L’IA sait tout produire… mais pas encore juger : pourquoi nous devenons des opérateurs de l’abondance

Source: The Conversation – in French – By Bruno Deffains, Professeur de Sciences Économique, Membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, Université Paris-Panthéon-Assas

Et si on ne posait pas la bonne question quand on s’inquiète de l’impact des intelligences artificielles sur l’emploi ? Au-delà des emplois potentiellement détruits ou créés, que restera-t-il, et que doit-il rester, à l’humain ? Loin de remplacer tous les cols blancs, les IA vont modifier le rôle dévolu à chacun, ce qui devrait mobiliser l’enseignement pour apprendre aux plus jeunes à devenir des opérateurs d’abondance.


Le 10 mars 2026, le PDG de Nvidia Jensen Huang publiait un essai déclarant que l’IA crée plus d’emplois qu’elle n’en détruit. Quelques jours plus tôt, les économistes d’Anthropic publiaient des données empiriques racontant une histoire bien plus nuancée. Entre ces deux lectures, une question demeure entière : dans un monde où la machine produit instantanément, abondamment, et souvent convenablement, qu’est-ce que l’humain doit impérativement conserver comme capacité propre ?

Il y a quelque chose de troublant dans le débat actuel sur l’intelligence artificielle et le travail. Ce n’est pas qu’il soit faux, c’est qu’il pose systématiquement la mauvaise question. On se demande si l’IA va détruire des emplois, si les cols blancs sont les nouvelles victimes du progrès technique, s’ils vont connaître à leur tour « une sorte de désindustrialisation ». Ce débat est légitime.

Mais il écarte une interrogation autrement plus profonde qui consiste à s’interroger sur ce que doit conserver l’humain comme capacité propre dans un monde où la machine produit instantanément, abondamment, et souvent convenablement ? Pour répondre à cette question, le concept d’opérateur de l’abondance apporte un éclairage à maints égards pertinent.




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L’abondance n’est pas la valeur

Jensen Huang utilise une formule a priori séduisante selon laquelle l’IA génère des réponses en temps réel, contextualisées et d’une plausibilité souvent confondante. En quelques secondes, elle produit un projet de conclusions judiciaires, une synthèse bibliographique, une analyse de risques, un plan de cours. C’est techniquement exact. Mais cette exactitude masque une ambiguïté fondamentale : produire ne signifie pas valoir.

La vraie question n’est pas « Est-ce que ce contenu est bon ? », mais pour qui est-il bon ? Dans quel contexte ? Avec quelles conséquences si l’on se trompe ? Et à cette question, le modèle ne répond pas, parce qu’elle exige une forme de connaissance que le philosophe Michael Polanyi qualifiait de tacite dans ses travaux sur les fondements du savoir scientifique « We can know more than we can tell », y écrit-il), un savoir qui vit dans la mémoire des situations, dans l’expérience accumulée des erreurs, dans la lecture des rapports de force d’une organisation, dans la sensibilité aux attentes implicites d’une juridiction ou d’un comité. Ce savoir-là ne se met pas dans un prompt, parce qu’il n’est pas de l’ordre de ce qui peut être intégralement formulé, et qu’il résiste, par nature, à toute tentative de formalisation complète.

Miroir amplificateur

C’est ici que les données empiriques publiées en janvier 2026 par les économistes d’Anthropic fournissent un éclairage décisif. Parmi les millions d’interactions analysées avec Claude, 52 % relèvent de modes augmentatifs. Autrement dit, l’humain itère, ajuste, réoriente. Il ne délègue pas, il collabore. Et surtout, les auteurs constatent une corrélation quasi parfaite entre la sophistication de la question posée et la qualité de la réponse obtenue.

Le modèle est un miroir amplificateur, il ne produit de valeur cognitive que dans la mesure où celui qui l’interroge est capable de formuler ce qu’il cherche. L’abondance que génère l’IA n’est donc pas une ressource libre d’accès. Elle est conditionnée par la compétence de celui qui la sollicite. Ce n’est pas une loi technique, c’est une loi cognitive.

L’opérateur de l’abondance

Il conviendrait d’appeler « opérateur de l’abondance » la figure professionnelle que l’économie de l’IA requiert, et que nos systèmes de formation ne produisent pas encore. Ce n’est ni le programmeur de modèles ni l’utilisateur passif. C’est quelqu’un qui sait formuler un problème en termes exploitables par un modèle, évaluer la pertinence et la fiabilité d’un output, injecter le contexte que la machine ne peut pas avoir et assumer la responsabilité d’une décision fondée en partie sur des suggestions qu’il n’a pas lui-même générées.

Cette compétence n’est pas technique au sens étroit. Elle est profondément intellectuelle. Elle suppose d’avoir été formée à la pensée critique, à l’argumentation, à l’identification des biais. Elle suppose d’avoir fait l’expérience de se tromper et d’avoir appris à détecter pourquoi. En un mot, elle suppose d’avoir été exposé à la difficulté des tâches que l’on délègue désormais, avant de les déléguer.

Le risque silencieux de la délégation aveugle

C’est là que le rapport publié le 5 mars 2026 par les économistes d’Anthropic Maxim Massenkoff et Peter McCrory introduit une distinction cruciale, à savoir la différence entre l’exposition théorique à l’IA, ce que le modèle pourrait techniquement faire dans un métier, et l’exposition observée, ce qu’il fait effectivement. La première dépasse 90 % dans les professions juridiques, financières et managériales. La seconde est bien inférieure, pour des raisons légales, organisationnelles, institutionnelles. Mais l’écart se réduit.

Et le signe avant-coureur le plus inquiétant n’est pas le chômage. C’est le ralentissement du recrutement des jeunes diplômés (22-25 ans) dans les professions les plus exposées. Les entreprises n’embauchent plus autant de juniors pour des tâches que l’IA fait désormais plus vite et moins cher. Ce n’est pas que l’IA supprime des postes, elle contracte plutôt les flux d’entrée dans les professions qualifiées, privant une génération de ce que l’économiste Kenneth Arrow appelait le learning by doing, ce processus lent et irremplaçable par lequel on devient capable de superviser ce qu’on n’a pas encore tout à fait compris.

La déqualification cognitive, c’est précisément cela. Non pas perdre son emploi, mais perdre progressivement la capacité de superviser ce qu’on délègue. On délègue la rédaction sans avoir appris à rédiger. On valide des outputs sans avoir développé la compétence critique qui permettrait de détecter ce que l’IA fait mal, ses angles morts, sa tendance à produire du plausible, là où il faudrait du vrai. Cette « délégation aveugle » n’est pas une fatalité technologique. Elle est le produit d’une augmentation passive, une délégation sans réinvestissement dans des compétences de niveau supérieur.

Quand la boucle se ferme sans nous

Ce raisonnement prend encore plus de force avec l’IA agentique, cette nouvelle génération de systèmes qui n’attendent pas une validation humaine à chaque étape, mais agissent. Ils naviguent, rédigent, exécutent du code, orchestrent d’autres agents, prennent des décisions intermédiaires dans des chaînes d’action qui s’étalent sur des heures sans intervention humaine. Jensen Huang l’a annoncé au GTC 2026 en déclarant que dans dix ans, chaque employé humain travaillera aux côtés de cent agents IA. Le chiffre est peut-être exagéré mais la direction ne l’est pas.

Avec l’IA générative, la boucle revenait toujours à l’humain. Il évaluait un output et décidait. Avec l’IA agentique, cette boucle peut se fermer en interne. L’opérateur de l’abondance doit alors devenir ce qu’on pourrait appeler un « architecte d’objectifs » ; non plus « est-ce que ce texte est bon ? » mais « cet agent a-t-il bien compris ce que je voulais, et ses cinquante actions intermédiaires étaient-elles toutes légitimes ? »

France 24, 2026.

Or, les données Anthropic montrent que le taux de succès des modèles décroît significativement à mesure que la complexité de la tâche augmente, précisément là où les agents déploient le plus d’autonomie. La surveillance humaine est donc la plus nécessaire là où elle est la plus difficile à exercer. Et elle est impossible pour qui n’a jamais eu à faire ce qu’il supervise.

Urgence d’une politique de formation

La thèse de Jensen Huang n’est pas fausse, elle est incomplète. Oui, le déploiement de l’IA génère de l’emploi dans les secteurs de l’infrastructure physique. Mais, comme les réseaux électriques du début du XXe siècle, une infrastructure ne s’irrigue pas équitablement par la seule vertu du marché. Et surtout, elle ne dit rien des effets sur les trajectoires d’apprentissage des professions intellectuelles.

Ce que les données suggèrent avec force, c’est l’urgence d’une politique de formation aux compétences d’exploitation de l’IA, non pas apprendre à coder des modèles, mais apprendre à penser avec eux, à les interroger, à en critiquer les outputs, à maintenir vivante la compétence que l’on délègue. Former des opérateurs de l’abondance. Cette tâche revient en premier lieu aux institutions d’enseignement supérieur, et elle est urgente, parce que la contraction des flux d’entrée des jeunes dans les métiers exposés laisse peu de temps avant que l’apprentissage ne soit structurellement impossible.

