La montée de l’appui à la souveraineté chez les jeunes au Québec, feu de paille ou vague de fond ?

Source: The Conversation – in French – By Éric Bélanger, Professeur en science politique, McGill University

L’été 2025 n’a pas seulement été chaud, il a électrisé la scène politique québécoise. Le Parti québécois (PQ) a fait élire un autre candidat lors d’une élection partielle dans Arthabaska en août, et des sondages récents laissent présager un regain de popularité pour la souveraineté, notamment chez les jeunes. Assiste‑t‑on à un renouveau souverainiste solide ou à une simple poussée estivale d’émotion politique ?

Avec 35 % des voix (contre 46 % pour le PQ), la défaite a été crève-cœur pour Éric Duhaime qui a perdu son second pari visant à se faire élire et à amener le Parti conservateur du Québec à l’Assemblée nationale. Elle aura été cependant l’occasion de se réjouir pour le chef du PQ Paul St-Pierre Plamondon.

Parallèlement, on constate un certain regain dans l’opinion publique alors que des sondages récents ainsi que des jeunes artistes comme Lou-Adriane Cassidy ou le rappeur kinji00 remettent la question de la souveraineté du Québec à l’ordre de jour.

Pour nous, cotitulaires de la Chaire de recherche sur la démocratie, le vivre-ensemble et les valeurs communes au Québec, et spécialistes de la politique québécoise et de l’opinion publique, cette dynamique mérite un regard approfondi. Nous l’examinons sous trois angles : la méthodologie des sondages, les motivations profondes du regain, et les précédents historiques.

Interroger les sondages : ce qu’ils disent… et ce qu’ils ne disent pas

Dans un premier temps, il importe de s’attarder à la dimension méthodologique des sondages cités dans les médias. Ces coups de sondes ont des limites bien réelles. D’abord, l’appui de 56 % des jeunes de 18-34 ans, mesuré par la firme CROP au début du mois d’août, ne correspond pas à une intention de vote à un éventuel référendum – où la réponse se résumerait à « Oui » ou « Non ». Il s’agit plutôt d’un appui exprimé sur une échelle en quatre points, allant de « très favorable » à « très défavorable » à l’idée de souveraineté.

En juin dernier, la firme Léger a quant à elle mesuré une hausse des intentions de vote en faveur du « Oui » dans la même tranche d’âge, s’élevant à environ 48 %.

Sans mettre en doute l’existence de cette évolution chez les jeunes, on n’en sait très peu sur la taille exacte et la provenance des échantillons qui ont été rejoints dans ces deux enquêtes ni sur la manière avec laquelle les deux firmes de sondage ont pondéré les réponses de ces jeunes à ces questions. Par exemple, le chiffre de 48 % chez Léger paraît reposer sur les réponses de 195 jeunes individus seulement. L’appui de ce même groupe d’âge à la souveraineté est d’ailleurs retombé à 42 % dans leur enquête suivante publiée au mois d’août. De manière générale, plus les échantillons sont petits, plus les opinions mesurées sont susceptibles d’être volatiles.

Enfin, on a déjà observé par le passé que les appuis à la souveraineté ont tendance à diminuer une fois le PQ porté au pouvoir. Ces appuis avaient par exemple reculé de 8 points de pourcentage en quelques mois seulement à la suite de la victoire de Pauline Marois en 2012. Ce phénomène peut être attribuable à l’ambivalence qu’entretiennent généralement les Québécois vis-à-vis le PQ : ils aiment l’idée que ce parti dirige le Québec mais ils entretiennent des réserves face à son option constitutionnelle. Il est donc ici important d’offrir une nuance quant aux « réelles » préférences politiques des jeunes personnes sondées.

Langue, culture, crises politiques : ce qui motive l’appui à la souveraineté

Dans un second temps, nos travaux de recherche portant sur l’appui à l’indépendance au Québec et ailleurs dans le monde, notamment en Écosse et en Catalogne, indiquent que c’est surtout la volonté de protéger sa langue ou de conserver sa culture qui alimentent l’intérêt pour cette option constitutionnelle.

Il y a ici lieu de se questionner sur le rapport à la langue française des jeunes interrogés. Quelle est réellement l’importance de cette langue pour eux ? Certains, notamment ceux qui consomment beaucoup de contenu sur les plates-formes numériques comme TikTok, sont plus près des préoccupations des vlogeurs français (voir l’étude de l’Institut de la statistique du Québec). Ces jeunes parlent français certes, mais leurs référents culturels sont beaucoup plus franco-français que québécois.

Par ailleurs, les recherches ont aussi montré que les griefs, stimulés par des crises politiques tels l’échec de l’Accord du lac Meech ou le scandale des commandites, sont parmi les facteurs qui font le plus augmenter les appuis à la souveraineté. Or, il n’y a pas, présentement, de tels griefs ou de telles crises qui soient clairement en place au Québec.

Le poids de l’histoire : les jeunes (presque) toujours en tête du mouvement

Dans un troisième temps, c’est en posant un regard historique qu’il est possible d’offrir un autre éclairage sur cette montée, même modeste, de l’appui à la souveraineté. Historiquement, ce sont les jeunes qui ont surtout appuyé l’idéal d’indépendance. Ce fut le cas tant au Québec qu’ailleurs, comme en Écosse. Il est donc cohérent que ce soit la jeunesse québécoise qui soit à l’avant-garde de ce regain de soutien pour la cause souverainiste.

C’est notamment ce qui a été observé dans les précédents regains d’intérêt pour la souveraineté (chez les baby-boomers durant les années 1970 ; dans une moindre mesure chez la génération X durant les années 1990). Avec le recul, on se rend compte que la réelle anomalie historique tient peut-être à la cohorte des millénariaux (les individus nés entre 1980 et 1995) qui a davantage boudé le mouvement souverainiste que les autres.

À la lumière de ces différents travaux, les causes actuelles de ce regain pour la souveraineté chez les jeunes sont donc loin d’apparaître claires. Verrons-nous un réel engouement pour le Parti québécois ou bien seulement un passage à ce parti en raison de la fatigue envers le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) ?

Ces trois dernières années, le PQ a su tirer son épingle du jeu, profitant d’une période de turbulence pour le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS), moins présents dans le débat public. Même s’il formait l’opposition officielle, le PLQ a été affaibli par une absence de chef permanent depuis 2022, comblée seulement en juin par l’élection de Pablo Rodriguez, ce qui a freiné son redéploiement politique. Quant aux membres et aux élus de QS, ils étaient trop occupés par leurs guerres intestines pour fonctionner ensemble et offrir une seule voix commune à l’Assemblée nationale et aux médias.

Et maintenant ?

Les jeunes ont presque toujours été attirés par la souveraineté. Cet attrait observé actuellement est-il lié à un rapport à l’avenir qui serait fondamentalement différent chez cette cohorte ? Se transformerait-il en appui réel dans l’urne à l’occasion d’un nouveau référendum ? Est-ce que les votes enregistrés dans les élections partielles étaient des votes de protestation ou bien un appui réel au PQ et à son option constitutionnelle ?

Nous avons des bémols. L’évolution de l’appui à la souveraineté demeure bien sûr à surveiller et à étudier.

La Conversation Canada

Éric Bélanger a reçu des financements du programme de Chaires de recherche du Québec (FRQSC)

Mireille Lalancette a reçu des financements du programme de Chaires de recherche du Québec (FRQSC)

ref. La montée de l’appui à la souveraineté chez les jeunes au Québec, feu de paille ou vague de fond ? – https://theconversation.com/la-montee-de-lappui-a-la-souverainete-chez-les-jeunes-au-quebec-feu-de-paille-ou-vague-de-fond-264227

Attacks on school boards threaten local democracy

Source: The Conversation – Canada – By Marianne A. Larsen, Professor Emerita, Faculty of Education, Western University

Elected school boards across Canada are increasingly threatened. Ontario Education Minister Paul Callandra recently said he is open to eliminating elected trustees altogether. This would would follow the lead of Nova Scotia and Québec, where they have already been abolished.

As a temporary measure, Ontario has taken over the role of elected trustees in five boards by appointing supervisors to oversee their finances and operations.

I’m an educational historian who has studied the comparative history of teaching and development of educational systems and an elected school board trustee for the Thames Valley District School Board (TVDSB), which the province recently put under supervision following an investigation of the TVDSB’s financial affairs.

I cannot comment here on the specifics of the TVDSB or any other school board.

The province says it put the TVDSB and other four boards under supervision to address growing deficits, strengthen accountability and, in the case of the other four boards, to restore financial stability.

However, researcher Joel Westheimer, professor of democracy and education, writes that Ontario is the latest province to “have signalled its intent to eliminate or weaken” elected school boards and put decision-making more firmly with the ministry.

“In reality,” he writes, “it’s a power-grab — and another step toward centralizing authority in order to sideline communities, parents and students.”

Based on my historical research, this article examines the broader history of provincial governments extending their control over democratically elected school boards.

Local democracy rooted in elected boards

Local democracy rooted in elected school boards has a long history in Canada going back more than 200 years. Education legislation in Nova Scotia in 1811, New Brunswick and Ontario (formerly Upper Canada) in 1816, Prince Edward Island in 1825 and Newfoundland in 1836 established elected school boards even before a country called Canada, with federal and provincial governments, existed.

Much has changed in school boards across Canada over the last two centuries. The powers and responsibilities of elected school board trustees have been eroded considerably. Current moves to restrict the powers of school board trustees are a part of a longer history of broadening government control over local communities.

Familiarity with local conditions

In Canada, each province/territory has its own educational system with a ministry/department that oversees the organization, delivery and assessment of education, and each province is divided into school board districts.

Board members (trustees) who are familiar with local conditions are elected by supporters within each district to represent their community’s interests and provide a liaison between electors and their provincial government.

