Sénégal : un Livre blanc confirme l’ampleur du massacre de Thiaroye et relance le débat sur la vérité historique

Source: The Conversation – in French – By Martin Mourre, Historien et anthropologue spécialisé dans les armées coloniales et postcoloniales en Afrique de l’Ouest, École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)

Dans le camp de Thiaroye, près de Dakar, des soldats africains, appelés tirailleurs sénégalais, rentrés du front européen de la Deuxième guerre mondiale, attendent leur rappel de solde de captivité et leur prime de démobilisation. A l’aube du 1er décembre 1944, ils sont abattus par leurs propres officiers français. Ce qui devait être une célébration de retour devient un bain de sang.

Si les archives coloniales évoquent généralement 35 morts (et une fois 70 dans une formulation ambiguë), divers éléments permettent de poser une hypothèse d’un bilan autour de 300 à 400 morts.

À l’été 2024, dans la perspective des commémorations du 80e anniversaire du massacre, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a nommé une commission présidée par le professeur Mamadou Diouf de l’Université Columbia à New York. Parmi ses attributions, la rédaction d’un livre banc, qui a été remis le 17 octobre 2025 au président sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Martin Mourre, historien et anthropologue spécialisé des armées coloniales, qui a étudié cette question, explique ici ce que le Livre Blanc apporte de nouveau et pourquoi Thiaroye reste un enjeu historique sensible.

Que s’est-il passé à Thiaroye ?

En décembre 1944, des tirailleurs dits sénégalais sont tués par leurs propres officiers français. Ces hommes avaient été mobilisés à l’orée de la guerre puis faits prisonniers lors de la défaite de 1940 en métropole. Le 21 novembre 1944, un premier contingent d’ex-prisonniers arrive au camp de Thiaroye où ils doivent être démobilisés. Ils doivent récupérer d’importantes sommes d’argent, principalement le rappel de leur solde de captivité. L’armée française va refuser de leur verser ce qu’ils réclament, alors que, semble-t-il, Dakar disposait de cet argent.

Le 27 novembre, des incidents ont lieu conduisant à la venue d’un officier supérieur. Celui-ci va ensuite monter une opération de répression qui se mue en massacre le 1er décembre 1944 à l’aube. Le bilan oscille entre plusieurs dizaines et plusieurs centaines de morts parmi les tirailleurs ex-prisonniers.

D’un point de vue historique, même si un ensemble de questions reste encore en suspens, l’événement est relativement bien documenté. Le débat principal porté par l’écriture du Livre blanc, exprimé publiquement dans la presse, a pris pour angle la question du nombre de morts et du lieu d’inhumation des victimes.

Sur le premier point, on peut avoir soit une lecture littérale des archives qui indiquent régulièrement le chiffre de 35 morts – ou 70 dans le rapport d’un officier qui présente ce chiffre avec une formule alambiquée. Soit, par un faisceau d’indices convergents, un chiffre tournant autour de 300 à 400. Sur ce point, le Livre blanc ne semble pas aller plus loin que les travaux précédents qui retiennent ces seconds chiffres.

Quelles sont les nouvelles informations apportées par le Livre blanc ?

La nouveauté principale présentée dans le Livre blanc a été dans la démarche de recourir à des fouilles archéologiques. Celles-ci ont été menées dans le cimetière militaire de Thiaroye par une équipe d’archéologues de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

À ce jour, sept corps ont été retrouvés et tout laisse à penser que ces hommes ont été victimes de la tuerie du 1er décembre 1944. Les archéologues ont en effet insisté sur le caractère précipité des inhumations, sur le fait que certaines tombes semblaient construites de manière postérieure aux sépultures tandis que certains cadavres étaient encore vêtus de leurs tenues militaires.

Jusqu’à présent, les archives administratives françaises de l’époque sont restées muettes sur ce point. Il existait un flou sur le lieu d’inhumation des tirailleurs ou de l’existence de fosses communes, qu’elles soient situées dans le camp, à proximité ou au cimetière. Si la découverte de sépultures se confirme, ce serait une information importante qui permettra d’affirmer que des victimes reposent dans ce lieu. Il est néanmoins possible que des corps soient situés ailleurs et l’équipe d’archéologues a d’ailleurs prévu de continuer son travail.

Comment ces informations ont-elles été obtenues ?

La question des fouilles a une profondeur historique qu’il faut aussi évoquer. En 2017, un ensemble d’organisations panafricaines avait proposé que les autorités sénégalaises de l’époque procèdent à de telles fouilles. Parmi ces organisations, on notait le PASTEF du député Ousmane Sonko (actuel Premier ministre du Sénégal).

Dix ans plus tôt, au moment de la construction de l’autoroute désenclavant Dakar et passant en partie par le camp militaire, l’historien Cheikh Faty Faye, président de l’Association des professeurs d’histoire-géographie du Sénégal, portait déjà cette question sur la place publique.

Cheikh Faty Faye, décédé en 2021, était un des meilleurs spécialistes sénégalais de l’histoire de Thiaroye, ayant travaillé dessus depuis les années 1970. Il était un héritier de la génération des militants de l’indépendance, du Rassemblement démocratique africain (RDA), le grand parti panafricaniste créé en 1946 à l’échelle de toute l’Afrique francophone et du Parti africain de l’indépendance (PAI) (créé en 1957). Ces différentes générations militantes avaient participé à ériger le cimetière en lieu de mémoire grâce aux commémorations qu’elles organisaient ou animaient.

Le cimetière accueille 202 tombes, dont une trentaine sont séparées des autres. Si, à ma connaissance, il n’existe pas de travaux scientifiques sur l’origine du cimetière, il date vraisemblablement de la Première Guerre mondiale, au moment de la construction du camp de Thiaroye.

Situé à environ un kilomètre de l’entrée actuelle de ce dernier, il servait à enterrer des tirailleurs issus de l’Afrique de l’Ouest qui décédaient sur place lors de leur entraînement à Thiaroye et dont la dépouille n’était pas rapatriée. Si les recherches futures confirment que les cadavres découverts sont bien ceux des tirailleurs tués le 1er décembre 1944, cela constituera un pas important pour répondre à la question du nombre de morts.

Quels sont les autres points importants de ce document ?

Si le Livre blanc s’est beaucoup concentré sur la question du bilan de la tuerie, il a aussi affiché sa volonté de s’intéresser aux parcours de vie des tirailleurs de Thiaroye. Mais, une des questions restant en suspens est, me semble-t-il, celle de la colonialité de la violence, entendue comme spécificité de la violence liée à la situation coloniale et caractérisée par des phénomènes d’altérisation et de racialisation des victimes, un sentiment d’impunité, l’éloignement entre la colonie et la métropole.

Comment la France a-t-elle réagi à propos Thiaroye 1944 au fil des années ?

La violence survenue ce 1er décembre 1944 est assez unique dans l’histoire du Sénégal. Thiaroye a dès lors constitué un enjeu mémoriel important, d’autant que l’évènement a fait face à une volonté d’effacement en France. Dans les semaines suivant le drame des officiels français déclarent, selon des archives, qu’il faut prendre des mesures adéquates pour effacer ces heures d’égarement. Ce qui révèle une volonté manifeste d’atténuer et d’occulter cette violence extrême.

Ces processus d’effacement ont perduré bien après l’indépendance. L’un des exemples les plus célèbres étant la « censure » du célèbre film Camp de Thiaroye des cinéastes sénégalais Ousmane Sembène et Thierno Faty Sow qui n’a pas trouvé de distributeurs en France à sa sortie. Les choses ont cependant changé à partir des années 2000 notamment lorsque le président Abdoulaye Wade organise des commémorations officielles. C’est un tournant marqué par une première déclaration d’un ambassadeur spécial français lors des commémorations organisées par le président Wade reconnaissant la responsabilité de l’armée coloniale dans cette tragédie.

En 2014, le président français François Hollande se rend au cimetière militaire où il tient un discours et remet à cette occasion tout un lot d’archives au président sénégalais Macky Sall en déclarant, ce qui s’est avéré inexact, qu’il s’agissait de toutes les archives que la France possédait sur ce drame. Ces archives n’ont pas été consultables au Sénégal jusqu’à un décret du président Bassirou Diomaye Faye à l’automne 2024, sans que ce blocage n’ait été réellement justifié.

En 2024, le président Emmanuel Macron a reconnu que les événements de Thiaroye étaient “un massacre”, un terme que n’avait pas utilisé son prédécesseur François Hollande. Il l’a fait sans se déplacer lui-même au Sénégal, via une lettre dont certains passages ont été révélés par le président Faye.

Alors que la question des archives de Thiaroye est restée largement en suspens pendant près de dix ans, les nouvelles autorités n’ont pour l’instant pas commenté ce blocage.

En ce 1er décembre, date de la commémoration, l’enjeu n’est plus seulement de documenter Thiaroye, mais également d’assurer la transmission à la prochaine génération. Le travail patient des chercheurs, qui sera désormais enseigné dans les écoles, montre que la compréhension du passé éclaire notre présent et permet de construire, sur des bases solides, une mémoire collective solide.

The Conversation

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L’intégration professionnelle des migrants est mise à mal par les restrictions budgétaires

Source: The Conversation – in French – By Fadia Bahri Korbi, Maître de conférences en sciences de gestion, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Les salariés des ateliers et chantiers d’insertion (ACI) bénéficient d’une rémunération au moins égale au smic. ChameleonsEye/Shutterstock

À l’occasion du mois de l’économie sociale et solidaire, zoom sur les ateliers chantiers d’insertion (ACI). Ces structures proposent un accompagnement social, un métier et un salaire, notamment pour les immigrés. Dans un contexte de restriction budgétaire, quels sont leur coût et leur bénéfice ? Permettent-ils une meilleure intégration des immigrés ?


