La place méconnue des ingénieurs dans l’histoire du management

Source: The Conversation – France (in French) – By Matthieu Mandard, Maître de conférences en sciences de gestion, Université de Rennes 1 – Université de Rennes

Le Français Henri Fayol (1841-1925), ingénieur des mines, occupe une place importante dans l’histoire du management. Il est pourtant peu connu du grand public. Wikimedia commons, CC BY

On sait que les ingénieurs sont tous formés au management, et que nombre d’entre eux en seront des praticiens au cours de leur carrière. Ce qui est nettement moins connu, en revanche, c’est que le management est né au dix-neuvième siècle de l’activité même des ingénieurs, et que des ingénieurs ont systématiquement été au nombre de ses principaux théoriciens.


Les ingénieurs, dont le diplôme est réglementé en France par la Commission des titres d’ingénieurs (CTI), mais dont l’usage du titre au plan professionnel est libre, sont des spécialistes de la conception et de la mise en œuvre de projets techniques. Ils se doivent donc par définition de maîtriser les principes de base du management. Mais à quel point le métier d’ingénieur est-il lié à cette discipline, consacrée à l’élaboration de théories et de pratiques relatives au pilotage des organisations ?

À rebours d’une idée saugrenue, mais pourtant actuellement populaire, selon laquelle le management devrait son origine au nazisme, il s’avère que c’est plutôt du côté des ingénieurs qu’il faut regarder. Car leur activité est en effet historiquement liée à l’essor du management, comme nous l’écrivions dans un article récent dont nous retraçons les conclusions ici.

Révolutions technologiques et management

Le management a de toute évidence toujours existé, puisque de la construction des pyramides aux débuts de la première révolution industrielle en Angleterre au milieu du XVIIIᵉ siècle, en passant par l’édification des cathédrales, la conduite de grands projets a de tout temps nécessité le pilotage de collectifs importants. Mais il s’agissait alors d’initiatives locales, répondant à des contextes techniques et sociaux particuliers, qui ne faisaient pas encore système. Il faut en fait attendre le milieu du XIXᵉ siècle, et la deuxième révolution industrielle, pour voir le management constitué en tant que corpus de réflexion de portée générale relatif aux modalités de conduite des organisations.

Si le management apparaît à cette époque aux États-Unis, c’est en raison de l’essor du chemin de fer entamé au tournant du XIXᵉ siècle, qui implique la mise en place de grandes entreprises destinées à en assurer le pilotage de manière efficace et dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Ce modèle de la grande entreprise se diffusera par la suite dans d’autres industries, telles que celle de l’acier, et se substituera progressivement aux petites entreprises artisanales jusqu’alors majoritaires.




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À cette première révolution technologique en succède une seconde, amorcée au milieu du XIXᵉ siècle, qui résulte du développement du machinisme et de la hausse des rythmes de production associés. Elle donne elle aussi lieu à des changements dans les modes d’organisation des entreprises, puisque l’on assiste, à partir de 1890, à la naissance d’usines performantes dont le fonctionnement doit être rationalisé et planifié de manière à en tirer parti au maximum.

Vient ensuite la révolution des transports, soutenue par l’essor de l’automobile et par le déploiement d’infrastructures routières. Celle-ci entraîne, au milieu du XXᵉ siècle, l’extension géographique des opérations des entreprises et l’élargissement de leurs périmètres d’activité afin de satisfaire de nouveaux marchés, et l’apparition de l’entreprise qualifiée de multi-divisionnelle.

Enfin, la quatrième révolution technologique habituellement retenue apparaît après la Seconde guerre mondiale, avec l’essor de l’informatique et des télécommunications. Celle-ci renforce la tendance à la dispersion géographique des entreprises déjà amorcée précédemment, et donne lieu à partir des années 1990 à un modèle de management de référence qualifié d’organisation en réseau.

Au total, ce que montrent les observations, et notamment les travaux récents de Bodrožić et d’Adler, c’est que les révolutions dans les modes et les méthodes de gestion des organisations ont systématiquement été la résultante de révolutions technologiques, qui furent elles-mêmes le fruit des activités d’ingénieurs.

Ingénieurs et théorisation du management

Les changements dans le fonctionnement des entreprises induits par ces révolutions technologiques ont nécessité l’élaboration de nouveaux modèles de management, entendus comme des préceptes quant à la meilleure manière de piloter les activités des organisations. Et ici encore, il s’avère que des ingénieurs ont toujours fait partie des principaux théoriciens de ces modèles.

L’essor des grandes entreprises du secteur des chemins de fer au XIXᵉ siècle est ainsi accompagné par les réflexions d’ingénieurs de ce secteur, Benjamin H. Latrobe, Daniel C. McCallum, et J. Edgar Thomson, qui mettent au point ce qui est alors appelé les structures hiérarchico-fonctionnelles. Face aux conditions de travail particulièrement rudes induites par ce modèle, des programmes de réformes sociales sont ensuite développés par des auteurs tels que l’ingénieur George Pullman, fondateur de la compagnie de wagons-lits du même nom.

Le fonctionnement des usines performantes qui apparaissent ensuite est quant à lui rationalisé par des auteurs bien connus, dont on oublie parfois qu’ils étaient tous trois des ingénieurs : le Français Henri Fayol, et les États-Uniens Henry Ford et Frederick Taylor. Ici encore, la rudesse des conditions de travail engendrées par la mise en place d’un management scientifique, ou du travail à la chaîne, amène à des réflexions, quant à la manière de restaurer un climat social dégradé, en partie conduites par un ingénieur du nom de George Pennock, tombé dans l’oubli.

Et les pratiques managériales induites par les deux révolutions technologiques les plus récentes sont à l’avenant. L’entreprise multidécisionnelle fut en bonne partie théorisée par un ancien président de General Motors, l’ingénieur Alfred Sloan, et les problématiques de qualité qu’elle engendra furent largement examinées par un ingénieur de Toyota du nom de Taiichi Ohno. Quant au modèle de l’organisation en réseau, il fut notamment pensé et amendé par des ingénieurs spécialistes des systèmes d’information, tels que Michael Hammer et James Champy, ou par un ingénieur de Hewlett-Packard, Charles Sieloff.

Comment expliquer cette importance historique des ingénieurs en matière de théorisation du management ? Ceci tient à deux raisons pratiques. Leur proximité avec les évolutions technologiques de leur époque les amène à identifier précocement les problèmes managériaux que ces changements soulèvent, et les rend aussi mieux à même de résoudre.

Arts et métiers, Alumni 2020.

Ingénieur et management, un lien à cultiver

Ainsi, le métier d’ingénieur a toujours eu partie liée au management. On ne sera donc pas surpris d’apprendre que, en Europe, l’enseignement du management a d’abord été dispensé en école d’ingénieurs au milieu du XIXe siècle, avant d’être confié aux écoles de commerce au tournant du XXe siècle. Et c’est ce qui explique également que deux des plus prestigieuses écoles d’ingénieurs françaises, l’École des mines de Paris et l’École polytechnique, disposent chacune d’un laboratoire de recherche dédié aux sciences de gestion et du management (respectivement, le Centre de gestion scientifique et le Centre de recherche en gestion), ou que des spécialistes du management interviennent plus généralement dans toutes les écoles d’ingénieurs.

En raison des défis technologiques qui s’annoncent (robotisation, essor de l’IA, sobriété énergétique), il s’avère que ce lien ingénieurs/management doit être affirmé et cultivé. Car ces évolutions s’accompagneront nécessairement de changements organisationnels qu’il sera nécessaire de penser si nous ne voulons pas les subir.

The Conversation

Matthieu Mandard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La place méconnue des ingénieurs dans l’histoire du management – https://theconversation.com/la-place-meconnue-des-ingenieurs-dans-lhistoire-du-management-272951

What is ‘Edge AI’? What does it do and what can be gained from this alternative to cloud computing?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Georgios Bouloukakis, Assistant Professor, University of Patras; Institut Mines-Télécom (IMT)

“Edge computing”, which was initially developed to make big data processing faster and more secure, has now been combined with AI to offer a cloud-free solution. Everyday connected appliances from dishwashers to cars or smartphones are examples of how this real-time data processing technology operates by letting machine learning models run directly on built-in sensors, cameras, or embedded systems.

Homes, offices, farms, hospitals and transportation systems are increasingly embedded with sensors, creating significant opportunities to enhance public safety and quality of life.

Indeed, connected devices, also called the Internet of Things (IoT), include temperature and air quality sensors to improve indoor comfort, wearable sensors to monitor patient health, LiDAR and radar to support traffic management, and cameras or smoke detectors to enable rapid-fire detection and emergency response.

These devices generate vast volumes of data that can be used to ‘learn’ patterns from their operating environment and improve application performance through AI-driven insights.

For example, connectivity data from wi-fi access points or Bluetooth beacons deployed in large buildings can be analysed using AI algorithms to identify occupancy and movement patterns across different periods of the year and event types, depending on the building type (e.g. office, hospital, or university). These patterns can then be leveraged for multiple purposes such as HVAC optimisation, evacuation planning, and more.

Combining the Internet of things and artificial intelligence comes with technical challenges

Artificial Intelligence of Things (AIoT) combines AI with IoT infrastructure to enable intelligent decision-making, automation, and optimisation across interconnected systems. AIoT systems rely on large-scale, real-world data to enhance accuracy and robustness of their predictions.

To support inference (that is, insights from collected IoT data) and decision-making, IoT data must be effectively collected, processed, and managed. For example, occupancy data can be processed to infer peak usage times in a building or predict future energy needs. This is typically achieved by leveraging cloud-based platforms like Amazon Web Services, Google Cloud Platform, etc. which host computationally intensive AI models – including the recently introduced Foundation Models.

