Vieillir chez soi : jusqu’où compter sur sa famille ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Anaïs Cheneau, Chercheur en économie de la santé, Université Paris Cité

Avec l’entrée dans le grand âge des membres de la génération du baby-boom, la France fait face à une augmentation considérable des besoins d’accompagnement. Les politiques publiques misent sur le maintien à domicile, mais cette orientation repose largement sur l’aide des proches (conjoints, enfants, petits-enfants), dont la disponibilité risque de diminuer. Les personnes âgées veulent-elles vraiment dépendre de leur entourage pour rester à domicile ? Et leurs proches le souhaitent-ils ?


Depuis les années 1960, la priorité des politiques publiques est de favoriser le maintien à domicile. En 2015, la loi sur l’adaptation de la société au vieillissement a renforcé cette orientation, désormais appelée le « virage domiciliaire ». Elle répond au souhait d’une majorité de Français de vieillir chez eux, mais aussi à une logique budgétaire : rester chez soi serait moins coûteux qu’un séjour en EHPAD.

Pourtant, cette comparaison oublie un facteur essentiel : l’aide familiale. Celle-ci n’apparaît pas dans les comptes publics alors qu’elle représente une part considérable de l’accompagnement à domicile. Une part qui sera amenée à augmenter dans les années à venir, en raison du vieillissement de la population.

Aujourd’hui, huit personnes âgées en perte d’autonomie sur dix sont aidées par leur entourage, selon la DREES. Or, dès 2023, un rapport de l’Institut des politiques publiques indiquait que ce soutien pourrait devenir plus rare, notamment pour les hommes seuls et sans enfant. Et ce, alors même que le nombre de personnes dépendantes va augmenter dans les années à venir. Faire reposer le maintien à domicile sur la solidarité familiale apparaît donc fragile.

Dans le cadre de la chaire Aging UP ! de l’université Paris Cité, nous avons analysé, en tant que chercheurs, les préférences des personnes âgées et de leurs proches concernant l’accompagnement de la perte d’autonomie. 36 entretiens auprès de personnes âgées et de leurs proches ont été conduits, suivis d’une enquête nationale déployée en 2024 auprès de 6000 personnes de plus de 60 ans et de proches (aidants ou non) (représentatifs de la population française sur les critères sociodémographiques usuels). Voici les premiers enseignements tirés de ces enquêtes.

Une volonté de ne pas devenir un poids pour son entourage

L’analyse des données révèle que 6,7 % des personnes âgées souhaitent une délégation totale de l’ensemble de l’aide et aimeraient ne pas du tout avoir à compter sur leur entourage. Toutefois, cela n’est pas toujours possible. En effet, dans certains cas, les personnes n’ont pas de proches disponibles qui pourraient fournir l’aide : soit le conjoint est en mauvaise santé, soit il n’y a pas d’enfants ou des enfants qui habitent loin ou manquent de temps (parce qu’ils sont en emploi et/ou avec des responsabilités parentales). En outre, même si des proches sont disponibles, les personnes âgées souhaitent majoritairement que l’intervention de leur entourage soit limitée, préférant l’intervention des professionnels.

La volonté de ne pas devenir un poids pour les proches et notamment pour les enfants est très présente chez les personnes âgées interrogées, qui considèrent que « les enfants ont leur vie » et que ce n’est pas à eux de les aider au quotidien. Ainsi que le formule cette personne âgée :

« Si jamais j’avais une dépendance qui nécessite une présence, je préférerais me débrouiller pour trouver une assistance et ne pas peser sur [la] vie [de mes] enfants, leur vie de couple, leur vie professionnelle. »

L’aide des conjoints semble en revanche moins questionnée et plus « naturelle », avec tout de même la volonté de préserver la relation de couple, comme l’indiquent ces deux autres témoignages :

« C’est trop exigeant pour la compagne, donc bon évidemment qu’elle soit là et qu’elle fasse des trucs, mais il faut absolument une aide extérieure sinon ça modifie complètement la relation. Moi je n’ai pas envie de devenir la malade de ma compagne. »

« Dans la limite du faisable, oui, mais un petit coup de main. Je ne veux pas être un poids pour eux et que tout se transforme en corvée. »

Des proches qui accepteraient d’aider encore plus

De leur côté, les proches sont prêts à fournir une aide supérieure par rapport à ce que les personnes âgées accepteraient de recevoir de leur part. Dans les faits, ils apportent plus d’aide qu’ils ne l’auraient souhaité, faute de solution alternative.

Une partie de cette aide fournie est donc « contrainte ». Les enfants déclarent souvent aider au détriment des plus belles années de leurs vies, ne plus avoir assez de temps pour leurs familles, leurs amis et ne plus pouvoir partir en vacances. Une situation pesante, comme en témoignent certains interrogés :

« J’ai travaillé toute ma vie, j’ai droit à ma part aussi de calme. […] C’est peut-être les meilleures années que j’ai. C’est un peu lourd de porter encore ça. […] J’en étais arrivé à un point où je n’avais plus envie de les voir. Parce que c’était synonyme de trop de contrainte. »

Face à cette situation, les conjoints des personnes dépendantes vont chercher à assumer la plus grande part de responsabilité, afin de minimiser le rôle d’aidants de leurs enfants :

« Ce n’est pas la place des enfants [d’être aidants]. Les enfants, ils doivent vivre leur vie. Nous, on a déjà vécu. »

Les soins personnels, une limite pour les personnes âgées et les proches aidants

Les personnes âgées refusent généralement de mobiliser leurs enfants pour les soins personnels, tels que faire la toilette, les soins d’hygiène, donner à manger, lever du lit, etc. 30 % d’entre elles ne préfèrent impliquer les proches que pour une petite partie de ce type d’aide (environ 25 % du temps global), tandis que 29 % préfèrent déléguer l’ensemble de l’aide pour les soins personnels à des professionnels et ne pas faire intervenir leurs proches. Ainsi cette personne, qui affirme :

« Je n’ai pas envie que ça soit [mes enfants] qui viennent me laver les fesses. On n’est pas habitués à ça, c’est gênant. »

Les proches eux-mêmes ne veulent pas non plus réaliser les soins personnels, ou n’acceptent de le faire que lorsque leur implication est faible. C’est en particulier le cas des enfants, qui jugent cette activité d’aide trop intime, comme le soulignent ces aidants interrogés durant l’enquête :

« J’ai dû changer la couche [de mon père] une fois, je vais vous dire, je m’en rappelle encore. Vraiment, là, c’était compliqué. Pour un sexe opposé, c’est encore plus dur. »

« Je ne ferais pas [la toilette de ma mère] pour elle, dans la mesure où c’est son intimité. Parce que je suis son enfant, de toute façon, quel que soit mon âge. »

Par ailleurs, les proches qui ont déjà eu une expérience d’aide sont encore moins enclins que les autres à réaliser les soins personnels : ils sont plus de 50 % à ne vouloir s’impliquer que dans tout au plus 25 % de l’aide, et à affirmer vouloir déléguer le reste.

L’entourage plus présent pour les tâches administratives et domestiques

Si les proches et les personnes âgées ne veulent pas d’une aide familiale pour les soins personnels, d’autres formes d’aide sont plébiscitées. C’est en particulier le cas de l’aide aux démarches administratives, à l’organisation des rendez-vous médicaux et à la coordination des professionnels.

Sur ces points, les personnes âgées sont prêtes à davantage accepter l’aide de leurs proches, en particulier de leurs enfants, qui peuvent être amenés par leurs activités professionnelles à devoir s’y confronter par ailleurs (déclarations fiscales, demande de plans d’aide, coordination des professionnels, etc.). Ces tâches semblent non seulement plus ponctuelles, mais peuvent se réaliser pour une partie à distance.

Ainsi, 60 % des personnes âgées sont favorables à ce que l’entourage fournisse la majeure partie des tâches administratives et la coordination des professionnels et plus de 73 % des proches sont prêts à réaliser eux-mêmes la majeure partie de cette aide.

Sur la liste des aides dans lesquelles les aidants acceptent le plus de s’impliquer figure ensuite l’aide aux tâches domestiques, telles que ménage ou préparation des repas. 57 % des proches qui ne sont pas aidants eux-mêmes et 43 % des aidants sont prêts apporter leur aide pour accomplir la majorité des tâches domestiques (75 % ou plus). De leur côté, les personnes âgées comptent moins sur l’entourage pour les tâches domestiques : moins de 25 % aimeraient que les proches interviennent pour la majorité des tâches domestiques.

Par ailleurs, les entretiens révèlent également que les enfants (et parfois les petits-enfants) sont également attendus pour les petites réparations, ainsi que pour venir en aide en cas de chute ou de besoins ponctuels, comme en témoigne cette personne interrogée :

« Pour faire les papiers, c’est ma fille qui s’en occupe […], elle fait ça tous les jours. […] Si j’avais besoin de quelque chose dans la maison, [mes enfants] seraient là. »

L’enquête met également en avant le rôle des proches dans l’accompagnement à la vie sociale (être présent pour tenir compagnie, emmener au restaurant, etc.) :

« J’aime autant l’aider à chanter plutôt que de changer la couche, c’est sûr. »

Renforcer l’accès aux aidants professionnels et la qualité des aides

Pour que le maintien à domicile réponde aux aspirations des personnes âgées et de leurs proches, il faut renforcer le recours aux professionnels, jugés insuffisants et défaillants dans certaines situations.

Le manque de professionnels compétents et fiables conduit les proches à devoir coordonner les aides, à « surveiller » que tout soit bien fait, et à gérer les absences des professionnels disponibles.

De plus, même si des professionnels se rendent à domicile, les passages sont courts et fragmentés en des tâches circonscrites. Par exemple, les durées moyennes des prestations d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) sont estimées à 12 minutes pour l’aide au coucher, 20 minutes pour la toilette au lit, 8 minutes pour l’aide au change ou encore 4 minutes pour la prise de médicaments. Cela ne permet pas de développer suffisamment d’interactions sociales pour l’individu aidé, ni d’accorder à l’aidant un temps de répit suffisant.

