Moyen-Orient : comment la guerre transforme une crise régionale en urgence humanitaire majeure

Source: The Conversation – in French – By Albane Buriel, Associate lecturer, Université Rennes 2

La guerre en Iran provoque une crise humanitaire majeure, aggravant des vulnérabilités déjà existantes dans plusieurs pays. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la hausse des coûts rendent l’acheminement de l’aide plus difficile, tandis que les déplacements massifs, les destructions d’infrastructures et l’insécurité alimentaire s’intensifient dans toute la région. La crise a des répercussions mondiales, fragilise davantage le système humanitaire et souligne la nécessité d’une solution diplomatique plutôt que militaire.


Un mois après le début de l’attaque conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, le conflit dépasse largement le champ militaire. Il transforme une crise régionale en choc humanitaire interconnecté, perturbant l’acheminement de l’aide, les marchés alimentaires et les conditions de vie de millions de civils. Dans un contexte de contraintes d’accès persistantes et de financements limités, les opérations humanitaires sont mises à rude épreuve, tandis que les violences s’intensifient et s’étendent sur plusieurs fronts.

Des vulnérabilités structurelles déjà à l’œuvre

La région est déjà marquée par des crises prolongées, des économies fragiles et une forte dépendance aux importations. Ce que l’on observe n’est pas tant l’émergence d’une crise nouvelle, mais l’accélération de vulnérabilités existantes.

Le Yémen dépend massivement des importations alimentaires : toute hausse du coût du carburant se répercute immédiatement sur les prix. Oxfam alerte sur la situation : environ 18 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire, dans un contexte où le plan humanitaire n’était financé qu’à 28 % en 2025. Dans ce contexte déjà critique, l’implication des Houthis dans le conflit pourrait contribuer à aggraver encore la situation humanitaire.

En Afghanistan, 17,4 millions de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë, selon le Programme alimentaire mondial. Au Soudan, les violences et déplacements massifs se poursuivent, dans l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Les niveaux de faim atteignent, dans certaines zones, des seuils proches de la famine.

Dans ces contextes, les systèmes de santé et d’approvisionnement fonctionnent déjà sous tension. La guerre actuelle agit comme un multiplicateur de vulnérabilités. Dans des économies fortement dépendantes des importations, toute perturbation régionale peut avoir des effets immédiats sur les marchés et l’accès à l’alimentation.

L’acheminement de l’aide, cœur invisible de la crise

L’acheminement de l’aide humanitaire repose sur des chaînes logistiques complexes, dépendantes des routes commerciales, du coût de l’énergie et de la stabilité régionale. Or, ces équilibres sont aujourd’hui profondément bouleversés. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement autour du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial, accentuent cette hausse des prix de l’énergie, et, par ricochet, celles des denrées alimentaires. La Fédération internationale de la Croix-Rouge alerte sur la hausse des coûts du carburant, du transport et du fret, sur la fermeture de certaines voies et sur l’allongement des délais.

Des travailleurs humanitaires distribuent des fournitures d’aide à des personnes déplacées au Liban.
Organisation internationale pour les migrations (OIM)

Les acteurs humanitaires doivent donc contourner certaines zones, recourir à des itinéraires plus longs et gérer une incertitude croissante sur les délais de livraison. Concrètement, acheminer de la nourriture, des médicaments ou du matériel de première nécessité devient plus long, plus coûteux et parfois plus risqué, ce qui oblige les organisations à arbitrer, à réduire certaines distributions ou à prioriser les situations les plus critiques.

Sur le terrain, des crises qui s’enchaînent

Les effets de la guerre se diffusent à l’échelle régionale. Des millions de personnes ont fui leur foyer en Iran et au Liban, tandis que les attaques contre les infrastructures civiles, énergétiques, sanitaires ou hydrauliques, privent des populations déjà vulnérables d’électricité, d’eau, de soins et de chauffage. Dans plus d’une douzaine de pays, les populations restent exposées à des menaces directes ou indirectes liées à l’escalade.

Les besoins augmentent très rapidement, alors même que la capacité à y répondre diminue. Derrière ces dynamiques, il y a des réalités très concrètes : des familles déplacées, des enfants déscolarisés, des patients qui n’accèdent pas aux soins, des ménages qui peinent à se nourrir.

Au Liban, la situation est particulièrement critique. Plus d’un million de personnes ont été déplacées, soit 1 habitant sur 5. Les abris sont saturés, les écoles réquisitionnées et au moins 54 centres de santé et 5 hôpitaux ont fermé.

Dans certains abris, plusieurs familles partagent une même salle, avec un accès limité à l’eau, à l’électricité et à des installations sanitaires adaptées. Les pénuries de carburant affectent également le fonctionnement des hôpitaux et des services essentiels. Selon l’UNRWA, les réfugiés palestiniens, déjà en situation de grande précarité, voient leur dépendance à l’aide s’accroître dans un contexte où son acheminement devient de plus en plus difficile.

Déplacement, précarité, rupture des repères : les enfants sont parmi les plus exposés aux conséquences de la crise. Ici dans les rues de Beyrouth.
UNICEF/UNI956430

En Iran, entre 600 000 et 1 million de ménages, soit jusqu’à 3,2 millions de personnes, ont été déplacés à l’intérieur du pays. Ces déplacements massifs désorganisent les conditions de vie et accentuent la pression sur les zones d’accueil. Les destructions d’infrastructures, notamment énergétiques, entraînent des coupures d’électricité, des difficultés d’accès à l’eau et aux soins, ainsi que des risques sanitaires accrus, liés notamment à la pollution et à la dégradation des services. Les réfugiés déjà présents, en particulier les Afghans, sont encore plus exposés.

En Syrie, l’arrivée de plus de 190 000 personnes fuyant le Liban, dont près de la moitié sont des enfants, met sous tension un système déjà fragilisé par plus d’une décennie de conflit et une reprise économique fragile. Ces crises ne s’additionnent plus : elles se renforcent. Les populations fuient autant la guerre que l’effondrement de leurs conditions de vie.

Dans les territoires palestiniens, l’accès humanitaire reste fortement contraint. À Gaza, la dépendance à un nombre très limité de points de passage, comme Kerem Shalom, rend l’acheminement de l’aide particulièrement difficile. En Cisjordanie, de nouvelles restrictions de circulation, les opérations militaires et l’intensification des violences, en particulier de la part des colons, entravent l’accès aux soins, au travail et à l’éducation, aggravant une situation déjà extrêmement fragile.

Selon l’ONG Save the children, plus de 52 millions d’enfants au Moyen-Orient voient leur scolarité perturbée tandis que l’exposition à la violence et aux déplacements répétés engendre des effets durables sur leur santé mentale.

Au-delà de la région, une crise globale des vulnérabilités

Les effets de cette escalade dépassent largement le Moyen-Orient Ce qui se dessine, c’est une crise globale des vulnérabilités humanitaires, dont les répercussions s’étendent bien au-delà des zones de conflit. Les pays en développement d’Asie et du continent africain, particulièrement dépendants des importations et déjà exposés à des chocs économiques et climatiques, risquent d’être les plus durement touchés.

