Répression meurtrière en Iran : le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu, mais on cherche à l’effacer

Source: The Conversation – in French – By Mina Fakhravar, PhD Candidate, Feminist and Gender Studies, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

Depuis plus de deux semaines, l’Iran est de nouveau traversé par une révolte populaire. Violemment réprimée, elle semble s’atténuer.

Ce qui a commencé le 28 décembre comme une protestation contre l’effondrement économique s’est rapidement transformé en soulèvement politique ouvert. Les rues se sont remplies, les slogans se sont durcis, et le régime a répondu comme toujours lorsque sa survie est menacée : par les tirs, les arrestations massives et, depuis le 8 janvier, la coupure numérique et des communications téléphoniques. Le régime reconnaît plus de 2000 morts, mais le bilan pourrait être beaucoup plus élevé.

Le blackout numérique n’est pas seulement de la censure. Il crée un espace où l’on peut tuer sans témoins ni mémoire et dominer le seul narratif qui sort du pays.

Pourtant, ce qui se joue n’est pas un simple retour à une séquence cyclique de contestation. Il s’agit de la poursuite de la rupture féministe amorcée en 2022 avec « Femme, Vie, Liberté », aujourd’hui confrontée à deux forces décidées à la neutraliser : la République islamique et ses alternatives patriarcales et militaristes.

Doctorante en études féministes, d’origine iranienne, et engagée depuis de nombreuses années dans les luttes féministes et les mobilisations transnationales liées à l’Iran, je suis sans nouvelles, depuis la coupure d’Internet, de plusieurs membres de ma famille et de nombreux amis là-bas. Seuls quelques appels très brefs ont parfois pu passer, uniquement pour nous dire qu’ils étaient en vie. Cette position structure mon regard sur ce qui se joue aujourd’hui.




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Les femmes, des objets politiques à discipliner

Des décennies de répression ont appris aux femmes que leurs corps constituent le premier terrain du pouvoir d’État : voile obligatoire, surveillance publique, patrouilles de la moralité, aveux forcés, violences sexuelles en détention, menaces d’exécution contre de jeunes femmes.

Les femmes sont au cœur de cette machine répressive. Sous la République islamique, leurs corps sont gouvernés comme des objets politiques à discipliner. Les mobilisations précédentes l’ont montré clairement : en attaquant les symboles mêmes de la domination, les Iraniennes ont affirmé leur agentivité politique. Elles ont arraché des victoires sur la visibilité, mais le régime juridique fondé sur la charia est resté intact. C’est cette tension qui structure la révolte actuelle.

Figure centrale de l’opposition monarchiste en exil aux États-Unis, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran, multiplie les interventions publiques, parlant « de crimes contre l’humanité » et se positionnant comme un futur dirigeant.

Qu’annonce ce possible retour ? Rien pour rassurer les Iraniennes, selon moi. En effet, sur ses plates-formes tout récemment, Reza Pahlavi a supprimé toute allusion au mouvement « Femme, Vie, Liberté ».

Je crois qu’il envoie un message clair : une nouvelle révolution peut exister, mais sans les femmes. Comme en 1979, le pouvoir est prêt à les utiliser pour gagner, puis à les écarter.

Ni République islamique ni bombes étrangères

Ce mouvement des femmes est aussi pluriel. Il ne porte pas une seule voix iranienne, mais une constellation de groupes opprimés qui se reconnaissent mutuellement. Femmes kurdes, baloutches, arabes, azéries et persanes ont toutes façonné cette révolte.

Plusieurs de ses voix les plus radicales sont aujourd’hui en prison. Parmi elles, la militante kurde Verisheh Moradi, qui a récemment fait sortir deux lettres depuis sa cellule. Elle y refuse le faux choix imposé aux Iraniens. Nous ne voulons pas de la République islamique, écrit-elle, mais nous ne voulons pas non plus de bombes étrangères.




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Ce n’est pas de la neutralité. C’est une position féministe et anticoloniale, ancrée dans la conscience que dictature et intervention militaire détruisent d’abord les femmes.

Ce refus est essentiel. Lorsque des soldats israéliens ont inscrit « Femme, Vie, Liberté » sur des missiles pendant la guerre de juin 2025, une insurrection féministe a été vidée de son sens pour devenir un slogan colonial de domination. « Jin, Jiyan, Azadi » est né de l’assassinat de Jina Mahsa Amini, une jeune kurde tuée par la police des mœurs. Il est né des corps des femmes en révolte, pas des armées.

Une machine de domination fondée sur l’humiliation des femmes

Les publics occidentaux interprètent souvent ce combat comme un conflit culturel contre la religion. Mais la République islamique est une théocratie militarisée qui utilise le droit islamique comme arme institutionnelle.

La charia y cautionne la surveillance, la punition et la violence sexualisée. Lorsque les Iraniennes s’attaquent au voile obligatoire, elles ne le font pas contre une croyance. Elles démantèlent une machine de domination fondée sur leur humiliation et leur mort.

La révolte actuelle s’appuie sur cette expérience accumulée. En persistant à s’organiser, à témoigner et à tenir malgré les exécutions, la torture et le blackout, les femmes ne formulent pas de simples revendications. Elles affirment un nouvel ordre politique où la vie, et non l’obéissance, devient la valeur centrale.

« Jin, Jiyan, Azadi » ne s’est pas contenté de s’opposer au régime. Il a déplacé en profondeur le récit de l’autorité qui structure la politique iranienne depuis un siècle.

C’est précisément ce que la République islamique et ses prétendus successeurs tentent aujourd’hui d’annuler.

Un blackout numérique qui appauvrit les femmes

Le régime considère sa propre population comme un ennemi. Les manifestants sont qualifiés de terroristes, d’agents du Mossad ou d’éléments de type Daech.

Dans un système juridique où la moharebeh محاربه, « la guerre contre Dieu », est passible de la peine de mort, ce langage autorise les exécutions avant même les procès. Le blackout numérique total vient ensuite verrouiller cette violence. Sans Internet indépendant, sans images ni témoignages, la réalité elle-même est effacée.

Cette guerre numérique a des effets profondément genrés. Des milliers de femmes iraniennes survivent grâce à des microentreprises en ligne, du tutorat, des services de beauté, de l’artisanat, du commerce informel. Quand Internet disparaît, leurs revenus disparaissent aussi. Lorsque l’inflation et les sanctions frappent, elles n’ont aucun filet de sécurité. L’effondrement économique devient une autre forme de punition contre l’autonomie des femmes.

Le militarisme n’est jamais neutre

À cela s’ajoute la répression sexualisée. Le viol et la torture sexuelle ne servent pas seulement à extorquer des aveux, ils détruisent les liens sociaux, les mariages, les projets d’avenir. Les femmes qui sortent des prisons portent des traumatismes médicaux, psychiques et sociaux durables. Leurs corps continuent de porter la guerre bien après que les tirs cessent.

C’est pourquoi les théories féministes de la guerre insistent sur le fait que le militarisme n’est jamais neutre. Cynthia Enloe politologue féministe américaine et figure majeure des études sur le militarisme, a montré comment les conflits reposent sur le travail invisible des femmes, qui prennent en charge les blessés, les familles, les communautés quand les hommes sont tués ou emprisonnés.


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Carol Cohn, chercheure féministe et spécialiste des discours de sécurité et des études stratégiques, a analysé comment le langage de la sécurité efface la souffrance des femmes en transformant les corps en cibles abstraites. La guerre exige que certaines vies soient traitées comme jetables, et les femmes figurent presque toujours parmi les premières sacrifiées.

Les Iraniennes le savent. Leur refus à la fois de la dictature et des sauveurs étrangers n’est pas de la naïveté. C’est de l’intelligence politique.

Qui écrira l’après-révolution ?

Les Iraniennes ont déjà accompli quelque chose d’extraordinaire. Elles ont fissuré les fondements d’un ordre politique bâti sur leur subordination.

La République islamique craint « Femme, Vie, Liberté » parce qu’elle ne peut l’absorber. Les monarchistes le craignent parce qu’il ne peut être plié à un pouvoir dynastique. Les militaristes le craignent parce qu’il rejette la logique du sacrifice.

Ce qui se joue aujourd’hui en Iran n’est pas seulement la question du pouvoir. C’est la définition même de la révolution. Sera-t-elle encore une fois l’histoire d’hommes s’emparant de l’avenir sur le dos des femmes, ou bien, cette fois, les femmes qui ont organisé, résisté et verser leur sang pourront enfin façonner l’après ?

La question n’est pas de savoir si la révolte est terminée. Elle est de savoir qui pourra écrire l’après. Si l’histoire se répète, les femmes risquent d’être une fois de plus reléguées après avoir porté le combat. Or l’avenir de l’Iran ne peut se construire sans celles qui ont fait de leur vie même un acte de résistance. Le lendemain de la chute de ce régime leur appartient aussi. Et tant que cette évidence sera contestée, « Femme, Vie, Liberté » restera une ligne de fracture, et non un slogan du passé.

La Conversation Canada

Mina Fakhravar ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Répression meurtrière en Iran : le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu, mais on cherche à l’effacer – https://theconversation.com/repression-meurtriere-en-iran-le-mouvement-femme-vie-liberte-na-pas-disparu-mais-on-cherche-a-leffacer-273346

Une nouvelle technologie pour mieux évaluer les blessures de la moelle épinière chez les femmes et les personnes âgées

Source: The Conversation – in French – By Marie-Hélène Beauséjour, Profeseure adjointe, École de technologie supérieure (ÉTS)

Les modèles numériques actuellement utilisés pour évaluer les blessures de la moelle épinière ne sont pas adaptées aux caractéristiques des personnes âgées ou des femmes. (Unsplash), CC BY-NC-ND

Lors d’accidents ou de chutes, les blessures au niveau de la colonne vertébrale sont fréquentes, notamment chez les personnes âgées, plus vulnérables.

Les lésions traumatiques de la moelle épinière peuvent nuire considérablement à la qualité de vie des personnes touchées et engendrer des conséquences importantes sur le plan sociétal et économique : au Canada, les soins aux victimes de traumatismes de la moelle épinière impliquant des conséquences sur le plan neurologique coûtent entre 1,47 M$ et 3,03 M$ par personne.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Or, les modèles numériques actuellement utilisés pour évaluer ces blessures ne sont pas adaptés aux caractéristiques des personnes âgées ou des femmes. Les modèles de ces groupes cibles sont généralement de simples mises à l’échelle réalisées à partir de modèles masculins qui ne permettent pas une compréhension approfondie des mécanismes derrière les traumatismes. De plus, ces données proviennent surtout du milieu sportif et de l’armée. Elles sont donc basées surtout sur des hommes jeunes et en bonne santé. Il y a un grand besoin d’en savoir davantage sur les femmes et les personnes âgées.

