Les cobots, des collègues de travail comme les autres ?

Source: The Conversation – in French – By Thierry Colin, Professeur des universités en Sciences de gestion, Université de Lorraine

Le concept de cobot a été inventé par l’industrie automobile. L’objectif : créer des robots capables de travailler aux côtés des humains, sans risque d’insécurité. Gumpanat/Shutterstock

Les robots collaboratifs, ou cobots, ne remplacent pas seulement les humains : ils peuvent travaillent avec eux. Quel est leur impact sur la division du travail ?


Les robots sont omniprésents dans la production industrielle. Leur diffusion a toujours été au cœur d’enjeux humains, sociaux, économiques et en management, entraînant très tôt de nombreux questionnements.

Une nouvelle interrogation émerge aujourd’hui avec l’apparition des cobots. Capables de travailler non seulement à la place, mais aussi avec les humains au sein des ateliers, les robots collaboratifs sont-ils en train de devenir des collègues comme les autres ? Légers, flexibles, relativement accessibles et conviviaux… sont-ils susceptibles de remettre en cause les codes de la division du travail ?

Nos recherches récentes, basées sur des études de cas comprenant des entretiens et des observations en situation, ont permis de repérer quatre types d’usage des cobots : configuration simultanée, alternée, flexible ou coexistence. Elles rentrent dans le cadre du projet Impact « C-Shift » (Cobots in the Service of Human activity at work) qui vise à étudier l’impact de la mise en œuvre de dispositifs collaboratifs intelligents tels que les cobots dans le cadre des défis de l’industrie du futur.

Qu’est-ce qu’un cobot ?

Le terme cobot est créé par la contraction des termes anglais « collaborative » et « robot ». La paternité en est attribuée à des universitaires états-uniennes qui cherchent à la fois à limiter les troubles musculosquelettiques et à améliorer la productivité dans des usines de production automobile – Ford et General Motors.

Un robot collaboratif est un robot qui peut être installé dans le même espace de travail que les opérateurs humains, sans barrière de protection physique. Ils sont équipés de capteurs et de programmes déclenchant un ralentissement du mouvement ou un arrêt complet si un risque de collision est détecté. Ils sont capables de réaliser la plupart des opérations industrielles – visser, percer, poncer, souder.

Les cobots ne sont pas conçus pour des usages prédéfinis. Ils sont caractérisés avant tout par leur flexibilité. Facilement programmables grâce à des interfaces accessibles sur des tablettes, ils sont faciles à déplacer. Ils peuvent aussi bien mettre des produits cosmétiques dans des cartons, que faire du contrôle qualité à l’aide d’une caméra en bout de chaîne de production ou souder des pièces métalliques.

Marché multiplié par quatre d’ici 2030

Les cobots ne sont plus de simples prototypes de laboratoire. Ils sont désormais couramment utilisés dans des usines de toutes tailles et dans divers secteurs – automobile, logistique, santé, agroalimentaire –, bien que leur adoption reste encore loin d’être généralisée. La part des cobots dans les ventes mondiales de robots serait de l’ordre de 3 % et, selon ABI research, le marché des cobots pourrait être multiplié par quatre d’ici 2030.

Courbe
Prévision de croissance du marché mondial des robots collaboratifs (cobots) de 2020 à 2030 en millions de dollars états-uniens. »
Statista et ABI Research, FAL

Les cobots ne visent pas à remplacer les robots traditionnels en raison de plusieurs limitations :

  • Leur charge utile est réduite : leur légèreté et leur petite taille les empêchent de manipuler des objets lourds.

  • Leur vitesse d’exécution est volontairement limitée pour garantir la sécurité des humains qui travaillent autour. Cela freine leur productivité et les rend peu adaptés aux productions à très grande échelle.

  • Installés dans les mêmes espaces que les humains, les cobots soulèvent des problèmes de sécurité lorsqu’ils sont équipés d’outils dangereux – outil coupant ou torche de soudage.

Leur potentiel réside avant tout dans de nouveaux usages et une approche différente de l’automatisation. Ainsi, dans une PME spécialisée dans la tôlerie qui a fait l’objet d’une étude de cas, les soudures sont effectuées par un robot de soudure traditionnel pour les grandes séries récurrentes. Pour les séries de taille moyenne et par des soudeurs pour les petites séries ou des soudures trop complexes, elles sont effectuées par des cobots.

Quatre usages des cobots en usine

Si par définition les cobots ont la possibilité de travailler dans le même espace que des opérateurs humains, leurs usages ne sont pas nécessairement collaboratifs et nos recherches nous ont permis de distinguer quatre configurations.

Projet C-SHIFT, cobots et industrie du futur, de l’Université de Lorraine.
Université de Lorraine, Fourni par l’auteur

Coexistence avec l’humain

À un extrême, les cobots viennent se substituer aux opérateurs pour prendre en charge les gestes les plus pénibles et/ou gagner en productivité. On qualifie cet usage de coexistence, car il n’y a aucune interaction directe avec les humains.

Dans l’industrie automobile, des cobots vissent des pièces sous les véhicules, là où les positions sont particulièrement difficiles pour les opérateurs.




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Configuration simultanée

Dans la configuration simultanée, cobots et opérateurs travaillent ensemble en adaptant mutuellement leurs mouvements, côte à côte ou face à face. Si cette configuration est largement réalisable en laboratoire, elle est assez rare en condition réelle. La raison : le temps nécessaire à sa mise au point et sa certification sécurité obligatoire.

Chez un équipementier, le cobot positionne une colonne de direction pour automobile avec précision, évitant le port de charges et les chocs, et l’opérateur effectue des tâches de vissage sur la pièce.

Configuration alternée

La configuration alternée correspond à une situation où l’opérateur utilise le cobot, mais n’interagit pas directement avec lui. Il le programme pour une série de tâches, et le laisse travailler seul, dans un espace différent. Cette configuration garantit une meilleure sécurité pour l’opérateur humain. Ce dernier optimise la répartition du travail entre ce qu’il confie au cobot et ce qu’il continue de faire lui-même.

Chez un fabricant d’échangeurs thermiques pour la production de gaz industriels, les soudeurs délèguent aux cobots les soudures les plus simples et se concentrent sur des soudures plus complexes ou moins répétitives.

Configuration flexible

Dans la configuration flexible, la répartition du travail entre humains et cobots évolue au cours du temps, en fonction du plan de charge. Une fois la technologie maîtrisée, les cobots peuvent être réaffectés à différentes activités en fonction des exigences du moment. Le même cobot peut être utilisé pendant une période pour une activité de chargement de machines, puis réoutillé, il peut servir pour du ponçage, puis des opérations de peinture, etc.

L’efficacité réside dans la capacité des opérateurs, des techniciens et des ingénieurs à travailler ensemble pour inventer constamment de nouveaux usages. Cette configuration semble particulièrement adaptée à des PME dans lesquelles les séries sont courtes et variables.

Cobots et IA

Les cobots font partie d’un vaste mouvement technologique. Le contexte de l’industrie 5.0 et l’utilisation croissante de l’IA permettront aux cobots d’être encore plus adaptables, voire capables d’improvisation. Ils pourront être intégrés dans des « systèmes cyberphysiques de production », c’est-à-dire des systèmes très intégrés dans lesquels l’informatique contrôle directement les outils de production.

Cette intégration n’est pas évidente à ce stade. Si elle est possible, on peut penser que c’est la capacité à « combler les trous » de l’automatisation traditionnelle qui sera dominante, reléguant la flexibilité et l’aspect collaboratif au second plan. Inversement, le recours à l’intelligence artificielle peut aider au développement de configuration flexible misant sur la collaboration au sein des collectifs de travail.

Si ces évolutions technologiques ouvrent de nombreux possibles, elles laissent ouverte la question des usages en contexte réel. Les tendances futures dépendront des choix qui seront faits en termes de division du travail et de compétences.

Les configurations dites coexistence et activité simultanée ont finalement peu d’implications sur l’évolution des compétences ou de modalités de collaboration entre ingénieurs, techniciens et opérateurs. À l’inverse, le choix des configurations flexible ou activité alternée suppose que les opérateurs développent de nouvelles compétences, notamment en programmation, et que de nouvelles formes de collaboration verticales se développent.

En d’autres termes, les cobots redistribuent moins les cartes en matière de collaboration homme-machine qu’ils n’invitent à revoir les logiques de collaborations entre humains au sein des organisations.

The Conversation

Thierry Colin a bénéficié d’une aide de l’Initiative d’Excellence Lorraine (LUE) au titre du programme France 2030, portant la référence ANR-15-IDEX-04-LUE. Il a aussi bénéficié d’une aide de l’ANACT dans le cadre de son AMI “Prospective pour accompagner la transition des systèmes de travail”

Benoît Grasser a bénéficié d’une aide de l’Initiative d’Excellence Lorraine (LUE) au titre du programme France 2030, portant la référence ANR-15-IDEX-04-LUE. Il a aussi bénéficié d’une aide de l’ANACT dans le cadre de son AMI « Prospective pour accompagner la transition des systèmes de travail ».

ref. Les cobots, des collègues de travail comme les autres ? – https://theconversation.com/les-cobots-des-collegues-de-travail-comme-les-autres-260231

Pourquoi certains (ex-)employés publient des avis employeurs en ligne

Source: The Conversation – in French – By Chloé Guillot-Soulez, Professeure des Universités en Sciences de Gestion, iaelyon School of Management – Université Jean Moulin Lyon 3

Orientées vers soi, vers les autres ou vers l’entreprise, les motivations pour publier son avis employeurs en ligne sont légion. Elles soulignent que l’expérience de travail, bonne ou mauvaise, constitue un enjeu clé des politiques de ressources humaines.


Les plateformes d’avis employeurs comme Glassdoor, Indeed ou Choosemycompany sont devenues une source d’information privilégiée pour les candidats à l’embauche qui les considèrent généralement comme plus crédibles que la communication émanant de l’entreprise.