À cela s’ajoutent des perturbations sur les marchés des engrais, essentiels à la production agricole, qui pourraient affecter durablement les rendements et renforcer les risques d’insécurité alimentaire dans de nombreuses régions du monde, notamment en Afrique de l’Est et dans le Sahel.

Selon le Programme alimentaire mondial, jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë si l’escalade se poursuit.

Une crise du système humanitaire… et du droit international

Cette crise intervient alors que le système humanitaire est déjà sous forte tension. Les besoins augmentent, tandis que les financements diminuent, obligeant les organisations à réduire leurs activités. Le désengagement, même partiel, de certains bailleurs, notamment les États-Unis, accentue encore l’écart entre besoins et capacités de réponse.

Dans le même temps, les modalités des conflits contribuent à aggraver la situation. Les attaques contre les civils, les infrastructures et les acteurs humanitaires ainsi que les restrictions d’accès humanitaire traduisent une érosion concrète du droit international humanitaire. Ce double mouvement – raréfaction des ressources et affaiblissement des normes – produit une forme de violence structurelle, où la capacité même à protéger les populations est mise en échec.

Dans ce contexte, une approche centrée sur l’établissement de la paix apparaît essentielle. Ni l’escalade militaire ni la seule gestion humanitaire de l’urgence ne permettent de répondre durablement à la crise. Cette approche repose sur la désescalade, la protection des civils et la reconstruction de cadres politiques durables. Comme l’a rappelé le porte-parole des Nations unies, Stéphane Dujarric, « il n’existe tout simplement aucune solution militaire à ce conflit » et toutes les parties doivent privilégier les voies diplomatiques à leur disposition. Loin d’être naïve, cette orientation constitue aujourd’hui une nécessité.

Plus d’un mois après le début de l’escalade, la crise humanitaire n’est plus une conséquence indirecte du conflit : elle en constitue désormais l’un des principaux fronts.

The Conversation

Albane Buriel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Moyen-Orient : comment la guerre transforme une crise régionale en urgence humanitaire majeure – https://theconversation.com/moyen-orient-comment-la-guerre-transforme-une-crise-regionale-en-urgence-humanitaire-majeure-279530

Au-delà du tourisme : quand l’hospitalité devient un acte de survie

Source: The Conversation – in French – By Georges El Hajal, Senior Lecturer & Researcher, NHL Stenden University of Applied Sciences

Face à la multiplication des crises mondiales, l’hospitalité ne peut plus être pensée uniquement comme un service commercial, mais devient une pratique essentielle de survie, fondée sur l’éthique et la dignité humaine. D’où la nécessité de développer la notion d’« hospitalité humanitaire », exercée par les acteurs de terrain, qui exige des compétences spécifiques (résilience, sens éthique, adaptabilité) et de mettre en place un nouveau modèle éducatif intégrant une « double focale » : prendre soin des populations tout en protégeant la santé mentale et la résilience des aidants.


Nous vivons une époque de ruptures géopolitiques majeures. Avec plus de 120 conflits armés actifs touchant 60 pays, plus de 300 millions de personnes dépendent désormais de l’assistance humanitaire.

Pourtant, les modèles éducatifs en hospitalité — entendus ici comme l’ensemble des approches pédagogiques, des référentiels de compétences et des dispositifs de formation qui structurent l’enseignement de l’hospitalité — restent largement ancrés dans des contextes stables et commerciaux, principalement orientés vers la préparation aux métiers du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration, où l’activité s’inscrit dans des environnements relativement prévisibles et régis par des logiques de service, de satisfaction client et de rentabilité.

Face aux bouleversements en cours, il devient impératif de réviser nos grilles de lecture : dans les zones de crise, l’hospitalité n’est plus un loisir, mais un mécanisme de survie, un acte éthique profond et une forme de solidarité humaine essentielle. Ce déplacement de sens ne relève pas uniquement d’un changement de contexte. Il révèle une limite structurelle dans notre manière de concevoir et d’enseigner l’hospitalité. Cette réflexion s’adresse principalement aux acteurs de la formation en hospitalité et en tourisme, tout en proposant un cadre analytique permettant également d’éclairer les pratiques des acteurs humanitaires et, plus largement, de toute personne amenée à accueillir en contexte de crise.

L’émergence de l’hospitalité humanitaire

Ce changement de paradigme définit ce que El Hajal, Westerlaken, et Losekoot (2026) appellent « l’hospitalité humanitaire » (humanitarian hospitality). Contrairement au secteur marchand, basé sur un échange transactionnel (confort contre rémunération), cette forme d’accueil s’ancre dans le soin éthique et la préservation de la dignité humaine. Elle est prodiguée par des secouristes et bénévoles, comme ceux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, opérant dans des environnements marqués par le danger et la pénurie.

Accueillir en situation extrême est un défi complexe, et repenser l’hospitalité sous ce prisme exige d’aller au-delà de la simple logistique de distribution de vivres ou de tentes. Cela suppose, pour les acteurs directement engagés dans l’accueil en contexte de crise — notamment les travailleurs humanitaires, les bénévoles et, plus largement, toute personne amenée à endosser un rôle d’« hôte » dans ces environnements —, le développement de compétences spécifiques : capacité à gérer le stress et l’incertitude, prise de décision éthique sous pression, sensibilité interculturelle et aptitude à maintenir une présence relationnelle dans des environnements instables.

Il s’agit de répondre aux besoins matériels et émotionnels des populations déplacées, tout en protégeant la santé psychologique et la résilience de ceux qui fournissent cet accompagnement sous une pression considérable. L’hospitalité commerciale classique repose fondamentalement sur un échange transactionnel et réciproque : un abri, de la nourriture et des services en l’échange d’une rémunération, avec pour objectif le confort et la satisfaction du client. Dans les zones frappées par la guerre ou les catastrophes, cette logique s’effondre. L’hospitalité y devient non réciproque et s’ancre non plus dans le confort, mais dans la survie, le soin éthique et la préservation de la dignité humaine.

Le philosophe Jacques Derrida soulignait déjà la tension entre l’idéal d’un accueil « inconditionnel » et la réalité d’une hospitalité « conditionnelle », dictée par les lois et les ressources. Sur le terrain, les humanitaires déploient une « éthique du care » (sollicitude) pour naviguer entre leur désir d’offrir un refuge absolu et les contraintes de sécurité ou de manque de moyens, et pour privilégier responsabilité relationnelle, empathie et réactivité.

Former l’« hôte éthique » : du Liban aux Pays-Bas

Cette approche n’est pas que théorique ; elle transforme déjà la pédagogie. Le projet « Hospitality in Uniform », porté par le corps professoral en International Hospitality Education à l’université NHL Stenden (Pays-Bas), intègre ces dimensions via des simulations où les étudiants affrontent des dilemmes mêlant logistique et éthique. Ces dispositifs s’appuient sur des partenariats avec des organisations telles que la Croix-Rouge, des institutions de défense et des programmes de résilience nationale, afin de rapprocher formation académique et réalités opérationnelles.

