Les mythologies du plastique sont-elles réversibles ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Benoit Heilbrunn, Professeur de marketing, ESCP Business School

Le plastique n’est pas que du plastique. Il témoigne de notre rapport au monde et peut-être de notre époque. De la matière quasi magique des années 1950 à la matière problématique des années 2000, le plastique est aussi un discours. Réflexions, sous l’égide de Roland Barthes, sur la mythologie d’une matière qui n’est décidément pas comme les autres.


La campagne « Too Much », portée par la filière de la plasturgie, s’inscrit dans une tentative explicite de réhabilitation symbolique du plastique face à la montée des critiques écologiques. En rappelant le rôle central de ce matériau dans la modernité industrielle – qu’il s’agisse de ses usages médicaux, logistiques, alimentaires ou techniques – elle cherche à déplacer le débat. Le plastique n’y est plus présenté comme un problème moral, mais comme une condition de possibilité de nos modes de vie contemporains.

Il s’agit moins de nier ses effets environnementaux que de les relativiser au nom de ses bénéfices fonctionnels, économiques et sociaux. Ce type de prise de parole témoigne d’une lutte pour la définition symbolique du plastique et, au-delà, pour la légitimation d’un régime de production et de consommation fondé sur l’abondance matérielle. Le plastique y apparaît non comme l’emblème d’un excès, mais comme un matériau injustement stigmatisé, victime d’une critique jugée simplificatrice ou idéologique.

Or le plastique n’est ni un simple matériau ni un pur symbole de la catastrophe écologique : il constitue un dispositif culturel à part entière, qui condense les promesses, les impensés et les contradictions de la société de consommation. L’évolution de son imaginaire peut ainsi se lire comme l’histoire d’une inversion mythologique, révélatrice de notre rapport contemporain à la production, à l’abondance et à la finitude matérielle.

Le plastique comme mythe

Dans Mythologies (1957), Roland Barthes ne s’intéresse pas au plastique comme matériau chimique ou industriel, mais comme pouvoir symbolique : celui de la métamorphose. Ce qu’il décrit n’est pas tant la substance elle-même que l’enthousiasme collectif qu’elle suscite. Le plastique fascine parce qu’il semble abolir les hiérarchies traditionnelles des matières. Le noble et le vulgaire, le rare et le commun, le durable et l’éphémère paraissent s’effondrer devant une substance capable de tout imiter. Bois, cuir, métal, ivoire : tout peut être refait en plastique. Le monde devient malléable.




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De surcroît, le plastique apparaît comme une matière sans passé ni avenir. Il ne porte pas la trace de son origine (le pétrole, l’industrie lourde, les chaînes de production) et ne suggère aucune fin. Dans la vitrine, sur l’étagère ou dans l’objet fini, il semble surgir comme une pure idée de la forme affranchie de toute histoire. C’est en ce sens qu’il relève pleinement du mythe, au sens barthésien : une parole qui naturalise une construction historique, culturelle et technique. Le plastique est alors conçu comme un fait de civilisation qui rend tangible un progrès supposé démocratique. Il promet un monde sans résistance, sans pénurie et sans limites, un monde où la matière obéirait indéfiniment aux formes que l’on souhaite lui donner.

Dieux antiques et alchimie moderne

Chez Barthes, le plastique n’est pas seulement une matière nouvelle : il est investi d’un imaginaire quasi théologique. Il souligne que les plastiques portent des noms qui sonnent grec (polyéthylène, polystyrène, polypropylène), des noms savants, abstraits, qui ne désignent ni des usages ni des matières familières, mais une puissance. Pareils à ceux des dieux antiques, ces noms renvoient moins à des choses qu’à des capacités de transformation.

Cette langue du plastique participe du mythe : elle confère au matériau une aura quasi sacrée, en le soustrayant à l’histoire concrète de sa production. Le plastique apparaît ainsi davantage comme une matière alchimique dotée d’un pouvoir de transmutation que comme une substance. Ce matériau se voit ainsi doté d’un pouvoir qui excède largement sa fonction utilitaire : celui de transformer indéfiniment le monde sans jamais en assumer les conséquences. D’où la tentation d’esquisser un parallèle avec quelques dieux grecs (auquel Barthes ne succombe d’ailleurs pas).

Le plastique condense d’abord la figure de Protée, dieu des métamorphoses, capable de changer de forme à volonté pour échapper à toute assignation. Il imite le bois, le cuir, le métal ou l’ivoire sans jamais se fixer dans une identité stable. Il n’est pas une matière parmi d’autres, mais la promesse d’une matière universelle, toujours prête à devenir autre chose. Cette plasticité infinie nourrit l’enthousiasme décrit par Barthes : un monde où les formes circulent librement, affranchies des contraintes de la substance.

L’imaginaire alchimique

Il relève aussi de Hermès, dieu des passages, des échanges et des médiations. Comme lui, le plastique traverse les frontières : entre noble et vulgaire, durable et jetable, naturel et artificiel. Léger et transportable, il est le matériau de la circulation généralisée, parfaitement adapté à une économie de flux, de mobilité et de vitesse. La fluidité matérielle devient alors un progrès en soi, naturalisé par le mythe.

Cette constellation trouve enfin un écho direct dans l’imaginaire alchimique. Le plastique apparaît comme une version industrielle de la pierre philosophale : une matière capable de tout transformer, de tout égaliser, de faire surgir l’objet sans reste ni perte apparente. Dans les démonstrations que décrit Barthes, la matière brute se dissout pour renaître immédiatement sous une forme nouvelle, comme dans une transmutation parfaite. Le plastique promet une création sans déchet, une production sans fin, un monde où la matière obéirait docilement à la volonté humaine.

Fissures dans le mythe

Mais c’est précisément là que le mythe se fissure. L’alchimie classique visait une transformation spirituelle autant que matérielle ; le plastique, lui, ne transforme que les formes, jamais les conséquences. Ce qui était pensé comme métamorphose se révèle être accumulation. Ce qui semblait relever de Protée devient inertie ; ce qui promettait la circulation devient encombrement.

Ce que le mythe évacue, c’est en effet ce qui définit ordinairement une matière : la durée, la résistance, l’usure, la finitude. À la différence du bois qui vieillit, du métal qui s’oxyde ou du verre qui se brise, le plastique semble ne jamais vraiment mourir. Cette propriété, d’abord perçue comme une victoire technique, va progressivement devenir son principal grief. Pendant plusieurs décennies, cette contradiction reste largement invisible. Le plastique accompagne l’essor de la consommation de masse, l’extension du jetable et la généralisation des emballages sans susciter d’interrogation majeure. Il est léger, propre, hygiénique ; il s’inscrit parfaitement dans un imaginaire de fluidité et de confort.

Le retour du refoulé

Mais à partir des années 1970, puis de manière accélérée à partir des années 1990 et 2000, le refoulé du mythe revient. On découvre que le matériau miraculeux est aussi indestructible. Que sa durabilité, loin d’être une qualité universelle, devient un problème dès lors que les usages sont courts. Ce que le mythe ne montrait pas devient visible : les décharges, les restes, etc. Le plastique devient alors l’un des emblèmes matériels de ce que certains nomment l’anthropocène voire le « poubellocène ».

Derrière la magie de la forme apparaît une figure plus sombre : celle d’Héphaïstos, dieu forgeron, maître des techniques et des artifices. Le plastique est le produit d’un feu moderne – celui du pétrole, des raffineries, des chaînes de production – que le mythe barthésien tendait à effacer. Comme chez Héphaïstos, la puissance technique fascine tout en dissimulant la violence et la pénibilité de son origine. Le dieu moderne de la métamorphose se révèle ainsi trop immortel, incapable qu’il est de disparaître.

Coexistence des récits

Pour autant, le mythe du plastique-miracle ne disparaît pas avec l’émergence du plastique-déchet ; il persiste, se reconfigure et continue d’irriguer de nombreux discours industriels, politiques et techniques. Le plastique demeure ainsi fréquemment présenté comme une solution indispensable : léger, résistant, adaptable, hygiénique, recyclable.

Il est mobilisé pour ses performances, ses économies de matière apparentes, sa capacité à répondre à des contraintes fonctionnelles jugées incontournables. À ce titre, il conserve une forte valeur symbolique de modernité et d’efficacité, en particulier dans les domaines de la santé, de l’alimentation ou de la logistique, où il est érigé en condition de possibilité du monde contemporain.

Cette persistance renvoie à une dynamique propre au domaine des transitions énergétiques, où les nouvelles sources ne remplacent pas les anciennes mais viennent s’y ajouter. Le récit du plastique-déchet n’annule ni ne supplante celui du plastique-miracle ; il s’y superpose. Le discours de la pollution, de la trace et du débordement vient s’ajouter à celui de l’innovation, de la modernité et de l’accessibilité, sans le disqualifier complètement. L’époque contemporaine ne remplace pas un imaginaire par un autre : elle les empile, produisant un régime symbolique instable, traversé de tensions et de contradictions.

INA Archives 2025.

