L’engagement sociétal local des marques suscite une consommation socialement et localement plus responsable

Source: The Conversation – in French – By Yolande Piris, Professeure des Universités, Université Bretagne Sud (UBS)

Les marques qui s’ancrent dans leur territoire ne font pas seulement du bien à la communauté : elles renforcent aussi leur relation avec les consommateurs. Mais attention, tout dépend de la manière dont cet engagement est perçu.


Les Français sont non seulement concernés par l’engagement des marques dans des causes sociétales mais ils ont également compris que c’est par leur choix de consommation, et grâce aux marques, qu’ils peuvent eux aussi agir. Ainsi, l’étude menée par BVA Xsight, montre que 75 % des Français sont sensibles à l’engagement des marques dans des causes sociétales. Mais 39 % d’entre eux pensent que l’offre de biens et de services est insuffisante pour leur permettre d’adopter un comportement responsable. L’acte d’achat n’est plus seulement la volonté de satisfaire un besoin de consommation. Il peut aussi traduire la volonté d’agir plus largement pour une cause sociétale.

Face à des consommateurs de plus en plus sensibles aux enjeux sociétaux, les entreprises multiplient les initiatives et notamment les initiatives locales : soutien à des associations, partenariats avec des acteurs régionaux, mise en avant du patrimoine culturel. La consommation d’une offre locale n’est donc pas seulement recherchée pour l’offre elle-même, mais également pour les retombées qu’elle peut susciter sur la communauté qui compose le territoire local.

Des atouts nombreux

Le caractère local d’une marque est souvent associé par les consommateurs à des enjeux sociétaux. Notamment, la marque locale porte la promesse d’une consommation qui minimise les transports polluants, contribuant ainsi à garantir un mode de vie plus durable et plus sain au sein de la communauté locale. La consommation de produits de marques locales permet également de maintenir ou créer des emplois locaux qui offrent de plus l’avantage d’être plus respectueux des droits des salariés comparativement aux emplois localisés dans des pays disposant d’une législation du travail peu développée.

Notre recherche montre que l’engagement sociétal local d’une marque conduit ses consommateurs à se sentir davantage capable d’influencer positivement le bien-être au sein de leur communauté locale grâce à leur consommation. Nous montrons que c’est l’attachement des consommateurs envers la marque engagée localement qui explique cet effet positif. En outre, une marque est incitée à pérenniser son engagement local parce que ce dernier améliore la fidélité d’achat des clients.




À lire aussi :
Quand les imaginaires des marques nous inspirent


Deux formes d’engagement

L’engagement sociétal local des marques peut prendre deux formes. Tout d’abord, les marques peuvent jouer sur « l’iconicité » culturelle locale : la marque incarne les aspirations et les valeurs de la population, en opposition à l’uniformisation des marques mondiales. Ainsi, le chipsier français Brets, par exemple, joue sur l’iconicité de la Bretagne en mobilisant la figure de la Bigoudène ou la thématique de la mer avec un slogan comme « C’est à babord qu’on CHIPS le plus fort ».

Ensuite, la marque peut adopter un comportement prosocial en agissant directement pour le bien-être de la communauté, par exemple en soutenant des associations locales ou en favorisant des pratiques durables. Metro, par exemple, prône un développement local en collaborant avec plus de 1 300 producteurs et en soutenant plus de 80 000 emplois. L’entreprise contribue à un écosystème vertueux où l’ensemble des acteurs bénéficie d’une dynamique collective positive. Elle contribue aussi à faire revivre des filières agricoles locales, encourage l’agriculture responsable et accompagne les professionnels dans leur transition durable. L’entreprise tente ainsi de démontrer qu’une stratégie économique peut pleinement intégrer les enjeux locaux pour soutenir des valeurs sociales et environnementales.

Engagement local et attachement du consommateur

L’attachement peut se définir comme la force du lien chargé d’émotions entre un consommateur et une marque. Il résulte du jugement de l’authenticité et de la congruence d’une marque par le consommateur lorsque ce jugement se fonde sur sa perception de l’engagement local de la marque. La perception des bénéfices sociétaux procurés par la marque, rendus plus tangibles par leur proximité géographique, conduit le consommateur à associer cette marque à un idéal : celui d’une culture locale valorisée et ou d’un engagement responsable attendu.

En conséquence, la marque est jugée plus bienveillante, plus honnête, plus crédible et porteuse de sens, c’est-à-dire plus authentique. De plus, la volonté de la marque de procurer à la communauté locale des bénéfices sociétaux est de nature à amener le consommateur à ressentir une similarité avec elle, c’est-à-dire une congruence entre l’identité de la marque et sa propre représentation de lui-même. Les consommateurs s’attachent aux marques qui leur apparaissent congruentes et ou authentiques parce qu’elles contribuent à renforcer la représentation de leur citoyenneté locale et à améliorer leur estime personnelle.

Une consommation plus vertueuse ?

L’attachement du consommateur envers une marque qui s’engage localement le conduit à s’identifier à elle et à s’approprier son projet sociétal en faveur de la communauté locale. Il tend alors à adopter une attitude cohérente à l’égard de ses choix de consommation socialement et localement responsable. L’association de l’attachement envers une marque engagée localement et de l’attachement envers une communauté locale renforce l’identité prosociale locale du consommateur.

Elle motive le consommateur à adopter un comportement cohérent avec cette identité, et cela d’autant plus que ce comportement lui procure un sentiment d’élévation morale. La marque qui s’engage localement peut donc poursuivre un objectif de performance sociétale qui consiste à susciter auprès du consommateur un comportement socialement et localement responsable.

Puissant levier

Nous mesurons la performance sociétale de l’engagement local d’une marque par son effet positif sur la croyance des consommateurs que leur consommation contribue positivement au bien-être au sein de leur communauté locale. La performance commerciale de l’engagement local de la marque se rapporte quant à elle à la fidélité d’achat que cet engagement peut susciter auprès des clients. Notre recherche montre que « l’iconicité » culturelle locale et le comportement prosocial local de la marque conduisent de façon équivalente à ces deux types de performance.

Plus précisément, « l’iconicité » culturelle locale constitue un levier puissant. Lorsqu’une marque est perçue comme emblématique de la culture locale, elle suscite un attachement fort chez les consommateurs. Cet attachement renforce à la fois la pertinence perçue de la consommation locale et la fidélité à la marque. Ce lien peut même se créer sans que les consommateurs évaluent explicitement l’authenticité ou la cohérence de la marque : le simple fait qu’elle incarne une identité culturelle locale peut suffire.

Des actions crédibles

Le comportement prosocial local, qui correspond au fait d’agir volontairement pour aider, soutenir ou améliorer la vie de sa communauté proche (son quartier, sa ville ou son territoire), lui, doit être crédible. Les actions vertueuses, comme le soutien à des causes ou les partenariats locaux, n’ont d’effet positif que si elles sont perçues comme authentiques et alignées avec les valeurs des consommateurs. Sans cette crédibilité, elles ne génèrent, ni attachement ni fidélité ni pertinence perçue de la consommation locale. Autrement dit, le prosocial « déclaré » ne suffit pas, il doit être prouvé.




À lire aussi :
Au cœur des villes, la consommation locale n’atteint pas toujours le cœur de la clientèle


Les consommateurs semblent moins sceptiques face à « l’iconicité » culturelle, qui repose sur des éléments visibles et vérifiables (origine, savoir-faire, terroir). À l’inverse, les comportements prosociaux sont plus facilement mis en doute s’ils paraissent opportunistes ou déconnectés des valeurs de la marque. Ce constat souligne un risque que l’on pourrait appeler la « RSE_washing » lorsque les promesses ne sont pas suivies d’actes tangibles.

Motivations profondes

Finalement, les entreprises peuvent mobiliser la communauté locale pour donner du sens à leur marque mais en respectant quelques conseils. Tout d’abord, rendre visibles les motivations profondes de la marque. Cela peut, par exemple, passer par des collaborations avec des acteurs locaux crédibles (associations, collectivités) pour renforcer l’authenticité. Il est également nécessaire de prouver l’alignement des valeurs. Cela peut se faire via différentes actions : formaliser la mission, publier des indicateurs, faire auditer les engagements, etc. Enfin, il semble pertinent de cultiver l’iconicité culturelle de la marque : raconter son histoire, valoriser le savoir-faire, célébrer les traditions locales, etc.

La Bretagne, qui a servi de terrain d’analyse, comporte de nombreux exemples. On pense notamment à la marque Hénaff qui s’associe à des projets régionaux pour la biodiversité. La marque de café Lobodis adopte le statut de société à mission pour afficher ses valeurs. La Trinitaine et Traou Mad s’appuient quant à elles sur le patrimoine culinaire breton pour nourrir l’attachement des consommateurs.

Finalement, l’engagement local n’est pas qu’une question d’image. Bien conçu, il crée un cercle vertueux : bien-être communautaire, attachement émotionnel, fidélité commerciale. Mais, pour y parvenir, les marques doivent prouver qu’elles sont authentiques, cohérentes ou profondément iconiques !

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. L’engagement sociétal local des marques suscite une consommation socialement et localement plus responsable – https://theconversation.com/lengagement-societal-local-des-marques-suscite-une-consommation-socialement-et-localement-plus-responsable-272952

Mozambique’s economy is failing: the tough policy choices that need to be made urgently

Source: The Conversation – Africa – By Sam Jones, Senior Research Fellow, World Institute for Development Economics Research (UNU-WIDER), United Nations University

Mozambique is not in total crisis – but it is faltering. There has been no currency crash, no hyperinflation, no bank run. But over the past decade the main indicators of the country’s economic health have severely eroded.

