Katherine Johnson : la mathématicienne qui a envoyé des astronautes dans l’espace

Source: The Conversation – in French – By Coralie Thieulin, Enseignant chercheur en physique à l’ECE, docteure en biophysique, ECE Paris

Sans les calculs de Katherine Johnson et des autres « figures de l’ombre », les astronautes d’Apollo 11 n’auraient pas pu revenir sains et saufs de la Lune. Bob Nye/NASA/Wikimédia Commons

Si l’on a retenu les noms des premiers astronautes à faire quelques pas sur la Lune, ceux des femmes qui ont rendu possible cette prouesse sont longtemps restés dans l’oubli. Parmi elles, Katherine Johnson, qui faisait partie de ces « ordinateurs humains », de brillantes mathématiciennes dont le travail, peu reconnu à l’époque, fut pourtant essentiel pour calculer les trajectoires des missions spatiales de la Nasa.


Dans l’ombre des fusées qui perçaient le ciel et des astronautes qui marchaient sur la Lune se cachait une femme à l’esprit plus rapide qu’un ordinateur. Katherine Johnson, mathématicienne de génie, a calculé les trajectoires qui ont permis à l’Amérique de conquérir l’espace. Avant d’écrire l’histoire de la Nasa, elle a dû affronter celle de son pays : une Amérique ségrégationniste où être femme noire signifiait lutter chaque jour pour prouver que le génie n’a ni couleur ni genre.

« Les filles sont capables de faire exactement les mêmes choses que les hommes. Parfois, elles ont même plus d’imagination qu’eux. » — Katherine Johnson

Une jeunesse brillante dans l’Amérique ségrégationniste

Katherine Coleman naît le 26 août 1918 à White Sulphur Springs, en Virginie-Occidentale. Fille d’un bûcheron et d’une institutrice, elle grandit dans une Amérique profondément marquée par les lois Jim Crow. Très tôt, son génie pour les chiffres saute aux yeux et lui vaut de sauter plusieurs classes à l’école. Malheureusement, à cette époque, le comté où elle habite ne propose pas d’éducation aux enfants noirs au-delà de l’âge de 9 ou 10 ans. Son père, déterminé à offrir à sa fille l’instruction qu’elle mérite malgré la ségrégation, déménage une partie de l’année pour qu’elle puisse suivre des cours de qualité à l’institut de West Virginia State College.

À 15 ans, elle y débute ses études supérieures et rencontre le mathématicien William Schieffelin Claytor, l’un des premiers Afro-Américains à obtenir un doctorat en mathématiques. Il la prend sous son aile et l’encourage à viser plus haut que ce que la société lui permet. En 1937, à 18 ans, elle sort diplômée avec les plus grands honneurs en mathématiques et en français.

Cette même année, elle épouse le physicien et mathématicien James Francis Goble, avec qui elle aura trois filles. Elle débute sa carrière comme enseignante, l’un des rares débouchés pour une femme noire diplômée en mathématiques à l’époque. Sa vie semble tracée : enseignement, foyer, et un génie cantonné aux salles de classe.

Ses débuts comme « ordinateur humain »

Photo noir et blanc de Katherine Johnson, elle est assise à son bureau devant une machine à écrire ou à calculer.
Katherine Johnson à la Nasa en 1966.
NASA/Wikimédia Commons

En 1953, le National Advisory Committee for Aeronautics (Naca), ancêtre de la Nasa, ouvre un département de calcul réservé aux femmes afro-américaines : le West Area Computing Unit, dirigé par une compatriote de Virginie-Occidentale, Dorothy Vaughan. Johnson postule et y est engagée comme « ordinateur humain » – littéralement un cerveau destiné à faire, à la main, ce que les ordinateurs électroniques commencent tout juste à accomplir. Avec son mari et ses filles, elle déménage à Newport News, en Virginie, pour rejoindre ce nouveau poste.

Dans cet univers, les femmes calculent, les hommes valident. Plus grave encore : Katherine Johnson et ses collègues noires travaillent dans une aile séparée du bâtiment, mangent dans une cantine à part et doivent parcourir plusieurs centaines de mètres pour trouver des toilettes qui leur sont réservées.

Pendant ce temps, son mari James tombe gravement malade. Elle continue pourtant son travail avec la même rigueur. Il décède en 1956, la laissant seule avec leurs trois filles.

Des calculs qui envoient des hommes dans l’espace

En 1958, la Naca devient la Nasa et supprime officiellement la ségrégation dans ses bureaux. Katherine est intégrée à l’équipe du Space Task Group, la cellule chargée du tout premier programme spatial habité des États-Unis : Mercury. Son talent va alors se révéler décisif.

Elle calcule à la main la trajectoire du vol suborbital d’Alan Shepard, en 1961, le premier Américain envoyé dans l’espace. Mais c’est surtout lors du vol orbital de John Glenn, en 1962, qu’elle entre définitivement dans l’histoire. Glenn sait que les nouveaux ordinateurs électroniques sont sujets aux pannes et dysfonctionnements : une erreur de virgule et c’est un astronaute perdu dans l’infini. Avant de décoller, il lance alors cette phrase restée célèbre, en parlant de Katherine Johnson :

« Faites vérifier les calculs par la fille. Si elle dit que c’est bon, je suis prêt à y aller. »

Photo en noir et blanc. John Glenn, en combinaison spatial, est debout devant la capsule flanquée d'un drapeau américain et sur laquelle est indiqué « Friendship 7 » et  « United States ».
John Glenn devant la capsule Friendship 7, dans laquelle il deviendra le premier Américain à aller dans l’espace.
NASA/Wikimedia Commons

Katherine Johnson vérifie les équations ligne par ligne, à la main. Le calcul est correct : Glenn décolle et revient sain et sauf. Le vol est un succès et marque un tournant dans la compétition entre les États-Unis et l’Union soviétique dans la conquête spatiale.

Viser la Lune

Le module de commande sur le pont du porte-avion qui l'a récupéré après son amerrissage. Sa carlingue est brûlé après son entrée dans l'atmosphère.
Le module de commande Columbia, de la mission Apollo 11, a ramené sur Terre les premiers astronautes à avoir posé le pied sur la Lune grâce aux calculs de Katherine Johnson.
NASA/Wikimedia Commons

Durant ces années intenses, Katherine se remarie avec le colonel James Johnson, qui soutiendra sa carrière et l’aidera à élever ses filles. La course à l’espace s’intensifie, et Katherine Johnson continue de mettre son génie au service des missions Gemini et Apollo.

Pour Apollo 11, elle calcule la trajectoire qui permet aux astronautes de quitter la Lune, de rejoindre le module de commande en orbite et de revenir sur Terre en entrant dans l’atmosphère avec une précision absolue – un exploit mathématique qui ne laisse aucune place à l’approximation. Elle publie aussi plusieurs articles scientifiques en son nom, chose très rare pour une femme noire à l’époque.

Une reconnaissance tardive

Il aura fallu attendre plusieurs décennies pour que l’Amérique mesure l’ampleur de ses contributions. En 2015, à 97 ans, Katherine Johnson reçoit la médaille présidentielle de la Liberté des mains de Barack Obama.

« Katherine G. Johnson a refusé d’être limitée par les attentes qu’avait la société à l’égard de son genre et de sa race, tout en repoussant les frontières de ce que l’humanité peut atteindre », déclare la Maison Blanche.

Katherine Johnson, une dame âgée assise dans un fauteuil roulant, avec la médaille attachée autour du cou par un large ruban bleu.
Katherine Johnson lorsqu’elle reçoit la médaille de la Liberté, remise par le président Barack Obama.
Bill Ingalls, NASA/Wikimedia Commons

L’année suivante, le livre puis le film les Figures de l’ombre (Hidden Figures) font connaître au grand public l’histoire de Katherine Jonhson et de ses collègues Mary Jackson et Dorothy Vaughan. Pour des millions de jeunes filles, surtout issues des minorités, elle devient un modèle : celui d’une femme qui prouve que le génie n’a ni couleur, ni sexe, ni frontières.

Katherine Johnson s’éteint le 24 février 2020, à 101 ans, laissant derrière elle un héritage scientifique et humain colossal. En 2016, la Nasa rebaptise l’un de ses bâtiments le Katherine-G.-Johnson Computational Research Facility, comme symbole de réparation morale. Sa vie nous rappelle que le progrès scientifique n’est pas seulement affaire de technologie, mais aussi de courage, de dignité et d’équité.

The Conversation

Coralie Thieulin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Katherine Johnson : la mathématicienne qui a envoyé des astronautes dans l’espace – https://theconversation.com/katherine-johnson-la-mathematicienne-qui-a-envoye-des-astronautes-dans-lespace-265997

Atermoiements autour de l’avion du futur : quand l’Europe de la défense se heurte à ses contradictions

Source: The Conversation – in French – By Chloé Zanardi, Assistant professor, TBS Education

La « coopétition », c’est-à-dire la coopération sur un projet donné par deux acteurs se trouvant par ailleurs en compétition, est un processus complexe qui peut achopper à divers moments. C’est ce que l’on constate en examinant la difficile progression du projet d’avion du futur porté conjointement par Dassault et Airbus Defense and Space.


Alors que Dassault enchaîne les succès à l’international avec son Rafale, le projet de Système de combat aérien du futur (Scaf), censé incarner l’avenir de l’aviation de combat européenne, s’enlise. L’été 2025 a marqué un nouveau coup d’arrêt pour l’ambitieux programme d’avion de combat du futur qui réunit Dassault, représentant les intérêts français, et Airbus Defense and Space, représentant notamment les intérêts allemands.

Depuis ses débuts, le projet, qui se présente principalement comme une « coopétition » entre Dassault et Airbus Defense and Space, peine à avancer alors qu’il est annoncé comme le successeur du Rafale. Le 22 juillet, Éric Trappier, PDG de Dassault, a dénoncé une gouvernance de projet « sans vrai leader » et menacé de quitter le programme. Berlin a alors d’abord répliqué en avertissant contre tout changement de gouvernance au profit de l’industriel français avant de menacer à son tour de quitter le projet pour se tourner vers de nouveaux partenaires.

Le constat est celui d’une coopération à l’arrêt, dans un contexte géopolitique où l’Europe cherche pourtant à renforcer son autonomie stratégique. La question centrale est la suivante : comment concilier les intérêts de la défense des États européens, qui rend nécessaires des programmes européens ambitieux comme le Scaf, avec les intérêts des entreprises nationales ?

Qu’est-ce que le Scaf, et pourquoi est-il stratégique ?

Né en 2017, le projet Scaf vise à développer un avion de combat capable de rivaliser avec le F-35 Lightning II américain. Selon la France et l’Allemagne, qui en sont à l’origine, ainsi que l’Espagne, le F-35 représente une menace pour la souveraineté européenne et justifie le lancement d’un programme spécifiquement européen.

L’entrée en service du Scaf est prévue à l’horizon 2040, avec des objectifs ambitieux. C’est un système de système incluant un avion furtif, un « cloud de combat » et une flotte de drones, pensé afin de répondre à la montée en gamme technologique des autres puissances. Le projet est aujourd’hui en phase 1B, étape préparatoire avant la construction d’un démonstrateur de vol lors de la phase 2.