Un fantasme d’immatérialité

Cette superposition se traduit par une oscillation permanente entre plusieurs imaginaires. D’un côté, une nostalgie d’une prétendue vraie matière (bois, verre, métal) investie de valeurs de durabilité et de sobriété. De l’autre, un fantasme d’immatérialité, nourri par le numérique, les services et la promesse d’un monde allégé de ses contraintes matérielles. Entre les deux s’impose la promesse d’une réconciliation par la circularité : il ne s’agirait plus de renoncer au plastique, mais de le rendre compatible avec les exigences écologiques grâce au recyclage et à l’éco-conception.

Dans cette configuration, le discours sur le recyclage occupe une place centrale. Il fonctionne comme un récit de pacification symbolique, promettant de conserver les qualités fonctionnelles du plastique tout en neutralisant sa charge morale. Le plastique ne serait plus un problème en soi, mais un défi technique gérable, appelant des solutions d’ingénierie et des ajustements de comportements.

Un récit dépolitisant

Ce déplacement a toutefois un effet majeur : il dépolitise à nouveau la question. L’attention se déplace des volumes produits vers les gestes individuels et du système industriel vers le tri domestique. En transformant une contradiction structurelle en problème de gestion et de comportement, ce récit permet de maintenir intactes les conditions fondamentales de la production de masse, tout en intégrant partiellement la critique écologique.

Ainsi, l’imaginaire du plastique raconte moins l’évolution d’un matériau que celle de notre rapport au monde. Le plastique a d’abord incarné le fantasme d’une maîtrise totale de la matière ; il en révèle aujourd’hui l’envers : l’impossibilité de faire disparaître les traces de nos modes de vie. Ce qui inquiète dans le plastique n’est pas seulement sa présence matérielle, mais ce qu’elle rend visible : l’écart entre la promesse d’un monde fluide et la réalité d’un monde saturé. À cet égard, l’inversion de l’imaginaire du plastique ne constitue pas un simple retournement moral. Elle signale une crise plus profonde : celle d’un modèle de modernité qui croyait pouvoir produire sans reste, et qui découvre aujourd’hui que même les matières les plus plastiques finissent par opposer une résistance qui est tout sauf politique.

The Conversation

Benoit Heilbrunn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les mythologies du plastique sont-elles réversibles ? – https://theconversation.com/les-mythologies-du-plastique-sont-elles-reversibles-274207

« Hamnet » ou le roman d’une femme puissante

Source: The Conversation – France (in French) – By Armelle Parey, Professeur de littératures de langue anglaise, Université de Caen Normandie

L’actrice Jessie Buckley dans le rôle d’Agnes, dans l’adaptation cinématographique du roman de Maggie O’Farrell. Allociné

La sortie du film Hamnet de Chloé Zhao et son grand succès critique sont l’occasion de revenir au roman éponyme, publié par la romancière britannique Maggie O’Farrell en 2020, et à la façon dont ce récit met en lumière des personnages en marge de l’histoire littéraire, en particulier l’épouse de Shakespeare, Agnes (dite Anne) Hathaway.


Ce qui frappe probablement le plus sur l’affiche du film Hamnet, outre sa très belle photographie, est ce titre qui ne manque pas d’interpeller le passant ou la passante par sa quasi-homophonie avec Hamlet, l’un des plus célèbres titres et personnages de William Shakespeare. L’affiche, qui représente un couple, nous promet d’ailleurs « L’histoire méconnue qui a inspiré le plus grand chef-d’œuvre de Shakespeare ». En effet, Hamnet est le prénom du fils du dramaturge et le film comme le roman développent la thèse selon laquelle c’est à ce garçon décédé à l’âge de 11 ans pour des raisons inconnues que l’on devrait indirectement Hamlet et, probablement, la Nuit des rois.

Si le point d’orgue du roman est la mort d’Hamnet qui intervient à la moitié du volume et à ses effets sur sa famille, la véritable protagoniste est la mère de l’enfant et épouse de Shakespeare, généralement connue sous le nom d’Anne Hathaway. Dans le scénario du film co-écrit par O’Farrell, comme dans l’adaptation théâtrale proposée par Lolita Chakrabarti en 2023, le propos est quelque peu infléchi pour donner une part plus importante au personnage du dramaturge qui reste en retrait, jamais nommé, dans le roman. Dans Hamnet, Anne Hathaway est Agnes, son nom de naissance, O’Farrell signalant ainsi dès le début que son récit se détache des portraits négatifs et infondés dressés jusqu’au XXe siècle dans des biographies et des romans qui représentaient cette femme dont l’on ne sait pourtant presque rien en prédatrice âgée et ignare. Après une étude exhaustive de ce que l’on sait d’Anne, Katherine West Scheil, professeure de littérature anglaise, a montré la variété des récits faits sur la conjointe de Shakespeare au fil des siècles en fonction des évolutions culturelles, jusqu’à des romances récentes qui font d’elle une influence majeure dans la production shakespearienne.

Un récit alternatif et vraisemblable

Tout en restant dans les limites du vraisemblable, O’Farrell élabore dans Hamnet un récit alternatif plus juste envers cette femme, rappelant qu’elle était en fait un bon parti pour les Shakespeare endettés auprès de la famille Hathaway. O’Farrell cite parmi ses sources la féministe Germaine Greer qui revient sur les interprétations négatives des biographes qui attribuent par exemple les années passées par Shakespeare loin de sa famille au désir d’être éloigné de sa femme, négligeant le fait qu’il prend le soin de l’installer dans la plus grande maison des environs… Greer suggère que cette séparation peut très bien avoir été une décision conjointe puisque Anne n’a pas dénoncé son époux pour avoir déserté le domicile conjugal comme cela aurait été possible. O’Farrell va plus loin en montrant que c’est Agnes qui organise le départ de son mari pour Londres, lui permettant ainsi d’écrire, consciente qu’il étouffe à Stratford dans l’atelier d’un père violent, gantier de son état.

« Le romancier est l’interprète du mystère », dit l’historienne et essayiste Mona Ozouf. C’est en effet le propre du roman en général que de combler les blancs de l’histoire, d’imaginer ce que ce que l’on ne sait pas. O’Farrell utilise la liberté permise par la fiction pour questionner la mémoire officielle qui s’est cristallisée autour du personnage de la femme de Shakespeare et envisager des alternatives.

Lorsqu’elle apparaît de loin au jeune précepteur pour la première fois dans le roman, Agnes est prise pour un garçon, signe d’un caractère transgressif et en dehors des normes souligné tout au long du roman à tel point qu’on la dit folle ou fille d’une sorcière. L’Agnes imaginée par O’Farrell est bien une femme puissante. Certes illettrée, elle est dotée d’une connaissance du monde de la nature qui lui permet de fabriquer des remèdes pour soigner les autres doublé d’un don de prémonition. Inventive et pragmatique, elle sait qu’une grossesse est le moyen de forcer les 2 familles à accepter leur union.

Une évocation féministe du passé

Cette mise au premier plan d’un personnage très secondaire de l’histoire littéraire ne se fait pas aux dépens du poète et dramaturge. Désigné par ses différents rôles dans la vie ordinaire (précepteur de latin, père, mari, etc.) le personnage de Shakespeare est en marge du roman qui explore dans sa deuxième partie la douleur de la mère. Le roman (comme le film) culmine cependant avec la représentation finale d’Hamlet qui permet la réconciliation d’un couple séparé par la perte de leur enfant lorsque Agnes succombe à « l’alchimie » ou illusion théâtrale grâce à laquelle elle retrouve son fils sur scène. Hamnet contextualise l’écriture d’Hamlet et interprète la pièce comme un hommage certain, bien qu’indirect, au fils disparu ; le roman célèbre également le pouvoir de l’art à rendre compte de l’expérience humaine et à offrir du réconfort. Enfin, à travers la réaction finale d’Agnes à la représentation de la pièce, le lecteur est convaincu du talent artistique supérieur de Shakespeare et de son génie des mots.

Quand elle imagine ces histoires de vies ordinaires négligées ou déformées, O’Farrell sauve Hamnet de l’invisibilité et Anne Hathaway de son assujettissement à des rôles négatifs ou improbables. En outre, en se concentrant sur Agnes et les activités quotidiennes des femmes, O’Farrell souligne également l’absence de traces écrites de l’expérience domestique. Dans une certaine mesure, son évocation féministe du passé complète les archives historiques en réinsérant les activités domestiques d’Agnes et des autres personnages féminins dans le récit.

En comblant les lacunes de la mémoire et en soulignant l’impact d’une figure mineure comme Hamnet Shakespeare, en réparant les dommages indûment causés à la réputation d’Agnes Shakespeare, en donnant vie et voix aux invisibles ou personnages perçus comme mineurs, Hamnet s’inscrit dans la lignée du roman historique contemporain et du roman biographique qui réorientent la mémoire culturelle.