Régulariser la situation d’un immigré ne lui garantit pas l’eldorado, comme beaucoup le croient. Un autre problème majeur est son intégration. Comment l’intégrer si le français n’est pas sa langue ? s’il n’a pas de domicile fixe ? de solution de garde ? de moyen de mobilité ? de réseau professionnel ? de compétences numériques pour accomplir une démarche administrative en ligne, ouvrir un compte, obtenir un logement, préparer un CV, obtenir une couverture médicale…

Un migrant est une personne qui quitte son lieu de résidence habituelle et qui s’installe temporairement ou durablement dans une autre région ou un autre pays. Un réfugié est une catégorie particulière de migrant. Selon la Convention de Genève de 1951, un réfugié est une personne qui craint avec raison d’être persécutée du fait de son ethnie, sa religion, sa nationalité, son appartenance à un certain groupe social, ses opinions politiques ; et qui se trouve hors de son pays d’origine.

Les ateliers et chantiers d’insertion (ACI), dispositifs reconnus d’insertion par l’activité économique (IAE), sont une solution prévue par le Code du travail. Ils offrent un accompagnement renforcé et une activité professionnelle aux personnes rencontrant des difficultés sociales particulières, notamment les migrants et les réfugiés.

Alors combien coûte et rapporte l’intégration des immigrés ? les ateliers chantiers d’insertion ? Pour quelles réussites ?

Près de 1,68 milliard d’euros pour l’immigration et l’asile

Dans le projet de loi de finances pour 2025, l’immigration, l’asile et l’intégration mobilisent une part très importante des dépenses publiques. À ce titre, le programme 303 « Immigrations et asile » représente 1,68 milliard d’euros. Le programme 104 « Intégration et accès à la nationalité française » représente 366,42 millions d’euros. La dotation prévue pour l’allocation pour demandeurs d’asile (ADA) est de 353 millions d’euros et les crédits alloués à l’hébergement des demandeurs d’asile s’élèvent à 944,8 millions d’euros.

Selon la Cour des comptes, la lutte contre l’immigration irrégulière représente un coût annuel de 1,8 milliard d’euros. Le coût d’une journée en centres de rétention administrative (CRA) est estimé à 602 euros, incluant les frais de fonctionnement, d’investissement et la masse salariale des policiers.

Face à ces dépenses, le gouvernement français cherche naturellement des solutions pour augmenter ses recettes : plus d’impôt, plus de taxes, plus de prélèvements, moins d’exonérations, etc. La régularisation des immigrés pourrait également contribuer à cet objectif.

Cotisations sociales des immigrés

La régularisation massive des immigrants et travailleurs sans papiers pourrait être compensée par l’entrée attendue de cotisations sociales et d’impôts supplémentaires. Elles limiteraient voire annuleraient le coût net pour l’État à moyen terme.




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À ce titre, France Terre d’asile a dévoilé un plan d’action sur la politique migratoire française. Il rapporterait 3,3 milliards d’euros par an aux finances publiques.

Le rapport du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii) montre que la régularisation des immigrés dans les secteurs en tension en France permet de soutenir l’emploi, d’améliorer les salaires des travailleurs non qualifiés français et étrangers, et de stimuler l’économie à hauteur d’environ 1 % du PIB.

La régularisation des immigrés à elle seule ne suffit pas : son impact dépend de leur intégration et de leur accès effectif à l’emploi, facilité notamment par les ACI.

De 40 à 50 % d’intégration dans l’emploi

Les ACI constituent un exemple d’innovation sociale, appréhendée dans la littérature comme la mise en œuvre de « solutions novatrices à des problèmes sociaux, plus efficaces, durables ou justes que les solutions existantes, et dont la valeur profite à la société dans son ensemble ».

Organisés de manière ponctuelle ou permanente, les ACI sont des dispositifs conventionnés. Ils peuvent être créés et portés par un organisme de droit privé à but non lucratif – une association – ou un employeur public – une commune, un département, un centre communal d’action sociale, etc.

Les ACI permettent de lever de nombreux freins à l’emploi et de facto favoriser l’inclusion sociale et professionnelle des immigrés en France. Ils offrent une chance, parfois une seconde chance, à plus de 130 000 personnes chaque année, avec un taux de sortie positive de 40 à 50 % vers un emploi durable, une formation adaptée, une dignité retrouvée, une meilleure estime de soi…

Banques alimentaires, Emmaüs Solidarité

Entre 2023 et 2025, une enquête de terrain menée auprès d’associations humanitaires accueillant des ACI dans le cadre de leurs activités, telles les Banques alimentaires et Emmaüs Solidarité, met en lumière plusieurs freins ainsi que des actions clés pour favoriser l’inclusion sociale et professionnelle des personnes accompagnées.

Les personnes en parcours d’insertion sont de vrais salariés, sous un contrat à durée déterminée dits « d’insertion ». Ils perçoivent une rémunération au moins égale au smic horaire, parfois sur un temps partiel aménagé selon le projet de la structure. Les ACI jouent un rôle important en aidant les immigrés à résoudre de nombreux problèmes personnels, de santé ou administratifs tels que les titres de séjour, la maîtrise de la langue, le logement, la mobilité, la précarité numérique… facilitant leur insertion durable sur le marché du travail.

« Ce sont des personnes prêtes à travailler et à créer de la valeur pour l’économie française, puisqu’elles sont rémunérées et donc cotisent. Les contraintes administratives les empêchent d’être actifs et finissent par les rendre, malgré eux, une charge pour la société », souligne un travailleur social chez Emmaüs Solidarité.

Moins de contrats aidés et d’ETP

Le fonctionnement de ACI est de plus en plus fragilisé par l’accès limité aux ressources et la baisse des subventions, comme le rappelle la question écrite n°10832 de la 17ᵉ législature de l’Assemblée nationale.

Dans le projet de loi 2026, le gouvernement veut réduire les exonérations de cotisations sociales pour les ACI, pour répondre aux impératifs budgétaires. Le budget 2025 de l’insertion par l’activité économique (IAE) reconduit strictement les moyens alloués aux ACI depuis 2023, tout en appliquant une mise en réserve de 5,5 %.

Il réduit les 42 257 équivalents temps plein (ETP) prévus à seulement 40 500 postes réellement mobilisables sur le terrain. Il ne prévoit pas non plus la revalorisation de l’aide au poste malgré la hausse du smic. Avec seulement 32 000 parcours emploi compétences (PEC) financés contre 50 000 initialement annoncés, ce budget diminue significativement le nombre de contrats aidés, fragilisant encore les structures d’ACI et les emplois permanents et d’insertion qu’elles soutiennent.

Au regard des choix budgétaires actuels du gouvernement, ne faudrait-il pas repenser de manière plus stratégique l’impact des ACI ? Ne serait-il pas plus pertinent de reconsidérer le potentiel des ACI en matière de génération des ressources et des recettes pour l’État, grâce à une politique d’immigration plus humaine et plus rationnelle ?

The Conversation

Fadia Bahri Korbi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’intégration professionnelle des migrants est mise à mal par les restrictions budgétaires – https://theconversation.com/lintegration-professionnelle-des-migrants-est-mise-a-mal-par-les-restrictions-budgetaires-269823

Droit aux congés payés, un droit fondamental

Source: The Conversation – in French – By Michel Miné, Professeur du Cnam, titulaire de la chaire Droit du travail et droits de la personne, Lise/Cnam/Cnrs, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Le droit de l’Union européenne oblige la France à revoir la façon dont elle considérait les congés payés jusqu’alors. Cela comporte des implications dans au moins trois domaines et conduira notamment à revenir sur une législation héritée du régime de Vichy.


Le droit international des droits de l’homme (Convention de l’Organisation internationale du travail n° 132 et Pacte de l’ONU de 1966, Charte sociale européenne) et le droit de l’Union européenne (Charte des droits fondamentaux) consacrent le droit aux congés payés comme un droit fondamental de la personne du travailleur. L’adjectif « fondamental » doit être pris au sérieux dans cette formulation.

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) met en œuvre cette conception dans son interprétation de la directive du 4 novembre 2003 qui « fixe des prescriptions minimales de sécurité et de santé en matière d’aménagement du temps de travail ». Pour la Cour, « le droit au congé annuel payé de chaque travailleur doit être considéré comme un principe du droit social communautaire revêtant une importance particulière, auquel il ne saurait être dérogé » et « le travailleur doit normalement pouvoir bénéficier d’un repos effectif, dans un souci de protection efficace de sa sécurité et de sa santé ».

Sa jurisprudence, avec plus de 30 décisions portant sur les congés payés, permet des progrès de ce droit dans les différents États membres.

Cependant, l’intégration de ces progrès dans le droit français s’avère particulièrement lente du fait de l’inaction, voire du refus, des gouvernements successifs, pour en faire bénéficier les salariés. La loi Valls-El Khomri du 8 août 2016, qui a transformé l’architecture du droit du temps de travail constitue une illustration emblématique de ce refus.

Dans ce contexte, les juridictions nationales, dans le cadre du dialogue des juges, assurent la mise en œuvre de la jurisprudence européenne.

Mauvaise transposition

Les arrêts récents fortement médiatisés s’inscrivent dans une histoire qui a commencé au début de ce siècle. Ainsi, à titre d’illustration, ce sont des arrêts européens qui sont à l’origine de modification de la législation sur de nombreux points : l’acquisition de congés sans une période minimale de travail (CJUE 26 juin 2001), le congé maternité et les congés payés se cumulant sans se confondre (CJCE 18 mars 2004), etc.




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Constatant dans certains États, dont la France, la mauvaise transposition du droit européen sur les congés payés, la Cour s’est fondée sur la Charte pour en imposer l’application (CJUE 6 novembre 2018, C-570/16 et C‑684/16). En cas d’impossibilité d’interpréter une législation nationale en conformité avec le droit européen, la juridiction nationale doit laisser la législation nationale inappliquée. La diffusion du droit européen via la jurisprudence nationale s’est alors intensifiée.

Ainsi en est-il du droit d’acquérir des congés payés pendant un arrêt de travail pour maladie. Selon la Cour de justice, la finalité du droit au congé annuel payé est, d’une part, de « permettre au travailleur de se reposer » et, d’autre part, de « disposer d’une période de détente et de loisirs ».