Pour Berlin, il s’agit de garantir la continuité de son industrie aéronautique militaire grâce à une coopération étroite avec la France et l’Espagne. « La réussite du projet est une condition essentielle à la compétitivité de l’industrie aéronautique militaire allemande et européenne », souligne le ministère fédéral allemand de la défense dans le 19e rapport allemand sur l’armement.

Coopétition et souveraineté : le dilemme européen du Scaf

La coopétition, c’est-à-dire la coopération avec un concurrent, repose sur une logique paradoxale. Les entreprises collaborent pour créer de la valeur, mais cherchent en même temps à en capter la plus grande part possible pour elles-mêmes. Cela les conduit à partager des connaissances pour progresser et co-innover, tout en protégeant leurs savoirs stratégiques afin d’éviter des transferts non désirés. La coopétition mêle donc confiance et défiance à parts égales et génère inévitablement des tensions.

À l’échelle européenne, la coopétition entre les États et entre les industriels apparaît comme un levier stratégique pour renforcer la souveraineté technologique. Mais cette stratégie comporte aussi des risques majeurs : transferts de connaissances sensibles, captation asymétrique de la valeur co-créée avec un partenaire… qui reste, malgré tout, un concurrent (Le Roy et coll., 2022).

Ces enjeux prennent une dimension particulière lorsqu’ils touchent à la souveraineté. Coopérer avec un industriel étranger, même européen, peut revenir à lui donner les moyens de vous concurrencer demain.

Dans le projet Scaf, ce dilemme coopétitif est particulièrement important. Dassault, côté français, et Airbus Defense and Space, côté allemand doivent coopérer pour développer l’avion du futur dans le cadre d’une ambition européenne. Mais Dassault et Airbus Defense and Space sont en concurrence sur le marché mondial, avec le Rafale pour Dassault et l’Eurofighter pour Airbus. Depuis son lancement, cette relation ambivalente nourrit des tensions persistantes qui fragilisent la progression du programme.

Les tensions « coopétitives » dans le cadre du projet Scaf

Les tensions entre Dassault et Airbus Defense and Space portent d’abord sur la répartition des tâches et la gouvernance du projet. Au départ, un accord prévoyait une répartition équitable (50/50), Dassault étant désigné maître d’œuvre en raison de son expertise. Mais en 2019, l’intégration de l’Espagne a conduit les États à proposer un partage en trois parts égales.

Le rééquilibrage, perçu comme une remise en cause du rôle central de Dassault, a marqué le début d’un conflit qui ne s’est jamais apaisé. Airbus juge la répartition inéquitable et conteste la maîtrise d’ouvrage française, tandis que Dassault refuse de céder. Faute d’accord, la phase 1B du programme, visant à construire un démonstrateur de vol, a été bloquée.

Les tensions concernent aussi le partage des connaissances, question directement liée aux enjeux de souveraineté. Berlin a réclamé à Dassault d’ouvrir l’accès à certaines technologies, ce que l’industriel français a refusé par crainte d’un transfert non désiré de connaissances. Airbus Defense and Space considère pourtant que, sans cet échange, elle ne pourra pas pleinement bénéficier du co-développement. Angela Merkel soulignait déjà en 2021 que « les questions de propriété industrielle, de partage des tâches et de leadership » restaient centrales. Le PDG de Dassault lui répondait en écho : « Si je donne mon background aujourd’hui et que le programme est annulé dans deux ans, comment serais-je protégé vis-à-vis de la concurrence ? »

Un compromis politique a bien été trouvé fin 2022 entre Paris et Berlin pour débloquer la phase 1B et confirmer le rôle de Dassault. Mais les désaccords persistent et ralentissent à nouveau le programme, au risque de compromettre la suite du projet. Dassault Aviation réclame une gouvernance plus claire, afin de disposer de la latitude nécessaire pour exercer son rôle de maître d’œuvre du pilier n°1 (le développement de l’avion).

« La question se pose pour l’efficacité du projet qui réunit trois pays […] où il n’y a pas un vrai leader mais trois “co-co-co”. […] Comment puis-je assurer un leadership alors qu’en face de moi, j’ai quelqu’un qui pèse deux fois plus ? Comment peut-on diriger un programme si je n’ai même pas le droit de choisir mes sous-traitants en France, en Espagne et en Allemagne ? Ce n’est pas la bonne méthode pour faire voler un avion », résumait Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, le 22 juillet dernier.

Airbus Defense and Space, de son côté, refuse tout changement de gouvernance. « Si les gens veulent que le Scaf existe, nous savons tous comment le faire. Il suffit de revenir à ce qui a été convenu et de s’y tenir. Mais si certains pensent que nous devons repartir de zéro, ce n’est pas acceptable », déclarait son PDG, Michael Schoellhorn, le 19 juin 2025 au salon du Bourget.

Résultat : le projet reste bloqué dans sa phase 1B, censée déboucher sur un démonstrateur de vol. Pour l’instant, le « système de combat aérien du futur » n’existe encore qu’au stade d’avion de papier. Un long chemin coopétitif reste donc à parcourir.

Le Scaf se trouve au cœur d’un débat où s’entremêlent souveraineté, coopétition entre États et entreprises et partage des savoir-faire technologiques. Les tensions coopétitives mettent en péril son avancement, tandis que les États, bien plus que de simples financeurs, apparaissent comme de véritables orchestrateurs politiques et arbitres de cette coopétition fragile. « Nous prendrons une décision sur l’avenir du projet à la fin de l’année », a prévenu Friedrich Merz fin août, rappelant que le processus « ne peut pas durer indéfiniment » et qu’il est désormais impératif de « sortir de l’impasse et accélérer, car le projet ne tolère plus aucun report ». Mais comment ?

Manager les tensions coopétitives

Les recherches sur la coopétition montrent que les projets coopétitifs sont traversés par des situations paradoxales que les firmes doivent apprendre à gérer (Le Roy et coll., 2024). Les coopétiteurs doivent à la fois partager et protéger leurs connaissances, co-créer de la valeur tout en cherchant à se l’approprier individuellement, développer la confiance tout en cultivant une certaine méfiance. Leurs intérêts stratégiques peuvent diverger, générant des tensions liées à des comportements opportunistes ou à la gouvernance du projet, comme l’illustre le cas du Scaf. Si elles ne sont pas anticipées et managées, ces tensions risquent d’entraver la dynamique collaborative et de freiner l’avancement des projets.

Le management des projets coopétitifs requiert ainsi des dispositifs adaptés : séparation structurelles entre les activités en coopération et les activités en compétition, intégration individuelle des paradoxes coopétitifs, et mise en place de mécanismes spécifiques à la fois formels et informels.

Dans certains cas, la littérature souligne également l’importance du recours à un acteur tiers, capable d’endosser le rôle d’orchestrateur neutre. Ainsi, une recherche sur le programme Européen Galileo, programme phare de l’industrie spatiale européenne, impliquant les compétiteurs OHB, Thales Alenia Space et Airbus Defence and Space, dévoile les tensions coopétitives au sein du projet qui ont nourri les tensions entre les coopétiteurs (Rouyre et coll., 2019).

Chaque acteur soupçonnait les autres d’être des « free riders » ou des « chasseurs de connaissances », freinant ainsi le partage d’informations stratégiques. Pour surmonter ces blocages, l’Agence spatiale européenne (ESA) a endossé un rôle d’orchestrateur neutre pour centraliser les flux de connaissances, diviser de manière claire des responsabilités industrielles, formaliser les processus et réaliser de la coordination technique. Cette gouvernance formelle a permis de limiter les tensions et d’assurer la réussite du projet.




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La nécessité de manager la coopétition et ses tensions met en évidence deux points de vigilance majeurs pour le Scaf. Premièrement, l’apparente absence de mécanismes adaptés au management d’un projet coopétitif (séparation des activités, intégration des paradoxes, dispositifs formels et informels). Deuxièmement, l’absence d’un orchestrateur neutre entre les deux coopétiteurs. S’inspirer des dispositifs de management de la coopétition identifiés par la recherche en sciences de gestion pourrait offrir des pistes concrètes pour mieux contenir ces tensions et redonner de l’élan à ce projet hautement stratégique pour la souveraineté Européenne.

Maîtriser le management de la coopétition, un enjeu clé pour l’avenir de la défense européenne

Le projet Scaf est le miroir des dilemmes européens : la nécessité de coopérer pour peser face aux grandes puissances, mais aussi la volonté de préserver les entreprises nationales.

Il montre qu’un des défis majeurs de la construction d’une défense européenne réside dans la capacité à manager des projets coopétitifs impliquant des entreprises et des États aux intérêts divergents. Deux scénarios sont possibles. Si le Scaf réussit, il pourrait devenir le symbole d’une souveraineté partagée et d’une innovation collaborative entre compétiteurs européens : un modèle transposable au spatial, à l’intelligence artificielle ou au cyber. En revanche, un échec enverrait un signal inquiétant. Il signifierait non seulement l’abandon d’un programme stratégique pour l’Europe, mais aussi la démonstration des limites structurelles de l’ambition de bâtir une véritable défense européenne.

L’enjeu de fond est donc clair : apprendre à manager la coopétition à l’échelle européenne sur des enjeux de souveraineté pour en faire un levier d’innovation, plutôt que de la laisser se transformer en champ de rivalités paralysantes.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Atermoiements autour de l’avion du futur : quand l’Europe de la défense se heurte à ses contradictions – https://theconversation.com/atermoiements-autour-de-lavion-du-futur-quand-leurope-de-la-defense-se-heurte-a-ses-contradictions-265118

What’s still needed after the Pope’s residential schools apology? Sustained action, humility and heart

Source: The Conversation – Canada – By Tiffany Dionne Prete, Assistant Professor, Sociology Department, University of Lethbridge

As we observe National Day for Truth and Reconciliation, it is relevant to remember the late Pope Francis.

As the first Latin American and Jesuit Pope, his leadership was marked by efforts to face difficult issues, including those affecting Indigenous Peoples in Canada.

One of the most significant moments of his papacy for this country was his historic public apology for the Catholic Church’s role in the Indian Residential School system. This apology was long-awaited by Survivors, their families and Indigenous communities across Canada.

As the actions of the Truth and Reconciliation Commission (TRC) demonstrated, and as the Pope and many others noted during his visit and since that time, reconciliation is not a single event. It is a long and difficult process requiring sustained action, humility and heart.

Reclaiming with Elders

I am a member of the Kainai Nation (Blood Tribe) of the Blackfoot Confederacy in Treaty 7 territory. My work focuses on reclaiming and reinterpreting the history of the Stolen Children Era alongside Blood Tribe Elders who are residential school Survivors. Through archival research and community partnerships, I examine the colonial policies behind multiple models of schooling imposed on Indigenous children, and how these systems operated.




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For more than 150 years, First Nations, Métis and Inuit children were taken from their families and placed in institutions aimed at erasing their identities, cultures and languages. These schools inflicted deep emotional, physical, sexual and spiritual harm.

The trauma of these events has created a legacy that reverberates through generations as intergenerational trauma. The first such school, the Mohawk Institute, opened its doors in 1831. The last, the Gordon Residential School, closed in 1996.

Brave testimonies

In the 1980s, Survivors began to come forward in growing numbers to share the horrors they endured. Though many were initially met with disbelief, their collective voices grew stronger.