The Conversation

Armelle Parey ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Hamnet » ou le roman d’une femme puissante – https://theconversation.com/hamnet-ou-le-roman-dune-femme-puissante-275142

Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit de 80% la « pénalité maternelle »

Source: The Conversation – in French – By Alexandra Killewald, Professor of Sociology, University of Michigan

Congé parental, garde d’enfants, allocations familiales : l’expérience danoise montre que le calendrier et la durée des aides comptent autant que leur montant pour réduire la pénalité maternelle.


Pour de nombreuses femmes dans le monde, la maternité se paie au prix fort dans la vie professionnelle. Élever des enfants tend à entraîner des salaires plus faibles et une réduction du temps de travail pour les mères – mais pas pour les pèresdans le monde entier..

Sociologue, j’étudie la manière dont les relations familiales peuvent façonner les situations économiques. Par le passé, j’ai étudié comment la maternité tend à faire baisser les salaires des femmes, un phénomène que les sciences sociales appellent la « pénalité maternelle ».

Les programmes publics qui apportent un soutien financier aux parents peuvent-ils compenser cette pénalité salariale liée à la maternité ?

Une « pénalité maternelle »

Avec Therese Christensen, sociologue danoise, je me suis attachée à répondre à cette question en m’intéressant aux mères au Danemark – un pays scandinave doté de l’un des filets de sécurité sociale les plus solides au monde.

Plusieurs politiques danoises visent à aider les mères à rester en emploi. Par exemple, des services de garde d’enfants subventionnés sont proposés à tous les enfants dès l’âge de 6 mois et jusqu’à leur entrée à l’école primaire. Les parents n’en paient pas plus de 25 % du coût.

Mais même au Danemark, les mères voient leurs revenus chuter fortement, en partie parce qu’elles travaillent moins d’heures.

Une perte de 7 600 euros dès la première année

Dans un article qui sera publié prochainement dans European Sociological Review, Christensen et moi montrons que l’augmentation des revenus versés par l’État aux mères – notamment via les allocations familiales et le congé parental rémunéré – compense environ 80 % des pertes de revenus moyens des mères danoises.

À partir de données administratives de Statistics Denmark, l’agence publique chargée de collecter et de compiler les statistiques nationales, nous avons étudié les effets à long terme de la maternité sur les revenus de 104 361 femmes danoises. Nées au début des années 1960, elles sont devenues mères pour la première fois entre 20 et 35 ans.

Elles sont toutes devenues mères avant 2000, ce qui permet d’observer l’évolution de leurs revenus pendant des décennies après la naissance de leur premier enfant. Si les politiques du gouvernement danois ont évolué au fil de ces années, le congé parental rémunéré, les allocations familiales et d’autres prestations ont existé sans interruption sur cette période. Ces femmes avaient en moyenne 26 ans lors de leur première maternité, et 85 % d’entre elles ont eu plus d’un enfant.

Nous estimons que la maternité a entraîné une perte d’environ l’équivalent de 9 000 dollars américains (7 600 euros) de revenus pour les femmes – mesurés en dollars américains de 2022 corrigés de l’inflation – l’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, par rapport à ce à quoi on pourrait s’attendre si elles étaient restées sans enfant. Si la pénalité maternelle s’atténue à mesure que les enfants grandissent, elle s’inscrit dans la durée.

Ce n’est qu’au bout de 19 ans après la naissance de leur premier enfant que cette pénalité disparaît complètement. La maternité s’accompagne également d’une baisse durable du nombre d’heures travaillées.

Étudier les effets de l’action publique

Ces pénalités annuelles s’additionnent. Nous estimons que la maternité a coûté à la Danoise moyenne plus de 100 000 euros de revenus cumulés au cours des 20 premières années suivant la naissance de son premier enfant – soit près de 12 % de ce qu’elle aurait gagné sur cette période si elle était restée sans enfant.

La majorité des mères de l’échantillon, lorsqu’elles étaient en emploi avant l’accouchement, pouvaient bénéficier de quatre semaines de congé payé avant la naissance et de 24 semaines après. Elles avaient la possibilité de transférer jusqu’à dix semaines de ce congé rémunéré au père de l’enfant. Les modalités de ce dispositif ont changé au cours du temps.

Le gouvernement danois verse également des allocations familiales – des versements destinés aux parents d’enfants de moins de 18 ans. Ces aides sont parfois appelées « allocations pour enfants ».

Le Danemark dispose également d’autres dispositifs, comme les allocations logement, accessibles à l’ensemble de la population mais plus généreuses pour les parents ayant des enfants vivant au foyer.

À partir des mêmes données, Christensen et moi avons ensuite estimé comment la maternité influe sur les montants que les mères danoises reçoivent de l’État. Nous cherchions à savoir si ces revenus publics suffisent à compenser la perte de revenus issus de leur activité professionnelle.

Nous avons constaté que la maternité entraîne une augmentation immédiate des aides publiques perçues par les mères danoises. L’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, les femmes ont reçu plus de 5 900 euros supplémentaires de la part de l’État par rapport à ce qu’elles auraient perçu si elles étaient restées sans enfant. Cette somme ne compensait pas entièrement la perte de revenus d’activité, mais elle en réduisait sensiblement l’ampleur.

L’écart entre les montants versés par l’État aux mères et ceux qu’elles auraient perçus en l’absence d’enfant s’est estompé dans les années qui ont suivi la naissance ou l’adoption du premier enfant. Toutefois, nous avons mis en évidence une hausse durable des revenus issus des aides publiques pour les mères – y compris 20 ans après leur première maternité.

Au total, nous estimons que l’État danois a compensé environ 80 % de la pénalité maternelle sur les revenus pour les femmes étudiées. Si les mères ont perdu environ 101000 euros de revenus par rapport aux femmes sans enfant au cours des deux décennies suivant la naissance de leur premier enfant, elles ont perçu environ 85000 euros d’aides publiques, de sorte que leur perte de revenus totale n’a été que d’environ 16000 euros.

Des aides pour les parents d’enfants plus âgés

Nos résultats montrent que les aides publiques ne compensent pas entièrement les pertes de revenus des mères danoises. Mais elles y contribuent largement. Comme la plupart des pays offrent des prestations parentales moins généreuses, le Danemark ne constitue pas un cas représentatif. Il s’agit plutôt d’un cas test, qui montre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les pouvoirs publics font du soutien financier aux parents une priorité.

Autrement dit, un soutien financier public solide en faveur des mères peut rendre la maternité plus soutenable sur le plan économique et favoriser l’égalité femmes-hommes en matière de ressources économiques.

Comme la pénalité maternelle est la plus forte après la naissances, les aides publiques ciblant les mères de nourrissons, comme le congé parental rémunéré, peuvent être particulièrement précieuses. Les subventions à la garde d’enfants peuvent également aider les mères à reprendre le travail plus rapidement.

Le caractère durable de la pénalité maternelle montre toutefois que ces aides de court terme ne suffisent pas à l’éliminer totalement. Des dispositifs accessibles à toutes les mères d’enfants de moins de 18 ans, comme les allocations familiales, peuvent contribuer à compenser la pénalité maternelle à long terme pour les mères d’enfants plus âgés.

The Conversation

Alexandra Killewald ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit de 80% la « pénalité maternelle » – https://theconversation.com/comment-la-politique-familiale-genereuse-du-danemark-reduit-de-80-la-penalite-maternelle-275145

Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit-elle de 80% la « pénalité maternelle »

Source: The Conversation – in French – By Alexandra Killewald, Professor of Sociology, University of Michigan

Congé parental, garde d’enfants, allocations familiales : l’expérience danoise montre que le calendrier et la durée des aides comptent autant que leur montant pour réduire la pénalité maternelle.


Pour de nombreuses femmes dans le monde, la maternité se paie au prix fort dans la vie professionnelle. Élever des enfants tend à entraîner des salaires plus faibles et une réduction du temps de travail pour les mères – mais pas pour les pèresdans le monde entier..

Sociologue, j’étudie la manière dont les relations familiales peuvent façonner les situations économiques. Par le passé, j’ai étudié comment la maternité tend à faire baisser les salaires des femmes, un phénomène que les sciences sociales appellent la « pénalité maternelle ».

Les programmes publics qui apportent un soutien financier aux parents peuvent-ils compenser cette pénalité salariale liée à la maternité ?

Une « pénalité maternelle »

Avec Therese Christensen, sociologue danoise, je me suis attachée à répondre à cette question en m’intéressant aux mères au Danemark – un pays scandinave doté de l’un des filets de sécurité sociale les plus solides au monde.

Plusieurs politiques danoises visent à aider les mères à rester en emploi. Par exemple, des services de garde d’enfants subventionnés sont proposés à tous les enfants dès l’âge de 6 mois et jusqu’à leur entrée à l’école primaire. Les parents n’en paient pas plus de 25 % du coût.

Mais même au Danemark, les mères voient leurs revenus chuter fortement, en partie parce qu’elles travaillent moins d’heures.

Une perte de 7 600 euros dès la première année

Dans un article qui sera publié prochainement dans European Sociological Review, Christensen et moi montrons que l’augmentation des revenus versés par l’État aux mères – notamment via les allocations familiales et le congé parental rémunéré – compense environ 80 % des pertes de revenus moyens des mères danoises.