Car ce que l’IA ne peut pas faire à notre place, c’est précisément décider que tel output vaut quelque chose, dans ce contexte, pour cette personne, avec ces enjeux. Ce jugement n’est pas une technique. C’est une forme de responsabilité et elle reste irréductiblement humaine.

The Conversation

Bruno Deffains ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’IA sait tout produire… mais pas encore juger : pourquoi nous devenons des opérateurs de l’abondance – https://theconversation.com/lia-sait-tout-produire-mais-pas-encore-juger-pourquoi-nous-devenons-des-operateurs-de-labondance-280207

Pourquoi la première rencontre entre Washington et Téhéran a échoué : comprendre la psychologie des négociations

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marwan Sinaceur, Professor of Organizational Behavior, ESSEC

Les recherches en sciences comportementales permettent de mettre en évidence les erreurs commises par l’administration Trump lors de la première session de négociations avec l’Iran, tenue à Islamabad les 11 et 12 avril.


Les négociations entre les États-Unis et l’Iran piétinent. La deuxième rencontre de négociation prévue entre les belligérants n’a finalement pas eu lieu. Le président Trump vient d’annuler l’envoi d’une délégation au Pakistan, tandis que l’Iran semble poser des pré-conditions préalables à toute reprise des discussions. Dans ce contexte incertain, il semble utile de revenir à la première rencontre entre Washington et Téhéran, tenue les 11 et 12 avril 2026 au Pakistan, et de comprendre pourquoi elle a échoué.

Pour expliquer l’échec de cette première session de négociations, le vice-président américain J. D Vance, qui y avait pris part en personne, a affirmé que les États-Unis avaient proposé à l’Iran « leur meilleure et dernière offre » concernant la question du nucléaire. Cette offre ayant été rejetée, il avait mis fin aux pourparlers d’Islamabad et, avec l’ensemble de la délégation américaine, brusquement quitté la capitale pakistanaise après à peine un jour de négociations.

Cette déclaration sur la « meilleure et dernière offre » illustre une méconnaissance profonde de la dynamique et de la psychologie des négociations. Elle en serait risible, si les enjeux n’en étaient pas aussi importants pour la paix dans le monde et l’économie mondiale.

Faire une offre tôt est contre-productif pour régler un conflit

Mettre une offre sur la table dès le début des négociations est tout à fait contre-productif pour régler un conflit. La recherche empirique sur les négociations montre en effet que le timing des offres est crucial : faire une offre trop tôt réduit l’échange d’informations entre les négociateurs et accentue la dimension compétitive de la négociation. Il en résulte souvent une guerre de positions : les négociateurs se crispent et ne cherchent plus qu’à défendre leur position plutôt qu’à comprendre les motivations de la partie adverse. Au contraire, faire une offre tard dans la négociation permet à chacun de comprendre les intérêts, les besoins et les craintes (parfois inexprimées ouvertement) des parties en présence. Lorsque l’offre est faite tardivement, les négociateurs ont plus le loisir d’échanger des informations et d’explorer des solutions créatives avant de rentrer dans le marchandage compétitif. Or l’efficacité en négociation repose de manière cruciale sur la capacité à rechercher des informations sur la partie adverse et de lui poser des questions, plutôt que de simplement énoncer des demandes.

Même lorsque les deux parties sont disposées à faire des compromis, l’exploration des intérêts sous-jacents, la discussion des questions épineuses, la révélation des informations sensibles et l’élaboration de solutions mutuellement acceptables prennent du temps. De fait, la recherche a montré que discuter de plusieurs offres simultanées est plus efficace que proposer une offre unilatérale.

Contrairement à ce qu’a prétendu Vance, la première offre est rarement la meilleure si l’on souhaite réellement parvenir à un accord et résoudre un conflit. Les négociateurs sont en effet souvent influencés par des biais cognitifs dans la manière dont ils perçoivent la partie adverse, ce qui les conduit à commettre de nombreuses erreurs lorsqu’ils interprètent les informations dont ils disposent à son sujet ou tentent de comprendre ses intérêts et ses préférences. C’est d’autant plus le cas lorsque le conflit ne met pas seulement en jeu des intérêts pragmatiques, mais aussi des valeurs sacralisées. Dans ce cas, offrir des concessions symboliques (la reconnaissance symbolique de certaines prétentions de l’autre partie) est efficace pour amener l’autre à concéder quelque chose en retour. Dans ce cas précis, la présidence Trump semble par exemple nettement sous-estimer l’enjeu de fierté nationale et de reconnaissance symbolique que revêt pour l’Iran la question de l’enrichissement de l’uranium.

Tout est question de « timing »

En outre, mettre une offre sur la table au début de la négociation signifie faire une offre à un moment où l’autre partie n’est pas encore prête à faire des concessions. En effet, les gens sont plus enclins à faire des concessions à la fin qu’au début des négociations. Pour deux raisons.

Au départ, la confiance est absente. Elle met du temps à se construire et, dans les premières phrases, chaque partie tend à interpréter les comportements de l’autre avec méfiance. Ainsi, il n’est pas rare que les gens rejettent une offre qui vient de l’autre partie… simplement parce qu’elle provient de la partie adverse : ils l’évaluent alors en fonction de son origine plutôt que de ses mérites intrinsèques. Ce phénomène, caractéristique des négociations et nommé la « réaction de dévaluation » : nous jugeons que l’offre de l’autre partie doit être déterminée par ses intérêts, et nous percevons nos intérêts comme étant forcément antagonistes (perception de jeu à somme nulle).

D’autre part, le coût psychologique d’une sortie de la négociation évolue avec le temps. Au début, se retirer et aboutir à une impasse est relativement peu coûteux : l’investissement en temps et en effort reste limité. En revanche, en fin de négociation, une rupture devient bien plus difficile à accepter. C’est une application d’un biais bien connu, l’escalade de l’engagement (ou escalation of commitment) : plus on investit du temps dans une action, plus on a envie qu’elle réussisse. Et inversement.

De fait, les tactiques qui visent à faire céder l’autre sont plus efficaces à la fin qu’au début des négociations. Exprimer une menace ou se mettre en colère est plus efficace tard que tôt, car au début de la négociation, ces tactiques véhiculent une intention expressément négative, tandis qu’à la fin elles sont perçues comme étant plus acceptables — puisqu’à ce moment, la relation humaine est déjà construite.

Ces résultats de recherches empiriques corroborent les théories qui font de la négociation un jeu à plusieurs phases : discussions ouvertes d’abord ; marchandage à la fin. Commencer par des tactiques agressives ruine les chances de trouver des solutions coopératives. La capacité à rester cognitivement ouvert tout le long de l’interaction et à ne pas acter les choses trop tôt est déterminante. C’est pour cela que la patience est une qualité clé dans les négociations.

Analyser les signes d’amateurisme

Ces recherches empiriques sur la négociation sont, faut-il le préciser, publiées très majoritairement dans les revues académiques américaines de sciences comportementales. Elles sont bien connues aux États-Unis.

La proclamation de J. D. Vance sur la « meilleure et dernière offre » avancée d’entrée de jeu par Washington a donc dénoté un amateurisme certain. Et cela d’autant plus que les négociations entre les États-Unis et l’Iran sont d’une grande complexité et englobent de multiples variables : réouverture du détroit d’Ormuz, contrôle du programme nucléaire, armements balistiques, accès au nucléaire civil, levée des sanctions, garanties que la guerre ne reprenne pas, etc.

Vouloir parvenir à un accord sur des sujets aussi difficiles en aussi peu de temps révèle une inexpérience ahurissante des négociations. Les négociations qui ont abouti à l’accord sur le nucléaire iranien sous la présidence Obama avaient pris 20 mois ; celles du vice-président Vance ont pris 21 heures.

Les experts, comme Federica Mogherini qui fut en charge des négociations avec l’Iran pour la partie européenne, pointent d’ailleurs la méconnaissance ou l’incompréhension des aspects techniques de la négociation de la part de l’équipe américaine.

L’échec des négociations entre Américains et Iraniens lors de leur première rencontre au Pakistan n’a donc rien eu de surprenant. Il est complètement en ligne avec les recherches empiriques sur la psychologie des négociations. Soit dit en passant, cette même erreur explique l’échec des négociations de Camp David entre Israéliens et Palestiniens en 2000 — avec les conséquences funestes que l’on sait. Comme le rapporte Robert Malley, alors conseiller de Bill Clinton pour le Moyen-Orient, une offre avait été mise sur la table beaucoup trop tôt, à un moment où « ni les Israéliens ni les Palestiniens ne s’étaient préparés à complètement comprendre les peurs et les besoins de l’autre partie ».

Négocier, ce n’est pas imposer des conditions unilatérales à la partie adverse. Ce n’est pas non plus faire en sorte que l’autre accepte une reddition sans condition. Cette démarche peut fonctionner dans des négociations qui concernent une seule variable compétitive (le prix), ou lorsque l’on est en position de force, comme lorsqu’on est un riche propriétaire immobilier à New York. Mais elle s’avère inefficace dans des négociations qui concernent plusieurs variables et nécessitent un cheminement à tâtons vers des solutions mutuellement acceptables, ou lorsque le rapport de forces est incertain.