« La Charte des droits sociaux fondamentaux érige le droit à une période annuelle de congé payé en droit de l’homme reconnu à toute personne. »

Congés payés et arrêt maladie

Ainsi, le travailleur en sa qualité de travailleur a droit à une période de congés payés. Le droit à congés n’est pas subordonné à une prestation de travail préalable et un arrêt de travail pour maladie est sans incidence sur l’acquisition des droits à congés (arrêt rendu en grande chambre, 20 janvier 2009, C-350/06 et C-520/06).

Ce faisant la Cour pose une règle comparable à celle du Front populaire (loi du 20 juin 1936 et décret du 1er août 1936) considérant que le travailleur avait droit à la totalité de ses congés payés y compris en cas d’arrêt maladie.

En réaction à cette législation, le régime de Vichy avait subordonné le droit aux congés payés à un temps de « travail effectif » (décret du 13 avril 1940, loi du 31 juillet 1942). Cette législation a perduré jusqu’en 2024.

Pourtant, après la décision de la Cour de justice de 2009, la Cour de cassation, chaque année, à partir de 2013, demandait aux gouvernements successifs la mise en conformité du code du travail avec le droit européen. Sans succès.

Après plusieurs arrêts (Cour administrative d’appel de Versailles, du 17 juillet 2023, condamnation de la France pour non-transposition de la directive ; Cassation sociale, 13 septembre 2023, quatre arrêts), la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 prévoit la mise en conformité du droit français.

Mise en conformité partielle

Cependant, cette mise en conformité du droit national avec le droit européen demeure partielle. La discrimination persiste au regard de l’état de santé. Le salarié ayant subi un arrêt maladie ne trouvant pas (officiellement) sa cause dans sa situation de travail acquiert seulement deux jours de congés par mois, quand le salarié en arrêt de travail pour maladie professionnelle ou accident du travail ou sans arrêt acquiert deux jours et demi par mois. Des accords collectifs de branche et d’entreprise peuvent bien entendu mettre fin à cette discrimination.

La loi limite fortement les effets de la solution jurisprudentielle, notamment au regard de la rétroactivité, à la demande d’organisations patronales, ce qui a pour effet de complexifier le droit applicable en particulier en imposant des doubles compteurs de mesure du temps.

Ainsi, la jurisprudence européenne (depuis l’arrêt de 2009) et la jurisprudence nationale (depuis les arrêts de 2023) renouent avec les textes fondateurs de 1936 et la conception originelle des congés payés.

Le droit au report des jours de congés en cas de maladie pendant les congés payés est un second exemple. Selon la CJUE, « un travailleur qui est en congé de maladie durant une période de congé annuel fixée au préalable a le droit, à sa demande, et afin qu’il puisse bénéficier effectivement de son congé annuel, de prendre celui-ci à une autre époque que celle coïncidant avec la période de congé de maladie » (CJCE 10 septembre 2009, C‑277/08 ; CJUE 21 juin 2012, ANGED). Les congés payés et l’arrêt maladie ayant deux finalités différentes ne peuvent se confondre.

Mise en demeure de la France

Le Code du travail n’ayant pas été mis en conformité, la France a reçu, le 18 juin 2025, une lettre de mise en demeure de la Commission pour manquement aux règles de l’UE sur le temps de travail.

En application du droit européen, pour la Cour de cassation il convient de juger désormais que « le salarié en situation d’arrêt de travail pour cause de maladie survenue durant la période de congé annuel payé a le droit de bénéficier ultérieurement des jours de congé payé coïncidant avec la période d’arrêt de travail pour maladie » (Cassation sociale 10 septembre 2025, n° J 23-22.732).

Pour en bénéficier, le salarié doit avoir notifié un arrêt de travail pour maladie à l’employeur. Des questions pratiques se posent : cette règle est applicable aux cinq semaines de congés ; le régime du report restant à préciser.

Calcul des majorations des heures supplémentaires

Un autre exemple de la façon dont la diffusion du droit européen via la jurisprudence nationale s’est alors intensifiée concerne le droit au bénéfice des majorations pour heures supplémentaires. Selon le droit européen (CJUE 13 janvier 2022, C-514/20), afin de déterminer si le seuil des heures travaillées donnant droit à majoration pour heures supplémentaires est atteint, les heures correspondant à la période de congé annuel payé pris par le travailleur sont prises en compte en tant qu’heures de travail accomplies.

En application de cette règle, pour la Cour de cassation, l’assiette de calcul hebdomadaire des heures supplémentaires doit intégrer les périodes de congés payés. Les jours de congés payés, au cours d’une semaine, sont désormais pris en compte pour le calcul de la durée du travail lorsque le temps de travail est décompté à la semaine.

Public Sénat 2025.

Le salarié a alors droit à des majorations pour heures supplémentaires en cas de dépassement de la durée légale de 35 heures hebdomadaires (Cassation sociale 10 septembre 2025, n° 23-22.732).

La disposition contraire du Code du travail (article L. 3121-28), qui subordonne à l’accomplissement de plus de 35 heures hebdomadaires de « travail effectif » le déclenchement des majorations pour heures supplémentaires, est écartée. Des questions pratiques se posent : cette règle est applicable aux cinq semaines de congés et aux heures complémentaires des salariés à temps partiel (à défaut, une discrimination indirecte serait imposée aux salariés à temps partiel, en majorité des femmes).

La jurisprudence européenne apporte encore bien d’autres précisions en matière de congés payés. Ainsi, en cas d’arrêt maladie en cours d’année, si le travailleur a subi une baisse de ses revenus (indemnités/rémunération), il a droit lors de la prise de ses congés payés à l’intégralité de l’indemnité de congés payés, sans réduction, calculée comme s’il avait travaillé pendant toute la période de référence (CJUE 9 décembre 2021, C‑217/20).

Ce sujet des congés payés est emblématique des nombreux apports du droit européen du travail au droit national. Le droit du travail grâce à la jurisprudence nationale est progressivement mis en harmonie avec le droit européen, assurant aux salariés le bénéfice de leurs droits et aux employeurs la sécurité juridique.

The Conversation

Michel Miné est membre du RACSE (Réseau Académique de la Charte sociale européenne)

ref. Droit aux congés payés, un droit fondamental – https://theconversation.com/droit-aux-conges-payes-un-droit-fondamental-269978

Les « hauts potentiels » en entreprise ne sont pas forcément des hauts potentiels intellectuels

Source: The Conversation – France in French (3) – By Catherine Pourquier, Professeur de Conduite du Changement, Burgundy School of Business

On peut distinguer trois formes principales de « haut potentiel » : haut potentiel intellectuel (HPI), haut potentiel émotionnel (HPE) et haut potentiel « talent de l’entreprise » (HiPo). Mameraman/Shutterstock

Les entreprises recherchent activement leurs futurs dirigeants. Dans cette quête, un terme revient souvent : celui de « haut potentiel ». Mais que signifie-t-il réellement ? Est-ce une simple capacité intellectuelle supérieure ? une aptitude relationnelle hors norme ? ou un talent décelé pour évoluer dans l’organisation ? Derrière ce concept très utilisé, et les sigles HPI, HPE ou HiPo, se cache une réalité plus nuancée – et parfois mal comprise.


Le terme « haut potentiel » est devenu omniprésent dans les discours en ressources humaines. Pourtant, il n’existe pas de définition univoque. Les instruments et les travaux sur lesquels s’appuie cette notion restent fragiles. Ils obligent à la prudence quant à son utilisation sociale, dans le monde de l’entreprise notamment.

Si les capacités d’apprentissage des hauts potentiels ont été mises en évidence, la question de leur recrutement soulève des questions. Les profils haut potentiel, autrement qualifiés d’« atypiques », séduiraient de plus en plus les entreprises et permettrait une éclosion d’offre de cabinets de recrutement ou de coaching.

Ici la prudence s’impose, car en vertu du principe de non-discrimination dans le Code du travail, l’offre d’emploi doit rester suffisamment ouverte pour rester légale et attractive. C’est ici que mettre l’accent, dans une annonce ciblée pour des hauts potentiels, sur les compétences d’apprentissage et la dimension évolutive du poste prend tout son sens.

Trois formes de haut potentiel

On peut en distinguer trois formes principales, chacune avec ses spécificités et implications pour le management :

Haut potentiel intellectuel (HPI)

Il désigne une personne au quotient intellectuel (QI) élevé. Selon le psychologue David Wechsler, dont les échelles (WAIS, WISC) sont parmi les plus utilisées, « le quotient intellectuel représente la capacité globale d’un individu à agir de façon réfléchie, à penser rationnellement et à interagir efficacement avec son environnement ». Il s’agit du haut potentiel au sens psychométrique.

Exemple de tests de QI du psychologue David Wechsler.
Wikimedia

Comme le soulignait le psychologue Howard Gardner dès 1983 dans Frames of Mind, le QI n’est qu’un indicateur parmi d’autres. L’intelligence ne se limite pas à sa dimension logico-mathématique : elle est aussi interpersonnelle, spatiale ou kinesthésique (perception consciente des mouvements). Un ingénieur brillant peut peiner à diriger une équipe s’il n’a pas développé les compétences relationnelles nécessaires.

Haut potentiel émotionnel (HPE)

Selon la définition fondatrice des psychologues Peter Salovey et John Mayer, l’intelligence émotionnelle est « la capacité à surveiller ses propres émotions et celles des autres, à les discriminer parmi elles et à utiliser cette information pour orienter sa pensée et ses actions ».

Le terme « haut potentiel émotionnel » circule dans la « vulgarisation psychologique », mais il ne fait pas l’objet d’une reconnaissance académique au même titre que le QI ou l’intelligence émotionnelle. Un manager doté d’un haut quotient émotionnel saura motiver, gérer les tensions, accompagner les transitions.

Haut potentiel dit « talent de l’entreprise » (HP-Talent)

Il est celui que l’organisation repère comme un futur leader à fort potentiel de développement, le High Potential Employee (HiPo). Selon les psychologues Rob Silzer et Allan Church, « les employés à haut potentiel sont ceux qui démontrent la capacité et la motivation à progresser rapidement vers des rôles de leadership ou des missions clés qui soutiennent la stratégie de l’organisation ».