An IMF assessment in early 2026 was remarkably blunt: public debt is unsustainably high, the external balance of payments is weak, and policy makers have limited options. Since then, tensions in the Middle East have further disrupted supply chains and dramatically raised global fuel prices. This is a major shock for small import-dependent economies, like Mozambique.

My analysis draws on over two decades of experience supporting economic research and policy analysis in the country. Currently, my work under the Inclusive Growth in Mozambique programme involves tracking the country’s economic performance through surveys of firms, students, and households.

The picture that emerges from this evidence is troubling. For ordinary Mozambicans, the deterioration in conditions over the past decade shows up in higher poverty, unreliable public services and a labour market that offers few decent opportunities – especially for the young.

My central argument is that muddling through is not a safe option. Without careful adjustments now and a deliberate shift toward growth and job creation outside extractives – the part of the economy that actually employs most Mozambicans – today’s pressures will keep building until a large economic correction becomes unavoidable and under far worse conditions.

A slow squeeze

The country’s present condition is one of vulnerable stagnation. Since the hidden debt crisis of 2016, real GDP growth outside the extractive sector has hovered around 2%, barely matching population growth. In per capita terms, the non-extractive economy has flatlined for a decade. Average real incomes outside mining and gas (or the public sector) have gone essentially nowhere.

Fiscal deficits of 4%-6% of GDP have been financed increasingly by domestic banks. But as both the IMF and World Bank have warned, that model is now reaching a breaking point. Banks can only absorb so much government debt before they run out of willingness – or capacity – to lend. When that happens, the government faces a choice between defaulting, printing money, or slashing spending abruptly. None is painless.

Evidence of these pressures is plain to see. Over a year ago, the global rating agency S&P classified local-currency debt as “selective default”. This is a formal determination that the government had failed to meet its obligations to domestic creditors on the original terms, even if it continued paying.

By late 2025, arrears had extended to short-term treasury bills – government IOUs that mature within months and are supposed to be the safest instruments in the domestic financial system. When a government struggles to repay even these, it signals serious fiscal distress.

On top of this, a decade of crisis management has displaced any serious thinking about growth. The government’s wage bill and debt service dominate spending, leaving chronic underinvestment in infrastructure, education, and agriculture. Schools and health facilities lack supplies, roads deteriorate, and social protection has weakened sharply.

Payments under the basic social subsidy programme have become highly irregular. Many elderly beneficiaries receive only a fraction of what they are owed. Poverty has increased, with around two thirds of the population now below the poverty line.

Demographic pressures are intensifying. Mozambique needs to absorb roughly 500,000 new labour market entrants annually by 2030, yet the formal sector generates a small fraction of new jobs. Informal work dominates and without a step-change in growth, it will only expand. Each year of stagnation adds another youth cohort to an already strained labour market. Delay does not preserve stability – it makes eventual adjustment larger and more costly.

The exchange rate question

The metical has been held stable against the US dollar since 2021, but in real terms it has appreciated by over 20%, eroding export competitiveness. Foreign exchange shortages are now pervasive. The parallel market premium reached around 14% by late 2025. Firms report severe and lengthening delays in accessing foreign exchange through formal channels.

The policy response has been administrative: raising exporter surrender requirements, tightening banks’ foreign exchange position limits, restricting overseas card usage. These measures treat symptoms, but the underlying misalignment only deepens.

The overvalued exchange rate functions as a tax on the non-resource economy. Recent fuel shortages and panic buying – driven in part by importers’ inability to secure foreign exchange and price uncertainty – provide a visible demonstration of the mounting costs.

The politics of adjustment

In practice, public sector employment has come to serve as a form of social protection for the urban middle class. Our research shows roughly half of all university graduates find employment in the public sector, and having a public sector job is one of the best predictors of not being poor.

The public sector wage bill underpins political legitimacy, which is why attempts to cut discretionary 13th-month salary payments were quickly reversed once key workers threatened to strike.

Exchange rate adjustment poses a parallel dilemma. A depreciation would raise the cost of imported food and fuel, hitting urban households directly, and any price increase would spark calls to hike minimum wages. With the memory of popular violence from the 2024 elections still fresh, there is a strong bias toward the status quo.

But as pressures mount, there is a growing risk of compounding distortions. So far the temptation has been to respond with new administrative controls, including import restrictions, tighter capital controls, and preferential credit allocation.

The ongoing handling of the fuel price shock illustrates the pattern. Rather than adjust pump prices promptly, the government has held prices fixed, leaving distributors to manage a mounting shortfall through supply rationing.

Each temporary fix may ease immediate pressures, but tends to deepen the underlying misalignment, push activity into informal channels, and narrow future options.

Feasible pathways

Path 1: Muddle through and wait for the gas. This is the current trajectory. Fiscal adjustment occurs passively, driven by financing constraints rather than strategy. The hope is that LNG revenues could materialise from the early 2030s. Mozambique’s Rovuma Basin holds an estimated 100 trillion cubic feet of recoverable natural gas – among the largest discoveries globally in the past two decades. But only one offshore platform (Coral South) is currently producing. Even if the 2030 timeline holds, continued stagnation would further erode public services, weaken institutions, and deepen social frustration – and another general election must be managed. By the time resource revenues arrive, the state may lack the capacity and public trust to deploy them effectively.

Path 2: Gradual, growth-first adjustment. The most economically coherent path, though politically demanding. The central premise: restoring non-extractive growth must take priority, even at the cost of short-term macroeconomic discomfort. Key elements would include:

  • a phased depreciation of the metical to restore competitiveness, supported by clear communication and strengthened social protection

  • acceptance of temporarily higher inflation, with policy focused on preventing second-round effects rather than suppressing the initial price shift

  • a fiscal framework centred on spending quality and revenue efficiency

  • wage bill containment through hiring restraint, attrition, and systematic payroll audits to eliminate ghost workers and improper payments

  • re-engagement with external partners under a credible IMF programme framework; and

  • an evidence-based and financially viable medium-term growth strategy targeting agricultural productivity, labour-intensive exports and a predictable regulatory and macroeconomic environment.

Path 3: Forced correction. If external shocks bite deeper, a large adjustment may be imposed suddenly – involving disorderly exchange rate movement, abrupt fiscal contraction, and potential banking sector stress. The longer gradual adjustment is postponed, the higher this probability.

The narrow path

There is no easy option. Every adjustment has visible losers, while the benefits remain uncertain, delayed, and diffuse.

But one priority stands out: boosting growth beyond extractive sectors. Without it, fiscal consolidation is self-defeating, job creation will remain grossly inadequate, and social pressures will only intensify. Stabilisation pursued in isolation, or at the expense of growth, could be bad medicine.

This growth strategy must be grounded in data, evidence and honest debate. Mozambique has not lacked for projects or initiatives, but it has lacked consistent use of rigorous data to identify what drives productivity and job creation.

The window for a controlled, policy-driven adjustment is narrowing fast. The alternative is not stability. It is adjustment under far worse conditions, at higher cost.

The Conversation

Sam Jones does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Mozambique’s economy is failing: the tough policy choices that need to be made urgently – https://theconversation.com/mozambiques-economy-is-failing-the-tough-policy-choices-that-need-to-be-made-urgently-281679

What Ghana’s foreign-built landmarks tell us about its global relationships

Source: The Conversation – Africa (2) – By Irene Appeaning Addo, Associate Professor of African Architecture, University of Ghana

The call to prayer echoes across the neighbourhood as people congregate under the sweeping domes and tall minarets of Ghana’s National Mosque in Accra. For many, it is a place of faith, community and national pride. Yet, few pause to consider that this landmark – now firmly part of Accra’s skyline – was funded and built by Turkey.

This detail points to a bigger story. Some of Ghana’s most important public buildings are shaped by global relationships as much as local needs. And those relationships are not just economic; they are deeply political.

Therefore buildings are not just functional. They are powerful expressions of political power, used to describe and project ideas about hierarchy, state authority, solidarity and modernity.

As a result, architecture can be used to explore the identity and ideology of African states and international partners who choose to finance or donate new buildings to Africa featuring western architectural aesthetics.

I am a scholar of African architecture. I collaborated with scholars from different areas of expertise, including political scientists, on a project that studied the connection between architecture and power in Africa. From Ghana, two projects were used to illustrate international relations in architecture, highlighting the interplay of power and agency. One was the National Mosque and the other was the seat of Ghana’s government, Jubilee House, an edifice funded by the government of India.

Ghana and India’s ties can be traced to their co-founding of the Non-Aligned Movement. These were a group of states not formally aligned with major power blocs during the cold war. Ghana and Turkey’s relationship goes as far back as 1957. Turkey is one of the leading investors in Ghana’s economy.

Our work established that when a country finances and constructs a major building abroad, it leaves a visible and lasting imprint on another nation’s landscape. The building becomes part of everyday life while reflecting the influence of its external sponsor. These buildings normalise the presence of the sponsoring nation and are a constant reminder of its political interests.




Read more:
Ghana and India: Narendra Modi’s visit rekindles historical ties


History written in buildings

Foreigners have been shaping Ghana’s built environment for centuries, from colonial forts along the coast to post-independence modernist projects designed by international architects.

Ghana’s architecture tells a layered story of power and exchange. During the colonial era, Europeans constructed forts and castles that dominated coastal landscapes. These were not just military structures; they were symbols of control and gateways to global trade networks, including the transatlantic slave trade. Sections of these buildings were later repurposed as schools, embedding education within spaces marked by violence and coercion.