Pour paraphraser une phrase d’un autre président américain, Dwight Eisenhower : la négociation est « l’art de faire faire à quelqu’un quelque chose que vous voulez voir fait, parce qu’il a envie de le faire ».

À tous points de vue, ce qui s’est passé entre Américains et Iraniens lors de leur première rencontre au Pakistan ne ressemble pas à de la négociation.

The Conversation

Marwan Sinaceur a reçu des financements de ESSEC Research Center, Fondation ESSEC, Fondation INSEAD, Stanford University.

ref. Pourquoi la première rencontre entre Washington et Téhéran a échoué : comprendre la psychologie des négociations – https://theconversation.com/pourquoi-la-premiere-rencontre-entre-washington-et-teheran-a-echoue-comprendre-la-psychologie-des-negociations-281823

Qu’est-ce qu’une « lingua franca » ? Brève histoire, des croisades à nos jours

Source: The Conversation – in French – By Alexandra Aikhenvald, Professor and Australian Laureate Fellow, Jawun Research Institute, CQUniversity Australia

Face à l’expansion de l’anglais, la résilience des locuteurs et des cultures pourrait bien rebattre les cartes. Gokul Gurung/Unsplash, CC BY

Pourquoi certaines langues s’imposent-elles comme outils universels avant de décliner ? De l’Antiquité à l’ère numérique, les lingua francas suivent les routes du pouvoir et des échanges.


Lorsque les Croisés débarquent sur les rivages orientaux de la Méditerranée à la fin du XIe siècle, ils doivent communiquer entre eux, mais aussi avec les marchands et les populations locales.

Beaucoup parlent alors différentes langues romanes : l’italien (notamment celui des puissantes cités-États de Venise et de Gênes), le provençal, le français ou encore leur ancêtre commun, le latin.

La plupart des Occidentaux présents en Europe du Sud sont français, en particulier originaires de la zone comprise entre Marseille et Gênes, d’où partent navires et marchands vers le Moyen-Orient. Ces Occidentaux sont désignés collectivement par les Arabes et les Grecs sous le nom de « Francs ».

Autour de la quatrième croisade (1202–1204), voire un peu plus tôt, une langue composite émerge progressivement en Méditerranée orientale, avant de se diffuser vers l’ouest. Cette langue commune, utilisée par les « Francs » et par ceux qui commercent et combattent avec eux, est aussi appelée sabir, italien bâtard ou espagnol bâtard. Mais c’est sans doute sous le nom de lingua franca que vous la connaissez le mieux : littéralement, la « langue des Francs ».

Cette langue franque est un mélange d’italien, de français et d’espagnol simplifiés, enrichi de quelques apports arabes et turcs. Elle est utilisée sur les rivages méditerranéens du Moyen-Orient jusqu’à la fin du XIXe siècle, avant de tomber en désuétude.

Écrit en minuscules, lingua franca désigne aujourd’hui toute langue servant de moyen de communication entre des personnes qui n’en partagent pas d’autre.

Une tradition ancienne

Les lingua francas remontent à l’Antiquité. Le sanskrit a ainsi servi de langue véhiculaire dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est et de l’Asie centrale au cours du premier millénaire de notre ère, notamment par le biais des échanges commerciaux et de la diffusion religieuse.

Autour de la Méditerranée, le grec joue ce rôle d’environ 300 avant J.-C. à 500 après J.-C. : il est utilisé dans le commerce, la littérature, l’enseignement et dans la propagation du christianisme primitif.

Entre le IIe et le IVe siècles, le latin standard supplante le grec comme lingua franca de l’Église catholique en expansion. Il s’impose alors comme langue paneuropéenne de la religion, de la culture et du savoir, et le demeure jusqu’au XIXe siècle.

Un pendentif en or portant une inscription en latin
Le latin devient la lingua franca européenne, comme l’illustre ce pendentif britannique du XIIe siècle.
The Metropolitan Museum of Art

À partir du XVIIe siècle, l’arabe s’impose comme une _lingua franc_a dans l’ensemble du monde islamique, reliant des communautés d’Afrique et d’Asie.

Au même siècle, avec l’essor de la France comme puissance économique, le français remplace progressivement le latin dans de nombreux domaines et devient la première lingua franca « mondiale » en politique, diplomatie, commerce et éducation. Langue des cours royales, il est utilisé par les savants, les aristocrates, les marchands et les diplomates pour communiquer et écrire entre eux. Le français demeure la principale langue des relations internationales jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Après les années 1940, en partie sous l’effet de l’influence croissante des États-Unis, l’anglais s’impose comme la principale lingua franca à l’échelle mondiale.

Fabriquer une nouvelle langue

Avec l’expansion coloniale des puissances impériales et de leurs langues — espagnol, anglais, français, portugais, allemand et néerlandais — à partir du XVe siècle environ, le terme lingua franca en vient à être utilisé comme un nom commun.

Tout au long de la colonisation européenne, des personnes issues de groupes linguistiques différents sont contraintes de travailler ensemble comme esclaves ou engagés sous contrat. Elles communiquent entre elles, ainsi qu’avec leurs maîtres, au moyen d’une langue simplifiée, utilisée pour des besoins limités : des ordres simples, des questions, des énoncés basiques mêlant les éléments dont chacun dispose. Ce type de moyen de communication improvisé est appelé pidgin (qui viendrait du mot anglais « business »).

Les pidgins peuvent servir de lingua franca. Lorsque leurs locuteurs commencent à se marier entre eux, un pidgin peut devenir la seule langue parlée par la génération suivante. Il se développe alors en une langue à part entière — un créole — utilisée dans tous les contextes.

Des créoles comme le tok pisin en Papouasie-Nouvelle-Guinée, le sranan au Suriname, le kristang en Malaisie ou encore le créole haïtien en Haïti servent aujourd’hui de lingua franca dans ces pays.

Une langue globale peut aussi être créée de toutes pièces.

La fin du XIXe siècle voit fleurir les projets de langues universelles. La plus célèbre est l’espéranto, « langue de l’espoir », créé par Ludwik Zamenhof en 1887 comme « langue internationale », c’est-à-dire une lingua franca générale. L’espéranto compte encore aujourd’hui quelques milliers de locuteurs natifs et bien davantage d’adeptes, mais son usage tend progressivement à reculer.

La « lingua franca » mondiale aujourd’hui

Les lingua francas apparaissent lorsqu’elles deviennent nécessaires, puis déclinent lorsqu’elles sont remplacées par d’autres. L’allemand a ainsi cessé d’en être une avec la perte des colonies après la Première Guerre mondiale. Le portugais reste une lingua franca au Brésil, et l’espagnol dans d’autres pays d’Amérique du Sud.

Quant au français, son empreinte mondiale perdure : à l’étranger, on envoie encore une lettre par avion ou poste restante.

Mais il y a un grand gagnant, loin devant les autres. L’anglais est désormais devenu la langue mondiale, s’étendant bien au-delà des locuteurs natifs et des anciennes colonies des puissances anglophones. Il est la langue de la diplomatie internationale, du monde académique et, surtout, des avancées technologiques, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.

La diffusion rapide de l’anglais menace-t-elle de faire disparaître les autres langues, qu’il s’agisse de langues minoritaires ou d’autres lingua francas, et plus largement la diversité linguistique à l’échelle mondiale ? La question reste ouverte. L’importance croissante du mandarin comme principale lingua franca en Chine, de l’arabe à travers l’Afrique et le Moyen-Orient, ainsi que la résilience des locuteurs à faire vivre leurs langues – et, avec elles, leurs cultures et leurs histoires – pourraient bien contenir l’hégémonie de l’anglais.

The Conversation

Alexandra Aikhenvald ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Qu’est-ce qu’une « lingua franca » ? Brève histoire, des croisades à nos jours – https://theconversation.com/quest-ce-quune-lingua-franca-breve-histoire-des-croisades-a-nos-jours-281649

Dans les bas rapiécés de l’homme le plus riche des États-Unis, le travail oublié des femmes américaines

Source: The Conversation – in French – By Emily J. Whitted, Ph.D. Candidate in Early American History, UMass Amherst

Rapiécer, gérer, entretenir : dans le foyer de l’un des hommes les plus riches d’Amérique, des femmes ont contribué, sans reconnaissance, à une prospérité qui leur échappait.


À sa mort en 1831, Stephen Girard – marchand, banquier et philanthrope de Philadelphie – était l’homme le plus riche des États-Unis. Dans son testament, il légua à la ville de Philadelphie (Pennsylvanie, Nord-Est des États-Unis) un don exceptionnel d’environ 6 millions de dollars, soit près de 194 millions d’euros aujourd’hui.

Girard demanda notamment qu’une partie de cette somme soit utilisée pour fonder un internat destiné aux garçons blancs pauvres et orphelins. Aujourd’hui, cet établissement, qui accueille des élèves du primaire au lycée, est connu sous le nom de Girard College et admet des élèves issus de milieux défavorisés, sans distinction de race ni de genre. L’institution a hérité des biens matériels de Girard, parmi lesquels du mobilier, des papiers personnels et des vêtements – dont une paire de bas de soie abondamment rapiécés.