Selon les personnes interrogées, les dimensions les plus importantes pour assurer la qualité des interventions professionnelles sont en premier lieu l’existence d’une relation de confiance, puis l’empathie et le savoir-vivre des professionnels ainsi que le temps passé aux soins, comme l’illustrent les témoignages suivants :

« J’ai trouvé une personne qui me la prend deux après-midi par semaine, qui l’emmène se promener, […] ça lui permet d’être avec une autre personne que nous, […] ça lui fait du bien. J’ai quand même cette aide-là. »

« Le gros souci, c’était que ponctuellement, surtout les week-ends, j’avais des personnes d’une société d’aide à domicile qui ne venaient pas ou venaient en retard, ou étaient malades. […] Donc je me retrouvais un week-end sur deux à faire des petits déjeuners ou des dîners pour ma maman. »

« Ils me changent les aidants tout le temps. C’est moi qui fais leur éducation à chaque fois. »

Vieillir avec, mais pas au détriment de ses proches

En définitive, on constate que le maintien à domicile ne peut reposer trop fortement sur les familles. Un tel choix politique se ferait en effet au détriment des proches. Pour réussir le « virage domiciliaire », plusieurs changements seront nécessaires.

Il faudra en premier lieu renforcer l’offre professionnelle et sa qualité. Aujourd’hui, on compte en France deux fois moins de professionnels par rapport au nombre de personnes de plus de 65 ans que dans la moyenne des pays de l’OCDE. Selon le récent rapport de l’Institut des politiques publiques, il manquerait plusieurs centaines de milliers d’équivalents temps plein dans le secteur de l’accompagnement des personnes âgées à domicile.

Le soutien aux aidants doit également être amélioré. Cela passe notamment par l’aménagement de temps de répit, une amélioration de leur reconnaissance, ainsi que par leur accompagnement. Sans oublier que la principale façon d’aider les aidants consiste à faciliter la délégation de certaines tâches à des professionnels.

Enfin, et surtout, il est nécessaire d’ouvrir un débat de société sur le sujet de la place respective des solidarités publiques et familiales. C’est notamment l’objet de la Journée nationale des aidants, chaque 6 octobre.

The Conversation

Anaïs Cheneau a reçu des financements dans le cadre des travaux de la Chaire Aging Up! par le Mécénat des mutuelles AXA et de la Caisse des Dépôts et consignations.

Jonathan Sicsic et Thomas Rapp ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Vieillir chez soi : jusqu’où compter sur sa famille ? – https://theconversation.com/vieillir-chez-soi-jusquou-compter-sur-sa-famille-266679

CNews contre les médias publics : une mise à mort du journalisme ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Alexandre Joux, Professeur en Sciences de l’information et de la communication, Aix-Marseille Université (AMU)

Le conflit entre les médias du groupe Bolloré et le service public de l’audiovisuel interroge les fondements mêmes du journalisme et d’une « information impartiale ». Aux États-Unis, la montée en puissance de Fox News face à CNN dans les années 2000 avait consacré une culture de médias d’opinon et affaibli la culture journalistique. La France suivra-t-elle le même chemin ?


La vidéo montrant les journalistes de France Inter et de France Télévisions Thomas Legrand et Patrick Cohen en rendez-vous avec des cadres du Parti socialiste (PS) est à l’origine d’une confrontation inédite entre porte-paroles de CNews et d’Europe 1, et les représentants de l’audiovisuel public. Le 16 septembre 2025, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, a qualifié CNews de « chaîne d’extrême droite ». Pascal Praud, animateur vedette de la chaîne, a immédiatement réagi en soulignant la politisation de l’audiovisuel public à gauche.

Cette séquence interroge les fondements mêmes du journalisme et des médias d’information. Un « journalisme honnête » ou objectif est-il possible ? Les médias sont-ils au contraire condamnés à exprimer des opinions portées par des lignes politiques ? Cette séquence peut être interprétée à l’aune du « moment Fox News » qui a transformé le paysage médiatique américain dans les années 2000.

Le moment Fox News aux États-Unis

Dès 1949, aux États-Unis, les médias audiovisuels, la radio puis la télévision, sont soumis à un devoir de pluralisme interne imposé par l’autorité qui les régule, la Federal Communications Commission (FCC). Les mass media étant suspectés d’exercer une grande influence sur leurs publics, la fairness doctrine (la « doctrine de l’impartialité », en français) limite les possibilités de les mettre au service d’une cause, en exigeant une couverture « fair and balanced » (« juste et équilibrée ») sur les sujets controversés.

La distribution de bouquets de chaînes par le câble, puis par le satellite, en permettant une plus grande diversité de l’offre de chaînes d’information, conduira à l’abrogation de la fairness doctrine en 1987. C’est dans ce contexte que naît Fox News, en 1996.

Dans les années 2000, Fox News va dénoncer un biais libéral dans les médias se revendiquant « fair », notamment CNN. Pour Fox News, ces médias seraient en fait de gauche, mais ils ne l’avouent pas et revendiquent une information impartiale pour mieux faire avancer leur agenda politique. Du point de vue de Fox News, le pluralisme obligatoire à l’antenne de 1949 à 1987 n’a jamais vraiment existé : l’objectivité, c’est les faits, leur interprétation est toujours politique. Le pluralisme va exister désormais, mais autrement : avec la suppression de la fairness doctrine, il est possible de faire du journalisme d’opinion à la télévision.

Fox News souhaite alors « rééquilibrer » le paysage audiovisuel américain en proposant une chaîne d’information très à droite. La chaîne conçoit l’équilibre des points de vue au niveau du paysage médiatique global. C’est ce que nous connaissons en France sous le nom de « pluralisme externe », comme dans la presse par exemple, où des titres aux colorations politiques différentes permettent de couvrir la totalité du spectre des opinions politiques.

Dans les années 2000, Fox News va supplanter CNN et devenir la première chaîne d’information aux États-Unis. Son ton critique, ultraconservateur, va fédérer des audiences très engagées et lui assurer de confortables revenus publicitaires, qui inciteront les autres chaînes à l’imiter. Le niveau de critique va globalement monter, CNN devenir de plus en plus prodémocrate (la chaîne est connue pour son opposition à Trump) quand Fox News deviendra la porte-parole de Trump avant qu’il ne soit élu une première fois en 2016.

La polarisation des médias aux États-Unis se superpose finalement à la polarisation idéologique de la société, au point de rendre le journalisme impossible : la confusion s’est opérée entre ligne éditoriale et exigence journalistique. Les lignes éditoriales marquées des médias d’information finissent par conduire les rédactions à se désintéresser de pans entiers du réel, pour ne retenir que les faits, les propos qui semblent répondre à leur lecture du monde et aux attentes de leurs audiences.

Cnews, Fox News, même combat ?

Finalement, Fox News a lancé aux États-Unis le débat que la polémique CNews/audiovisuel public incarne actuellement. Les médias qui se disent impartiaux seraient en fait de gauche ; les idées de la droite conservatrice seraient sous-représentées dans les médias et un rééquilibrage nécessaire.

Des manifestants protestent contre Fox News devant le siège de la chaîne à New York, le 25 janvier 2025.
Christopher Penler

Reste que la France, contrairement aux États-Unis, a encore, une « fairness doctrine » : pour les chaînes qui disposent d’une fréquence, l’Arcom impose de « faire respecter l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion à la télévision ». Mais cette exigence est-elle respectée ? On peut en douter, en suivant la décision du Conseil d’État du 13 février 2024 qui a constaté un manquement de l’Arcom relatif au pluralisme interne de certaines chaînes, à la suite d’une plainte de RSF relative à Cnews. Le Conseil d’État a finalement considéré que le pluralisme ne se réduisait pas au temps de parole des politiques à la télévision, et qu’il fallait également considérer les opinions des chroniqueurs et des invités. À l’avenir, cette nouvelle grille d’analyse pourrait permettre de qualifier CNews, et d’autres, de chaînes d’opinion – mais également nous amener à comprendre que notre situation se rapproche de celle des États-Unis.

Réflexions sur le journalisme impartial et ses limites

Le débat initié par Fox News ou par CNews nous amène plus fondamentalement à réfléchir à la possibilité d’un journalisme impartial.

Rappelons que de nombreuses études universitaires des années 1970-1980 ont amené à une réflexion critique concernant les pratiques journalistiques. Ces études ont montré que les rédactions et leurs journalistes ne sont pas vraiment autonomes, qu’ils ont des routines, des « prêts-à-penser », des manières de faire qui leur empêchent souvent de traiter correctement des choses. C’est encore à cette époque que la recherche va questionner de nouveau le rôle des médias dans la fabrique de l’ordre du jour politique, à travers la notion d’agenda setting, c’est-à-dire le processus par lequel certains sujets s’imposent dans les médias et surtout la manière d’en parler.

Mais ces études avaient pour ambition d’améliorer le journalisme en documentant ses limites pour que les rédactions, ensuite, apprennent à se prémunir de leurs propres travers. Il ne s’agissait pas de discréditer l’objectif d’impartialité, mais de dire que le journalisme supposait une vigilance permanente par rapport aux préjugés, aux sources, aux intentions non avouées, aux contextes, etc.

Au-delà de la pratique journalistique et de ses exigences, cette réflexion conduit à distinguer la ligne éditoriale des médias et la manière de traiter les sujets.

L’incarnation de la ligne éditoriale relève de ce que l’on nomme en journalisme le « gate keeping », à savoir le choix des sujets qui seront portés à la connaissance du public parmi tous les faits et déclarations. Ce gate keeping n’est pas sans défauts, l’évaluation de ce qu’est une information importante (newsworthiness, dans le journalisme anglosaxon) est toujours discutable. Ces faits sont ensuite abordés d’une certaine manière, par des accroches, par des angles. C’est le cadrage de l’information (framing) qui n’est pas neutre non plus. Mais cela relève de la liberté éditoriale, qui est garantie aux États-Unis comme en France.

En revanche, une fois un sujet sélectionné, son traitement doit respecter des exigences toutes journalistiques, en se forçant à entendre aussi les lectures de la réalité portées par ceux avec qui l’on n’est pas spontanément d’accord, en donnant finalement la priorité à une exigence de présentation des faits et de leur contexte qui soit la plus complète possible et la plus rationnelle possible – c’est globalement ce que recouvre l’idéal d’objectivité journalistique.

