Pourquoi est-ce que nous nous envoyons des messages à nous-même ? Ou comment nous nous approprions les technologies

Source: The Conversation – France in French (2) – By Pierre Tchounikine, Professeur en informatique, Université Grenoble Alpes (UGA)

S’envoyer un message permet de mieux éclairer sa journée. Rui Silvestre/Unsplash, CC BY

Détourner la fonction première d’une technologie pour mieux se l’approprier révèle que nous la percevons comme un moyen de répondre à certains de nos besoins – que ces derniers soient ou non ceux que ses concepteurs ont anticipés.


Les travaux qui étudient comment et pourquoi nous utilisons les outils de communication numérique ont mis à jour un phénomène surprenant mais extrêmement fréquent : l’envoi de messages à soi-même. Cette pratique est apparue avec les e-mails, notamment dans un contexte professionnel. On la retrouve maintenant avec les outils de messagerie instantanée, au point que des plateformes comme WhatsApp ont introduit une fonctionnalité qui facilite l’envoi et la visualisation de ces messages.

La raison pour laquelle nous nous envoyons des messages à nous-même relève d’un mécanisme général : l’appropriation des technologies. Comprendre ce phénomène peut nous aider, tant individuellement que collectivement, à mieux contrôler notre vie numérique.

Comment nous nous approprions les technologies

L’appropriation est le processus par lequel nous transformons un moyen en un support de nos activités que nous mobilisons et utilisons sans vraiment y penser. Depuis notre enfance, nous nous sommes approprié de nombreux objets ou technologies : lorsque nous voulons enfoncer un clou, nous attrapons un marteau, et lorsque nous voulons connaître l’heure nous jetons un œil sur notre montre.

La généralisation des ordinateurs et des smartphones nous conduit maintenant à nous approprier différentes applications informatiques. Ainsi, lorsque nous cherchons une information, le premier réflexe de bon nombre d’entre nous est maintenant de lancer une recherche Google (avant, c’était d’ouvrir le dictionnaire). Partager un événement avec ses amis est souvent devenu synonyme d’attraper le smartphone, d’appuyer sur l’icône de Facebook ou de WhatsApp et d’envoyer un message ou une photo. Nous faisons cela sans vraiment y réfléchir, la technologie est en quelque sorte devenue transparente : notre attention est focalisée sur ce que nous cherchons ou ce que nous voulons dire, pas sur les moyens que nous utilisons.

Mais que veut dire « utiliser une technologie sans y penser » ? Quels sont les phénomènes qui nous permettent de réaliser des tâches complexes (trouver une information, parler à un ami, consulter son compte en banque…) de façon aussi fluide ?

Une partie de l’explication tient à notre capacité à automatiser certaines séquences d’actions. La première fois que nous utilisons une application (par exemple, un outil de messagerie) nous sommes obligés de réfléchir à ce que nous devons faire puis à la façon de le faire : indiquer à qui nous voulons envoyer un message et donc trouver comment taper un numéro de téléphone ou accéder à la liste de nos contacts ; identifier la zone de l’écran où il faut taper le message ; etc. Si nous utilisons régulièrement cette application, nous allons cependant internaliser cette combinaison d’actions récurrentes et être capables de l’effectuer machinalement, comme c’est le cas lorsque nous changeons les vitesses de notre voiture.

Associer un besoin à une technologie

Le phénomène clé de l’appropriation est cependant que nous avons associé un besoin (connaître la réponse à une question, contacter un ami) à une technologie (un moteur de recherche, un réseau social ou un outil de messagerie). C’est cette association qui nous fait lancer telle ou telle application sans y penser puis, de façon plus ou moins automatisée, l’utiliser.

Le développement des constructions psychologiques que sont ces associations besoin/moyen et ces séquences d’actions automatisées vient du fait que l’activité humaine est à la fois productive (nous réalisons des tâches, dans notre vie personnelle et professionnelle) et constructive (nous développons des moyens – matériels, organisationnels, psychologiques – de réaliser ces tâches). Lorsque nous découvrons une nouvelle façon de réaliser une tâche et qu’elle nous semble efficace, nous lui donnons de l’importance et elle tend à remplacer ou modifier notre ancienne façon de faire. C’est ce qui nous permet de nous développer, tant individuellement que collectivement.

Si nous nous approprions généralement les objets et les technologies d’une façon cohérente avec ce qui était prévu par leurs concepteurs, ce n’est pas toujours le cas. Lorsque nous devons enfoncer un clou et n’avons pas de marteau, nous allons généralement fouiller la caisse à outils pour trouver une alternative et, par exemple, attraper une clé anglaise. C’est une appropriation ponctuelle, et nous utiliserons le marteau dès que nous l’aurons retrouvé. Mais une appropriation ponctuelle peut se révéler productive et devenir récurrente. C’est le cas de ce pot de confiture posé sur notre bureau pour rassembler nos stylos, de ce crayon devenu une façon habituelle de tenir un chignon ou de cette caméra de smartphone devenu miroir de poche.

Détournement de technologies

La façon dont fonctionne l’appropriation des technologies met en évidence que pour comprendre les usages réels d’une technologie il faut se focaliser sur les gens et leurs besoins. Une technologie est une proposition technique. Ce qui définit l’usage, c’est la façon dont nous percevons cette technologie comme un moyen de répondre à certains de nos besoins, que ces derniers soient ceux anticipés par les concepteurs de cette technologie ou pas. Ainsi, le succès des plateformes dites « réseaux sociaux » ne s’explique pas par le fait qu’elles permettent d’échanger des textes, des images et des vidéos. Leur succès tient à ce que, pour beaucoup d’entre nous, elles sont des moyens conscients ou inconscients de répondre à des besoins cruciaux comme le fait d’être en contact avec les autres (un besoin fondamental des humains), de partager sa vision du monde (une façon de se rassurer) ou encore, malheureusement, d’assouvir son narcissisme ou sa violence.

Alors, pourquoi est-ce que nous nous envoyons des messages à nous-même ? La raison la plus fréquente est liée à un besoin basique, mais important, de nos vies professionnelles et personnelles : nous souvenir de ce que nous devons faire. Ce besoin a toujours existé, et nous l’avions auparavant associé à différents moyens conçus pour y répondre (agendas papiers, post-it) ou qui se sont révélés efficaces (pour les plus anciens, faire un nœud à son mouchoir).

La généralisation des smartphones a conduit de nombreuses personnes à adopter un nouveau moyen explicitement conçu pour répondre à ce besoin : les agendas électroniques. Comme beaucoup de nos activités professionnelles ou privées passent par le mail ou les messageries instantanées et que nous avons toujours un œil sur notre boîte de réception, garder ces mails et ces messages est cependant un bon moyen de ne pas oublier les tâches qui y sont associées. Si ce comportement s’avère fructueux, il tend à s’autorenforcer et la boîte de réception devient, petit à petit, une « to-do list » (en d’autres termes : nous nous approprions la boîte de réception comme un pense-bête). Lorsque nous voulons nous souvenir de quelque chose qui n’est pas lié à un message, il est alors assez logique et, en fait, nécessaire de créer un message ad hoc et de nous l’envoyer à nous-même.

N.B. technique : Plutôt que de s’envoyer le mail via un serveur distant, il suffit de le copier du dossier brouillon au dossier boîte de réception : cela économisera un peu de CO₂.

The Conversation

Pierre Tchounikine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi est-ce que nous nous envoyons des messages à nous-même ? Ou comment nous nous approprions les technologies – https://theconversation.com/pourquoi-est-ce-que-nous-nous-envoyons-des-messages-a-nous-meme-ou-comment-nous-nous-approprions-les-technologies-272404

Pourquoi nous préférons parfois nous taire sur les sujets politiques

Source: The Conversation – France in French (3) – By Lee-Ann d’Alexandry, doctorante, Aix-Marseille Université (AMU)

La démocratie se nourrit du débat et de l’expression des désaccords. Mais quand la crainte du conflit domine, les majorités silencieuses s’effacent et les minorités bruyantes s’imposent. Kues/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • Par crainte du jugement, pour éviter le conflit ou par simple appréhension, nous nous autocensurons fréquemment sur les sujets politiques.

  • Lorsque la peur du débat domine, les majorités silencieuses disparaissent et les minorités bruyantes prennent toute la place.

  • Lorsque les conditions sont réunies (information, modération, représentativité, sécurité), l’autocensure diminue et une plus grande diversité s’exprime.


Pause-café au bureau. Les élections approchent. Un collègue affirme que le Rassemblement national « change la donne ». Un autre évoque le potentiel retour de François Hollande. Vous avez un avis. Peut-être même un désaccord. Vous pesez vos mots. Vous évaluez les regards. Vous imaginez les conséquences. Et finalement, vous ne dites rien.

Cette scène banale révèle un mécanisme profondément humain : dès qu’il est question de politique, nous préférons souvent nous taire. Pourquoi ? Dans les régimes autoritaires, où la censure est explicite, ce silence s’explique aisément. Mais même au sein des démocraties libérales, prendre la parole peut être intimidant.

Aux États-Unis, la sénatrice Lisa Murkowski (membre du Parti républicain, ndlr) l’a reconnu lors d’un sommet à Anchorage en avril 2025 :

« Nous avons tous peur… Moi-même, je suis souvent très anxieuse à l’idée de prendre la parole, car les représailles sont réelles, et ce n’est pas bien. »

Lorsqu’une élue exprime publiquement une telle crainte, cela interroge le climat politique. Si cette déclaration surprend dans ce que l’on considère comme la plus grande démocratie du monde, elle rappelle surtout une réalité : la peur de s’exprimer n’a pas besoin de censure institutionnelle pour s’installer.