Leur conservation peut surprendre : pourquoi l’homme le plus riche des États-Unis portait-il des vêtements raccommodés ? En tant qu’historienne du textile, spécialisée dans le travail du raccommodage dans l’Amérique des débuts, j’ai étudié les points utilisés pour réparer les bas de Girard, ainsi que ses riches archives.

Croisées, ces sources historiques m’ont permis de mettre au jour de nouveaux éléments sur la valeur des textiles dans l’Amérique d’alors, mais aussi sur le rôle des femmes – notamment celles qui travaillaient dans la maison du riche marchand – dans l’essor économique du pays.

Ce que nous disent ces bas

Les textiles étaient utilisés au quotidien par la quasi-totalité des Américains de l’époque coloniale et des débuts de la République et constituaient alors bien souvent les biens les plus précieux que l’on pouvait posséder.

Malgré la mécanisation à grande échelle, ils coûtaient cher en raison du prix des matières premières et du travail qualifié nécessaire à la fabrication des étoffes ; ils étaient en outre fréquemment importés. À la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, les États-Unis voyaient émerger une industrie textile nationale, mais de nombreux Américains continuaient d’importer des tissus depuis l’étranger, notamment de Grande-Bretagne, de France et d’Inde. Les factures du foyer de Girard montrent qu’il achetait régulièrement une grande partie de ses vêtements – y compris ses bas de soie – en France.

La forte valeur des textiles à cette époque explique que même les foyers les plus aisés jetaient rarement les vêtements abîmés. On les réparait plutôt, à l’aide d’aiguilles et de fil. Si certains hommes pratiquaient aussi le raccommodage, l’immense majorité de ces travaux était réalisée par des femmes.

Les raccommodeuses : Sally, Polly et Hannah

Au sein du foyer de Girard, au moins trois femmes se chargeaient de repriser ses bas de soie et ses autres vêtements.

Bien que Girard ait été marié, son épouse Mary fut internée pour troubles mentaux à l’hôpital de Pennsylvanie en 1790, et le couple n’eut pas d’enfants. En l’absence de Mary, Girard eut plusieurs maîtresses qui faisaient office de gouvernantes : Sally Bickham, une femme quaker que Girard décrit dans une lettre comme une « tayloress », c’est-à-dire couturière, et Polly Kenton, blanchisseuse. Dans le cadre de leur travail, elles géraient les affaires domestiques et les achats de Girard, assurant le bon fonctionnement de son quotidien.

Par ailleurs, une femme noire nommée Hannah Brown, originaire de Saint-Domingue, ancienne colonie française correspondant aujourd’hui à Haïti, fut réduite en esclavage au sein du foyer de Girard pendant plus de quarante ans. Et ce, alors même que la loi d’abolition progressive adoptée en Pennsylvanie en 1780 aurait dû lui garantir la liberté dans les six mois suivant son arrivée aux États-Unis. L’abolition progressive n’y fut appliquée que de manière inégale, permettant à des propriétaires d’esclaves comme Girard d’en contourner les effets. Le testament du marchand accorda finalement la liberté à Hannah Brown.

Toutes trois travaillaient au service de Girard : elles reprisaient ses bas, géraient les tâches quotidiennes du foyer et veillaient à l’entretien de la maison. Les trois techniques de raccommodage visibles sur ses bas – comme le reprisage à la suisse, le reprisage tissé ou encore le renforcement des talons – constituent autant de traces matérielles de leur travail, aux côtés des archives écrites telles que les factures domestiques, les lettres et les reçus.

Aux premiers temps des États-Unis, de nombreuses femmes, libres ou réduites en esclavage, accomplissaient un travail domestique non rémunéré. Pourtant, ce travail a été une force essentielle de la croissance économique nationale au début du XIXe siècle. Partout dans le pays, des hommes comme Girard ont encouragé et tiré profit de l’industrialisation et de l’expansion des activités commerciales ; mais c’est le travail domestique non rémunéré des femmes qui a rendu possibles leur participation et leurs profits.

Si les habitants de Philadelphie ne voient aujourd’hui leurs noms ni sur les grandes artères ni sur les bâtiments de la ville, les efforts conjugués de Sally, Polly et Hannah — dissimulés dans les chaussures de Girard et éclipsés par l’ampleur de son héritage historique à Philadelphie — ont été essentiels à sa réussite économique.

The Conversation

Emily J. Whitted a reçu des financements de The Library Company of Philadelphia.

ref. Dans les bas rapiécés de l’homme le plus riche des États-Unis, le travail oublié des femmes américaines – https://theconversation.com/dans-les-bas-rapieces-de-lhomme-le-plus-riche-des-etats-unis-le-travail-oublie-des-femmes-americaines-282019

L’abandon d’une stratégie vieille de 250 ans… Ce que change la fin de l’obligation vaccinale dans l’armée américaine

Source: The Conversation – France in French (3) – By Katrine L. Wallace, Assistant Professor of Epidemiology and Biostatistics, University of Illinois Chicago

L’armée opère généralement dans des conditions – caserne, navire, etc. – qui favorisent la propagation des virus respiratoires Bumble Dee/Shutterstock

De George Washington à la Seconde Guerre mondiale, la vaccination a été pensée comme un outil stratégique face aux maladies capables de décimer les troupes. Aujourd’hui, cette logique historique entre en tension avec la montée des revendications individuelles.


Pour la première fois depuis près de 80 ans, les militaires états-uniens ne seront plus tenus de recevoir le vaccin annuel contre la grippe. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a annoncé ce changement le 22 avril 2026. Invoquant l’autonomie médicale et la liberté religieuse, il a qualifié cette obligation de « trop large et dénuée de rationalité », déclarant aux soldats que « votre corps, votre foi et vos convictions ne sont pas négociables ».

L’obligation vaccinale contre la grippe à laquelle Pete Hegseth a mis fin était en vigueur depuis 1945, avec une brève interruption en 1949. Elle s’inscrivait dans une tradition d’obligations vaccinales militaires presque aussi ancienne que les États-Unis eux-mêmes.

En tant qu’épidémiologiste spécialisée dans les maladies évitables par la vaccination, je trouve la fin de cette obligation moins marquante pour ses effets immédiats que pour ce qu’elle révèle. Pendant la majeure partie de l’histoire américaine, les commandants militaires partaient du principe que les maladies infectieuses pouvaient leur faire perdre une guerre, raison pour laquelle la vaccination relevait de la préparation opérationnelle plutôt que d’un choix individuel.

Une tradition qui remonte à George Washington

La première obligation vaccinale militaire américaine est antérieure à la Constitution. À l’hiver 1777, le général George Washington ordonne l’inoculation massive de l’armée continentale contre la variole.

Sa décision n’était pas idéologique – elle était stratégique. L’année précédente, une épidémie de variole avait ravagé les troupes américaines près de Québec, contribuant à l’effondrement de la campagne du Nord. John Adams écrivit à sa femme Abigail que la variole tuait dix soldats pour un seul tombé au combat.

L’inoculation en 1777 comportait elle-même des risques. La procédure, appelée variolisation, consistait à infecter volontairement un soldat avec une faible dose du virus de la variole afin de provoquer une immunité. George Washington a fait le pari qu’il valait mieux perdre quelques hommes à cause de l’inoculation que perdre une guerre face au virus. Des historiens ont attribué à cette décision le salut de l’armée continentale.

La pandémie de Covid-19 a reconfiguré les enjeux politiques autour des obligations vaccinales.

Ce schéma s’est maintenu pendant des siècles : lorsqu’une maladie infectieuse risquait de mettre plus de soldats hors de combat que les tirs ennemis, l’armée imposait des mesures de protection.

Les troupes américaines ont été vaccinées contre la variole de la guerre de 1812 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Pendant la Première Guerre mondiale, l’armée a ajouté la vaccination contre la typhoïde. Lors de la Seconde Guerre mondiale, elle a élargi les obligations vaccinales pour inclure également le tétanos, le choléra, la diphtérie, la peste, la fièvre jaune et, en 1945, la grippe.

1945 : nouvelle guerre, nouveau vaccin

L’obligation vaccinale contre la grippe trouve son origine dans les expériences militaires lors de la pandémie de grippe de 1918. Ce printemps-là, une nouvelle souche de grippe s’est propagée dans des camps d’entraînement militaires surpeuplés avant de gagner l’Europe avec les troupes américaines. Environ 45 000 soldats américains sont morts de la grippe pendant la Première Guerre mondiale, presque autant que les quelque 53 000 tués au combat.

La pandémie de 1918 a fait la démonstration qu’un virus respiratoire pouvait paralyser une armée. Aussi, en 1941, alors que le pays se préparait à entrer dans un nouveau conflit mondial, l’armée américaine a-t-elle mis en place une commission sur la grippe qui s’est associée à l’université du Michigan pour développer le premier vaccin contre cette infection. Des essais cliniques menés sur des recrues ont montré qu’il réduisait de 85 % l’incidence de la maladie, et en 1945, l’armée a rendu la vaccination obligatoire. Environ 7 millions de militaires ont été vaccinés cette année-là.

L’obligation a été brièvement suspendue en 1949, lorsque les scientifiques ont compris que le vaccin devait être régulièrement mis à jour en raison de l’évolution du virus. Une fois les formulations adaptées de manière saisonnière, l’obligation a été rétablie au début des années 1950 et est restée en vigueur sans interruption jusqu’au changement de politique décidé par Pete Hegseth.

