« Guerre asymétrique » : une formule récente pour un phénomène plurimillénaire

Source: The Conversation – France in French (3) – By Barthélémy Courmont, Directeur du master Histoire — Relations internationales, Institut catholique de Lille (ICL)

*Furor teutonicus* représente la bataille de Teutobourg, en l’an 9 de notre ère. Dans une forêt de l’Allemagne actuelle, trois légions romaines tombent dans une embuscade mise en place par une coalition de tribus germaniques et sont massacrées.
Paja Jovanović, 1888

La guerre asymétrique, formule devenue omniprésente depuis quelques décennies dans les analyses des conflits contemporains, est en réalité un phénomène aussi ancien que la guerre elle-même. Partout, toujours, des belligérants moins puissants que leurs adversaires ont cherché à employer les moyens les plus variés pour venir à bout de leurs ennemis plus nombreux et mieux équipés.


L’asymétrie fait désormais partie du vocabulaire des états-majors et des autorités politiques engagées sur des théâtres extérieurs. Les publications sur le sujet se sont également fortement multipliées depuis quelques années, et la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a confirmé, depuis février 2026, l’importance de ce phénomène.

Le terme est désormais tellement utilisé qu’on en oublierait presque qu’il était, il y a encore quelques années, totalement inconnu du grand public, et à peine mentionné dans les cercles d’experts. La situation a fortement changé avec ce que de nombreux observateurs qualifient de période post-guerre froide, née sur les ruines du World Trade Center en septembre 2001, et en marge de la guerre contre le terrorisme et des conflits de basse intensité opposant des puissances à des acteurs beaucoup plus faibles, qu’ils soient étatiques ou non.

Pourtant, ce type de conflit est bien plus ancien que les interventions des forces des États-Unis et de leurs alliés en Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003.

Définition de la guerre asymétrique

Étymologiquement inscrite dans la négation, l’asymétrie est indissociable de la symétrie, mais aussi de la dissymétrie, moins souvent évoquée, dont elle se distingue cependant assez nettement. La symétrie caractérise la « juste proportion », notamment en matière d’architecture. Ainsi, la symétrie suppose au moins deux éléments pouvant être comparés. L’asymétrie est l’absence volontaire de symétrie, et la dissymétrie est un défaut de symétrie – généralement par erreur, mais cela peut être volontaire dans certains cas. Dans ces conditions, l’asymétrie semble plus catégorique que la dissymétrie, car la « juste proportion » y est absente et ne peut pas être corrigée.

Au niveau stratégique, la symétrie est perçue comme le combat à armes égales ; la dissymétrie est la recherche par l’un des combattants d’une supériorité qualitative et/ou quantitative (on parle ici de « stratégie du fort au faible ») ; et l’asymétrie correspond à la démarche inverse, qui consiste à exploiter toutes les faiblesses de l’adversaire pour être le plus nuisible possible.

En s’appuyant sur le constat d’un déséquilibre capacitaire, l’asymétrie est donc une stratégie du faible au fort qui consiste à refuser les règles du combat imposées par l’adversaire et à contourner ses forces, rendant ainsi toutes les opérations totalement imprévisibles.

Cela suppose à la fois l’utilisation de forces non prévues à cet effet et surtout insoupçonnables (comme les civils) ; d’armes contre lesquelles les moyens de défense ne sont pas toujours adaptés (dernièrement, les drones) ; de méthodes situées hors du cadre de la guerre conventionnelle (guérilla, terrorisme) ; de lieux d’affrontement imprévisibles (centres-villes, lieux publics) ; et de l’effet de surprise, cette dernière caractéristique étant sans doute la plus importante, car elle permet de réduire le déséquilibre entre les belligérants.

Employant des moyens techniquement simples, l’asymétrie peut ainsi être assimilée à l’« arme du pauvre », dans la mesure où elle permet à de multiples acteurs ne disposant que de moyens très limités d’avoir une capacité de nuisance totalement disproportionnée.

Il est également possible que des acteurs puissants optent délibérément pour une stratégie de guerre asymétrique, confondant même ce concept avec celui de « génie militaire », comme si celui-ci supposait finalement le triomphe au-delà de toutes les espérances, le niveau des forces engagées étant très faible en comparaison aux résultats obtenus. Dès lors qu’elle peut être privilégiée par le faible comme par le fort, la guerre asymétrique est ainsi une ruse déployée à une échelle pouvant varier.

Alternative par défaut ou par choix à une confrontation frontale dite traditionnelle, et réponse à la recherche de dissymétrie par les puissants, la guerre asymétrique se généralise. Compte tenu de l’improbabilité de guerres entre les grandes puissances et de l’implication quasi systématique de ces dernières dans des confrontations entre des acteurs plus faibles, la question de savoir si tous les conflits contemporains sont par nature des guerres asymétriques mérite a minima d’être posée.

La stratégie du faible au fort

La notion de guerre asymétrique trouve dans l’histoire de multiples exemples de sa mise en application, tant au niveau stratégique que tactique.

Sur tous les continents, de nombreux cas nous permettent de vérifier en grandeur nature les résultats obtenus par le choix de l’asymétrie dans des conflits armés. Détail important, il convient de noter que les moyens asymétriques ont été utilisés à la fois par des États et par des groupes non étatiques, quelle que soit leur importance. Mais une chose est certaine : l’asymétrie n’est pas un fait nouveau.

Les empires ne purent s’y soustraire – les barbares qui pillèrent Rome et les révoltés à plusieurs époques dans l’histoire de Chine disposaient de moyens nettement inférieurs à ceux de leurs adversaires – et certaines grandes batailles offrirent même l’occasion aux faibles de vaincre les forts là où les rapports de force ne leur laissaient a priori pas la moindre chance – la victoire écrasante des Anglais sur la chevalerie française à Azincourt en 1415 est sans doute l’exemple le plus significatif, mais il n’est pas isolé.

De manière répétitive et sur des théâtres très différents, on relève la même équation : là où les empires, les royaumes les plus riches et les plus puissants ont voulu exploiter leur supériorité pour s’imposer durablement, leurs adversaires ont développé par défaut des stratagèmes leur permettant de contourner les moyens de cette puissance. C’est ainsi que, tout au long de l’histoire, se sont mises en place des guerres asymétriques, les adversaires étant au final rarement au même niveau.

Seules les batailles du XIXᵉ siècle, inaugurées lors des campagnes napoléoniennes et organisées sur les bases définies par Carl von Clausewitz (introduisant le concept de victoire écrasante en opposition aux « guerres en dentelle » des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles), et plus encore la Première Guerre mondiale ont été l’occasion d’assister à des guerres réellement symétriques, dans lesquelles les belligérants étaient de force presque égale et ne devaient leur victoire qu’à des circonstances particulières et/ou au génie tactique de leurs généraux. Parfois, ces batailles s’éternisaient, aucun des combattants n’étant en mesure de prendre le dessus, les tactiques et les moyens utilisés étant, approximativement, les mêmes de part et d’autre.

Les déséquilibres capacitaires hérités de la révolution industrielle, des guerres de colonisation et de la décolonisation marquèrent le retour de l’opposition du fort au faible (guerre dissymétrique), et l’utilisation par ce dernier de stratégies de contournement avec des résultats parfois surprenants pour y répondre (guerre asymétrique).

Les guerres d’Algérie et du Vietnam, la résistance à l’occupation soviétique de l’Afghanistan, l’opération en Somalie, la guerre de Tchétchénie ou encore la campagne menée au Kosovo – ou plus exactement les tactiques de camouflage et de leurres observées sur le terrain dans les rangs des forces serbes – sont des exemples plus récents de guerre asymétrique. Cette manière de faire la guerre est contraire aux règles chevaleresques au Moyen Âge, au respect des conventions sociales pendant les siècles modernes, et à une certaine idée de l’éthique et du droit de la guerre dans les périodes plus récentes. En clair, la guerre asymétrique fut longtemps diabolisée et assimilée en Occident à des pratiques indignes des États.

De la Bible aux Mongols, en passant par Sun Tzu

Dans la tradition occidentale, l’origine mythologique de l’asymétrie est cependant plus glorifiante, et peut être attribuée à l’épisode biblique du jeune David, triomphant du Philistin Goliath aux abords de Jérusalem. Face à un géant, disposant par ailleurs d’armes puissantes, le jeune berger s’est servi de son génie pour éviter le combat, utilisant une simple fronde et frappant mortellement son adversaire à la tête. Le rapport de force était totalement déséquilibré, et c’est pourtant le plus faible qui a triomphé. La Bible mentionne que, « ainsi, avec une fronde et une pierre, David fut plus fort que le Philistin ; il le terrassa et lui ôta la vie, sans avoir d’épée à la main ».

Ce combat symbolise la victoire de la bravoure face aux moyens, et de l’intelligence face à la force physique. Dès lors, les fidèles comprennent que, si la cause qu’ils défendent est juste, peu importe les moyens dont ils disposent, ils pourront parvenir à leurs fins pour vaincre leurs adversaires. Pour devenir roi, plus besoin d’être puissant, du moins au vu des critères traditionnels. Seuls comptent le génie et l’aptitude à vaincre n’importe quel type d’adversaire. L’asymétrie est ainsi perçue comme un moyen de récompenser les mérites quand la force brute ne le permet pas, mais elle n’est pas considérée comme un choix stratégique.

Tandis que l’asymétrie correspondait, dans la civilisation occidentale, à une intervention divine offrant la ruse au jeune David, s’est développée en Asie orientale une véritable pensée stratégique proposant l’asymétrie comme moyen de guerre. Au VIᵉ siècle avant notre ère, une époque où la Chine traversait la période chaotique dite des « royaumes combattants », Sun Tzu s’est penché sur les meilleurs stratagèmes permettant de limiter ses propres dégâts, tout en multipliant ceux de l’adversaire, même si celui-ci est plus fort. Sa pensée – dont l’objectif est de faire croire à l’adversaire qu’il maîtrise la situation de manière à pouvoir le duper plus facilement – s’est répandue en Asie orientale, puis progressivement dans le reste du monde.

Après l’œuvre de Sun Tzu, de nombreux autres théoriciens chinois se lancèrent dans la rédaction d’études sur la guerre. Shang Yang, contemporain de Sun Tzu, et sa guerre défensive, ou Sima Qian (fin du IIᵉ siècle avant notre ère) et ses biographies des généraux marquèrent ainsi l’histoire de la guerre dans la civilisation chinoise, avec la nécessité de miser sur les stratégies de contournement quand les conditions de la victoire ne sont pas remplies.

Pour les théoriciens chinois de la guerre, si la victoire reste l’objectif ultime, comme en Occident, les moyens pour y parvenir sont multiples, et passent notamment par la patience et l’analyse rigoureuse des forces et des faiblesses de l’adversaire. Dès lors, même le faible a ses chances contre le fort, à condition de savoir refuser le combat quand celui-ci est perdu d’avance, et de porter ses attaques au bon moment et au bon endroit.

Sun Tzu fut également l’un des premiers stratèges à s’interroger sur « ce qu’il faut avoir prévu avant le combat », faisant des préparatifs et du renseignement l’une des clés de la victoire. Pour lui, un général doit savoir cinq choses avant de s’engager dans la bataille : 1) savoir s’il peut combattre et quand il faut cesser ; 2) savoir s’il faut engager peu ou beaucoup ; 3) savoir gré aux simples soldats autant qu’aux officiers ; 4) savoir mettre à profit toutes les circonstances ; 5) savoir que le souverain approuve tout ce qui est fait pour son service et sa gloire.

Ces différentes recommandations sont particulièrement entendues des acteurs asymétriques, qui comprennent qu’elles doivent impérativement être remplies, d’abord dans un but de survie, et le cas échéant afin de remporter le combat.

L’islam des premiers temps fut de son côté également caractérisé par la stratégie indirecte d’un peuple disposant de moyens rudimentaires, mais parvenant rapidement à vaincre ses adversaires et à étendre son influence. Les Mongols, face à un empire chinois infiniment plus peuplé et nettement plus avancé, mais aussi les Ottomans et les peuples d’Afrique, notamment face aux conquérants occidentaux, développèrent également des stratégies asymétriques avec des résultats spectaculaires.

De la guérilla aux conflits contemporains

C’est avec la guérilla et les théories qui y sont associées puis, plus récemment, avec le terrorisme transnational dont les puissances firent les frais que la guerre asymétrique est progressivement revenue en vogue en Occident.

De l’Espagne dominée par l’empire napoléonien à Che Guevara, en passant par Lawrence d’Arabie ou Mao Zedong, les moyens de guerre proposés dans le cadre de la guérilla sont totalement asymétriques. C’est en s’infiltrant au sein même des territoires adverses qu’ils obtiennent des succès, pas en s’attaquant frontalement à des forces armées supérieures en nombre et en matériel.