Pour mieux évaluer les lésions traumatiques de la moelle épinière, il y a un grand besoin d’en savoir davantage sur les femmes et les personnes âgées.
(Unsplash+), CC BY

Afin de mieux comprendre ces traumatismes et la manière de les prévenir, notre équipe de recherche à l’ÉTS élabore des modèles numériques davantage adaptés aux corps plus vulnérables.

Créer des modèles adaptés

Pour y arriver, nous nous appuyons sur la modélisation par éléments finis (MEF), c’est-à-dire sur des modèles numériques qui sont en fait des copies virtuelles ou jumeaux numériques de différents éléments du squelette ou des organes. L’accès à des corps humains étant plus difficile, cette méthode a l’avantage de reproduire les mécanismes de façon très fidèle, tout en facilitant les calculs.

Nous nous intéressons précisément à identifier la partie de l’os qui va briser, en tentant de déterminer dans quelles circonstances, avec quelle force et à quelle vitesse. Nous nous penchons tout particulièrement sur les ostéophytes spinaux. Ces excroissances situées au niveau des articulations sont notamment présentes chez les personnes âgées atteintes d’arthrose.

À l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal — où se trouve notre laboratoire — nous avons justement remarqué que beaucoup de victimes de traumatismes sont des personnes âgées qui ont fait une chute. Ces accidents, parfois en apparence banale, peuvent entraîner des troubles neurologiques. L’arthrose — donc les ostéophytes — peut avoir un impact sur le type et la localisation d’une blessure après un accident.

Actuellement, la science ne peut pas encore définir si ces déformations de la colonne vertébrale sont plutôt bénéfiques ou néfastes. Nous cherchons à identifier la composition des tissus de ces déformations, puis à réaliser des tests mécaniques afin de les intégrer aux modèles numériques.

D’autres facteurs qui influencent le type de traumatismes doivent aussi être pris en compte, comme la posture et la vitesse ou la trajectoire au moment de l’accident, mais aussi la densité osseuse ainsi que la musculature. Le disque intervertébral d’un jeune homme et d’une personne âgée ne réagit pas de la même façon, par exemple, ce qui rend cette dernière plus à risque d’avoir un accident.

Nous essayons donc de reproduire le modèle le plus fidèle à la personne entre autres en utilisant l’intelligence artificielle pour créer des modèles personnalisés. Une autre de nos approches est la création d’un catalogue de géométries typiques, soit 28 géométries ici. Cette stratégie est exploitable à la fois pour aider à la compréhension des traumatismes et pour concevoir des prothèses adaptées à chaque individu.

Vers une sécurité plus inclusive

Nos travaux sont utiles à la conception de meilleurs équipements de protection, notamment dans les voitures. Là encore, la plupart des études en matière de sécurité des femmes dans l’industrie de l’automobile sont basées sur la morphologie des hommes.

Nos systèmes de sécurité sont actuellement conçus pour une personne en parfaite santé. Pourtant, quand on construit un pont, nous établissons un certain critère de sécurité pour s’assurer qu’il ne s’effondre jamais. De la même manière, il faudrait d’abord penser à la personne la plus vulnérable qui conduira la voiture.

Lors d’un accident de la route, les femmes ont de 47 % à 71 % plus de risques de subir des blessures pour un même accident.


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Cette donnée s’explique par une dégénérescence musculaire plus rapide avec la ménopause et une flexibilité plus grande à l’origine du fameux coup du lapin (une entorse cervicale). Le choix des matériaux et la conception de l’appuie-tête, par exemple, pourraient ainsi être faits en fonction de morphologies plus variées afin d’amortir le choc de manière personnalisée. Pour plusieurs équipements de protection, comme les protecteurs cervicaux, la relation entre la morphologie de la personne et les dimensions de l’équipement a un impact sur la sécurité, mais ceci n’est pas toujours pris en compte.

À terme, nous espérons que nos travaux permettront aussi de concevoir des outils et des traitements chirurgicaux plus adaptés aux femmes et aux personnes âgées. Les implications du programme de recherche sur lequel notre équipe de recherche travaille sont donc très étendues ; elles pourront contribuer à l’amélioration des stratégies de soins.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Une nouvelle technologie pour mieux évaluer les blessures de la moelle épinière chez les femmes et les personnes âgées – https://theconversation.com/une-nouvelle-technologie-pour-mieux-evaluer-les-blessures-de-la-moelle-epiniere-chez-les-femmes-et-les-personnes-agees-250883

Climate engineering would alter the oceans, reshaping marine life – new study examines each method’s risks

Source: The Conversation – USA (2) – By Kelsey Roberts, Post-Doctoral Scholar in Marine Ecology, Cornell University; UMass Dartmouth

Phytoplankton blooms, seen by satellite in the Baltic Sea, pull carbon dioxide out of the atmosphere. European Space Agency via Flickr, CC BY-SA

Climate change is already fueling dangerous heat waves, raising sea levels and transforming the oceans. Even if countries meet their pledges to reduce the greenhouse gas emissions that are driving climate change, global warming will exceed what many ecosystems can safely handle.

That reality has motivated scientists, governments and a growing number of startups to explore ways to remove carbon dioxide from the atmosphere or at least temporarily counter its effects.

But these climate interventions come with risks – especially for the ocean, the world’s largest carbon sink, where carbon is absorbed and stored, and the foundation of global food security.

Our team of researchers has spent decades studying the oceans and climate. In a new study, we analyzed how different types of climate interventions could affect marine ecosystems, for good or bad, and where more research is needed to understand the risks before anyone tries them on a large scale. We found that some strategies carry fewer risks than others, though none is free of consequences.

What climate interventions look like

Climate interventions fall into two broad categories that work very differently.

One is carbon dioxide removal, or CDR. It tackles the root cause of climate change by taking carbon dioxide out of the atmosphere.

The ocean already absorbs nearly one-third of human-caused carbon emissions annually and has an enormous capacity to hold more carbon. Marine carbon dioxide removal techniques aim to increase that natural uptake by altering the ocean’s biology or chemistry.

An illustration shows solar modification, ocean fertilization and other methods.
Some of the methods of climate interventions that affect the ocean, such as iron (Fe) fertilization.
Vanessa van Heerden/Louisiana Sea Grant

Biological carbon removal methods capture carbon through photosynthesis in plants or algae. Some methods, such as iron fertilization and seaweed cultivation, boost the growth of marine algae by giving them more nutrients. A fraction of the carbon they capture during growth can be stored in the ocean for hundreds of years, but much of it leaks back to the atmosphere once biomass decomposes.

Other methods involve growing plants on land and sinking them in deep, low-oxygen waters where decomposition is slower, delaying the release of the carbon they contain. This is known as anoxic storage of terrestrial biomass.

Another type of carbon dioxide removal doesn’t need biology to capture carbon. Ocean alkalinity enhancement chemically converts carbon dioxide in seawater into other forms of carbon, allowing the ocean to absorb more from the atmosphere. This works by adding large amounts of alkaline material, such as pulverized carbonate or silicate rocks like limestone or basalt, or electrochemically manufactured compounds like sodium hydroxide.

How ocean alkalinity enhancement methods works. CSIRO.

Solar radiation modification is another category entirely. It works like a sunshade – it doesn’t remove carbon dioxide, but it can reduce dangerous effects such as heat waves and coral bleaching by injecting tiny particles into the atmosphere that brighten clouds or directly reflect sunlight back to space, replicating the cooling seen after major volcanic eruptions. The appeal of solar radiation modification is speed: It could cool the planet within years, but it would only temporarily mask the effects of still-rising carbon dioxide concentrations.

These methods can also affect ocean life

We reviewed eight intervention types and assessed how each could affect marine ecosystems. We found that all of them had distinct potential benefits and risks.

One risk of pulling more carbon dioxide into the ocean is ocean acidification. When carbon dioxide dissolves in seawater, it forms acid. This process is already weakening the shells of oysters and harming corals and plankton that are crucial to the ocean food chain.

For images show a shell slowly dissolving over time.
How a shell placed in seawater with increased acidity slowly dissolves over 45 days.
National Oceanic and Atmospheric Administration, Pacific Marine Environmental Laboratory

Adding alkaline materials, such as pulverized carbonate or silicate rocks, could counteract the acidity of the additional carbon dioxide by converting it into less harmful forms of carbon.

Biological methods, by contrast, capture carbon in living biomass, such as plants and algae, but release it again as carbon dioxide when the biomass breaks down – meaning their effect on acidification depends on where the biomass grows and where it later decomposes.

Another concern with biological methods involves nutrients. All plants and algae need nutrients to grow, but the ocean is highly interconnected. Fertilizing the surface in one area may boost plant and algae productivity, but at the same time suffocate the waters beneath it or disrupt fisheries thousands of miles away by depleting nutrients that ocean currents would otherwise transport to productive fishing areas.

A glass beaker with cyanobacteria growing inside.
Cyanobacteria, or blue-green algae, can multiply rapidly when exposed to nutrient-rich water.
joydeep/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Ocean alkalinity enhancement doesn’t require adding nutrients, but some mineral forms of alkalinity, like basalts, introduce nutrients such as iron and silicate that can impact growth.

Solar radiation modification adds no nutrients but could shift circulation patterns that move nutrients around.

Shifts in acidification and nutrients will benefit some phytoplankton and disadvantage others. The resulting changes in the mix of phytoplankton matter: If different predators prefer different phytoplankton, the follow-on effects could travel all the way up the food chain, eventually impacting the fisheries millions of people rely on.

The least risky options for the ocean

Of all the methods we reviewed, we found that electrochemical ocean alkalinity enhancement had the lowest direct risk to the ocean, but it isn’t risk-free. Electrochemical methods use an electric current to separate salt water into an alkaline stream and an acidic stream. This generates a chemically simple form of alkalinity with limited effects on biology, but it also requires neutralizing or disposing of the acid safely.

Other relatively low-risk options include adding carbonate minerals to seawater, which would increase alkalinity with relatively few contaminants, and sinking land plants in deep, low-oxygen environments for long-term carbon storage.