Hôpital d’urgence au camp Funston, au Kansas, en 1918, pendant l’épidémie de grippe
La pandémie de grippe de 1918 a tué presque autant de soldats américains que les combats pendant la Première Guerre mondiale.
Otis Historical Archives, National Museum of Health and Medicine

Le Covid-19 a transformé la politique vaccinale

Pendant des décennies, les obligations vaccinales faisaient partie intégrante et peu contestée de la vie militaire. La pandémie de Covid-19 a changé la donne.

En août 2021, tous les militaires ont été sommés de se faire vacciner contre le Covid-19. Plus de 98 % des soldats en service actif ont obtempéré, mais cette obligation est devenue un point de crispation. Plus de 8 000 militaires ont été renvoyés de force pour avoir refusé le vaccin.

En 2023, le Congrès a adopté une loi obligeant Le Pentagone à annuler l’obligation vaccinale contre le Covid-19. Ce revirement a reconfiguré les enjeux politiques autour des obligations vaccinales dans l’armée. En janvier 2025, le président Donald Trump a ordonné la réintégration, avec indemnités rétroactives, des militaires renvoyés dans ce cadre.

En annonçant la fin de l’obligation vaccinale contre la grippe, Pete Hegseth s’est largement appuyé sur le vocabulaire de la « liberté médicale », issu des débats autour des vaccins contre le Covid-19, plutôt que sur de nouvelles données concernant la grippe ou l’efficacité du vaccin. Le mouvement pour la liberté médicale s’oppose à l’intervention de l’État dans ce que ses partisans considèrent comme des décisions de santé personnelles, y compris des recommandations de santé publique telles que les obligations vaccinales, le port du masque ou la distanciation sociale.

La justification vaccinale tient-elle toujours ?

Les critiques de l’obligation vaccinale contre la grippe dans l’armée avancent que la grippe constitue aujourd’hui une menace plus modérée qu’en 1918, que les militaires sont en meilleure santé que la population générale et que, pour un virus saisonnier, le choix individuel devrait primer sur la logique de santé publique.

L’épidémiologie raconte une autre histoire.

Même si l’intensité des saisons grippales varie, le virus mute de manière si imprévisible que des pandémies comme celles de 1918, 1957, 1968 et 2009 restent une possibilité récurrente. La grippe continue d’ailleurs de causer chaque année des hospitalisations et des décès par dizaines de milliers aux États-Unis. Les Centers for Disease Control and Prevention estiment que le vaccin contre la grippe a ainsi évité environ 180 000 hospitalisations et 12 000 décès lors de la saison 2024-2025.

L’armée opère précisément dans des conditions qui favorisent la propagation des virus respiratoires : centres d’entraînement, casernes, navires ou sous-marins où les individus vivent en promiscuité.

La logique qui a conduit George Washington en 1777 et le Surgeon General de l’armée en 1945 à imposer la vaccination n’a, au fond, guère changé. Un soldat malade ne peut ni être déployé, ni s’entraîner, et peut transmettre la maladie à toute une unité.

Ce qui a changé, en revanche, c’est le poids politique accordé au refus individuel et c’est cela, bien plus que la question de l’efficacité du vaccin, que reflète la fin de cette obligation

The Conversation

Katrine L. Wallace ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’abandon d’une stratégie vieille de 250 ans… Ce que change la fin de l’obligation vaccinale dans l’armée américaine – https://theconversation.com/labandon-dune-strategie-vieille-de-250-ans-ce-que-change-la-fin-de-lobligation-vaccinale-dans-larmee-americaine-281795

Les résidus de cocaïne dans les rivières et les océans modifient les déplacements des saumons

Source: The Conversation – in French – By Marcus Michelangeli, Lecturer, Environmental Sustainability and Management, Griffith University

Les poissons exposés à la benzoylecgonine parcouraient jusqu’à 1,9 fois plus de distance par semaine. Hans-Petter Fjeld / Wikimedia, CC BY

La présence croissante de drogues dans les milieux aquatiques n’est plus anecdotique. Une nouvelle étude menée en Suède montre que même à faibles doses, ces substances peuvent perturber les déplacements de poissons et potentiellement fragiliser des espèces déjà sous pression.


Du poisson ou des requins sous cocaïne : l’image semble tout droit sortie d’un scénario hollywoodien, mais la réalité est bien moins divertissante. De plus en plus souvent, les scientifiques détectent de la cocaïne et d’autres drogues puissantes dans les milieux aquatiques et les retrouvent jusque dans le cerveau et le corps des animaux sauvages.

Une étude de 2024 menée au Brésil a fait les gros titres après avoir mis en évidence la présence de cocaïne dans les muscles et le foie de requins sauvages capturés au large de Rio de Janeiro. Si cela peut surprendre, cette découverte reflète un phénomène plus large et en expansion : les drogues consommées par les humains se retrouvent désormais dans les rivières, les lacs et les océans du monde entier.

Dans notre nouvelle étude, publiée récemment dans Current Biology, nous avons cherché à comprendre ce que cela implique pour la faune sauvage.

Des poissons « sous cocaïne » dans la nature

Nous avons étudié comment des concentrations de cocaïne comparables à celles observées dans l’environnement influencent le comportement des poissons à l’état sauvage. Nous nous sommes également intéressés à une substance appelée benzoylecgonine, principal composé résiduel issu de la dégradation de la cocaïne par l’organisme.

Pour cela, nous avons mené une expérience dans le lac Vättern, en Suède, le deuxième plus grand lac du pays, où nous avons suivi de jeunes saumons atlantiques pendant huit semaines.

À l’aide d’implants chimiques à libération lente, nous avons exposé les poissons soit à la cocaïne, soit à la benzoylecgonine, puis suivi leurs déplacements grâce à la télémétrie acoustique. Cette méthode nous a permis d’observer leur comportement en milieu naturel, plutôt que dans des bassins de laboratoire.

Ce que nous avons observé est frappant. Les poissons exposés à la benzoylecgonine parcouraient jusqu’à 1,9 fois plus de distance par semaine que les poissons non exposés et se dispersaient jusqu’à 12,3 kilomètres plus loin à travers le lac. Les poissons exposés à la cocaïne présentaient une tendance similaire, mais l’effet était plus faible et moins constant.

Des eaux usées aux milieux aquatiques

Comment ces substances se retrouvent-elles dans les environnements aquatiques ?

Après consommation, la cocaïne est rapidement dégradée par l’organisme, principalement en benzoylecgonine. Des composés de ce type – résidus issus de la transformation d’une substance par le corps – sont appelés des métabolites. La drogue initiale comme son métabolite sont ensuite excrétés et rejoignent les systèmes d’eaux usées.

Or, les stations d’épuration ne sont pas conçues pour éliminer complètement ces composés : ils traversent donc les traitements et sont rejetés dans les rivières, les lacs et les eaux côtières.

Ce phénomène n’a rien de localisé. La cocaïne est désormais l’une des drogues illicites les plus fréquemment détectées dans les milieux aquatiques à l’échelle mondiale.

Une analyse globale a mis en évidence des concentrations moyennes dans les eaux de surface d’environ 105 nanogrammes par litre pour la cocaïne et 257 nanogrammes par litre pour la benzoylecgonine, avec des pics atteignant plusieurs milliers de nanogrammes. Si ces niveaux restent faibles, ils suscitent néanmoins des inquiétudes, car ces composés ciblent des systèmes cérébraux partagés par de nombreux animaux : même à faibles doses, ils peuvent donc potentiellement affecter la faune sauvage.

Pourquoi le comportement est crucial

Les changements de comportement comptent parmi les indicateurs les plus précoces et les plus sensibles d’une perturbation environnementale affectant la faune. Ils peuvent influencer des fonctions essentielles, depuis la recherche de nourriture et l’évitement des prédateurs jusqu’aux interactions sociales, à la reproduction et à la survie.

Lorsque des contaminants modifient les comportements, leurs effets peuvent se répercuter bien au-delà de l’individu. De légers changements dans la manière dont les animaux se déplacent, s’alimentent ou réagissent aux menaces peuvent, à plus grande échelle, affecter la dynamique des populations, les interactions entre espèces et le fonctionnement des écosystèmes dans leur ensemble.

Les changements que nous avons observés dans la manière dont les poissons se déplacent dans leur environnement après une exposition à la cocaïne pourraient entraîner une dépense énergétique accrue, une fréquentation d’habitats de moindre qualité ou encore une exposition plus importante au risque de prédation.

Pour des espèces comme le saumon atlantique, déjà soumises aux pressions du changement climatique, de la perte d’habitat et d’autres polluants, même de légères perturbations comportementales peuvent venir aggraver les difficultés auxquelles elles sont confrontées.

Pourquoi le métabolite compte

L’un des résultats les plus surprenants de notre étude est que la benzoylecgonine a eu un effet plus marqué sur le comportement des poissons que la cocaïne elle-même. C’est un point crucial, car les évaluations des risques environnementaux se concentrent généralement sur les substances consommées par les humains, comme la cocaïne, plutôt que sur celles qu’ils rejettent ensuite, comme la benzoylecgonine.