Par crainte du jugement, pour éviter le conflit ou par simple appréhension, nous nous autocensurons. La psychologie sociale montre que ce silence n’est pas anodin : il constitue un mécanisme de protection sociale, profondément enraciné dans nos interactions quotidiennes.

Liberté d’expression et autocensure : deux phénomènes distincts

Il importe de distinguer deux niveaux souvent confondus.

La liberté d’expression est un principe juridique : le droit, garanti par la loi, d’exprimer ses opinions sans intervention arbitraire de l’État. Dans la plupart des démocraties, ce cadre demeure formellement protecteur. Pourtant, les indicateurs internationaux signalent un recul mesurable : l’Unesco relève une baisse d’environ 10 % des indicateurs mondiaux liés à la liberté d’expression depuis 2012, accompagnée d’une progression de l’autocensure chez les journalistes.

Ces dynamiques institutionnelles ne doivent toutefois pas masquer un phénomène distinct : l’autocensure volontaire dans des régimes où la liberté reste juridiquement protégée.

Aux États-Unis, 77 % des personnes interrogées déclarent se retenir régulièrement d’aborder la politique dans certaines situations. Il ne s’agit pas d’une interdiction formelle, mais d’une inhibition sociale. En France, 78 % des citoyens déclarent ne pas avoir confiance en la politique, signe d’un climat peu propice à la prise de parole. Lorsque le bénéfice perçu de l’expression s’effondre, le silence devient rationnel.

L’autocensure face à la peur du jugement et de l’isolement

Comment expliquer ce paradoxe : une liberté formelle intacte, mais une parole retenue ?

La théorie de la « spirale du silence », formulée par Elisabeth Noelle-Neumann en 1974, propose un premier cadre. Lorsque nous percevons notre opinion comme minoritaire ou socialement risquée, la peur de l’isolement nous incite à la taire. Ce silence agit comme un effet boule de neige : le mutisme de chacun alourdit la masse, donnant l’impression que cette idée est encore plus rare qu’elle ne l’est réellement.

Une méta-analyse récente montre que la perception du climat d’opinion influence effectivement l’expression politique. L’effet est particulièrement fort dans les discussions avec des proches sur des sujets moralement sensibles. Autrement dit, la pause-café ou le dîner entre amis constituent des contextes où la spirale opère avec le plus d’intensité.

Contrairement à une idée répandue, cet effet n’est pas plus faible en ligne qu’hors ligne : la dynamique du silence fonctionne aussi sur les réseaux sociaux.

Les travaux de Pew Research Center autour des révélations d’Edward Snowden l’ont montré : 86 % des Américains se disaient prêts à discuter du sujet en face à face, mais seulement 42 % des utilisateurs de Facebook ou de Twitter étaient disposés à en parler en ligne. Plus frappant encore : les individus percevant un désaccord dans leur réseau numérique étaient également moins enclins à en parler hors ligne. Le silence observé en ligne peut ainsi contaminer les conversations physiques.

À ces mécanismes s’ajoutent les cascades informationnelles décrites par les trois économistes et chercheurs en finance Bikhchandani, Hirshleifer et Welch : face à l’incertitude, nous avons tendance à imiter les choix déjà visibles, en supposant que les premiers à s’exprimer disposent de meilleures informations. Peu à peu, une opinion paraît dominante simplement parce qu’elle a été exprimée en premier ou plus fortement.

Quand le consensus se fissure : l’action corrective

Le silence n’est toutefois pas un destin inéluctable.

Des travaux récents, montrent qu’un consensus perçu comme biaisé ou injuste peut au contraire susciter une prise de parole corrective. Ce n’est pas la simple perception d’une majorité qui compte, mais le jugement porté sur sa légitimité. Si un individu estime que l’opinion dominante est erronée ou moralement problématique, et s’il se sent suffisamment légitime pour intervenir, il peut choisir de s’exprimer malgré le risque social.

La spirale du silence et l’action corrective ne s’opposent pas : elles coexistent. L’une domine lorsque le coût social perçu excède le bénéfice attendu. L’autre s’active lorsque l’enjeu moral ou identitaire rend le silence plus coûteux que la prise de parole.

Cette logique s’observe aujourd’hui dans des phénomènes tels que la cancel culture _ (boycott ou sanction publique pour des propos jugés inacceptables), ou le _call out (qui consiste à dénoncer publiquement ces propos). Selon le Pew Research Center, ces pratiques divisent profondément : pour certains, elles renforcent la responsabilité, pour d’autres, elles relèvent d’une forme de censure sociale. Dans ce contexte, la prudence devient rationnelle.

Aux Jeux olympiques d’hiver 2026, la patineuse Amber Glenn a ainsi réduit sa présence en ligne après des menaces liées à ses prises de position en faveur de la communauté LGBTQIA+. En Australie, l’annulation de l’Adelaide Writers’ Week a conduit plusieurs auteurs à organiser un événement alternatif pour défendre la pluralité des voix. Pour rappel : l’événement a été annulé à la suite d’un boycott massif (logique de cancel culture) provoqué par la déprogrammation d’une autrice palestino-australienne. Cette déprogrammation avait elle-même suscité de vives dénonciations publiques (logique de call out).

Le danger des majorités silencieuses

La démocratie se nourrit du débat et de l’expression des désaccords. Mais que se passe-t-il si tout le monde se tait ? Le miroir de l’opinion publique se fissure : les majorités silencieuses disparaissent tandis que les minorités bruyantes prennent toute la place. Le résultat est un débat public faussé, qui ne reflète plus la diversité réelle des points de vue.

Toutes les pressions sociales ne sont pas illégitimes : certaines critiques doivent pouvoir exister, surtout lorsqu’elles visent à prévenir discriminations ou agressions. Le vrai défi est de trouver l’équilibre : comment protéger la liberté d’expression tout en garantissant responsabilité et respect ?

Les recherches sur la délibération publique offrent des pistes concrètes. Les Deliberative Polls, développés par le professeur en sciences politiques James Fishkin, montrent qu’en conditions structurées – information équilibrée, modération, représentativité – les participants expriment des positions plus nuancées et moins conformistes. Lorsque le cadre sécurise l’expression et rend visible la diversité réelle des points de vue, l’autocensure diminue.

Mais au-delà de l’architecture institutionnelle, une autre voie consiste à renforcer les compétences individuelles. Plutôt que d’aménager l’environnement informationnel pour orienter subtilement les comportements, il s’agit de développer la capacité des citoyens à résister eux-mêmes à la pression conformiste : esprit critique, tolérance à la dissonance, capacité à distinguer désaccord et rejet social.

Autrement dit, la question n’est pas seulement de créer plus d’espaces de parole, mais de renforcer la souveraineté cognitive de ceux qui les habitent.


Lee-Ann d’Alexandry est l’autrice du Manuel pour ne plus être manipulé par les politiques, (De Boeck supérieur, 2026).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Pourquoi nous préférons parfois nous taire sur les sujets politiques – https://theconversation.com/pourquoi-nous-preferons-parfois-nous-taire-sur-les-sujets-politiques-275750

Une rentrée sans toit : comment la crise du logement étudiant fragilise l’entrée dans l’âge adulte

Source: The Conversation – France in French (3) – By Guillaume Negri, Doctorant en sociologie, spécialisé en migrations et en jeunesse, Université Rennes 2


L’ESSENTIEL

  • La recherche d’un logement étudiant est un parcours du combattant.

  • Cette instabilité résidentielle a des répercussions bien au-delà de la rentrée universitaire sur les conditions d’études et de vie des jeunes.

  • Une recherche, menée en France et en Irlande, interroge les risques d’une citoyenneté différée.


À chaque rentrée universitaire, les mêmes scènes. Les files d’attente s’allongent devant les Crous, toutes les chambres universitaires ont été allouées, et les studios se visitent par grappes de candidats. La France compte aujourd’hui une chambre du Crous pour dix-sept étudiants, contre une pour quatorze en 2000, et l’offre publique ne couvre que 7 % des besoins selon le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse et le Conseil national de l’habitat.

De l’autre côté de la mer Celtique, l’Irlande fait pire encore. Fin 2025, il manquait près de 39 000 lits étudiants dans les quatre principales villes universitaires du pays. À Cork (dans le sud-ouest de l’Ilande, ndlr), où je mène une partie de mes recherches doctorales, la presse rapporte le cas d’un étudiant contraint à trois heures de trajet quotidien depuis Limerick (centre-ouest de l’Irlande, ndlr), faute de chambre abordable.

Le débat public raisonne en stocks et en flux. On y discute du nombre de places à construire et du niveau des loyers, et ces discussions enferment le problème dans l’horizon court de l’année universitaire, celui des affectations à boucler avant les premiers cours.

La sociologie des parcours de vie oblige à poser une question d’une autre portée temporelle, que ma thèse instruit en comparant la France et l’Irlande. Quelles sont les répercussions de cette instabilité résidentielle, éprouvée au seuil de la vie adulte, sur la suite d’une existence ?

Je fais l’hypothèse que le logement commande les autres étapes du passage à l’âge adulte, et que sa privation enclenche des retards en chaîne, dans la formation puis dans l’emploi. Ces retards frappent d’autant plus durement que la famille ne peut pas servir de filet.

Une précision de méthode s’impose ici : mon matériau, qualitatif, ne mesure pas ces effets de long terme ; il montre comment ils se forment, entretien après entretien, et pourquoi ils s’installent. C’est déjà beaucoup pour comprendre ce qu’une rentrée sans toit engage réellement.

Le logement, verrou du passage à l’âge adulte

Les sociologues de la jeunesse l’ont établi de longue date. On ne devient plus adulte en franchissant des seuils dans l’ordre attendu, le diplôme puis l’emploi, le départ de chez les parents puis la vie à deux. On y parvient au terme d’un processus long, fait d’allers-retours et de bifurcations.