Le cas du Liban illustre de manière particulièrement éclairante ces dynamiques dans un contexte de crise prolongée. Dans un environnement marqué par des tensions récurrentes et des situations de conflit, l’action des bénévoles de la Croix-Rouge libanaise dépasse largement la seule prestation technique de soins d’urgence. Elle inclut, par exemple, la réunification de familles séparées, l’accompagnement de personnes déplacées, ainsi que la fourniture d’un soutien psychosocial auprès de populations exposées à des situations de violence et d’incertitude.

Dans ce cadre, les bénévoles n’agissent pas comme des « hôtes » au sens matériel ou infrastructurel du terme, puisqu’ils ne disposent pas nécessairement de lieux d’accueil dédiés. Leur rôle s’inscrit plutôt dans une forme d’hospitalité relationnelle, fondée sur la présence, l’écoute et la reconnaissance de la dignité des personnes accompagnées. En ce sens, ils incarnent la figure de l’« hôte éthique » : non pas en offrant un espace physique d’hébergement, mais en créant, à travers leurs interactions, des conditions d’accueil symboliques et émotionnelles essentielles dans des environnements instables.

Ainsi, l’hospitalité ne se limite plus à une infrastructure matérielle, mais devient une infrastructure relationnelle, reposant sur la confiance, la continuité du lien et la capacité à maintenir une présence humaine dans des contextes où les repères sociaux sont fragilisés.

Dans ces contextes de rupture, l’hospitalité en uniforme se révèle donc être une infrastructure relationnelle vitale, une présence émotionnelle exigeante qui transforme le travailleur logistique en un hôte porteur d’espoir. Des contextes que les approches éducatives traditionnelles peinent pour l’heure à intégrer de manière structurée.

La « double focale » : protéger ceux qui accueillent

L’un des apports majeurs de ce cadre est la notion de « double focale » (dual focus). Si l’aide humanitaire a longtemps été évaluée sur des critères comptables, l’éthique de la sollicitude rappelle que la qualité du soin dépend intrinsèquement de la résilience de celui qui le donne.

Le tribut psychologique pour ces « hôtes » sous pression est en effet lourd : épuisement professionnel, fatigue compassionnelle et dilemmes éthiques entre neutralité institutionnelle et empathie personnelle. Il est donc impossible de garantir la dignité des populations déplacées sans prioriser, simultanément, la santé mentale des travailleurs.

Afin de situer cette réflexion dans le champ des études en hospitalité et en tourisme, il est utile de proposer une comparaison analytique entre les formes d’accueil en contexte commercial et celles observées en contexte de crise. Cette mise en regard ne vise pas à assimiler ces contextes, mais à montrer comment les cadres théoriques de l’hospitalité, historiquement développés dans des environnements touristiques, peuvent être mobilisés et repensés pour analyser des situations extrêmes où l’accueil devient un acte éthique plutôt qu’un service. Dans l’industrie touristique, l’hôte évolue dans un cadre sécurisé, régi par des standards de service et des protocoles organisationnels visant la satisfaction du client.

En contexte de crise, ces repères s’effondrent : l’accueil ne relève plus d’un échange structuré et réciproque, mais d’une relation asymétrique, marquée par l’urgence, la vulnérabilité et une responsabilité éthique accrue. Cette comparaison permet ainsi de mettre en évidence un déplacement fondamental, où l’hospitalité passe d’une logique de service à une pratique relationnelle centrée sur la dignité, le soin et la présence.

Vers une nouvelle grammaire éducative

Dans les contextes de crise et de déplacement forcé, l’hospitalité ne peut être réduite à une logique de service commercial et s’inscrit davantage comme une pratique sociale stabilisatrice, centrée sur la dignité et le maintien du lien humain. Dans cette perspective, la responsabilité des institutions de formation en hospitalité et en tourisme ne se limite plus à l’excellence de service, mais appelle une évolution autour de trois piliers :

La résilience relationnelle : comprendre que la qualité de la prise en charge de l’Autre dépend de sa propre solidité émotionnelle.

La réflexivité éthique : savoir naviguer entre l’urgence d’assister et les contraintes institutionnelles.

L’adaptabilité opérationnelle : allier précision logistique et soin centré sur l’humain.

Repenser l’hospitalité à travers le prisme de l’hospitalité humanitaire ne constitue donc pas uniquement une évolution conceptuelle. Il s’agit d’une transformation des compétences attendues, des responsabilités professionnelles et du rôle sociétal de l’hospitalité. Cela appelle à une reconfiguration des formations, mais aussi à un rapprochement entre secteurs éducatif, humanitaire et institutionnel, afin d’agir avec discernement dans un monde où tout vacille.

Pour un développement théorique et empirique détaillé de ce concept, ainsi que sa validation exploratoire auprès de travailleurs humanitaires, voir El Hajal, Westerlaken et Losekoot (2026).

The Conversation

Georges El Hajal est membre de CIPD – Chartered Institute of Personnel and Development.

Luc Béal ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au-delà du tourisme : quand l’hospitalité devient un acte de survie – https://theconversation.com/au-dela-du-tourisme-quand-lhospitalite-devient-un-acte-de-survie-279532

Les conditions de travail éprouvantes des informaticiens indiens au service d’entreprises internationales

Source: The Conversation – in French – By Vivek Soundararajan, Professor of Work and Equality, University of Bath

Des millions de spécialistes indiens travaillant pour des entreprises étrangères exercent leur profession depuis leur domicile, ce qui est synonyme de très nombreuses contraintes : logements de petite taille souvent partagés avec de nombreux proches, coupures d’Internet, effacement de la vie personnelle face aux charges professionnelles… Une enquête récente offre un tableau complet de cet aspect méconnu de l’économie mondiale.


Les informaticiens indiens assurent une grande partie du bon fonctionnement des services des technologies de l’information dans le monde. Il est très possible que ce soit eux qui gèrent, par exemple, le service d’assistance technique de votre entreprise ou répondent aux questions que vous adressez à des chats techniques concernant le dernier gadget que vous avez acheté.

Ces informaticiens travaillent souvent depuis leur domicile. Dans les grands pôles technologiques d’Inde, tels que Bangalore, Chennai ou Hyderabad, de nombreux professionnels travaillent dans des appartements exigus, remplis de systèmes d’alimentation de secours qu’ils ont dû financer eux-mêmes.

Bien que la plupart des salariés soient employés par certaines des plus grandes entreprises du monde, les recherches que j’ai menées avec mes collègues montrent que leurs conditions de travail sont souvent loin d’être satisfaisantes.

Depuis la pandémie de Covid-19, le monde entier a découvert les avantages et les inconvénients du télétravail. Pour certaines personnes, le passage à un mode de travail hybride, voire entièrement à distance, peut représenter une forme d’autonomie et de liberté. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Alors, à quoi ressemble réellement le travail à domicile pour les cinq millions d’informaticiens en Inde qui assurent le fonctionnement des infrastructures technologiques des grandes entreprises occidentales ?