Brave testimonies by Survivors like Nora Bernard and many others ultimately led to the Indian Residential Schools (IRS) Settlement Agreement, the largest class-action suit in Canadian history.

As the truth emerged, formal apologies began to follow from various denominations: the United Church of Canada in 1986 and again in 1998; the Anglican Church of Canada in 1993, 2019 and 2022; and the Presbyterian Church in 1994.

Noticeable absence was papal apology

Catholic religious orders or dioceses offered apologies (for example, the Oblate apology in 1991), but noticeably absent for many years was an apology from the highest leadership of the Roman Catholic Church.

In 2008, Prime Minister Stephen Harper issued a federal apology following the settlement agreement in 2007.

In 2015, the Truth and Reconciliation Commission of Canada released 94 Calls to Action, which were concrete policy recommendations meant to guide Canada toward reconciliation. Call to Action No. 58 specifically called upon the Pope to issue an apology on Canadian soil to survivors, their families and communities for the Roman Catholic Church’s role in the abuses that took place in residential schools.

Clear action plans?

It was not until July 25, 2022, that Pope Francis formally issued the apology, during a historic visit to Maskwacis, Alberta.

Reactions to the apology have been mixed. For some, it marked a long-overdue acknowledgment, becoming a symbolic step toward healing. For others, it fell short.

Critics noted that Pope Francis spoke of the abuses as being carried out by “members of the church” rather than clearly naming the institutional role of the Roman Catholic Church itself. He also failed to explicitly name all forms of abuse, omitting mention of the sexual and spiritual violence that Survivors so courageously brought to light.

Perhaps most importantly, his apology lacked a clear action plan for justice, reparations or long-term reconciliation.




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There have been some signs of progress. For example:

  • The Canadian Catholic Church launched a $30 million Indigenous Reconciliation Fund, a not-for-profit charity with an independent board and members comprised of Indigenous and non-Indigenous leaders, to support initiatives related to: healing and reconciliation for communities and families; culture and language revitalization; education and community building; and dialogues for promoting Indigenous spirituality and culture.

  • Some funds have supported Indigenous languages and customs in Catholic services or communities; these point to existing or possible emerging practices of churches with Indigenous members that incorporate Indigenous ceremony.

  • The Vatican formally repudiated the Doctrine of Discovery in 2023 — an important but symbolic move rejecting the colonial-era justification for land dispossession.




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The Vatican just renounced a 500-year-old doctrine that justified colonial land theft … Now what? — Podcast


But many questions remain. For example:

Sustained action, humility and heart

As Sen. Murray Sinclair once wisely noted: “It took seven generations to create the harm through the residential schools. It will take a few generations to turn it around.”

Pope Francis took a first step. The path ahead continues to call for sustained honesty, accountability and commitment from Catholic leaders in Canada and in Rome.

Let us hope that work continues to not only build upon Pope Francis’s initial steps, but to have the courage to speak the truth plainly, act with integrity and walk alongside Indigenous Peoples in the ongoing work of meaningful, lasting reconciliation.

This is a commitment that must endure for generations. May this moment be the seed from which true and lasting transformation can continue to grow.

The Conversation

Tiffany Dionne Prete does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What’s still needed after the Pope’s residential schools apology? Sustained action, humility and heart – https://theconversation.com/whats-still-needed-after-the-popes-residential-schools-apology-sustained-action-humility-and-heart-255166

Comment les juges tracent la ligne entre critique d’une religion et stigmatisation des fidèles

Source: The Conversation – France in French (3) – By Anna Arzoumanov, Maitresse de conférences en langue et littérature françaises, Sorbonne Université

Certaines critiques de la religion relèvent-elles de la liberté d’expression ou basculent-elles dans la stigmatisation des croyants ? En France, la frontière est juridiquement ténue. Dans les prétoires, les juges tranchent, au cas par cas, loin des slogans et des polémiques médiatiques.


Les mots et discours qui circulent dans l’espace public sont régulièrement au cœur de controverses autour des limites de la liberté d’expression. Ils soulèvent des interrogations récurrentes sur les droits des individus, figures publiques ou anonymes, à tenir certains propos. Parmi les sujets les plus sensibles figurent les discours critiques à l’égard des religions.

Si certains les considèrent comme l’expression légitime d’une opinion ou d’un désaccord avec une doctrine, d’autres y voient une forme de stigmatisation insidieuse visant les croyants eux-mêmes. Ainsi, ce qui relève pour les uns d’un simple rejet intellectuel d’une croyance peut apparaître, pour les autres, comme une attaque implicite contre ceux qui y adhèrent. Ces divergences reflètent des clivages idéologiques profonds, qui alimentent la virulence des débats dans l’espace public.

Sans prétendre trancher ce débat, il faut souligner que ces tensions se jouent également dans les salles d’audience. Comment les juges français tracent-ils la ligne entre la critique d’une religion et la stigmatisation de ses fidèles ? La justice reconnaît-elle que cette frontière peut parfois s’estomper, que la critique peut glisser vers la stigmatisation ?

Offense ou préjudice ? Une distinction juridique essentielle

En France, la liberté d’expression repose sur la loi du 29 juillet 1881, qui garantit une parole libre dans l’espace public tout en posant des limites : diffamation, injure, provocation à la haine ou apologie de crimes sont ainsi sanctionnées. Longtemps concentré à la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, ce contentieux s’est largement diffusé sur le territoire français avec les réseaux sociaux, impliquant désormais des anonymes autant que des figures publiques.

Pour les juges, la méthode reste constante : identifier la cible des propos, puis en apprécier le sens selon le contexte. Ce cadre juridique repose sur une distinction essentielle : on ne punit pas une opinion, mais un discours portant atteinte à des personnes. Cela rejoint l’opposition formulée par le philosophe français Ruwen Ogien (1947-2017) entre offense, dirigée contre des idées ou des croyances, et préjudice, qui touche des individus ou des groupes identifiables.

Ainsi, critiquer une religion, même de manière virulente, relève de la liberté d’expression, alors que viser explicitement ses fidèles en excède les limites. Les tribunaux font la différence entre des propos sur « l’islam » ou sur « le catholicisme », qui désignent des dogmes religieux, et ceux visant « les musulmans » ou « les catholiques », assimilables à des attaques contre des personnes. Cette ligne de séparation permet d’expliquer certaines décisions judiciaires : Michel Houellebecq, par exemple, a été relaxé en 2002 après avoir qualifié l’islam de « religion la plus con », la justice estimant qu’il s’en prenait au dogme, non aux croyants.

Cette distinction opérée entre croyance et croyants s’explique par le fait que, depuis 1881, le blasphème n’est plus un délit en France. La critique de figures ou de symboles religieux est donc légalement permise, même si elle choque. Mais cela n’empêche pas certains groupes de considérer ces critiques comme des atteintes aux croyants eux-mêmes. À intervalles réguliers, des associations saisissent les tribunaux pour tenter de faire reconnaître qu’une offense dirigée contre une religion constitue en réalité un préjudice infligé à ceux qui la pratiquent. La sociologue Jeanne Favret-Saada a bien analysé ce phénomène dans les Sensibilités religieuses blessées. Christianismes, blasphèmes et cinéma. 1965-1988 (2017), en montrant comment, dans certaines procédures, ces associations tentent de transformer une offense symbolique en une atteinte personnelle devant la justice.

La plupart des actions en justice liées à des offenses religieuses sont portées par des associations chrétiennes, notamment catholiques. En première ligne, l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (Agrif), qui multiplie les procédures pour dénoncer ce qu’elle considère comme de la christianophobie. Pour elle, critiquer un dogme ou un symbole religieux revient à attaquer les croyants eux-mêmes. Dès 2010, le chercheur Jean Boulègue (1936-2011) relevait déjà que 90 % de ces affaires étaient engagées par des chrétiens, avec l’intention de faire reconnaître juridiquement l’offense comme un préjudice réel.

Des associations musulmanes ont tenté d’emprunter la même voie, notamment lors des procès contre Michel Houellebecq, en 2002, ou contre Charlie Hebdo après la publication des caricatures de Mahomet, en 2007. Mais la justice a tranché systématiquement en faveur d’une relaxe, les juges estimant que la critique visait la religion, non les musulmans en tant que groupe. Une position réaffirmée régulièrement : tant que le discours cible le dogme et non les fidèles, elle reste protégée par la liberté d’expression. En 2006, la Cour de cassation a même annulé une condamnation contre une publicité pastichant la Cène, rappelant qu’un symbole religieux peut être détourné sans que cela constitue une injure.

Si le principe juridique semble clair, son application se heurte à certains discours qui le mettent à mal. Dès lors que le discours s’éloigne du sens littéral, par des procédés comme la métonymie ou la personnification, l’identification de la cible devient plus complexe. C’est dans ces zones grises que se joue aujourd’hui la frontière entre critique légitime d’une croyance et discours stigmatisant des croyants.

Quand le discours prend des détours : la métonymie et la personnification à l’épreuve du droit

Le sens littéral des mots ne suffit pas toujours à identifier leur cible. Le contexte, le ton, l’intention, et certaines figures de style peuvent en modifier la portée.

Parmi elles, la métonymie désigne un objet par un autre auquel il est lié : dire « boire un verre », c’est évoquer le contenu, non le contenant. Dans le vers de Paul Éluard, « Paris a froid, Paris a faim », Paris désigne les habitants, non la ville elle-même. Ce glissement, bien connu des linguistes, peut devenir source d’ambiguïté en justice, où l’interprétation précise des propos est cruciale. La métonymie permet de suggérer sans nommer, de contourner les interdits sans les enfreindre explicitement. Dans les prétoires, elle pose la question suivante : où s’arrête la critique d’une idée ou d’un dogme, et où commence l’attaque d’un groupe de personnes ?

Un premier exemple éclaire ces enjeux. Un arrêt de la Cour de cassation du 16 mars 2021 portait sur un tract diffusé après l’attentat de Magnanville (Yvelines), où figuraient les slogans « Islam assassin » et « Islam dehors », associés à un poignard ensanglanté. La question posée aux juges : ces slogans visaient-ils la religion ou, métonymiquement, ses fidèles ? Le tract, en attribuant à l’islam des intentions humaines (volonté de soumettre, violence), recourait à la personnification, ce qui ouvre la voie à une désignation implicite des musulmans.

Le tribunal correctionnel a vu dans ce procédé une attaque indirecte contre les pratiquants, renforcée par d’autres expressions stigmatisantes caractéristiques du discours raciste (« grand remplacement », « invasion »). La cour d’appel, au contraire, a opté pour une lecture littérale, jugeant que l’absence de mention explicite d’un groupe empêchait de qualifier les propos d’incitation à la haine. La Cour de cassation a cassé cette décision, rappelant qu’on ne peut faire abstraction du discours figuré ni de ses effets implicites. Ce cas oppose donc deux lectures : l’une, contextuelle et figurale, attentive aux procédés stylistiques ; l’autre, strictement littérale, limitée au sens des mots en dehors de leur usage en contexte.