Dans ce processus, le logement fait office de verrou. Impossible, sans adresse stable, de constituer le moindre dossier, qu’il s’agisse d’une inscription en formation, d’une bourse, d’un compte bancaire ou d’une couverture santé. Obtenir un stage ou un emploi relève alors de l’acrobatie. Même dormir et manger correctement cessent d’aller de soi.

Pour observer cette dépendance, mon enquête doctorale s’est tournée vers un public qui l’éprouve sous sa forme la plus brute, celui des jeunes exilés arrivés adolescents ou jeunes majeurs en France et en Irlande. Je les ai suivis à Rennes (Ille-et-Vilaine) et à Cork au fil de 43 entretiens biographiques ; beaucoup sont scolarisés ou en formation, et tous entrent dans la vie adulte privés du filet familial dont disposent la plupart de leurs camarades.

On pourra juger leur cas trop singulier pour éclairer la condition étudiante ordinaire. Je crois l’inverse. Ce verre grossissant fait apparaître des mécanismes qui concernent, à des degrés divers, toute la jeunesse étudiante.

Des semaines passées à chercher une chambre

Les trajectoires résidentielles que j’ai reconstituées sont rarement linéaires. On y passe d’un canapé prêté à un foyer, d’une colocation à un retour chez un proche ; certains connaissent la rue. Des chercheurs européens ont baptisé ces allers-retours trajectoires « yo-yo » dès le début des années 2000, et ils ne sont pas propres aux jeunes exilés.

À l’automne 2025, Amlé, le syndicat national des étudiants irlandais, décrivait devant les parlementaires des étudiants dormant sur des canapés ou enchaînant les semaines d’auberge de jeunesse en début de trimestre ; il faisait du logement « le premier obstacle » à l’accès aux études supérieures et à leur achèvement. À l’University College Cork, le syndicat local alertait, dès 2024, sur la situation des étudiants qui sautent des repas et renoncent au chauffage afin de payer leur loyer.

Chaque déménagement subi a un coût. Des heures à éplucher les annonces et à monter des dossiers, des trajets qui s’allongent, des nuits écourtées, des amitiés qui s’étiolent. Tout ce temps et toute cette énergie sont pris sur les études.

Dès le mois de juin, la ruée sur les logements étudiants (Franceinfo, 2024).

En France, l’enquête « Conditions de vie » de l’Observatoire national de la vie étudiante documente, édition après édition, le poids du logement dans les budgets et sur les conditions de travail des étudiants. Les conséquences suivent, presque mécaniques : des cours manqués, des examens ratés, des réorientations subies, parfois un abandon.

Le phénomène est désormais visible en Irlande, où des jeunes diffèrent leur entrée à l’université ou interrompent leur cursus faute de toit.

Des retards qui s’additionnent

Pour rendre compte de ces parcours, je mobilise la notion de « vulnérabilisation », qui désigne non pas un état de fragilité constaté à un instant donné, mais un processus par lequel les difficultés engendrent les unes les autres.

Un logement perdu retarde une formation ; une formation interrompue ferme l’accès à un emploi stable ; sans emploi stable, pas de bail ; sans bail, retour à l’hébergement précaire. La boucle, une fois refermée, peut tourner des années sans que rien vienne l’interrompre de l’extérieur.

Le système français aggrave ce mécanisme pour ceux qui n’ont pas de famille-ressource. Notre modèle social repose largement sur l’hypothèse que la famille héberge, cautionne et dépanne, au point que la science politique qualifie de « familialisées » les politiques de jeunesse françaises.




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Les jeunes privés de ce filet paient le prix fort, qu’il s’agisse des jeunes exilés, des sortants de l’aide sociale à l’enfance – pour qui le passage à la majorité constitue un point de bascule vers la pauvreté – ou des étudiants en rupture familiale. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dénonçait encore en 2025 les « sorties sèches » des dispositifs de protection de l’enfance, sans solution de logement, qui conduisent des jeunes majeurs à la rue.

Le risque d’une citoyenneté différée ?

Certains des jeunes que j’ai rencontrés se trouvent, à 23 ou 25 ans, dans une situation que je propose d’appeler la « citoyenneté différée ». Formellement titulaires de droits, ils en repoussent sans cesse l’exercice effectif – étudier, travailler, habiter, participer à la vie de la cité – faute d’un ancrage résidentiel qui les rende praticables.

L’Irlande donne à voir, en grandeur nature, où mène le laisser-faire. Le logement étudiant y a été largement abandonné au marché, si bien que des établissements entiers, comme la Munster Technological University et ses 18 000 étudiants, ne disposent d’aucun parc résidentiel propre.

La France n’en est sans doute pas là ; son réseau d’œuvres universitaires, même sous-dimensionné, demeure un acquis. Encore faudrait-il cesser de traiter le logement des étudiants en simple intendance de rentrée. Une année perdue à chercher un toit ne se rattrape pas en juin ni aux sessions de rattrapage ; on la retrouve longtemps après dans les files des missions locales et des services sociaux, où l’on répare à grands frais, et pas toujours avec succès, ce qu’une chambre à loyer modéré aurait pu prévenir.

The Conversation

Guillaume Negri a reçu des financements de l’Université Rennes 2 et de la Région Bretagne pour la réalisation de son doctorat.

– ref. Une rentrée sans toit : comment la crise du logement étudiant fragilise l’entrée dans l’âge adulte – https://theconversation.com/une-rentree-sans-toit-comment-la-crise-du-logement-etudiant-fragilise-lentree-dans-lage-adulte-289101

Cancers pédiatriques : comment les parents vivent-ils et s’adaptent-ils à l’épreuve du cancer de leur enfant ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Anne-Laure Delaunay, Maître de conférence en transformation digitale et technologies émergentes, Institut Mines-Télécom Business School


L’ESSENTIEL

  • Lorsqu’un diagnostic de cancer touche un enfant, le quotidien et l’équilibre de la famille se recomposent.

  • Les parents passent alors par trois grandes phases : rupture, routines et retour (après l’hospitalisation).

  • Contrairement à ce que peut percevoir l’entourage, la fin des traitements intensifs n’est pas synonyme de reprise de la vie « d’avant ».


Lorsqu’un enfant est atteint d’un cancer, toute la famille entre, à des degrés différents, dans la maladie.

Valérie Donzelli l’a filmé dans la Guerre est déclarée (2011) : du jour au lendemain, parents et enfant voient leur quotidien basculer autour des soins, des décisions et de l’incertitude. Dans la série Tout va bien (2023), de Camille de Castelnau, prolonge le témoignage. Ces récits mettent en lumière une spécificité du cancer pédiatrique : les parents sont immédiatement engagés dans le parcours de soins.

Ils sont les représentants légaux de l’enfant, prennent part aux décisions et organisent sa prise en charge. Ils doivent aussi l’aider à comprendre ce qui lui arrive, le rassurer et l’accompagner pendant les traitements, dans un contexte où le lien affectif rend cette implication particulièrement intense.

Cette place singulière transforme le quotidien des parents, leur vie professionnelle, leurs relations conjugales et familiales, mais aussi leur manière d’envisager l’avenir. Et ces effets évoluent au fil de la maladie.

C’est cette trajectoire parentale, du diagnostic aux traitements puis aux retours qui suivent l’hospitalisation, que nous avons cherché à comprendre pendant près de trois ans, en partenariat avec l’association Imagine For Margo. Voici ce que nous avons appris.

Une étude sur trois ans

Nos travaux ont débuté par la diffusion d’un questionnaire en ligne auprès de parents aidants. Nous avons ensuite mené 37 entretiens d’environ une heure avec des parents volontaires. Le panel comprenait 31 mères et 6 pères.

Cette surreprésentation maternelle est également observée dans la recherche en oncologie pédiatrique, dans un contexte où les mères tendent sociologiquement à plus souvent assumer les soins et les pères le soutien financier.

Les profils des répondants sont variés : en couple ou en famille monoparentale, habitant en ville ou à la campagne, en région parisienne ou en province, avec un ou plusieurs enfants.

Nos résultats font apparaître trois grandes phases dans la trajectoire des familles : la rupture provoquée par le diagnostic, l’installation de routines pendant les traitements à l’hôpital, puis le retour à domicile et la reconstruction qui l’accompagne. Rupture, routines, retours : ces « trois R » dessinent les grandes lignes de la trajectoire d’aidance.

La rupture

Vécu comme un « choc physique et émotionnel » (les verbatims entre guillemets sont issus du matériau empirique collecté pendant notre recherche auprès de parents aidants d’enfants atteints de cancer, NdA), le diagnostic place les parents dans une phase de sidération.

Ils sont rapidement pris dans un tourbillon médical et logistique, auquel s’ajoute la charge émotionnelle de l’annonce. À ce stade, leur première difficulté est de comprendre ce qui leur arrive.

Médulloblastome, leucémie aiguë myéloblastique, néphroblastome : le nom de la maladie s’ajoutent à ceux des traitements, des interventions et des dispositifs médicaux. Mais, lorsqu’il s’agit d’un enfant, comprendre le jargon médical ne suffit pas.

Le parent doit aussi trouver les mots pour expliquer ce qui se passe, répondre aux questions, préparer l’enfant à une opération, à une chimiothérapie ou à la perte de ses cheveux. Il cherche aussi à rendre l’épreuve plus supportable, par des cadeaux, des attentions, des rituels ou simplement une présence constante. Il doit enfin répondre aux questions des proches et les tenir au courant.

Durant cette période, beaucoup de parents mettent leurs propres besoins entre parenthèses pour se concentrer sur ceux de leur enfant. Ici commence véritablement l’entrée dans l’aidance.