Still, these approaches carry uncertainties and need further study.

Scientists typically use computer models to explore methods like these before testing them on a wide scale in the ocean, but the models are only as reliable as the data that grounds them. And many biological processes are still not well enough understood to be included in models.

For example, models don’t capture the effects of some trace metal contaminants in certain alkaline materials or how ecosystems may reorganize around new seaweed farm habitats. To accurately include effects like these in models, scientists first must study them in laboratories and sometimes small-scale field experiments.

Scientists examine how phytoplankton take up iron as they grow off Heard Island in the Southern Ocean. It’s normally a low-iron area, but volcanic eruptions may be providing an iron source. CSIRO.

A cautious, evidence-based path forward

Some scientists have argued that the risks of climate intervention are too great to even consider and all related research should stop because it is a dangerous distraction from the need to reduce greenhouse gas emissions.

We disagree.

Commercialization is already underway. Marine carbon dioxide removal startups backed by investors are already selling carbon credits to companies such as Stripe and British Airways. Meanwhile, global emissions continue to rise, and many countries, including the U.S., are backing away from their emissions reduction pledges.

As the harms caused by climate change worsen, pressure may build for governments to deploy climate interventions quickly and without a clear understanding of risks. Scientists have an opportunity to study these ideas carefully now, before the planet reaches climate instabilities that could push society to embrace untested interventions. That window won’t stay open forever.

Given the stakes, we believe the world needs transparent research that can rule out harmful options, verify promising ones and stop if the impacts prove unacceptable. It is possible that no climate intervention will ever be safe enough to implement on a large scale. But we believe that decision should be guided by evidence – not market pressure, fear or ideology.

The Conversation

Through his role at Cornell University, Daniele Visioni receives funding from the Quadrature Climate Foundation and the Advanced Research + Invention Agency UK. Daniele Visioni is Head of Data for Reflective, a philanthropically-funded initiative focused on responsibly accelerating sunlight reflection research.

In addition to her primary role as UCSB faculty, Morgan Raven serves as the Chief Science Officer for, and holds minor equity in, a seed-funded startup company exploring applications of biomass-related CDR (Carboniferous). This work was supported by a grant from the Grantham Foundation for the Protection of the Environment to UCSB.

Through his role at the Univeristy of Tasmania, Tyler Rohr receives funding from the Australian government and Co-Labs ICONIQ Impact Co-Labs to research impacts and efficeincy of marine carbon dioxide removal.

Kelsey Roberts does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Climate engineering would alter the oceans, reshaping marine life – new study examines each method’s risks – https://theconversation.com/climate-engineering-would-alter-the-oceans-reshaping-marine-life-new-study-examines-each-methods-risks-270659

L’avortement, un sujet de cinéma et de littérature ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sandrine Aragon, Chercheuse en littérature française (Le genre, la lecture, les femmes et la culture), Sorbonne Université

Extrait d’« Annie Colère », de Blandine Lenoir, avec l’actrice Laure Calamy. Ce film évoque les MLAC (Mouvements pour la liberté à disposer de son corps), avant la loi Veil, au sein desquels des femmes non médecins étaient formées à la pratique d’IVG clandestines.

Est-il toujours important d’évoquer l’avortement ? Depuis plus de 50 ans, le cinéma et la littérature racontent les combats pour l’IVG, donnent voix aux femmes et dénoncent les attaques. En transmettant une mémoire collective, en brisant les tabous et en exposant les stratégies des mouvements ultraconservateurs, ces œuvres rappellent que l’IVG n’est pas seulement un droit juridique, mais un combat politique et culturel toujours d’actualité.


En décembre 2025, le Parlement européen a approuvé l’initiative « My voice, my choice » soutenue par 1,2 million de signatures dans 19 états membres et a adopté une résolution demandant un mécanisme européen de solidarité pour garantir un avortement sûr et légal pour toutes les Européennes. On estime que 20 millions de femmes en Europe n’ont toujours pas un accès aisé à ce droit à disposer de leurs corps.

Des lois nécessaires pour défendre le droit à l’avortement

La France célébrait, en 2025, les 50 ans de la loi Veil autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG), de 1975, sous certaines conditions. Car une multitude de femmes mourraient suite à un avortement clandestin en France jusque dans les années 1970.

Depuis, la loi a évolué et levé de nombreux obstacles, notamment, allongé le délai légal qui permet de bénéficier d’une IVG. Désormais, la France est même le premier pays à avoir inscrit dans la constitution le 8 mars 2024 que :

« La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ».

Cependant, la constitution n’est pas un bouclier total. La loi peut réduire les circonstances qui autorisent le recours à l’avortement, comme c’est le cas en Pologne où l’IVG ne peut être pratiquée que si la grossesse résulte d’une agression sexuelle, d’un inceste ou si elle constitue une menace directe pour la vie ou la santé de la mère.

Une montée des attaques ultraconservatrices contre l’IVG en France aussi

Des groupes s’emploient à envahir l’espace public de messages contre ce droit.

En 2023, à Paris, le groupe « les survivants » avait ainsi collé des stickers antiavortements sur des vélib à Paris, puis procédé à des collages sauvages d’affiches dans le métro.

L’IVG est également source de désinformation dans des médias ultraconservateurs. En 2024, la chaîne CNews a dû présenter ses excuses après avoir présenté l’avortement comme « la première cause de mortalité dans le monde », ce qui a conduit à plusieurs saisines de l’Arcom, le régulateur de la communication audiovisuelle et numérique. En 2021, la chaîne C8, du groupe Bolloré, avait diffusé un film antiavortement en prime time produit par des Texans évangélistes.

Les opposants à l’IVG occupent également les réseaux sociaux, via des influenceurs et créent des sites et des lignes téléphoniques de désinformation, visant à convaincre les femmes de renoncer.

Raconter pour ne pas oublier

En 2024, 251270 interruptions volontaires de grossesse ont été réalisées en France, selon la Drees. Pour que ce droit à disposer de son corps et de sa vie reste effectif, il importe de ne pas en faire un sujet tabou. Le cinéma et la littérature sont essentiels pour diffuser la mémoire, la connaissance, la parole et l’expérience des femmes.

Le cinéma nous rappelle les combats historiques menés pour la liberté à disposer de son corps. Il a été aux avant-gardes du combat en diffusant de façon clandestine Histoire d’A, de Charles Belmont et Marielle Issartel. En 1973, ce documentaire a éveillé les consciences sur les actes et les actions des MLAC (Mouvements pour la liberté de l’avortement et de la contraception). Interdit par le ministre de l’époque en charge des affaires culturelles, ce film a été diffusé dans le cadre de projections clandestines.

Le cinéma a également montré les pratiques des avortements clandestins, dont celles des « faiseuses d’ange » cachées dans les cuisines, avec des instruments peu médicalisés (aiguilles à tricoter, cintres…), comme dans Une affaire de femmes, de Claude Chabrol (1988), avec Isabelle Huppert, ou le film anglais Véra Drake, de Mike Leigh (2004) avec Imelda Staunton.

Il a aussi mis en lumière la détresse de jeunes filles en quête d’avortement, des anonymes, dans l’Une chante, l’autre pas d’Agnès Varda (1977) ou dans l’Événement, de Audrey Diwan (2021), adaptation du roman d’Annie Ernaux, qui raconte l’avortement dans une résidence étudiante dans les années 60.

En 2022, la solidarité au sein des réseaux d’entraides clandestines a été au cœur de deux films : Call Jane aux États-Unis, avec Sigourney Waver et Annie Colère en France, avec Laure Calamy. Le film français de Blandine Lenoir raconte l’histoire des MLAC (Mouvements pour la liberté à disposer de son corps) qui ont formé ainsi des femmes non médecins à la méthode Karman par aspiration et organisé des voyages vers Londres ou Amsterdam.

Enfin, les combats de figures féminines courageuses, qui se sont battues pour défendre la liberté d’autres femmes de disposer de leurs corps, ont donné lieu au portrait de Simone Veil dans Simone le voyage du siècle d’Olivier Dahan (2022), ou de Giselle Halimi dans le Procès de Bobigny, de François Luciano (2006), et dans un biopic, interprété par Charlotte Gainsbourg, dont la sortie en salle est prévue pour 2026.

Le cinéma a révélé ce que sont ces avortements clandestins, des décès évitables, et montré que le droit est le fruit d’un combat collectif. Il importe de ne pas oublier cette réalité. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les avortements non sécurisés sont, de nos jours, la cause de la mort de 39000 femmes environ par an dans le monde.

Écouter les femmes : briser les obstacles et le tabou de la culpabilité

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. »

C’est ce que déclare Gisèle Halimi dans son livre la Cause des femmes.

La littérature, elle, a mis les mots sur les maux des femmes dans Victoire ou la douleur des femmes, de Victor Schlogel (1999), l’Évènement, d’Annie Ernaux (2000), Dix sept ans, de Colombe Schneck (2015), jusqu’au roman de Sophie Adriansen le Ciel de Joy (2025).




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La littérature a replacé la question de la liberté individuelle à choisir pour son corps, sa vie, le droit à sa liberté de conscience face aux politiques. Françoise Vergès dans le Ventre des femmes : capitalisme, racialisation, féminisme (2017) a montré combien le traitement des femmes noires poussées à l’avortement par « misogynoire », c’est-à-dire mysogynie et racisme anti-noir, était contraire à la stigmatisation des femmes avortées blanches.

Enfin, la littérature a mis en valeur l’importance de l’accueil médical et de l’écoute des femmes par exemple dans le Choeur des femmes de Martin Winckler, adapté en roman graphique par Aude Mermilliod (2021).

L’avortement n’est un traumatisme que si on le rend traumatisant par un parcours éreintant, un accueil culpabilisant. Il est essentiel de former les médecins, mettre en place des services de qualité, supprimer la double clause de conscience, spécifique à l’avortement, comme le demande le Collège national des gynécologues et obstétriciens français.
Les sociologues Marie Mathieu et Laurine Thizy dans Sociologie de l’avortement (2023) et Raphaël Perrin, dans le Choix d’avorter, contrôle médical et corps des femmes (2025), insistent sur l’importance de la formation de tous les professionnels de santé. Une femme doit pouvoir choisir librement, sans obligation de justification, une IVG médicamenteuse ou instrumentale à l’hôpital.