What are Foundation Models?

  • Foundation Models are a type of Machine Learning model trained on broad data and designed to be adaptable to various downstream tasks. They encompass, but are not limited to, Large Language Models (LLMs), which primarily process textual data, but can also operate on other modalities, such as images, audio, video, and time series data.
  • In generative AI, Foundation Models serve as the base for generating content such as text, images, audio, or code.
  • Unlike conventional AI systems that rely heavily on task-specific datasets and extensive preprocessing, FMs introduce zero-shot and few-shot capabilities, allowing them to adapt to new tasks and domains with minimal customisation.
  • Although FMs are still in the early stages, they have the potential to unlock immense value for businesses across sectors. Therefore, the rise of FMs marks a paradigm shift in applied artificial intelligence.

The limits of cloud computing on IoT data

While hosting heavyweight AI or FM-based systems on cloud platforms offers the advantage of abundant computational resources, it also introduces several limitations. In particular, transmitting large volumes of IoT data to the cloud can significantly increase response times for AIoT applications, often with delays ranging from hundreds of milliseconds to several seconds, depending on network conditions and data volume.

Moreover, offloading data – particularly sensitive or confidential information – to the cloud raises privacy concerns and limits opportunities for local processing near data sources and end users.

For example, in a smart home, data from smart meters or lighting controls can reveal occupancy patterns or enable indoor localisation (for example, detecting that Helen is usually in the kitchen at 8:30 a.m. preparing breakfast). Such insights are best derived close to the data source to minimise delays from edge-to-cloud communication and reduce exposure of private information on third-party cloud platforms.




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What is edge computing and edge AI?

To reduce latency and enhance data privacy, Edge computing is a good option as it provides computational resources (i.e. devices with memory and processing capabilities) closer to IoT devices and end users, typically within the same building, on local gateways, or at nearby micro data centres.

However, these edge resources are significantly more limited in processing power, memory, and storage compared to centralised cloud platforms, which pose challenges for deploying complex AI models.

To address this, the emerging field of Edge AI – particularly active in Europe – investigates methods for efficiently running AI workloads at the edge.

One such method is Split Computing, which partitions deep learning models across multiple edge nodes within the same space (a building, for instance), or even across different neighbourhoods or cities. Deploying these models in distributed environments is non-trivial and requires sophisticated techniques. The complexity increases further with the integration of Foundation Models, making the design and execution of split computing strategies even more challenging.

What does it change in terms of energy consumption, privacy, and speed?

Edge computing significantly improves response times by processing data closer to end users, eliminating the need to transmit information to distant cloud data centres. Beyond performance, edge computing also enhances privacy, especially with the advent of Edge AI techniques.

For instance, Federated Learning enables Machine Learning model training directly on local Edge (or possibly novel IoT) devices with processing capabilities, ensuring that raw data remain on-device while only model updates are transmitted to Edge or cloud platforms for aggregation and final training.

Privacy is further preserved during inference: once trained, AI models can be deployed at the Edge, allowing data to be processed locally without exposure to cloud infrastructure.

This is particularly valuable for industries and SMEs aiming to leverage Large Language Models within their own infrastructure. Large Language Models can be used to answer queries related to system capabilities, monitoring, or task prediction where data confidentiality is essential. For example, queries can be related to the operational status of industrial machinery such as predicting maintenance needs based on sensor data where protecting sensitive or usage data is essential.

In such cases, keeping both queries and responses internal to the organisation safeguards sensitive information and aligns with privacy and compliance requirements.

How does it work?

Unlike mature cloud platforms, such as Amazon Web Services and Google Cloud, there are currently no well-established platforms to support large-scale deployment of applications and services at the Edge.

However, telecom providers are beginning to leverage existing local resources at antenna sites to offer compute capabilities closer to end users. Managing these Edge resources remains challenging due to their variability and heterogeneity – often involving many low-capacity servers and devices.

In my view, maintenance complexity is a key barrier to deploying Edge AI services. At the same time, advances in Edge AI present promising opportunities to enhance the utilisation and management of these distributed resources.

Allocating resources across the IoT-Edge-Cloud continuum for safe and efficient AIoT applications

To enable trustworthy and efficient deployment of AIoT systems in smart spaces such as homes, offices, industries, and hospitals; our research group, in collaboration with partners across Europe, is developing an AI-driven framework within the Horizon Europe project PANDORA.

PANDORA provides AI models as a Service (AIaaS) tailored to end-user requirements (e.g. latency, accuracy, energy consumption). These models can be trained either at design time or at runtime using data collected from IoT devices deployed in smart spaces. In addition, PANDORA offers Computing resources as a Service (CaaS) across the IoT–Edge–Cloud continuum to support AI model deployment. The framework manages the complete AI model lifecycle, ensuring continuous, robust, and intent-driven operation of AIoT applications for end users.

At runtime, AIoT applications are dynamically deployed across the IoT–Edge–Cloud continuum, guided by performance metrics such as energy efficiency, latency, and computational capacity. CaaS intelligently allocates workloads to resources at the most suitable layer (IoT-Edge-Cloud), maximising resource utilisation. Models are selected based on domain-specific intent requirements (e.g. minimising energy consumption or reducing inference time) and continuously monitored and updated to maintain optimal performance.


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The Conversation

This work has received funding from the European Union’s Horizon Europe research and innovation actions under grant agreement No. 101135775 (PANDORA) with a total budget of approximately €9 million and brings together 25 partners from multiple European countries, including IISC and UOFT from India and Canada.

ref. What is ‘Edge AI’? What does it do and what can be gained from this alternative to cloud computing? – https://theconversation.com/what-is-edge-ai-what-does-it-do-and-what-can-be-gained-from-this-alternative-to-cloud-computing-262357

Invasive mesquite plants do more than deplete water reserves – new research in South Africa shows they damage soil too

Source: The Conversation – Africa – By Siviwe Malongweni, Research Scientist, Sol Plaatje University

Mesquite (Neltuma juliflora), a woody plant native to parts of South America, was introduced into South Africa’s drylands in the 1880s with good intentions.

Bringing it to South Africa was meant to stabilise soils, provide shade, and offer a source of fuelwood in some of the country’s most water-limited landscapes. But today, particularly in the Northern Cape province, it’s a clear example of how an introduced species can quietly transform ecosystems, livelihoods and local climates in ways that are difficult and costly to reverse.

Across the Northern Cape’s arid and semi-arid rangelands, mesquite has spread extensively along riverbanks, floodplains and grazing areas. Unlike many indigenous plants that lie dormant during dry periods, mesquite remains active year-round. Its deep root system allows it to extract water from far below the surface, steadily depleting soil moisture and groundwater reserves.

I am an environmental and climate scientist in the Northern Cape, where agriculture contributes about 8% of the provincial GDP and employs roughly 16% of the workforce. My work focuses on addressing invasive species, land degradation and climate impacts to protect ecosystems, support rural livelihoods and strengthen the regional economy.

My team and I conducted research into the effect that invasive mesquite has had on the soils in this dry area of South Africa.

We found that mesquite drains moisture and nutrients from the soil, making it hard for other plants to grow. The dense roots and thick canopy also reduce water availability for livestock and people, while the soil becomes compacted and less fertile. All of this together makes farming much more difficult and threatens local livelihoods.

What the science shows

Our study compared soils from mesquite-invaded areas with those from nearby uninvaded rangelands. Our findings show striking differences.

In mesquite-dominated landscapes, soils tended to hold less moisture, had altered nutrient balances and displayed changes in physical structure compared with soils under native vegetation.

This may not sound dramatic at first, but soil moisture and nutrient balance are foundational to how ecosystems function. Soil that stays moist supports grass growth. Grass protects soil from erosion, feeds livestock, and keeps water in the landscape. When mesquite replaces grass with dense thickets, that entire cascade of benefits begins to unravel.

Mesquite roots dig deep and draw water year-round. Where native plants go dormant in dry seasons, mesquite continues to transpire (release water from its leaves), reducing soil moisture. Over time, this leads to drier soils that struggle to support the plants crucial for grazing and wildlife.

The outcome is a quieter, slower form of ecosystem change; one that doesn’t always show up in dramatic headlines but that steadily degrades land and undermines livelihoods dependent on healthy soil.




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Why this matters for climate and livelihoods

Soil and climate are intimately connected. Dryland systems like the Northern Cape are already vulnerable to climate change due to hotter temperatures, more erratic rainfall and longer droughts. In this context, invasive species with high drought tolerance gain an edge. Mesquite, which is native to Central and South America, thrives where native vegetation falters. But that advantage comes at a cost of reduced water availability for human consumption, agricultural use and wildlife, altered carbon cycles and increased land degradation.

For pastoralist communities and smallholder farmers, the effects are tangible. Our team carried out a skills assessment and facilitated workshops in collaboration with the Northern Cape provincial government and the International Union for Conservation of Nature, and documented evidence of these impacts (it is not yet online).

Livestock grazing depends on grass cover. Our direct observations and assessments in the Northern Cape show that as mesquite thickets grow, grazing land shrinks. Farmers find themselves forced to reduce herd sizes or travel longer distances for forage. Over time, income declines, pressure on household food security increases, and people become more vulnerable to climatic and economic shocks.

The human dimension

The invasion of mesquite isn’t just an ecological problem; it’s a social one. Reduced grazing and degraded land translate into fewer resources for families that depend on livestock. In regions where economic opportunities are already limited, this can exacerbate inequality, increase rural poverty and push people towards unsustainable coping strategies.




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In our ongoing research, communities across the Northern Cape have told us similar stories: land that used to support healthy herds now supports thorny thickets that livestock avoid; water points dry faster; and the rhythm of life shifts as people adapt to a changed landscape. These are not abstract scientific outcomes; they are lived experiences.