My research on teachers shows that in early 19th century settler-colonial pioneer settings in North America, schooling was closely integrated into local community life.




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Early emigrants to Upper Canada valued education for their children and, as a result, a variety of small schools emerged in local communities. In response, the British colonial government passed the first Common School Act in 1816 that provided each of the 10 school districts with 6,000 pounds annually to establish schools where there were at least 20 pupils.

Empowering local communities

The 1816 act also stated that when a schoolhouse was built, local communities were empowered to elect three “fit and discreet persons” to serve as trustees to manage their school.

Trustees had the authority “to examine into the moral character and capacity of any person willing to become a Teacher of such Common School” and subsequently nominate and appoint teachers on behalf of the community.

Trustees not only had the power to hire, pay and remove teachers, but also “to make Rules and Regulations for the good government” of the school and notify the District Board of Education about the books used and general state of the local school. By 1841, trustees were authorized to tax local inhabitants to supplement the government grant.




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State-controlled educational systems

Around the world throughout the late 18th and 19th centuries, governments began the work of building state-funded, public educational systems. Building standardized, state-controlled educational systems took place gradually as legislation was enacted to construct systems to educate the poor and working classes who did not have access to formal schooling. In colonial societies like Canada, building public educational systems was a part of the process of building a country.




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The reasons governments got into the business of providing free education to the general populace included fear of social unrest, rising crime rates and the belief that government control of education would help create an obedient and moral Christian population.

Schooling underwent a gradual shift of being largely in the hands of local communities to being more under government control. This was the beginning of long process, still ongoing today, of centralizing educational authority at the expense of local autonomy and community, and the work of school board trustees.

Second World War and onwards

As Canadian historian Bruce Curtis has argued, building the educational state in Ontario in the 19th century necessitated eroding the close relationship between locally elected school board trustees and their communities.

A brick building with Canadian flag out front.
A former school building in Elora, Ont.
(Bill Badzo/Flickr), CC BY

That process continued during the post-Second World War period, as the organization and structures of schools boards were reformed to deal with the expansion and increasing complexity of educational systems.

This resulted in the amalgamation of many school boards. In Ontario, there were thousands of elected local school boards in the mid-19th century. Following many stages of amalgamation, the most significant being in the mid-1990s, the province has only 72 district school boards.

Loss of the local

As a result of school boards increasing in size alongside population growth and shrinking in number, the role of school board trustees has diminished. A report by the Education Improvement Commission in 1997 concluded because of 1990s-era educational reforms in Ontario, each trustee would represent more constituents over a larger area. They would therefore need to devote significant time to pulling their communities together to overcome the loss of their local board in favour of a district board.

The power to raise funds through local taxation, to determine teacher’s pay and working conditions and to determine what is and is not taught in local schools are no longer responsibilities of local school board trustees.

The Ontario government now aims to pass Bill 33, the Supporting Children and Students Act, which would substantially expand the education minister’s ability to investigate a board’s conduct, give directions and assume a board’s powers if those directions aren’t followed.

These moves are about enhancing government control over school boards and, according to educational researcher Sachin Maharaj, “part of the government’s ongoing bid to assert its own vision of schooling.”

Navigators and representatives

Such power plays have negative consequences for local democratic voices, public accountability and transparency and for schools.

Educational history sheds light on the close relations between early 19th-century elected school board trustees and their local communities. Over the last two centuries, governments have increased the number of constituents trustees serve and centralized powers once held by trustees.

But this has led to the severing of relations between local communities and elected school board trustees, which is neither good for grassroots democracy, nor for our schools, our students and their families.

The Conversation

Marianne A. Larsen does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Attacks on school boards threaten local democracy – https://theconversation.com/attacks-on-school-boards-threaten-local-democracy-261895

¿Cómo se mantienen en pie los puentes? Desvelamos el secreto de su resistencia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carlos Lázaro, Profesor Titular de Ingeniería de Estructuras, Universitat Politècnica de València

El viaducto de Santa Ana, construido en 1915, estuvo operativo más de 100 años, como parte de la línea de tren entre Alicante y Dénia, en España. Fue el puente real en el que se basó la simulación 3D utilizada por los investigadores. José M. Adam.

Cuando circulamos por nuestras carreteras o vías férreas, atravesamos con frecuencia puentes que salvan obstáculos naturales o cruces con otras vías de comunicación. Algunos de ellos son celosías metálicas: estructuras en las que una serie de barras de acero se unen entre sí formando celdas triangulares. Estos puentes eran frecuentes a principios del siglo XX, tanto en la red de carreteras como en las entonces incipientes redes ferroviarias. Y no solo son bastantes los que se conservan o siguen en servicio, sino que incluso se han seguido construyendo hasta la actualidad.

Por desgracia, de vez en cuando recibimos noticias del colapso de algún puente de este tipo. Fue tristemente famoso el hundimiento repentino del puente de la autopista I-35 sobre el río Mississippi en el año 2007. Y más recientemente, en 2024, el derrumbe del puente Francis Scott en Baltimore por el impacto de un buque. En otros casos, se han detectado daños en algunos de sus elementos que no han llegado a progresar, y ha dado tiempo a tomar medidas para evitar una desgracia.

Derrumbe del puente Francis Scott Key, en Baltimore, EE. UU.
Wikimedia Commons., CC BY

¿Por qué algunos puentes fallan catastróficamente?

¿Por qué algunos puentes fallan catastróficamente y otros no? Esta es la pregunta que motiva el artículo que investigadores de la Universitat Politècnica de València y la Universidade de Vigo publicamos hoy en la revista Nature. Después de un trabajo intenso de tres años, que incluye ensayos en laboratorio a escala y simulaciones computacionales masivas, hemos logrado darle respuesta.

En las estructuras de edificación, los mecanismos resistentes tras un fallo inicial son bien conocidos, ya que son objeto de investigación desde hace décadas. No sucede así en los puentes en celosía, cuyos mecanismos resistentes secundarios apenas se habían estudiado hasta ahora.

Caminos alternativos de carga

Sabemos que, cuando se produce un fallo local en una construcción (por ejemplo, el fallo de una unión entre barras), los esfuerzos resistidos por los elementos estructurales se redistribuyen para adaptarse a la nueva situación. De manera gráfica, decimos que las cargas exteriores toman un camino alternativo dentro de la estructura para llegar a los apoyos.

En un puente en celosía, hay múltiples caminos posibles, debido a la propia configuración de la estructura. La forma de resistir las cargas exteriores puede ser completamente diferente de la prevista en el diseño inicial, y es la que va a determinar si la estructura puede resistir en pie o no tras el daño.

La analogía de la tela de araña

Tal y como ha demostrado la ciencia en numerosas ocasiones, es positivo aprender de la naturaleza que nos rodea. Durante la fase final de nuestra investigación, encontramos un artículo publicado en Nature sobre la robustez de las telarañas, cuyas conclusiones mostraban paralelismos con los resultados de nuestro trabajo. Al analizarlo, advertimos las sorprendentes semejanzas entre las telarañas y los puentes de celosía.

Ambas estructuras están formadas por elementos lineales y se caracterizan por una notable redundancia, en la que el impacto de un fallo depende de la función que desempeñe el hilo o elemento afectado dentro de la estructura.

Gracias a estas características, incluso frente a un fallo crítico, la extraordinaria capacidad para redistribuir las cargas puede evitar el colapso y mantener niveles de resistencia próximos (o superiores, en el caso de las telarañas) a los de la estructura intacta. Estas similitudes muestran cómo la naturaleza ofrece soluciones que la ingeniería aún sigue perfeccionando.

Ensayos y simulaciones

Para desvelar los mecanismos resistentes secundarios actuamos en dos frentes. En primer lugar, mediante ensayos de laboratorio en un modelo a escala 1:3,5, se recrearon nueve escenarios de fallo característicos de los puentes de celosía metálica y se aplicaron cargas equivalentes al paso de un tren. Además, se instaló un amplio sistema de monitorización que permitió detectar con precisión las variaciones en la respuesta del puente.

Los investigadores de ICITECH-UPV reproduciendo las estructuras del puente para los experimentos en el laboratorio.
José M. Adam.

De este modo, observamos cómo variaba la respuesta ante la pérdida de sus elementos y, en consecuencia, pudimos empezar a entender cómo se manifestaban los mecanismos resistentes latentes. También estudiamos cómo se propaga el fallo, incrementando la carga en el último de los escenarios hasta el colapso de la estructura.

Por otra parte, un amplio programa de simulaciones computacionales (222 en total) nos permitió analizar cómo varían las respuestas estructurales del puente, sometido a la carga del tren, ante el fallo de cada uno de sus componentes individuales. Gracias a ello fue posible identificar patrones de comportamiento y complementar la información obtenida en la campaña experimental.

Los investigadores de ICITECH-UPV en sus experimentos con la estructura del puente en el laboratorio.
José M. Adam.

Finalmente, se llevaron a cabo otras diez simulaciones en las que se aplicó una carga incremental hasta provocar el colapso total de la estructura. El objetivo era comprender con mayor profundidad la redistribución de esfuerzos y el papel que desempeña cada elemento en la robustez del conjunto.

¿Qué hemos aprendido?

Después de analizar los datos experimentales y las simulaciones, sabemos que el fallo de un elemento del puente en celosía puede desencadenar una combinación de hasta seis tipos de mecanismos resistentes secundarios que redistribuyen las cargas de la estructura. Estos pueden ser clave para evitar el colapso. Los mecanismos involucrados y su interacción dependen de qué elemento falla inicialmente.

También hemos analizado la progresión del fallo más allá de la redistribución inicial, y hemos mostrado que la celosía dañada puede tener una capacidad resistente residual significativamente mayor que la prevista para las cargas de diseño.