Quand, à l’inverse, les opinions l’emportent, quand les faits sont cadrés à outrance sans prendre en considération la complexité des situations auxquelles ils renvoient, alors il ne s’agit plus d’information ni non plus de journalisme. Ces distinctions permettent de poser le débat non pas au niveau des opinions (chaîne d’extrême droite, audiovisuel public de gauche), mais des exigences journalistiques. Aux citoyens de s’en saisir ensuite pour organiser autrement leur consommation de programmes dits d’information.

The Conversation

Alexandre Joux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. CNews contre les médias publics : une mise à mort du journalisme ? – https://theconversation.com/cnews-contre-les-medias-publics-une-mise-a-mort-du-journalisme-265740

Madagascar : quand les coupures d’électricité déclenchent une crise sécuritaire amplifiée par les réseaux sociaux

Source: The Conversation – France in French (3) – By Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel

Contesté depuis sa réélection en 2023, le président malgache est actuellement confronté à un vaste mouvement de fronde, porté par la jeunesse très connectée du pays, et déclenché par des coupures d’eau et d’électricité dues à une gouvernance défaillante.


Le 25 septembre 2025, Antananarivo a basculé dans la violence. Ce qui avait commencé comme une manifestation de la « Génération Z » contre les coupures répétées d’eau et d’électricité s’est rapidement transformé en émeutes qui se sont soldées par des pillages de supermarchés, des incendies de résidences parlementaires et l’instauration d’un couvre-feu dans la capitale.

Le bilan, contesté entre l’ONU et la présidence malgache, est lourd. On compte au moins cinq morts et une dizaine de blessés. Les répercussions politiques immédiates sont également frappantes puisqu’on assiste dans un premier temps au limogeage du ministre de l’énergie puis quelques jours après à la démission du gouvernement.

Ces événements révèlent un phénomène majeur : à l’ère numérique, une panne d’infrastructure vitale n’est plus seulement technique. Elle devient le catalyseur d’un mécontentement social amplifié par les réseaux sociaux qui accélèrent la diffusion de la colère, lui donnent une dimension émotionnelle et en étendent la portée.

La crise malgache offre ainsi un cas d’école pour analyser ce que l’on peut appeler des vulnérabilités communicationnelles à l’intersection de la sûreté, des infrastructures et de la gouvernance.

Les infrastructures vitales comme déclencheurs de la contestation

L’électricité et l’eau sont les piliers de la sécurité humaine telle que définie par les Nations unies. Leur absence ne se traduit pas seulement par un inconfort mais par une mise en péril de la dignité et de la survie quotidienne. À Madagascar, où la pauvreté rend la population particulièrement vulnérable, les délestages répétés affectent la conservation des denrées, la sécurité des foyers et la continuité des activités économiques.

La colère qui s’exprime dépasse donc la simple question technique mais traduit plutôt un déficit de confiance dans la capacité de l’État à remplir sa mission fondamentale. Ce phénomène n’est pas unique. En Afrique du Sud, les coupures d’électricité appelées « loadshedding » ont fragilisé le gouvernement et provoqué de multiples protestations. Au Nigéria, ce sont les pénuries de carburant qui déclenchent régulièrement des flambées sociales. Dans bien des cas, les carences des infrastructures vitales deviennent des points de bascule politique.

Les réseaux sociaux, caisses de résonance aux vulnérabilités communicationnelles

Les mobilisations contemporaines se jouent désormais dans l’espace numérique. Comme l’a montré Manuel Castells, « la communication est le mouvement ». À Antanarivo comme dans d’autres régions touchées par les manifestations, Facebook, WhatsApp et TikTok ont servi de vecteur de mobilisation rapide. Des hashtags comme #LéoDélestage se sont imposés comme slogans partagés permettant à une génération connectée de donner une forme à son indignation.

Les réseaux sociaux ont rempli trois fonctions majeures :

Tout d’abord, ils sont permis de rassembler en quelques heures des milliers de personnes au centre-ville.

Ensuite, les images d’Antanarivo ont circulé dans des régions comme Antsirabe et Toasina, déclenchant un effet d’entraînement.

Enfin, les vidéos de pillages et d’incendies ont produit un effet ambivalent. Leur diffusion massive a, d’une part, suscité peur et indignation en renforçant la perception d’une perte de contrôle étatique ; d’autre part, leur viralité a donné une visibilité inédite au mouvement, tout en reconfigurant son image publique. Ces scènes ont simultanément servi de catalyseur de mobilisation pour certains et de facteur de dissuasion pour d’autres, façonnant la narration collective de la crise bien au-delà des événements factuels.

Cette logique de viralité, décrite par Dominique Cardon, repose sur la visibilité des émotions plus que sur la véracité des faits. Les réseaux sociaux transforment donc une revendication sociale en phénomène national, avec une rapidité et une intensité inédite.

La crise a mis en évidence ce que Louise Merzeau nomme la « mémoire – trace ». Chaque vidéo, chaque image partagée devient une archive immédiate inscrivant l’événement dans une temporalité irréversible. Mais cette mémoire est instable et extraite de son contexte, elle se recompose au fil des partages, nourrissant parfois la rumeur.

On identifie trois formes de vulnérabilités communicationnelles :

La première s’inscrit dans le registre de la confusion informationnelle.

Les contenus, qu’ils soient vérifiés, manipulés ou « étrangers » (c’est-à-dire produits en dehors du contexte local, par des acteurs internationaux ou par des comptes sans lien direct avec les événements), circulent simultanément, créant un bruit informationnel qui brouille la compréhension globale de la situation.

La seconde s’inscrit dans le silence institutionnel dans la mesure où l’État a tardé à communiquer, laissant les réseaux sociaux imposer leur propre récit. Comme le rappelle Yves Jeanneret, l’information est un dispositif social et l’absence de discours officiel crée un vide qui se comble ailleurs.

Enfin, les citoyens investissent massivement les plates-formes numériques comme un nouvel espace public de délibération et de mobilisation, réduisant encore la portée et la légitimité de la parole institutionnelle. La communication verticale de l’État se retrouve ainsi concurrencée par une horizontalité participative et émotionnelle.

La réponse par le couvre-feu illustre ce que Didier Bigo appelle la banalisation de l’exception sécuritaire. Ainsi, l’urgence justifie la restriction des libertés mais ne résout pas la cause structurelle, le déficit d’infrastructure et de confiance.

De la panne technique à la crise politique : un basculement fragile

Ces événements ne surgissent pas dans un vide politique. Depuis sa réélection en 2023, contestée, le président Andry Rajoelina fait face à une opposition qui dénonce à la fois la fragilité des infrastructures et la mauvaise gouvernance. La population malgache reste marquée par un cycle de crises politiques récurrentes où chaque dysfonctionnement devient un terrain d’affrontement entre pouvoir et opposition.

La crise des délestages a rapidement pris une dimension politique. Certains médias rapportent que des représentants de l’opposition ont pointé leur présence dans les manifestations, conférant au mouvement une coloration politique. Le sénat, de son côté, a dénoncé une « tentative de coup d’État ». Une rhétorique qui témoigne de la forte polarisation de la vie politique malgache.

Ce contexte accentue la défiance dans la mesure où les citoyens perçoivent moins les délestages comme des accidents techniques que comme le signe d’une incapacité structurelle de l’État. L’absence de réponse rapide et transparente a amplifié le déficit de confiance et a donné à la colère sociale une dimension directement politique.

À court terme, plusieurs scénarios demeurent ouverts :

La reprise des violences nocturnes à Antanarivo notamment dans les zones commerciales et périphériques.

L’extension régionale de la crise avec des mouvement qui ont déjà été signalés à Antsirabe et à Tamatave (mobilisation étudiante). Les grandes villes secondaires sont exposées par contagion.

La politisation accrue car la présence visible de députés d’opposition lors des manifestations montre une récupération progressive du mouvement.

Ces scénarios combinent un risque de désordre public, de perturbation économique et de crise politique.

La crise malgache illustre un nouveau paradigme. La sûreté à l’ère numérique ne se limite pas à la prévention de la violence physique mais implique la gestion d’un système plus complexe articulant trois types de vulnérabilités :

Les vulnérabilités matérielles caractérisées par les infrastructures vitales (énergie, eau, transport), les vulnérabilités symboliques caractérisées par la communication numérique (réseaux sociaux, viralité) et les vulnérabilités institutionnelles c’est-à-dire la gouvernance (légitimité, capacité de médiation)

C’est dans l’interaction de ces trois dimensions que naissent les crises. Comme l’écrivait Castells « le pouvoir est désormais dans le code et le flux ». Celui qui contrôle les infrastructures et les récits contrôle la stabilité sociale.

Un simple épisode de colère populaire ?

Les événements du 25 septembre à Madagascar ne sont pas un simple épisode de colère populaire. Ils constituent un cas paradigmatique de la façon dont, à l’ère numérique, une panne technique, bien qu’elle soit façonnée par un cadre culturel spécifique, peut devenir une crise sécuritaire amplifiée par les réseaux sociaux et révélatrice des fragilités de la gouvernance.

La sûreté contemporaine se joue autant dans la robustesse des infrastructures que dans la capacité à communiquer et à maintenir la confiance. En ce sens, Madagascar est un avertissement. La prochaine crise sécuritaire pourrait naître non pas d’un attentat ou d’un conflit, mais d’une coupure d’électricité partagée en direct sur les réseaux sociaux.

The Conversation

Fabrice Lollia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Madagascar : quand les coupures d’électricité déclenchent une crise sécuritaire amplifiée par les réseaux sociaux – https://theconversation.com/madagascar-quand-les-coupures-delectricite-declenchent-une-crise-securitaire-amplifiee-par-les-reseaux-sociaux-266624

Au Moyen-Orient, la lente progression du leadership féminin dans le monde du travail

Source: The Conversation – France in French (3) – By Eliane Bacha, Professeur-Chercheur en Management, SKEMA Business School

Photo de groupe lors de la sixième édition du Women Leaders Summit Middle East organisé à Dubai en octobre 2025. Menawomenleaders.com

Une évolution des mentalités s’observe dans la plupart des pays du Moyen-Orient en ce qui concerne la possibilité laissée aux femmes d’étudier et d’accéder au marché du travail puis aux postes de direction. Il reste cependant beaucoup à faire ; la mise en place et la généralisation de certaines mesures, telles que le mentorat ou la formation professionnelle, pourraient accélérer le processus.