La guérilla s’est immédiatement imposée comme l’arme du faible, voire de l’inculte en matière militaire, face au soldat professionnel bien armé, bien entraîné et mené par un général instruit. La guérilla fut aussi et surtout théorisée, sur la base des expériences et des testaments de ces acteurs. Le plus célèbre de ces « nouveaux testaments » de l’asymétrie est incontestablement la Guerre de guérilla, écrit par Che Guevara en 1959, dans lequel est démontré qu’une armée populaire peut battre une armée régulière, quels que soient les moyens dont les « combattants de la liberté » disposent. Guevara considérait qu’il n’est pas nécessaire de s’appuyer sur une large base, mais qu’un petit foyer ou un petit groupe d’idéalistes en armes, établi loin des villes, peut entraîner l’adhésion de tous les mécontents et des révolutionnaires.

Le terrorisme peut-il de son côté être considéré comme une manifestation de guerre asymétrique ? Indiscutablement, l’invisibilité et le caractère imprévisible des attaques terroristes sont asymétriques, car ils se caractérisent par la faiblesse des moyens engagés. Le terrorisme transnational apparaît ainsi comme le degré ultime de la guerre asymétrique, car il s’intègre à l’intérieur même des sociétés qu’il combat, ce qui le rend d’autant plus difficile à détecter et à prévenir.

Le terrorisme transnational et le risque qu’il fait peser sur la sécurité dans les sociétés contemporaines fut à l’origine du regain d’intérêt pour les guerres asymétriques, et c’est sans surprise que, après 2001, ce concept a fait une entrée fracassante dans les réflexions des états-majors, au point d’inspirer des innovations stratégiques, comme la contre-insurrection déployée en Irak, avec des résultats mitigés mais qui confirment une nécessaire adaptation du fort aux pratiques du faible.

Un type de guerre qui n’est pas près de disparaître

La fin de la bipolarité a ouvert le champ à des formes de conflits restées relativement silencieuses tout au long du XXᵉ siècle, dans sa deuxième partie surtout, opposant des adversaires aux moyens limités, soit des États faibles, soit des acteurs non étatiques, et consacrant ainsi ce que certains analystes qualifièrent de « retournement du monde ». Ce regain de violence a poussé Washington, seule superpuissance rescapée de la guerre froide, à s’interroger sur les menaces dont les États-Unis (et par extension le « monde » dans son ensemble) pourraient désormais faire l’objet.

Dans un contexte marqué par une remise en cause de plus en plus prononcée de la puissance américaine, tant dans ses aspects politico-diplomatiques que militaires (les expériences de l’Irak et de l’Afghanistan ont renforcé ce phénomène), la guerre asymétrique semble avoir de beaux jours devant elle et impacte ainsi considérablement les conflits contemporains. Le cas de l’opération menée par Israël et les États-Unis en Iran vient le confirmer.

The Conversation

Barthélémy Courmont ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Guerre asymétrique » : une formule récente pour un phénomène plurimillénaire – https://theconversation.com/guerre-asymetrique-une-formule-recente-pour-un-phenomene-plurimillenaire-279038

When it comes to surgery, your doctor’s leadership skills play a crucial role

Source: The Conversation – Canada – By Steve Granger, Assistant Professor, John Molson School of Business, Concordia University

You’re scheduled for surgery next week. You’ve likely looked up your surgeon’s credentials, years of experience and perhaps even patient reviews. You want reassurance that your surgeon has steady hands, deep expertise and a thorough command of the procedure. Technical skills feels like the thing that matters most.

But there’s another question most patients never think to ask: How well does your surgeon lead a team?

It might sound like an odd thing to consider, but in the operating room, surgery is rarely a solo act. Surgeons work alongside anesthesiologists, nurses and medical residents who must co-ordinate closely, often under intense pressure, to deliver care.

When something unexpected happens and the team needs to pivot quickly, how a surgeon leads matters in ways most patients rarely see or even think about.

In a study conducted by our research team, including Shani Pupco, Amy Akers and Darren Beiko, we examined leadership behaviours across 150 surgeries at a teaching hospital in Ontario.

Despite decades of evidence showing the benefits of inspiring, people-focused leadership, those qualities alone were not enough in complex, high-stakes operations where conditions can change rapidly.

Two different leadership styles

Leadership researchers have long distinguished between two main approaches to leading teams: transformational and directive leadership.

Transformational leadership is people-focused, meaning it emphasizes inspiration, building trust, encouraging open communication and helping people feel valued and motivated.

Directive leadership is task-focused. It involves giving clear instructions, co-ordinating actions, enforcing procedures and ensuring everyone knows their role in real time.

Although sometimes associated with control or micromanagement when used to excess, in high-risk settings it can provide essential clarity and co-ordination.

Transformational leadership has been widely studied and positively linked with better team performance, stronger morale and improved outcomes across many workplace settings. As a result, it is often examined on its own as a driver of effective leadership.

But our research suggests the picture is more complicated in environments where the stakes are high.

Complexity changes everything

Not all surgeries are alike.

Some procedures are relatively routine and predictable. An appendectomy, for example, typically follows established protocols with predictable demands and roles. In these situations, everyone on the team knows what to do and when to do it.

But surgeries don’t always go according to plan.

A routine surgery can suddenly become complicated if a patient becomes unstable, while more complex procedures may involve unexpected challenges from the start.

In these moments, the usual script may no longer be enough to guide the team. This is when leadership becomes far more important.

Situational leadership

To make sense of this, we drew on a concept from psychology called situational strength — how much a situation provides information about appropriate or desirable behaviour.

Routine surgeries are considered “strong situations.” Protocols, prior training, roles and expectations are so clear that the situation itself largely guides behaviour with little-to-no leadership required.

More complex or unpredictable surgeries can create “weak situations.” Protocols may not fully cover what’s unfolding. Roles become ambiguous and prior training no longer suffices. The team needs real-time guidance on what to prioritize, who should act and how to co-ordinate under pressure.

In these moments, leadership becomes critical precisely because the situation no longer provides all the answers.

Our research found that during these high-complexity moments, the benefits of transformational leadership only emerged when it was combined with directive leadership.

When surgeons paired people-focused leadership with task-focused leadership, their teams reported feeling significantly safer about speaking up, raising concerns and flagging problems as they arose, otherwise known as psychological safety.

More reported errors can signal better care

One of the more counter-intuitive findings involved surgical errors. Teams that reported higher psychological safety actually had more observed errors during surgery, not fewer.

At first glance, that sounds like worse performance. In reality, it may signal the opposite.

When team members feel psychologically safe, they are more willing to voice concerns, flag near-misses and speak up when something looks wrong. These are precisely the behaviours that prevent minor deviations from becoming serious complications.

And our data support this interpretation: teams with higher psychological safety had fewer severe complications after patients were discharged. More errors caught earlier and corrected in the operating room meant better outcomes beyond it.

What this means for training — and beyond

Recognition of leadership as a core surgical competency is growing. A recent systematic review of surgical leadership curricula spanning nearly four decades shows that training programs have evolved considerably.

But a closer look reveals that many programs focus on developing a single leadership style or approach rather than helping surgeons learn how to flexibly combine different leadership behaviours as situations change.

Our findings suggest this flexibility matters.

This has implications well beyond the operating room. Financial trading floors, emergency response teams, military units and any environment where conditions shift rapidly and errors carry serious consequences all share the same basic challenge for leaders.

The leaders who perform best in these environments don’t master one leadership style. Rather, they learn to combine and adapt approaches when it matters most.

The Conversation

Steve Granger receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Julian Barling receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada, and the Borden Chair of Leader at the Smith School of Business.

Michaela Scanlon receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Nick Turner receives research funding from Cenovus Energy Inc., Haskayne School of Business’s Future Fund, and the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada (SSHRC).

ref. When it comes to surgery, your doctor’s leadership skills play a crucial role – https://theconversation.com/when-it-comes-to-surgery-your-doctors-leadership-skills-play-a-crucial-role-278059

Por qué cuando usamos otro idioma los hablantes nativos nos parecen bordes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Irini Mavrou, Associate professor, Universidad Nebrija; UCL

La grosería, ya sea real o percibida, puede afectar profundamente a la cooperación, la confianza y la cultura en el lugar de trabajo. Sin embargo, los juicios sobre lo que consideramos borde no se limitan a palabras o frases concretas que denotan falta de respeto, sino que están determinados por el procesamiento emocional del oyente, su atención a las señales no verbales y su postura moral subyacente.

En entornos multilingües, esta complejidad se agrava, ya que los malentendidos no surgen únicamente de las lagunas de vocabulario o los errores gramaticales. De hecho, a menudo tienen más que ver con nosotros mismos –nuestros propios juicios emocionales y morales sobre lo que otros dicen y hacen– que con las palabras que se pronuncian.

Si se comunica con frecuencia en su segunda lengua, se habrá encontrado con esto a menudo. Es posible que alguien le hable con calma, claridad y sin ningún atisbo de mala voluntad, pero aun así le deje con una sensación incómoda: “No ha dicho nada malo… pero me ha parecido borde”.

Nuestra investigación arroja luz sobre este fenómeno al analizar la intersección entre la pragmática (cómo se utiliza el lenguaje en contexto), la investigación sobre las emociones, el bilingüismo y la psicología moral.

En un estudio reciente, publicado en Lingua, examinamos cómo las personas que utilizan su primera y segunda lengua valoran la falta de educación en las interacciones laborales. Nuestros hallazgos revelan que los juicios sobre la grosería no son puramente lingüísticos, ni siquiera exclusivamente culturales; están profundamente ligados a las emociones y a las intuiciones morales.

Valoración de la descortesía en el lugar de trabajo

Reclutamos a 55 hablantes nativos (L1) de inglés y a 45 hablantes de español cuya segunda lengua (L2) era el inglés. Los participantes vieron una serie de vídeos que mostraban interacciones en el lugar de trabajo con peticiones, interrupciones, desacuerdos y órdenes. Tras ver cada clip, se les pidió que:

  • Valoraran lo descortés que les parecía la interacción.

  • Describieran las emociones que experimentaron.

  • Completaran un cuestionario para medir sus valores morales.

El uso de vídeos en lugar de diálogos escritos permitió a los participantes responder al tono de voz, la expresión facial y los gestos; es decir, las mismas señales en las que nos basamos en los lugares de trabajo reales. Esto es crucial, ya que investigaciones anteriores muestran que los usuarios de una L2 tienden a basarse en mayor medida en la información visual, como el lenguaje corporal, al procesar interacciones en una lengua extranjera.




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Percepciones de falta de educación

Nuestro estudio reveló dos patrones principales.

En primer lugar, los hablantes de una segunda lengua son más sensibles a la falta de educación. Los hispanohablantes que utilizaban el inglés como segunda lengua tendían a calificar las mismas interacciones como más descorteses que los hablantes nativos de inglés. Es importante destacar que esto no significa que malinterpretaran el lenguaje.

Una explicación es que los hablantes de un segundo idioma pueden sobreestimar lo ofensivo, un patrón observado anteriormente con lenguaje tabú o cargado de emotividad en contextos de L2. Algunos fragmentos también incluían palabrotas o intercambios tensos, lo que suponía una posible “señal de alarma” para los receptores de la L2 en situaciones que los hablantes nativos eran capaces de interpretar con más matices.

Otra explicación radica en la atención: dado que procesar el habla en una L2 implica un mayor esfuerzo cognitivo, es posible que los participantes se basaran más en las expresiones faciales y los gestos. Interpretar estas señales como indicios de tensión o conflicto pudo haber dado lugar a valoraciones más altas de descortesía.

También es posible que los hablantes de una segunda lengua sean más sensibles a las señales que interpretan como descorteses y estén más atentos a posibles faltas de respeto, tal vez debido a una incertidumbre subyacente sobre las normas culturales o pragmáticas.

El segundo hallazgo fue que las reacciones emocionales son sorprendentemente similares entre los grupos. A pesar de las diferencias en la percepción de la descortesía, ambos grupos informaron de respuestas emocionales similares ante comportamientos que consideraban maleducados.

Esto es importante porque cuestiona la idea de que las personas sienten menos emociones cuando utilizan una segunda lengua. De hecho, las emociones fueron tan intensas en la L2 como en la L1. Muchas de estas emociones reflejaban la moralidad e incluían la empatía, la ira ante comportamientos dañinos y preocupaciones sobre la justicia y el respeto.

Las acciones que violaban los fundamentos morales del daño y el cuidado (por ejemplo, situaciones en las que se trataba a alguien de forma irrespetuosa o se ignoraba el bienestar de alguien) desencadenaban reacciones emocionales especialmente intensas. La ira se reveló como una de las emociones dominantes, especialmente en los vídeos en los que los participantes percibían acoso, sexismo u opresión.