Esperamos que estos hallazgos puedan influir en el modo en el que se reacondicionan y reparan estructuras antiguas de este tipo, así como en el diseño de puentes en celosía nuevos, para incrementar la seguridad de uso, extender su vida útil y reducir el riesgo de colapso.

The Conversation

Carlos Lázaro recibe fondos del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades.

Belén Riveiro Rodríguez recibe fondos de Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades.

José M. Adam recibe fondos de Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades.

Brais Barros González, Juan Camilo Reyes Suárez, Manuel Buitrago, Nirvan Makoond y Safae Mammeri no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. ¿Cómo se mantienen en pie los puentes? Desvelamos el secreto de su resistencia – https://theconversation.com/como-se-mantienen-en-pie-los-puentes-desvelamos-el-secreto-de-su-resistencia-264502

El primer mapa global de la actividad cerebral revela que no hay centro de mando en las decisiones

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francisco José Esteban Ruiz, Profesor titular de Biología Celular, Universidad de Jaén

MAXIMUM ART/Shutterstock

Cada día tomamos decisiones casi sin darnos cuenta, como qué ropa ponernos, qué comer, qué dirección seguir cuando caminamos o, al conducir, si girar, frenar o cambiar de carril.

Algunas de estas elecciones pueden ser rápidas y casi automáticas, pero detrás de ellas el cerebro está procesando información, valorando opciones y anticipando lo que va a suceder.

Y ¿cómo logra este complejo y enigmático órgano transformar las señales del entorno, las expectativas y los deseos propios en movimientos tan precisos? He aquí una de las grandes preguntas que, durante décadas, ha tratado de resolver la neurociencia, aunque solo había conseguido respuestas parciales.

Ahora, y gracias a un esfuerzo internacional sin precedentes, el International Brain Laboratory (IBL), una red de 12 laboratorios en Europa y Estados Unidos, ha logrado una respuesta global al registrar la actividad neuronal de prácticamente todo el cerebro de ratones mientras tomaban decisiones.

Los resultados, que acaban de publicarse en dos artículos complementarios en Nature, ofrecen un mapa cerebral con resolución de célula individual y muestran cómo las expectativas previas moldean nuestras elecciones.

Un mapa completo de la actividad cerebral

El primer trabajo describe el mayor estudio de actividad neuronal jamás realizado en animales, con más de 621 000 neuronas registradas en 279 áreas del cerebro de 139 ratones. Tras un filtrado de calidad, se analizaron 75 000 células con señales estables.

En este estudio, los ratones realizaron la siguiente tarea de decisión: una rejilla con luz aparecía en una pantalla y debían mover un volante hacia la izquierda o la derecha para centrarla. A cambio, recibían agua como recompensa, o dos segundos de ruido blanco si no lo conseguían.

Aunque pueda parecer trivial, esta tarea combina percepción, memoria y acción, y permite estudiar cómo el cerebro transforma la información sensorial en comportamiento.

El mapa reveló que la actividad no se limita a unas pocas zonas: aunque la información visual apareció primero en las áreas de visión, pronto se propagó a otras zonas como el mesencéfalo y el rombencéfalo.

Además, las señales motoras y las relacionadas con la recompensa se detectaron en casi todo el cerebro, lo que demuestra que la toma de decisiones no sigue el esquema jerárquico lineal de “ver”, “pensar” y “actuar”, sino que surge de una red distribuida y coordinada de regiones.

Los investigadores lo describen de un modo muy gráfico: cuando llega la recompensa, el cerebro se ilumina “como un árbol de Navidad”, lo cual puede observarse en este bonito vídeo.

O sea, que debemos replantear la idea de que existen centros únicos de decisión, pues todo el cerebro participa en la orquesta.

Las expectativas se extienden por todo el cerebro

El segundo artículo se centró en cómo influyen nuestras expectativas previas. Utilizando la misma tarea experimental que en el antes comentado (en el que una rejilla con luz aparece en una pantalla y los ratones deben mover un volante hacia la izquierda o la derecha para centrarla), los investigadores, además, introdujeron bloques donde el estímulo aparecía con probabilidades distintas: en algunos, un 80 % de las veces a la izquierda y un 20 % a la derecha; en otros, al revés.

Los ratones no recibían ninguna señal de aviso pero, durante nada más y nada menos que 459 sesiones de entrenamiento, fueron aprendiendo esas pautas y las usaron para mejorar su rendimiento. Incluso cuando la rejilla era tan tenue que resultaba invisible, sus elecciones se inclinaban hacia el lado más probable, guiadas por la expectativa.

Lo sorprendente es que dichas expectativas no estaban confinadas a unas pocas zonas relacionadas con la toma de decisiones, sino que se encontraron asociadas a una amplia variedad de regiones cerebrales.

Concretamente, se detectaron en áreas sensoriales tempranas –es decir, aquellas que reciben directamente la información visual, como la corteza visual primaria y el tálamo–, en áreas motoras que preparan la acción y en zonas asociativas como la corteza orbitofrontal y la cingulada anterior.

Los hallazgos respaldan la idea de que el cerebro funciona como una máquina de predicción distribuida que no solo procesa lo que vemos o escuchamos, sino que genera constantemente hipótesis sobre lo que va a ocurrir, y esas hipótesis influyen en lo que percibimos.

Además, este mecanismo puede tener relevancia clínica en trastornos como la esquizofrenia o el autismo, ya que se sospecha que la dificultad para actualizar expectativas y creencias sobre el entorno está en el origen de algunos de sus síntomas. Entender cómo el cerebro sano integra expectativas podría ayudarnos a comprender mejor estas enfermedades.

Un nuevo modelo de ciencia colaborativa

Estos hallazgos no habrían sido posibles sin una nueva forma de trabajar en ciencia. El International Brain Laboratory se inspiró en proyectos como el CERN o el Proyecto Genoma Humano, en los que la colaboración global permitió avanzar en problemas demasiado grandes para un solo laboratorio.

Durante años, los 12 equipos del consorcio usaron protocolos idénticos, compartieron herramientas y pusieron todos los datos a disposición de la comunidad. El resultado no es solo un descubrimiento científico, sino también un recurso abierto con cientos de miles de registros neuronales accesibles públicamente.

Este modelo de ciencia abierta y colaborativa marca un cambio cultural que permite pasar de experimentos fragmentados a proyectos internacionales capaces de dar una visión integrada del cerebro. Y esto, sin duda, es todo un logro.

Melodía de neuronas

En definitiva, los dos estudios coinciden en que la toma de decisiones no se concentra en un único punto o pocas zonas del cerebro, sino que surge de la coordinación de múltiples regiones donde también se codifican nuestras expectativas previas.

Esta visión del cerebro como una máquina de predicción distribuida se une al ejemplo multicéntrico del IBL, que anticipa una neurociencia cada vez más global, abierta y colaborativa.

Entender cómo decidimos ya no es buscar un centro de mando en el cerebro sino aprender a interpretar la melodía de neuronas que, en conjunto, nos permite percibir, anticipar y actuar en la gran sinfonía del mundo.

The Conversation

Francisco José Esteban Ruiz recibe fondos para investigación de la Universidad de Jaén (PAIUJA-EI_CTS02_2023), de la Junta de Andalucía (BIO-302), y está parcialmente financiado por el Ministerio de Ciencia e Innovación, la Agencia Estatal de Investigación (AEI) y el Fondo Europeo de Desarrollo Regional (FEDER) bajo el proyecto PID-156228NB-I00.

ref. El primer mapa global de la actividad cerebral revela que no hay centro de mando en las decisiones – https://theconversation.com/el-primer-mapa-global-de-la-actividad-cerebral-revela-que-no-hay-centro-de-mando-en-las-decisiones-264408

Pourquoi y a-t-il encore des éboulements rocheux alors que des solutions de protection existent ?

Source: The Conversation – in French – By Marion Bost, Directrice technique Géotechnique, PhD, HDR, experte internationale en mécanique des roches, Cerema

Une zone d’habitation sécurisée par des écrans de filets à Foix, dans l’Ariège. Marion Bost, Fourni par l’auteur

En montagne, les éboulements sont fréquents. Leurs conséquences peuvent être dramatiques au dessus des routes et des installations humaines, de plus en plus présentes en montagne. Comment nous protéger ?


Le 20 août dernier, un éboulement rocheux dans la descente des Egratz vers Chamonix (Haute-Savoie) sur la RN 205 a causé un accident mortel. Début février 2025, à une semaine des vacances d’hiver, la route nationale 90 était bouchée à l’entrée de la vallée de la Tarentaise (Savoie). Le trafic ferroviaire entre Paris et Milan a été interrompu pendant plus d’un an et demi… à cause d’un éboulement rocheux fin août 2023. Ces évènements nous rappellent que ces phénomènes naturels constituent encore aujourd’hui une forte menace dans les territoires de montagne.

Entre 1900 et 2021, sur le territoire national, on recense 18 éboulements rocheux qui ont fait des victimes. Mais une route coupée peut aussi conduire à des effets que l’on imagine moins spontanément : une rupture dans l’accès aux soins, dans le transport transfrontalier de personnes et de marchandises et aussi, bien sûr, l’accès aux stations de ski – secteur qui représente plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel en France.

Comment se protéger des éboulements rocheux ?

Pour protéger les personnes et les biens, des structures de protection « passives » peuvent être mises en œuvre, soit en interceptant les blocs rocheux lors de leur propagation dans la pente, soit en les déviant. Les merlons comme les filets métalliques peuvent servir aux deux actions selon leur conception.

Un bloc de 4 mètres cubes arrêté par un écran de filets à Notre-Dame-de-Briançon sur la route nationale 90 en Savoie.
Fourni par l’auteur

Ainsi les écrans souples de filets sont constitués de nappes de filets déformables maintenues par des poteaux et par des câbles, qui sont fixés au sol par des ancrages. Des systèmes de dissipation d’énergie (appelés « freins ») sont disposés sur les câbles ou au niveau des ancrages pour limiter les efforts dans la structure et dissiper l’énergie cinétique d’impact du bloc.

