Comment l’IA peut nous aider à dresser le portrait de la population parisienne d’il y a 100 ans

Source: The Conversation – France (in French) – By Sandra Brée, Chargée de recherche CNRS – LARHRA, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Au Réveil Matin, Maison Bénazet, café restaurant du 113 avenue Jean-Jaurès (XIX<sup>e</sup>), vers 1935.
Bibliothèque historique de la Ville de Paris

L’exposition « Les gens de Paris, 1926-1936. Dans le miroir des recensements de population », qui se tient actuellement, et jusqu’au 8 février 2026, au musée Carnavalet-Histoire de Paris, s’appuie sur les recensements de la population parisienne de 1926, de 1931 et de 1936, et contribue à renouveler le regard sur le peuple de la capitale dans l’entre-deux-guerres.


En France, des opérations de recensement sont organisées dès 1801, mais ce n’est qu’à partir de 1836 que des instructions spécifiques sont fournies pour procéder de manière uniforme dans toutes les communes du pays. Le recensement de la population est alors organisé tous les cinq ans, les années se terminant en 1 et en 6, jusqu’en 1946, à l’exception de celui de 1871 qui est reporté à l’année suivante en raison de la guerre franco-prussienne, et de ceux de 1916 et de 1941 qui ne sont pas organisés à cause des deux guerres mondiales.

Des données précieuses sur la population parisienne

Le premier but des recensements de la population est de connaître la taille des populations des communes pour l’application d’un certain nombre de lois. Ils permettent également de recueillir des informations sur l’ensemble des individus résidant dans le pays à un instant t pour en connaître la structure. Ces statistiques sont dressées à partir des bulletins individuels et/ou (selon les années) des feuilles de ménage (les feuilles de ménages récapitulent les individus vivant dans le même ménage et leurs liens au chef de ménage) remplies par les individus et publiées dans des publications spécifiques intitulées « résultats statistiques du recensement de la population ».

Liste nominative du recensement de la population de 1936, population de résidence habituelle, quartier Saint-Gervais (IVᵉ arrondissement).
Archives de Paris : Cote D2M8 553

En plus de ces statistiques, les maires doivent également dresser une liste nominative de la population de leur commune. Mais Paris avait obtenu le droit de ne pas dresser ces listes. C’est le chef du bureau de la statistique parisienne, M. Lambert, qui décide de revenir sur cette exception dès 1926. Les listes nominatives de 1926, de 1931 et de 1936 sont donc les seules, avec celle de 1946, à exister pour la population parisienne.

Si Paris avait obtenu le droit de ne pas dresser ces listes, c’est en raison du coût d’une telle opération pour une population si vaste. La population parisienne compte, en effet, déjà près de 1,7 million d’habitants en 1861, un million de plus en 1901 et atteint son pic en 1921 avec 2,9 millions d’individus. Les données contenues dans ces listes sont particulièrement intéressantes, car elles permettent d’affiner considérablement les statistiques dressées pendant l’entre-deux-guerres.

Une base de données conçue grâce à l’IA

Ces listes, conservées aux Archives de Paris et numérisées puis mises en ligne depuis une dizaine d’années, ont déjà intéressé des chercheurs qui se sont appuyés dessus, par exemple, pour comprendre l’évolution d’une rue ou d’un quartier, mais elles n’avaient jamais été utilisées dans leur ensemble en raison du volume qui rend impossible leur dépouillement pour un chercheur isolé. Voulant également travailler à partir de ces listes – au départ, pour travailler sur la structure des ménages et notamment sur les divorcés –, j’avais moi aussi débuté le dépouillement à la main de certains quartiers.

Registre d’une liste nominative de recensement conservée aux Archives de Paris et présentée dans l’exposition « Les gens de Paris, 1926-1936. Dans le miroir des recensements de population ».
Musée Carnavalet/Paris Musées/Pierre Antoine

La rencontre avec les informaticiens du Laboratoire d’informatique, de traitement de l’information et des systèmes (LITIS), Thierry Paquet, Thomas Constum, Pierrick Tranouez et Nicolas Kempf, spécialistes de l’intelligence artificielle, a changé la donne puisque nous avons entrepris de créer une base de données à partir de l’ensemble des listes nominatives de la population parisienne de 1926, de 1931 et de 1936 dans le cadre du projet POPP. Les 50 000 images, qui avaient déjà été numérisées par les Archives de Paris, ont été traitées par les outils d’apprentissage profond et de reconnaissance optique des caractères développés au LITIS pour créer une première base de données.

Les erreurs de cette première base « brute » étaient déjà très faibles, mais nous avons ensuite, avec l’équipe de sciences humaines et sociales – composée de Victor Gay (École d’économie de Toulouse, Université Toulouse Capitole), Marion Leturcq (Ined), Yoann Doignon (CNRS, Idées), Baptiste Coulmont (ENS Paris-Saclay), Mariia Buidze (CNRS, Progedo), Jean-Luc Pinol (ENS Lyon, Larhra) –, tout de même essayé de corriger au maximum les erreurs de lecture de la machine ou les décalages de colonnes. Ces corrections ont été effectuées de manière automatique, c’est-à-dire qu’elles ont été écrites dans un script informatique permettant leur reproductibilité. Ainsi, nous avons par exemple modifié les professions apparaissant comme « benne » en « bonne » ou bien les « fnène » en « frère ».

Adapter la base à l’analyse statistique

Il a ensuite fallu adapter la base à l’analyse statistique. Les listes nominatives n’avaient, en effet, pas pour vocation d’être utilisées pour des traitements statistiques puisque ces derniers avaient été établis directement à partir des bulletins individuels et des feuilles de ménage. Or, l’analyse statistique requiert que les mots signalant la même entité soient inscrits de la même façon. Cette difficulté est exacerbée dans le cas des listes nominatives : les agents avaient peu de place pour écrire, car les colonnes sont étroites. Ils utilisaient donc des abréviations, notamment pour les mots les plus longs comme les départements de naissance ou les professions.

Nous avons dû par conséquent uniformiser la manière d’écrire l’ensemble des professions, des départements ou des pays de naissance, des situations dans le ménage et des prénoms. Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur différents dictionnaires, c’est-à-dire des listes de mots correspondant à la variable traitée provenant de recherches antérieures ou d’autres bases de données. Ainsi, pour corriger les prénoms, Baptiste Coulmont, qui a travaillé sur cette partie de la base a utilisé les bases Insee des prénoms et des personnes décédées. Marion Leturcq et Victor Gay ont, par ailleurs, utilisé les listes des départements français, des colonies et des pays étrangers, tels qu’ils étaient appelés pendant l’entre-deux-guerres, ou encore la nomenclature des professions utilisées par la Statistique générale de la France (SGF).

Enfin, nous avons créé des variables qui manquaient pour l’analyse statistique que nous souhaitions mener, comme la variable « sexe » qui n’existe pas dans les listes nominatives (alors que le renseignement apparaît dans les fiches individuelles), ou encore délimiter les ménages afin d’en comprendre la composition. Ce travail de correction et d’adaptation de la base est encore en cours, car nous travaillons actuellement à l’ajout d’une nomenclature des professions – afin de permettre une analyse par groupes professionnels  –, ou encore à la création du système d’information géographique (SIG) de la base pour réaliser la géolocalisation de chaque immeuble dans la ville.

Retrouver des ancêtres

La base POPP ainsi créée a déjà été utilisée à différentes fins. Une partie de la base (comprenant les noms de famille – qui, eux, n’ont pas été corrigés –, les prénoms et les adresses) a été reversée aux Archives de Paris pour permettre la recherche nominative dans les images numérisées des listes nominatives. Ce nouvel outil mis en place au début du mois d’octobre 2025 – et également proposé en consultation au sein de l’exposition « Les gens de Paris, 1926-1936. Dans le miroir des recensements de population » – a déjà permis à de nombreuses personnes de retrouver leurs ancêtres.

Il nous a également été possible de fournir les premiers résultats tirés de la base POPP (confrontés aux résultats statistiques des recensements publiés) pour dresser des données de cadrage apparaissant sous forme d’infographies dans l’exposition (créées par Clara Dealberto et Jules Grandin). Ces résultats apparaissent également avec une perspective plus comparative dans une publication intitulée « Paris il y a 100 ans : une population plus nombreuse qu’aujourd’hui et déjà originaire d’ailleurs » (Ined, septembre 2025).

L’heure est maintenant à l’exploitation scientifique de la base POPP par l’équipe du projet dont le but est de dresser le portrait de la population parisienne à partir des données disponibles dans les listes nominatives des recensements de la population, en explorant les structures par sexe et âge, profession, état matrimonial, origine, ou encore la composition des ménages des différents quartiers de la ville.


L’autrice remercie les deux autres commissaires de l’exposition « Les gens de Paris, 1926-1936. Dans le miroir des recensements de population » Valérie Guillaume, directrice du musée Carnavalet – Histoire de Paris, et Hélène Ducaté, chargée de mission scientifique au musée Carnavalet – Histoire de Paris.

The Conversation

Sandra Brée a reçu des financements du CollEx-Persée, de Progedo, de l’humathèque du Campus-Condorcet et du CNRS.

ref. Comment l’IA peut nous aider à dresser le portrait de la population parisienne d’il y a 100 ans – https://theconversation.com/comment-lia-peut-nous-aider-a-dresser-le-portrait-de-la-population-parisienne-dil-y-a-100-ans-269624

Global inequality is as urgent as climate change: the world needs a panel of experts to steer solutions

Source: The Conversation – Africa – By Joseph E. Stiglitz, Professor, Columbia Business School, Columbia University

Given the escalating scale of inequality in the world, shouldn’t countries be banding together to set up an international panel on the issue, along the same lines as the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), the United Nations body set up to assess the science related to climate change? The idea of setting up an international panel on inequality has been recommended by the G20 Extraordinary Committee of Independent Experts on Global Inequality.

