Décoloniser notre rapport aux animaux pour inventer un nouveau rapport au monde

Source: The Conversation – France in French (2) – By Cédric Sueur, Professeur des Universités en éthologie, primatologie et éthique animale, Université de Strasbourg

L’humain s’est placé au-dessus de toutes les autres espèces animales. Comment changer notre relation avec elles pour sortir d’une logique de domination et aller vers des formes de coexistence et de coopération ?


Chaque année, des milliards d’animaux sont élevés, transportés et abattus pour répondre aux besoins alimentaires, scientifiques ou industriels des sociétés humaines. Cette utilisation intensive du vivant pose une double question. Elle est d’abord éthique, car elle implique la souffrance et la mise à mort d’êtres vivants sensibles. Elle est aussi environnementale et sanitaire : la déforestation pour l’élevage intensif, la pollution conséquente et la proximité accrue entre espèces favorisent les déséquilibres écologiques et l’émergence de maladies.

Le concept de One Health (une seule santé) et la crise du Covid-19 rappellent que la santé humaine dépend étroitement de celle des animaux et des écosystèmes. Ces crises ne sont pas indépendantes. Elles révèlent un même rapport au vivant, fondé sur l’exploitation et la mise à distance physique et émotionnelle. Comprendre ce rapport est une condition nécessaire pour le transformer.

Une domination héritée : spécisme et colonisation

Les recherches en éthologie ont profondément renouvelé notre regard sur les animaux. De nombreuses espèces manifestent des émotions, des capacités d’apprentissage, des formes de coopération et des relations sociales complexes. Chez certains primates, mais aussi chez des éléphants, des corvidés ou des cétacés, on observe des comportements qui suggèrent des formes de conscience, d’empathie, de culture et de deuil.

À gauche : femelle macaque japonais gardant son bébé mort et probablement en deuil. À droite : comportement culturel de rodéo chez les macaques japonais.
Cédric Sueur, Alexandre Bonnefoy, Fourni par l’auteur

Pourquoi, malgré ces connaissances, continuons-nous à exploiter les animaux à grande échelle ? Une partie de la réponse tient à notre héritage culturel. Les sociétés occidentales modernes se sont construites sur une séparation entre l’humain et le reste du vivant, associée à une hiérarchisation qui place l’homme au sommet.

Le concept de « spécisme », inventé par Richard Ryder en 1970, désigne cette discrimination fondée sur l’espèce. Il conduit à considérer que les intérêts des humains priment systématiquement sur ceux des autres êtres qui souffrent tout autant. Dans sa structure, ce mécanisme n’est pas sans analogie avec le racisme ou le sexisme : il repose sur une différence érigée en critère de domination.

Décoloniser notre rapport aux animaux, de Cédric Sueur, éditions Odile Jacob, 2026.
Fourni par l’auteur

Le spécisme décrit cependant avant tout une attitude morale, un biais cognitif et éthique dans la manière dont nous évaluons les intérêts des différentes espèces. La notion de « colonisation animale », que je développe dans Décoloniser notre rapport aux animaux (Odile Jacob, 2026), cherche à aller plus loin en désignant les structures concrètes qui organisent et perpétuent cette domination.

Là où le spécisme interroge les représentations, la colonisation animale pointe les dispositifs institutionnels, économiques et culturels qui les rendent opératoires : les animaux sont appropriés, contrôlés, transformés en ressources économiques et symboliques. Le droit les protège partiellement en tant qu’êtres vivants sensibles, tout en les maintenant dans le régime des biens. L’économie en fait des marchandises et tend à invisibiliser les violences qui leur sont infligées. Ces dimensions se renforcent mutuellement et stabilisent un système de domination qui dépasse la seule question des représentations pour s’incarner dans des pratiques, des lois et des rapports de pouvoir.

D’autres ontologies du vivant

Cette manière de penser n’est pourtant pas universelle. De nombreuses sociétés non occidentales, comme les Achuar d’Amazonie, les aborigènes d’Australie ou les Japonais, envisagent les relations entre humains et non-humains autrement. Plutôt que de séparer radicalement les êtres, elles insistent sur les continuités, les interdépendances et les relations.

Les travaux de l’anthropologie, en particulier de Philippe Descola (les Lances du crépuscule, 1993) ou de Bruno Latour (Enquête sur les modes d’existence, 2012), ont ainsi montré l’existence de différentes « ontologies », c’est-à-dire des manières de définir et de se représenter ce qui existe et comment les êtres sont liés. Ces sociétés ou ethnies sont, par exemple, animistes et attribuent aux animaux une intériorité – autrement dit une vie intérieure faite d’intentions, d’émotions, de perceptions et de subjectivité propre, comparable à celle que nous reconnaissons aux humains – ou les considèrent comme des partenaires inscrits dans des réseaux de relations.

À Kuma Tsamé Totsi (Togo), des roussettes frugivores, protégées comme êtres tabous par le village, échappent à la chasse et forment d’importantes colonies, jouant un rôle clé dans la régénération forestière.
Cédric Sueur, Fourni par l’auteur

Sans idéaliser ces perspectives, elles offrent des ressources pour sortir d’une vision strictement utilitariste du vivant. Elles invitent à penser une coexistence fondée non sur la domination, mais sur la réciprocité et l’attention aux interdépendances.

Transformer nos pratiques quotidiennes

Décoloniser notre rapport aux animaux suppose d’abord de transformer nos pratiques les plus ordinaires. L’alimentation constitue un levier central : réduire la consommation de produits animaux permet de limiter à la fois la souffrance animale et l’impact environnemental.

Au-delà, il s’agit de repenser la manière dont nous partageons les espaces. L’urbanisation a longtemps exclu les autres espèces. Une approche « zooinclusive » développée par la chercheuse Émilie Dardenne propose au contraire d’intégrer leurs besoins dans la conception des villes : favoriser la présence d’oiseaux, d’insectes ou de petits mammifères, aménager des continuités écologiques ou encore adapter les bâtiments pour accueillir d’autres formes de vie.

Cette approche trouve déjà des traductions concrètes. Certaines villes européennes, comme Vienne, Bruxelles ou Londres, ont ainsi intégré des nichoirs et des gîtes à chauves-souris dans les façades de bâtiments rénovés. D’autres ont aménagé des passages fauniques sous les axes routiers pour permettre les déplacements des mammifères sauvages, ou encore maintenu des toitures végétalisées favorisant la biodiversité des pollinisateurs. À Singapour, la politique des « corridors verts » cherche explicitement à reconnecter des fragments d’habitats naturels au sein du tissu urbain. En France, la trame verte et bleue, inscrite dans la législation depuis le Grenelle de l’environnement, constitue une tentative institutionnelle d’intégrer ces continuités écologiques à l’échelle du territoire.

Ces transformations ne relèvent pas seulement de choix individuels, mais aussi de décisions collectives en matière d’aménagement et de politiques publiques.

Repenser la conservation de la faune sauvage

La protection des animaux sauvages s’inscrit souvent dans une logique de gestion : il s’agit de réguler, contrôler, parfois éliminer certaines populations jugées problématiques. Les carnivores sont particulièrement visés. En France, le loup cristallise les tensions entre éleveurs et défenseurs de la nature depuis son retour naturel dans les Alpes dans les années 1990. En Afrique, le lion fait l’objet de conflits similaires : lorsqu’il s’attaque au bétail des communautés rurales, il est perçu comme une menace directe pour la survie économique des familles, ce qui conduit à des empoisonnements ou des abattages, parfois tolérés voire encouragés par les autorités locales.

Les grands herbivores ne sont pas épargnés : en Afrique australe et orientale, les éléphants, dont les populations se sont reconstituées dans certaines zones protégées, provoquent des destructions massives de cultures, écrasent des habitations, tuent des êtres humains. Ces conflits humains-éléphants poussent des communautés à réclamer des abattages, voire à tolérer le braconnage comme seule réponse à une menace perçue comme existentielle. Le braconnage lui-même, souvent présenté uniquement sous l’angle criminel, s’alimente parfois de cette exaspération locale, même s’il est également structuré par des réseaux internationaux aux enjeux économiques considérables. Cette approche gestionnaire prolonge, sous d’autres formes, une relation de domination du vivant, ce que l’historien Guillaume Blanc nomme un nouveau colonialisme vert : des décisions prises depuis l’extérieur, au nom de la nature, sans tenir compte des réalités vécues par les populations locales.

Au Malawi, un éléphant traverse une réserve gérée par une ONG controversée, symbole des tensions entre conservation, accaparement des terres et droits des populations locales face aux modèles imposés étrangers.
Cédric Sueur, Fourni par l’auteur

Décoloniser la conservation consiste à reconnaître davantage l’autonomie des animaux, leur « souveraineté sauvage », comme la définissent les philosophes Donaldson et Kymlicka, et à respecter leurs habitats. Cela implique de passer d’une logique de contrôle à une logique de coexistence, en cherchant des formes de médiation entre les intérêts humains et non humains. Des initiatives de terrain, comme le projet Cibel dans la forêt du bassin du Congo, montrent qu’il est possible de concilier activités humaines et présence de la faune sauvage, à condition d’accepter la complexité de ces relations.

Décoloniser les sciences

La science elle-même n’échappe pas à ces enjeux. Les animaux y sont souvent considérés comme des objets d’étude ou des modèles expérimentaux. Intégrer leur « agentivité animale », c’est-à-dire leur capacité à agir et à influencer les situations, conduit à repenser les protocoles de recherche vers une coopération humain – non humain plutôt que vers des sacrifices animaux.