Selon une étude d’Hello Work publiée en 2024, 73 % des Français consulteraient régulièrement des avis employeurs en ligne mais les lecteurs les plus assidus sont plus particulièrement les jeunes travailleurs (88 %), les profils en reconversion professionnelle (88 %) et les personnes en recherche active de poste (85 %).

Alors même que ces sites ont progressivement gagné en popularité et en influence, l’analyse des motivations des individus à publier un avis employeurs en ligne reste un angle mort : pourquoi certains employés ou ex-employés prennent-ils le temps de partager leur expérience, qu’elle soit positive ou négative ?

Trois logiques à l’œuvre

Dans le cadre de notre recherche, nous avons interrogé 22 individus ayant déposé un avis employeurs en ligne. Onze motivations regroupées en trois grandes catégories ressortent : orientées vers soi, vers les autres et vers l’entreprise.

Des motivations orientées vers soi

  • L’utilitarisme lié aux contraintes techniques des plateformes : « J’ai posté cet avis uniquement pour débloquer des avis » (R21) ;

  • L’hédonisme qui correspond à un plaisir autocentré associé à la publication de l’avis : « Quand je laisse un avis négatif, oui c’est important mais pas pour l’entreprise, pour moi. Par exemple, si je laisse un avis sur cette entreprise-là, je m’en fiche que cette entreprise sache que j’ai laissé l’avis ou pas » (R16) ;

  • La valorisation de soi liée à la fierté et à un sentiment de valorisation de l’estime de soi en ayant travaillé pour un bon employeur : « Après avoir posté l’avis, j’étais contente de partager cette expérience et la fierté de travailler dans cette entreprise » (R7) ;

  • L’évacuation de sentiments négatifs (mécontentement, colère, vengeance…) liée à une mauvaise expérience de travail : « J’ai eu envie de poster cet avis pour montrer mon mécontentement. C’était plus qu’un mécontentement, je dirais du dégoût déjà, parce que je trouve que ce n’est pas une façon de traiter les gens » (R8).

Des motivations orientées vers les autres

Le dépôt d’un avis employeurs est ensuite orienté vers les autres, en particulier les personnes en recherche d’emploi plus susceptibles de consulter les avis :

  • Le désir d’aider les autres : « Après avoir posté l’avis, honnêtement, je me suis senti vraiment “aidante”, je me suis sentie bien, parce que j’ai aidé des gens » (R6) ;

  • La réciprocité car les auteurs ont le sentiment d’appartenir à une communauté qui s’entraide : « Ce qui me motive à déposer des avis en ligne c’est de me dire que j’aimerais que les gens fassent pareil. J’aimerais trouver l’information donc je vais la donner de mon côté aussi » (R9) ;

  • La volonté de renseigner sur l’expérience de travail pour permettre aux personnes qui consultent de savoir s’il s’agit d’un bon ou d’un mauvais employeur : « Je me suis dit que ça pourrait servir à d’autres personnes, de voir comment les RH et l’employeur se sont comportés dans cette entreprise, comment ça s’était réellement passé ». (R8).

Des motivations orientées vers l’entreprise

  • La rédaction d’un avis en réponse à une demande de l’entreprise : « J’étais dans une société et, à la fin de mon stage, il y a un des membres de la société qui m’a demandé de poster, de donner mon avis sur l’entreprise et sur comment ça s’était passé » (R5)

  • Le désir d’aider l’entreprise quand celle-ci est confrontée à des difficultés de recrutement : « Je me suis dit, ils utilisent Indeed je vais mettre un bon avis sur leur page comme ça au moins les autres gens le verront et ça aidera peut-être ma gérante à trouver plusieurs employés » (R6)

  • La volonté d’influencer, positivement ou négativement, l’image et la notoriété en particulier quand il s’agit de petites entreprises : « C’est une entreprise qui n’est pas trop connue du public et du coup je pense que ce genre d’avis peut pousser des gens qui ne connaissent pas forcément à postuler » (R7)

  • Le souhait de faire un retour à l’entreprise. Celui-ci peut être positif : « Je voulais le partager avec tous les membres de l’entreprise, leur faire passer un message pour leur dire comme quoi c’était agréable de travailler avec eux » (R18). Mais il peut aussi être négatif avec l’objectif de pousser l’entreprise à évoluer : « Ce manager était impoli avec les clients et désagréable donc vraiment je voulais faire remonter ça à la direction pour qu’ils comprennent qu’il y avait un sérieux problème » (R13).

L’expérience de travail

Cette recherche souligne l’importance de l’expérience, bonne ou mauvaise, comme élément déclencheur du dépôt d’un avis employeurs en ligne en ligne.

Aligner promesse et réalité

Les plateformes d’avis employeurs sont un moyen de témoigner de l’expérience de travail vécue et un outil d’évaluation du contrat psychologique en lien avec la promesse employeur formulée par l’entreprise.




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Les avis employeurs s’intègrent au bouche-à-oreille sur les employeurs. Le respect (ou non) du contrat psychologique détermine l’évaluation de l’expérience de travail et influence l’action de publier un avis. Au-delà du simple fait de témoigner du respect du contrat psychologique, les répondants ont conscience que les candidats à l’embauche se renseignent sur les employeurs avant de postuler. Ils consultent les avis employeurs en plus des messages et signaux envoyés par l’entreprise.

Réaliser un travail de veille sur les avis employeurs

Les entreprises ont tout intérêt à réaliser un travail de veille sur les avis employeurs afin d’évaluer la qualité de l’expérience de travail et sa cohérence par rapport à la promesse employeur. En cas d’avis positifs, l’enjeu sera de maintenir ces bonnes évaluations dans la durée. À l’inverse, de mauvais avis sont utiles pour identifier les dysfonctionnements, améliorer la politique de ressources humaines (RH) et éviter le partage d’informations négatives.

Encourager les avis positifs (sans les acheter)

L’action de déposer un avis employeurs apparaît comme un acte à la fois volontaire et altruiste déterminé par l’expérience de travail vécue. Alors que certaines entreprises se demandent si elles auraient intérêt à inciter leurs employés à déposer des avis en ligne, notre recherche permet d’identifier que des incitations financières seraient contreproductives alors que des incitations prosociales peuvent être envisagées.

Les avis employeurs apparaissent aujourd’hui comme un levier d’employee empowerment. Ils s’intègrent pleinement à l’économie de l’expérience qui donne une place centrale aux expériences des individus. Face à cette situation, les entreprises ne sont pas démunies mais la qualité de l’expérience de travail offerte demeure la clé des « bons employeurs ».

The Conversation

Chloé Guillot-Soulez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi certains (ex-)employés publient des avis employeurs en ligne – https://theconversation.com/pourquoi-certains-ex-employes-publient-des-avis-employeurs-en-ligne-264403

Sortir du piège de la dette : les alternatives au modèle FMI pour le Sénégal

Source: The Conversation – in French – By Souleymane Gueye, Professor of Economics and Statistics, City College of San Francisco

Depuis février 2025, le Sénégal est secoué par les révélations du rapport de la Cour des comptes sur une dette publique bien plus élevée que ce qui avait été annoncé. Une première mission du Fonds monétaire international (FMI) , en mars dernier, avait confirmé une sous-évaluation massive de la dette (passée à près de 100 % du PIB). Le FMI a dépêché une deuxième mission “spéciale” du 19 au 27 août suite à un deuxième audit. Celui-ci a montré que la dette réelle du pays était bien plus lourde que prévu, atteignant près de 119 % du PIB en 2024.

Depuis plus de quarante ans, le Sénégal s’est engagé dans une coopération continue avec le FMI. Cette relation, justifiée à ses débuts par le besoin de rétablir les équilibres macroéconomiques, s’est traduite par une succession de programmes d’ajustement structurel, de stabilisation budgétaire et de réformes économiques.

Si elle a permis une certaine stabilité du cadre macroéconomique, elle a aussi généré une dépendance chronique vis-à-vis de l’endettement extérieur et a freiné la capacité du pays à définir une stratégie économique souveraine. Les révélations récentes de la Cour des comptes et la révision spectaculaire de la dette publique par le FMI confirment que ce modèle est à bout de souffle.

Dans une étude récente, j’ai examiné l’évolution des relations entre le Sénégal et le FMI. J’estime que cette coopération de plus de quatre décennies a laissé des traces profondes sur l’économie nationale. Aujourd’hui, l’enjeu pour le Sénégal est de redéfinir ce partenariat et de repenser les relations avec le FMI, afin d’éviter de reproduire le suivisme des régimes précédents.

Une coopération héritée de l’ajustement structurel

Les années 1980 inaugurent une ère d’austérité avec les premiers plans d’ajustement structurel. Sous l’impulsion du FMI, le Sénégal a réduit les dépenses sociales, privatisé des secteurs stratégiques et ouvert son économie à une concurrence internationale déséquilibrée.

Les promesses de modernisation se sont vite traduites par un affaiblissement de l’État, la disparition de pans entiers du tissu productif national et une pauvreté endémique. Le secteur agricole, notamment les filières arachidière, cotonnière et rizicole, ainsi que dans le secteur industriel les industries de transformation des produits halieutiques et du phosphate, ont particulièrement été touchés.

L’objectif officiel de réduction des déficits s’est payé d’un coût social et économique élevé, dont les séquelles sont encore visibles dans le pays.




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Des réformes macroéconomiques sans transformation sociale

Au tournant des années 2000, avec les initiatives PPTE (Pays pauvres très endettés) et les mécanismes concessionnels, le Sénégal a bénéficié des initiatives d’allégements de dette et de la facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance. Mais la logique est restée la même : dépendre des financements extérieurs pour stabiliser le cadre macroéconomique, sans s’attaquer aux causes structurelles du sous-développement.