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Gestión de entornos de trabajo multilingües

Nuestros hallazgos tienen una serie de implicaciones tanto científicas como prácticas.

En primer lugar, revelaron un marco moral compartido entre diferentes culturas. Las reacciones emocionales ante la falta de educación parecen tener su origen en valores morales similares en todos los grupos lingüísticos. Esto proporciona una base común sobre la que los empleadores y los formadores interculturales pueden trabajar para fomentar una mejor comunicación.

Nuestro estudio también hace hincapié en la necesidad de ir más allá de la competencia lingüística a la hora de aprender y enseñar. Comprender la grosería no consiste solo en conocer el vocabulario, sino también en interpretar las señales sociales y emocionales en su contexto.

Por lo tanto, los educadores deben formar a las personas para la comunicación real. Los estudiantes de una segunda lengua pueden beneficiarse de un debate explícito sobre cómo los gestos, el lenguaje tabú y el tono emocional pueden malinterpretarse cuando la atención se centra solo en una parte de la interacción.

Este tipo de formación también debe adaptarse a los diferentes contextos. Las culturas orientales, por ejemplo, tienden a ser de “alto contexto”, lo que significa que los hablantes pueden preferir un lenguaje indirecto y cauto, o lo que los lingüistas llaman “atenuación”. Sin embargo, las personas de culturas de “bajo contexto”, como Rusia, pueden considerar que el lenguaje explícito y directo es más honesto y, por lo tanto, más educado.

Tener una mayor conciencia de las reglas lingüísticas culturales y personales que siguen nuestros colegas nos permite evitar ofender sin querer. Sería imposible aprender las normas lingüísticas de todas y cada una de las sociedades, pero podemos derribar barreras siendo más conscientes de estas diferencias, tanto al hablar como al ser interpelados en un segundo idioma.

La moral importa

Es tentador pensar que los juicios sobre la educación son puramente culturales o lingüísticos. Pero nuestro estudio muestra que las emociones morales –los sentimientos instintivos que nos dicen que algo está bien o mal– son fundamentales en la percepción del comportamiento grosero, incluso cuando hablan en una segunda lengua.

Cabe destacar que los participantes en nuestro estudio hicieron comentarios morales frecuentes y espontáneos sobre lo que veían, describiendo comportamientos como misóginos, de acoso o injustos. Esto demuestra que nuestras evaluaciones de la falta de cortesía suelen girar en torno a cuestiones más profundas de orden moral, incluso cuando solo somos observadores de una interacción.

A medida que los lugares de trabajo se globalizan cada vez más, será vital comprender no solo el lenguaje, sino también las perspectivas emocionales y morales que las personas aportan a la comunicación. Los malentendidos no son solo errores de pronunciación: pueden derivarse de cómo interpretamos los gestos, procesamos las emociones y aplicamos nuestro juicio moral a lo que vemos.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Por qué cuando usamos otro idioma los hablantes nativos nos parecen bordes – https://theconversation.com/por-que-cuando-usamos-otro-idioma-los-hablantes-nativos-nos-parecen-bordes-279150

Así libran EE. UU., Israel e Irán la batalla por ofrecer el relato más impactante

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rosa Marcela Ramos Hidalgo, Vicedecana de Relaciones Internacionales y Profesora de Relaciones Internacionales, Universidad de Murcia

Las narrativas estratégicas son procesos comunicativos que se emplean para persuadir a la opinión pública y que permiten moldear y gestionar las percepciones de la ciudadanía. En los conflictos contemporáneos, estas narrativas no solo explican las decisiones políticas, sino que también buscan legitimar la acción militar. Cada actor implicado construye su propio relato para justificar sus objetivos.

La guerra en Irán no es una excepción: Estados Unidos, Israel, Irán y sus respectivos líderes políticos compiten por imponer interpretaciones que presenten sus decisiones como necesarias, legítimas o inevitables.

Si bien el presidente de Estados Unidos, Donald Trump, ha dado continuamente señales confusas sobre el fin o la duración de la intervención en Irán –la operación Furia Épica–, también ha presentado la contienda como un imperativo de la seguridad global y de la restauración de un orden regional estable.

Trump decidió atacar a Irán y lo anunció desde su red social Truth. Días más tarde, la secretaria de prensa de la Casa Blanca, Karoline Leavitt, lo confirmó. Declaró que la guerra tiene como objetivo defender al pueblo estadounidense eliminando amenazas inminentes del régimen iraní, así como derrocar a los ayatolás. Todo ello sin la búsqueda de consenso previo ante la opinión pública y sin el permiso del Congreso estadounidense.

A su vez, Israel sostiene que estas operaciones, realizadas de manera conjunta y planificada con EE. UU., son consideradas preventivas y representan un acto de defensa proactiva contra el terrorismo de Estado. El presidente de Israel, Benjamin Netanyahu, anunció en televisión la operación bautizada como León Rugiente, haciendo alusión a un imaginario histórico y épico de guerra.

Trump informa a través de su red social

Bajo esta visión, ambos gobiernos coinciden en que el uso de la fuerza es necesario para garantizar las rutas comerciales y atacar a un actor que consideran irracional y desestabilizador. Cuesta entender que Donald Trump considere a Irán ahora un actor peligroso cuando él mismo reconoció en su red social –Truth Social– en junio de 2025 el éxito de las operaciones que Estados Unidos llevó a cabo sobre el país y que tuvieron como resultado la aniquilación total de las instalaciones nucleares iraníes.

Analizando las palabras usadas por los gobiernos de ambos países en entrevistas, comunicados y redes sociales a favor de la maquinaria de esta confrontación se observa el despliegue de una gestión comunicativa que usa a las grandes tecnológicas –en su mayoría de capital estadounidense– y que logra que sus mensajes tengan repercusión en agencias de noticias y medios internacionales.

Sin embargo, el Gobierno iraní no cuenta con la misma tecnología, pero parece compensarlo con tener mayor control sobre los medios informativos nacionales. Se trata de un régimen que no permite libertad de prensa y las agencias de noticias están totalmente alineadas al mensaje del gobierno.

Mensajes al mundo en farsi, iglés, árabe y español

A su vez, recurre al uso de canales occidentales populares (X, Facebook, YouTube o TikTok) para enviar mensajes claros no solo a sus ciudadanos en farsi, sino también al resto del mundo usando los los idiomas más hablados: inglés, árabe y español.

Las declaraciones de las autoridades emplean una narrativa cuidadosa y coherente de resistencia existencial que apela a aspectos morales. Ponen énfasis en que los ataques recibidos, calificados reiteradamente como ilegales y contrarios al derecho internacional, van dirigidos al “pueblo iraní”, lo que diluye la idea de que van en contra del régimen.

Irán reafirma el derecho del control de su territorio y usa canales como Facebook a través de los cuales el ministro de Exteriores, Seyed Abbas Araghchi, responsabiliza –en inglés– a Estados Unidos de las consecuencias de la guerra y reclama su derecho a la defensa conforme a los principios de la carta de las Naciones Unidas.

Irán justifica constantemente sus agresiones a terceros países como herramientas legítimas de disuasión ante su soberanía fuertemente agredida, a décadas de sanciones económicas y sabotajes externos por parte del imperialismo estadounidense y al expansionismo sionista.

Así, los tres países llevan una gestión estratégica desde el ámbito comunicativo muy centrada en redes sociales y medios digitales, compartiendo datos de inteligencia e imágenes del daño causado al enemigo como prueba de éxitos obtenidos que refuerzan la moral de sus propias tropas.

De igual modo, minimizan la destrucción de instalaciones propias y los daños colaterales para que parezcan acciones quirúrgicas y bien planificadas en contra de objetivos justificados.

Neutralizar el relato del enemigo

Al observar los mensajes y sus contextos se puede percibir que hay una clara intención de instrumentalizar lo que se ve en los medios como sinónimo de victoria. Los tres países buscan influir en la percepción de la opinión pública mundial, así como generar mayor confianza en las propias fuerzas militares. Esto, a su vez, permite desanimar al adversario ante lo inevitable de su derrota. Autoridades de Washington, Teherán y Tel Aviv presentan narrativas que buscan neutralizar el relato del enemigo calificándolo de propaganda o desinformación.

En definitiva, en paralelo a los ataques militares en Oriente Medio se lleva a cabo una guerra de información y propaganda que genera una lucha por el relato sobre lo que sucede casi tan importante como los hechos mismos.

Esta narrativa se disemina a través de vídeos, declaraciones y redes sociales en un ecosistema donde también conviven las opiniones y vídeos no oficiales subidos a las redes por parte de la población que padece estas agresiones en los demás países del golfo Pérsico.

Son acciones de censura y propaganda en una era donde hay un exceso de fuentes informativas y múltiples canales para informarse e interpretar lo que está sucediendo en esa zona con costes o ventajas políticas para los involucrados.

The Conversation

Rosa Marcela Ramos Hidalgo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Así libran EE. UU., Israel e Irán la batalla por ofrecer el relato más impactante – https://theconversation.com/asi-libran-ee-uu-israel-e-iran-la-batalla-por-ofrecer-el-relato-mas-impactante-278283

Fact check: Pierre Poilievre’s misinformation on Joe Rogan’s podcast disrespects Canadians

Source: The Conversation – Canada – By Jaigris Hodson, Associate Professor of Interdisciplinary Studies, Royal Roads University

Conservative Leader Pierre Poilievre, head of Canada’s official opposition, recently became the first Canadian political leader to appear on the controversial Joe Rogan Experience podcast.

Poilievre had been asked to sit for an interview with Rogan amid the federal election campaign in April 2025, but was reportedly advised by his team to pass since Rogan was, and remains, a polarizing and contentious figure. Nonetheless, Rogan’s podcast is one of the world’s longest running, averaging 11 million listeners per episode and ranked No. 1 globally on Spotify in 2025.

Poilievre apparently changed his mind, presenting Rogan with the gift of a kettlebell inscribed with a maple leaf during the interview. The Conservative leader told the media he went on the podcast because he wanted to appeal to the United States to lift tariffs on Canadian goods.

Whether his efforts worked remains to be seen, but could there be unintended consequences to Poilievre’s appearance on the podcast? Did he spread any harmful disinformation about Canada and North America to a massive audience that, while possibly popular among his base, could be detrimental to Canadians in general?

Rogan and the manosphere

We conduct research on the manosphere, online spaces including videos and podcasts characterized by hyper-masculine ideals and documented tendencies to spread conspiracy, hate and misinformation.

Our findings show that manosphere influencers spread toxic content about marginalized populations, including dangerous misinformation about health, politics, immigration and the environment. The Joe Rogan Experience is part of this ecosystem.

From this vantage point, we analyzed Poilievre’s comments to Rogan to see if any of the podcaster’s well-known conspiratorial or misinformation-laden ideas made it into the conversation, and how Poilievre responded.

While recent coverage of the podcast episode in news media has focused on tariffs, Canada-U.S. relations and a shared love of fitness, we found misinformation on immigration, the health and environmental consequences of Alberta’s oilsands, seed oils, safer drug supply measures and the causes of inflation.

1. Immigration

Poilievre, citing no evidence, told Rogan that Canada admits one million immigrants per year.

But information from the Canadian government website shows that targets for temporary residents — students and work visa holders — make up 385,000 people for 2026, while permanent resident targets are at 380,000 people. Combined, that’s significantly fewer than the number cited by Poilievre.

Inflating immigration numbers is a known rhetorical tactic in far-right online spaces, where it functions to fuel anxieties about demographic change. Repeating it on a platform with millions of listeners legitimizes a distortion that creates division and harms racialized communities.

a sign at an airport that reads: Canada arrivals
Canada’s immigration system is not without criticism and immigrants often face challenges.
(Unsplash)

2. Oilsands

Poilievre told Rogan that Alberta’s oilsands have very few health or environmental consequences, stating that it has “no impact to groundwater … no impact to the environment” and that people who live near the oilsands are “very healthy.”

But a 2024 report on the Athabasca oilsands released by scientists at the University of British Columbia suggest significant environmental and health impacts from the oilsands, meaning that, at best, Poilievre oversold the safety of oil development. His characterizations don’t reflect scientific research and they sideline those most affected.




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3. Seed oils

One of Rogan’s favourite topics is health and diet, so it wasn’t surprising to hear him discuss seed oils with Poilievre. They talked about how beef tallow or butter is better for people’s health than foods made from seed oils.

This claim, popular among wellness influencers, has been debunked by the Harvard School of Public Health in multiple scientific articles.

