Un étage de fusée SpaceX va percuter la Lune… Un accident qui pose déjà des questions de droit spatial

Source: The Conversation – France in French (2) – By Gregory Radisic, Fellow at the Centre for Space, Cyberspace and Data Law; Senior Teaching Fellow, Faculty of Law, Bond University

Personne ne possède la Lune, mais qui protège son environnement ? Trevor Mahlmann / Firefly Aerospace

L’ESSENTIEL

  • Un étage de fusée SpaceX va s’écraser sur la Lune, offrant aux scientifiques une occasion rare d’étudier la formation des cratères.

  • Il n’existe pratiquement aucun cadre international pour coordonner les activités susceptibles de modifier l’environnement de la Lune.

  • Un registre des activités lunaires comparable à ceux utilisés dans l’aviation ou le transport maritime permettrait de prévenir les accidents.


Le 5 août, un étage de fusée abandonné de SpaceX devrait s’écraser sur la Lune à une vitesse d’environ 8 700 km/h. Lancée en janvier 2025, la fusée avait envoyé deux atterrisseurs lunaires commerciaux en direction de notre plus proche voisine dans l’espace.

Sa mission achevée, la fusée ne disposait plus de suffisamment de carburant pour revenir sur Terre ou s’éloigner dans l’espace profond. Elle est donc restée sur une orbite instable jusqu’à ce que la gravité la place sur une trajectoire de collision avec la surface lunaire.

L’impact en lui-même ne présente aucun danger. En revanche, il met en lumière un problème réglementaire qui se profile. Alors que les États et les entreprises rivalisent pour établir une présence permanente sur la Lune, il n’existe pratiquement aucun cadre opérationnel permettant de coordonner des activités qui modifient durablement l’environnement lunaire.

Une rare occasion pour la recherche

Pour les astronomes, cet accident représente une véritable opportunité scientifique. Comme les chercheurs connaissent la taille de l’étage de fusée, sa vitesse et la zone approximative de l’impact, cette collision offre une occasion rare d’étudier précisément ce qui se produit lorsqu’un objet percute la Lune.

L’impact fournira des données qui permettront d’améliorer les modèles informatiques décrivant la formation des cratères et le comportement de la poussière lunaire. Les chercheurs s’attendent à ce que la collision creuse un cratère d’environ 20 à 30 mètres de diamètre et projette un nuage de poussière lunaire, appelée régolithe, à plusieurs kilomètres au-dessus de la surface.

Ce qui se passe sur la Lune y reste

Au-delà du nuage de poussière qu’il soulèvera, cet impact pose une question délicate : qui est habilité à décider quand l’humanité modifie durablement la Lune ? Contrairement à la Terre, la Lune ne possède pratiquement pas d’atmosphère et est dépourvue de phénomènes météorologiques. Par conséquent, les traces que nous y laissons subsistent très longtemps.

Plus de cinquante ans après les missions Apollo, les empreintes des astronautes sont toujours visibles. Si elles ne sont pas perturbées, elles pourraient perdurer pendant des milliers d’années. Les conséquences de collisions ou d’accidents resteront, elles aussi, visibles pendant tout aussi longtemps.

La Lune, un bien commun à partager

Agences spatiales, entreprises privées et chercheurs mènent désormais des activités sur la Lune en parallèle. Plusieurs pays ont affiché leur ambition d’y établir des stations scientifiques permanentes. Des entreprises privées espèrent acheminer du matériel, explorer les ressources lunaires, exploiter des satellites de communication en orbite lunaire et, à terme, soutenir une présence humaine durable.

À mesure que les activités se multiplient, le risque qu’une mission affecte involontairement une autre augmente lui aussi. Un nuage de poussière lunaire projetée à très grande vitesse par un atterrissage pourrait endommager des équipements, tels que des bases lunaires alimentées par l’énergie nucléaire ou des satellites, contaminer des expériences scientifiques, détruire un site d’importance patrimoniale, voire mettre en danger la vie de personnes présentes à la surface de la Lune.

À gauche : des empreintes d’hominidés vieilles de 3,7 millions d’années, découvertes à Laetoli, en Tanzanie. À droite : les empreintes d’un astronaute de la mission Apollo 15 sur la Lune.
Masao et al/NASA, CC BY

Si une mission mal préparée venait à effacer les premières empreintes laissées par l’humanité sur la Lune ou à endommager un module lunaire Apollo, ce serait une perte patrimoniale pour l’ensemble de l’humanité.

Par chance, plus que grâce à une véritable planification, l’impact de l’étage de fusée est censé se produire à proximité du cratère Einstein, une région isolée et éloignée de la plupart des sites lunaires d’importance historique ou scientifique.

Personne ne possède la Lune, mais certains peuvent la transformer

En provoquant cet impact, SpaceX a, sans le vouloir, acquis le pouvoir de modifier durablement la surface de la Lune. Pourtant, il n’existe pratiquement aucune procédure internationale permettant de décider si, quand et où de tels changements devraient être autorisés.

Au cœur du débat se trouve le Traité de l’espace de 1967, texte fondateur du droit spatial international, ratifié par 138 États. En vertu de ce traité, aucun pays ne peut revendiquer la souveraineté sur la surface lunaire. La Lune est au contraire considérée comme un espace devant être exploré et utilisé au bénéfice de toute l’humanité.

Si le traité interdit toute appropriation de la Lune, il reste en revanche remarquablement discret sur les modalités concrètes de sa gouvernance et sur la manière de réglementer les activités susceptibles d’en modifier durablement l’environnement.

Carte de la Lune
À ce jour, les êtres humains ont laissé plus de 187 tonnes de matériel sur la Lune.
Footy2000/Wikimedia, CC BY-SA

Contrairement à la Terre, la Lune ne bénéficie d’aucun dispositif comparable à la protection du patrimoine mondial de l’Unesco, ni de lois nationales sur le patrimoine, ni de réglementation environnementale.

Il revient à chaque État de superviser les activités de ses propres entreprises spatiales afin de s’assurer qu’elles respectent le droit national et international. En théorie, cela signifie que le gouvernement américain est responsable des erreurs commises par SpaceX.

Les accidents sur la Lune pourraient également exposer une entreprise à une responsabilité financière importante, avec des risques juridiques associés. Les dommages causés à des équipements ou à des bases lunaires pourraient se chiffrer en millions de dollars. Des décès accidentels pourraient engager une responsabilité pénale. Quant aux dégradations d’un site à valeur scientifique ou patrimoniale, elles pourraient provoquer des incidents diplomatiques entre États.

Davantage de transparence et de coordination

Comment faire de la Lune un espace où entreprises, États et scientifiques peuvent mener leurs activités, tout en préservant ce patrimoine commun au bénéfice de toute l’humanité ?

Le Bureau des Nations unies pour les affaires spatiales (UNOOSA) et le Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique des Nations unies travaillent déjà à des pistes de solution. Plusieurs groupes de travail étudient la manière dont les États pourraient encadrer l’exploitation des ressources spatiales et mieux coordonner les activités menées sur et autour de la Lune.

Ces institutions se heurtent toutefois à une réalité difficile. L’UNOOSA ne dispose que d’une quarantaine d’employés pour remplir un mandat à l’échelle mondiale, tandis que le Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique ne se réunit que quelques semaines par an.

Dans le même temps, les entreprises privées investissent des sommes considérables dans la course à la Lune. Le cadre juridique n’a donc pas suivi le rythme de cette accélération et reste inadapté aux enjeux de l’environnement lunaire.

Des principes à leur mise en œuvre

La communauté internationale n’a pas besoin de nouvelles lois. Elle doit surtout appliquer celles qui existent déjà. L’article XI du Traité de l’espace de 1967 invite déjà les États à partager des informations sur leurs activités spatiales. Ce qui relevait jusqu’ici d’une démarche volontaire est en train de devenir une nécessité opérationnelle.

Une première étape simple consisterait à créer un registre lunaire dans lequel les États déclareraient volontairement leurs activités prévues, les infrastructures installées à la surface de la Lune et les sites qu’ils considèrent comme présentant une valeur patrimoniale. L’UNOOSA gère déjà un registre international des objets spatiaux. Ce registre lunaire complémentaire permettrait d’y ajouter les informations opérationnelles que le registre des satellites n’a jamais eu vocation à recenser.

L’aviation dispose d’un système de « Messages aux navigants » (Notices to Airmen), qui informe les pilotes et les exploitants aériens des dangers pour la navigation ainsi que de toute autre information urgente susceptible d’affecter les vols. Le transport maritime utilise, lui, des Groupes d’avis aux navigateurs.

La Lune aurait besoin d’un dispositif équivalent : des « Notices to Lunar Operators » (avis aux opérateurs lunaires) normalisés. Ceux-ci permettraient de signaler, avant le lancement des missions, les sites d’atterrissage, les itinéraires des rovers et les activités susceptibles de projeter d’importants nuages de poussière lunaire.

Les appels se multiplient en faveur de l’organisation d’une quatrième Conférence des Nations unies sur l’espace extra-atmosphérique. Ce serait l’occasion, pour les gouvernements, les industriels et les scientifiques, de concevoir ensemble ces nouveaux outils de coordination.

Il est désormais trop tard pour empêcher l’impact de cette fusée. En revanche, le prochain accident pourrait peut-être être évité. Pour cela, tout dépendra moins des ingénieurs en aérospatiale que des juristes spécialisés en droit spatial ou des diplomates.

The Conversation

Gregory Radisic est maître de conférences au sein du Centre for Space, Cyberspace & Data Law. Il est également chercheur associé au For All Moonkind Institute on Space Law and Ethics, membre de l’International Institute of Space Law et de l’International Astronautical Federation.

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Soins aux personnes vivant avec une démence : repenser le rôle de la musique

Source: The Conversation – in French – By (Reva) Laurel Young, Professor of Music Therapy, Concordia University

En tant que musicothérapeute certifiée, j’ai pu observer de près les nombreuses façons dont la musique peut apporter du sens et de la beauté dans la vie des gens, même dans des circonstances très difficiles. Une grande partie de mon travail clinique et de mes recherches porte sur les soins apportés aux personnes vivant avec une démence. Dans ce contexte, la musique est souvent décrite comme un traitement non pharmacologique peu coûteux permettant d’atténuer les symptômes comportementaux et psychologiques, sans effets secondaires.


Je crois fermement que la musique devrait occuper une place centrale dans les soins fournis aux personnes vivant avec une démence. Cela dit, le fait de la considérer avant tout comme un traitement ne rend pas justice aux nombreux avantages qu’elle peut offrir. Cette vision est également un vecteur de désinformation et accroît la stigmatisation liée à la démence.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.

Pourquoi la musique ?

La musique possède la capacité unique de mobiliser plusieurs zones du cerveau qui peuvent fonctionner en synchronie les unes avec les autres. Elle stimule notamment les fonctions auditives et d’écoute, la motricité, l’attention, le langage, les émotions, la mémoire et la réflexion.

Les recherches en cours visent à mieux comprendre les mécanismes qui sous-tendent l’interaction entre la musique et les fonctions cérébrales. Nous savons toutefois que les zones du cerveau liées à la mémoire et à l’expérience musicales sont souvent préservées chez les personnes vivant avec une démence. Ce phénomène s’observe indépendamment des connaissances ou de l’expérience musicales antérieures de la personne.