Un manque d’espace criant

L’un des principaux défis concerne l’espace. En Inde, plus de la moitié de la population vit avec sa famille élargie. Parmi les 51 salariés que nous avons interrogés, beaucoup partagent leur logement avec leurs enfants, parents, grands-parents ou encore beaux-parents – tous réunis dans de petits appartements qui font désormais office de bureau.

Pour eux, le télétravail consiste à devoir réorganiser la cohabitation familiale dans un espace réduit, afin qu’ils puissent disposer d’un endroit calme pour travailler.

Lors des visioconférences, maintenir un cadre professionnel devient une gageure dans ces logements qui ne comptent souvent que deux chambres, où des bébés en pleurs et grands-parents malades cohabitent dans la même pièce.

Certaines personnes que nous avons interrogées remplissent également le rôle d’aidant auprès de leurs proches : la conciliation est alors particulièrement complexe. Elles décrivent des répercussions importantes sur la vie familiale, avec des repas désorganisés et des soirées régulièrement perturbées par des appels professionnels.

Mais le plus grand défi concerne sans doute les infrastructures de base. Les coupures Internet sont fréquentes dans les villes indiennes. La connexion Internet, partagée entre plusieurs membres du foyer qui travaillent ou étudient depuis chez eux, est souvent instable.

Nous avons rencontré de nombreux informaticiens, qui effectuent le même travail que leurs homologues à Londres ou à San Francisco. Pour rester connectés, ils ont dû investir eux-mêmes dans des systèmes d’alimentation de secours. Lors de visites à domicile, nous avons pu voir des batteries installées sur leurs balcons, dans les couloirs ou à l’entrée de leurs logements. Un dispositif adapté – permettant d’alimenter un ordinateur portable, un routeur ou un ventilateur pendant les coupures – peut coûter jusqu’à 460 euros, soit environ l’équivalent d’un mois de salaire net pour un jeune professionnel du secteur.

Dans le même temps, l’utilisation personnelle d’Internet est limitée. Les horaires de télévision sont réorganisés en fonction des appels professionnels. La plupart des réunions se font uniquement en audio, la vidéo étant réservée à des occasions particulières.

À ces contraintes matérielles s’ajoute parfois une surveillance professionnelle qui s’immisce jusque dans le domicile. Un employé de 33 ans nous a expliqué que le système informatique de son entreprise « calcule le nombre d’heures travaillées et les sites Internet consultés », et que toute anomalie « déclenche automatiquement un message adressé à son supérieur ».

Cette surveillance peut parfois se révéler absurde. Lors de coupures de courant – pourtant fréquentes – certains employés doivent en apporter la preuve. « Mon chef m’a dit : Sors et prends des photos de chez toi pour me les envoyer. Il voulait une preuve », nous raconte un ingénieur de 28 ans.

Une contestation croissante

Ces frustrations ne restent pas sans écho. En 2025, des centaines de salariés du secteur informatique sont descendus dans les rues de Bangalore, brandissant des pancartes où l’on pouvait lire « Nous ne sommes pas vos esclaves », afin de revendiquer un droit légal à la déconnexion.

Lorsque le gouvernement a annoncé vouloir allonger la durée maximale de la journée de travail de dix à douze heures, de nouvelles manifestations ont éclaté. À ce jour, le secteur informatique en Inde reste encore largement exclu de certaines protections du droit du travail, et aucun droit à la déconnexion n’a encore été inscrit dans la loi.

Un aspect central de ces mobilisations concerne les inégalités des lieux de travail, qui se sont simplement déplacées des bureaux aux domiciles. En réduisant leurs dépenses liées aux bureaux, aux charges et aux matériels, les entreprises font des économies. Mais ces coûts ne disparaissent pas pour autant : désormais, ce sont les salariés et leurs familles qui les paient à leur place.

Dans certains pays, cela peut se limiter à l’achat d’un bureau. Mais pour beaucoup de professionnels indiens que nous avons rencontrés, cela signifie investir dans des solutions de secours pour l’électricité, rationner l’usage d’Internet, réorganiser entièrement la vie à la maison et faire ainsi face à une charge mentale accrue, liée à un travail sans véritable frontière – le tout dans un contexte d’infrastructures souvent défaillantes.

Un développeur basé à Bangalore, doté des mêmes compétences qu’un autre à Boston, ne vit pas du tout la même réalité du télétravail. Si le travail à distance veut tenir ses promesses, les entreprises et les décideurs publics doivent reconnaître que « travailler depuis chez soi » recouvre des réalités profondément différentes selon l’endroit où l’on vit – et selon qui assume les coûts invisibles qui permettent à ce système de fonctionner.

The Conversation

Vivek Soundararajan a reçu des financements de l’Agence britannique pour la recherche et l’innovation (UKRI).

ref. Les conditions de travail éprouvantes des informaticiens indiens au service d’entreprises internationales – https://theconversation.com/les-conditions-de-travail-eprouvantes-des-informaticiens-indiens-au-service-dentreprises-internationales-278686

Guerre en Iran : une « tempête parfaite » pour les prix du pétrole et du gaz ?

Source: The Conversation – in French – By Patrick Criqui, Directeur de recherche émérite au CNRS, Université Grenoble Alpes (UGA)

Alors que la guerre et les tensions géopolitiques s’intensifient au Moyen-Orient et que les cargos pétroliers ne circulent désormais qu’au compte goutte dans le détroit d’Ormuz, le spectre d’un choc énergétique global ressurgit, dans le sillage d’une histoire déjà longue de crises pétrolières successives. Dans un monde où les marchés des hydrocarbures sont plus que jamais interconnectés, la crise actuelle met à l’épreuve l’économie mondiale et, en particulier, celle des pays importateurs. Des risques qui renforcent l’impératif d’une accélération de la transition énergétique.


Après la période de la « mondialisation heureuse », la crise du Covid-19, l’invasion de l’Ukraine, l’attaque d’Israël puis sa réplique sur le territoire de Gaza et, aujourd’hui, la guerre contre l’Iran, une suite de crises marque le retour du monde dans une zone de hautes turbulences.

Ce dernier événement est particulièrement déstabilisant car il touche le golfe Arabo-Persique. Si la transition énergétique a commencé dans cette région, elle demeure une zone hypersensible pour l’approvisionnement d’un monde encore largement dépendant des hydrocarbures. Pour Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, il s’agit déjà du plus important choc d’approvisionnement en énergies fossiles – pétrole et gaz – de ces dernières décennies.

Au-delà de la menace pour nos économies, ce choc permettra-t-il d’accélérer leur décarbonation ? Afin d’apprécier son importance et son pouvoir transformateur, il faut le resituer dans l’histoire longue des marchés internationaux de l’énergie, une histoire déjà riche en accidents.




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Soixante ans de crises pétrolières

La survenue d’une nouvelle crise internationale majeure au Moyen-Orient et les menaces qu’elle fait peser sur l’approvisionnement énergétique et l’économie mondiale conduisent à s’interroger sur les conditions de déclenchement des chocs pétroliers. On peut définir un choc pétrolier comme une hausse forte (un doublement, voire un triplement) et durable des prix du pétrole. Inversement, un contre-choc correspond à une baisse forte et durable.