The thinking behind the panel is set out in a report delivered to the G20 by the experts on the inequality committee. They argue that the proposed inequality panel would “support governments and multilateral agencies with authoritative assessments and analyses of inequality”. It wouldn’t make any recommendations for countries. Rather it would offer a menu of policies that could be used to address inequality. Panel leader and Nobel laureaute Joseph E. Stiglitz explains what’s behind the idea.

What are the report’s main findings on inequality?

Our report looked at the research on the state of inequality – and the conclusion should alarm us all. Wealth inequality is far worse than income inequality and has intensified in most countries over the last 40 years.

The global increase in income and wealth at the upper end of the scale is particularly worrying. The very richest people are amassing fortunes while ordinary people’s lives stagnate. For every dollar of wealth created since the year 2000, 41 cents have gone to the richest 1% of people, while just one cent has gone to the bottom 50%.

This wealth brings huge influence over economies and politics, threatening economic performance and the very foundations of democracy.

What does the report recommend the G20 countries do to deal with inequality?

Inequality is a choice. There are policies that can reduce it. These include more progressive taxation, debt relief, rewriting global trade rules and curbing monopolies.




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Inequality in Africa: what drives it, how to end it and what some countries are getting right


Our committee found that there has been significant progress in tracking inequality’s scale, drivers and policy solutions. Nevertheless, policymakers still lack sufficient, dependable or accessible information on inequality.

There is a great institutional need for strong inequality analysis.

In 1988, governments set up the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) to assess the data and provide rigorous analyses to help governments tackle the climate emergency. Today, we are in an inequality emergency and need a similar global effort.

That is why our primary recommendation is to establish an International Panel on Inequality.

Drawing from the report, what do you recommend South Africa should do to reduce inequality?

South Africa has shown extraordinary leadership in focusing its G20 presidency on solidarity, equality and sustainability. This report is testament to that. We hope that South Africa will continue to champion our recommendations, particularly the establishment of an International Panel on Inequality.

Our committee chose not to comment on specific policies in specific countries. But our report contains a menu of policies which can tackle inequality. These include national measures like stronger competition laws, pro-worker regulation, investing in public services, and more progressive tax and expenditure policies.

The Conversation

Joseph E. Stiglitz is chair of the G20 Extraordinary Committee of Independent Experts on Global Inequality.

Imraan Valodia does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Global inequality is as urgent as climate change: the world needs a panel of experts to steer solutions – https://theconversation.com/global-inequality-is-as-urgent-as-climate-change-the-world-needs-a-panel-of-experts-to-steer-solutions-270102

L’IA fait peser des risques sur la sécurité nationale, la démocratie et notre système de santé… Quelques pistes pour les réduire

Source: The Conversation – in French – By David Rios Insua, Member of the ICMAT, AXA-ICMAT Chair in Adversarial Risk Analysis and Member of the Spanish Royal Academy of Sciences, Instituto de Ciencias Matemáticas (ICMAT-CSIC)

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle offre d’immenses opportunités, mais fait également peser des risques majeurs sur la démocratie, l’économie, la santé et la sécurité, que seuls des usages responsables, des systèmes plus sûrs et une régulation internationale ambitieuse pourront contenir.


L’intelligence artificielle (IA) s’invite désormais dans presque tous les aspects de notre vie. Nous profitons de ses avantages, comme l’accélération de la découverte de nouveaux médicaments ou l’avènement d’une médecine plus personnalisée grâce à la combinaison de données et d’expertise humaine, souvent sans même nous en rendre compte. L’IA générative, qui permet de créer rapidement du contenu et d’automatiser la synthèse ou la traduction via des outils comme ChatGPT, DeepSeek ou Claude, en est la forme la plus populaire. Mais l’IA ne se limite pas à cela : ses techniques, issues principalement de l’apprentissage automatique, des statistiques et de la logique, contribuent à produire des décisions et des prédictions en réponse aux demandes d’utilisateurs.

Si elle permet désormais d’accélérer des travaux de recherche qui exigeaient autrefois des années, elle peut aussi être détournée, par exemple pour identifier des composants utiles à la mise au point d’armes biochimiques. Elle ouvre la voie à des technologies comme les véhicules autonomes, mais en leurrant leur système de vision, on peut aussi transformer ces véhicules en armes… Les risques liés à l’IA sont multiples et spécifiques, et doivent être compris comme tels, ne serait-ce que parce que les systèmes d’IA sont complexes et s’adaptent avec le temps, ce qui les rend plus imprévisibles. Au rayon des menaces, on trouve notamment les données utilisées pour entraîner les modèles sous-jacents, puisque des données biaisées produisent des résultats biaisés.

Globalement, des acteurs malveillants peuvent utiliser l’IA pour automatiser des attaques à grande vitesse et le faire à très grande échelle. Lorsque l’intelligence artificielle contrôle des systèmes critiques, toute attaque peut avoir des conséquences considérables. Et comme les outils d’IA sont largement accessibles, il est relativement facile de les utiliser pour causer des dommages.

Menaces pour la démocratie et la santé

Plus tôt cette année, le Forum économique mondial de Davos a mentionné les « conséquences négatives des technologies d’IA » dans son Global Risks Report, en raison de leur capacité à perturber la stabilité géopolitique, la santé publique et la sécurité nationale.

Les risques géopolitiques tournent majoritairement autour des élections. Avec l’IA, les possibilités de désinformer se sont multipliées : en quelques clics, un utilisateur peut créer de faux profils, produire des fake news et en adapter le langage pour manipuler avec une précision inquiétante. L’élection présidentielle roumaine de 2024 a été suspendue en raison d’une ingérence étrangère manifeste via les réseaux sociaux. À mesure que l’IA progresse, ces risques ne feront que s’intensifier.

Les conséquences financières de l’IA ne peuvent pas non plus être ignorées. Des fausses informations générées par ces outils sont désormais utilisées pour manipuler les marchés, influencer les investisseurs et faire varier les cours des actions. En 2023, par exemple, une image générée par IA montrant une explosion près du Pentagone, diffusée juste après l’ouverture des marchés américains, aurait provoqué une baisse de la valeur de certains titres. Par ailleurs, des attaques « par exemples contradictoires » – qui consistent à tromper un modèle d’apprentissage automatique en modifiant les données d’entrée pour provoquer des sorties erronées – ont montré qu’il était possible de manipuler des systèmes de scoring de crédit fondés sur l’IA. Conséquence : des prêts étaient octroyés à des candidats qui n’auraient pas dû en bénéficier.

L’IA menace également les systèmes de santé. On se souvient, lors de la pandémie de Covid-19, de la vitesse avec laquelle les fake news sur les vaccins ou les confinements se sont propagées, alimentant la méfiance dans certaines communautés. Au-delà, des systèmes de santé fondés sur l’IA et entraînés sur des données biaisées peuvent produire des résultats discriminatoires, refusant des soins à des populations sous-représentées. Une étude récente du Cedars Sinai a ainsi montré que plusieurs grands modèles de langage (LLM) « proposaient souvent des traitements inférieurs » lorsqu’un patient en psychiatrie était « explicitement ou implicitement présenté » comme afro-américain. Enfin, l’IA a élargi la surface d’exposition des hôpitaux, qui deviennent des cibles de choix.

Nous devons également rester attentifs aux enjeux de sécurité nationale posés par l’IA. La guerre en Ukraine en offre une illustration claire. Le rôle militaire accru des drones dans ce conflit, dont beaucoup sont alimentés par des outils d’IA, est un exemple parmi tant d’autres. Des attaques sophistiquées utilisant l’IA ont mis hors service des réseaux électriques et perturbé des infrastructures de transport. De la désinformation appuyée sur l’intelligence artificielle a été diffusée pour tromper l’adversaire, manipuler l’opinion publique et façonner le récit de la guerre. Clairement, l’IA est en train de redéfinir les champs traditionnels de la guerre.

Son impact s’étend au domaine sociétal, du fait de la suprématie technologique acquise par certains pays et certaines entreprises, mais aussi au domaine environnemental, en raison de la consommation énergétique de l’IA générative. Ces dynamiques ajoutent de la complexité à un paysage mondial déjà fragile.

Une voie vers une IA plus sûre

Les risques liés à l’IA sont en constante évolution et, s’ils ne sont pas maîtrisés, ils pourraient avoir des conséquences potentiellement catastrophiques. Pourtant, si nous agissons avec urgence et discernement, nous n’avons pas à craindre l’IA. En tant qu’individus, nous pouvons jouer un rôle déterminant en interagissant de manière sûre avec les systèmes d’IA et en adoptant de bonnes pratiques. Cela commence par le choix d’un fournisseur qui respecte les standards de sécurité en vigueur, les réglementations locales propres à l’IA, ainsi que le principe de protection des données.

Le fournisseur doit chercher à limiter les biais et être résilient face aux attaques. Nous devons également toujours nous interroger face aux informations produites par un système d’IA générative : vérifier les sources, rester attentifs aux tentatives de manipulation et signaler les erreurs et les abus quand nous en repérons. Nous devons nous tenir informés, transmettre cette vigilance autour de nous et contribuer activement à ancrer des usages responsables de l’IA.

Les institutions et les entreprises doivent exiger des développeurs d’IA qu’ils conçoivent des systèmes capables de résister aux attaques adversariales. Ces derniers doivent prendre en compte les risques d’attaques adverses, en créant des mécanismes de détection s’appuyant sur des algorithmes et, lorsque cela est nécessaire, en remettant l’humain dans la boucle.

Les grandes organisations doivent également surveiller l’émergence de nouveaux risques et former des équipes réactives, expertes en analyse du « risque adversarial ». Le secteur de l’assurance développe d’ailleurs désormais des couvertures spécifiquement vouées à l’IA, avec de nouveaux produits destinés à répondre à la montée des attaques adverses.

Enfin, les États ont eux aussi un rôle déterminant à jouer. Beaucoup de citoyens manifestent leur souhait que les IA respectent les droits humains et les accords internationaux, ce qui suppose des cadres législatifs solides. Le récent AI Act européen, première réglementation visant à favoriser un développement responsable de l’IA en fonction des niveaux de risque des systèmes, en est un excellent exemple. Certains y voient une charge excessive, mais je considère qu’il devrait être perçu comme un moteur destiné à encourager une innovation responsable.