Pour permettre à chaque personne de faire des choix éclairés, il convient de dénoncer les projections alarmantes, culpabilisantes et d’éduquer à une sexualité comprise et maîtrisée, dès l’école, dans le cadre des programmes gradués officiels d’éducation à la vie affective relationnelle et à la sexualité (EVARS) qui permettent de prévenir et d’éviter les IVG.




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Les associations et plannings familiaux représentent également des lieux de paroles essentiels pour informer et soutenir les femmes mais fort mis à mal par les coupes budgétaires.

Un droit sous pression : dénoncer les attaques

Aujourd’hui, les nouvelles attaques contre ce droit font aussi l’objet de films, documentaires. Les Croisées contre attaquent (2017), d’Alexandra Jousset et Andrea Rawlins-Gastonou ou encore la Peur au ventre (2025), de Léa Clermont Dion, révèlent la force de ces lobbys puissants. Après s’être attaquée au cyberharcèlement des femmes dans Je vous salue salope :la misogynie au temps du numérique, cette réalisatrice québécoise dénonce, dans la Peur au ventre, la propagande de ces groupes « anti-choix » venus au Canada depuis les États-Unis. Parodiant le discours des droits de l’homme, sous le prétexte fallacieux de défendre la vie, ils attaquent le droit à l’avortement, à l’euthanasie comme les droits LGBTQIA+. Avec des slogans chocs, des images macabres, ils cherchent à culpabiliser les femmes, intimider les médecins, dans le but de promouvoir une vision sociale rétrograde.

Informer, raconter, transmettre : la littérature et le cinéma ne se contentent pas d’accompagner le droit à l’avortement, ils le défendent. En donnant voix aux femmes, en portant la mémoire des luttes passées et en révélant les attaques contemporaines, ils rappellent que ce droit n’est jamais acquis et fait l’objet d’attaques incessantes.

En décembre 2025, le parlement a réhabilité les femmes condamnées pour avortement avant 1975. Le projet d’ériger un monument parisien dédié aux milliers de femmes mortes dans des avortements clandestins a été annoncé, rappelant, au pays des droits de l’homme, l’importance du droit de disposer librement de son corps, de sa vie et de sa conscience.


Cet article a été coécrit avec Véronique Séhier, ancienne coprésidente du Planning familial, rapporteure de l’étude du Conseil économique social et environnemental (Cese) « Droits sexuels et reproductifs en Europe : entre menaces et progrès » publié en 2019.

The Conversation

Sandrine Aragon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’avortement, un sujet de cinéma et de littérature ? – https://theconversation.com/lavortement-un-sujet-de-cinema-et-de-litterature-271778

Supreme Court is set to rule on constitutionality of Trump tariffs – but not their wisdom

Source: The Conversation – USA (2) – By Kent Jones, Professor Emeritus, Economics, Babson College

An anti-tariffs placard during a protest in St. Paul, Minnesota, on Oct. 25, 2025. Michael Siluk/UCG/Universal Images Group via Getty Images

The future of many of Donald Trump’s tariffs are up in the air, with the Supreme Court expected to hand down a ruling on the administration’s global trade barriers any day now.

But the question of whether a policy is legal or constitutional – which the justices are entertaining now – isn’t the same as whether it’s wise. And as a trade economist, I worry that Trump’s tariffs also pose a threat to “economic democracy” – that is, the process of decision-making that incorporates the viewpoints of everyone affected by the decision.

Founders and economic democracy

In many ways, the U.S. founders were supporters of economic democracy. That’s why, in the U.S. Constitution, they gave tariff- and tax-making powers exclusively to Congress.

And for good reason. Taxes can often represent a flash point between a government and its people. Therefore, it was deemed necessary to give this responsibility to the branch most closely tied to rule of, and by, the governed: an elected Congress. Through this arrangement, the legitimacy of tariffs and taxes would be based on voters’ approval – if the people weren’t happy, they could act through the ballot box.

To be fair, the president isn’t powerless over trade: Several times over the past century, Congress has passed laws delegating tariff-making authority to the executive branch on an emergency basis. These laws gave the president more trade power but subject to specific constitutional checks and balances.

The stakes for economic democracy

At issue before the Supreme Court now is Trump’s interpretation of one such emergency measure, the International Emergency Economic Powers Act of 1977.

Back in April 2025, Trump interpreted the law – which gives the president powers to respond to “any unusual and extraordinary threat” – to allow him to impose tariffs of any amount on products from nearly every country in the world.

Yet the act does not include any checks and balances on the president’s powers to use tariffs and does not even mention tariffs among its remedies. Trump’s unrestrained use of tariffs in this way was unprecedented in any emergency action ever taken by a U.S. president.

Setting aside the constitutional and legal issues, the move raises several concerns for economic democracy.

The first danger is in regards to a concentration of power. One of the reason tariffs are subjected to congressional debate and voting is that it provides a transparent process that balances competing interests. It prevents the interests of a single individual – such as a president who might substitute his own interests for that of the wider public interest – from controlling complete power.

Instead it subjects any proposed tariffs to the open competition of ideas among elected politicians.

Compare this to the way Trump’s tariffs were made. They were determined in large part by the president’s own political score-settling with other countries, and an ideological preference for trade surpluses. And they were not authorized by Congress. In fact, they bypassed the role of Congress as a check and balance – and this is not good for economic democracy in my view.

A building behind scaffolding and tarpaulin.
A protester holds a sign as the U.S. Supreme Court hears arguments on President Donald Trump’s tariffs on Nov. 5, 2025.
Bill Clark/CQ-Roll Call, Inc via Getty Images

The second danger is uncertainty. Unlike congressional tariffs, tariffs rolled out through the International Emergency Economic Powers Act under Trump have been altered many times and can continue to change in the future.

While supporters of the president have argued that this unpredictability gives the U.S. a bargaining advantage over competitor nations, many economists have noted that it severely compromises any goal of revitalizing American industries.

This is because both domestic and foreign investment in U.S.-based industries depends on stable and predictable import market access. Investors are unwilling to make large capital expenditures over several years and hire new workers if they think tariff rates might change at any time.

Even in the first year of the Trump tariffs, there is evidence of large-scale reductions in hiring and capital investment in the manufacturing sector due to this uncertainty.

The third danger concerns that lack of accountability involved in circumventing Congress. This can lead to using tariffs as a stealth way of increasing taxes on a population.

Importing companies generate revenue for the government through the additional levies they pay on goods from overseas. These costs are typically borne by domestic consumers, through increased prices, and importing companies, through lower profit margins.

Either way, Trump’s International Emergency Economic Powers Act interpretation has allowed him to use tariffs in a way that would – if allowed to stand – bring in additional government revenue of more than US$2 trillion over a 10-year period, according to estimates.

Trump frames the revenue his tariffs have raised as a windfall of foreign-paid duties. But in fact, the revenue is extracted from domestic consumer pockets and producer profit margins. And that amounts to a tax on both.

Corruption concerns

Finally, the way Trump’s used the act to roll out unilateral and changeable tariffs creates an incentive for political favoritism and even bribery.

This is down to what economists call “rent seeking” – that is, the attempt by companies or individuals to get extra money or value out of a policy through influence or favoritism.

As such, Trump can, should he wish, play favorites with “priority” industries in terms of tariff exemptions. In fact, he has already done this with major U.S. companies that import cell phones and other electronics products. They asked for special exemptions for the products they imported, a favor not granted to other companies. And there is nothing stopping recipients of the exemptions offering, say, to contribute to the president’s political causes or his renovations to the White House.

Smaller and less politically influential U.S. businesses do not have the same clout to lobby for tariff relief.

And this tariff-by-dealmaking goes beyond U.S. companies looking for relief. It extends into the world of manipulating governments to bend to Washington’s will. Unlike congressional tariffs under World Trade Organization rules, International Emergency Economic Powers Act tariffs discriminate from country to country – even on the same products.

And this allows for trade deals that focus on extracting bilateral deals that take place without considering broader U.S. interests. In the course of concluding bilateral Trump trade deals, some foreign governments such as Switzerland and Korea have even offered Trump special personal gifts, presumably in exchange for favorable terms. Presidential side deals and gift exchanges with individual countries are, as many scholars of good international governance have noted, not the best way to conduct global affairs.

The harms of having a tariff system that eschews the normal checks and balances of the American system are nothing new, or at least shouldn’t be.

Back in the late 1700s, with the demands of a tyrannical and unaccountable king at the front of their minds, the founders built a tariff order aimed at maintaining democratic legitimacy and preventing the concentration of power in a single individual’s hands.

A challenge to that order could have worrisome consequences for democracy as well as the economy.

The Conversation

Kent Jones does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Supreme Court is set to rule on constitutionality of Trump tariffs – but not their wisdom – https://theconversation.com/supreme-court-is-set-to-rule-on-constitutionality-of-trump-tariffs-but-not-their-wisdom-273092

Les États-Unis ont passé des décennies à faire pression pour mettre la main sur le pétrole vénézuélien

Source: The Conversation – France in French (3) – By James Trapani, Associate Lecturer of History and International Relations, Western Sydney University

En 2007, Hugo Chavez affirmait que « le pétrole appartient à tous les Vénézuéliens ». Luisarismendi/Shutterstock

Hugo Chavez et Nicolas Maduro ont longtemps résisté aux tentatives des États-Unis d’exercer le contrôle des réserves pétrolières du Venezuela. Car ce pays d’Amérique du Sud, ayant joué un rôle clé dans la création de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), possède plus de 300 milliards de barils de pétrole.


Après que les forces spéciales des États-Unis ont fait irruption à Caracas pour exfiltrer le président vénézuélien Nicolas Maduro et renverser son gouvernement, Donald Trump déclare que les États-Unis vont désormais « diriger le Venezuela » , y compris ses abondantes ressources pétrolières.

Les entreprises états-uniennes sont prêtes à investir des milliards pour moderniser les infrastructures pétrolières vénézuéliennes en ruine, a-t-il dit, et « commencer à faire de l’argent pour le pays ». Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole mondiales – devançant l’Arabie saoudite – avec 303 milliards de barils, soit environ 20 % des réserves mondiales.

Si cela se réalise – et c’est un très grand « si » –, cela marquerait la fin d’une relation conflictuelle qui a commencé il y a près de trente ans.

Oui, l’action militaire de l’administration Trump au Venezuela a été à bien des égards sans précédent. Mais cela n’est pas surprenant, compte tenu de l’immense richesse pétrolière du pays et des relations historiques entre les États-Unis et le Venezuela, sous les mandats de l’ancien président Hugo Chavez et ceux de Nicolas Maduro.