Une autre affaire, liée à des propos tenus en 2013 à Belfort (Territoire de Belfort), met en lumière un autre aspect de cette frontière floue entre critique de la religion et stigmatisation des croyants. La même personne que celle du tract y déclare : « Oui je suis islamophobe, et alors ? La haine de l’islam, j’en suis fière. L’islam est une saloperie […], c’est un danger pour la France. » Contrairement au tract, ici la religion est explicitement visée, sans glissement apparent vers les fidèles. La prévenue assume une hostilité envers une religion, et non envers ceux qui la pratiquent. Elle est condamnée en première instance par des juges qui acceptent d’y voir un glissement entre haine de la religion et haine des croyants, mais relaxée en appel : les juges reconnaissent la violence du propos, mais estiment qu’il relève d’une opinion sur une religion, sans intention manifeste de stigmatiser un groupe. Ce raisonnement interroge. Peut-on vraiment dissocier des formules comme « haine de l’islam » ou « l’islam est un danger » de toute portée sociale sur les croyants ? Revendiquer son islamophobie comme l’affirmation d’une haine à l’égard d’une croyance peut à l’inverse être vu comme une manière de contourner l’interdit de la haine envers les personnes, sous couvert de critiquer une abstraction.

Ces deux affaires illustrent les limites d’une approche strictement littérale et les difficultés que la distinction entre. Si les propos ne franchissent pas toujours le seuil de l’incitation légale, ils révèlent combien la frontière entre critique du dogme et attaque des croyants peut être instable, et parfois exploitée pour rester dans la légalité.

L’affaire Houellebecq, évoquée plus haut, en offre une nouvelle illustration. Dans une interview, l’écrivain affirme : « La religion la plus con, c’est quand même l’islam. » La justice y voit une critique de la religion en tant que telle, et non une attaque contre ses fidèles. Pourtant, lorsqu’il poursuit en déclarant : « L’islam naît avec la volonté de soumettre le monde […]. C’est une religion belliqueuse, intolérante, qui rend les gens malheureux », le discours glisse vers une personnification du dogme. Ce procédé ouvre la voie à une lecture métonymique, susceptible d’assimiler croyance et croyants. Là encore, l’interprétation littérale masque les effets de glissement potentiels du propos et l’ambiguïté de leur cible.

Les exemples étudiés montrent que la justice française s’efforce de maintenir une distinction délicate entre la critique du dogme et l’attaque dirigée contre les croyants eux-mêmes. Toutefois, cette frontière demeure instable, car elle peut facilement être contournée. Les mots, en contexte, peuvent glisser insidieusement de l’abstraction théologique à la stigmatisation implicite d’un groupe de fidèles. Ce glissement, souvent permis par les ressources mêmes du langage – métonymie, personnification, implicite – exige des juges une lecture fine et contextualisée des discours, attentive non seulement à leur contenu littéral, mais aussi à leurs effets, leurs sous-entendus, et à l’intention qui les anime.

Si la liberté de critiquer les religions constitue un principe fondamental en droit français, elle ne saurait servir de paravent à des propos qui, sous des apparences abstraites, ciblent en réalité un groupe identifiable. La langue, par sa richesse et sa souplesse, permet précisément ces déplacements de sens : les ignorer serait faire preuve d’un dangereux aveuglement.


Anna Arzoumanov est l’autrice de Juger les mots. Liberté d’expression, justice et langue, éditions Actes Sud, « La compagnie des langues », avril 2025.

The Conversation

Arzoumanov Anna a reçu des financements de l’ANR et du CNRS pour des projets de recherche sur la liberté d’expression.

ref. Comment les juges tracent la ligne entre critique d’une religion et stigmatisation des fidèles – https://theconversation.com/comment-les-juges-tracent-la-ligne-entre-critique-dune-religion-et-stigmatisation-des-fideles-263287

Diplômés, mais sans emploi : une enquête montre le paradoxe des jeunes Africains

Source: The Conversation – in French – By Andrea Juan, Chief Research Specialist, Human Sciences Research Council

Étudiez assidûment, obtenez votre diplôme, puis décrochez en toute confiance un emploi stable et bien rémunéré. C’est depuis longtemps ainsi que l’on imagine la manière de s’assurer un moyen de subsistance : en suivant des étapes claires et prévisibles. Mais cette vision est de plus en plus éloignée de la réalité. Les emplois sûrs ne sont plus garantis après l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur.

Il est difficile d’obtenir des données fiables et actualisées sur le chômage des diplômés en Afrique. Une étude du British Council réalisée en 2014 estimait que près d’un diplômé nigérian sur quatre (23,1 %) était au chômage. Au Kenya, selon cette étude, il fallait en moyenne cinq ans aux diplômés pour trouver leur premier emploi. En Afrique du Sud, le taux de chômage des diplômés n’était que de 5,8 % en 2008. En 2023, ce chiffre avait plus que doublé pour atteindre 11,8 %. Si l’on s’intéresse plus particulièrement aux jeunes diplômés âgés de 20 à 29 ans, qui constituent un indicateur utile pour ceux qui entrent sur le marché du travail, le chiffre est encore plus frappant : près d’un sur trois (30,3 %) était au chômage en 2023.

Ces chiffres sont révélateurs d’une crise. Le décalage entre les diplômés et les opportunités montre clairement qu’il est essentiel de trouver divers moyens de gagner sa vie.

Que font donc les diplômés pour gagner leur vie ? Nous avons récemment mené une étude portant sur plus de 500 diplômés africains de l’enseignement supérieur issus de 21 universités (neuf dans des pays africains et 12 dans d’autres pays) sur une période de cinq ans afin d’apporter quelques réponses.

Les résultats montrent que les diplômés se constituent des moyens de subsistance à partir de multiples sources plutôt que de suivre une carrière linéaire. Leurs parcours sont complexes. Seuls 16 % de l’échantillon total sont passés sans encombre de l’enseignement supérieur à un emploi et sont restés en poste pendant la période couverte par l’enquête.

Fort de ce constat, les universités peuvent aider à fournir aux diplômés les compétences et les ressources dont ils auront besoin dans le monde actif.

Les diplômés se constituent un portefeuille de revenus

L’étude montre que les diplômés africains font preuve d’ingéniosité pour générer des revenus. À partir de leurs réponses, nous avons identifié certaines tendances.

Tout d’abord, ils exercent plusieurs activités. Près de la moitié des personnes interrogées exerçaient plus d’une activité, par exemple un emploi tout en gérant une activité secondaire ou en poursuivant leurs études. Un diplômé ougandais a expliqué comment il jonglait entre un emploi salarié, des projets agricoles familiaux et la poursuite de ses études.

Deuxièmement, ils font de l’éducation elle-même un moyen de subsistance. Les bourses, les diplômes de troisième cycle et les possibilités de recherche leur apportent à la fois des revenus et une certaine stabilité.
D’autres utilisent le sous-emploi (des emplois qui ne correspondent pas à leurs qualifications, leurs compétences ou leurs ambitions) comme tremplin, acquérant de l’expérience en attendant de meilleures opportunités.

Troisièmement, l’entrepreneuriat ou le travail indépendant ont un rôle à jouer. Si seule une petite minorité compte uniquement sur sa propre entreprise, environ un cinquième des diplômés complétent leurs revenus de cette manière. Certains vendent des marchandises, d’autres créent des ONG ou des entreprises sociales, et beaucoup considèrent l’entrepreneuriat comme un filet de sécurité dans un marché du travail imprévisible.

Mais il ne s’agit pas seulement d’une question de nécessité. Les diplômés sont motivés par les opportunités, les projets passionnants et la possibilité de construire quelque chose qui leur appartient, souvent avec des membres de leur famille. Cela remet en question l’idée répandue selon laquelle l’entrepreneuriat en Afrique n’est motivé que par le désespoir. En réalité, la nécessité et l’opportunité se recoupent, et toutes deux font partie de la manière dont les diplômés gagnent leur vie.

Au-delà de l’« attente » d’une opportunité

Les parcours décrits par les diplômés ne correspondent pas à l’image conventionnelle de personnes « coincées » ou « sans emploi ». Au contraire, ils sont marqués par le mouvement, l’improvisation et la réinvention continue.

Même lorsqu’ils sont sous-employés, les diplômés décrivent souvent leur travail comme digne ou, à tout le moins, comme un tremplin. Ils investissent dans leur avenir, affinent leurs compétences et se constituent des réseaux.

Ce type d’autonomie (la capacité à naviguer dans l’incertitude et à imaginer d’autres futurs) est une ressource cruciale. Elle permet aux jeunes Africains de trouver la dignité et un but dans des contextes où le soutien institutionnel et les opportunités d’emploi sont limités.

Ce que les universités peuvent faire différemment pour préparer les diplômés

Ces conclusions soulèvent des questions difficiles pour les universités. Si le parcours entre l’éducation et l’emploi est si complexe, quel rôle l’enseignement supérieur devrait-il jouer dans la préparation des diplômés ? Nos recherches apportent quelques réponses :

Tout d’abord, les universités doivent cesser de s’accrocher à des concepts dépassés tels que « l’employabilité ». Les diplômes ne sont pas des passeports pour des emplois stables. Au contraire, l’éducation devrait préparer les étudiants à des moyens de subsistance diversifiés et non linéaires. Cela signifie qu’il faut enseigner non seulement des compétences techniques, mais aussi la résilience, l’adaptabilité et l’esprit d’entreprise.

L’éducation à l’entrepreneuriat est un point de départ. Des cours sur la planification d’entreprise, la gestion financière et le réseautage peuvent aider les diplômés qui souhaitent créer ou pérenniser une entreprise.

Mais les compétences seules ne suffisent pas. Sans écosystèmes favorables, tels que des incubateurs, l’accès au financement et le mentorat, de nombreuses petites entreprises échouent. Les universités pourraient servir de plateformes, mettant en relation les étudiants et les diplômés avec les programmes gouvernementaux, les partenaires du secteur privé et les réseaux d’anciens élèves. Il est nécessaire de forger des partenariats entre les universités et les agences gouvernementales, comme l’Agence nationale pour le développement de la jeunesse (National Youth Development Agency) en Afrique du Sud, qui finance des projets entrepreneuriaux.

Les services d’orientation professionnelle doivent également évoluer. Plutôt que de se concentrer uniquement sur le placement professionnel, les universités devraient aider les étudiants à explorer plusieurs parcours professionnels, à se constituer un capital social et à accéder à des opportunités de diversification de leurs revenus. Des ressources pratiques, telles que des espaces de coworking, des formations courtes ou des « micro-certifications » permettant aux diplômés d’acquérir rapidement de nouvelles compétences, ainsi que des financements de démarrage, pourraient donner aux diplômés une longueur d’avance.

Enfin, les réseaux d’anciens élèves constituent un atout puissant mais sous-utilisé. Mettre en avant les diplômés qui ont réussi à diversifier leurs revenus peut inspirer les autres et changer le discours dominant.

En résumé, l’éducation ne doit plus être considérée simplement comme un tremplin vers un emploi salarié, mais comme une plateforme permettant de se construire des moyens de subsistance flexibles et multidimensionnels.

Une nouvelle histoire de la vie des diplômés

La population jeune africaine continue de croître, et le marché du travail ne va pas soudainement s’étendre pour répondre à la demande. Cette réalité peut sembler décourageante. Mais les histoires des jeunes diplômés témoignent également de leur résilience, de leur créativité et de leur détermination. Ils n’attendent pas passivement un emploi, ils construisent activement leur avenir, souvent contre toute attente.
Les universités et autres établissements d’enseignement supérieur doivent rattraper leur retard. En soutenant l’entrepreneuriat, en favorisant les réseaux et en reconnaissant la réalité des transitions non linéaires, ils peuvent aider les diplômés à naviguer dans l’incertitude avec confiance.