Imaginez que vous vous sentiez perdu, désorienté, submergé, incapable de communiquer avec les autres, mais que, dès que vous entendez de la musique, tout prenne soudain un sens. Lorsque vous jouez de la musique, dansez ou chantez avec d’autres, vous partagez une forme de complicité instinctive avec ces personnes. Ces moments deviennent alors des rencontres riches de sens, contrairement à d’autres formes de stimulations sensorielles ou d’interactions sociales qui peuvent sembler envahissantes, insaisissables ou déroutantes.

Alors, quel est le problème ?

Recevoir un diagnostic de démence peut être bouleversant et angoissant. Pour certaines personnes, la stigmatisation perçue peut retarder le diagnostic. La crainte de se voir accoler une étiquette empêche souvent les personnes concernées de consulter un médecin à un stade précoce.

Bien que toutes les personnes vivant avec une démence ne soient pas des personnes âgées, cette maladie est plus couramment associée à cette tranche d’âge. Par conséquent, la démence peut être considérée à tort comme un signe normal de vieillissement, annonçant ce qui semble être l’inévitable début de la fin.




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Le docteur Allen Power, médecin gériatre, propose de voir la démence au-delà de la maladie et de la concevoir comme un changement dans la manière dont chaque personne perçoit son environnement. De plus, les symptômes de détresse ou d’anxiété fréquemment observés chez les personnes vivant avec une démence ne sont pas nécessairement la conséquence directe d’une dégénérescence neurologique. Ils peuvent parfois être interprétés comme le signe de besoins non satisfaits et d’une tentative de communication de la part de la personne concernée. Il s’agit là d’importantes formes d’expression de soi que nous devrions chercher à comprendre plutôt que de les considérer comme de simples symptômes à éliminer.


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Plusieurs études ont été consacrées à l’efficacité des interventions axées sur la musique dans le traitement des symptômes comportementaux et psychologiques de la démence. Si certaines ont donné des résultats prometteurs, les applications pratiques restent limitées, et les recherches se poursuivent pour mettre au point des protocoles de traitement de musicothérapie normalisés et efficaces.

Je ne m’oppose à aucune approche susceptible d’aider les personnes vivant avec une démence à accéder à la meilleure qualité de vie possible. Cependant, se concentrer exclusivement sur la perte, le déficit et le déclin inévitable revient à stigmatiser à tort ces personnes et à les priver de leur pouvoir d’agir. Même si ce n’est pas délibéré, cette vision dévalorise la vie qu’il leur reste à vivre.

Plutôt que de « lutter » contre la démence à l’aide de la musique, comment pourrions-nous mieux tirer parti de son potentiel unique en tant que ressource pour le bien-être et la qualité de vie ?

Dans ce scénario, les personnes vivant avec une démence se voient offrir des occasions de participer à des expériences musicales adaptées à leur réalité personnelle et culturelle, tout en bénéficiant d’un accompagnement. Plutôt que de traiter les symptômes, ces activités favorisent l’expression de soi, le sentiment d’identité, le sentiment d’autonomie et les interactions enrichissantes. Chacun peut explorer son amour passé ou présent pour la musique, pour la musique elle-même.

Cette approche va bien au-delà de la pratique courante consistant à créer des listes de lecture personnalisées et à n’utiliser que de la musique familière. Les personnes vivant avec une démence ont démontré leur capacité à apprendre de nouvelles chansons, à prendre part à l’écriture collaborative de chansons et à participer à des séances d’improvisation musicale.




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Qu’en est-il de la thérapie ?

Vous trouverez peut-être étrange qu’une musicothérapeute remette en question la vision dominante, qui conçoit la musique comme un outil thérapeutique destiné à traiter les symptômes de la démence. Bien que le terme « thérapie » soit généralement associé à un traitement, sa racine grecque, « therapeia », signifie également « s’occuper de », « servir » ou « aider ». Je souhaite contribuer à faire en sorte que les personnes vivant avec une démence ne soient pas définies par leur maladie, mais qu’elles aient les moyens de mener la meilleure vie possible.

La musique recèle un potentiel unique à cet égard, et la portée de ses bienfaits dépasse largement l’idée généralement admise. Pour paraphraser le regretté docteur Oliver Sacks, neurologue de renom, la musique peut donner accès – là où aucun médicament n’y parvient – au mouvement, à la parole, à la vie. Pour de nombreuses personnes vivant avec une démence, la musique n’est pas un luxe, mais une nécessité.

Les musicothérapeutes sont particulièrement bien placés pour militer en faveur du changement. Plutôt que de mettre l’accent sur la perte et le déficit, la musicothérapie et les programmes d’activités musicales pourraient être conçus de manière à tirer parti des potentialités uniques qu’offre la musique sur le plan personnel, culturel, expressif et relationnel. Ces professionnels peuvent également sensibiliser le public au caractère potentiellement néfaste de la musique. En effet, celle-ci peut ne pas correspondre à ce dont une personne a besoin ou envie à un certain moment de sa vie.

Il est primordial de mettre à contribution les musicothérapeutes en qualité de consultants professionnels au sein des réseaux de soins aux personnes vivant avec une démence. Celles-ci seraient ainsi davantage en mesure d’accéder à des expériences musicales variées et à des environnements sonores adéquats, conçus pour répondre à l’évolution de leurs besoins et de leurs préférences, du diagnostic jusqu’à la fin de leur vie.

Une telle approche pourrait transformer radicalement la vie des personnes vivant avec une démence.

La Conversation Canada

(Reva) Laurel Young ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Soins aux personnes vivant avec une démence : repenser le rôle de la musique – https://theconversation.com/soins-aux-personnes-vivant-avec-une-demence-repenser-le-role-de-la-musique-285672

Un nouveau test permettrait une détection précoce du cancer à partir de minuscules particules présentes dans les fluides corporels

Source: The Conversation – in French – By Sara Hassanpour Tamrin, Postdoctoral Associate, Department of Chemical and Petroleum Engineering, Schulich School of Engineering, University of Calgary

Chaque année, le cancer fait plus de 10 millions de victimes dans le monde. Les recherches montrent qu’un dépistage précoce peut grandement améliorer les chances de survie. Nous manquons toutefois d’outils fiables et abordables pour y parvenir.

Des scientifiques ont découvert que notre organisme pourrait émettre des signaux d’alerte précoces logés dans de minuscules particules qui ressemblent à des bulles et circulent dans nos fluides corporels, comme le sang.

À l’École d’ingénierie Schulich de l’Université de Calgary, nous développons une nouvelle technologie permettant de capter ces particules et d’analyser leurs signaux. Nos récents travaux indiquent que les signaux électriques qu’elles émettent pourraient offrir un moyen rapide et sans marquage de les utiliser à des fins diagnostiques.

Notre objectif est de mettre au point des tests simples et non invasifs pour le dépistage précoce du cancer.

Sara Hassanpour Tamrin présente un aperçu de ses recherches lors du Falling Walls Science Summit 2024, à Berlin.

Les défis de la détection précoce

Lorsqu’un cancer est détecté tôt, les médecins peuvent commencer rapidement le traitement. Cela permet de sauver davantage de vies et de réduire les coûts, tant pour les familles que pour le système de santé.

Cependant, de nombreux cancers ne sont pas diagnostiqués avant d’avoir atteint un stade avancé. Cela tient souvent au fait que les patients n’ont pas de symptômes ou ne prennent pas ceux-ci au sérieux, les attribuant à des causes bénignes.

Les médecins ont régulièrement recours à des analyses de liquides biologiques pour identifier d’éventuels signes avant-coureurs de maladie chez des personnes qui ne présentent pas encore de symptômes. Ces analyses visent à détecter des substances (biomarqueurs) que les cellules cancéreuses libèrent dans les liquides biologiques, comme le sang. Cependant, la plupart de ces biomarqueurs sont rares et restent peu de temps dans l’organisme aux stades précoces de la maladie. C’est pourquoi les analyses de sang ou d’urine simples ne sont pas fiables pour une détection précoce.

Nous avons besoin d’un outil simple, économique et capable de déceler de nouveaux biomarqueurs que les tests actuels ne parviennent pas à identifier. On pourrait ajouter ce test à la liste des analyses effectuées systématiquement sur les fluides corporels.

Notre intérêt pour cette recherche est né d’une simple question : et si les cellules cancéreuses nous envoyaient déjà des signaux discrets ? Des messages que nous ne saurions pas encore décoder ? Peut-être qu’en apprenant à les détecter et à les interpréter, nous pourrions dépister la maladie à un stade précoce et changer le cours des choses pour de nombreuses personnes atteintes de cancer.

Décrypter le langage du cancer

Qu’elles soient en bonne santé ou non, nos cellules communiquent en permanence entre elles, un peu comme si elles se « parlaient ». L’une des méthodes qu’elles utilisent consiste à encapsuler des messages dans de minuscules particules en forme de bulle, appelées petites vésicules extracellulaires.

Un dessin en couleur représentant des cellules qui s’échangent des informations
Les cellules communiquent en s’échangeant de minuscules particules porteuses de messages.
(Sara Hassanpour Tamrin)

Les messages qu’elles contiennent peuvent prendre la forme de matériel génétique ou d’autres biomolécules.

Ces particules sont libérées par les cellules dans les fluides corporels qui, tel un service postal naturel, les acheminent vers les cellules cibles. Ces dernières déchiffrent les messages et réagissent aux informations transmises. Si nous parvenons à capter ces minuscules particules présentes dans les fluides corporels et à analyser leur composition, nous pourrions obtenir un aperçu de l’état de santé des cellules qui les ont produites.

Lorsqu’elles sont émises par des cellules cancéreuses, ces particules transportent à l’intérieur d’elles et à leur surface des données liées à la maladie. Ce qui les rend particulièrement prometteuses pour le dépistage précoce du cancer, c’est qu’elles peuvent se trouver dans les fluides corporels bien avant les autres biomarqueurs traditionnellement utilisés pour diagnostiquer la maladie. Elles sont même souvent présentes avant l’apparition des premiers symptômes.

En se basant sur cette information, notre équipe de l’Université de Calgary a cherché des moyens de recueillir ces minuscules particules dans les fluides corporels et de traduire leurs messages afin de pouvoir détecter le cancer plus tôt et de prendre des décisions thérapeutiques plus rapidement.

Une nouvelle technologie pour prélever ces particules

Bien que les petites vésicules extracellulaires soient très prometteuses pour le dépistage précoce du cancer, il est difficile de les détecter dans les fluides corporels. Elles sont extrêmement petites, environ 500 fois plus petites qu’un grain de pollen, et se trouvent mélangées à de nombreux autres composants dans des fluides complexes tels que le sang ou l’urine.

Par conséquent, les isoler de manière fiable sans les endommager ni perdre d’importantes informations constitue un véritable défi scientifique.

Un prototype composé de fils, de tubes à essai et d’un courant électrique
Ce prototype utilise de faibles courants électriques pour séparer et purifier les minuscules particules présentes dans les fluides biologiques.
(Sara Hassanpour Tamrin)

L’un des enjeux que doivent résoudre les scientifiques, c’est de parvenir à étudier ces particules dans leur état naturel, sans y ajouter de molécules étrangères telles que des anticorps qui servent de marqueurs, qui pourraient modifier leurs propriétés. Comme nous l’avons évoqué dans un article de revue, ce type d’approche permet de préserver les signaux réels véhiculés par les particules, de manière à obtenir une analyse plus précise.


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C’est dans cette optique que nous avons mis au point une nouvelle technologie qui exploite les propriétés électriques naturelles de ces particules afin de les prélever directement dans les fluides corporels.