Or ces métabolites sont souvent plus abondants et plus persistants dans les milieux aquatiques. Nos résultats suggèrent que nous sous-estimons peut-être les risques écologiques liés à ces polluants.

Notre étude s’est concentrée sur le comportement, et non sur les effets à long terme sur la santé. Nous n’avons pas encore évalué si ces changements influencent la survie ou la reproduction.

Cependant, des travaux antérieurs montrent que la cocaïne et des composés apparentés peuvent modifier la chimie du cerveau, accroître le stress oxydant et perturber le métabolisme énergétique chez les animaux aquatiques. Ces processus étant étroitement liés à la santé et à la condition physique, ils laissent entrevoir des effets plus larges.

L’idée de « poissons sous cocaïne » peut faire sourire, mais elle renvoie à un problème bien plus vaste. Les milieux aquatiques sont de plus en plus contaminés par des mélanges complexes de substances d’origine humaine, des médicaments aux drogues illicites. Beaucoup de ces composés sont biologiquement actifs à de très faibles concentrations, et nous commençons à peine à en comprendre les effets.

The Conversation

Marcus Michelangeli travaille pour Griffith University. Il a reçu un financement et un soutien à la recherche du Conseil suédois de la recherche Formas (2022-00503), ainsi que du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre d’une bourse Marie Skłodowska-Curie (101061889) pour mener ces travaux.

Jack Brand travaille pour l’Université suédoise des sciences agricoles et reçoit un financement du Conseil suédois de la recherche Formas (2024-00507). Il occupe également un poste de chercheur invité à l’Institute of Zoology de la Zoological Society of London.

ref. Les résidus de cocaïne dans les rivières et les océans modifient les déplacements des saumons – https://theconversation.com/les-residus-de-coca-ne-dans-les-rivieres-et-les-oceans-modifient-les-deplacements-des-saumons-281545

Why postal codes shouldn’t determine RSV protection in Canada

Source: The Conversation – Canada – By Sophie Webb, Postdoctoral Fellow,  Bridge Research Consortium, Simon Fraser University

Respiratory syncytial virus (RSV) is a familiar seasonal illness, but the tools to prevent it are new. Canada has recently approved vaccines for older adults and pregnant people, along with a long-acting monoclonal antibody that can protect infants through their first RSV season.

These innovations offer new ways to reduce hospitalizations and severe illness. Yet whether Canadians can access them still depends largely on where they live.

Across the country, provincial RSV programs vary widely in eligibility, scope and public funding — see, for example, Ontario RSV program updates and Alberta immunization program information.




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RSV FAQ: What is RSV? Who is at risk? When should I seek emergency care for my child?


An infant eligible for publicly funded protection in one province may not be eligible in another. Seniors with similar health risks may face different access depending on their province. These differences are often dismissed as routine features of federalism.

But with World Immunization Week upon us, RSV provides the opportunity to ask a broader question: who’s responsible for delivering equitable access to vaccines in Canada?


Immunity and Society is a new series from The Conversation Canada that presents new vaccine discoveries and immune-based innovations that are changing how we understand and protect human health. Through a partnership with the Bridge Research Consortium, these articles — written by experts in Canada at the forefront of immunology, biomanufacturing, social science and humanities — explore the latest developments and their impacts.


New tools, uneven access

RSV prevention now includes vaccines for older adults and pregnant people, and a monoclonal antibody (nirsevimab) that offers season-long protection for infants with a single dose.

National guidance exists. The National Advisory Committee on Immunization recommends universal infant RSV immunization, but allows provinces to phase this in based on supply and cost. But these recommendations are advisory. Provinces ultimately decide what is publicly funded and for whom.

The result is a patchwork. Some provinces have expanded infant coverage, while others have limited access to those considered high risk. Adult and maternal programs also vary in eligibility, delivery and funding.

Cost plays a key role in these decisions. RSV therapies are expensive, and provinces must weigh them against competing health priorities. Epidemiological differences also matter, as do variations in disease burden and the additional challenges of vaccination in northern and remote communities.

Not all variation is inherently problematic. But together, these factors mean that access to protection is shaped as much by provincial priorities as by medical need.

When equity’s a goal but not a guarantee

In immunization policy, equity generally means ensuring that those at higher risk, or facing barriers to access, are protected first, and financial or geographic differences don’t determine who receives care.

RSV programs often emphasize protecting those at highest clinical risk, such as very young infants and people with underlying conditions. This approach is understandable. But it also narrows how equity operates in practice.

In a system where provinces determine their own budgets and priorities, equity can become something negotiated rather than guaranteed. One province may fund broader access; another may limit eligibility based on cost-effectiveness or capacity. The same intervention is therefore available to some populations and not others.

This shifts responsibility downward. Families must determine eligibility, navigate different rules, and sometimes absorb costs or logistical barriers to access. Equity becomes something people experience unevenly, rather than a guarantee built into the system.

COVID-19 offers a cautionary example. Communities identified as highest risk were often vaccinated later than wealthier neighbourhoods during early rollout phases. This prompted provinces to introduce reactive “hotspot” strategies that in some cases replicated the same effect. Simply naming groups as “equity-deserving” did not ensure timely access.

People in masks are vaccinated by health-care workers in protective gear inside a tent
A pop-up vaccine clinic in a Toronto hotspot neighbourhood in April 2021.
THE CANADIAN PRESS/Cole Burston

Governance and accountability

Canada’s immunization system involves multiple entities. Federal bodies approve products and issue recommendations. Provinces decide what to fund. Public health systems implement programs within local constraints.

While each level plays an essential role, none is clearly responsible for national equity, creating a governance gap.

Equity is widely endorsed, but no single body is accountable for delivering it nationally. RSV demonstrates how this plays out in practice — variation in immunization is accepted as a feature of federalism, rather than treated as a policy problem to be addressed.

Procurement adds another layer. Vaccine pricing and contract terms are not routinely disclosed in Canada, and negotiations with manufacturers are often confidential.

During COVID-19, federal vaccine contracts were released only after parliamentary pressure, with key details heavily redacted. Limited transparency makes it difficult to assess whether differences in access reflect pricing, negotiation leverage or policy choices.




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Consulting firms are the ‘shadow public service’ managing the response to COVID-19


Why it matters

RSV is one of the first major post-pandemic tests of Canada’s immunization system. It’s unlikely to be the last. New vaccines and antibody-based therapies are increasingly tailored to specific populations, making decisions about access more complex.

As these technologies evolve, governance matters more, not less. Without clearer accountability, innovations risk reinforcing variation rather than reducing it.




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Flu, RSV and COVID-19: Advice from family doctors on how to get through this winter’s ‘tripledemic’


RSV highlights a broader challenge in Canadian immunization policy — equity is widely invoked, but responsibility for delivering it remains diffuse. Without clearer co-ordination, transparency and shared expectations, access to protection will continue to depend on where people live.

For families of infants and seniors, that distinction is not abstract. It determines whether immunity is treated as a public good, or as a matter of postal code.

The Conversation

Cora Constantinescu receives funding from bioMerieux, GSK, merck, Pfizer, Sanofi, with funds being transferred to her University organisation

Sophie Webb does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why postal codes shouldn’t determine RSV protection in Canada – https://theconversation.com/why-postal-codes-shouldnt-determine-rsv-protection-in-canada-278717

Why the 60-day War Powers Resolution deadline doesn’t actually constrain presidents

Source: The Conversation – USA – By Jasmine Farrier, Professor of Political Science, University of Louisville

A TV displays U.S. President Donald Trump’s prime-time address on the war in Iran inside a Cheesecake Factory on April 1, 2026, in Washington, D.C. Anna Moneymaker/Getty Images

May 1, 2026, marks the 60th day of Operation Epic Fury in Iran – a symbolically significant date designating when a president who has mounted unilateral military operations must receive Congressional approval or wind it down.

However, the complex history of the War Powers Resolution clock demonstrates it is a toothless milestone.

The Trump administration signaled on April 30, 2026, that it would ignore that deadline, set by the War Powers Resolution. Secretary of Defense Pete Hegseth testified before the Senate Armed Services Committee that “we are in a cease-fire right now, which my understanding is that the 60-day clock pauses or stops in a cease-fire. That’s our understanding, so you know.”

Sen. Tim Kaine of Virginia, a Democrat, responded that the 60-day threshold poses a “legal question” and “constitutional concerns.”

This is not the first time presidents and members of Congress have sparred on the meaning of the War Powers Resolution. What happens next will play out through regular politics, because the conflict is not a matter of simple legal interpretation.

War: Collective judgment

In the U.S. Constitution, Congress and the president share war powers.

In the shadow of political struggles in the final years of the Vietnam War, Congress passed the War Powers Resolution in 1973 to “insure that the collective judgment of both the Congress and the President will apply to the introduction of United States Armed Forces into hostilities.”

A crucial section of the resolution reasserts legislators’ role, and makes clear that the constitutional power of the president to make war is subject to, or exercised with, the following conditions: a Congressional declaration of war; specific statutory authorization; or a national emergency created by attack upon the United States, its territories or possessions or its armed forces.

For new military campaigns that do not meet these criteria, the resolution included a 60-day clock that begins when a president reports the action to congressional leadership within 48 hours of the action beginning.