L’avenir du travail en Afrique ne sera pas défini par des transitions en douceur, mais par des enchevêtrements complexes. Reconnaître et soutenir ces enchevêtrements pourrait être l’une des tâches les plus importantes de l’enseignement supérieur dans les décennies à venir.

The Conversation

Cet article a été rédigé dans le cadre de l’étude « The Imprint of Education » menée par le Conseil de recherche en sciences humaines d’Afrique du Sud entre août 2019 et juillet 2025, en partenariat avec la Fondation Mastercard et financée par celle-ci. Les opinions exprimées sont celles des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement celles de la Fondation Mastercard, de son personnel ou de son conseil d’administration. Andrea Juan est chercheuse honoraire à la faculté de droit de l’université du KwaZulu-Natal.

Cet article a été rédigé dans le cadre de l’étude « The Imprint of Education » menée par le Conseil de recherche en sciences humaines d’Afrique du Sud entre août 2019 et juillet 2025, en partenariat avec la Fondation Mastercard et financée par celle-ci. Les opinions exprimées sont celles des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement celles de la Fondation Mastercard, de son personnel ou de son conseil d’administration. Adam Cooper est chercheur associé honoraire à l’université Nelson Mandela, où il occupe la chaire « Chômage, autonomisation et employabilité des jeunes ».

ref. Diplômés, mais sans emploi : une enquête montre le paradoxe des jeunes Africains – https://theconversation.com/diplomes-mais-sans-emploi-une-enquete-montre-le-paradoxe-des-jeunes-africains-266096

La gratuité des transports publics est-elle généralisable ?

Source: The Conversation – in French – By Ydriss Ziane, Maître de conférences, IAE Paris – Sorbonne Business School

La Cour des comptes vient de rendre un rapport sur la gratuité des transports publics. Si la mesure peut trouver des raisons écologiques ou sociales, elle reste difficilement finançable dans le contexte économique actuel. Peut-on concilier efficacité économique et mesures sociales en matière de transport public ? Les termes du débat sont posés.


« Rien n’est jamais sans conséquence. En conséquence, rien n’est jamais gratuit. » Cette maxime de Confucius trouve un écho particulier à la suite de la récente publication d’un rapport de la Cour des comptes sur la gratuité des transports en commun, un sujet qui fait débat en cette rentrée d’année électorale municipale, dans un contexte aux forts accents sociaux et fiscaux.

Initié à la demande populaire sur la plateforme citoyenne de l’institution, le rapport des magistrats semble sans appel. La gratuité pour l’usager est une mauvaise idée qui coûterait très cher au contribuable, notamment pour les réseaux les plus importants, tout en dégradant la qualité des services et le niveau des investissements nécessaires. De surcroît, la gratuité ne pousserait que très peu d’automobilistes à abandonner leurs voitures particulières pour le métro ou le bus, limitant ainsi un transfert modal écologique pourtant nécessaire afin de limiter la pollution aux particules fines, enjeu majeur de santé publique. À l’inverse, le rapport préconise une hausse des tarifs pour assurer le développement des réseaux et une meilleure communication sur les tarifications solidaires en faveur des usagers les plus défavorisés.

Un débat récurrent

Le débat sur la gratuité des transports n’est pas nouveau. Amorcé au début du siècle, il reste d’abord cantonné à de petits réseaux dans les années 2000. Plus récemment, le mouvement s’accélère. Ainsi, Niort (Deux-Sèvres), Dunkerque (Nord), Calais (Pas-de-Calais), Douai (Nord), Bourges (Cher) et Montpellier (Hérault) franchisent le cap, tout comme Strasbourg (Bas-Rhin) en 2021 pour les seuls mineurs, sous l’impulsion de la municipalité écologiste.




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L’effet limité de la gratuité des transports en commun sur la pression automobile


Fin 2024, on compte 2,8 millions d’habitants bénéficiant de gratuité en France métropolitaine, soit 4,2 % de la population. Au plan international, le Luxembourg fait office de ville-pays précurseur avec un réseau entièrement gratuit depuis 2020. Des villes, comme Tallinn, la capitale de l’Estonie, ou Kansas City (Missouri) aux États-Unis, se sont aussi converties. Mais aucune ville d’une dimension comparable à Paris ne l’a encore fait.

Les transports : 12,7 % de la consommation des ménages

Le sujet intéresse à plusieurs titres. Il réapparaît systématiquement à l’approche d’échéances politiques comme les présidentielles de 2022 ou les élections municipales. Si les transports en commun disponibles sont largement concentrés en zone urbaine et dense, ils sont en proportion plus empruntés par les jeunes et les personnes à faibles revenus, d’après une enquête menée en 2019. Le poste « transport » représente 12,7 % de la consommation totale des ménages (1 527 milliards en 2024). À la suite de la crise sanitaire puis du déclenchement de la guerre en Ukraine, l’inflation a eu un impact très fort sur ce poste de dépense. En effet, son taux de croissance a atteint 50 % depuis 2020.

Sur le plan environnemental, si les transports en commun représentent 16 % des déplacements en France (contre 82 % pour la voiture individuelle et 2 % pour l’aérien), ils ne représentent que 2,6 % des émissions de gaz à effet de serre (dont 2,3 % pour les bus et autocars et 0,3 % pour le ferroviaire). Sans parler des pollutions sonore et visuelle et de la réduction des accidents et désagréments pour les humains, la faune et la flore qui sont rarement considérés dans les débats.

Des bénéfices oubliés ?

À l’image du maire de Montpellier Michaël Delafosse, certains dénoncent un rapport à charge de la Cour des comptes qui éluderait largement les bienfaits de la gratuité sur le pouvoir d’achat et le climat, dans un contexte anxiogène, où le déficit public et les questions d’insécurité domineraient la scène médiatique.

Qu’en est-il réellement pour la région Île-de-France ? Avec ses 25 000 kilomètres de lignes de bus, 900 de Transilien, 600 de RER, 250 de métro et 120 de tramway, le réseau francilien est l’un des plus grands du monde. Géré par Île-de-France Mobilités (IdFM), le coût de fonctionnement du réseau était en 2023 de 10 milliards d’euros pour des recettes s’élevant à 10,6 milliards, soit un excédent de 600 millions.

Des entreprises qui financent

Du point de vue des recettes, les entreprises contribuent à hauteur de 58 % (soit 6,15 milliards) au travers d’une taxe spécifique, le versement mobilité (48 %), et du remboursement partiel (10 %) des abonnements de leurs salariés. Les usagers financent 23 % des recettes (2,44 milliards) par le biais des abonnements et le solde (2 milliards) est financé par les collectivités locales et l’État. En résumé, le coût de la gratuité avoisinerait les 2,5 milliards d’euros.

Pour financer la gratuité à Tallinn, Kansas City ou Luxembourg, un effort supplémentaire a été demandé aux entreprises. Cela serait-il possible en France ? On peut en douter, car les entreprises se plaignent d’un taux d’imposition déjà très élevé et le versement mobilité étant proportionnel à la masse salariale, la mesure dégraderait la compétitivité et l’emploi dans les secteurs à forte main-d’œuvre. La dette de la France ne permet pas non plus d’envisager un financement par l’État. La mesure de gratuité apparaît donc comme une impasse financière du point de vue des ressources.

Le bât blesse aussi du côté des dépenses en raison des besoins. En effet, l’augmentation de la population régionale hors Paris, de la fréquentation touristique et des trajets travail-domicile toujours plus longs en raison d’un marché immobilier tendu, les besoins d’investissement en infrastructures de développement et de renouvellement sont plus élevés que jamais.

D’importants besoins d’investissement

À lui seul, le Grand Paris Express, à l’horizon de 2030, illustre ces besoins de développement. Totalisant 200 kilomètres de nouvelles lignes automatiques de métro en rocade et 60 nouvelles gares, ce projet pharaonique est entièrement dédié aux mobilités interbanlieues, sans passer par Paris, pour favoriser les zones excentrées. Récemment, la Cour des comptes alerte ainsi sur les coûts réels du projet qui avoisineraient les 36 milliards d’euros, soit près du double de l’enveloppe initiale.

La carte du Grand Paris Express.
Fourni par l’auteur

À propos des investissements de renouvellement, il faut remplacer les vieux matériels roulants et entretenir les installations pour pallier les défaillances et réduire les embouteillages aux heures de pointe. Ceci dans le but d’améliorer les indicateurs de performance qui lient IdFM aux divers opérateurs de transport (RATP, SNCF, Transdev, Keolis, Lacroix Savac…). Régularité, ponctualité, information voyageur, propreté ou sécurité, ces indicateurs donnent lieu à des bonus malus financiers mais sont aussi scrutés de près par les usagers qui n’hésitent plus à « raller constructif ». L’affluence supplémentaire induite par la gratuité provoquerait mécaniquement une inflation des coûts de fonctionnement comme des besoins humains et matériels.

France Inter, 2025.

Un effet positif sur l’image

En somme, sans nouvelle recette, moins d’investissements et un risque accru de saturation des lignes existantes tout comme de dégradation de la qualité de service. Un classement des meilleurs réseaux de transport ne place Paris qu’à la 14e place. On comprend mieux la position purement « économique » de la Cour des comptes qui préconise une augmentation des tarifs.

À la différence des cas existants, Paris est une mégalopole et la gratuité des transports lui donnerait indubitablement une image de ville pionnière qui renforcerait son attractivité et son rayonnement. Elle profiterait à son environnement naturel mais aussi à son importante industrie touristique qui pourrait être mise à contribution pour financer la mesure. Pour les habitants, la mesure encouragerait aussi l’activité physique et diminuerait le stress, comme le démontrent des travaux académiques récents.

Dans l’immédiat, les investissements nécessaires pour développer le réseau hors Paris, mettre en service des matériels « verts » et assurer une meilleure qualité de services sont des freins financiers à un tel tournant sociétal. Mais pour combien de temps encore ? Le débat devrait certainement s’enrichir à l’aune des élections municipales des 15 et 22 mars prochains.

The Conversation

Ydriss Ziane ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La gratuité des transports publics est-elle généralisable ? – https://theconversation.com/la-gratuite-des-transports-publics-est-elle-generalisable-266020

Moins d’étudiants étrangers aux États-Unis : une baisse qui coûte cher aux universités

Source: The Conversation – in French – By Tara Sonenshine, Edward R. Murrow Professor of Practice in Public Diplomacy, Tufts University

On estime à 150 000 la baisse du nombre d’étudiants étrangers sur les campus états-uniens cet automne en raison des politiques mises en place par l’administration Trump. Ce retournement de situation va peser sur les campus et sur leur économie locale.


C’est la période où les étudiants reprennent leurs marques à l’université et, comme tous les ans, les campus états-uniens, de Tucson (Arizona) à Tallahassee (Floride), bourdonnent d’activité. Une tendance nouvelle se dessine toutefois.

Par rapport aux évolutions de l’année universitaire 2024-2025, on estime que 30 à 40 % d’étudiants internationaux de moins sont attendus en cet automne 2025, selon la NAFSA-Association of International Educators – une organisation à but non lucratif spécialisée dans l’éducation internationale – et JB International, une entreprise à but lucratif spécialisée dans les technologies éducatives.