Les gouvernements devraient également soutenir la recherche et l’investissement dans des domaines comme l’apprentissage automatique sécurisé, et encourager la coopération internationale en matière de partage de données et de renseignement, afin de mieux comprendre les menaces globales. (L’AI Incident Database, une initiative privée, offre un exemple remarquable de partage de données.) La tâche n’est pas simple, compte tenu du caractère stratégique de l’IA. Mais l’histoire montre que la coopération est possible. De la même manière que les nations se sont accordées sur l’énergie nucléaire et les armes biochimiques, nous devons ouvrir la voie à des efforts similaires en matière de supervision de l’IA.

En suivant ces orientations, nous pourrons tirer le meilleur parti du potentiel immense de l’IA tout en réduisant ses risques.


Créé en 2007 pour aider à accélérer et partager les connaissances scientifiques sur des questions sociétales clés, le Fonds Axa pour la recherche – qui fait désormais partie de la Fondation Axa pour le progrès humain – a soutenu plus de 750 projets à travers le monde sur des risques environnementaux, sanitaires et socio-économiques majeurs. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site web du Fonds Axa pour la recherche ou suivez @AXAResearchFund sur LinkedIn.

The Conversation

David Rios Insua a reçu des financements du ministère espagnol des Sciences, de l’Innovation et des Universités, des programmes H2020 et HE de la Commission européenne, de l’EOARD, du SEDIA espagnol, de la Fondation BBVA et de CaixaBank.

ref. L’IA fait peser des risques sur la sécurité nationale, la démocratie et notre système de santé… Quelques pistes pour les réduire – https://theconversation.com/lia-fait-peser-des-risques-sur-la-securite-nationale-la-democratie-et-notre-systeme-de-sante-quelques-pistes-pour-les-reduire-266835

High-rise living in Nairobi’s Pipeline estate is stressful – how men and women cope

Source: The Conversation – Africa – By Mario Schmidt, Associate Researcher, Max Planck Institute for Social Anthropology

Within sight of Kenya’s main international airport in Nairobi’s east, Pipeline residential estate stands out like a sore thumb. Composed almost entirely of tightly packed high-rise tenement flats, the estate has been described by the media as an urban planning nightmare. They point to its garbage problem, its waterlogged and frequently impassable streets, and the effect of dense living conditions on children’s health.

Pipeline’s transformation started roughly two decades ago. High-rise apartment blocks were a response to demand for low-cost rental housing in the rapidly urbanising capital. Individual private developers gradually converted the area, roughly 2km², into a dense, high-rise residential district. On average each block of flats hosts 200 or 300 tenants.

Pipeline is an example of how private sector developers can contribute to solving Nairobi’s housing crisis. But it’s also an example of how unregulated and poorly planned housing construction can have a negative impact on the social, economic and psychological well-being of households.

Pipeline is not the only tenement district in Nairobi. But it is one of the densest neighbourhoods in the city of over 4 million. The quality of buildings varies, but there are similarities:

  • rental flats mainly comprise single rooms with shared ablutions

  • unit design gives little attention to lighting, air circulation, or open space

  • tenants are forced into unfavourable rental relationships, where delays or default in payments can lead to water or electricity cuts.

The flats in Pipeline are almost exclusively inhabited by rural-urban migrants. They are attracted here by cheap accommodation and the promise of modernity. The flats have running water, tiled floors, individual electric meters and formal rental agreements.

We are researchers who study urban development, urban migration, and urban communities. Our fieldwork research sought to understand how the physical and social spaces created in neighbourhoods like Pipeline shape the experience of stress and pressure among men and women. We also looked at the strategies they apply to cope or reduce social, economic and romantic pressure.

Pipeline is a marked improvement from the options provided in Nairobi’s traditional informal settlements. Still, most basic services in the area are intermittent, or privatised. This is because the unplanned densification has outpaced the capacity of public infrastructure and services. This forces residents to pay for education, health, water, recreation and other services.




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Many of these tenants are unemployed, or employed in low-wage industrial work, precarious gig work, or domestic work.

We found that men and women experience and try to cope with stress in diverse ways. Both men and women located the cause of their distress within their marital home. But the meanings and reactions to that stress diverged sharply in the migrant household.

We found that migrant men tend to experience stress in the form of pressure and migrant women in the form of tiredness.

Previous evidence points to the different ways in which stress is experienced based on biological differences between men and women. However, we propose that the tight coupling between men and pressure and between women and tiredness is the result of the expectation that men will be breadwinners. This drives men towards action and prevents women from expressing a will towards action.

Fieldwork and findings

We discovered our shared interest in studying Nairobi’s high-rise estates during a workshop on urban Nairobi.

Mario had carried out longitudinal ethnographic work with rural–urban migrants in Pipeline. His two-year-long fieldwork mostly took place in near-exclusively male spaces, such as gyms, barber shops and bars. Roughly 50 in-depth qualitative interviews revealed how men navigated urban lives that were increasingly defined by stress, pressure and exhaustion.

Miriam’s research focused on how Nairobi’s privately developed low-cost tenement precincts created environments of everyday urban dysfunction.

After the first meeting, we concluded that it would be beneficial to get a deeper understanding of women’s experiences of stress. This would help us to understand men’s and women’s experiences of stress and pressure. It would also enable us to compare how these different groups managed and coped with stress.

We designed a semi-structured questionnaire and conducted interviews with a dozen female residents. The interviewees spanned single and married women, members of a financial self-help group (chama), female neighbours who usually spent time together on balconies, a sex worker, and an entrepreneur who owned a hair salon.

Comparing the two sets of interviews provides ethnographic support for our hypothesis, which is that men and women tend to experience different types of stress: masculine “pressure” and feminine “tiredness”.

Masculine pressure is defined as an experience that provokes action. The pressure is intrinsically attached to the cause of stress and driven by the hope that overcoming it will promise social validation linked to the male provider model.

The male interviewees tended to engage in outward-oriented strategies to overcome this pressure. These include social drinking, extramarital affairs, or violent reaffirmations of gender identity. In this way, the form and design of Pipeline offered plentiful avenues for commercialised, stress-reducing activities.




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In contrast, feminine tiredness emerged as an experience that inhibited action. Female respondents were constrained from aggressive responses, lest they risk being branded immoral or losing vital male financial support.

Married women, or single parents, found themselves largely confined to the small apartments. Their inward-oriented coping strategies were sometimes identified as “doing nothing” or watching TV, or performing household tasks. This passive endurance of stress was also seen as a means to “persevere” (Kiswahili: kuvumulia). In some cases, women used intermediate semi-private spaces, such as balconies, chamas or church, to connect with neighbours.

Taken together, these responses and expectations structure the modes by which male and female migrants react to or attempt to mitigate or relieve stress. This stress is not only caused by poverty but by expectations of middle-class success, ideals of romantic family life and economic progression.

Conclusions

As yet, there are no policies or programmes that seek to reverse the complex challenges created through neighbourhoods like Pipeline. Kenya’s national affordable housing programme is focused on home-ownership solutions. However, with over 90% of the city’s population renting their dwellings, and 87% renting from private individuals, Nairobi needs a better solution for rental housing.




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Kenya’s push for affordable housing is creating opportunities despite barriers


This could be through redevelopment and area-based upgrading, expansion of basic social and community services, incentives for private developers to incrementally upgrade their housing stock, rental and tenant protection legislation, and support for sustainable, communal, and cooperative housing alternatives spearheaded by citizens themselves.

The Conversation

Mario Schmidt received funding from the German Research Foundation and the Max Planck Institute for Social Anthropology. He currently works for Busara, Nairobi (Kenya).

Miriam Maina undertook this research as part of her Postdoctoral research work at the African Cities Research Consortium (ACRC) in the University of Manchester. The ACRC is a a six-year investment by FCDO to fund new, operationally-relevant research to address intractable development challenges in African cities.

ref. High-rise living in Nairobi’s Pipeline estate is stressful – how men and women cope – https://theconversation.com/high-rise-living-in-nairobis-pipeline-estate-is-stressful-how-men-and-women-cope-265499

Africa’s hidden stillbirth crisis: new report exposes major policy and data gaps

Source: The Conversation – Africa (2) – By Mary Kinney, Senior Lecturer with the Global Surgery Division, University of Cape Town

Nearly one million babies are stillborn in Africa every year. Behind every stillbirth is a mother, a family and a story left untold. Most of these are preventable, many unrecorded, and too often invisible. Each number hides a moment of heartbreak, and every uncounted loss represents a missed opportunity to learn and to act.

As a public health researcher specialising in maternal and newborn health, I have spent the past two decades working on strengthening health systems and quality of care across Africa. My research has focused on understanding how health systems can prevent stillbirths and provide respectful, people-centred care for women and newborns. Most recently, I was part of the team that led a new report called Improving Stillbirth Data Recording, Collection and Reporting in Africa. It is the first continent-wide assessment of how African countries record and use stillbirth data.

The study, conducted jointly by the Africa Centres for Disease Control and Prevention, the University of Cape Town, the London School of Hygiene & Tropical Medicine and the United Nations Children’s Fund, surveyed all 55 African Union member states between 2022 and 2024, with 33 countries responding.

The burden of stillbirths in Africa is staggering. Africa accounts for half of all stillbirths globally, with nearly eight times higher rates than in Europe. Even stillbirths that happen in health facilities may never make it into official statistics despite every maternity registry documenting this birth outcome.

Part of the challenge is that there are multiple data systems for capturing births and deaths, including stillbirths, like routine health information systems, civil registration and other surveillance systems. But these systems often don’t speak to each other either within countries or between countries. This data gap hides both the true burden and the preventable causes.

Despite advances in several countries to prevent stillbirths, large gaps remain, especially on data systems. Only a handful of African countries routinely report stillbirth data to the UN, and many rely on outdated or incomplete records. Without reliable, comparable data, countries cannot fully understand where and why stillbirths occur or which interventions save lives.