À partir de données administratives de Statistics Denmark, l’agence publique chargée de collecter et de compiler les statistiques nationales, nous avons étudié les effets à long terme de la maternité sur les revenus de 104 361 femmes danoises. Nées au début des années 1960, elles sont devenues mères pour la première fois entre 20 et 35 ans.

Elles sont toutes devenues mères avant 2000, ce qui permet d’observer l’évolution de leurs revenus pendant des décennies après la naissance de leur premier enfant. Si les politiques du gouvernement danois ont évolué au fil de ces années, le congé parental rémunéré, les allocations familiales et d’autres prestations ont existé sans interruption sur cette période. Ces femmes avaient en moyenne 26 ans lors de leur première maternité, et 85 % d’entre elles ont eu plus d’un enfant.

Nous estimons que la maternité a entraîné une perte d’environ l’équivalent de 9 000 dollars américains (7 600 euros) de revenus pour les femmes – mesurés en dollars américains de 2022 corrigés de l’inflation – l’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, par rapport à ce à quoi on pourrait s’attendre si elles étaient restées sans enfant. Si la pénalité maternelle s’atténue à mesure que les enfants grandissent, elle s’inscrit dans la durée.

Ce n’est qu’au bout de 19 ans après la naissance de leur premier enfant que cette pénalité disparaît complètement. La maternité s’accompagne également d’une baisse durable du nombre d’heures travaillées.

Étudier les effets de l’action publique

Ces pénalités annuelles s’additionnent. Nous estimons que la maternité a coûté à la Danoise moyenne plus de 100 000 euros de revenus cumulés au cours des 20 premières années suivant la naissance de son premier enfant – soit près de 12 % de ce qu’elle aurait gagné sur cette période si elle était restée sans enfant.

La majorité des mères de l’échantillon, lorsqu’elles étaient en emploi avant l’accouchement, pouvaient bénéficier de quatre semaines de congé payé avant la naissance et de 24 semaines après. Elles avaient la possibilité de transférer jusqu’à dix semaines de ce congé rémunéré au père de l’enfant. Les modalités de ce dispositif ont changé au cours du temps.

Le gouvernement danois verse également des allocations familiales – des versements destinés aux parents d’enfants de moins de 18 ans. Ces aides sont parfois appelées « allocations pour enfants ».

Le Danemark dispose également d’autres dispositifs, comme les allocations logement, accessibles à l’ensemble de la population mais plus généreuses pour les parents ayant des enfants vivant au foyer.

À partir des mêmes données, Christensen et moi avons ensuite estimé comment la maternité influe sur les montants que les mères danoises reçoivent de l’État. Nous cherchions à savoir si ces revenus publics suffisent à compenser la perte de revenus issus de leur activité professionnelle.

Nous avons constaté que la maternité entraîne une augmentation immédiate des aides publiques perçues par les mères danoises. L’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, les femmes ont reçu plus de 5 900 euros supplémentaires de la part de l’État par rapport à ce qu’elles auraient perçu si elles étaient restées sans enfant. Cette somme ne compensait pas entièrement la perte de revenus d’activité, mais elle en réduisait sensiblement l’ampleur.

L’écart entre les montants versés par l’État aux mères et ceux qu’elles auraient perçus en l’absence d’enfant s’est estompé dans les années qui ont suivi la naissance ou l’adoption du premier enfant. Toutefois, nous avons mis en évidence une hausse durable des revenus issus des aides publiques pour les mères – y compris 20 ans après leur première maternité.

Au total, nous estimons que l’État danois a compensé environ 80 % de la pénalité maternelle sur les revenus pour les femmes étudiées. Si les mères ont perdu environ 101000 euros de revenus par rapport aux femmes sans enfant au cours des deux décennies suivant la naissance de leur premier enfant, elles ont perçu environ 85000 euros d’aides publiques, de sorte que leur perte de revenus totale n’a été que d’environ 16000 euros.

Des aides pour les parents d’enfants plus âgés

Nos résultats montrent que les aides publiques ne compensent pas entièrement les pertes de revenus des mères danoises. Mais elles y contribuent largement. Comme la plupart des pays offrent des prestations parentales moins généreuses, le Danemark ne constitue pas un cas représentatif. Il s’agit plutôt d’un cas test, qui montre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les pouvoirs publics font du soutien financier aux parents une priorité.

Autrement dit, un soutien financier public solide en faveur des mères peut rendre la maternité plus soutenable sur le plan économique et favoriser l’égalité femmes-hommes en matière de ressources économiques.

Comme la pénalité maternelle est la plus forte après la naissances, les aides publiques ciblant les mères de nourrissons, comme le congé parental rémunéré, peuvent être particulièrement précieuses. Les subventions à la garde d’enfants peuvent également aider les mères à reprendre le travail plus rapidement.

Le caractère durable de la pénalité maternelle montre toutefois que ces aides de court terme ne suffisent pas à l’éliminer totalement. Des dispositifs accessibles à toutes les mères d’enfants de moins de 18 ans, comme les allocations familiales, peuvent contribuer à compenser la pénalité maternelle à long terme pour les mères d’enfants plus âgés.

The Conversation

Alexandra Killewald ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit-elle de 80% la « pénalité maternelle » – https://theconversation.com/comment-la-politique-familiale-genereuse-du-danemark-reduit-elle-de-80-la-penalite-maternelle-275145

Sébastien Lecornu a-t-il bien fait d’utiliser le 49.3 pour l’adoption du budget ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Alexandre Guigue, Professeur de droit public, Université Savoie Mont Blanc

Le premier ministre Sébastien Lecornu a privilégié la recherche de compromis sur les textes financiers avant de changer de stratégie en janvier, face au blocage de la discussion budgétaire. En choisissant finalement le 49.3, le premier ministre est revenu sur sa promesse. Mais quelles options se présentaient à lui ? Le choix du 49.3 était-il justifié ?


Après sa nomination, Sébastien Lecornu a laissé nombre d’observateurs perplexes en déclarant vouloir privilégier la négociation au passage en force, prenant même l’engagement de ne pas recourir au 49.3. Or, depuis les législatives de 2022, les premiers ministres ont fait adopter toutes les lois de finances initiales au 49.3, rendant la procédure presque banale.

Depuis la dissolution de 2024 et la tripartition de l’Assemblée nationale qui en a résulté, le recours au 49.3 semblait plus inéluctable encore. Aussi, l’annonce du nouveau premier ministre marquait une rupture, comme si la composition de l’Assemblée avait fini par contraindre l’exécutif à un changement de méthode. En cherchant la voie du compromis, le gouvernement semblait enfin suivre l’exemple d’autres pays européens où règne la culture du compromis, comme l’Allemagne ou la Belgique.

Mais cette approche était aussi risquée. Si elle a permis l’adoption surprise du projet de loi de financement de la Sécurité sociale en décembre 2025, la loi de finances initiale s’annonçait autrement plus difficile, tant les groupes politiques refusaient de s’entendre. Constatant l’impasse du débat après sa reprise le 13 janvier 2026, le gouvernement a donc demandé la suspension des débats prévus et a commencé à préparer une ordonnance.

En effet, le délai de 70 jours imparti au Parlement pour se prononcer sur le texte était dépassé, ce qui rendait la prise de celle-ci possible à tout moment. Elle aurait présenté l’avantage de doter la France d’un budget complet pour 2026, mais elle n’aurait pas prémuni le gouvernement d’une éventuelle censure spontanée. Interpellée dans l’Hémicycle, le 15 janvier 2026, la ministre des comptes publics Amélie de Montchalin a annoncé que le gouvernement était face à un choix : le 49.3 ou l’ordonnance. L’exécutif a donc hésité, l’Élysée et le gouvernement semblant même s’opposer sur la voie à suivre, avant d’opter pour le 49.3, un choix finalement moins brutal et moins risqué qu’une ordonnance.

Pourquoi choisir le 49.3 plutôt que l’ordonnance ?

Ordonnance et 49.3 sont deux voies exceptionnelles qui malmènent le Parlement. Mais le 49.3 présente au moins deux avantages par rapport à l’ordonnance.

Premièrement, l’ordonnance permet au gouvernement de mettre en vigueur seul le projet de loi de finances. En court-circuitant le Parlement, il le prive de son pouvoir fondamental de consentir à l’impôt. C’est ce qui explique en partie qu’aucun gouvernement n’y a eu recours depuis 1958 alors qu’il en a régulièrement eu la possibilité. En effet, une ordonnance peut être prise dès l’expiration du délai de soixante-dix jours calendaires donné au Parlement pour se prononcer. Mais la Constitution ne le rend ni automatique ni obligatoire. Le gouvernement peut aussi décider d’accorder plus de temps au Parlement pour lui permettre de se prononcer, quitte à le presser un peu en recourant à la procédure du vote bloqué (44.3 ou, bien sûr, au 49.3.