L’Objectif de développement durable n°5 des Nations unies, adopté en 2015, fixe une ambition claire : « Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ». Cette ambition concerne notamment le monde du travail. En 2025, la proportion de femmes occupant des postes de PDG dans le monde est estimée entre 5 et 6 %. Certains pays se distinguent, comme la Thaïlande et la Chine, où cette proportion est respectivement de 30 % et 19 %.

En 2024, 33,5 % des postes de direction y compris ceux des conseils d’administration dans le monde étaient occupés par des femmes. Ce pourcentage, relativement stable d’une région à l’autre, est surtout porté par une dynamique nouvelle : la montée du nombre de femmes PDG. À titre d’exemples, en Europe de l’Est et en Asie centrale, les femmes occupent environ 20 % des sièges dans les conseils d’administration et 7 % des postes de PDG dans les sociétés cotées en bourse et en Amérique latine, 9 % des PDG sont des femmes et 16 % occupent des sièges dans les conseils d’administration. Une progression qui traduit un changement structurel et qui se manifeste désormais aussi au Moyen-Orient.

L’émergence des femmes leaders au Moyen-Orient

La liste des 100 femmes d’affaires les plus influentes de la région pour l’année 2024 publiée par Forbes Middle East comprend 100 profils, de 28 nationalités (y compris occidentales) qui occupent des postes importants dans des entreprises dans 32 secteurs différents.

Tout en haut du classement figure l’Émiratie Hana Al Rostamani, PDG de First Abu Dhabi Bank, qui conserve cette place de numéro un pour la troisième année consécutive. Diplômée de l’université George Washington aux États-Unis, elle est titulaire d’une licence en administration des affaires et d’un master en gestion de l’information. Avec deux décennies d’expérience dans la banque et les services financiers, elle incarne parfaitement ce que révèle ce classement : les femmes leaders sont de plus en plus visibles et occupent des postes de plus en plus stratégiques.

Cette évolution traduit une modification des mentalités et met en lumière une évidence : les femmes disposent des compétences nécessaires pour accéder à des rôles de premier plan. Une étude menée en 2024 sur le leadership éducatif féminin dans le monde arabe montre que ces dirigeantes se distinguent par leur « agentivité » – c’est-à-dire leur capacité à prendre en main leur destin et leur environnement –, leur autodétermination et leur persévérance.

Une autre étude, publiée en 2017 et consacrée spécifiquement au cas des Émirats arabes unis, souligne que les Émiraties adoptent un style de leadership transformationnel : elles stimulent la créativité de leurs équipes, communiquent leur vision, motivent et soutiennent leurs collaborateurs, et se posent elles-mêmes en modèles.

Mesures visant à soutenir l’avancement des femmes dans la hiérarchie

Ces avancées ne doivent pas masquer la réalité des chiffres. En 2022, les femmes ne représentaient que 19 % de la population active au Moyen-Orient, selon la Banque mondiale. Leur progression professionnelle se heurte à des obstacles bien connus : barrières socioculturelles, idéologies masculines dominantes, croyance répandue selon laquelle leur rôle devrait se limiter à la sphère domestique.

Une étude publiée en 2020, consacrée aux défis rencontrés par les femmes managers dans la région, met en évidence plusieurs freins : la domination des idées masculines dans les sociétés et les organisations, l’absence d’égalité entre les sexes et le manque d’ateliers de formation et de développement professionnel. Autant de manques qui ralentissent, voire empêchent, la progression des carrières féminines.

Pour que davantage de femmes puissent s’épanouir professionnellement, le changement doit intervenir à plusieurs niveaux : dans les mentalités, mais aussi au sein des organisations et des institutions. Entreprises et gouvernements doivent mettre en place des politiques qui renforcent la confiance et l’autonomie des femmes, en les encourageant à occuper des fonctions managériales et de leadership, à l’instar de mesures prises par l’UE ou par la France, adoptée en 2021. Certes, ces lois encouragent la présence des femmes dans les instances dirigeantes. Cependant, que ce soit pour une femme ou un homme leader, il faut bien sûr toujours considérer les compétences et l’expertise requises pour les postes occupés.

Le mentorat et les rôles modèles constituent un autre levier essentiel. Aujourd’hui, ils manquent cruellement, alors qu’ils jouent un rôle déterminant pour donner aux femmes la confiance nécessaire afin de franchir les obstacles qui se dressent devant elles. Notre étude menée en 2024 met en lumière l’impact de programmes de formation exclusivement féminins, les Women Only-Training Programmes (WOTPs). Nos recherches s’appuient sur un échantillon de 47 participantes françaises âgées de 34 à 54 ans, diplômées pour la plupart d’une licence ou d’un master. Parmi elles, 11 étaient sans emploi, tandis que les 36 autres occupaient des postes variés – assistante de direction, cheffe de produit, responsable IT, cheffe de projet, directrice stratégie, DRH – dans des secteurs aussi divers que les services, la distribution ou la construction.

Ces formations contribuent à développer les compétences transversales des participantes, en particulier leur confiance en elles et leur efficacité professionnelle. Autant d’atouts pour briser les plafonds de verre.

Au-delà du mentorat, les femmes doivent pouvoir compter sur des réseaux solides et participer à des programmes de formation pour affiner leurs compétences en leadership. Les réseaux professionnels offrent des ressources précieuses et favorisent les opportunités, tandis que la formation permet d’acquérir de nouvelles compétences pour relever les défis.

Une dynamique positive pour toutes… et tous

Le monde du travail est en pleine transformation : les femmes montent dans la hiérarchie et occupent des fonctions de leadership. Au Moyen-Orient, elles commencent à briser le plafond de verre et à prendre place dans les instances de direction des entreprises.

Cette dynamique n’est pas seulement bénéfique pour elles. Comme le montre une étude publiée en 2023, la présence de femmes dans les comités de direction a un effet positif sur la rentabilité opérationnelle, mais aussi sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.

C’est pourquoi la sensibilisation, les initiatives concrètes et les politiques ambitieuses apparaissent comme autant de leviers indispensables. Elles permettront aux femmes du Moyen-Orient de bénéficier de conditions de travail équitables et de saisir, comme leurs homologues masculins, toutes les opportunités de carrière qui s’offrent à elles. Par exemple, les Émirats arabes unis ont créé en 2015 le Gender Balance Council, visant notamment à parvenir à un équilibre entre les sexes dans les postes de décision.

The Conversation

Eliane Bacha a reçu des financements de la Fondation Égalité Mixité (collaboration entre Axa, Engie, Michelin, Orange) entre 2016 et 2019.

ref. Au Moyen-Orient, la lente progression du leadership féminin dans le monde du travail – https://theconversation.com/au-moyen-orient-la-lente-progression-du-leadership-feminin-dans-le-monde-du-travail-265301

Why is Canada quiet on the International Criminal Court while recognizing Palestine?

Source: The Conversation – Canada – By Laszlo Sarkany, Assistant Professor, Political Science, Western University

Canada has formally recognized the state of Palestine, drawing the ire of United States President Donald Trump.

At the same time, the U.S. is continuing to oppose the International Criminal Court (ICC) by sanctioning several of its judges, citing their involvement in investigations related to alleged war crimes by American and Israeli officials.

The ICC investigates and prosecutes individuals for international crimes that include genocide, crimes against humanity and war crimes.

Despite Canada’s historic support for the ICC, the current government has yet to officially defend it against the recent accusations, even though one of its sanctioned judges, Kimberly Prost, is Canadian.

American threats

There are two key questions worth asking in relation to these shifts in Canadian foreign policy:

  • Why did Canada recognize Palestine despite signals from the U.S. that the move would impact its trade relationship?
  • What does Canada’s silence on the sanctions against the ICC suggest about how and why Canadian foreign policy in relation to the court may have changed?

Recognizing Palestine placed Canada’s policy — and its trade negotiations — on a collision course with the U.S. as American officials called the move “reckless …and undermines prospects for peace.”

The stakes seemed even higher when Trump linked Canada’s recognition of Palestine with trade deals. Sen. Lindsey Graham, a South Carolina Republican, mentioned Canada in his warning that if American allies comply with the ICC arrest warrants against Israeli officials, the U.S. will “crush” the economies in question.

The recognition seems to be a substantial shift in Canadian foreign policy. For a considerable amount of time, at the very least stretching back to the days of Stephen Harper’s Conservative government — Canada has been a staunch supporter of Israel.

Canada even publicly said on the international stage in 2014 that it didn’t recognize Palestine.

Canada’s lack of support for the ICC

Mark Carney’s Liberal government, however, has yet to push back against the U.S. attacks on the ICC. Foreign Affairs Minister Anita Anand did note that she has “utmost confidence” in Prost and praised the court, but made no reference to the American sanctions against her.

Canada has missed two opportunities to support the ICC: one in July 2025, when other states, members of civil society groups and international organizations defended the court during its Assembly of States Parties meetings in New York.

The second arose during the 59th meeting of the United Nations Human Rights Council in June 2025.

What could explain these shifts and apparent snubs?

The middle ground

There has been extensive domestic and global pressure to keep the plight of Palestinians caught up in the humanitarian catastrophe in the spotlight, and to recognize Palestine.

Canada has attempted to chart a middle ground on the issue, accusing Hamas of terrorizing both Palestinian and Israeli civilians.

Canadian allies like the U.K. and the European Union, along with other like-minded states, declared in July that Palestine is a state.

On the question of why Canada has not voiced public support of the ICC since Carney was elected in April 2025 — as France, Belgium, Slovenia and the UN have done — there are two possible explanations.

On the surface, it might be because the government is still weighing its options and isn’t ready to act. If so, however, its silence suggests a lack of support of the ICC given Canada’s previous backing of the court until March 2025, during Justin Trudeau’s years in office.




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What the ICC’s anticipated arrest warrants against Netanyahu and Hamas leaders mean for Canada


The ‘value of our strength’

Another explanation could involve Canada’s commitment to NATO and its new, broader foreign policy aims.

The Canadian government has promised it will allocate five per cent of its GDP to NATO by 2035. In the same declaration, Carney noted that “global conflict [is] becoming more frequent and volatile.”