Strengthening stillbirth data is not just about numbers; it is about visibility, accountability and change. When countries count every stillbirth and use the data for health system improvement, they can strengthen care at birth for mothers and newborns and give every child a fair start in life.

Findings

The report was based on a regional survey of ministries of health. This was followed by document reviews and expert consultations to assess national systems, policies and practices for stillbirth reporting and review.

The report reveals that 60% of African countries have national and sub-national committees responsible for collecting and using stillbirth data, which produce national reports to respective health ministries. But data use remains limited. Capacity gaps, fragmented systems and insufficient funding prevents many countries from translating information into action.

To guide investment and accountability, the report categorises countries into three readiness levels:

  1. Mature systems needing strengthening, such as Kenya, Rwanda and Uganda. These countries have consistent data flows but need more analysis and use.

  2. Partial systems requiring support, where reporting mechanisms exist but are not systematically implemented, like Ghana, Malawi and Tanzania.

  3. Foundational systems still being built, including fragile or conflict-affected countries like South Sudan and Somalia. Here, policies and structures for data collection and use remain absent.

The findings show both progress and persistent gaps. Two-thirds of African countries now include stillbirths in their national health strategies, and more than half have set reduction targets. Nearly all countries report that they routinely record stillbirths through their health sectors using standard forms and definitions, yet these definitions vary widely. Most systems depend on data reported from health facilities. But the lack of integration between health, civil registration and other data systems means that countless losses never enter national statistics.

For example, if a woman delivers at home alone in Mozambique and the baby is stillborn, the loss is only known to the family and community. Without a facility register entry or civil registration notification, the death never reaches district or national statistics. Even when a stillbirth occurs in a health centre, the health worker may log it in a facility register but not report it to the civil registration system. This means the loss of the baby remains invisible in official data.

What this means

Stillbirths are a sensitive measure of how health systems are performing. They reflect whether women can access timely, quality care during pregnancy and at birth. But unlike maternal deaths, which are often a benchmark for health system strength, stillbirths remain largely absent from accountability frameworks.

Their causes, like untreated infections, complications during labour, or delays in accessing emergency caesarean sections, are often preventable. The same interventions that prevent a stillbirth also reduce maternal deaths. These improve newborn survival, and lay the foundation for better health and development outcomes in early childhood.

Accurate data on stillbirths can guide clinical care and direct scarce resources to where they are needed most. When data systems are strong, leaders can identify where and why stillbirths occur, track progress and make informed decisions to prevent future tragedies.

The analysis also highlights promising signs of momentum. Over two-thirds of countries now reference stillbirths in national health plans, an important marker of growing political attention. Several countries are moving from isolated data collection to more coordinated, system-wide approaches. This progress shows that change is possible when stillbirths are integrated into national health information systems and supported by investment in workforce capacity, supervision and data quality.

What’s needed

Africa has the knowledge, evidence and experience to make change happen.

The report calls for harmonised definitions, national targets and stronger connections and data use between the different data sources within and across African countries. Above all, it calls for collective leadership and investment to turn information into impact, so that every stillbirth is counted, every death review leads to learning and no parent grieves alone.

The author acknowledges and appreciates the partners involved in developing the report and the support from the Global Surgery Division at UCT.

The Conversation

Mary Kinney and the team at UCT receive funding from UNICEF, Laerdal Foundation, and the South African Medical Research Council.

ref. Africa’s hidden stillbirth crisis: new report exposes major policy and data gaps – https://theconversation.com/africas-hidden-stillbirth-crisis-new-report-exposes-major-policy-and-data-gaps-268901

Effets secondaires des chimiothérapies : une molécule française prometteuse pour lutter contre les neuropathies périphériques, dont souffrent près de 90 % des patients

Source: The Conversation – in French – By Laurence Lafanechère, Directrice de recherche CNRS, Université Grenoble Alpes (UGA)

Une nouvelle molécule capable de protéger les neurones des effets toxiques de la chimiothérapie, tout en renforçant l’efficacité de certains traitements anticancéreux, a été découverte et offre des résultats prometteurs chez l’animal. Une start-up a été créée pour continuer son développement et mener des études chez l’humain.


Picotements dans les mains et les pieds, brûlures, douleurs, perte de sensibilité, sensation d’engourdissement… Les neuropathies périphériques figurent parmi les effets secondaires les plus fréquents de la chimiothérapie, touchant jusqu’à 90 % des patients pour certains traitements. Leur sévérité conduit parfois les praticiens à ajuster, voire à réduire les doses de chimiothérapie, ce qui peut en diminuer l’efficacité.

Dans un cas sur quatre, ces atteintes nerveuses persistent des mois, voire des années après la fin du traitement. Elles rappellent alors chaque jour aux patients qu’ils ont eu un cancer – alors même que leurs cheveux ont repoussé et que les nausées ou la fatigue ont disparu. Aucun droit à l’oubli, même une fois la maladie vaincue

À ce jour, hormis le port de gants et de chaussons réfrigérants pendant les séances de chimiothérapie – une méthode pas toujours efficace et souvent désagréable –, aucun traitement préventif n’existe. Quelques médicaments palliatifs sont utilisés, pour atténuer la douleur, avec une efficacité modeste.

Notre équipe, en collaboration avec des chercheurs états-uniens et français, vient de franchir une étape importante avec la découverte d’un composé, baptisé Carba1, capable de protéger les neurones des effets toxiques de la chimiothérapie, tout en renforçant l’efficacité de certains traitements anticancéreux. Ces travaux viennent d’être publiés dans la revue Sciences Advances.

Une molécule, deux cibles

Carba1 appartient à la famille des carbazoles, une classe de molécules développée par les chercheurs du Centre d’études et de recherche sur le médicament de Normandie (CERMN), avec lesquels nous collaborons depuis plus de dix ans.

Nos travaux ont mis en évidence que Carba1 agit sur deux cibles principales.

Premièrement, Carba1 interagit avec la tubuline, la brique de base des microtubules. Selon les besoins de la cellule, ces briques peuvent s’assembler pour former soit des « câbles » capables de tirer et de séparer les chromosomes lors de la division cellulaire, soit des « rails » sur lesquels se déplacent des moteurs moléculaires transportant nutriments et organites comme les mitochondries, assurant ainsi la distribution de l’énergie et des ressources dans toute la cellule.

Ce système de transport est particulièrement essentiel dans les cellules nerveuses, dont les prolongements peuvent atteindre plus d’un mètre de longueur, par exemple les neurones qui partent du ganglion rachidien, près de la moelle épinière et vont innerver la peau des pieds. De nombreux médicaments anticancéreux, tels que le paclitaxel (Taxol) ou le docétaxel (Taxotère), ciblent déjà ces structures afin de bloquer la prolifération des cellules tumorales. Cependant, cette action n’est pas sans conséquence : les neurones, eux aussi dépendants des microtubules pour le transport de leurs constituants, en sont affectés, ce qui constitue l’une des causes majeures des neuropathies.

Nous avons montré que Carba1 modifie subtilement les microtubules : il perturbe leur extrémité, favorisant la liaison du paclitaxel. Cette interaction permet d’utiliser des doses plus faibles du médicament anticancéreux sans perte d’efficacité contre les tumeurs.

Mais ce n’est pas tout.

Des neurones plus résistants

Deuxièmement, en examinant plus en détail les propriétés de Carba1, nous avons découvert qu’il agit également sur un autre front : le métabolisme énergétique. Les neurones figurent parmi les cellules les plus gourmandes en énergie, et la défaillance bioénergétique est considérée comme l’un des principaux facteurs contribuant à la dégénérescence neuronale.

Nos résultats montrent que Carba1 active directement une enzyme clé, la nicotinamide phosphoribosyltransférase (NAMPT), qui relance la production de NAD⁺, molécule cruciale pour la génération d’énergie. Résultat : les neurones deviennent plus résistants au stress métabolique et survivent mieux aux agressions des agents chimiothérapeutiques.

Nous avons confirmé l’effet neuroprotecteur de Carba1 sur des cultures de neurones exposées à trois agents chimiothérapeutiques connus pour induire une neuropathie, via des mécanismes différents : le paclitaxel (ciblant les microtubules), le cisplatine (agent alkylant) et le bortézomib (inhibiteur du protéasome).

Contrairement aux cultures témoins où s’étendent des prolongements neuritiques lisses et vigoureux, dans les cultures traitées par ces médicaments, les prolongements présentent un aspect fragmenté, caractéristique d’un processus de dégénérescence. En revanche, lorsque les neurones sont exposés à ces mêmes traitements en présence de Carba1, leurs prolongements demeurent intacts, indiscernables de ceux des cultures non traitées. Ces observations indiquent que Carba1 protège efficacement les neurones de la dégénérescence induite par ces agents neurotoxiques.

Des résultats encourageants chez l’animal

Pour aller plus loin, nous avons testé Carba1 dans un modèle de neuropathie chez le rat traité au paclitaxel, développé par le Dr David Balayssac à Clermont-Ferrand (unité Neurodol). Ce traitement provoque une hypersensibilité cutanée : les rats réagissent à des pressions très faibles sur leurs pattes, un signe de douleur neuropathique. L’analyse histologique montre également une diminution des terminaisons nerveuses intra-épidermiques, tandis que le sang présente des taux élevés de NfL (chaîne légère de neurofilaments), marqueur de dégénérescence neuronale.

Lorsque Carba1 est administré avant et pendant le traitement, ces altérations disparaissent : les nerfs restent intacts, la concentration de NfL demeure normale et la sensibilité cutanée des animaux reste inchangée. Autrement dit, Carba1 protège les neurones de la dégénérescence induite par le paclitaxel. Signe rassurant, Carba1 n’impacte pas la croissance tumorale.