L’histoire des prix du pétrole sur les soixante dernières années peut être analysée comme la succession de quatre grandes périodes, comme le montre la figure ci-dessous.

Prix du pétrole en fonction du niveau de production pétrolière au Moyen-Orient.
P. Criqui/Données : Energy Institute, Fourni par l’auteur
  • 1965-1973, la montée des tensions : dans les années soixante, on assiste à une augmentation très rapide de la production du Moyen-Orient (une multiplication par trois entre 1965 et 1973), avec des prix très bas, de l’ordre de 20 dollars le baril, en dollars d’aujourd’hui (soit 17,30 euros). Cela a fait exploser la demande, à laquelle les producteurs ont eu du mal à répondre.

  • 1973-1998, le temps des chocs et du contre-choc : la guerre du Kippour entre Israël et les pays arabes a permis à ceux-ci de prendre la main et d’augmenter unilatéralement les prix, ce qui donnera lieu au choc pétrolier de 1973-1974. Quelques années après, la révolution islamique en Iran entraîne une nouvelle flambée des cours sur des marchés spot naissants : c’est le deuxième choc de 1979-1980. S’annonce ensuite une décrue de la production du Moyen-Orient (principalement de l’Arabie saoudite), avant le contre-choc de 1985-1986 et le retour à un niveau de prix modéré, malgré l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990.

  • 1998-2015, un retour progressif des tensions qui se solde par un troisième choc, cette fois de demande : dans les premières années du XXIᵉ siècle, les tensions se reconstituent, alimentées par la forte croissance mondiale et la flambée des matières premières avant les Jeux olympiques d’été de Pékin (2008). La crise des subprimes en 2008 marque un coup d’arrêt. Le prix plonge, mais se rétablit rapidement à des niveaux élevés, comparables à ceux d’après le deuxième choc (de l’ordre de 150 dollars, un peu moins de 130 euros, le baril).

  • 2015-2025, un nouvel équilibre : dans la dernière période s’instaure un nouvel équilibre. Malgré un niveau de production élevé, notamment au Moyen-Orient (une fois et demie celui du début des années 2000), et en raison notamment de l’arrivée des pétroles et gaz de schistes aux États-Unis, le prix reste dans une fourchette de 60 à 100 dollars (de plus de 51 euros à 86,50 euros) le baril.

Les événements géopolitiques et les chocs énergétiques se sont donc enchaînés au Moyen-Orient dans les dernières décennies. Ils ne sont pas toujours synchrones, mais en 2026 les conditions semblent bien réunies pour une « tempête parfaite » sur les marchés énergétiques : un événement géopolitique majeur est survenu dans un contexte de niveau de production de pétrole élevé. Et cela d’autant plus qu’il affecte un autre marché devenu stratégique : celui du gaz naturel liquéfié (GNL).




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Le gaz naturel : des marchés régionaux cloisonnés à un risque désormais global

L’histoire du gaz naturel, moins spectaculaire que celle du pétrole, révèle pourtant une transformation profonde du système énergétique mondial. En cinquante ans, le gaz est passé d’un système de marchés régionaux (Amérique du Nord, Europe, Asie), régis essentiellement par des contrats de long terme, à un marché largement mondialisé, lieu d’arbitrages permanents et aujourd’hui exposé à des risques systémiques majeurs.

Son évolution peut se lire en trois grandes séquences, chacune marquée par une géographie d’approvisionnement, une logique de prix et un degré de vulnérabilité spécifiques.

Prix du gaz sur les trois principaux marchés régionaux.
P. Criqui, Fourni par l’auteur
  • 1970–1986, l’ère des marchés cloisonnés : jusqu’au milieu des années 1980, il n’existe pas encore de marché mondial du gaz. Le gaz naturel est un produit régional, contraint par des infrastructures rigides et des contrats de long terme. Aux États-Unis, les prix sont bas car c’est un marché continental, approvisionné par gazoducs et encadré par des régulations fédérales. En Europe, les prix sont plus élevés car les approvisionnements reposent sur un mix de gazoducs venant d’URSS/de Russie, de Norvège et d’Algérie, auxquels s’ajoute une part limitée de GNL importé. Au Japon, le GNL est coûteux et les prix asiatiques sont les plus élevés du monde. Ces trois marchés communiquent peu entre eux : pas de flux transcontinental, pas de connexion entre marchés, pas de transmission internationale des tensions locales. S’il peut y avoir un choc pétrolier mondial, il n’existe pas encore de choc gazier mondial.

  • 1986–2008, une convergence relative : à partir de 1986, la structure des marchés évolue. Le contre-choc pétrolier entraîne une révision des modes de contractualisation, la montée progressive du commerce de GNL, l’ouverture des premières places de marché spot (c’est-à-dire, des marchés sur lesquels les prix sont fixés au jour le jour) et l’assouplissement des conditions d’échange dans certaines régions. Les prix américains, européens et asiatiques demeurent différents, mais leurs évolutions convergent. Cela découle du développement du commerce international de GNL, de la standardisation progressive des infrastructures et des effets d’entraînement d’un marché pétrolier devenu plus volatil. La période n’est toutefois pas homogène. Aux États-Unis, les marchés spot connaissent des pics très prononcés, dus aux contraintes de transport et aux limites régionales des capacités de stockage ou de production. En dépit de ces épisodes régionaux, les prix du gaz reflètent une plus grande cohérence à l’international.

  • 2008-2025, malgré l’essor du GNL, un retour des divergences : La troisième période débute avec un choc structurel, celui de la révolution du gaz de schiste aux États-Unis. En quelques années, l’abondance de gaz non conventionnel fait s’effondrer les prix américains. Et les États-Unis deviennent, à partir de 2016, un exportateur majeur de GNL. Dans le même temps, l’Asie connaît un moment de tension après la catastrophe de Fukushima en 2011 : le Japon ferme ses réacteurs nucléaires et déclenche une demande massive de GNL, les prix s’envolent et restent durablement élevés. L’Europe, quant à elle, reste dépendante des gazoducs russes jusqu’en 2021. La situation bascule brutalement avec l’invasion de l’Ukraine en 2022, qui entraîne un pic historique des prix européens. Le continent se tourne alors vers le marché mondial du GNL, se plaçant directement en concurrence avec les acheteurs asiatiques auprès des fournisseurs états-unien ou qatari.

Paradoxalement, la situation actuelle consacre la naissance d’un véritable marché mondial du GNL. Non parce que les prix se rapprochent, mais parce que les cargaisons se déplacent vers la région la mieux-disante. Cette transférabilité, d’une région à l’autre, des cargaisons de GNL crée de fait un marché mondial, mais dont les prix restent pour l’instant divergents.

C’est précisément ce mécanisme qui explique pourquoi, dans la crise actuelle, le blocage du détroit d’Ormuz pourrait déclencher une nouvelle envolée mondiale des prix du gaz. Près de 20 % du GNL mondial, en particulier qatari, transite par cette zone. La fermeture d’Ormuz n’est donc pas un risque local : c’est un choc global en puissance.




