Élection présidentielle en Centrafrique : un scrutin à haut risque

Source: The Conversation – in French – By Alexandra Lamarche, PhD Candidate | Doctorante, Université de Montréal

Les Centrafricains éliront leur président, le 28 décembre 2025, dans un contexte toujours fragile, où l’insécurité persiste et où le spectre des groupes armés continue de peser lourdement sur le processus électoral. L’élection présidentielle s’annonce sous haute tension, avec la candidature du président sortant Faustin-Archange Touadéra, mais aussi de figures comme Anicet-Georges Dologuélé ou l’ancien Premier ministre Henri-Marie Dondra. La chercheuse Alexandra Lamarche jette un éclairage sur les principaux risques entourant le processus électoral en Centrafrique, et évoque les actions prioritaires et nécessaires pour prévenir des violences post-électorales.


Quels sont, selon vous, les principaux risques entourant l’élection du 28 décembre ?

L’élection présidentielle du 28 décembre en République centrafricaine (RCA) se déroule dans un climat d’insécurité marqué par la présence persistante de groupes armés et les tensions avec les Forces armées centrafricaines (FACA). Cette situation fait planer un risque réel de violences et d’affrontements. Dans de nombreuses régions, les électeurs pourraient être confrontés à des intimidations venant tant des forces nationales que des groupes armés. Certains combattants issus d’anciennes coalitions dissoutes ont rejoint de nouvelles factions.

Bien que les membres de certaines milices aient été intégrés aux forces nationales, cette intégration présente des lacunes et bon nombre d’anciens combattants pourraient ne pas se montrer loyaux envers l’État en cas de conflit. Cela accroîtrait encore les risques liés au scrutin. Cette insécurité, combinée à une profonde frustration politique et à un désengagement, suggère que le taux de participation sera faible.

Le référendum du 30 juillet 2023 — boycotté par l’opposition et largement perçu comme un « coup d’État constitutionnel » – a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels. Il permet à l’actuel chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadéra, de demeurer au pouvoir indéfiniment. Cette situation renforce l’impression que les règles du jeu démocratique sont biaisées.

Enfin, les difficultés persistantes pour de nombreux citoyens musulmans à obtenir une carte d’identité nationale risquent de les exclure du scrutin. Elles exacerbent les frustrations communautaires et sapent davantage la crédibilité du processus électoral.

Quel rôle jouent les groupes armés et les acteurs étrangers dans ce scrutin ?

Les groupes armés demeurent des acteurs centraux, surtout dans les zones où ils peuvent perturber les opérations électorales, restreindre l’accès des électeurs ou interrompre le vote afin de préserver leur influence locale ou de se positionner pour d’éventuelles négociations post-électorales.

À leurs côtés, les acteurs étrangers jouent un rôle tout aussi déterminant. La Russie, via ses instructeurs et sociétés militaires alliées, sécurise certaines zones tout en renforçant l’avantage du pouvoir en place. Le Royaume-Uni accuse même Moscou d’envisager de réprimer des voix politiques et de mener des campagnes de désinformation pour influencer le débat électoral.

Le Rwanda, pour sa part, soutient activement le président Touadéra afin de consolider sa présence militaire et protéger un réseau croissant d’investissements dans les secteurs minier, commercial et de la construction, tout en étendant son influence régionale. Cette dynamique s’ajoute à l’appui que la Russie, notamment via Wagner, accorde à Touadéra pour sécuriser leurs propres intérêts miniers et maintenir un régime favorable à son implantation stratégique en Afrique centrale.

Si la force de maintien de la paix onusienne, la Minusca, tente de promouvoir un processus plus crédible, sa marge de manœuvre reste limitée par la fragmentation territoriale et les alliances politiques du régime. Parallèlement, le gouvernement de Touadéra apparaît de plus en plus dépendant de ses partenaires étrangers, au détriment de la souveraineté de la RCA.

Comment la situation des déplacés affecte-t-elle la crédibilité du vote ?

La situation des déplacés internes et des réfugiés centrafricains compromet sérieusement la représentativité du scrutin. Alors que les réfugiés — majoritairement musulmans — avaient pu voter en 2015-2016, ils en sont désormais exclus par le gouvernement, malgré les appels des Nations Unies en faveur de leur inclusion et les offres de soutien pour faciliter ce processus. Cette exclusion prive l’élection de milliers de voix. À l’intérieur du pays, de nombreuses personnes déplacées, de toutes confessions et d’origines ethniques, vivent dans des zones isolées ou se cachent pour échapper aux violences et peuvent hésiter à se rendre aux bureaux de vote par peur d’être ciblées.

Cette combinaison d’exclusion administrative et de contraintes sécuritaires crée un processus électoral qui laisse de côté certaines des populations les plus affectées par le conflit, remettant en doute l’inclusivité et, par conséquent, la légitimité globale du scrutin.

Quelles actions prioritaires sont nécessaires pour prévenir des violences post-électorales ?

Prévenir les violences post-électorales nécessiterait une action anticipée et coordonnée, mais j’ai peu d’espoir que ce soit possible. Même si les bulletins de vote sont déposés, si une partie importante de la population se sent exclue ou contrainte, le résultat pourrait déclencher un retour à la violence.

Bien que le mandat de la Minusca ait été renouvelé année après année, celle-ci ne dispose pas des fonds ni des effectifs nécessaires pour mener à bien sa mission ambitieuse. L’une des principales priorités est de travailler en étroite collaboration avec l’Autorité nationale des élections (ANE). Bien que celle-ci fasse de nombreux efforts positifs, notamment sur les plans technique et logistique, elle n’est probablement pas encore en mesure de garantir que tous les risques majeurs (sécurité, portée, légitimité) soient atténués.

Les élections ne sont qu’une étape. Le véritable test consistera à déterminer si l’État sera capable d’exercer son autorité après les élections de manière à renforcer la paix plutôt qu’à accentuer la polarisation.

La protection des civils doit être assurée de manière impartiale, notamment par un déploiement ciblé de la MINUSCA dans les zones sensibles afin d’éviter l’usage excessif de la force par les FACA ou leurs alliés étrangers.

Il est également crucial de décourager tout discours identitaire inflammatoire et de garantir un accès rapide à la justice pour enquêter sur les violences, protéger les témoins et poursuivre les auteurs, quel que soit leur camp. Cette combinaison de prévention, de transparence et de responsabilité est indispensable pour réduire les risques de violences après le scrutin.

The Conversation

Alexandra Lamarche receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council (SSHRC) of Canada.

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Voici pourquoi les pays africains ne profitent pas de leur richesse en minerais

Source: The Conversation – in French – By Bonnie Campbell, Professeure émérite en économie politique. Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal., Université du Québec à Montréal (UQAM)

Les activités d’extraction d’or ont récemment repris dans le complexe de Loulo-Gounkoto, dans l’ouest du Mali, après plusieurs mois d’interruption. En janvier, le gouvernement malien a commencé à bloquer les exportations de la mine appartenant à la société canadienne Barrick Mining (anciennement Barrick Gold).

Le gouvernement a bloqué les exportations et saisi trois tonnes de lingots d’or à la suite d’un différend avec Barrick Mining concernant des impôts prétendument impayés.

Ce cas particulier est trop complexe pour être abordé ici. Cependant, les conflits concernant la distribution des revenus soulèvent des interrogations majeures quant à la façon dont les nations dotées de ressources naturelles tirent profit de leurs richesses.

Selon le Fonds monétaire international, l’évasion fiscale pratiquée par les multinationales minières priverait les pays africains de 470 à 730 millions de dollars américains de recettes fiscales par an.

Pour améliorer leurs infrastructures et leurs services de santé, ainsi que pour atteindre leurs objectifs de développement social, l’apport des recettes publiques générées grâce à la taxation de leurs ressources naturelles est d’une importance critique pour les pays d’Afrique subsaharienne.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi les pays d’Afrique riches en ressources minérales ne tirent pas suffisamment profit de leurs ressources.




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Déséquilibres de pouvoir, revenus insuffisants

Le Forum intergouvernemental sur l’exploitation minière et l’Organisation de coopération et de développement économiques ont recensé différents obstacles à la perception de recettes minières, notamment une législation défaillante, des prix de transfert abusifs et d’autres mécanismes de transferts de bénéfices artificiels.

De plus, les incitations fiscales régulièrement accordées pour attirer des investissements miniers, telle qu’une réduction significative des taux d’imposition et de redevances, sont rarement justifiées au regard de la perte de recettes publiques qu’elles entraînent.

Malgré ses importantes ressources minérales, le continent est en proie à un mécontentement généralisé, à la pauvreté et au sous-développement en raison des concessions excessives obtenues par les sociétés minières étrangères. Cette situation a été condamnée par les dirigeants de tout le continent.

En réponse, la Vision minière pour l’Afrique de l’Union africaine et les politiques qu’elle a inspirées, notamment la réforme des codes miniers, visent à garantir une contribution plus durable des ressources minérales du continent.

