genre.

Cela n’empêche pas d’adopter un regard critique sur son œuvre, concernant sa vision du féminisme ou par le fait qu’elle s’adresse avant tout – et de façon « brutale » pour les autres catégories selon nos standards actuels – aux femmes blanches de la classe moyenne états-unienne. À l’image du nom donné à son journal The Forerunner, Charlotte Perkins Gilman est une précurseure. Elle a ouvert la voie à nombre d’économistes. Et à ce titre, son œuvre est incontournable et inestimable.

The Conversation

Guillaume Vallet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Charlotte Perkins Gilman, l’économiste qui dénonce l’enfermement domestique des femmes – https://theconversation.com/charlotte-perkins-gilman-leconomiste-qui-denonce-lenfermement-domestique-des-femmes-273378

80 % des engrais utilisés en Afrique sont importés : comment les systèmes alimentaires peuvent s’adapter au choc iranien

Source: The Conversation – in French – By Jaron Porciello, Visiting Fellow in the School of Integrative Plant Science, Cornell University

Le conflit dans le golfe Persique perturbe l’approvisionnement en engrais, et les systèmes alimentaires africains risquent d’en pâtir.

Les systèmes agroalimentaires (les activités qui relient les personnes, les investissements et les décisions impliqués dans la production et la distribution de denrées alimentaires et de produits agricoles) dépendent d’un flux constant d’intrants tels que les engrais, ainsi que des marchés, des infrastructures et des décisions politiques et commerciales.

Ces systèmes alimentaires peuvent absorber les chocs et trouver de nouveaux moyens de maintenir l’approvisionnement même sous pression. Mais ils sont également fragiles. Une perturbation dans une partie du système a des répercussions sur les autres, comme le montre clairement le conflit en Iran qui a éclaté fin février 2026.




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Voici comment la guerre contre l’Iran affecte les agriculteurs et les systèmes alimentaires d’Afrique subsaharienne : les pays du Golfe (dont l’Iran) sont le plus grand exportateur au monde d’ingrédients pour engrais. À lui seul, l’Iran est le quatrième plus grand exportateur mondial d’urée, un ingrédient clé des engrais – et l’un des moins chers

Le Nigeria, le Ghana, le Togo, le Kenya, la Tanzanie et l’Afrique du Nord achètent tous de l’urée depuis l’Iran.

Le Qatar est un autre producteur et exportateur clé d’urée. Mais il a cessé de produire de l’urée début mars 2026. En effet, il a besoin de gaz pour la fabriquer – et ses usines de gaz ont été touchées par des missiles iraniens.

Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, étroit passage situé près de l’Iran, a baissé de 95 % depuis le début de la guerre. Cela signifie que les engrais qui continuent d’être produits dans les pays du Golfe ne peuvent plus quitter la région.

C’est une mauvaise nouvelle pour l’Afrique subsaharienne, qui importe environ 80 % des engrais qu’elle utilise. Ces importations proviennent de notamment de la Russie,, d’Europe, de l’Ukraine, de l’Inde, de la Chine et des États du Golfe. Le Malawi, par exemple, importe 52 % de ses engrais du Golfe. Le Maroc, le Nigeria et l’Afrique du Sud importent également des ingrédients des pays du Golfe et les utilisent pour fabriquer des engrais qu’ils exportent.




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Les prix des engrais ont déjà augmenté. Et, contrairement au pétrole, il n’existe pas de réserve stratégique coordonnée au niveau international pour les engrais. Lorsque l’approvisionnement est perturbé, il le reste.

Je suis chercheure et praticienne et j’étudie comment les données et les politiques peuvent être mises à contribution pour prendre de meilleures décisions dans les systèmes alimentaires et l’agriculture. Récemment, j’ai fait partie d’une équipe qui a étudié les moyens de mettre fin à la faim et à toutes les formes de malnutrition en modifiant le système agroalimentaire afin que les aliments nutritifs soient plus disponibles, abordables et accessibles aux communautés pauvres, souvent rurales.

Nous nous intéressons tout particulièrement aux types d’interventions susceptibles d’attirer des investissements tant du secteur privé que du secteur public.

Nos recherches ont montré que la nourriture en Afrique est souvent disponible, mais qu’elle n’est pas abordable, sûre ou suffisamment variée pour constituer une alimentation saine. Par exemple, au cours des 50 dernières années, les politiques gouvernementales ont favorisé les subventions, les incitations tarifaires et les programmes d’achat visant la culture de denrées de base (maïs, blé, riz). Mais à elles seules, ces cultures ne sont pas très riches en nutriments. Se focaliser principalement sur elles équivaut à marginaliser les aliments plus riches en nutriments.

Nos recherches ont mis en évidence plusieurs moyens permettant aux systèmes agroalimentaires africains de fournir des aliments plus nutritifs à l’avenir. Cela est possible même lorsque l’approvisionnement en engrais est limité. Nous en présentons quelques-uns ci-dessous.

De la pandémie à la guerre en passant par Ormuz : les chocs liés aux engrais en Afrique

Les perturbations dans l’approvisionnement en engrais et les dommages causés aux systèmes agroalimentaires en Afrique ne sont pas un phénomène nouveau.

Entre 2020 et 2024, les chaînes d’approvisionnement en engrais ont été mises à rude épreuve par la COVID-19, puis par la guerre en Ukraine. Les agriculteurs africains ont amorti ces chocs en réduisant la quantité d’engrais utilisée pour leurs cultures. Mais cela a entraîné une baisse des rendements, une diminution des revenus et un resserrement des budgets des ménages.




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Il est important de rappeler que l’approvisionnement en engrais est étroitement lié à des décennies de politiques de subvention, d’investissements publics et de débats sur le type d’agriculture que les gouvernements africains devraient promouvoir. Ces approvisionnements sont très contestés et politisés, façonnés autant par l’histoire et le pouvoir que par les données agronomiques et les choix économiques des ménages.