Yet, amid these challenges, there are also opportunities.

Repurposing pathways for mesquite

The same biological traits that make mesquite a problem can also be harnessed for benefit, if approached thoughtfully. Mesquite pods are rich in sugars and have been used as supplementary livestock feed in dry seasons. They could also potentially be used for flour and baking, natural sweeteners, coffee substitutes, snacks, and traditional medicine for regulating blood sugar. The wood is dense and burns hot, making it valuable for charcoal and energy. Craft industries can use mesquite timber for artisanal products, creating potential income streams for rural communities. Mesquite biomass can be processed into low-carbon, climate-adaptive building materials with a net negative carbon footprint, and into biochar that can be used to restore degraded soils after invasive species removal.

The key is to repurpose eradicated mesquite in support of ecological restoration. Overharvesting without a plan can worsen the situation if it encourages regrowth or fails to address underlying ecosystem changes. But when combined with targeted clearing and rehabilitation, utilisation can be part of a broader, sustainable strategy.




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What needs to happen next

Clearing mesquite is possible, but expensive. Mechanical removal requires labour, machinery and follow-up work to prevent regrowth. If land is cleared but not rehabilitated, grasses and native vegetation may struggle to return because the soil has already changed. That means investment must be long-term, not just a one-off effort.

South Africa needs an integrated approach that includes:

  • early detection and mapping

  • community-led clearing and rehabilitation, so that efforts are sustained and rooted in local knowledge

  • soil restoration efforts, reintroducing native grasses and shrubs

  • economic integration, developing value chains for mesquite products

  • climate-responsive planning and land management that improves water retention and soil health.

Mesquite invasion in the Northern Cape is more than a botanical curiosity. It is a transformation of land that affects soil, water, climate resilience and human wellbeing. The research on soil properties makes it clear that the impacts are real and measurable, but it also points to pathways for action.

The Conversation

Siviwe Malongweni works for the Centre for Global Change. This research is implemented by the IUCN in partnership with the DFFE and funded by the Global Environment Facility (GEF-7).

ref. Invasive mesquite plants do more than deplete water reserves – new research in South Africa shows they damage soil too – https://theconversation.com/invasive-mesquite-plants-do-more-than-deplete-water-reserves-new-research-in-south-africa-shows-they-damage-soil-too-274126

Killer beetles in the baobabs: researcher warns of risk to African trees

Source: The Conversation – Africa – By Sarah Venter, Baobab Ecologist, University of the Witwatersrand

Baobabs aren’t supposed to fall. They can live for up to 2,500 years. Famous for their resilience, these huge trees have stood tall across Africa, weathering droughts and winds that flatten everything else.

A small population of 102 baobabs is also found in Oman on the south-eastern tip of the Arabian Peninsula, where baobabs were introduced over 1,500 years ago by traders from Africa.

However, several baobabs have recently collapsed and died in Oman, not from disease, drought or old age, but from infestation by a beetle that has suddenly proven deadly to baobab trees – the mango stem-borer (Batocera rufomaculata).

I’m a baobab ecologist who worked with two environmental scientists from Oman, Ali Salem Musallm Akaak and Mohammed Mubarak Suhail Akaak, to investigate how many trees had been infected by the beetle, how the infestation had affected the trees and how many had died as a result.

We surveyed 91 baobab trees in Oman and found that six had been killed by the beetle. A further 12 baobab trees were infested by the beetle’s larvae.

This is the first time that an insect has been found to kill adult baobab trees. The same beetle is known to damage and kill other species of trees.

Our findings have important implications for the conservation and management of baobabs throughout Africa. The mango-borer beetle has not been found in mainland Africa yet but it may become a new threat to baobabs if it disperses.

Our findings allow for early detection as well as research into effective ways to control the beetle before it spreads to Africa.

If the mango stem-borer were to reach mainland Africa, where the baobab is considered a keystone species, it could devastate both ecosystems and livelihoods. Baobabs have over 300 uses for people, including fibre made from the bark, food from the leaves and the fruit, which is harvested for its nutritious pulp and sold in local and global markets.

Meet the killer

The mango stem-borer is native to south-east Asia. Adults live for only two to three months, feeding on shoots and bark. During that time females can lay up to 200 eggs, cutting small slits in tree bark and sealing each egg inside.

The grubs or larvae spend almost a year hidden within the wood, tunnelling through the living tissue that carries water and nutrients. As they feed, they weaken the tree and eventually kill it.

This beetle has long been one of Asia’s most damaging fruit-tree pests. It attacks mango, jackfruit, mulberry and fig trees, often killing mature hosts. It spread to the Middle East, where it was first recorded in 1950 and has damaged fig plantations.

In 2021, an adult baobab in Wadi Hinna, a semi-arid valley in Oman’s Dhofar Mountains, collapsed and died. When researchers examined the fallen trunk, they discovered it was infested by mango stem-borer larvae.

By 2025, seven baobabs had died, and many more were infected, confirming that a seemingly innocuous fruit-tree pest had found a new host.




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The very qualities that make baobabs extraordinary survivors in dry climates also make them ideal nurseries for borer beetle larvae. Their stored water, soft trunks and nutrient rich tissue feed and protect larvae for nearly a year until they mature.

As the larvae feed, they hollow out the interior of the baobab, leaving the outer bark intact and the infestation hidden, until the stem suddenly collapses.

Battling the beetle

When the first deaths were recorded, Oman’s Environment Authority launched an emergency control programme with help from local communities and researchers.

Infested trees were treated with systemic insecticides, larvae were manually removed from trunks, and light traps were set to attract and kill adult beetles at night. Tree stems were also coated with agricultural lime and fungicide to deter further egg-laying.

These actions seem to have slowed the outbreak, but they are labour-intensive and feasible only for a small area. Across a continent, such methods would be impossible to maintain.




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In Asia, scientists have identified natural enemies of the mango stem-borer, including parasitic mites and nematodes. These could be used as the base of a long-term biological control strategy.

My research argues that using biological control to stop the beetle reproducing must be developed as a priority before infestations cross into Africa.

Preventing a spread to Africa

Adult beetles can fly up to 14 kilometres in a single night, and global trade makes it easy for insects to cross borders unnoticed, hidden in plants and ornamentals destined for the agriculture and garden sector.




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The beetle already occurs on islands such as Madagascar, Réunion and Mauritius. Baobab researchers do not know if the mango stem-borer has attacked the local baobab populations of Madagascar, where the trees are an indigenous plant.

Early detection and prevention are far cheaper, and far more effective, than trying to stop an outbreak once it begins. Stronger biosecurity inspections and other measures are needed at African ports and borders to stop the beetle crossing borders, particularly in shipments of wood and live plants.

Collaboration between research institutions, agricultural departments and the baobab industry will also help: sharing data, testing biological controls and setting up monitoring systems before further outbreaks occur.

A warning – and an opportunity

The death of baobabs in Oman is more than a localised problem. It’s a warning of what could happen elsewhere if the beetle spreads unchecked.

But it also offers a chance to prepare. If African countries act now, tightening biosecurity, supporting research and raising awareness, they can protect one of the continent’s most iconic and life-sustaining trees before this threat ever reaches African shores.

The Conversation

Sarah Venter receives funding from the Baobab Foundation.
Sarah Venter is an advisory member of the African Baobab Alliance

ref. Killer beetles in the baobabs: researcher warns of risk to African trees – https://theconversation.com/killer-beetles-in-the-baobabs-researcher-warns-of-risk-to-african-trees-275715

Africa’s public finances are in a mess: a new book explains why and what to do

Source: The Conversation – Africa – By Lyla Latif, Co-Founder & Research Lead, Committee on Fiscal Studies, University of Nairobi

Public finance, or how governments at all levels raise and allocate money, is in evidence everywhere you look. That pothole destroying your car. The health clinic without medicine. The dilapidated school. Public money is not government money. It is yours, writes Kenyan finance scholar Lyla Latif in her new book Governing Public Money. Drawing on a decade of experience across 32 countries, the author sets out what ails Africa’s public finances and what could change. The Conversation Africa asked her about the book’s main themes.

What prompted you to write this book?

Most books on public finance are written by men, from institutions in the global north, about systems designed in the global north. There is not a single comprehensive treatment of public finance law focused on Kenya or, for that matter, on any African country. I wanted to change that.

But the deeper motivation was a question that had been forming across more than a decade of working inside fiscal systems. As an international tax expert and scholar, I have spent years watching how public money actually moves: through revenue authorities and treasury departments, through regional customs unions and international treaty negotiations, through county governments and sovereign debt markets.

What struck me is that everyone assumes they know what public finance is. Fewer people understand how it is governed, and fewer still appreciate how profoundly interconnected its parts are. That interconnectedness is what the book’s 11 chapters try to capture. Revenue policy shapes debt sustainability. Debt sustainability constrains budgeting. Budgeting determines what devolution can deliver. Regional integration reshapes revenue options. International treaty regimes limit domestic policy space. Technology transforms administration. Corruption corrodes everything.

No single chapter can be understood in isolation, just as no fiscal challenge can be solved in isolation.

The final chapter examines Islamic public finance. Here, I discuss:

  • zakat, a mandatory wealth based contribution used to support social welfare

  • waqf, an endowment dedicated to public benefit such as education or health

  • sukuk, asset backed Islamic financial certificates often compared to bonds but structured without interest.

I argue that these are fiscal institutions within a legal tradition that colonial administration suppressed but never displaced. Writing that chapter felt like an act of intellectual justice.

What are the key messages on public finance?

The book opens with a memory. During the frequent power cuts of my childhood in Nairobi, my father would gather us around candles and draw. One evening he sketched a woman carrying water on her head and a child on her back, walking toward a distant horizon.