En primatologie, par exemple, certaines approches cherchent à limiter les contraintes imposées aux animaux et à mieux prendre en compte leurs comportements spontanés. Lancée par l’éthologue Tetsuro Matsuzawa, cette approche d’observation participante est une collaboration humanimale. Plus largement, le développement de méthodes alternatives permet de réduire le recours à l’expérimentation animale. Décoloniser les sciences ne signifie pas renoncer à la recherche, mais en interroger les présupposés et les finalités des utilisations animales.

Expérience comportementale de terrain à Shodoshima, au Japon, où un chercheur collabore avec un macaque dans une tâche cognitive, sans enfermement, contrainte ni stress pour l’animal.
Cédric Sueur, Fourni par l’auteur

L’expérimentation animale constitue un point de tension majeur. Si certains travaux sont justifiés par des enjeux de santé, d’autres apparaissent plus discutables au regard des souffrances infligées. Des outils comme le « cube de Bateson » proposent d’évaluer les recherches en fonction de leurs bénéfices attendus, de leur probabilité de réussite et des dommages causés aux animaux. Mais dans la pratique, la réflexion éthique reste souvent limitée. Décoloniser l’expérimentation suppose de renforcer ces exigences, de développer des alternatives et de questionner la légitimité même de certaines recherches.

Vers une coexistence

Décoloniser notre rapport aux animaux, c’est finalement transformer en profondeur notre manière d’habiter le monde. Il ne s’agit pas de supprimer toute relation avec eux, mais de sortir d’une logique de domination pour aller vers des formes de coexistence et de coopération, ce qui est nommé le « capital animal ». Les animaux ne sont plus de simples matériaux pour manger ou se vêtir, mais sont des aides sociales, des passeurs culturels (ils nous transmettent des informations sur notre environnement) et des managers écosystémiques (ils nous aident à gérer nos écosystèmes).

Ce changement est à la fois éthique, écologique et politique. Il implique de reconnaître que les humains ne sont pas extérieurs au vivant, mais en font partie. Dans un contexte de crises multiples, repenser nos relations avec les autres espèces apparaît non comme un luxe, mais comme une nécessité pour la survie de tous dont l’humanité.

The Conversation

Cédric Sueur est l’auteur de l’ouvrage « Décoloniser notre rapport aux animaux » publié aux Editions Odile Jacob dont l’article fait mention.

ref. Décoloniser notre rapport aux animaux pour inventer un nouveau rapport au monde – https://theconversation.com/decoloniser-notre-rapport-aux-animaux-pour-inventer-un-nouveau-rapport-au-monde-279056

L’ADN a parlé : la culture de la vigne en France date de plus de 4 000 ans

Source: The Conversation – France in French (2) – By Rémi Noraz, Doctorant en Archéobiologie et Paléoécologie, Université de Montpellier

Des pépins de raisin retrouvés sur des sites archéologiques peuvent sembler anodins. Pourtant, l’analyse de leur ADN donne accès à l’histoire plurimillénaire de la vigne cultivée.

Nous avons séquencé le génome de pépins vieux de plusieurs millénaires, révélant une histoire déjà entrevue par l’archéologie : celle de l’introduction de la viticulture en France, des échanges de cépages à l’échelle européenne et de pratiques agricoles anciennes qui ont laissé des traces jusqu’à aujourd’hui.

Nos résultats, publiés tout récemment dans Nature communications, montrent notamment que certains cépages emblématiques, comme le pinot noir variété phare de Bourgogne, étaient déjà présents au Moyen Âge.

Comment avons-nous analysé l’ADN de pépins de raisin vieux de 4 000 ans ?

L’histoire de la vigne s’est longtemps appuyée sur l’étude morphologique des pépins. Cette puissante approche a permis de distinguer de grandes tendances, notamment sur le caractère sauvage ou domestique des pépins, et retracer les débuts de la viticulture.

Cependant, certaines questions restaient difficiles à trancher : origine géographique des cépages, relations de parenté, ou encore les modes de multiplication (croisement ou reproduction clonale) et circulation des plants. L’ADN ancien pouvant être préservé au cœur même des pépins apporte ici une aide particulièrement décisive, comme témoin des relations entre les vignes du passé et celles d’aujourd’hui.

Nous avons ainsi analysé 49 pépins provenant de différents sites archéologiques, majoritairement français, et couvrant près de 4 000 ans, de l’âge du Bronze à la fin du Moyen Âge. Ces pépins gorgés d’eau ont été préservés dans des contextes spécifiques, humides, ayant contribué à une bonne préservation de leur ADN.

Pépins anciens (à gauche) et pépins modernes (à droite).
S. Ivorra, CNRS, Fourni par l’auteur

L’ADN a été extrait dans le laboratoire spécialisé en ADN ancien du Centre d’anthropobiologie et de génomique de Toulouse, conçu pour isoler et manipuler les molécules aussi rares que dégradées qui ont traversé les époques dans les restes archéologiques. Cet ADN ancien a pu être décrypté grâce à des technologies de séquençage de pointe jusqu’à en lire la totalité de l’information génétique, soit ici un texte génétique d’environ 500 millions de lettres.

Ces données permettent d’établir les relations génétiques entre individus, d’identifier les origines des cépages et de retrouver les techniques de propagations passées : soit par croisement, mélangeant des variétés d’origine ou de qualités distinctes ; soit par reproduction clonale (par bouturage, marcottage ou greffe) pour maintenir à l’identique dans le temps une variété qui leur était particulièrement précieuse.

Notre découverte prouve l’ancienneté de la viticulture

Les premières vignes cultivées apparaissent en France aux alentours de -600 avant notre ère, avec le développement des échanges méditerranéens, notamment du vin. Elles coexistent avec des vignes sauvages locales, et des croisements entre ces deux types contribuent à la diversité des cépages.

Les analyses génétiques confirment également l’existence de circulations à longue distance dès cette période. Des influences venues d’Ibérie, des Balkans ou du Proche-Orient témoignent des échanges des plants et de savoir-faire à l’échelle de la Méditerranée et, plus généralement, de l’Europe.

Autre point important : la multiplication clonale apparaît comme une pratique ancienne et commune, déjà en place dès l’âge du Fer. Elle a permis de maintenir certaines variétés d’intérêt sur de longues périodes et de les diffuser sur de longues distances.

C’est dans ce cadre que nous avons identifié un pépin médiéval considéré comme étant génétiquement identique au pinot noir actuel, illustrant la continuité de certains cépages sur plusieurs siècles.

Quelles perspectives pour ces recherches ?

L’apport de l’ADN ancien ne se limite pas à confirmer des scénarios existants : il ouvre aussi de nouvelles pistes.

En combinant données anciennes et modernes, il devient possible d’aller plus loin dans la caractérisation des vignes du passé. Des approches récentes permettraient par exemple d’inférer certaines caractéristiques des raisins anciens, comme la couleur des baies ou certains traits liés au goût.

Ces méthodes pourraient aussi permettre de mieux comprendre les adaptations des cépages aux environnements du passé, ou encore les choix opérés par les sociétés anciennes dans leurs pratiques agricoles.

À terme, ces recherches contribuent à mieux documenter la diversité génétique de la vigne et son évolution, un enjeu important dans le contexte actuel de changements climatiques.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.


The Conversation

Rémi Noraz a reçu des financements de l’ANR MICA (ANR-22-CE27-0026).

ref. L’ADN a parlé : la culture de la vigne en France date de plus de 4 000 ans – https://theconversation.com/ladn-a-parle-la-culture-de-la-vigne-en-france-date-de-plus-de-4-000-ans-279388

Eau, biosignature et éclair : ce que nous a appris le rover Perseverance après cinq ans sur Mars

Source: The Conversation – France in French (2) – By Agnès Cousin, Astronome adjoint, Responsable scientifique de SuperCam, IRAP, Centre national d’études spatiales (CNES); Université de Toulouse

Le 10 mai 2025, 1 500 jours martiens après s’être posé sur le cratère Jezero, Perseverance se prend en photo. On peut voir la poussière qui s’est accumulée sur le rover durant tout ce temps. Nasa/JPL-Caltech/MSSS

Depuis cinq ans, le rover Perseverance nous en apprend plus sur la géologie de Mars, et ainsi sur les anciennes conditions de la Planète rouge. Aurait-elle pu abriter la vie par le passé ? Les études se succèdent, la dernière en date venant de sortir en mars 2026. On dresse le bilan des découvertes permises par SuperCam, l’un des instruments principaux du rover.


Le 18 février 2026, nous avons fêté les cinq ans de l’atterrissage du rover Perseverance sur Mars, dans le cratère de Jezero. À la suite du succès du précédent rover Curiosity, qui explore toujours la Planète rouge depuis son atterrissage en août 2012, la Nasa a lancé la mission « Mars 2020 ». Après plus de six mois de voyage, Perseverance se pose sur Mars avec en son bord de nombreux instruments, dont le nôtre, appelé SuperCam. C’est le début d’une nouvelle ère d’exploration martienne : la recherche de potentielles traces de vie ancienne et la collecte d’échantillons qui devraient un jour revenir sur Terre !

Bien sûr, nous nous intéressons aussi à la géologie et au climat de Mars. Le cratère Jezero n’a pas été sélectionné par hasard comme site d’atterrissage : les observations orbitales y montrent un ancien delta de rivière très bien préservé, ainsi que des signatures de carbonates, des minéraux qui se forment lorsque des roches interagissent avec de l’eau et du CO₂. Ce sont donc de précieux témoins des conditions qui régnaient lors de leur apparition sur Mars. Ces observations orbitales démontrent donc que l’eau a joué un rôle important dans l’histoire de ce site.