Le Plan Sénégal Émergent (PSE) lancé en 2014 a certes dopé la croissance par les infrastructures et l’énergie, mais sans transformation profonde du marché du travail ni réduction significative de la pauvreté et des inégalités. Il a contribué à accroître le taux de pauvreté, qui atteint 39 %. Il a aussi approfondi les inégalités : les 20 % les plus riches concentrent 48 % des revenus, tandis que les 20 % les plus pauvres ne disposent que de 5 %, soit un indice de 0,45.

De plus, il a créé les conditions d’une insécurité alimentaire inquiétante, touchant près de 3 500 000 personnes. Le chômage des jeunes (27,7 %), la précarité et l’informalité demeurent massifs.

Les politiques de développement du capital humain et social n’étaient pas au coeur des préoccupations des autorités étatiques. Il s’en est suivi une inadéquation entre la formation, la qualification professionnelle et les besoins réels du marché du travail d’une part et d’autre part, aucune attention n’était accordée à la mise en place de politiques d’emplois sérieuses en direction des jeunes, des femmes et des couches les plus vulnérables de la société.

L’absence manifeste d’une bonne stratégie de développement économique diversifiée adossée aux réalités économiques du pays explique aussi le manque de création d’emplois durant la mise en exécution du PSE.

D’autres facteurs expliquent le manque de transformation du marché de l’emploi, notamment la négligence du secteur agricole et la mauvaise gouvernance marquée par la corruption. Cette situation favorise une gestion défaillante des ressources publiques et crée une dissymétrie entre les investissements massifs dans les infrastructures et le secteur minier, d’une part, et leur faible impact réel sur le marché du travail, d’autre part. En conséquence, le développement économique et social du pays reste limité.

Le choc des révélations de 2025

Le rapport de la Cour des comptes (février 2025), confirmé par l’audit du cabinet Forvis Mazars, a révélé l’ampleur des « déclarations erronées » des autorités du régime précédent dans la gestion des finances publiques. La dette, présentée comme soutenable, est passée brutalement de 74,4 % à 111 % du PIB en 2023, puis 118,8 % en 2024.

Cette révision dramatique démontre l’absence de transparence et l’inefficacité des mécanismes de contrôle censés accompagner la coopération avec le FMI. L’institution elle-même, en validant pendant plusieurs années des données sous-estimées, porte une responsabilité dans cette crise de crédibilité.

De la transparence à la dépendance renforcée

La mission du FMI d’août 2025 a salué l’engagement du Sénégal à corriger ses pratiques budgétaires et annoncé une série de mesures techniques : centralisation de la gestion de la dette, audits des arriérés, création d’une base de données unifiée, renforcement du Compte unique du Trésor.

Si ces mesures peuvent améliorer la gouvernance financière, elles ne changent rien à la logique de dépendance. Le nouveau communiqué de presse du FMI, présenté comme aligné sur la Vision 2050 (référentiel de développement du Sénégal), reprend les conditionnalités classiques du FMI : rigueur budgétaire, discipline macroéconomique et promesse d’inclusion sociale. Mais l’expérience historique démontre que ces engagements se traduisent rarement en progrès tangibles pour les populations.

Le piège d’une économie à deux vitesses

L’économie sénégalaise affiche en 2025 une croissance record de 12,1 % grâce au boom pétrolier et gazier. Mais la croissance hors hydrocarbures reste limitée à 3,1 %, confirmant le risque d’une économie duale où la manne énergétique masque la stagnation des autres
secteurs. Cette dépendance aux hydrocarbures, adossée à un endettement massif, fragilise l’avenir du pays et l’expose aux chocs extérieurs. En poursuivant dans cette voie, le Sénégal risque de voir ses marges de souveraineté réduites à néant.

Pour une rupture nécessaire

Quarante ans de coopération avec le FMI montrent une constante : la dépendance aux financements extérieurs et la reproduction des déséquilibres structurels. Face à cette impasse, une rupture s’impose. Elle passe par :

  • la mobilisation des ressources internes (épargne nationale, appel à la diaspora, lutte contre la corruption et les détournements) ;

  • une politique industrielle et agricole endogène, tournée vers la création d’emplois et la sécurité alimentaire ;

  • la réorientation des priorités budgétaires vers l’éducation, la santé et la protection sociale ;

  • une gouvernance renforcée, fondée sur la transparence et l’appropriation nationale des réformes.

Le nouveau cycle de coopération proposé par le FMI, malgré son habillage technique et son discours sur la transparence, risque de reproduire le schéma de dépendance qui a marqué les décennies passées. Le Sénégal se trouve face à un choix historique : continuer dans la voie du suivisme, au prix d’une souveraineté économique toujours plus réduite, ou engager une véritable rupture pour construire un modèle de développement autonome, inclusif et résilient.

C’est seulement au prix de cette rupture que le pays pourra transformer la manne énergétique en un levier de prospérité partagée et durable. Il pourra aussi inscrire les financements extérieurs dans une logique de transformation systémique et structurelle de l’économie, au service des priorités nationales définies dans l’Agenda national de transformation Vision 2050.

The Conversation

Souleymane Gueye does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Sortir du piège de la dette : les alternatives au modèle FMI pour le Sénégal – https://theconversation.com/sortir-du-piege-de-la-dette-les-alternatives-au-modele-fmi-pour-le-senegal-263755

Cameroun : l’élection présidentielle risque d’entraîner une instabilité, quel que soit le vainqueur

Source: The Conversation – in French – By Manu Lekunze, Lecturer, University of Aberdeen

Les Camerounais éliront le 12 octobre 2025. Le président sortant, Paul Biya, au pouvoir depuis près de 43 ans, sera candidat.

En 2025, comme lors de la dernière élection de 2018 et de toutes les élections présidentielles depuis 1992, il est raisonnable de s’attendre à ce que le parti au pouvoir l’emporte. Et les partis d’opposition contesteront certainement les résultats.

Si Biya remporte l’élection, à la fin de son nouveau mandat en 2032, il aura été au pouvoir pendant un demi-siècle. Ce sera un exploit qu’aucun autre chef d’État n’aura réalisé à l’ère moderne.

De plus, en 1968, Biya occupait simultanément les fonctions de directeur du cabinet civil du président et de secrétaire général de la présidence (le poste le plus important du gouvernement après celui de président). En 1979, il est devenu Premier ministre et, en novembre 1982, il a succédé à Ahmadou Ahidjo à la présidence.

Par conséquent, compte tenu du niveau d’éducation limité d’Ahidjo et de ses problèmes de santé à la fin de son mandat, on peut dire que Biya tient les rennes du pouvoir depuis 1968.

En tant que spécialiste de la sécurité internationale, j’ai mené des recherches sur la sécurité au Cameroun depuis plus de 10 ans, notamment sur l’insurrection séparatiste dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord, et les implications sécuritaires du maintien au pouvoir de Biya.

À mon avis, malgré les nombreuses critiques adressées au régime de Biya, il a su contribuer à réguler la vie publique et préserver une certaine stabilité. Au cours des 42 dernières années, les investisseurs étrangers et les partenaires de sécurité externes n’ont pas eu à s’inquiéter de changements politiques radicaux au Cameroun.

Cette élection, qu’elle débouche sur un nouveau mandat ou sur une transition, risque de compromettre la stabilité à laquelle les partenaires externes du Cameroun se sont habitués. Elle pourrait accroître les tensions ethniques ou régionales résultant d’une marginalisation prolongée. Elle pourrait également amorcer un processus de transition qui pourrait prendre du temps à se consolider, laissant place à l’instabilité, y compris à davantage de conflits armés.

Menaces d’insurrection

Parmi les griefs les plus souvent cités par les séparatistes figurent l’abolition du système fédéral et le changement du nom officiel du Cameroun en 1984, qui est passé de République unie du Cameroun à République du Cameroun (nom adopté par l’ancienne colonie française du Cameroun en 1960).

Les séparatistes font valoir que le mot « unie » indiquait clairement que le Cameroun actuel était composé de deux parties égales. La suppression de ce mot signifie que l’une a absorbé l’autre.

Ils sont également mécontents de la sous-représentation des anglophones aux postes gouvernementaux de haut niveau.

En tant que secrétaire général de la présidence, Biya n’était pas un simple spectateur lors du référendum de 1972 qui a mis fin au système fédéral de gouvernement du pays. Il est également chargé de nommer les hauts fonctionnaires depuis 1982.

Certains séparatistes pensent que si son gouvernement avait répondu aux protestations de 2016, celles-ci n’auraient pas dégénéré en insurrection.

Les manifestations organisées en 2016 par des avocats et des enseignants anglophones contre la domination perçue des francophones ont déclenché une répression violente de la part des forces de sécurité. Cela a conduit à la formation de groupes séparatistes armés qui ont déclaré un État indépendant appelé « Ambazonie » et ont déclenché un conflit armé avec le gouvernement.

De même, on pourrait dire que l’approche de Biya en matière de politique étrangère a contribué à la croissance et à la puissance de Boko Haram, un groupe terroriste régional, au Cameroun. Le groupe a exploité les failles de l’architecture sécuritaire du Cameroun et la stratégie de Biya consistant à faire profil bas sur la scène politique internationale.

L’International Crisis Group et plusieurs analystes estiment que si le gouvernement camerounais avait réprimé les activités de Boko Haram, l’insurrection aurait eu du mal à prendre l’ampleur qu’elle a connue en 2014 et 2015.

À mon avis, la réticence de Biya à attirer l’attention internationale sur le Cameroun l’a rendu hésitant à agir contre Boko Haram.

En résumé : il est peu probable que le statu quo permette de faire face à la menace d’une insurrection persistante.




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Les élections peuvent aggraver les divisions

Maurice Kamto était le principal candidat de l’opposition lors de la dernière élection présidentielle. Sa contestation des résultats a provoqué une certaine crise post-électorale. Sa candidature à l’élection de 2025 a été rejetée.

Kamto appartient à l’ethnie Bamiléké, originaire de la région Ouest, où règne déjà un sentiment d’exclusion politique.