Canada is also the largest exporter of canola oil in the world, so when Poilievre failed to push back against Rogan’s health misinformation, he tacitly supported an idea that harms the very trade he was purportedly aiming to bolster with his appearance on the podcast.

4. Safer drug supply initiatives

Poilievre told Rogan that people are acquiring opioids through Canada’s safer supply drug program and then selling the drugs to children, alleging “the addicts would sell those to kids so that they could buy the harder stuff off the street, and it expanded it even more.” This is a claim that the Conservative Party of Canada and Poilievre, along with conservative media, have been touting for years.

The claim was fact-checked by the Walrus magazine in 2024, which found no credible evidence that safe supply drugs were ending up in the hands of children. Repeating it on a global platform reinforces a punitive narrative about drug use that has demonstrably failed to reduce harm and echoes a moral panic used to justify aggressive U.S. tariff threats against Canada.




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5. Inflation

Poilievre told Rogan that inflation during and following the COVID-19 pandemic was a direct result of the previous Liberal government’s actions. He said:

“Like back during COVID when all these governments were printing money and all the politicians and bankers said ‘Oh, this is great. Well, look at all this money we get to spend.’ I’d walk around communities and I’d have like mechanics say, you know, we’re going to have inflation. And I would say, yeah, it makes sense to me… And sure enough, all that money filtered into the economy, bid up all the goods we buy, and everybody got smoked with higher prices.”

Poilievre has made this claim for a while. It was fact-checked and found to be misleading by the Calgary Journal in 2025.

Misinformation or politics as usual?

Does it matter if Poilievre is spreading misinformation about Canada on Rogan’s podcast? We believe it does.

Poilievre aspires to become prime minister and should aim to lead the country in ways that benefit all Canadians, including canola farmers, immigrants, people who use drugs and the communities that are currently polluted by oil development.

His talking points on immigration and drug trafficking, among others, are known dog whistles that speak to far-right online audiences.

Making these claims is dangerous. Anti-immigrant misinformation, for example, creates divisiveness and distrust among Canadians, to the detriment of targeted racialized populations.

Making false accusations about drug-related crime or unmitigated drug trafficking reinforces the case for greater governmental oversight of citizens. It also justifies, to some extent, the false narratives cited by the U.S. in its retaliatory actions against Canada, including tariffs.




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Appealing to his base?

Poilievre has often been criticized for his association with far-right politicians. These associations have eroded his popularity among most Canadian voters who don’t like the tactics and divisiveness of the current U.S. administration under Donald Trump.

Despite previously showing little appetite for political theatrics like gifting Rogan a maple-leaf-embossed kettlebell, Poilievre now appears intent on pushing claims that resonate with his base, even as others scrutinize and fact-check them as misleading.

By promoting politically expedient misinformation on a show like Joe Rogan’s, Poilievre risks eroding Canadians’ shared understanding of public health, environmental challenges and social cohesion — all issues he should be working to address.

At a time when democratic communication is strained by misinformation and deepening polarization, Canadians should expect better from their political leaders, regardless of party.

The Conversation

Jaigris Hodson receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada

Brianna I. Wiens receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Nick Ruest receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Shana MacDonald receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

ref. Fact check: Pierre Poilievre’s misinformation on Joe Rogan’s podcast disrespects Canadians – https://theconversation.com/fact-check-pierre-poilievres-misinformation-on-joe-rogans-podcast-disrespects-canadians-278864

Une arme de destruction massive contre les civils : une histoire de la guerre aérienne

Source: The Conversation – in French – By Octave Moreau, Doctorant au laboratoire Histoire Territoires Mémoires (Histémé), Université de Caen Normandie

Le 14 novembre 1944, un Avenger TBF-1 largue une bombe visant le chantier naval de Manille (Philippines), tenue par les troupes japonaises.
United States Navy – United States Navy National Museum of Naval Aviation

En Ukraine, en Palestine ou dans le golfe Persique, la guerre aérienne est au centre des conflits contemporains. Expérimentée lors de la Grande Guerre et dans les colonies puis systématisée, sans succès, lors de la Seconde Guerre mondiale afin d’y mettre rapidement fin en faisant chuter les régimes bombardés, l’arme aérienne a cependant toujours été pensée comme une arme de destruction contre les populations civiles.


Depuis le 28 février 2026 et le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, les populations civiles sont les premières victimes du conflit. Le bilan s’élève déjà, a minima, à 2 000 personnes tuées, dont quelque 150 écolières de la ville de Minab, dans le sud du pays.

Cette situation n’est pas une exception. En effet, les conflits de ces dernières années – notamment en Ukraine et en Palestine – sont avant tout des guerres aériennes. À rebours de la rhétorique militariste qui affirme que les bombardements sont de plus en plus « précis », ces conflits s’inscrivent dans l’histoire de la guerre aérienne où ce sont, en premier lieu, les civils qui sont tués par les bombes.

Une arme de destruction massive pour la paix universelle ?

L’aéronef tel que dessiné et imaginé par Francesco Lana de Terzi.
Wikimédia

L’imaginaire qui entoure l’arme aérienne est, historiquement, celui d’une arme de destruction massive, pouvant raser des villes et anéantir des populations entières. En 1670, par exemple, Francesco Lana de Terzi, un jésuite et naturaliste italien, alors qu’il proposait un projet d’aéronef sur le modèle d’un bateau volant, met en garde ses contemporains sur les capacités de destruction d’une telle machine.

La montgolfière de 1783 des frères Montgolfier.
Wikimedia

Un siècle plus tard, l’invention des frères Montgolfier permet à l’être humain de s’élever dans le ciel. Dans la foule, Heyne, un lieutenant du génie prussien, est impressionné par les capacités militaires qu’offre la montgolfière, mais il est persuadé que, comme tous les pays belligérants seront soumis au même risque de destruction, « on va s’entendre rapidement sur des règles empêchant l’utilisation des aérostats comme instruments de terreur ».

Au XIXᵉ siècle, les progrès de l’aviation – la montgolfière s’avère finalement trop compliquée à diriger pour pouvoir bombarder – font naître l’espoir d’une paix universelle. En effet, certains intellectuels, comme Victor Hugo par exemple, croient que l’aviation permettra de mettre en relation les différents peuples de la planète et rendra obsolète la guerre, puisque tous les pays auront la capacité de détruire et pourront être détruits par l’arme aérienne. Cette doctrine s’apparente à la pax atomica qui allait régir la seconde moitié du XXᵉ siècle.

Cet imaginaire est renforcé, à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, par la publication de nombreux ouvrages futuristes où la paix universelle n’est atteinte qu’après des guerres aériennes internationales contre des peuples considérés comme « inférieurs ». C’est par exemple le cas dans The Last War or the Triumph of the English Tongue (1898), de Samuel W. Odell, où les États-Unis bombardent, avec « un feu qui ne peut être éteint », les populations non anglophones afin de créer les États-Unis du monde et garantir « la paix éternelle ».

Les premiers bombardements et le tournant de la Grande Guerre

Loin de garantir une paix universelle, le premier bombardement de l’histoire apportera la démonstration que l’arme aérienne permet la pleine réalisation de la guerre totale.

Ce bombardement se déroule à l’initiative d’un pilote génois, Giulio Gavotti, engagé avec les forces italiennes dans la conquête de la Libye contre l’Empire ottoman.

Le 1er novembre 1911, Guilio Gavotti, chargé d’une mission de reconnaissance, décide de se munir d’une bombe et de la larguer sur l’oasis d’Aïn Zara, où, la veille, il avait repéré un attroupement de combattants. Toutefois, au-delà d’être un lieu de rassemblement potentiel pour insurgés, la petite oasis, située à une quinzaine de kilomètres de Tripoli, est surtout un système économique et social, un lieu de vie pour la population civile. Dès lors, en plus d’inscrire dans le réel une nouvelle arme pour faire la guerre, Gavotti instaure également un nouveau type de cible : une cible hybride où se mêlent indistinctement les objectifs militaires et la population civile.

Durant la Grande Guerre, l’aviation s’impose progressivement comme une arme indispensable. D’abord outil de reconnaissance, elle permet également d’attaquer des cibles au-delà du front : des infrastructures militaires, mais également les villes comme Paris, Rouen, Londres

Le 1er avril 1918, au Royaume-Uni, est créée la première force aérienne indépendante : la Royal Air Force (RAF). Cependant, dès la fin de la « Der des ders », la RAF doit prouver son utilité, garante de son indépendance. C’est ainsi que, après le traumatisme de la guerre des tranchées, l’aviation se présente comme une arme capable de préserver la vie des soldats… au détriment de celles des civils. Elle doit donc permettre à la couronne britannique de maintenir l’ordre dans ses colonies sans avoir besoin d’envoyer des troupes au sol, grâce à des opérations de « police bombing ». C’est cette doctrine qui est encore en vigueur aujourd’hui lorsque des États (les États-Unis ou Israël, par exemple) veulent maintenir ou imposer leur ordre international sans risquer la vie de leurs soldats.

Incendie à Damas en 1925 consécutif au bombardement français.
Luigi Stironi/Masshist.org

Durant l’entre-deux-guerres, les forces coloniales, ne pouvant atteindre directement les insurgés qui se dissimulaient facilement dans la nature, visent les espaces socio-économiques des populations colonisées pour annihiler la contestation. Le 18 octobre 1925, par exemple, en réponse à l’insurrection syrienne contre l’empire colonial, l’aviation française bombarde les quartiers musulmans de Damas. Ces différents éléments illustrent également la dimension structurellement raciste de l’arme aérienne qui est d’abord massivement utilisée contre les populations considérées comme « non civilisées » et pouvant donc être bombardées.

Depuis la première convention de La Haye de 1899, signée à l’issue de la première Conférence pour la paix, les populations civiles européennes sont effectivement, en théorie, protégées contre le risque de bombardements. Toutefois, les puissances coloniales refusent que l’arme aérienne soit définitivement interdite afin de ne pas entraver leur capacité d’innovation militaire. Les bombardements aériens sont ainsi considérés comme légitimes – y compris lorsqu’ils atteignent des civils – uniquement s’ils sont dirigés contre un objectif militaire.

En plus de préserver la vie des soldats au détriment de celles des civils, la puissance de l’arme aérienne repose sur un – supposé (car il n’est confirmé par aucune étude scientifique) – facteur psychologique. En effet, selon Hugh Trenchard, fondateur de la RAF et théoricien de la guerre aérienne, « l’effet moral d’un bombardement est vingt fois plus important que les effets matériels ». Il espère même que les bombardements pousseront les populations à se révolter et à renverser leur gouvernement. Dès lors, ce postulat – qui structure encore aujourd’hui la guerre aérienne – nécessite de bombarder les villes et donc les civils.

Cette certitude est renforcée par Giulo Douhet, théoricien de l’arme aérienne, qui affirme en 1921 dans la Guerre de l’air, que « par sa capacité de destruction quasiment illimitée, elle peut décider à elle seule de l’issue d’une guerre », reprenant l’imaginaire qui entoure l’arme aérienne depuis sa genèse. C’est ainsi que, afin de rester en adéquation avec le droit international, les forces aériennes élargissent progressivement la notion d’« objectif militaire » à des villes entières – et donc aux civils.

Le bilan de la Seconde Guerre mondiale et l’ère des missiles

À partir de la fin des années 1930, la guerre aérienne devient une réalité pour les Européens. Les bombardements se multiplient durant la guerre d’Espagne (Durango, Guernica, Barcelone), puis surtout pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les stratèges aériens, aussi bien de la Luftwaffe que de la RAF ou de l’United States Army Air Forces (USAAF) – qui ont massivement investi dans des appareils lourds quadrimoteurs –, sont persuadés que les bombardements permettront de briser le moral de la population et de rapidement remporter la guerre. Ils attaquent ainsi directement les villes. Celles-ci deviennent, au cours du conflit, des objectifs militaires, ce qui permet aux militaires d’affirmer qu’ils effectuent des attaques de précision.

Les différentes campagnes de bombardements (Blitz sur le Royaume-Uni ou raids alliés sur l’Europe occupée) sont, cependant, un échec absolu. Le moral de la population n’a jamais été brisé par les attaques aériennes et les productions économiques n’ont jamais été ralenties, y compris au plus fort des bombardements. Ce sont pourtant plus de 600 000 civils qui sont tués par les bombes en Europe. À la fin de la guerre, il est rapidement fait le constat que les bombardements ont été « la plus grande erreur stratégique de la guerre ».

Lors du procès de Nuremberg, les Alliés retirent mêmes les condamnations concernant les bombardements nazis afin que le droit international ne restreigne pas l’utilisation de l’arme aérienne. Face au triste bilan de l’offensive aérienne, les militaires considèrent alors que les bombardements ont été un échec, car leur capacité de destruction n’était tout simplement pas assez élevée. Dès lors, les attaques atomiques, couplées aux vols des premiers missiles, font rentrer l’arme aérienne dans une nouvelle ère.