Selon ces auteurs, il est identifié par des qualités comme « l’agilité d’apprentissage, le leadership émergent et le dynamisme collectif ». Dans cette perspective, et afin de créer un vivier de hauts potentiels, les grandes entreprises mettent en place des programmes de leadership destinés à accompagner ces profils de collaborateurs prometteurs.

Appropriation du concept par l’entreprise au XXᵉ siècle

Dans le langage managérial, être identifié comme un « haut potentiel » (ou HiPo) est souvent perçu comme un tremplin vers les postes de direction. Cette notion, omniprésente dans les politiques RH contemporaines, n’a pas toujours existé. Son origine n’a que peu à voir avec celle du « haut potentiel intellectuel » issu des tests de QI.

Le test Binet et Simon est un test de développement intellectuel mis au point par le psychologue Alfred Binet avec l’aide du psychiatre Théodore Simon.
Wikimedia

Le mot « potentiel » émerge au début du XXe siècle dans la psychologie de l’intelligence, avec les travaux fondateurs des Français Alfred Binet et Théodore Simon en 1905. Le « haut potentiel » renvoie à des aptitudes cognitives exceptionnelles, mesurées par des tests standardisés, notamment ceux développés par Lewis Terman en 1916). L’idée de potentiel désigne une capacité intellectuelle mesurable et innée.

Le monde de l’entreprise ne s’approprie le concept qu’un demi-siècle plus tard. Dans les années 1950–1960 aux États-Unis, les grandes firmes, comme General Electric, AT&T ou IBM, créent des dispositifs pour repérer les futurs dirigeants. Ces Assessment Centers, inspirés des méthodes de sélection militaire, visent à identifier des individus capables d’apprendre vite, de s’adapter et de diriger.

Le « potentiel » devient alors managérial plutôt qu’intellectuel. À partir des années 1990, la notion s’élargit encore avec la popularisation de l’intelligence émotionnelle (IE), conceptualisée par Peter Salovey et John Mayer, comme mentionné auparavant. Cette capacité à reconnaître, comprendre et réguler les émotions – les siennes comme celles des autres – s’impose comme un atout majeur du leadership contemporain.

« Haut potentiel » au sein de Veolia Eau

Les différents types de HP (I, E et HiPo) ne fonctionnent pas de la même manière dans les organisations. Une étude qualitative menée par Claire Papier auprès de cadres de Veolia Eau en offre une illustration.

Certains voient dans le concept de HP un clin d’œil au « haut potentiel intellectuel » (HPI) ou émotionnel (HPE), popularisés par la psychologie contemporaine. Dans les faits, ces profils coexistent, mais seul le HiPo (High Potential Employee) constitue une catégorie reconnue dans les pratiques de gestion des talents.

Une personne à haut potentiel intellectuel (HPI)

Elle est souvent perçu comme une « machine de guerre intellectuelle ». Elle dispose d’une capacité de mise à distance émotionnelle, une sorte de régulation rationnelle des affects. Cela peut s’avérer utile dans des contextes de crise ou de forte pression.




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Scientifiquement, le HPI n’existe pas


Ces atouts ne suffisent pas, en soi, à garantir une réussite professionnelle : certaines organisations peuvent même peiner à intégrer ces profils perçus comme atypiques ou exigeants.

Une personne à haut potentiel émotionnel (HPE)

Elle excelle dans les interactions sociales. Leur diplomatie, leur capacité d’écoute et leur empathie en font des leaders naturels dans des environnements complexes.

Leur atout réside dans la compréhension des émotions et de la qualité relationnelle, essentielles dans les métiers du management, du soin ou de la médiation.

La notion de HiPo

Ces salariés sont identifiés comme ayant la capacité, la motivation et le potentiel de leadership nécessaires pour évoluer vers des fonctions stratégiques. Certains HPI ou HPE peuvent devenir HiPo – s’ils mettent leurs talents intellectuels ou émotionnels au service de la performance collective.

En somme, être HPI ou HPE peut être un atout. Si le HiPo n’est pas forcément un « génie » ou un « hypersensible », c’est avant tout quelqu’un capable d’apprendre vite, de s’adapter et de fédérer.

Un cadre de Veolia l’exprime en ces termes :

« C’est quelqu’un qui peut faire un métier, mais qui a aussi les ressources intellectuelles, physiques et émotionnelles pour évoluer vers d’autres fonctions, prendre un poste de manager et monter dans la hiérarchie sans rester sur ses acquis. »

Comment les repérer et ne pas passer à côté

La détection des personnes à hauts potentiels en entreprise dépasse aujourd’hui la simple évaluation des performances passées. Elle doit intégrer dorénavant des dimensions plus qualitatives, comme la capacité d’apprentissage, l’agilité et l’orientation collective. Selon Nicky Dries et Roland Pepermans, l’identification des talents repose sur un équilibre entre compétences actuelles et celles potentielles de développement futur.

Le potentiel n’est pas une compétence figée dans le temps, mais une trajectoire contextuelle. Il dépend de l’environnement, de l’accompagnement et de la reconnaissance. Sans cela, ces profils peuvent s’épuiser, se démobiliser ou quitter l’entreprise.

Muhammad Yunus, un potentiel leader… haut potentiel

Quelle que soit la forme de haut potentiel envisagée, une dimension apparaît cruciale : le sens éthique du leadership.

Une personne HPI, souvent hypersensible à la notion de justice, pourra faire des choix professionnels dictés par des valeurs équitables. Un profil HPE privilégiera la bienveillance, le respect et la qualité des relations humaines). Quant au HP-Talent, sa sensibilité à la culture organisationnelle l’amènera à s’aligner – ou à s’éloigner – selon la vision éthique portée par l’entreprise.

Notre article sur le leadership empathique d’un Prix Nobel de la paix a mis en évidence l’importance, chez un leader « hors norme », de l’éthique.

Selon les mots de Muhammad Yunus :

« Un leadership qui n’est pas éthique, ne mène nulle part. »

Le leadership de Muhammad Yunus révèle une combinaison remarquable de capacités intellectuelles et émotionnelles. D’un côté, Yunus démontre une aptitude exceptionnelle à concevoir, articuler et mettre en œuvre un modèle de micro-crédit qui a profondément transformé la finance sociale – signe d’un fonctionnement cognitif sophistiqué, caractéristique d’un haut potentiel intellectuel. De l’autre, l’étude souligne son haut degré d’empathie, sa gestion fine des émotions et sa capacité à mobiliser collectivement autour de valeurs humanistes – autant de traits associés à un haut potentiel émotionnel.

Sans prétendre à une évaluation formelle, qui mériterait d’être approfondie, il semble néanmoins possible de considérer que Yunus incarne un double potentiel : à la fois cognitif et émotionnel. C’est sans doute cette alliance entre la pensée et l’émotion, entre le « penser » et le « ressentir/agir », qui alimente chez lui une forme singulière de leadership – à la fois éthique, visionnaire et profondément humain.

Car, en définitive, c’est la variable humaine qui donne au haut potentiel sa « couleur » managériale – rationnelle, émotionnelle, ou systémique – et sa posture éthique.


L’autrice remercie Claire Papier, allumni Bourgogne School of Business (BSB), pour sa contribution à cet article à travers les entretiens qu’elle a menés auprès de cadres de Veolia Eau lors de sa thèse professionnelle.

The Conversation

Catherine Pourquier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les « hauts potentiels » en entreprise ne sont pas forcément des hauts potentiels intellectuels – https://theconversation.com/les-hauts-potentiels-en-entreprise-ne-sont-pas-forcement-des-hauts-potentiels-intellectuels-260881

Radiografía de una campana de cocina doméstica

Source: The Conversation – (in Spanish) – By César Martín-Gómez, Catedrático en instalaciones y sistemas energéticos en arquitectura y urbanismo, Universidad de Navarra

Radovan1/Shutterstock

Los extractores o campanas de cocina domésticas desempeñan un papel fundamental en garantizar la calidad del aire interior de las viviendas, ya que capturan humos, vapores, grasas y contaminantes generados durante la cocción. En espacios cerrados, estos residuos pueden acumularse y afectar la salud respiratoria, provocar olores persistentes y aumentar la humedad del ambiente.

Además, en hogares con personas vulnerables como niños, personas mayores o individuos con asma, su utilización y uso adecuado resultan esenciales para prevenir problemas de salud.

Así, las campanas no son solo un complemento de las cocinas, sino que son una parte esencial del sistema de ventilación de las viviendas. Pero ¿cómo funcionan estos dispositivos?

Componentes de una campana doméstica

Una campana de cocina doméstica está compuesta por varios elementos clave: el cuerpo principal o carcasa, los filtros, un ventilador o extractor, controles de funcionamiento y en la mayoría de los casos, un conducto de evacuación.

De forma general, este dispositivo se instala directamente sobre la zona de cocción, a una altura media de 65-75 cm, para maximizar la captación de humos y vapores sin obstaculizar el uso.

El ventilador genera una depresión dentro de la campana que succiona el aire cargado de aerosoles a través de los filtros y luego lo envía al exterior (en campanas extractoras) o lo devuelve al interior de la vivienda (en campanas de recirculación).

Esquema que señala las partes de una campana de cocina doméstica
Esquema básico de una campana de cocina doméstica.
Arturo H. Ariño, CC BY-NC-SA

Filtros: ¿realmente filtran? ¿qué filtran?

Aunque todavía hay también instalaciones que extraen todo directamente al exterior, como los ventiladores de ventana, el elemento distintivo de la campana moderna es el filtro.

Persona rocía con humo una campana incrustada en la placa de una cocina
Campana de cocina integrada a la encimera.
César Martín Gómez, CC BY-NC-SA

Los filtros más comunes son los filtros de grasa y los de carbón activado. El filtro de grasa es una malla metálica (de aluminio o acero inoxidable) o sintética que atrapa las partículas de grasa suspendidas en el aire durante la cocción, que poseen casi todas las campanas. Es fundamental para proteger el motor y los conductos, y evitar la acumulación de grasa.