Issa Tchiroma, figure de l’opposition qui a occupé des fonctions ministérielles pendant de longues périodes depuis 1992, a démissionné en 2025 pour se porter candidat aux élections d’octobre. Tchiroma est originaire du nord (régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord). Il existe une certaine attente quant à la rotation de la présidence entre le nord et le sud. C’est au tour du nord, car Biya, le deuxième président, est originaire du sud, tandis que le premier président, Ahidjo, était originaire du nord.

Tchiroma risque de dénoncer un traitement injuste s’il ne remporte pas les élections. Il a déjà protesté publiquement contre le fait qu’on l’empêche de quitter le pays.

Les violences dans la région natale de Kamto, le Bamiléké, ou dans le nord de Tchiroma pourraient étendre les zones du territoire camerounais touchées par l’insurrection. Certaines parties du nord-ouest (où opèrent les séparatistes) et de l’ouest sont reliées à l’Adamaoua, puis aux régions du nord et de l’extrême nord (où opère Boko Haram). Une coalition entre les Bamiléké et le nord contre le sud (base électorale de Biya) pourrait sérieusement compromettre la sécurité du Cameroun. Cette division pourrait entraîner plus qu’une insurrection périphérique.

Si le Cameroun est déstabilisé en raison du maintien au pouvoir de Biya ou d’une transition bâclée, cela menacera la sécurité dans la région de l’Afrique centrale.

La voie à suivre

Mes recherches sur l’insurrection séparatiste montrent clairement que les responsables camerounais et leurs soutiens internationaux doivent s’attaquer au sentiment de marginalisation ou d’exclusion politique.

L’âge et la longévité de Biya au pouvoir, ainsi que la perspective d’un nouveau mandat de sept ans, soulèvent des questions quant à la transition éventuelle et à l’origine ethnique du prochain président.

Il serait nécessaire de parvenir à un consensus prudent afin de garantir qu’un groupe politiquement important comme les Peuls, les Bamilékés ou les anglophones ne se sente pas sérieusement marginalisé ou exclu de la vie politique.

The Conversation

Manu Lekunze reçoit un financement des conseils de recherche britanniques

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Deuda autonómica: quién gana y quién pierde con su condonación

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Guillermo Rodríguez Sánchez de la Nieta, Investigador, Hacienda Pública: Federalismo fiscal, Universidad de Castilla-La Mancha

El Consejo de Ministros del Gobierno de España acaba de aprobar el martes el Anteproyecto de Ley de Medidas Excepcionales de Sostenibilidad Financiera para las Comunidades Autónomas de Régimen Común, lo que permitirá mutualizar 83 252 millones de euros de deuda autonómica. La propuesta de condonación (el dinero pendiente de pago por parte de las comunidades autónomas pasa a ser deuda estatal), presentada el pasado febrero, parte del reconocimiento del impacto de la crisis financiera entre 2010 y 2013 en el sobreendeudamiento autonómico.




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La situación actual de la deuda autonómica

El estado de la deuda autonómica, según los últimos datos disponibles, es cuanto menos preocupante. Las comunidades de régimen común aglutinan 324 000 millones de euros de deuda, de los cuales el 65 % está en manos del Estado. Cataluña (89 700 millones), Comunidad Valenciana (60 368) y Andalucía (40 490) concentran más de la mitad del endeudamiento total, acompañadas por Madrid (39 651), aunque esta última con una evolución más contenida.

El contraste más llamativo está en la evolución: Murcia ha disparado su deuda más de un 300 % desde 2012, seguida por la Comunidad Valenciana, Extremadura y Andalucía, todas muy por encima de la media. En cambio, Galicia, Canarias o Baleares han mantenido un endeudamiento mucho más controlado. Estos datos muestran que el problema no es homogéneo: algunas regiones arrastran un sobreendeudamiento estructural, mientras que otras han gestionado con mayor disciplina. De ahí que la condonación tenga efectos tan desiguales según el territorio.

Los mecanismos adicionales de financiación autonómica han canalizado desde 2012 más de 439 000 millones de euros, de los que aún quedan por devolver unos 210 000. Cataluña, Comunidad Valenciana y Andalucía concentran casi el 70 % de estos recursos, lo que explica su elevada dependencia del Estado: en su caso, más del 80 % de la deuda está en manos del Tesoro. En contraste, comunidades como Galicia, Canarias o Castilla y León apenas han recurrido a esos instrumentos. Madrid es la excepción, con un 0 %, gracias a su mayor capacidad de acudir a los mercados.

El saldo vivo pendiente de devolución refleja esa brecha: Cataluña debe todavía casi 80 000 millones y la Comunidad Valenciana más de 54 000. En definitiva, los datos confirman que la condonación no solo alivia cuentas autonómicas, sino que también redistribuye riesgos entre territorios, beneficiando especialmente a quienes más dependieron del auxilio financiero del Estado.

El resultado de la condonación

El artículo 13 de la Ley Orgánica 2/2012 de Estabilidad Presupuestaria y Sostenibilidad Financiera reconoce implícitamente que las comunidades de régimen común deberían tener un porcentaje de deuda del 13 % de su producto interior bruto (PIB). A marzo de 2025, solo Canarias, Navarra y el País Vasco cumplen esta premisa, mientras que la Comunidad Valenciana, Cataluña, Castilla-La Mancha y la Región de Murcia tienen porcentajes por encima del 30 % de su PIB.

La propuesta de condonación, que consta de tres fases, es asimétrica y beneficia especialmente a las comunidades de Andalucía, Cataluña y la Comunidad Valenciana, con 23, 21 y 13 % respectivamente del total condonado. Andalucía, Asturias, Galicia, La Rioja, Madrid, Canarias, Navarra y País Vasco entrarían en porcentajes de deuda plenamente válidos para endeudarse en los mercados financieros.

Por contra, la Comunidad Valenciana (35 % de deuda sobre su PIB tras la condonación), Cataluña (26 %), Región de Murcia (25 %) o Castilla-La Mancha (21 %) necesitarían ajustes adicionales para poder financiarse en los mercados financieros en el corto plazo.

Al comparar la ratio deuda/PIB antes y después de la condonación se aprecia que la reducción media del 7 % no basta para garantizar que todas las comunidades puedan financiarse sin problemas en los mercados. La Comunidad Valenciana, con un 35 % de deuda sobre su PIB incluso tras la quita, seguirá en una situación de vulnerabilidad financiera, lo que apunta a que serán necesarias medidas adicionales de disciplina fiscal, o una reforma más profunda del sistema de financiación autonómica. Este dato contrasta con comunidades como Andalucía o Galicia, que, gracias a la condonación, logran situarse en niveles considerados aceptables por los organismos supervisores.

Ganadores y perdedores

Es evidente que las comunidades de régimen común tienen un problema importante con su deuda. Por ello, la propuesta de condonación significará un alivio financiero importante para todas ellas. Sin embargo, la deuda pública no desaparece, se reparte. Es decir, en términos absolutos, encontramos ganadores y perdedores.

Antes de la condonación, la deuda per cápita se situaba en torno a 7 021 euros de media. Tras la operación, comunidades como Castilla-La Mancha (-509 €), Cataluña (-294 €), Comunidad Valenciana (-249 €) o Andalucía (-359 €) ven reducida la carga de sus habitantes, lo que supone un alivio directo en términos de sostenibilidad financiera.

Sin embargo, en territorios como Madrid (+594 €), La Rioja (+436 €) o Cantabria (+414 €), la deuda per cápita aumenta, ya que asumen parte del esfuerzo solidario. El contraste es evidente: mientras un castellanomanchego se libera de más de 500 euros de deuda, un madrileño soporta casi 600 euros adicionales. Esto ilustra que la condonación no elimina deuda, sino que la redistribuye, generando percepciones de ganadores y perdedores.

En clave divulgativa, puede decirse que la medida funciona como una mutualización: se aligera la mochila de quienes más pesada la tenían pero a costa de que otros carguen con un poco más en las suyas.

El ahorro de intereses

El reparto del ahorro en intereses refleja también la desigualdad territorial de la condonación. Aunque todas las comunidades se benefician en mayor o menor medida, las diferencias son notables: algunas logran un respiro financiero considerable mientras que otras apenas perciben impacto.

La condonación de deuda permitirá ahorrar 6 700 millones en intereses, concentrados en la Comunidad Valenciana y Cataluña, mientras que regiones como Canarias, Galicia o Asturias apenas percibirán alivio. En definitiva, los datos confirman que la condonación no solo reduce la carga financiera, sino que reabre el debate sobre la equidad del reparto y la necesidad de una reforma del sistema de financiación autonómica.

Una propuesta alternativa

La condonación de deuda no afecta por igual a todas las comunidades autónomas. Todo depende del criterio con el que se reparta: si se sigue la propuesta del Gobierno, si se distribuye de manera estrictamente per cápita o si se aplica la fórmula de población ajustada que se utiliza en el sistema de financiación autonómica.

Según la propuesta aprobada por el Consejo de Ministros, las comunidades más beneficiadas son Canarias (51 % de su deuda condonada), Andalucía (46 %), Galicia (33 %) y Extremadura (31 %), todas por encima de la media. Sin embargo, si el reparto se realizara de manera estrictamente per cápita, el mapa sería distinto: Asturias alcanzaría un 45 % y Baleares un 27 %, frente al 19 % de Cataluña o el 16 % de la Comunidad Valenciana, que quedarían entre las menos favorecidas.

La fórmula de población ajustada –la que suele emplearse en el sistema de financiación autonómica porque pondera factores como envejecimiento, dispersión geográfica o insularidad– también ofrece un panorama diferente: Canarias subiría hasta un 64 %, mientras que regiones como Murcia o la Comunidad Valenciana apenas superarían el 15 %.