Une longue histoire d’investissement états-unien

Le Venezuela est une république d’environ 30 millions d’habitants située sur la côte nord de l’Amérique du Sud, soit environ deux fois la taille de la Californie. Pendant une grande partie du début du XXᵉ siècle, il était considéré comme le pays le plus riche d’Amérique du Sud en raison de ses réserves pétrolières.

Les entreprises étrangères, y compris les états-uniennes, ont beaucoup investi dans la croissance du pétrole vénézuélien et joué un rôle important dans sa politique. Face à l’opposition de l’Oncle Sam, les dirigeants vénézuéliens ont commencé à exercer un contrôle accru sur leur principale ressource d’exportation. Le Venezuela a joué un rôle clé dans la création de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) en 1960, et a nationalisé une grande partie de son industrie pétrolière en 1976 (sous la présidence de Carlos Andrés Pérez, ndlr).

Cela a eu un impact négatif sur des entreprises comme ExxonMobil et a alimenté les récentes affirmations de l’administration Trump selon lesquelles le Venezuela aurait « volé » le pétrole américain.

Mais la plupart des Vénézuéliens ne profitent pas de cette prospérité économique. La mauvaise gestion de l’industrie pétrolière conduit à une crise de la dette et à l’intervention du Fonds monétaire international (FMI) en 1988. Des manifestations éclatent à Caracas en février 1989 et le gouvernement (du président Pérez qui vient d’être réélu, ndlr) envoie l’armée pour écraser le soulèvement. On estime que 300 personnes sont tuées, mais le nombre de morts pourrait être dix fois plus élevé.

Par la suite, la société vénézuélienne se divise davantage entre les riches, qui veulent travailler avec les États-Unis, et la classe ouvrière, qui cherche à obtenir l’autonomie vis-à-vis des États-Unis. Cette division définit la politique vénézuélienne depuis lors.

L’ascension de Chavez au pouvoir

Hugo Chavez débute sa carrière comme officier militaire. Au début des années 1980, il fonde le Mouvement révolutionnaire bolivarien-200 au sein de l’armée et donne des conférences passionnées contre le gouvernement.

Puis, après les émeutes de 1989, Chavez planifie le renversement du gouvernement vénézuélien. En février 1992, il organise un coup d’État, raté, contre le président pro-américain Carlos Andrés Pérez. Pendant son emprisonnement, son parti organise une autre tentative de coup d’État qui échoue également. Chavez est condamné à deux ans de prison, mais devient le principal candidat à la présidence en 1998, réunissant les courants socialistes révolutionnaires.

Hugo Chavez devient un géant de la politique vénézuélienne et latino-américaine. Sa révolution évoque la mémoire de Simon Bolívar (1783-1830), le grand libérateur de l’Amérique du Sud face au colonialisme espagnol. Non seulement Chavez est populaire au Venezuela pour son utilisation des revenus pétroliers, subventionnant les programmes gouvernementaux en matière d’alimentation, de santé et d’éducation, mais il est respecté, grâce à sa générosité, par des régimes partageant les mêmes idées dans la région.

Plus particulièrement, Hugo Chavez fournit à Cuba des milliards de dollars de pétrole en échange de dizaines de milliers de médecins cubains travaillant dans des cliniques de santé vénézuéliennes. Il établit un précédent en s’opposant aux États-Unis et au FMI lors des forums mondiaux, appelant le président états-unien de l’époque George W. Bush « le diable » à l’Assemblée générale de l’ONU en 2006.

Les États-Unis accusés d’avoir fomenté un coup d’État

Sans surprise, les États-Unis n’étaient pas fans d’Hugo Chavez.

Après que des centaines de milliers de manifestants de l’opposition descendent dans la rue en avril 2002, Chavez est brièvement renversé lors d’un coup d’État par des officiers militaires dissidents et des figures de l’opposition. Ces derniers installent un nouveau président, l’homme d’affaires Pedro Carmona. Chavez est arrêté, l’administration Bush reconnaît Carmona comme président, et le New York Times célébre la chute d’un « dictateur en devenir ».

Chavez revient au pouvoir seulement deux jours plus tard, grâce à des légions de partisans qui remplissent les rues. L’administration Bush doit se justifier pour son possible rôle dans le coup d’État avorté.

Bien que les États-Unis nient toute implication, les allégations persistent pendant des années sur le fait que Washington ait eu connaissance au préalable du coup d’État et ait tacitement soutenu sa destitution. En 2004, des documents nouvellement classifiés montrent que la CIA était au courant du complot, et il n’est pas clair dans quelle mesure les responsables des États-Unis ont prévenu Chavez.

La pression américaine continue sur Maduro

Nicolas Maduro, syndicaliste, est élu à l’Assemblée nationale en 2000 et rejoint le cercle rapproché de Hugo Chavez. Il accède au poste de vice-président en 2012 et, après la mort de Chavez l’année suivante, remporte sa première élection avec une courte avance.

Maduro n’est pas Chavez. Il ne bénéficie pas du même niveau de soutien parmi la classe ouvrière, l’armée ou dans son pays. La situation économique du Venezuela se détériore et l’inflation explose.

Nicolas Maduro en 2017.
StringerAL/Shutterstock

Les administrations états-uniennes successives continuent d’exercer des pressions sur Nicolas Maduro. Le Venezuela subit des sanctions à la fois sous la présidence de Barack Obama et lors de la première présidence Trump. Les États-Unis et leurs alliés refusent de reconnaître la victoire de Maduro lors des élections de 2018 et de nouveau en 2024.

Isolé d’une grande partie du monde, le gouvernement de Nicolas Maduro devient dépendant de la vente de pétrole à la Chine.

Maduro affirme avoir déjoué plusieurs tentatives de coups d’État et d’assassinats impliquant les États-Unis et l’opposition intérieure, notamment en avril 2019 et en mai 2020 durant le premier mandat de Trump.

Les responsables états-uniens nient toute implication dans tous les complots potentiels ; les rapports n’ont également trouvé aucune preuve de l’implication américaine dans le coup d’État raté de 2020.

Aujourd’hui, Donald Trump a réussi à évincer Nicolas Maduro dans une opération bien plus audacieuse, sans aucune tentative de déni. Il reste à voir comment les Vénézuéliens et les autres nations latino-américaines réagiront aux actions états-uniennes, mais une chose est certaine : l’implication américaine dans la politique vénézuélienne continuera tant qu’elle aura des intérêts financiers dans le pays.

The Conversation

James Trapani ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les États-Unis ont passé des décennies à faire pression pour mettre la main sur le pétrole vénézuélien – https://theconversation.com/les-etats-unis-ont-passe-des-decennies-a-faire-pression-pour-mettre-la-main-sur-le-petrole-venezuelien-273521

D’Adophe Thiers à Édouard Balladur, à qui ont profité les grands emprunts ?

Source: The Conversation – in French – By Éric Pichet, Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School

En France, un grand emprunt pourrait-il sauver la situation financière de l’État ? D’un côté, un endettement qui ne cesse de croître, de l’autre, des ménages qui épargnent toujours plus. Et si la solution était de demander aux seconds de financer plus ou moins volontairement le premier. Sur le papier, l’idée semble alléchante d’autant que le grand emprunt occupe une place particulière dans l’imaginaire français. Tentant lorsque l’épargne des ménages est une mesure de précaution pour se protéger des conséquences de l’endettement du secteur public.


L’incapacité récurrente des pouvoirs publics en France à ramener le déficit dans les critères de Maastricht a été aggravée par les deux grandes crises récentes, celle des subprimes en 2008 et celle du Covid en 2020. Cette dérive s’est encore accentuée avec l’incapacité de l’Assemblée nationale issue de la dissolution de juin 2024 à s’accorder pour voter une loi de finances qui réduirait ce déficit. En conséquence, ce dernier est attendu à 5,4 % du PIB en 2025 et encore vers 5 % en 2026, soit le plus important de la zone euro relativement au PIB, quel que soit le sort de la loi de finances pour 2026 toujours en suspens, soit très loin du seuil de 3 % fixé par le Pacte de stabilité et de croissance.

Quant à la dette publique, partie de 20 % du PIB en 1980, dernière année d’équilibre des comptes publics, elle culmine à 116 % à la fin de 2025, soit près du double du seuil du Pacte fixé à 60 % du PIB. Ce faisant, elle se situe juste après celle de la Grèce et de l’Italie.

L’inquiétante envolée de la charge de la dette

La longue période de taux d’intérêt très bas voire négatifs auxquels empruntait l’État de 2009 à 2022 était la conséquence directe de l’action inédite des grandes banques centrales pour éviter une dépression mondiale à la suite de la crise des subprimes de 2008. Ce volontarisme monétaire exceptionnel s’est achevé brutalement avec la hausse brutale des taux des banques centrales en 2022-2023 pour juguler la forte inflation qui a suivi l’invasion de l’Ukraine.




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En conséquence, les taux d’émission des obligations françaises à dix ans sont passés de 1 % en 2022 à 3,6 % début 2026, soit à des niveaux supérieurs au Portugal et à l’Espagne et même à la Grèce. Plus grave, la charge de la dette publique (les intérêts versés chaque année aux créanciers des organismes publics) passera de 50 milliards d’euros en 2022 à 75 milliards en 2026 (dont 60 milliards pour le seul État).


Fourni par l’auteur

Source : Programme de stabilité de 2024, charge d’intérêts en comptabilité nationale, Finances publiques et économie (Fipeco).

Le précédent de l’emprunt obligatoire

Face à l’Himalaya diagnostiqué de la dette (avec raison mais un peu tard…) par François Bayrou quand il était premier ministre, les députés socialistes ont repris, au moment des débats sur l’instauration de taxe Zucman l’idée d’un emprunt forcé sur les plus riches en référence à une initiative du premier ministre Pierre Mauroy en 1983. Émis à un taux de 11 % (contre 14 % sur le marché à l’époque) celui-ci avait contraint 7 millions de contribuables à prêter 13,4 milliards de francs (soit environ 5 milliards d’euros) à hauteur de 10 % de leur impôt sur le revenu et de 10 % de leur impôt sur la fortune. Prévu pour trois ans, mais très impopulaire, car touchant également la classe moyenne supérieure, il fut remboursé par anticipation au bout de deux ans et ne fit jamais école.