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Le gaz, un amplificateur des crises pétrolières

La crise actuelle se distingue des précédentes par sa double nature : elle touche simultanément le pétrole et le gaz. Dans un système énergétique où les deux marchés sont interdépendants, cette simultanéité agit comme un multiplicateur de risques.

À court terme, une hausse des prix du gaz déclenche immédiatement des arbitrages dans les systèmes électriques : en Europe comme en Asie, certaines centrales reviennent vers le charbon.

Ce phénomène, déjà observé en 2022 lors de l’invasion de l’Ukraine, rappelle une réalité essentielle : en période de crise, la sécurité d’approvisionnement prime sur les objectifs climatiques. Cependant, en Europe comme en Asie, les pays les moins affectés sont ceux qui sont moins dépendants du gaz naturel pour leur production d’électricité parce qu’ils disposent de sources décarbonées renouvelables ou nucléaires. C’est notamment le cas de la Chine.

Mais la spécificité de la crise de 2026 tient à l’addition des vulnérabilités. Le pétrole reste exposé à la géopolitique du Moyen-Orient tandis que le gaz, lui, dépend désormais des routes maritimes mondiales, des équilibres asiatiques, des politiques américaines d’exportation, et des capacités de l’Europe à enchérir face à l’Asie.

Autrement dit, un choc local dans le Golfe devient aujourd’hui un « stress test » (test de résilience) global, révélateur de la fragilité d’un marché désormais unifié, mais difficilement sécurisable.

La réaction initiale des marchés illustre cette nouvelle donne : la fermeture du détroit d’Ormuz n’a pas (encore) provoqué une flambée massive des prix, mais une prime de risque en Europe, un rapprochement des prix asiatiques et une hausse marquée de la volatilité spot. Les traders parient sur un blocage court : c’est cette anticipation, davantage que la réalité des flux, qui stabilise encore les prix.

L’avenir dépendra de la durée du blocage

Et donc, l’ampleur des impacts dépendra de la durée du blocage. Au-delà des ajustements immédiats, l’enjeu devient rapidement macroéconomique : si les perturbations se prolongent, les marchés ne s’équilibrent plus seulement par l’offre, mais aussi par la demande, via des prix durablement élevés qui agissent comme un véritable impôt énergétique mondial, pesant sur la croissance, le pouvoir d’achat et la compétitivité industrielle. Mais aussi, et c’est le côté positif, cela pourrait encourager les efforts de décarbonation.

  • Pour un blocage de moins de trois mois, l’impact sur les prix resterait limité, les flux mondiaux seraient être réalloués et la plupart des importateurs asiatiques absorberaient le choc en recourant à leurs stocks saisonniers.

  • Avec un blocage de six mois, la tension deviendrait structurelle, avec des hausses de prix plus durables en Europe et en Asie, et des marchés spot sous forte pression.

  • Dans le cas d’un blocage d’environ une année, les effets se rapprocheraient de la crise de 2022–2023 : l’Asie entrerait en concurrence frontale avec l’Europe, les prix pourraient atteindre des niveaux extrêmes et certains pays émergents pourraient connaître des rationnements ou des coupures massives d’électricité.

Dans un système énergétique désormais interconnecté, le facteur déterminant n’est plus seulement l’ampleur du choc, mais sa durée. Plus la crise se prolonge, plus elle s’apparente à un choc pétrolier et gazier global.

C’est cette combinaison – pétrole, gaz, routes maritimes, arbitrages asiatiques – qui crée la possibilité d’une véritable « tempête parfaite ». Et c’est aussi une raison supplémentaire pour accélérer la sortie des hydrocarbures, dont la vulnérabilité géopolitique apparaît plus clairement que jamais.




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The Conversation

Manfred Hafner est président de la société de conseil en stratégie énergeéique HEAS SA

Carine Sebi et Patrick Criqui ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Guerre en Iran : une « tempête parfaite » pour les prix du pétrole et du gaz ? – https://theconversation.com/guerre-en-iran-une-tempete-parfaite-pour-les-prix-du-petrole-et-du-gaz-279893

Qu’est-ce qu’un portefeuille européen d’identité numérique ? Quels en seront les usages, les avantages… et les risques ?

Source: The Conversation – in French – By Maryline Laurent, Professeur Directrice du département RST, Télécom SudParis – Institut Mines-Télécom

Le portefeuille européen d’identité numérique, ou PEIN, doit faciliter les démarches des citoyens et des résidents dans toute l’Union européenne. Comme les autres applications numériques, ces portefeuilles ne sont pas sans risques, et leur déploiement est encadré. Il devra aussi être contrôlé.


Nombre d’entre nous ont déjà entendu parler de France Identité, voire l’utilisent. Ce service offre une identité numérique nationale régalienne qui, d’ici la fin de l’année 2026, pourra être utilisée dans toute l’Union européenne – une fois qu’elle aura été mise en conformité avec le règlement européen eIDAS 2, qui établit le cadre européen relatif à une identité numérique.

Fin 2026, France Identité deviendra un portefeuille européen d’identité numérique (PEIN). Il permettra à chaque citoyen et résident européen de bénéficier d’un accès simplifié à différents services numériques en Europe, qu’ils soient étatiques (établir une procuration de vote par exemple) ou commerciaux (envoyer sa carte grise à son garagiste).

L’objectif est de lutter contre l’augmentation constante des usurpations d’identité et des cyberattaques, comme le phishing (ou hameçonnage) qui consiste à envoyer des SMS ou des mails frauduleux destinés à tromper la victime et à l’inciter à communiquer ses données personnelles et/ou bancaires.

À cette fin, le PEIN permettra à son utilisateur d’exercer un contrôle sur son identité et ses données, et d’accéder à des services numériques transfrontières publics et privés. Comme la plupart des applications numériques, l’introduction de ces portefeuilles comporte aussi des risques, notamment de vols d’identité, de fracture numérique ou d’ingérence étrangère.

À retenir

  • Un portefeuille d’identité numérique pourra contenir les données d’état civil et des justificatifs électroniques (permis de conduire, carte vitale, prescription médicale, titres de transport, factures, diplômes…) afin de faciliter les procédures et les échanges d’informations au sein de l’UE.
  • Les pays de l’Union européenne doivent proposer au moins un portefeuille d’identité numérique à leurs citoyens et résidents d’ici la fin de l’année 2026. Ceux-ci pourront être publics ou privés, avec des fonctionnalités comme la signature électronique gratuite.
  • Avant leur mise en service à l’échelle européenne, les portefeuilles devront être certifiés par l’État membre qui les émet, ce qui devrait limiter les risques en matière de cybersécurité.
  • Comme toujours, ces garanties ne peuvent être absolues : des contrôles effectifs et des sanctions dissuasives devront être mis en place. Il restera essentiel de disposer d’une alternative physique aux documents numériques afin de préserver la résilience et la souveraineté d’un État en cas de cyberattaque, mais aussi de permettre à chaque citoyen de choisir ou non d’utiliser un PEIN.