El filtro de carbón activado es un añadido común en campanas de recirculación y tiene la función de absorber olores y compuestos orgánicos volátiles que no puede retener el primer filtro. Aunque no elimina la humedad ni partículas muy finas, mejora significativamente el bienestar olfativo.

Un filtro sucio pierde eficacia, puede obstruir el flujo de aire y disminuir el rendimiento general de la campana, afectando tanto a la calidad del aire interior como al consumo energético.

El aire que sale: ¿cómo lo hace y adónde va?

En los sistemas con salida exterior, el aire que ha pasado por el filtro de grasa entra en la campana aspirado por el ventilador y luego es expulsado mediante un conducto que lo lleva al exterior de la vivienda. Este aire puede contener humedad residual, energía en forma de calor y las partículas que estos filtros no son capaces de absorber.

Esta dinámica puede generar un ciclo de retroalimentación donde los contaminantes no filtrados evacuados desde los edificios pueden volver a entrar en las viviendas, estableciéndose un patrón similar al observado en los residuos plásticos oceánicos que retornan a la cadena alimentaria humana.




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El aire interior de las viviendas también puede contaminar las ciudades


En los sistemas con recirculación, el aire que ha pasado por el filtro de grasa se debe circular por un segundo filtro de carbón activo que retiene muchos compuestos químicos y algunas partículas grandes, y se devuelve al mismo espacio de la cocina.

Aunque los filtros retienen grasa, compuestos volátiles y olores, no se elimina la humedad ni el calor, y las partículas más finas, como las del hollín, pueden permanecer. Si la recirculación no se acompaña de una ventilación adecuada, estos contaminantes residuales podrían entonces concentrarse en el ambiente del local.

Lo que todavía no sabemos sobre estos equipos

Para mejorar la función de las campanas, es necesario conocer con precisión la capacidad real de extracción y filtración de muchos dispositivos domésticos, especialmente en condiciones de uso cotidiano. También se requiere información sobre la frecuencia y calidad del mantenimiento que reciben, y si los usuarios comprenden su importancia.

Otra cuestión pendiente es evaluar cuántas viviendas tienen sistemas de evacuación exterior frente a recirculación, y cómo afecta esto a la calidad del aire exterior de las zonas urbanas.

Reconocer que las campanas extractoras domésticas inciden en los flujos de contaminantes urbanos abre oportunidades para implementar tecnologías de filtrado más eficientes y sistemas de ventilación que optimicen tanto el bienestar doméstico como la calidad ambiental urbana.

La integración de soluciones tecnológicas avanzadas en el diseño de campanas extractoras, como por ejemplo sistemas ciclónicos o filtros HEPA, eficaces para atrapar partículas, representa una herramienta valiosa para contribuir positivamente a la sostenibilidad urbana mientras se mantiene la funcionalidad esencial de estos equipos en nuestras viviendas.

The Conversation

César Martín-Gómez recibe fondos de la Cátedra Fundación Saltoki. Miembro de la Asociación Técnica Española de Climatización y Refrigeración (ATECYR).

Robiel Manzueta recibe fondos de Ayudas para la Formación de Profesorado Universitario del Ministerio de Universidades, España (FPU2020/04936). Miembro de la Asociación Técnica Española de Climatizacion y refrigeración (ATECYR).

Arturo H. Ariño no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Radiografía de una campana de cocina doméstica – https://theconversation.com/radiografia-de-una-campana-de-cocina-domestica-268418

Los cuidadores de enfermos al final de la vida también necesitan cuidarse a sí mismos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ingrid Ramo González, Psicóloga en Cuidados Paliativos y Psicooncóloga Clínica Cuides UIC Barcelona. Coordinadora Equipo Atención Psicosocial (EAPS). Fundación la Caixa, Universitat Internacional de Catalunya

Nayeem6777/Shutterstock

El final de la vida de una persona requiere unos cuidados acordes con la complejidad de ese proceso único e irrepetible. Los cuidadores informales (familiares, amigos o personas con vínculos afectivos), formales (aquellos que reciben una remuneración por su trabajo) o profesionales de la salud (principalmente, equipos especializados en cuidados paliativos) conforman una red básica para reducir el sufrimiento y garantizar el soporte adecuado a la persona enferma durante el trance de morir.

Sin embargo, brindar esa asistencia no resulta algo inocuo y puede tener “efectos secundarios” en todos los que participan.

Contagio emocional y “fatiga por compasión”

Al cuidar de una persona con una enfermedad avanzada es fácil centrarse en la observación y el alivio de las necesidades que tiene o que van apareciendo. Hay incluso quien es capaz de adelantarse a que aparezcan. El inconveniente es que esa atención tan centrada en el otro puede hacer que se pierdan de vista las propias necesidades. “¿Qué necesito yo para estar bien?” es una pregunta que puede parecer egoísta o fuera de lugar en esas circunstancias, pero resulta imprescindible si queremos asegurar una buena calidad en los cuidados y no desgastarnos en exceso.

Frecuentemente, la vivencia de la enfermedad, el final de la vida y la pérdida del ser querido activa un cóctel de emociones: sufrimiento, hostilidad, enfado, culpa, vergüenza, amor, esperanza, decepción, gratitud, etc. Como seres humanos empáticos, no somos inmunes a ninguno de esos sentimientos. Si el cuidador no tiene formación ni las habilidades de gestión adecuadas, puede experimentar un tsunami emocional que le genere desasosiego y le deje una huella psicológica perdurable, difícil de borrar.

El desgaste por empatía o “fatiga por compasión” sería el equivalente del burn out o “síndrome del estar quemado” en aquellas profesiones donde se establece una relación de ayuda. El hecho de estar en contacto permanente con el sufrimiento puede llevar al profesional a sentirse exhausto y a perder el sentido de su trabajo o, incluso, la capacidad de generar un vínculo terapéutico con sus pacientes.

Estar expuesto constantemente a la incertidumbre de la evolución de una enfermedad y, finalmente, a la muerte puede generar impotencia, indefensión (o falta de control sobre las circunstancias) y preocupación constante. Además, la fragilidad y la muerte hacen que el cuidador se cuestione su propia existencia. O sea, es habitual que surjan dudas y preguntas como ¿qué sentido tiene la vida? o ¿qué sentido tiene sufrir? Si bien es cierto que estas reflexiones pueden dar lugar a grandes aprendizajes, al mismo tiempo, pueden abrir un camino introspectivo difícil de recorrer en soledad y sin certezas.

Y, por último, el cuidador también puede experimentar el duelo anticipado, un proceso de aflicción o dolor que comienza antes de que se produzca el fallecimiento del ser querido. Suele estar acompañado de preocupación por el futuro y sentimientos de culpa, enfado e injusticia. Aunque son emociones que nos preparan para la pérdida, pueden dificultar la tarea de cuidado y no aseguran un mejor proceso de duelo una vez la muerte se haya producido. Transitar por esa anticipación, aceptar lo que está ocurriendo, requiere de una mirada compasiva del otro y de uno mismo.

Espacios para cuidar de las propias necesidades

Para mitigar todos estos posibles “efectos secundarios” hay un antídoto: el autocuidado. Este ayuda a preservar pequeños espacios para atender y cuidar de las propias necesidades, ya sean físicas (como comer sano, ducharse o hacer ejercicio), psicológicas (meditar, realizar actividades significativas…) o sociales (compartir con otros, dejarse ayudar…). Crea un espacio de conexión donde recordar que nuestro bienestar es tan importante como el del otro.

En este sentido, el autocuidado también puede considerarse un acto de responsabilidad, puesto que el malestar del cuidador afecta al enfermo. Es decir, al cuidar de uno mismo somos capaces de generar una especie de efecto mariposa que mejora los cuidados que podemos ofrecer a los demás.

Además, sabemos que aquellos profesionales capaces de generar un cambio de mirada hacia su propio rol y su contribución hacia el alivio del sufrimiento ajeno tienen menor riesgo de sufrir fatiga por compasión. A este fenómeno se le conoce como satisfacción por compasión.

Si el profesional se hace consciente de sus propios límites, valora sus esfuerzos de atención hacia el otro, celebra sus logros e incluso amplía su perspectiva y se siente partícipe de un bien mayor, podrá compensar ese desgaste por empatía.

Aplicado a los profesionales de los cuidados paliativos, esto se traduciría, por ejemplo, en tener claro que el objetivo no es curar al enfermo sino aliviar su sufrimiento; ser conscientes de lo que sí se ha podido conseguir (reducir significativamente el dolor físico, emocional o espiritual del enfermo); y sentir que contribuyen al bien de la sociedad mejorando la calidad de vida de las personas (y de sus seres queridos) hasta el final de sus días.

Junto con las pautas de autocuidado, esta lectura contribuirá a que la balanza del profesional se decante más hacia la satisfacción que hacia el desgaste. Eso le dotará de mayores recursos de afrontamiento ante situaciones de alto impacto emocional y le ayudará resignificar el sentido de su propio rol.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Los cuidadores de enfermos al final de la vida también necesitan cuidarse a sí mismos – https://theconversation.com/los-cuidadores-de-enfermos-al-final-de-la-vida-tambien-necesitan-cuidarse-a-si-mismos-267490

ÍNSULA 2025: La generación que le dará la vuelta al mundo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lorena Sánchez, Responsable de Eventos. Editora de Ciencia y Tecnología, The Conversation

Grupo de estudiantes de secundaria asistentes al festival de ciencia INSULA, en el Gabinete Literario de Las Palmas de Gran Canaria. INSULA, CC BY

Si el mundo anda patas arriba, habrá que empezar a enderezarlo. Toca darle la vuelta con cuidados al cielo, la Tierra y los generosos océanos, temáticas del festival de ciencia ÍNSULA que acabamos de celebrar en Las Palmas de Gran Canaria. ¿Qué rumbo tomamos?