Dans l’esprit des rédacteurs de la Constitution, la menace de l’ordonnance a plus pour objectif d’inciter les parlementaires à tenir leur délai que de les mettre totalement à l’écart. La logique des règles budgétaires françaises est de favoriser l’adoption du projet de loi de finances par des votes, amendement par amendement et disposition par disposition. Si le gouvernement a les moyens juridiques de forcer un peu les choses, le consentement du Parlement reste requis. Même avec le 49.3, les députés conservent un certain droit de regard, puisqu’ils peuvent refuser le texte en renversant le gouvernement. C’est ce qui s’est produit en 2025 pour le gouvernement Barnier. Avec une ordonnance, au contraire, le dessaisissement est total et le texte peut ne pas tenir compte des débats parlementaires.

Deuxièmement, le contenu de la loi de finances peut ne pas être le même selon qu’il est mis en vigueur par ordonnance ou que le texte est adopté par 49.3. En effet, le premier ministre peut choisir la version du texte sur laquelle il engage la responsabilité de son gouvernement, par exemple une version qui comporte des amendements acceptés par les deux assemblées. La situation est moins claire s’agissant de l’ordonnance et la question a divisé les juristes. Pour certains, comme l’article 47.3 indique que « les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance », il faut comprendre qu’il s’agit du « projet initial » du gouvernement. Pour d’autres, rien n’empêche le gouvernement de retenir des amendements. Si cette seconde thèse nous paraît la plus convaincante, le gouvernement Lecornu a prudemment suivi la première en reprenant presque intégralement sa copie initiale dans l’ordonnance qu’elle a préparée. Si celle-ci avait été prise, les débats parlementaires n’auraient servi à rien et la mise à l’écart du Parlement aurait été totale, malgré la tentative du premier ministre de rassurer les groupes politiques, en particulier le groupe socialiste. Finalement, en choisissant une telle ordonnance, le premier ministre se serait plus exposé au vote positif d’une motion de censure spontanée qu’en engageant la responsabilité de son gouvernement sur une version du texte qui tient compte d’une partie au moins des débats parlementaires.

Les conséquences du recours à l’article 49.3

Pour faire adopter le projet de loi de finances, Sébastien Lecornu a dû recourir au 49.3 à trois reprises : une première fois sur la première partie du texte, une deuxième fois sur la deuxième partie et une dernière fois en lecture définitive. Avec le rejet de la première motion de censure, l’adoption du texte est devenue certaine. Pourtant, les conséquences de chaque scrutin n’étaient pas les mêmes pour la loi de finances.

En effet, en cas de motion positive après recours au 49.3 sur la première partie ou la deuxième partie du projet, le texte aurait été considéré comme rejeté puis renvoyé au Sénat, c’est-à-dire que la procédure aurait pu se poursuivre. Comme le Parlement ne se serait alors pas définitivement « prononcé » au sens de l’article 47.3 de la Constitution, un nouveau gouvernement nommé par Emmanuel Macron aurait pu prendre une ordonnance financière.

Supposons maintenant qu’une motion de censure ait été votée positivement lors de la lecture définitive du texte à l’Assemblée, c’est-à-dire lors du troisième recours au 49.3. Le renversement du gouvernement aurait entraîné le rejet définitif du projet de loi de finances et le Parlement se serait alors définitivement prononcé, au sens du texte constitutionnel. Le gouvernement démissionnaire aurait alors continué à prélever les impôts existants et à dépenser dans le cadre des services votés sur le fondement de la loi de finances spéciale adoptée fin décembre. Mais, après sa nomination, un nouveau gouvernement n’aurait pas pu prendre une ordonnance, les conditions pour celles-ci n’étant pas réunies. Il aurait été contraint de présenter aux députés un nouveau projet de loi de finances et de relancer une nouvelle procédure budgétaire, avec des conséquences pénibles pour le pays.

Fin du marathon budgétaire

En réussissant son pari grâce au 49.3, Sébastien Lecornu a mis un terme au marathon budgétaire. Mais il a aussi évité une voie brutale qui l’aurait fortement exposé au risque de censure.

Il reste que la loi de finances pour 2026 ne contente personne et que les difficultés ne sont que repoussées. Il sera, en effet, difficile de faire adopter une loi de finances rectificative dans les mois qui viennent.

Par surcroît, le ministère de l’économie et des finances travaille déjà sur le projet de loi de finances 2027. Au mois de juin, les députés devront à nouveau débattre des orientations budgétaires du pays avant que le premier ministre ne revienne à l’automne devant les assemblées pour présenter le nouveau projet. Autant dire que le temps est encore long avant l’échéance de l’élection présidentielle de 2027.

The Conversation

Alexandre Guigue est membre de la Société française de finances publiques et l’Association française de droit constitutionnel qui sont des associations d’intérêt public à caractère purement universitaire et scientifique. Il a reçu des financements de l’Université Savoie Mont Blanc pour différents projets scientifiques dans le cadre de ses fonctions d’enseignant-chercheur.

ref. Sébastien Lecornu a-t-il bien fait d’utiliser le 49.3 pour l’adoption du budget ? – https://theconversation.com/sebastien-lecornu-a-t-il-bien-fait-dutiliser-le-49-3-pour-ladoption-du-budget-275101

Winter Olympians often compete in freezing temperatures – physiology and advances in materials science help keep them warm

Source: The Conversation – USA – By Cara Ocobock, Assistant Professor of Anthropology, University of Notre Dame

The 2026 Milan Cortina Winter Olympics promise relatively mild – but still chilly – temperatures compared to past games. Alex Pantling/Getty Images

The Winter Olympics and Paralympics are upon us once again. This year the games come to Milan and Cortina d’Ampezzo, Italy, where weather forecasts are predicting temperatures in the upper 30s to mid-40s Fahrenheit (1 to 10 degrees Celsius).

These temperatures are a good deal warmer than one might expect for winter, particularly in a mountainous area. They’re warm enough that athletes will need to adjust how they are preparing their equipment for competition, yet still cold enough to affect the physiology of athletes and spectators alike.

As a biological anthropologist and a materials scientist, we’re interested in how the human body responds to different conditions and how materials can help people improve performance and address health challenges. Both of these components will play a key role for Olympic athletes hoping to perform at their peak in Italy.

Athletes in the cold

The athletes taking part in outdoor events are no strangers to cold and unpredictable weather conditions. It is an inherent part of their sports. Though it is highly unlikely the athletes this year will be exposed to extreme cold, the outdoor conditions will still affect their performance.

A group of athletes wearing thick jackets, hats and face coverings take a picture together.
U.S. Olympians bundle up during a welcome event at the 2018 Winter Olympics.
Loic Venance/AFP via Getty Images

One concern is dehydration, which can be less noticeable, as sweating is typically less frequent and intense in cold conditions. However, cold temperatures also mean lower relative humidity. This dry air means the body needs to use more of its own water to moisten the air before it reaches the delicate lungs. Athletes breathing heavily during competition are losing more body water that way than they would in more temperate conditions.

When cold, the body also tends to narrow its blood vessels to better maintain core body temperature. Narrower blood vessels lose less heat to the cooler air, but this results in the body pushing more fluid out of the circulatory system and toward the kidneys, which then increases urine output.

Though the athletes may not be sweating to the same degree as they would in warmer temperatures, they are still sweating. Athletes dress to improve their performance and protect themselves from cold. The layers of clothing and material used in conjunction with the heat produced from physical activity can lead to sweating and create a hot, wet space between the athlete’s body and what they are wearing.

This space is not only another site of water loss, but also a potential problem for athletes who need to take part in different rounds or runs for their competition – for example, the initial heats for skiing or snowboarding.

These athletes are physically active and working up a sweat, and then they wait around for their next heat. During this waiting period, that damp layer of sweat will make them more vulnerable to body heat loss and cold injury such as frostbite or hypothermia. Athletes must stay warm between rounds of competition.

Science of winter apparel

Staying warm is all about materials selection and construction.

Many apparel companies adopt a three-layer system approach to keep wearers warm, dry and comfortable. Specifically, there is a bottom layer – in direct contact with the skin – that is typically composed of a moisture-wicking synthetic fabric such as nylon or a natural fabric such as wool.

The second layer in winter apparel is an insulating one that is generally porous to trap warm air generated by the body and to slow heat loss. Great options for this are down and fleece.

The final layer is the external protection layer, which keeps you dry and protected from the elements. This layer needs to be waterproof and breathable to keep the inner insulating layers dry but to simultaneously let out sweat. Polyester and acrylic are good options here, as they are lightweight, durable and resist moisture.

A snowboarder wearing a puffy jacket, snow pants and an Olympic rings bib, grips his board as he flies through the sky.
Many athletes, like this snowboarder in the 2014 Sochi Olympic Games, must bundle up to compete in chilly temperatures.
Javier Soriano/AFP via Getty Image

The gear athletes wear can be customized to their needs. For example, the synthetic fabrics used on the innermost layer are versatile, and engineers can introduce new properties and functionalities for users. Adding a specific coating to a fabric like nylon can give it new properties – such as wind and water resistance.