The clock can be expanded to up to 90 days upon presidential determination and certification of “unavoidable military necessity respecting the safety of United States Armed Forces” related to removal of troops.

After 60 to 90 days, the resolution originally said this type of unilateral military action would be terminated automatically unless both chambers of Congress approved some form of legislative authorization.

Congress could also choose to terminate an unauthorized military operation any time before the 60 days with a concurrent resolution, which doesn’t require a president’s signature – essentially, a “legislative veto.”

And to make sure the president couldn’t stretch the definition of congressional approval, the resolution said neither existing treaties nor new budget appropriations could substitute for legislative authorization of a military action.

Since 1973, actions by all three branches across a variety of political and policy landscapes have undermined its intents and procedures.

Veto vetoed

In 1983, the Supreme Court declared various kinds of legislative vetoes unconstitutional, which led Congress to reinterpret its War Powers Resolution procedures and powers and effectively amend its processes to expedite any joint resolution or bill that “requires the removal of U.S. armed forces from hostilities outside the United States.”

Now, if members want to stop a presidential military campaign already in progress, they must act affirmatively and pass a disapproval resolution, which a president could veto like any other bill. Congress has sent only one such disapproval – to President Donald Trump in his first term – which he vetoed. Congress did not have the two-thirds required in the Constitution to override.

Both chambers of Congress now have to vote twice, once to disapprove a military action and then again to overcome a likely veto, to stop something it never approved in the first place.

House Majority Leader Mike Johnson explains on March 4, 2026, why his party rejects a Democratic-led measure to assert Congress’ war powers and stop the Iran military action.

The 60-day mark for the current Iran operation has therefore loomed as more of a politically charged symbol of this longstanding imbalance on war powers than a real deadline for action by either branch.

Parallels to Kosovo and Libya

The House and Senate have tried to pass legislation to stop military operations against Iran six times since operations began. All attempts have failed, including the most recent vote on April 30. Democrats are considering filing suit against President Trump if operations go beyond 60 days without authorization.

Yet federal courts have long expressed disinterest in getting involved in constitutional questions related to the War Powers Resolution, especially if members of Congress are the plaintiffs.

Although most presidents from Richard Nixon onward have claimed that the War Powers Resolution is an unconstitutional check on their institutional powers, they usually filed the required reports on new military actions 48 hours after they began.

While the current Iran conflict is different in many ways, presidential unilateralism, inconclusive chamber actions and even member lawsuits all echo controversies over U.S. military action in Kosovo in 1999 and Libya in 2011.

Where Trump administration may lean on Clinton

Operation Epic Fury against Iran began Feb. 28, 2026, and President Trump sent the required report to Congress on March 2, 2026.

After detailing the rationale for military action, Trump added “Although the United States desires a quick and enduring peace, it is not possible at this time to know the full scope and duration of military operations that may be necessary.”

He concluded the memo with his interpretation of constitutional power to act unilaterally.

“I directed this military action consistent with my
responsibility to protect Americans and United States interests both at home and abroad and in furtherance of United States national security and foreign policy interests,” the president wrote. He acted, he said, “pursuant to my constitutional authority as Commander in Chief and Chief Executive to conduct United States foreign relations.” He said he made the report “consistent with the War Powers Resolution. I appreciate the support of the Congress in these actions.”

Similarly, on March 26, 1999, President Bill Clinton sent a War Powers Resolution letter explaining his decision two days earlier to take part in a NATO-led operation against the Federal Republic of Yugoslavia, known as FRY.

Clinton wrote to Congress using mostly the same words and phrases Trump did in his 2026 letter. Clinton also said that he took the action “in response to the FRY government’s continued campaign of violence and repression against the ethnic Albanian population of Kosovo.”

A gray-haired man in a dark jacket and blue tie, sitting at a desk in a very formal looking room.
President Bill Clinton after his television address to the nation on the NATO bombing of Serbian forces in Kosovo, March 24, 1999.
Pool/Getty Images

Clinton explained his authority in virtually the same language as Trump and, like Trump, said it was hard to predict how long the operations would continue.

The House and Senate repeatedly failed to either approve or disapprove of Clinton’s actions through a series of votes across March and April 1999. But lawmakers did send him supplemental appropriations for the operations in May.

NATO suspended the operation after 78 days. Almost a year later, a federal appellate court upheld a district court’s decision rejecting a lawsuit led by Rep. Tom Campbell, a California Republican, alleging Clinton violated the War Powers Resolution. Rather than deciding on the merits, the decision rejected the lawmakers’ claims of injury as not reviewable by the court.

Obama did it, too

In a very different context, a similar rhythm played out during President Barack Obama’s presidency.

During the “Arab Spring” revolts of 2010-2011, the U.N. Security Council passed two resolutions condemning violence against Libyan civilians by security forces under the direction of Colonel Moammar Gadhafi.

On March 21, 2011, two days after NATO operations began against Gadhafi’s forces, which included American air support, Obama sent his War Powers Resolution letter to the Republican House and Democratic Senate. Obama had not received prior legislative authority from Congress.

Obama’s letter included language almost identical to Clinton’s earlier letter and Trump’s later one.

As with Kosovo, the House and Senate did not ultimately agree to either approve or disapprove of the president’s actions in support of the UN and NATO over the operation’s 222 days. In addition, Democratic Rep. Dennis Kucinich of Ohio led a group of mostly Republican House members in a failed War Powers Resolution lawsuit to stop the president.

Unilateral action endures

The Office of Legal Counsel in the Department of Justice has published legal opinions that explain and defend presidential war powers, including with Kosovo and Libya. In December 2025, that office published a memo defending the imminent January 2026 capture of Nicolás Maduro. On April 21, 2026, the State Department published a defense of ongoing U.S. actions in Iran.

Within the current dynamics of the War Powers Resolution, until Congress musters bipartisan supermajorities to connect its own institutional ambition with constitutional power, presidents from either party will decide alone if, and when, the country goes to war. Instead of Congress, presidents may heed public opinion and economic indicators, especially in election years.

The Conversation

Jasmine Farrier is affiliated with the American Political Science Association.

ref. Why the 60-day War Powers Resolution deadline doesn’t actually constrain presidents – https://theconversation.com/why-the-60-day-war-powers-resolution-deadline-doesnt-actually-constrain-presidents-281724

Fiber’s structural integrity keeps plants strong – and its indigestibility keeps your digestive system healthy

Source: The Conversation – USA – By Julie Pollock, Associate Professor of Chemistry, University of Richmond

Vegetables, fruits, beans, seeds and nuts are all fiber-rich foods. tbralnina/iStock via Getty Images Plus

If you’re over the age of 10, the World Health Organization recommends that you consume at least 25 grams of fiber every day. The best fiber-containing foods come from plants: fruits, vegetables, nuts, seeds, whole grains and legumes.

While it’s sometimes overshadowed by other nutrients, such as protein, fiber plays a significant role in gastrointestinal health, digestion and nutrient absorption.

As a biochemist and someone who enjoys eating all types of foods, I find it remarkable that the structure of fiber, which is so similar to other carbohydrates, gives it all these unique functions. A tiny difference in the bonds that hold the molecules together allows your body to process a bagel differently from a raspberry.

Structure dictates function

In the biochemistry classes I teach, I emphasize that structure dictates function. If you’re about to cross a bridge but notice the braces are falling off or the wood is rotting, you’ll probably avoid stepping on it because the structure looks fragile.

This concept is true in the food you eat as well. The structures of the molecules that make up your food require them to be broken down in different ways in order to produce the energy that fuels your body.

Some foods contain vitamins and minerals that your body absorbs and uses for multiple functions. Other foods can keep your digestive system healthy and help your body absorb nutrients.

Food molecules consist of proteins, fats and carbohydrates. Each of these classes of food molecules has unique structures that allow your body to process them differently. For example, fats are long chains of carbon atoms that do not dissolve in water, while proteins have large amounts of nitrogen due to their amino acids. In addition, subclasses of biomolecules have even more specializations in their structures and functions.

Carbohydrate structure

Carbohydrates, or sugars, are biomolecules made up of carbon, oxygen and hydrogen atoms. Simple carbohydrates include single sugars, such as glucose or fructose, and two sugars linked together, such as sucrose – table sugar – or lactose, milk sugar. These simple carbohydrates exist mostly in rings, although they sometimes open up into a linear form.

Illustration of simple sugars – glucose, on the left, is one sugar made up of carbon, hydrogen and oxygen. sucrose, on the right, looks like two glucose molecules linked together
Simple sugars can be one sugar, such as glucose, left, or two linked sugars, such as sucrose, right.
Julie Pollock

Complex carbohydrates, on the other hand, have a lot – hundreds to thousands – of sugar molecules linked in large sheets called polysaccharides. These carbohydrates are linked only in their ring forms.

Plants connect sugar molecules in two types of polysaccharides – starch and fiber. These molecules have similar structures because they contain only one type of sugar – typically glucose – linked together many times.

However, one tiny difference in the chemical bonds within starch and fiber translates to very different functions for the molecules.

Starch, also called amylose and amylopectin, is a polysaccharide with glucose molecules that are linked using alpha bonds. Fiber, which consists primarily of cellulose, is a polysaccharide with glucose molecules that are linked using a beta bond.