Photo noir et blanc du delta martien
Le delta qu’explore Perseverance, vue aérienne.
Nasa/JPL/Université d’Arizona

Sur Terre, les environnements des lacs et des deltas sont aussi les meilleurs pour piéger et préserver des molécules organiques, qui se retrouvent mélangées aux sédiments très fins transportés par la rivière, puis enfouies dans le delta où ils se déposent. Le site de Jezero fournit donc l’enregistrement d’un environnement passé propice à la conservation de molécules organiques et est, de ce fait, un bon endroit pour chercher des conditions favorables à l’émergence de la vie.

Durant les trois premiers mois de la mission, chacun des instruments et des sous-systèmes du rover ont pu se mettre en marche et commencer à fournir de précieuses informations. En particulier, cette période est marquée par le premier vol historique du drone Ingenuity, le 19 avril 2021. Ce démonstrateur technologique a prouvé la faisabilité de vols motorisés dans l’atmosphère ténue de Mars, ouvrant alors une nouvelle dimension de l’exploration martienne.

Explorer le fond d’un ancien lac martien

Parmi les sept instruments embarqués par Perseverance, on trouve SuperCam, qui constitue la « tête » du rover. Il a été développé en collaboration entre la France et les États-Unis. Cet instrument combine plusieurs spectromètres, des appareils capables d’analyser la composition chimique et minéralogique de la surface de Mars. En plus des spectromètres, SuperCam embarque une caméra, afin de documenter le contexte géologique des lieux où sont réalisées les analyses, et un microphone, qui permet d’étudier l’atmosphère de Mars. En France, nous sommes 13 instituts impliqués dans cette aventure martienne.

L’instrument SuperCam en laboratoire lors de sa conception
L’instrument SuperCam (ici lors de sa fabrication) a été construit par un consortium franco-américain mené en France par l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie et le Cnes, et aux États-Unis par le LANL et le JPL. À ce jour, il a effectué plus de 650 000 tirs laser pour analyser plus de 1 300 roches, pris de nombreux spectres de lumière infrarouge, des photos et enregistré les sons de Mars.
Bruno Dubois/OMP, Fourni par l’auteur

Très rapidement après l’atterrissage, SuperCam a acquis un panorama d’une butte, nommée Kodiak, qui nous a permis de confirmer la nature du delta dans Jezero, à savoir qu’il est formé de sédiments charriés par une rivière se jetant dans un lac. Un tel système permet de reconstruire l’histoire passée de l’eau dans cette région. Ces observations nous ont montré que le niveau du lac fluctuait, mais qu’il s’agissait d’un lac fermé la plupart du temps, c’est-à-dire sans cours d’eau qui en ressort, contrairement à ce que les observations orbitales avaient suggéré auparavant.

Quinze mois plus tard, Perseverance est arrivé au pied du delta dont l’exploration a confirmé ces premières observations et a permis de mieux comprendre l’évolution du lac au cours du temps. Plus récemment, sur la bordure du cratère, SuperCam a découvert du quartz pour la première fois de manière certaine sur Mars ! Le quartz n’est pas rare lorsqu’il est observé dans une roche magmatique, du granite par exemple. Mais dans le cas de cette observation, le contexte est très différent, sans relation avec du volcanisme. Cette roche est probablement liée à un impact de météorite qui aurait facilité la circulation et la remontée d’eau chaude en fracturant la roche, créant un système hydrothermal et des conditions propices à la formation de quartz.

Entre la première photographie de Kodiak et l’arrivée au delta, la première campagne scientifique a débuté en juin 2021 en explorant deux types d’environnements géologiques du fond du cratère. Perseverance a d’abord trouvé des roches volcaniques. Pour se repérer sur Mars, les géologues donnent des noms informels aux zones étudiées. Ainsi la première formation de roches volcaniques a été appelée « Màaz ». Il s’agit d’une succession de coulées de lave à la surface. La seconde (appelée « Seítah ») correspond à un cumulât d’olivines, des roches constituées de gros grains obtenus en cristallisant un minéral, l’olivine, en profondeur sous la surface. Ces roches ont été très peu altérées par l’eau.

Les modèles suggèrent que ces deux environnements géologiques ne proviennent pas de la même source magmatique, mais de deux volcans différents ou de deux chambres magmatiques différentes sous un même volcan. Des échantillons de ces roches, s’ils reviennent sur Terre, nous permettront de dater ces terrains et de mieux comprendre leur mise en place par rapport à la formation du lac présent sur le site.

Mars, anciennement habitable, voire habitée ?

C’est en bordure de cet ancien lac que Perseverance a détecté, en 2024, les carbonates dont nous parlions plus haut, en grande quantité, confirmant les détections orbitales. Il est important de déterminer leur abondance in situ, car ces sédiments ont pu piéger le carbone de l’atmosphère, qui devait être plus épaisse dans le passé. L’analyse minutieuse de ces roches nous a permis de comprendre leur processus de formation : il s’agirait de roches magmatiques ayant longuement interagi avec l’eau du lac et du système hydrothermal, enrichie par le CO2 dissout dans l’eau.

La prise en compte de ce processus dans le cycle du carbone martien donne une nouvelle perspective au devenir du carbone et de l’habitabilité passée de cette planète. En effet, la communauté recherchait jusque-là des carbonates similaires aux calcaires des anciens fonds océaniques terrestres. Or, comme nous l’avons vu, les observations de Perseverance montrent qu’un autre processus de formation des carbonates a eu lieu sur Mars. Il faut donc le prendre en compte pour étudier le cycle du carbone martien et son influence sur les conditions climatiques passées, lesquelles déterminent combien de temps l’eau a pu rester liquide à la surface de Mars, qui en est dépourvue aujourd’hui. La présence d’eau étant nécessaire pour rendre la planète habitable, c’est ce qui rend cette découverte importante.

C’est d’ailleurs dans le même secteur, dans la vallée de l’ancienne rivière se déversant dans le lac, que Perseverance a détecté des traces potentielles de biosignatures. La présence simultanée de matière organique et de phosphate et sulfure de fer rappelle des réactions chimiques qui, sur Terre, sont parfois utilisées par les microorganismes dans des processus biologiques. Seule l’analyse sur Terre de ces échantillons pourra trancher sur l’origine de ces composés et répondre à la question de l’habitabilité passée de Mars.

Une étude récente, menée grâce au radar à bord du rover, a pu mettre en évidence la présence d’un environnement fluvial enfoui sous le delta actuel, démontrant que de l’eau circulait déjà il y a plus de 3,7 milliards d’années. Ces observations sont particulièrement importantes pour l’habitabilité passée de la planète et les recherches de biosignatures anciennes.

Écouter l’atmosphère sur une autre planète

Perseverance, depuis cinq ans, a aussi scruté l’atmosphère martienne. SuperCam et un autre instrument, MastCam-Z ont observé une aurore diffuse, comme une aurore boréale, mais qui ne se limite pas aux pôles, pour la première fois depuis la surface martienne. Mais c’est le microphone de SuperCam qui s’est nous a permis de sonder l’atmosphère de la planète, en dressant pour la première fois le paysage sonore martien. Ces écoutes permettent de déduire des propriétés importantes de l’atmosphère comme la vitesse du son qui varie selon la nature de l’atmosphère. Les bruits enregistrés sont aussi sensibles à la turbulence atmosphérique, ce qui permet d’étudier ces petits flux d’air proche de la surface.

Toujours grâce au microphone, nous avons récemment pu mettre en évidence des décharges électriques, de sortes de petits éclairs qui apparaissent dans des tourbillons qui soulèvent la poussière dans l’atmosphère. Cette détection permet d’apporter de nouvelles informations, car la dynamique des poussières dans l’atmosphère influe sur sa température et donc sur le climat. Ces petits éclairs pourraient aussi jouer un rôle insoupçonné dans la chimie atmosphérique et à la surface, par exemple en interagissant avec les composants chlorés pour former de nouvelles molécules, ou en cassant certaines molécules déjà existantes.

Après 43 km parcourus, et près de 1 500 roches martiennes analysées par SuperCam, Perseverance est désormais sorti du cratère de Jezero et explore sa bordure. Cette région expose des terrains vieux de plus de 3,8 milliards d’années, c’est-à-dire antérieurs à l’impact qui a formé le cratère, voire même à la formation du grand bassin régional Isidis dans lequel il se trouve. Ces roches sont les plus anciennes jamais étudiées in situ par un rover martien et offrent donc une fenêtre unique sur les premiers millions d’années de l’histoire de Mars. Les analyses en cours devraient révéler les conditions environnementales qui régnaient sur la planète rouge à cette époque reculée. Jezero tient bien ses promesses en termes de richesses des terrains, et de nombreuses découvertes nous attendent encore !

The Conversation

Agnès Cousin a reçu des financements du CNES, pour le projet Mars2020/SuperCam. Son laboratoire de recherche (IRAP) a aussi pour tutelle l’université de Toulouse et le CNES.

Olivier Gasnault a reçu des financements du CNES pour le projet Mars2020/SuperCam ; il est salarié du CNRS. Son laboratoire de recherche (IRAP) a aussi pour tutelle l’université de Toulouse.

Magali Bouyssou et Valérie Mousset ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Eau, biosignature et éclair : ce que nous a appris le rover Perseverance après cinq ans sur Mars – https://theconversation.com/eau-biosignature-et-eclair-ce-que-nous-a-appris-le-rover-perseverance-apres-cinq-ans-sur-mars-277423

L’intelligence en essaim, de la nature aux algorithmes

Source: The Conversation – in French – By Antoine Dutot, Maître de conférence en informatique, Université Le Havre Normandie

Fourmis, étourneaux, lucioles… sans centre de décision unique, ces collectifs accomplissent des tâches complexes à partir d’informations strictement locales. Ils convergent vers de bons trajets, se synchronisent, se déplacent en nuées denses sans collision. Pour cela, il suffit en fait de règles simples, combinées à des rétroactions, où l’action de chaque individu modifie légèrement l’environnement ou l’état du groupe et où cette modification influence en retour les actions suivantes. Cette logique inspire aujourd’hui des algorithmes pour piloter des systèmes distribués, des robots aux réseaux de capteurs, par exemple.