Les écrans de filets peuvent arrêter des blocs avec une énergie d’impact jusqu’à 12 000 kilojoules, ce qui correspond à des blocs de 15 mètres  cubes, soit l’énergie d’un bloc du volume d’un SUV circulant à la vitesse de 90 kilomètres par heure.

Les merlons sont des structures massives en élévation par rapport au terrain naturel, constituées de matériaux de remblai, comme le sol en place, renforcés ou non par différentes technologies (géosynthétique, armature métallique, pneu…).

Selon leur conception, la capacité d’arrêt des merlons peut être supérieure à celle des écrans de filets métalliques, et atteindre plusieurs dizaines de milliers de kilojoules, soit plus de trois à quatre blocs de quinze mètres cubes à 90 kilomètres par heure.

immense construction en béton devant une montagne
Merlon pour le chantier EDF à Livet-Gavet dans l’Isère.
Marie-Aurélie Chanut, Fourni par l’auteur

La solution des écrans souples de filets est cependant souvent privilégiée en zone de montagne, car elle nécessite peu d’emprise au sol et peut être installée en forte pente grâce à des hélicoptères.

Comment conçoit-on ces ouvrages de protection ?

Comme tout ouvrage du génie civil, un écran de filets doit être dimensionné. Pour cela, il faut recenser sur le terrain les blocs potentiellement instables et évaluer s’ils sont susceptibles de s’ébouler. Dans un second temps, nous réalisons des simulations numériques pour estimer l’énergie et la hauteur de passage de chaque bloc, afin de définir l’endroit dans la pente où positionner l’ouvrage de protection et avec quelles caractéristiques. Ensuite, un produit existant sur le marché permettant de remplir ces conditions est choisi.

des blocs au dessus d’une route en montagne
Des blocs arrêtés par les écrans de filets souples installés au-dessus de la route nationale 90 en Savoie.
Marie-Aurélie Chanut, Fourni par l’auteur

Notons que la capacité d’arrêt de certains produits marqués CE a été testée par des essais d’impact réalisés en grandeur réelle. De plus, après l’installation des structures sur le terrain, des inspections détaillées et un entretien des ouvrages permettent d’assurer le niveau de service attendu pendant la durée de vie de chaque ouvrage, soit au minimum vingt-cinq ans en atmosphère peu corrosive.

La conception d’un écran de filets de protection contre les chutes de blocs est cependant complexe. Elle doit tenir compte d’un comportement dynamique et non linéaire de l’ouvrage sous l’impact d’un bloc. Ce type d’ouvrage favorise de grands déplacements au sein de la nappe de filets, qui limitent la concentration des efforts. Certains composants, essentiellement les freins, se déforment alors de façon irréversible.

un bloc tombe dans un filet. Simulation numérique
Simulation numérique d’un bloc rocheux impactant un écran de filets.
Jibril Coulibaly et collaborateurs, C2ROP, Fourni par l’auteur

Ainsi depuis les années 1970, la communauté scientifique et technique se mobilise pour améliorer la compréhension du comportement de ces ouvrages sous sollicitation dynamique.

Quand les filets ne remplissent pas leur mission

Malgré ces efforts pour améliorer la fiabilité des écrans de filets, ces ouvrages peuvent encore être mis en défaut aujourd’hui.

Par exemple, un éboulement exceptionnel peut dépasser la sollicitation prise en compte lors du dimensionnement. Ce fut le cas lors de l’éboulement déjà cité sur la RN90, pendant lequel trois blocs de plus de 10 mètres cubes ont percuté à grande vitesse, estimée à 28 mètres par seconde, et presque simultanément, un écran de filets neuf de capacité d’arrêt maximale égale à 8 000 kilojoules (c’est-à-dire pouvant arrêter un seul bloc de 8 mètres cubes chutant à plus de 100 kilomètres par heure).

L’impact d’un bloc rocheux de forme tranchante présentant une vitesse de rotation significative ou encore un impact au niveau des câbles de haubanage ou des extrémités de l’ouvrage peuvent être également plus sévères que l’impact dans les conditions des essais en vraie grandeur de certification du produit.

Écrans de filets 8 000 kilojoules, installés dans le versant de Ponsérand pour sécuriser la RN 90 en Savoie.
Laurent Dubois, Fourni par l’auteur

Enfin, des erreurs de montage ou encore le vieillissement de certaines pièces métalliques par corrosion peuvent avoir une incidence sur la capacité d’arrêt de l’ouvrage tout au long de sa durée de vie.

Des enjeux qui évoluent

Les enjeux (bâtiments, infrastructures de transports…) situés dans les fonds de vallée des régions montagneuses sont de plus en plus vulnérables. En effet, les dernières décennies ont vu l’augmentation du trafic et de la pression foncière, en lien notamment avec l’essor du tourisme de montagne. En conséquence, les besoins en ouvrages de protection performants et fiables ne font qu’augmenter.

Des stratégies territoriales de protection doivent donc être mises en place. Mais les coûts élevés de mise en œuvre et d’entretien obligent à définir et à prioriser les actions de sécurisation vis-à-vis du risque rocheux.

The Conversation

Marion Bost a reçu des financements de la Direction Générale de la Prévention des Risques du Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche.

Laurent Dubois travaille avec des entreprises de travaux construisant des merlons ou des écrans de filets sur les chantiers et dans le cadre de groupes de travail méthodologiques ou de normalisation.

Marie-Aurélie Chanut a reçu des financements de IREX.

ref. Pourquoi y a-t-il encore des éboulements rocheux alors que des solutions de protection existent ? – https://theconversation.com/pourquoi-y-a-t-il-encore-des-eboulements-rocheux-alors-que-des-solutions-de-protection-existent-261712

Why Indonesia’s parliament struggles to maintain independence and trust

Source: The Conversation – Indonesia – By Jefferson Ng, PhD student, Australian National University

The iconic building of the Indonesian Parliament complex in Jakarta on July 20, 2023 ahead of the Independence Day celebration preparation.
Disto De Niro/Shutterstock

Large demonstrations hit Jakarta over the past week as angry protesters demanded the dissolution of Indonesia’s Parliament.

Under the hashtag #BubarkanDPR (“Dissolve the Parliament”), frustration spilled onto the streets, fuelled by discontent over the country’s economic direction and the perceived disconnect between lawmakers and ordinary citizens.

The spark was the revelation that each Member of Parliament (MP) receives a monthly housing allowance of Rp50 million (US$3,000) — about 10 times Jakarta’s minimum wage and 20 times the minimum wage in poorer regions. On top of this, each MP also receives Rp4.2 billion ($242,000) annually in constituency expenses.

The anger deepened when one MP reportedly dismissed critics as “dumb”, and another publicly complained about traffic jams on the way to the Parliament building.

For citizens facing layoffs and higher taxes amid a government “efficiency” drive, parliament seemed tone-deaf and out of touch.

But the problem runs deeper than high salaries or insensitive remarks. The crisis of legitimacy facing the Indonesian lawmakers reflects the slow erosion of the parliament’s independence and relevance within the country’s democracy.

Why reforms fail to live up to their promise

When Suharto fell in 1998, democratic reformers sought to build a strong parliament that could counterbalance presidential power. The constitutional amendments that followed introduced term limits, direct presidential elections, and more robust checks and balances.

Large-scale protests against the Indonesian parliament and police occurred in Indonesia in the past week.
A crowd of protesters in front of the Mobile Brigade Police Headquarters, Jakarta, on 29 August 2025.
Wulandari Wulandari/Shutterstock

The president could no longer dissolve parliament. Its agreement was required to pass laws and budgets, and it was tasked with overseeing the executive.

For a time, it lived up to that role. As one MP told political scientist Patrick Ziegenhain in his 2008 book “The president has a lot of power, and it is our job to limit it.”

Between 1999 and 2014, MPs frequently used their powers to scrutinise the government and speak on behalf of the public. But two institutional flaws weakened this democratic experiment.

First, reformers’ fears of continued dominance of Golkar — once Suharto’s electoral vehicle — led them to adopt proportional representation. This produced extreme multipartyism: a fragmented party system in which no president commands a stable majority.

Second, parliament retained the New Order’s consensus procedure. In the parliamentary commissions, faction leaders or MPs appointed by party bosses act as proxies for party elites. Real bargaining happens behind closed doors between party chairs and the president, leaving individual MPs with little voice.

The result is a parliament where members are more accountable to their party boards than to their voters. Meaningful policy debate is minimal, and MPs have little incentive to develop expertise in their committees.

As one MP bluntly told a minister lobbying for a bill: “Please don’t lobby here, sir. We are all subordinates. Speak to the party chairmen first.”

Electoral costs and representation

One of the root causes of parliament’s institutional decline is that electoral campaign costs have spiralled beyond the reach of most citizens.

Indonesia's parliament sparks public outcry over high salaries, triggering large-scale protests across the country.
Several members of parliament chat in the plenary meeting hall at the parliament building in Jakarta.
Stagehunter.id/Shutterstock

Unsurprisingly, nearly half of the MPs elected for the 2019–2024 period came from business backgrounds or had wealthy patrons. A study, for instance, found that in average, a legislative candidate might have spent millions of dollars to get elected during the 2024 election.

This trend has further narrowed representation. Elected MPs are widely perceived as serving their financiers and party leaders rather than their constituents.

Once elected, MPs are reluctant to challenge the system. Having sunk fortunes into their campaigns, they need to stay on good terms with party elites to secure their political future.

⁠In Indonesia’s fragmented multiparty system, where campaign costs are very high, access to ministries and state resources is critical for parties to sustain themselves — often resulting in an oversized coalition supporting the ruling party.