Notre technologie permet de recueillir des particules à l’aide d’une force électrique tout en préservant les informations qu’elles contiennent. Elle ouvre de nouvelles perspectives dans l’étude de ces particules à des fins diagnostiques et est actuellement en instance de brevet.

De la recherche en laboratoire aux applications concrètes

Nous travaillons actuellement à la transposition de notre nouvelle technologie, EXOSense, du laboratoire vers des outils concrets de diagnostic.

EXOSense permet de détecter de minuscules particules et d’analyser leurs signaux afin de faciliter le dépistage précoce du cancer.
(Sara Hassanpour Tamrin)

La plate-forme EXOSense est encore en cours d’élaboration et doit être étudiée sur des échantillons prélevés chez des patients. Elle pourrait améliorer considérablement la vie des gens grâce à de simples tests de biopsie liquide. Une grande partie de nos travaux consiste à mettre au point des plates-formes miniaturisées qui utilisent la technologie microfluidique tout en étant faciles à utiliser et abordables.

Notre approche vise à faciliter l’accès aux outils de diagnostic, notamment dans des collectivités défavorisées qui ont un accès limité à des laboratoires. À terme, nous prévoyons que ces travaux déboucheront sur un nouveau test capable de détecter le cancer à un stade précoce à partir d’une simple goutte de liquide biologique et contribueront ainsi à réduire le fardeau de la maladie.

La Conversation Canada

Sara Hassanpour Tamrin reçoit des financements du programme de bourses postdoctorales Banting, soutenu par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). Elle a auparavant bénéficié du soutien du programme de bourses postdoctorales d’Alberta Innovates.

Arindom Sen bénéficie d’un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).

ref. Un nouveau test permettrait une détection précoce du cancer à partir de minuscules particules présentes dans les fluides corporels – https://theconversation.com/un-nouveau-test-permettrait-une-detection-precoce-du-cancer-a-partir-de-minuscules-particules-presentes-dans-les-fluides-corporels-281701

Ils prétendaient revenir de Terre sainte : comment les poètes médiévaux démasquaient les faux pèlerins

Source: The Conversation – in French – By Déborah González, Profesora Contratada Doctora, Universidade de Santiago de Compostela

Enluminure de l’apôtre Jacques dans l’exemplaire salmantin du *Liber Sancti Jacobi* (*Codex Calixtinus*).
Ministère espagnol de la Culture

Au Moyen Âge, le pèlerin bénéficiait d’un statut privilégié. Mais ceux qui détournaient les idéaux du pèlerinage s’exposaient aux moqueries des troubadours, dont les vers dressent un portrait savoureux des « faux voyageurs ».


Indépendamment du fait que ce soit ou non une année sainte jacquaire, c’est-à-dire une année où la fête de saint Jacques (25 juillet) tombe un dimanche, les rues de Saint-Jacques-de-Compostelle débordent de monde, entre les habitants, les pèlerins et la masse grandissante de ceux que l’on appelle les « turigrins » (des touristes qui se donnent l’apparence de pèlerins).

À n’importe quelle période de l’année, ces visiteurs affluent pour prendre un selfie sur les toits de la cathédrale, pique-niquer sans aucun civisme sur la place de l’Obradoiro ou encore se rendre jusqu’à la côte atlantique pour brûler symboliquement leurs bottes ou abandonner des chiffons en guise de « trace » de leur passage au bout du monde. Et quelle « trace » : un véritable amas de déchets !

L’esprit de ces voyageurs adeptes des spa resorts et du transport de bagages semble bien éloigné de l’idéal du pèlerinage célébré dans le Veneranda dies, l’un des textes les plus célèbres et les plus étudiés du Codex Calixtinus (un manuscrit du XIIe siècle consacré à saint Jacques, qui contient notamment le premier grand guide du pèlerin de Compostelle) :

« Le chemin du pèlerinage est une très bonne chose, mais il est étroit. Car étroit est le chemin qui conduit l’homme à la vie ; large et spacieux, en revanche, est celui qui mène à la mort. »

Ils restent toutefois fidèles au sens étymologique du mot : à l’origine, le « pèlerin » était simplement celui qui traversait des terres étrangères, loin de chez lui, en tant qu’étranger.

Jérusalem, Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle

Si le Moyen Âge comptait déjà un vaste réseau de sanctuaires d’importance locale ou régionale, les trois grandes destinations de pèlerinage étaient d’abord Jérusalem et Rome, puis, plus tard, Saint-Jacques-de-Compostelle, à l’extrémité occidentale du monde alors connu.

Alphonse II le Chaste
Alphonse II le Chaste représenté dans le Livre des Testaments de la cathédrale d’Oviedo. C’est sous son règne que fut découverte à Compostelle la tombe supposée de l’apôtre Jacques. Il est donc souvent considéré comme le « premier pèlerin » de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Wikimedia

Dans un passage de la Vita Nuova, Dante expliquait que le terme de « pèlerin » désignait plus particulièrement celui qui se rendait en Galice, car, parmi les apôtres, le tombeau de saint Jacques était le plus éloigné de sa patrie. Ceux qui voyageaient vers Jérusalem et Rome étaient, eux, appelés respectivement « palmiers » et « romieux ». Les textes de l’époque montrent toutefois que cette distinction terminologique n’a pas toujours été appliquée de manière aussi stricte.

Au-delà des motivations spirituelles, de la dévotion ou de l’accomplissement d’un vœu, d’autres raisons poussaient aussi à partir au Moyen Âge. Certains voyageurs étaient animés par la curiosité et le désir de découvrir le monde. Le pèlerinage pouvait également être imposé comme peine civile à la suite d’un délit (même si cette sanction a ensuite pu être remplacée par une compensation financière). Il arrivait enfin qu’une personne accomplisse un pèlerinage au nom d’une autre.

Quoi qu’il en soit, les pèlerins finirent par bénéficier d’un statut privilégié, protégé par des lois spécifiques. Sur le plan du salut, les XIe et XIIe siècles marquèrent également un tournant avec les premières indulgences accordées à ceux qui prenaient part aux croisades.

Mais ce prestige mettait-il le pèlerin médiéval, reconnaissable à son bourdon et à son aumônière, à l’abri des travers de la route ? Certains « pèlerins » faisaient-ils déjà l’objet de moqueries ou de critiques ? Les textes littéraires de l’époque permettent d’apporter des éléments de réponse.

Regards sur le pèlerinage

Les slogans destinés à convaincre les fidèles d’entreprendre un pèlerinage ne datent pas d’hier, et la littérature en conserve de nombreux exemples. Dans la poésie occitane, le troubadour Marcabru est considéré comme l’initiateur de la canso de crozada, un genre poétique né dans le contexte des croisades.

Les cantigas des troubadours galaïco-portugais offrent une tout autre perspective et présentent des approches très diverses. Les « cantigas de sanctuaire » font la promotion d’ermitages, le plus souvent d’importance locale. D’autres sont consacrées au pèlerinage de Sanche IV à Saint-Jacques-de-Compostelle. D’autres encore prennent davantage de recul et abordent, sur un mode satirique, des thèmes liés à la Terre sainte, au pardon ou aux faux pèlerins.

Pero d’Ambroa, un faux pèlerin médiéval ?

Les chansons satiriques que nous évoquons offrent un véritable « instantané » du XIIIe siècle, à une époque où TikTok et Instagram n’existaient évidemment pas…

Gravure représentant des pèlerins au XVIᵉ siècle
Gravure représentant des pèlerins au XVIᵉ siècle.
Deutsche Fotothek

Le jongleur galicien Pero d’Ambroa, qui gravitait dans le cercle poétique d’Alphonse X, n’hésita pas à se vanter d’avoir entrepris un voyage en Terre sainte qu’il n’aurait pourtant jamais mené à son terme.

Cette fanfaronnade inspira plusieurs grands troubadours qui, conscients de la supercherie, consacrèrent tout un cycle de chansons satiriques à démasquer ce faux pèlerin. Ils l’accusaient d’avoir abandonné la croisade en cours de route, de voyager dans le luxe et de mentir sur son périple.

C’est ce que dénoncent notamment les vers de Pedro Amigo de Sevilha, qui révèlent que Pero d’Ambroa serait allé « s’installer dans la meilleure rue qu’il ait trouvée ». Plus mordant encore, Pero Gomez Barroso affirme ne lui avoir consacré aucune cantiga sur le sujet, puisqu’il n’aurait même jamais entrepris le voyage. Il menace en revanche de révéler à la cour d’autres affaires qui jetteraient le discrédit sur ce faux pèlerin.

La polémique était lancée. Pero d’Ambroa répondit lui-même à ces accusations, prenant part à cet échange satirique pour défendre son honneur et réaffirmer l’authenticité de son voyage.

L’impossible voyage du pèlerin

Le cas de Pero d’Ambroa est loin d’être isolé. Un certain Sueiro Eanes devient à son tour la cible du troubadour Martín Soares, qui lui décoche une satire inspirée d’un prétendu pèlerinage en Terre sainte.

Dans sa chanson, Martín Soares s’en prend au chevalier en soulignant les incohérences géographiques, les étapes impossibles et l’absurdité de son itinéraire. Avec une ironie mordante, il suggère ainsi que la ville française de Marseille se trouverait au-delà de la mer, tandis qu’Acre serait plus proche et voisine du col de Somport, dans les Pyrénées.

Il poursuit la plaisanterie en imaginant qu’après avoir traversé différents lieux de la péninsule Ibérique, Sueiro Eanes pourrait repartir de Nogueirol… pour passer la nuit à Jérusalem.

Le « bagage » de la pèlerine

Miniature du Cancioneiro da Ajuda représentant un noble, un jongleur jouant de la vièle à archet et une soldadeira tenant un tambourin
Miniature du Cancioneiro da Ajuda représentant un noble, un jongleur jouant de la vièle à archet et une soldadeira tenant un tambourin.
Wikimedia

Aujourd’hui, on peut sourire des pèlerins qui voyagent avec un service de transport de bagages. Mais le cercle littéraire d’Alphonse X s’est sans doute bien davantage amusé aux dépens de la « valise » de María Pérez, une soldadeira – artiste et danseuse itinérante du Moyen Âge – plus connue sous le nom de Balteira.

Sa proximité avec les troubadours de la cour d’Alphonse X lui valut d’être la cible de plusieurs chansons satiriques dénonçant sa vie de plaisirs et de débauche. Parmi les textes du cycle consacré à Balteira, les vers du troubadour Pero da Ponte se distinguent par leurs nombreux doubles sens : revenue de Terre sainte en tant que croisée, María rapportait avec elle le pardon de ses péchés, mais elle l’aurait peu à peu perdu en hébergeant, la nuit, quelques jeunes hommes.

Car, conclut malicieusement Pero da Ponte, le pardon doit être soigneusement conservé… Or la « valise » de María n’a pas de cadenas.

The Conversation

Déborah González est la chercheuse principale du projet REDES LÍRICAS (CNS2022-136047), consacré à la satire et au dialogue dans la poésie lyrique galaïco-portugaise. Ce projet est financé par le ministère espagnol de la Science, de l’Innovation et des Universités (MICIU-AEI) et par le programme NextGenerationEU.