Frequently, both the synthetic fibers and the coatings materials scientists add to them are made up of polymers, which are long chains of molecules. They can be human-made and petroleum-based, like polyethylene trash bags, polyester and Teflon. But polymers can also be natural and derived from nature. Your DNA and the proteins in your body are examples of polymers.

In addition to polymer technology, conventional battery-powered heating jackets are also an option.

Smart materials

As an added bonus, there is also a class of smart materials called phase change materials that are made of polymers and composite materials. They automatically absorb excess body heat when too much is created and release it again to the body when needed to passively regulate your body temperature. These materials release or take in heat as they transition between solid and liquid states and respond to the body’s natural cues.

Phase change materials are less about warming you up. Instead, they work by keeping your temperature balanced.

While these aren’t commonly used in the gear athletes wear, NASA has been experimenting with them for a long time, and many commercially available products leverage this technology. Cooling fabrics, such as bedding and towels, are often made of phase change textiles because they do not overheat you.

Risks to the rest of us

Athletes are not the only ones at risk for cold injury.

While most of us will be watching the Games with the comfort of indoor heating, thousands of people and support staff will be watching or working those outdoor events in person. Unlike the athletes, these individuals will not have the added benefit of their bodies producing extra heat from exercise. The nonathletes in attendance will be at greater risk in the cold.

A stand full of cheering fans wearing winter gear and Russian colors.
Spectators put on jackets, hats and layers to watch the biathlon race at the 2014 Olympics in Sochi, Russia.
Alberto Pizzoli/AFP via Getty Images

If you’re planning to spectate or work at an event this winter, drink more water than usual and time your bathroom breaks accordingly. Plan to wear several layers of clothing you can add and remove as needed, and pay special attention to the more vulnerable parts of the body, such as the hands, feet and nose.

Colder temperatures elicit a variety of metabolic responses in the body. One example is shivering, caused by tiny muscle contractions that produce heat. Your body’s brown adipose tissue – a type of fat – also becomes active and produces heat rather than energy.

Both of these processes burn extra calories, so expect to be more hungry if you’re out in the cold for a while. Trips to the bathroom or to get food are a welcome opportunity to warm up – especially those hands and feet.

It is easy to think of Olympians as exceptional athletes at the mercy of Mother Nature’s cold wrath. However, both the human body’s natural physiology and the impressive advances scientists have made in winter apparel technology will keep these athletes warm and performing at their best.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Winter Olympians often compete in freezing temperatures – physiology and advances in materials science help keep them warm – https://theconversation.com/winter-olympians-often-compete-in-freezing-temperatures-physiology-and-advances-in-materials-science-help-keep-them-warm-275070

Maladie de Charcot : le mécanisme à l’origine de la forme génétique de la pathologie a été découvert

Source: The Conversation – France in French (2) – By Franck Martin, Directeur de recherche, Université de Strasbourg

Nous avons découvert le mécanisme biologique à l’origine des formes génétiques les plus fréquentes de deux maladies neurodégénératives : la maladie de Charcot et la Démence Fronto-Temporales. Ces nouvelles connaissances pourraient aider au développement de futures cibles thérapeutiques. Nos résultats viennent d’être publiés dans la revue Science.

La sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou maladie de Charcot, est une pathologie neurodégénérative fatale, on estime à 3 ans l’espérance de vie à la suite du diagnostic de la maladie, elle touche environ 6000 personnes en France. La pathologie résulte de la destruction progressive des neurones en charge de commander les muscles, les motoneurones. La mort de ces neurones est à l’origine des troubles moteurs caractéristiques de la maladie (une paralysie complète des muscles des bras, des jambes et de la gorge entraînant une incapacité à marcher, manger, parler ou même respirer qui s’installe progressivement).

Les causes de cette pathologie sont très variées. 10 % des cas de SLA sont d’origine génétique, contre 90 % de cas sporadiques, c’est-à-dire sans cause identifiée. Dans le cas de la forme génétique, la cause la plus fréquente est un défaut au niveau d’un gène spécifique (C9ORF72) qui provoque la synthèse de protéines toxiques qui entraînent la mort des motoneurones.

Ce gène contient des séquences qui sont anormalement répétées et qui portent une information génétique erronée. La traduction de ce défaut génétique conduit à la fabrication de protéines aberrantes (car elles ne devraient pas exister) et neurotoxiques. Notre découverte a permis de comprendre que cette synthèse de protéines toxiques est seule responsable de la pathologie. En bloquant spécifiquement la fabrication de ces dernières, nous avons réussi à enrayer la dégénérescence des motoneurones et de ce fait empêcher l’apparition de la maladie.

La synthèse aberrante de polydipeptides neuro-toxiques à partir d’un site de démarrage unique, un codon CUG dans le gène C9ORF72, provoque la mort des motoneurones chez les patients SLA et des neurones de la partie fronto-temporale du cerveau chez les patients FTD. Si on modifie génétiquement ce site, on stoppe la synthèse de protéines.
Fourni par l’auteur

Comment cette découverte a-t-elle pu être réalisée ?

Nous avons dans un premier temps reproduit, in vitro, la synthèse de protéines toxiques responsables de la mort des motoneurones. Ces protéines sont produites par le ribosome des cellules à partir du gène C9ORF72. Dans toutes les cellules, les protéines sont produites par les ribosomes. Ces machineries reconnaissent des sites spécifiques de l’ARN, c’est-à-dire des séquences particulières. Une fois fixé, le ribosome va lire l’ARN et le traduire en protéine. Si le ribosome ne reconnaît pas ce site particulier, la synthèse de protéines est impossible.

Grâce à ces expériences, nous avons pu identifier le site de démarrage du ribosome. En introduisant une simple mutation ponctuelle (remplacement d’une seule base par une autre) dans ce site au niveau du gène C9ORF72, la synthèse des protéines toxiques est totalement éteinte. Nous avons confirmé ces résultats dans des cellules, puis chez des souris.

La suite de notre travail a consisté à utiliser ces connaissances pour corriger le gène C9ORF72 dans des motoneurones de patients SLA (cultivés en laboratoire). Grâce à la technologie des « ciseaux moléculaires » CrispR-Cas9, le site de démarrage du ribosome a été modifié, cette seule modification est suffisante pour éteindre totalement la synthèse toxique dans ces motoneurones et restaurer leur durée de vie.

En quoi cette découverte est-elle importante ?

La SLA, comme la plupart des maladies neurodégénératives, sont des maladies qui sont déclenchées par des causes multifactorielles. Ceci rend le traitement de ces pathologies extrêmement compliqué. Nos recherches ont permis de caractériser le mécanisme moléculaire déclenchant la pathologie et ont conduit à l’identification précise de la cause de la SLA dans la forme la plus fréquente de la maladie, ce qui représente environ 8 % des cas. La découverte du site de démarrage de la synthèse de protéines toxiques pour les motoneurones est primordiale. Ce site de démarrage est maintenant une cible thérapeutique nouvelle pour le développement de nouveaux traitements.

Quelles sont les suites de ces travaux ?

L’objectif de nos recherches à venir est de cibler spécifiquement le site de démarrage de la synthèse de protéines neurotoxiques produites à partir du gène C9ORF72 afin d’empêcher la mort prématurée des motoneurones chez les patients SLA.

Ceci revêt une importance capitale pour les malades atteints de la SLA pour laquelle il n’existe pas de traitements mais aussi d’autres maladies neurodégénératives comme la Démence Frontotemporale (DFT) dont plus de la moitié des formes familiales est également due à ces même répétitions de séquences dans le gène C9ORF72. Nos recherches ouvrent donc de nouvelles pistes de recherche pour la mise au point de traitements thérapeutiques ciblant la synthèse de protéines neurotoxiques chez les patients SLA et DFT.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Franck Martin a reçu des financements de l’ANR, la FRM, l’ARSLA, l’AFM Telethon et France Alzheimer

ref. Maladie de Charcot : le mécanisme à l’origine de la forme génétique de la pathologie a été découvert – https://theconversation.com/maladie-de-charcot-le-mecanisme-a-lorigine-de-la-forme-genetique-de-la-pathologie-a-ete-decouvert-275265

There’s a competition crisis in America’s state legislatures – and that’s bad for democracy

Source: The Conversation – USA – By Charlie Hunt, Associate Professor of Political Science, Boise State University

More than half the races for Massachusetts state House seats have gone uncontested by one of the two major parties in every election since at least 2010. Phil Roeder/Getty Images

Many Americans report frustration with the two-party system, in which the Democratic and Republican candidates are seen as the only viable options for elective office.

But an alarming trend in many state legislative elections is lowering the bar even further, to something more like a one-party system. In dozens of states, an increasing number of state legislative seats are going completely uncontested by one of the two major parties.

State legislatures play a crucial role in American governance. As congressional gridlock has intensified over recent decades, state governments have increasingly picked up the slack on policymaking.

Yet in many states, competition over who serves in these legislatures has deteriorated significantly.

The result is a genuine crisis for political representation, policy innovation and candidate recruitment.

Scale of the problem

In many cases, one of the only two viable parties can’t field enough candidates for the state legislature to mount a credible challenge to the other, more dominant party.