I did not then understand that the darkness itself was fiscal: the consequence of under-investment, deferred maintenance, and policy choices that left entire communities without reliable electricity. That image captures the book’s central argument. Public finance is not a technical subject confined to treasury officials and economists. It is the means through which societies either raise living standards or entrench dependence.

Every unbuilt school, every underfunded clinic, every collapsed road is a fiscal failure before it is anything else. And every act of governance, from defending a nation’s borders to delivering clean water, ultimately resolves into a fiscal question.

The book argues that law does not merely regulate public finance; it constitutes it. The authority to tax, to borrow, to spend, and to hold officials accountable derives from legal instruments. Kenya’s 2010 constitution devotes an entire chapter to public finance, establishing principles of equity, transparency and public participation. These are not decorative provisions. They are the architecture through which fiscal power is authorised, constrained and contested.

Yet the book is equally insistent that legal frameworks do not determine outcomes. The gap between what constitutions promise and what citizens experience is shaped by political economy: by who holds power, whose interests prevail, and what international forces constrain domestic choices.

How is Africa disadvantaged in the international fiscal system?

Africa’s disadvantage is not accidental or temporary. It reflects a continuing structure shaped by history and reproduced through modern international rules. Colonial fiscal systems were designed for extraction, not development.

In Kenya, the Native Hut and Poll Tax Ordinance of 1910 compelled African populations into wage labour to meet obligations denominated in colonial currency. Revenue was directed towards the Uganda Railway and export corridors serving London rather than towards African education or health.

As Kenyan scholars George Ndege, Ahmed Mohiddin and I have documented, colonial administrations relied on indirect taxes that fell hardest on African populations. They directed expenditure towards export infrastructure serving metropolitan markets and concentrated authority in executive hands with minimal accountability.

Independence brought formal sovereignty but did not dismantle the international architecture within which African fiscal governance operates. Tax treaties, negotiated primarily among developed countries, allocate taxing rights in ways that systematically favour capital exporters. The status quo allows multinational enterprises to derive substantial income from African markets without triggering source country taxation.

Investment treaties expose African governments to billion dollar arbitration claims when they adjust fiscal policy. Trade agreements constrain tariff choices that might support industrial development. African countries have been positioned as passive recipients of rules rather than their authors. The frameworks that govern cross border taxation, sovereign debt restructuring and investment protection were designed in forums where African states had little or no voice.

For over 60 years, the rules governing cross border taxation have been written principally within the OECD, a body of wealthy capital-exporting states where African countries had no seat.

Thanks to African advocacy, a new UN Framework Convention on International Tax Cooperation adopted in 2023 is changing that. The convention creates space for binding obligations on cross border services, digital economy taxation and illicit financial flows. These are areas where voluntary frameworks have consistently failed the continent.

This represents the most significant shift in international tax governance in decades.

African states are beginning to write rules rather than merely absorb them.

What could countries and citizens change?

The most consequential shift would be for African countries to look inward. That means confronting the revenue gap that defines African fiscal governance. The continent’s average tax-to-GDP ratio remains below 16%, well beneath what is needed to fund basic public goods without chronic dependence on external financing.

This requires building professionally independent revenue authorities, transparent public financial management, and the political will to tax wealth and rents that elite capture has long shielded. It also means developing indigenous fiscal scholarship rather than importing policy knowledge from Washington, Paris and Geneva.

Looking inward is not autarky, meaning a withdrawal into economic self sufficiency and disengagement from global exchange. Rather, it is about consolidating internal clarity and capacity so that engagement outward happens on African terms. My colleague Daniel Nuer, a senior official at the Ghana Revenue Authority, once said to me:

If Africa starts looking inward, every non-African state will be forced to comply with African approaches.

There is a quiet but powerful logic in that observation. When African countries strengthen domestic revenue mobilisation, they reduce dependence on aid and on borrowing from international markets on terms set by creditors. When they build effective tax administrations, they create the institutional capacity that underpins state legitimacy.

When they coordinate regionally, such as through the East African Community or the African Continental Free Trade Area, they create the scale that individual economies cannot achieve alone. As African revenue systems become more effective, the current international architecture, built on the assumption that developing countries will remain rule takers, becomes unsustainable.

A continent that mobilises its own resources, governs its own debt, and taxes its own digital economy does not need to accept frameworks designed elsewhere for the benefit of others. That is not merely a hope. In 2024, African states voted for a multilateral tax convention over the opposition of the world’s wealthiest countries. The African Continental Free Trade Area is building the coordinated market that no single African economy can sustain alone.

But fiscal sovereignty does not emerge in ideal conditions. It must contend with structural pressures that continue to narrow policy space. Sovereign debt repayments are absorbing resources that should be financing development, while illicit financial flows drain more from the continent each year than it receives in aid. What is shaping Africa’s fiscal future, then, is not the abstract market logics often associated with Adam Smith, but deliberate political choices about how public money is governed and how power over it is exercised.

Consequently, citizens have a role that extends beyond compliance. The fiscal contract between state and citizen depends on both sides. Governments must mobilise resources equitably and deploy them transparently. Citizens must demand accountability and participate in the budget processes that constitutions – such as Kenya’s – now require.

Civil society organisations and investigative journalists have proven essential in exposing fiscal failures that formal institutions missed. The work ahead is neither simple nor quick. But the direction is clear. African fiscal governance must be built from African foundations, informed by African needs, and accountable to African citizens. That is what governing public money should mean.

The Conversation

Lyla Latif does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Africa’s public finances are in a mess: a new book explains why and what to do – https://theconversation.com/africas-public-finances-are-in-a-mess-a-new-book-explains-why-and-what-to-do-275761

Salon de l’agriculture : les Amap redonnent le pouvoir aux agriculteurs et agricultrices

Source: The Conversation – in French – By Pascale Bueno Merino, Directrice de la Recherche, Enseignant-Chercheur en Management Stratégique, Pôle Léonard de Vinci

Des bénévoles de l’Amap Goutte d’Or-La Chapelle (Paris, XVIII<sup>e</sup>) travaillent au champ, avant de consommer les fruits (et surtout les légumes) de leur labeur. Wikimedia commons

À l’occasion du Salon international de l’agriculture de Paris, une étude met en lumière le double bénéfice des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, dites Amap : renforcer l’autonomie des agriculteurs et permettre aux bénévoles d’être des entrepreneurs… collectivement.


L’importance des échanges citoyens pour mettre en œuvre une agriculture durable est au cœur du programme de conférences du Salon international de l’agriculture. Les interrogations sur le « comment mieux manger ? » ou sur le « comment produire autrement ? » continuent de retenir l’attention.

Une des solutions à ces questionnements : l’entrepreneuriat collectif à travers les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap). La finalité de l’Amap est la distribution hebdomadaire de paniers de produits agricoles frais, sous réserve d’un pré-paiement de la production par les membres adhérents. La coopération amapienne se matérialise par un engagement contractualisé de consommateurs bénévoles dans l’activité de production et de vente directe de produits alimentaires locaux. Elle repose sur le désir des membres d’interagir et de servir leur collectif.

En 2022, 375 Amap sont recensées rien qu’en Île-de-France, soit plus de 21 000 familles de bénévoles en partenariat avec environ 400 fermes.

Nos derniers résultats de recherche, issus d’entretiens, soulignent que cette collaboration augmente la capacité d’action et d’autonomisation de l’entrepreneur agricole. Elle confère au producteur agricole une aptitude à être maître de ses choix telle que définie dans la Charte initiale des Amap instaurée en 2003, puis révisée en 2024. Les Amap font émerger un environnement « capacitant » – qui permet la création ou le développement de capacités –, fondé sur la mise en place d’une communauté et l’apport de ressources et compétences externes.

Quatre principes de l’Amap

  • Les modalités de distribution, ainsi que les prix, sont fixés conjointement entre l’entrepreneur agricole et les adhérents ;

  • Le pré-paiement des paniers par les adhérents permet à l’entrepreneur agricole d’anticiper les quantités à distribuer et de sécuriser son revenu, notamment en cas d’insuffisance de la production ;

  • Les consommateurs amapiens participent à la vie de l’exploitation (distribution des paniers, centralisation de l’information, aide apportée à l’agriculteur sur son exploitation, etc.) ;

  • En contrepartie, l’agriculteur s’engage à produire des aliments selon des méthodes respectueuses de l’agro-écologie et à participer à la gestion de l’Amap.

Ces principes sont rédigés dans la charte des Amap.

Carte des Amap en France.
Réseau Amap

Co-production, co-gestion et réciprocité apprenante

La participation bénévole des consommateurs amapiens aux activités des agriculteurs, entrepreneurs, engendre une relation de travail atypique. Celle-ci repose non pas sur une relation salariée avec lien de subordination, mais sur une relation horizontale basée sur un système de co-production, de co-gestion et de réciprocité apprenante.

Ces principes sont illustrés par des témoignages de membres adhérents d’Amap :

  • Sur le principe de co-production :

« Avec Marianne (la productrice), il y avait le chantier patates en septembre et puis elle avait demandé aussi pour planter des haies », témoigne une présidente d’Amap interviewée.

  • Sur le principe de co-gestion de l’Amap :

« On a une assemblée générale par an de l’Amap […] pour remettre à plat, voir si on change les prix des paniers, voir s’il y a des gens qui ont des choses à dire, qui ont des choses à mettre au point », rappelle un consommateur adhérent interrogé.

  • Sur le principe de réciprocité apprenante :

Ce dernier se matérialise par l’identification pour l’entrepreneur agricole des besoins des consommateurs d’une part, et la sensibilisation des consommateurs aux pratiques et difficultés de l’exploitant agricole d’autre part.