This dual legacy highlights how architecture can carry multiple, often conflicting meanings over time.

After independence, Ghana sought to project a new national identity through modern architecture.

Foreign architects were commissioned to design housing, universities and civic buildings that would signal progress and global relevance. This moment reflected both aspiration and dependence: a desire to appear modern on the world stage, combined with reliance on external expertise and resources.

‘Soft power’

Today, Ghana continues to engage with global partners through architecture and infrastructure development. The National Mosque is one example. Backed by Turkey with the active involvement of Ghanaian Muslims, it represents both religious solidarity and diplomatic outreach underpinned by local agency.

Its scale, design and prominence make it a visible marker of Turkey’s presence in Ghana. The National Mosque Complex is modelled after the Ottoman-era Sultan Ahmed Mosque in Istanbul, Turkey. The national mosque in Accra features domes, semi-domes and arcaded porticos. These are the characteristics of Ottoman architecture, a predominant classical style for mosques in Turkey and the Islamic world.

Another example of political “gift” is Jubilee House, the seat of government. While financed and constructed with support from India, it incorporates the form of the Akan stool, a deeply significant symbol of authority in Ghanaian culture. This blending of external funding with local agency and symbolism shows that these projects are not simply imposed. They are shaped through negotiation.

Across the continent, similar patterns can be seen. China has funded major government buildings, including the African Union headquarters in Addis Ababa and the Zimbabwe parliamentary complex. These projects are often described as “gifts”, but they also reflect strategic relationships and long-term influence. Political scientist Innocent Batsani-Ncube has illustrated how China’s large-scale investment in the Zimbabwe parliament is used as a proxy for its sustained activities in and around African parliamentary institutions.

Ghana’s case

It is easy to view foreign-funded infrastructure as purely beneficial, especially given Ghana’s development needs. But architecture is never neutral. Buildings embody power relationships in terms of the scale, materiality, the architectural features and the location in urban areas.

They reflect who has the resources to design, finance and construct, and whose ideas are ultimately realised in physical form. A mosque, a parliament or a presidential palace is not just a functional space; it is a statement about identity, legitimacy and global belonging of both the sponsor and the recipient country. In this sense, architecture becomes part of diplomacy. It is a way of making relationships visible – and durable.

Describing these projects simply as soft power, however, does not capture the full picture. Soft power theory often assumes that influence flows smoothly from powerful countries to less powerful ones.

Ghana’s experience suggests something more complex. Buildings cannot simply be “exported” like films or fashion. They are rooted in specific places, histories and communities. This creates friction.

For example, Ghana’s engagement with foreign-built projects often involves negotiation over design, symbolism and use. Local government officials, religious leaders and communities play a role in shaping outcomes.

In the case of the National Mosque, Ghanaian Muslim communities were not passive recipients. Their advocacy and social influence were crucial to the project’s realisation. Similarly, the incorporation of the Akan stool in Jubilee House reflects an effort to assert cultural identity. These examples show that foreign influence is most often mediated by local contexts.

Ghanaian actors’ agency in these processes has limits, however. Many decisions about large-scale projects are made by political elites. As a result, the interests reflected in these buildings may not represent the broader population.

These examples point to broader questions. Do foreign-funded buildings contribute to long-term development, or are they primarily symbolic? How can Ghana ensure that such projects reflect local priorities and needs? And what does it mean to build a national identity in a world shaped by global partnerships?

The links among soft power, public and cultural diplomacy, and development across the continent will continue to be subjects of research.

International relations scholars Joanne Tomkinson and Julia Gallagher contributed to the research that this article is derived from.

The Conversation

Julia Gallagher received funding from European Research Council

Lloyd G. Adu Amoah and Mjiba Frehiwot do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What Ghana’s foreign-built landmarks tell us about its global relationships – https://theconversation.com/what-ghanas-foreign-built-landmarks-tell-us-about-its-global-relationships-279603

Mali attacks: Tuareg grievances hold the key to peace

Source: The Conversation – Africa (2) – By Olayinka Ajala, Associate professor in Politics and International Relations, Leeds Beckett University

The precarious security situation in Mali took a turn for the worse in late April 2026. Well coordinated attacks targeted several cities and claimed the lives of the defence minister, Sadio Camara, and several Malian soldiers.

The events are a culmination of increased attacks over the past few years on the military and state institutions in Mali.

We have been researching insecurity and politics in west Africa and the Sahel for over a decade. We believe the recent attacks trace back to grievances expressed by Tuaregs that the current military regime has not addressed. The Tuaregs are nomadic Berber communities in northern Mali.

First is the inability or unwillingness to address Tuareg discontent. Their grievances centre on political autonomy, marginalisation, cultural recognition, resource control, security and perceived state neglect.

Second, the continuous use of force by the military against rebels in the northern regions without regard for the collateral damage. The Tuaregs have long contested the militarisation policies of successive Malian governments.

Third, the uneven distribution of resources, which keeps the northern region marginalised. These include northern Mali’s resources such as gold deposits, salt mines, grazing lands, and strategic trade corridors. Revenues from these sources remain controlled by the state’s centre based in the south.

Addressing resource marginalisation could have a number of benefits. It could temper Tuareg grievances, restore trust in the Malian state, and shift conflict incentives away from rebellion towards political inclusion, stability, and sustainable peace in northern Mali.

The breakdown

In April 2026 the jihadist group Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) joined forces with ethnic Tuareg rebels from the northern Azawad Liberation Front (FLA) to attack several cities in the country recently.

This mirrors a similar attack in 2012 when the Tuareg and al-Qaeda-affiliated militants launched an offensive against the state. The Tuareg-dominated National Movement for the Liberation of Azawad (MNLA) attempted to secede and initiated a rebellion.

The MNLA is a Tuareg‑dominated separatist movement. Founded in 2011, it is mainly composed of ex-Libyan war returnees and northern Malian Tuaregs. The organisation had about 10,000 fighters at its peak in 2012.

Despite their numbers, they lacked the military power to hold the territory. As a result they aligned with Islamists Ansar Dine, al-Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM), and the Movement for Unity and Jihad in West Africa (MUJAO). Shortly after pushing back Malian forces in late 2012, the alliance disintegrated.

The Islamist groups were better armed and funded. They forced the secular separatists out of major towns like Gao, Timbuktu and Kidal. The intervention of French forces in 2013 helped the Malian government regain most of the lost territories.

AQIM and its allies then moved into the mountains and surrounding desert areas. They shifted to guerrilla tactics, including suicide bombings and landmines.

The withdrawal of French forces in 2022 seems to have emboldened the Islamist militants. It removed counter‑terrorism pressure, disrupted intelligence and logistics and created a security vacuum amid weak Malian state capacity. This allowed Islamist groups to expand operations, recruit locally and regain territorial influence.

Lessons unlearnt

The largely popular military regime of Assimi Goita has failed to address the demands of Tuareg separatists. The Tuaregs have historically complained about exclusion from power by the southern dominated Malian state. Since the country’s independence in 1960, Tuareg leaders have argued that the structure of the Malian state does not reflect their political identity, economic interests and governance traditions. The demand for self-rule or autonomy has been suppressed, often by force.

More recently, increased drought, desertification and climate variability has devastated Tuareg pastoral livelihoods. These grievances pre-date Islamic insurgency and are fundamental in understanding the approach of the group.

The second unaddressed issue is that counterterrorism operations use force which creates collateral damage. Recent analysis shows that counterterrorism operations in northern and central Mali have resulted in large scale civilian harm, displacement and collective punishments. These have included arbitrary arrests and mass killings.

These factors have created conditions which Islamist groups have exploited for recruitment, territorial control and legitimacy.

The blame for this has been put on successive Malian regimes and previous French operations. This has been a key reason for France’s interventions being labelled as failures.

The third major driver of violence in Mali relates to the uneven distribution of resources. Since independence, public investment, infrastructure, social services and political attention have been heavily concentrated in the southern parts of the country.

Previous peace agreements have promised decentralisation, funding and integration of northern elites and ex-combatants. But implementation have been slow or nonexistent.

Is there a way forward?

The Tuareg question must be answered to reduce the tension between the regions of the country. It can be argued that Tuareg actors have twice miscalculated by entering arrangements with jihadist groups. But this does not diminish the need to address the structural inequalities and long-standing grievances underpinning Tuareg demands.

To achieve this, the Malian regime can copy the blueprint of former president Mahamadou Issoufou of Niger. Prior to his presidency, the Nigerien Tuaregs were similarly aggrieved. When he became president in 2011, he:

  • integrated Tuareg elites and former rebels into state institutions

  • decentralised state authority by allowing administrative and budgetary control at the regional level

  • introduced disarmament, demobilisation and reintegration programmes.

Issoufou also invested in infrastructural development in the areas that directly affected the Tuaregs. This included pastoralism, education and livelihood support. Water access in arid pastoral areas was improved. And connectivity and road safety was expanded.

Addressing the Tuareg agitations would reduce tensions in Mali.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Mali attacks: Tuareg grievances hold the key to peace – https://theconversation.com/mali-attacks-tuareg-grievances-hold-the-key-to-peace-281832

Les jeunes désertent les activités de plein air. Et si le jeu libre les ramenait dehors ?

Source: The Conversation – in French – By Mariève Blanchet, Professeure en sciences de l’activité physique et en développement moteur, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Les bienfaits du plein air chez les jeunes ne font plus débat : développement moteur, cognitif, social et émotionnel, en plus d’amplifier les effets de l’activité physique. Pourtant, ils passent peu de temps dehors. Ce « déficit nature » est devenu un enjeu de santé publique. Quels facteurs expliquent ce décrochage, et comment les y ramener ?