On associe spontanément l’intelligence à un organe central, un cerveau, une tour de contrôle, un « grand modèle » qui verrait tout et déciderait pour tous. Pourtant, une bonne partie du vivant fait exactement l’inverse. Il n’y a pas de contrôle centralisé et, malgré tout, on observe des comportements collectifs remarquables.

Un murmure d’étourneaux au crépuscule forme des nuages mouvants, fluides, sans collisions apparentes. Une colonne de fourmis en quête de nourriture trouve des chemins efficaces sans vision globale. Certaines espèces de lucioles finissent par clignoter ensemble, comme si un métronome invisible donnait le tempo.

Dans ces exemples, la nature coordonne sans commander. Le point commun n’est pas l’absence de hiérarchie au sens social (une fourmilière a des rôles), mais l’absence de calcul et de prise de décision centralisés. La coordination émerge de règles locales, de signaux partagés, d’interactions et de rétroactions. C’est l’intuition au cœur de l’intelligence en essaim (swarm intelligence), obtenir un comportement global cohérent à partir de règles locales simples. Un algorithme en essaim en est la traduction informatique : une population d’agents simples explore collectivement une solution sans contrôleur central, à partir d’informations locales et de boucles de rétroaction.

Pour comprendre ce qui se passe, un bon réflexe en science est de chercher si un même schéma se dégage : une règle locale donne un effet global, qui peut être traduit au sein d’une algorithmique… et déboucher sur un usage concret.

Passons en revue trois cas significatifs : trois mécanismes simples observés dans la nature, qui ont donné trois familles d’algorithmes.

La trace des fourmis et des termites, ou la « stigmergie »

Règle locale. Un individu modifie son environnement en laissant une trace chimique, une structure, un marquage.

Effet global. Les actions futures sont orientées par ces traces ainsi certaines pistes se renforcent, d’autres disparaissent. C’est une communication indirecte, via l’environnement, qui a été appelée stigmergie pour expliquer la coordination chez les termites.

Traduction algorithmique. Cette idée a été reprise en informatique, notamment pour les algorithmes de type « colonie de fourmis ».

Usage concret. Optimiser des trajets, répartir des flux, résoudre des problèmes combinatoires. Pour cela, on explore plusieurs solutions, puis on renforce progressivement les meilleures (un peu comme si les bonnes pistes « sentaient plus fort » au fil des itérations).

Nuance utile : la reine n’est pas un « chef calculateur ». Elle a un rôle biologique central, la reproduction, mais la décision (au sens algorithmique) reste distribuée : aucune entité ne détient le plan d’ensemble.

Le mouvement des oiseaux et des poissons, ou le « flocking » (ou agrégation)

Règle locale. Je m’aligne avec mes voisins, je garde une distance de sécurité, je reste dans le groupe.

Effet global. Des formations fluides, adaptatives, robustes aux perturbations.

Traduction algorithmique. En informatique, le modèle « Boids » a popularisé l’idée qu’un mouvement collectif réaliste peut émerger de quelques règles de voisinage simples.

Ce que la recherche a affiné. Pour les étourneaux, une idée clé est que l’interaction semble surtout topologique, c’est-à-dire que chaque oiseau « suit » un nombre à peu près constant de voisins (plutôt qu’une distance fixe), ce qui aide à garder la cohésion quand la densité varie brutalement (attaque d’un prédateur, par exemple).

Usage concret. Modéliser des foules, coordonner des robots, concevoir des contrôleurs distribués qui restent stables quand l’environnement bouge vite ou encore faire voler des essaims de drones autonomes en formation serrée sans GPS centralisé, comme l’ont démontré des équipes de recherche récentes.

Battre à l’unisson, ou la synchronisation collective des lucioles

Règle locale. J’ai une horloge interne. Si je vois mon voisin clignoter, je l’ajuste légèrement.

Effet global. Petit à petit, les ajustements se propagent et le groupe se synchronise.

Traduction algorithmique. C’est la logique des oscillateurs couplés : un cadre mathématique classique (famille des oscillateurs de « Kuramoto ») pour expliquer comment un ensemble d’unités faiblement couplées peut finir par battre à l’unisson.

Synchronisation d’un essaim de lucioles. Source : Faironnerie ABC.

Ancrage biologique. Des travaux de synthèse sur la synchronisation des lucioles décrivent les mécanismes, les hypothèses et les limites de ce phénomène dans le vivant.

Usage concret. Ce principe est utile chaque fois qu’un grand nombre d’objets doivent agir ensemble au bon moment, sans chef d’orchestre. Par exemple, dans un réseau de capteurs dispersés dans une forêt pour détecter un départ de feu, il faut que les appareils se réveillent, mesurent et transmettent leurs données de façon coordonnée afin d’économiser leur batterie et de ne pas saturer les communications. Le même mécanisme peut aussi servir à faire travailler ensemble une flotte de petits robots ou de drones qui doivent avancer au même rythme malgré des échanges imparfaits. L’idée générale est simple : obtenir un comportement collectif synchronisé même lorsque chaque unité ne dispose que d’une information locale et de signaux parfois bruités.

Rendre visible l’émergence : mettre le collectif en scène

Les modèles d’essaim se présentent souvent sous forme d’équations et de simulations, comme dans la vidéo ci-dessus. Mais on les comprend parfois mieux… en les voyant « vivre ». Dans les projets de médiation LED it be et Arduiciole, des collaborations entre fab Lab et laboratoire de recherche où nous utilisons des matrices de LED, d’objets lumineux ou des ballons gonflés à l’hélium, chaque lumière suit une règle locale simple : clignoter, attendre, se caler sur ses voisins, ou réagir à une « trace » dans son environnement. Ce ne sont pas de simples ampoules, mais des pixels qui s’éveillent à la vie artificielle. Le dispositif rend visible l’invisible : il simule des automates cellulaires ou des modèles de synchronisation inspirés des lucioles.

Arduicioles, récit d’un rêve synchronisé. Source : Faironnerie ABC.

Ce que le public observe alors n’est pas un code, mais une dynamique : propagation d’un motif, stabilisation, bascule, synchronisation. La démonstration est double : le modèle n’est pas le réel, mais un outil pour isoler un mécanisme ; la complexité collective est une propriété liée aux interactions, et non à chaque individu pris séparément.

Des essaims dans nos technologies… et deux écueils à éviter

Ces principes de coordination distribuée intéressent les ingénieurs et les scientifiques pour une raison simple, ils offrent souvent trois avantages simultanés : robustesse, passage à l’échelle, adaptabilité. C’est exactement la promesse de la robotique en essaim, qui s’inspire explicitement de l’auto-organisation du vivant, mais aussi des algorithmes en essaim.

On retrouve ces principes dans une grande variété de systèmes. Ils sont particulièrement utiles lorsqu’il faut identifier de bonnes configurations dans un ensemble de possibilités immense, comme en logistique, en calibration ou en réglage de paramètres, car ils permettent de faire émerger progressivement des solutions efficaces sans pilotage central.

Ils servent aussi à organiser l’exploration collective, qu’il s’agisse de répartir des robots, des drones ou des entités logicielles pour couvrir une zone, cartographier un environnement, détecter des signaux ou parcourir un espace de recherche.

Enfin, ils offrent un cadre robuste pour maintenir la cohérence d’un système distribué en synchronisant les comportements, en assurant une coordination locale et en préservant le fonctionnement global malgré la perte ou la défaillance de certaines unités.

Ces systèmes ne sont pourtant ni spontanément stables ni naturellement sûrs. Hors des environnements idéalisés, les perceptions sont imparfaites, les échanges sont retardés et la communication entre agents reste souvent partielle. Dans ces conditions, une règle locale élégante en simulation peut devenir fragile en situation réelle. De plus, dès lors que la coordination dépend de signaux partagés, qu’il s’agisse d’une trace, d’un rythme commun ou d’une information sur un meilleur état collectif, la fiabilité de ces signaux devient un enjeu central. Un signal erroné, perturbé ou manipulé peut suffire à désorganiser l’ensemble. La décentralisation n’élimine donc pas le risque ; elle impose de penser autrement la robustesse, en la ramenant au niveau des interactions.

L’intelligence en essaim invite à l’humilité. Elle montre que la force d’un collectif ne vient pas toujours d’un chef, mais de la qualité des interactions entre ses membres. À partir de règles simples, un groupe peut faire émerger une organisation efficace, souple et robuste. La puissance réside alors dans la capacité à agir ensemble. Ce passage du « je » au « nous » offre un modèle de résilience fondé sur la coopération et l’adaptation.

The Conversation

Damien Olivier a reçu des financements de l’ANR et de la commission Européenne.

Yoann Pigné a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche.

Antoine Dutot et Jean-Luc Ponty ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. L’intelligence en essaim, de la nature aux algorithmes – https://theconversation.com/lintelligence-en-essaim-de-la-nature-aux-algorithmes-275250

Reducir la capacidad de la ciudadanía para protestar amenaza la conservación de la naturaleza y la sostenibilidad ambiental

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carlos Javier Durá Alemañ, Investigador Ramón y Cajal. Derecho de la Biodiversidad., Instituto de Estudios Sociales Avanzados (IESA – CSIC)

Manifestación climática en Barcelona, 2019. SUE WETJEN/Shutterstock

La conservación de la naturaleza no solo depende de la biología, la ecología o la legislación ambiental. También depende, en buena medida, de la capacidad de la sociedad civil para vigilar, denunciar y protestar contra las actividades que dañan el medio ambiente.