Au total, on estime à 150 000 le nombre d’étudiants internationaux en moins qui doivent arriver ces prochaines semaines, en raison des nouvelles restrictions en matière de délivrance de visas et de l’annulation de rendez-vous administratifs dans les ambassades et consulats états-uniens de nombreux pays, tels que l’Inde, la Chine, le Nigeria et le Japon.

Il y avait plus de 1,1 million d’étudiants internationaux – dont plus de la moitié venaient de Chine ou d’Inde – dans les universités états-uniennes au cours de l’année universitaire 2023-2024, selon l’Institute for International Education, qui surveille les programmes destinés aux étudiants étrangers et qui partage les données récentes les plus complètes.

Cette forte baisse du nombre d’étudiants internationaux pourrait coûter 7 milliards de dollars à l’économie des États-Unis au cours de l’année scolaire 2025-2026, selon les estimations de la NAFSA.

Pour trois étudiants internationaux aux États-Unis, un nouvel emploi américain est créé, ou soutenu, par les 35 000 dollars en moyenne que ces étudiants dépensent localement pour le logement, la nourriture, les transports et d’autres frais.

En qualité de chercheuse à la Fletcher School of Law and Diplomacy de l’université Tufts et ancienne sous-secrétaire d’État à la diplomatie publique dans l’administration Obama, j’ai supervisé de nombreux programmes d’échanges étudiants impliquant de nombreux pays à travers le monde. Je pense que des conséquences économiques majeures se profilent du fait de cette crise des mobilités étudiantes, et qu’elles pourraient s’étirer sur des années.

Une rapide inversion de courbe

Les étudiants étrangers ont commencé à venir aux États-Unis au début du XXe siècle, lorsque des philanthropes, tels que les familles Carnegie, Rockefeller et Mott, ont cherché à envoyer des universitaires états-uniens à l’étranger. Ils ont contribué à la création de bourses internationales qui, par la suite, ont souvent été financées par le gouvernement fédéral, comme le programme Fulbright, qui accorde des bourses à des étudiants états-uniens pour leur permettre de passer du temps et de faire des recherches à l’étranger.

En 1919, des organisations à but non lucratif, telles que l’Institute for International Education, servaient d’intermédiaires entre les étudiants étrangers et les universités américaines.

Le nombre d’étudiants étrangers inscrits aux États-Unis n’a cessé d’augmenter à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’émergeait un monde où il était devenu plus facile et moins coûteux de voyager. Alors que 26 000 étudiants étrangers sont venus aux États-Unis au cours de l’année scolaire 1949-1950, ce nombre est passé à 286 343, trois décennies plus tard.

Dans les années 1990, plus de 400 000 étudiants internationaux fréquentaient chaque année les établissements états-uniens. Ce nombre a continué d’augmenter pour dépasser les 500 000 au début des années 2000. Le nombre d’étudiants internationaux inscrits aux États-Unis a passé pour la première fois le cap du million au cours de l’année scolaire 2015-2016.

Alors que les étudiants internationaux ne représentaient que 1 % des 2,4 millions d’étudiants aux États-Unis en 1949-1950, ils représentaient environ 6 % des 18,9 millions d’étudiants en 2023-2024, selon le Migration Institute, un organisme de recherche non partisan. Ce pourcentage est toutefois relativement faible par rapport à la proportion d’étudiants étrangers dans les universités d’autres pays.

Les étudiants internationaux représentaient 38 % des inscriptions totales dans les universités canadiennes, 31 % de l’ensemble des étudiants universitaires en Australie et 27 % de l’ensemble des étudiants au Royaume-Uni au cours de l’année scolaire 2024-2025.

Les avertissements de Trump aux étudiants étrangers

Dans les 90 jours suivant son retour au pouvoir, le président Donald Trump a invoqué la loi de 1952 sur l’immigration et la nationalité, qui donne au secrétaire d’État le pouvoir d’expulser les étudiants étrangers dont le comportement pourrait menacer les intérêts de la politique étrangère américaine.

Depuis, le gouvernement états-unien a révoqué les visas de 6 000 étudiants étrangers, a rapporté le département d’État en août 2025.

Plusieurs arrestations très médiatisées d’étudiants internationaux ont également eu lieu, notamment celle de Rumeysa Ozturk, une étudiante turque de l’Université Tufts (Massachusetts). Les agents des services de l’immigration et des douanes ont arrêté Mme Ozturk en mars 2025, peu après que l’administration a révoqué son visa. Son arrestation est survenue un an après qu’elle a co-rédigé un article d’opinion appelant l’Université Tufts à reconnaître le génocide dans la bande de Gaza et à se désengager de toutes les entreprises ayant des liens avec Israël.

Le secrétaire d’État Marco Rubio a pris parti pour l’arrestation d’Ozturk, déclarant en mars que le gouvernement n’accordera pas de visas aux personnes qui viennent aux États-Unis dans l’intention de « vandaliser des universités, [de] harceler des étudiants, [d’]occuper des bâtiments, [de] semer le trouble ».

En mai 2025, un juge fédéral a statué qu’il n’y avait aucune preuve démontrant qu’Ozturk représentait une menace crédible pour les États-Unis. Elle a alors été libérée du centre de détention pour immigrants.

Mais son arrestation a coïncidé avec celle d’autres étudiants étrangers dans des affaires très médiatisées, comme celle de Mahmoud Khalil, étudiant de troisième cycle à Columbia (New York) et résident permanent aux États-Unis, arrêté après avoir participé à des manifestations sur le campus en faveur des droits des Palestiniens. Ces arrestations ont envoyé le message suivant aux étudiants étrangers, « Il n’est plus aussi sûr qu’avant de venir aux États-Unis ».

L’administration a annoncé d’autres changements qui rendront plus difficile le séjour des étudiants étrangers aux États-Unis, comme une politique de restriction des voyages à partir de 2025, qui bloque ou restreint l’entrée des personnes de 19 pays, principalement du Moyen-Orient et d’Afrique.

L’administration a également annoncé, en août, son intention de limiter à quatre ans la durée de séjour des étudiants étrangers. Actuellement, ceux-ci bénéficient d’un délai de soixante jours après l’obtention de leur diplôme pour rester aux États-Unis, avant de devoir obtenir un visa de travail ou un autre type d’autorisation pour rester légalement dans le pays.

Une simple équation mathématique

L’Université de New York, l’Université Northeastern de Boston (Massachusetts) et l’Université Columbia sont celles qui ont accueilli le plus grand nombre d’étudiants internationaux en 2023-2024. Mais ceux-ci ne se concentrent pas uniquement dans les grandes villes à tendance démocrate.

L’Université d’État de l’Arizona a accueilli le quatrième plus grand nombre d’étudiants internationaux cette année-là, et l’Université Purdue dans l’Indiana et l’Université du Texas du Nord figurent également parmi les dix établissements qui accueillent le plus grand nombre d’étudiants internationaux.

Tous ces établissements, ainsi que d’autres, comme les universités de Kansas City (Missouri) – qui ont accueilli beaucoup moins d’étudiants internationaux que prévu au printemps, certains d’entre eux n’ayant pas pu obtenir de visa – subiront les conséquences financières du refus d’accueillir des étudiants internationaux aux États-Unis.

En raison de toutes ces évaluations, je pense qu’il existe des arguments solides en faveur d’une augmentation du nombre d’étudiants étrangers accueillis aux États-Unis plutôt que d’une réduction.

The Conversation

Tara Sonenshine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Moins d’étudiants étrangers aux États-Unis : une baisse qui coûte cher aux universités – https://theconversation.com/moins-detudiants-etrangers-aux-etats-unis-une-baisse-qui-coute-cher-aux-universites-265268

How to identify animal tracks, burrows and other signs of wildlife in your neighborhood

Source: The Conversation – USA (2) – By Steven Sullivan, Director of the Hefner Museum of Natural History, Miami University

A paw print in baked mud at Joshua Tree National Park, likely from a coyote. Brad Sutton/National Park Service

Your neighborhood is home to all sorts of amazing animals, from racoons, squirrels and skunks to birds, bugs and snails. Even if you don’t see them, most of these creatures are leaving evidence of their activities all around you.

Paw prints in different shapes and sizes are clues to the visitors who pass through. The shapes of tunnels and mounds in your yard carry the mark of their builders.

Even the stuff animals leave behind, whether poop or skeletons, tells you something about the wilder side of the neighborhood.

A gray squirrel (Sciurus carolinenensis), nose down in a small hole that it's excavating in the dirt.
Tree squirrels can excavate small holes all over a yard to hide seeds and nuts or when searching for them. Ground squirrels also create burrows.
Snowmanradio/Wikimedia Commons, CC BY

I’m a zoologist and director of the Hefner Museum of Natural History at Miami University of Ohio, where we work with all kinds of wildlife specimens. With a little practice, you’ll soon notice a lot more evidence of your neighborhood friends when you step outside.

What makes those animal tracks?

You can learn a lot from a nice, crisp paw print.

The dog family, including coyotes and foxes, can be differentiated from the cat family by the shape of their palm pads — triangular for dogs, two lobes at the peak for cats.

Images of footprints of canid and felid.
Canid tracks, left, are roughly rectangular, with the tips of the middle two toes aligned. They often, but don’t always, show claw marks. The pad has an indentation on the back and a projection on the front, with the space between the pad and the toes forming an X. Felid tracks, right, are roughly circular, with the tip of one toe extending slightly farther than all other toes. They seldom show claw marks. The pad has three lobes on the back and an indentation on the front, with the space between the pad and toes forming a curve.
Steven Sullivan, CC BY-NC-ND

Both opossums and raccoons leave prints that look like those of a tiny human, but the opossum thumb is held at nearly right angles to the rest of the fingers.

Illustrations of two tracks. The opposable thumb is evident with the oppossum track.
Opossum, left, and raccoon tracks. Like humans, opossums have opposable thumbs.
Steven Sullivan

Not all prints are so clear, however.

Invasive rats and native squirrels have prints that often look pretty similar to each other. Water erosion of a skunk print left in mud might connect the toe tips to the palm, making it look more like a raccoon. And prints left in winter slush by the smallest dog in the neighborhood can grow through freezing and thawing to proportions that make people wonder whether wolves have returned to their former haunts.

There are good reference books where you can learn more about track analysis, and it can be fun to go down the rabbit hole of collecting and studying prints.

Illustrations of animal tracks by typical size, pairs and track pattern.
Examples of many types of animal tracks found in the Northeast and other parts of North America.
Massachusetts Division of Fisheries and Wildlife

Clues from holes and other animal excavations

Often, it’s easiest to figure out which animal left a paw print by correlating its tracks with other evidence.

If what look like squirrel prints lead to a hole in the ground, then it wasn’t a tree squirrel. Stuff a handful of leaves or newspaper in the hole. If it gets pushed out during the day, the hole is probably inhabited by a ground squirrel, such as a chipmunk. But if the plug is pushed out at night, you probably have a rat.

I once noticed a faint trail in the soil near my porch. Using the hole-stuffing method, I determined that something spent most days under the wooden stairs that people constantly, and often loudly, traversed. When I was pretty sure my newly discovered neighbor was home, I used a mirror and flashlight to investigate the opening without exposing myself to a protective resident. Sure enough, there was a cute little skunk staring back at me.