La menace actuelle de pénurie n’est qu’une partie du tableau.

Dix moyens pour les pays africains de s’en sortir en utilisant moins d’engrais

Les systèmes alimentaires africains qui survivront à la crise des engrais liée à la guerre en Iran seront ceux qui mettront en place des programmes axés sur la nutrition et continueront d’investir dans des innovations réduisant la dépendance aux engrais.

Notre rapport identifie dix interventions à fort impact qui améliorent la nutrition et les résultats alimentaires. Plusieurs d’entre elles sont particulièrement pertinentes à l’heure actuelle :

  • Les agriculteurs devraient commencer à cultiver des fruits, des légumes et des légumineuses, et pratiquer l’agroforesterie. Cela améliore la santé des sols et permet de produire des aliments riches en nutriments.

  • Les potagers familiaux peuvent améliorer l’alimentation et la sécurité alimentaire des ménages, à condition que les personnes bénéficient d’une formation et d’une éducation nutritionnelle.

  • L’aquaculture (poisson) et l’élevage durables, y compris la volaille, stimulent la production et la consommation de protéines.

  • Les cultures biofortifiées, telles que les haricots riches en fer cultivés au Rwanda et les patates douces à chair orange au Mozambique, intègrent directement les nutriments dans la culture pendant la production. Comme elles contiennent plus de nutriments, elles ne gaspillent pas autant d’engrais.

  • Les infrastructures de stockage et de distribution réduisent la détérioration des aliments. Elles améliorent également la qualité des aliments.

  • Les aliments peuvent être enrichis (en y ajoutant des vitamines et minéraux essentiels) lors de leur transformation. Cela améliore la valeur nutritionnelle sans nécessiter de changements dans les méthodes de culture.

  • Des pratiques de manipulation des denrées alimentaires et de gestion agricole doivent être mises en place pour garantir la sécurité sanitaire des récoltes.

  • L’éducation nutritionnelle contribue à faire de meilleurs choix alimentaires au quotidien afin que, lorsque la nourriture est disponible, elle permette d’adopter une alimentation plus variée et plus nutritive.

  • Les programmes de protection sociale, tels que les transferts monétaires et les bons alimentaires, aident les familles lorsque les prix augmentent.

  • La fourniture de repas scolaires spécialement conçus pour être nutritifs offre un retour sur investissement élevé.

La marche à suivre

Nos recherches soulignent que ces interventions ne peuvent fonctionner que sous la forme d’un ensemble ou d’un paquet de mesures de soutien. La question du genre est également importante. Nos recherches ont montré que les femmes ne parviennent pas toujours à manger des aliments riches en nutriments, même lorsqu’il y en a davantage à la maison.

Ces interventions représentent ce qui fonctionne aujourd’hui. Mais les gouvernements et les chercheurs devraient également voir plus loin. Par exemple, des scientifiques du Centre for Research on Programmable Plant Systems, (dont des chercheurs de l’université Cornell) mettent au point des plantes spécialisées appelées « plantes indicatrices ». Une plante dite “indicatrice” est généralement placée stratégiquement dans un champ de cultures pour servir de système d’alerte précoce.

Ils ont par exemple mis au point un plant de tomate qui vire au rouge vif lorsque la présence d’azote dans le sol tombe à des niveaux critiques. Ce plant fournit aux agriculteurs des informations précises et en temps réel sur les besoins de leurs champs.

Des outils comme ceux-ci pourraient transformer la relation que les agriculteurs entretiennent avec les engrais. Ils permettent, en effet, de réduire le gaspillage, de diminuer les coûts et d’intégrer une forme « d’intelligence fertilisante » au sein même du système agricole.

The Conversation

Jaron Porciello bénéficie d’un financement du BMZ allemand et de la Fondation Gates.

ref. 80 % des engrais utilisés en Afrique sont importés : comment les systèmes alimentaires peuvent s’adapter au choc iranien – https://theconversation.com/80-des-engrais-utilises-en-afrique-sont-importes-comment-les-systemes-alimentaires-peuvent-sadapter-au-choc-iranien-282621

Ebola survivors struggle to return to normal lives: what I found out in Sierra Leone and Liberia

Source: The Conversation – Africa (2) – By Kevin J.A. Thomas, Distinguished Professor of Sociology, Rice University

During the Ebola epidemic of 2014 to 2016, Musu, a resident of Monrovia, Liberia contracted the Ebola virus along with her husband, five sons and daughter.

A few weeks later, six members of her family died. Musu and her youngest son survived. Since then, their lives have not been the same. Her husband was the family’s sole breadwinner. Now a widow and a single parent, Musu struggles to make ends meet. As she put it, “There is no one here to help besides God. No boyfriend. No father. I am the father, the mother, the uncle, and the brother. At the place we are renting, we can’t even find food to eat.”

Musu is one of the many survivors who recovered from the world’s largest Ebola epidemic. The epidemic started as a localised disease outbreak in the village of Meliandou in Guinea but spread to neighbouring Liberia and Sierra Leone.

Over the course of three years, the disease infected 28,600 people. Approximately 11,000 of them died while 17,000 survived.

On 9 June 2016, the World Health Organization announced the official end of the Ebola epidemic in Liberia.

Compared to the widespread media coverage of the epidemic when it started, news reports on its aftermath have been limited. As a result, very few people know that Ebola survivors have struggled to continue with their lives since the end of the epidemic.

These survivors include widows like Musu, orphans who are now homeless, and thousands of people who are now blind or have permanent vision problems.




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I am a social demographer who studies health and population trends. My recent book Life After Epidemics: Ebola Survivors and the Social Dimensions of Recovery documents many of these experiences. Based on interviews with 250 Ebola survivors in Liberia and Sierra Leone, I set about trying to understand why many survivors live in worse conditions than before the epidemic, and what’s preventing them from returning to their normal lives.