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Toutefois, pour les civils, l’expérience de la violence de la guerre aérienne forme un continuum. Ainsi, les Normands, alors qu’ils ont été massivement bombardés entre l’été 1940 et septembre 1944 par les forces aériennes alliées, relient leur expérience aux différents bombardements des conflits contemporains.

C’est, par exemple, le cas d’Henri Bernard qui, en 1947, comparait le bombardement allié de Saint-Lô (Manche) dont il avait été témoin à celui de Guernica par la Luftwaffe. En 1994, lors du 50e anniversaire du Débarquement et de la Libération, Jean Quellien, éminent spécialiste du 6 juin 1944, introduisait les veillées du Mémorial de Caen en expliquant que les Caennais, qui avaient vécu les attaques aériennes de 1944, étaient particulièrement sensibles au sort des habitants plongés dans le siège de Sarajevo. Enfin, ces dernières années, dans le cadre de notre thèse, nous avons pu constater que les témoins des bombardements alliés en Normandie faisaient systématiquement le rapprochement de leur expérience avec celles des civils ukrainiens, palestiniens et aujourd’hui iraniens.




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En effet, d’un point de vue matériel, l’expérience de la guerre aérienne – qu’elle soit orchestrée à base de bombardiers quadrimoteurs, de missiles de croisière ou de drones – est relativement similaire pour les civils. L’incertitude de l’attaque propre aux bombardements aériens ; le bruit de l’alarme, des appareils et des bombes ; l’expérience de l’abri dans les caves, les métros, les théâtres, les écoles ; la saturation des sens lors de l’explosion ; l’odeur du soufre et du brûlé ; les espaces de la quotidienneté qui deviennent des ruines ; et enfin, l’expérience de la mort est similaire face aux bombes de 1937 à Guernica ou celles de 2026 à Minab.

Définir des objectifs légitimes « après » les frappes aériennes

En somme, les pertes civiles ne sont jamais des « dommages collatéraux ». Au contraire, par définition, l’arme aérienne est une arme de destruction ayant vocation à détruire des cibles où des civils sont massivement présents.

Les militaires sont, de plus, persuadés – à tort – que l’arme aérienne peut briser le moral de la population et permettre de renverser des régimes. C’était l’espoir des dirigeants alliés contre le Troisième Reich ; c’est aujourd’hui l’espoir de Donald Trump en Iran. Or, les bombardements permettent surtout de préserver la vie des soldats en détruisant partiellement des objectifs, nécessitant toujours de nouvelles opérations, au détriment de la vie des civils.

Dès lors, si l’arme aérienne est aujourd’hui, d’un point de vue technique, beaucoup plus puissante qu’au début du XXᵉ siècle, la rhétorique militariste, afin de légitimer son utilisation en garantissant des bombardements de précision, redessine surtout les objectifs militaires après les frappes.

C’est ainsi que, à en croire les communiqués israéliens, les hôpitaux de la bande de Gaza abritaient des quartiers généraux du Hamas, et que l’école iranienne de Minab sera probablement présentée, à terme, comme un important centre de commandement des gardiens de la révolution. Quant aux populations civiles, elles demeurent structurellement les principales victimes de la guerre aérienne.

The Conversation

Octave Moreau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une arme de destruction massive contre les civils : une histoire de la guerre aérienne – https://theconversation.com/une-arme-de-destruction-massive-contre-les-civils-une-histoire-de-la-guerre-aerienne-278396

« Guerre asymétrique » : une formule récente pour un phénomène pluri-millénaire

Source: The Conversation – in French – By Barthélémy Courmont, Directeur du master Histoire — Relations internationales, Institut catholique de Lille (ICL)

*Furor teutonicus* représente la bataille de Teutobourg, en l’an 9 de notre ère. Dans une forêt de l’Allemagne actuelle, trois légions romaines tombent dans une embuscade mise en place par une coalition de tribus germaniques et sont massacrées.
Paja Jovanović, 1888

La guerre asymétrique, formule devenue omniprésente depuis quelques décennies dans les analyses des conflits contemporains, est en réalité un phénomène aussi ancien que la guerre elle-même. Partout, toujours, des belligérants moins puissants que leurs adversaires ont cherché à employer les moyens les plus variés pour venir à bout de leurs ennemis plus nombreux et mieux équipés.


L’asymétrie fait désormais partie du vocabulaire des états-majors et des autorités politiques engagées sur des théâtres extérieurs. Les publications sur le sujet se sont également fortement multipliées depuis quelques années, et la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a confirmé, depuis février 2026, l’importance de ce phénomène.

Le terme est désormais tellement utilisé qu’on en oublierait presque qu’il était, il y a encore quelques années, totalement inconnu du grand public, et à peine mentionné dans les cercles d’experts. La situation a fortement changé avec ce que de nombreux observateurs qualifient de période post-guerre froide, née sur les ruines du World Trade Center en septembre 2001, et en marge de la guerre contre le terrorisme et des conflits de basse intensité opposant des puissances à des acteurs beaucoup plus faibles, qu’ils soient étatiques ou non.

Pourtant, ce type de conflit est bien plus ancien que les interventions des forces des États-Unis et de leurs alliés en Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003.

Définition de la guerre asymétrique

Étymologiquement inscrite dans la négation, l’asymétrie est indissociable de la symétrie, mais aussi de la dissymétrie, moins souvent évoquée, dont elle se distingue cependant assez nettement. La symétrie caractérise la « juste proportion », notamment en matière d’architecture. Ainsi, la symétrie suppose au moins deux éléments pouvant être comparés. L’asymétrie est l’absence volontaire de symétrie, et la dissymétrie est un défaut de symétrie – généralement par erreur, mais cela peut être volontaire dans certains cas. Dans ces conditions, l’asymétrie semble plus catégorique que la dissymétrie, car la « juste proportion » y est absente et ne peut pas être corrigée.

Au niveau stratégique, la symétrie est perçue comme le combat à armes égales ; la dissymétrie est la recherche par l’un des combattants d’une supériorité qualitative et/ou quantitative (on parle ici de « stratégie du fort au faible ») ; et l’asymétrie correspond à la démarche inverse, qui consiste à exploiter toutes les faiblesses de l’adversaire pour être le plus nuisible possible.

En s’appuyant sur le constat d’un déséquilibre capacitaire, l’asymétrie est donc une stratégie du faible au fort qui consiste à refuser les règles du combat imposées par l’adversaire et à contourner ses forces, rendant ainsi toutes les opérations totalement imprévisibles.

Cela suppose à la fois l’utilisation de forces non prévues à cet effet et surtout insoupçonnables (comme les civils) ; d’armes contre lesquelles les moyens de défense ne sont pas toujours adaptés (dernièrement, les drones) ; de méthodes situées hors du cadre de la guerre conventionnelle (guérilla, terrorisme) ; de lieux d’affrontement imprévisibles (centres-villes, lieux publics) ; et de l’effet de surprise, cette dernière caractéristique étant sans doute la plus importante, car elle permet de réduire le déséquilibre entre les belligérants.

Employant des moyens techniquement simples, l’asymétrie peut ainsi être assimilée à l’« arme du pauvre », dans la mesure où elle permet à de multiples acteurs ne disposant que de moyens très limités d’avoir une capacité de nuisance totalement disproportionnée.

Il est également possible que des acteurs puissants optent délibérément pour une stratégie de guerre asymétrique, confondant même ce concept avec celui de « génie militaire », comme si celui-ci supposait finalement le triomphe au-delà de toutes les espérances, le niveau des forces engagées étant très faible en comparaison aux résultats obtenus. Dès lors qu’elle peut être privilégiée par le faible comme par le fort, la guerre asymétrique est ainsi une ruse déployée à une échelle pouvant varier.

Alternative par défaut ou par choix à une confrontation frontale dite traditionnelle, et réponse à la recherche de dissymétrie par les puissants, la guerre asymétrique se généralise. Compte tenu de l’improbabilité de guerres entre les grandes puissances et de l’implication quasi systématique de ces dernières dans des confrontations entre des acteurs plus faibles, la question de savoir si tous les conflits contemporains sont par nature des guerres asymétriques mérite a minima d’être posée.

La stratégie du faible au fort

La notion de guerre asymétrique trouve dans l’histoire de multiples exemples de sa mise en application, tant au niveau stratégique que tactique.

Sur tous les continents, de nombreux cas nous permettent de vérifier en grandeur nature les résultats obtenus par le choix de l’asymétrie dans des conflits armés. Détail important, il convient de noter que les moyens asymétriques ont été utilisés à la fois par des États et par des groupes non étatiques, quelle que soit leur importance. Mais une chose est certaine : l’asymétrie n’est pas un fait nouveau.

Les empires ne purent s’y soustraire – les barbares qui pillèrent Rome et les révoltés à plusieurs époques dans l’histoire de Chine disposaient de moyens nettement inférieurs à ceux de leurs adversaires – et certaines grandes batailles offrirent même l’occasion aux faibles de vaincre les forts là où les rapports de force ne leur laissaient a priori pas la moindre chance – la victoire écrasante des Anglais sur la chevalerie française à Azincourt en 1415 est sans doute l’exemple le plus significatif, mais il n’est pas isolé.

De manière répétitive et sur des théâtres très différents, on relève la même équation : là où les empires, les royaumes les plus riches et les plus puissants ont voulu exploiter leur supériorité pour s’imposer durablement, leurs adversaires ont développé par défaut des stratagèmes leur permettant de contourner les moyens de cette puissance. C’est ainsi que, tout au long de l’histoire, se sont mises en place des guerres asymétriques, les adversaires étant au final rarement au même niveau.

Seules les batailles du XIXᵉ siècle, inaugurées lors des campagnes napoléoniennes et organisées sur les bases définies par Carl von Clausewitz (introduisant le concept de victoire écrasante en opposition aux « guerres en dentelle » des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles), et plus encore la Première Guerre mondiale ont été l’occasion d’assister à des guerres réellement symétriques, dans lesquelles les belligérants étaient de force presque égale et ne devaient leur victoire qu’à des circonstances particulières et/ou au génie tactique de leurs généraux. Parfois, ces batailles s’éternisaient, aucun des combattants n’étant en mesure de prendre le dessus, les tactiques et les moyens utilisés étant, approximativement, les mêmes de part et d’autre.

Les déséquilibres capacitaires hérités de la révolution industrielle, des guerres de colonisation et de la décolonisation marquèrent le retour de l’opposition du fort au faible (guerre dissymétrique), et l’utilisation par ce dernier de stratégies de contournement avec des résultats parfois surprenants pour y répondre (guerre asymétrique).

Les guerres d’Algérie et du Vietnam, la résistance à l’occupation soviétique de l’Afghanistan, l’opération en Somalie, la guerre de Tchétchénie ou encore la campagne menée au Kosovo – ou plus exactement les tactiques de camouflage et de leurres observées sur le terrain dans les rangs des forces serbes – sont des exemples plus récents de guerre asymétrique. Cette manière de faire la guerre est contraire aux règles chevaleresques au Moyen Âge, au respect des conventions sociales pendant les siècles modernes, et à une certaine idée de l’éthique et du droit de la guerre dans les périodes plus récentes. En clair, la guerre asymétrique fut longtemps diabolisée et assimilée en Occident à des pratiques indignes des États.

De la Bible aux Mongols, en passant par Sun Tzu

Dans la tradition occidentale, l’origine mythologique de l’asymétrie est cependant plus glorifiante, et peut être attribuée à l’épisode biblique du jeune David, triomphant du Philistin Goliath aux abords de Jérusalem. Face à un géant, disposant par ailleurs d’armes puissantes, le jeune berger s’est servi de son génie pour éviter le combat, utilisant une simple fronde et frappant mortellement son adversaire à la tête. Le rapport de force était totalement déséquilibré, et c’est pourtant le plus faible qui a triomphé. La Bible mentionne que, « ainsi, avec une fronde et une pierre, David fut plus fort que le Philistin ; il le terrassa et lui ôta la vie, sans avoir d’épée à la main ».

Ce combat symbolise la victoire de la bravoure face aux moyens, et de l’intelligence face à la force physique. Dès lors, les fidèles comprennent que, si la cause qu’ils défendent est juste, peu importe les moyens dont ils disposent, ils pourront parvenir à leurs fins pour vaincre leurs adversaires. Pour devenir roi, plus besoin d’être puissant, du moins au vu des critères traditionnels. Seuls comptent le génie et l’aptitude à vaincre n’importe quel type d’adversaire. L’asymétrie est ainsi perçue comme un moyen de récompenser les mérites quand la force brute ne le permet pas, mais elle n’est pas considérée comme un choix stratégique.