Les routines

Passée cette phase de crise, l’enfant débute les traitements et la vie familiale s’organise progressivement autour de leur rythme. Chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, immunothérapie ou protonthérapie (une forme de radiothérapie très précise) peuvent se succéder pendant plusieurs mois ou années selon les protocoles. Le parcours reste éprouvant et imprévisible, mais parents et enfants finissent par développer leurs propres repères.

Ces « routines » ne doivent pas s’entendre comme un retour à un quotidien stable. Elles désignent plutôt une manière d’apprendre à vivre sous contraintes. En effet, l’hôpital reste un lieu de travail avec ses hiérarchies et ses règles. Ni membres de l’équipe soignante ni simples visiteurs, les parents doivent y trouver leur place.

Ils endossent aussi de nouveaux rôles, qui s’ajoutent à leur rôle parental :

« Je deviens à la fois le taxi de mon enfant, je deviens son infirmière parce que je dois lui donner des médicaments, je deviens sa maîtresse parce que je l’accompagne sur la scolarité… »

Ils préparent un sac pour les hospitalisations d’urgence, afin d’anticiper les périodes d’aplasie (effet secondaire de certaines chimiothérapies se traduisant par une forte diminution des globules blancs et une baisse des autres composants du sang, globules rouges et plaquettes, ndlr). Ils connaissent les routines hospitalières : l’heure du bain de l’enfant, celle de la tournée des médecins ou des « embouteillages » à la douche commune des parents, les endroits où acheter de quoi manger…

Ils retrouvent aussi les mêmes visages dans les couloirs : des soignants et parfois d’autres parents avec lesquels des liens peuvent se nouer. L’accompagnement de l’enfant malade reste souvent entre leurs mains. L’entourage prend le relais pour faire tenir le reste du foyer : repas, ménage, linge, trajets.

La fratrie occupe une place particulière dans cette organisation. Profondément affectée par la maladie, elle reste pourtant largement oubliée dans la prise en charge et dépend souvent de ces soutiens informels des proches pour préserver un quotidien aussi stable que possible.

Le retour au domicile (et le retour de bâton ?)

Lorsque les séjours à l’hôpital s’espacent, voire disparaissent, une nouvelle phase commence. Le retour au domicile s’accompagne du retour à l’école pour l’enfant et, souvent, du retour au travail pour le parent qui avait réduit ou mis entre parenthèses son activité professionnelle.

Cependant, quelle que soit la situation médicale (rémission complète ou incomplète, tumeur en dormance, traitement d’entretien) de leur enfant, tous les parents décrivent une reconstruction difficile à négocier :

« Donc il faut reprendre une vie normale, mais reprendre une vie normale quand on a vécu tout ça… on ne reprend pas notre vie d’avant, en fait. »

Ce retour au domicile éloigne aussi les parents du cadre hospitalier, de ses routines et de ses repères. La proximité avec les soignants diminue, tandis qu’autour d’eux la vie reprend son cours et que les coups de main des proches se raréfient.

Or, la fin des traitements intensifs ne signifie pas la fin de la maladie : traitements à domicile, rendez-vous de contrôle, suivi des séquelles, retour à l’école, démarches administratives… Une partie de ce qui était organisé par l’hôpital revient ainsi vers la famille, alors même qu’elle doit retrouver une place dans une vie ordinaire.

Les parents apprennent aussi à vivre avec les risques de rechute et les effets à long terme des traitements. Comme l’un d’eux le résume :

« C’est vraiment l’épée de Damoclès l’exemple le plus parlant. Même par rapport à nos familles les plus proches, c’est l’épée de Damoclès. Ils ne se rendent pas compte qu’en fait le cancer est entré dans votre famille et il n’en sort jamais vraiment, même [après] cinq, dix, quinze ans. »

De l’extérieur, cette phase peut être perçue comme une sortie de crise. Cependant, pour certains parents, elle correspond à un contrecoup après des mois de mobilisation intense ; pour d’autres, à une forme de chronicité où la maladie reste présente, mais devient moins visible.

Les fragilités physiques et psychiques accumulées pendant les séjours à l’hôpital peuvent alors devenir plus difficiles à contenir.

Adapter les dispositifs de soutien

Rupture, routines, retours : ces « trois R » dessinent donc les grandes lignes de la trajectoire d’aidance pour les parents qui doivent faire face à l’épreuve que représente le cancer de leur enfant.

En partant de nos résultats, nous avons construit, avec une vingtaine de parents, une feuille de route adaptée à ces différentes phases de l’aidance : accéder à la bonne information au bon moment, accompagner la reconstruction du projet de vie après le cancer et explorer les usages émergents de l’intelligence artificielle (IA) conversationnelle.

Cette feuille de route accorde une attention particulière au temps du retour, lorsque l’hôpital s’éloigne, mais que les effets de la maladie persistent. À ce titre, nous souhaitons proposer à l’avenir un bilan aux parents ainsi qu’un partage de témoignages d’autres personnes ayant vécu la même expérience (on parle de « pair-aidance »), notamment sur l’après-maladie, le retour au travail ou la reprise du quotidien.

The Conversation

Anne-Laure Delaunay est coordinatrice du projet intitulé “rôles des technologies dans le soutien des parents aidants d’enfants atteints de cancer”, financé par l’Institut National du Cancer et réalisé en partenariat avec l’association Imagine For Margo

Amélie Clauzel et Jamila Lahmar-Eythrib ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Cancers pédiatriques : comment les parents vivent-ils et s’adaptent-ils à l’épreuve du cancer de leur enfant ? – https://theconversation.com/cancers-pediatriques-comment-les-parents-vivent-ils-et-sadaptent-ils-a-lepreuve-du-cancer-de-leur-enfant-290679

‘Por favor, silencio’: cómo las interrupciones en clase dificultan el aprendizaje y queman a los docentes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Joan Tahull Fort, Profesor e investigador en sociología, especializado en dinámicas sociales y educativas contemporáneas, Universitat de Lleida

Un profesor entra en el aula con la clase preparada. Ha organizado los contenidos, ha pensado en una actividad y sabe lo que quiere que los alumnos hayan entendido al final de la sesión. Pero antes de empezar, tiene que esperar a que terminen algunas conversaciones.

Cuando por fin consigue captar la atención del grupo, llega un alumno tarde. Vuelve a retomar la explicación. Alguien está mirando el móvil, dos compañeros siguen hablando, alguien arrastra una silla y otro alumno pregunta qué se supone que debe hacer, a pesar de que el profesor acaba de explicarlo.

No ha pasado nada grave ni extraordinario. Es una escena habitual en muchas aulas. Sin embargo, la clase ya ha tenido que empezar más de una vez.

Cuando hablamos del bienestar de los profesores, solemos señalar la burocracia, la carga de trabajo, la falta de recursos o las dificultades para conciliar la vida laboral y personal. Son factores importantes, pero hay otro, menos visible: el desgaste que supone tener que recuperar continuamente la atención del grupo y el ambiente necesario en el aula para poder seguir impartiendo la clase.




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Un ritmo continuamente interrumpido

El ruido en las aulas no es solo una cuestión de decibelios. Un espacio puede ser a la vez ruidoso y educativo: los alumnos debaten, cooperan, hacen preguntas o se mueven para realizar una actividad. El problema surge cuando estas conversaciones y movimientos dejan de formar parte de la tarea y desvían la atención del grupo.

No es una sensación aislada: el 29 % de los profesores de secundaria en España afirma que sus aulas son muy ruidosas y desordenadas, ocho puntos por encima del promedio de la OCDE y de la Unión Europea, situado en el 21 %. Ese mismo 29 % declara que pierde bastante tiempo debido a las interrupciones del alumnado. El problema no es exclusivo de un territorio, aunque su intensidad varía entre países, centros y grupos.

¿Cuántos minutos de aprendizaje se pierden?

El tiempo lectivo no suele perderse de una sola vez, sino en pequeños fragmentos: unos segundos para pedir silencio, un minuto para resolver un problema o un momento para repetir una instrucción que parte de la clase no ha oído.

Cada interrupción puede parecer insignificante, pero su acumulación acaba alterando el ritmo de toda la clase. Y su efecto no desaparece cuando vuelve el silencio. Entonces hay que recordar en qué punto se había quedado, recuperar la atención del grupo y volver a meter a todos en el hilo de la actividad.

Sin esta continuidad, resulta difícil seguir una idea, relacionarla con lo que ya se sabe y comprenderla de verdad.




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El desgaste de recuperar la atención

Las interrupciones no solo consumen tiempo. Cada vez que la actividad se detiene, el profesor tiene que volver a captar la atención del grupo y poner en marcha la sesión de nuevo. Este trabajo no aparece en los horarios ni cuenta como una tarea específica, pero exige concentración, toma de decisiones y energía emocional.

No se trata solo de repetir lo que ya se ha dicho. El profesor tiene que observar si el grupo está preparado para reanudar la actividad, decidir si continuar o retroceder, evaluar si debe intervenir ante un comportamiento concreto y anticipar si hacerlo provocará aún más interrupciones. Al mismo tiempo, intenta no perder los nervios ni mostrar frustración.

En mi reciente investigación cualitativa sobre este problema, una profesora explicó que acababa repitiendo la misma instrucción hasta dieciocho veces. Su experiencia demuestra que el cansancio no proviene solo de hablar mucho, sino de comprobar una y otra vez que las palabras no han llegado a todo el grupo.

Al final de la jornada, es posible que la profesora no recuerde ningún incidente especialmente grave y, sin embargo, se sienta agotada. El cansancio proviene de la acumulación de correcciones, esperas y pequeñas decisiones que ha tenido que tomar a lo largo de horas para mantener al grupo atento y la actividad en marcha.

¿Autoridad docente perdida?