Understanding these issues is a first step towards developing solutions to the problems currently faced by Ebola survivors. Learning about their experiences can prevent these problems from occurring among survivors of future epidemics.

Medical versus social responses to epidemics

The process of determining what went wrong begins by understanding the contrast between two types of responses to epidemics.

The first is the medical response, which emphasises the use of clinical medicine to save lives and care for infected patients.

The second is the social response, which addresses issues such as the provision of sustainable livelihoods, supporting orphans, and integrating survivors into their communities.

Policy makers placed a greater priority on short-term medical responses to the consequences of the Ebola epidemic than on long-term social responses.

The main objective of my research is to examine how Ebola survivors have been affected by that emphasis. I used information from interviews and other sources to assess how their health, sources of livelihood, and family lives have changed since the end of the epidemic.

The research provides evidence on the ways in which the limited investment in social responses continues to negatively affect the lives of survivors.

For example, there are no programmes that provide them with comprehensive access to healthcare, even though many of them are either blind, suffer from musculoskeletal conditions, have neurological conditions, or live with other long-term side effects of the virus.

It also describes the experiences of farmers in poor health, who can no longer till their land, and hunters who can no longer see. They are among the many survivors who were previously self-employed but have lost their sources of livelihood.

With the limited investment in social responses, the stigma of Ebola continues to thrive in local communities. As a result, the social interactions of Ebola survivors are often plagued by the fears of people who believe they are still infected. These fears caused business owners to lose clients and contributed to the end of marriages.

Many survivors no longer receive invitations to attend social events such as weddings and child naming ceremonies. In some cases, their children have also lost playmates after neighbours banned their children from playing with the children of Ebola survivors.

Humanitarian organisations played a major role in containing the spread of the disease during the epidemic. Some of their policies had unintended consequences, however, that have added to the problems of patients who survived. For example, the practice of burning the belongings of infected patients to prevent further transmission of the virus has increased economic hardship among many survivors.

The burning process led to financial losses among survivors who kept their savings under their mattresses, lost farming tools, and had to pay for equipment borrowed from neighbours that was also destroyed.

Some of the messages employed in public health campaigns used to contain the spread of the virus during the epidemic have also had unintended consequences. These campaigns warned the public to avoid touching infected people as a way of stopping transmission of the disease, because there was no cure for Ebola. Since the end of the epidemic, many people in local communities have continued to avoid touching survivors. They question how survivors can claim to be Ebola-free when the public was told that the disease had no cure.

Why Ebola survivors feel abandoned

Hearing the stories of the survivors made it clear that many of them felt abandoned. The visits from community leaders have stopped. The specialised care they received from hospitals has been discontinued. Many of the promises of political leaders who claimed they would provide resources to support their recovery remain unfulfilled. Some of the resources provided by donors were lost to fraud.

Meanwhile, Ebola survivors continue to be affected by the irreversible losses they experienced a decade ago. These experiences and the lack of attention to their social circumstances still define their lives.

Policy makers will need to give equal attention to medical and social issues when responding to future epidemics. This will require sustained investments to improve the lives of survivors long after we celebrate the end of epidemics.

The Conversation

Kevin J.A. Thomas received funding from the Andrew Carnegie Fellows Program while conducting the study described in this article.

ref. Ebola survivors struggle to return to normal lives: what I found out in Sierra Leone and Liberia – https://theconversation.com/ebola-survivors-struggle-to-return-to-normal-lives-what-i-found-out-in-sierra-leone-and-liberia-281678

‘Me equivoqué’: una manera de mejorar la participación y la confianza en el aula

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan-Antonio Moreno-Murcia, Catedrático de Universidad, Universidad Miguel Hernández

¿Por qué, para muchos estudiantes, el objetivo es aprobar, o sacar una nota determinada, pero no se implican en el aula ni participan? Muchos alumnos escuchan, cumplen y responden cuando se les pide, incluso tienen buenos resultados, pero participan poco y evitan exponerse. Más allá de lo interesantes o relevantes que encuentre los contenidos, o del tipo de tarea que se proponga, uno de los factores clave está en cómo se presenta el profesor ante el alumnado y qué relación establece con ellos y con la disciplina.

Cada vez hay más evidencias de que mostrarse humano, reconocer dudas y no tener siempre la última palabra son cualidades que favorecen esa relación. La humildad intelectual, entendida como la capacidad de reconocer los propios límites y mostrarse abierto al aprendizaje, desplaza el protagonismo del ego hacia el proceso de enseñar y aprender.

Dicho de otro modo: esta modestia o humanidad no es una cualidad secundaria, sino una de las herramientas más eficaces para mejorar el aprendizaje.

Hallazgos recientes demuestran, como veremos a continuación, que cuando el profesorado no necesita parecer infalible, el alumnado se siente más seguro para participar, preguntar y equivocarse. La autoridad no desaparece, pero deja de apoyarse en la imposición y empieza a construirse sobre la confianza.

El profesor no tiene todas las respuestas

La evidencia confirma algo que muchos docentes han intuido: los estudiantes se implican más cuando sus docentes admiten dudas o errores. En estos contextos aumenta la sensación de aceptación, el sentido de pertenencia y disminuye el miedo a equivocarse.

Cuando el error se percibe como amenaza, la respuesta habitual es el silencio: muchos chicos y chicas que están interesados en la materia prefieren no participar. En cambio, cuando el docente lo normaliza, los estudiantes se atreven a preguntar y a probar. El aprendizaje deja de ser una búsqueda de la respuesta correcta y se convierte en exploración.

Los entornos que gestionan el error de forma constructiva generan mayor confianza y creencias más adaptativas sobre el aprendizaje. La humildad intelectual, en este sentido, no es solo una actitud, sino una herramienta pedagógica.