No hay una única manera de medir la justicia del reparto: según el criterio escogido, las comunidades aparecen como más o menos beneficiadas. De hecho, territorios con sobreendeudamiento estructural, como la Comunidad Valenciana, apenas logran un 19 % de quita en la propuesta actual, mientras que otras con menor peso de deuda relativa, como Canarias, se sitúan en lo más alto. Esto explica buena parte del debate político y técnico: lo que para unos es un alivio necesario, para otros puede percibirse como un trato desigual.

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José Guillermo Rodríguez Sánchez de la Nieta recibe fondos de un contrato predoctoral de investigación cofinanciado por la Universidad de Castilla la Mancha y el Fondo Social Europeo

Juan José Rubio Guerrero no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Deuda autonómica: quién gana y quién pierde con su condonación – https://theconversation.com/deuda-autonomica-quien-gana-y-quien-pierde-con-su-condonacion-264518

¿Cómo era ser anciano en la prehistoria?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Cristina de Juana Ortín, Personal docente e investigador, miembro del grupo de investigación ART-QUEO, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Gorodenkoff/Shutterstock

A día de hoy, el 40 % de las personas desempleadas mayores de 50 años afirma haber sufrido discriminación por su edad, según el Centro Internacional sobre el Envejecimiento (CENIE). Mientras, la OMS advierte que una de cada cinco personas mayores de 50 años han sufrido edadismo en el ámbito sanitario.

En España, el término edadismo aparece por primera vez en el último informe anual del Defensor del Pueblo (2024) y, desde 2022, está incluido en el Diccionario de la Real Academia Española de la Lengua.

Convivimos con una forma sutil de discriminación benevolente que infantiliza a las personas mayores y les resta autonomía y voz, incluso cuando las intenciones son buenas. Esta situación conlleva menor autoestima, rechazo e invisibilidad social. Sin embargo, todo ello forma parte de una construcción cultural reciente.

Valiosos por su experiencia

Este rechazo al envejecimiento contrasta con la supervivencia de mayores en la prehistoria. Los ancianos, así como los heridos graves o con problemas genéticos, sin duda alguna, contribuían al grupo. Si no podían aportar físicamente, su valor social estaría relacionado con su capacidad como depositarios de memoria y conocimiento.

En las sociedades primitivas, la edad avanzada no estaba vinculada a estigmas, sino a experiencias. Los estudios osteológicos, dentales y arqueológicos permiten afirmar practicas de cuidado, longevidad creciente y valor social de personas de edad avanzada y sobrevivientes a graves accidentes. En estos casos, todo el grupo debía formar parte de una adaptación de las dietas y la movilidad.

Viejos a los 40

En muchos contextos prehistóricos, superar los 40 años ya podía ser una longevidad significativa. Por eso, algunos especialistas hablan de “anciano” a partir de esta edad, si se evidencia deterioro físico funcional.

En prehistoria, es complicado contar con un umbral cronológico absoluto para hablar de ancianidad como hacemos en la actualidad. Debemos aplicar criterios osteológicos y funcionales para determinar ese estado de edad avanzada.

Entrada de la cueva donde vivía el anciano de Shanidar (Kurdistán iraquí).
Wikimedia Commons., CC BY

Entre ellos, se encuentra el desgaste extremo de molares o pérdida completa de dentición sin remplazo. En algunos casos, también, la remodelación del hueso mandibular, que indica que el individuo sobrevivió bastante tiempo sin dientes funcionales.

Asimismo, son indicativos de la edad cambios en el esqueleto asociados a artrosis, osteoporosis, degeneración vertebral o formaciones de hueso adicional en respuesta al estrés articular (exostosis). Y otras circunstancias, como la comparación con patrones de mortalidad dentro de un grupo. Si el promedio de vida de un grupo humano es de 25-30 años y aparece un individuo de 45-50, este puede considerarse un anciano en términos relativos.

Ancianos prehistóricos famosos

Uno de los ancianos prehistóricos más reconocidos es el Homo erectus de Dmanisi, el Cráneo 4, de hace más de 1,8 millones de años. Sabemos que sobrevivió varios años prácticamente sin dentición (endetulismo). Esto supone graves dificultades para masticar y la necesidad de asistencia alimentaria u otras formas de cuidado social.

Excavación del sitio de Dmanisi, Georgia.
Georgian National Museum., CC BY

Por otro lado, Nandy o el fósil Shanidar 1, un neandertal de hace más de 50 000 años, ha sido de los más estudiados. Se estima que sobrevivió con una grave discapacidad hasta los 40 años o más. Había sufrido un golpe lateral en la cara, fracturas y amputación del brazo derecho en el codo, lesiones en la pierna derecha, degeneración sistemática y sordera.

Sobrevivir a todo ello en una sociedad de cazadores-recolectores es sin duda una evidencia de cuidados prolongados por parte de su grupo.

Sobrevivir en tiempos difíciles

En el yacimiento de Dolni Vestonice (actual República Checa), se encontraron los restos de un joven adulto con graves anomalías del desarrollo, conocido como Doln V-stonice 15. El estudio de sus huesos evidencia la presencia de osteoartritis. Su patrón óseo obedece a prácticas de transporte pronunciado y repetitivo o arrastre de cargas pesadas. Esos datos indican la capacidad del grupo para mantener vivo a un individuo gravemente afectado, pero también enfatizan en la necesidad de que todas las personas participen en la elevada movilidad de las poblaciones en el Paleolítico.

Venus de Dolní Věstonice (República Checa).
Wikimedia Commons., CC BY-SA

Tanto en Dolni Vestonice como en la Gran Dolina (Atapuerca), donde una niña neandertal con síndrome de Down bautizada como Tina sobrevivió hasta los 10 años, muestran como los seres humanos trataban de no dejar a nadie atrás. Ayudar al prójimo se convirtió en una tarea fundamental para la supervivencia del grupo.

Abuelas de las cavernas

En este contexto, las mujeres ancianas siguen prácticamente ausentes de los discursos científicos y divulgativos sobre el pasado humano. En parte, debido a la limitación de los propios restos, que suelen ser fragmentos de mandíbula o cráneo que no permiten determinar el sexo.

Pero, los prejuicios modernos no deben condicionar nuestros estudios del pasado. Mientras nuestra sociedad tiende a asociar la vejez con deterioro, pasividad o dependencia, en 1998 ya se abría una nueva línea de estudio: la llamada “hipótesis de la abuela”.

La antropóloga evolutiva estadounidense Kristen Hawkes y sus colegas, con esta hipótesis, explicaban como la menopausia podría tener un significado relevante para la especie humana. Para ellos, el envejecimiento femenino está asociado a nuestra madurez tardía, con implicaciones para la organización social del hábitat y la importancia del aprendizaje extendido.

Por otra parte, Cat Bohannon, en su reciente obra Eva (2025), insiste en la mayor longevidad femenina. Diferentes mecanismos biológicos protegen a las mujeres para sobrevivir a sus compañeros. Y su valor reside en su conocimiento: sobre crisis anteriores, sobre contratiempos en los partos, sobre soluciones ante dificultades alimentarias.

Visibilizar a las ancianas prehistóricas no es solo una tarea científica pendiente, también lo es educativa. Necesitamos construir nuevas narrativas sobre el pasado que incluyan a todos los individuos (mujeres, niños y ancianos), para enriquecer por extensión las narrativas del presente.

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Cristina de Juana Ortín no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Cómo era ser anciano en la prehistoria? – https://theconversation.com/como-era-ser-anciano-en-la-prehistoria-262968

Hemos identificado los árboles que mejor funcionan para refrescar las ciudades

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Daniel Jato Espino, Investigador Sénior / Profesor en Ingeniería y Gestión Ambiental, Universidad Internacional de Valencia

Jardines del Turia, en Valencia. Maksim Safaniuk/Shutterstock

En verano, muchas ciudades se convierten en auténticos hornos. El fenómeno conocido como isla de calor urbana –la concentración del calor debida a los materiales, la densidad de población y el tráfico en las ciudades– no solo incomoda. También puede afectar seriamente a la salud, sobre todo en zonas densamente urbanizadas.

Hay una solución natural y eficaz que a menudo pasa desapercibida: los árboles. Sin embargo, no todos refrescan igual. Y no todas las ciudades tienen suficientes para marcar la diferencia.

¿Por qué hace más calor en las ciudades?

Las ciudades están construidas con materiales que absorben el calor durante el día. El asfalto, por ejemplo, lo retiene y lo libera lentamente por la noche. Por eso, incluso cuando el sol se ha ido, las temperaturas siguen siendo altas.

En zonas urbanas densas como Madrid, la diferencia con respecto a áreas rurales puede llegar hasta los 8 ºC. Este calor acumulado no se disipa fácilmente. Los edificios altos y las calles estrechas crean lo que se conoce como “efecto cañón urbano”. El calor queda atrapado como en una olla a presión.

Si además hay poca vegetación, el resultado son diferencias notables de temperatura entre zonas urbanas y rurales. Este fenómeno está provocando un aumento de las noches tropicales –cuando la temperatura no baja de los 20°C– en muchas ciudades españolas.

Elegir el árbol adecuado es clave

Los árboles no solo dan sombra, también refrescan el aire mediante evapotranspiración –transferencia de humedad a la atmósfera–. Este proceso combina la evaporación del agua del suelo con la transpiración de las hojas. Así, se reduce la temperatura del entorno, especialmente en días calurosos.

Pero no todos los árboles tienen el mismo efecto. Algunas especies, por su forma, densidad de hojas y adaptación al clima, son especialmente eficaces para enfriar el ambiente urbano.

Cinamomo.
Paulo rsmenezes/Wikimedia Commons, CC BY-SA

En un estudio realizado en Valencia, identificamos tres especies destacadas. El cinamomo (Melia azedarach) crece rápido y tiene hojas grandes y densas que generan sombra y humedad. El azahar de la China (Pittosporum tobira) resiste bien la sequía y tiene una copa baja y compacta, ideal para calles estrechas. Y el olmo común (Ulmus minor) tiene una copa amplia y ayuda a crear microclimas frescos, aunque su uso ha disminuido por su vulnerabilidad a enfermedades como la grafiosis, causada por un hongo.