En España, la entrada en vigor en 2015 de la Ley Orgánica 4/2015 de protección de la seguridad ciudadana, conocida popularmente como “ley mordaza”, supuso un cambio de paradigma que ha afectado negativamente al activismo ecológico. Al criminalizar la protesta pacífica y limitar la libertad de expresión, esta norma ha creado un “efecto disuasorio” que debilita la lucha por la conservación de la naturaleza y la lucha contra el cambio climático.

Desafortunadamente, España se ha convertido en un ejemplo que varios países europeos (Reino Unido, Francia, Hungría, Alemania o Dinamarca) están tomando como referencia hacia el endurecimiento de las leyes de seguridad ciudadana y de orden público. Varias organizaciones de derechos humanos como la Comisión de Venecia y el Consejo de Europa han expresado preocupación por el “potencial represivo” de las leyes de seguridad ciudadana que estos Estados están implantando.

El activismo en el punto de mira

El activismo ambiental es, por definición, una forma de acción política que busca proteger el entorno frente a amenazas, a menudo causadas por grandes intereses económicos o por negligencias administrativas. Históricamente, las protestas y las acciones directas no violentas (como las de ONG como Greenpeace y Ecologistas en Acción o de plataformas locales) han sido clave para visibilizar la destrucción ambiental.

Sin embargo, la ley mordaza ha transformado estas acciones en un riesgo jurídico y económico elevado. Las infracciones graves y muy graves introducidas por la ley permiten imponer multas que oscilan entre los 601 y los 600 000 euros. Para muchas personas e incluso para muchos colectivos ecologistas, estas cifras no son sanciones, sino que en la realidad se convierten en medidas de “represión social y desmovilización ciudadana”.

Impacto en la acción climática

Cuando un colectivo ciudadano intenta bloquear la tala de un bosque, la construcción en una zona protegida o la contaminación de un río, a menudo se enfrenta a una respuesta policial amparada en la nueva seguridad ciudadana. La ley mordaza ha provocado varias cuestiones contrarias a la libertad de expresión y de dudosa constitucionalidad.

Por un lado, se produce una criminalización de la protesta pacífica: acciones simbólicas clásicas, como encadenarse a una maquinaria u ocupar terrenos en defensa del patrimonio natural, son castigadas con una contundencia desproporcionada.

También hubo desproporción en considerar terroristas a los activistas que participaron en 2022 y 2023 en diversas acciones de desobediencia civil no violenta para reclamar mayores y más eficaces medidas políticas ante el cambio climático. Tanto Naciones Unidas como Amnistía Internacional recordaron al Fiscal General del Estado que el derecho de protesta se estaba vulnerando con esta categorización de terroristas a los activistas climáticos. Algo que se había visto venir tras la ambigua definición jurídica en la que había quedado el terrorismo.

El miedo a las sanciones económicas desproporcionadas se traduce en que muchos activistas y organizaciones limitan sus acciones reduciéndose mucho la presión social sobre los destructores de la naturaleza.

Un obstáculo adicional para ejercer el derecho de protesta de forma segura es la dificultad impuesta en el registro de pruebas. La limitación o prohibición de grabar y difundir imágenes de los agentes de las fuerzas de seguridad reprimiendo a manifestantes y activistas dificulta enormemente la documentación de posibles abusos en el desalojo o represión de una protesta ambiental.




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La Vuelta, Mayo del 68 o las campañas contra el apartheid: cómo las protestas incomodan y transforman


Efectos en la conservación de la naturaleza

La principal consecuencia de la ley mordaza, es el llamado “efecto disuasorio”. Activistas de diversas organizaciones han denunciado que la ley reprime la protesta, obligando a los defensores de la naturaleza a guardar silencio o a limitar sus actuaciones frente a lugares simbólicos como el Congreso de los Diputados o las delegaciones de Gobierno.

En un contexto de emergencia climática y pérdida de biodiversidad, reducir la capacidad de la ciudadanía para protestar es una amenaza directa a la conservación de la naturaleza y la sostenibilidad ambiental, siempre amenazadas por intereses privados.

La vigilancia ciudadana es imprescindible, ya que las autoridades se ven desbordadas y, en muchas ocasiones, son los ecologistas los primeros en descubrir actividades ilícitas que las autoridades no detectan, ignoran o incluso en ocasiones, provocan.

Al disminuir esta vigilancia por miedo a las multas, la biodiversidad queda desprotegida y los riesgos ambientales como el cambio climático o las distintas formas de contaminación se vuelven mucho más peligrosos para la ciudadanía.

A lo largo de los más de diez años de vigencia de esta norma, las organizaciones ecologistas han reportado múltiples casos donde el activismo ha sido sancionado bajo el amparo de la seguridad ciudadana. La ley mordaza no solo afecta a grandes ONG; plataformas locales que luchan contra megaproyectos (minería, proyectos de implantación de energías renovables sin ordenación, infraestructuras innecesarias) se ven desbordadas por sanciones administrativas, lo que paraliza de facto sus movimientos en defensa del territorio.

La ley mordaza bloquea radicalmente las protestas de grupos pequeños o de individuos aislados, que se ven completamente desamparados ante esta “nueva” ley.

La ley mordaza nos desprotege a todos

La conservación de la naturaleza y la acción climática requieren un entorno democrático fuerte y transparente donde la ciudadanía pueda alzar la voz sin miedo a represalias. La ley mordaza funciona como un mecanismo que prioriza el orden público –entendido a veces como la protección de intereses económicos o políticos concretos– frente al derecho universal a un medio ambiente sano y frente al derecho a la libertad de expresión.

Mientras la ley siga vigente con los términos actuales, el activismo ambiental operará bajo la sombra de la inseguridad. Para una verdadera conservación de la biodiversidad en España, es indispensable garantizar que los defensores de la naturaleza puedan protestar pacíficamente sin ser criminalizados, asegurando que la protección del territorio siga siendo un derecho ciudadano cuyo ejercicio nos beneficia a todos y no una actividad de alto riesgo.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Reducir la capacidad de la ciudadanía para protestar amenaza la conservación de la naturaleza y la sostenibilidad ambiental – https://theconversation.com/reducir-la-capacidad-de-la-ciudadania-para-protestar-amenaza-la-conservacion-de-la-naturaleza-y-la-sostenibilidad-ambiental-279487

¿Y si mañana, al levantarme, no pudiera ver la pantalla?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antonia Moreno Cano, Investigadora Asociada en el Equipo de Investigación en Comunicación, Universidad de Deusto

Imagine por un momento que enciende su ordenador o su móvil… y no puede leer nada. No distingue los botones, no comprende los menús, no puede completar un formulario. Lo que para la mayoría es rutina, para millones de personas es una barrera cotidiana.

En España, solo el 7 % de las personas con discapacidad visual accede a formación en tecnologías. El 93 % restante queda excluido, con graves consecuencias para su autonomía y participación social. No es un dato menor: es una brecha que condiciona la autonomía, la empleabilidad y la participación social.

La tecnología tiene el potencial de cambiar esta realidad. Pero solo lo hace cuando es accesible y cuando va acompañada de formación adaptada. De lo contrario, amplifica la desigualdad. Un estudio reciente lo confirma: sin un diseño inclusivo y sin alfabetización digital, estas herramientas no llegan a quienes más las necesitan.

¿Qué implica realmente vivir con baja visión?

Existe una idea extendida (y errónea) de que la discapacidad visual es sinónimo de ceguera total. Sin embargo, muchas personas con baja visión no cumplen los criterios de ceguera legal y, por tanto, no acceden a recursos especializados como los de la ONCE.

Quedan en una especie de zona “gris” del sistema. Sin apoyos estructurados, sin formación específica y, en muchos casos, sin conocer siquiera las soluciones disponibles.

La tiflotecnología (lectores de pantalla, magnificadores o líneas braille) permite superar muchas barreras. Pero el problema no es solo la tecnología: es el acceso a ella. Sin formación, estas herramientas son invisibles.

El resultado es conocido: improvisación, dependencia y, en demasiados casos, aislamiento.

Cuando el diseño excluye

Incluso quienes tienen conocimientos técnicos encuentran muchas barreras. Muchas webs y aplicaciones no cumplen con los mínimos de accesibilidad exigidos por ley. Textos que no se amplían, botones sin etiqueta, colores sin contraste o formularios imposibles de leer son algunos ejemplos.

Esto obliga a depender de familiares o amigos para realizar tareas cotidianas. Trámites bancarios, gestiones públicas o incluso pedir una cita médica pueden convertirse en obstáculos insalvables.

La accesibilidad web no es un lujo. Es un derecho. Y no solo beneficia a las personas con discapacidad visual. También ayuda a mayores, personas con problemas temporales o usuarios con mala conexión o dispositivos antiguos. Además, en España existe una normativa legal específica para la accesibilidad digital, recogida en el Portal de Administración Electrónica del Gobierno de España.

Sí, la tecnología puede ser transformadora

Cuando se cumplen ciertas condiciones, la tecnología cambia vidas. Aplicaciones con voz, lectores de pantalla, funciones de ampliación y herramientas de comunicación han permitido a muchas personas estudiar, trabajar y mantenerse conectadas.

Durante la pandemia, varias personas aprendieron a usar redes sociales y apps de videollamadas para no perder el contacto. En algunos casos, fue esa necesidad de comunicarse la que impulsó el aprendizaje.

Pero estas experiencias siguen siendo la excepción. Muchas personas siguen sin saber qué recursos existen ni a dónde acudir.

¿Qué necesitamos para cerrar esta brecha?