Raquel Jabares fait partie de l’équipe de recherche du projet REDES LÍRICAS (CNS2022-136047), consacré à la satire et au dialogue dans la poésie lyrique galaïco-portugaise. Ce projet est financé par le ministère espagnol de la Science, de l’Innovation et des Universités (MICIU-AEI) et par le programme NextGenerationEU.

ref. Ils prétendaient revenir de Terre sainte : comment les poètes médiévaux démasquaient les faux pèlerins – https://theconversation.com/ils-pretendaient-revenir-de-terre-sainte-comment-les-poetes-medievaux-demasquaient-les-faux-pelerins-287707

Sénégal : comment le football est passé d’un héritage colonial à une passion nationale

Source: The Conversation – in French – By Hameth Dieng, Enseignant chercheur en STAPS (sciences et techniques des activités physisiques et sportives), Université Gaston Berger

Le football s’implante progressivement au Sénégal entre 1915 et 1920 grâce aux colons français. Les premiers matchs opposent des formations locales encore rares aux équipes de marins de passage à Dakar. De ces rencontres naissent, dès 1921, les premiers clubs comme la Jeanne d’Arc, puis l’Union Sportive Indigène en 1929, ou encore l’Union Sportive Goréenne en 1933. Ces associations ne sont pas que sportives : elles organisent aussi du théâtre, de la musique, des cours de vacances. Elles sont à la fois des espaces de sociabilité et, discrètement, de résistance culturelle.

Pour avoir étudié l’évolution du football au Sénégal de 1960 aux années 2000, j’ai constaté que ce sport s’est imposé rapidement sur les autres disciplines.

En 1946, la création de la Ligue de football de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et l’établissement de districts dans Dakar, Thiès et Saint-Louis donnent à la pratique un cadre institutionnel. Le Sénégal s’y distingue : sur treize coupes continentales disputées de 1946 à 1959, les équipes sénégalaises en remportent neuf. Une domination sportive qui annonce une vocation.

Parallèlement, une forme de football populaire et spontané voit le jour dans les quartiers : les navétanes. Organisées par les jeunes eux-mêmes, en marge des structures officielles, ces compétitions de saison des pluies incarnent une appropriation populaire du jeu, une manière de le soustraire à l’ordre colonial pour en faire quelque chose de proprement sénégalais.




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Une pratique tolérée mais peu légitime (1960-1969)

À l’indépendance, en 1960, le football n’est pas une priorité. Le jeune État concentre ses efforts sur le développement agricole et l’encadrement du monde rural.

Le football reste perçu comme un loisir futile, héritage encombrant de la colonisation. Les familles découragent leurs enfants d’en faire une activité sérieuse. Un ancien joueur de l’époque résume cette perception avec franchise :

Pendant notre jeunesse, nous ne pouvions pas imaginer réussir socialement grâce au football.

L’État commence toutefois, dès 1966, à réguler le secteur. Le ministre des Sports, Amadou Racine Ndiaye, prend une série d’arrêtés pour encadrer les fédérations et clarifier le fonctionnement des clubs. L’objectif n’est pas encore de promouvoir le football comme institution nationale, mais de mettre de l’ordre dans un espace encore informel. C’est un début de reconnaissance, timide mais réel.

La main de l’État et la tentation du contrôle (1970-1984)

La décennie 1970 marque un tournant décisif. Convaincu que le football sénégalais se détruit lui-même sous l’effet des rivalités régionales et des querelles électorales internes, l’État retire la délégation à la fédération et institue un Comité national provisoire dont tous les membres sont nommés par le gouvernement.

Le football devient un enjeu politique. Lamine Diack, nommé à la tête du Commissariat général aux Sports, conduit une réforme ambitieuse (« la réforme de 1969 ») : formation des cadres techniques, réglementation du sport scolaire, semaine nationale de la jeunesse.

À partir de 1974, l’État engage une politique volontariste d’infrastructures. Des stades sont construits dans toutes les capitales régionales : Kaolack, Diourbel, Thiès, Louga, Ziguinchor, jusqu’au stade Léopold Sédar Senghor à Dakar, réalisé avec le soutien de la Chine pour une capacité de 60 000 places. L’introduction de la télévision la même année transforme la perception du football : les Sénégalais peuvent désormais voir la Coupe du monde et la Coupe d’Afrique des Nations depuis leur salon. Les représentations changent.

Le champ du football se structure alors en quatre pôles complémentaires : le pôle fédéral, centré sur la performance et la représentation nationale ; le pôle navétane, festif et ancré dans les quartiers ; le pôle scolaire et universitaire, à vocation éducative ; et le pôle corporatif, encore embryonnaire. Ces espaces coexistent et s’alimentent mutuellement, l’État concentrant ses ressources sur les deux premiers.

Le football comme fait national total (1984-2002)

La dernière phase de cette transformation est la plus spectaculaire. Le football cesse d’être une activité parmi d’autres pour devenir un phénomène social majeur : plus mobilisateur que la politique, plus fédérateur que bien des institutions.

En 1986, la qualification de l’équipe nationale pour la Coupe d’Afrique des nations en Égypte, après dix-huit ans d’absence, suscite un élan sans précédent. L’« Opération Caire 86 » rassemble tous les secteurs de la société, entreprises publiques, associations, familles, élèves, pour financer la préparation des Lions. C’est la première fois dans l’histoire postcoloniale du Sénégal qu’un tel consensus national se forme autour d’un événement non politique.

Match de qualification Sénégal-Zimbabwe en 1985;

En 1987, le président Abdou Diouf convoque des États généraux du football : un format réservé jusque-là aux crises majeures, comme celui de l’éducation en 1981. Pendant quatre jours, 600 délégués venus de tout le pays débattent de l’avenir du football. Le signal est fort : le football est désormais affaire d’État, au sens le plus noble du terme.

Les années 1990 voient émerger une nouvelle représentation sociale du footballeur. Hier tenu à l’écart par les familles, le joueur de football devient un modèle de réussite. Jules François Bocandé signe au Paris Saint-Germain avec un salaire qui fait la une de la presse, ouvre la voie.

En 2002, après la première participation historique du Sénégal à une Coupe du monde, et un quart de finale époustouflant, El Hadji Diouf est transféré à Liverpool pour l’équivalent de 12,5 millions d’euros. Des chiffres qui résonnent dans chaque concession, dans chaque école, dans chaque quartier.

Une institution qui réinvente l’identité sénégalaise

Ce parcours de six décennies révèle une transformation profonde. Le football n’est plus un loisir importé : il est devenu un espace où se joue l’identité nationale, où s’expriment les aspirations collectives, où se réactivent des formes de solidarité et de citoyenneté.

Les navétanes, ces compétitions populaires nées d’une résistance discrète au modèle colonial, en sont peut-être l’exemple le plus éloquent : aujourd’hui, elles perdurent plus vivaces que jamais, comme cadre d’apprentissage démocratique et de cohésion sociale.

Le football sénégalais s’est ainsi glissé là où d’autres grandes narrations ont failli. Dans une société où les repères sont parfois bousculés, les matchs des Lions de la Teranga inscrivent des dates et des lieux dans la mémoire collective, racontent une histoire nationale en perpétuelle construction.

Du terrain en latérite du quartier au gazon de Wembley (en Angleterre) ou du Stade du Sénégal, c’est l’histoire d’un peuple qui s’est approprié un jeu pour en faire le miroir de ce qu’il est, et de ce qu’il aspire à devenir.

The Conversation

Hameth Dieng does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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Forces de l’ordre et recours aux armes : comment la Révolution française a posé les termes du débat

Source: The Conversation – France in French (3) – By Luc Demarconnay, Docteur en histoire, Sorbonne Université

Commandant de l’armée Parisienne donnant des ordres à un Aide de Camp. Gendarmerie à cheval. Musée Carnavalet, via Wikimedia commons

Quand les policiers et les gendarmes peuvent-ils avoir recours à leurs armes ? Ces usages sont-ils bien encadrés par la loi ? Ou les forces de l’ordre disposent-elles de prérogatives trop importantes ? La proposition de loi sur la présomption de légitime défense, votée le 7 juillet 2026 à l’Assemblée, a ravivé des débats anciens, qui datent même de la Révolution française. C’est là que se met en place la conception contemporaine d’une force publique armée. Retour sur cette histoire qui éclaire les enjeux actuels.


L’adoption par l’Assemblée nationale, le mardi 7 juillet 2026, d’une proposition de loi instaurant une présomption d’usage légitime des armes au profit des policiers et des gendarmes a ravivé une controverse ancienne. Les forces de l’ordre disposent-elles d’un cadre juridique devenu inadapté à la violence contemporaine ou, au contraire, bénéficient-elles déjà de prérogatives excessives ?

Ce débat n’est pas nouveau, et l’histoire montre que ses principaux termes ont été posés dès la Révolution française.

Lorsque les députés de l’Assemblée constituante créent la gendarmerie nationale, le 16 février 1791, ils ne se contentent pas de rebaptiser l’ancienne maréchaussée. Ils élaborent une conception entièrement nouvelle de la force publique armée, dont les principes continuent aujourd’hui encore de structurer la droit français d’usage des armes.

La Révolution invente la « force publique »

Maréchaussée, 1786.
Steinbeisser, via Wikimedia

Sous l’Ancien Régime, la maréchaussée est déjà une institution ancienne et solidement implantée sur le territoire. Organisée à partir du XIIIe siècle pour maintenir l’ordre dans la troupe et sur ses arrières, empêcher les pillages et rattraper les déserteurs, la maréchaussée voit progressivement ses missions s’étendre à tous les vols ou crimes commis sur les grands chemins, quel que soit le statut de l’auteur, militaire ou civil, puis aux atteintes à l’autorité royale ou à la sécurité publique.

Force de police, la maréchaussée est aussi une juridiction permanente d’exception, qui juge immédiatement et en dernier ressort les auteurs de certains délits, comme l’indique Jean-Noël Luc.

Cette conception de l’ordre public change cependant profondément de signification avec la Révolution. Les constituants veulent désormais construire un État fondé sur la souveraineté de la Nation. Ils se nourrissent pour cela des nombreuses réflexions qui se développent durant les Lumières, et notamment celle de Jacques de Guibert, en grande partie méconnue aujourd’hui.

Dans son essai De la force publique considérée dans tous ses rapports, publié en 1790, l’auteur distingue la « force publique du dehors », destinée à la guerre, de la « force publique du dedans », chargée de maintenir l’ordre intérieur. Il justifie ainsi le maintien d’une maréchaussée, « le moyen le plus efficace de police que le [pouvoir exécutif] ait dans ses mains », tout en affirmant qu’elle ne doit plus être l’instrument d’un roi mais l’instrument de la Loi. Les autorités civiles, écrit-il, doivent « la requérir et non lui commander ».

Il n’est donc pas étonnant de retrouver une grande partie des principes de Guibert dans le rapport sur l’organisation de la force publique présenté par Rabaut-Saint-Etienne devant l’Assemblée constituante, le 21 novembre 1790. Ce texte marque le passage de la théorie à la loi. Il refuse aussi bien une armée déployée au maintien de l’ordre qu’une garde nationale mobilisée en permanence. La France possède déjà, explique-t-il, une institution adaptée, la maréchaussée, à condition qu’elle soit entièrement placée au service de la Loi.

Cet esprit de l’action publique est d’ailleurs inscrit dans le marbre dès le décret du 10 août 1789 « pour le rétablissement de la tranquillité publique », réitéré par la loi du 3 août 1791 relative « à la réquisition et à l’action de la force publique contre les attroupements ».

Lorsque la loi du 16 février 1791 transforme la maréchaussée en gendarmerie nationale, les députés de l’Assemblée constituante ne préservent donc pas une force militaire ancienne, pas plus qu’ils ne créent une force militaire supplémentaire. Ils instituent « une force publique […] pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée », comme le stipule l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Préservé, son statut militaire n’apparaît plus comme une exception. Il devient le moyen d’assurer la disponibilité, la discipline et l’implantation territoriale d’une institution chargée d’exécuter les décisions de la puissance publique dans le respect du droit.