Therefore, the federal government could be adopting a pragmatic position and aiming to prioritize security and sovereignty from now on. A wider global engagement for the Canadian military would mean that its service members could, at least conceptually, come under closer scrutiny by the ICC, which steps in when national judicial systems are unable or unwilling to hold perpetrators accountable.

During the so-called Somalia Affair in the early 1990s, Canada did prosecute its own. The government went as far as to disband the unit the soldiers involved belonged to. But Canada was not, in the early 1990s, bound by the Rome Statute of the ICC until 2002. The statute established four core international crimes — genocide, crimes against humanity, war crimes and the crime of aggression — and stipulated they aren’t subject to any statute of limitations.

Current global geostrategic dynamics are also very different today than they were in the 1990s. Canada could be anticipating a much broader military engagement.

The pragmatism explanation is supported by the latest declaration Anand made in her recent speech to the United Nations General Assembly as Canada’s foreign affairs minister.

She noted that the three priorities of the Carney government will be “security and defence,” “economic resilience” and “core values.” Anand, a former defence minister, concluded her speech — echoing Carney’s words — that Canada will be defined not “by the strength of our values, but by the value of our strength.”

The Conversation

Laszlo Sarkany does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why is Canada quiet on the International Criminal Court while recognizing Palestine? – https://theconversation.com/why-is-canada-quiet-on-the-international-criminal-court-while-recognizing-palestine-265930

Many autistic students are denied a full education — here’s what we need for inclusive schools

Source: The Conversation – Canada – By Vanessa Fong, Postdoctoral Fellow, University of British Columbia

As students settle into the school year, the reality is that many will not experience full inclusion in the classroom.

Every child has the right to an education under the Canadian Charter of Rights and Freedoms and the United Nations Convention on the Rights of the Child. Yet, for many autistic students in Canada, this promise falls short.

Our recent study published in Autism Research uncovers why so many autistic students are denied their right to a full education and highlights what must change to make schools truly inclusive.

What exclusion looks like

Exclusion takes many forms. Sometimes, it’s overt, with students being told they cannot attend school for a period of time.

More often, it is informal or partial, where students are told to come on modified hours or days or sent home early because there aren’t enough staff to support their needs, or they aren’t permitted to participate in certain activities, like field trips.

In our online survey of 412 primary caregivers of autistic children in Ontario, primarily recruited through Autism Ontario, 42.3 per cent reported that their autistic children had experienced some form of school exclusion.

These exclusions have cascading effects on families, forcing parents to miss work and jeopardize their employment. They also drive some households closer to poverty.

Previous research from our team has indicated that many parents of autistic children, particularly mothers, struggle to maintain full-time employment as they need to be available to care for their children during school hours.

Powerful predictors of exclusion

Our survey also identified several important factors related to school exclusion.

Something that predicted lower rates of school exclusion was greater parental satisfaction with the child’s Individual Education Plan (IEP) — a legally mandated document meant to outline supports and accommodations for students with disabilities.




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Analysis of parent responses to the open-ended survey questions revealed two critical factors contributing to exclusion:

  • Bullying, where autistic children are victimized by peers, leaving them isolated, afraid for their safety and more likely to avoid school;

  • A lack of specialized training and resources for school staff. This lack of training and resources leaves autistic students without the support they need to participate and engage fully in school life.

These findings echo international patterns. Autistic students face increased risk of exclusion because of sensory overload, lack of staff training and the absence of genuinely supportive environments.

The illusion of inclusion

The assumption that simply integrating autistic students into mainstream settings guarantees inclusion is not only misleading, but harmful. As many advocates warn, true inclusion demands a fundamental shift in attitudes, environments and policies.

Current failures are seen in the use of physical restraint and seclusion practices as well as insufficient funding and under-staffing that leave children’s needs unmet and their safety at risk.

Parents’ responses also indicated concerns about IEPs that are written but not followed, and lack of effectiveness or practical application of existing anti-bullying policies that leave students vulnerable.

What must change?

If we are serious about inclusion, several steps are critical.

Schools must develop robust anti-bullying initiatives that foster a culture of acceptance, empathy and understanding of neurodivergence. In Ontario, the Ministry of Education requires all school boards to have bullying prevention and intervention policies.

While previous research has examined the effectiveness of school bullying policies more broadly, research is needed to assess their impact within Ontario schools, particularly in relation to neurodivergent students.




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Too many kids face bullying rooted in social power imbalances — and educators can help prevent this


Staff training must be comprehensive, mandatory and ongoing, centred on understanding the needs and strengths of autistic and neurodivergent students. Indeed, previous research has shown that targeted professional development can strengthen teachers’ confidence and preparedness to support autistic students.

Greater collaboration is needed, with families and autistic youth being real partners in IEP planning and schools held accountable for following through. Classrooms must be tailored to be sensory-friendly and flexible, providing predictable routines and spaces for self-regulation.

Importantly, increased funding is also necessary. School staff, such as education assistants, are often required to support far too many students, with a lack of replacements when they are absent.

These issues ripple out to affect the entire classroom. A stable workforce of skilled staff with specialized training who are compensated competitively is essential if inclusion is to be a reality and not just a slogan.




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Teachers lack resources to meet classroom needs, and absences shouldn’t surprise us


A call to rethink inclusion

The latest estimates from the Public Health Agency of Canada indicate that about one in 50 children and youth aged one to 17 are diagnosed with autism.

In other words, just about every classroom will likely have at least one autistic student, among other neurodivergences.

Integrating these students fully and meaningfully is important not just for their education, but also for the betterment of the broader classroom culture, as well as families’ employment security and economic well-being.

In addition to exclusions, our previous research found that many families elect to keep their autistic children home, or enrol them in alternative programming, because they are unable to find an appropriate placement within a public school.




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The current system is not working for too many; systematic improvements are needed to ensure that all children and their families are supported to reach their full potential.

We must start by listening to educators, parents and autistic students to understand these students’ diverse needs, and then put the resources in place to make these accommodations a reality. Until then, many children and youth will remain either partially or fully excluded from a safe, meaningful and reliable education.

The Conversation

Vanessa Fong receives funding as a Postdoctoral Fellow from the Canadian Institutes of Health Research and Michael Smith Health Research BC, and from the Social Sciences and Humanities Research Council through her Research Associate position at Wilfrid Laurier University.

Janet McLaughlin receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Margaret Schneider receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council.

ref. Many autistic students are denied a full education — here’s what we need for inclusive schools – https://theconversation.com/many-autistic-students-are-denied-a-full-education-heres-what-we-need-for-inclusive-schools-265147

Politically aggressive social media users are creating most of the anti-immigrant content

Source: The Conversation – Canada – By Nicholas A. R. Fraser, Senior Research Associate , Toronto Metropolitan University

Most of us, whether we admit it or not, engage in a great deal of passive scrolling through social media daily.

And while the platforms have proliferated for years, experts are only now beginning to demonstrate their full impact on our attention, mental health, spending habits and politics.

Despite the benefits, social media is also creating new problems. A pressing concern is the dissemination of misinformation by political extremists, a trend amplified by the unprecedented reach of platforms like Facebook and X (formerly Twitter). When it comes to issues like immigration, many activists, experts and pundits point to social media as a vehicle for the spread of prejudice, conspiracy theories and false claims targeting immigrant and minority populations.

Even before launching his 2016 presidential bid, for example, Donald Trump used Twitter to share messages attacking immigrants and ethnic minorities with millions of people, giving him the power to dominate news cycles and shape public policy.

Does social media make people more xenophobic?

Polarizing platforms

For decades, scholars studying how people consume information about immigration have argued that print and TV news stories often portray the economic and social impact of immigration negatively.

Studies on major American newspapers and news stations show that traditional media coverage has encouraged prejudice toward Latin American immigrants and Muslims.

Does social media follow this trend? Social scientists are beginning to disagree.

Scholars point to racist and anti-immigration messages on social media as evidence that platforms like Facebook, X and Reddit encourage users to speak freely without the constraints of social norms to a broad and diverse audience.

Other studies argue that social media creates uniquely polarizing environments where users organize themselves into political tribes that fight one another using aggressive dialogue. Even in Canada — a country often touted as pro-immigration — social media has allowed users to attack immigrants and minorities.

Users’ attitudes, however, may matter more than the specific platform.

Politically aggressive users

Recent studies from the United States and Western Europe show that social media attracts politically aggressive users who often do most of the talking in heated online conversations.

Based on my recent research on Canadian X users, I found similar results. I analyzed roughly 13,000 English-language posts discussing immigration and Canada’s housing crisis in 2023. Unsurprisingly, I discovered that many users blamed immigrants for a lack of affordable housing, including influencers with tens of thousands of followers.

In August 2023, discussions about housing on X peaked, with 3,638 posts mentioning both immigration and housing. This significant increase in online conversation coincided with federal government’s public comments linking international students to the housing crisis. The data supports the idea that Canadians were actively discussing the housing crisis in relation to immigration during this time.

Does this mean that Canadian X users are now seething with hatred for immigrants? While some are, a closer look reveals the partisan nature of these posts.

When I examined users’ identities and networks, it became clear that their anti-immigration messages were often a means of criticizing Justin Trudeau and his Liberal government. In other words, right-wing users (with large and small followings) were chiefly responsible for creating and sharing these posts, including People’s Party of Canada leader Maxime Bernier.

For instance, Fringe Albertan (about 2,500 followers in August 2023) posted in response to a post by Rebel News:

“@RebelNewsOnline Its a lie! Typical Liberal. Hes lying bc Canada is a UN member, and as a member, has signed onto an immigration pact to flood Canada with migrants, destroying our economy, social network, housing, and culture. #EndUNMembership @UCPCaucus @CPC_HQ @Buffalo_AB @BuffaloPartySK”_

Similarly, lloyd (about 50 followers at the time) posted in response to a post by CTV News:

“@CTVNews Thanks CTV News it’s no wonder why they are leaving as Canada is so poorly governed ! Housing shortage when Immigration brings millions of Migrants and never checked to see how many homes they had and shortage worst ever for Canada! Worst blunder in Canadian History! HELP.”

Right-wing social media users significantly contributed to public discourse blaming immigrants for Canada’s problems.

Some might argue polarizing content is simply a reflection of free speech.