Afin de mieux comprendre le phénomène et de tester des solutions, nous avons sondé 465 parents. Nos résultats confirment des tendances déjà observées dans la littérature scientifique, au Canada comme ailleurs. La participation aux activités de plein air diminue avec l’âge et cette baisse est plus marquée chez les filles. À l’échelle mondiale, 81 % des adolescents de 11 à 17 ans sont considérés comme physiquement inactifs ; les filles le sont davantage que les garçons, avec un écart pouvant atteindre 15 % selon les pays.

Le statut socioéconomique joue aussi un rôle : les jeunes issus de familles à faible revenu participent moins aux sports pratiqués à l’extérieur et ont moins d’intérêt à aller dehors. Ces familles ont de plus, un accès réduit aux activités en plein air à cause du transport vers les infrastructures de plein air, ou même à cause des coûts liés aux activités.

Lorsqu’un enfant présente des difficultés telles que des troubles d’apprentissage ou de motricité, le même constat est observé. Cette baisse de participation pourrait être un résultat d’une faible perception de leurs propres compétences, des préoccupations de sécurité menant à la surprotection, des contraintes d’aménagement urbain et d’accessibilité ainsi que de l’augmentation du temps d’écran.

Notre étude soutient ces observations, en démontrant que l’intérêt à faire des activités de plein air et des activités sportives dehors est réduit chez les jeunes dont la famille a un faible statut socio-économique et chez les jeunes ayant des difficultés. Des interactions démontrent même que l’effet de ces facteurs peut être cumulé. Ainsi, la tendance à s’auto-exclure en raison de leurs défis fonctionnels dans les activités est aggravée quand le revenu familial est faible.




À lire aussi :
Nature et mouvement : un duo essentiel pour la santé mentale des jeunes


La surprise : la créativité résiste

Le résultat le plus intéressant de notre étude concerne la créativité dans les activités de plein air, qui inclut le jeu dans la cour de la résidence familiale, dans la ruelle ou en milieu naturel. En plus de la participation globale, notre questionnaire distingue trois dimensions de la participation, établies à partir d’analyses factorielles exploratoires et confirmatoires.

1 — intérêt général pour jouer dehors ;

2 — participation aux sports libres ou organisés ;

3 — créativité dans la participation aux activités de plein air.

Contrairement aux deux autres dimensions, le score de créativité n’est pas affecté par le genre, le statut diagnostique et le revenu familial. Elle représente une porte d’entrée potentiellement plus inclusive et plus motivante vers les diverses activités pratiquées à l’extérieur.

Ce constat ouvre une piste d’intervention concrète, en lien avec l’approche « DYSactivation » développée dans notre laboratoire. Plutôt que de miser uniquement sur des activités sportives structurées, cette approche propose un gradient modulable d’activités. Celui-ci va du jeu libre — initié et défini par l’enfant, avec des accessoires ne faisant pas référence à un sport ou à une tâche motrice prédéfinie — jusqu’à des jeux ou sports organisés par l’adulte. Dans ce cadre, les activités structurées par l’adulte cherchent à soutenir les besoins psychologiques fondamentaux des jeunes, par exemple en favorisant la coopération et/ou en leur laissant une part de choix dans l’activité.

Des enfants jouent
Dans un environnement EnJeuLab au Centre national de cyclisme de Bromont, les enfants s’engagent dans des situations de jeu libre favorisant l’exploration et la créativité. Ils construisent et transforment leur environnement selon leurs idées.
(Laboratoire de recherche en motricité de l’enfant, EnJeuLab), CC BY

Cette approche a de plus été utilisée dans nos espaces En Mouvement du réseau EnJeuLab, comme celui de Bromont. Nous avons construit à partir de données probantes et de nos résultats de recherche, des espaces publics novateurs qui repensent la manière dont les jeunes jouent, incluant la conception d’accessoires de jeu, l’aménagement et les infrastructures afin de poursuivre nos recherches. Ces espaces permettent de mieux rejoindre les jeunes qui décrochent habituellement en y proposant des environnements inclusifs où la créativité et la bonne perception de leurs compétences motrices et physiques occupent une place centrale.

Contrairement aux parcs traditionnels, qui peuvent favoriser un abandon prématuré et une exclusion selon le niveau des habiletés motrices des enfants, les espaces EnJeuLab proposent un environnement extérieur vivant, composé de matériaux variés, naturels ou recyclés.

Les enfants et les adolescents peuvent y concevoir, déconstruire et reconstruire librement des objets ou des structures — comme des voitures, des cabanes ou des parcours — seuls ou en coopération avec d’autres jeunes. Ces créations ne sont pas définies à l’avance et peuvent prendre des formes que seuls les participants comprennent.

Leur imagination et leur autonomie guident leurs actions. Plusieurs jeunes inventent même de nouveaux jeux avec les accessoires. Et s’ils ne souhaitent pas construire, l’espace reste entièrement ouvert à leurs envies : courir, grimper, se cacher, ramper ou simplement explorer. Divers niveaux de difficultés et de prises de risque sont disponibles dans l’espace, de même que des zones calmes et plus isolées selon leurs besoins. Ce type d’environnement permet aux jeunes de s’approprier pleinement leur jeu, à leur manière.

Lorsque l’enfant choisit de transporter une bûche à travers un vaste espace de jeu, composé de terrains accidentés et de matériaux variés, ses habiletés motrices, physiques et cardiovasculaires sont sollicitées. Les choix de parcours peuvent inclure des inclinaisons et des déclinaisons, ainsi que le déplacement d’objets vers des structures de bois, par exemple pour les déposer dans un filet.

Ce type d’environnement permet aux jeunes d’être actifs à leur manière.




À lire aussi :
Les neurosciences permettent de comprendre ce que la nature provoque dans notre cerveau



Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


L’expérience passée et la confiance parentale

Deux autres facteurs se sont révélés déterminants. D’abord, l’expérience antérieure : plus un enfant a été exposé à une diversité de contextes de plein air (activités de loisirs organisées en forêt, pédagogie en plein air, camp de plein air, camping en famille), plus sa participation est élevée.

Ensuite, lorsque les parents ont un sentiment de sécurité face aux activités extérieures de leurs enfants, celui-ci participe davantage. De plus, ces deux facteurs augmentent significativement la dimension de la créativité de leur enfant.

Ces résultats suggèrent que l’accompagnement parental est un levier sous-estimé. Former et rassurer les parents sur les activités de plein air, tout en diversifiant les contextes d’exposition dès le plus jeune âge, pourrait avoir un effet durable sur la participation, avec des bénéfices pour le développement et la santé des enfants.

Centre national de cyclisme de Bromont
Des jeux dans un environnement EnJeuLab au Centre national de cyclisme de Bromont.
(Laboratoire de recherche en motricité de l’enfant, EnJeuLab), CC BY

Repenser l’offre pour les jeunes

Un dernier constat mérite attention : la créativité en plein air, bien que résiliente face au genre, aux difficultés et au revenu, diminue elle aussi avec l’âge. Ce déclin s’explique en partie par l’offre de services disponible : à mesure que les jeunes grandissent, les activités proposées deviennent très structurées et laissent peu de place à l’imaginaire et au jeu libre. Pourtant, les recherches montrent que même à l’adolescence, le jeu continue d’alimenter la créativité.

Repenser l’offre d’activités pour les préadolescents et les adolescents en y réintroduisant des espaces adaptés pour leur groupe d’âge où l’on crée des activités physiques, sportives et de loisir, pourrait contribuer à freiner le désengagement et à réduire le taux de sédentarité alarmant.

La Conversation Canada

Mariève Blanchet a reçu des financements de la Fondation canadienne pour l’innovation, du conseil de recherche en sciences humaines, du fond nouvelles frontières en recherche et du fond de recherche en santé du Québec


Valentin TOP ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les jeunes désertent les activités de plein air. Et si le jeu libre les ramenait dehors ? – https://theconversation.com/les-jeunes-desertent-les-activites-de-plein-air-et-si-le-jeu-libre-les-ramenait-dehors-278833

Voici comment l’éducation physique au Québec est devenue une matière essentielle à l’école

Source: The Conversation – in French – By Florent Lefèvre, Stagiaire postdoctoral en histoire du sport, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Longtemps laissés à l’initiative de la famille et des communautés, le sport et les loisirs au Québec ont connu une structuration progressive. À partir du XXe siècle, leur encadrement se transforme sous l’effet d’acteurs religieux, puis étatiques. Cette évolution contribue à faire de l’éducation physique un domaine central dans la formation des individus.


Les Québécois ont toujours manifesté un fort intérêt pour les activités sportives et les loisirs, qu’ils pratiquent individuellement ou en groupe. Dès le XIXe siècle, certains passionnés ont entrepris de structurer ces activités, mais de façon inégale selon les milieux et les périodes.

C’est toutefois dans les années 1960 que le monde du sport et des loisirs connaît une véritable première révolution. La Révolution tranquille soulève alors une question fondamentale : qui doit organiser le sport et les loisirs au Québec ? La famille, l’Église, l’État ou les associations sportives ?

En moins d’une décennie, l’Église se retire progressivement de la conception, de la planification et de l’organisation du sport, des loisirs et, plus largement, de l’éducation. Ce retrait ouvre la voie à de nouveaux acteurs : les écoles, les institutions sportives, les organisations privées, les universités, les municipalités et le gouvernement. Le sport, les loisirs et, en particulier, l’éducation physique ont progressivement pris une place centrale dans la vie et le développement des individus. Pourtant, cette reconnaissance ne s’est pas faite sans heurts.