En general, estas especies combinan copas densas, hojas grandes y troncos no muy altos. Además, se adaptan bien al clima mediterráneo. Por eso, son buenas opciones para ciudades como Valencia, Málaga o Sevilla, donde el calor urbano tiene un impacto notable en la mortalidad.

No obstante, solo una de estas especies es autóctona: el olmo. Las otras dos provienen de Asia. Por tanto, también es importante priorizar la plantación de especies propias. Estas están mejor adaptadas al entorno local y presentan menos riesgos ecológicos en los ecosistemas urbanos.

Ramas y hojas de un árbol
Ramas y hojas de un olmo común.
Lidine Mia/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Más árboles y mejor situados

En muchas ciudades españolas, los árboles se concentran en parques o avenidas principales. Mientras tanto, algunos barrios residenciales, especialmente los más vulnerables, tienen menos vegetación. Esta desigualdad agrava el impacto del calor urbano.

No se trata solo de plantar más árboles. También hay que elegir bien qué especies se usan y dónde se colocan. Un árbol mal adaptado o mal ubicado puede tener un efecto limitado. En cambio, una planificación cuidadosa puede reducir la temperatura en zonas críticas.

Se deben seleccionar especies adaptadas al clima local, con alta capacidad de sombra y evapotranspiración. Además, es necesario priorizar aquellas zonas más vulnerables, donde el calor afecta más y hay menos vegetación. También es importante involucrar a la ciudadanía en los proyectos de reforestación urbana, fomentando el cuidado del espacio público. Por último, para conseguir efectos a mayor escala, el arbolado ha de integrarse en redes de infraestructura verde, conectándose con parques, jardines y espacios naturales.

Estas medidas no solo ayudan a combatir el calor. También mejoran la calidad del aire, aumentan la biodiversidad, reducen el consumo energético al requerir las viviendas menos climatización y pueden incluso revalorizar las viviendas cercanas.




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Ciudades jardín contra el déficit de naturaleza urbano


Plantar es planificar contra el calor urbano

Los árboles son mucho más que decoración urbana. Son infraestructura climática. Elegir bien qué especies plantar y dónde hacerlo puede marcar la diferencia entre una ciudad sofocante y una ciudad habitable.

En un contexto de cambio climático, apostar por el arbolado urbano es apostar por el bienestar, la salud y la resiliencia de nuestras ciudades.

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Daniel Jato Espino ha recibido fondos de la Consellería de Innovación, Universidades, Ciencia y Sociedad Digital de la Generalitat Valenciana a través del proyecto de investigación ECOVAL (ref. CIGE/2021/079).

ref. Hemos identificado los árboles que mejor funcionan para refrescar las ciudades – https://theconversation.com/hemos-identificado-los-arboles-que-mejor-funcionan-para-refrescar-las-ciudades-263657

¿Nos enamoraríamos del señor Darcy de ‘Orgullo y prejuicio’ en la vida real?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lara López Millán, Docente Universitaria de Artes y Educación, Universidad Camilo José Cela

Matthew Macfadyen en la adaptación de ‘Orgullo y prejuicio’ de 2005. FilmAffinity

Imaginen la escena: Matthew Macfadyen, a cargo del personaje del señor Darcy, cruzando la niebla en la versión de Joe Wright de Orgullo y Prejuicio (2005). El abrigo ondea al ritmo de sus pasos y la voz le tiembla cuando pronuncia una confesión frente a Keira Knightley –quien interpreta a Elizabeth Bennet– que suena a todo menos ensayada.

El señor Darcy y su ondeante abrigo diciendo ‘has hechizado mi cuerpo y mi alma’.

Esa secuencia –inexistente en la novela original de Jane Austen– ha quedado grabada en la memoria de las espectadoras como un momento cumbre del romanticismo cinematográfico. ¿Qué tiene entonces este personaje que, a casi dos siglos de su creación, sigue siendo un arquetipo romántico vigente? Tal vez la promesa –potenciada por la cámara, la música y el montaje– de un hombre que combina poder, misterio y ternura.

Pero el Darcy de Jane Austen (1775-1817) pertenecía a la Inglaterra de la Regencia (1811-1820), un mundo de herencias, escalafones y matrimonios como estrategia social. Era orgulloso, reservado y con prejuicios de clase, más cercano a un terrateniente preocupado por su patrimonio que al héroe apasionado que nos vende el cine.

En las adaptaciones, con la camisa mojada de Colin Firth en la miniserie de la BBC en 1995 o las miradas contenidas de Macfadyen, se han ido suavizando sus aristas, erotizando su presencia y dotándolo de una vulnerabilidad muy contemporánea. Así, un personaje complejo ha sido convertido en el mito romántico que seguimos persiguiendo.

La Inglaterra del privilegio y la etiqueta

Para entender al Sr. Darcy, hay que situarlo en un mundo marcado por la ostentación de la aristocracia terrateniente y una jerarquía social férrea, donde la movilidad entre clases era mínima y el matrimonio funcionaba tanto como alianza económica como vía para preservar o mejorar el estatus familiar.

En este contexto, el “caballero” no era solo un título social, sino un papel que implicaba privilegios materiales y un código de conducta inflexible: cortesía en público, discreción en los asuntos íntimos y un profundo respeto –y defensa– de la estructura social.

Fitzwilliam Darcy encarna a la perfección ese modelo: un heredero acomodado, educado para administrar propiedades, mantener un apellido intachable y protegerse de cualquier vínculo que pudiera considerarse una “alianza desigual”. No es un rebelde romántico, sino un hombre que aprende, con dificultad, a dejar que la afectividad dialogue con el deber.

En Orgullo y Prejuicio, Darcy se presenta desde el inicio como alguien arrogante, distante y poco dado a la amabilidad superficial. No busca agradar ni cortejar; más bien parece evitar cualquier contacto que no considere necesario. Sin embargo, Austen no lo convierte en un villano, sino en un personaje en evolución. Su transformación no le lleva a ser un “príncipe azul” perfecto, sino un hombre que, tras enfrentarse a sus prejuicios y reconocer sus errores, cede parte de su orgullo en favor de la honestidad y el afecto.

La autora lo dibuja como un personaje reservado, incluso incómodo en situaciones sociales, con una torpeza emocional que puede sorprender a quienes solo lo conozcan a través de ciertas representaciones cinematográficas que lo hayan idealizado como un seductor. Sin embargo, adaptaciones como la mencionada de 2005 reflejan con fidelidad esa incomodidad y esa reserva, acercándose mucho más al Darcy literario.

En su contexto histórico, la decisión de proponer matrimonio a Elizabeth Bennet –una mujer de clase social inferior, sin gran fortuna ni conexiones ventajosas– implicaba desafiar abiertamente las expectativas de su posición. Ese gesto, más que las escenas de niebla o camisas mojadas, es lo que hace que el Darcy literario conserve su poder de fascinación doscientos años después.

El Darcy de Colin Firth en la miniserie de la BBC se bañaba en camisa y después, con esa falta de decoro, se topaba con Lizzie Bennet.

De la Regencia a los galanes de hoy

El Darcy cinematográfico ha calado hondo porque encaja con arquetipos románticos actuales: el hombre inaccesible que, gracias al amor, se transforma; aquel que combina seguridad económica con ternura emocional, misterio con entrega. Es un modelo que promete estabilidad y pasión al mismo tiempo, una combinación que sigue fascinando y generando deseo.

La popularidad de series y adaptaciones recientes, o reinterpretaciones modernas de Austen, demuestran cómo la estética de la Regencia –o de sus fantasías– sigue siendo un marco fértil para recrear ideales románticos. En estas versiones, el glamour, los vestidos, los bailes y las intrigas se mezclan con figuras masculinas poderosas pero vulnerables, reforzando la idea de un “amor que transforma” en escenarios históricos cuidadosamente estilizados.

Anthony Bridgerton (protagonista de la segunda temporada de Los Bridgerton) es el heredero perfecto de este molde: serio, controlador y devoto de sus responsabilidades familiares, pero finalmente dispuesto a dejarse arrastrar por la pasión. Lo mismo ocurre con Simon Basset, duque de Hastings en la primera temporada de la serie, cuya mezcla de orgullo, trauma personal y vulnerabilidad lo convirtió en el nuevo suspiro colectivo.

Retratos de dos hombres jóvenes vestidos de época en una serie de televisión.
Regé-Jean Page como Simon Basset (izq.) y Jonathan Bailey como Anthony Bridgerton (dcha.) son dos nuevas ‘versiones’ del siempre omnipresente señor Darcy.
Liam Daniel y Nick Briggs/Netflix

También encontramos ecos de Darcy en el Sr. Knightley de la adaptación de Emma de 2020, más paternal y menos orgulloso que el Darcy de Orgullo y Prejuicio, pero igualmente inscrito en la lógica del “hombre que cambia por amor”. Incluso en traslaciones de Austen más libres, como la última versión de Persuasión, se repite la tensión entre orgullo y afecto, distancia y atracción con el capitán Wentworth.

Sin embargo, la idealización tiene sus riesgos. En la vida real, alguien tan orgulloso y distante probablemente resultaría difícil de tratar, incluso frustrante. Parte del encanto de Darcy reside en la ficción: la fantasía de que la inteligencia, la perseverancia y el carácter pueden superar barreras sociales y emocionales, que el afecto puede suavizar los orgullos y derribar los prejuicios.

La romantización de la Regencia en pantalla no solo embellece la historia, sino que refuerza nuestra atracción por estos personajes como símbolos de deseo, poder y ternura, un ideal cuidadosamente construido que sigue inspirando fantasías románticas modernas.