Or, les déséquilibres de pouvoir entre les entreprises étrangères et les gouvernements africains persistent et orientent les négociations relatives aux codes miniers, aux contrats et aux pratiques.

Bien que la situation varie d’un pays, d’un secteur et d’un site à l’autre, des recherches ont été menées pour déterminer les principaux obstacles à l’augmentation des recettes minières des États.

L’inégalité d’influence dans le cadre des négociations, qui favorise les sociétés minières, entraîne de nombreuses irrégularités. On peut citer, par exemple, la prolongation des clauses de stabilité malgré les réformes réglementaires, ou encore la priorité accordée aux contrats miniers par rapport aux cadres réglementaires nationaux plus larges.

Les pratiques du régime commercial international, les privilèges tarifaires à l’importation et les conventions bilatérales constituent de puissants facteurs dissuasifs à l’échelle internationale qui empêchent les États africains de mettre en œuvre des politiques profitables aux collectivités.

Code minier du Mali

Le secteur minier est un pilier de l’économie malienne. En 2022, il représentait 9,2 % du produit intérieur brut (PIB), 76,5 % des recettes d’exportation et 34,8 % des recettes publiques.

Comme dans d’autres pays du continent, la nouvelle législation minière vise à remédier aux dommages environnementaux et aux recettes minières décevantes qui sont l’héritage du passé. Le code minier de 2023 propose des réformes qui ont pour but d’améliorer les retombées nationales du secteur, à l’instar des mesures prises en Tanzanie, en Zambie et en République démocratique du Congo.

Ces réformes comprennent des exigences plus importantes en matière de participation de l’État (généralement de 10 à 30 %), des redevances et des taux d’imposition plus élevés, des exigences concernant le contenu et les emplois locaux, des dispositions plus strictes relatives à la responsabilité environnementale et sociale, ainsi que des obligations accrues en matière de développement communautaire.

Le code de 2023 vise à renforcer la souveraineté du Mali sur ses ressources et à garantir une répartition plus équitable des bénéfices.

Le régime fiscal a notamment été réformé pour supprimer certaines exonérations dont bénéficiaient les sociétés minières. Le nouveau code met aussi fin à l’allégement fiscal de 25 % accordé par les codes précédents pour une durée de 15 ans. Il introduit également une redevance de 10 % sur la production excédant les prévisions.

Par ailleurs, le Mali a créé plusieurs fonds pour répondre aux besoins du secteur et favoriser l’inclusion sociale.

Une autre innovation importante est la Loi relative au contenu local dans le secteur minier. Elle vise à encourager la participation d’entreprises et de travailleurs nationaux à ce secteur.

Comme d’autres pays riches en minerais, le Mali a dû faire face à une forte résistance, notamment de la part des entreprises les plus importantes et les plus influentes. Cela a conduit à une escalade de conflits plutôt qu’à des solutions négociées.

Il convient de noter que plusieurs sociétés, comme Robex Resources, ont conclu des accords avec le gouvernement malien. L’entreprise britannique Endeavour Mining a négocié avec le gouvernement des conditions d’exploitation dans le cadre du nouveau code minier.


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Deux autres producteurs d’or ont également signé des accords pour exercer leurs activités en vertu du nouveau code minier : Faboula Gold et Bagama Mining.

Bien que moins importants en termes d’investissement, ces projets illustrent la possibilité de mener à bien des initiatives conformément au nouveau code. Ils offrent aussi de nombreuses possibilités d’emploi dans les zones rurales.

Une souveraineté accrue

Certains analystes du secteur ont critiqué les pays riches en minerais pour avoir adopté une approche de « nationalisme des ressources ». Des études montrent toutefois que des revenus miniers bien gérés, transparents et stables pourraient contribuer à améliorer l’accès aux soins de santé et aux services sociaux au Mali et au Sénégal.

Le fait d’exercer une plus grande souveraineté sur les ressources naturelles afin d’assurer le bien-être de la population d’un pays pourrait en fait être salué comme un nationalisme responsable.

Le Mali et ses voisins sont confrontés à d’importantes menaces militaires et sécuritaires. L’industrie minière peut jouer un rôle clé dans la lutte contre ces problèmes en générant des revenus et des emplois.

Pour ce faire, elle devra respecter les réglementations nationales et contribuer de manière équitable aux recettes fiscales. En fin de compte, la rentabilité et la responsabilité sociale de l’industrie sont étroitement liées à la stabilité sociale du pays ainsi qu’au bien-être sanitaire, social et économique de sa population.

La Conversation Canada

Bonnie Campbell a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada.

Moussa Doumbo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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L’effet ChatGPT : comment, en trois ans, l’IA a redéfini les recherches en ligne

Source: The Conversation – France in French (2) – By Deborah Lee, Professor and Director of Research Impact and AI Strategy, Mississippi State University

En trois ans ChatGPT a bouleversé les usages. Kiichiro Sato/AP Photo

Le 30 novembre 2022, OpenAI rendait accessible à tous ChatGPT, l’intelligence artificielle générative sur laquelle elle travaillait depuis sept ans. En trois ans, un geste du quotidien s’est déplacé : au lieu de taper une requête dans Google ou de chercher un tutoriel sur YouTube, des millions de personnes ouvrent désormais ChatGPT pour poser leur question. Ce réflexe nouveau, qui s’impose dans les usages, marque un tournant majeur dans notre rapport à la recherche d’information en ligne.


Il y a trois ans, lorsqu’il fallait réparer un robinet qui fuit ou comprendre l’inflation, la plupart des gens avaient trois réflexes : taper leur question sur Google, chercher un tutoriel sur YouTube ou appeler désespérément un assistant vocal à l’aide.

Aujourd’hui, des millions de personnes adoptent une autre stratégie : elles ouvrent ChatGPT et posent simplement leur question.

Je suis professeure et directrice de la recherche et de la stratégie en matière d’IA à la Mississippi State University Libraries. En qualité de chercheuse spécialisée dans la recherche d’informations, je constate que ce changement dans l’outil vers lequel les gens se tournent en premier pour trouver des informations est au cœur de la manière dont ChatGPT a transformé nos usages technologiques quotidiens.

Près de 800 millions de personnes utilisatrices hebdomadaires

Le plus grand bouleversement n’est pas la disparition des autres outils, mais le fait que ChatGPT soit devenu la nouvelle porte d’entrée vers l’information.

Quelques mois après son lancement, le 30 novembre 2022, ChatGPT comptait déjà 100 millions d’utilisateurs hebdomadaires. Fin 2025, ce chiffre était passé à 800 millions. Cela en fait l’une des technologies grand public les plus utilisées au monde.

Les enquêtes montrent que cet usage dépasse largement la simple curiosité et qu’il traduit un véritable changement de comportement. Une étude réalisée en 2025 par le Pew Research Center (Washington) indique que 34 % des adultes états-uniens ont utilisé ChatGPT, soit environ le double de la proportion observée en 2023. Parmi les adultes de moins de 30 ans, une nette majorité (58 %) l’a déjà testé.

Un sondage AP-NORC rapporte qu’aux États-unis, environ 60 % des adultes qui utilisent l’IA déclarent l’utiliser pour rechercher des informations, ce qui en fait l’usage le plus courant de l’IA. Ce taux grimpe à 74 % chez les moins de 30 ans.

Un bouleversement des usages

Les moteurs de recherche traditionnels restent le socle de l’écosystème de l’information en ligne, mais la manière dont les gens cherchent a, elle, considérablement changé depuis l’arrivée de ChatGPT. Les utilisateurs modifient tout simplement l’outil qu’ils sollicitent en premier.

Pendant des années, Google était le moteur de recherche par défaut pour tout type de requête, de « Comment réinitialiser ma box Internet » à « Expliquez-moi le plafond de la dette ». Ce type de requêtes informatives de base représentait une part importante du trafic. Mais ces petites questions du quotidien, rapides, clarificatrices, celles qui commencent par « Que veut dire… », sont désormais celles que ChatGPT traite plus vite et plus clairement qu’une page de liens.

Et les internautes l’ont bien compris. Une enquête menée en 2025 auprès de consommateurs américains a montré que 55 % des personnes interrogées utilisent désormais les chatbots ChatGPT d’OpenAI ou Gemini AI de Google pour des tâches qu’ils confiaient auparavant à Google Search, avec des taux encore plus élevés au Royaume-Uni.

Une autre analyse portant sur plus d’un milliard de sessions de recherche montre que le trafic issu des plateformes d’IA générative augmente 165 fois plus vite que les recherches classiques, et qu’environ 13 millions d’adultes, aux États-Unis, ont déjà fait de l’IA générative leur outil de prédilection pour explorer le web.

Les atouts de ChatGPT

Cela ne signifie pas que les gens ont cessé d’utiliser Google, mais plutôt que ChatGPT a capté les types de questions pour lesquelles les utilisateurs veulent une explication directe plutôt qu’une liste de résultats. Vous voulez connaître une évolution réglementaire ? Vous avez besoin d’une définition ? Vous cherchez une manière polie de répondre à un email délicat ? ChatGPT offre une réponse plus rapide, plus fluide et plus précise.