Une force publique armée, mais d’abord une force publique de droit

Contrairement aux soldats, dont l’emploi de la force relève de la conduite de la guerre, les gendarmes interviennent quotidiennement au contact de la population. Ils doivent faire respecter la Loi sans se comporter comme une troupe combattante. Cette double identité – militaire par son statut, policière par ses missions principales – explique que la question de l’usage des armes se pose immédiatement dans des termes particuliers.

Officier de gendarmerie sous la Révolution française, vers 1790
Officier de gendarmerie sous la Révolution française, vers 1790.
Livre Huit siècles de gendarmerie, éditions Paris-France 1967

Il n’est donc pas surprenant que les premiers textes fondateurs de la jeune gendarmerie nationale ne reconnaissent pas à ses militaires une faculté générale de faire usage des armes. Ils limitent ce recours à des hypothèses précisément définies par le droit. La loi du 28 germinal an VI (17 avril 1798), qui organise durablement l’institution, leur confie des pouvoirs étendus, mais les rattache toujours à une mission précise : arrêter les malfaiteurs, disperser les attroupements illégaux, protéger les autorités ou assurer l’exécution des décisions de justice.

En outre, le titre X de la loi détaille les « moyens d’assurer la liberté des citoyens contre les détentions illégales et autres actes arbitraires ». Il y est clairement mentionné qu’« il est expressément défendu à tous, et en particulier aux dépositaires de la force publique, de faire aux personnes arrêtées aucun mauvais traitement ni outrage, même d’employer contre elles aucune violence, à moins qu’il y ait résistance ou rébellion : auquel cas seulement ils sont autorisés à repousser par la force les violences et voies de fait commises contre eux dans l’exercice des fonctions qui leur sont confiées par la loi ».

Quant aux dispositions générales prévues à l’article XVII, non seulement elles prévoient les sommations préalables de l’autorité publique, « Obéissance à la loi : on va faire usage de la force ; que les bons citoyens se retirent », répétées à trois reprises, mais elles précisent les cas où les gendarmes sont autorisés à « déployer la force des armes » :

« si des violences ou voies de fait sont exercées contre eux-mêmes […] s’ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu’ils occupent, les postes ou personnes qui leur sont confiés, ou enfin si la résistance est telle qu’elle ne puisse être vaincue autrement que par le développement de la force armée ».

Encadrer la violence légitime et prévenir l’arbitraire

Loin de consacrer un privilège au profit des gendarmes, la loi organise donc simultanément la protection des citoyens contre l’arbitraire et la protection des dépositaires de la force publique lorsqu’il sont eux-mêmes victimes de violences. Cette articulation entre responsabilité et efficacité constitue ainsi le cœur du droit français de l’usage des armes.

Cette distinction majeure ne révèle-t-elle pas en réalité une ambition plus large ? Comment ne pas faire le lien avec la définition que Max Weber donnera, quelques décennies plus tard, de l’État comme institution revendiquant avec succès le monopole de la violence physique légitime ? La singularité des textes révolutionnaires réside dans le fait que cette violence légitime est immédiatement pensée comme une violence juridiquement encadrée.

En d’autres termes, le législateur révolutionnaire cherche moins à autoriser la violence qu’à l’organiser par le droit. Le gendarme est armé parce qu’il représente l’autorité de l’État, mais cette autorité demeure encadrée par un ensemble de règles destinées à prévenir l’arbitraire.

En dépit des changements de régimes et des crises qui vont se succéder, et qui vont conduire le législateur à adapter à plusieurs reprises les conditions d’usage des armes par les forces de l’ordre, les questionnements des années révolutionnaires demeurent étonnamment d’actualité.

Chaque réforme réactive la même interrogation : comment permettre aux personnes chargées de protéger la population d’agir efficacement sans les soustraire au contrôle du droit ? C’est précisément cette question que soulève aujourd’hui la proposition de loi du 7 juillet dernier. L’histoire ne dit pas si cette évolution est opportune. En revanche, elle rappelle une évidence souvent oubliée : la doctrine française d’usage des armes n’est pas née pour faciliter le recours à la force. Elle a été conçue pour rendre compatible l’exercice de la contrainte publique avec les principes de l’État de droit.

The Conversation

Luc Demarconnay, docteur en histoire, chercheur associé au Centre d’histoire du XIXe siècle de Sorbonne Université et affilié à la chaire d’histoire HiGeSeT de la gendarmerie, sert au sein de la direction des ressources humaines de la gendarmerie nationale.

ref. Forces de l’ordre et recours aux armes : comment la Révolution française a posé les termes du débat – https://theconversation.com/forces-de-lordre-et-recours-aux-armes-comment-la-revolution-francaise-a-pose-les-termes-du-debat-287837

Des empereurs romains à Donald Trump : quand les dirigeants politiques se montrent dans les enceintes sportives

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sylvain Forichon, Docteur en Histoire romaine et Ingénieur de recherche, Université Bordeaux Montaigne


Conspué pendant la finale de la Coupe du monde et moqué ensuite sur les réseaux sociaux pour s’être attardé sur le podium, Donald Trump s’est placé sans le savoir dans la longue tradition des empereurs romains dont la présence et le comportement durant les grandes festivités organisées dans le gigantesque Circus Maximus étaient toujours guettés et parfois critiqués par leurs contemporains.


La présence de Donald Trump lors de la finale de la Coupe du monde de la FIFA le 19 juillet dernier au MetLife Stadium, près de New York, n’est pas passée inaperçue en raison des sifflets qui ont retenti lors de son entrée sur la pelouse, sans oublier qu’à l’issue de la rencontre, il s’est attardé sur le podium pour la photo tandis que les joueurs de l’équipe d’Espagne exultaient en brandissant leur trophée.




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L’absence du président argentin Javier Milei lors de cette même finale, qui opposait pourtant son propre pays à l’Espagne, a été tout autant commentée dans la presse, tandis que la famille royale espagnole, elle, avait fait le déplacement.

Rappelons que la venue de Donald Trump au match 3 de la finale NBA entre New York et San Antonio au Madison Square Garden le 8 juin dernier avait été tout autant remarquée. Non seulement, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, un président en exercice assistait à un match de finale NBA, mais là encore des huées et des sifflets ont retenti au moment où l’image de Donald Trump apparaissait sur un écran géant tandis qu’était entonné l’hymne américain.

Le Circus Maximus : un lieu propice à la mise en scène de l’empereur

Cette attention portée à la présence, comme à l’absence, de même qu’aux réactions de dirigeants politiques lors de grandes rencontres sportives, sans oublier l’accueil que leur réservent les autres spectateurs, n’est pas un phénomène propre au XXIe siècle, comme nous le rappellent notamment plusieurs textes datant de l’Empire romain et parvenus jusqu’à nous.

En effet, ce sujet est régulièrement abordé par des auteurs grecs et latins tout au long de l’époque impériale, notamment en ce qui concerne les spectacles du Circus Maximus à Rome. Ce vaste édifice était situé au centre de la capitale de l’Empire, entre la colline de l’Aventin et celle du Palatin, où résidait généralement l’empereur lorsqu’il était à Rome. Ses premiers aménagements dateraient du VIe siècle av. J.-C.

Plusieurs fois endommagé par des incendies, le Circus Maximus n’a eu de cesse d’être transformé et agrandi jusqu’à la fin de l’Empire romain. Il aurait pu contenir jusqu’à 250 000 personnes — encore que ce chiffre reste discuté — à partir du début du IIe siècle apr. J.-C. (soit trois fois le nombre de places du MetLife Stadium). Il était non seulement le plus grand cirque, mais aussi le plus vaste édifice de spectacle de l’Empire romain, toutes catégories confondues. Il accueillait les jeux du cirque (courses de chars et autres compétitions hippiques principalement), mais aussi des chasses, pendant des journées entières, voire plusieurs jours à maintes reprises dans l’année, notamment à l’occasion des jeux annuels organisés par des magistrats en l’honneur d’une divinité.

Maquette du Circus Maximus par Paul Bigot (1870-1942).
Charlie Morineau, Université de Caen

D’autres festivités pouvaient aussi être données au cirque, en particulier pour célébrer l’anniversaire de l’empereur, commémorer une victoire militaire ou honorer la mémoire d’un membre défunt et divinisé de la famille impériale.

Rappelons, si besoin est, que les combats de gladiateurs ne faisaient pas partie du programme des jeux du cirque. Ces affrontements à Rome ont eu lieu à l’origine sur les forums, puis, à partir de la fin du Ier siècle av. J.-C., dans des amphithéâtres. Le fameux Colisée, appelé amphithéâtre Flavien dans l’Antiquité, n’a été inauguré qu’en 80 apr. J.-C. Les amphithéâtres, par leur forme circulaire et leur taille plus réduite, étaient beaucoup mieux adaptés à l’organisation des combats de gladiateurs. Ce type d’édifice ne doit en aucun cas être confondu avec les cirques, des monuments généralement beaucoup plus grands, dont la piste très allongée était conçue pour accueillir les courses hippiques, en particulier de chars.

Un empereur observé et parfois aussi critiqué

Au regard de la documentation dont nous disposons, la conduite de l’empereur au cirque n’était régie par aucun texte normatif. Pour autant, certains comportements ont suscité la réprobation des auteurs anciens et/ou du peuple romain selon les témoignages parvenus jusqu’à nous. Ainsi, Auguste (empereur de 27 av. J.-C. jusqu’à sa mort en 14 apr. J.-C.) aurait eu pour habitude d’assister aux jeux du cirque avec attention, du moins en apparence, car il se souvenait que le peuple avait reproché à son père adoptif Jules César de passer son temps à lire et à répondre à des lettres ou à des pétitions plutôt qu’à observer la compétition.

Marc Aurèle (empereur de 161 à 180 apr. J.-C.) aurait eu la même fâcheuse habitude, ce qui suscita, là encore, des sarcasmes populaires. Auguste avait bien compris qu’il ne suffisait pas d’être présent, il fallait aussi partager l’intérêt de la foule pour les courses. Aussi, lorsqu’il lui arrivait de devoir s’absenter, il présentait ses excuses au public et prenait soin de recommander ceux qui devaient présider les jeux à sa place.

D’autres empereurs sont allés encore plus loin. Poussés par une passion sincère (ou feinte ?) pour les jeux du cirque, ils montrèrent ostensiblement leur soutien pour l’une des quatre factions — ou écuries — rivales qui s’affrontaient lors des courses et qui se distinguaient chacune par une couleur : la blanche, la verte, la rouge et la bleue. Ainsi, Caligula (37-41) ou Lucius Verus (161-169) ont soutenu la faction des Verts, tandis que Vitellius (éphémère empereur de Rome d’avril à décembre 69) supporta celle des Bleus.

Mais prendre part aux rivalités entre les factions du cirque et leurs partisans n’apportait pas que de la popularité à l’empereur. Lucius Verus fut un jour insulté au cirque par des supporters de la faction bleue. Cela pouvait aussi être dangereux pour le reste de l’assistance. Vitellius aurait fait exécuter des membres de la plèbe parce qu’ils auraient dénigré à haute voix, depuis les gradins, la faction bleue qu’il soutenait. De même, Caracalla (211-217), partisan de la faction bleue, aurait ordonné à ses soldats de massacrer à l’aveugle les spectateurs dans le cirque sous prétexte que certains d’entre eux venaient de tourner en dérision son cocher favori.