Comme les neurones, les cellules cancéreuses consomment beaucoup d’énergie. Il était donc essentiel de vérifier que Carba1 n’avait pas d’effet pro-tumoral et qu’il ne diminuait pas l’efficacité du paclitaxel. Pour le savoir, nous avons administré Carba1 seul, ou en association avec une dose thérapeutique de paclitaxel, à des souris porteuses de tumeurs greffées. Les résultats sont clairs : Carba1 n’a provoqué aucun effet toxique, ni altéré la santé générale des animaux, ni stimulé la croissance des tumeurs. Il n’interfère pas non plus avec l’action anticancéreuse du paclitaxel.

Une nouvelle voie vers des traitements mieux tolérés

Cette découverte est particulièrement enthousiasmante, car elle combine deux effets rarement réunis :

  • renforcer l’efficacité des médicaments anticancéreux de la famille du paclitaxel (taxanes) en permettant d’en réduire la dose ;

  • préserver les nerfs et améliorer la qualité de vie des patients pendant et après le traitement.

Avant d’envisager un essai clinique chez l’humain, plusieurs étapes restent indispensables. Il faut d’abord confirmer la sécurité de Carba1 chez l’animal, déterminer la dose minimale efficace et la dose maximale tolérée. Enfin, il sera nécessaire de mettre au point une formulation adaptée à une administration chez l’humain.

Cette mission incombe désormais à la start-up Saxol, issue de cette recherche, dont je suis l’une des cofondatrices. Si ces étapes – qui devraient s’étendre sur cinq ans au moins, selon les défis techniques et les levées de fonds – se déroulent comme prévu, Carba1 pourrait devenir le premier traitement préventif contre la neuropathie induite par la chimiothérapie – une avancée majeure qui pourrait transformer la façon dont les patients vivent leur traitement anticancéreux.

Carba1 incarne une innovation à l’interface de la chimie, de la neurobiologie et de l’oncologie. En associant protection neuronale et renforcement de l’efficacité thérapeutique, cette petite molécule pourrait, à terme, réconcilier traitement du cancer et qualité de vie. Pour les millions de patients confrontés à la double épreuve du cancer et de la douleur neuropathique, elle représente un espoir concret et prometteur.

The Conversation

Laurence Lafanechère est cofondatrice et conseillère scientifique de la Société SAXOL.
Pour mener ses recherches elle a reçu des financements de :
Société d’Accélération de Transfert de Technologies Linksium Maturation grant CM210005, (L.L)
Prématuration CNRS (LL)
Ligue contre le Cancer Allier et Isère (LL, C.T, D.B.)
Ruban Rose (LL)

ref. Effets secondaires des chimiothérapies : une molécule française prometteuse pour lutter contre les neuropathies périphériques, dont souffrent près de 90 % des patients – https://theconversation.com/effets-secondaires-des-chimiotherapies-une-molecule-francaise-prometteuse-pour-lutter-contre-les-neuropathies-peripheriques-dont-souffrent-pres-de-90-des-patients-269727

L’alcool, un facteur de risque majeur dans les violences sexuelles entre étudiants ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Bègue-Shankland, Professeur de psychologie sociale, membre honoraire de l’Institut universitaire de France (IUF), directeur de la MSH Alpes (CNRS/UGA), Université Grenoble Alpes (UGA)

Dans l’enseignement supérieur, la consommation d’alcool entre étudiants pourrait jouer un rôle majeur dans la survenue de violences sexuelles. C’est ce que suggère une enquête française menée en 2024 sur plus de 65 000 étudiants. Des recherches doivent être conduites pour mettre au jour les mécanismes à l’œuvre et accompagner les actions de prévention.


Les violences sexuelles touchent aujourd’hui des millions de femmes et d’hommes à travers le monde et leurs conséquences sur la santé physique et psychologique des victimes ne sont plus à démontrer.

3919, le numéro national d’écoute de Violences Femmes Info

  • Anonyme et gratuit, ce numéro est destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels concernés.
  • Il est accessible depuis un poste fixe et un mobile en France hexagonale et dans les DROM.

Des violences sexuelles dans les universités et les grandes écoles

Dans le sillage de #MeToo, aujourd’hui, ces violences sont dénoncées aussi dans l’enseignement supérieur, notamment entre étudiants.

En France, universités et grandes écoles ont pris conscience de l’importance de ces violences, par exemple avec le mouvement #sciencesporcs (qui met en cause des étudiants mais également des professeurs, ndlr). En plus de leurs conséquences sur la santé mentale des victimes, les violences sexuelles entre étudiants augmentent les risques de désinvestissement du cursus et d’abandon des études.

Dans l’enseignement supérieur comme ailleurs, il existe de nombreuses actions susceptibles de lutter contre ces violences. Au-delà de prises de conscience nécessaires, les campagnes de sensibilisation ne permettent pas toujours de constater des effets. Identifier les facteurs de risques fréquemment présents dans les situations de violence est une piste prometteuse.

Les numéros d’urgence à contacter si vous êtes victime de violences sexistes et sexuelles

  • Le 15 : le numéro des urgences médicales (SAMU).
  • Le 17 : le numéro de la police et de la gendarmerie.
  • Le 18 : le numéro des pompiers.
  • Le 114 : en remplacement du 15, du 17 et du 18 pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques, dysphasiques.

L’alcool, souvent impliqué dans des situations de violences sexuelles

Pour des raisons qui relèvent de ses propriétés psychopharmacologiques mais aussi du fait de ses significations culturelles, l’alcool fait partie des facteurs de risques de violences et sa place dans des crimes incluant des violences sexuelles a fait l’objet de nombreuses études.

Une enquête irlandaise auprès de 6 000 étudiantes et étudiants indiquait, par exemple, que deux tiers des victimes pensaient que l’agresseur avait bu de l’alcool ou consommé des drogues juste avant les faits. Selon une synthèse de 34 études, l’alcool augmente de manière causale les risques de violences sexuelles indépendamment du profil des consommateurs.

Enfin, dans une enquête plus récente menée en France auprès de 66 767 étudiants dans l’enseignement supérieur, l’auteur était alcoolisé dans 62 % des tentatives d’agression sexuelle et 56 % des agressions sexuelles effectives, selon les estimations des victimes. C’était le cas dans 42 % des tentatives de viol et 43 % des viols. Si l’on prend en compte, pour chaque situation de violence sexuelle, la prise d’alcool cumulée des auteurs et des victimes, l’alcool était présent dans près de la moitié à deux tiers des violences sexuelles.

Vulnérabilité accrue de la victime alcoolisée

L’alcool consommé par une victime potentielle pourrait fonctionner comme un véritable signal de sélection pour les auteurs. Une observation systématique menée dans des bars, pubs et clubs en Amérique du Nord suggérait qu’indépendamment de la consommation des individus qui l’approchaient, plus une femme avait consommé d’alcool, plus les consommateurs masculins se montraient envahissants et sexuellement agressifs par leurs gestes, leurs commentaires, leur refus de la laisser seule ou leur tendance à l’attraper ou à la toucher de manière inappropriée.

Quelques recherches se sont concentrées sur les situations rencontrées par de jeunes femmes lors de leur entrée à l’université. L’alcool pourrait altérer les capacités de jugement et d’autodéfense des victimes. Ces dernières connaîtraient davantage de comportements à risque et subiraient notamment plus d’expériences sexuelles perçues comme négatives quand elles boivent davantage. Et à partir d’un certain seuil d’alcoolisation, le risque semble s’intensifier.

Dans l’enquête française de 2024, les victimes se souvenaient avoir consommé de l’alcool dans 47,5 % des cas de tentative d’agression sexuelle, 44 % des agressions sexuelles, 35 % des cas de viol et 37 % des viols. De plus, les victimes de viol (ou de tentatives de viol) indiquaient dans presque 40 % des cas avoir consommé cinq verres d’alcool ou davantage.

L’analyse du lien entre les habitudes de consommation et la victimation a confirmé l’importance de l’usage chronique d’alcool. Notamment chez les femmes, plus les consommations habituelles étaient élevées, plus les risque de victimation sexuelle augmentait. Par exemple, 15 % de celles qui se situaient dans le premier tiers de la distribution du score du questionnaire AUDIT (soit les femmes ayant les consommations les plus faibles) avaient été victimes de violences sexuelles, contre 26 % de celles qui se situaient dans le tiers intermédiaire et 35 % de celles qui étaient dans le tiers supérieur.

Le questionnaire AUDIT, pour faire le point sur sa consommation d’alcool

  • Le questionnaire AUDIT (« Alcohol Use Disorders Identification Test » ou « Test pour faire l’inventaire des troubles liés à l’usage d’alcool») est un test simple en dix questions. Il a été développé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour déterminer si une personne présente un risque d’addiction à l’alcool.



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Ces chiffres soulignent aussi le fait que les femmes peuvent être victimes de violences sexuelles, même si elles consomment peu ou pas d’alcool. L’alcool interviendrait comme un facteur qui élève la probabilité de victimation à plusieurs niveaux : la reconnaissance de composantes de risque dans une situation donnée, leur interprétation et la réponse à apporter dans cette situation.

Selon une étude datant de 1999, l’alcool diminuerait notamment la capacité des victimes à réagir en cas d’agression, à se défendre ou à quitter les lieux. Un témoignage suggère qu’après les faits, une victime peut considérer que l’alcool a perturbé son jugement et accru sa vulnérabilité.

Une victime témoignait ainsi :

« Si je n’avais pas bu, je n’aurais jamais quitté le bar avec lui. J’ai essayé d’arrêter, mais j’étais tellement ivre et confuse. »

Quelle consommation d’alcool sur les campus ?

Des travaux de recherche montrent que la consommation d’alcool des étudiants sur un campus universitaire est listée, avec d’autres critères, comme un facteur pouvant favoriser les violences sexuelles. Une étude de 2004 menée sur 119 campus états-uniens indiquait que, par rapport à un campus où la consommation était plus faible, les personnes se trouvant sur des campus où les consommations massives étaient plus importantes avaient un risque de victimation sexuelle supérieur.