« Il y a Alain, le maraîcher, il est toujours là. Il nous présente son activité, il fait un retour sur ce qui s’est bien passé, ce qui s’est moins bien passé l’année passée, ce qu’il prévoit des fois comme nouvelle culture et répond aux questions. » (Président d’Amap.)




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En résumé, les consommateurs bénévoles deviennent acteurs du fonctionnement de l’Amap en tant que membres volontaires indépendants. Rappelons que les actes de volontariat s’exercent, selon le chercheur Léon Lemercier :

  • en toute liberté (c’est un choix personnel) ;
  • dans une structure ;
  • pour autrui ou la collectivité ;
  • gratuitement ;
  • sans contrainte ;
  • pour exécuter des tâches.

Militantisme et entrepreneuriat

La coopération amapienne permet d’entreprendre ensemble en partageant les risques financiers liés aux aléas de la production agricole. Elle fait émerger des liens de solidarité au sein d’un territoire et co-crée de la valeur sociale, comme l’explicite précisément un président d’Amap :

« Au-delà de la distribution des paniers, c’est aussi un engagement citoyen. C’est-à-dire qu’on veut aussi développer le mouvement des Amap. On est militant. »

Cette approche entrepreneuriale et altruiste de la relation de travail atypique renouvelle la littérature académique dédiée à son analyse, comme celle de la situation de vulnérabilité du travailleur – emploi temporaire, travail à temps partiel, relation de travail déguisée, etc.

Cette relation de travail non salarié s’inscrit dans le cadre d’un projet entrepreneurial collectif, caractérisé par l’union de compétences complémentaires au sein de l’Amap. Dans ce cas précis, l’agrégation de multiples contributions bénévoles, bien que temporaires et à temps partiel, peut concourir au développement d’une exploitation agricole.

Les bénévoles apportent des ressources spécifiques liées à leur propre parcours de vie : compétences professionnelles, disponibilité temporelle, ou encore expérience organisationnelle qui structurent les Amap.

« Je dirais que le problème de la gestion, on l’a résolu avec nos outils, c’est-à-dire qu’on a eu la chance pendant quelques années d’avoir pas mal de développeurs informatiques dans nos adhérents », déclare un président d’Amap interrogé.

La relation de travail amapienne se situe par conséquent entre bénévolat et professionnalisation puisque les consommateurs vont soutenir l’entrepreneur agricole de l’amont à l’aval de la chaîne de valeur de son activité : de fonctions principales (production, marketing, logistique et distribution) à des fonctions support (ressources humaines, système d’information et administration).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Salon de l’agriculture : les Amap redonnent le pouvoir aux agriculteurs et agricultrices – https://theconversation.com/salon-de-lagriculture-les-amap-redonnent-le-pouvoir-aux-agriculteurs-et-agricultrices-275756

La Stratégie de sécurité nationale des États-Unis : 2002 contre 2025, continuités et ruptures

Source: The Conversation – France in French (3) – By Olivier Sueur, Enseigne la compétition stratégique mondiale et les enjeux transatlantiques, Sciences Po

Aux États-Unis, chaque président a l’obligation de publier une Stratégie de sécurité nationale (National Security Strategy, NSS). Celle que l’administration Trump a rendue publique en novembre 2025 – un texte ouvertement partisan et centré sur les intérêts de Washington conformément à la doctrine « America First » – a heurté de front de nombreux responsables européens, qui se remémorent avec une certaine nostalgie l’époque de Joe Biden. Or, la comparaison de la NSS « Made in Trump » avec celle de l’administration Biden montre qu’il existe entre les deux documents plus de continuité qu’on le croit, même si une distinction majeure apparaît sur la question de l’idéologie sous-jacente.


La Stratégie de sécurité nationale des États-Unis publiée en novembre 2025 par l’administration Trump a déjà fait couler beaucoup d’encre, allant jusqu’à parler à propos de la relation à l’Europe d’un « divorce consommé, en attendant la séparation des biens ». Or, sa version précédente, publiée en octobre 2022 par l’administration Biden, constituait déjà une rupture sur bien des points : l’article que j’y avais consacré en janvier 2023 s’intitulait « Prendre acte de la fin d’un monde ».

Naturellement, le ton joue beaucoup : le document de l’administration de Joe Biden – « le bon » – était bien plus lissé et, soyons francs, plus aimable que celui de l’administration de Donald Trump – « la brute ». Néanmoins, si l’on cherche à dépasser la forme et à analyser le fond, ruptures et continuités s’affichent sous des couleurs nettement plus nuancées.

Des visions géopolitiques en réalité très proches

Les deux présidents démocrate et républicain, avec leurs administrations, font preuve d’une très grande continuité quant à, d’une part, la fin de la mondialisation économique et du libre-échange et, d’autre part, la priorisation des intérêts états-uniens à l’échelle mondiale.

La NSS 2022 était porteuse d’une virulente charge à l’encontre du bilan de la mondialisation des échanges économiques des trente dernières années et en tirait les conséquences : selon Jake Sullivan, conseiller à la Sécurité nationale de Joe Biden tout au long du mandat de celui-ci, « l’accès au marché a été pendant trente ans l’orthodoxie de toute politique commerciale : cela ne correspond plus aux enjeux actuels ».

L’enjeu clé est à présent la sécurité des chaînes d’approvisionnement, qui implique pour un certain nombre de produits stratégiques un découplage entre la Chine et les États-Unis : la sécurité économique redevient partie intégrante de la sécurité nationale.

Sur le plan domestique, le message était le grand retour de l’État dans l’économie avec la promotion d’« une stratégie industrielle et d’innovation moderne », la valorisation des investissements publics stratégiques et l’utilisation de la commande publique sur les marchés critiques afin de préserver la primauté technologique. La NSS 2025 ne dit pas autre chose en soulignant que « la sécurité économique est fondamentale pour la sécurité nationale » et reprend chaque sous-thème. La continuité est ici parfaite.

La priorisation géographique entre les deux NSS est également remarquable de continuité : 1) affirmation de la primauté de l’Indopacifique sur l’Europe ; 2) importance accordée aux Amériques, passées de la dernière place d’intérêt en 2015, derrière l’Afrique, à la troisième en 2022 et à la première en 2025.

Le premier point implique une concentration des efforts de Washington sur la Chine, et donc que le continent européen fasse enfin l’effort de prendre en charge sa propre sécurité afin de rétablir un équilibre stratégique vis-à-vis de la Russie. Le deuxième point se manifeste dans la NSS 2022 par la remontée des Amériques à la troisième place, devant le Moyen-Orient, et dans la NSS 2025 l’affirmation d’un « corollaire Trump à la doctrine Monroe », consistant à dénier à des compétiteurs extérieurs aux Amériques la possibilité d’y positionner des forces ou des capacités ou bien d’y contrôler des actifs critiques (tels que des ports sur le canal de Panama).

Dissensions idéologiques

Les deux présidents divergent sur deux points de clivage idéologique, à savoir la conception de la démocratie et le système international, y compris les questions climatiques.

La NSS 2022 avait réaffirmé le soutien sans ambiguïté des États-Unis à la démocratie et aux droits humains de par le monde, en introduisant néanmoins une nuance dans leurs relations internationales : sur le fondement du vote par 141 États de la résolution de l’ONU condamnant l’agression russe de l’Ukraine en mars 2022, l’administration Biden se montrait ouverte au partenariat avec tout État soutenant un ordre international fondé sur des règles telles que définies dans la Charte des Nations unies, sans préjuger de son régime politique.

La NSS 2025, au contraire, ne revendique rien de semblable : elle affirme avec force qu’elle se concentre sur les seuls intérêts nationaux essentiels des États-Unis (« America First »), proclame une « prédisposition au non-interventionnisme » et revendique un « réalisme adaptatif » (« Flexible Realism ») fondé sur l’absence de changement de régime politique, preuve en étant donnée avec le Venezuela, où le système chaviste n’a pas été renversé après l’enlèvement par les États-Unis de Nicolas Maduro.

De plus, la NSS 2025 redéfinit la compréhension même de la notion de démocratie autour d’une conception civilisationnelle aux contours très américains (liberté d’expression à la « sauce US », liberté religieuse et de conscience).

Second point de divergence : la NSS 2022 avait réaffirmé l’attachement de Washington au système des Nations unies, citées à huit reprises, et faisait de l’Union européenne (UE) un partenaire de choix dans un cadre bilatéral UE-États-Unis. C’est l’exact inverse dans la NSS 2025 : non seulement les Nations unies ne sont pas mentionnées une seule fois, mais les organisations internationales sont dénoncées comme érodant la souveraineté américaine.

En revanche, la primauté des nations est mise en exergue, et présentée comme antagoniste aux organisations transnationales. De plus, la notion d’allié est redéfinie à l’aune de l’adhésion aux principes démocratiques tels qu’exposés plsu haut. Cette évolution s’exprime plus particulièrement à l’égard de l’Europe.

La NSS 2025 et l’Europe

La partie de la NSS 2025 consacrée à l’Europe a été vivement critiquée dans les médias du Vieux Continent pour sa tonalité méprisante ; or le sujet n’est pas là. En effet, l’administration Trump opère une distinction fondamentale entre, d’une part, des nations qu’il convient de discriminer selon leur alignement avec la vision américaine de la démocratie et, d’autre part, l’UE, qu’il convient de détruire car elle constitue un contre-pouvoir nuisible. En d’autres termes, elle ne s’en prend pas à l’Europe en tant qu’entité géographique, mais à l’Union européenne en tant qu’organisation supranationale, les États-Unis se réservant ensuite le droit de juger de la qualité de la relation à établir avec chaque gouvernement européen en fonction de sa trajectoire idéologique propre.