Menos control, más confianza

Durante mucho tiempo, la autoridad docente se ha asociado con el control y la distancia emocional. Sin embargo, este modelo puede tener efectos negativos. Los estilos autoritarios se relacionan con menor bienestar y mayor agotamiento en el alumnado.

Frente a ello, la evidencia apunta a modelos basados en la confianza. Los estudiantes no aprenden mejor cuando se sienten vigilados, sino cuando se sienten acompañados. La autoridad cambia de base: se construye sobre la coherencia, la justicia y el respeto.




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Las emociones del docente también influyen. La forma de reaccionar ante el error o la participación condiciona la implicación del alumnado. Un clima tenso inhibe; uno respetuoso facilita. Más que controlar todo lo que ocurre, resulta más eficaz cuidar cómo ocurre.

Sentirse seguro para aprender

Aprender no es solo un proceso cognitivo, también es emocional. Por eso cuando los estudiantes perciben cercanía y comprensión, presentan menos ansiedad y mayor implicación.

Se trata de generar una sensación de pertenencia: si el alumnado siente que forma parte del proceso y que puede equivocarse sin ser juzgado, su disposición a aprender cambia. A veces basta un pequeño gesto para alterar ese equilibrio. Una reacción inadecuada ante un error puede hacer que un estudiante deje de intervenir durante semanas. Por el contrario, cuando el docente valora el intento antes que el acierto, la confianza se recupera.

La seguridad emocional no es un añadido, es una condición del aprendizaje. Cuando el alumnado se siente respetado, puede centrarse en comprender. Cuando no, parte de su atención se dedica a protegerse.




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Un profesor que también aprende

Otra señal poderosa es que el docente se muestre como alguien que sigue aprendiendo. No mediante discursos, sino en la práctica. Cuando incorpora ideas del alumnado o reconoce que revisa sus planteamientos, transmite que aprender es una actitud permanente.

Este enfoque coincide con las recomendaciones de la UNESCO del aprendizaje a lo largo de la vida. No se trata solo de formación continua, sino de apertura al cambio.

Además, este posicionamiento influye en el alumnado. Los entornos que promueven el desarrollo profesional docente favorecen la implicación y la mentalidad de crecimiento.




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Enseñar al corregir

La forma de dar retroalimentación influye directamente en cómo el alumnado entiende el aprendizaje. Cuando solo se señalan errores, muchos estudiantes asocian aprender con fallar. En cambio, cuando se reconoce el esfuerzo y se orienta la mejora, la respuesta cambia.

Si los docentes transmiten la idea de que las capacidades no son innatas o fijas y que pueden desarrollarse aumenta la persistencia y el rendimiento, además de la seguridad psicológica. No se trata de evitar la corrección, sino de cambiar su sentido.

No es lo mismo decir “esto está mal” que “vamos a ver cómo mejorarlo”. Cuando el docente no necesita imponer su criterio, la retroalimentación se convierte en ayuda, no en juicio. Pequeños cambios en cómo se dice tienen un gran impacto.




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Lo que los estudiantes no olvidan

La relación con el docente es uno de los factores que más influyen en el aprendizaje. Con el tiempo, muchos estudiantes olvidan contenidos, pero no cómo se sintieron al aprender. La cuestión no es solo cuánto sabe el docente, sino qué experiencia genera.

Por eso cuando el aula es un espacio donde se puede preguntar, equivocarse y participar sin miedo, además del rendimiento, mejora la relación con el conocimiento.

La humildad intelectual es una manera de exigir mejor y de reforzar la autoridad porque se ejerce de manera más justa y cercana. Porque muchas veces enseñar bien no consiste en demostrar lo que uno sabe, sino en crear las condiciones para que otros quieran aprender. Y para eso, a veces, lo más poderoso que puede hacer un profesor es algo aparentemente sencillo: dejar de tener siempre la razón.

The Conversation

Juan-Antonio Moreno-Murcia no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ‘Me equivoqué’: una manera de mejorar la participación y la confianza en el aula – https://theconversation.com/me-equivoque-una-manera-de-mejorar-la-participacion-y-la-confianza-en-el-aula-280287

¿Se puede medir el sufrimiento humano? Una pregunta incómoda para la medicina

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José María Domínguez Roldán, Profesor de Bioética de la Facultad de Ciencias de la Salud y de la Vida, Universidad CEU Fernando III

Wasana Kunpol/Shutterstock

En la práctica clínica contemporánea pocos conceptos resultan tan decisivos y, a la vez, tan elusivos como el de sufrimiento. A pesar de su centralidad en la medicina, particularmente en los ámbitos de la enfermedad grave, la cronicidad y el final de la vida, la literatura muestra una notable pobreza en su clasificación. Esta carencia no es meramente académica: tiene consecuencias directas en la toma de decisiones clínicas, éticas y jurídicas.

En España, la Ley Orgánica 3/2021 de regulación de la eutanasia introduce un elemento de singular relevancia. En los dos supuestos habilitantes para solicitarla, figura como criterio la existencia de un “sufrimiento intolerable”. Esta formulación, aparentemente clara, encierra dificultades de primer orden: ¿cómo se mide el sufrimiento? ¿Qué tipo de sufrimiento se está considerando? ¿Bajo qué criterios puede calificarse como intolerable o irreversible?

El primer problema es conceptual. Como ya señalara el médico estadounidense Eric J. Cassell, el padecimiento no se identifica exclusivamente con el dolor físico ni se limita a él, sino que constituye una amenaza percibida para la integridad de la persona en su conjunto. De ahí se deriva una afirmación capital: no sufren los cuerpos, sino las personas. Esa idea obliga a renunciar a cualquier intento de reducir el sufrimiento a parámetros exclusivamente biológicos y a reconocer su carácter radicalmente impersonal.