Enfin, dans de nombreux cas, l’auteur et la victime d’une agression sexuelle se trouvent dans un lieu fréquenté par d’autres personnes. Ces témoins peuvent exercer une action potentiellement protectrice. Cependant, les témoins qui ont consommé de l’alcool interviennent moins fréquemment dans une situation à risque impliquant des personnes, connues ou non.

En conclusion, il apparaît que l’alcool constitue un facteur majeur de risque de victimation sexuelle dans l’enseignement supérieur. Bien que de nombreux autres facteurs importants soient en jeu, l’alcool est une composante sur laquelle il est plus facile d’intervenir à court terme que les croyances culturelles ou les caractéristiques individuelles des auteurs.

Pour cette raison, les institutions qui accueillent des étudiants ne peuvent négliger les mesures de prévention efficientes, dont certaines sont actuellement en cours d’implémentation dans le contexte universitaire français, sous l’impulsion de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).


Faire un signalement en ligne

En cliquant sur le lien de la plateforme gouvernementale « Arrêtons les violences », il est possible de signaler en ligne des violences sexuelles et sexistes et de trouver une association pour se faire accompagner.

The Conversation

Philippe Arvers est administrateur de : la Société francophone de tabacologie, la Fédération française d’addictologie, l’Institut Rhône-Alpes-Auvergne de tabacologie, Promotion Santé Auvergne-Rhône-Alpes, la Mutualité Française de l’Isère (MFI-SSAM)

Laurent Bègue-Shankland ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’alcool, un facteur de risque majeur dans les violences sexuelles entre étudiants ? – https://theconversation.com/lalcool-un-facteur-de-risque-majeur-dans-les-violences-sexuelles-entre-etudiants-265588

Syndicats : la longue marche des femmes pour se faire entendre

Source: The Conversation – in French – By Fanny Gallot, Historienne, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Si deux femmes sont aujourd’hui à la tête de deux des principaux syndicats français, les organisations syndicales ont mis du temps à intégrer les questions féministes. Dans le chapitre « En finir avec un syndicalisme d’hommes » de l’ouvrage collectif « Théories féministes » (Seuil, septembre 2025), l’historienne Fanny Gallot raconte leur difficile mue féministe au sein d’un mouvement ouvrier au départ méfiant envers le travail des femmes.


Si les revendications féministes ont longtemps été perçues par les organisations syndicales comme divisant la classe ouvrière et représentant des intérêts considérés comme bourgeois, elles ont néanmoins servi d’aiguillon, jouant un rôle fondamental dans la prise en compte des droits sociaux et professionnels des femmes. Pour mieux saisir les défis théoriques et militants actuels dans l’articulation entre revendications féministes et orientations syndicales, il importe de revenir sur l’histoire de l’articulation entre ces mouvements.

Pour la période d’avant 1914, l’historienne Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard rappelle la méfiance du mouvement ouvrier envers le travail des femmes, perçu comme une menace pour les salaires masculins et l’organisation traditionnelle du travail. « Ménagère ou courtisane », écrivait Pierre-Joseph Proudhon au milieu du XIXe siècle à propos du rôle des femmes dans la société : leur travail professionnel était loin d’être alors une évidence. Au tournant du XXe siècle, ces orientations expliquent leur faible syndicalisation et les tensions entre objectifs féministes et syndicaux, tandis que les femmes ne peuvent se syndiquer sans l’autorisation de leur mari jusqu’en 1920.

Résistance syndicale à l’intégration des femmes

En 1901, l’affaire Berger-Levrault, analysée par l’historien François Chaignaud, est emblématique des tensions entre féminisme et syndicalisme : la direction de l’imprimerie Berger-Levrault (à Nancy, ndlr) fait appel à des ouvrières pour remplacer des grévistes masculins, ce qui provoque un conflit avec le Syndicat des femmes typographes. En 1913, une typographe voit ainsi son adhésion syndicale refusée sous prétexte qu’elle est mariée à un syndiqué (le fond du problème, c’est qu’elle est elle-même typographe et que la Fédération du Livre voyait d’un mauvais œil le travail des femmes, ndlr) : c’est l’affaire Couriau, qui illustre bien la résistance syndicale à l’intégration des femmes et montre comment le travail féminin est perçu comme dévalorisant les conditions salariales globales, limitant la reconnaissance des femmes comme partenaires légitimes dans la lutte sociale.

Les organisations syndicales relèguent ainsi les revendications portant sur l’égalité salariale au second plan, au profit de la lutte des classes considérée comme prioritaire, et ce d’autant plus que le travail des femmes, moins bien rémunéré, tendrait à « tirer les salaires vers le bas ».

Seule photographie connue de Lucie Baud, non datée.

Les femmes sont alors perçues comme des travailleuses temporaires apportant un salaire d’appoint au ménage : c’est le salaire de l’homme gagne-pain qui est censé nourrir l’ensemble de la famille.

Des initiatives pionnières, à l’image de celles de Lucie Baud, syndicaliste et ouvrière en soierie, révèlent néanmoins l’implication des femmes dans les grèves et leur appropriation de l’outil syndical pour lutter contre des conditions de travail inhumaines.

De leur côté, les institutrices s’organisent en amicales puis en syndicats et groupes d’études. […] Les femmes vont ensuite participer massivement aux grèves de mai-juin 1936 dans tous les secteurs et sur l’ensemble du territoire.




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Tandis que Martha Desrumaux coordonne les grèves du textile dans le Nord, les femmes des grands magasins – où elles composent 80 % de la main-d’œuvre – entrent dans la mobilisation et occupent leurs lieux de travail bien qu’elles n’y soient pas toujours bien accueillies par les hommes, y compris syndicalistes.

Cependant, la plupart du temps, elles ne prennent pas la tête des mobilisations. Malgré leur participation active aux grèves et la montée en puissance de la revendication « à travail égal, salaire égal » depuis les années 1920, l’écart de salaires entre les femmes et les hommes est maintenu, le patronat autant que les syndicats tenant à cette différenciation. Si la revendication est formellement portée par les structures syndicales sous la pression des militantes, elle n’est pas prioritaire et n’est pas reprise par les hommes qui, seuls, participent aux négociations.

La difficile mue féministe des syndicats

Après la Seconde Guerre mondiale, la création de commissions féminines au sein des syndicats, notamment à la CGT, marque un tournant. Ces structures, destinées à intervenir spécifiquement auprès des salariées, restent cependant limitées dans leur portée. Ce n’est qu’à partir des années 1960 que des avancées significatives émergent, bien que l’idée de complémentarité naturalisée des sexes continue de prédominer au sein des syndicats.

Cependant, durant les « années Beauvoir » que l’historienne Sylvie Chaperon a étudiées, l’action des militantes conduit à poser plus largement la question de la syndicalisation des femmes.

Ainsi que l’ont montré les travaux de la sociologue Margaret Maruani, les années 1970 constituent une décennie de rupture marquée par l’émergence de mouvements féministes autonomes et l’intensification des luttes ouvrières. Ces deux dynamiques, bien que distinctes, ont souvent convergé dans leurs revendications. Les luttes pour la légalisation de la contraception et de l’avortement, portées par des collectifs comme le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), exercent une pression importante sur les organisations syndicales, les obligeant à prendre position sur ces enjeux, tandis que les premières théorisations du travail domestique sont discutées.

Face à ces revendications, la CGT et la CFDT adoptent des stratégies distinctes. La CGT crée des secteurs féminins, tandis que la CFDT intègre ces questions de manière transversale. Ces approches reflètent des compréhensions différentes du féminisme, mais également des enjeux internes concernant la répartition des tâches et les rapports de pouvoir au sein des syndicats.

Ainsi, en 1970, la CGT récuse nationalement une conception « féministe de l’égalité », qu’elle considère comme étroite et, en 1973, elle précise cette analyse : « La conception “féministe” selon laquelle la société aurait été construite “par les hommes et pour les hommes” est erronée. » […]

Le mouvement féministe prend de l’importance et la CGT ne peut pas y rester imperméable, d’autant qu’une nouvelle génération de femmes syndicalistes se forge dans la foulée du mouvement de mai-juin 1968. Ces changements provoquent des conflits importants. Ainsi, à l’Union départementale du Rhône, les tensions, voire les heurts, entre le collectif féminin de la CGT et la direction syndicale sont fréquents, soulignant l’incapacité des organisations à concilier pleinement luttes pour les droits des femmes et stratégies syndicales.

Normes viriles de militantisme

C’est dans ce contexte tendu qu’intervient le suicide d’une militante de la CGT, Georgette Vacher. Intensément impliquée dans la construction du collectif féminin, elle déplore les « bâtons dans les roues » permanents et l’opprobre dont elle a fait les frais en interne. La veille du 29e congrès de l’UD du Rhône, tenu du 21 au 23 octobre 1981, Georgette Vacher met fin à ses jours après avoir préalablement laissé des cassettes audio dans lesquelles elle raconte son histoire et explique son geste en mettant en accusation les dirigeants départementaux de la CGT. […]

Au début des années 1980, ces débats sont également portés par des militantes de la CFDT qui aspirent à en finir « avec un syndicalisme d’hommes » :

« La situation vécue par les travailleuses n’est pas celle vécue par les hommes, et il n’est pas suffisant que l’Organisation – c’est-à-dire les hommes qui en sont les responsables – soit à l’écoute, encore faut-il que l’Organisation soit capable à tous les moments de la vie syndicale de traduire les situations vécues par l’ensemble de la classe ouvrière. Comment cela pourrait-il se réaliser si nous ne réussissons pas une politique de présence active des travailleuses dans tous les lieux d’analyse, d’élaboration et de décision ? […] La prédominance du monde des hommes, leur mode de fonctionnement, leur forme de militantisme, leur disponibilité plus grande introduisent, au plus bas niveau de notre structure, un filtre, un système de sélection dont pâtit l’ensemble des autres niveaux de la structure. » (Extrait du rapport mixité au Conseil national (CN) du 21 mai 1981, Archives CFDT, fonds Marcel-Gonin, cité par Fanny Gallot dans « Mobilisées, une histoire féministe des contestations populaires », Seuil, 2024, p.159.)