Dans le même temps, Google ne reste pas les bras croisés. Ses pages de résultats n’ont plus la même allure qu’il y a trois ans, car le moteur a intégré directement son IA Gemini en haut des pages. Les résumés « AI Overview », placés au-dessus des liens classiques, répondent instantanément à de nombreuses questions simples parfois avec justesse, parfois moins.

Quoi qu’il en soit, beaucoup d’utilisateurs ne descendent jamais plus bas que ce résumé généré par l’IA. Ce phénomène, combiné à l’impact de ChatGPT, explique la forte hausse des recherches « zéro clic ». Un rapport fondé sur les données de Similarweb révèle que le trafic envoyé par Google vers les sites d’information est passé de plus de 2,3 milliards de visites à la mi-2024 à moins de 1,7 milliard en mai 2025, tandis que la part des recherches liées à l’actualité se soldant par zéro clic a bondi de 56 % à 69 % en un an.

La recherche Google excelle dans la mise en avant d’une pluralité de sources et de points de vue, mais ses résultats peuvent paraître brouillons et davantage conçus pour générer des clics que pour offrir une information claire. ChatGPT, à l’inverse, fournit une réponse plus ciblée et conversationnelle, privilégiant l’explication au classement. Mais cette approche se fait parfois au détriment de la transparence des sources et de la diversité des perspectives qu’offre Google.

Côté exactitude, les deux outils peuvent se tromper. La force de Google réside dans le fait qu’il permet aux personnes qui utilisent ChatGPT de recouper plusieurs sources, tandis que l’exactitude de ce dernier dépend fortement de la qualité de la requête et de la capacité de l’utilisateur à reconnaître quand une réponse doit être vérifiée ailleurs.

Enceintes connectées et YouTube

L’impact de ChatGPT dépasse le cadre des moteurs de recherche. Les assistants vocaux comme les enceintes Alexa et Google Home restent très répandus, mais leur taux de possession recule légèrement. Une synthèse des statistiques sur la recherche vocale aux États-Unis pour 2025 estime qu’environ 34 % des personnes âgées de 12 ans et plus possèdent une enceinte connectée, contre 35 % en 2023. La baisse n’est pas spectaculaire, mais l’absence de croissance pourrait indiquer que les requêtes plus complexes se déplacent vers ChatGPT ou des outils similaires. Lorsqu’on souhaite une explication détaillée, un plan étape par étape ou une aide à la rédaction, un assistant vocal qui répond par une phrase courte paraît soudain limité.

En revanche, YouTube reste un mastodonte. En 2024, la plateforme comptait environ 2,74 milliards de personnes utilisatrices, un chiffre en progression constante depuis 2010. Aux États-Unis, près de 90 % des adolescents déclarent utiliser YouTube, ce qui en fait la plateforme la plus utilisée dans cette tranche d’âge. Cependant, le type de contenu recherché est en train de changer.

Les internautes ont désormais tendance à commencer par ChatGPT, puis à se tourner vers YouTube si une vidéo explicative est nécessaire. Pour bon nombre de tâches quotidiennes – « Comprendre mes avantages sociaux », « M’aider à rédiger un email de réclamation » –, ils demandent d’abord à ChatGPT un résumé, un script ou une liste de points clés, puis consultent YouTube uniquement s’ils ont besoin de visualiser un geste ou un processus concret.

Cette tendance se retrouve aussi dans des domaines plus spécialisés. Les développeurs, par exemple, utilisent depuis longtemps les forums comme Stack Overflow pour obtenir des conseils ou des extraits de code. Mais le volume de questions a commencé à chuter fortement après la sortie de ChatGPT, et une analyse suggère que le trafic global a diminué d’environ 50 % entre 2022 et 2024. Lorsqu’un chatbot peut générer un extrait de code et une explication à la demande, moins de gens prennent le temps de poster une question dans un forum public.

Alors, où va-t-on ?

Trois ans après son lancement, ChatGPT n’a pas remplacé l’écosystème technologique, mais il l’a reconfiguré. Le réflexe initial a changé. Les moteurs de recherche restent indispensables pour les explorations approfondies et les comparaisons complexes. YouTube demeure la plateforme incontournable pour voir des personnes réaliser des actions concrètes. Les enceintes connectées continuent d’être appréciées pour leur côté mains libres.

Mais lorsqu’il s’agit d’obtenir rapidement une réponse à une question, beaucoup commencent désormais par l’utilisation d’un agent conversationnel que par une requête dans un moteur de recherche. C’est là le véritable effet ChatGPT : il n’a pas simplement ajouté une application de plus sur nos téléphones, il a discrètement transformé notre manière de chercher de l’information.

The Conversation

Deborah Lee ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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le viager : une solution pour mieux consommer l’avant-dernière demeure

Source: The Conversation – France (in French) – By Arnaud Simon, Professeur des Universités en Géographie, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

La vente et l’achat en viager restent relativement peu pratiqués en regard des nombreux avantages qu’offre cette forme de transmission de la propriété pour les deux parties concernées, mais aussi pour les collectivités publiques qui pourraient trouver là un levier de politique territoriale. Que dit la relativement faible appétence pour le viager de notre manière de consommer le logement ?


Longtemps considéré comme un simple support d’habitation ou d’investissement, l’immobilier est aujourd’hui au cœur des dynamiques contemporaines de consommation. Il constitue un poste de dépense majeur, freine l’accès à d’autres formes de consommation pour les plus jeunes, et devient lui-même un objet de consommation : location de courte durée, plateformes d’échange, ou optimisation patrimoniale. Dans ce contexte, interroger le viager, comme manière de « consommer » l’avant-dernière demeure, permet de reposer autrement la question de notre rapport au logement, à la propriété et à la finitude.

Parmi ces usages de l’immobilier, le viager occupe une place singulière. À la fois marginal et porteur d’enjeux sociaux, patrimoniaux et territoriaux, il reste étonnamment absent du débat public. Cet article propose de le penser, non pas seulement comme un produit financier, mais comme un acte de consommation au sens fort : un usage final de son patrimoine, à l’intersection du privé, du social et du symbolique.

Une fausse évidence ?

C’est dans cette perspective que l’on peut relire autrement la formule de « dernière demeure ». À l’heure où les pratiques d’incinération se développent, réduisant la prise à bail de la tombe ou du caveau, on pourrait s’attendre à ce que l’avant-dernière habitation – celle du vivant – suive le même mouvement. Le viager, en tant que moyen de consommer son patrimoine – certains penseront consumer – devrait ainsi être une évidence. Pourtant, il n’en est rien. L’avant-dernier logement ne s’avère consommable qu’avec beaucoup de difficultés.




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Consommer un logement peut se faire pour un propriétaire par la jouissance locative qu’il en retire en y vivant, ou en le louant (droit d’usage et d’habitation). Il est cependant aussi possible de consommer les murs, telle la maison en pain d’épices de Hansel et Gretel, en réalisant une vente en viager. Ici, le propriétaire occupant cède à un vendeur les murs, tout en conservant le droit de vivre dans son bien. En échange, l’acquéreur lui verse une somme à la signature du contrat (le bouquet) et des mensualités durant tout le reste de sa vie (la rente). Au décès du vendeur, l’acheteur récupère la pleine propriété du bien. Par ce mécanisme, la richesse immobilisée dans l’actif immobilier, dans les murs, devient mobilisable et consommable.

Marché potentiel, marché actuel

Si, en France, la richesse en logement détenue par les retraités dépasse les 1000 milliards d’euros, les biens effectivement « viagérisés » ne représentent eux que 2,5 milliards d’euros. De plus, alors que la richesse immobilière des retraités est moins concentrée territorialement que la richesse immobilière totale, et constitue donc un facteur d’équilibre spatial, la richesse « viagérisée » s’avère par contre particulièrement concentrée. Plus de 50 % de la valeur sous contrat viager est localisée dans cinq départements : Paris pour 30 %, les Hauts-de-Seine et les Yvelines, et autour de la Côte d’Azur.

La carte ci-dessous représente le marché potentiel du viager, c’est-à-dire la richesse immobilière des retraités (en % de la richesse immobilière départementale, et en valeur). Comme on le voit, son potentiel est réel dans de nombreux départements.


Fourni par l’auteur

Source : Coulomb, Languillon, Simon (2021)

La rentabilité de ce produit serait-elle alors mauvaise en dehors de ces cinq départements (et peut-être des cœurs urbains des métropoles) ? Il n’en est rien. Dans presque tous les départements, la rentabilité est positive et substantielle. Elle peut même atteindre des niveaux élevés dans des départements où le marché viager n’existe pourtant presque pas (Ain, Tarn-et-Garonne, Landes, Vendée).