Mais le comportement qui semble avoir été le plus critiqué fut celui de Néron (54-68) qui serait, au regard de nos sources, le seul empereur de Rome à avoir osé conduire un char publiquement sur la piste du Circus Maximus

En 1876, Jean-Léon Gérôme peint « Course de chars », dont l’action se déroule au Circus Maximus.
Art Institute of Chicago

Une telle attitude est unanimement critiquée par les auteurs des textes antiques dont nous disposons, en particulier par Tacite. Bon nombre d’entre eux considéraient en effet que la passion de leurs contemporains pour les courses de chars était surtout le propre de la plèbe et des esclaves. Se passionner pour ces compétitions revenait donc à partager les goûts des plus basses couches sociales de Rome. De plus, les cochers étaient majoritairement des esclaves ou des affranchis, du moins pour ceux dont nous connaissons la condition sociale. Par conséquent, se donner en spectacle en tant que cocher dans le cirque était contraire à la dignité d’un empereur romain.

Le cirque, une tribune pour le peuple

Mais le Circus Maximus, comme les autres édifices de spectacle à Rome, était aussi un lieu où les Romains exprimaient parfois leurs opinions à l’égard du prince — qu’il soit présent ou pas d’ailleurs — ou à l’égard de membres de son entourage ou de leur politique.

Bien avant Donald Trump, plusieurs empereurs, mais aussi des magistrats, ont été sifflés ou hués dans des édifices de spectacle à Rome, dont le Circus Maximus. Plusieurs témoignages textuels évoquent en effet des interventions inopinées de manifestants en ce lieu qui utilisaient différents modes d’expression : applaudissements inattendus, silence imprévu, acclamation adressée en apparence à l’un des cochers mais qui, par son sens équivoque, semble comporter aussi un message subliminal pour l’empereur.

Plus rarement, des huées ou des injures se sont fait entendre. Parfois, des spectateurs ont demandé à l’empereur d’affranchir un cocher de condition servile qu’ils avaient trouvé particulièrement talentueux. L’empereur se devait au moins de répondre dans ce cas, positivement ou négativement, à la demande de la foule.

Quant aux railleries qui pouvaient parfois être entendues, si certains empereurs ont réagi violemment, il apparaît que l’indulgence était plutôt de mise, car cela permettait aussi à l’empereur de prendre le pouls de l’opinion publique à Rome et de jauger son degré de popularité. D’ailleurs, au IVe siècle apr. J.-C., si ce n’était déjà le cas auparavant, chaque acclamation entonnée au cirque à Rome était soigneusement consignée par écrit, alors que les empereurs étaient de plus en plus fréquemment et longuement absents de la capitale.

Le modèle du prince à l’épreuve du cirque

Il apparaît, in fine, que le comportement d’Auguste au cirque a constitué un modèle du genre durant plusieurs décennies, voire plusieurs siècles : être présent, manifester de l’intérêt, répondre aux demandes de l’assistance. Cette manière d’être, empreinte de modération et de bienveillance, semble être restée un idéal qui a perduré jusqu’à la chute de l’Empire romain d’Occident et même tant que des courses ont eu lieu dans le Circus Maximus, jusqu’au milieu du VIe siècle apr. J.-C.

Ainsi, le roi Théodoric (493-526) évoque dans une de ses lettres l’habitude séculaire qu’aurait eue la foule au cirque de s’exprimer librement : « Mais au spectacle, qui chercherait la dignité des mœurs ? […] Quoi que dise là le peuple en fête, on ne peut le considérer comme un outrage. C’est un lieu où les excès sont tolérés : si leur caquet est supporté patiemment par les princes, il est prouvé que cela contribue à la gloire de ces derniers. » L’avenir nous dira s’il en est de même de nos jours pour les dirigeants politiques…

The Conversation

Sylvain Forichon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Des empereurs romains à Donald Trump : quand les dirigeants politiques se montrent dans les enceintes sportives – https://theconversation.com/des-empereurs-romains-a-donald-trump-quand-les-dirigeants-politiques-se-montrent-dans-les-enceintes-sportives-288123

Une icône méconnue du marronnage : Selomoh del Castilho et le capitaine Broos

Source: The Conversation – France in French (3) – By Paulo Antonio Paranaguá, Historiador, sociólogo e doutor em História da Arte, Sorbonne Université

Portrait du capitaine Broos (1821-1880), chef des Brooskampers ou Bushinengue (« Noirs de la forêt ») au Suriname (1862).
Selomoh del Castilho/Het Utrechts Archief (Pays-Bas)

Au Suriname, les communautés marronnes, fondées par d’anciens esclaves ayant fui les plantations coloniales, incarnent une longue histoire de la résistance à l’esclavage. Réalisé vers 1862 par le photographe Selomoh del Castilho, le portait du capitaine Broos constitue l’un des rares témoignages visuels du marronnage au XIXe siècle. Paulo Antonio Paranaguá, auteur de História da America Latina em 100 fotografias (Bazar do Tempo, Rio de Janeiro, 2025 ; l’édition espagnole est prévue fin 2026), revient ici sur l’histoire de cette photographie et de sa redécouverte.


Del Castilho, héritier de la diaspora juive néerlandaise en Amérique du Sud

Selomoh del Castilho est un pionnier de la photographie du XIXe siècle, singulier à la fois par sa personnalité et par l’une de ses œuvres, qui a connu un destin inattendu au XXIe siècle.

Il est né le 20 juillet 1826 au Suriname, la Guyane néerlandaise, et est décédé le 20 juin 1914 à Paramaribo, la capitale de cette colonie. Selomoh (Salomon) était un Juif séfarade, comme l’indique l’orthographe portugaise de son patronyme. Il épousa une coreligionnaire, Hanna de Jacob Morpurgo (1838–1895). Ils eurent plusieurs enfants, certains portant des prénoms bibliques tels qu’Isaac, Élie, Esther ou Jacob.

Cette origine juive est liée à l’histoire du Brésil hollandais (1624-1654). En effet, de nombreux Juifs des Pays-Bas accompagnèrent l’aventure sud-américaine du prince Jean-Maurice de Nassau-Siegen et construisirent la synagogue de Recife, au Pernambouc (1637), la plus ancienne des Amériques. Lorsque les Portugais vainquirent et expulsèrent les Hollandais de leur colonie, ces derniers se réfugièrent plus au nord, en Guyane, dans les Caraïbes ou sur l’île de Manhattan, où ils fondèrent La Nouvelle-Amsterdam (actuelle New York).

En Guyane, certains de ces Juifs ont reproduit le modèle esclavagiste de la plantation de canne à sucre du nord-est du Brésil, dans la « Jodensavanne » (Savane juive), à 70 kilomètres de Paramaribo, sur les rives du fleuve Suriname. Les recherches archéologiques y ont découvert l’existence d’une synagogue et d’un cimetière juif datant du XVIIe siècle, avec plusieurs pierres tombales écrites en portugais, d’autres en espagnol, en hébreu ou en néerlandais.

Les pionniers juifs de la photographie aux XIXᵉ et XXᵉ siècle

Très peu de Juifs ont embrassé la photographie au XIXe siècle. À part Selomoh del Castilho, en Amérique du Sud, on ne trouve que Federico Lessmann (père et fils), au Venezuela. Même dans les pays où la communauté juive était mieux établie et présentait une plus grande diversité, il y a eu peu de photographes juifs à cette époque. Au XIXe siècle, on compte Mendel John Diness (Jérusalem), Maksymilian Fajans (Varsovie), Hermann Biouw (Hambourg), Bertha Beckmann (Leipzig), Adèle Perlmutter-Heilperin (Vienne), David Lionel Salomons (Londres), George Barron Goodman (Sydney), Shimmel Zohar et Solomon Nunes Carvalho (New York).

En revanche, la liste des photographes juifs à partir du XXe siècle est aussi vaste qu’éloquente. Elle inclut l’une des premières femmes professionnelles de la région latino-américaine et caraïbéenne, la Surinamaise Augusta Curiel (1873-1937), qui a inauguré son atelier à Paramaribo en 1904 et l’a maintenu actif pendant plus de trente ans. Son œuvre a été exposée en 2025 au musée de la Photographie d’Amsterdam (FOAM). Augusta Curiel fut précédée par une autre Surinamaise, Clarissa Heilbron (1869-1949), qui ouvrit son atelier à Paramaribo en 1889, mais quitta la photographie après son mariage avec Abraham Moses Salomons (1893).

Selomoh del Castilho exerça la photographie entre 1857 et 1894, avec un atelier à l’angle de la Heerenstraat et de la Klipstenenstraat, des rues situées au centre de Paramaribo. Bien qu’il s’intéressât également aux beaux-arts, il transmit les techniques de sa profession à deux de ses fils, Alfred del Castilho (1875-1913), qui adopta le nom de The American Photographer pour son atelier sur la Heerenstraat, et Raphael del Castilho (1862-1943), qui transféra son atelier à la Domineestraat et mourut à New York.

Selomoh travailla avec le daguerréotype – un procédé qui permettait de fixer des images uniques sur une plaque de cuivre recouverte d’argent –, l’ambrotype – – reposant sur une plaque de verre amovible, recouverte d’une émulsion au collodion humide – et le format carte de visite. Ses expériences avec la couleur rappellent le futur autochrome des frères Lumière. En 1867, dans une publicité du Koloniaal Nieuwsblad, journal important de Paramaribo, il se présente comme photographist.

Le portrait de Broos, le cliché unique d’un rebelle

Malheureusement, peu de photos de Selomoh del Castilho ont été identifiées et conservées. La plus importante est sans doute le portrait du Kapitein (capitaine) Broos (1821-1880), chef des Bakabusi Sama, Bakabusi Nengre, Brooskampers ou Bushinengue (Noirs de la forêt).

Les frères Broos et Kaliko étaient les chefs d’un camp d’anciens individus esclavisés en fuite, formé en 1740, sur les rives de la rivière Surnaukreek, un affluent du fleuve Suriname. Ce type de rebelles étaient appelés Nègres Marrons dans les colonies françaises, Cimarrones dans les colonies espagnoles, Maroons dans les colonies anglaises et Quilombolas au Brésil.

Au Suriname, les rebelles résistèrent les armes à la main aux persécutions et aux attaques militaires jusqu’à un an avant l’abolition officielle de l’esclavage dans les colonies des Pays-Bas aux Caraïbes et en Amérique du Sud (1863). Une période de transition de dix ans s’ensuivit, avec du travail forcé. Les autorités coloniales négocièrent alors un traité de paix avec les Brooskampers en échange de terres. Le portrait du capitaine Broos a été pris à Paramaribo à cette occasion.

Dans le Brésil impérial, jusqu’à l’abolition en 1888, les individus esclavisés fugitifs étaient des hors-la-loi. Les photographies de Noirs brésiliens, prises à l’époque pour des raisons pseudoscientifiques (Louis Agassiz) ou commerciales (Christiano Jr, Alberto Henschel), représentaient des personnes réduites en esclavage ou des affranchis ; en aucun cas des Quilombolas ou des fugitifs. Luiz Felipe de Alencastro, ancien titulaire de la chaire d’Histoire du Brésil à la Sorbonne, Ynaê Lopes dos Santos, professeure d’histoire des Amériques à l’Université Fédérale Fluminense, et Sergio Burgi, conservateur en chef de la photographie à l’Institut Moreira Salles, partagent cette observation.