Between elections, political parties scramble for access to positionsministries, parliamentary chairs, state-owned companies’ executives — and government contracts. Government ministries also fund a variety of discretionary appointments that can be filled by party members.

Conversely, a party that becomes too critical risks losing access to patronage or face direct government intervention. As such, institutional incentives are heavily stacked in favour political parties being within rather than without the system.

Loss of independence

Since the start of Indonesia’s democratic era, every Indonesian president had been a minority president, unable to secure a parliamentary majority through his own party, including Prabowo-led Gerindra Party.

In a fragmented multi-party system where the president’s party does not hold a majority, a powerful parliament can easily become obstructionist or disruptive.

Indonesian parliament sparks public outcry over high salaries, corruption and low legislative performance.
A situation inside the plenary session hall of the Indonesian Parliament building in Jakarta, on Dec. 3, 2024.
Stagehunter.id/Shutterstock

Former President Susilo Bambang Yudhoyono lamented in his memoir that Indonesia had effectively become “semi-parliamentary or semi-presidential,” with parties in parliament strong enough to block presidential agendas.

The response from successive presidents has been to co-opt parliament by controlling political parties from within. Yudhoyono, for example, brought the Golkar Party into his coalition by backing then–Vice President Jusuf Kalla’s bid for party chairmanship.

His successor, President Joko “Jokowi” Widodo, followed a similar playbook. Although he initially promised a “slim coalition”, he quickly expanded it after facing legislative resistance — even intervening directly in party leadership disputes to secure loyal chairs.

President Prabowo Subianto inherited Jokowi’s broad coalition and rewarded party leaders with key cabinet posts.

As a result, almost every major party in parliament is now part of the ruling coalition. Lawmakers answer primarily to their party chairmen — who are themselves embedded in government — making parliament a subordinate institution rather than an independent counterweight.

Institutional decline

To maintain stability in an extreme multiparty system, Indonesian presidents are compelled to build oversized coalitions — a safeguard in case one or more parties defect.

During the presidential election campaign, Prabowo Subianto was endorsed by majority of political parties in Indonesia.
A large billboard in Surabaya, East Java, with information about the three pairs of candidates of the Indonesia’s 2024 Presidential Election.
Ridho Sakti/Shutterstock

Presidential pressure, combined with the need to access state resources, makes parties reluctant to challenge the government.

In addition, the high cost of entry and Parliament’s poor public image deters many capable Indonesians from running for office.

There is also little incentive for MPs to develop strong capabilities in the policy area that they are overseeing. As a result, Parliament has become less representative and less capable over time.

This hollowing out of parliament has left it neither independent from the executive branch nor accountable to voters.

The chants of “Bubarkan DPR” carry a truth reformers cannot ignore: unless parliament is reformed to restore its independence, transparency, and representativeness, Indonesia’s democratic institutions will continue to decay.

The Conversation

Jefferson Ng tidak bekerja, menjadi konsultan, memiliki saham, atau menerima dana dari perusahaan atau organisasi mana pun yang akan mengambil untung dari artikel ini, dan telah mengungkapkan bahwa ia tidak memiliki afiliasi selain yang telah disebut di atas.

ref. Why Indonesia’s parliament struggles to maintain independence and trust – https://theconversation.com/why-indonesias-parliament-struggles-to-maintain-independence-and-trust-264282

Cinq choses que tout le monde devrait savoir sur la perte de poids

Source: The Conversation – in French – By Rachel Woods, Senior Lecturer in Physiology, University of Lincoln

voronaman/Shutterstock

Souvent réduite à une affaire de volonté individuelle, la perte de poids est en réalité le résultat d’une combinaison complexe de facteurs biologiques, génétiques, environnementaux et sociaux. Derrière les régimes miracles et les injonctions à « mieux manger » ou « bouger plus » se cache une réalité scientifique plus subtile : notre corps résiste à l’amaigrissement, et les inégalités de conditions de vie pèsent lourd dans la balance. Cinq idées reçues méritent d’être déconstruites pour mieux comprendre ce que signifie vraiment « perdre du poids ».


La question de la perte de poids est omniprésente dans le débat public, où elle est souvent réduite à une question de volonté personnelle. Mais après près de quinze ans de recherche en santé et en nutrition, j’ai constaté que la problématique du poids n’était pas logée à la même enseigne que la majorité des autres enjeux de santé.

Les gens sont régulièrement rendus responsables de leur poids, alors que des éléments tangibles montrent que celui-ci résulte d’une combinaison complexe de facteurs génétiques, biologiques, environnementaux et socioéconomiques.

L’accès limité à des aliments sains et abordables, le manque de possibilités de faire de l’exercice physique, notamment dû à un manque de lieux appropriés, les journées de travail à rallonge et le stress chronique – tous plus fréquents, dans les zones défavorisées –, peuvent considérablement compliquer le maintien d’un poids de forme.

Voici cinq choses que j’aimerais que plus de gens comprennent au sujet de la perte de poids.

1. Cela va à l’encontre de notre biologie

L’obésité est reconnue comme une priorité nationale en matière de santé en Angleterre depuis les années 1990, et de nombreuses politiques ont été mises en place pour y remédier. Pourtant, les taux d’obésité n’ont pas diminué – en France, la prévalence de l’excès de poids (incluant donc le surpoids et l’obésité) en 2020 était de 47,3 %, dont 17 % des sujets en situation d’obésité. Cela suggère que les approches actuelles, qui ont tendance à mettre l’accent sur la responsabilité individuelle, ne fonctionnent pas.

Même lorsque les méthodes pour maigrir sont efficaces, les résultats ne sont souvent pas durables. Des études montrent que la plupart des personnes qui perdent du poids finissent par le reprendre, et que les chances pour une personne obèse d’atteindre et de maintenir un poids « normal » sont très faibles.

Cela s’explique en partie par le fait que notre corps réagit à sa façon lorsque nous perdons du poids, en vertu d’un mécanisme biologique ancré dans notre passé évolutif : il se rebiffe. Ce processus est appelé adaptation métabolique : lorsque nous réduisons notre apport calorique et perdons du poids, notre métabolisme ajuste sa dépense énergétique, et les hormones de la faim, comme la ghréline augmentent, nous incitant à manger davantage et à reprendre le poids perdu.

Cette réponse biologique avait tout son sens dans notre passé de chasseurs-cueilleurs, marqué par une alternance de périodes d’abondance et de famine. Mais aujourd’hui, dans un monde où les aliments ultra-transformés et riches en calories sont bon marché et accessibles, ces mêmes mécanismes favorisent au contraire la prise de poids, et empêchent de maigrir.

Si vous avez du mal à perdre du poids ou à le maintenir, ce n’est pas un échec personnel, mais une réponse physiologique prévisible.

2. Ce n’est pas une question de volonté

Certaines personnes parviennent à maintenir leur poids avec une relative facilité, tandis que d’autres ont du mal. La différence n’est pas seulement une question de volonté.

Le poids corporel est déterminé par une multitude de facteurs. La génétique joue un rôle majeur, par exemple en influençant la vitesse à laquelle nous brûlons les calories, notre sensation de faim ou notre sentiment de satiété après avoir mangé. Certaines personnes sont génétiquement prédisposées à avoir plus faim ou à avoir envie d’aliments riches en énergie, ce qui rend la perte de poids encore plus difficile.




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Les facteurs environnementaux et sociaux jouent également un rôle. Avoir du temps et des moyens financiers suffisants pour préparer des repas équilibrés, pratiquer une activité physique régulière, bien dormir, tout cela fait une réelle différence. Or ces ressources ne sont pas accessibles à tous.

En ignorant ces facteurs complexes et en considérant le poids uniquement comme une question de volonté, on alimente la stigmatisation. Pourtant celle-ci peut conduire les gens à se sentir jugés, honteux ou exclus, ce qui, paradoxalement, accroît le stress, diminue l’estime de soi et complique encore l’adoption d’habitudes saines.

3. Les calories ne font pas tout

Compter les calories est souvent la stratégie par défaut pour maigrir. Et si créer un déficit calorique est théoriquement essentiel pour perdre du poids, dans la pratique, c’est beaucoup plus compliqué.

Pour commencer, les informations nutritionnelles sur les aliments ne sont que des estimations, et nos besoins énergétiques varient d’un jour à l’autre. Même la quantité d’énergie que nous absorbons à partir des aliments peut varier en fonction de la façon dont ils sont cuits, digérés et de la composition de nos bactéries intestinales.

Il existe également une idée tenace selon laquelle « une calorie est une calorie », mais notre corps ne traite pas toutes les calories de la même manière. Un biscuit et un œuf à la coque peuvent contenir un nombre de calories équivalent, mais ils ont des effets très différents sur notre faim, notre digestion et notre niveau d’énergie. Un biscuit peut provoquer une augmentation rapide du taux de sucre dans le sang, suivie d’une chute brutale, tandis qu’un œuf procure une sensation de satiété (rassasiement) plus durable et une valeur nutritionnelle plus élevée.

Ces idées fausses ont contribué à la popularité des régimes à la mode, tels que les régimes à base de shakes (boissons protéinées) ou ceux qui éliminent entièrement certains groupes alimentaires. Bien qu’ils puissent entraîner une perte de poids à court terme en créant un déficit calorique, ces régimes sont rarement durables et présentent souvent des carences en nutriments essentiels.

Une approche plus réaliste et équilibrée consiste à se concentrer sur des changements à long terme : manger plus d’aliments complets, réduire les repas à emporter, diminuer la consommation d’alcool et adopter des habitudes favorables au bien-être général.

4. L’exercice physique est excellent pour la santé, mais pas nécessairement pour perdre du poids

Beaucoup de gens pensent que plus ils font d’exercice, plus ils perdent du poids. Mais la science nous montre que la réalité est plus complexe.