Des retraités largement propriétaires

Alors, peut-être, le viager ne servirait-il qu’à satisfaire des besoins marginaux, peu fréquents ? Nous laissons au lecteur le soin d’en juger, dans un univers où le financement des retraites représente pour la nation un enjeu si important. Pour un retraité propriétaire (75 % des retraités le sont, contre 58 % en moyenne globale), le viager permet d’accroître ses revenus disponibles. Ceux-ci peuvent être utilisés pour financer la consommation courante, les loisirs, la dépendance lorsque celle-ci survient, ou encore l’entretien de l’habitation et l’amélioration de ses performances écologiques.

Le viager permet aussi de protéger le conjoint survivant avec la réversion de la rente, ou encore de transmettre de son vivant une partie de sa richesse immobilière pour aider ses enfants et ses petits enfants dans leur vie (un bien hérité post-mortem est souvent revendu car il représente fréquemment plus d’ennuis que d’avantages).

Du point de vue de la commercialisation, lorsqu’un bien est difficile à vendre en viager, la proportion de rente par rapport au bouquet tend à augmenter. On peut aussi noter une inégalité genrée, au détriment des hommes : toutes choses égales par ailleurs, les hommes extraient moins de richesse de leur bien, et ils doivent consentir plus de rabais sur la valeur de marché estimée de leur bien. Les hommes retraités célibataires jeunes doivent aussi consentir des baisses de prix significatives s’ils souhaitent obtenir des bouquets plus élevés (par rapport aux femmes retraitées célibataires jeunes, et aux couples de jeunes retraités).

Un levier territorial puissant mais ignoré

Du point de vue de la politique territoriale, le viager possède beaucoup d’avantages. Il tend à renforcer la consommation, localement, et à favoriser les circuits courts (les soins de santé par exemple). Il permet une reterritorialisation de la politique vieillesse. Il pourrait aussi participer aux politiques d’aménagement locales.

Imaginons par exemple qu’une mairie ou un organisme affilié se porte acquéreur d’un bien. Durant la vie du contrat, elle soutiendrait le niveau de vie d’une personne retraitée. Au décès, lorsque le bien est récupéré, la mairie pourrait soit « renaturer » la parcelle (objectifs ZAN), soit développer du logement social, soit revendre la parcelle à un promoteur si celle-ci est fortement valorisée afin d’équilibrer financièrement son opération viagère globale.

Une politique qui encouragerait le viager ne reposerait pas sur des transferts monétaires coûteux, comme c’est le cas pour la plupart des politiques d’aide à l’immobilier, mais sur la mobilisation d’une richesse déjà existante. Cela serait en particulier d’intérêt pour les zones rurales fragilisées par le vieillissement des populations et le désengagement de la puissance publique comme des acteurs privés, mais qui possède encore une certaine richesse immobilière. En arrière-plan, il s’agirait alors de passer d’une politique immobilière gouvernementale très voire exclusivement orientée en faveur des métropoles, à une politique immobilière territoriale et régionale

BFM 2025.

Une obligation morale intergénérationnelle

Dernier point, qui n’est pas des moindres, le viager s’inscrit dans la grande thématique de la soutenabilité et de l’égalité des générations quant à l’accès au logement. Les classes d’âges aujourd’hui retraitées ont eu accès au logement et à la propriété dans des conditions bien plus favorables que les suivantes. Les fameux « baby-boomers » ont ainsi fait exploser les prix immobiliers entre 1996 et 2008 de par leur nombre, leur solvabilité et leur volonté de bien préparer leur retraite en devenant propriétaires (le taux de propriétaires passe de 50 % à 58 % à cette occasion).

Ce faisant, ils ont créé une barrière à l’entrée, à savoir le prix, pour les gens qui venaient après eux. Le phénomène se poursuit à l’heure actuelle. Si l’on compare la progression du nombre de retraités, à la progression du capital immobilier qu’ils détiennent, entre 2012 et 2022, on obtient pour la France : +3,68 % de retraités, mais +5,19 % de capital logement. Au niveau départemental : +6,80 % versus +14,28 % pour la Guadeloupe, +5,60 % versus +12,37 % pour le Morbihan, +2,90 % versus +8,12 % pour l’Ille-et-Vilaine. Cette surappropriation de la richesse immobilière n’est pas sans poser question quant à la solidarité entre les générations.

Devant tous ces éléments, si favorables au viager, pourquoi est-il comme banni de la réflexion publique ? Pas forcément tant du côté des vendeurs, qui n’y sont pas aussi réticents que l’on pourrait le penser, que du côté des acheteurs et des investisseurs. Ne pas consommer l’avant-dernier bien immobilier n’empêchera pas la vie de se consumer ? Faut-il y voir une dénégation de la mort, où l’on s’accrocherait mordicus à l’avant-dernier bien, par crainte du dernier et de l’après ? Alors, remettre de son vivant sa richesse dans le mouvement et la vie ne serait-il pas un moyen de vivre au-delà de soi, en pensant à la succession des générations ?


Cet article fait partie du dossier « https://dauphine.psl.eu/eclairages/dossier/au-dela-de-lachat-les-nouveaux-territoires-de-la-consommation » par Dauphine Éclairages, le média scientifique en ligne de l’Université Paris Dauphine – PSL.

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Arnaud Simon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. le viager : une solution pour mieux consommer l’avant-dernière demeure – https://theconversation.com/le-viager-une-solution-pour-mieux-consommer-lavant-derniere-demeure-270813

Au travail, l’approche par générations renforce surtout les préjugés

Source: The Conversation – France (in French) – By Nicolas Raineri, Professeur associé en comportement organisationnel, ICN Business School

Génération X, Y ou Z, boomers ou alphas… le discours sur les générations est omniprésent chez certains experts du management. Pourtant, il est aussi très critiqué pour son manque de solidité scientifique. Plus grave, en confondant âge et génération, il est la porte ouverte à des pratiques de discriminations condamnées par la loi.


« Les jeunes d’aujourd’hui ne veulent plus travailler », « les millennials manquent de loyauté », « les baby-boomers ne comprennent pas les nouvelles technologies »… l’on retrouve ces poncifs dans les médias, les entreprises et les salles de réunion. Les « chocs de génération » semblent expliquer tous les maux du travail contemporain : désengagement, recul de la place du travail dans la vie, individualisme, rapport à l’autorité….

Mais nous sommes-nous suffisamment interrogés sur l’existence réelle de ces « générations », au sens sociologique ou psychologique du terme. Et si les générations n’existaient pas ? C’est la conclusion certes provocatrice, mais solidement étayée, de la plus vaste méta-analyse jamais menée sur le sujet, publiée dans le Journal of Organizational Behavior par Daniel Ravid et ses collègues.

Celle-ci combine les résultats de plusieurs études indépendantes portant sur une même question de recherche, afin d’obtenir une estimation globale plus précise et fiable de l’effet étudié. Ce massif travail de recherche démontre à partir de plus de 140 études regroupant plus de 158 000 individus que les différences entre générations au travail sont infimes, voire inexistantes.




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Fausses évidences

Le concept de génération repose pourtant sur un postulat logique et de prime abord évident et rationnel : les individus nés à la même époque sont façonnés par les mêmes événements historiques, technologiques et culturels, et développent ainsi des valeurs et des comportements relativement homogènes. De plus, le concept apparaît familier, il est largement usité au quotidien et renvoie à nos observations et ressentis à chacun ; l’on se rend bien compte des différentes manières de penser et d’agir entre nos aînés et nos cadets.

De fait, la soi-disant évidence, familiarité et simplicité d’un cadre d’analyse réduisant toute une génération à des archétypes comportementaux – tels que les baby-boomers décrits comme matérialistes et attachés au travail, les générations X jugées sceptiques et individualistes, ou les millennials présentés comme idéalistes mais narcissiques –, en fait un objet très utile pour le storytelling managérial. Il permet de catégoriser les collaborateurs et leurs préférences en un clin d’œil, et alimente un marché florissant : formations, conférences, livres blancs et articles de presse vantent les vertus de la « gestion intergénérationnelle ».

Pourtant, les données ne suivent pas. Ravid et ses collègues arrivent à la conclusion que les différences entre générations sont statistiquement insignifiantes sur tous les indicateurs clés du monde du travail : satisfaction, engagement, motivation, valeurs, équilibre entre la vie professionnelle et personnelle, stress, intention de quitter son emploi. Autrement dit, un millennial n’est pas moins engagé qu’un boomer ni plus stressé qu’un GenX.

Distinguer âge et génération

Il est d’ailleurs essentiel de distinguer l’âge de la génération : l’âge renvoie à une étape du parcours individuel, tandis que la génération suppose une appartenance collective fondée sur une période de naissance commune. En effet, les variations observées semblent surtout relever de l’âge ou du contexte socio-économique au moment où les personnes ont été interrogées, pas d’une appartenance générationnelle.