Tandis que l’asymétrie correspondait, dans la civilisation occidentale, à une intervention divine offrant la ruse au jeune David, s’est développée en Asie orientale une véritable pensée stratégique proposant l’asymétrie comme moyen de guerre. Au VIᵉ siècle avant notre ère, une époque où la Chine traversait la période chaotique dite des « royaumes combattants », Sun Tzu s’est penché sur les meilleurs stratagèmes permettant de limiter ses propres dégâts, tout en multipliant ceux de l’adversaire, même si celui-ci est plus fort. Sa pensée – dont l’objectif est de faire croire à l’adversaire qu’il maîtrise la situation de manière à pouvoir le duper plus facilement – s’est répandue en Asie orientale, puis progressivement dans le reste du monde.

Après l’œuvre de Sun Tzu, de nombreux autres théoriciens chinois se lancèrent dans la rédaction d’études sur la guerre. Shang Yang, contemporain de Sun Tzu, et sa guerre défensive, ou Sima Qian (fin du IIᵉ siècle avant notre ère) et ses biographies des généraux marquèrent ainsi l’histoire de la guerre dans la civilisation chinoise, avec la nécessité de miser sur les stratégies de contournement quand les conditions de la victoire ne sont pas remplies.

Pour les théoriciens chinois de la guerre, si la victoire reste l’objectif ultime, comme en Occident, les moyens pour y parvenir sont multiples, et passent notamment par la patience et l’analyse rigoureuse des forces et des faiblesses de l’adversaire. Dès lors, même le faible a ses chances contre le fort, à condition de savoir refuser le combat quand celui-ci est perdu d’avance, et de porter ses attaques au bon moment et au bon endroit.

Sun Tzu fut également l’un des premiers stratèges à s’interroger sur « ce qu’il faut avoir prévu avant le combat », faisant des préparatifs et du renseignement l’une des clés de la victoire. Pour lui, un général doit savoir cinq choses avant de s’engager dans la bataille : 1) savoir s’il peut combattre et quand il faut cesser ; 2) savoir s’il faut engager peu ou beaucoup ; 3) savoir gré aux simples soldats autant qu’aux officiers ; 4) savoir mettre à profit toutes les circonstances ; 5) savoir que le souverain approuve tout ce qui est fait pour son service et sa gloire.

Ces différentes recommandations sont particulièrement entendues des acteurs asymétriques, qui comprennent qu’elles doivent impérativement être remplies, d’abord dans un but de survie, et le cas échéant afin de remporter le combat.

L’islam des premiers temps fut de son côté également caractérisé par la stratégie indirecte d’un peuple disposant de moyens rudimentaires, mais parvenant rapidement à vaincre ses adversaires et à étendre son influence. Les Mongols, face à un empire chinois infiniment plus peuplé et nettement plus avancé, mais aussi les Ottomans et les peuples d’Afrique, notamment face aux conquérants occidentaux, développèrent également des stratégies asymétriques avec des résultats spectaculaires.

De la guérilla aux conflits contemporains

C’est avec la guérilla et les théories qui y sont associées puis, plus récemment, avec le terrorisme transnational dont les puissances firent les frais que la guerre asymétrique est progressivement revenue en vogue en Occident.

De l’Espagne dominée par l’empire napoléonien à Che Guevara, en passant par Lawrence d’Arabie ou Mao Zedong, les moyens de guerre proposés dans le cadre de la guérilla sont totalement asymétriques. C’est en s’infiltrant au sein même des territoires adverses qu’ils obtiennent des succès, pas en s’attaquant frontalement à des forces armées supérieures en nombre et en matériel.

La guérilla s’est immédiatement imposée comme l’arme du faible, voire de l’inculte en matière militaire, face au soldat professionnel bien armé, bien entraîné et mené par un général instruit. La guérilla fut aussi et surtout théorisée, sur la base des expériences et des testaments de ces acteurs. Le plus célèbre de ces « nouveaux testaments » de l’asymétrie est incontestablement la Guerre de guérilla, écrit par Che Guevara en 1959, dans lequel est démontré qu’une armée populaire peut battre une armée régulière, quels que soient les moyens dont les « combattants de la liberté » disposent. Guevara considérait qu’il n’est pas nécessaire de s’appuyer sur une large base, mais qu’un petit foyer ou un petit groupe d’idéalistes en armes, établi loin des villes, peut entraîner l’adhésion de tous les mécontents et des révolutionnaires.

Le terrorisme peut-il de son côté être considéré comme une manifestation de guerre asymétrique ? Indiscutablement, l’invisibilité et le caractère imprévisible des attaques terroristes sont asymétriques, car ils se caractérisent par la faiblesse des moyens engagés. Le terrorisme transnational apparaît ainsi comme le degré ultime de la guerre asymétrique, car il s’intègre à l’intérieur même des sociétés qu’il combat, ce qui le rend d’autant plus difficile à détecter et à prévenir.

Le terrorisme transnational et le risque qu’il fait peser sur la sécurité dans les sociétés contemporaines fut à l’origine du regain d’intérêt pour les guerres asymétriques, et c’est sans surprise que, après 2001, ce concept a fait une entrée fracassante dans les réflexions des états-majors, au point d’inspirer des innovations stratégiques, comme la contre-insurrection déployée en Irak, avec des résultats mitigés mais qui confirment une nécessaire adaptation du fort aux pratiques du faible.

Un type de guerre qui n’est pas près de disparaître

La fin de la bipolarité a ouvert le champ à des formes de conflits restées relativement silencieuses tout au long du XXᵉ siècle, dans sa deuxième partie surtout, opposant des adversaires aux moyens limités, soit des États faibles, soit des acteurs non étatiques, et consacrant ainsi ce que certains analystes qualifièrent de « retournement du monde ». Ce regain de violence a poussé Washington, seule superpuissance rescapée de la guerre froide, à s’interroger sur les menaces dont les États-Unis (et par extension le « monde » dans son ensemble) pourraient désormais faire l’objet.

Dans un contexte marqué par une remise en cause de plus en plus prononcée de la puissance américaine, tant dans ses aspects politico-diplomatiques que militaires (les expériences de l’Irak et de l’Afghanistan ont renforcé ce phénomène), la guerre asymétrique semble avoir de beaux jours devant elle et impacte ainsi considérablement les conflits contemporains. Le cas de l’opération menée par Israël et les États-Unis en Iran vient le confirmer.

The Conversation

Barthélémy Courmont ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Guerre asymétrique » : une formule récente pour un phénomène pluri-millénaire – https://theconversation.com/guerre-asymetrique-une-formule-recente-pour-un-phenomene-pluri-millenaire-279038

Filmer un procès pour l’histoire : Nuremberg, 80 ans après

Source: The Conversation – in French – By Fabien Théofilakis, Maître de conférences, histoire contemporaine, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946, 24 des principaux responsables du régime nazi allemand étaient jugés pour crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Nuremberg. Moment fondateur pour la justice internationale, ce procès a aussi fait entrer l’image dans le prétoire, en l’utilisant comme un outil central pour confondre les accusés. Mais l’enregistrement du procès pose un autre enjeu, celui de produire des archives pour l’avenir.


Les lumières s’éteignent dans le prétoire, ce 29 novembre 1945, à Nuremberg (Allemagne). La salle n’est bientôt plus éclairée que par l’écran placé face au public, dans l’axe de la presse, sur lequel sont projetés des films réalisés par les Alliés montrant les atrocités nazies.

Cette scène, qui a contribué à faire naître une mémoire visuelle de ce que l’on n’appelle pas encore la Shoah, constitue l’un des moments forts du film Nuremberg (2025), qui retrace le défi qu’a représenté le Tribunal militaire international (TMI) à travers l’affrontement psychologique entre Hermann Göring et le psychiatre américain Douglas Kelley, chargé par l’armée américaine de déterminer si les dirigeants nazis étaient aptes à être jugés.

Le film la recrée en intégrant les images historiques des camps de concentration, tels Ohrdruf, Dachau ou Bergen-Belsen, devenues depuis des références majeures de la mémoire du nazisme. Ces images montrant des survivants squelettiques et des amas de corps nus eurent un immense impact, comme le donne à voir la production hollywoodienne.

Bande-annonce du film de James Vanderbilt Nuremberg, sorti en 2025.

Mais ce moment spectaculaire n’est pas la seule manière dont le film de James Vanderbilt rappelle le rôle de l’image à Nuremberg et le précédent que ce procès a constitué. Car le procès de Nuremberg, il y a 80 ans, ne s’est pas seulement appuyé sur des documents et des témoignages : il a aussi fait entrer l’image dans le prétoire, posant une question nouvelle : filmer un procès permet-il d’écrire l’histoire ? Quelle valeur accorder à ces images judiciaires ?

Derrière cette interrogation se trouvent plusieurs enjeux : montrer les crimes, produire des archives pour l’avenir, mais aussi comprendre ce que l’image révèle – ou parfois dissimule – de la justice.

Un procès pour l’histoire, des images pour les générations futures

Le procès de Nuremberg (1945-1946) constitue un moment fondateur pour la justice internationale. Pour la première fois, les dirigeants d’un régime sont jugés par un tribunal international ; pour la première fois, les crimes contre la paix, le crime de guerre et les crimes contre l’humanité sont des chefs d’inculpation. Mais ce procès est aussi pensé comme un événement public, comme le souligne la déclaration du procureur Robert H. Jackson en ouverture, le 21 novembre 1945 :

« Les méfaits que nous avons à condamner et à punir font preuve d’une telle vilenie et ont été si nuisibles que la civilisation ne pouvait se permettre de passer outre, parce qu’elle ne pourrait continuer à exister si jamais ils devaient se répéter. […] Ce que ces hommes représentent, nous allons vous le dévoiler avec patience et modération, nous allons vous donner des preuves irréfutables des actes inqualifiables qu’ils ont commis. »

Les débats doivent être donc publics, connus de tous et faire mémoire.

L’image devient alors un instrument essentiel pour faire comprendre l’ampleur des crimes nazis à la population allemande comme l’opinion internationale. Cette volonté d’inscrire la justice dans l’histoire explique l’importance accordée au filmage du procès, soit environ deux cents heures réalisées par quatre caméras. Diffusé dans les actualités cinématographiques au cinéma, il marque les contemporains et inspirent l’idée de conserver certains procès pour la mémoire collective. À Nuremberg, l’objectif n’est pas seulement de juger les accusés, mais de documenter un moment historique, transformant le procès en événement pédagogique.

Avec le recul, ces images ont permis de créer des archives pour l’avenir. La documentation écrite d’un procès – comptes rendus, dossiers, jugements –, pour essentielle qu’elle soit, ne restitue pas toute l’audience. Les images permettent de conserver ce que les textes ne montrent pas : les gestes, les silences, les regards, les réactions de la salle. Ces captations restituent ainsi la dramaturgie du tribunal et les interactions entre ses acteurs. Elles révèlent parfois des stratégies de défense ou des dynamiques invisibles dans les archives écrites. Dès lors, l’image devient un indice qui invite à explorer ce qui se passe hors champ. L’image transforme le procès en source historique, ce qui permet à Nuremberg de paraître si authentique.

Toutefois, filmer un procès ne consiste pas seulement à enregistrer ce qui se passe tant la position de la caméra modifie la perception même de l’événement. Une image est en effet toujours le résultat d’un point de vue qui répond à certaines questions préalables (Où placer la caméra ? Qui filmer des juges, des témoins et/ou des accusés ?). Regarder le procès de Nuremberg, quatre-vingts ans après sa tenue, invite à lire ses images comme le récit d’un projet à la fois judiciaire et politique qui se veut l’une des premières interprétations du nazisme et de ses crimes.

L’image comme preuve judiciaire et ressort dramatique

À Nuremberg, l’image fut d’abord produite dans le prétoire alors que, fin 1945, les débats juridiques et l’abondance de documents écrits risquent de lasser le grand public. Le procureur américain Robert H. Jackson comprend que la preuve documentaire ne suffit pas. Les crimes nazis sont d’une telle ampleur que beaucoup pourraient les considérer comme exagérés ou relever de la propagande. L’image devient alors un outil central pour confondre les accusés.

Les procureurs américains décident alors d’avancer l’utilisation du film comme preuve, innovation majeure du procès. Des images tournées lors de l’ouverture des camps de concentration à l’Ouest et des centres de mise à mort à l’Est par les armées alliées sont projetées dans la salle d’audience. Cette pratique transforme profondément la manière d’administrer la preuve à côté des quelque 5 000 documents écrits tant les images produisent un choc visuel incontestable.

Le procès de Nuremberg (RTS Archives, 2023).