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Austen, más vigente que nunca

Jane Austen nunca escribió sobre el amor como una fuerza irracional: en sus novelas, el afecto se equilibra con la razón, los valores y la compatibilidad. El Sr. Darcy seduce porque encarna una doble promesa: por un lado, el amor romántico que impulsa a ambos protagonistas a crecer y superar sus prejuicios; por otro, la fantasía de que incluso el más orgulloso puede ceder ante un buen argumento… y una buena dosis de ironía.

Tal vez no nos enamoraríamos de él en la vida real. Pero en la literatura y el cine, Darcy sigue siendo irresistible. Entre novelas, adaptaciones y reinterpretaciones modernas, su figura nos recuerda que los ideales románticos no mueren: se transforman, se amplifican y continúan fascinándonos, siglo tras siglo.

The Conversation

Lara López Millán no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Nos enamoraríamos del señor Darcy de ‘Orgullo y prejuicio’ en la vida real? – https://theconversation.com/nos-enamorariamos-del-senor-darcy-de-orgullo-y-prejuicio-en-la-vida-real-262907

Neurohambruna: cómo la escasez de comida reprograma a los hijos de la guerra

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nora Guasch Capella, Investigadora Predoctoral en Biología Psiquiátrica, Institut d’Investigacions Biomèdiques August Pi Sunyer – Hospital Clínic Barcelona / IDIBAPS

Niños comiendo sopa en un centro de acogida durante el Invierno del Hambre en Holanda (1944-1945) Menno Huizinga/Wikimedia Commons, CC BY

Todos sabemos que las guerras tienen consecuencias devastadoras: ciudades destruidas, economías colapsadas, familias separadas… pero hay un efecto menos visible que puede alcanzar incluso a quienes no vivieron el conflicto directamente: los trastornos mentales.

¿Pueden los efectos de una guerra viajar más allá del tiempo y marcar a quienes aún no han nacido? La ciencia dice que sí.

Durante los grandes conflictos del siglo XX, como la Segunda Guerra Mundial o la Revolución china, millones de personas vivieron en condiciones de pobreza extrema y escasez alimentaria. Esta situación provocó desnutrición severa en la población, pero también afectó a quienes la sufrieron indirectamente: los bebés en gestación.

Dos de los casos más documentados, el Invierno del Hambre en Holanda (1944-1945) y la Gran Hambruna China (1959-1961), muestran cómo la escasez de alimentos durante el embarazo afectó a los fetos en gestación. Décadas después, estudios revelaron que estos tenían mayor riesgo de desarrollar esquizofrenia, depresión o trastorno bipolar.

A pesar de las diferencias geográficas y temporales, los datos coinciden: el hambre prenatal no solo afecta el crecimiento físico, también deja huellas duraderas en la salud mental.

El cuerpo de la madre es como un ‘canal de noticias’

Para entender cómo el hambre prenatal puede dejar marcas tan profundas, imaginemos que el cuerpo de la madre es como un “canal de noticias” para el feto. Todo lo que ocurre afuera –lo que la madre come, cómo se siente, etc.– se traduce en mensajes químicos que informan al bebé sobre el entorno donde crecerá.

Si las señales indican tranquilidad y abundancia, el feto crece en un ambiente seguro. Pero si señalan hambre o estrés, el mensaje es claro: “El mundo afuera es hostil y los recursos son limitados”. En respuesta, el cuerpo del bebé se adapta ajustando su metabolismo o reduciendo el crecimiento de ciertos órganos, con el objetivo de sobrevivir y ahorrar energía.




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Así cambia el cerebro de las mujeres embarazadas


Tales adaptaciones pueden ser útiles a corto plazo si el niño nace en un ambiente de carencias. En cambio, si luego vive en un entorno con abundancia, ese cuerpo “programado para la escasez” puede desarrollar problemas como diabetes tipo II, obesidad o hipertensión.

Estas mismas señales también afectan al cerebro. Durante el embarazo, las conexiones neuronales se forman según el entorno. Si es hostil, el cerebro se adapta para sobrevivir, pero eso puede aumentar el riesgo de trastornos mentales en el futuro. Curiosamente, muchas personas con esquizofrenia también desarrollan diabetes tipo II. ¿Casualidad? Parece que no.

Problemas mentales y metabólicos, que suelen considerarse independientes, podrían tener un origen común: condiciones adversas al inicio de la vida.

De la desnutrición prenatal a la psicosis

Para desarrollar un trastorno mental como la esquizofrenia no basta con tener una predisposición genética, también hace falta un “detonante” ambiental. Y uno de los más potentes es el estrés extremo o la falta de nutrientes durante el embarazo.

Durante esta etapa crítica, el cerebro del feto se está formando a toda velocidad. Si faltan nutrientes esenciales como ácido fólico o ciertos aminoácidos, se ve comprometido el desarrollo de estructuras clave como el hipocampo (implicado en la memoria) o la corteza prefrontal (clave para tomar decisiones y percibir la realidad). Pero no se queda aquí: también se altera la química cerebral.

Uno de los sistemas más sensibles a estas alteraciones es el de la dopamina, un mensajero químico que regula funciones como la motivación, la atención o la percepción. En condiciones normales, la dopamina actúa como un “director de orquesta”, coordinando la actividad de distintas áreas del cerebro. Pero si este sistema se desajusta por experiencias adversas durante la gestación, puede acabar sobrerreaccionando. El resultado: un cerebro que interpreta mal la realidad y que puede producir síntomas como alucinaciones o delirios.

La huella epigenética

Más allá de la genética, lo que realmente cambia en estos casos no es el ADN en sí, sino cómo se usa. Y ahí es donde entra en juego la epigenética.

La epigenética no implica modificar la secuencia del ADN –eso sería una mutación–, sino ajustar el encendido o apagado de ciertos genes. Es como si el ADN fuera un manual de instrucciones, y el ambiente decidiera qué páginas hay que leer. El hambre, el estrés o la falta de nutrientes durante el embarazo funcionan como interruptores, activando o silenciando genes según qué percibe el cuerpo como prioritario.

Lo fascinante es que estas modificaciones epigenéticas no cambian el contenido del ADN, pero sí su funcionamiento. Una de las más estudiadas es la metilación del ADN, una especie de “post-it químico” que marca qué genes deben mantenerse apagados. Estas marcas pueden crearse en respuesta al entorno, pueden permanecer estables durante años y, afortunadamente, podemos medirlas. Al analizar muestras biológicas, los científicos pueden identificar estas señales moleculares y relacionarlas con riesgos futuros de salud.

Eventos que pasan factura

¿Qué pasa cuando una embarazada vive una situación de crisis? No hace falta imaginar una guerra: los efectos del estrés también se cuelan en contextos aparentemente seguros. En países desarrollados, muchas mujeres enfrentan dificultades para acceder a alimentos nutritivos o a una vivienda estable. Incluso fenómenos como un apagón prolongado –como el vivido en España el pasado 28 de abril, con más de 12 horas sin electricidad en algunas zonas– pueden generar ansiedad, inseguridad y afectar la salud de quienes están en etapas vulnerables, como el embarazo.

Este tipo de experiencias no solo dejan una huella momentánea. La ciencia ha demostrado que el estrés durante la gestación puede alterar el desarrollo del cerebro del bebé, aumentando el riesgo de problemas metabólicos y de salud mental a lo largo de su vida.

Por eso, entender cómo el entorno influye desde el inicio nos permite ampliar la mirada sobre la salud mental. No hablamos solo de decisiones individuales o genética, sino también de derechos, políticas públicas y justicia social. Proteger a las embarazadas garantiza cuerpos sanos, sí, pero también proteger mentes. Porque el impacto del hambre o el estrés no se queda en el presente: puede transmitirse, silencioso, a las generaciones futuras.

The Conversation

Este artículo fue finalista del Premio Luis Felipe Torrente de Divulgación sobre Medicina y Salud, organizado por la Fundación Lilly y The Conversation

ref. Neurohambruna: cómo la escasez de comida reprograma a los hijos de la guerra – https://theconversation.com/neurohambruna-como-la-escasez-de-comida-reprograma-a-los-hijos-de-la-guerra-263140

Podemos gestionar los incendios para que convivan con el paisaje mediterráneo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antonio Jordán López, Profesor de Ciencia del Suelo, Universidad de Sevilla

Incendio en El Bierzo, en agosto de 2025. Las quemas prescritas y controladas evitan el desarrollo de grandes incendios forestales. Nuria PhotoStock/Shutterstock

El fuego es un proceso natural que ha acompañado a los ecosistemas desde hace más de 400 millones de años, mucho antes de la aparición de los humanos. En regiones de clima mediterráneo –como el sur de Europa, California, Chile central, el suroeste de Australia y Sudáfrica– los incendios han sido un factor histórico clave en la configuración de la biodiversidad.

Muchas especies vegetales y animales presentan adaptaciones específicas para sobrevivir o regenerarse después del fuego, como el rebrote desde raíces o tallos, la liberación de semillas estimulada por el calor y la floración postincendio de especies oportunistas.

A pesar de la percepción social negativa de los incendios, estos no son fenómenos exclusivamente destructivos. Ver un paisaje ennegrecido es triste, pero no siempre necesariamente malo. En él puede estar desarrollándose una actividad biológica y geomorfológica intensa.

Desde siempre, los incendios han cumplido funciones ecológicas esenciales, como la regeneración de especies vegetales adaptadas al fuego y la creación de mosaicos paisajísticos que favorecen la biodiversidad de los ecosistemas.

Vegetación ardiendo en un incendio controlado, con llamas intensas de color naranja y rojo bajo un cielo nublado
Fuego durante una quema prescrita en el área de El Berrocal, cerca de Almadén de la Plata (Sevilla).
Antonio Jordán/Flickr, CC BY



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Características de los incendios en el Mediterráneo

En el Mediterráneo, el régimen de incendios, su frecuencia, intensidad, estacionalidad y extensión se determinan por la interacción de tres grandes factores.