L’étude rappelle que lorsqu’on compare des groupes d’âge, trois effets se confondent :

  • l’effet d’âge, lié au cycle de vie (on ne pense pas le travail de la même façon à 25 ans et à 55 ans) ;

  • l’effet de période, lié aux conditions économiques et sociales du moment (désengagement ou quête de sens touchent toutes les tranches d’âge après la crise sanitaire de 2020-2021) ;

  • et l’effet de cohorte, celui-là même qui correspond aux potentielles différences générationnelles.

Or, ces trois effets sont indissociables. Quand l’on constate une différence, il est impossible de savoir si elle provient du fait d’avoir grandi dans les années 2000 ou simplement d’avoir 20 ans à une époque donnée.

Mêmes événements, sens différents

Par ailleurs, les événements censés « façonner » les générations (crises économiques, attentats, innovations technologiques) ne touchent pas toute une génération de manière uniforme : ils ne revêtent pas le même sens pour une étudiante française, une étudiante brésilienne ou indienne du même âge, ni même entre deux étudiants français issus de milieux sociaux différents. À cela s’ajoute également des différences individuelles qui ne sont pas l’apanage d’une génération. L’idée de génération tend à négliger le contexte comme la diversité individuelle, et relève d’une vision souvent ethnocentrée et simplificatrice, largement héritée du contexte américain et des modes managériales qui l’accompagnent.

En fonction des études, les sciences de gestion et la psychologie sont plus ou moins prudentes et réservées sur le concept de génération, ou du moins sur l’existence de différences substantielles légitimant une personnalisation des méthodes de communication, de recrutement ou de management en fonction de la génération plutôt qu’en fonction de l’âge, du stade de carrière ou de la période considérée. Cette approche contribue à entretenir le mythe générationnel, alors que les données tendent, au contraire, à montrer l’inverse.

Le principal problème posé par l’approche générationnelle réside dans l’usage de stéréotypes dont les effets peuvent être davantage négatifs que positifs sur la performance, la motivation et l’équité au travail. Lorsqu’un manager suppose qu’un jeune collaborateur « changera vite d’emploi » ou « ne supporte pas la hiérarchie », il modifie son comportement – moins de feedback, moins de confiance –, ce qui finit par confirmer sa croyance. Les stéréotypes deviennent des prophéties autoréalisatrices.

Gare à l’âgisme

Par ailleurs, cette logique alimente aussi l’âgisme : les collaborateurs plus âgés font l’objet de stéréotypes inverses, tels que « les seniors ne comprennent pas les nouvelles technologies » ou « résistent au changement », qui peuvent conduire à leur mise à l’écart ou à une moindre reconnaissance de leurs compétences. Le risque est également juridique : des dispositifs législatifs encadrant la discrimination liée à l’âge existent dans de nombreux pays, y compris en France, où le Code du travail prohibe toutes les formes de discrimination, notamment celle fondée sur l’âge.

Si les générations ne structurent pas nos attitudes au travail, d’autres facteurs le font. Les recherches en sciences de gestion et en psychologie montrent que les différences observées tiennent davantage à l’âge et au stade de carrière, à la personnalité et aux trajectoires de vie, ou encore aux expériences de travail et au contexte organisationnel, bien plus qu’à une appartenance générationnelle.

Repenser le mythe générationnel

Un jeune collaborateur n’est pas « différent » parce qu’il est de la génération Z : il l’est parce qu’il débute, qu’il a moins d’expérience, qu’il se situe à un autre moment de sa trajectoire de vie, dans un contexte socio-économique donné. Par ailleurs, les évolutions du travail (précarité, intensification, numérisation) touchent tout le monde, mais chacun y réagit selon ses ressources personnelles et son environnement professionnel, et non selon son année de naissance.

Fnege media 2024.

Repenser le mythe générationnel ne signifie pas nier la diversité des rapports au travail. Il s’agit de changer de grille de lecture. Plutôt que d’opposer des « jeunes » et des « anciens », on peut s’interroger sur la manière dont les organisations favorisent la coopération interâges, valorisent les apprentissages croisés (mentorat, tutorat, parrainage), et adaptent leurs pratiques non pas à des étiquettes générationnelles, mais à des besoins, des motivations et des parcours individuels.

Comme le soulignent Ravid et ses collègues, il s’agit avant tout de dépasser les lectures parfois trop simplistes pour comprendre la complexité des comportements au travail. Le désengagement ou la quête de sens ne sont pas des symptômes générationnels, mais des réactions humaines à un environnement professionnel en mutation, qui touche toutes les catégories de travailleurs, indépendamment des étiquettes générationnelles qui leur sont attribuées.

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Nicolas Raineri ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au travail, l’approche par générations renforce surtout les préjugés – https://theconversation.com/au-travail-lapproche-par-generations-renforce-surtout-les-prejuges-269300

Black Friday : le bonheur s’achète-t-il en solde ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Mickaël Mangot, Docteur en économie, spécialiste d’économie comportementale et d’économie du bonheur, conférencier, chargé de cours, ESSEC

Les difficultés de la vie quotidienne peuvent modérer le bénéfice de la consommation sur notre bonheur. Gorodenkoff/Shutterstock

Consommer nous rend-il plus heureux ? Le Black Friday nous rapproche-t-il du bonheur ou, au contraire, nous en éloigne-t-il ? Selon l’économie du bonheur, toutes les consommations ne se valent pas…

Depuis le début des années 1970, l’économie du bonheur constitue un courant de recherche, au sein de la science économique, qui se propose de décrypter comment les comportements des individus influencent leur niveau de bonheur.

Si la relation entre revenus et bonheur a beaucoup occupé la discipline, de plus en plus de chercheurs s’intéressent désormais à la relation entre consommation et bonheur, sur un plan quantitatif – combien on consomme – comme qualitatif – ce que l’on consomme.

Est-on d’autant plus heureux que l’on consomme ? À l’instar de la relation entre revenus et bonheur, la réponse est clairement affirmative, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou en Asie. Mais, comme pour le revenu, la consommation explique à elle seule très peu des différences de bonheur entre individus, entre 5 % et 15 %. Il existe beaucoup de personnes qui sont heureuses tout en consommant peu et, inversement, des individus très dépensiers qui sont insatisfaits de leur vie.

Impact éphémère

Cette absence de causalité entre niveau de consommation et niveau de bonheur s’explique en grande partie par plusieurs mécanismes psychologiques.

Hormis quelques exceptions – chômage, handicap lourd, maladies chroniques ou dégénératives, etc., les humains s’adaptent aux chocs de vie, positifs ou négatifs.

La consommation, notamment de biens matériels, fait partie de ces événements qui ne laissent plus aucune de trace sur le bonheur à moyen long terme. Une fois l’achat effectué, nos consommations sont vite reléguées à l’arrière-plan de nos vies. Cette règle s’applique autant pour les petits achats – vêtements, déco ou high-tech – que pour les biens durables très onéreux comme la voiture ou le logement.

Les désirs se renouvellent et progressent constamment. Plus le niveau de vie augmente, plus les aspirations s’élèvent.

Cette montée en gamme (ou lifestyle inflation) s’applique à tout : logement, voiture, vêtements, restaurants, loisirs… À 20 ans on rêve d’un McDo et d’une chambre de bonne et à 60 ans d’un restaurant étoilé et d’une maison de maître. Dans nos armoires ou sur nos étagères, les consommations passées sont les vestiges visibles de désirs aujourd’hui dépassés.

Compétition sociale

S’ajoute aussi le mécanisme de la comparaison sociale : on fait l’expérience de son niveau de vie en partie cognitivement, en l’évaluant par rapport à celui des autres. Un niveau de vie élevé n’est pas gage de satisfaction s’il traduit un statut inférieur à celui de ses collègues, de ses voisins et de sa famille.

Ce n’est donc pas seulement notre propre consommation qui est importante pour le bonheur (positivement), mais également celle de notre entourage immédiat (négativement), du moins pour les consommations facilement observables – logement, voiture, vêtements, montres…

La satisfaction de la vie au sein d’un ménage augmente en fonction du rang de ce ménage en termes de consommation observable au sein de la même localité. D’ailleurs, lorsqu’un ménage gagne à la loterie, cela tend à augmenter les consommations observables des ménages dans ses alentours.




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L’observation de biens de luxe chez les autres peut être particulièrement nocive pour le bonheur. Une étude a obtenu que plus la proportion de Porsche et de Ferrari est élevée dans une ville ou une région, et plus le niveau de bonheur moyen y était faible.

Privilégier les expériences

De nombreux travaux ont cherché à distinguer différents types de consommation selon leur intensité et selon la durabilité de leur impact sur le bonheur. Ils ont fait émerger une liste de consommations plus propices au bonheur :

Ces consommations ont la particularité de renforcer la connexion aux autres, d’améliorer l’image sociale ou l’image de soi, ou de contribuer à forger une identité.