This is true to some degree, but recent studies suggest online polarization can also threaten free societies. Algorithms designed to focus users’ attention on threats and conflict can reliably make users engage with content; this is what makes social media platforms potentially dangerous. Fortunately, users are far from powerless.

Reducing online polarization

While figures like Trump show that social media can be used to spread prejudice to mass audiences, it also matters that users often self-select into networks they like.

New studies make clear that users’ socio-political context, partisanship and behaviour seem to matter as much as the platform itself.

It turns out both platforms and users are responsible for online polarization.

What can we do about social media platforms?

Ultimately, we need socially responsible online platforms that focus less on producing outrage and division to attract users. This means including researchers, governments and civil society in designing social media interfaces and algorithms to establish reasonable community standards for sharing information and regulating users’ behaviour.

But we cannot wait for politicians to solve this problem. Even if we get platforms that focus less on outrage, trolls will still exist.

Social media’s rapid pace and the lack of consensus over online behaviour create ethical dilemmas for users everywhere. For example, many people passively scroll and react to content they skimmed, but if conflict arises later in the thread, many users are unsure how to respond or whether they should respond at all.

To see less polarizing social media content, we need to both consciously choose what platforms we wish to join (and why), and we need to cultivate better ways to handle online conflict.

The Conversation

Nicholas A. R. Fraser does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Politically aggressive social media users are creating most of the anti-immigrant content – https://theconversation.com/politically-aggressive-social-media-users-are-creating-most-of-the-anti-immigrant-content-264750

YouTube shapes young people’s political education, but the site simplifies complex issues

Source: The Conversation – Canada – By Emine Fidan Elcioglu, Associate Professor of Sociology, University of Toronto

There is a widely held misconception that young people are politically disengaged. This is based on narrow measures like voter turnout. But this overlooks the fact that many young people are deeply curious, especially when politics is understood more broadly: as a way to make sense of society, power and everyday life.

In my research with youth in the Greater Toronto Area, I explored how their views on inequality, identity and government form over time.

My findings build on my earlier research, conducted with second-generation Chinese and South Asian Canadians, where I found that many of them turned to conservative ideas to access feelings of dignity and belonging. For them, embracing meritocracy wasn’t about denying racism — it was a way to prove they’d succeeded by Canada’s rules.




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Why are so many second-generation South Asian and Chinese Canadians planning to vote Conservative?


In this new study, I wanted to understand what shapes that gap — what makes some students more likely to see power as structural, and others more likely to see it as personal or cultural.

I found that young people now form political beliefs through two competing knowledge systems: a hollowed-out university, and YouTube’s attention economy. In the university classroom, students learn to connect experience to systems like racism or class inequality. On YouTube, other students encounter simplified stories or common-sense clichés.

The result is a generation pulled between critique and clarity, where YouTube offers answers that feel true.

Changes to postsecondary education

Post-secondary institutions in Canada have historically played a central role in public life. They offered young people a place to explore political ideas, learn history and develop critical thinking skills. That mission has since eroded.

In Ontario, former premier Mike Harris’s so-called “Common Sense Revolution” marked a turning point in government approaches to education. Post-secondary education was rebranded as an individual investment rather than a public good. The cost of tuition increased, public funding stagnated and student debt rose.

As a result, academic paths became stratified. Lower-income students pursued vocational degrees, while their wealthier peers could afford less lucrative paths, like the social sciences and humanities.

The ability to encounter transformative ideas narrowed along class lines.

Market priorities

At the same time, disciplines like sociology and history began to lose institutional standing as universities became increasingly reliant on tuition fees, corporate partnerships and research tied to economic outcomes. Funding shifted toward programs seen to deliver market returns — like business and technology — while fields focused on critique or public interest were sidelined.

This reorientation entrenched the idea that higher education exists to serve the market. So it was no surprise when Ontario announced $750 million in new post-secondary funding; none for the social sciences and far below the $2.5 billion recommended by a government-appointed group tasked with reviewing the financial sustainability of Ontario’s post-secondary system.

Universities are now judged by job outcomes for graduates, with less support for courses that analyze, critique or challenge inequality or power.

YouTube steps in

As universities retreat, platforms like YouTube have increasingly stepped in as a political educator. This is accelerating a shift that may have happened anyway, but has now taken on a new urgency in this hollowed-out educational landscape.

In 2015, YouTube’s algorithm shifted to maximize watch time, pushing content independent of its quality.

I found that for students in technical or vocational programs — where inequality is rarely addressed — YouTube often becomes their main source of political learning.

Conservative influencers offer simplified narratives: inequality reflects natural differences, tradition ensures order, progressivism is elitist.

These messages land because progressive ideas remain concentrated in universities, out of reach for many working-class youth. This dynamic has also expanded across platforms like TikTok and Instagram, where short-form content delivers similar emotionally charged explanations.

When critical education is confined to elite spaces, structural thinking becomes a privilege and not a public tool. This matters because it shapes who feels entitled to analyze power and imagine alternatives — and who is left to make sense of inequality through personal experience and YouTube algorithms.

Some young people are pushing back: BreadTube creators, civic tech projects and public sociology podcasts translate progressive ideas for digital audiences.




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Meet BreadTube, the YouTube activists trying to beat the far-right at their own game


But these efforts remain small compared to the reach and resources of right-wing media. Without broader infrastructure — from education funding to algorithmic transparency — even the most compelling content struggles to shift how people understand the world.

The decline of progressive institutions

Universities were never the only sites of political education. In earlier generations, unions, political parties and community groups shaped public consciousness.

They established adult education programs, published newspapers and linked political ideas to everyday life. Feminist and anti-racist traditions added their own spaces, from women’s consciousness-raising circles to Black political study groups.

Civic initiatives like Company of Young Canadians, supported youth in under-served communities with political engagement and collective action. These institutions helped working people identify shared interests and organize for change.

That world has largely disappeared, especially with the decline of unions in Canada, driven by decades of neoliberal restructuring that weakened collective bargaining and eroded political education.

In Canada, the New Democratic Party has increasingly prioritized electoral success over grassroots organizing. This isn’t unique to the NDP. Across the North America, left-leaning organizations often function as symbolic communities, struggling to build collective power.

Their abstract language feels out of step with people navigating material problems like rent hikes and job precarity.

In contrast, the political right speaks plainly. And, its messages may be simple, but they are easy to find.

Cultivating critical thought

When universities retreat and progressive organizations lose influence, new forces shape how people come to understand the world.

My research found that the way Canadian youth explained inequality differed depending on their access to education. Students with post-secondary social science education connected personal experience to systemic inequality. Those outside these spaces — especially those relying on YouTube — were more likely to see inequality as natural, rooted in individual effort or cultural values.

This divergence reflects a deeper shift: the pipeline for developing structural literacy has broken down. Where critical thinking was once nurtured through unions, political parties and public education systems, those institutions have thinned out.

With unions weakened and parties consumed with electoral success, the university remains one of the few institutions still cultivating critical thought — and conservative leaders know it.

Ahead of the 2025 election, the Conservative Party pledged to end the “imposition of woke ideology” in university research funding and steer university hiring “away from ideology.”

For from neutral, these efforts turn universities into places where challenging ideas are no longer welcome. In their place, young people are left to navigate politics through platforms shaped by algorithms, where nuance is rare.

A different future

If we want a different future, where more people feel equipped to understand and change the world, we need institutions that foster imagination, inclusion and collective purpose. That means rebuilding unions, community-based groups and civic networks.

It also means rethinking what political parties and universities are for.

Political parties must organize, not just campaign. Universities must educate for democratic participation, not just employability. These institutions must do the slow, relational work of building solidarity: helping people understand the systems they live in and feel part of something larger than themselves.

Without that kind of infrastructure, progressive ideas stay abstract: visible to some, but disconnected from the everyday lives of most.

The Conversation

Emine Fidan Elcioglu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. YouTube shapes young people’s political education, but the site simplifies complex issues – https://theconversation.com/youtube-shapes-young-peoples-political-education-but-the-site-simplifies-complex-issues-260758

Alternatives aux néonicotinoïdes en culture de betterave : les avancées de la recherche

Source: The Conversation – France (in French) – By Guy Richard, Directeur de l’expertise scientifique collective, de la prospective et des études à l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), Inrae

Récolte de betteraves sucrières en Normandie. stanze/Flickr, CC BY

Voici quatre ans que des scientifiques testent et étudient les alternatives aux néonicotinoïdes pour les cultures de betteraves. Les pistes de solutions sont nombreuses et complémentaires.


Le 1er septembre 2018, la France interdisait l’usage agricole des néonicotinoïdes (NNI), insecticides qui agissent sur le système nerveux des insectes. Ces molécules, reconnues comme une des causes du déclin des colonies d’abeilles et de la biodiversité, ont été utilisées à partir des années 1990 pour contrôler les pucerons qui infestent des cultures, comme la betterave sucrière.

Présents dans les enrobages des semences, différents NNI ont pu se répandre dans les plantes et dans le sol où ils pouvaient atteindre les organismes du sol, y compris les semences des cultures suivantes et des graines de plantes productrices de pollen et de nectar, qui peuvent ensuite être visitées par les pollinisateurs.

L’interdiction des NNI a entraîné en 2020 une baisse moyenne de rendement de 28 % sur l’ensemble de la surface cultivée en betterave sucrière française, due à la jaunisse virale propagée par de fortes populations de pucerons.

Les professionnels agricoles se sont alors mobilisés pour :

  • obtenir une dérogation d’utilisation des NNI soumis à l’avis annuel d’un conseil de surveillance réunissant des parlementaires, dérogation qui sera elle-même interdite en 2023 suite à un arrêt de la Cour de justice européenne ;

  • soutenir et accélérer la recherche d’alternatives aux NNI sur betterave.

Depuis 2021, le ministère en charge de l’agriculture soutient un programme national de recherche et d’innovation (PNRI) initialement doté de 7,2 millions d’euros sur trois ans – et reconduit depuis – pour explorer des solutions opérationnelles à court terme. Le programme est copiloté par l’Institut national de la recherche sur l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et par l’Institut technique de la betterave (ITB). Il s’appuie sur un comité de pilotage composé de représentants de la filière et sur un conseil scientifique rassemblant plusieurs instituts et présidé par l’Inrae.