La NSS 2025 exprime donc un solide consensus bipartisan sur les enjeux stratégiques auxquels sont confrontés les États-Unis et les réponses opérationnelles à y apporter, s’inscrivant ainsi dans la continuité du texte publié par l’administration Biden en 2022. Mais elle souligne aussi une divergence fondamentale sur les valeurs à mobiliser pour y faire face. C’est précisément ce que le secrétaire d’État Marco Rubio a rappelé dans son intervention lors de la conférence de Munich du 14 février 2026.

The Conversation

Olivier Sueur est chercheur associé au sein de l’Institut d’études de géopolitique appliquée (IEGA).

ref. La Stratégie de sécurité nationale des États-Unis : 2002 contre 2025, continuités et ruptures – https://theconversation.com/la-strategie-de-securite-nationale-des-etats-unis-2002-contre-2025-continuites-et-ruptures-276223

Dermatose nodulaire : comment faire évoluer les dispositifs de gestion sanitaire ?

Source: The Conversation – in French – By François Charrier, Ingénieur de recherche en sciences de gestion, Inrae

La crise de la dermatose nodulaire bovine qui a frappé la France a mis en tension la gouvernance sanitaire française. Au-delà des mesures d’abattage contestées, elle révèle l’enjeu d’adapter les dispositifs de gestion aux réalités du terrain et souligne l’urgence à intégrer davantage les éleveurs en amont de la gestion de crise.


L’émergence du virus de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNCB) (DNCB) en France a mis en tension l’organisation sanitaire française. Ceci tient à plusieurs raisons. D’abord sa longue durée d’incubation, qui retarde le diagnostic et implique un contrôle difficile des échanges d’animaux. Puis l’urgence de la situation, entraînant une fatigue opérationnelle de l’ensemble des professionnels. Aussi, les impacts sociaux et économiques (et moraux) des mesures de restriction et d’abattage ont conduit à des contestations de ces mesures. Le ministère de l’intérieur y a répondu par un recours à la force.

La crise de la DNCB a provoqué une véritable crise de gouvernance qui s’est cristallisée sur la contestation des mesures de gestion prises en aval de la crise (politiques d’abattage, régimes d’indemnisation…) Elle révèle pourtant l’importance des processus gestionnaires en amont de ces situations (préparation, investissements dans les ressources et l’intelligence collective) pour faire face aux potentielles futures épizooties.




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Les stratégies sanitaires : une diversité de dispositifs

La DNCB est qualifiée dans les réglementations européenne et française comme une « maladie à éradication immédiate ». Les autorités sanitaires ont ainsi dû agir en urgence pour mettre en œuvre les dispositifs de gestion prévus pour « gérer » ce type de maladie : dispositifs de surveillance, de vaccination, de confinement, de biosécurité, de dépeuplement ou d’abattage, d’indemnisation des éleveurs…

Ces dispositifs assemblent des éléments hétérogènes pour accomplir une finalité de stratégie sanitaire : des réglementations (par exemple le règlement européen UE 2016/429), des connaissances (modèles et savoirs épidémiologiques, savoirs règlementaires…), des individus (vétérinaires, préfets…), diverses organisations (services de l’État déconcentrés, laboratoires…), des protocoles (tels que le plan d’intervention d’urgence sanitaire ou les modes d’emploi des vaccins), des outils (vaccin, cartographies…), etc. Or, le déploiement de ces dispositifs a des effets, attendus ou inattendus, qui peuvent en affecter l’efficacité s’ils ne sont pas révisés et discutés en fonction de la situation dans laquelle on les met en œuvre.

L’émergence d’une « situation de gestion »

Les gestionnaires de l’action publique sanitaire sont constamment pris dans un équilibre instable, intrinsèquement lié à l’activité de management. De ce point de vue, la détection et la propagation d’un virus dans un territoire provoquent ce qu’on appelle une « situation de gestion »

Il s’agit d’une situation où des participants sont mis à contribution, volontairement ou par obligation, pour trouver une solution à un problème et le résoudre, dans une temporalité et un espace donnés. Les solutions sont rarement immédiates, d’autant plus lorsque les problèmes sont peu structurés, où que de nouveaux problèmes surgissent (actions d’opposants aux mesures de dépeuplement par exemple). C’est un cadre théorique qui permet de comprendre comment s’engagent des processus collectifs de problématisation, de production de sens et de réorganisation pour résoudre progressivement la situation.

Toute la question est de savoir comment les gestionnaires de l’action publique peuvent favoriser (ou non) ces processus. Dans le cas de la DNCB, les processus gestionnaires « visibles » (ceux qui ont abouti aux mesures de dépeuplement ou d’indemnisation) ont avant tout reposé sur une rationalité régalienne implacable, justifiée par la réglementation et l’urgence de la situation. Pour faire accepter ces mesures de gestion, elle s’est appuyée sur deux instruments. D’un côté, une « pédagogie » basée sur des savoirs scientifiques élevés au rang d’argument d’autorité. De l’autre, sur des indemnisations pour réparer les dégâts et le recours à la force pour faire obtempérer les indociles.

Pour autant, l’étude d’autres situations sanitaires peut permettre de dégager des pistes pour piloter et favoriser des processus gestionnaires en amont des crises.




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Renégocier les dispositifs sanitaires sur le terrain : l’exemple de la fièvre catarrhale ovine en Corse en 2013

En Corse, nous avons étudié plusieurs situations sanitaires : la crise de la fièvre catarrhale ovine (FCO) de 2013, l’échec de la vaccination contre la maladie d’Aujeszky sur les porcs (2011-2013), la réémergence de la tuberculose bovine, le processus de « biosécurisation » des élevages porcins lors de l’introduction de la peste porcine africaine (PPA) en Belgique (2018-2020).

Nos résultats montrent que l’articulation de nombreux dispositifs de gestion peut être améliorée en renforçant la coopération entre les acteurs qui les adaptent et les appliquent sur le terrain. Nous avons modélisé une « écologie de dispositifs dynamique » en analysant les adaptations locales de l’activité gestionnaire régalienne.

Brebis atteinte par la FCO.
Fourrure/Wikicommons, CC BY-SA

Reprenons ici le cas de la gestion de la crise liée à l’introduction de la FCO en Corse en 2013, qui est assez similaire à celle posée par la DNCB. Suite à la détection du virus en septembre 2013, l’État a déployé une stratégie basée sur une vaccination massive (ovins, caprins, bovins) et blocage des échanges commerciaux. Mais sur le terrain, plusieurs obstacles majeurs ont obligé l’administration et les éleveurs à réinventer ensemble la situation et la stratégie.

Par exemple, les exportations d’animaux, interdites depuis l’ensemble du territoire insulaire, engendraient un surcoût pour les éleveurs corses qui ne pouvaient plus exporter leurs agneaux vers la Sardaigne, leur principal client. À la demande des éleveurs, un accord inédit a alors été négocié avec l’Italie pour maintenir ces exportations. L’État s’est ainsi assuré de favoriser l’implication des éleveurs dans la stratégie sanitaire.

Aussi, alors que l’administration sanitaire s’est étonnée de la lenteur de la vaccination en octobre 2013, les éleveurs ont expliqué que c’était la pleine période des naissances (agnelages), un moment critique où l’acte vaccinal (manipulation de l’animal, stress), peut avoir des conséquences désastreuses (avortements, affaiblissement). Le calendrier fut décalé en conséquence, et il a été accepté de perdre du temps administratif (et « épidémiologique ») pour respecter le cycle biologique des animaux et le fonctionnement zootechnique des fermes.

Enfin, le dispositif de vaccination des chèvres a été abandonné en cours de route. Le vaccin utilisé n’étant pas officiellement homologué pour les chèvres, des éleveurs craignaient des effets secondaires et des vétérinaires refusèrent d’en prendre la responsabilité. Ce renoncement était pragmatique : contrairement aux ovins, les chèvres ne développaient pas de forme grave de cette maladie. Le risque de créer un réservoir du virus dans le compartiment caprin a été collectivement accepté.

Toutes ces problématiques et modifications, créations ou abandons de dispositifs ont pu être discutées et validées collectivement (parfois de manière conflictuelle, cela arrive et c’est normal) dans le cadre d’un comité de pilotage bimensuel. Il a impliqué une grande diversité d’acteurs : services de l’État, vétérinaires, associations d’éleveurs, chasseurs, chercheurs, etc.

Cet exemple illustre une forme de dialectique entre la situation de crise et les dispositifs de gestion sanitaire déployés. Quelle que soit la rigidité des règles, la problématisation collective est une mécanique majeure permettant la recombinaison et l’adaptation des dispositifs qui vont impacter la vie des éleveurs et des animaux. Cette dialectique ne sera jamais la même d’un territoire et d’une temporalité à l’autre, et la participation des éleveurs (et autres acteurs), en est le moteur principal.

Enfin, cette dialectique ne s’exprime pas seulement en temps de crise, elle peut également s’exprimer en routine… à la condition que les modalités de gouvernance sanitaire le permettent. Penser les émergences et crises à venir c’est précisément penser cette « écologie des dispositifs » et sa dynamique.

La gouvernance sanitaire au cœur d’un problème à trois corps

La gouvernance de la santé animale est l’expression, autant qu’elle en est captive, de ce que Foucault appellerait un « biopouvoir » qui structure le secteur de l’élevage. Il se manifeste par trois dispositifs en tension permanente et en équilibre instable, particulièrement lors de l’émergence de maladie :

  • Un dispositif « productif-marchand » dans lequel l’animal est vu comme un facteur de production ou une marchandise ;

  • Un dispositif « biosécuritaire » dans lequel l’animal est vu comme porteur d’un risque épidémiologique (pour lui, le troupeau, le cheptel national, l’humain dans le cas de zoonoses) ;

  • Un dispositif « écologie-éthique » qui replace l’animal dans son environnement, et le reconnaît comme être vivant sensible, associé au bien-être et à la reconnaissance du travail des éleveurs.