Un portefeuille, pour quelle utilisation ?

Le PEIN permettra à son utilisateur de s’identifier auprès des services publics ou privés, notamment commerciaux, dans toute l’Union européenne (UE). Un citoyen français équipé de ce portefeuille pourra ainsi interagir avec l’administration allemande au même titre qu’un citoyen allemand, sans avoir à effectuer de démarches supplémentaires.

En fonction des besoins de son ou sa titulaire, le PEIN pourra contenir des informations, dont ses données d’état civil (prénom, nom, date de naissance, lieu de naissance et nationalité) ainsi que des justificatifs électroniques (permis de conduire, carte vitale, prescription médicale, titres de transport, factures…).

L’utilisateur pourra présenter à terme ce type d’attestations à un service, par exemple envoyer à son futur employeur son diplôme et un justificatif de domicile ou présenter une prescription médicale délivrée par son médecin français dans une pharmacie belge. Ce véritable trousseau de clés numérique lui permettra de franchir les frontières en présentant ses documents électroniques (passeport, visa, voire des billets d’avion).

Le portefeuille permettra également de signer électroniquement des documents avec des signatures dites « qualifiées ». La signature, apposée notamment sur un contrat d’ouverture de compte bancaire ou de location de voiture, aura alors la même valeur juridique qu’une signature manuscrite.

Enfin, deux personnes pourront interagir via leurs portefeuilles respectifs. Alice en voyage en Italie pourra ainsi transmettre sa procuration de vote électronique à Florian.

Un portefeuille, pour qui et pour quand ?

Tous les citoyens et les résidents de l’UE pourront disposer d’un PEIN qui ne sera pas obligatoire, l’ambition de la Commission européenne étant d’équiper 80 % des personnes d’ici à 2030.

2026 est une année charnière, car chaque État membre devra émettre au moins un PEIN d’ici la fin de l’année. Pour cela, le portefeuille devra fournir des fonctionnalités obligatoires (attestations électroniques simples et qualifiées, signatures qualifiées, génération de pseudonymes…), être certifié par chaque État membre conformément aux exigences fixées et figurer sur une liste européenne publique. Le fournisseur de PEIN sera libre de proposer des services additionnels, comme le paiement, l’horodatage ou l’archivage de documents.

Fin 2027, toutes les entreprises et administrations qui exigent une authentification forte du client, comme les banques et la Sécurité sociale, devront accepter qu’une personne prouve son identité au moyen d’un PEIN.

Comment utilisera-t-on un portefeuille ?

Le PEIN prend principalement la forme d’une application mobile téléchargée sur un smartphone. Il fonctionne en ligne et hors ligne (sans connexion).

Si l’on se base sur l’exemple de France Identité, il faut disposer d’une carte d’identité à puce contenant les données d’identification et d’un smartphone compatible NFC sous Android 11 ou iOS 16.6 minimum, et définir un code à six chiffres. L’utilisateur dispose alors d’un niveau de sécurité faible, qui permet de consulter des services comme Impots.gouv.fr, Amelie.fr ou son compte retraite.

Pour obtenir le niveau de sécurité élevé, le titulaire du PEIN doit se rendre en mairie pour une vérification en face-à-face. Cette vérification est indispensable pour les démarches en ligne les plus sensibles, auparavant uniquement réalisables en présentiel, comme l’établissement d’une procuration de vote ou une demande d’aide sociale.

Une ouverture à un marché privé des portefeuilles européens d’identité numérique

Dans les années à venir, il est possible que des États membres émettent des portefeuilles fournis par des acteurs privés.

C’est déjà le cas de la Belgique qui devrait notifier auprès de la Commission européenne le PEIN MyGov.be, qui permet déjà aux citoyens belges d’accéder en ligne à leurs documents administratifs, ainsi que le PEIN Itsme, fourni par un consortium d’acteurs privés.

Un portefeuille, à quel prix ?

La question de la gratuité constitue un point important. La délivrance et l’utilisation du portefeuille sont ainsi gratuites pour un individu. En ce qui concerne les signatures électroniques qualifiées à des fins non professionnelles, elles seront aussi gratuites, chaque État membre étant libre de décider des modalités. Par exemple, la Pologne offre cinq signatures gratuites par mois et par citoyen.

L’utilisation des signatures électroniques à des fins professionnelles pourra être payante. En Belgique, le fournisseur privé du portefeuille Itsme facture 4,95 euros hors TVA par signature qualifiée.

Un portefeuille, pour quels avantages ?

Le PEIN est conçu comme une réponse aux nombreuses usurpations d’identité et au phishing (hameçonnage en français). Il doit permettre aux fournisseurs de services de lutter contre la fraude et les fausses déclarations, notamment concernant l’âge minimum requis pour accéder à des sites pornographiques ou de jeux en ligne. Les démarches qui nécessitent aujourd’hui d’envoyer la photocopie de sa carte d’identité et de son permis de conduire pour louer une voiture pourront être entièrement numérisées.

Un autre avantage, conditionné par la mise en œuvre de moyens techniques adaptés, est le contrôle accru de l’utilisateur sur le traitement de ses données personnelles) : il pourra librement choisir et utiliser des pseudonymes et les utiliser, si l’authentification forte n’est pas requise. Grâce à un tableau de bord obligatoire, il pourra visualiser l’historique des données transmises, demander l’effacement de ses données, et signaler les demandes de données suspectes à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) – ce qui renforcera l’efficacité des contrôles. Il pourra également sélectionner les données qui figureront ou non dans un justificatif à présenter à un tiers, protégeant ainsi sa vie privée.

Le portefeuille devrait aussi intégrer des technologies de protection de la vie privée. Par exemple, un mineur pourra prouver à un réseau social qu’il a moins de 15 ans et une personne majeure qu’elle a plus de 18 ans, sans avoir à fournir ses nom, prénom et date de naissance, grâce à des technologies de preuve à divulgation nulle de connaissance (ou ZKP, pour Zero-Knowledge Proof en anglais).

De plus, seuls les fournisseurs de services publics et privés inscrits sur une liste publique pourront interagir avec les PEIN. Ces « parties utilisatrices » devront notamment indiquer les données qu’elles demanderont. Les fournisseurs d’attestations et de signatures qualifiées devront, quant à eux, obtenir une qualification préalable (délivrée en France par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, ou Anssi) et figureront eux aussi sur une liste publique. C’est donc un véritable écosystème des identités numériques qui se met en place.

Selon certaines estimations, au moins une quarantaine de portefeuilles devraient participer à ce nouveau marché, qui, malgré les discours rassurants de la Commission européenne, n’en présente pas moins un certain nombre de risques.

Quels sont les risques d’un marché des identités numériques ?

Du côté de l’utilisateur, le premier risque est d’être contraint en pratique d’utiliser un PEIN conçu comme un véritable sésame numérique pour accéder à de nombreux services publics et privés. Cette situation pourrait conduire à laisser de côté une partie de la population qui ne pourra pas, faute d’argent ou de compétences, disposer d’un PEIN pour accéder aux services fournis.