Les fondements historiques

Malgré l’importance sociale du sport et des pratiques corporelles, l’histoire de l’éducation physique au Québec demeure encore relativement peu étudiée en sciences humaines et sociales. Quelques chercheurs ont toutefois posé des jalons importants. L’historien Donald Guay et le sociologue Roger Boileau ont notamment retracé l’évolution du sport et de l’éducation physique entre le 19e et le XXe siècle.

Guay met en lumière plusieurs courants qui ont façonné les conceptions du corps et de l’éducation physique au fil du temps : l’agriculturisme, le militarisme, l’hygiénisme, l’humanisme et le scientisme. De son côté, Boileau souligne notamment le rôle central qu’a longtemps joué l’Église dans l’organisation du sport au Québec.




À lire aussi :
Les JO de Montréal 1976, un laboratoire qui a transformé le Québec bien au-delà des stades et des podiums


L’émergence d’une culture physique et corporelle pédagogique

Entre les années 1930 et 1950, l’éducation physique au Québec repose principalement sur deux modèles. En milieu rural domine l’agriculturisme, qui valorise l’effort utile et le travail du corps. En milieu urbain, c’est plutôt le militarisme scolaire qui s’impose, mettant l’accent sur la discipline, la posture et la préparation physique. Dans les deux cas, l’objectif est surtout de former des corps robustes et utiles à la société, davantage que de favoriser le développement global de la personne.

À cette époque, plusieurs organisations jouent aussi un rôle important dans l’animation du sport, des loisirs et de la culture physique. C’est notamment le cas des « patros » — les ancêtres des centres communautaires — et des OTJ (Œuvres de Terrains de Jeux), deux structures largement liées aux milieux religieux.

Toutefois, un troisième courant apparaît : celui d’une éducation physique plus pédagogique. Cette approche est portée par des éducateurs qui défendent une vision plus globale de la formation corporelle. L’éducation physique n’y est plus seulement un entraînement du corps, mais une composante de l’éducation intégrale de la personne — physique, intellectuelle et morale.

Pour concrétiser cette vision, les années 1930 voient ainsi apparaître les premières écoles privées d’éducation physique au Québec, dont l’objectif est de former un personnel spécialisé capable d’enseigner selon une véritable approche pédagogique comme l’institut de Cécile Grenier en 1938 ou l’institut d’Yvan Coutu à la fin des années 1940.

Ces institutions s’appuient à la fois sur l’expertise d’éducateurs formés dans les écoles normales du Québec ou en Europe. Leur création témoigne d’une volonté claire : professionnaliser le domaine et lui donner une légitimité. Entre 1930 et 1950, ce courant demeure toutefois porté par une poignée d’éducateurs engagés. Ces figures clés incarnent la transition entre l’ancien modèle militariste et une éducation physique plus moderne, centrée sur l’élève. Leur action, encore marginale, pose néanmoins les bases de la discipline.

Certaines institutions jouent aussi un rôle moteur dans cette transformation. C’est notamment le cas de la Palestre nationale — la plus ancienne institution sportive canadienne-française — et, à partir de 1951, du Centre Immaculée-Conception dirigé par le père Marcel de la Sablonnière.

Mais les enseignants d’éducation physique ne peuvent porter seuls cette responsabilité. Les parents, les entraîneurs et les clubs sportifs ont également un rôle à jouer. Le défi consiste alors à développer une véritable « mentalité sportive » chez les Canadiens français.

Révolution tranquille et redéfinition du rôle de l’État

Au cours de la Révolution tranquille, le temps de loisir prend une nouvelle signification. Il n’est plus seulement associé à des valeurs religieuses ou morales : il acquiert une dimension humaine et sociale. Peu à peu, le loisir est perçu comme un droit pour les citoyens.

La commission Parent amorce une réforme majeure du système scolaire avec la création, en 1964, du ministère de l’Éducation, ouvrant ainsi un espace institutionnel pour l’éducation physique. Dans la foulée, le rapport Bélisle et la création du Haut-Commissariat à la Jeunesse, aux Loisirs et aux Sports en 1968 confirment l’intervention croissante de l’État. Le leadership religieux de l’Église cède alors progressivement la place à une gouvernance publique et technocratique.

Parallèlement, les associations professionnelles en éducation physique commencent à se structurer. Des regroupements de diplômés cherchent à améliorer la formation, à diffuser les connaissances scientifiques et à faire reconnaître leur profession. L’Association des diplômés en éducation physique et récréation, fondée à Montréal en 1960, figure parmi les premiers organismes du genre. Dans la région de Québec, les éducateurs physiques se regroupent également au sein d’un chapitre francophone de l’Association canadienne d’hygiène, d’éducation physique et de récréation.

Ces organisations insistent notamment sur une distinction importante : le sport n’est pas éducatif en soi. Il le devient lorsqu’il est encadré par une approche pédagogique.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Comment les universités ont répondu à l’appel de la professionnalisation

Dans les années 1960, la formation des éducateurs physiques au Québec connaît une période charnière. Alors que la discipline souhaite être reconnue comme un pilier de l’éducation et du développement de l’individu, les universités s’organisent pour répondre à cette demande croissante.

Plusieurs établissements jouent un rôle pionnier, notamment McGill, Sir George Williams (aujourd’hui Concordia), Laval, Montréal et Sherbrooke, qui mettent en place des programmes d’éducation physique dès les années 1940 à 1960. Ces institutions contribuent à former les futurs cadres du domaine et à structurer une expertise professionnelle encore émergente.

McGill abrite le plus ancien programme d’éducation physique du Canada. Par ailleurs, l’Université d’Ottawa, bien que située hors Québec, exerce une influence importante en formant de nombreux spécialistes francophones dès la fin des années 1940. À partir de 1969, le réseau de l’Université du Québec vient élargir cette offre de formation, notamment à Montréal et à Trois-Rivières.




À lire aussi :
Des échecs à la victoire : la longue marche de Montréal vers les Jeux olympiques


Comprendre l’enjeu d’un projet éducatif

Aujourd’hui, alors que les sociétés occidentales font face à de nouveaux défis liés à la sédentarité, à la santé publique et à la place du sport dans les politiques éducatives, les débats entourant l’éducation physique au Québec demeurent traversés par des tensions héritées de son histoire. Relire cette trajectoire historique permet dès lors de mieux comprendre les enjeux actuels et d’éclairer les choix qui façonnent l’avenir de l’éducation physique au Québec.


Nous souhaitons remercier Jean-Claude Drapeau et Roger Boileau pour la relecture et les commentaires pour le texte.

La Conversation Canada

Tegwen Gadais a reçu des financements de la part du ministère de l’éducation du Québec. Il est le co-titulaire de la chaire UNESCO sur le sport pour le développement, la paix et l’environnement.

Florent Lefèvre ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Voici comment l’éducation physique au Québec est devenue une matière essentielle à l’école – https://theconversation.com/voici-comment-leducation-physique-au-quebec-est-devenue-une-matiere-essentielle-a-lecole-276712

Comment le leader mégalomane assoit-il son emprise sur le groupe… et comment la perd-il

Source: The Conversation – in French – By Jean Poitras, Professeur titulaire en gestion de conflits, HEC Montréal

Les leaders mégalomanes fascinent. Ils affichent une confiance débordante, des ambitions parfois excessives et prennent des décisions souvent déconnectées de la réalité. Malgré cela, ils continuent d’attirer, autant dans le monde professionnel qu’en politique. Pourquoi ? Parce que leur ascension et leur chute ne reposent pas seulement sur leur personnalité, mais sur une dynamique plus large.


Les trois atouts du mégalomane

La clé explicative réside dans la convergence de trois forces : le narcissisme du leader mégalomane, l’incertitude qui pousse un groupe à rechercher un sauveur, et les dynamiques collectives de dissonance cognitive qui protègent ensuite cette croyance.

Le trait narcissique donne aux leaders mégalomanes une confiance exceptionnelle, une image d’eux-mêmes très élevée et une grande conviction dans leurs décisions. Cette assurance agit comme un signal de contrôle et de maîtrise, avant tout attractif quand le groupe traverse une période d’incertitude. En effet, elle réduit rapidement l’anxiété collective liée au flou, au doute et à l’absence de direction, même quand cette impression de maîtrise repose davantage sur la posture que sur une lecture fidèle de la réalité.

Dans un contexte d’incertitude, les membres tendent à privilégier des figures qui affichent une forte confiance. Cette posture réduit en effet l’anxiété commune et crée une impression rassurante de direction claire, favorisant ainsi l’adhésion à des initiatives ambitieuses pour régler des problèmes, même lorsqu’elles s’avèrent peu réalistes. Cette dynamique se révèle d’autant plus puissante que le mégalomane semble souvent très performant au départ : il simplifie des problèmes complexes, prend des décisions rapidement et lance des actions visibles qui créent un sentiment immédiat de dynamisme. Les résultats obtenus, ou du moins leur perception consolident alors son autorité. Ce processus accélère son ascension et renforce progressivement la crédibilité de ses idées.

Le dernier facteur se manifeste au moment où les premiers succès visibles du dirigeant mégalomane accroissent sa notoriété et sa crédibilité aux yeux du groupe. Chaque gain réel ou perçu accentue l’idée qu’il possède une capacité exceptionnelle à orienter la situation parce qu’il paraît confirmer la promesse initiale de contrôle. Sa popularité agit alors comme un signal implicite de validité : plus elle semble partagée, plus chacun tend à inférer qu’elle repose nécessairement sur de bonnes raisons. La croyance que cette adhésion collective doit avoir un fondement pousse ainsi chacun à s’appuyer sur l’opinion du groupe pour interpréter la réalité.