Si cette idée d’un emprunt forcé a été rejetée par le gouvernement et l’Assemblée nationale le 26 novembre 2025, la piste d’un grand emprunt agite toujours les esprits d’autant que le contexte actuel rappelle celui des précédents historiques, en temps de guerre ou face à des crises budgétaires aiguës, et qu’ils ont toujours été couronnés de succès à l’émission.

L’emprunt de Thiers ou la naissance du mythe

Après la cuisante défaite de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, le traité de Francfort du 10 mai 1871 impose à la France, outre la cession de l’Alsace-Lorraine, une indemnité de 5 milliards de francs-or (soit 70 milliards d’euros). Adolphe Thiers, le chef de l’exécutif de l’époque, émet alors un emprunt d’État au taux de 5 % sur cinquante ans garanti sur l’or.

L’engouement des épargnants a permis de payer l’indemnité allemande dès 1873 avec deux ans d’avance mettant ainsi fin à l’occupation militaire. Surtout, le succès de l’emprunt a assis la crédibilité de la toute jeune IIIe République. Puissant symbole de la résilience du pays il inspira d’autres emprunts de sorties de guerre, comme l’emprunt dit de la Libération de 1918 et celui de 1944.

L’emprunt Pinay 1952-1958 ou les délices de la rente

Premier grand emprunt du temps de paix, la rente Pinay – du nom du ministre de l’économie et des finances sous la quatrième et la cinquième République – de 1952 était destinée à sortir le pays des crises alimentaires et du logement de l’après-guerre. L’équivalent de 6 milliards d’euros a été alors levé avec un taux d’intérêt plutôt faible de 3,5 %,, mais assorti d’une indexation de son remboursement sur le napoléon en 1985 (date à laquelle l’emprunt a été complètement remboursé) et surtout une exonération d’impôt sur le revenu et sur les droits de succession.

Cette gigantesque niche fiscale pour les plus riches était d’ailleurs discrètement mise en avant par les agents de change qui conseillaient aux héritiers de « mettre leur parent en Pinay avant de le mettre en bière » pour éviter les droits de succession entraînant au passage de cocasses quiproquos familiaux lorsque le moribond reprenait des forces…

Le succès de la rente Pinay fut tel que de Gaulle, revenant au pouvoir, lui demanda de récidiver avec le Pinay/de Gaulle de 1958 destiné à sauver les finances publiques, restaurer la crédibilité de l’État et accompagner la réforme monétaire qui allait aboutir au nouveau franc de 1960.

L’emprunt Giscard, un grand emprunt coûteux pour l’État

Portant le nom du ministre des finances du président Pompidou, cet emprunt émis en 1973 rapportait 7 % et a levé l’équivalent d’environ 5,6 milliards d’euros sans avantage fiscal mais une obscure sous-clause du contrat, qui prévoyait une indexation automatique sur le lingot d’or en cas d’inflation.

L’or s’étant envolé avec la fin des accords de Bretton Woods de 1971-1974, cet emprunt coûta finalement en francs constants au moment de son remboursement en 1988 près de cinq fois ses recettes.

1993, le dernier grand emprunt

Après la crise des subprimes de 2008, Nicolas Sarkozy avait envisagé l’émission d’un grand emprunt de 22 milliards d’euros pour financer cinq grandes priorités : l’enseignement supérieur, la recherche, l’industrie, le développement durable et l’économie numérique. Il opta finalement pour un financement classique sur les marchés au motif – pertinent – qu’il aurait fallu allécher les particuliers par un taux d’intérêt supérieur.

Le dernier grand emprunt national est donc toujours aujourd’hui l’emprunt Balladur de mai 1993 rapportant 6 % sur quatre ans et destiné à mobiliser l’épargne des Français les plus aisés pour financer l’accès au travail des jeunes et la relance des travaux publics et du bâtiment. Initialement fixé à 40 milliards de francs, son succès fut tel qu’il récolta 110 milliards de francs (30 milliards d’euros) grâce à la souscription de 1,4 million d’épargnants. Le gouvernement Balladur s’étant engagé à accepter toutes les souscriptions des particuliers, il ne put satisfaire les investisseurs institutionnels.

BFM Business, 2025.

Pas (encore) de problèmes de financement pour l’État

Un grand emprunt pourrait-il être la solution dans le contexte actuel pour financer les déficits, comme on l’entend parfois ?

Malgré la dérive des comptes publics, en France, l’État reste crédible avec une note de A+ attribuée par Standard & Poors et par Fitch, et de Aa3 par Moody’s (soit l’équivalent de 16 ou 17/20). Par ailleurs, le Trésor n’a aucune difficulté à emprunter 300 milliards d’euros par an (la moitié pour financer le déficit de l’année et l’autre pour rembourser les emprunts arrivant à échéance), si ce n’est à un taux d’intérêt supérieur de 80 points de base (0,8 %) au taux d’émission des obligations allemandes à dix ans (3,6 % contre 2,8 %). Aujourd’hui la dette publique française s’élève à environ 3 500 milliards d’euros et 55 % de la dette négociable est détenue par les non-résidents.

En France, les particuliers financent environ 10 % de cette dette publique soit 350 milliards d’euros via l’assurance-vie en euros, mais cette niche fiscale est coûteuse et régressive car elle favorise les gros patrimoines. Ainsi, selon le Conseil d’analyse économique, le manque à gagner en recettes fiscales lié à l’assurance-vie au titre des successions serait de l’ordre de 4 à 5 milliards d’euros par an.

Un grand emprunt utile en 2026 ?

Aujourd’hui, les ménages semblent se conformer à la théorie de l’économiste David Ricardo : inquiets de la situation financière du pays, ils augmentent leur taux d’épargne passé de 15 % de leurs revenus en moyenne avant la crise à 18,4 % en 2025. Et leur épargne financière, qui représente 10 % de leurs revenus, culmine à 6 600 milliards d’euros, un niveau bien supérieur à la totalité de la dette publique.

C’est pourquoi un grand emprunt national proposé par un gouvernement stable disposant d’une majorité solide rencontrerait sans doute un grand succès. Il aurait le mérite de redonner confiance au pays et de conjurer ce que The Economist identifie dans un tout récent article publié le 11 janvier 2026 comme le principal problème économique mondial : le pessimisme.

The Conversation

Éric Pichet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. D’Adophe Thiers à Édouard Balladur, à qui ont profité les grands emprunts ? – https://theconversation.com/dadophe-thiers-a-edouard-balladur-a-qui-ont-profite-les-grands-emprunts-273372

12 ways the Trump administration dismantled civil rights law and the foundations of inclusive democracy in its first year

Source: The Conversation – USA – By Spencer Overton, Professor of Law, George Washington University

The second Trump administration has weakened federal civil rights law and is shredding the foundations of America’s racially inclusive democracy. imagedepotpro, iStock/Getty Images Plus

One year after Donald Trump’s second inauguration, a pattern emerges. Across dozens of executive orders, agency memos, funding decisions and enforcement changes, the administration has weakened federal civil rights law and the foundations of the country’s racially inclusive democracy.

From the start, the U.S. was not built to include everyone equally. The Constitution protected and promoted slavery. Most states limited voting to white men. Congress restricted naturalized citizenship to “free white persons.” These choices were not accidents. They shaped who could belong and who could exercise political power, and they entrenched a racial political majority that lasted for generations.

That began to change in the 1960s. After decades of protest and pressure, Congress enacted laws that prohibited discrimination in employment, education, voting, immigration and housing.

Federal agencies were charged with enforcing those laws, collecting data to identify discrimination and conditioning public funds on compliance. These choices reshaped U.S. demographics and institutions, with the current Congress “the most racially and ethnically diverse in history,” according to the Pew Research Center. The laws did not eliminate racial inequality, but they made exclusion easier to see and harder to defend.

The first year of the second Trump administration marks a sharp reversal.

In a March 2025 speech to Congress, Trump spoke of dismantling DEI programs.

Cumulative retreat

Rather than repealing civil rights statutes outright, the administration has focused on disabling the mechanisms that make those laws work.

Drawing on over two decades of teaching and writing about civil rights and my experience directing a GW Law project on inclusive democracy, I believe this pattern reflects not isolated administrative actions but a cumulative retreat from the federal government’s role as an enforcer of civil rights law.

Over the past year, the president and his administration have taken a series of connected actions:

• On its first day in office, announced the end of all federal diversity, equity and inclusion programs, including diversity officers, equity plans and related grants and contracts.

• Shut down or sharply cut funding for federal programs aimed at reducing inequality, including offices focused on minority health, minority-owned businesses, fair federal contracting, environmental justice and closing the digital divide in broadband.

• Warned schools that diversity programs could jeopardize their federal funding, opened investigations into colleges offering scholarships to students protected under DACA – the Obama-era policy providing deportation protection for undocumented immigrants who came to the U.S. as children – and signaled that colleges risk losing federal student aid if their accrediting agencies consider diversity.

• Revoked security clearances and access to federal buildings for employees at law firms with diversity policies. The FCC investigated media companies for promoting diversity and threatened to block mergers by companies with similar programs, leading several companies to drop their initiatives.

• Issued a government-wide memo labeling common best practices in hiring, admissions and other selection and evaluation processes – such as compiling diverse applicant pools, valuing cultural competence, considering first-generation or low-income status and seeking geographic and demographic representation – as potentially legally suspect. The memo warned that federal funding could be cut to schools, employers and state and local governments using such practices. Federal prosecutors reportedly investigated federal contractors that consider diversity, characterizing such initiatives as fraud.

• Weakened enforcement against discrimination by ordering agencies to stop using disparate impact analysis. That kind of analysis identifies disparities in outcomes, assesses whether they are justified by legitimate objectives, and intervenes when they are not. The Department of Justice, the EEOC, the National Credit Union Administration and other agencies complied and dropped disparate impact analysis. Because algorithmic systems typically operate without explicit intent, eliminating disparate impact analysis reduces federal agencies’ ability to detect and address discriminatory outcomes produced by increasingly automated government and private-sector decision-making.

Rescinded an executive order that barred discrimination by federal contractors, required steps to ensure nondiscriminatory hiring and employment, and subjected contractors to federal compliance reviews and record-keeping. This weakened a key mechanism used since 1965 to detect and remedy workplace discrimination.