José Joaquín Hernández Brito, director de la Plataforma Oceanográfica de Canarias (PLOCAN), pidió a los 250 chavales y chavalas que le escuchaban que eligieran un súperpoder para salvar los océanos. “Yo elijo el súperpoder de la persuasión. Poder para convencer a la gente de hacer las cosas bien”, respondía uno de los estudiantes de secundaria, con flequillo adolescente y 1,80 metros de estatura.

Uno tras otro eligieron súperpoderes, todos ellos dirigidos a revertir el caos y el aluvión de datos que reciben a diario desde las noticias, la ciencia y las aulas.

“Yo quiero el poder de separar las aguas, para limpiarlas”, elegía otra compañera.

Ninguno eligió volar o hacerse invisible: eligieron salvar el mundo.

Eligiendo superpoderes sobre el escenario de ÍNSULA, con José Joaquín Hernández Brito, director de PLOCAN, y la periodista de The Conversation Lorena Sánchez.
INSULA, CC BY

“Podemos labrar nuestra propia ruina si seguimos explotando los océanos como si fueran infinitos”, advirtió Hernández Brito. “La contaminación plástica, las emisiones y la sobrepesca están llevando al límite la capacidad del océano para sostener la vida, para sostenernos a nosotros”.

El director de PLOCAN defendió apasionadamente el papel de Canarias como laboratorio natural de innovación azul, especialmente en tecnologías para obtener energía del mar sin generar emisiones. Y lanzó una invitación directa a los jóvenes:

“Ustedes son la generación que puede darle la vuelta al mundo”.

El Festival de Ciencia de Canarias

Un año más, el Gabinete Literario de Las Palmas de Gran Canaria abrió sus salones a cerca de un millar de niñas, niños y adolescentes, y a científicas y científicos de primer nivel, en la tercera edición del festival de ciencia ÍNSULA.

Dirigido por Rafael Robaina, ÍNSULA ha contado de nuevo con el apoyo del Ayuntamiento de Las Palmas de Gran Canaria y con un comité asesor formado por The Conversation, la ULPGC, la ULL, el IAC, la Fundación DISA, el Museo Elder, el Museo Canario y Poema del Mar.

Autoridades: la alcaldesa de Las Palmas de Gran Canaria, Carolina Darias, en el centro de la imagen junto al presidente del Gabinete Literario, Juan José Benítez de Lugo Massieu. Les acompañan, de izda. a dcha., Xiomara Villanueva, de Fundación DISA; el director de ÍNSULA, Rafael Robaina; Ana Crespo, presidenta de la Real Academia de Ciencias; Francisco García Rodríguez, rector de la Universidad de La Laguna; Sebastián López Suárez, vicerrector de la Universidad de Las Palmas de Gran Canaria; y Rafael Sarralde, director general de The Conversation.
INSULA, CC BY

Música para un viaje a Marte

Todo comenzó con música y ciencia. Manuel Benítez González, gerente de la Orquesta Filarmónica de Gran Canaria, reunió tres obras y tres compositores.

Guardamos silencio casi reverencial con la electroacústica de José Manuel Marrero, continúo la composición de matemáticas para orquesta de Gustavo Díaz-Jerez y, finalmente, un sexteto con piano compuesto por músicos de la Filarmónica de Gran Canaria hizo vibrar Reencuentros, del compositor Héctor Muñoz. Estreno absoluto, es una obra inspirada en la banda sonora original de la película Encuentros en la tercera fase que quizá se convierta en la BSO del festival ÍNSULA.

Presentación de Metaludio para piano solo. Book 5 nº 4. Compuesto por Gustavo Díaz-Jerez, está basado en matemáticas y algoritmos.
INSULA, CC BY

Reencuentros abrió las puertas para un viaje a Marte en compañía de doña Ana Crespo, presidenta de la Real Academia de Ciencias (RAC), la primera mujer en ostentar este cargo en los más de 100 años de historia de la institución. “Cuando era niña soñaba con viajar a Marte”, confesaba. “Tenía un baúl lleno de cajones donde guardaba cada pequeña cosa que encontraba, convencida de que algún día los llevaría conmigo al planeta rojo”.

El viaje de una vida para Ana Crespo la ha llevado a sus dos principales preocupaciones de hoy:

“Servir de inspiración a las niñas: ese es mi principal compromiso. Y, desde la RAC, servir como asesores del Gobierno para la toma de decisiones”.

La vida de Ana Crespo ha estado rodeada de líquenes, su especialidad. “Llevo toda la vida estudiándolos, y no sabemos nada aún sobre la simbiosis. Dedicaría una vida entera más a tratar de entenderla”. La simbiosis, dice, es un recordatorio de que nada vive aislado. “La ciencia, la vida en sí y la sociedad prosperan cuando colaboramos, cuando nos escuchamos y aprendemos unos de otros”.

Tocar la ciencia

Cada mañana del festival estuvo llena de actividad para niños y niñas de centros educativos de Las Palmas de Gran Canaria. Talleres de vulcanismo, búsquedas de exoplanetas, proyecciones de cine científico y visitas al Museo Elder, al Museo Canario o al acuario Poema del Mar hicieron que casi un centenar de escolares vivieran la ciencia de forma directa.

10 colegios e institutos de Las Palmas participaron en las visitas a museos y las proyecciones cinematográficas.
INSULA, CC BY

El timo extraterrestre

La jornada dedicada al Cielo tuvo como figura central a Julia de León, investigadora del Instituto de Astrofísica de Canarias (IAC). Julia llegó aupada por la fama de un visitante interestelar, 3I/ATLAS. El objeto espacial llevaba semanas generando bulos de proporciones siderales, asociado a tecnología extraterrestre. La experta quiso marcar un antes y un después: “que los chicos y chicas sepan distinguir entre ciencia y mentira”.

De León también habló de los asteroides que vigila desde el IAC y de las misiones de defensa planetaria en las que participa. Recordó que misiones como DART, que desvió por primera vez la órbita de un asteroide, demuestran que “ya tenemos los números” para enfrentarnos a una amenaza real si se detecta con suficiente antelación.

El año que salvamos el planeta

La jornada dedicada a la Tierra estuvo en manos de Fernando Valladares, investigador del CSIC y experto en cambio global. De nuevo la sala estaba abarrotada de adolescentes. Valladares les propuso un viaje al futuro y habló desde un ficticio año 2125 para mirar críticamente a nuestro presente:

“En 2025, las personas se bebían el agua de sus nietos porque pensaban que era infinita”.

Pero Fernando Valladares hizo algo muy nuevo: planteó un futuro en el que habíamos sido capaces de darle la vuelta al mundo, habíamos frenado lo que hoy es evidente. ¿Cómo logramos detener la que se nos avecina?

Entre otras cosas, Fernando Valladares mencionó nuevos partidos políticos creados por ellos y ellas, esa generación que escuchaba desde sus asientos sin perder un segundo la atención.

“¿Qué partido político es ese que ha nombrado?”, preguntó después uno de los chavales. Ese partido político está aún por nacer, le explicó el investigador.

“No todos los tripulantes de un barco tienen que estar de acuerdo. Basta con que lo estén unos pocos, y que el capitán elija el buen rumbo”.

El investigador alertó de los “proyectos suicidas” que amenazan el territorio canario y llamó a las nuevas generaciones a defender su patrimonio natural y cultural desde la ciencia, la política y la participación activa.

Durante la charla de Fernando Valladares, una estudiante tomó la palabra para decir algo que Rafael Robaina, director de INSULA, no dejó pasar por alto. Tomó el micrófono y anunció que en la próxima edición habrá un comité joven que acompañará y asesorará a ÍNSULA.

“Si queremos un futuro mejor, hay que hacerlo con los jóvenes”.

Las tardes del Chacha Escucha

Una veintena de expertos del IAC, la Universidad de Las Palmas de Gran Canaria (ULPGC) y la Universidad de La Laguna (ULL) hablaron de investigaciones punteras, emocionando con lo que la ciencia avanza para cuidar y explorar el Cielo, la Tierra y los Océanos. Lo hicieron en el formato Chacha Escucha, con 20 minutos de intervención y 5 para preguntas del público.

En la jornada dedicada al Cielo, Antonia Varela, directora del Museo de la Ciencia y el Cosmos de Tenerife, doctora en Astrofísica y directora de la Fundación Starlight, abordó la contaminación lumínica y las amenazas al cielo nocturno.

Alejandro Suárez Mascareño, investigador postdoctoral del IAC, presentó su trabajo en la detección de exoplanetas, incluido el estudio que confirmó la existencia de Proxima b.

Jonay González, científico y coordinador de investigación del IAC, expuso sus estudios sobre estrellas primitivas, supernovas, agujeros negros y la búsqueda de un “segundo planeta Tierra” y Anna Ferré-Mateu, investigadora Ramón y Cajal, ofreció su análisis sobre galaxias peculiares y reliquia para comprender mejor la evolución del Universo.

En las jornadas de Océano y Tierra, Zoraida Sosa (ULPGC) pidió mirar con lupa el lado oscuro de los microplásticos que asfixian los océanos y los ecosistemas insulares.

María Teresa Tejedor (ULPGC) relató un “Halloween micobiológico” donde las bacterias vampiro y otros microbios que investiga fueron los protagonistas. Juan Manuel Afonso (ULPGC) nos llevó al fondo del mar para descubrir a los “supercamarones” que desafían la lógica de la vida submarina. Carlos Sangil (ULL) abrió una ventana al futuro climático para revelar cómo las emisiones naturales de CO₂ de La Palma podrían alterar los ecosistemas marinos. Eduardo Pérez (ULL) invitó a explorar el microbioma humano, ese universo invisible que vive dentro de nosotros y define quiénes somos.

Margarita Jambrina (ULL) planteó cómo será el futuro geológico de la Tierra en un planeta que se transforma bajo nuestros pies. Y Noelia Cruz (ULL) recreó una “Guía breve para extraterrestres”, una receta interplanetaria para cuidar el planeta sin destruirlo.