Parte de este cansancio tiene que ver con la transformación de la autoridad del profesor. Tradicionalmente, la institución respaldaba la posición del docente, independientemente de su relación personal con los alumnos. Hoy en día, este reconocimiento ya no se da por sentado: hay que construirlo cada día a través del conocimiento, la coherencia y la confianza.

Este cambio es positivo: la educación no debe basarse en el miedo. Pero dejar atrás los modelos autoritarios no significa renunciar a los límites. Entre la obediencia ciega y la negociación constante, debe existir una autoridad democrática respaldada por toda la comunidad educativa.

Cuando este apoyo colectivo falla, el profesor se queda solo frente al grupo y, a menudo, tiene que justificar sus decisiones. Ya no basta con conocer la materia y saber enseñarla: también debe captar el interés, negociar los límites y demostrar constantemente el valor de lo que propone.

Móviles y redes

Aunque la llegada de los teléfonos inteligentes no lo explica todo, la cultura digital aumenta la presión: el uso de dispositivos puede distraer a los alumnos y dificultar la gestión del aula. Según el informe PISA 2022, el 30 % del alumnado de la OCDE se distrae con dispositivos digitales en la mayoría o en todas las clases de matemáticas. Las notificaciones y los mensajes fragmentan la atención, aunque su efecto depende de cómo se utilicen. La Unesco recomienda emplearlos únicamente cuando contribuyan claramente al aprendizaje.

Pero más allá del móvil, en las distracciones y las interrupciones también influyen la falta de motivación, la dinámica entre compañeros, la fragilidad de los límites y los mensajes contradictorios procedentes de la escuela, las familias y la sociedad.

El silencio hace posible el aprendizaje

A veces, el silencio se presenta como una exigencia conservadora, típica de un aula rígida en la que solo habla el profesor. Pero también puede entenderse como una condición que permite escuchar, pensar y seguir una idea hasta su conclusión.

Un aula no tiene por qué estar en silencio todo el tiempo. Sin embargo, el silencio debe ser posible cuando la actividad lo requiera. Es un bien común: depende de todos, y todos salen perdiendo cuando desaparece.

Crear estas condiciones no puede ser responsabilidad exclusiva de cada profesor. Se necesitan normas claras y coherentes, acuerdos sobre el uso de dispositivos, rutinas para comenzar las clases y cambiar de actividad, el apoyo de las familias y criterios comunes para gestionar las interrupciones.

También es necesario escuchar a los alumnos y ayudarles a comprender que interrumpir no solo afecta al profesor: les quita tiempo y atención a sus compañeros. Cuidar de los profesores no consiste solo en actuar cuando ya están agotados, sino en proteger las condiciones cotidianas que necesitan para realizar su trabajo.

Cuando estas condiciones fallan, no solo se pierden minutos. También se acumula un cansancio difícil de percibir y se debilita una condición esencial para el aprendizaje: que profesores y alumnos puedan compartir la misma actividad, con la continuidad suficiente para comprender lo que están haciendo.

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Joan Tahull Fort no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ‘Por favor, silencio’: cómo las interrupciones en clase dificultan el aprendizaje y queman a los docentes – https://theconversation.com/por-favor-silencio-como-las-interrupciones-en-clase-dificultan-el-aprendizaje-y-queman-a-los-docentes-290900

Ni estado de alarma ni excepción: qué es la ‘situación de interés para la seguridad nacional’ activada en Ceuta

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fidel Bedia Castillo, Coordinador Académico Máster Universitario en Seguridad Pública, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

El presidente del Gobierno de España, Pedro Sánchez, preside la reunión del Consejo de Seguridad Nacional hoy, 1 de septiembre. La Moncloa

La crisis de Ceuta ha llevado al Gobierno a utilizar por primera vez una figura prevista desde 2015, pero nunca aplicada hasta ahora: la situación de interés para la seguridad nacional (SISN). La medida se ha declarado mediante el Real Decreto 681/2026, de 25 de agosto y se completa con la declaración de recursos aprobada por el Real Decreto 705/2026, de 26 de agosto.

La medida tiene interés, valga la redundancia, porque permite explicar una figura poco conocida. Y también porque muestra algo importante: en seguridad pública, tener una herramienta jurídica prevista antes de una crisis da ventaja, ya que no hay que inventar el mecanismo cuando el problema ya está encima.

Pero que algo esté escrito en una ley no garantiza por sí solo que funcione; la verdadera prueba llega cuando debe aplicarse sobre el terreno.

La primera idea que conviene aclarar sobre la situación de interés para la seguridad nacional es sencilla: no estamos ante un estado de alarma, excepción o sitio. Tampoco ante una suspensión de derechos fundamentales. Sirve para coordinar mejor los medios ordinarios del Estado cuando una crisis se vuelve demasiado compleja para ser gestionada por separado desde cada administración o departamento.

Sus tres rasgos más importantes

La Ley 36/2015, de Seguridad Nacional, regula esta figura en su artículo 23. Aunque su redacción es técnica, puede explicarse con tres rasgos muy claros:

  1. El primero es que se utiliza ante crisis graves, urgentes y transversales. Esto significa que no hablamos de un problema limitado a un solo sector, ya que afecta a varios ámbitos al mismo tiempo y exige medidas coordinadas.

    En Ceuta, la situación no se reduce al control fronterizo. Involucra también a menores, sanidad, justicia, acogida, extranjería, seguridad ciudadana, transporte, relaciones exteriores y funcionamiento de servicios públicos.

  2. El segundo rasgo es que la situación debe afrontarse con los poderes y medios ordinarios de las administraciones públicas. Esto es fundamental, porque la declaración no crea un poder excepcional nuevo ni borra las competencias ordinarias de ministerios, cuerpos policiales, ciudad autónoma o autoridades judiciales. Lo que hace es ordenar mejor la utilización de recursos que ya existen, pero que necesitan funcionar de manera integrada.

  3. El tercer rasgo es el más importante desde el punto de vista ciudadano: esta figura no puede implicar la suspensión de derechos fundamentales ni libertades públicas. Es la gran diferencia con los estados excepcionales regulados en la Ley Orgánica 4/1981 –alarma, excepción y sitio–.

    La seguridad nacional no equivale aquí a excepcionalidad constitucional, sino a coordinación reforzada, interpretación que fue avalada en su momento por el Tribunal Constitucional en la sentencia 184/2016, al analizar la Ley 36/2015. No elimina las competencias ordinarias de las administraciones, sino que permite articularlas cuando concurre un interés nacional.

Una situación para crisis intermedias

Por eso puede decirse que la situación de interés para la seguridad nacional ocupa un espacio intermedio. Está por encima de la gestión ordinaria de un problema administrativo o policial, pero por debajo de los estados de alarma, excepción y sitio. Se activa cuando la normalidad institucional sigue vigente, pero necesita funcionar con más unidad, más rapidez y más coherencia.

Este matiz es decisivo. En una crisis compleja, muchas veces el problema no es que falten competencias, sino que sobren compartimentos. Cada administración puede estar haciendo algo razonable desde su ámbito, pero el conjunto puede no estar funcionando como un sistema. La finalidad de esta figura es precisamente evitar esa fragmentación.

También es importante saber quién puede declararla. La Ley 36/2015 atribuye esa competencia al presidente del Gobierno. La declaración debe incluir, al menos, la definición de la crisis, el territorio afectado, la duración, la posible autoridad funcional y los recursos humanos y materiales necesarios.

En el caso de Ceuta, el Gobierno ha designado como autoridad funcional al ministro de Política Territorial y Memoria Democrática, Ángel Víctor Torres Pérez. Su papel no consiste en sustituir a las autoridades competentes ni en absorber las funciones ordinarias de cada administración, sino en coordinar sus actuaciones para que respondan a una misma estrategia.

Cada órgano mantiene así sus competencias, pero las ejerce dentro de un marco reforzado de dirección y coordinación del Gobierno.

La declaración afecta al territorio de Ceuta, sus puestos fronterizos, costas, puerto y aguas adyacentes bajo jurisdicción española. Además, permite emplear recursos del Ministerio de Asuntos Exteriores para la cooperación con Marruecos, la Unión Europea y terceros Estados; del de Justicia para apoyar juzgados y Fiscalía; del Interior para fronteras, seguridad ciudadana, extranjería, identificación, policía judicial e investigación de redes de inmigración irregular; del de Defensa para apoyo logístico, transporte, vigilancia, alojamiento, comunicaciones y sanidad, y de otros departamentos para transporte, sanidad, acogida o gestión administrativa.

La utilidad real de la medida no se valorará por su nombre ni por su novedad, sino por sus efectos. Habrá que comprobar si mejora la identificación de personas, la protección de menores, la atención sanitaria, el funcionamiento de juzgados y Fiscalía, la acogida humanitaria, la coordinación con Marruecos y la seguridad en la frontera.

También habrá que evaluar si reduce solapamientos, instrucciones contradictorias o retrasos en la toma de decisiones. En una crisis, una mala comunicación puede tener consecuencias tan graves como la falta de medios. Un recurso que llega tarde, una información que no circula o una autoridad que no sabe quién decide qué pueden convertir un problema difícil en un problema ingobernable.

La seguridad nacional, entendida así, no debe verse como una palabra grandilocuente. Tiene una dimensión muy práctica: conseguir que el Estado funcione como un conjunto cuando la realidad desborda los cajones administrativos ordinarios.

Ceuta como prueba práctica

Ceuta será, por tanto, una prueba importante. No solo para resolver una crisis concreta, sino para comprobar cómo funciona en la práctica una figura jurídica diseñada precisamente para escenarios de incertidumbre, urgencia y transversalidad.

La enseñanza de fondo es clara: la gravedad de una crisis no siempre exige poderes excepcionales. En el caso de la situación de interés para la seguridad nacional reclama algo distinto: coordinar mejor los poderes ordinarios para proteger derechos, servicios esenciales y convivencia sin suspender derechos fundamentales ni libertades públicas.