Il est à noter que la liste n’est pas exactement la même pour tout le monde. Elle est modérée par les valeurs, la personnalité et les difficultés propres à la personne. Les biens matériels influencent plus le bonheur des personnes ayant des revenus modestes ou des valeurs matérialistes. Les valeurs matérialistes expliquent que la possession d’une voiture et sa valeur marchande sont particulièrement impactantes pour le bonheur des… boomers.

Plus la consommation est alignée avec la personnalité, et plus elle a généralement d’effet. Par exemple, les extravertis bénéficient plus que les introvertis des consommations sociales comme les sorties dans les bars et restaurants, et inversement pour les achats de livres.

Pallier les difficultés

Les difficultés du quotidien modèrent l’effet de la consommation sur le bonheur. La voiture est particulièrement importante pour le bonheur chez les personnes qui ont des problèmes de mobilité du fait d’une santé défaillante ou de l’absence d’alternatives. De même, le recours à des services pour gagner du temps est particulièrement efficace pour doper le bonheur des personnes qui en manquent (comme les parents en activité).

Ces dernières observations sont à relier à un autre mécanisme psychologique fondamental : le biais de négativité. Les émotions négatives affectent plus fortement et plus durablement l’évaluation de la vie que les émotions positives. On s’adapte en général moins rapidement aux chocs de vie négatifs qu’aux chocs positifs.

Les domaines de la vie pour lesquels on est insatisfait influencent plus l’évaluation générale de la vie que les domaines apportant satisfaction. Les consommations ont généralement plus d’effet sur le bonheur quand elles permettent de corriger un manque, plutôt que lorsqu’elles ajoutent du positif.

Plaisir de la transaction

Ces découvertes sont, pour certaines, plutôt intuitives. Néanmoins, les consommateurs peinent à en tirer les leçons pratiques du fait d’erreurs systématiques au moment des décisions. Par exemple, ils tendent à sous-estimer la puissance de l’adaptation aux évènements de la vie, notamment positifs, tout comme ils sous-estiment leurs changements de goûts et de priorités dans le temps.

Lors d’un achat, la quête du bonheur entre souvent en conflit avec la recherche d’une rationalité économique. La satisfaction attendue de la consommation est mise en balance avec le plaisir de la transaction, comme l’a montré le Prix Nobel d’économie Richard Thaler. En période de promotions, on se laisse aller à acheter des produits dont on n’a ni besoin ni réellement envie uniquement pour faire une bonne affaire. Le plaisir de la transaction est éphémère ; après coup on oublie vite avec quel niveau de remise l’achat a été réalisé.

Finalement, essayons de renverser la question : être vraiment heureux changerait-il notre façon de consommer ? Quelques études pionnières suggèrent que les personnes heureuses consomment différemment des autres : elles consomment moins (et épargnent plus) tout en ayant une consommation davantage orientée vers les sorties que vers les biens matériels. Ces études ne disent pas, en revanche, si ces personnes déjà très heureuses vont jusqu’à ignorer le Black Friday…

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Mickaël Mangot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Black Friday : le bonheur s’achète-t-il en solde ? – https://theconversation.com/black-friday-le-bonheur-sachete-t-il-en-solde-270576

Tracking with care: The ethics of using location tracking technology with people living with dementia

Source: The Conversation – Canada – By Madalena Pamela Liougas, PhD Candidate, Rehabilitation Science Institute, University of Toronto

Imagine you’re 83 years old, living with dementia in a long-term care home. Lately, your caregivers keep asking you to wear a bracelet on your wrist 24/7. They say it’s for your safety, so they can locate you quickly when needed.

At first, you think it’s OK, and it looks like a watch, so you go along. But you soon notice it never comes off. You must wear it everywhere, even in private spaces like your bed and bathroom. This becomes annoying, especially when you realize that it doesn’t have any functions that are useful to you.

What you may be unaware of is that it also collects information about your daily movements.

This technology is a real-time location system (RTLS), and it’s becoming increasingly common in hospitals and long-term care homes. They are promoted as improving physical safety and quality of care and are used for nurse calls, contact tracing, preventing unaccompanied exits and more.

Research demonstrating RTLS’s worth is sparse, and its use raises questions around data security, privacy and control. This is the case for those most affected by RTLS — older adults, family caregivers and direct care staff — whose perspectives are often overlooked in technology research.

Older people sitting at a table and a younger person standing, speaking with them
Care staff in a study said it was often simpler to locate residents in person.
(Pexels/Jsme Mila)

Real-time location systems

An RTLS works like an indoor GPS. Residents under care at a long-term care home (and sometimes staff) wear a tag or a bracelet with a sensor that communicates with beacons placed throughout the walls and ceilings of the building. The system enables the tracking of people wearing the sensor in real time, and collects movement data. It can also send automated geo-fencing alerts, such as when someone enters or exits a room.

Interest in RTLS in long-term care and other health-care settings largely stems from the belief that they can be useful for predicting changes in health and well-being if clinical algorithms could be developed to analyze movement data.

As part of a larger project, our research team conducted a study with residents, family caregivers, direct care staff and administrators in one home that purchased an RTLS. Administrators and family caregivers told us that RTLS could make care safer and more efficient by increasing staff’s ability to continuously monitor residents and enable quicker intervention.

However, staff informed us that it was often simpler to locate residents in person, and that they lacked time and resources for continuous remote monitoring of residents or to investigate and respond in real time.

This reinforced our findings from an earlier study of this technology in a hospital setting that similarly suggested that RTLS may increase staff workload. More concerningly, we found that administrators, staff and caregivers had limited awareness of this technology’s ethical implications, including its impact on residents, and lacked the knowledge and skills to involve residents in decision-making.

Power and control

In the setting we studied, consent for the use of RTLS came from substitute decision-makers — often a family caregiver — as most residents of the home lived with severe cognitive impairment or dementia. Many caregivers consented quickly, believing RTLS would help staff stay aware of residents’ whereabouts, without fully considering residents’ preferences. Few family caregivers involved residents in the consent process, despite their legal obligation as their substitute decision-makers to align decisions with residents’ values.

While most residents agreed to wear the bracelet, some explicitly rejected the idea of sharing their location data with family or staff. Over time, many wearers found no direct value in it and frequently described it as uncomfortable and heavy.

Caregivers didn’t fully know what data was collected by RTLS, who owned the data or how it would be used to improve care beyond localization. Still, most believed that having more information about residents’ movements was beneficial and morally justified the continuous surveillance.

Although privacy rights are protected by law in Canada and the United States, many family caregivers told the researchers they believed residents gave up those rights by entering long-term care. Some also sought access to RTLS data collected about their family members, expecting it would be shared to enhance transparency, although this never happened.

Staff faced their own challenges. Some were unsure how to explain RTLS’s benefits and risks to residents and to their families or respond to residents’ concerns. They lacked guidance on whether to respect a resident’s refusal to wear the tracking bracelet or override it based on family consent.

This left staff uncertain about how to balance residents’ autonomy with their duty of care, and contributed to moral distress among employees.

Future considerations

Our research suggests RTLS offers uncertain benefits and creates new challenges in an already under-resourced sector. Its use also raises ethical concerns, particularly around surveillance and control, which can exacerbate power imbalances and perpetuate digital ageism and digital ableism.

Digital ageism refers to discrimination on the basis of age that intersects with digital economies. Examples include limited or stereotypical representation of old age or older people in data training sets, tech design that doesn’t reflect the heterogeneity of older users, the push to replace humans with technologies in caring for older adults and automated algorithmic decision-making that discriminates against older adults.

Decision-making around RTLS needs to fully involve those who will be affected by these technologies. Before deciding to wear a tracking bracelet, residents and families should be supported in discussing this with care staff who help them to understand and reflect on:

  • What information will this technology collect?
  • Who will see it?
  • How will it be used in practice to improve my care?
  • Are these improvements worth compromising my privacy?

This is ethical decision-making: transparent, collaborative and grounded in dignity.

The Conversation

Alisa Grigorovich receives funding from AMS Healthcare (Fellowship in Compassion and Artificial Intelligence) and SSHRC.

Madalena Pamela Liougas does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Tracking with care: The ethics of using location tracking technology with people living with dementia – https://theconversation.com/tracking-with-care-the-ethics-of-using-location-tracking-technology-with-people-living-with-dementia-268459

¿Pondría su salud en manos de un algoritmo?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Aníbal M. Astobiza, Profesor-Investigador EMERGIA, especializado en ciencias cognitivas y éticas aplicadas, Universidad de Granada

raker/Shutterstock

Cada día, médicos y profesionales de la salud de todo el mundo tienen a su disposición a la inteligencia artificial (IA) para buscar apoyo en la toma de decisiones sobre el diagnóstico, pronóstico y tratamientos de posibles enfermedades. Eso incluye desde la interpretación de imágenes en radiología, dermatología y oncología hasta recomendaciones personalizadas de tratamiento.

Sin embargo, su uso no está tan extendido como cabría esperar. Si los médicos no acuden a la IA no es por un problema tecnológico: un metaanálisis de 2023 identificó que el principal obstáculo para pasar del laboratorio a la cama del enfermo es la desconfianza.