Las ganas de contar ciencia

Los talleres impartidos por The Conversation dentro de ÍNSULA 2025 ofrecieron una inmersión práctica en el mundo de la comunicación científica. A través de ejercicios guiados, los participantes aprendieron a traducir investigaciones complejas a un lenguaje claro, accesible y atractivo. Entre todas buscamos elegir enfoques divulgativos, titular con intención y construir narrativas efectivas.

Talleres de divulgación científica impartidos por The Conversation. Ofrecidos como tallares de extensión universitaria.
INSULA

Los talleres refuerzan la idea de que la ciencia no termina en el laboratorio ni en la universidad: necesita ser contada, discutida y compartida con pequeños, medianos y grandes.

Continuará, y contamos con ellos, esa generación que le va a dar la vuelta al mundo.

En el corazón de ÍNSULA: Rafael Robaina, director; Lorena Sánchez, responsable de eventos en The Conversation; y Sergio Sánchez, AVATARA instigación creativa y cultural, productor y diseñador del concepto ÍNSULA.
INSULA, CC BY

The Conversation

ref. ÍNSULA 2025: La generación que le dará la vuelta al mundo – https://theconversation.com/insula-2025-la-generacion-que-le-dara-la-vuelta-al-mundo-269851

De jugar a consumir: la publicidad llega a los videojuegos y los convierte en negocio

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mónica Matellanes Lazo, PhD. Full Professor at the University in Communication and Advertising. Department of Social Sciences., Universidad Europea Miguel de Cervantes

Los escenarios inmersivos de los videojuegos no han pasado desapercibidos para las marcas. Gorodenkoff/Shutterstock

En la última década, los videojuegos se han consolidado como una forma de entretenimiento no solo para niños: millones de personas de todas las edades les dedican horas a jugar con ellos cada semana. Ese tiempo y esa atención no han pasado desapercibidos para las marcas, que han encontrado en ellos un terreno fértil para experimentar con nuevos formatos publicitarios.

La clave es simple: si la televisión y las redes sociales ya no garantizan la atención plena del consumidor, quizá los mundos virtuales puedan hacerlo.

Del anuncio estático al ecosistema inmersivo

Uno de los formatos más usados es el in game advertising (publicidad dentro del juego), una estrategia de marketing en la que se inserta contenido publicitario dentro de los videojuegos. Puede ser de forma integrada en la experiencia del juego (como el emplazamiento de producto en series y películas) o en momentos de pausa (como los anuncios de TV tradicionales).

En el universo del videojuego, los anuncios adoptan distintas formas: desde vallas estáticas en un estadio virtual hasta mensajes dinámicos que cambian según la localización del jugador, o incluso marcas integradas en objetos cotidianos del juego. La naturalidad de esa inserción busca que la publicidad no interrumpa la experiencia sino que se perciba como parte del entorno.

A estos formatos se suman los advergames, videojuegos creados directamente por las marcas con fines promocionales, y los anuncios premiados (rewarded ads), que ofrecen monedas, vidas o mejoras a cambio de ver voluntariamente un anuncio. Este último formato ha demostrado ser particularmente eficaz en dispositivos móviles, donde las sesiones de juego son cortas y el usuario valora recompensas inmediatas.

El mercado respalda la tendencia: un 86 % de los anunciantes considera que la publicidad en videojuegos es cada vez más importante y muchos prevén aumentar su inversión. No es casualidad que Roblox haya sellado un acuerdo con el gigante tecnológico Google para ofrecer vídeos publicitarios con recompensa.

Más allá del juego: la lógica del ecosistema

La publicidad ya no se limita a lo que ocurre dentro de la pantalla. Las marcas patrocinan torneos de e-sports, colaboran con streamers y financian eventos virtuales, tejiendo lo que podría llamarse una estrategia de ecosistema. El valor no reside solo en la visibilidad, sino en legitimarse ante la comunidad gamer, integrarse en una narrativa comunicativa compartida y acompañar al jugador en distintos momentos de consumo cultural.

Así, el videojuego deja de ser un soporte aislado para convertirse en un nodo dentro de un entramado mayor: juegos, retransmisiones, eventos, comunidades online y redes sociales. La marca se integra y aparece en la construcción de nuevas historias que atrapan al consumidor

Beneficios estratégicos para las marcas

Este fenómeno se sostiene sobre tres grandes beneficios .

  1. Compromiso (engagement) no intrusivo: los anuncios insertados con coherencia no rompen la experiencia de juego, lo que los hace más aceptables para los consumidores.

  2. Asociación emocional: si un usuario vincula una marca con un momento de logro, emoción o progreso, se produce un “efecto halo” que refuerza la percepción positiva.

  3. Segmentación avanzada: los videojuegos permiten perfilar audiencias según género, geografía, tiempo de juego o patrones de compra, ofreciendo datos valiosos que superan a muchos medios tradicionales.

Además, la frecuencia de juego asegura una longevidad del impacto: la repetida exposición en sesiones recurrentes consolida el recuerdo de marca.

Los dilemas éticos: entre el juego y el consumo

Sin embargo, no todo es positivo. La delgada línea entre entretenimiento y consumo abre un abanico de dilemas éticos. Uno de los más sensibles es la publicidad dirigida a menores y adolescentes, quienes aún no cuentan con plena capacidad crítica para discernir entre juego y anuncio. Cuando a este grupo se le ofrecen recompensas virtuales a cambio de exposición publicitaria el riesgo de manipulación se dispara.

Otro frente es el uso de patrones oscuros (dark patterns): diseños que explotan la psicología del jugador para fomentar el gasto o la exposición forzada a anuncios. Se utilizan temporizadores, recompensas variables o apelaciones sociales que convierten la experiencia en un bucle de presión psicológica difícil de romper.

La transparencia es otro reto a batir. El jugador puede no llegar a distinguir si un objeto del juego es parte del diseño narrativo o una inserción publicitaria. Esa confusión mina la confianza y puede generar rechazo hacia la marca.

Tampoco hay que olvidar la fatiga publicitaria. Un exceso de anuncios puede provocar la huida de los jugadores, o incluso una aversión explícita hacia la marca. El equilibrio entre visibilidad y saturación es frágil y todavía no se ha resuelto del todo.

La regulación: un terreno en construcción

Los reguladores comienzan a prestar atención. En el Reino Unido, por ejemplo, la Advertising Standards Authority (ASA) ha prohibido en juegos móviles anuncios que sexualizaban a mujeres o presentaban relaciones no consentidas. Estas medidas evidencian que la publicidad en entornos digitales necesita límites claros, especialmente cuando los públicos vulnerables están expuestos.

A futuro, será crucial establecer normas de transparencia y frecuencia, así como límites específicos en los juegos infantiles. Las propias empresas también pueden avanzar en prácticas de diseño ético: elaborar experiencias publicitarias explícitas, no basadas en manipulación, y fomentar modelos de intercambio claro, como las recompensas voluntarias.

¿Hacia una publicidad responsable en mundos virtuales?

El potencial de la publicidad en videojuegos es indiscutible. Se trata de un canal capaz de generar experiencias no intrusivas, vínculos emocionales y segmentación precisa. Sin embargo, su crecimiento acelerado plantea riesgos que no deben ignorarse.

La pregunta central es cómo reconciliar eficacia y ética. La clave parece estar en tres ejes: diseño consciente, regulación clara y evaluación continua del impacto real en los jugadores. Solo así los mundos virtuales podrán convertirse en espacios seguros, donde marcas y usuarios convivan sin que el entretenimiento se transforme en manipulación encubierta.

En un contexto en que los jóvenes viven gran parte de su socialización y ocio en entornos digitales, la responsabilidad de empresas y reguladores no es menor. Al final, la publicidad en videojuegos no es solo un modelo de negocio; es también un espejo de cómo concebimos la relación entre consumo, ocio y cultura en el siglo XXI.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. De jugar a consumir: la publicidad llega a los videojuegos y los convierte en negocio – https://theconversation.com/de-jugar-a-consumir-la-publicidad-llega-a-los-videojuegos-y-los-convierte-en-negocio-266091

La IA y el análisis de redes revolucionan el modo de perseguir el fraude y el blanqueo de capitales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María Dolores Lagoa Varela, Profesora del departamento de Empresa (Área: Economía Financiera) , Universidade da Coruña

Burdun Iliya/Shutterstock

En 2017, la fundadora de la criptomoneda OneCoin subió a un avión en Sofía (Bulgaria) y desapareció. Se esfumó con una fortuna estimada en más de 4 000 millones de dólares, estafados a millones de personas en todo el mundo en uno de los mayores esquemas piramidales de la historia. Desde entonces, el objetivo del FBI no es solo encontrar la fundadora (incluida en su lista de los diez delincuentes más buscados), sino responder a la pregunta: ¿dónde está el dinero?.

Casos como el de OneCoin, popularizados por pódcasts como Scam Inc. de The Economist (2024), revelan dos crímenes. El primero es la estafa. El segundo, más silencioso y complejo, es el blanqueo de capitales: el proceso de hacer que ese dinero robado parezca legítimo.

El gato y el ratón

El fraude de OneCoin no es un hecho aislado. Cada año se blanquea en el sistema financiero global entre el 2 % y el 5 % del PIB mundial, o hasta 2 billones de dólares. Ese dinero es el combustible del terrorismo, la trata de personas y la corrupción.

Durante décadas, la lucha contra el blanqueo de capitales (Anti-Money Laundering o AML) ha sido un juego del gato y el ratón. Los reguladores creaban una norma y los delincuentes encontraban cómo saltársela.

Tras analizar la vanguardia de esta lucha, hemos comprobado que el tablero de juego ha cambiado. La era de las hojas de cálculo va llegando a su fin y está comenzando la era de la inteligencia artificial.

Capacidad de adaptación

Hasta hace poco, las administraciones públicas obligaban a los bancos y a otras entidades a usar sistemas basados en reglas. Eran simples: si una transacción superaba los 10 000 euros, se marcaba. Si una cuenta recibía de repente 50 transferencias pequeñas, se marcaba.