The Conversation

Fidel Bedia Castillo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Ni estado de alarma ni excepción: qué es la ‘situación de interés para la seguridad nacional’ activada en Ceuta – https://theconversation.com/ni-estado-de-alarma-ni-excepcion-que-es-la-situacion-de-interes-para-la-seguridad-nacional-activada-en-ceuta-290666

Motivar no es entretener: qué dice la ciencia sobre las ganas de aprender

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rubén Camacho Sánchez, PDI, Universidad Internacional de La Rioja (UNIR), UNIR – Universidad Internacional de La Rioja ; ESADE

Cuando pensamos en una clase motivadora solemos imaginar juegos, vídeos o actividades sorprendentes. Sin embargo, la investigación educativa lleva décadas mostrando que entretener y motivar no son lo mismo. Un vídeo, un juego o una aplicación pueden despertar el interés de nuestros estudiantes durante unos minutos y, aun así, no producir ningún aprendizaje. La motivación requiere algo más: que el alumnado entienda por qué merece la pena aprender, sienta que puede hacerlo y vea que su esfuerzo produce resultados.

Imaginemos una clase que no empieza con una definición, sino con una pregunta cercana: “¿Por qué una noticia falsa puede parecernos verdadera?”. La clase ya no tiene como punto de partida una lista de contenidos o saberes, sino una inquietud real que necesita ser comprendida. En pocos segundos, el alumnado recordará experiencias, comparará ejemplos, planteará hipótesis y buscará criterios que le sirvan para distinguir información fiable de información engañosa.

Las cuatro dimensiones de la motivación

Por lo tanto, es muy importante diferenciar entre entretener, sorprender o motivar. La motivación exige sentido, posibilidad de éxito y sensación de logro. El psicólogo estadounidense John M. Keller sintetizó esta lógica en cuatro dimensiones: atención, relevancia, confianza y satisfacción.

Primero hay que despertar el interés; después, conectar el contenido con la vida del estudiante; posteriormente, ayudarle a sentirse capaz; y, finalmente, mostrar que el esfuerzo ha merecido la pena.

Captar la atención: menos estímulos, más pensados

Toda experiencia de aprendizaje empieza por captar la atención de los estudiantes, pero eso no significa llenar la clase de estímulos ni competir con TikTok. El objetivo no es sorprender por sorprender, sino despertar la curiosidad.

Una pregunta inesperada, un experimento, una noticia de actualidad o un dato que contradiga lo que creemos saber pueden bastar para que el alumnado quiera seguir escuchando.

Además, la sorpresa solo abre la puerta. Para que ese interés inicial se transforme en conocimiento debe conducir a una pregunta que merezca ser respondida o a un problema que invite a reflexionar. Cuando la actividad inicial se limita a llamar la atención, el interés desaparece tan rápido como llegó.

Lo que no se conecta, se olvida

La curiosidad no basta. Para mantener el interés, el alumnado necesita encontrar sentido a lo que aprende. Buena parte de la desmotivación nace de la sensación de que el esfuerzo no sirve para nada. “¿Y esto para qué?” no es siempre una queja, muchas veces es una pregunta pedagógica legítima.

Las revisiones sobre el modelo de Keller muestran que conectar contenidos con intereses, metas y contextos reales ayuda a sostener la implicación. En matemáticas se ha señalado su utilidad para trabajar dimensiones cognitivas, afectivas y sociales. En Formación Profesional, la motivación aumenta cuando las tareas se relacionan con escenarios profesionales y con la calidad del diseño instruccional.

Sentirse capaz también motiva

La confianza en uno mismo es un ingrediente esencial de la motivación. A veces interpretamos como falta de interés lo que, en realidad, es miedo a no estar a la altura. Cuando una tarea parece inalcanzable, muchos estudiantes optan por desconectar antes, incluso, de intentarlo.

Motivar no significa bajar el nivel, sino hacer visible el camino para alcanzarlo. Objetivos claros, ejemplos, rúbricas comprensibles, entregas parciales y feedback temprano, es decir, acompañar al alumnado y orientarlo sobre su desempeño a lo largo del proceso, ayudan a que perciba que puede avanzar paso a paso. Un metaanálisis muestra que este tipo de acompañamiento mejora tanto la motivación como el aprendizaje, incluso en entornos de enseñanza en línea.




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Algo parecido ocurre con la clase invertida, que propone material audiovisual o de lectura a los estudiantes para completar en casa y dedica el tiempo de clase a debatir sobre ello y plantear dudas. Su eficacia no reside en ese material previo, sino en el tiempo presencial que se dedica a resolver dudas, experimentar y recibir orientaciones concretas. Los estudios muestran que se producen mejoras en el aprendizaje cuando se combinan preparación previa, actividad en el aula y feedback útil.

Tres necesidades y cuatro dimensiones para lograr la motivación de los estudiantes.
Guía gráfica para motivar en clase.
Elaboración propia.

El broche final no es la nota

Aprender exige esfuerzo, y el esfuerzo necesita cierre emocional. No basta con calificar. La satisfacción aparece cuando el alumnado percibe que domina algo nuevo, que su trabajo tiene utilidad o que otros reconocen el resultado.

Por eso funcionan las ferias de ciencias, los podcasts escolares, los debates públicos o las presentaciones ante profesionales: convierten el aprendizaje en una experiencia de logro. En secundaria, el aprendizaje basado en proyectos refuerza la motivación cuando hay contexto real, apoyo y sentido de progreso. La gamificación también puede ayudar si no se reduce a otorgar puntos o insignias.




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Con estudiantes universitarios, una metodología basada en juegos digitales, recompensas virtuales y narrativa de progreso mejoró la motivación y el rendimiento académico. El juego funciona cuando ordena el esfuerzo, hace visible y reconoce el avance. Estudios recientes insisten en que los elementos del juego deben integrarse en una estrategia didáctica, no añadirse como decoración.

Lo mismo ocurre con la tecnología. La realidad aumentada, la inteligencia artificial o los entornos híbridos pueden captar la atención, pero no motivan automáticamente. Las investigaciones muestran efectos positivos cuando se integran con tareas auténticas, feedback y sentido de logro.

Una revisión con metaanálisis llega a una conclusión similar: su impacto mejora cuando se combinan con metodologías activas, proyectos y estrategias motivacionales bien diseñadas.

Adaptarse a cada aula

No hay una receta universal para motivar. Y quizá esa sea la primera idea importante: lo que funciona en un aula puede no funcionar en otra. Necesitamos más estudios “longitudinales”, es decir, que sigan a un número amplio y lo suficientemente representativo de estudiantes durante un marco temporal amplio. Pero como sí sabemos que los resultados cambian según la edad del alumnado, la materia que se enseña y el contexto en el que se aplica la propuesta, para conseguir motivar a los alumnos es necesario conocerlos bien.

Lo que sí permite la investigación hasta la fecha es extraer una conclusión clara: motivar no es entretener ni hacer que todo sea fácil. Una buena clase no evita el esfuerzo, sino que consigue que merezca la pena.


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Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Motivar no es entretener: qué dice la ciencia sobre las ganas de aprender – https://theconversation.com/motivar-no-es-entretener-que-dice-la-ciencia-sobre-las-ganas-de-aprender-285826

Suplemento cultural: palabras más, palabras menos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Siora Photography / Unsplash

Cuando era pequeña y veraneaba en Galicia, me enamoré de la palabra tixola. Qué bonita era y qué bien sonaba. Iba por la calle diciendo en voz alta “tixola, tixola, tixola”, y solo me detenía mi prima cuando me preguntaba: “¿Te das cuenta de que estás berreando ‘sartén, sartén, sartén’?”

Tenía un amigo francés que se enamoró de una gallega y adoptó la palabra cousa. Cuando llevaba años hablando español y seguía utilizando ese término, alguien le dijo: “¿Eres consciente de que en español no se dice así, sino cosa?”. Y el contestó que sí, pero que le gustaba más cousa. Era más amable.

Y en asturiano, un idioma con su propia música, me apasionan los términos miagar (“maullar”) y, sobre todo, naguar (“anhelar”). Me parece mucho más certero definir lo que hacen los gatos con la voz asturiana y también mucho más cercano al sentimiento que experimento cuando deseo algo profundamente decir que “naguo por ello”.

Hay fonemas que componen palabras que nos gustan y otros que nos dan igual. Palabras que significan algo bonito pero que nos parecen feas y, en algunos casos, palabras preciosas que indican algo horrible. Cada uno tiene sus preferencias, y estas varían –como en los casos mencionados de tixola y cousa– si tratamos con idiomas que no conocemos.

Nosotros en The Conversation tenemos un rincón, que mi compañera Eva Catalán gestiona, dedicado a ellas, a sus historias, orígenes y curiosidades. En él publicamos información sobre creación, significados y entendimiento.

También tenemos artículos sobre idiomas, y en ellos caben las lenguas reales –como la que hablan los mosquitos– y las inventadas –como la que habla Rhaenyra Targaryen en La casa del dragón–.

Las palabras no solo definen sino que, como hemos tratado muchas veces, establecen marcos comunicativos. No son inocuas; quienes las utilizan a su favor bien lo saben. También son misteriosas y poderosas. Y, como demuestran los poetas, inestimables.

Batallas de encanto

Vayamos por partes. “Tener aura”, como todo el mundo intuye, es tener carisma, ese no sé qué ideal que provoca que alguien seduzca a las multitudes simplemente con existir en el mundo. “Farmear” es un verbo que viene de los juegos de estrategia, en los que trabajar para aumentar los recursos que uno posee hace que se consigan más puntos. “Farmear aura”, por tanto, es realizar actividades, gestos, o tener ciertas actitudes con el objetivo de incrementar (los puntos de) su carisma.