Cette dynamique se traduit par un doute croissant envers son propre jugement. On finit par croire qu’on a tort puisque tout notre entourage semble partager une opinion favorable du mégalomane.

Le soutien demeure même en présence d’indicateurs préoccupants, voir même quand la progression déviante peut sembler manifeste d’un point de vue externe. En effet, chaque individu adapte sa perception en fonction des réactions collectives et du coût associé à l’admission d’une erreur. Changer d’avis représente un coût important pour l’orgueil et peut constituer un risque d’exclusion du groupe, ce qui incite nombre de personnes à déformer les faits pour éviter le stress d’admettre avoir fait une erreur de jugement.

De plus, le mégalomane a tendance à amplifier les succès, à banaliser les échecs et à attribuer les torts à des causes externes. Il finit ainsi par enfermer le groupe dans une bulle où la perception collective se détache peu à peu de la réalité.




À lire aussi :
Du terrain de jeu aux conseils d’administration : comment l’enfance et de l’adolescence façonnent les leaders de demain


Transformer ses illusions en normes

À cela s’ajoute un mécanisme puissant : la répétition renforce la crédibilité d’une idée. Quand différents médias et discours officiels relayent le même propos, il s’enracine progressivement jusqu’à prendre la forme d’une norme sociale. Cette idée finit par être perçue comme allant de soi, même lorsqu’elle repose sur des bases fragiles. Dans les cas plus extrêmes, on peut penser à une dictature où la presse et les institutions éducatives sont contraintes de reprendre le discours officiel, lequel acquiert alors rapidement le statut de vérité normative.

Au fur et à mesure que l’autorité du leader mégalomane s’accroît, il met en place un système qui entretient ses illusions. Toute contradiction devient pour lui une menace à son identité. La loyauté est davantage récompensée que la compétence, les compliments sont encouragés, et les opposants réduits au silence. Peu à peu, le chef se retrouve enfermé dans une bulle qui alimente son narcissisme et le sépare de la réalité.

Son narcissisme sans garde-fous devient un véritable talon d’Achille : chaque succès amplifie son excès de confiance, exacerbant sa tendance à se surestimer et érodant peu à peu sa perception du réel. Incapable de savourer ses premiers triomphes, il se lance alors dans des projets toujours plus vastes, car les réussites passées ne suffisent plus à nourrir son sentiment de grandeur. Il tombe alors vulnérable à une cascade d’erreurs grandissantes.

Tôt ou tard, le leader se perd dans la poursuite de projets démesurés pour nourrir son propre narcissisme. La chute s’amorce dès que l’écart entre la perception et la réalité devient impossible à concilier. Les incohérences s’accumulent et certains alliés s’éloignent à mesure que le groupe perçoit de plus en plus que le leader agit pour préserver ses propres intérêts plutôt que ceux du collectif. Le leader a tendance alors à renforcer les reproches et le contrôle pour maintenir son image, car reconnaître l’échec menacerait directement l’image grandiose qu’il a de lui-même.

À ce stade, le système n’est plus simple illusion : il entre dans une phase où le maintien du soutien devient mentalement et socialement plus coûteux que sa remise en question.

Malgré tout, le qualifier au grand jour de mégalomane ne suffit pas, à lui seul, à provoquer sa chute.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


La chute du mégalomane

L’illusion continue de s’entretenir et le système demeure étonnamment résistant tant que les dynamiques du groupe renforcent l’une l’autre le soutien au leader et que les mécanismes mentaux protègent cette croyance en minimisant les contradictions. S’en détacher reste difficile, car cela oblige aussi à perdre la figure de contrôle et de sécurité qu’il représentait jusque-là, mais également à reconnaître sa propre part dans le maintien de cette illusion.




À lire aussi :
Leadership d’entreprise : pourquoi le ton employé par la direction a des répercussions morales


La chute survient lorsque la réalité ne peut plus être ignorée et qu’émerge un cadre de désengagement légitime, par exemple l’idée que le contexte a changé ou que le leader n’est plus le même. Ce nouveau cadre permet au groupe de réviser son jugement sans avoir à ressentir un inconfort psychologique important.

Dès lors, le fait de se détourner du leader ne s’apparente plus à l’aveu d’une faute, mais à un choix réfléchi et socialement justifiable face à une situation devenue impossible à contester. Autrement dit, ce n’est pas la vérité qui fait tomber la personne mégalomane, c’est le moment où il devient sécuritaire de reconnaître cette vérité. Quand il devient acceptable de désavouer le chef mégalomane, la déchéance est généralement inévitable.

Un cercle sans fin

Cet article a permis d’explorer pourquoi ces leaders sont suivis jusqu’au bout. Mais une question plus fondamentale demeure : pourquoi, malgré un schème aussi classique, les groupes continuent-ils de retomber sous le charme de ce type de chef ? C’est justement parce que la dérive ne devient évidente qu’après coup, une fois que la promesse initiale de transformation n’a pas produit ses effets.

En effet, au départ, les mégalomanes apparaissent souvent comme des figures de changement, porteuses de clarté, de vision et de mouvement dans un contexte perçu comme bloqué. C’est cette promesse de transformation qui entraîne le groupe dans un cercle vicieux. Et malheureusement pour nous, ces grands narcissiques sont passés maîtres dans l’art de reconnaître cette faiblesse collective et de l’exploiter. C’est cette sensibilité qui referme la boucle : dès qu’un nouveau contexte d’incertitude émerge, le groupe redevient sensible aux espoirs de changement, de vision et de contrôle que ces leaders savent si bien incarner.

La Conversation Canada

Jean Poitras ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment le leader mégalomane assoit-il son emprise sur le groupe… et comment la perd-il – https://theconversation.com/comment-le-leader-megalomane-assoit-il-son-emprise-sur-le-groupe-et-comment-la-perd-il-279416

Le « Hondius » en quarantaine flottante : la mer comme observatoire de la propagation épidémique

Source: The Conversation – in French – By François Drémeaux, Enseignant-chercheur en histoire contemporaine, Université d’Angers

L’incident en cours à bord du MV Hondius, ce navire de croisière confronté à un foyer suspect d’infection à hantavirus et refoulé par les autorités du Cap-Vert, permet de souligner à la fois la difficulté et l’importance de la gestion des crises sanitaires en mer. Une perspective historique montre que les développements actuels reproduisent des schémas anciens.


Trois morts, cinq cas suspects, des passagers confinés en mer et un pays qui refuse l’accès à son port : l’épisode ravive des images récentes et d’autres plus lointaines ancrées dans l’imaginaire collectif, celles de navires en quarantaine au large, chargés de menaces invisibles.

À Marseille en 1720, la peste arrive par le Grand Saint-Antoine, de retour du Proche-Orient, et décime la ville au cours des mois qui suivent, notamment après de longues hésitations au sujet des mesures sanitaires à appliquer. Plus récemment, en 2020, le Diamond Princess, immobilisé au large du Japon avec ses 3 600 passagers au début de la pandémie de Covid-19, avait illustré la vulnérabilité des navires modernes face aux maladies infectieuses. Le Hondius s’inscrit dans cette lignée d’événements où la mer devient un espace d’isolement autant que de crise.

Navire de classe polaire, le Hondius appartient à la compagnie Oceanwide Expeditions. Il effectuait une croisière de quarante-six jours.
Oceanwide Expeditions

Alors que les épidémies peuvent désormais se transmettre rapidement par l’intermédiaire des transports aériens, un tel incident en mer donne l’impression de pouvoir arrêter le temps et de maîtriser la situation. Pour les épidémiologistes, ce sont des cas d’école qui permettent d’étudier la maladie au ralenti, pour les historiennes et historiens, c’est aussi l’occasion de constater l’efficacité de pratiques anciennes. Car, en mer, la gestion des épidémies obéit à des logiques spécifiques.

Jusqu’au début du XXe siècle, les longues traversées des paquebots constituaient des incubateurs potentiels pour les maladies infectieuses. Choléra, typhus ou fièvres diverses pouvaient se déclarer en cours de voyage et l’organisation sanitaire était alors pensée en conséquence. Selon les pays, des médecins embarqués deviennent peu à peu obligatoires à partir des années 1850, des protocoles d’isolement à bord sont mis en place et, surtout, les ports améliorent de rigoureux dispositifs de surveillance sanitaire. Les protocoles mis en place à Ellis Island à partir de 1892 pour contrôler les migrants européens qui débarquent aux États-Unis procèdent de cette logique.

Débarquement d’un malade, probablement fin XIXᵉ siècle.
Collection particulière

La santé maritime et les empires occidentaux

Le long des lignes maritimes qui forment les épines dorsales de la mondialisation au XIXᵉ siècle, d’abord en Méditerranée puis au fil des expansions impériales, les Européens organisent un complexe système de surveillance sanitaire. À la fois pour se prémunir de leurs voisins, pour affirmer leur domination sur certains pays – notamment colonisés –, mais aussi pour assurer une circulation fluide des produits et des passagers entre eux, la santé maritime devient un enjeu impérial. À l’approche des côtes, des médecins dits arraisonneurs montaient à bord pour évaluer l’état sanitaire du navire.