Primero, es necesaria formación especializada. Y fuera de la ONCE, casi no existe. Faltan instructores, materiales y puntos de referencia.

En segundo lugar, es urgente un diseño accesible desde el origen. No como añadido o como un favor. Hacer las webs y apps accesibles desde el principio evita costes futuros y amplía su utilidad.

Además, precisamos voluntad política. La tecnología inclusiva no llega sola. Requiere leyes claras, recursos públicos y campañas de sensibilización.

La brecha digital no se cierra solo con dispositivos. Se cierra con diseño inclusivo, políticas públicas y formación para todos. Como recuerda la UNESCO, el acceso a la información es un derecho universal. Y, como señala la Organización Mundial de la Salud, la pérdida de visión afecta a más de 2 200 millones de personas en el mundo. No podemos permitirnos dejar a millones fuera de la sociedad digital.

Agradecemos especialmente a Fiorella Fuentes por su compromiso y colaboración en el desarrollo del proyecto. Su trabajo ha sido clave para visibilizar la exclusión digital que afecta a muchas personas.

(Una versión de este artículo fue publicada originalmente en la revista Telos de Fundación Telefónica).

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. ¿Y si mañana, al levantarme, no pudiera ver la pantalla? – https://theconversation.com/y-si-manana-al-levantarme-no-pudiera-ver-la-pantalla-262014

Cuando sobrevivir no es el final: el envejecimiento acelerado del cerebro tras el cáncer infantil

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Estefanía Díaz del Cerro, Investigadora Postdoctoral IDISCAM en el Grupo Mixto de Fragilidad y Envejecimiento Exitoso UCLM-SESCAM, Universidad Complutense de Madrid

Elif Bayraktar/Shutterstock

Hoy cada vez más niños sobreviven al cáncer, y la mayoría alcanza la edad adulta. Sin embargo, para muchos de ellos la historia no termina con la remisión del tumor. Años e incluso décadas después del tratamiento, una proporción significativa de supervivientes presenta dificultades persistentes de atención, memoria y velocidad de procesamiento.

Estos problemas pueden afectar al rendimiento académico, al empleo y a la vida independiente. Son secuelas a menudo invisibles, pero especialmente llamativas porque aparecen en personas jóvenes. ¿Se trata solo de efectos tardíos del tratamiento o de algo más profundo?

Jóvenes con un cerebro que envejece antes

Más del 40 % de los adultos que superaron un cáncer infantil presenta alguna alteración neurocognitiva. Durante años estas dificultades se atribuyeron al efecto directo de la quimioterapia o de la radioterapia, sobre todo cuando el tratamiento afectó al sistema nervioso central.

Sin embargo, esta explicación puede ser incompleta. Estudios recientes sugieren que muchos supervivientes siguen un proceso de envejecimiento biológico más rápido de lo esperado. En otras palabras, su organismo podría envejecer antes que el de otras personas de la misma edad.

El envejecimiento no consiste solo en cumplir años. Implica una acumulación de daño molecular, inflamación persistente y cambios en el sistema inmunitario. También aparecen alteraciones en la regulación del ADN. En este contexto cobra importancia la epigenética.

Cuando el ADN guarda memoria

La epigenética estudia cambios químicos que regulan la actividad de los genes sin modificar la secuencia del ADN. Una de las modificaciones más conocidas es la metilación del ADN: pequeñas marcas que actúan como interruptores y pueden activar o silenciar genes.

Estas marcas cambian con el tiempo y también bajo la influencia de factores como el estrés, la enfermedad y algunos tratamientos médicos. A partir de estos patrones se han desarrollado los llamados relojes epigenéticos.

Los relojes epigenéticos estiman la edad biológica de una persona mediante el análisis de la metilación del ADN. Cuando la edad biológica supera a la edad cronológica se habla de aceleración de la edad epigenética, un posible indicador de envejecimiento prematuro.

Más de 1400 supervivientes analizados

Para investigar la relación entre envejecimiento biológico y dificultades cognitivas, investigadores del Hospital de Investigación Infantil St. Jude, en Estados Unidos, analizaron datos de 1 413 adultos que habían superado un cáncer en la infancia.

Los participantes completaron pruebas para evaluar atención, memoria, velocidad de procesamiento y funciones ejecutivas. Además, se analizaron muestras de sangre para estimar la edad biológica mediante varios relojes epigenéticos.

También se estudió la longitud media de los telómeros, estructuras situadas en los extremos de los cromosomas que se acortan con el envejecimiento celular y que durante años se han considerado un marcador clásico del envejecimiento.

No son los telómeros sino la epigenética

Los resultados mostraron un patrón claro. Los supervivientes con mayor aceleración de la edad epigenética obtenían peores resultados en distintos dominios cognitivos, especialmente en atención, velocidad de procesamiento y funciones ejecutivas.

En cambio, la longitud de los telómeros no mostró una relación significativa con el rendimiento cognitivo. Esto sugiere que no todos los marcadores de envejecimiento reflejan los mismos procesos biológicos. En este caso, la epigenética parece captar cambios más relacionados con el funcionamiento cerebral.

Las asociaciones también variaban según el tratamiento recibido. Los supervivientes que habían recibido terapias dirigidas al sistema nervioso central mostraban relaciones más marcadas en memoria. Sin embargo, incluso quienes no recibieron tratamientos cerebrales presentaban vínculos entre envejecimiento epigenético y peor rendimiento cognitivo.

Un cambio de paradigma

Estos hallazgos sugieren un cambio en la forma de entender las secuelas del cáncer infantil. Los problemas cognitivos podrían no ser solo consecuencia de un daño puntual causado por el tratamiento décadas atrás. También podrían formar parte de un proceso dinámico de envejecimiento biológico acelerado que se mantiene con el paso del tiempo y que podría contribuir al deterioro cognitivo prematuro.

Esta idea conecta con un fenómeno más amplio. Muchos supervivientes de cáncer infantil desarrollan antes de lo esperado enfermedades cardiovasculares, fragilidad física o alteraciones metabólicas. El envejecimiento acelerado podría ser el mecanismo común que une estas complicaciones.

¿Se puede intervenir?

La epigenética no es un destino inmutable. A diferencia de la secuencia genética, las marcas epigenéticas pueden modificarse.

Diversos estudios en población general sugieren que la actividad física regular, una alimentación equilibrada y la reducción del estrés pueden influir en la edad biológica. En el futuro, identificar a los supervivientes con mayor aceleración epigenética podría permitir intervenciones tempranas para proteger la salud cognitiva.

Los relojes epigenéticos también podrían utilizarse como biomarcadores para evaluar si esas intervenciones funcionan.

Prudencia y próximos pasos

Los resultados deben interpretarse con cautela. El estudio es transversal, por lo que muestra asociaciones pero no permite establecer relaciones de causa y efecto.

No se puede afirmar con certeza que el envejecimiento epigenético cause el deterioro cognitivo. Serán necesarios estudios longitudinales que sigan a los supervivientes a lo largo del tiempo para confirmar esta relación y comprender mejor los mecanismos implicados.

Sobrevivir mejor, no solo más tiempo

El éxito de la oncología pediátrica ha transformado el pronóstico de miles de niños. Hoy la supervivencia ya no es la única meta: el desafío es garantizar que quienes superaron un cáncer en la infancia puedan envejecer con la mejor calidad de vida posible.

Comprender cómo el tratamiento deja huella en el reloj biológico del organismo es un paso importante para lograrlo. Porque sobrevivir al cáncer debería ser solo el comienzo de una vida larga y cognitivamente saludable.

The Conversation

Estefanía Díaz del Cerro recibe fondos en forma de beca postdoctoral de IDISCAM (Instituto de Investigación Sanitaria de Castilla-La Mancha)

ref. Cuando sobrevivir no es el final: el envejecimiento acelerado del cerebro tras el cáncer infantil – https://theconversation.com/cuando-sobrevivir-no-es-el-final-el-envejecimiento-acelerado-del-cerebro-tras-el-cancer-infantil-276101

¿Puede caducar el pasado digital? Los límites del derecho al olvido

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mariana N. Solari Merlo, Profesora titular de universidad. Derecho penal y criminología, Universidad de Cádiz

ArtVibe1/Shutterstock

¿Puede una decisión libre convertirse con el tiempo en una condena identitaria permanente? La pregunta no es meramente teórica. En el entorno digital, determinadas actividades –como la creación de contenido sexual– generan una huella persistente que puede reactivarse con facilidad incluso cuando la persona ha abandonado esa etapa.

En los últimos años, especialmente desde la pandemia, se ha producido un aumento significativo de perfiles que, en el entorno digital, generan contenido erótico o sexual con fines económicos, tal como recogen diversos estudios recientes.

Plataformas como OnlyFans han contribuido a consolidar este modelo bajo lógicas propias de la economía digital –suscripción, acceso exclusivo y consumo privado–, apoyadas en redes sociales que funcionan como escaparate y canal de captación de audiencia.

Se trata, en la mayoría de los casos, de actividades lícitas y voluntarias. Sin embargo, lo relevante no es tanto la naturaleza de la actividad como sus efectos en el tiempo. La digitalización no solo amplía el alcance, sino que altera la duración y la intensidad de la exposición: lo que antes era limitado y contextual pasa a ser potencialmente permanente y global.

La exposición y sus efectos

El entorno digital multiplica las oportunidades de difusión, pero también amplía los riesgos. La visibilidad deja de estar acotada y el contenido puede alcanzar audiencias muy diversas, incluyendo entornos personales, profesionales o públicos no deseados.

Desde la criminología y la victimología digital se ha señalado que una mayor exposición pública incrementa la probabilidad de sufrir distintas formas de victimización en línea, especialmente en contextos de alta autoexposición (self-disclosure) y uso intensivo de redes sociales.