Sin embargo, esta ampliación conceptual introduce una segunda dificultad: es una experiencia subjetiva. A diferencia de otros parámetros clínicos (un dato analítico o una prueba de imagen), no se puede cuantificar directamente. Solo puede ser referido por quien lo experimenta. Y lo que constituye una fuente de sufrimiento para una persona puede no serlo para otra. Esta subjetividad hace que su valoración clínica sea indirecta y mediada por la interpretación.

Las tres dimensiones del sufrimiento

Ante esta complejidad, resulta imprescindible avanzar hacia una clasificación, aunque sea de carácter operativo. Desde una perspectiva médica integradora cabe distinguir, al menos, tres dimensiones relevantes del sufrimiento:

  • Orgánico. Este es derivado de alteraciones físicas y medibles: dolor, falta de aire, fatiga crónica, etc. Posee una base biológica identificable y, en principio, susceptible de intervención terapéutica. Sin embargo, la relación entre lesión y sufrimiento es compleja: el dolor no siempre genera un sufrimiento proporcional, y no todo sufrimiento se debe a un daño orgánico.

  • Emocional o psicológico. Vinculado a estados afectivos como la ansiedad, la depresión, el miedo y la culpa. Este tipo de padecimiento puede coexistir con una enfermedad orgánica o presentarse de forma relativamente autónoma. Su relevancia es indiscutible en contextos como el diagnóstico de enfermedad grave y la pérdida de autonomía.

  • Existencial o espiritual. Este es, probablemente, el más difícil de estudiar. Se refiere a la percepción de pérdida de sentido, de identidad o de dignidad. Aparece de forma paradigmática en situaciones de enfermedad avanzada, dependencia o vulnerabilidad extrema. Nos recuerda que el ser humano es, en esencia, un Homo patiens.

A estas dimensiones cabe añadir otras complementarias. Por ejemplo, el sufrimiento social, derivado del aislamiento o la pérdida de rol. O el moral, asociado a conflictos de valores. En conjunto, estas formas configuran una experiencia multidimensional que no puede fragmentarse sin empobrecer su comprensión.

El sufrimiento invisible

Conviene subrayar, además, que el sufrimiento no se limita a los escenarios clínicos clásicos. Está presente en múltiples situaciones humanas, muchas de ellas invisibles o insuficientemente reconocidas.

Un ejemplo relevante es el suicidio. En España, según datos oficiales, en 2024 se registraron 3 953 defunciones por esa causa. La cifra, por sí sola, revela que el sufrimiento, especialmente el de naturaleza psíquica, constituye un fenómeno mucho más amplio, profundo y extendido de lo que a menudo se reconoce en el debate público.

El padecimiento que conduce al suicidio no siempre es visible ni fácilmente objetivable, pero su realidad es incuestionable.

¿Tratable o irreversible?

Otro problema es la dificultad para diferenciar entre el sufrimiento tratable y el considerado irreversible.

Desde un punto de vista clínico, la irreversibilidad suele asociarse con la evolución de una enfermedad o con la ausencia de alternativas terapéuticas eficaces. Sin embargo, cuando el sufrimiento es de naturaleza psicológica o existencial, esta categoría se vuelve extraordinariamente incierta. La historia clínica muestra que las experiencias de sufrimiento intenso pueden modificarse con el tiempo, mediante intervención terapéutica, acompañamiento o cambios vitales.

Finalmente, merece atención específica el sufrimiento asociado a la enfermedad mental. Se trata de una modalidad singular, caracterizado por su intensidad y, en ocasiones, por su dificultad para ser comunicado. Con frecuencia, además, es objeto de sospecha o de infravaloración social, lo que añade una carga adicional al propio padecimiento.

En definitiva, el sufrimiento humano no es una magnitud fácilmente medible, sino una experiencia compleja, multidimensional y profundamente personal. La medicina debe resistir la tentación de simplificarlo. El derecho, cuando lo utiliza como criterio decisivo, debe hacerlo con plena conciencia de sus límites. Porque allí donde intentamos medir, el sufrimiento nos recuerda que comprender sigue siendo, en último término, la tarea esencial.

The Conversation

José María Domínguez Roldán no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Se puede medir el sufrimiento humano? Una pregunta incómoda para la medicina – https://theconversation.com/se-puede-medir-el-sufrimiento-humano-una-pregunta-incomoda-para-la-medicina-280744

Cómo diagnosticar el deterioro cognitivo precozmente con ayuda de la IA

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Prieto Fernández, Doctora en Ciencias Humanas y Sociales, Universidad Pontificia de Salamanca

Elnur/Shutterstock

Olvidar una palabra, perder el hilo de una conversación o tardar más en responder no siempre enciende las alarmas. De hecho, el deterioro cognitivo leve –una fase temprana asociada a enfermedades como el alzhéimer– suele pasar desapercibido durante años.

Y ese retraso importa: cuando aparecen los síntomas evidentes, el daño cerebral ya puede ser significativo. Por suerte, algo está cambiando: la inteligencia artificial empieza a detectar señales mucho antes de que sean visibles para médicos, familiares o incluso para la propia persona.

Cuando el lenguaje revela lo que la memoria oculta

Nuestro cerebro deja huella en cómo hablamos. No solo en lo que decimos, sino en cómo lo decimos. En las fases iniciales del deterioro cognitivo leve, aparecen cambios muy sutiles: frases más simples, menor riqueza léxica o pequeñas pausas que antes no existían. Son alteraciones tan finas que el oído humano no suele percibirlas. Sin embargo, los sistemas de inteligencia artificial sí pueden hacerlo.

Estos modelos analizan patrones lingüísticos y acústicos –como la velocidad del habla, la entonación o la complejidad gramatical– para identificar desviaciones respecto al funcionamiento cognitivo esperado. Basta una conversación de unos minutos para que un sistema de inteligencia artificial extraiga cientos de variables –desde características acústicas hasta patrones prosódicos– y construya un perfil cognitivo.