Notre corps est très doué pour conserver son énergie. Après une séance d’entraînement intense, nous pouvons inconsciemment bouger moins pendant le reste de la journée, ou avoir plus faim et manger davantage, ce qui compense les calories brûlées.

En fait, des recherches montrent que la dépense énergétique quotidienne totale n’augmente pas avec l’augmentation de l’activité physique. Au contraire, le corps s’adapte en devenant plus efficace et en réduisant sa consommation d’énergie ailleurs, ce qui rend la perte de poids par le seul biais de l’exercice plus difficile que beaucoup ne le pensent.

Cela dit, l’exercice physique offre tout de même une multitude d’avantages : il améliore la santé cardiovasculaire, le bien-être mental, maintient la masse musculaire, renforce le métabolisme, consolide les os et réduit le risque de maladies chroniques.

Même si le chiffre sur la balance ne diminue pas, l’activité physique reste l’un des outils les plus puissants pour améliorer notre santé et notre qualité de vie.

5. L’amélioration de la santé ne passe pas toujours par la perte de poids

Il n’est pas nécessaire de perdre du poids pour être en meilleure santé.

Si une perte de poids volontaire peut réduire le risque de maladies, telles que les maladies cardiaques et certains cancers, des études montrent également qu’une alimentation de meilleure qualité et le fait de bouger plus peuvent améliorer considérablement les indicateurs de santé, tels que le cholestérol, la tension artérielle, la glycémie et la sensibilité à l’insuline, même si votre poids reste le même.

Si la balance ne reflète pas de changement significatif, il peut être préférable d’adopter une autre approche. Plutôt que de se focaliser sur un chiffre, on peut choisir une approche plus globale : une alimentation adaptée, une activité physique régulière et agréable, une attention à la qualité du sommeil et une meilleure gestion du stress.

Le poids n’est qu’une pièce du puzzle, et la santé est bien plus que cela.

The Conversation

Rachel Woods ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Cinq choses que tout le monde devrait savoir sur la perte de poids – https://theconversation.com/cinq-choses-que-tout-le-monde-devrait-savoir-sur-la-perte-de-poids-263158

Maroc, États-Unis, Brésil : La recomposition géopolitique de l’arc atlantique Sud

Source: The Conversation – in French – By Xavier Carpentier-Tanguy, Indopacifique, Géopolitique des mondes marins, réseaux et acteurs de l’influence, diplomatie publique, Sciences Po

Les pays de la façade atlantique de l’Afrique, au premier rang desquels le Maroc, aspirent à mettre en œuvre un ensemble de projets économiques, énergétiques et sécuritaires conjointement avec les puissances de l’autre rive de l’océan, à savoir les États-Unis et le Brésil. Il s’agit entre autres, pour ces États, de réduire leur dépendance à l’égard de la Chine et de la Russie, de plus en plus présentes sur le continent.


En mai 2025, le Maroc a présenté une ambitieuse initiative portuaire et logistique, reprenant son Initiative atlantique, lancée en 2023 (et destinée alors aux seuls Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) et visant à positionner le royaume en pivot stratégique entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques.

Bien au-delà du simple renforcement d’infrastructures existantes, ce projet vise à façonner l’ossature d’un espace atlantique multipolaire en fédérant Mauritanie, Sénégal, Guinée-Bissau, Liberia et Gabon autour d’un réseau régional de coopération inédit. Cette diplomatie d’intégration a été rappelée le 7 août 2025, à la troisième Conférence des Nations unies sur les pays en développement sans littoral. L’intérêt pour une sécurisation et un désenclavement du Sahel est également porté par les États-Unis, ce qu’a illustré la réunion, le 9 juillet 2025, des présidents de ces cinq États avec Donald Trump à Washington afin d’échanger sur les richesses minérales de ces pays.

Le signal est important. Alors que la fermeture de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), décidée dès le 20 janvier 2025, a des conséquences directes sur les structures locales comme certaines écoles ou des coopératives agricoles – par exemple, dans la ville de Fès, un centre qui offrait des cours d’alphabétisation et de formation professionnelle à des femmes en situation de précarité a dû réduire ses activités –, la Chine et la Russie, puissances rivales des États-Unis, ont récemment réalisé des avancées majeures dans la région.

Pékin a consenti des investissements substantiels sur le continent. Pour ne prendre que le cas du Maroc, la RPC a cofinancé le pont à haubans Mohammed VI, d’une longueur de 950 mètres, ainsi que le complexe solaire Noor, situé à Ouarzazate. Elle ambitionne également de participer aux futurs chantiers d’extension de la ligne de train à grande vitesse entre Kénitra, Marrakech et Agadir, et a annoncé vouloir investir 10 milliards d’euros dans la fabrication de batteries électriques et leurs composants au Maroc.

Moscou, pour sa part, a apporté son soutien à la nouvelle Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui partagent des frontières avec plusieurs de ces pays.

Une recherche d’autonomie accrue

Dans ce contexte, l’initiative marocaine s’inscrit dans un triptyque géopolitique novateur.

Premièrement, sur le plan africain, Rabat catalyse une intégration fondée sur la coordination logistique et industrielle, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, rappelant à cet égard lors d’une réunion ministérielle lors de la COP29 à Bakou que le royaume constitue « le seul corridor énergétique et commercial reliant l’Europe, l’Afrique et le bassin atlantique ».

Deuxièmement, les liens avec les États-Unis sont considérablement renforcés depuis la reconnaissance officielle de la souveraineté du Maroc sur l’ensemble du territoire du Sahara occidental en 2020, réaffirmée en avril 2025 par le secrétaire d’État Marco Rubio. La coopération militaire entre Rabat et Washington est particulièrement intense. Elle se manifeste par leur participation commune aux exercices conjoints annuels « African Lion » et, surtout, par le fait que le Maroc a été le seul pays africain et arabe invité à participer aux exercices navals UNITAS.

Ce rapprochement avec les États-Unis, qui démontre la volonté d’offrir une alternative à la fragmentation logistique générée par la Belt and Road Initiative (BRI) mise en œuvre par Pékin depuis 2013, consacre le Maroc et ses alliés comme les porteurs d’un projet capable d’influer sur la structuration des réseaux de commerce mondiaux.

La dimension structurante du projet s’exprime dans ses infrastructures : la stratégie marocaine s’étend au-delà de la croissance des terminaux portuaires (Tanger Med, Dakhla Atlantique, Nador West Med), projetant un maillage intégré de zones franches, corridors ferroviaires et industriels, et plates-formes d’innovation technologique. Le gazoduc Afrique-Atlantique traverse sur 6 900 km onze pays et offre également des perspectives d’exportation vers l’Europe d’un transport potentiel d’hydrogène.

L’ambition n’est pas seulement d’exporter des matières premières, mais de générer de la valeur ajoutée autour de clusters industriels, d’attirer les industries vertes et de positionner l’Atlantique africain comme hub de la transition énergétique. Ce modèle s’oppose à la centralisation des chaînes logistiques du modèle chinois : il propose la fédération des chaînes africaines au sein d’un réseau régional interconnecté, flexible et souverain.

Aspects sécuritaires

La consolidation de cette stratégie repose aussi sur le déploiement d’un maillage SIGINT transatlantique. Grâce à un réseau dense et intégré de stations terrestres, de plates-formes navales et de relais satellitaires, le dispositif déployé depuis 2018 assure le contrôle des flux maritimes et la gestion des menaces hybrides, y compris la piraterie, les trafics illicites ou les actions des groupes djihadistes.

Renforcé par la coopération technologique américaine, ce dispositif dote le Maroc et ses alliés d’une capacité de surveillance accrue, alignée sur les standards des grandes puissances. La piraterie dans le golfe de Guinée et la pêche illégale constituent, par exemple, des préoccupations majeures. Les États-Unis, l’UE, le Maroc et le Brésil collaborent déjà via le système SisGAAz (Sistema de Gerenciamento da Amazônia Azul, soit Système de gestion de l’Amazonie bleue).

Le Brésil, qui protège son « Amazonie bleue » – un concept proposé dès 2004, désignant la zone maritime sous juridiction du pays, riche en pétrole offshore, en gaz et en minerais rares – entend également affirmer un leadership régional sur l’Atlantique sud. Depuis 2023, Lula da Silva a renforcé la présence brésilienne en Afrique via des partenariats économiques et militaires.

Enfin, indéniablement, un objectif clé du projet marocain consiste à neutraliser le verrou stratégique que représente l’Algérie pour l’accès au détroit de Gibraltar. L’Algérie, dotée de capacités militaires et de techniques sous-marines russes, et capable de mettre en œuvre une politique d’interdiction de manœuvrer dans une zone spécifique (A2/AD (Anti-Access/Area Denial)), pouvait espérer contrôler ce passage stratégique par lequel transite une part déterminante du commerce maritime mondial (plus de 53 000 navires par an y transitent soit 12 % du commerce mondial).

Le projet marocain, via la multiplication des corridors atlantico-africains et l’intégration logistique, réduit ce risque et offre aux États sahéliens et à l’Afrique de l’Ouest un accès sécurisé aux flux mondiaux, affranchissant la région d’un possible isolement imposé. Enfin, le projet vise à assurer le développement du Sahara occidental sous l’égide du Maroc, court-circuitant les revendications algériennes.

Un espace au cœur de la mondialisation

L’ensemble de ces grands projets atlantique illustre une ingénierie diplomatique cherchant à accentuer la coproduction institutionnelle, l’alignement sécuritaire et la mutualisation des grandes infrastructures portuaires.

Dans ce grand dessein, le Maroc se veut l’interface entre les dynamiques africaines profondes et les priorités stratégiques occidentales, contribuant à dessiner l’Atlantique africain comme future colonne vertébrale de la mondialisation. Avec l’émergence d’acteurs comme le Brésil, l’arc Atlantique Sud, longtemps périphérique, dessine un nouveau centre de gravité dans la recomposition géo-économique mondiale.