En cas de suspicion, l’embarcation se voyait refuser la patente qui lui permettait la libre pratique de son commerce, et les passagers étaient dirigés vers un lazaret, lieu de quarantaine souvent situé à l’écart des villes. Ces infrastructures formaient un maillage essentiel de la sécurité sanitaire internationale. Elles ont progressivement disparu après la Seconde Guerre mondiale, sous l’effet combiné des progrès médicaux et du basculement vers le transport aérien, bien plus rapide.

Visite médicale des émigrants au Havre (aujourd’hui en Seine-Maritime), avant l’embarquement, le 18 septembre 1909.
Collection French Lines & Compagnies, CC BY-NC-ND

Ce changement de temporalité a profondément modifié la dynamique des épidémies. Les périodes d’incubation des maladies n’ont pas changé, mais les durées de voyage, elles, se sont drastiquement réduites, y compris sur les navires de croisière dont l’objectif est souvent de multiplier les escales terrestres (un peu plus de sept jours en moyenne). Les croisières dites d’exploration dans des zones reculées et a fortiori les circuits dits de repositionnement d’un hémisphère à l’autre – comme celle que réalisait le Hondius jusqu’à présent – représentent précisément des exceptions par la multiplication du nombre de journées en mer, dans le cas présent entre Ushuaïa (Argentine) et Praia (Cap-Vert) et malgré des escales dans les îles de Géorgie du Sud et à Saint-Hélène.

En conséquence, les infections ont aujourd’hui davantage tendance à se manifester après le débarquement qu’en pleine mer. Le cas du Hondius, qui proposait ici un voyage de quarante-six jours, apparaît ainsi comme une résurgence d’un schéma ancien où la maladie se déclare à bord et impose une gestion en vase clos.

Les leçons de la pandémie de Covid-19

Il semble évident que des leçons ont été tirées de la pandémie de Covid-19. Lors de la quarantaine du Diamond Princess au Japon en 2020, le manque de clarté dans les informations données aux passagers et de formation du personnel ont été largement soulignés comme des facteurs aggravants. Le secteur de la croisière, en pleine expansion ces dernières années et représentant un marché de 37 millions d’individus en 2025, a vraisemblablement évolué sur le sujet puisque les personnels sont désormais formés et de stricts protocoles sont en place à bord.

Paradoxalement, avec les moyens de communication actuels, le huis clos du Hondius est rapidement devenu un événement global. Nos sociétés contemporaines, traumatisées par la pandémie de Covid-19, ont retrouvé des réflexes isolationnistes de précaution. À quelques encablures du port de Praia au Cap-Vert, le Hondius s’est vu refuser l’accès au territoire alors qu’un passager était déjà décédé à Saint-Hélène et deux autres avaient été évacués vers l’Afrique du Sud. Le directeur régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe Hans Kluge a jugé que « le risque pour l’ensemble du public demeure faible. Il n’y a aucune raison de céder à la panique ni d’imposer des restrictions de voyage ». Il n’empêche que la couverture médiatique dont bénéficie l’événement depuis le début de la crise en dit long sur les peurs de propagation.

Au cours du XIXe siècle, et notamment face aux grandes pandémies cholériques, des réglementations internationales ont été élaborées pour harmoniser les réponses et repousser les dangers sanitaires. En 1887, par exemple, les pays du cône sud-américain adoptent la convention de Rio pour protéger leurs relations commerciales internes et se prémunir des épidémies extracontinentales. Ces réglementations sanitaires maritimes sont alors strictement appliquées, notamment par l’Argentine, car ces dispositifs participent également à affirmer l’indépendance des États face aux pressions des puissances occidentales. Le refus du Cap-Vert d’accueillir le Hondius peut être lu par ce prisme. C’est un acte de précaution, mais aussi une décision politique de souveraineté.

Le médecin maritime, un acteur encore essentiel

Photographie d’un médecin de la Compagnie des messageries maritimes à la fin du XIXᵉ siècle.
Collection French Lines & Compagnie, CC BY-NC-ND

Au cœur de ces événements se trouve une figure souvent oubliée : le médecin maritime. Héritier des médecins de la marine militaire, son rôle s’est structuré au sein de la marine marchande au XIXᵉ siècle, notamment en France au fil des réformes de 1876 et 1896 qui professionnalisent la médecine embarquée. Aujourd’hui encore, une formation spécialisée subsiste en France à Brest (Finistère), préparant des praticiens à intervenir à bord ou depuis la terre mais toujours « en situation maritime ». L’épisode du Hondius souligne l’importance de ces compétences, à l’intersection de la médecine, de l’épidémiologie et de la logistique en milieu contraint.

La spécificité du milieu maritime ne tient pas seulement à l’isolement. Elle concerne aussi les vecteurs de maladies et, en l’occurrence, l’infection à hantavirus, lequel est suspecté dans cette affaire, se transmet par les rongeurs. Même s’il est hautement improbable que le mal vienne des entrailles du navire mais plutôt d’une escale, l’événement rappelle que la lutte contre les rats est une constante de l’histoire navale.

Les mesures drastiques mises en place au XIXᵉ siècle sont efficaces et permettent un net recul des populations de muridés à bord. La fumigation des cales en particulier, ou tout simplement l’installation de disques métalliques sur les amarres pour empêcher les rats de monter à bord comptent parmi les progrès majeurs. Malgré cela, la présence des rongeurs à bord n’est jamais totalement éradiquée. Paradoxalement, le nombre de rats retrouvés morts – mais sains après autopsie – à la fin d’une traversée était souvent considéré comme un indicateur indirect de l’état sanitaire du navire. La présence d’un cadavre animal pesteux signalait l’alerte sanitaire, avant même qu’un cas humain se manifeste.

Illustration d’un dispositif placé sur les amarres pour empêcher les rats de monter à bord des navires. Dessin de A. L. Tarter, années 1940.
Wellcome Collection, CC BY-NC-ND

Ces éléments rappellent que la mer reste un environnement à part, où les équilibres sanitaires sont fragiles. Ils invitent ainsi à réinvestir des champs d’études parfois négligés, à la fois dans le domaine maritime et sanitaire. Depuis quelques années, les historiennes et les historiens du fait maritime se penchent davantage au chevet des gens de mer. Une journée d’études consacrée à la santé en milieu maritime, intitulée « Prévenir et Guérir – Organiser la santé en mer (XVIIᵉ-XXᵉ siècle) », se tiendra par ailleurs le 13 mai prochain à l’Université d’Angers (Maine-et-Loire), signe que ces questions continuent de mobiliser les chercheuses et les chercheurs.

Loin d’être une simple anomalie, l’épisode du Hondius agit ainsi comme un révélateur. Il montre que, malgré les transformations des mobilités et des systèmes de santé, certaines configurations anciennes peuvent ressurgir. Et que, face à l’incertitude sanitaire, les sociétés renouent, parfois presque instinctivement, avec des pratiques héritées de plusieurs siècles d’expérience maritime.


La journée d’études « Prévenir et Guérir », sur l’histoire de la santé en mer, se tiendra le 13 mai 2026 à l’Université d’Angers (Maine-et-Loire).

Affiche de la journée d’études « Prévenir & Guérir » sur l’histoire de la santé en mer, le 13 mai 2026 à l’Université d’Angers.
steamer.hypotheses.org/3570, CC BY

The Conversation

François Drémeaux a reçu des financements de la commission européenne dans le cadre d’un contrat Marie Skłodowska-Curie Actions pour le programme de recherche SHIPPAN (Shipping Pandemics).

ref. Le « Hondius » en quarantaine flottante : la mer comme observatoire de la propagation épidémique – https://theconversation.com/le-hondius-en-quarantaine-flottante-la-mer-comme-observatoire-de-la-propagation-epidemique-282175

Photographic memory is a myth – here’s what research really says about remembering

Source: The Conversation – USA – By Gabrielle Principe, Professor of Psychology, College of Charleston

Your memory is not a camera. F.J. Jimenez/Moment via Getty Images

Hollywood loves a superpower. Not all involve capes or cosmic rays. Some are cognitive: characters who can remember everything. In movies and on TV, viewers repeatedly encounter those with extraordinary minds who glance once at a page, a room or a face – and later recreate every detail with surgical precision.

You see it everywhere: “Suits,” “Sherlock” and “The Girl with the Dragon Tattoo.” Even in children’s literature there’s fifth grader Cam Jansen, who activates her photolike memory by saying “Click!”

Most recently, it appeared in the television series “The Pitt,” set in a hospital emergency department. When the digital patient board suddenly went offline, medical student Joy Kwon saved the day by effortlessly reciting from memory every lost detail – names, rooms, doctors, conditions, vitals. It’s a gripping moment. The stakes are high, recall is perfect, and the implication is clear: Some people have minds that function like high-resolution cameras.

The idea of photographic memory is simple and powerful: Experience is captured objectively, stored completely and retrieved perfectly. See it once, keep it forever.

There’s just one problem. There’s no scientific evidence it exists.

Your memory doesn’t record, it reconstructs

As a memory researcher, I understand that belief in photographic memory is common and the idea is compelling. But it is simply wrong.

Human memory does not work like a recording device. It’s a reconstructive process even among those with the most extraordinary skills. When you recall an event, memory doesn’t just hand you your experiences the same way every time. It’s never a matter of simply accessing, retrieving and playing back a static record of a stored slice of the past.

hands with photo negatives on a lightbox, with magnifying glass
Memory doesn’t scan through a bank of static, stored memories.
janiecbros/iStock via Getty Images Plus

Rather, you reconstruct the past by piecing together the remnants of experience available to you in the moment of recollection. It’s a process shaped by a range of factors, including the search cues you use; your present knowledge, attitudes and goals; and your current state of mind or mood.