En tant que membres de ce conseil scientifique, nous souhaitons faire un état des lieux du PNRI quatre années après sa mise en place, à l’heure où une dérogation à l’utilisation de l’acétamipride (NNI en application par pulvérisation sur les feuilles des plantes) a été proposée, provoquant de nombreuses réactions dans le monde agricole et auprès des citoyens.

Le PNRI a soutenu 25 projets de recherche portés par des scientifiques d’origine diverse : recherche publique, enseignement supérieur, enseignement agricole, instituts techniques, sucreries, entreprises semencières et de biocontrôle, assureurs.

Plusieurs projets impliquaient directement des agriculteurs pour des expérimentations en plein champ. Le PNRI a ainsi permis de mieux comprendre et de prévoir le développement de la maladie, de tester différents moyens agronomiques pour la gérer et d’étudier les conditions de leur déploiement.

Mais pour comprendre quelles sont aujourd’hui les pistes de solutions retenues pour lutter contre la jaunisse sans NNI, commençons par regarder en quoi consiste cette maladie.

La maladie de la jaunisse

La jaunisse de la betterave est provoquée par quatre virus de plantes, parfois en multi-infection (le Beet Yellow Virus, ou BYV, étant le virus le plus dommageable). Ces virus sont transmis aux plantes par des insectes vecteurs, principalement le puceron vert du pêcher (Myzus persicae), mais aussi par le puceron noir de la fève (Aphis fabae), lorsque ces pucerons piquent les plantes pour se nourrir de leur sève.

Le virus provoque alors une altération de la photosynthèse et du transfert des sucres depuis les feuilles vers les racines : la plante jaunit et perd de sa capacité à accumuler du sucre dans sa racine.

Les virus ne peuvent cependant pas être transmis à la descendance des pucerons porteurs. C’est seulement en piquant une plante déjà infectée que le puceron se charge en virus et qu’il pourra alors le transmettre à d’autres plantes de betterave. Le contrôle des réservoirs de virus apparaît donc comme un élément important de prévention et de gestion de la maladie.

Le contrôle des réservoirs de virus

La culture de la betterave constitue le principal réservoir de virus de la jaunisse via :

  • les repousses des plantes de betterave laissées dans les parcelles suite à la récolte, ou au bord des parcelles à la suite du stockage temporaire des racines tubérisées avant leur transport à la sucrerie ;

  • des plantes destinées à la production de semences, qui passent l’hiver dans des parcelles semées à l’automne et récoltées l’été suivant.

Dans les deux cas, la présence continue de betterave permet aux pucerons de se charger en virus tout au long de l’année. La prévention consiste à enfouir ou à détruire les repousses et à séparer géographiquement (d’un kilomètre au minimum) les parcelles destinées à la production de semences et celles destinées à la production de sucre. La proximité des deux types de parcelles de betterave est probablement à l’origine de symptômes viraux particulièrement marqués dans les régions Centre et Île-de-France.

La perturbation du déplacement des pucerons

Contrairement au virus de la jaunisse, les pucerons ont de multiples plantes hôtes (colza, moutarde…). Ayant un stade ailé, leurs distances de déplacement atteignent plusieurs dizaines, voire centaines, de kilomètres.

Ces deux éléments compromettent le contrôle de leur dissémination. En revanche, il est possible de prévoir les dates d’arrivée des vols de pucerons à partir des données de température hivernale avec des modèles en voie d’amélioration. Par ailleurs, la présence de plantes dites compagnes entre les rangs de betterave (avoine, orge notamment) perturbe le repérage des plantes de betterave par les pucerons.

La diffusion de composés organiques volatils dans l’atmosphère ou la présence de certaines espèces végétales non-hôtes détournent également les pucerons de ces parcelles (graminées) ou les attirent en dehors (crucifères). L’efficacité moyenne de ces deux techniques a été évaluée à 50 % sur les populations de pucerons et à 40 % pour les symptômes de jaunisse. Les plantes compagnes sont à détruire au bon moment pour éviter toute concurrence avec la betterave elle-même et ne pas occasionner une diminution du rendement.

La destruction des pucerons

L’apport d’insectes prédateurs (chrysopes, syrphes) des pucerons et la présence de couverts végétaux qui leur sont favorables (bandes enherbées, haies) sont des moyens de réduire les populations de pucerons.

Leur efficacité est très variable, de 0 à 68 % selon les parcelles, probablement en lien avec des conditions climatiques plus ou moins favorables à la survie et au développement des auxiliaires.

Se contenter de favoriser les prédateurs ne permet pas de contrôler le développement des pucerons. Cette technique doit de fait être associée à d’autres moyens de lutte.

L’apport d’insecticides de synthèse reste possible avec deux matières actives actuellement autorisées, le flonicamide et le spirotétramate, relativement spécifiques des pucerons et efficaces. Ces insecticides ont une durée maximale d’action de deux semaines, ce qui peut nécessiter plusieurs passages selon la succession des vols de pucerons. Des produits insecticides naturels ont été testés, avec des résultats décevants et très variables au champ, excepté pour un champignon entomopathogène (Lecanicilium muscarium) avec une efficacité de 0 à 41 %.

Vers des variétés moins sensibles au virus

Réduire la sensibilité des plantes au virus de la jaunisse est une autre voie d’action. Des variations de sensibilité à la maladie ont été mesurées pour les variétés actuelles et pour des populations de plantes utilisées dans les programmes de sélection des futures variétés. Cela laisse présager de futures variétés plus ou moins résistantes avec des potentiels de production variables, ce qui à terme permettra de mieux ajuster le choix des variétés au contexte épidémiologique.

Le stade de développement de la plante est également un facteur de sensibilité au virus, dont les dommages sont plus importants sur les jeunes stades. Il faut donc chercher à semer le plus tôt possible pour éviter des dates usuelles d’arrivée des pucerons.

On sait aussi que la quantité d’azote dans la plante joue sur l’attractivité de la plante : elle est plus élevée quand la teneur en azote de la plante est forte. Une réduction de la fertilisation azotée précoce reste ainsi une possibilité à explorer. Des stimulateurs de défenses naturelles des plantes ont également été testés, sans efficacité avérée en plein champ.

La combinaison des moyens de lutte

Divers leviers sont dès lors combinables pour lutter contre la jaunisse à l’échelle de la parcelle : choix de la variété, gestion de la fertilisation azotée, apport de stimulateurs de défense des plantes, semis de plantes compagnes dans les interrangs, semis de plantes abritant les prédateurs des pucerons, repoussant ou attirant les pucerons, apport de prédateurs ou de parasitoïdes des pucerons, apport d’insecticides, d’origine naturelle ou de synthèse.

À l’échelle du bassin de production, on peut jouer sur la destruction des repousses de betterave de l’année précédente, l’organisation spatiale des parcelles de betterave à production de semences ou de sucre.

Plusieurs combinaisons ont été testées dans des parcelles d’agriculteurs qui se sont engagés pour mettre en œuvre de nouvelles pratiques moyennant une indemnisation. Les essais se poursuivent pour mieux évaluer l’efficacité et le coût des pratiques. On peut dire aujourd’hui qu’il n’existe pas une alternative aux NNI aussi efficace lorsqu’elle est appliquée seule, mais un ensemble d’alternatives à combiner pour une efficacité maximale de l’ordre de 70 % sur les pucerons et de 50 % sur la maladie. Ces évaluations restent cependant difficiles à réaliser dans des contextes d’infestation relativement faibles depuis l’année 2020.

Le bilan du programme PNRI

Hormis l’année 2020, le rendement moyen de la surface agricole française en betterave a été peu affecté par la jaunisse virale. Cela tient probablement à plusieurs facteurs : les caractéristiques climatiques des années 2019, 2023 et 2024, jugées peu favorables au développement des pucerons (2021 et 2022 ont bénéficié de la dérogation NNI), l’utilisation des deux insecticides de synthèse, les actions de prévention vis-à-vis des réservoirs de virus mises en place depuis 2024.

Même si le PNRI n’a pas totalement atteint son objectif de déployer, dès 2024, des solutions opérationnelles, il faut souligner la qualité des recherches menées pour comprendre la maladie, l’ampleur et l’opérationnalité des résultats obtenus. Des alternatives à l’utilisation systématique d’insecticides chimiques existent, plus compliquées, plus coûteuses à déployer et moins efficaces que la pulvérisation foliaire d’un NNI, mais elles ne portent pas atteinte à la santé de l’environnement ni à la santé humaine.

Compte tenu de ces résultats, il nous semble tout à fait envisageable de promouvoir les alternatives aux NNI, mais en actant que les agriculteurs ne peuvent pas être les seuls à supporter le surcoût et le risque associés. Deux approches, à combiner, sont à développer :

  • d’une part, un mécanisme assurantiel pourrait être mis en place pour permettre aux agriculteurs de faire face aux années de forte infestation. Un des projets du PNRI a démontré sa faisabilité, et ce d’autant plus que cette situation n’a été observée qu’en 2020 (soit une année sur quatre) ;

  • d’autre part, un mécanisme de répartition du coût sur l’ensemble de la chaîne producteur-transformateur-distributeur-consommateur et non pas sur les seuls agriculteurs dans l’esprit des lois Egalim 1 et 2 pour l’amélioration de l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire.

À cela, il faut ajouter un mécanisme de non-concurrence intraeuropéenne ou internationale.

Le PNRI apparaît donc comme un programme pluridisciplinaire avec des acteurs divers qui a permis de mettre au point et de définir des modalités de déploiement d’alternatives aux NNI. Ce programme bénéficie d’une prolongation pour aller au bout de l’évaluation de ces alternatives. On voit ici le rôle essentiel joué par les décisions politiques pour donner un signal crédible aux parties prenantes d’un système leur permettant ainsi de se mobiliser pour trouver des solutions.

The Conversation

Guy Richard est président du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière. Il préside également le conseil d’orientation scientifique et technique du réseau des instituts techniques agricoles (COST ACTA).

Alexandre Gohin est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière

Anne Laperche est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière

Bernard Bodson est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière. Il est président du Conseil scientifique d’ARVALIS.

Christophe David est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière. Il est président du conseil scientifique de Terres Inovia.

Eugénie Hebrard est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière.