La configuration même de la salle d’audience est pensée pour cette démonstration visuelle : derrière la barre des témoins est installé un écran de cinéma, qui ne fait pas face aux juges, mais au public, à la presse internationale et, au-delà, à l’opinion mondiale. Une rangée de néons est également installée au-dessus du banc des accusés afin de rendre visibles leurs réactions.

Américains, puis Soviétiques projettent leurs productions documentaires : d’abord Nazi Concentration Camps, documentaire composé d’images tournées par l’US Army lors de la libération de l’Allemagne ; puis, le 19 février 1946, Film Documents on the Atrocities of the German-Fascist Invaders, réalisation de l’Armée rouge, notamment sur les crimes commis contre les populations soviétiques.

Cette stratégie répond à un problème précis : l’ampleur des crimes nazis dépasse l’imagination. L’image permet donc de les rendre visibles. Elle participe également à la légitimation du tribunal lui-même et renforce le rôle pédagogique du TMI.

Une influence durable sur la justice contemporaine

L’expérience de Nuremberg a laissé une empreinte durable sur les pratiques judiciaires. Dans plusieurs pays, la question de filmer certains procès a progressivement été posée.

En France, le ministre de la justice Robert Badinter fait adopter une loi en 1985 – révisée en 2010 – qui autorise l’enregistrement audiovisuel de procès à caractère historique. Aujourd’hui encore, la question de filmer les procès continue de susciter des débats.

Certains y voient un moyen de préserver la mémoire des événements historiques ; d’autres s’inquiètent des effets possibles de la médiatisation (la justice pourrait-elle devenir un spectacle ?), notamment en Allemagne où le filmage n’est pas autorisé.

Ces interrogations montrent que le filmage des procès ne relève pas seulement de la technique, mais touche au cœur du fonctionnement démocratique. C’est sans doute un héritage de Nuremberg : la justice juge certes le passé, mais elle produit aussi les images qui permettront de s’en souvenir.

The Conversation

Fabien Théofilakis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Filmer un procès pour l’histoire : Nuremberg, 80 ans après – https://theconversation.com/filmer-un-proces-pour-lhistoire-nuremberg-80-ans-apres-278438

Aimer ses frères et sœurs au Moyen Âge, entre solidarités, enjeux politiques et inégalités de genre

Source: The Conversation – in French – By Justine Audebrand, Chercheuse associée au Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (UMR 8589), post-doctorante à l’Institut Historique Allemand, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Saint Louis enseigne à ses enfants (*Vie et miracles de saint Louis*, par Guillaume de Saint-Pathus) Bibliothèque nationale de France, via Wikimedia Commons

Moins étudiées par les historiens que les liens parentaux ou conjugaux, les relations entre frères et sœurs étaient un élément structurant des sociétés du haut Moyen Âge. Au-delà de rivalités et d’enjeux de patrimoine, des proximités émotionnelles fortes pouvaient se tisser dès l’enfance et durer tout au long de la vie.


Loin de délaisser leurs enfants, comme l’ont véhiculé certains stéréotypes, les parents du Moyen Âge s’investissaient dans leur éducation. Cette attention a des conséquences sur les autres membres de la famille : les liens forgés entre les enfants perdurent bien souvent tout au long de la vie, et jusque dans la mort.

Si les relations entre frères et sœurs sont sous-tendues par des enjeux de pouvoir dans les groupes aristocratiques, elles relèvent aussi de la sphère affective et peuvent être intenses, constituant même un idéal pour certains, dans la première moitié du Moyen Âge.

Des liens forgés dans l’enfance

Comme aujourd’hui, c’est dans l’enfance que se forment les liens adelphiques. Cet adjectif, formé sur le grec adelphos (né de la même matrice), est préféré à « fraternel » par les historiens de la famille, car il permet d’inclure pleinement les filles. La plupart du temps, les enfants grandissent en partie ensemble, au moins jusqu’à 7 ans, et sans qu’il y ait forcément de distinction entre les sexes : c’est le cas, semble-t-il, des fils et filles du futur empereur Charlemagne (768-814).

En cas de décès des parents, on essaie de faire en sorte de ne pas séparer frères et sœurs, qui peuvent alors rejoindre la maison d’un parent ou un monastère. Bien sûr, ces tendances ne sont qu’un choix parmi d’autres : passées les premières années, certains enfants sont aussi élevés loin de leur famille, soit dans une institution religieuse, soit en « fosterage » chez un parent.

La cohabitation forge probablement un lien durable, y compris entre des enfants issus d’unions différentes, car les remariages sont alors fréquents.

Mais les rivalités enfantines existent aussi. Les sources en parlent très peu, mais on peut parfois les reconstituer à partir de bribes. Ainsi, le biographe du roi anglo-saxon Alfred le Grand (871-899) raconte que sa mère les aurait mis en concurrence, ses frères et lui, pour apprendre par cœur un livre de poésie. Cette concurrence est annonciatrice de conflits ultérieurs entre eux, une fois adultes.

Des solidarités tout au long de la vie

Pour autant, si l’on regarde hors des familles royales, dans lesquelles les rivalités sont exacerbées, ce sont bien souvent les solidarités qui sont mises en avant dans les sources. L’amour fraternel (au masculin) constitue un idéal dans les sociétés chrétiennes, sans doute parce qu’il est le vecteur d’une idée d’aide et d’harmonie.

Les sources sont truffées d’exemples d’adultes qui entretiennent des relations étroites avec leurs frères et leurs sœurs. Pour les hommes entrés en religion, la sœur est même la seule femme au-dessus de tout soupçon, et il n’est pas rare de voir des évêques ou des moines continuer de voir leur sœur. L’exemple paradigmatique est celui de Benoît de Nursie (480-547) qui, selon le pape Grégoire le Grand (qui écrit au début des années 590), aurait consenti à rendre visite à sa sœur Scolastique une fois par an. Un jour, Scolastique supplie son frère de rester plus longtemps. Son vœu est exaucé par la volonté divine puisqu’un violent orage contraint Benoît à passer la nuit chez sa sœur. Dans ce récit, l’amour de la sœur pour son frère et la volonté de perpétuer le lien adelphique malgré les vœux monastiques sont considérés comme des éléments normaux et positifs.

La famille Jouvenel des Ursins, anonyme français, vers 1445-1449.
Musée de Cluny — musée national du Moyen Âge, via Wikimédia

Dans le même temps, l’exemple de Benoît et Scolastique illustre aussi les inégalités de genre qui existent dans toute société patriarcale. Dans plusieurs Vies de saintes femmes, l’amour inconditionnel de la sainte pour son frère – idéalement aussi saint – est mis en évidence. C’est aussi parce que le frère constitue un soutien important.

Ainsi, lorsque Baudouin est assassiné dans la seconde moitié des années 670, sa sœur Anstrude, abbesse de Saint-Jean de Laon, se lamente aussi bien de la perte de son frère que de celle de son protecteur. Cela s’applique particulièrement aux nonnes, mais les femmes laïques peuvent aussi se tourner vers leur frère en cas de besoin, soit au moment du veuvage soit en cas de conflit conjugal.

L’étroitesse de ce lien peut même se manifester au plan politique. Plusieurs rois du Xᵉ siècle, comme Athelstan (924-939) en Angleterre ou le souverain germanique Otton III (983-1002), célibataires, demandent en certaines occasions à une de leurs sœurs de jouer le rôle de la reine. Ainsi, Sophie, aînée d’Otton, l’accompagne lors de son couronnement impérial à Rome et elle intercède fréquemment pour des aristocrates auprès de son frère.




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Cette substitution n’est, bien sûr, que purement cérémonielle et politique, et en aucun cas charnelle. À vrai dire, les cas d’inceste adelphique sont quasiment inexistants dans la documentation antérieure à l’An Mil. Cela ne veut pas dire que cela n’existe pas, mais plutôt que les auteurs du clergé survalorisent la relation adelphique et ne parle pas de ces phénomènes.

Face à la mort… et au-delà

La mort d’un membre de la famille constitue toujours un moment de crise qui permet, en creux, de révéler la force du lien adelphique. Lorsque les textes mettent en scène de longues périodes d’agonie avant le décès, les frères et sœurs sont souvent des figures récurrentes de soutien : l’archevêque Drogon de Metz assiste son frère, l’empereur Louis le Pieux, dans ses derniers instants en 840, et l’auteur du texte qui relate ces faits insiste sur le lien fraternel entre les deux hommes, et non sur les fonctions politiques de Drogon à la cour impériale.

Dans ce cadre, les frères et les sœurs (lorsqu’elles sont veuves ou nonnes) apparaissent comme des garants de la continuité familiale en recueillant les dernières volontés du mourant.

Les réactions à la mort traduisent aussi la puissance du lien adelphique ainsi que ses modalités : les sources d’avant l’An Mil ne décrivent presque jamais les deuils consécutifs à la mort des sœurs, ce sont presque toujours les frères que l’on met en avant. Le rôle des femmes, quant à lui, est celui de l’entretien de la mémoire des défunts, en particulier de leurs frères. Il est plus rare que les sources nous renseignent sur la perpétuation de la mémoire des sœurs, mais d’émouvants exemples existent.

Ainsi, au tout début du Xᵉ siècle, l’aristocrate anglaise Ælfflæd fait rédiger son testament, qui reprend une partie des dispositions de celui de sa sœur Æthelflæd. Leurs deux testaments sont copiés d’une même main, sur un même parchemin, peut-être commandé par Ælfflæd elle-même. Ces deux sœurs matérialisent ainsi leur proximité, tant émotionnelle que patrimoniale, pour les siècles à venir.

The Conversation

Justine Audebrand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Aimer ses frères et sœurs au Moyen Âge, entre solidarités, enjeux politiques et inégalités de genre – https://theconversation.com/aimer-ses-freres-et-soeurs-au-moyen-age-entre-solidarites-enjeux-politiques-et-inegalites-de-genre-276025

Growing up during Sri Lanka’s civil war taught me that getting along with people across divides is a virtue we can learn

Source: The Conversation – USA (3) – By Eranda Jayawickreme, Professor of Psychology & Senior Research Fellow, Program for Leadership and Character, Wake Forest University

Traditional dancers perform in front of the Buddhist Temple of the Tooth, celebrating the Buddhist festival of Esala Perahera, in Kandy, Sri Lanka, on Aug. 8, 2025. Ishara S. Kodikara/AFP via Getty Images

I grew up in Sri Lanka. Much of my adolescence was spent in Kandy, a city built around a lake, set amid the lush tea plantations of the hill country. Its northern shore houses the Temple of the Tooth, one of Buddhism’s most sacred sites. Each year, it came alive with drummers, dancers and elephants parading through the streets in a “perahera,” or procession, honoring the Buddha’s relic.

But Buddhism was only one part of Kandy’s mosaic of religious life. I went to a high school where students from different religious and ethnic backgrounds got along easily. Within walking distance stood Buddhist temples, Christian churches, brightly colored Hindu temples, or “kovils,” and Muslim mosques whose call to prayer echoed across the city multiple times a day. Religious observances filled the calendar; Sri Lanka has more holidays than almost any other country.

Our own home was a glimpse into the island’s diversity. I attended both churches and temples with ease. My mother regularly visited a Hindu kovil with a close friend – though she was Catholic and my father was Buddhist. Her family had emigrated from Kerala, the southwestern tip of India, at the turn of the 20th century. His was Sinhalese, Sri Lanka’s largest ethnic group.

A view out over a city amid green hills, with a lake in the foreground.
Kandy, Sri Lanka, is home to the Temple of the Tooth.
A.Savin/Wikipedia, CC BY-SA

But while Sri Lanka has a long history of religious and ethnic pluralism, it has also been fractured by mistrust, grievance and violence. Diversity did not prevent conflict. Rather, it exacerbated it.

I grew up during Sri Lanka’s civil war, which consumed the country from 1983 to 2009. The brutal conflict was fought between the Sinhalese-majority government and the Liberation Tigers of Tamil Eelam, a separatist group fighting to create an independent state for the Tamil minority. An estimated 80,000-100,000 people lost their lives, and the war divided the country along religious and ethnic lines. Meanwhile, a separate insurrection led by the Janatha Vimukthi Peramuna, a Marxist political party, tore through the southern part of the country in the late 1980s, killing tens of thousands of people.

As a child, I did not possess the vocabulary to describe my own personal experience during this tumultuous time. All I knew was that some people withdrew into their own groups and vilified Sri Lankans who were different from them. Others worked hard to maintain relationships. Ordinary people in extraordinary circumstances could still choose connection over anger.

Those experiences sparked enduring interest in a question that animates my work as a personality psychologist. What allows people to live together across deep religious differences, without sliding into hostility or dehumanization? What helps them commit to pluralism?