While uncontested seats for Congress remain relatively rare – approximately 3% to 4% of U.S. House districts in recent cycles were uncontested – the phenomenon has become endemic in state legislatures. In recent election cycles, between 30% and 50% of lower-chamber state legislative seats nationwide went uncontested by one of the two major parties.

Even more astounding is the lack of competition in individual states, some of which see far less competition than others. Some states, like Michigan and Minnesota, regularly field candidates for both parties in nearly all their state legislative races.

Massachusetts is a different story: In their lower legislative chamber, more than half the races have gone uncontested by one of the two major parties in every election since at least 2010. In the 2024 elections, four out of every five seats went uncontested in races for the Massachusetts House. In Mississippi, out of the 174 seats in the state Legislature, only 25 of them – 14% – had actual contests with both parties participating.

In practice, this means that for many state legislative chambers each election cycle, the party that will control the majority in the next legislative session – a major prerequisite for governing and passing legislation – is literally a foregone conclusion. In these chambers, one party or the other has fielded candidates for less than half of the legislative seats.

In other words, it’s mathematically impossible for that party to win a majority, even if its candidates win every seat they compete in.

In the 2022 cycle, for example, simple majorities were guaranteed for either the Democrats or Republicans in 22 chambers across 16 states. In some of these cases, one party was guaranteed a veto-proof majority – meaning that party had enough lawmakers to override a governor’s veto if necessary – before a single vote had even been counted in the election.

What is and isn’t behind lack of competition

Several factors contribute to the prevalence of uncontested races, including the individual decision-making processes of potential candidates.

Running for office requires substantial investments of time and money, as well as major sacrifices of privacy and, in many cases, public and personal reputation. Even many individuals who are interested in serving decide that the cost isn’t worth it, especially when winning isn’t a guarantee.

The calculus is even more straightforward in heavily partisan districts, where the other party’s presidential candidate may have won by 40 or 50 percentage points in a previous election. Here, even well-qualified candidates face near-certain defeat. It’s easy to see why would-be candidates might reasonably decide to opt out.

Structural explanations for this lack of competition are more complex. For example, gerrymandering – the practice of drawing district boundaries to favor one party – is frequently cited as the main culprit.

But while gerrymandering does occur and merits concern, the evidence suggests it is not the principal driver of uncontested seats. Many states with independent redistricting commissions, such as Idaho, have experienced high rates of non-contestation despite having drawn competitive districts. Meanwhile, many states where legislatures control redistricting, such as Minnesota and Florida, maintain robust competition.

The phenomenon is also not correlated with whether a state is red, blue or somewhere in between, indicating that partisan control of redistricting alone cannot explain the trend.

Two complementary factors are more likely important. First, geographic partisan sorting – the concentration of politically like-minded people in communities – has accelerated over the past three decades. Democrats have consolidated in urban centers while losing ground in rural areas, particularly in the South and Midwest. This residential sorting creates naturally uncompetitive districts regardless of how boundaries are drawn.

Second, state and local party organizations have experienced significant decline in power and influence, particularly in states where one party holds an overwhelming advantage. These organizations historically served as recruitment and support networks for candidates challenging incumbent officeholders.

Without robust local party infrastructure, even qualified potential candidates in minority parties lack the resources and institutional backing necessary to mount viable campaigns.

A large, multifloor public space with gilded arches and polished floors.
In Mississippi’s state Legislature, whose building interior is shown here, out of the 174 seats, only 25 of them – 14% – had actual contests in 2024 with both parties participating.
Kickstand/Getty Images Plus

Competition is fundamental to a functioning democracy

Regardless of underlying causes, the consequences of uncontested races extend beyond the immediate lack of choice on the ballot.

When one party faces no meaningful electoral threat, research shows that policy innovation and responsiveness suffers. Dominant parties lack incentives to develop proposals that address the concerns of all constituents, or to engage seriously with opposition ideas.

More fundamentally, the prevalence of uncontested races raises questions about democratic legitimacy. Elections serve not merely as mechanisms for selecting officeholders, but as opportunities for citizens to evaluate governance and hold officials accountable. When voters face no choice – when a candidate wins by default and not by persuasion – the basic requirements of democratic representation go unmet.

Obstacles to renewed competition

Reversing this trend requires overcoming significant practical obstacles.

Recruiting qualified candidates to run for office is famously difficult; recruiting them for seemingly unwinnable seats is nearly impossible. And convincing national party organizations, interest groups and donors to invest resources in what they see as “hopeless” races is equally challenging.

But the consequences are too significant to ignore, and go beyond democracy or policy considerations.

State legislatures serve as the primary training ground for candidates who later seek higher office. When parties and their candidate talent decline to compete in entire states, they forfeit not only immediate electoral contests, but also the opportunity to cultivate future leaders at the federal level.

Competition cannot be superficially manufactured, and both the causes of and solutions to its recent decline are complex. Both, however, must be reckoned with. Without real competition, elections risk going from true exercises in popular sovereignty to a mere administrative formality.

The Conversation

Charlie Hunt does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. There’s a competition crisis in America’s state legislatures – and that’s bad for democracy – https://theconversation.com/theres-a-competition-crisis-in-americas-state-legislatures-and-thats-bad-for-democracy-273436

What is the American Dream, and has it become harder to achieve in recent years?

Source: The Conversation – USA – By Mark Robert Rank, Professor of Social Welfare, Washington University in St. Louis

Homeownership, often considered key to the American Dream, is difficult to achieve for many families due to rising housing costs. Kingfisher Productions via Getty Images

Few ideas are as central to the nation’s identity as that of the American Dream.

With the 250th birthday of the United States coming up in July 2026, it’s worth stepping back to examine a concept essential to the nation’s self-image.

The term “American Dream” was actually coined in the 1930s by historian James Truslow Adams. Ever since the establishment of the Colonies, however, America has been viewed as a land where individual and collective hopes and aspirations can be realized.

From the idea of America as a shining “city on a hill” to the Declaration of Independence’s guarantee of “life, liberty, and the pursuit of happiness,” the nation has been premised on high aspirations. The concept of the American Dream has epitomized these hopes, and it continues to be present throughout our cultural landscape.

As a social scientist, I set out to explore what Americans thought about the American Dream in today’s society. I interviewed scores of people, from an elderly man sleeping on the street to a billionaire entrepreneur.

I wanted to know exactly how they defined the American Dream – and whether it has become harder to achieve today than in the past.

Defining the dream

From pickup trucks and lawn tractor ads to the labeling of undocumented immigrant children as Dreamers, references to the American Dream in contemporary life are ubiquitous. Washington, D.C., is now home to a brand-new, US$500 million museum, the Milken Center for Advancing the American Dream, devoted to celebrating the idea and its history.

It turns out that for most people I interviewed, the American Dream consists of three basic ideas.

The first is what might be called an economic bargain: If you work hard and play by the rules, you should expect to have a financially secure life. This includes owning a home, being able to afford raising kids and retiring in comfort.

A man wearing a white safety helmet holds up a piece of sheet metal with holes punched through it.
With the shift of the U.S. economy from manufacturing to service, many jobs are inadequate for paying household bills.
Tetra Images/Don Mason via Getty Images

Second, the American Dream is centered on hope and optimism. It is about personal progress and the belief that the nation’s best days lie ahead. It’s the idea that each generation should do better than the previous one, and that upward economic mobility is essential for bringing this about.

The third and final idea people expressed was having the freedom to pursue their hopes to reach their full potential. For many, this is the epitome of the American Dream.

At its best, the U.S. is seen as allowing individuals the freedom to live the life they want. Liberty and rugged individualism have been hallmarks of America since its beginnings, so it should come as no surprise that they are also central to the American Dream.

Economically more elusive?

Given this, has the American Dream become more or less difficult to achieve over time? Unfortunately, for a growing number of Americans, it appears to be more difficult.

First, the goal of leading an economically secure life in exchange for hard work has become more elusive. Data from the Census Bureau indicates that median wages for full-time male workers have essentially flatlined since 1973. The economy has been producing more low-wage and part-time jobs. Many of these lack benefits, such as health insurance.

Less-skilled workers, such as truck drivers and postal clerks, have actually lost ground in terms of income. At the same time, housing, medical care, child care and higher education costs have dramatically increased over the past 40 years.

A woman holding a paper program listens attentively as part of a ceremony.
A small group of individuals prepare to take the naturalization oath to become U.S. citizens.
O2O Creative via Getty Images

What about upward mobility and the hope for each generation to do better economically than the previous one? There is some evidence that one reason the middle class is shrinking is that more people have entered upper-income tiers.

Still, younger generations will actually earn, on average, less as adults than their parents did. This is the first time in U.S. history that this is the case. The formerly taken-for-granted idea of generational progress and moving forward appears to have stalled.

Upward economic mobility for lower-income workers has also slowed over the past 50 years, making it harder to climb the ladder of opportunity.

Dissatisfied, not dreaming

Finally, what about personal freedom? Survey data indicates that greater numbers of Americans feel they have less control over their lives and futures than in the past.