En distintos estudios, el análisis automático del lenguaje ha logrado diferenciar personas con deterioro cognitivo leve de aquellas sin afectación, mostrando una utilidad diagnóstica prometedora, incluso para anticipar qué personas desarrollarán alzhéimer en el futuro.




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La voz como biomarcador invisible

La clave está en que estas herramientas, los “biomarcadores de voz”, capturan cambios que aún no son clínicamente evidentes, como las citadas alteraciones en la velocidad del habla (la persona tarda más en responder o hace más pausas), cambios en la entonación y el ritmo (voz más monótona o menos expresiva), aumento de errores lingüísticos (dificultad para encontrar palabras o uso de términos más vagos) o patrones sutiles en el lenguaje como frases más cortas y simples.

Además, la IA puede detectar cambios en el comportamiento digital, como una menor interacción en el uso del móvil, una reducción en la frecuencia de mensajes o llamadas e incluso dificultades en tareas cotidianas como escribir correctamente, navegar por internet e interactuar con asistentes virtuales. Son indicadores casi imperceptibles en una evaluación clínica tradicional, pero pueden ser detectados precozmente mediante algoritmos de inteligencia artificial.

Este enfoque abre la puerta a una monitorización continua y no invasiva del funcionamiento cognitivo, algo especialmente relevante si tenemos en cuenta que el deterioro cognitivo leve afecta a un porcentaje significativo de la población mayor. Entre un 12 % y un 20 % de las personas mayores de 60-65 años padecen esta condición, y el riesgo aumenta significativamente según se cumplen años.

Promesas y cautelas necesarias

A pesar de su potencial, estas herramientas no están exentas de limitaciones.
En primer lugar, muchos estudios se han realizado con muestras poco diversas, lo que puede afectar a su generalización. También existen riesgos de sesgo algorítmico: el lenguaje y la voz están profundamente influenciados por factores culturales, educativos y sociales.

Además, surgen importantes cuestiones éticas: ¿quién tiene acceso a estos datos?
¿Cómo se garantiza la privacidad? ¿Qué ocurre si una aplicación detecta riesgo sin supervisión clínica? La detección precoz no siempre es beneficiosa si no va acompañada de un contexto adecuado de intervención y apoyo.




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Hacia un nuevo modelo de diagnóstico

La inteligencia artificial no sustituirá al profesional sanitario, pero sí puede transformar su forma de trabajar. Estas herramientas podrían integrarse como sistemas de cribado en atención primaria, aplicaciones de seguimiento domiciliario o plataformas de telemedicina, facilitando una detección más temprana y accesible.

En un contexto en el que las enfermedades neurodegenerativas siguen aumentando, anticiparse unos años puede marcar la diferencia. En el caso del deterioro cognitivo, el tiempo no solo es oro: es memoria.

The Conversation

Paula Prieto Fernández no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cómo diagnosticar el deterioro cognitivo precozmente con ayuda de la IA – https://theconversation.com/como-diagnosticar-el-deterioro-cognitivo-precozmente-con-ayuda-de-la-ia-280971

900 años de Urraca I de León: querer fue su poder

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Alberto Moráis Morán, Director del Departamento de Patrimonio Artístico y Documental/ Profesor Titular, Universidad de León

Retrato de la reina Urraca I de León pintado por Carlos Múgica y Pérez en el siglo XIX. Museo del Prado

La Historia Compostelana, importantísima crónica redactada en la sede jacobea durante el primer tercio del siglo XII, recoge una declaración de viva voz de Urraca I: “(…) El emperador Alfonso, al acercarse la hora de su muerte, me entregó en Toledo todo su reino (…)”.

Muerto el infante Sancho Alfónsez en la batalla de Uclés un año antes, tras el fallecimiento del rey Alfonso VI, debía reinar ella, la hija primogénita (Sahagún, 1080-Saldaña, 1126), viuda de Raimundo de Borgoña desde 1107. Así, por primera vez en la Europa latina una mujer se convertía en soberana propietaria de un reino.

Efigie de Urraca I sobre un caballo.
Efigie de Urraca I del Tumbo A.
Archivo de la catedral de Santiago de Compostela.

El 1 de julio de 1109, sin acompañamiento ni mediación masculina, Urraca I comenzó a gobernar Hispania, integrada por los reinos de León, Galicia, Castilla y Toledo, el condado de Portugal y los dominios de Campos y las Extremaduras. Las acciones y circunstancias de la Inperatrix moldearon en el regnum legionense formas inéditas de gobierno de profundo alcance histórico y cultural.

Del trono al rechazo historiográfico

En el desarrollo del gobierno de Urraca I hubo dos asuntos determinantes. Por un lado, el Infantazgo, una institución feudal específica de León había sido gestada por Ramiro II y su hija Elvira y que asignaba a una mujer célibe de la familia real la gestión de un vasto patrimonio y la memoria política del linaje. Por otro lado, fue esencial la reactivación en el inicio de su reinado de las relaciones con la todopoderosa Orden de Cluny –vínculo heredado de sus padres, Alfonso VI y Constanza de Borgoña–.

Urraca I necesitaba neutralizar las aspiraciones sobre la Corona leonesa de su cuñado Enrique de Borgoña, quien pretendía destronar a la soberana con el respaldado de la gran abadía borgoñona. Así, con un propósito estratégico, Urraca I ya había entregado a Cluny el monasterio gallego de San Vicente de Pombeiro. En 1120 la reina donó además a Cluny la iglesia de San Nicolás de Villafranca.

Urraca I había sido educada en el principio del buen gobierno por Pedro Ansúrez y su esposa Elo Alfonsez, y también por los presbíteros Pedro y Sancho y el canónigo burgalés Domingo Falcóniz. A lo largo de los diecisiete años que mediaron entre su coronación y su muerte, la reina se rigió por una inquebrantable voluntad de ejercer su autoridad.