Over time, I have come to believe that pluralism requires more than laws and institutions, although such structures are important. It is a moral commitment: a virtue that we each have a responsibility to cultivate.

What pluralism is

The phrase “pluralism” is often used loosely. Sometimes it simply refers to diversity: people of many religions or ethnicities living in one society.

Properly understood, pluralism is something more demanding. It is the capacity and commitment to reach out to people across deep differences, cultivating mutual dignity and a shared civic life.

A crowd of people on the street includes men in orange robes, nuns in white dresses, and a man in a long white tunic.
Sri Lankan civil organizations, including religious priests, protest higher electricity costs on Sept. 20, 2022, in Colombo.
Pradeep Dambarage/NurPhoto via Getty Images

This can look quite ordinary: a Buddhist teacher attending a Christian colleague’s church wedding out of respect, or a Muslim shopkeeper and a Buddhist neighbor debating over tea, disagreeing sharply, but chatting again the following day. Many of the shopkeepers my family relied on every week were either Tamil or Muslim. One of my tutors – a Muslim man who had worked for the Sri Lankan foreign service in his youth – would sit with me over lessons and then linger to talk with me about politics, culture and the country.

Pluralism lives in these repeated, small acts: decisions to sustain relationships with people whose deepest convictions differ from your own. And it begins with tolerance.

True tolerance cannot exist without disapproval. If I fully agree with your beliefs, I do not need to tolerate them. Tolerance begins when you encounter a view or practice that you find mistaken, troubling or even morally wrong and choose not to interfere with it – because you recognize coercion is not the appropriate response.

Pluralism moves beyond tolerance. It’s not just permitting someone’s beliefs; it’s trying to understand them and getting to know them. This is not the absence of conviction. It is the determination to live out one’s deepest convictions within a shared civic space, and to treat other people not as a threat but as key contributors to the community.

It can help to think about pluralism as a continuum. At the opposite end is hate: “I do not accept your existence.” Next is indifference: “I do not care what you believe.” Indifference is followed by tolerance as patience or forbearance: “I disapprove, but I will not interfere.”

The deeper form of tolerance is based in respect: “I affirm your humanity, even while disagreeing.” Finally, the last space on the spectrum is what scholars label relational or covenantal pluralism: “I’m committed to our connection, even though we disagree.”

One man kneels as another two stand next to him, looking downward in prayer, on a lawn in front of lit-up skysrapers.
Muslim men offer prayers during sunset at the Galle Face beach in Colombo, Sri Lanka, on Sept. 24, 2024.
Idrees Mohammed/AFP via Getty Images

Rarely just about religion

Historically, religious conflict often centered on theological disputes: questions about doctrine, salvation or authority. Enlightenment thinkers such as John Locke, Immanuel Kant and Jean-Jacques Rousseau grappled with a shared question: How can diverse societies hold together in the face of such differences?

One answer was that societies needed some form of shared civic framework to bind citizens. Two centuries later, the sociologist Robert Bellah argued that Americans had developed just such a framework: a “civil religion” of shared symbols, narratives and moral commitments – such as the American flag, the Constitution and Memorial Day – that transcended particular faiths while sustaining a sense of common purpose.

Often, though, religious pluralism is less about theological differences themselves. Instead, conflict frequently erupts over social and political differences emerging from foundational values and identities.

Sri Lanka provides vivid examples of this disagreement. Article 9 of the country’s constitution grants Buddhism the “foremost place” among religions. Many religious minorities feel that provision writes a hierarchy into law, granting special privileges to the majority religion.

Or think about the consequences of the devastating 2019 Easter bombings – coordinated attacks on churches and hotels in three Sri Lankan cities by members of the Islamist militant group National Thowheeth Jama’ath.

A woman wearing black wipes her eyes as she sits on the ground between graves marked with wooden crosses and flowers.
A relative of a victim of the Easter bombings prays at their burial site in Negombo, Sri Lanka, on April 28, 2019.
AP Photo/Manish Swarup

The resulting wave of anti-Muslim sentiment was not really driven by theological differences but questions about identity, trust and political power. Social media misinformation and opportunistic political rhetoric cast Muslims as outsiders threatening a Sinhala-Buddhist national identity. The question at stake was not which religion was true but who “truly” belonged to the nation.

If societies cannot sustain engagement across differences, shared civic life becomes impossible. This challenge, in my view, is not only institutional but also personal: What habits of mind allow religious pluralism to flourish?

Psychology of disagreement

On a personal level, pluralism begins in a moment of objection. You hear a belief that conflicts with your own. You see a religious symbol you find troubling. You run into a policy grounded in values that you reject. Our first reaction is often intuitive and emotional: irritation, aversion, anger, discomfort. Moral psychology suggests that such reactions feel automatic, confirming our sense that our view is the obvious truth.

What matters is what happens next. Some people quickly dismiss ideas they don’t like, shutting down curiosity. Others pause to reflect: asking why they reacted as they did, what the other person might value, and whether broader principles like freedom of conscience or fairness should guide their response.

This is a hard standard to live up to and one which I’ve struggled with myself. In the wake of the Easter bombings, I found myself growing impatient with Sri Lankans who continued to defend the actions of the government, even as it was detaining about 2,000 Muslims, often on thin evidence; banning women’s religious head coverings; and pardoning the ultranationalist monk most associated with anti-Muslim mob violence. I sometimes caught myself doing exactly what I study, reducing complex people to the worst version of their position. I stopped asking what they were trying to protect or what fears were driving their stance.

It took deliberate effort to step back and try to understand their perspective charitably, even while continuing to disagree. I had to reflect on the fact that for Sinhalese Buddhists carrying the memory of decades of Tamil separatist violence, the government’s response in the wake of the bombings could seem like a way to take the country’s security seriously. The tragedy was that this fear of violence was directed at an entire community, rather than the fringe actors who had committed the crime.

A woman with gray hair, wearing a blue-green outfit, and a younger woman in a white head covering light candles at a stall outside.
A Muslim woman takes part in a remembrance ceremony in front of St. Anthony’s Church in Colombo, Sri Lanka, on May 21, 2019, a month after a series of deadly Easter Sunday blasts.
Ishara S. Kodikara/AFP via Getty Images

Reflection does not guarantee tolerance; we may still conclude that a belief is too harmful to accept. But it could also lead to a “principled allowance,” which is what makes tolerance possible: deciding that others have a right to hold or express views we dislike.

From there, the path can diverge again. Some people settle for a minimal “live-and-let-live” coexistence, while others move toward deeper dialogue and cooperation.

In other words, pluralism is not a single decision. It’s a series of steps to uphold a relationship, shaped by virtues such as humility, empathy, patience, fairness and courage. We can strongly disagree with someone but still ask: What does this belief mean to them?

That said, I still wrestle with where the boundaries of pluralism lie. What about when someone’s convictions lead to clear harm to vulnerable people? I do not have a clean answer. Over the years, though, I’ve come to believe that the difficulty of the question is not a reason to abandon the commitment. Committing to pluralism is a sign of character – one that can be strengthened by practicing particular virtues.

Which virtues support pluralism?

One is intellectual humility: recognizing the limits of our knowledge. It does not mean abandoning conviction. It means acknowledging the possibility that we’re wrong.

Studies suggest that intellectual humility is associated with openness to opposing viewpoints, attempting to understand how another person sees the world. When combined with curiosity, it moves beyond strategic tolerance toward fostering genuine relationships.

Another key virtue is empathy – but a specific kind of empathy. As an emotion, empathy can be biased; it may pull us toward people who look like us, feel close to us, or whose suffering resonates with our own experience. Another form of empathy, though, is perspective-taking: trying to understand another person’s thoughts, feelings or point of view. Studies have found that perspective-taking can reduce prejudice against people with different views.

Similarly, the virtue of curiosity can help reframe disagreement. Instead of seeing difference as a threat to our own identity, it becomes an opportunity to learn. Higher levels of curiosity have been found to both increase people’s motivation to learn and reduce their desire to distant themselves from people with different views.

Pluralism is challenging when emotions run high. That means another virtue it requires is self-regulation, the ability to reflect before reacting. Without it, moral disagreement can quickly descend into condemnation.

Four women in black dresses sit on the sand amid a crowd of people outside.
Tamil war survivors pray for family members during a commemoration ceremony in Mullaitivu, Sri Lanka, on May 18, 2024.
Buddhika Weerasinghe/Getty Images

Finally, pluralism takes courage. People sometimes confuse pluralism with moral relativism: the view that right and wrong are just matters of opinion, with no universal moral foundation. Pluralism doesn’t mean giving up your values, but it requires bravery to discuss them openly with people who strongly disagree.

These values are the focus of research I am currently conducting in Sri Lanka. Colleagues and I are studying dispositions and virtues that distinguish people who sustain engagement across divides from those who withdraw into their own groups.

It is still early, but the emerging picture is consistent with what I observed as a child: that the people around me who maintained friendships across ethnic and religious lines were not people without convictions. They were people who had cultivated specific habits of mind that made that pluralism possible, despite blowback from others within their own community.

Putting it into practice

One practical way to build these habits is to practice what some researchers call an “ideological Turing test.” The rule is straightforward: Before you criticize someone’s position, you first have to explain it so accurately and charitably that they would recognize themselves in your summary. They would say, “Yes, that’s what I believe.”

Doing this well is hard. You have to get curious about what the other person is actually trying to protect, what they fear, what trade-offs they’re willing to live with, and what experiences might have shaped their perspective in the first place. This exercise quietly changes the aim of the conversation: Instead of trying to defeat the other person, you try to understand them.

The process also tends to trigger intellectual humility, because when we make a serious attempt to represent opposing views fairly, we may notice faults in our own thinking. None of this requires agreement, but it does reduce our tendency to caricature the other side.

Pluralism can also be strengthened by reframing our sense of “we.” In polarized environments, “we” tends to shrink until it names only the people who pray, vote and live exactly like us. Pluralism pushes in the opposite direction: It asks us to include fellow citizens whose deepest convictions diverge from our own. Community is a shared civic fate – the responsibilities, institutions and hopes we share, despite enduring disagreement.

Many times over the years, I have thought of a story my father told me, a vivid example of “we.” In 1983, Tamil militants killed 13 government soldiers, and anti-Tamil riots swept across the country. Sinhalese mobs attacked Tamil homes, businesses and neighborhoods in what became known as Black July – days of violence orchestrated by the government that killed thousands of Tamils and displaced many more. The riots are widely regarded as the spark that turned simmering tensions into a full-scale civil war.

A woman with gray hair holds up a photograph of someone standing in front of a bright blue archway.
A woman holds a portrait of her missing relatives during a protest by Tamils demanding justice for their loved ones near mass graves in Jaffna, Sri Lanka, on July 26, 2025.
AFP via Getty Images

My grandparents and uncle were living in Kandy. When violence reached their area, they hid Tamil neighbors in their home, sheltering them from the mobs outside. My father said it was a split-second decision, motivated by the recognition that the people next door were their neighbors rather than members of a different ethnic and religious group.

Their actions required courage and a moral clarity that cut against the chaos of the moment. This clarity doesn’t appear out of nowhere; it emerges from habits practiced long before the moment of crisis arrives.

To build that courage in ourselves, we can also build habits of praise, noticing and naming when others are respectful to people across a divide. Virtues grow where they are socially reinforced. Each person can build accountability by committing with a friend or colleague to one concrete practice of pluralism: asking clarifying questions before responding, summarizing an opposing view before critiquing it, or pausing before posting an incendiary comment online.

These actions are small, but they shape who we are. We can develop our character through repeated patterns of behavior, and a commitment to pluralism can become part of who we are.

Returning to Sri Lanka

Thinking back to my childhood, I remember the evening in 1993 when neighbors gathered outside after news that Sri Lanka’s president at the time, Ranasinghe Premadasa, had been assassinated. We could hear faraway fireworks lit by others who were rejoicing in his passing. And yet we stood together quietly.

The silence of the people around us did not erase our differences; the sound of the fireworks in the distance was a callous reminder of the disagreements that did exist. But to me, our neighbors’ silence affirmed something deeper: that our disagreements did not cancel our shared humanity.

In an era when religious and moral differences often feel like threats to identity, cultivating an individual ethic of pluralism may be one of the most critical civic tasks before us. Pluralism is not who we are by default. But it can be who we become – slowly, deliberately and together.

The Conversation

Eranda Jayawickreme receives funding from the Templeton Religion Trust (grant ID TRT-2024-33487). He is a member of the Labour Party (UK).

ref. Growing up during Sri Lanka’s civil war taught me that getting along with people across divides is a virtue we can learn – https://theconversation.com/growing-up-during-sri-lankas-civil-war-taught-me-that-getting-along-with-people-across-divides-is-a-virtue-we-can-learn-273994