The types of bonds refer to how certain parts of the molecules are oriented. These slight differences mean the two polysaccharides’ overall three-dimensional structures differ at the locations of these bonds.

The starch molecule is branched and doesn’t pack together very tightly. Plants use starch as a long-term store of glucose that they can break down to use for energy. The fiber molecules, due to their beta bonds, pack together very tightly. The glucose molecules in fiber form the support structures of a plant’s leaves, seeds and stems. The bonds of the starch enable the plants to easily break down the sugar so they can access quick energy, while the bonds of the fiber are designed to last and add strength to the plant’s architecture.

Drawings of complex carbohydrates. Starch on the left has a bond that is bent in a v shape, while fiber on the right has a bond that is straight.
The molecular structure of starch, left, and fiber, right.
Julie Pollock

Fiber’s dietary function

The structural differences between starch and fiber mean these molecules have different dietary functions when you consume them.

Human bodies easily digest starch. Your body uses an enzyme called amylase that breaks the alpha bonds to release glucose molecules, which cells break down further to use for energy. Starch’s structure is perfect for fueling your cells. High starch foods include potatoes, pasta, rice, corn and bread.

Human bodies, on the other hand, cannot digest the beta bonds in the fiber we consume. They do not make enzymes that can release glucose molecules from the fiber, so most fibers pass through your digestive tract without being digested and absorbed. They contribute no energy to your diet. Foods with large amounts of fiber include peas, broccoli, oatmeal and pears.

The fiber does offer other health benefits. Fiber promotes bowel health by keeping your stools soft and moist, which reduces the risk of constipation, hemorrhoids and diverticulosis. Since the fiber stays intact in your gut, it gives your muscles something to push on to make it easier to eliminate stools, reducing pressure and inflammation in your intestines.

Some research has shown that consuming fiber reduces risk of inflammatory bowel diseases and protects against cardiovascular diseases. Fiber binds to bile acids that are excreted into your intestines, which helps with fat digestion. The fiber molecules interact with bile acids and dietary cholesterol, causing them to be excreted more easily and lower blood cholesterol levels.

Eating a high fiber diet also helps people feel more full. The fiber absorbs water and expands in your intestine, slowing the movement of food through the digestive system.

Learning about the structures of the carbohydrates you consume can help you understand their function in the body. Even though I think about biochemistry every day, I’m still amazed by how profoundly one bond can change the function of a biomolecule.

The Conversation

Julie Pollock receives funding from the Henry and Camille Dreyfus Foundation

ref. Fiber’s structural integrity keeps plants strong – and its indigestibility keeps your digestive system healthy – https://theconversation.com/fibers-structural-integrity-keeps-plants-strong-and-its-indigestibility-keeps-your-digestive-system-healthy-280248

Moins d’enfants, mêmes désirs : que révèle la baisse de la fécondité ?

Source: The Conversation – in French – By Laurence Charton, Sociodémographe, Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Avec un indice synthétique de fécondité (ISF) de 1,33 enfant par femme en 2024, le Québec atteint son niveau le plus bas de son histoire démographique.


Ce chiffre, bien inférieur au seuil de remplacement des générations (2,1), alimente des débats récurrents sur le « déclin de la fécondité » ou l’« hiver démographique ». Ces formules masquent toutefois la complexité des dynamiques démographiques en jeu et les réponses politiques qu’il conviendrait d’adopter.

Sociologue et démographe, professeure titulaire à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), je m’intéresse aux conditions sociales qui conditionnent les choix et comportements reproductifs, notamment le fait d’avoir – ou de ne pas avoir – des enfants. C’est dans cette perspective que j’interroge ici ce que la baisse de la fécondité au Québec révèle, et ce qu’elle nous invite à repenser collectivement.

Trois phénomènes distincts derrière l’idée de « déclin »

L’expression « déclin de la fécondité » renvoie en réalité à trois phénomènes démographiques différents.

D’abord, le report des naissances. Au Québec, l’âge moyen à la première maternité dépasse aujourd’hui 30 ans, contre 25 ans en 1975, ce qui fait mécaniquement baisser les taux annuels de fécondité aux âges de la vingtaine, mais sans refléter nécessairement le nombre final d’enfants par femme.

Ensuite, la part des femmes sans enfant. Ce phénomène demeure cependant relativement stable, notamment au Québec depuis la génération 1965, contredisant ainsi dans la foulée l’idée d’un rejet de la maternité ou d’une montée du « non-désir d’enfant ».

Enfin, le nombre moyen d’enfant par femme en fin de vie reproductive. Avec un nombre d’enfants plus faible pour les générations actuelles comparativement aux précédentes, c’est ce phénomène qui contribue le plus aujourd’hui – au Québec et ailleurs – à la baisse de la fécondité.

Un écart persistant entre désirs et réalisations

Les études montrent que dans tous les pays occidentaux, les femmes et les hommes souhaitent encore en moyenne deux enfants. Pourtant, la plupart des personnes ne concrétisent pas leurs projets parentaux. Cet écart persistant suggère ainsi que la dénatalité ne vient pas des personnes elles-mêmes, mais de leurs conditions de vie.

Les aspirations reproductives n’ont pas diminué au cours des dernières décennies, mais les conditions structurelles se sont dégradées : logement cher et rare, insécurité locative, marché du travail précaire, horaires flexibles et atypiques, et inégalités persistantes dans le partage des responsabilités parentales, influencent surtout négativement la décision des couples d’avoir un deuxième ou un troisième enfant. Plus particulièrement, ces conditions structurelles sont plus susceptibles de décourager les femmes, qui assument davantage que les hommes les charges domestiques et familiales




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Au Québec, les régions où la fécondité est plus élevée sont d’ailleurs celles où l’accès au logement est encore globalement plus facile, comme en Chaudière-Appalaches, au Saguenay–Lac-Saint-Jean ou en Abitibi-Témiscamingue. Ces régions sont également celles qui permettent aux couples de compter le plus souvent sur le soutien de leur réseau familial.


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Ce que montrent les comparaisons internationales

En 2023, la France enregistre un ISF à 1,59 (le plus élevé d’Europe), tandis que les pays nordiques oscillent entre 1,43 et 1,49, et que le Québec se rapproche de l’Allemagne (1,38) et du Canada dans son ensemble.

Ces différences ne reflètent pas des écarts dans les intentions de fécondité, mais plutôt des choix politiques. Les études comparatives montrent, par exemple, que les primes et allocations à l’enfant n’ont pas d’effet durable sur la fécondité. Les politiques efficaces sont celles qui combinent services de garde accessibles, congés parentaux bien rémunérés et partagés, logement abordable et flexibilité réelle du travail.




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Le Québec en a d’ailleurs déjà fait la démonstration avec une remontée notable de la fécondité au tournant des années 2000 lors de la mise en place des centres de la petite enfance (CPE) et du régime québécois d’assurance parentale (RQAP). Avant que cette dynamique ne s’essouffle, ces politiques avaient su réduire concrètement les obstacles à la parentalité en allégeant le poids financier et organisationnel qui pèse sur les familles. Cependant, la saturation progressive des services de garde, la flambée des coûts du logement et l’incapacité des pouvoirs publics à adapter leurs interventions aux nouvelles réalités des ménages (familles monoparentales, horaires atypiques, précarité d’emploi) ont fini par éroder les gains obtenus, faute d’une vision politique capable d’accompagner l’évolution profonde des structures familiales et sociales.

Une question de conditions, non d’incitatifs

Le niveau de fécondité reflète la cohérence entre politiques publiques et aspirations familiales.

Lorsque les intentions restent stables, mais que les réalisations diminuent, c’est le signe que les conditions matérielles et organisationnelles ne suivent plus. Miser sur des incitatifs ponctuels ou des slogans comme le « réarmement démographique » risque d’avoir peu d’effets, voire d’en aggraver la situation par rejet de l’idéologie associée (rhétorique nataliste et survie nationale).

Soutenir la fécondité implique ainsi de parler de droits à la parentalité plutôt que de devoirs, de viser la réalisation des désirs plutôt que la hausse des chiffres, de cibler autant les hommes que les femmes, et de reconnaître aussi le droit de ne pas avoir d’enfant.

Il s’agit en d’autres mots de permettre aux personnes qui souhaitent des enfants de les avoir dans de bonnes conditions.

La fécondité comme révélateur social

La fécondité est un indicateur de la capacité d’une société à offrir à ses membres des conditions favorables pour se projeter dans l’avenir.

Dans ces conditions, l’enjeu du « déclin de la fécondité » concerne moins la baisse du nombre d’enfants en soi, que la fragilisation de cette capacité de projection. La société doit offrir des conditions permettant aux personnes qui souhaitent des enfants de les avoir et de les accompagner sans que cela ne mette en péril leur équilibre individuel, conjugal, familial, professionnel ou économique.

La Conversation Canada

Laurence Charton a reçu des financements de CRSH, FRQ, INRS, Secrétariat à la condition féminine (gouvernement du Québec).

ref. Moins d’enfants, mêmes désirs : que révèle la baisse de la fécondité ? – https://theconversation.com/moins-denfants-memes-desirs-que-revele-la-baisse-de-la-fecondite-277345