Animals that excavate in search of food or to create shelter leave different types of holes. Gardening Latest.

Skunks, and many other local animals, often leave obvious excavations in lawns.

Lawns are biological deserts where few species can live, but those that can survive there often reach high numbers. Lawn grubs – the milk-white, C-shaped caterpillars of a few beetle species – particularly love the lack of competition found in a carpet of grass. Polka dots of dead thatch are one sign of these grubs, but if you have a biodiverse neighborhood, many animals will consume this high-calorie treat before you ever notice them.

Skunks and raccoons will dig up each grub individually, leaving a small hole that healthy grass can refill quickly. Moles – fist-size insectivores more closely related to bats than rodents – live underground where they virtually swim through soil, leaving slightly raised trails visible in mowed lawns. In spring and fall, moles make volcano-shaped mounds with no visible opening.

Three small skulls
Left to right, mole, vole and gopher skulls show clear differences: Moles are insectivores with lots of pointy teeth; voles are rodents the size of mice, and gophers are also rodents but bigger.
Steven Sullivan

Gophers, on the other hand, are herbivorous rodents – they eat plants rather than grubs. They also leave tunnels and mounds, but the tunnels are usually very visible and their mounds are crescent-shaped, often with a visible opening.

Voles, not to be confused with moles, are also herbivorous rodents. They’re mouse-size, with tiny, furry ears and short tails. They may dig small holes, but more obviously they leave thatch-lined runways on the surface.

Illustration of a mole and a gopher under ground
Gophers, top – long-toothed, long-nailed rodents – tunnel and gnaw their way through soil and roots, creating C-shaped mounds that open on the inside of the C. The opening may be big enough for a golf ball or plugged with soil. Moles, bottom – insectivorous, smooth-furred, nearly eyeless and earless – swim through the soil with paddle-shaped forelimbs, occasionally making a volcano-shaped mound with no obvious opening.
Steven Sullivan

Even the cicadas singing loudly in the trees in my yard this summer left pinky-size holes in the ground as they emerged 17 years after hatching. The boom-bust cycle of cicadas has brought more moles, squirrels and birds to my neighborhood this year to munch on the nutrient-rich insects.

The evidence left behind, including poop

Where there is food, there is poop. Though the subject of feces is taboo among polite human society, it’s a fundamental, though understudied, communication method for many mammals.

Think about a dog marking its territory. Sometimes it seems they can’t go for more than a few feet before reading the pee-mail left on every prominent post. Urine, feces and gland oil act like social media posts, conveying each individual’s identity, health, height and reproductive status, the availability and quality of prey, and the extent of their territory.

Different types of animal feces from around the world.

Though most of the smell communication is lost on humans, the contents of the feces can tell a lot about the inhabitants of a neighborhood.

Domestic dog poop is usually just a big, homogeneous lump because they eat processed food, but wild canid feces is often full of bones and fur. Coyote feces is usually lumpy and larger than fox feces, which has pointy ends. Once it has weathered a bit, it’s easy to break open to find identifiable remains such as vole, rat and rabbit. Use care when inspecting feces, since it may transmit parasites.

Depending on time of year, the contents and shape of feces can vary considerably. Raccoon feces lacks the pointy ends and is often filled with seeds, but wild canids may eat lots of seeds, too. Deer feces is usually small, fibrous pellets, but those pellets may form clumps.

If you are lucky, you might find a pellet of bone and fur regurgitated by an owl near the base of a tree. Carefully break it apart and there’s a good chance you’ll find the skull of a vole or rat.

A tiny skull and fur found in an owl pellet
The items inside an owl pellet can tell you something about the smaller animals in the neighborhood, as well as the owls.
Andy Reago & Chrissy McClarren, CC BY

Look closely at living and dead trees to find evidence of even smaller neighbors. A fine, uniform, granular sawdust pushed from tiny holes in bark can indicate beetle larvae feces, or “frass.” A large mass of frass at the base of a tree likely indicates carpenter ants.

In contrast to dusty frass, aphids slurp sap so rich in sugar that their feces coats surrounding surfaces in, essentially, maple syrup.

All of these insects attract many species of birds. Woodpeckers are hard to miss as they loudly hammer holes into trees. But don’t blame them for tree decline – they eat the things that are killing the tree.

Look for dead trees

Dead trees are a key feature of wildlife habitat, like a bus stop, and host different occupants throughout the day and over the year.

A woodpecker with a read head on the side of a tree with dozens of holes that have acorns stuffed into them.
Dead and dying trees are useful for many animals, from woodpeckers that excavate holes to eagles, crows and other birds that build nests in them. This acorn woodpecker creates holes to store acorns.
Eric Phelps via Wikimedia Commons, CC BY

For example, a tree buzzing with cicadas in my yard this summer is quite healthy but has one big, dead branch that has been an important way station for wildlife over the past 20 years.

A decayed cavity at the base of the branch is polished smooth with the activity of generations of squirrels, while the tip is a favorite perch of all the neighborhood birds. By night, it is visited by a great horned owl, who, I somewhat sadly note, may be scanning for my porch skunk.

Decomposers: The neighborhood cleaning crew

This brings us to the decomposers. Animal carcasses are evidence of the neighborhood’s wild population, too, but they typically don’t last long. Insects make quick work of dead animals, often consuming the soft parts of a carcass before it is even noticed by humans.

Long after most activity around the carcass has ceased, exoskeletons left behind by the decomposers will remain in the soil. Dermestids, including the carpet beetles often found in our homes, leave fuzzy larval exoskeletons. Fly pupae look like brown pills. And sometimes adult carrion beetles keep a home underneath partially buried bones for years.

A box with different types of beetles on display
A collection of beetles found around Austin, Texas. Beetles are common decomposers.
VPaleontologist/Wikimedia Commons, CC BY-SA
Two beetles and several flies feeding.
Carrion beetles and flies feeding.
Benoit Brummer/Wikimedia Commons, CC BY

Earthworms, feasting on nutrient-soaked soil, may leave a squirt of mud like a string of hot glue, while ants will leave piles of uniformly sorted sand. Snails will visit carcasses periodically to eat the bones, leaving trails that sparkle like thin, impossibly long ribbons in the morning sun.

From snails to skunks, squirrels to cicadas, most of our neighbors are quiet and seldom interact with us, but they play important roles in the world.

As we get to know them better, through their digging, eating and decomposing, and sometimes by watching them in action, we can better understand the animals that make our own lives possible and, maybe, understand ourselves a little better, too.

The Conversation

Steven Sullivan does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How to identify animal tracks, burrows and other signs of wildlife in your neighborhood – https://theconversation.com/how-to-identify-animal-tracks-burrows-and-other-signs-of-wildlife-in-your-neighborhood-261937

Évasion fiscale des ultrariches : le rôle des filiales offshore

Source: The Conversation – France in French (3) – By Carmela D’Avino, Professor of Finance, IESEG School of Management, Univ. Lille, CNRS, UMR 9221 – LEM- Lille Economie Management, F-59000 Lille, France., IÉSEG School of Management

Pour une personne seule après impôts, le seuil d’entrée dans la catégorie des 0,1 % les plus riches correspond à environ 19 500 euros par mois, tandis que pour les 0,01 %, il s’élève à environ 70 000 euros mensuels. SobyDesign/Shutterstock

En France, les biens détenus par les 0,01 % les plus riches se trouveraient à l’étranger, causant une perte fiscale de plus de 80 milliards d’euros. Comment limiter cette fraude fiscale ? Une réponse porte sur le fonctionnement des banques offshore, notamment l’encadrement des filiales étrangères de ces grandes banques globales basées dans des paradis fiscaux.


La France doit trouver environ 40 milliards d’euros d’économies pour atteindre un déficit de 4,6 % du PIB d’ici 2026. Parmi les solutions envisagées par le gouvernement de François Bayrou (décembre 2024-septembre 2025), une taxe de 2 % sur les fortunes supérieures à 100 millions d’euros, dite « taxe Zucman », pourrait rapporter près de 20 milliards par an. Cette proposition a été rejetée de justesse par le Sénat, le 12 juin 2025.

En France, l’appellation « ultrariches » désigne les personnes les plus aisées, soit environ de 0,1 % à 0,01 % des foyers fiscaux, ce qui correspond à quelque 74 500 foyers fiscaux en 2022. Selon l’Insee et l’Observatoire des inégalités, pour une personne seule après impôts le seuil d’entrée dans les 0,1 % correspond à environ 19 500 euros par mois, tandis que pour les 0,01 % il s’élève à environ 70 000 euros mensuels.

Dans ce contexte, plusieurs spécialistes préfèrent insister sur la lutte contre l’évasion fiscale offshore, qui pourrait réduire significativement le manque à gagner.

Cibler les fraudeurs

Cette orientation pourrait conférer au nouveau premier ministre Sébastien Lecornu un avantage politique : en choisissant de cibler les fraudeurs plutôt que les contribuables créateurs d’emplois, il peut à la fois répondre à l’exigence de justice fiscale exprimée par l’opinion publique et rassembler une majorité parlementaire autour de son projet de budget.

Cette exigence de justice fiscale trouve un écho jusque chez certains patrons, comme celui de Mistral. Ces derniers appellent à plus de justice fiscale tout en expliquant qu’ils ne peuvent pas payer davantage d’impôts.

Aux frontières de la légalité

Une étude des économistes Annette Alstadsæter, Niels Johannesen et Gabriel Zucman montre qu’un nombre conséquent d’individus très fortunés sont à l’origine des plus grandes fraudes fiscales. Les entreprises, quant à elles, privilégient souvent des stratégies d’optimisation fiscale, légales mais agressives. En revanche, une part importante de la richesse mondiale cachée provient d’évasions individuelles. En France, on estime que 30 à 40 % des biens détenus par les 0,01 % les plus riches se trouvent à l’étranger, causant une perte fiscale entre 80 et 100 milliards d’euros.

Les débats politiques portent beaucoup sur les moyens donnés à la direction générale des finances publiques (DGFiP) du ministère de l’économie et des finances pour lutter contre la fraude. Mais peut-être faudrait-il élargir la perspective et ne pas se limiter aux fraudeurs eux-mêmes. Ce système complexe repose sur le fonctionnement des banques offshore, notamment les filiales étrangères des grandes banques globales basées dans des paradis fiscaux.

Dans les Pandora papers

Les fuites comme les Pandora Papers ont montré que des banques telles que la HSBC ou la Société Générale aidaient leurs clients ultrariches à créer des entités offshore dans des endroits comme les îles Vierges britanniques ou Panama. Ces filiales – près de 15 600 sociétés-écrans – permettent de masquer la véritable propriété des biens et de déplacer les actifs hors de portée des autorités fiscales, tandis que les banques mères gardent une distance officielle.

Pandora Papers est une affaire de fuite d’environ 11,9 millions de documents faisant état de fraude et d’évasion fiscale à très grande échelle.
dennizn/Shutterstock

Un autre exemple prégnant du détournement du fonctionnement du système bancaire est le scandale CumCum (du latin cum, pour « avec dividendes ») de 2018. L’objectif d’une opération de CumCum est d’échapper aux prévisions de l’article 119 bis, 2, du Code général des impôts. Selon ce texte, les dividendes versés à des personnes non domiciliées ou établies sur le territoire français doivent faire l’objet d’une retenue à la source.