The Conversation

Xavier Carpentier-Tanguy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Maroc, États-Unis, Brésil : La recomposition géopolitique de l’arc atlantique Sud – https://theconversation.com/maroc-etats-unis-bresil-la-recomposition-geopolitique-de-larc-atlantique-sud-261883

L’échec du gouvernement Bayrou, symptôme d’une crise démocratique profonde

Source: The Conversation – in French – By Rémi Lefebvre, Professeur de science politique université Lille 2, Université de Lille

Depuis la dissolution de juin 2024, la France connaît une paralysie politique inédite. Pour le politiste Rémi Lefebvre, ce blocage n’est pas seulement institutionnel : il révèle une crise plus profonde du lien représentatif, nourrie par la défiance, par la fragmentation sociale et par l’usure du fait majoritaire.


Depuis la dissolution en juin 2024, les gouvernements de Michel Barnier puis celui de François Bayrou ont été en incapacité de gouverner. De nombreux commentateurs ont estimé que ce blocage serait lié au manque d’esprit de compromis des partis politiques, ou à des règles du jeu institutionnel inadaptées. On peut, au contraire, penser que le dérèglement est plus profond. Le rapport à la politique s’est transformé ces dernières décennies et la crise actuelle n’est que le symptôme d’un étiolement et d’une décomposition du lien représentatif lui-même.

Une routine politique déréglée

Nous avons été habitués en France, notamment depuis les années 1970, au « fait majoritaire » : le président de la République était élu au suffrage universel direct, il avait besoin d’une majorité, qu’il obtenait en général. La vie politique avait une rythmique routinisée d’alternances avec des majorités. Puis ce système s’est peu à peu déréglé.

Les alternances sans alternative se sont multipliées créant un désenchantement chronique dans chacun des camps politiques. La progression de l’extrême droite qui prétend incarner une nouvelle voie est associée au brouillage du clivage gauche-droite. En 2017, l’arrivée d’Emmanuel Macron est comprise comme le produit de l’épuisement du clivage gauche-droite et une réponse à la crise démocratique portée par une rhétorique du « dépassement ».

Mais ce dernier a accentué cette crise en poussant les marges à s’extrémiser et, finalement, en polarisant la vie politique tout en droitisant son positionnement. Emmanuel Macron a nourri l’extrême droite et affaibli la gauche de gouvernement. Alors que les injonctions au compromis sont fortes, le Parti socialiste (PS) est sous la férule de La France insoumise (LFI) et sans cesse exposé à des procès en « trahison ». La difficulté à construire des majorités, liée à la tripartition de la vie politique, est aggravée par la fragmentation interne à chaque bloc.

Pourtant, on ne peut pas comprendre cette crise par le seul jeu politique. Il faut aussi prendre en compte les changements du rapport à la politique par en bas. Depuis le début des années 2000, le mécanisme même de l’élection est mis en cause. La légitimité donnée aux gouvernants par l’élection est de plus en plus faible, comme l’explique Pierre Rosanvallon. Cela est renforcé par le vote stratégique qui s’est largement développé : on vote de plus en plus « utile » pour éliminer, mais les électeurs n’expriment plus vraiment leur préférence, ce qui affaiblit leur engagement dans la désignation d’un représentant et la légitimité de ce dernier. Ainsi, la procédure électorale est abîmée dans ses fondements : on parle de démocratie « négative » (on élimine plus qu’on ne choisit).

Par ailleurs, la fragmentation des identités politiques renvoie pour partie à la fragmentation de la société elle-même. La crise de gouvernance ou de gouvernabilité est liée à une société plus individualisée et fragmentée par des inégalités exacerbées et une forme de séparatisme. Les identités et des clivages sont plus complexes (genre, écologie, laïcité, islam…), moins structurés par des identités de classe homogènes, comme l’explique Gérard Mauger.

Si les partis politiques ne veulent pas faire de compromis, c’est aussi parce qu’ils ne veulent pas décevoir les groupes sociaux éclatés qui les défendent encore et parce qu’ils craignent de « trahir » des électeurs défiants et des clientèles électorales de plus en plus volatiles et étroites. La société est plus polarisée (la polarisation affective par les réseaux sociaux est indéniable) ce qui rend également les compromis politiques plus difficiles. On peut ajouter que l’émiettement et l’éclatement des identités politiques des électeurs sont favorisés par la faiblesse des partis et leur grand nombre – il y existe aujourd’hui 11 groupes parlementaires à l’Assemblée nationale, ce qui est un record). L’une des conséquences majeures est que les partis politiques n’arrivent plus à organiser le débat public autour de quelques visions cohérentes et simples.

L’impasse politique actuelle pourrait-elle être résolue par une dissolution, par des négociations, par de nouvelles élections législatives ou même par une élection présidentielle ? On peut en douter. Finalement, il est possible que le blanc-seing donné à un président à travers une élection législative succédant à son l’élection n’existe plus à l’avenir. Les majorités politiques sont introuvables mais peut-être aussi les majorités sociales et électorales (c’est-à-dire des alliances de groupes sociaux suffisamment larges pour porter les premières).

Défiance et désenchantement envers la politique

La crise conjoncturelle vécue depuis un an s’inscrit dans une tendance encore plus large, qui est l’accroissement considérable de la défiance à l’égard de la politique.

Selon le baromètre Cevipof 2025, environ 20 % des Français font confiance aux hommes et femmes politiques. Les Français jugent donc la classe politique incapable de régler les problèmes. Ils la jugent même indigne. Il faut dire que le spectacle donné est assez peu attractif, et on peut estimer que le niveau du personnel politique baisse. Le politiste Luc Rouban a montré que ce phénomène nourrit un désir de repli sur la sphère privée sur le mode « Laissez-nous tranquille, la politique on s’en fout ». La crise actuelle est donc le produit de cette défiance et l’incapacité de la classe politique à la résoudre renforce le phénomène.

La déception et le désenchantement se sont accumulés depuis des décennies. L’usure de l’alternance gauche-droite, qui rythmait la vie politique, est profonde. Nicolas Sarkozy n’a eu qu’un mandat, François Hollande également : tous deux ont fait campagne sur le volontarisme, mais ont rapidement déçu. Ils ont mené des politiques libérales sur le plan économique qui ont miné l’idée que la politique pouvait changer les choses. Emmanuel Macron, réélu, a déçu également. Il a favorisé le sentiment anti-élites qui s’est puissamment manifesté lors de la crise des gilets jaunes (et peut-être le 10 septembre prochain). Finalement, chaque camp est marqué par le désenchantement et produit des mécanismes de polarisation. Ainsi, les socialistes ont produit LFI, résultat d’une déception, celle de la gauche au pouvoir. L’extrême droite est aussi, dans une large mesure, le résultat de la désillusion politique. Ces forces (LFI et Rassemblement national) sont hostiles à tout compromis.

Cette défiance envers la politique n’est pas spécifique à la France, comme l’a montré Pierre Martin dans son analyse de la crise des partis de gouvernement. Ces mécanismes sont présents partout, en Europe ou aux États-Unis. Depuis les travaux de Colin Crouch, les sciences politiques parlent même de régimes « post-démocratiques », où les décisions échappent de plus en plus au pouvoir politique.

La mondialisation, l’européanisation, le pouvoir des très grands groupes financiers et des lobbys ont démonétisé le pouvoir politique et réduit ses marges de manœuvre. Or le politique suscite des attentes, et ses acteurs tentent de réenchanter le jeu électoral en faisant des promesses à chaque élection.

Cette situation est d’autant plus mal vécue en France qu’il existe une culture d’attentes très fortes à l’égard de l’État. Cette crise du volontarisme politique crée des déceptions à répétition. La dernière enquête du Cevipof montre que la défiance augmente et qu’elle est associée à un sentiment d’impuissance gouvernementale et électorale. Les Français pensent que la politique ne sert plus à rien : le jeu politicien stérile tournerait à vide, sans impact sur le réel.

La situation actuelle fait le jeu de l’extrême droite, car la défiance à l’égard de la politique nourrit l’antiparlementarisme et renforce aussi l’idée qu’une force politique qui n’a pas exercé de responsabilités peut être un recours.

Par ailleurs, une partie de la société se retrouve sur les thèmes de la droite : immigration, sécurité, rejet de l’écologie, etc. Dans ce contexte, la victoire de l’extrême droite peut apparaître comme inéluctable. Elle est advenue aux États-Unis, il est difficile d’imaginer pouvoir y échapper en France, étant donné la grande fragmentation de la gauche, ses écueils et ses impasses. Reste que si l’extrême droite arrive au pouvoir – ce qui ouvrirait une séquence dramatique – elle sera aussi confrontée à l’épreuve de pouvoir et décevra certainement, sans résoudre la crise politique que nous vivons. Son électorat, très interclassiste (populaire au Nord, plus bourgeois au Sud-Est), a des attentes contradictoires et il sera difficile de le satisfaire.

Comment sortir de l’impasse ?

Il serait naïf de croire en un « solutionnisme institutionnel » qui réglerait cette crise du politique. La démocratie ne se résume pas à des règles du jeu électoral et à des mécanismes institutionnels. Elle est portée par des valeurs, une culture, des pratiques, des comportements. Certaines évolutions ne sont pas moins souhaitables.

Ainsi, un changement de scrutin proportionnel inciterait les électeurs à voter par conviction et à marginaliser le « vote utile ». Il s’agirait de mieux refléter les préférences politiques des électeurs à travers un mode de scrutin et de relégitimer la procédure électorale.

Une sixième République permettrait certainement de régénérer des institutions liées à un présidentialisme épuisé, comme l’a montré Bastien François. Désormais, la verticalité du pouvoir ne fonctionne plus dans une société travaillée par des dynamiques d’horizontalité. L’imaginaire lié au président de la République accentue la déception, en créant un homme providentiel qui ne peut tenir ses promesses. Si les Français ne sont pas favorables à la suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, il est possible de limiter les pouvoirs du président – tout comme il est possible d’inverser le calendrier avec des législatives qui précèdent les présidentielles.