Indiscutiblemente, acceder a diagnósticos más certeros, cirugías mejor planificadas o medicamentos ajustados al paciente afecta positivamente a la calidad de vida de los individuos y a la salud pública en general. Pero para que aumente la presencia de sistemas artificiales y técnicas de aprendizaje-máquina en la práctica asistencial, deben ser confiables.

Eso implica superar algunos de los obstáculos que dificultan que los profesionales de la salud comprendan y confíen completamente en las decisiones del sistema. Entre ellos, la naturaleza de “caja negra” de muchos algoritmos de IA, los sesgos en los que pueden incurrir, la deshumanización de la relación entre profesionales de la salud y sus pacientes y la dependencia excesiva de la IA. Todo esto puede generar “puntos únicos de falla” (SPOF, por sus siglas en inglés), donde un único componente o elemento fallido puede provocar un colapso del conjunto. Y eso aumenta la fragilidad de todo el sistema de atención sanitaria.

Ni desconfianza ni confianza ciega

En este contexto se crea CONFIIA (acrónimo de Confianza y Nuevas Formas de Integración de la Inteligencia Artificial), un proyecto español integrado por profesionales de la filosofía, la psicología, la labor asistencial, la medicina y la ingeniería.

Su misión es evaluar el nivel de confianza de la IA en salud desde una doble vertiente. Por un lado, los posibles recelos en profesionales sanitarios y pacientes en el uso de aplicaciones de IA en el ámbito de la salud. Por otro, y en un sentido opuesto, el problema que generaría una confianza ciega que no tenga en cuenta la falta de integración de mecanismos de seguridad en el desarrollo de esas aplicaciones a partir de elementos como exactitud, precisión, trazabilidad y transparencia.

La confianza es multifacética. Reducirla a números sin perder matices es un equilibrio delicado y difícil. Por ello es preciso medir sin simplificar.

A esto se suma que los modelos de IA cambian en cuestiones de meses, e incluso semanas: cualquier conclusión se vuelve pronto obsoleta. De ahí la necesidad de que toda la investigación se sustente en una evaluación continua de la voz de profesionales, pacientes y desarrolladores.

¿Se puede medir algo tan escurridizo como la confianza?

Traducir un concepto multidimensional como la confianza a datos comparables no es sencillo. Requiere emplear tanto metodologías cuantitativas (encuestas validadas) como cualitativas (entrevistas en profundidad) con el personal sanitario y los pacientes, como propone CONFIIA.

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Después se aplica UMAP, una técnica de análisis topológico capaz de “dibujar” clusters de confianza con multitud de variables a la vez. El mapa que dibuje mostrará grupos que confían ciegamente, quizá porque solo perciben beneficios, perfiles prudentes que piden explicaciones transparentes y personas escépticas movidas por experiencias fallidas.

El propósito de nuestro proyecto es trazar la confianza en todas sus dimensiones para, a partir de los rasgos demográficos, calcular con qué perfil de pacientes y usuarios del sistema sanitario es más probable que una persona concreta se identifique. Y, con esa información, desarrollar intervenciones personalizadas, guías de uso seguro para desarrolladores, materiales formativos para profesionales de la salud y mensajes claros para pacientes en contextos de uso de la IA.

Cada propuesta se pilotará en centros clínicos españoles entre 2027 y 2028, con un objetivo medible: incrementar al menos en un 20 % los niveles de confianza respecto del punto de partida.

Atlas de confianza en otras áreas

Nuestro proyecto aspira a generar un “atlas de confianza” reproducible, útil para reguladores y empresas tecnológicas que busquen introducir la IA responsablemente en el ámbito de la salud, pero también en otros servicios críticos (energía, transporte, justicia…).

En última instancia, CONFIIA interpela a responder preguntas que ya no podemos aplazar. ¿Quién asume la responsabilidad si un algoritmo se equivoca? ¿Cómo explicamos sus decisiones a quienes no hablan el lenguaje del algoritmo? ¿Queremos realmente introducir la voz de la ciudadanía en el desarrollo de la IA? ¿Cuánto confiamos o debemos confiar en la IA en salud?

The Conversation

Aníbal M. Astobiza recibe fondos del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+

Belén Liedo recibe fondos proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+

José Ríos Díaz recibe fondos de del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+.

Marcos Alonso recibe fondos del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+

Mar Vallès Poch recibe fondos del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+

NATIVIDAD GARRIDO RODRIGUEZ recibe fondos del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE +; del Programa de Ayuda a la formación del personal de investigación “Catalina Ruiz” del Ministerio de Economía, Conocimiento y Empleo del Gobierno de Canarias y el Fondo Social Europeo y del proyecto de I+D+i PID2022-142120NB-I00 financiado por MCIN/AEI/10.13039/501100011033 y por el “Fondo Europeo de Desarrollo Regional (FEDER), Una manera de hacer Europa”.

Patricia García Garrido recibe fondos del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+

Pedro Chana Valero recibe fondos del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+

Rafael Mestre recibe fondos del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+; y de Responsible AI UK (EP/Y009800/1; IP0033) del Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC) de UK Research and Innovation (UKRI).

Ramón Ortega Lozano recibe fondos del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+

Txetxu Ausín recibe fondos del proyecto CONFIIA, PID2024-156166OA-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+. Asimismo, es Asesor Científico del proyecto EmpoderDAT: Empoderamiento del paciente, espacio de datos de salud e inteligencia artificial como pilares del nuevo sistema sanitario (Fundación Séneca-Agencia de Ciencia y Tecnología de la Región de Murcia, referencia: 22041/PI/22).

ref. ¿Pondría su salud en manos de un algoritmo? – https://theconversation.com/pondria-su-salud-en-manos-de-un-algoritmo-262549

La revolución que inició Francisco Suárez, el primer arquitecto del Estado de derecho

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Angel Poncela-Gonzalez, Profesor Doctor en Filosofía. Especialización: suarismo; hispanismo filosófico; historia de la filosofía medieval y renacentista., Universidad de Salamanca

Relieve conmemorativo de Francisco Suárez en la fachada del Palacio Arzobispal de Granada, de 1917.

Renata Sedmakova/Shutterstock

A comienzos del siglo XVII, un jesuita español transformó el pensamiento político y jurídico europeo. Francisco Suárez (1548–1617), el más ilustre heredero de la Escuela de Salamanca, sistematizó y reelaboró sus ideas proyectándolas hacia la modernidad.

En una época de monarquías absolutas y guerras de religión, defendió que la ley no nace de la fuerza, sino de la razón; que la soberanía pertenece al pueblo y que la libertad humana es el fundamento de la justicia. Suárez fue, en cierto modo, el primer arquitecto del Estado de derecho.

En su Tratado de las leyes, afirmó que “la libertad es un don inseparable de la naturaleza racional del hombre”. Rompía entonces con la visión medieval del ser humano como súbdito de la voluntad divina. Para él, la razón humana puede descubrir el orden moral por sí misma. La libertad no se concede, sino que se posee por naturaleza. De esta idea brota el principio moderno que Immanuel Kant formularía un siglo y medio después al sostener que “la autonomía de la voluntad es el principio supremo de la moral”.

Este concepto de libertad es la raíz de su concepción jurídica. Suárez redefine el derecho como una “facultad moral que pertenece al individuo en cuanto persona libre”. El derecho deja de ser un conjunto de normas impuestas desde el exterior y se convierte en el poder legítimo del sujeto racional. Esta innovación, el derecho subjetivo –el paso del derecho como orden al derecho como facultad– será la semilla de la noción moderna de los derechos humanos.

El filósofo inglés John Locke lo retoma al afirmar que “cada hombre tiene una propiedad en su propia persona”, y se consagra en el ideario kantiano: “El hombre no tiene precio, sino dignidad”.

Un sistema jurídico para abarcarlos a todos

Sobre estos fundamentos, Suárez erige su sistema jurídico. En su Tratado de las leyes distingue entre ley eterna, ley natural, ley humana y ley divina positiva. Pero su gran innovación consiste en concebirlas no como un orden jerárquico y estático, sino como expresiones coordinadas de una misma razón.

“La ley humana –dice– es participación de la ley natural en la razón práctica del hombre”. Así, la legitimidad de la norma civil no depende de su naturaleza religiosa, sino de su racionalidad. El jurista y escritor neerlandés Hugo Grocio recoge esta idea cuando sostiene que el derecho natural “sería válido incluso si Dios no existiera”.

Negativo de una imagen de un dibujo de Francisco Suárez que forma parte de la colección de Harris & Ewing.
Negativo de una imagen de un dibujo de Francisco Suárez que forma parte de la colección de Harris & Ewing.
Library of Congress’s Prints and Photographs division

La ley natural, para Suárez, es “un dictamen de la razón recta que muestra que un acto es conforme a la naturaleza racional, y por ello, conforme a la ley eterna”. El énfasis en el papel fundacional de la razón supone el tránsito hacia una moralidad universal. La noción moderna de derecho subjetivo nace con él.