Marianne SELLAM est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière. Elle est également trésorière de l’association “Biocontrôle et Biostimulation pour l’Agroécologie”.

Philippe Reignault est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière.

Virginie Ravigné est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière.

ref. Alternatives aux néonicotinoïdes en culture de betterave : les avancées de la recherche – https://theconversation.com/alternatives-aux-neonicotino-des-en-culture-de-betterave-les-avancees-de-la-recherche-265881

Pour réduire le stress parental, faut-il sortir du modèle de la famille nucléaire ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Elizabeth Sharda, Associate Professor of Social Work, Hope College

« Il faut tout un village pour élever un enfant. » Pour mieux jongler entre vie familiale et vie professionnelle et gérer le stress parental au quotidien, ne faudrait-il pas prendre plus au sérieux ce proverbe ? L’idéal de la famille nucléaire est récent, nous dit l’anthropologie, et l’inscription dans un vaste réseau social est un facteur de résilience.


Je termine ma journée de travail et je rentre chez moi, en m’arrêtant rapidement pour acheter le matériel dont mon collégien de fils a besoin pour un projet à rendre cette semaine ainsi que les ingrédients nécessaires à un dîner rapide.

Arrivée à la maison, je consulte le site de l’école de ma fille et découvre qu’elle a oublié de rendre un devoir. Lorsque je lui en parle, elle pique une petite crise. Je mobilise toute mon énergie pour l’aider à se calmer et à résoudre le problème. Mon mari rentre à la maison avec notre fils aîné, qui est découragé par un petit incident lors de l’entraînement de football au lycée. Nous devrons nous occuper de cela plus tard.

Autour de la table, nous réalisons que les deux enfants ont des entraînements sportifs jeudi, à deux bords opposés de la ville, au même moment qu’une réunion obligatoire des parents d’élèves. Et maintenant, c’est moi qui suis au bord de la crise de nerfs.

Ce soir-là, je ne suis pas en train de traverser une situation exceptionnelle ou particulièrement catastrophique. Des scènes comme celle-ci, il s’en déroule tous les soirs dans l’intimité des foyers. D’ailleurs, ma famille est privilégiée en ce qu’elle bénéficie d’un certain nombre d’appuis que d’autres n’ont pas.

Pourquoi est-ce, malgré tout, si difficile ?

Pendant longtemps, j’ai eu honte d’être dépassée par mon rôle de parent. Comment les autres s’y prennent-ils pour paraître tout gérer si facilement ? Bien sûr, les témoignages mis en avant sur les réseaux sociaux ne faisaient qu’alimenter ce jeu de comparaison. J’avais souvent l’impression d’être à la traîne, de passer à côté d’une astuce que les autres avaient trouvée pour ne pas se sentir constamment épuisés.

En réalité, je suis loin d’être la seule à ressentir ce que les sociologues appellent le « stress parental ». Défini comme la réaction psychologique négative à un décalage entre les exigences parentales et les ressources disponibles, ce stress s’est de plus en plus répandu au cours des cinq dernières décennies, avec des répercussions non négligeables : les parents qui le subissent à un niveau élevé voient leur santé mentale se détériorer et se sentent moins proches de leurs enfants.

J’ai commencé à m’intéresser au stress parental et au bien-être lorsque, plusieurs années après être devenue mère, j’ai quitté mon emploi d’assistante sociale pour m’inscrire en doctorat. J’ai alors appris quelque chose qui a complètement changé ma perspective : les parents d’aujourd’hui sont soumis à un niveau de stress très élevé parce que, traditionnellement, les gens n’ont jamais élevé leurs enfants seuls. Et pourtant, nous sommes plus isolés que jamais.

C’est là que j’ai eu le déclic. Les parents n’ont pas besoin d’en faire plus ou de redoubler d’efforts. Ce dont nous avons besoin, c’est de créer plus de liens sociaux. Nous n’avons pas besoin de nouveaux articles sur les réseaux intitulés « Les trois meilleures façons d’organiser votre famille ». Nous avons besoin d’un changement de paradigme.

Le mythe de l’autonomie familiale

Tout au long de l’histoire humaine, les gens ont principalement vécu dans des structures multigénérationnelles et multifamiliales. Par nécessité, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs comptaient sur les membres de leur clan pour subvenir aux besoins de leur famille, y compris l’éducation des enfants. Des recherches menées au fil du temps et dans différentes cultures suggèrent que les parents sont psychologiquement prédisposés à élever leurs enfants au sein d’une communauté, et non dans des cellules familiales nucléaires isolées.

Les anthropologues utilisent le terme d’« alloparents » – dérivé du grec « αλλο », qui signifie « autre » – pour désigner ces adultes qui épaulent les parents dans l’éducation des enfants.

Des recherches suggèrent que cette alloparentalité contribue au bien-être des enfants, et même à leur survie, dans les populations où le taux de mortalité infantile est élevé. Une étude réalisée en 2021 sur une population vivant de la cueillette aux Philippines a révélé que les alloparents ne fournissaient pas moins des trois quarts des soins aux nourrissons et une proportion encore plus importante des soins aux enfants âgés de 2 à 6 ans.

À l’opposé, l’idéal de la famille nucléaire est extrêmement récent. Il s’est développé avec l’industrialisation, atteignant son apogée dans les années 1950 et 1960. Malgré des changements importants dans la structure familiale – tels que l’augmentation du nombre de familles monoparentales – depuis cette période, le modèle de la famille nucléaire autonome persiste.

Et pourtant, le soutien aux autres est un facteur clé de la résilience familiale. Le dicton bien connu « Il faut tout un village pour élever un enfant » est en fait corroboré par des recherches sur le soutien social auprès des parents en général ainsi que par celles menées auprès d’enfants ayant des besoins particuliers.

Un « village » pour élever un enfant

Le soutien social, souvent considéré comme un phénomène unique, est en réalité un ensemble d’actions, chacune ayant sa propre fonction. Les sociologues distinguent au moins trois types de soutien :

  • matériel : ressources ou aide matérielles ou financières ;

  • émotionnel : expressions d’attention, d’empathie et d’amour ;

  • informationnel : fourniture d’informations, de conseils ou d’orientations.

Les différents défis liés à l’éducation des enfants nécessitent différents types de soutien. Lorsque mon mari et moi avons réalisé que nous avions trois engagements le même soir, nous n’avions pas besoin de conseils pour gérer le calendrier familial, mais plutôt de quelqu’un pour emmener notre enfant à son entraînement. C’est ce qu’on appelle un soutien concret. Lorsque ma préadolescente piquait une crise à cause de ses devoirs, je n’avais pas besoin que quelqu’un nous aide à préparer le dîner ; j’avais besoin de mobiliser ce que j’avais appris dans un livre sur l’éducation des adolescentes : c’est ce qu’on appelle un soutien informationnel.

Pour s’éloigner du mythe de l’autonomie familiale et revenir à un idéal de prise en charge collective, il faudrait un changement de paradigme à tous les niveaux. Des stratégies systémiques telles que l’accès à des soins de santé mentale de haute qualité, l’extension de programmes qui soutiennent les parents et les aidants, et l’investissement dans des infrastructures sociales comme les bibliothèques publiques et les parcs pourraient contribuer à réduire ce stress parental qui est un réel problème de santé publique.

Changer de modèle et demander de l’aide

Le stress parental n’est pas un problème qui peut être repose seulement sur les personnes qui en souffrent. Mais voici déjà cinq façons dont vous pouvez commencer à évoluer vers un autre modèle.

Faites le point sur votre réseau. Évaluez non seulement le nombre de personnes qui peuvent vous aider, mais aussi le type de soutien qu’elles vous apportent. Avez-vous beaucoup de personnes à qui parler, mais personne pour vous aider dans la préparation des repas ou pour conduire votre enfant à une activité ? Identifiez les lacunes de votre réseau et réfléchissez aux possibilités de l’étoffer.

De petits pas pour commencer. Présentez-vous à votre voisin retraité. Asseyez-vous à côté d’un autre parent lors d’un événement sportif. Discutez avec la baby-sitter que vous voyez régulièrement au parc. Les relations de soutien ne se créent pas toutes seules, elles se développent.

Offrez votre aide aux autres. Bien que cela semble contre-intuitif, les personnes qui apportent leur soutien aux autres bénéficient d’un plus grand bien-être et même d’une plus grande longévité que celles qui ne le font pas. Aider les autres crée également des opportunités de réciprocité. Ceux que vous aidez seront peut-être plus enclins à vous rendre la pareille à l’avenir.

Normalisez le fait de demander de l’aide et d’accepter qu’on vous en propose. Pour beaucoup de gens, demander de l’aide est difficile. Cela nécessite de ne plus s’abriter derrière une image de façade et de laisser les autres entrer dans votre vie. Cependant, les gens sont souvent plus disposés à apporter de l’aide qu’on ne le pense. De plus, permettre aux autres de vous aider leur donne la permission d’exprimer leurs propres besoins à l’avenir.

Réfléchissez à vos attentes en matière de garde d’enfants. La manière dont les autres s’occupent de vos enfants peut ne pas correspondre entièrement à la vôtre. Afin de voir comment élargir votre réseau d’« alloparents », réfléchissez aux pratiques non négociables pour votre famille, telles que la limitation du temps passé devant les écrans, et à celles sur lesquelles vous pouvez faire des concessions, comme manger des légumes à chaque repas.

Aucune de ces suggestions n’est facile à mettre en œuvre. Cela demande du temps et du courage. Dans notre société caractérisée par un individualisme farouche, élever ses enfants dans une optique plus collective est tout simplement anticonformiste.

Mais cela correspond peut-être davantage à la manière dont nous, êtres humains, avons élevé nos enfants au cours des millénaires.

The Conversation

Elizabeth Sharda a reçu un financement de recherche du Andrew W. Mellon Foundation Faculty Development Fund. Elle siège au conseil d’administration de Michigan Fosters, une organisation à but non lucratif qui se consacre à soutenir les familles impliquées dans le système de protection de l’enfance.

ref. Pour réduire le stress parental, faut-il sortir du modèle de la famille nucléaire ? – https://theconversation.com/pour-reduire-le-stress-parental-faut-il-sortir-du-modele-de-la-famille-nucleaire-265254