A large group of people marching with signs urging passage of a civil rights bill.
Civil rights, union and religious leaders board a dedicated Pennsylvania Railroad train from New York to Washington, D.C., to march in support of the bill that would become the Civil Rights Act of 1964.
Bob Parent/Getty Images

• Eliminated data used to track inequality, including rolling back guidance encouraging schools to collect data on racial disparities in discipline and special education. The administration also removed data used to identify racial disparities in environmental harms.

• Dismantled or sharply reduced civil rights offices across federal agencies, including the Department of Homeland Security, the Social Security Administration and the Department of Education. About three-quarters of lawyers in the Justice Department’s Civil Rights Division left.

Pressured the Smithsonian to remove exhibits about racial injustice, restored Confederate monuments and military base names, and barred schools and teacher training programs from including material the administration labeled divisive, such as unconscious bias.

• Declared English the nation’s only official language, repealed a requirement that federal agencies provide meaningful access to government programs and services for people with limited English proficiency, and prompted the General Services Admininistration and the departments of Justice, Education and other agencies to scale back language-assistance requirements and services.

Attempted to limit birthright citizenship guaranteed by the 14th Amendment, and adopted practices that treat ethnicity and non-English accents as legitimate reasons for immigration stops.

The pattern is hard to miss

Taken together, these shifts have practical consequences.

When agencies stop collecting data on racial disparities, discrimination becomes harder to detect. When disparate impact analysis is abandoned, unfair practices with no legitimate purpose go unchallenged. When diversity programs are chilled through investigations and funding threats, institutions respond by narrowing opportunity. When history and language are recast as threats to unity, truth and freedom of speech and thought are suppressed and undermined.

A crowd of people gathered at the base of the Statue of Liberty.
Lyndon Johnson at the base of the Statue of Liberty on Oct. 3, 1965, before signing the Immigration and Nationality Act, which prohibited racial discrimination in the immigration process and repealed quotas heavily favoring immigration from northern and western Europe.
LBJ Library

Administration officials argue that these steps are needed to prevent discrimination against white people, promote unity, ensure “colorblind equality” and comply with a Supreme Court decision that struck down affirmative action in college admissions. But that ruling did not ban awareness of racial inequality, or neutral policies aimed at reducing it. Many of the administration’s actions rely on broad claims of illegality without providing specific violations.

The selective nature of enforcement is also telling.

Books about racism and civil rights were removed from military libraries, while books praising Nazi ideas or claiming racial intelligence differences were left untouched. The administration suspended admissions of refugees – over 90% of whom have been from Africa, Asia and Latin America in recent years – but then reopened the refugee program for white South Africans.

One year in, the pattern is hard to miss.

The administration is not simply applying neutral rules. It is dismantling the systems that once helped the U.S. move toward a more open and equal democracy. It is replacing them with policies that selectively narrow access to economic, cultural and educational participation.

The result is not simply a change in policy, but a fundamental shift in the trajectory of American democracy.

The Conversation

Spencer Overton is the faculty director of a program at GW Law that receives grants from non-profit foundations like the David & Lucile Packard Foundation, Democracy Fund, and the Rockefeller Brothers Fund.

ref. 12 ways the Trump administration dismantled civil rights law and the foundations of inclusive democracy in its first year – https://theconversation.com/12-ways-the-trump-administration-dismantled-civil-rights-law-and-the-foundations-of-inclusive-democracy-in-its-first-year-273433

Quand les plateformes numériques fragmentent la société pour maximiser leurs profits

Source: The Conversation – in French – By Sérgio Amadeu da Silveira, Professor associado, Universidade Federal do ABC (UFABC)

La violence, les exagérations, la diffusion de fake news et les mensonges sont les bienvenus sur les plateformes numériques. Il s’agit de maximiser la visibilité des contenus et, ainsi, les profits des Big Tech. Soutenus par Donald Trump, les milliardaires qui détiennent les plateformes refusent tout contrôle au nom de la liberté d’expression.


Jamais dans l’histoire un si petit groupe d’entreprises n’avait réussi à s’immiscer dans les relations des individus à une telle échelle – celle du monde. Les fameuses « Big Tech » sont devenues des médiateurs actifs des relations sociales grâce aux technologies numériques. Or il n’est pas inutile de rappeler que les médiateurs ne sont pas neutres. Les Big Tech influencent les opinions en modulant l’attention et en produisant des réactions chez leurs millions d’utilisateurs.

Au sein des réseaux sociaux et de leurs variantes, leurs contrôleurs opèrent en capturant les données de chaque mouvement, de chaque clic, en somme, des actions qui permettent à leurs algorithmes d’extraire des modèles de comportement, des informations fondamentales pour alimenter les réseaux neuronaux artificiels qui proposeront des contenus dans le but de prévoir nos désirs et nos besoins afin de prédire nos actions. Cela peut se résumer par l’expression « monétisation totale de la vie sociale ».

Fonctionnant de manière invisible pour leurs utilisateurs, ces plateformes ont concentré les budgets publicitaires de presque toutes les sociétés, à partir de la gestion algorithmique des regards et de l’attention. D’où leur logique fondée sur la spectacularisation de tout.

Pour ces plateformes, une bonne information est celle qui génère de l’engagement, celle qui est spectaculaire, celle qui permet de monétiser les interactions. L’engagement que les Big Tech prétendaient avoir envers la qualité de l’information n’était que rhétorique. Le nombre de clics, les réplications, les attaques mutuelles, les exagérations, les mensonges et la diffusion de fake news sont les bienvenus sur les plateformes des Big Tech.

Liberté asymétrique

Récemment, avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, Musk a pris la tête de la lutte contre la réglementation des plateformes. Pour ce faire, il diffuse l’idée que réglementer équivaut à censurer. La notion de liberté de Musk est fondée sur la force.

Alors que la liberté démocratique repose sur la symétrie, c’est-à-dire sur le droit égal de tous et toutes à être libres, la proposition de liberté de l’extrême droite se traduit par des asymétries. Le puissant n’est libre que s’il peut exercer tout son pouvoir. Le milliardaire n’est libre que s’il peut utiliser sans limites tout ce que sa richesse lui permet. Cette conception s’apparente à une légitimation de la violence, loin de l’idée que chacun a le même droit de s’exprimer.

Sur les plateformes, ce n’est pas la liberté d’expression qui prévaut. C’est le pouvoir de l’argent qui règne. La monétisation de toutes les relations dans une architecture informationnelle verticale, limitée et extrêmement surveillée par ses propriétaires. La gestion totalement opaque des réseaux sociaux en ligne est assurée par des systèmes algorithmiques qui appliquent les règles et les lois de leurs propriétaires. Cette exécution est totalement arbitraire, décidée de manière monocratique par la direction de ces entreprises, modifiée sans préavis, sans débat, sans considération pour leurs utilisateurs, en suivant uniquement deux logiques : celle de leur rentabilité et celle de favoriser l’expansion du pouvoir de leur vision du monde.

Qui croit que les systèmes algorithmiques de la plateforme d’Elon Musk seront neutres dans les conflits entre l’extrême droite et les forces démocratiques de certains pays ? Qui pense que les plateformes du groupe Meta ne favoriseront pas les discours des groupes qui partagent des idées de Trump ? Qui croit que ces structures ne sont pas ploutocratiques, que l’argent n’y fait pas la loi ?

Les élites rompent avec la démocratie

L’un des grands leaders d’extrême droite des Big Tech, Peter Thiel, affirmait déjà en 2009 :

« Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles. »

Face au manque de perspectives catastrophique du système capitaliste, une grande partie des élites défendant les solutions néolibérales ont rompu avec la démocratie et adhéré au réactionnarisme, c’est-à-dire aux solutions de l’extrême droite. Si nous ne comprenons pas cela, nous ne serons pas en mesure de défendre la démocratie. Le philosophe Michel Foucault nous a suggéré que le pouvoir est aussi une stratégie. Fondamentalement, la destruction du débat rationnel fondé sur les faits est devenue la principale stratégie de l’extrême droite. La lutte contre la réalité, contre l’information factuelle, contre la science, est liée à une stratégie visant à propager de la confusion intellectuelle et à autoriser la violence grâce à une fausse idée de la liberté.

Dans ce contexte, il est bon de rappeler la perspective du sociologue Georg Simmel, qui nous enseignait que le conflit est un élément inhérent et nécessaire à la vie sociale. Le conflit et la coopération sont complémentaires dans la vie sociale. Mais Simmel avertissait qu’il existe des situations dans lesquelles l’absence de formes sociales régulatrices, le rejet absolu de l’autre, la fragmentation de la société sans canaux de médiation sont destructrices et extrêmement dangereuses.

Simmel n’a pas connu le monde hyperconnecté d’aujourd’hui, où les gens sont constamment exposés à des vagues de désinformation et de discours haineux modulés par des systèmes algorithmiques afin de maximiser l’extraction d’argent et la destruction des droits. Mais en travaillant à partir de ses analyses, nous constatons qu’il est indispensable de réglementer ces oligopoles géants et de garantir la qualité et l’intégrité de l’information.

The Conversation

Sérgio Amadeu da Silveira ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand les plateformes numériques fragmentent la société pour maximiser leurs profits – https://theconversation.com/quand-les-plateformes-numeriques-fragmentent-la-societe-pour-maximiser-leurs-profits-263769

Avant le pétrole vénézuelien, il y a eu les bananes du Guatemala…

Source: The Conversation – France in French (3) – By Aaron Coy Moulton, Associate Professor of Latin American History, Stephen F. Austin State University

Dans les années 1950 déjà, les États-Unis intervenaient contre un gouvernement démocratiquement élu au nom d’une menace idéologique, tout en protégeant des intérêts économiques majeurs. Mais si les ressorts se ressemblent, les méthodes et le degré de transparence ont profondément changé.


Dans la foulée de la frappe militaire américaine qui a conduit à l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro le 3 janvier 2026, l’administration Trump a surtout affiché son ambition d’obtenir un accès sans entrave au pétrole du Venezuela, reléguant au second plan des objectifs plus classiques de politique étrangère comme la lutte contre le trafic de drogue ou le soutien à la démocratie et à la stabilité régionale.

Lors de sa première conférence de presse après l’opération, le président Donald Trump a ainsi affirmé que les compagnies pétrolières avaint un rôle important à jouer et que les revenus du pétrole contribueraient à financer toute nouvelle intervention au Venezuela.

Peu après, les animateurs de « Fox & Friends » ont interpelé Trump sur ces prévisions :

« Nous avons les plus grandes compagnies pétrolières du monde », a répondu Trump, « les plus importantes, les meilleures, et nous allons y être très fortement impliqués ».