En relación con el pensamiento jurídico internacional define el derecho de gentes como “un consenso del género humano”. Al concebir la paz como fruto del acuerdo racional y no de la imposición religiosa, Suárez abre el camino a la diplomacia contemporánea y a la noción de comunidad internacional. En Sobre las tres virtudes teologales sostiene que “la guerra solo es justa cuando se ordena a reparar una injuria y es declarada por autoridad legítima”. Kant recogerá esa línea al afirmar que “ningún Estado debe intervenir violentamente en la constitución y gobierno de otro”. Los dos pensadores coinciden a la hora de subordinar la fuerza al derecho.

La soberanía popular

En el terreno político, el pensamiento de Suárez no fue menos revolucionario. En la Defensa de la fe católica, sostuvo que “Dios no confiere el poder político a un hombre determinado, sino al conjunto del pueblo”. El poder, por tanto, procede de la comunidad, que lo delega para el bien común. Esta tesis influiría en los filósofos Thomas Hobbes (quien la interpreta como pacto de obediencia), Locke (quien la considera delegación revocable) y Jean-Jacques Rousseau (quien la contempla como expresión de la voluntad general).

Suárez subrayó que la soberanía popular es el fundamento de toda legitimidad: “El poder reside radicalmente en el pueblo, que lo transfiere a los gobernantes para el bien común”. Precisamente por ello, si el gobernante abusa de ese poder, el pueblo conserva su derecho a retirárselo y en casos límite, cumple el deber ciudadano de recuperarlo.

La difusión de sus ideas fue sorprendente. Aunque la Facultad de Teología de París y Jacobo I condenaron y mandaron quemar sus obras en 1614 y 1615, sus tratados circularon ampliamente por las universidades reformadas. Uno de los juristas más importantes del siglo XVII en los Países Bajos, Arnold Vinnius, reconoció que nadie había explicado mejor las leyes divinas que Francisco Suárez.

El suarismo inspiraría después a los juristas alemanes. En opinión del historiador del pensamiento político Richard Tuck, “la influencia de Suárez en el pensamiento protestante” fue “la semilla del individualismo político moderno”.

Más allá del océano

Pero las ideas de Suárez no se circunscribieron al ámbito continental; también cruzaron el Atlántico. El principio de soberanía inspiró la revolución liberal y los movimientos independentistas americanos, que vieron en Suárez un antecedente del derecho de rebelión contra la tiranía. Su huella está presente en los puritanos de Nueva Inglaterra –como John Cotton y Roger Williams– y, más tarde, en los libertadores latinoamericanos, desde Francisco de Miranda hasta Simón Bolívar.

Como ha señalado el filósofo político Leo Strauss, “la modernidad política nace del intento de racionalizar el orden suareciano: conservar la forma de la ley natural, eliminando su referencia teológica. Suárez es el último teólogo de la cristiandad y el primer jurista de la razón moderna”.

La obra de Suárez es la demostración de que la modernidad no surgió por oposición a la escolástica, sino a partir de ella. Su racionalismo jurídico y su fe en la libertad anticipan los principios del Estado constitucional contemporáneo.

Cuando los límites del poder en ocasiones se vuelven difusos, la legitimidad de algunas leyes se pone en cuestión y el uso de la fuerza impera sobre la razón discursiva, volver a los escritos de Suárez es una invitación a recordar cuáles son los fundamentos del Estado de Derecho, qué papel cumple el ciudadano en su relación con el poder político y cómo las relaciones entre los diversos estados están sometidas a unas normas jurídicas para la resolución pacífica de los conflictos que no se pueden ignorar.


Este artículo surge de la colaboración con la Fundación Ignacio Larramendi, institución centrada en desarrollar proyectos relacionados con el pensamiento, la ciencia y la cultura en Iberoamérica con el objetivo de ponerlos a disposición de todo el público.

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The Conversation

Angel Poncela-Gonzalez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La revolución que inició Francisco Suárez, el primer arquitecto del Estado de derecho – https://theconversation.com/la-revolucion-que-inicio-francisco-suarez-el-primer-arquitecto-del-estado-de-derecho-267256

De tiaras a manuscritos de Pushkin: cómo proteger nuestra historia de los robos de arte

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Cristina de Juana Ortín, Personal docente e investigador, miembro del grupo de investigación ART-QUEO, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

shutterstock Baloncici/Shuttersock

A pesar de que Francia ya había implementado un plan de seguridad en todo su territorio debido a otros robos recientes, no pudo impedir la sustracción de algunas de las joyas expuestas en la Galería de Apolo del Louvre hace semanas. ¿Cómo proteger el patrimonio cuando los ladrones actúan en museos y bibliotecas?

La respuesta pasa por lo que la UNESCO llama justicia patrimonial: una forma de restitución que va más allá de lo económico.

Y es que cada pieza robada deja un hueco en la colección, una carencia en la memoria. Supone la interrupción de un vínculo cultural, histórico y simbólico. Y plantea una demanda de responsabilidad institucional y estatal.

Tiara de María Amalia de Nápoles y Sicilia y de Hortensia de Beauharnais, robada en el Louvre el 19 de octubre de 2025.
Wikimedia Commons., CC BY

El golpe Pushkin

En este sentido, el robo de libros o manuscritos raros en bibliotecas europeas adquiere una dimensión aún más grave, si cabe. Entre 2022 y 2023, desaparecieron, al menos, 170 libros antiguos y raros valorados en más de 2,8 millones de euros de bibliotecas de varios países europeos.

Fue un acto organizado y sistemático que las autoridades han calificado como “golpe Pushkin”, porque la mayoría habían sido escritos por este novelista y poeta ruso. Las obras no solo representaban ejemplares materiales de valor, sino memorias literarias de gran importancia para las culturas rusa y europea.

Retrato de Pushkin por Orest Kiprenski (1827). Galería Tretiakov, Moscú.
Orest Kiprenski.

Las implicaciones de este caso abren la puerta a la dimensión geopolítica del problema: ¿cómo articular la justicia patrimonial cuando los Estados, las redes de subastas, los mercados y las redes criminales se entrecruzan?

Una restitución auténtica exige cooperación internacional, transparencia en el comercio patrimonial y responsabilidad compartida entre los Estados implicados.

Memoria compartida

Aplicar la justicia patrimonial significa reconocer que el patrimonio no pertenece a una élite ni a una nación hegemónica. Este reconocimiento, por tanto, debe gestionarse desde la inclusión, la memoria compartida y la reparación.

En esta línea, la UNESCO ha presentado recientemente su Museo Virtual de Bienes Robados, gracias al cual un objeto retirado o robado deja de estar oculto y pasa a formar parte de un relato global de robo, restitución y memoria.

Como se explica en el blog del grupo de Investigación Museotech (UNIR), la digitalización ofrece un nuevo tipo de restitución simbólica: las piezas robadas pueden ser accesibles al público en formato virtual, devolviendo parte de su presencia cultural.

Nuestro derecho cultural

La justicia patrimonial tiene tres implicaciones clave. Primero, promueve el reconocimiento de las comunidades afectadas como sujetas de derecho cultural. No basta con que un objeto vuelva a su lugar de origen: debe restaurarse su valor simbólico, su contexto social y su función comunitaria.

Segundo, exige a las instituciones culturales prácticas transparentes de adquisición, conservación y devolución.

Tercero, impulsa políticas internacionales contra el tráfico ilícito basadas en cooperación policial, controles de mercado y herramientas digitales de acceso público.

En el caso de los libros raros robados, la pérdida cultural se agrava porque esos textos representaban legados literarios que ya no pueden ser reproducidos íntegramente. La solución no se limita a su devolución: debe contemplar la restauración de su acceso público, la documentación del robo y la implicación de los lectores y comunidades en su memoria.

Asimismo, el museo virtual abre la vía para que las piezas aún no recuperadas físicamente puedan aparecer en el ámbito digital, lo que convierte la restitución simbólica en un paso complementario hacia la justicia patrimonial.

Sustraer un trozo de historia

Finalmente, a través de la educación se debe incidir en que los robos de libros, joyas u otro tipo de piezas no supone solo la sustracción de esa obra, sino de una porción de la memoria colectiva.

La protección del patrimonio no es un empeño académico, es parte del tejido social que da sentido a nuestra historia en común. Por eso, son necesarios mecanismos eficaces para que el patrimonio pueda circular, se comparta y democratice en entornos seguros. Solo así podremos garantizar el acceso universal al patrimonio como derecho cultural.

Garantizar su acceso y preservación física y digital es el verdadero significado de hacer justicia patrimonial.

The Conversation

Cristina de Juana Ortín no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. De tiaras a manuscritos de Pushkin: cómo proteger nuestra historia de los robos de arte – https://theconversation.com/de-tiaras-a-manuscritos-de-pushkin-como-proteger-nuestra-historia-de-los-robos-de-arte-268409