No obstante, el problema no se limita a los riesgos durante la etapa de actividad. Existe una segunda dimensión, más persistente, vinculada a la identidad digital que se construye a partir de esa exposición. A diferencia de otros contextos, esta identidad no se desvanece fácilmente sino que queda fijada en sistemas de indexación, archivos y copias que permiten su reaparición constante.

Incluso cuando la persona ha abandonado esa actividad, su pasado puede seguir siendo accesible mediante búsquedas asociadas a su nombre o imagen, configurando lo que algunos trabajos han descrito como una memoria técnica difícilmente reversible.

Identidad digital y cambio vital

El caso de la ciclista y creadora de contenido Cecilia Sopeña ilustra este problema. Tras alcanzar notoriedad y beneficios económicos en plataformas de contenido para adultos, anunció su intención de iniciar una nueva etapa y reivindicó el denominado “derecho al olvido”, con el objetivo de dejar de ser identificada públicamente por esa actividad pasada.

La reacción social ha sido desigual. Parte de la opinión pública ha cuestionado esta pretensión, apelando a la idea de que la obtención de beneficios económicos debería conllevar una exposición permanente. Este tipo de respuestas pone de relieve la persistencia de valoraciones morales que exceden el plano jurídico.

Más allá del caso concreto, la cuestión de fondo es si el entorno digital debe fijar de manera indefinida una identidad vinculada a una etapa ya superada o si es posible limitar esa asociación cuando deja de responder a un interés actual.

En este contexto se sitúa el denominado derecho al olvido, que permite solicitar que determinados datos personales dejen de ser accesibles a través de motores de búsqueda cuando su difusión resulta inadecuada, irrelevante o desproporcionada con el paso del tiempo.

Este derecho fue reconocido en el ámbito europeo a partir del conocido caso Google Spain y posteriormente incorporado al artículo 17 del Reglamento General de Protección de Datos (RGPD), consolidándose como un instrumento clave para gestionar los efectos de la memoria digital.

No implica borrar el pasado ni eliminar necesariamente el contenido original, sino limitar su visibilidad mediante la desindexación. Se trata de una manifestación del derecho a la protección de datos personales, en conexión con el honor, la intimidad y la propia imagen.

Como todo derecho fundamental, no es absoluto. En caso de conflicto con la libertad de información o expresión debe realizarse una ponderación atendiendo a factores como la relevancia pública de la información, el interés general y la proporcionalidad.

El papel del consentimiento

En el caso de las creadoras de contenido sexual, el análisis presenta una particularidad: el contenido fue producido y difundido voluntariamente y con finalidad económica.

Este elemento es relevante, pero no determinante. El consentimiento no supone una renuncia definitiva a los derechos fundamentales. El marco jurídico europeo reconoce su carácter revocable, especialmente cuando están en juego la dignidad y la proyección futura de la persona.

El problema no radica tanto en la existencia del contenido como en su asociación persistente a la identidad actual. Cuando una persona abandona esa actividad y el contenido continúa reapareciendo de forma sistemática en búsquedas vinculadas a su nombre, los motores de búsqueda dejan de actuar como intermediarios neutrales para convertirse en mecanismos de reactivación constante del pasado.

En la práctica, el derecho al olvido permite reducir esa visibilidad mediante la desindexación y limitar la asociación automática entre la identidad presente y contenidos antiguos, aunque no garantiza la desaparición total del material en internet.

Una cuestión más amplia

El debate, en última instancia, trasciende el ámbito del contenido sexual. Plantea una cuestión más general: si una persona puede quedar indefinidamente definida por decisiones pasadas en un entorno que tiende a conservar y reactivar toda información.

En otros ámbitos jurídicos, como el derecho penal, se han desarrollado mecanismos orientados a evitar efectos perpetuos y facilitar la reintegración social. La persistencia digital introduce una tensión similar en el ámbito de la identidad.

El derecho al olvido no pretende negar el pasado ni cuestionar decisiones previas. Su función es, más bien, permitir que una etapa vital no se convierta necesariamente en una marca permanente cuando su mantenimiento deja de responder a un interés público actual.

The Conversation

Mariana N. Solari Merlo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Puede caducar el pasado digital? Los límites del derecho al olvido – https://theconversation.com/puede-caducar-el-pasado-digital-los-limites-del-derecho-al-olvido-271817

Bioética del espacio: claves para reflexionar sobre la vida y lo ultraterrestre

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ayoze González Padilla, Investigador predoctoral en Filosofía y Bioética, Centro de Ciencias Humanas y Sociales (CCHS – CSIC)

Imagen de una galaxia en espiral. Triff/Shutterstock

El 1 de abril, la misión Artemis II volverá a adentrarse en el llamado espacio exterior, tras más de cinco décadas de ausencia humana en él. Artemis II busca iniciar una nueva era de exploraciones y descubrimientos.

Por ello, mientras la tecnología avanza y posibilita que nuestra especie visite la cara oscura de la Luna, no está de más reflexionar sobre qué significa dar ese salto y qué debemos tener en cuenta desde la Tierra.

La bioética del espacio es una filosofía de la vida, del espacio y, por consecuencia, del tiempo. Son estas tres dimensiones de la realidad las que, siendo independientes, al mismo tiempo convergen en una misma cosa: el cosmos. Así lo analizo en un libro de próxima publicación.

Fotografía tomada desde Estación Espacial Internacional mientras sobrevolaba el océano Pacífico, al noreste de Papúa Nueva Guinea.
Fotografía tomada desde Estación Espacial Internacional mientras sobrevolaba el océano Pacífico, al noreste de Papúa Nueva Guinea.
NASA, CC BY

Pensar más allá

La vida tal y como la conocemos ocupa un espacio. Y este espacio no solo permite la extensión del movimiento sino que constituye el ser. Es decir, el individuo se relaciona a través de su contexto, desde su cultura, su sociedad y, además, su medio ambiente natural.

Sin embargo, concebir el cosmos es acercarnos a una noción del espacio inaprensible. Tenemos intuición de los espacios cercanos, terrestres, pero cuando se extienden más allá de nuestra capacidad de visión nos encontramos ante un abismo.

La bioética del espacio observa el mundo –del presente y del futuro– desde una dimensión ética. Se rige por cuatro fundamentos mínimos: el valor vida, la relación entre la tierra y el espacio, la posición biocéntrica y la regulación ético-jurídica.

Solo porque existimos

No hay reflexión filosófica sin una mínima consideración de lo que es la vida, una vida que no solo necesita ser vivida, sino que debe desarrollarse bajo unos mínimos de dignidad y autonomía. Cuando hablamos del valor vida nos referimos a una concepción que da sentido a las relaciones entre humanos y otras especies, en un ecosistema global en donde el individuo es un sujeto que necesita ser tomado en consideración más allá de su utilidad comunitaria, sin jerarquías imperantes.

La fotografía original de la famosa imagen ‘Blue Marble’, que muestra la Tierra tomada desde una distancia aproximada de 29 400 km, el 7 de diciembre de 1972, desde el Apolo 17.
NASA/Wikimedia Commons

El valor vida general considera a todo individuo como valioso por el mero hecho de existir. Su valor radica en sí mismo, en primer lugar, y luego en su posición en favor de la salud del medio ambiente. Precisamente, la variedad en las expresiones de la vida –que existan bacterias y también secuoyas, leones y hormigas, seres humanos y tardígrados– rinde fuerza a este valor. El valor vida específico, es decir, operativo, nos ayuda a convivir de tal forma que podamos seguir las lógicas de la naturaleza sin abusos ni soberanías.

Comprendiendo el valor general podemos articular el valor operativo siendo responsables y sostenibles. De este modo, nuestra relación con, por ejemplo, un jaguar podrá ser cautelosa si hay amenaza de un enfrentamiento entre ambos, pero no concebirá al animal como un objeto fetiche al que podemos enjaular y despellejar. Será, en resumen, un individuo al que tenemos que respetar, igual que lo hacemos con los miembros de nuestra propia especie.

Así, imaginar qué hay fuera de nuestro huevo cósmico implica repensar nuestra relación con lo ultraterrestre. La existencia de vida inteligente más allá de los confines de nuestra posibilidad es un síntoma de su valor inherente y su fuerza intrínseca. La viabilidad de vida simple es una esperanza que nos ayuda a comprender qué somos en realidad.

El espacio es constante

La relación respecto a los espacios implica entender que tanto lo que está dentro de nuestro planeta Tierra como lo que está fuera son realidades de una misma cosa, parte de lo que somos. De este modo, tanto el terrestre como el exterior son espacios continuos: la evolución cultural de la Tierra influye en la evolución cultural del cosmos.

El Tratado de 1967, instrumento jurídico clave en la regulación del espacio ultraterrestre, contiene en su artículo II el principio de no apropiación nacional por reivindicación de soberanía. Esto busca asegurar que no se continúen las lógicas expansionistas y extractivistas propias de nuestro planeta más allá de él.

Por ello, la relación entre Tierra y espacio no debe de ser de posesión ni solo de uso, sino de valor, responsabilidad y copertenencia.

Posición biocéntrica

La bioética del espacio se fundamenta en la teoría pero puede ir más allá e intervenir en la conducta. Colocar la vida en el centro nos permite tomar partido en una visión del mundo en donde somos parte y todo con la misma fuerza e importancia.

Ocupar este lugar implica abrazar una posición fuerte, equilibrada y garantista que no pretende ser juez y parte, solo parte. El juez de la vida es inconcebible, porque no existe valorador en un mundo que entiende la vida como un valor inherente.