En 1109 asumió desposarse con Alfonso I de Aragón: “(….) después de la muerte de mi padre (…) me casé contra mi voluntad con el sanguinario y cruel tirano aragonés, uniéndome a él en nefando y execrable matrimonio”. Sin embargo, tras un año y una desastrosa convivencia entre ambos (esposos y reinos), se separó del Batallador con el consentimiento de la curia regia.

En medio de severas adversidades, para salvaguardar la integridad territorial de su reino, Urraca I combatió a aragoneses, portugueses y almorávides y desplegó una variada capacidad de negociar, superior al de sus contrincantes (nobles o clérigos), lo que irritaba completamente a estos. Estas transacciones calculadas provocaron un profundo rechazo en cronistas contemporáneos y posteriores, como se lee en la Historia Compostelana. Sucesivos autores religiosos la tacharon de voluble, indolente, temeraria y saqueadora. Además, le imputaron ser causa de inestabilidades políticas y sociales.

Ante esas tergiversaciones, historiadores e historiadoras de las últimas cinco décadas han desprendido la figura de la reina de perfiles prejuiciosos.

Un matronazgo regio

Ahora podemos reconocer en Urraca I un denodado esfuerzo por alejarse de las pretensiones tutelares de algunos aristócratas y eclesiásticos gallegos o castellanos, y encontrar lealtad de otros en Toledo, Tierra de Campos o Asturias.

Su mandato constituyó un novedoso, disruptivo y referencial periodo en el que se inauguró un modo de practicar el poder regio. Se acompañaba este de un sofisticado y complejo proyecto político que utilizaba las artes y la arquitectura para proyectar una imagen que refrendara su soberanía y su ejercicio del poder.

La creación artística concebida durante su gobierno en esos vastos territorios reflejó altos niveles de vanguardia y sofisticación iconográfica y conceptual. Según reflejan los diplomas, la reina retomó el matronazgo y el amor por las artes y los libros heredado de su abuela Sancha, de sus tías Urraca y Elvira o de su madre Constanza.

Espléndidas creaciones

Hasta fechas recientes, el arte hispano de estas áreas en torno al 1100 se había atribuido por defecto a la figura del padre, Alfonso VI, o del hijo, Alfonso VII. Se detectaba entonces un improbable vacío, un silencioso interregno de la creación plástica, donde parecía que la arquitectura, la pintura, la escultura, las artes del libro y la fabricación de bienes de lujo habían cesado. Imposible.

Placa de marfil procedente de la iglesia de Santo Sepulcro de León con la imagen de los peregrinos de Emaús y en ‘Noli me tangere’, Nueva York, Metropolitan Museum.
Marie-Lan Nguyen/Wikimedia Commons, CC BY

Hoy sabemos que entre 1110 y 1130, aproximadamente, se llevaron a cabo en el Reino de León espléndidas creaciones. Retomando las experiencias en el trabajo del marfil de las décadas anteriores, a partir de la primera década del siglo XII emergió una nueva naturalidad y expresividad, con narraciones más complejas y técnicas más depuradas, labras más profundas en el marfil y el hueso, como en las placas que la reina entregó a la iglesia del Santo Sepulcro de León.

Del mismo modo, la escultura de los edificios que patrocinó refleja el trabajo de artesanos de formación internacional, a la vanguardia, que dotaron a las portadas esculpidas del transepto de San Isidoro de León de formas del arte contemporáneo, desde Saint-Sernin de Toulouse hasta Pamplona, de Santiago de Compostela hasta Montefaro.

El control de la imagen, en su vertiente oficial, llegó a cotas excelsas bajo la tutela de la reina. Se entiende así la compleja iconografía de las monedas acuñadas durante su reinado. En ellas, la efigie de la soberana se mostró frontal, tocada con perlas, según el estilo bizantino de las vírgenes talladas en marfil del Museo del Louvre o del Victoria & Albert de Londres. De las cecas de León y Toledo salieron nuevas soluciones figurativas, donde por primera vez en la historia europea se representó a la reina de cuerpo entero o vinculada heráldicamente con un león.

El aniversario de los 900 años de la muerte de Urraca I permite conmemorar a una reina tenaz, gran administradora y promotora de las artes. Pero, sobre todo, a una experimentada política, sagaz en los pactos a los que llegó, beligerante en el campo de batalla e invulnerable ante las épocas convulsas que experimentó. Sobrevivió a guerras, revueltas, viudedad, divorcio, escarnio público, enfrentamientos con su hijo, el futuro rey y a la reticencia de parte del episcopado hispano. Querer fue su poder.

The Conversation

José Alberto Moráis Morán recibe fondos del Proyecto I+D+i (Agencia Estatal de Investigación) «Arte funerario en las catedrales de León y Castilla (siglos XI‑XV): de la materialidad a la receptividad del patrimonio inmaterial» (Ref. PID2023‑150540NB-100).

Gerardo Boto Varela no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. 900 años de Urraca I de León: querer fue su poder – https://theconversation.com/900-anos-de-urraca-i-de-leon-querer-fue-su-poder-282080

Así aumentan la contaminación urbana los semáforos mal gestionados

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Enrique Baquero, Investigador del Instituto de Biodiversidad y Medioambiente (BIOMA) y profesor de la Facultad de Ciencias, Universidad de Navarra

Sundry Photography/Shutterstock

La contaminación urbana causada por el tráfico no solo depende del número de vehículos: la composición de la flota, el tipo de vía, la ventilación urbana y –de manera crucial– la gestión del tráfico influyen de forma significativa. Además del CO₂, son contaminantes importantes el dióxido de nitrógeno (NO₂), el monóxido de carbono (CO) y las partículas finas (sobre todo hasta 2.5 micrómetros o PM₂.₅), que tienen efectos graves sobre la salud respiratoria y cardiovascular.