La expresión se ha puesto de moda –quién sabe cuánto durará– a raíz de las batallas de aura que se están llevando a cabo en diferentes puntos del planeta entre jóvenes que buscan, ante una audiencia multitudinaria, ganar al contrincante en magnetismo.

Pero, como explica Sandra Bravo Durán, aunque cambie la forma de decirlo y de valorarlo, siempre hemos buscado esa aprobación general.

We will always love you

Si alguien iba sobrada de carisma, encanto, magnetismo, personalidad, carácter, bondad y buen humor era Dolly Parton. Hace 31 años creo la Imagination Library (Biblioteca de la Imaginación) para niños hasta cinco años. Sus padres podían registrarlos y los niños recibían cada mes durante un lustro un libro acorde con su edad. Desde su creación, Imagination Library ha repartido más de 300 millones de libros a más de tres millones de niños de cinco países.

Parton desafió el estereotipo de “rubia tonta” desde su primer éxito, tanto con su música como con su vida. “No me molesta que me llamen así”, decía con sorna, “porque yo sé que no soy tonta y estoy segura de que no soy rubia”.

Un yacimiento con sorpresa

El Danubio lo está pasando mal en este verano de 2026. La sequía ha hecho que descienda de forma alarmante el nivel de sus aguas y ha llevado al límite a algunos de los países que se nutren de él.

A cambio, ha sacado al descubierto huesos de mamut enterrados en su cauce y ha supuesto una sorpresa para los investigadores del complejo portuario Noviodunum, que han podido analizar un yacimiento romano mayor del que se esperaban. Sin embargo, como reflexiona Enrique Aragón Núñez, codirector del proyecto, esto produce sentimientos encontrados porque, a la vez que emerge el pasado, la crisis climática provoca que veamos cómo se hunde el futuro.

El porqué de la acumulación

En mi mesita hay una columna de libros estratégicamente colocados para que no vuelque. Son todos los que compro, o me regalan, a lo largo de los meses y que soy incapaz de leer al mismo ritmo con el que los adquiero. Cuando la pila parece bajar alguna nueva incorporación impide que lo haga. ¿Por qué sigo comprando?

Porque me gusta coger el que está en la cumbre en cada momento y saber que bajo él hay otras oportunidades de deleite. Acabar una novela maravillosa y consolar la soledad que deja con otra novela a la que le tengo muchas ganas es un bálsamo incomparable. Es, además, satisfactorio saber que hay una explicación científica a mi gozo.

Lo que todavía no tiene explicación confirmada son las solicitudes masivas de libros de segunda mano que han recibido librerías “de viejo” de todo el mundo. Muchos sospechan que tienen que ver con las grandes tecnológicas, que buscan entrenar a sus inteligencias artificiales con obras en papel y no con textos de internet. ¿Por qué querrían ellos acumular libros? ¿También para disfrutar de la expectativa del futuro?

Empieza el curso

Hoy es técnicamente agosto pero septiembre ya está llamando a la puerta y con él, la rutina y los temas de siempre.

Por ejemplo, ¿quién no se plantea, después de un verano de relajación, cañas y tapas, volver a hacer deporte? Pues ¿qué mejor que celebrar ese retorno al ejercicio leyendo cómo eran los gimnasios a los que acudían los antiguos griegos?

También hay quien comienza a estudiar y trabajar en un nuevo destino y tiene que buscar casa. El problema de la vivienda es más agudo que nunca, pero no es nuevo. Echamos la vista atrás, esta vez a los romanos, para escuchar las quejas de Marcial por lo difícil que estaba encontrar dónde vivir en la capital del imperio.

The Conversation

– ref. Suplemento cultural: palabras más, palabras menos – https://theconversation.com/suplemento-cultural-palabras-mas-palabras-menos-289758

De la guerre commerciale avec les États-Unis au panier d’achat : pourquoi boycott et achat local peuvent durer… ou s’essouffler

Source: The Conversation – in French – By Fabien Durif, Professeur titulaire, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) et du Laboratoire FCI GreenUXlab, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Campagne « Je bois local, mon Donald » de Boréale, lancée en réaction aux tensions tarifaires avec les États-Unis (Les Brasseurs du Nord Agence : Bleublancrouge Médias : Espace M)

La nouvelle salve tarifaire américaine qui s’abat sur le Canada a de nouveau remis l’achat local et le boycott de produits des États-Unis à l’avant-scène. Avant la reprise des hostilités, où en étions-nous avec les intentions d’achat des Québécois ? Une fois les émotions retombées, les pratiques d’achats se sont-elles transformées en comportement durable ?


Cette nouvelle poussée de tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis semble déjà raviver l’achat local. À Montréal, le détaillant Signé Local rapportait récemment 22 % de commandes supplémentaires en une fin de semaine, tandis que ses employés constataient davantage de clients demandant si les produits étaient « vraiment faits ici ».

Mais l’expérience récente invite à la prudence. Selon les données du Conseil québécois du commerce de détail, la proportion de Québécois affirmant éviter « beaucoup » les produits américains était passée de 55 % en avril 2025 à 49 % au début d’août 2026. En revanche, 81 % déclaraient encore augmenter leurs achats dans les commerces locaux.

Pourquoi certains réflexes persistent-ils alors que d’autres s’essoufflent ?

Nos travaux en marketing portent sur l’achat local, la consommation responsable et les relations entre consommateurs et acteurs des marchés, notamment via la confiance et la défiance. Nous avons suivi cette dynamique à travers quatre études menées auprès de plus de 5 000 Québécois : un millier de personnes en janvier 2025, avant le choc tarifaire ; un millier en mai, au cœur de la mobilisation ; 400 en juillet, pour comprendre ses ressorts ; puis 2 802 en janvier 2026, afin d’examiner ce qui persistait quasiment un an après les premières annonces tarifaires.

Les quatre vagues reposent sur des échantillons représentatifs du Québec issus du même panel, mais ne suivent pas nécessairement les mêmes individus d’une enquête à l’autre.

Avant Trump, l’achat local était déjà bien installé

Premier constat important : la mobilisation de 2025 n’est pas partie de zéro.

Avant même les premières annonces tarifaires, plus d’un Québécois sur deux pratiquait déjà fréquemment la consommation locale (c’est-à-dire l’achat de proximité et l’achat de produits fabriqués localement). L’achat local était donc déjà bien ancré dans les habitudes, même si son intensité avait peu évolué depuis 2010, sauf pendant la pandémie de Covid-19.

Le choc géopolitique a donc amplifié un réflexe d’achat local déjà présent, plutôt que de le faire naître.




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Boycotter américain et acheter local vont de pair

Au plus fort des tensions, en mai 2025, 76,4 % des Québécois déclaraient éviter régulièrement les produits américains, 75,1 % les boycotter explicitement et 73,9 % avoir réduit leurs achats sur Amazon. Cette tendance dépassait le Québec : en juin 2025, une enquête Léger indiquait que 53 % des Canadiens interrogés avaient diminué leurs achats sur Amazon au cours des semaines précédentes.

Le mouvement inverse était tout aussi spectaculaire : 89,5 % déclaraient acheter régulièrement des produits certifiés Aliments du Québec, 86,9 % privilégier l’achat local et 86,5 % acheter des produits certifiés Les Produits du Québec. Et 77,9 % se disaient prêts à payer davantage pour acheter local.

Boycott et achat local apparaissent ainsi comme deux faces d’une même mobilisation : sanctionner ce que l’on veut éviter et soutenir ce que l’on souhaite favoriser. Cela rejoint les recherches sur la consommation politique, qui distinguent boycott et « buycott » comme deux manières d’agir par ses choix de consommation.

Cinq façons de réagir à la crise

Cette mobilisation massive cache cependant des comportements très différents. Notre analyse fait apparaître cinq profils : 8,1 % de désengagés, 21,8 % de faiblement engagés, 26,1 % de modérément engagés, 18,2 % d’engagés pragmatiques et 25,8 % d’hyper-engagés.

Les engagés pragmatiques sont particulièrement révélateurs. Ils boycottent les produits américains aussi intensément que les hyper-engagés (environ 8,5 sur 10), mais leur soutien au local est beaucoup plus sélectif. Ils privilégient fortement les produits certifiés Aliments du Québec ou Les Produits du Québec et les détaillants locaux, mais nettement moins d’autres catégories pourtant dotées de dispositifs d’identification du local, comme le vin à la SAQ, les meubles certifiés Meubles du Québec ou les produits de quincaillerie certifiés « Bien fait ici ».




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Surtout, ces profils ne se résument pas à une question de pouvoir d’achat ou de territoire : ni le revenu du ménage ni la région de résidence ne les distinguent significativement. Nos différentes enquêtes montrent néanmoins que l’achat local tend à être davantage adopté par les consommateurs plus âgés et les francophones. Les caractéristiques sociodémographiques comptent donc, sans suffire à expliquer à elles seules l’intensité de la mobilisation.

Plus qu’une question d’identité

Notre troisième étude, menée en juillet 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 400 Québécois, permet justement de mieux comprendre ces motivations.

L’attachement au Québec compte. Mais le patriotisme économique — la conviction que ses choix de consommation peuvent soutenir l’économie d’ici — exerce un effet nettement plus fort sur la motivation à acheter localement que l’identité territoriale.

Cette motivation économique est très concrète : 79 % des répondants associent l’achat local à la préservation des emplois au Québec, 76,7 % au soutien des petites entreprises et artisans et 74,5 % au fait de faire vivre leur quartier, leur ville ou leur région.

Ainsi, acheter local en période de guerre commerciale ne consiste pas seulement à affirmer « qui nous sommes ». C’est aussi vouloir produire un effet économique tangible par son panier d’achats : préserver des emplois, soutenir des entreprises et faire circuler davantage de valeur dans l’économie locale.