El borde de una región cercana y joven de formación estelar, NGC 3324, situada en la Nebulosa Carina.
El borde de una región cercana y joven de formación estelar, NGC 3324, situada en la Nebulosa Carina. Captada en luz infrarroja por la cámara de infrarrojo cercano (NIRCam) del Telescopio Espacial James Webb de la NASA, esta imagen revela zonas de nacimiento estelar que antes estaban ocultas.
NASA, CC BY

Regular los derechos naturales

La referencia a la regulación ético-jurídica busca comprender el derecho sin someterse a las lógicas antropocéntricas. De este modo, con independencia de la especie, podemos llevar a cabo una ordenación justa, responsable, armoniosa y, sobre todo, centrada en la vida.

Esto ayuda a estar en el mundo de una manera ordenada y protegida, con garantías. Así, solo queda ir más allá del pacto social hacia un pacto ecológico, donde se tengan en cuenta la función y utilidad de la naturaleza pero también –y sobre todo– su valor.

La bioética del espacio ayuda a pensar en un futuro alejado del antropocentrismo, el colonialismo y las dualidades. Y así, proporciona una idea de mundo que no solo necesita ser imaginado sino también habitado. De esta manera, podemos adentrarnos nuevamente en lo ultraterrestre desde la comprensión de que vida y ética son una misma cosa.

Esta nueva etapa de la exploración espacial debe servir no solo para preguntarnos hacia dónde queremos ir, sino también quiénes somos y desde que posición deseamos partir.


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The Conversation

Ayoze González Padilla recibe fondos del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades del Gobierno de España.

ref. Bioética del espacio: claves para reflexionar sobre la vida y lo ultraterrestre – https://theconversation.com/bioetica-del-espacio-claves-para-reflexionar-sobre-la-vida-y-lo-ultraterrestre-269540

¿Por qué escribimos como escribimos? Ortografía, normas y controversias

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Victoriano Gaviño Rodríguez, Catedrático de universidad. Lengua española, Universidad de Cádiz

JUAN ANTONIO ORIHUELA/Shutterstock

La mayoría de la gente aprende a escribir sin hacerse demasiadas preguntas. Nos dicen que huevo lleva hache, que perro lleva dos erres y que baca y vaca no son lo mismo. Lo aceptamos, lo memorizamos y seguimos adelante con el aprendizaje.

Pero si uno se detiene un momento, surge la duda: ¿quién decidió todo eso? ¿Por qué escribimos así y no de otra forma? Y, sobre todo, ¿por qué parece tan difícil cambiarlo?

Algo más que una serie de reglas

Básicamente, porque la ortografía no es un simple conjunto de reglas para no cometer faltas. Es algo más profundo: un código compartido que permite que millones de personas escriban y se entiendan.

Gracias a ese código, un texto escrito en Cádiz puede ser leído en Buenos Aires o en Medellín sin grandes problemas. Pero hay algo más: la ortografía también es memoria histórica. Así, por ejemplo, nuestra hache muda está ahí, en ocasiones, porque hace siglos sí sonaba.

Es como una cicatriz lingüística: ya no cumple función práctica, pero nos recuerda de dónde venimos. Al mismo tiempo, atesora una escritura de tantos años que ya forma parte de nuestra propia identidad.

Dos formas de fijar una ortografía

A lo largo de la historia, las lenguas han seguido dos caminos principales para establecer su ortografía:

  1. La vía institucional (la de “esto se escribe así y punto”). Viene determinada por alguien que fija las reglas y decide qué es correcto y qué no y, de manera subsidiaria, quién escribe bien y quién no. Aquí entran las academias, los gobiernos o, como en el caso del español, una institución como la Real Academia Española (RAE).

    Fundada en 1713, tardó muy pocos años en publicar su “Discurso proemial de la orthographia de la Lengua Castellana” aparecido en el Diccionario de Autoridades (1726), que sirvió de base para la elaboración de su primer tratado ortográfico en 1741, así como del resto de textos que la convirtieron pronto en el principal órgano regulador de la escritura de nuestra lengua.

  2. La vía del uso (la de “se escribe así porque todo el mundo lo hace así”). Se produce cuando las normas no las impone nadie desde arriba. Surgen poco a poco, por costumbre. El inglés es el mejor ejemplo: nadie decidió oficialmente cómo se escribe.

    Por eso, algunas de sus palabras tienen una ortografía un tanto creativa, con grafías similares a las que les corresponden muy diferentes pronunciaciones (como sucede, por ejemplo, en through, though y tough). En este modelo, la norma nace del uso. Primero escribe la gente. Luego, si acaso, alguien lo regula.

El caso español: institucional, pero con debate

En el español triunfó claramente la vía institucional. La ortografía académica se consolidó poco a poco en el siglo XIX, tanto en España como en Hispanoamérica. A partir de 1844, su enseñanza en la escuela pública fue impuesta por el estado español y adoptada de manera general en la administración y la imprenta.

En un determinado momento, escribir bien (según las normas académicas) dejó de ser solo una cuestión lingüística para convertirse en algo más serio: requisito laboral, símbolo de educación y prestigio social y, finalmente, marca de identidad cultural. No escribir correctamente podía hacerte parecer ignorante.




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Aunque con tímidos intentos anteriores, fue a lo largo del siglo XIX cuando se intensificaron las propuestas de reforma de la ortografía del español. Algunos querían simplificarla, escribir como se habla, eliminar letras inútiles, hacer el sistema más lógico. Los argumentos eran bastante sensatos: ¿para qué sirve la hache si no suena? ¿Por qué conservar be y uve si suenan igual? ¿Por qué ge y jota se usan a veces para el mismo sonido y otras no?

Preguntas e intentos razonables, pero en la práctica enarbolados por personas sin poder y sin un modelo consensuado de reforma. Simples maestros que buscaban facilitar su enseñanza en la escuela y disminuir así los altos índices de analfabetismo. Perseguidos por el gobierno, sus intentos se apagan pronto y se disuelven en el silencio del olvido.

En el caso concreto de alguna república hispanoamericana, como Chile, se llegó a impulsar desde las instituciones educativas una reforma que aspiraba a reconciliar la escritura con la voz. Sin embargo, como otras tentativas, también aquella acabó cediendo ante el peso de la norma y terminó perdiéndose en la fuerza obstinada de la costumbre.

La prensa, ring de boxeo lingüístico

En siglos anteriores, los debates sobre la ortografía no solo se daban en tratados lingüísticos. Se discutían en la prensa, que funcionaba como una especie de red social de la época, pero con más tinta y menos memes. En este espacio de debate público, se enfrentaban reformistas y conservadores en auténticas batallas y ciclos polémicos en los que unos querían simplificar la ortografía y hacerla más lógica. Otros defendían las costumbres y el poder institucionalizador de la RAE en esta tarea.

No eran discusiones menores: en ellas se dirimía quién tenía autoridad sobre la lengua y qué modelo debía enseñarse a generaciones enteras. Cada artículo, cada réplica, no solo defendía una forma de escribir, sino también una forma de entender la lengua y su transmisión. Lo mismo ocurre en nuestros tiempos, porque los cambios en la escritura, a diferencia de lo que sucede en otras disciplinas lingüísticas, importa mucho a la gente.

¿Por qué es tan difícil cambiar la ortografía?

La ortografía no es solo lógica, es costumbre, y cambiarla implica reeducar a millones de personas, modificar libros, sistemas educativos… Y, lo más difícil, convencer a la gente de que deje de hacer lo que lleva haciendo toda la vida. Por eso, la propia Academia viene repitiendo desde hace siglos que lo mejor es que el cambio sea introducido poco a poco por el uso. Y luego, ya veremos.

La ortografía siempre ha sido y es un tema de interés colectivo, capaz de generar opiniones y controversias. Pero hoy la pregunta ya no se formula con la urgencia de otros tiempos, aunque tampoco ha desaparecido del todo. En una época atravesada por la inmediatez digital y la escritura veloz, se debate entre su función normativa y su valor simbólico. Reformarla y hacerla más sencilla podría aliviar ciertas dificultades, pero también implicaría desprenderse de capas de historia, de matices etimológicos y de una tradición compartida.




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Más que una reforma radical, hoy se impone una negociación silenciosa entre el uso y la norma, entre lo que cambia y lo que permanece. Porque la lengua, como todo organismo vivo, ya se transforma por sí sola, sin decretos ni rupturas bruscas. No se impone desde arriba, sino que va cediendo al pulso de quienes la hablan y la escriben cada día.

Tal vez en esa transformación lenta resida su verdadera capacidad de adaptación. Porque la ortografía con que escribimos es irregular, tiene incoherencias y conserva restos del pasado que no siempre tienen sentido hoy. Pero funciona. Y eso suele pesar más que la perfección.

En el fondo, hay que recordar que estamos ante una cuestión de identidad, de historia y de sentimiento comunitario: la ortografía no es solo un sistema de letras. Es también una forma de decir “así escribimos y somos nosotros”. Por eso, cuando alguien propone reformarla, no solo altera una práctica. Toca algo más profundo: la relación de una sociedad con su propia esencia. Y en ese punto las ideologías echan raíces.

The Conversation

Victoriano Gaviño Rodríguez ha sido investigador principal de los proyectos de investigación “Ideas lingüísticas y pedagógicas en la prensa española del siglo XIX. LinPePrensa” (ref. PGC2018-098509-B-I00) y “La lengua y su enseñanza en la prensa española: de la ley Moyano al fin de la II República (1857-1939). LinPePrensa II” (ref.: PID2021-126116NB-I00), del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades del Gobierno de España (Proyectos de I+D de Generación del Conocimiento).

ref. ¿Por qué escribimos como escribimos? Ortografía, normas y controversias – https://theconversation.com/por-que-escribimos-como-escribimos-ortografia-normas-y-controversias-279062