La crise de la DNCB montre comment le premier dispositif a été au cœur de l’expression de ce biopouvoir. Les savoirs épidémiologiques (dispositif « biosécuritaire ») ont été mobilisés dans une politique et une gestion sanitaires contraintes par les structures marchandes. Dans ce contexte, les autres connaissances, par exemple, les apports de la sociologie du travail sur la relation animal-humain ne « pesaient » plus guère, ou si peu.

Ainsi, alors que les réformes de la gouvernance sanitaire cherchent depuis longtemps à « responsabiliser les éleveurs », il parait paradoxal que ces derniers ne soient pas associés à la conception des stratégies sanitaires, à leur suivi et à la réévaluation de ces « écologies » de dispositifs.

Construire une gouvernance du sanitaire c’est établir des liens de confiance et d’inclusion. Alors que ces liens semblent aujourd’hui extrêmement ténus, une future situation pourrait devenir totalement incontrôlable si les éleveurs ne signalaient plus les suspicions à leur vétérinaire de peur de perdre tout leur troupeau. C’est aussi un phénomène connu, analysé et documenté.

Alors que la question, au regard du changement climatique et de l’ultra-connectivité de nos économies agricoles, n’est plus tant de savoir si le cheptel va être touché par tel ou tel pathogène, mais quand et avec quelle intensité, la reconstruction de ces liens de confiance est d’une brûlante nécessité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Dermatose nodulaire : comment faire évoluer les dispositifs de gestion sanitaire ? – https://theconversation.com/dermatose-nodulaire-comment-faire-evoluer-les-dispositifs-de-gestion-sanitaire-276227

Élevage d’insectes : s’inspirer des autres filières animales pour produire à grande échelle de façon durable

Source: The Conversation – in French – By Caroline Wybraniec, Chercheuse post-doctorale, Université de Tours

L’entomoculture est souvent présentée comme une alternative prometteuse face aux défis et aux limites des modes de production agricoles et alimentaires traditionnels. Quels enjeux cette filière émergente va-t-elle devoir relever pour continuer à se développer ? Il paraît crucial de s’inspirer de l’élevage traditionnel – qui s’appuie notamment sur des normes précises.


La start-up Ÿnsect a fait les gros titres de la presse ces dernières semaines suite à sa faillite. Certains dénoncent un « fiasco » ou interrogent sur la durabilité de l’élevage d’insectes à large échelle.

La critique est aisée, l’art est difficile. L’échec d’une initiative ne doit pas conduire à abandonner cette nouvelle façon de produire, en France, des ressources de grande qualité. Innovafeed, par exemple, redonne espoir à toute la filière grâce à ses récents succès commerciaux. Des entreprises comme Koppert et Biobest commercialisent également depuis des années des insectes auxiliaires pour la protection des cultures et la pollinisation.

Pour rappel, l’entomoculture consiste à élever des insectes en milieu contrôlé pour produire des protéines (alimentation animale ou humaine), des sous-produits (soie, colorants naturels, engrais) ou des insectes vivants (pour le biocontrôle en agriculture). Sur le plan environnemental, certains insectes peuvent également participer à l’économie circulaire. En effet, ils permettent de valoriser des coproduits de l’industrie agroalimentaire ou des déchets organiques. En agriculture, la protection des cultures par les insectes auxiliaires permet dans certains cas de remplacer les pesticides chimiques. En cela, elle s’inscrit dans les stratégies de lutte biologique encouragées par les politiques publiques.

Soutenue par la FAO depuis 2013 pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire et de résilience climatique, la filière est présentée comme une alternative à des modes de production alimentaires qui atteignent leurs limites face aux changements climatiques et à l’épuisement des ressources. Dans les faits toutefois, son développement fait encore face à des défis majeurs.

Des protéines pour l’alimentation animale

La consommation directe d’insectes par les Occidentaux reste limitée en raison de préjugés. En revanche, selon l’ADEME, plus de 70 % des Français accepteraient les protéines d’insectes dans l’alimentation animale, en remplacement des farines de poisson ou des tourteaux de soja massivement importés.

Bien que 2 000 espèces d’insectes soient comestibles dans le monde, l’UE n’en autorise qu’un nombre restreint : huit pour l’alimentation animale (ténébrion meunier, mouche soldat noire, grillons) et quatre pour l’alimentation humaine (criquet migrateur, ténébrion meunier, ténébrion de la litière, grillon domestique).

La France, qui figure parmi les leaders européens de ce secteur, mise sur les débouchés de production de protéines et de lutte biologique. Malgré des difficultés financières récentes, la filière conserve un fort potentiel.

gros plan sur une larve d’insecte
La larve de la mouche soldat noire, insecte utilisé pour l’alimentation animale.
Matthis Gouin, Fourni par l’auteur

Dans le cadre d’un atelier sur le sujet mené à Orléans en septembre 2025, nous avons identifié trois défis techniques majeurs. Structurer cette filière émergente nécessite :

  • la maîtrise des cycles biologiques,

  • la garantie de la sécurité sanitaire

  • et le contrôle de la qualité nutritionnelle.

Maîtriser les cycles biologiques

Un élevage à large échelle exige une connaissance fine de la biologie des insectes (physiologie, comportements, pathologies) et un contrôle strict des paramètres environnementaux (humidité, température, etc.). Par exemple, l’humidité influence la masse des larves de vers de farine. Les professionnels doivent donc instaurer des seuils d’alerte pour détecter les dysfonctionnements, tout en adaptant l’automatisation des procédés d’élevage aux spécificités de chaque espèce.

Comme pour tous les animaux de rente, la maîtrise du cycle biologique des insectes est essentielle pour la durabilité des élevages. Or, dans le cas de l’entomoculture, les professionnels ne maîtrisent pas encore bien leur production : la diversité des espèces, la sélection génétique débutante et la variabilité des substrats d’élevage compliquent à ce stade l’optimisation des paramètres d’élevage.

Pour l’instant, l’objectif n’est pas d’accélérer la croissance (comme cela peut l’être pour d’autres types d’élevage), mais au contraire de pouvoir la freiner en agissant sur des facteurs biologiques et environnementaux. L’enjeu est de mieux piloter les étapes suivantes de la production, comme la transformation, le stockage et le transport. C’est d’autant plus important pour ceux qui vendent des insectes vivants, comme les auxiliaires de lutte biologique contre les parasites et prédateurs.

gros plan sur un insecte vert posé sur des fleurs blanches
La chrysope, un insecte utilisé comme auxiliaire de culture.
Matthis Gouin, Fourni par l’auteur

Le contexte local (température, humidité, ressources) ajoute une couche de complexité, qui rend l’expertise humaine indispensable. Il faut combiner observation directe, expérience de terrain et adaptabilité. Afin de comparer les pratiques et identifier les facteurs de réussite, le recours à des indicateurs standardisés est nécessaire. Pour les mettre en place, la filière peut s’inspirer des référentiels techniques des élevages traditionnels, comme ceux de la filière porcine (GTTT, GTE), ou des bases de données collaboratives, comme le SYSAAF pour les filières avicoles et aquacoles.

Biosécurité : des enjeux sanitaires spécifiques

Comme pour les élevages traditionnels, l’entomoculture exige par ailleurs un haut niveau de sécurité sanitaire, adapté à la destination des produits : alimentation animale et humaine, ou auxiliaires de culture.

Pour garantir ces exigences, les entreprises doivent compartimenter leurs unités, prévoir des vides sanitaires et des protocoles stricts (gestion des contaminations, éradication des nuisibles, nettoyage). La surveillance des substrats et des supports d’élevage est cruciale, surtout s’ils sont stockés longtemps.

Les producteurs utilisent à cette fin des indicateurs (taux de mortalité, rendement en biomasse, durée des cycles) pour détecter les anomalies. Leurs causes peuvent être multiples : insectes compétiteurs, vecteurs de pathogènes, ou pathogènes cryptiques (c’est-à-dire, dont les signes d’infection ne sont pas immédiatement visibles).

À ce stade toutefois, la connaissance de ces menaces reste limitée : les données sur les virus infectant la mouche soldat noire, par exemple, sont récentes. Pour accompagner l’essor de cette filière, il serait judicieux qu’une nouvelle branche de médecine vétérinaire spécialisée dans les insectes voie le jour. La collaboration avec les laboratoires de recherche en biologie des insectes reste également indispensable pour développer protocoles et procédures de biosécurité sans tomber dans une asepsie totale, qui serait contre-productive : le microbiote des insectes est essentiel à leur croissance et leur fertilité), en d’autres termes à leur santé.

gros plan sur un insecte noir
Mouche soldat noire au stade adulte.
Matthis Gouin, Fourni par l’auteur

La stimulation du système immunitaire des insectes, principalement innée, peut passer par une « vaccination naturelle », à travers l’exposition à de faibles doses de pathogènes. Cette approche, testée chez l’abeille contre la loque américaine, pourrait être étendue. Une autre piste est la récolte précoce en cas d’infection naissante, pour limiter les pertes.

Cette stratégie nécessite toutefois un arbitrage entre rendement optimal et gestion du risque sanitaire. Le cadre réglementaire actuel est inadapté : les élevages d’insectes ne sont pas couverts par la législation européenne sur la santé animale, et aucune obligation ne contraint à déclarer les pathogènes aux autorités sanitaires. Intégrer l’entomoculture au cadre réglementaire européen existant, tout en adaptant les normes à l’échelle et au budget des producteurs, semble donc indispensable.