Estas partículas provienen tanto de emisiones directas —como el desgaste de frenos, neumáticos y la propia combustión de los hidrocarburos— como de la resuspensión del polvo acumulado en las calzadas.

Congestión urbana y emisión de contaminantes

La congestión urbana se produce cuando la demanda de tráfico supera la capacidad de las vías. Esto reduce la velocidad media, aumenta el tiempo de viaje y eleva tanto las emisiones como el consumo de combustible, especialmente cuando predominan las situaciones de paradas y arranques (conocidas en inglés como stop-and-go).

En escenarios con un volumen de tráfico similar, la fluidez del tráfico determina el impacto sobre la calidad del aire. Una gestión eficiente de la circulación de vehículos puede reducir las emisiones tanto globales como los picos de contaminación, aunque la magnitud de este efecto depende de factores como la composición del parque móvil, la geometría urbana y la meteorología.




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Intersecciones y semáforos

Las intersecciones reguladas por semáforos suelen convertirse en puntos calientes de contaminación, ya que concentran colas de vehículos, frenadas y arranques en espacios reducidos. El número de paradas por vehículo y la variabilidad de la velocidad son predictores relevantes de las emisiones.

Además, las frenadas y los arranques repetidos aumentan la emisión de partículas por desgaste de frenos y neumáticos, y favorecen la resuspensión del material acumulado en la calzada. En algunos casos, soluciones como las rotondas o el calmado del tráfico —por ejemplo, rugosidad en la calzada, barreras horizontales o elementos visuales en los laterales— pueden reducir las paradas. No obstante, su efectividad, entre entre el 30 y el 60 %, depende del diseño urbano y de las condiciones de seguridad vial.

Los ciclos de detención y aceleración generados por semáforos no sincronizados, junto con una conducción agresiva, pueden aumentar las emisiones hasta un 60 %.

Este efecto resulta especialmente perjudicial en zonas urbanas densas, donde la proximidad entre los focos emisores y la población expuesta incrementa el riesgo sanitario. Las concentraciones locales de NO₂ y PM₂.₅ pueden elevarse de forma considerable, con consecuencias graves para la salud: exacerbación del asma, empeoramiento de la enfermedad pulmonar obstructiva crónica (EPOC) y aumento del riesgo cardiovascular, especialmente en niños, personas mayores y pacientes con enfermedades preexistentes.

Por tanto, la gestión del tráfico no debe evaluarse solo en términos de capacidad viaria o tiempo de viaje, sino también por su impacto sobre la exposición de la población a estos contaminantes.

Monitorización avanzada y semáforos inteligentes

Existen sistemas avanzados capaces de medir la contaminación en tiempo real mediante cámaras de tráfico, sensores ambientales y modelos de dispersión de contaminantes.

La acumulación de contaminantes depende en gran medida de la morfología urbana: la altura de los edificios, la presencia y forma de árboles y setos, la longitud de las calles o su orientación respecto a los vientos dominantes pueden favorecer o dificultar la dispersión. Por ello, algunas vías e intersecciones son especialmente sensibles a la concentración de contaminantes emitidos por los vehículos. Los modelos que integran estos factores permiten identificar puntos críticos donde la dispersión es baja y donde resulta prioritario actuar para mejorar la fluidez del tráfico.

Estas herramientas permiten detectar tramos e intersecciones en los que la conducción con arranques y paradas genera emisiones mucho mayores que una circulación más estable. La monitorización avanzada es útil para diseñar intervenciones de movilidad urbana, ajustar los ciclos semafóricos, priorizar el transporte público y restringir el tráfico en momentos críticos. Así, no solo se identifica el problema, sino que también se puede intervenir sobre los puntos más problemáticos.

Los semáforos inteligentes ajustan los tiempos de espera y circulación en función de la demanda real de tráfico. Estos sistemas pueden reducir las emisiones al disminuir el número de detenciones, suavizar las aceleraciones y mejorar la fluidez del tráfico. Esto también ayuda a reducir el consumo de combustible.

Los porcentajes de mejora varían según la ciudad y el tipo de vía. Sin embargo, la principal ventaja de los semáforos inteligentes es que reducen los episodios de conducción más contaminantes: no solo agilizan el tráfico, sino que también mejoran su eficiencia.

¿Y si no hay semáforos?

La eliminación de semáforos en algunos entornos urbanos, como en la ciudad de Drachten, en Países Bajos, ha mejorado la fluidez del tráfico y reducido las emisiones al eliminar detenciones innecesarias.

Sin embargo, esta solución no es aplicable a todas las ciudades ni a todas las intersecciones. Su viabilidad depende de factores como la intensidad del tráfico, la velocidad de circulación, la seguridad vial y la protección de peatones y ciclistas. Por tanto, no puede afirmarse que eliminar semáforos reduzca siempre la contaminación. Lo que sí puede sostenerse es que una gestión del tráfico adaptada al contexto urbano, con o sin semáforos, puede mejorar la fluidez y reducir las emisiones.

En definitiva, no solo importa cuántos vehículos circulan, sino también cómo lo hacen. La forma en que se mueve el tráfico influye directamente en las emisiones de CO₂, NO₂, CO y PM₂.₅, así como en la exposición de la población a estos contaminantes. Las intersecciones y los corredores congestionados concentran tanto las emisiones como a las personas expuestas.

Una gestión eficiente de los semáforos puede ser clave para mejorar la calidad del aire y la salud pública, además de optimizar la eficiencia del tráfico.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Así aumentan la contaminación urbana los semáforos mal gestionados – https://theconversation.com/asi-aumentan-la-contaminacion-urbana-los-semaforos-mal-gestionados-282619