À Cuba, un autre pays d’abolition tardive, en 1886, la situation est analogue : les Noirs photographiés au XIXe siècle sont des personnes esclavisées ou des affranchis, confirme le spécialiste Rufino del Valle au Taller y Museo de la Fotografia Cabrales del Valle, à La Havane. Enfin, la riche collection caraïbéenne du Schomburg Center for Research in Black Culture de la Bibliothèque publique de New York ne contient aucune photo de Nègre Marron ou Maroon du XIXe siècle.

En somme, au XIXe siècle latino-américain et caribéen, le seul Noir qui se soit rebellé contre l’esclavage portraituré par un appareil photo est le capitaine Broos. Ce portrait est donc exceptionnel et unique.

La pose respecte les conventions de l’époque : assis, vêtu de blanc ou en tons clairs, portant des habits décontractés et une écharpe colorée autour du cou, une main posée négligemment sur sa jambe, Broos regarde la caméra, très sérieux, possiblement avec une expression de méfiance ou de défi. La photo a vraisemblablement été prise dans l’atelier de Selomoh del Castilho ou dans un autre espace neutre, peut-être à la suite d’une commande officielle. La recherche historique n’a pas élucidé les questions à ce propos, admet Eveline Sint Nicolaas, conservatrice au Rijskmuseum (Amsterdam), coorganisatrice de la formidable exposition Slavernij/Slavery (« Esclavage », 2021) et coautrice du magnifique ouvrage Suriname in beeld (Terra, 2025).

Destins croisés de deux représentations de l’esclavage

Ce portrait est contemporain de la célèbre photographie états-unienne connue sous le titre Scourged Back (dos flagellé), prise par McPherson & Oliver, à Baton Rouge, état de Louisiane, le 2 avril 1863.

Le portraituré était un homme esclavisé fugitif, dénommé Peter ou Gordon selon les sources, parvenu à s’échapper d’une plantation de coton après un châtiment au fouet qui lui avait laissé des cicatrices dorsales terribles. L’image fut utilisée comme un argument contre l’esclavage par la propagande abolitionniste en pleine Guerre de Sécession (1861-1865). L’une des trois versions de la photo fut même diffusée en format carte de visite, alors très populaire. En 2025, ce document visuel a été censuré dans des institutions fédérales et des parcs nationaux par la présidence de Donald Trump, qui prétend expurger l’histoire des États-Unis.

Cependant, la différence entre ces deux photos est évidente. L’une montre le chef d’une communauté rebelle invaincue, présenté en toute dignité face à la caméra ; le second est une victime, un individu sans visage ni identité certaine, présentant au photographe son dos voûté et meurtri, pour preuve de son martyre.

Certes, les deux images constituent des documents inestimables sur l’histoire de l’esclavage. Il est néanmoins permis de s’interroger sur leur notoriété tellement dissemblable. L’écart entre une grande nation comme les États-Unis et un petit pays sud-américain, ainsi que leur poids respectif dans l’histoire de la photographie, est-elle vraiment suffisante comme explication ? La différence entre une victime, aussitôt instrumentalisée dans la presse de l’époque, et un leader rebelle longtemps oublié, ne révèle-t-elle quelque chose sur les perceptions à l’œuvre et les images en construction ?

De l’archive à l’icône : la postérité du portrait de Broos

La photo de Selomoh del Castilho est conservée aux Archives d’Utrecht (Pays-Bas) après un don de la Fraternité évangélique active au Suriname. Il y a quelques années, une copie du portrait du capitaine Broos a été emportée par des Surinamais d’ascendance africaine au Ghana, où elle a été exposée au Mémorial de l’esclavage d’Assin Manso. La photo a également été exhibée dans les locaux d’une association surinamaise à Amsterdam. Le portrait a été progressivement approprié par des artistes, des institutions et des entités intéressées par l’histoire coloniale ou les études postcoloniales. Amsterdam possède même un Broos Institute, qui propose un recentrage africain dans la recherche et les études doctorales en Europe.

L’image acquit ainsi une dimension iconique, qui montre la capacité de la photographie à transmettre des aspects sous-estimés ou effacés de la mémoire et de l’histoire. Malgré les conventionnalismes du portrait du XIXe siècle, la photo du capitaine Broos fut réinterprétée à l’aune des attentes du XXIe siècle : elle devint un symbole de rébellion et de liberté, de survie et de résistance, d’autodétermination et d’identité. Une icône méconnue, paradoxale, car prisée par les uns et ignorée par la plupart des autres.

Dans ce processus, il y a une convergence entre le sujet portraituré et le photographe, dont la rencontre n’était pas prédestinée. Tous deux incarnent le traumatisme d’un déplacement forcé et brutal. Les ancêtres de Broos ont été enlevés d’Afrique par la traite transatlantique des personnes esclavisées, « le plus grave crime contre l’humanité » selon l’Assemblée générale des Nations unies (25 mars 2026). Certains de ces Africains déportés se sont réfugiés dans la brousse sud-américaine pour échapper à l’esclavage et ainsi reprendre le contrôle de leur vie.

Les Juifs furent expulsés de la péninsule Ibérique, menacés de torture et de mort par l’Inquisition. Le refuge de beaucoup d’entre eux fut Amsterdam, la nouvelle « Jérusalem du Nord ». Plus tard, certains cherchèrent la Terre promise en Amérique du Sud, au Pernambouc et en Guyane. Selomoh del Castilho ne se contenta pas de transmettre la tradition, ni d’exercer les métiers caractéristiques de sa communauté ; il embrassa une nouvelle profession, typique de la modernité naissante, qu’il enseigna à deux de ses fils.

Par leur initiative et leur effort, Broos et Del Castilho ont déjoué le déterminisme. L’interaction entre eux esquisse une convergence entre la diaspora africaine et la diaspora juive. En extrapolant, elle préfigure l’alliance entre Noirs et Juifs dans la lutte pour les Civil Rights (droits civiques) aux États-Unis dans les années 1960.

The Conversation

Paulo Antonio Paranaguá ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une icône méconnue du marronnage : Selomoh del Castilho et le capitaine Broos – https://theconversation.com/une-icone-meconnue-du-marronnage-selomoh-del-castilho-et-le-capitaine-broos-287419

El ‘pensamiento crítico’ está de moda: ¿qué significa realmente y cómo se enseña?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sara Kells, Director of Program Management at IE Digital Learning and Adjunct Professor of Humanities, IE University

MalikNalik/Shutterstock

En cualquier debate o reflexión acerca del impacto de la inteligencia artificial en la educación e inteligencia se acaba hablando de pensamiento crítico. Esta tecnología está cambiando la forma en que los alumnos aprenden y en que los docentes evalúan el aprendizaje, y ante esta transformación, el pensamiento crítico se presenta a menudo como la respuesta pedagógica adecuada.

Pero a medida que la IA cambia la forma en que aprendemos y enseñamos, es fácil pasar por alto una cuestión crucial: ¿qué significa realmente el pensamiento crítico en el mundo actual?

Existe un peligro real de que se convierta en una palabra de moda vacía de contenido, un antídoto excesivamente simplificado y supuestamente universal contra esta nueva realidad en la que la información, las explicaciones y los resultados cada vez más sofisticados están a solo un clic de distancia.

Ampliando las definiciones

El pensamiento crítico se entiende, en términos generales, como un conjunto complejo y valioso de habilidades y hábitos. Incluye la capacidad de evaluar pruebas, valorar argumentos, identificar supuestos, distinguir las afirmaciones más sólidas de las más débiles y extraer conclusiones razonadas.

Estas habilidades siguen siendo vitales, pero no abarcan por completo lo que los estudiantes necesitan para hacer frente a los retos cognitivos de un mundo impulsado por la IA.




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Investigaciones recientes han comenzado a explorar esta distinción a través de conceptos como el pensamiento crítico digital, que incorpora la idea de que los entornos en línea, moldeados por algoritmos opacos, la personalización y la información de las plataformas, exigen que las personas interpreten no solo el contenido con el que se encuentran, sino también cómo han llegado a verlo en primer lugar.

A medida que evolucionan los entornos en los que aprendemos y vivimos, también debería hacerlo nuestra comprensión del pensamiento crítico. Como investigadora en educación cívica, creo que las respuestas no residen en abandonar las definiciones tradicionales del pensamiento crítico, sino en ampliarlas.




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Reflexión y juicio

El pensamiento crítico se desarrolla en dos pasos. El primero es la reflexión, ese micromomento vital de pausa y consideración que precede al segundo paso: la formación de un juicio.

La reflexión exige que las personas cuestionen las pruebas, examinen las suposiciones, comparen interpretaciones contrapuestas, reconozcan los límites de su propia perspectiva y estén dispuestas a revisar sus conclusiones a la luz de argumentos más sólidos o de nueva información.

Pero los espacios digitales modernos moldean agresivamente nuestra atención. Las plataformas digitales deciden qué es visible, fiable y digno de atención, y luego ofrecen contenido a los usuarios en forma de vídeos breves, reseñas cortas y feeds que se pueden desplazar sin fin.




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El pensamiento crítico resulta difícil en estos espacios digitales porque desaparece el tiempo y el espacio necesarios para la reflexión. En su lugar, es probable que los usuarios pasen directamente del consumo al juicio.

La reflexión, intermedio necesario entre consumo y juicio

Sin embargo, aún podemos fomentar la crucial primera etapa de la reflexión fuera de estos entornos digitales. Y, al igual que cualquier objetivo educativo significativo, este hábito no se adquiere únicamente a través de la enseñanza. Se cultiva gradualmente mediante la práctica repetida, la retroalimentación, la reflexión y la revisión a lo largo de todo el plan de estudios.

Aunque el pensamiento crítico comienza con una reflexión disciplinada, no termina ahí. La reflexión nos prepara para ejercer el juicio.

El juicio es donde el pensamiento comienza a orientar la acción. Es donde decidimos qué merece nuestra atención, cuánta confianza depositar en nuestro conocimiento y qué responsabilidades se derivan de ello. Determina cómo participamos en última instancia junto a los demás en situaciones en las que no podemos estar seguros al 100 % de lo que sabemos.




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El ingrediente clave: la humildad intelectual

Uno de los logros menos publicitados de la educación es que ayuda a los alumnos a descubrir los límites de su propia comprensión. Luchar con ideas difíciles, construir argumentos, cometer errores y revisar el propio razonamiento hacen mucho más que simplemente producir conocimiento. Estos procesos calibran gradualmente el juicio al enseñar a los estudiantes la diferencia entre llegar a una respuesta y comprender un tema de forma significativa.

Con las herramientas basadas en la IA, es más fácil que nunca producir trabajos que, a primera vista, parezcan reflexivos, persuasivos y sofisticados. Una persona puede parecer informada y elocuente sin haber realizado nunca el difícil trabajo cognitivo de desarrollar una comprensión real.

Por lo tanto, hay que enseñar a los estudiantes a distinguir entre una respuesta y la comprensión real. La capacidad de escribir un texto fluido y bien construido es una habilidad totalmente distinta a la de elaborar un argumento sólido. De hecho, una prosa ingeniosa a menudo puede enmascarar o distraer la atención de la falta de una comprensión clara.

Apariencia frente a profundidad

Pero el riesgo no es que el uso de la IA genere estudiantes incapaces de pensar. El riesgo es que cada vez resulte más fácil confundir una ejecución pulida con profundidad intelectual, tanto en nosotros mismos como en los demás.

Aquí es donde entra en juego la humildad intelectual. No se trata ni de modestia ni de falta de confianza, sino de la capacidad de reconocer los límites de la propia comprensión, estar abierto a la revisión y calibrar la confianza en función de lo que realmente se sabe. La humildad intelectual es lo que evita que el juicio se endurezca hasta convertirse en una certeza ciega.