Y compris localement et dans le cadre de grèves de femmes des classes populaires, des tensions apparaissent entre les normes de militantisme viril et les stratégies mises en œuvre par les femmes pour se faire entendre, comme le montre la sociologue Ève Meuret-Campfort.

De nouveaux défis

Après les années 1980, qualifiées de « décennie silencieuse » par l’économiste Rachel Silvera du point de vue de l’appréhension syndicale des enjeux féministes, les mobilisations sociales de novembre-décembre 1995 marquent un renouveau, tandis que les féminismes se redéploient après la puissante manifestation féministe du 25 novembre 1995.

À la CGT, par exemple, le collectif Femmes mixité est relancé en 1993 et revendique la parité des structures de la confédération, laquelle est actée par le congrès confédéral en 1999. Dans le même temps, la syndicaliste Maryse Dumas, alors élue au bureau confédéral de la CGT, souligne qu’il s’agit de « dépasser la notion de “spécificité” », car, précise-t-elle, « parler de spécificité pour les femmes signifie bien que le centre, le global, le majoritaire est masculin ». Elle ajoute, « notre syndicalisme est féministe parce qu’il agit pour l’émancipation et la liberté des femmes ». Dans cette dynamique, la FSU, la CGT et Solidaires coorganisent les intersyndicales femmes, à partir de 1997.

Cependant, malgré des avancées, de nombreux défis restent à relever. La sous-représentation des femmes dans les postes à responsabilité demeure un problème majeur, comme le montre la sociologue Cécile Guillaume à propos de Solidaires, tandis que les comportements sexistes et de pratiques excluantes persistent, ce qui freine l’ascension des militantes dans les structures syndicales. Des normes de genre implicites valorisant les hommes persistent et conduisent au maintien d’une division sexuée du travail syndical.

Un autre enjeu contemporain se rapporte à la prise en compte des oppressions croisées, ce qui nécessite une refonte des stratégies syndicales pour mieux répondre aux besoins des travailleuses, notamment racisées ou occupant des emplois précaires, comme le montre la sociologue Sophie Béroud. Parmi les enjeux à repenser, on trouve également le « hors-travail », selon le terme de Saphia Doumenc, qui se concentre sur les mobilisations et l’implication syndicale des femmes de chambre à Lyon et à Marseille. Tandis que se déploie la perspective de la grève féministe dans de nombreux pays, l’enjeu du travail reproductif, qu’il soit rémunéré ou non, invite les organisations syndicales à repenser leur intervention dans une approche désandrocentrée du travail et de la contestation.

The Conversation

Fanny Gallot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Syndicats : la longue marche des femmes pour se faire entendre – https://theconversation.com/syndicats-la-longue-marche-des-femmes-pour-se-faire-entendre-268916

Uniforme à l’école : enquête au cœur de l’expérimentation

Source: The Conversation – France (in French) – By Julien Garric, maître de conférences en sociologie de l’éducation, Aix-Marseille Université (AMU)

Depuis la rentrée 2024, et jusqu’en 2026, une centaine d’établissements scolaires expérimentent, du primaire au lycée, le port d’une tenue identique obligatoire pour tous les élèves. Comment cette mesure est-elle perçue et vécue au quotidien ? Premiers retours de terrain.


C’est une véritable révolution vestimentaire qui s’invite à l’école. Depuis la rentrée de septembre 2024, une centaine d’établissements – écoles, collèges et lycées – expérimentent le port d’une tenue commune obligatoire pour tous les élèves. Derrière cette initiative portée par le ministère de l’éducation nationale s’affiche l’ambition de renforcer le sentiment d’appartenance, d’atténuer les inégalités sociales, d’améliorer le climat scolaire et de lutter contre le prosélytisme.

L’expérience devait être accompagnée d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) et suivie par un comité d’experts, en lien avec la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) et les services statistiques du ministère (DEPP).

Au terme de deux années, si les résultats sont jugés concluants, le ministère envisage la généralisation du port de l’uniforme dans l’ensemble des écoles et établissements du pays.

Une rupture dans l’histoire de l’école française

Imposer le port d’une tenue réglementée marque une véritable rupture dans l’histoire de l’école française. En effet, malgré l’imaginaire collectif nostalgique d’une école d’antan, ordonnée et protégée des turbulences du monde, la France n’a jamais connu de politique imposant l’uniforme. Seuls quelques rares établissements privés catholiques ont inscrit cette pratique à leurs règlements intérieurs.

Dans le public, les élèves ont pu porter des blouses pour des raisons pratiques, mais sans recherche d’uniformité, et cet usage a peu à peu disparu dans les années 1970.

L’idée d’un uniforme scolaire émerge véritablement au début des années 2000, dans un contexte politique et éducatif centré sur la thématique de la restauration de l’autorité, et nourri par les polémiques à propos des tenues jugées provocantes de certaines adolescentes, ou encore du port du voile. Mais, jusqu’en 2022, le débat reste cantonné au terrain médiatique, sans traduction institutionnelle concrète.

Reportage en 2003 dans un collège où existe une réglementation sur les vêtements (INA Styles).

C’est dans un contexte de crise, à la fois scolaire et institutionnelle, que Gabriel Attal, alors ministre de l’éducation nationale, va lancer cette expérimentation en 2024. Une décision qui rompt avec la tradition scolaire française, mais dont la légitimité scientifique reste contestée.

La littérature existante – principalement anglo-saxonne et asiatique – ne démontre pas d’effet positif clair de l’uniforme sur les résultats académiques. Certaines études pointent même un impact négatif sur la santé physique et psychologique des élèves appartenant à des minorités de genre, ethniques ou religieuses, sans bénéfice notable sur le climat scolaire ou le sentiment d’appartenance.

Éclairer le vécu des élèves et du personnel éducatif

Pour dépasser les logiques propres au politique et les polémiques médiatiques, pour comprendre ce qui se joue réellement dans les établissements et pour contribuer au débat sur des bases plus solides, nous sommes allés sur le terrain, dans trois établissements pionniers de l’académie d’Aix-Marseille : deux collèges et un lycée. Nous avons rencontré les chefs d’établissements, les conseillers principaux d’éducation, assisté aux rentrées scolaires et diffusé des questionnaires auprès des élèves et des parents afin de recueillir leur perception.

Certes, cette recherche ne permettra pas de mesurer l’efficacité du dispositif en termes de résultats scolaires, de climat ou de lutte contre le harcèlement, mais elle apporte un éclairage précieux sur la manière dont cette expérimentation a été vécue au quotidien par les personnels, les élèves et leurs familles au terme d’une première année.

« Uniforme à l’école : problème de financement mais expérimentation toujours en cours en Paca » (France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, avril 2025).

La personnalité des chefs d’établissement a joué un rôle déterminant dans le choix des établissements pilotes. Les deux principaux et le proviseur accueillant le dispositif sont des hommes qui affirment une forte adhésion aux valeurs républicaines. Pour lancer ce projet, susceptible de susciter des polémiques, les responsables des collectivités territoriales ont en effet préféré se tourner vers des établissements où l’opposition était plus faible, ou moins visible.

En revanche, les établissements présentent des profils très différents : le lycée accueille une population très favorisée, avec des parents « fiers de leur terroir », tandis que les deux collèges scolarisent des publics plus diversifiés, l’un en zone rurale et l’autre en périphérie urbaine. Pour ces personnels de direction, l’expérimentation n’est pas seulement une expérience pédagogique : elle représente aussi un moyen de valoriser leurs établissements et de renforcer leur compétitivité dans le marché scolaire local, notamment face aux établissements privés catholiques.

Certains collèges initialement pressentis ont par ailleurs renoncé à participer à l’expérimentation, face à la mobilisation du personnel, des familles ou des élèves.

Adultes et adolescents, des perceptions clivées

À l’appui des nombreuses réponses collectées (1 200 élèves, 1 100 parents), les parents d’élèves se montrent largement favorables à l’expérimentation, dans un étiage de 75 % à 85 % d’avis positifs selon les établissements, et ce, quel que soit leur profil social.

Ce positionnement reflète avant tout l’adhésion aux valeurs portées par le dispositif. En effet, s’ils estiment que le port d’une tenue unique contribue à restaurer l’autorité de l’école ou à défendre la laïcité, les parents considèrent que les effets concrets restent finalement limités, voire inexistants. Ils s’accordent sur le peu d’effet sur le harcèlement, les résultats scolaires ou la qualité des relations entre élèves. En revanche, l’expérimentation semble renforcer, à leurs yeux, l’image positive des établissements de leurs enfants.

La perception du climat scolaire par les élèves est en revanche plus contrastée. Si celle des collégiens reste proche des moyennes nationales, celle des lycéens apparaît nettement plus négative. Ce sentiment est fortement lié à l’obligation de porter l’uniforme et au contrôle strict de la tenue, perçus comme autoritaristes. En d’autres termes, l’obligation d’une tenue unique participe dans ce lycée à la dégradation de la qualité du climat scolaire.

De manière générale, les élèves interrogés, quel que soit leur âge, rejettent massivement l’initiative : ils ont vécu à 70 % l’annonce de l’expérimentation comme « horrible » et souhaitent majoritairement qu’elle soit abandonnée pour pouvoir à nouveau s’habiller comme ils le souhaitent. Pour eux, le dispositif n’a aucun impact sur les résultats scolaires, n’efface pas les différences sociales – encore visibles à travers les chaussures, les sacs ou autres accessoires – et n’améliore pas le sentiment d’appartenance.

Concernant le harcèlement, la majorité rejette l’idée que le port d’un uniforme puisse réduire le phénomène, et cette affirmation est encore plus marquée chez les élèves se disant victimes de harcèlement, qui considèrent que leur situation n’a pas du tout été améliorée. Le sentiment négatif est identique, quels que soient le milieu social ou l’expérience scolaire passée dans l’enseignement privé.