El problema es que los delincuentes se adaptan. Para evitar ser detectados, comenzaron a dividir el dinero en cientos de transacciones diminutas, logrando así pasar por debajo de los umbrales de alerta.

Los blanqueadores de OneCoin, por ejemplo, usaron redes de empresas fantasma y transferencias opacas para mover el dinero por todo el mundo. El resultado era un caos para las entidades, que se ahogaban en miles de falsos positivos mientras el dinero de origen realmente ilegítimo se colaba por las grietas del sistema.

Nuestro estudio identifica un cambio de paradigma desde la estadística hacia el aprendizaje automático (machine learning). En lugar de seguir reglas rígidas, estos sistemas de IA aprenden patrones de comportamiento. La inteligencia artificial antiblanqueo aprende qué es normal para una cuenta y detecta anomalías: transferencias a paraísos fiscales, operaciones nocturnas o redes de cuentas que parecen diseñadas solo para mover dinero.

Análisis de redes: una herramienta revolucionaria

Las administraciones se han dado cuenta de que el blanqueo de capitales no se realiza en un acto aislado, sino en una red de transacciones. En lugar de mirar cada transacción como un punto individual, el análisis de redes (network analysis) dibuja un mapa que conecta las cuentas.

Imagine: una transferencia de 5 000 euros de la cuenta A a la cuenta B no es sospechosa. Pero el análisis de redes puede mostrar que esos 5 000 euros van de A a B, de B a C, de C a D y, finalmente, de D vuelven a A. Este patrón circular se utiliza para disimular el origen ilícito mediante múltiples capas de transacciones. El análisis de redes detecta el mapa completo.

Nadie tiene la imagen completa

En nuestro estudio identificamos un problema crítico que llamamos “ceguera de red” (network blindness). Esto ocurre cuando cada banco ve solo su parte de las transacciones, sin acceso a la foto completa del flujo ilícito. Si el dinero de la trama salta del banco A al banco B, la primera entidad solo registra la salida y la segunda solo la entrada, perdiendo así el rastro global.

Aquí, la acción de la administración pública es crucial. Para encontrar a los blanqueadores las autoridades financieras deben convertirse en tecnólogos. Nuestro análisis de las investigaciones sobre el tema apunta a un nuevo kit de herramientas para estos organismos:

  • Marcos para compartir datos y homogenización: la ceguera de red solo se cura si las entidades pueden compartir información de forma segura y colaborativa. La nueva Autoridad Europea contra el Blanqueo (AMLA) es un paso en esta dirección.

  • Sandboxes regulatorios: se deben crear entornos de prueba seguros para que los entidades obligadas puedan experimentar de forma controlada con nuevas IA antiblanqueo.

  • Medir lo que importa: abandonar los indicadores simples de cumplimiento (como el número de informes de sospecha rellenados) o las lista de comprobación, y empezar a medir la efectividad real, con métricas orientadas a resultados.

  • Afrontar la privacidad: el equilibrio entre vigilancia y privacidad es el gran reto. La solución pasa por nuevas tecnologías, como el aprendizaje federado (federated learning), que permite a las IA de varias entidades aprender de patrones comunes sin compartir nunca los datos personales de los clientes.

La lucha contra el blanqueo de capitales ha dejado de ser un asunto de contables para convertirse en una batalla del big data. La mejor forma para encontrar los miles de millones de OneCoin y frenar a las próximas redes de delincuencia es usar redes de inteligencia para desmantelarlas.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. La IA y el análisis de redes revolucionan el modo de perseguir el fraude y el blanqueo de capitales – https://theconversation.com/la-ia-y-el-analisis-de-redes-revolucionan-el-modo-de-perseguir-el-fraude-y-el-blanqueo-de-capitales-269837

¿Es posible la transición verde sin silicio y litio?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Davide Consoli, Cientifico Titular en Ciencias Sociales, INGENIO (CSIC – UPV)

miex/Shutterstock

La lucha contra el cambio climático y el tránsito hacia una economía verde, como la promovida por el Pacto Verde Europeo, se basa en la adopción masiva de tecnologías limpias, desde la energía renovable y los vehículos eléctricos hasta la gestión avanzada de residuos. Sin embargo, un análisis reciente que analiza datos de patentes y de producción de materiales revela una paradoja crucial: aunque se busca reducir la dependencia de los combustibles fósiles, la transición está creando una nueva y marcada dependencia de minerales críticos, cuya cadena de suministro es inherentemente vulnerable a interrupciones.

La Agencia Internacional de la Energía (AIE) prevé que la necesidad mundial de minerales críticos podría cuadruplicarse para 2040. Este aumento drástico traslada la presión ambiental, social y geopolítica de los hidrocarburos a la producción y el comercio de minerales, que no está exenta de dificultades.

¿Hay suficiente?

El primer obstáculo es la propia disponibilidad física y la infraestructura necesaria. Las reservas mundiales actuales y conocidas de muchos minerales podrían no ser suficientes para cubrir la demanda proyectada. A esto se añade que la extracción y el procesamiento de los volúmenes requeridos para la transición verde exigen una infraestructura que hoy no existe a la escala necesaria.

Además, muchos de los insumos necesarios nunca se han extraído ni procesado a gran escala. Construir y operar la infraestructura minera y de refinado con los estrictos estándares de seguridad y continuidad necesarios para el suministro de energía limpia representa un desafío técnico y económico aún inexplorado. Esta incertidumbre pone en duda la viabilidad de los objetivos ambientales más ambiciosos.

Cuellos de botella

A pesar de los deseables objetivos de reciclaje y nuevas exploraciones, la aceleración de los plazos que exigen las recientes promesas políticas amenaza con generar serios cuellos de botella en el suministro.

La accesibilidad a los minerales está intrínsecamente ligada a su distribución geográfica, lo que expone la cadena de suministro a tensiones geopolíticas y a marcados desequilibrios.

Los minerales más demandados

Nuestro estudio revela tres patrones empíricos.

Primero, destacamos el papel central de dos elementos: el silicio y el litio. Sus vínculos con las tecnologías esenciales de la transición energética son notables y multifacéticos.

El silicio destaca por su importancia crítica en múltiples ámbitos cómo la energía renovable, concretamente, las células fotovoltaicas, las tecnologías de almacenamiento de energía, como las baterías, o la gestión de residuos.

El litio también es de gran interés, pero por una peculiaridad: se encuentra fuertemente representado en tecnologías verdes que dependen, en promedio, de menos minerales críticos en comparación con otras tecnologías analizadas. Un ejemplo claro es el transporte por carretera, donde las baterías y los dispositivos de almacenamiento de energía dependen de forma extensa y casi exclusiva del litio, lo que impulsa el despliegue de los vehículos eléctricos.

Otras tecnologías verdes que exigen grandes cantidades de litio incluyen el calentamiento, la ventilación o el aire acondicionado de alta eficiencia energética, así como las tecnologías de conservación del agua.

El denominador común entre el litio y el silicio es su papel crucial en las baterías, de lejos el componente habilitador más importante. Las baterías son esenciales tanto para el almacenamiento de energía en plantas renovables como para la movilidad eléctrica. Asimismo, su recuperación mediante una gestión de residuos eficaz es vital para prevenir escasez y mitigar riesgos ambientales y de salud.

Países más vulnerables

El segundo hallazgo de nuestro estudio consiste en desvelar patrones geográficos de la codependencia entre minerales y tecnologías verdes. Países con carteras de patentes menos diversificadas, como Rusia, Australia, Taiwán y Japón, están potencialmente más expuestos a interrupciones en el suministro de recursos naturales clave.

Por otro lado, la Unión Europea en su conjunto destaca como consumidora neta de materias primas críticas debido a su bajo volumen de producción. Dentro de Europa, el estudio diferencia entre países con una alta dependencia y un insuficiente abastecimiento interno (como Austria o República Checa) y aquellos con una dependencia menor, gracias a una base tecnológica más diversificada o una mayor producción de ciertos materiales (como España, Alemania y Francia).

Desequilibrio entre producción e innovación

En este contexto, existe una notable asimetría entre los países que sustentan la oferta de insumos y los que impulsan la demanda a través de innovación verde. Países de ingresos predominantemente bajos o medios, como Chile, la República Democrática del Congo o Zambia, se encuentran a la vanguardia del suministro de insumos críticos (los “meros proveedores”), pero apenas participan en las actividades de innovación verde.

Este desequilibrio plantea serias preocupaciones éticas. La dependencia de los productores europeos de tecnología verde en la minería de regiones menos desarrolladas, que ya enfrentan circunstancias socioeconómicas y ambientales precarias, sugiere que las políticas verdes actuales podrían exacerbar las disparidades globales, socavando la percepción pública y el compromiso a largo plazo con la lucha contra el cambio climático.

Ante este panorama, la transición energética limpia, aunque vital, tiene un lado oscuro y complejo. Nuestro estudio no solo identifica los puntos críticos (la escasez física, la escalabilidad de la infraestructura y la distribución geográfica), sino que también abre una hoja de ruta para la investigación futura.

Es crucial que el debate sobre la sostenibilidad incorpore de manera frontal los altos costes e incertidumbres asociados a la extracción minera. La solución requiere no solo diversificar las fuentes de suministro y optimizar el reciclaje, sino también abordar las consecuencias socioeconómicas y laborales en los países de origen para garantizar que la transición verde sea verdaderamente justa y global.

The Conversation

Davide Consoli recibió la financiación del Ministerio de Ciencia e Innovación dentro de los Programas Estatales de Generación de Conocimiento y Fortalecimiento Científico y Tecnológico del Sistema de I+D+i y de I+D+i Orientada a los Retos de la Sociedad, en el marco del Plan Estatal de Investigación Científica y Técnica y de Innovación 2017-2020 (PID2020-119096RB-I00/MCIN/AEI/10.13039/ 501100011033).

ref. ¿Es posible la transición verde sin silicio y litio? – https://theconversation.com/es-posible-la-transicion-verde-sin-silicio-y-litio-270195