Esta capacidad hace que el pensamiento crítico sea algo más que un conjunto de habilidades cognitivas. Se convierte en parte de un proyecto educativo más amplio, que prepara a los estudiantes para ejercer su juicio de forma responsable en relación con otras personas y con el mundo compartido en el que viven.

Proteger la democracia

Las sociedades democráticas dependen de personas capaces de sopesar argumentos contrapuestos, reconocer la incertidumbre sin dejarse paralizar por ella y revisar sus opiniones cuando sea necesario.

Aunque estas capacidades no surgen por sí solas, pueden desarrollarse a través de experiencias educativas que pregunten repetidamente a los estudiantes no solo qué piensan, sino también cómo han llegado a una conclusión concreta, qué pruebas podrían llevarles a reconsiderarla y cuánta confianza merece realmente.

Más allá de una habilidad aislada

Desde esta perspectiva más amplia, el pensamiento crítico no puede reducirse a una habilidad aislada, integrarse en una sola asignatura ni medirse mediante una única evaluación. Se cultiva en todas las disciplinas, a través de experiencias que obligan a los estudiantes a revisar sus conclusiones a la luz de nuevas pruebas, a defender interpretaciones contrapuestas, a explicar el razonamiento que subyace a sus decisiones y a reflexionar con honestidad sobre los límites de su propio entendimiento.

En la práctica, esto se traduce en un experimento científico que refuta la hipótesis de un alumno, una clase de historia en la que se comparan interpretaciones contradictorias de un mismo acontecimiento o un debate literario que explora múltiples lecturas de un texto.

Este tipo de tareas exigen a los alumnos que pongan en práctica el mismo hábito: ejercer el juicio con humildad intelectual. El objetivo no es simplemente llegar a la respuesta correcta, sino aprender a reconocer cuándo su propio razonamiento debe cuestionarse, refinarse o modificarse.

En última instancia, este hábito prepara a los alumnos para el mundo real actual, donde los retos rara vez tienen respuestas claras o información completa. Al igual que todos los adultos, los alumnos tendrán que lidiar con afirmaciones contradictorias y debates públicos, a menudo en plataformas gestionadas mediante algoritmos llenas de contenido generado por IA.

En estos espacios, la confianza tiende a ir por delante de la comprensión.

Cuestionar y reconsiderar

Las sociedades democráticas necesitan ciudadanos que hayan practicado la difícil tarea de revisar sus opiniones. El aula ofrece un entorno seguro y sin grandes riesgos para entrenar esta habilidad antes de ponerla en práctica en el mundo real.

Los colegios y las universidades tienen el deber de enseñar a los alumnos a ejercer un juicio sensato ante la incertidumbre, el desacuerdo y la complejidad. Esa labor no comienza enseñando el pensamiento crítico como una habilidad aislada, sino diseñando experiencias de aprendizaje que inviten repetidamente a los estudiantes a cuestionar, revisar, justificar y reconsiderar su propio pensamiento en todas las disciplinas.

Al hacerlo, la humildad intelectual se convierte no solo en un ejercicio académico, sino en un hábito cívico profundamente arraigado.

The Conversation

Sara Kells no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El ‘pensamiento crítico’ está de moda: ¿qué significa realmente y cómo se enseña? – https://theconversation.com/el-pensamiento-critico-esta-de-moda-que-significa-realmente-y-como-se-ensena-288044

Las olas de calor llegan a los glaciares alpinos, y estas son las consecuencias

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Lillo Ramos, Colaborador honorífico en el Grupo de investigación sobre Cambio Global Terrestre y Geología Ambiental, Universidad Rey Juan Carlos

El glaciar Findel, en el macizo del Monte Rosa, en los Alpes peninos. YueStock/Shutterstock

Desde la segunda quincena de mayo, Europa está siendo afectada por intensas olas de calor, caracterizadas por periodos prolongados de varios días excepcionalmente cálidos. La ola acontecida a finales de junio fue de gran intensidad y duración, registrándose temperaturas extraordinariamente altas en diferentes zonas, entre las que se incluye el arco alpino.

La primera quincena de julio ha seguido la misma tendencia de temperaturas inusualmente altas debido al bloqueo de un domo de calor –una especie de “tapadera” que atrapa una masa de aire caliente sobre la superficie terrestre– estabilizado sobre el Viejo Continente.

Seis imágenes de satélite que muestran la evolución de la temperatura de la superficie terrestre
Evolución de la temperatura de la superficie terrestre registrada por el radiómetro de los satélites Sentinel-3 para el periodo del 29 de junio al 3 de julio.
European Union, Copernicus Sentinel-3, CC BY

El deshielo se adelanta y se acelera

La ocurrencia de estas olas de calor está teniendo dramáticos efectos en los glaciares de los Alpes, donde se están produciendo elevadas tasas de fusión. El servicio de monitorización glaciar suizo (Glacier Monitoring in Switzerland, GLAMOS) ha advertido que el pasado 29 de junio fue el día de pérdida glaciar (Glacier Loss Day, GLD) en los glaciares suizos.

El GLD marca el punto de inflexión anual en el que el glaciar pierde toda la masa de nieve y hielo acumulados durante el invierno, y a partir de ese momento entra en pérdida neta irreversible hasta la siguiente temporada invernal. Según GLAMOS, la fecha en 2026 supone un adelanto de dos a tres meses en el ciclo anual de deshielo, durante los cuales se estará produciendo la fusión del hielo glaciar. En otras palabras, en este año se va a acelerar la tasa anual de pérdida de masa glaciar, ya de por sí elevada como consecuencia del cambio climático global.

Gráfico que indica un adelanto del momento del año en que comienza la pérdida de hielo glaciar desde 2013
Tendencias en el balance de masa glaciar en glaciares suizos en el periodo 2010-2026.
GLAMOS, CC BY

La tendencia del balance de las masas glaciares es similar a la observada en 2022, cuando en las montañas alpinas ocurrieron tres olas de calor de mayo a junio que marcaron en los glaciares suizos un adelanto significativo del GLD al 26 de junio. Una trágica consecuencia de estas condiciones climáticas excepcionales en los Alpes fue la gran avalancha ocurrida el 3 de julio de 2022 en el glaciar de la Marmolada.

Evolución de las temperaturas atmósfericas a 2 m. del terreno en las localidades de Chamonix (macizo del Mont Blanc, Francia), Zermatt (Cervino y macizo del Monte Rosa, Suiza) y Gressoney-La Trinité (macizo del Monte Rosa, Italia) en los meses de mayo y junio para los últimos 5 años. Nótese la intensa ola de calor de la segunda quincena de mayo en las tres localidades.
Javier Lillo, a partir de datos de ECMWF – Copernicus Climate Change Service (C3S)-Unión Europea, CC BY-SA

En 2026 parece que nuevamente se han conjugado varias causas para el adelanto del GLD, añadidas a las olas de calor de mayo y junio marcadas por la continuidad de días con elevadas temperaturas: en abril, la capa de nieve alcanzó mínimos históricos en algunos lugares o, en el mejor de los casos, alcanzó la media en unos pocos glaciares. En marzo, se depositó polvo del Sáhara, que redujo el albedo de los glaciares, aumentando con ello la absorción de la radiación solar sobre su superficie.

Aunque en mayo y junio de 2025 también se alcanzaron temperaturas altas en los Alpes, no se llegó al adelanto del GLD que se ha observado este año de 2026. Aparte de la incidencia de otros factores como las nevadas invernales, posiblemente una de las razones de mayor peso para tal adelanto sea la recurrencia de olas de calor.

El 29 de junio la isoterma –línea imaginaria que conecta puntos de la misma temperatura– de 0 ºC en el valle de Aosta (valle alpino que conecta el macizo del Mont Blanc y el Cervino por el sur) se situó a 4 600 metros sobre el nivel del mar, superando así la altitud del Cervino (4478 m) y aproximándose a la del macizo del Monte Rosa (Punta Doufur, 4634 m). Esto implica que, al menos en la superficie de la mayoría de los glaciares, las condiciones eran de fusión ese día.

Corrientes y acumulaciones de agua en el glaciar

El aumento de la fusión glaciar tendría que verse reflejado en un incremento significativo del caudal de los cursos de agua en la cabecera de la cuenca hidrográfica, como consecuencia del aporte del agua de fusión. Sin embargo, no siempre ocurre así, siendo posible que parte del agua de fusión permanezca en el glaciar.

Una mayor cantidad de agua de fusión genera un mayor desarrollo del sistema hidrológico del glaciar. La circulación y el almacenamiento del agua líquida están controlados por los huecos generados tanto por la propia dinámica del flujo glaciar (grietas y rimayas), como por los huecos producidos por la fusión del hielo (lagunas, canales, sumideros, conductos, cuevas).

El hielo actúa, desde el punto de vista hidrológico, como un material impermeable pero que es susceptible de fundirse y, por tanto, de generar huecos por donde el agua circule o se acumule. Este comportamiento dual da lugar a corrientes y acumulaciones sobre la superficie del glaciar (arroyos y lagunas supraglaciares), en su interior (conductos y bolsas endoglaciares) o en la base (corrientes y lagunas subglaciares).

Sistema hidrológico de un glaciar alpino de circo con elevada tasa de fusión
Sistema hidrológico de un glaciar alpino de circo con elevada tasa de fusión. A) Sumidero. B) Laguna supraglaciar. C) Grieta glaciar con agua de fusión intraglaciar. D) Corrientes supraglaciares de agua fusión. F) Afloramiento de agua subglaciar.
Javier Lillo, CC BY-SA

El taponamiento de conductos y cavidades intraglaciares puede ocasionar la acumulación de volúmenes importantes de agua de fusión, quedando así almacenada en el interior de la masa glaciar, sin que sea aportada a lagos o corrientes fluviales. En esas cavidades, el potencial hidráulico (generado por la presión hidrostática o bien por el propio peso del hielo) puede ser muy alto, alcanzándose condiciones de sobrepresión que pueden generar una situación de peligro por la rotura o deslizamiento súbito del hielo glaciar.




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Los riesgos para la población

Unos de los casos más representativos de la peligrosidad de estas acumulaciones intraglaciares de agua de fusión es el del glaciar del Tête Rousse (Alpes franceses), donde en el 11 de julio de 1892 tuvo lugar el reventón y brusco desagüe de una bolsa intraglaciar que causó una gran riada que devastó la población francesa de SaintGervais–Le Fayet con la pérdida de 175 vidas humanas.

El glaciar de Tête Rousse es un pequeño glaciar colgado en la ladera del Mont Blanc. Desde entonces ha sido objeto de monitorización continuada y sometido a actuaciones de drenaje en varias ocasiones al haberse observado acumulaciones o sobrepresiones excesivas en cavidades intraglaciares.




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El adelanto del GLD genera un incremento de la peligrosidad derivada de la acumulación del agua de fusión en estas masas de hielo. Por ello, es fundamental que en los glaciares alpinos se lleve a cabo la vigilancia continua mediante observación satelital, técnicas geofísicas y trabajo de campo con el fin de evaluar el grado de peligrosidad y poder implementar las medidas oportunas para reducirla.

The Conversation

Javier Lillo Ramos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Las olas de calor llegan a los glaciares alpinos, y estas son las consecuencias – https://theconversation.com/las-olas-de-calor-llegan-a-los-glaciares-alpinos-y-estas-son-las-consecuencias-288210