Visibilité ne signifie pas nécessairement achat

Cette logique ne se traduit toutefois pas également dans tous les secteurs. En mai 2025, le déplacement des achats vers le local était nettement plus marqué dans l’alimentation que dans les autres catégories de produits.

Notre enquête permet d’aller plus loin en comparant plusieurs certifications. 71 % des répondants achetaient fréquemment des produits certifiés Aliments du Québec, contre 66,6 % pour Les Produits du Québec. Cette proportion diminuait toutefois à 34,3 % pour les produits de quincaillerie certifiés « Bien fait ici », à 34,2 % pour les vins locaux identifiés par la SAQ (Origine Québec, Préparé au Québec ou Embouteillé au Québec) et à 24,9 % pour les meubles certifiés Meubles du Québec.

Ces écarts ne signifient pas que les produits manufacturiers locaux sont difficiles à identifier. Plusieurs certifications existent précisément pour les rendre visibles et le répertoire de Les Produits du Québec compte aujourd’hui plus de 158 000 produits vérifiés. La marque de certification « Produit du Québec » bénéficie d’ailleurs d’une notoriété particulièrement élevée, à 91,1 %, qui se traduit par 67 % de compréhension et 63,5 % d’intention d’achat.

Nos analyses montrent que, au-delà de la notoriété, la valeur que le consommateur attribue à la certification, puis la confiance qu’elle suscite, sont les plus fortement associées à l’intention d’achats. D’autres facteurs, comme la disponibilité et l’accessibilité de l’offre locale, le prix ou encore la fréquence d’achat, peuvent également contribuer aux différences observées entre catégories.

L’enjeu est loin d’être marginal. Une étude récente estime que si chaque ménage québécois déplaçait seulement 25 dollars par semaine vers des produits non alimentaires fabriqués ici plutôt qu’importés, les retombées pourraient atteindre 3 milliards de dollars par année et près de 29 000 emplois.

Vouloir continuer ne signifie pas continuer

C’est ce que montre notre quatrième étude. En mai 2025, 75,9 % des répondants affirmaient vouloir maintenir leurs nouveaux comportements. Huit mois plus tard, en janvier 2026, l’achat régulier de produits certifiés Aliments du Québec était non seulement maintenu, mais passait de 71 % à 74,1 %. Pour les vêtements locaux, la trajectoire est opposée : 52,9 % à 30,2 %, une chute de près de 23 points.


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Cette comparaison ne permet pas d’isoler ce qui explique à lui seul ces trajectoires divergentes. Elle montre néanmoins quelque chose d’essentiel au moment où la guerre commerciale se ravive : une intention forte ne se transforme pas automatiquement en comportement durable.

Pour que l’achat local persiste une fois l’émotion retombée, encore faut-il que l’alternative locale soit identifiable, disponible et accessible, mais aussi que son empreinte économique soit tangible pour le consommateur : entreprises soutenues, emplois créés ou maintenus, activité économique générée et matières premières locales utilisées.

La Conversation Canada

Fabien Durif a reçu des financements de Recyc-Québec, Renaissance et Les Produits du Québec pour les éditions du Baromètre de la consommation responsable.

Hugo Vallerie et Pauline Folcher ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. De la guerre commerciale avec les États-Unis au panier d’achat : pourquoi boycott et achat local peuvent durer… ou s’essouffler – https://theconversation.com/de-la-guerre-commerciale-avec-les-etats-unis-au-panier-dachat-pourquoi-boycott-et-achat-local-peuvent-durer-ou-sessouffler-290602

Felipe VI y la crisis de Ceuta: ¿hasta dónde puede actuar el rey sin el Gobierno?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Tomás J. Aliste Santos, Director del Grupo de Investigación Globalaw, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Felipe VI, durante la entrega de becas ‘La Caixa’ en el centro cultural CaixaForum el 12 de julio de 2023 en Madrid. OSCAR GONZALEZ FUENTES/Shutterstock

A propósito de la crisis de seguridad nacional que padece Ceuta desde los dos últimos días de julio de 2026, es inevitable preguntarse qué puede hacer el rey de España, Felipe VI, al respecto y si puede actuar discrecionalmente o requiere siempre el refrendo del Gobierno en actos jurídicos con transcendencia de Estado.

Precisamente el presidente del Gobierno, Pedro Sánchez, anunció este lunes que el rey visitará Ceuta “cuando se den las condiciones para ello”, aunque sin concretar una fecha.

¿Pero puede Felipe VI ir a Ceuta cuando considere oportuno? ¿Puede decidir libremente qué hacer? La cuestión tiene relevancia constitucional, porque el jefe del Estado no puede ser coaccionado respecto a sus actos dada su inviolabilidad, tal y como señala el artículo 56.3 de la Constitución española.

El rey es la máxima autoridad del Estado, símbolo de su unidad y permanencia, tal como expresa el artículo 56.1 de la Carta Magna. Y, en ese sentido, “reina, pero no gobierna”, según la famosa frase, popularizada por el político francés Louis Adolphe Thiers poco antes de la caída de Carlos X y el ascenso al trono de Luis Felipe I –de quien terminó siendo primer ministro–.

Este tema no es menor, y nos conduce a la cuestión medular de este artículo: ¿cuáles son los poderes del rey de España, según la Constitución de 1978?

La funciones de arbitrar y moderar

El monarca español tiene una serie de facultades y funciones claramente definidas en los artículos 56.1, 61.1 y, de forma muy detallada, 62, 63 y 65.2 de la Constitución. Sin embargo, lo cierto es que cuando analizamos sus poderes discrecionales, que no son otros que arbitrar y moderar, no podemos confundir estas facultades con los denominados “actos debidos”. Estos últimos constituyen la mayoría de actuaciones reales, ejecutadas por imperativo constitucional y que, por ello, no ofrecen margen alguno al ejercicio de la discrecionalidad regia en la decisión y ejecución del acto.

Si la doctrina de los “actos debidos” comprendiera todos los actos de Felipe VI, la Jefatura del Estado quedaría reducida a elementales funciones constitucionales muy limitadas, que en absoluto se corresponderían con las amplias facultades de arbitrar y moderar el funcionamiento regular de las instituciones que expresamente se recogen en el artículo 56.1 de la Constitución de 1978.

Dos intervenciones históricas

Históricamente se han hecho explícitas para todos los ciudadanos en dos intervenciones concretas: el 23 de febrero de 1981, reinando Juan Carlos I de Borbón, en el mensaje a la Nación con motivo del Golpe de Estado, y el 3 de octubre de 2017, cuando Felipe VI pronunció un discurso institucional a toda la nación con motivo de la crisis institucional en Cataluña tras el referéndum ilegal del 1 de octubre de 2017.

La doctrina constitucional ha analizado con detenimiento este tema. Sintéticamente, la doctrina mayoritaria entiende que la institución del refrendo de los actos del rey, que por regla general traslada la responsabilidad por dichos actos al Gobierno, en absoluto inhibe la posibilidad de actuar que tiene el monarca. Es decir, puede actuar sin pedir autorización a otros poderes y sin que ello le genere ninguna responsabilidad, aunque esta elección es verdaderamente excepcional y tiene un evidente coste para el mantenimiento de la Corona como poder neutral.

Nuestro sistema constitucional no habilita al Gobierno para someter los actos reales a una autorización o permiso “ex ante” porque forzosamente el refrendo siempre se produce “ex post”; es decir, primero va el acto regio y luego el refrendo (sea expreso o tácito). Y sin refrendo, los actos de Estado efectuados por el rey carecen de validez, a tenor del artículo 56.3 de la Constitución.

Pero el refrendo de los actos de Felipe VI, recogido en los artículos 56.3 y 64.1, tampoco es una facultad libérrima en manos del Gobierno, porque si fuera así el rey no podría llevar a cabo ningún tipo de acto –ni siquiera los más personales– sin su autorización.

A tenor de la sentencia del Tribunal Constitucional 5/1987, de 27 de enero, dicho refrendo es el propio de los “actos debidos”, que por su naturaleza constitucional constriñen las funciones del monarca, pero cuya posición como jefe del Estado lo diferencia y separa nítidamente del Gobierno y de cualquier otra institución constitucional.

Por eso, siguiendo la lógica de la separación de poderes, más allá de los “actos debidos”, naturalmente el rey puede y debe desplegar facultades regias privativas cuando con prudencia considere oportuno hacerlo.

Fijémonos que, según el artículo 56.1 de la Constitución, el rey “arbitra” y “modera” el funcionamiento regular de las instituciones y que, según el artículo 61.1 de la norma fundamental, cuando es proclamado ante las Cortes jura desempeñar fielmente sus funciones, guardar y hacer guardar la Constitución y las leyes y respetar los derechos de los ciudadanos y de las comunidades autónomas.

Sin necesidad de autorización

Las facultades de “arbitrio” y “moderación” que el citado artículo 56.1 expresamente reconoce al rey no encajan bien en la doctrina de los “actos debidos”: una cosa es convenir que el monarca no puede negarse a realizar los actos que constitucionalmente corresponden a la Jefatura del Estado y otra muy diferente admitir una suerte de autorización previa.

Precisamente, en un contexto de grave crisis de seguridad nacional en Ceuta, el monarca cuenta con suficiente legitimidad constitucional para ejercer explícitamente, si así lo considera, sus facultades, moderando el funcionamiento regular de las instituciones del Estado.

The Conversation

Tomás J. Aliste Santos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Felipe VI y la crisis de Ceuta: ¿hasta dónde puede actuar el rey sin el Gobierno? – https://theconversation.com/felipe-vi-y-la-crisis-de-ceuta-hasta-donde-puede-actuar-el-rey-sin-el-gobierno-290491