Because each of these factors is dynamic and changing, you’ll remember the past differently today – if ever so slightly – from how you remembered it yesterday, and differently from how you’ll remember it tomorrow. What you remember is not only incomplete but also inexact.

A closer look at extraordinary memory

Some people, such as memory competition champions, do have extraordinary memories. They can memorize thousands of digits or entire decks of cards in minutes. Their feats are real, but they don’t come from a memory that takes mental snapshots.

Instead, these people rely on strategies – mental frameworks built through thousands of hours of deliberate practice to scaffold their memory in specific domains. Without these strategies and in other aspects of life, their recall looks pretty much like everyone else’s. Experts’ performance reflects better methods, not different machinery.

In the scientific literature, the ability that comes closest to photographic memory is eidetic imagery: a form of visual mental imagery in which people claim they can briefly continue to “see” pictures they carefully studied and that are then removed from view.

This ability is rare, is seen mostly in children, and usually disappears by adolescence. Even at its peak, however, it falls short of the Hollywood ideal. Eidetic images fade quickly and are not perfectly accurate. They can include distortions and even details that were not seen.

It’s exactly what you’d expect from a reconstructive memory system – and exactly what you would not expect from a literal recording.

Forgetting is a feature and not a flaw

The myth about photographic memories feeds into the idea that your memory has failed if you can’t remember – that if your memory worked right, it would operate like a camera. When you can’t retrieve information or you lose it entirely, it can feel like something has gone wrong.

In reality, forgetting is functional. Without it, we’d never get by.

For instance, people use their memories of the past to forecast the future. Perfect memory would be a liability. Forgetting washes out the details of specific episodes and retains the gist so you can apply past experiences to novel situations, not just those that exactly match what happened before.

Forgetting also guards your emotional health. The dulling of memories for negative events, like say an embarrassing episode, makes it easier for you to move on than if you reexperienced all the details in full force every time the event came to mind.

Forgetting protects your sense of self as well. Memories of your past form the foundation of your identity. To help maintain a stable self-concept, people selectively modify or even forget those memories that challenge their views of themselves.

view from above of two people looking at black and white photos in an album
Even mundane moments can be recalled by the rare people with highly superior autobiographical memory.
Slavica/iStock via Getty Images Plus

The rare individuals who come closest to having near-perfect memory often reveal the downsides. People with highly superior autobiographical memory can remember nearly every day of their lives in vivid detail. If you ask one of these people to recall what they did on Nov. 24, 1999, they likely can tell you.

Their extraordinary ability seems to come from a habitual, even compulsive, reflection on their past and a focus on anchoring memories to dates. However, this skill is limited to autobiographical events, and they are prone to various kinds of memory distortions and errors just like everyone else.

While this ability might sound like an advantage, many people with highly superior autobiographical memory describe it as exhausting. They struggle to move past negative experiences because their memories make them seem as sharp as ever.

Accurate – and empowering – view of memory

Beliefs about “perfect memory” shape how people judge students, eyewitnesses, patients and even themselves. They influence legal decisions, educational practices and unrealistic expectations about what human minds can – and should – do.

Letting go of the camera metaphor could be a step toward better understanding how memory works. The brain is not a roll of film, it’s a storyteller – one that edits, interprets and reshapes the past in light of the present.

And that’s not a limitation. It’s a superpower.

The Conversation

Gabrielle Principe does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Photographic memory is a myth – here’s what research really says about remembering – https://theconversation.com/photographic-memory-is-a-myth-heres-what-research-really-says-about-remembering-278160

Galaxies of life are collecting dust in museums – digitizing microscope slides can uncover billions of fossils for natural history

Source: The Conversation – USA – By Ingrid C. Romero, Postdoctoral Research Fellow in Natural History, Smithsonian Institution

This screenshot juxtaposes a fossil of stem from the plant _Archaeopitys eastmanii_ (bottom) and a close-up of its vascular system (top). The specimen was found in Kentucky and is over 350 million years old. Ingrid C. Romero, CC BY-SA

Approximately 145 million: That’s the number of specimens – including plants, animals, minerals and human artifacts – curators estimate are held in the Smithsonian National Museum of Natural History. However, these estimates do not reflect the billions of tiny individual specimens contained on microscope slides – thin pieces of glass that fix objects in place for observation – each representing a record of a species at a specific place and time.

Microscope slide collections are an underused part of natural history collections because they are small, fragile and generally not well cataloged. One slide is usually recorded as a single specimen, even though it may contain hundreds of thousands of identifiable samples. They play a significant role in documenting life both present and past, and they are also a core educational resource for training future scientists.

Our team of plant paleontologists and evolutionary biologists use microscopy techniques to extract the full potential of natural history collections. In our recently published research in the journal PLoS One, we developed a way to digitally image whole microscope slides and make the specimens they contain available to scientists and students around the world.

Unseen troves of specimens

The Denver Pollen Collection contains about 70,000 slides of fossilized pollen extracted from rocks of many geological ages. The collection, now housed at the Smithsonian National Museum of Natural History, represents over 60 years of effort by scores of geologists and paleontologists working for the U.S. Geological Survey, gathering specimens from all over the continental U.S., Alaska and many other parts of the world.

Presented with one of the most complete fossil records of plant life in existence, scientists have used this collection to understand how vegetation and climate changed over geological time.

Shelves and cabinets filled with color-ordered and labeled cases
A snapshot of the Denver Pollen Collection. Slides are contained in boxes, top left, and drawers, bottom right.
Ingrid C. Romero, CC BY-ND

For example, through studying the Denver Pollen Collection, researchers discovered that the North Slope of Alaska had a temperate to subtropical climate about 50 to 56 million years ago that allowed palm trees to grow north of the Arctic Circle.

The collection was also critical in determining how quickly vegetation recovered from the asteroid impact that caused mass extinctions 66 million years ago.

Despite its scientific value, the number of specimens in the Denver Pollen Collection had never been estimated. When the Smithsonian received the collection in 2021, our team began digitally imaging some of these slides over the course of several years.

We estimate this collection holds approximately 4.3 billion microfossils – four times more specimens than were previously estimated to exist in all the collections of the world’s 73 largest natural history museums combined.

Preserving specimens through digitization

Digitizing microscope slides is important for preserving the information they contain. Many slides are deteriorating – the mounting medium that holds the cover slips can yellow and crack with time, obscuring the specimens from view.

In our study, we show how using up-to-date microscope slide scanners can help researchers digitize and preserve microspecimens – including pollen, diatoms and radiolarians – as well as small insects and various plant and fungal tissues. These scanners can digitize full slides at high resolution. Each scan takes seconds to a few minutes, depending on the size of the specimen. They can also capture 3D images of organs and features within specimens.

This video shows the head of a small beetle from the family Ptiliidae, preserved on a microscope slide. You can see its eyes, antennae and mouth when looking within the specimen.

Traditionally, natural history studies relied on the expertise of a single specialist. An expert might spend dozens of hours manually analyzing a microscope slide and find only a fraction of the thousands of specimens present. Additionally, other researchers can verify their findings only if they have access to the same slide.

With slide scanning and digital imaging, researchers can use AI models to detect most of the specimens in a slide and record where they’re located on a slide. This makes it easier to not only relocate individual specimens but also access them remotely across the web, thus improving researchers’ ability to replicate and verify the accuracy of studies.

Digitizing specimens on microscope slides not only preserves information as the slides themselves deteriorate, but it also makes it more accessible for researchers, students and the public.

Digital slide images give students in botany, entomology, micropaleontology and other fields access to vast reference collections that may not be available in their home countries. This enlarges the talent pool in these fields by allowing students from all over the globe to participate in original research, such as on how climate change is affecting extinction and the migration of different species.

Open-access databases of digital microscopy also make scientific collaboration easier. Researchers can examine and measure images at any location at any time, without needing to handle the physical slide. This reduces barriers to sharing science as well as the risk of damaging slides during transportation or handling.

This video shows a portion of a microscope slide with 53 million-year-old fossils of pollen from Alaska. The highlighted 2.9-square-millimeter region contains 392 pollen grains, each enclosed in a red circle.

Future of microscope slide collections

Digitizing microscope slides in natural history museums and automating how microfossils are labeled opens up more opportunities for researchers to share and study hundreds of billions of specimens in collections around the globe.

However, digitization is not without cost. We estimate that fully digitizing the Denver Pollen Collection would require almost five years of continuous work and about 3.5 petabytes of storage. But we believe these efforts will return a massive dataset that captures changes in the Earth’s flora and climate over geological time.

Digital microscopy opens new horizons for fields such as micropaleontology to explore the biodiversity of the planet. There is a whole galaxy of nature waiting to be seen … and it is already stored in museums and universities around the world.

The Conversation

Ingrid C. Romero has received funding from the Smithsonian Institution Climate Change Fellowship, the National Museum of Natural History Office of the Associated Director for Science, and the Smithsonian Office of the Undersecretary for Science.
She is affiliated with The Micropaleontological Society, and currently she is the Palynology Group Chair.

Scott L. Wing receives funding from the Smithsonian Institution (Life on a Sustainable Planet Program and the Smithsonian National Museum of Natural History).

ref. Galaxies of life are collecting dust in museums – digitizing microscope slides can uncover billions of fossils for natural history – https://theconversation.com/galaxies-of-life-are-collecting-dust-in-museums-digitizing-microscope-slides-can-uncover-billions-of-fossils-for-natural-history-281304