Concrètement, il consiste pour un actionnaire d’une entreprise à transférer temporairement la propriété de ses actions, quelques jours avant la distribution des dividendes à des sociétés-écrans ou à des établissements bancaires offshore. Après le versement des dividendes, les actions et l’argent étaient restitués à leur propriétaire initial.

Une surveillance fragmentée

Comment des banques sous haute surveillance laissent-elles passer de telles pratiques ? La réponse réside dans la supervision fragmentée des activités bancaires internationales.




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Les banques font l’objet d’une surveillance stricte dans leur pays d’origine, mais leurs filiales implantées dans les paradis fiscaux échappent souvent à un contrôle aussi rigoureux. Une banque française est supervisée par les autorités françaises et européennes (Banque centrale européenne [BCE], Aide à la création ou à la reprise d’une entreprise [Acre]) pour ses activités principales. Ses filiales, situées dans des pays comme Singapour ou les îles Caïmans, sont généralement soumises aux règles locales, qui peuvent différer en termes d’exigences et de contrôle.

Pour colmater ces failles, il faudrait une responsabilité renforcée à l’échelle du groupe bancaire. Les superviseurs nationaux doivent avoir une vision complète des réseaux mondiaux via un reporting pays par pays obligatoire, ainsi qu’une divulgation claire des bénéficiaires effectifs, souvent connus seulement des régulateurs locaux.

Zones grises

Même si l’Union européenne a renforcé récemment ses exigences en matière de reporting pour les pays tiers, l’application reste un problème, surtout dans des juridictions peu transparentes ou avec peu de ressources.

L’évasion fiscale profite largement à ces zones grises. Les initiatives internationales, comme la norme commune de déclaration CRS (modèle de convention de l’OCDE sur l’échange de renseignements en matière fiscale), ont amélioré les échanges d’information, mais leur efficacité varie selon les pays participants.

Une solution serait d’aller plus loin dans la coopération internationale, avec un échange rapide des données, des enquêtes conjointes et une assistance judiciaire mutuelle.

Il faudrait aussi imposer aux filiales offshore les mêmes règles de transparence que les succursales nationales, avec des sanctions en cas de manquements allant jusqu’à la limitation de leurs activités dans les juridictions à risque. Les règles pour les marchés publics ou pour les licences pourraient être conditionnées au respect des normes internationales de transparence fiscale.

Régulation prudentielle et intégrité fiscale

Il existe des difficultés majeures en matière réglementaire. Les banques, présentes dans plusieurs pays, sont principalement supervisées par des autorités prudentielles dont le mandat vise à garantir la stabilité financière et institutionnelle, et non à faire respecter la conformité fiscale. Leur mission consiste à prévenir les risques de solvabilité et les crises systémiques, et non pas à examiner si les banques facilitent l’évasion fiscale – une responsabilité qui relève plutôt des autorités fiscales et des législateurs.

Ce découplage réglementaire crée un désalignement des priorités, susceptible de laisser prospérer des pratiques illicites sous le radar. Un rapport récent de l’Autorité bancaire européenne recommande d’intégrer la notion d’« intégrité fiscale » dans les travaux de supervision fondés sur les risques. Pour les banques européennes, l’intégrité fiscale doit être considérée avec autant d’importance que la lutte contre le blanchiment et contre le financement du terrorisme : respect des règles fiscales, mise en place de contrôles internes rigoureux et supervision transparente.

Au final, ces mesures ne cherchent pas à entraver les activités bancaires transfrontalières légitimes, mais plutôt à détruire les mécanismes qui permettent les flux financiers illicites, et à restaurer la confiance dans le système financier mondial.

The Conversation

Carmela D’Avino ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Évasion fiscale des ultrariches : le rôle des filiales offshore – https://theconversation.com/evasion-fiscale-des-ultrariches-le-role-des-filiales-offshore-258090

A billion-dollar drug was found in Easter Island soil – what scientists and companies owe the Indigenous people they studied

Source: The Conversation – USA – By Ted Powers, Professor of Molecular and Cellular Biology, University of California, Davis

The Rapa Nui people are mostly invisible in the origin story of rapamycin. Posnov/Moment via Getty Images

An antibiotic discovered on Easter Island in 1964 sparked a billion-dollar pharmaceutical success story. Yet the history told about this “miracle drug” has completely left out the people and politics that made its discovery possible.

Named after the island’s Indigenous name, Rapa Nui, the drug rapamycin was initially developed as an immunosuppressant to prevent organ transplant rejection and to improve the efficacy of stents to treat coronary artery disease. Its use has since expanded to treat various types of cancer, and researchers are currently exploring its potential to
treat diabetes,
neurodegenerative diseases and
even aging. Indeed, studies raising rapamycin’s promise to extend lifespan or combat age-related diseases seem to be published almost daily. A PubMed search reveals over 59,000 journal articles that mention rapamycin, making it one of the most talked-about drugs in medicine.

Connected hexagonal structures
Chemical structure of rapamycin.
Fvasconcellos/Wikimedia Commons

At the heart of rapamycin’s power lies its ability to inhibit a protein called the target of rapamycin kinase, or TOR. This protein acts as a master regulator of cell growth and metabolism. Together with other partner proteins, TOR controls how cells respond to nutrients, stress and environmental signals, thereby influencing major processes such as protein synthesis and immune function. Given its central role in these fundamental cellular activities, it is not surprising that cancer, metabolic disorders and age-related diseases are linked to the malfunction of TOR.

Despite being so ubiquitous in science and medicine, how rapamycin was discovered has remained largely unknown to the public. Many in the field are aware that scientists from the pharmaceutical company Ayerst Research Laboratories isolated the molecule from a soil sample containing the bacterium Streptomyces hydroscopicus in the mid-1970s. What is less well known is that this soil sample was collected as part of a Canadian-led mission to Rapa Nui in 1964, called the Medical Expedition to Easter Island, or METEI.

As a scientist who built my career around the effects of rapamycin on cells, I felt compelled to understand and share the human story underlying its origin. Learning about historian Jacalyn Duffin’s work on METEI completely changed how I and many of my colleagues view our own field.

Unearthing rapamycin’s complex legacy raises important questions about systemic bias in biomedical research and what pharmaceutical companies owe to the Indigenous lands from which they mine their blockbuster discoveries.

History of METEI

The Medical Expedition to Easter Island was the brainchild of a Canadian team comprised of surgeon Stanley Skoryna and bacteriologist Georges Nogrady. Their goal was to study how an isolated population adapted to environmental stress, and they believed the planned construction of an international airport on Easter Island offered a unique opportunity. They presumed that the airport would result in increased outside contact with the island’s population, resulting in changes in their health and wellness.

With funding from the World Health Organization and logistical support from the Royal Canadian Navy, METEI arrived in Rapa Nui in December 1964. Over the course of three months, the team conducted medical examinations on nearly all 1,000 island inhabitants, collecting biological samples and systematically surveying the island’s flora and fauna.

It was as part of these efforts that Nogrady gathered over 200 soil samples, one of which ended up containing the rapamycin-producing Streptomyces strain of bacteria.

Poster of the word METEI written vertically between the back of two moai heads, with the inscription '1964-1965 RAPA NUI INA KA HOA (Don't give up the ship)'
METEI logo.
Georges Nogrady, CC BY-NC-ND

It’s important to realize that the expedition’s primary objective was to study the Rapa Nui people as a sort of living laboratory. They encouraged participation through bribery by offering gifts, food and supplies, and through coercion by enlisting a long-serving Franciscan priest on the island to aid in recruitment. While the researchers’ intentions may have been honorable, it is nevertheless an example of scientific colonialism, where a team of white investigators choose to study a group of predominantly nonwhite subjects without their input, resulting in a power imbalance.

There was an inherent bias in the inception of METEI. For one, the researchers assumed the Rapa Nui had been relatively isolated from the rest of the world when there was in fact a long history of interactions with countries outside the island, beginning with reports from the early 1700s through the late 1800s.

METEI also assumed that the Rapa Nui were genetically homogeneous, ignoring the island’s complex history of migration, slavery and disease. For example, the modern population of Rapa Nui are mixed race, from both Polynesian and South American ancestors. The population also included survivors of the African slave trade who were returned to the island and brought with them diseases, including smallpox.

This miscalculation undermined one of METEI’s key research goals: to assess how genetics affect disease risk. While the team published a number of studies describing the different fauna associated with the Rapa Nui, their inability to develop a baseline is likely one reason why there was no follow-up study following the completion of the airport on Easter Island in 1967.

Giving credit where it is due

Omissions in the origin stories of rapamycin reflect common ethical blind spots in how scientific discoveries are remembered.

Georges Nogrady carried soil samples back from Rapa Nui, one of which eventually reached Ayerst Research Laboratories. There, Surendra Sehgal and his team isolated what was named rapamycin, ultimately bringing it to market in the late 1990s as the immunosuppressant Rapamune. While Sehgal’s persistence was key in keeping the project alive through corporate upheavals – going as far as to stash a culture at home – neither Nogrady nor the METEI was ever credited in his landmark publications.

Although rapamycin has generated billions of dollars in revenue, the Rapa Nui people have received no financial benefit to date. This raises questions about Indigenous rights and biopiracy, which is the commercialization of Indigenous knowledge.

Agreements like the United Nations’s 1992 Convention on Biological Diversity and the 2007 Declaration on the Rights of Indigenous Peoples aim to protect Indigenous claims to biological resources by encouraging countries to obtain consent and input from Indigenous people and provide redress for potential harms before starting projects. However, these principles were not in place during METEI’s time.

Close-up headshots of row of people wearing floral headdresses in a dim room
The Rapa Nui have received little to no acknowledgment for their role in the discovery of rapamycin.
Esteban Felix/AP Photo

Some argue that because the bacteria that produces rapamycin has since been found in other locations, Easter Island’s soil was not uniquely essential to the drug’s discovery. Moreover, because the islanders did not use rapamycin or even know about its presence on the island, some have countered that it is not a resource that can be “stolen.”

However, the discovery of rapamycin on Rapa Nui set the foundation for all subsequent research and commercialization around the molecule, and this only happened because the people were the subjects of study. Formally recognizing and educating the public about the essential role the Rapa Nui played in the eventual discovery of rapamycin is key to compensating them for their contributions.

In recent years, the broader pharmaceutical industry has begun to recognize the importance of fair compensation for Indigenous contributions. Some companies have pledged to reinvest in communities where valuable natural products are sourced. However, for the Rapa Nui, pharmaceutical companies that have directly profited from rapamycin have not yet made such an acknowledgment.

Ultimately, METEI is a story of both scientific triumph and social ambiguities. While the discovery of rapamycin has transformed medicine, the expedition’s impact on the Rapa Nui people is more complicated. I believe issues of biomedical consent, scientific colonialism and overlooked contributions highlight the need for a more critical examination and awareness of the legacy of breakthrough scientific discoveries.

The Conversation

Ted Powers does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. A billion-dollar drug was found in Easter Island soil – what scientists and companies owe the Indigenous people they studied – https://theconversation.com/a-billion-dollar-drug-was-found-in-easter-island-soil-what-scientists-and-companies-owe-the-indigenous-people-they-studied-250586