Des normes de contrôle qualité à adapter

Se pose enfin la question de la composition nutritionnelle des produits, qui dépend directement de l’alimentation des insectes.

Un substrat riche en acides gras insaturés, par exemple, enrichira les produits finaux en ces mêmes nutriments. Toutefois, cette donnée reste à nuancer selon les espèces et les autres paramètres de production. Les substrats sélectionnés doivent donc correspondre aux critères et aux marchés visés mais également aux comportements alimentaires des espèces élevées et être optimisés pour fournir un rendement optimal. Pour les auxiliaires, un insecte de bonne qualité montre des signes visibles de vitalité et d’adaptabilité aux conditions d’application (culture, serre, verger…).

D’autres paramètres influencent la qualité : le stade et l’âge des insectes, la méthode de mise à mort, le processus de transformation (risque de dégradation nutritionnelle) et le choix de l’espèce. Les professionnels doivent maîtriser les besoins nutritionnels de leurs insectes, la variabilité, la digestibilité des substrats d’élevage et les rendements des processus de transformation. La qualité des produits issus de l’entomoculture doit, enfin, être contrôlée tout au long de la chaîne de production, avec des exigences renforcées pour les marchés de l’alimentation.

Face à ces enjeux, la filière se trouve confrontée à un dilemme réglementaire. Faut-il appliquer directement les normes d’autres productions animales (filières aquacoles ou avicoles par exemple), au risque d’imposer des contraintes inadaptées et potentiellement contre-productives pour une filière aux spécificités biologiques et techniques très différentes ?

Ou bien attendre l’élaboration de réglementations spécifiques aux insectes, au risque de ralentir le développement du secteur et de créer une incertitude juridique ? Une approche pragmatique serait d’adapter progressivement les normes existantes aux réalités de l’entomoculture.

Structurer une filière d’avenir

L’entomoculture représente une piste sérieuse pour relever les défis alimentaires et climatiques du XXIe siècle. Mais son succès dépendra de notre capacité collective à structurer cette filière naissante tout en préservant son potentiel innovant.

Pour qu’elle puisse répondre aux attentes futures, plusieurs défis doivent être relevés. D’abord, créer des référentiels et standardiser les pratiques : guides de bonnes pratiques partagés, protocoles cadrés par espèce, formations pour les opérateurs et décideurs. L’équilibre entre automatisation et expertise humaine reste crucial, notamment pour évaluer des paramètres non mesurables par des capteurs.

Ensuite, améliorer la gestion des risques en instaurant des seuils d’alerte et en hiérarchisant les causes possibles de dysfonctionnement pour les anticiper. Les élevages devront aussi s’adapter aux contextes locaux, particulièrement en matière d’énergie et de ressources disponibles.

Enfin, faire évoluer la législation pour inclure pleinement l’entomoculture, y compris dans les certifications, comme le bio, et les lois sur l’éthique animale dont les insectes restent aujourd’hui exclus. Cet angle mort réglementaire peut convenir provisoirement à certains opérateurs, mais constitue un frein à la crédibilité et à l’acceptabilité sociale de la filière dans son ensemble.

The Conversation

Caroline Wybraniec a reçu des financements de l’ANR FLYPATH (ANR-24-CE20-6083).

Bertrand Méda a reçu des financements de l’Institut Carnot France Futur Elevage (projet PINHS, 2020-2023).

Christophe Bressac a reçu des financements de la région centre val de Loire (projet BioSexFly) et de la BPI (i-Démo FrenchFly)

Elisabeth Herniou a reçu des financements de l’ANR FLYPATH (ANR-24-CE20-6083) et EU Marie Sklodowska-Curie grant agreement 859850 INSECT DOCTORS).

Matthis Gouin a reçu des financements de l’ANR FLYPATH (ANR-24-CE20-6083) et Région Centre Val de Loire

ref. Élevage d’insectes : s’inspirer des autres filières animales pour produire à grande échelle de façon durable – https://theconversation.com/elevage-dinsectes-sinspirer-des-autres-filieres-animales-pour-produire-a-grande-echelle-de-facon-durable-275053

Supreme Court rules against Trump’s emergency tariffs – but leaves key questions unanswered

Source: The Conversation – USA (2) – By Kent Jones, Professor Emeritus, Economics, Babson College

It has been raining tariffs … until now? Aaron Schwartz/Getty Images

President Donald Trump’s economic agenda took a major hit when the Supreme Court struck down many of his most sweeping tariffs. While Trump has options to restore some of the tariffs, he’s losing his most powerful tool to impose them almost at will as a bargaining chip with other countries.

In a 6-3 decision on Feb. 20, 2026, the court ruled that Trump’s use of the International Emergency Economic Powers Act of 1977 to unilaterally impose tariffs on other countries was unconstitutional. Since January 2025, Trump has used the act to impose tariffs on nearly every other country.

As a trade economist, I wasn’t particularly surprised by the ruling. In the oral arguments, several justices were openly skeptical about the president’s ability to claim virtually unlimited powers to set tariffs without specific congressional language to authorize them. While the ruling answers some questions about the legality of Trump’s tariffs, it leaves many others unanswered.

What are the tariffs the court ruled against?

The tariffs that the court ruled are illegal include the “reciprocal” tariffs Trump imposed to match the value of trade barriers set by other countries. They ranged from 34% on China to a baseline of 10% for the rest of the world.

They also include a 25% tariff on some goods from Canada, China and Mexico over those countries’ supposed failure to curb the flow of fentanyl into the U.S.

By striking down these tariffs, the Supreme Court will presumably force U.S. tariff schedules to revert to the status quo before they were imposed on April 2, 2025, or “liberation day,” as Trump called it.

Why did the Supreme Court rule against the tariffs?

Most of the tariffs Trump has imposed used the International Emergency Economic Powers Act to provide legal justification. While the law allows the president to respond to economic emergencies with measures such as embargoes and asset seizures, it does not specifically authorize the use of tariffs imposed unilaterally.

This was a major point made in the Supreme Court decision. In every other statute available to the president to use tariffs, there is specific language stating the way in which tariffs can be imposed, language that is absent in the International Emergency Economic Powers Act statute.

The majority decision, in which the court’s liberal justices were joined by three of its conservatives, determined that the president overreached his powers to set tariffs, based on Article 1, Section 8, of the U.S Constitution. Any delegation of tariff-making powers in an emergency to the president must be consistent with this provision.

It is also noteworthy that Trump openly declared that one of the benefits of the tariffs was how much revenue they bring in. But the majority decision noted that this represented an unauthorized presidential power to tax, which is also governed by the Article 1, Section 8, provision that assigns this power exclusively to Congress.

a white man in a suit gestures in front of a podium with the presidential seal on it
President Donald Trump, during a meeting with governors, called the ruling a ‘disgrace.’
AP Photo/Evan Vucci

What does this mean for Trump’s trade policy?

Trump used the International Emergency Economic Powers Act tariffs as leverage to negotiate numerous bilateral deals with U.S. trading partners. Now that the tariffs have been declared unconstitutional, many countries may demand that the deals be renegotiated.

The decision does not cover all of the administration’s tariffs, including national security tariffs imposed under Section 232 for specific industries such as autos, steel and aluminum, and Section 301, a statute that allows the president to impose tariffs against individual countries if they have imposed unfair or discriminatory trade actions against the U.S. This covers some of the tariffs on imports from China.

What other options does Trump have to achieve similar results?

Trump has often used or threatened to use International Emergency Economic Powers Act tariffs for political reasons, including against Brazil over its prosecution of a former president, Mexico over immigration and Canada over its plans to sign a trade deal with China, and other reasons.

The Supreme Court decision will make it more difficult for Trump to use tariffs and tariff threats in that way. One outcome is that constitutional limits the justices set on presidential tariff-making powers should constrain the justification of tariffs for political reasons.

The main avenues for new tariffs in response to the Supreme Court decision are sections 232 and 301. The president could potentially try to get Congress to pass new legislation expanding his tariff powers, but that seems unlikely in an election year.

However, it is important to understand that he chose to use the International Emergency Economic Powers Act as the mainspring of his trade policy because he interpreted it as providing him with full discretion in the unlimited power to impose tariffs without further congressional constraints.

In order to impose similar tariffs under Section 232, for example, each tariff order must be focused on a single industry, and the Commerce Department must issue a report documenting the emergency as it applies to that industry. Presumably, Trump will be preparing to use Section 232 for a large numbers of industries in addition to those currently covered by that statute.

For at least some of the countries with which Trump has already negotiated bilateral trade deals, many of their exports would not be covered by Section 232 tariffs, hence the likelihood that those countries will demand a renegotiation.

Will US companies get refunds for the tariffs they’ve already paid?

The Supreme Court decision appears not to address the question of tariff rebates, but many companies have already indicated that they will demand them.

In principle, any U.S. company in possession of tariff receipts documenting their payment of tariffs would be eligible for a refund if the Supreme Court approves this remedy.

What are the political consequences of this decision?

Since public opinion about Trump’s tariffs is already negative, the president will have to deal with a likely backlash against any attempts to replace the rejected tariffs with new ones.

It will be interesting to see how Republicans in Congress react to Trump’s tariff strategy in view of the upcoming midterm elections. For example, Republicans from states that border Canada may push back against further efforts to curb trade with their northern neighbor.

This may impose a further constraint on Trump’s tariff policy.

The Conversation

Kent Jones does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Supreme Court rules against Trump’s emergency tariffs – but leaves key questions unanswered – https://theconversation.com/supreme-court-rules-against-trumps-emergency-tariffs-but-leaves-key-questions-unanswered-276561