Dans le cadre de cette étude, les élèves critiquent également l’inadéquation des tenues avec leur vie quotidienne et les conditions climatiques : pas assez chaudes pour l’hiver et trop pour l’été.

Enfin, et surtout, ils conçoivent cette nouvelle règle comme une atteinte inacceptable à leur liberté d’expression. Ce ressentiment est particulièrement fort chez les lycéens, qui estiment que leur scolarité est gâchée par cette impossibilité d’affirmer leur individualité à travers le vêtement.

Au-delà de leurs critiques, ce qui ressort du discours des élèves, c’est le sentiment de ne pas avoir été consultés : l’expérimentation a été décidée sans eux et se déroule sans que leurs préoccupations soient prises en compte. Le contraste est frappant avec le discours des responsables, qui présentent un plébiscite de l’ensemble de la communauté scolaire. À titre d’exemple, des chefs d’établissement affirment que les élèves portent volontairement leur uniforme à l’extérieur de l’école comme marque de fierté et de sentiment d’appartenance, alors que 90 % des élèves déclarent exactement le contraire.

Quelle sera donc la suite donnée à cette expérimentation ? Outre le rejet massif par les élèves, l’adhésion des familles est à relativiser si l’on considère que l’expérimentation, intégralement financée par l’État et les collectivités locales ne leur coûte rien. La généralisation du port d’une tenue unique pose d’importantes questions de financement, plus encore dans un contexte budgétaire sous tension. La conduite de cette expérimentation interroge plus globalement la fabrique de politiques publiques d’éducation, pensées dans des situations de crise ou perçues comme telles.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Uniforme à l’école : enquête au cœur de l’expérimentation – https://theconversation.com/uniforme-a-lecole-enquete-au-coeur-de-lexperimentation-266974

Just follow orders or obey the law? What US troops told us about refusing illegal commands

Source: The Conversation – USA – By Charli Carpenter, Professor of Political Science, UMass Amherst

There are certain situations in which the military should not fall in line. Bo Zaunders/Corbis Documentary via Getty Images

As the Trump administration carries out what many observers say are illegal military strikes against vessels in the Caribbean allegedly smuggling drugs, six Democratic members of Congress issued a video on Nov. 18, 2025, telling the military “You can refuse illegal orders” and “You must refuse illegal orders.”

The lawmakers have all served either in the military or the intelligence community. Their message sparked a furious response on social media from President Donald Trump, who called the legislators’ action “seditious behavior, punishable by death.”

One of the lawmakers, Sen. Elissa Slotkin, told The New York Times that she had heard from troops currently serving that they were worried about their own liability in actions such as the ones in the Caribbean.

This is not the first time Trump has put members of the military in situations whose legality has been questioned. But a large percentage of service members understand their duty to follow the law in such a difficult moment.

We are scholars of international relations and international law. We conducted survey research at the University of Massachusetts Amherst’s Human Security Lab and discovered that many service members do understand the distinction between legal and illegal orders, the duty to disobey certain orders, and when they should do so.

The ethical dilemma

With his Aug. 11, 2025, announcement that he was sending the National Guard – along with federal law enforcement – into Washington, D.C. to fight crime, Trump edged U.S. troops closer to the kind of military-civilian confrontations that can cross ethical and legal lines.

Indeed, since Trump returned to office, many of his actions have alarmed international human rights observers. His administration has deported immigrants without due process, held detainees in inhumane conditions, threatened the forcible removal of Palestinians from the Gaza Strip and deployed both the National Guard and federal military troops to Los Angeles, Portland, Oregon, Chicago and other cities to quell largely peaceful protests or enforce immigration laws.

When a sitting commander in chief authorizes acts like these, which many assert are clear violations of the law, men and women in uniform face an ethical dilemma: How should they respond to an order they believe is illegal?

The question may already be affecting troop morale. “The moral injuries of this operation, I think, will be enduring,” a National Guard member who had been deployed to quell public unrest over immigration arrests in Los Angeles told The New York Times. “This is not what the military of our country was designed to do, at all.”

Troops who are ordered to do something illegal are put in a bind – so much so that some argue that troops themselves are harmed when given such orders. They are not trained in legal nuances, and they are conditioned to obey. Yet if they obey “manifestly unlawful” orders, they can be prosecuted. Some analysts fear that U.S. troops are ill-equipped to recognize this threshold.

A man in a blue jacket, white shirt and red tie at a lectern, speaking.
President Donald Trump, flanked by Secretary of Defense Pete Hegseth and Attorney General Pam Bondi, announced at a White House news conference on Aug. 11, 2025, that he was deploying the National Guard to assist in restoring law and order in Washington.
Hu Yousong/Xinhua via Getty Images

Compelled to disobey

U.S. service members take an oath to uphold the Constitution. In addition, under Article 92 of the Uniform Code of Military Justice and the U.S. Manual for Courts-Martial, service members must obey lawful orders and disobey unlawful orders. Unlawful orders are those that clearly violate the U.S. Constitution, international human rights standards or the Geneva Conventions.

Service members who follow an illegal order can be held liable and court-martialed or subject to prosecution by international tribunals. Following orders from a superior is no defense.

Our poll, fielded between June 13 and June 30, 2025, shows that service members understand these rules. Of the 818 active-duty troops we surveyed, just 9% stated that they would “obey any order.” Only 9% “didn’t know,” and only 2% had “no comment.”

When asked to describe unlawful orders in their own words, about 25% of respondents wrote about their duty to disobey orders that were “obviously wrong,” “obviously criminal” or “obviously unconstitutional.”

Another 8% spoke of immoral orders. One respondent wrote that “orders that clearly break international law, such as targeting non-combatants, are not just illegal — they’re immoral. As military personnel, we have a duty to uphold the law and refuse commands that betray that duty.”

Just over 40% of respondents listed specific examples of orders they would feel compelled to disobey.

The most common unprompted response, cited by 26% of those surveyed, was “harming civilians,” while another 15% of respondents gave a variety of other examples of violations of duty and law, such as “torturing prisoners” and “harming U.S. troops.”

One wrote that “an order would be obviously unlawful if it involved harming civilians, using torture, targeting people based on identity, or punishing others without legal process.”

An illustration of responses such as 'I'd disobey if illegal' and 'I'd disobey if immoral.'
A tag cloud of responses to UMass-Amherst’s Human Security Lab survey of active-duty service members about when they would disobey an order from a superior.
UMass-Amherst’s Human Security Lab, CC BY

Soldiers, not lawyers

But the open-ended answers pointed to another struggle troops face: Some no longer trust U.S. law as useful guidance.

Writing in their own words about how they would know an illegal order when they saw it, more troops emphasized international law as a standard of illegality than emphasized U.S. law.

Others implied that acts that are illegal under international law might become legal in the U.S.

“Trump will issue illegal orders,” wrote one respondent. “The new laws will allow it,” wrote another. A third wrote, “We are not required to obey such laws.”

Several emphasized the U.S. political situation directly in their remarks, stating they’d disobey “oppression or harming U.S. civilians that clearly goes against the Constitution” or an order for “use of the military to carry out deportations.”

Still, the percentage of respondents who said they would disobey specific orders – such as torture – is lower than the percentage of respondents who recognized the responsibility to disobey in general.

This is not surprising: Troops are trained to obey and face numerous social, psychological and institutional pressures to do so. By contrast, most troops receive relatively little training in the laws of war or human rights law.

Political scientists have found, however, that having information on international law affects attitudes about the use of force among the general public. It can also affect decision-making by military personnel.

This finding was also borne out in our survey.

When we explicitly reminded troops that shooting civilians was a violation of international law, their willingness to disobey increased 8 percentage points.

Drawing the line

As my research with another scholar showed in 2020, even thinking about law and morality can make a difference in opposition to certain war crimes.

The preliminary results from our survey led to a similar conclusion. Troops who answered questions on “manifestly unlawful orders” before they were asked questions on specific scenarios were much more likely to say they would refuse those specific illegal orders.

When asked if they would follow an order to drop a nuclear bomb on a civilian city, for example, 69% of troops who received that question first said they would obey the order.

But when the respondents were asked to think about and comment on the duty to disobey unlawful orders before being asked if they would follow the order to bomb, the percentage who would obey the order dropped 13 points to 56%.

While many troops said they might obey questionable orders, the large number who would not is remarkable.

Military culture makes disobedience difficult: Soldiers can be court-martialed for obeying an unlawful order, or for disobeying a lawful one.

Yet between one-third to half of the U.S. troops we surveyed would be willing to disobey if ordered to shoot or starve civilians, torture prisoners or drop a nuclear bomb on a city.

The service members described the methods they would use. Some would confront their superiors directly. Others imagined indirect methods: asking questions, creating diversions, going AWOL, “becoming violently ill.”

Criminologist Eva Whitehead researched actual cases of troop disobedience of illegal orders and found that when some troops disobey – even indirectly – others can more easily find the courage to do the same.

Whitehead’s research showed that those who refuse to follow illegal or immoral orders are most effective when they stand up for their actions openly.

The initial results of our survey – coupled with a recent spike in calls to the GI Rights Hotline – suggest American men and women in uniform don’t want to obey unlawful orders.

Some are standing up loudly. Many are thinking ahead to what they might do if confronted with unlawful orders. And those we surveyed are looking for guidance from the Constitution and international law to determine where they may have to draw that line.

This story, initially published on Aug. 13, 2025, has been updated to include a reference to a video issued by Democratic members of Congress.

Zahra Marashi, an undergraduate research assistant at the University of Massachusetts Amherst, contributed to the research for this article.

The Conversation

Charli Carpenter directs Human Security Lab which has received funding from University of Massachusetts College of Social and Behavioral Sciences, the National Science Foundation, and the Lex International Fund of the Swiss Philanthropy Foundation.

Geraldine Santoso does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Just follow orders or obey the law? What US troops told us about refusing illegal commands – https://theconversation.com/just-follow-orders-or-obey-the-law-what-us-troops-told-us-about-refusing-illegal-commands-270401