En tant qu’historien des relations entre les États-Unis et l’Amérique latine, je ne suis pas surpris de voir le pétrole, ou toute autre ressource, jouer un rôle dans la politique américaine à l’égard de la région. Ce qui m’a en revanche frappé, c’est la franchise avec laquelle l’administration Trump reconnaît le rôle déterminant du pétrole dans sa politique envers le Venezuela.

Comme je l’ai détaillé dans mon livre paru en 2026, Caribbean Blood Pacts: Guatemala and the Cold War Struggle for Freedom (NDT : livre non traduit en français), les interventions militaires américaines en Amérique latine ont, pour l’essentiel, été menées de manière clandestine. Et lorsque les États-Unis ont orchestré le coup d’État qui a renversé le président démocratiquement élu du Guatemala en 1954, ils ont dissimulé le rôle qu’avaient joué les considérations économiques dans cette opération.

Un « poulpe » puissant

Au début des années 1950, le Guatemala était devenu l’une des principaux fournisseurs de bananes pour les Américains, comme c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui.

La United Fruit Company possédait alors plus de 220 000 hectares de terres guatémaltèques, en grande partie grâce aux accords conclus avec les dictatures précédentes. Ces propriétés reposaient sur le travail intensif d’ouvriers agricoles pauvres, souvent chassés de leurs terres traditionnelles. Leur rémunération était rarement stable, et ils subissaient régulièrement des licenciements et des baisses de salaire.

Basée à Boston, cette multinationale a tissé des liens avec des dictateurs et des responsables locaux en Amérique centrale, dans de nombreuses îles des Caraïbes et dans certaines régions d’Amérique du Sud afin d’acquérir d’immenses domaines destinés aux chemins de fer et aux plantations de bananes.

Les populations locales la surnommaient le « pulpo » – « poulpe » en espagnol – car l’entreprise semblait intervenir dans la structuration de la vie politique, de l’économie et de la vie quotidienne de la région. En Colombie, le gouvernement a par exemple brutalement réprimé une grève des travailleurs de la United Fruit en 1928, faisant des centaines de morts. Cet épisode sanglant de l’histoire colombienne a d’ailleurs servi de base factuelle à une intrigue secondaire de « Cent ans de solitude », le roman épique de Gabriel García Márquez, lauréat du prix Nobel de littérature en 1982.

L’influence apparemment sans limites de l’entreprise dans les pays où elle opérait a nourri le stéréotype des nations d’Amérique centrale comme des « républiques bananières ».

United Fruit possédait notamment la marque de bananes Chiquita, qu’elle a largement promue, y compris à travers cette publicité produite dans les années 1940.

La révolution démocratique guatémaltèque

Au Guatemala, pays historiquement marqué par des inégalités extrêmes, une vaste coalition s’est formée en 1944 pour renverser la dictature répressive lors d’un soulèvement populaire. Inspirée par les idéaux antifascistes de la Seconde Guerre mondiale, cette coalition ambitionnait de démocratiser le pays et de rendre son économie plus équitable.

Après des décennies de répression, les nouveaux dirigeants ont offert à de nombreux Guatémaltèques leur premier contact avec la démocratie. Sous la présidence de Juan José Arévalo, élu démocratiquement et en fonction de 1945 à 1951, le gouvernement a mis en place de nouvelles protections sociales ainsi qu’un code du travail légalisant la création et l’adhésion à des syndicats, et instaurant la journée de travail de huit heures.

En 1951, lui a succédé Jacobo Árbenz, lui aussi président démocratiquement élu.

Sous Árbenz, le Guatemala a mis en œuvre en 1952 un vaste programme de réforme agraire, attribuant des parcelles non exploitées aux ouvriers agricoles sans terre. Le gouvernement guatémaltèque affirmait que ces politiques permettraient de bâtir une société plus équitable pour la majorité indigène et pauvre du pays.

United Fruit a dénoncé ces réformes comme le produit d’une conspiration mondiale. L’entreprise affirmait que la majorité des syndicats du pays étaient contrôlés par des communistes mexicains et soviétiques, et présentait la réforme agraire comme une manœuvre visant à détruire le capitalisme.

Pression sur le Congrès pour une intervention

Au Guatemala, United Fruit a cherché à rallier le gouvernement américain à son combat contre les politiques menées par Árbenz. Si ses dirigeants se plaignaient bien du fait que les réformes guatémaltèques nuisaient à ses investissements financiers et alourdissaient ses coûts de main-d’œuvre, ils présentaient aussi toute entrave à leurs activités comme faisant partie d’un vaste complot communiste.

L’entreprise a mené l’offensive à travers une campagne publicitaire aux États-Unis et en exploitant la paranoïa anticommuniste dominante de l’époque.

Dès 1945, les dirigeants de la United Fruit Company ont commencé à rencontrer des responsables de l’administration Truman. Malgré le soutien d’ambassadeurs favorables à leur cause, le gouvernement américain ne semblait pas disposé à intervenir directement dans les affaires guatémaltèques. L’entreprise s’est alors tournée vers le Congrès, recrutant les lobbyistes Thomas Corcoran et Robert La Follette Jr., ancien sénateur, pour leurs réseaux politiques.

Dès le départ, Corcoran et La Follette ont fait pression auprès des républicains comme des démocrates, dans les deux chambres du Congrès, contre les politiques guatémaltèques – non pas en les présentant comme une menace pour les intérêts commerciaux de United Fruit, mais comme les éléments d’un complot communiste visant à détruire le capitalisme et les États-Unis.

Les efforts de la compagnie bananière ont porté leurs fruits en février 1949, lorsque plusieurs membres du Congrès ont dénoncé les réformes du droit du travail au Guatemala comme étant d’inspiration communiste. Le sénateur Claude Pepper a qualifié le code du travail de texte « manifestement et intentionnellement discriminatoire à l’égard de cette entreprise américaine » et d’« une mitrailleuse pointée sur la tête » de la United Fruit Company.

Deux jours plus tard, le membre de la Chambre des représentants John McCormack a repris mot pour mot cette déclaration, utilisant exactement les mêmes termes pour dénoncer les réformes. Les sénateurs Henry Cabot Lodge Jr., Lister Hill et le représentant Mike Mansfield ont eux aussi pris position publiquement, en reprenant les éléments de langage figurant dans les notes internes de la United Fruit.

Aucun élu n’a prononcé un mot sur les bananes.

Lobbying et campagnes de propagande

Ce travail de lobbying, nourri par la rhétorique anticommuniste, a culminé cinq ans plus tard, lorsque le gouvernement américain a orchestré un coup d’État qui a renversé Árbenz lors d’une opération clandestine.

L’opération a débuté en 1953, lorsque l’administration Eisenhower a autorisé la CIA à lancer une campagne de guerre psychologique destinée à manipuler l’armée guatémaltèque afin de renverser le gouvernement démocratiquement élu. Des agents de la CIA ont alors soudoyé des membres de l’armée guatémaltèque tandis que des émissions de radio anticommunistes étaient diffusées et un discours, porté par les religieux et dénonçant un prétendu projet communiste visant à détruire l’Église catholique du pays, se propageait dans tout le Guatemala.

Parallèlement, les États-Unis ont armé des organisations antigouvernementales à l’intérieur du Guatemala et dans les pays voisins afin de saper davantage encore le moral du gouvernement Árbenz. La United Fruit a également fait appel au pionnier des relations publiques Edward Bernays pour diffuser sa propagande, non pas au Guatemala mais aux États-Unis. Bernays fournissait aux journalistes américains des rapports et des textes présentant le pays d’Amérique centrale comme une marionnette de l’Union soviétique.

Ces documents, dont un film intitulé « Why the Kremlin Hates Bananas », ont circulé grâce à des médias complaisants et à des membres du Congrès complices.

La volonté de la United Fruit de renverser le gouvernement démocratiquement élu du Guatemala a été renforcée par ce film de propagande anticommuniste.

Détruire la révolution

En définitive – et les archives le démontrent –, l’action de la CIA a conduit des officiers de l’armée à renverser les dirigeants élus et à installer un régime plus favorable aux États-Unis, dirigé par Carlos Castillo Armas. Des Guatémaltèques opposés aux réformes ont massacré des responsables syndicaux, des responsables politiques et d’autres soutiens d’Árbenz et Arévalo. Selon des rapports officiels, au moins quarante-huit personnes sont mortes dans l’immédiat après-coup, tandis que des récits locaux font état de centaines de morts supplémentaires.

Pendant des décennies, le Guatemala s’est retrouvé aux mains de régimes militaires. De dictateur en dictateur, le pouvoir a réprimé brutalement toute opposition et instauré un climat de peur. Ces conditions ont contribué à des vagues d’émigration, comprenant d’innombrables réfugiés, mais aussi certains membres de gangs transnationaux.

Le retour de bâton

Afin d’étayer l’idée selon laquelle ce qui s’était produit au Guatemala n’avait rien à voir avec les bananes — conformément au discours de propagande de l’entreprise — l’administration Eisenhower a autorisé une procédure antitrust contre United Fruit, procédure qui avait été temporairement suspendue pendant l’opération afin de ne pas attirer davantage l’attention sur la société.

Ce fut le premier revers d’une longue série qui allait conduire au démantèlement de la United Fruit Company au milieu des années 1980. Après une succession de fusions, d’acquisitions et de scissions, ne demeure finalement que l’omniprésent logo de Miss Chiquita, apposé sur les bananes vendues par l’entreprise.

Et, selon de nombreux spécialistes des relations internationales, le Guatemala ne s’est jamais remis de la destruction de son expérience démocratique, brisée sous la pression des intérêts privés.

The Conversation

Les recherches d’Aaron Coy Moulton ont bénéficié de financements du Truman Library Institute, de Phi Alpha Theta, de la Society for Historians of American Foreign Relations, du Roosevelt Institute, de l’Eisenhower Foundation, de la Massachusetts Historical Society, de la Bentley Historical Library, de l’American Philosophical Society, du Dirksen Congressional Center, de la Hoover Presidential Foundation et du Frances S. Summersell Center for the Study of the South.

ref. Avant le pétrole vénézuelien, il y a eu les bananes du Guatemala… – https://theconversation.com/avant-le-petrole-venezuelien-il-y-a-eu-les-bananes-du-guatemala-273713