En primer lugar, el clima. Los veranos secos y calurosos, característicos del clima mediterráneo, crean condiciones de alta inflamabilidad. Las olas de calor, la baja humedad y los vientos intensos son factores que favorecen la propagación rápida de los incendios. El cambio climático agrava esta situación, prolongando la temporada de riesgo, intensificando las sequías y aumentando la mortalidad vegetal.

Por otro lado, tenemos el combustible vegetal. La continuidad, cantidad y estructura de la vegetación son determinantes. El abandono del medio rural y la migración de la población a entornos urbanos desde mediados del siglo XX han reducido prácticas como la agricultura tradicional, el pastoreo y la gestión forestal, permitiendo la expansión de matorrales, bosques jóvenes (especialmente pinares) y plantaciones densas sin manejo. Estos paisajes continuos y homogéneos facilitan la propagación del fuego.

Aunque el inicio del fuego puede deberse a causas naturales (sequía, olas de calor o impacto de los rayos), durante las últimas décadas la mayoría de los incendios mediterráneos han tenido origen humano, ya sea por negligencias, accidentes o causas intencionadas. La presencia de infraestructuras y la actividad humana en zonas de interfaz urbano-forestal incrementan el riesgo.

Fuego durante una quema prescrita, consumiento la vegetación, con llamas intensas en tonos naranja y amarillo y humo denso elevándose hacia el cielo.
Fuego en el matorral durante una quema experimental en Portugal.
Victoria Arcenegui/Imaggeo, CC BY



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¿Qué condiciones favorecen los grandes incendios forestales?

Los grandes incendios forestales suelen ocurrir cuando coinciden condiciones meteorológicas extremas (ola de calor, sequía, viento), alta carga de combustible y fuentes de ignición. El “triángulo 30” (más de 30 ºC de temperatura, menos del 30 % de humedad atmosférica y vientos de al menos 30 km/h) está ampliamente aceptado como situación de riesgo de incendio forestal.

Vista aérea del incendio forestal en Minas de Riotinto, Huelva (2004), mostrando un paisaje montañoso con árboles calcinados, vegetación quemada y un camino de tierra atravesando la zona afectada.
Imagen del incendio forestal de Minas de Riotinto en 2004.
Antonio Jordán/Imaggeo, CC BY

Los grandes incendios forestales no se producen por un único factor, sino por la coincidencia de varios elementos:

  • La ignición: las causas del inicio del fuego pueden ser de origen humano (accidentales o intencionadas) o natural (rayos). La frecuencia de igniciones determina en gran medida la intensidad del régimen de fuegos.

  • La vegetación continua e inflamable: la densidad y continuidad de la vegetación facilita la propagación del fuego. En el Mediterráneo, matorrales, pinares jóvenes o plantaciones densas y mal gestionadas son especialmente propensos a arder (ENLACE).

  • Sequía y calor: los veranos largos y secos del Mediterráneo aumentan la inflamabilidad del combustible vegetal. Las olas de calor intensificadas por el cambio climático aumentan la probabilidad de grandes incendios.

  • El viento: el viento facilita la propagación rápida del fuego y puede transformar un incendio pequeño en uno enorme.

  • El abandono rural y los cambios de uso del suelo: el abandono de los cultivos, el pastoreo y la gestión forestal generan paisajes homogéneos y densos, donde el fuego se propaga con mayor facilidad. La vegetación que surge tras incendios recurrentes y prolongadas sequías tiende a ser menos densa y menos “forestal”, con cambios en la composición de especies, lo que podría transformar profundamente el paisaje mediterráneo. La acumulación de biomasa por la ausencia de incendios o la densificación de la vegetación aumenta el riesgo de incendios de gran intensidad.




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Medidas de gestión preventiva

Prevenir grandes incendios en el siglo XXI exige adaptar tanto el paisaje como las prácticas de manejo a las nuevas condiciones climáticas y sociales.

Entre las estrategias más relevantes destaca, en primer lugar, la necesidad de generar paisajes heterogéneos. Crear mosaicos de cultivos, pastos y masas forestales que interrumpan la continuidad del combustible contribuye a evitar los grandes incendios forestales.

Recuperar agricultura y el pastoreo extensivo, apoyar el consumo local con productos de cercanía para evitar el abandono rural y fomentar la presencia de herbívoros silvestres para reducir la cantidad de biomasa inflamable son medidas que evitan la acumulación de combustible.

Realizar un nuevo tipo de gestión forestal selectiva (implementando cortafuegos, quemas prescritas, aprovechamientos silvícolas y pastoreo controlado) es necesario para adaptarnos a las nuevas condiciones climáticas.

Y en segundo lugar, pero quizá lo más importante, debemos aprender a convivir con el fuego. Es necesario asumir que eliminar totalmente los incendios es imposible y contraproducente. Los pequeños incendios son inevitables y necesarios para mantener un régimen de fuego sostenible. Debemos comenzar a facilitar regímenes de incendios frecuentes pero de baja intensidad, en lugar de pocos incendios grandes y devastadores. Las quemas prescritas, aquellas controladas, de nuevo, son un gran aliado para este objetivo.

Bombero con equipo de protección gestionando una quema controlada entre vegetación en zona forestal de El Berrocal, cerca de Almadén de la Plata (Sevilla), con llamas activas y humo espeso bajo cielo nublado.
Bombero realizando una quema controlada en el área de El Berrocal, cerca de Almadén de la Plata (Sevilla)
Antonio Jordán/Flickr, CC BY

Al mismo tiempo, es necesario profesionalizar a bomberos y gestores forestales, dotándolos de formación en ecología del fuego y planificación preventiva.

Las políticas de “tolerancia cero” contra los incendios forestales generan acumulación de combustible y grandes incendios forestales. Por el contrario, permitir la existencia de pequeños fuegos de baja intensidad reduce el riesgo de sufrir grandes incendios forestales en el futuro. La decisión de apagar todos los incendios nos lleva a lo que los investigadores llaman “paradoja de la extinción” o “sesgo de supresión”. En un artículo reciente, los investigadores concluyeron que el resultado de políticas de tolerancia cero ante los incendios ofrecen resultados similares a la prescripción excesiva de antibióticos: si eliminamos todos los incendios, lo que hacemos es eliminar los incendios menos intensos o severos, mientras que favoreceremos los más extremos y difíciles de controlar ya que estaremos creando mayores cargas de combustible.




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Conservar bosques refugio y humedales

Los bosques maduros y los humedales constituyen zonas de refugio para la biodiversidad. Para mantenerlos en las condiciones apropiadas, es necesario proteger áreas húmedas y microhábitats que pueden actuar como refugios climáticos y de biodiversidad y, del mismo modo, restaurar humedales y vegetación costera, que favorecen el ciclo hidrológico y moderan el clima local.

Aumentar la cobertura vegetal en zonas urbanas ayudaría a mitigar los eventos de temperaturas extremas.

Bosque frondoso en el Parque Natural de Los Alcornocales, Cádiz, con vegetación verde intensa, terreno montañoso y cielo parcialmente nublado al fondo.
Masa forestal en el Parque Natural Los Alcornocales (Cádiz).
Antonio Jordán/Imaggeo, CC BY

Restaurar con especies más resistentes y resilentes

Durante décadas, se han llevado a cabo repoblaciones con especies no autóctonas pero que, como en el caso de los pinos, se hacía con la idea de “crear” rápidamente un horizonte de materia orgánica y obtener, en poco tiempo, una cierta masa forestal.

El uso de especies autóctonas a veces ofrece problemas en zonas quemadas. Es cierto que en una zona quemada donde había un encinar, por ejemplo, es difícil que crezcan encinas inmediatamente, ya que el suelo donde había un sistema maduro no es el mismo después de un incendio forestal, donde ha desaparecido gran parte de la materia orgánica, ha disminuido la fertilidad y ha aumentado el riesgo de erosión. Durante las últimas décadas, esto ha llevado con frecuencia a utilizar especies no autóctonas de crecimiento rápido (como pinos o eucaliptos) con el propósito de sustituir rápidamente un suelo dañado por un suelo fértil en poco tiempo. En ocasiones, incluso se promueven campañas de colaboración ciudadana en la siembra de árboles. Estas acciones llevan con demasiada frecuencia a problemas como la acumulación y continuidad de combustible o la degradación del suelo. Se ha comprobado que, en el contexto del nuevo clima, la reforestación mediante plantaciones extensas, densas, de edad uniforme y de una sola especie —como coníferas o eucaliptos— ya ha favorecido la aparición de grandes incendios forestales. Además, las zonas quemadas tienen más probabilidades de volver a incendiarse cuando la gestión posterior al fuego incluye una reforestación extensiva en lugar de permitir la regeneración natural.
Pero no podemos pretender tener un bosque nuevo en pocos años. Quizás haya llegado el momento de pensar que el matorral y la flora de las primeras etapas de la sucesión vegetal sean más adecuadas o, cuando sea posible, simplemente dejar que la regeneración natural actúe. El proceso es más lento, pero más estable y duradero. Así que, entre las medidas de restauración con estos nuevos enfoques, se propone:

  • Seleccionar, en reforestaciones y restauraciones, especies mejor adaptadas a sequías e incendios, priorizando criterios de resiliencia futura sobre modelos del pasado.

  • Fomentar la regeneración natural en bosques quemados, respetando los árboles muertos que sirven como refugio para muchas especies silvestres y ayudan en la protección del suelo.




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Mitigar el cambio climático

Disminuir el uso de combustibles fósiles y minimizar las emisiones de gases de efecto invernadero contribuye a mitigar los efectos del calentamiento global y la frecuencia de eventos extremos.

En el contexto climático actual, adaptar los paisajes y las políticas de gestión a un escenario de clima más árido y propenso a incendios resulta bastante más razonable que lo que venimos haciendo durante el primer cuarto del siglo XXI.

The Conversation

Antonio Jordán López no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Podemos gestionar los incendios para que convivan con el paisaje mediterráneo – https://theconversation.com/podemos-gestionar-los-incendios-para-que-convivan-con-el-paisaje-mediterraneo-262857