For more than 20 years, Gallup has asked the question, “In this country, are you satisfied or dissatisfied with your freedom to choose what you do with your life?” The percentage of Americans reporting being satisfied has dropped notably over the past two decades. In 2007 it was 87%, but by 2024 it had fallen to 72%. For women, the number was even lower, declining from 85% in 2007 to 66% in 2024.

By comparison, the average for the wealthiest countries in the Gallup survey was 86%. Consequently, on all three counts it appears that the American Dream is becoming harder to achieve.

An aspirational hope

These trends are important for making sense of the polarization and general negativity found in America today. Too many Americans feel that they’ve been left behind and that the American Dream has become a distant reality.

For these Americans, the words of the late comedian and social commentator George Carlin ring true: “It’s called the American Dream because you have to be asleep to believe it.”

Yet the American Dream is a powerful metaphor and aspiration that continues to inspire many in this country. Among those I interviewed, there was a strong consensus that it represents the very best of what America has to offer.

There is no other country that has quite the equivalent of the American Dream. As the nation enters its next 250 years, working toward reestablishing the concept as a reality for millions of people who have fallen behind may be vital to maintaining the essence of the American promise.

The Conversation

Mark Robert Rank does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What is the American Dream, and has it become harder to achieve in recent years? – https://theconversation.com/what-is-the-american-dream-and-has-it-become-harder-to-achieve-in-recent-years-271607

Le romantisme se porte encore très bien, mais il se transforme, selon une nouvelle étude

Source: The Conversation – in French – By Chiara Piazzesi, Professeure titulaire de sociologie , Université du Québec à Montréal (UQAM)

Sommes-nous encore romantiques ? Avons-nous rejeté les repères traditionnels, incarnés par les histoires d’amour de Hollywood, pour une vision « moderne » et pragmatique de l’amour ?

Ces questions ont poussé notre équipe de recherche en sociologie à cartographier et à documenter les idéaux amoureux et intimes, ainsi que les valeurs qui guident les personnes dans leurs relations intimes au quotidien dans le cadre d’un projet appelé MACLIC.

Un déclin du romantisme ?

L’amour qui frappe comme un coup de foudre, qui dure pour toujours, qui dépasse tous les obstacles et qui, lorsqu’il est véritable, arrive une seule fois dans la vie : voilà les croyances centrales à l’amour romantique qui ont dominé l’imaginaire intime pendant plus d’un siècle.

Toutefois, elles semblent avoir perdu en crédibilité dans les dernières décennies dans les sociétés occidentales. Depuis plusieurs dizaines d’années, un scepticisme généralisé s’est répandu à l’égard du manque de réalisme des représentations romantiques dans les productions culturelles, comme les romans, les films ou les téléséries.

Une image tirée du film Coup de foudre à Notting Hill)
Le film à succès Coup de foudre a Notting Hill, raconte la rencontre fortuite entre un libraire timide et une star mondiale. Un scepticisme s’est répandu à l’égard du manque de réalisme des représentations romantiques.
(Universal Pictures)

À partir des années 1970, les mouvements féministes ont relevé que l’idéalisation de l’amour romantique peut invisibiliser les inégalités de genre dans les relations intimes. Le modèle romantique est critiqué par les personnes de la diversité sexuelle, de genre et relationnelle à cause de son caractère hétéronormatif, axé sur la binarité de genre et sur l’exclusivité affective et sexuelle.

Pour toutes ces raisons, en débutant notre projet, nous nous attendions à constater un déclin du romantisme dans la population générale.

Des résultats surprenants

Nos attentes ont été confirmées par la première étape du projet MACLIC : les données montraient un recul évident de la croyance dans les mythes constitutifs du modèle romantique classique, notamment en ce qui a trait à l’exclusivité, à l’unicité et à la toute-puissance de l’amour.

Mais la surprise est arrivée lorsque nous avons rencontré pour un entretien d’approfondissement 50 des 4009 personnes ayant participé à la première étape de la recherche. À la question « est-ce que vous vous considérez une personne romantique ? », quarante-deux personnes sur cinquante ont répondu par l’affirmative.

Sur la base des recherches disponibles, nous nous attendions à ce que les jeunes générations, les personnes de la diversité sexuelle, relationnelle et de genre rejettent l’étiquette « romantique ». À notre étonnement, ces personnes se définissaient majoritairement comme romantiques, peu importe leur genre, orientation sexuelle, statut relationnel et groupe d’âge, et ce, malgré leur faible adhésion aux croyances typiques d’une vision romantique de l’amour.

Que veut dire « être romantique » aujourd’hui ?

Si les gens prennent du recul par rapport au romantisme traditionnel, que signifie alors « être romantique » pour les personnes interviewées ?

En premier lieu, être romantique veut dire aimer poser et recevoir des « petits gestes » du quotidien, des attentions qui communiquent à l’autre qu’il ou elle est important, aimé et spécial.

Des exemples communs de ces gestes sont de cuisiner le mets favori de l’autre, de faire ou d’apporter un café, d’envoyer des messages, d’acheter les gâteries préférées quand on fait les courses.

Ces attentions du quotidien peuvent aussi inclure la prise en charge des tâches domestiques que l’autre déteste ou est trop fatigué pour faire, ou encore rendre de petits services ponctuels, comme déneiger la voiture après une tempête de neige pour faciliter la routine de l’autre. Les cadeaux sont aussi très appréciés, mais à condition qu’ils soient spécifiquement pensés pour faire plaisir à l’autre ou pour répondre à un désir.

Les cadeaux romantiques clichés, tels que des roses à la Saint-Valentin, évoquent un romantisme stéréotypé dont la plupart des personnes se démarquent. Souvent, le caractère romantique provient d’un effet surprise : un geste inattendu, une habileté jusqu’alors inconnue de l’autre ou délibérément apprise pour lui faire plaisir (par exemple, faire de la pâtisserie).

Créer du « temps de qualité »

Le deuxième grand ensemble d’exemples de romantisme comprend les « moments spéciaux ».

Les personnes interviewées nous ont parlé de leurs efforts pour créer des occasions spéciales à passer à deux : louer un chalet pour une escapade en couple, organiser un pique-nique pour un anniversaire, planifier une « date night » pour casser la routine, aller au restaurant en amoureux.

Contrairement aux clichés, ces occasions ne doivent pas nécessairement rompre avec le quotidien et l’ordinaire. Il suffit souvent de créer les meilleures conditions pour « prendre soin de l’autre » ou du couple, par exemple en aménageant un espace sans distractions ou sans écrans, ou en ajoutant des bougies à un repas de tous les jours.

Ces moments peuvent aussi devenir une forme de rituels, par exemple en instaurant l’apéro à la fin de la journée, une promenade quotidienne, voire en faisant l’épicerie ensemble. Ici, le mot-clé utilisé le plus souvent est « temps de qualité » — une expression très probablement redevable de la popularité des « cinq langages de l’amour » de Gary Chapman.

Prendre les distances des clichés romantiques

Une troisième catégorie de réponses à notre question se formulait par la négative : les personnes définissaient souvent leur romantisme par opposition à des clichés usés ayant perdu, à leur avis, leur charme et leur signification.

Les personnes précisent souvent que « leur » romantisme n’est pas celui des fables de princesses, des romans classiques ou des productions hollywoodiennes, bien qu’elles en aient été nourries pendant leur enfance. Le rejet des clichés, des excès et des illusions promus par les récits stéréotypés est considéré comme une posture plus mature à l’égard des relations intimes et des sentiments.

Plusieurs opposent ainsi les gestes romantiques du quotidien aux grandes déclarations publiques ou au romantisme commercial (incarné, par exemple, dans la fête de la Saint-Valentin).

Injecter l’extraordinaire dans l’ordinaire

Selon nos données, le romantisme se porte ainsi encore très bien, mais il se transforme.

Il se décline désormais à une échelle plus réduite (petit et quotidien) et s’inscrit souvent dans la domesticité (les services et les tâches). Il est nuancé par une distance pragmatique à l’égard des mythes traditionnels, qui semblent s’être graduellement vidés de leur pouvoir évocateur aux yeux des personnes.

Il est recherché pour sa capacité à injecter l’extraordinaire dans l’ordinaire, mais de manière personnalisée et liée à l’historique et au contexte de la relation. Ces remarquables transformations découplent le romantisme des carcans normatifs traditionnels pour le rendre compatible avec la pluralité relationnelle, sexuelle et de genre.

La Conversation Canada

Chiara Piazzesi a reçu un financement du CRSH pour le projet MACLIC, une enquête sur les idéaux intimes dominants au Canada.

Martin Blais a reçu du financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour le projet MACLIC dont sont issues les données présentées.

Noé Klein a reçu du financement du CRSH pour la réalisation de sa thèse, affiliée au projet MACLIC.

ref. Le romantisme se porte encore très bien, mais il se transforme, selon une nouvelle étude – https://theconversation.com/le-romantisme-se-porte-encore-tres-bien-mais-il-se-transforme-selon-une-nouvelle-etude-204767