De nombreux travaux, comme ceux de Loïc Blondiaux, proposent également des pistes pour penser un nouvel équilibre entre démocratie représentative et démocratie participative, avec une démocratie plus continue, moins focalisée sur l’élection. Pendant longtemps, l’élection suffisait à faire la démocratie, or ce cycle est terminé. Cela suppose de bricoler, d’expérimenter – référendum, convention citoyenne, etc. – afin de trouver un nouvel équilibre entre participation et représentation. Reste que ces solutions sont complexes à mettre en place, alors que la démocratie par le seul vote était très simple. Enfin, la démocratie, c’est une culture, et il est nécessaire de favoriser la participation à tous les niveaux, en favorisant une société plus inclusive, moins compétitive, notamment à l’école ou dans l’entreprise.

Un autre sujet est celui des partis politiques : les citoyens n’y militent plus parce que ces derniers sont perçus comme peu attractifs. Certaines études proposent de les refonder et de repenser, par exemple, leurs financements publics, en conditionnant les dotations à la diversité des représentants élus.

Enfin, un enjeu démocratique majeur consiste à reprendre le pouvoir sur la sphère économique. Le débat sur la taxe Zucman signale le verrou politique à faire sauter : celui du pouvoir de l’oligarchie financière. Tant que le pouvoir politique devra courber l’échine devant la finance, la logique déceptive de la post-démocratie se poursuivra. Pourtant, les inégalités ont tellement augmenté que les sociétés pourraient exiger un rééquilibrage. En ce sens, la post-démocratie n’est pas inéluctable.

Les forces économiques tenteront de protéger leurs positions et leur pouvoir, mais, comme le montre Vincent Tibérj, l’attachement à la justice sociale et à la redistribution est très fort en France, y compris à l’extrême droite. Sous la pression, les élites pourraient donc être contraintes de céder.

The Conversation

Rémi Lefebvre ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’échec du gouvernement Bayrou, symptôme d’une crise démocratique profonde – https://theconversation.com/lechec-du-gouvernement-bayrou-symptome-dune-crise-democratique-profonde-264397

Quand la Rome antique sentait l’encens… et les excréments

Source: The Conversation – in French – By Thomas J. Derrick, Gale Research Fellow in Ancient Glass and Material Culture, Macquarie University

La Rome antique, c’est des arènes bruyantes, des temples majestueux, des soldats en armure étincelante. Mais que savons-nous de ses odeurs ? MinoAndriani/Getty Images

La Rome antique, ce sont les gladiateurs, les temples, les légions couleur pourpre et le tumulte du forum. Mais derrière ces images flamboyantes, il y a aussi une autre réalité, bien plus terre à terre : les odeurs. Entre parfums précieux et relents fétides, que sentait-on au quotidien dans la ville phare de l’Empire romain ?


Le rugissement de la foule dans l’arène, l’agitation du forum romain, les grands temples, l’armée romaine en rouge avec ses armures et ses boucliers étincelants : lorsqu’on imagine la Rome antique, ce sont souvent ces images et ces sons qui viennent en tête. Mais que savons-nous des odeurs de la Rome antique ?

Nous ne pouvons pas, bien sûr, remonter le temps pour le découvrir. Mais les textes littéraires, les vestiges physiques des bâtiments, les objets et les traces environnementales (telles que les plantes et les animaux) nous fournissent des indices.

Alors, quelle était l’odeur de la Rome antique ?

L’odeur habituelle des animaux, des latrines et des déchets

Pour décrire les odeurs des plantes, l’auteur et naturaliste Pline l’Ancien utilise des mots tels que iucundus (agréable), acutus (piquant), vis (fort) ou dilutus (faible).

Malheureusement, aucun de ces mots n’est particulièrement évocateur et capable de nous transporter dans le temps.

Mais il est fort probable que nombre de quartiers de Rome baignaient dans la saleté et les mauvaises odeurs. Les propriétaires immobiliers ne raccordaient généralement pas leurs latrines aux égouts dans les grandes villes romaines, peut-être par crainte des invasions de rongeurs ou des odeurs.

Les égouts romains ressemblaient plutôt à des canalisations d’évacuation des eaux pluviales et servaient à évacuer l’eau stagnante des lieux publics.

Des professionnels collectaient les excréments, des latrines domestiques et publiques et des fosses d’aisances, pour les utiliser comme engrais et l’urine pour le traitement des tissus. On utilisait également des pots de chambre, qui pouvaient ensuite être vidés dans ces mêmes fosses.

Ce processus d’élimination des déchets était réservé à ceux qui avaient les moyens de vivre dans des maisons. Beaucoup de Romains vivaient dans de petits espaces non ménagers parfois partagés avec des animaux, dans des appartements à peine meublés, ou dans la rue.

Dans l’Urbs antique, une odeur habituelle était celle qui provenait des animaux et des déchets qu’ils produisaient. Les boulangeries utilisaient fréquemment de grands moulins en pierre de lave (ou « meules ») actionnés par des mulets ou des ânes. Il y avait aussi l’odeur des animaux de bât et du bétail amenés en ville pour être abattus ou vendus.

Les animaux faisaient partie de la vie quotidienne dans l’Empire romain
Les animaux faisaient partie de la vie quotidienne dans l’Empire romain.
Marco Piunti/Getty Images

Les grandes « pierres de gué » que l’on peut encore voir dans les rues de Pompéi servaient probablement à permettre aux gens de traverser les rues et d’éviter les excréments qui recouvraient les pavés.

L’élimination des cadavres (animaux et humains) n’était pas réglementée. Selon la classe sociale de la personne décédée, les corps pouvaient être laissés à l’air libre sans être incinérés ni enterrés.

De fait des cadavres, potentiellement en décomposition, étaient plus courants dans la Rome antique qu’aujourd’hui.

Au Ier siècle de notre ère, le haut fonctionnaire romain Suétone, a notamment raconté qu’un chien avait apporté une main humaine coupée à la table de l’empereur Vespasien.

Déodorants et dentifrices

Dans un monde où les produits parfumés modernes n’existaient pas et où la majeure partie de la population ne se lavait pas tous les jours, les colonies romaines antiques devaient sentir les odeurs corporelles.

La littérature classique propose quelques recettes de dentifrice et même de déodorants.

Cependant, la plupart des déodorants étaient destinés à être utilisés par voie orale (à mâcher ou à avaler) pour empêcher les aisselles de sentir mauvais.

L’un d’eux était préparé en faisant bouillir de la racine de chardon doré dans du vin fin afin de favoriser la miction (ce qui était censé éliminer les odeurs).

Les thermes romains n’étaient probablement pas aussi hygiéniques qu’elles ne le semblent aux touristes qui les visitent aujourd’hui. Une petite baignoire dans un bain public pouvait accueillir entre huit et douze baigneurs.

Les Romains avaient du savon, mais celui-ci n’était pas couramment utilisé pour l’hygiène personnelle. L’huile d’olive (y compris l’huile parfumée) était préférée. Elle était raclée de la peau à l’aide d’un strigile (un outil incurvé en bronze).

Cette combinaison d’huile et de peau était ensuite jetée (peut-être même lancée contre un mur). Les bains étaient équipés de drains, mais, comme l’huile et l’eau ne se mélangent pas, ils étaient probablement assez sales.

Parfumerie antique à la rose de Paestum

Les Romains utilisaient des parfums et de l’encens.

L’invention du soufflage du verre à la fin du Ier siècle avant notre ère (probablement à Jérusalem, alors sous contrôle romain) a rendu le verre facilement accessible, et les flacons de parfum en verre sont des découvertes archéologiques courantes.

Des graisses animales et végétales étaient infusées avec des parfums – tels que la rose, la cannelle, l’iris, l’encens et le safran – et mélangées à des ingrédients médicinaux et des pigments. Les roses de Paestum en Campanie (sud de l’Italie) étaient particulièrement appréciées, et une parfumerie a même été mise au jour dans le forum romain de la ville.

La puissance commerciale du vaste Empire romain permettait d’importer des épices d’Inde et des régions environnantes. Il existait des entrepôts pour stocker les épices, telles que le poivre, la cannelle et la myrrhe, dans le centre de Rome.

Dans un article récent publié dans l’Oxford Journal of Archaeology, la chercheuse Cecilie Brøns écrit que même les statues antiques pouvaient être parfumées avec des huiles parfumées.

Les sources ne décrivent souvent pas l’odeur des parfums utilisés pour oindre les statues, mais un parfum à base de rose est spécifiquement mentionné à cette fin dans des inscriptions provenant de la ville grecque de Délos (où les archéologues ont également identifié des ateliers de parfumerie). De la cire d’abeille était probablement ajoutée aux parfums comme stabilisateur.

Il était important, dans le cadre de leur dévotion et de leur culte, de sublimer des statues (en particulier celles des dieux et des déesses) avec des parfums et des guirlandes.

Une attaque olfactive

La ville antique devait sentir les déchets humains, la fumée de bois, la pourriture et la décomposition, la chair brûlée, la cuisine, les parfums et l’encens, et bien d’autres choses encore. Cela semble horrible pour une personne moderne, mais d’après ce que l’on sait, les Romains ne se plaignaient pas beaucoup de l’odeur de la ville antique.

Peut-être, comme l’a suggéré l’historien Neville Morley, ces odeurs leur rappelaient-elles leur foyer, voire l’apogée de la civilisation.

The Conversation

Thomas J. Derrick ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand la Rome antique sentait l’encens… et les excréments – https://theconversation.com/quand-la-rome-antique-sentait-lencens-et-les-excrements-260344