Un autre risque concerne la vie privée des utilisateurs, car il est à craindre que le portefeuille numérique n’augmente la quantité de données personnelles collectées à leur insu. En effet, si nous avons insisté sur l’avantage que représente la lutte contre la collecte abusive de données (grâce à la possibilité de générer des pseudonymes), encore faut-il que le portefeuille soit mis en œuvre dans le respect du règlement général sur la protection des données (RGPD). Il faut donc s’assurer, par exemple, qu’un fournisseur de portefeuille n’insère pas de numéro unique à chaque transaction, ce qui permettrait de tracer l’utilisateur malgré toutes les précautions prises pour ne pas révéler son identité et ses données.

Pour contrer cette menace, le droit de l’UE impose que les portefeuilles soient certifiés avant leurs notifications à la Commission européenne et leurs mises sur le marché. Cette certification apportera donc certaines garanties qui ne seront pas absolues, comme l’ont démontré plusieurs événements par le passé, par exemple l’affaire PEGASUS en 2021 et celle des cartes ID électroniques en Estonie en 2017.

De fait, les cyberattaquants pourront chercher à voler non seulement l’identité d’une personne, mais aussi les données associées à son identité. Certaines d’entre elles, comme les noms, les prénoms et les diplômes, seront de haute qualité, car leur authenticité aura été vérifiée auprès de sources authentiques, comme le registre d’état civil.

Du côté des États de l’UE, le PEIN questionne leur souveraineté, car ceux-ci sont les seuls aujourd’hui à pouvoir établir l’identité d’une personne avec un niveau de fiabilité élevé.

La fourniture des PEIN par des entreprises privées non européennes augmente les risques d’ingérence étrangère qui sont loin de constituer une simple hypothèse. Par exemple, Nicolas Guillou, juge français à la Cour pénale internationale, est placé sous le coup de sanctions états-uniennes depuis août 2025. Comme Thierry Breton, ancien commissaire européen, il est interdit de séjour aux États-Unis, en raison de son implication dans le dossier du mandat d’arrêt visant le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Il est privé d’accès aux services numériques états-uniens, d’Airbnb à Amazon. Sa carte Visa lui a même été retirée.

Pour éviter ce type de sanctions, le projet européen APTITUDE travaille à l’intégration dans le PEIN d’une solution de paiement souverain fourni par WERO.

Ce qu’il reste à faire : des choix à opérer, des audits, des alternatives

Le PEIN pourrait être un formidable outil du quotidien. Cependant, de nombreux choix restent encore à opérer, en particulier en matière d’implémentation, d’enrôlement, de révocation et de cybersécurité pour lutter efficacement contre les usurpations d’identités. Pour tenir la promesse d’un monde numérique plus sûr, des contrôles effectifs (comme des audits des fournisseurs de PEIN) et des sanctions dissuasives à l’encontre des acteurs (européens et non européens) devront être mis en place.

Pour autant, il reste essentiel de disposer d’une alternative physique aux documents numériques. Le maintien de documents physiques permettra non seulement de préserver la résilience et la souveraineté d’un État en cas de cyberattaque, mais aussi à chaque citoyen de choisir ou non d’utiliser un PEIN.


Les projets Traceability for trusted multi-scale data and fight against information leak in daily practices and artificial intelligence systems in healthcare – TracIA et More on the adoption of a healthy Mediterranean diet – MoreMedDiet sont soutenus par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Maryline Laurent a reçu des financements de la Fondation Mines-Télécom, de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et de plusieurs partenaires industriels tels que EDF et Orange.

Claire Levallois-Barth a reçu des financements de la Fondation Mines-Télécom. Les partenaires de la Chaire VP-IP qu’elle coordonne sont BNPP, IN Groupe, France Titres, Orange.

ref. Qu’est-ce qu’un portefeuille européen d’identité numérique ? Quels en seront les usages, les avantages… et les risques ? – https://theconversation.com/quest-ce-quun-portefeuille-europeen-didentite-numerique-quels-en-seront-les-usages-les-avantages-et-les-risques-278837

Le masculinisme, un tremplin vers des idéologies réactionnaires

Source: The Conversation – in French – By Tristan Boursier, Docteur en Science politique, Sciences Po ; Université du Québec en Outaouais (UQO)

Le rapport annuel du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, publié récemment, identifie une « menace masculiniste ». Mais que recouvre précisément ce phénomène ? Comment ces discours politiquement structurés peuvent-ils servir de porte d’entrée à des positions plus radicales, voire à des mouvances d’extrême droite ?


Selon l’historienne Christine Bard, le masculinisme désigne un mouvement qui prétend défendre les intérêts des hommes au sein d’une société qui serait devenue gynocentrée, soit dirigée et dominée par des femmes.

Il ne s’agit donc pas d’une simple critique du féminisme, mais d’une remise en cause de la recherche d’égalité elle-même, perçue comme une menace. Les résultats du sondage, publiés par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), sont sans équivoques : 60 % des hommes considèrent que les féministes ont des demandes exagérées et souhaiteraient avoir plus de pouvoir que leurs concitoyens. Ces discours se fondent sur les rhétoriques de victimisation masculines : les hommes seraient en « crise » à cause des mouvements d’émancipation des femmes – un argument que l’on retrouve dans la majorité des espaces antiféministes, en ligne comme hors-ligne.

Selon ce rapport, la montée des discours masculinistes constituerait une nouvelle forme d’antiféminisme contemporain, particulièrement prégnante sur les réseaux sociaux.

L’antiféminisme n’est pas (que) du sexisme : c’est une vision politique du monde

Alors que le sexisme valorise les comportements conformes aux rôles de genre traditionnels, la misogynie se traduit par une hostilité explicite envers les femmes qui ne respectent pas ces attentes. Elle fonctionne comme le bras répressif du patriarcat et se manifeste sous forme d’insultes, d’actions ou par toute volonté de maintenir les femmes dans une position subalterne.

L’antiféminisme, lui, politise cette hostilité : il s’agit d’un contre-mouvement politique qui s’oppose ouvertement aux avancées des droits des femmes.

Les idées antiféministes s’appuient généralement sur des arguments déterministes biologiques. Par exemple, certaines rhétoriques masculinistes recourent à un sexisme dit « bienveillant », présentant les femmes comme faibles et devant être protégées. A contrario, d’autres communautés comme les incels (contraction d’involuntary celibates, en anglais, ou célibataires involontaires) sont des hommes qui attribuent leur absence de relations sexuelles ou affectives au caractère diabolique, vénal et manipulateur des femmes.

Sur les plateformes numériques, le terme « manosphère » est utilisé comme une catégorie parapluie qui désigne une diversité d’acteurs antiféministes : les incels, les Pick-Up Artists (coachs en séduction) qui promettaient aux hommes des techniques pour conquérir les femmes, Les MGTOW (Men Going Their Own Way, hommes suivant leur propre chemin) qui veulent faire sécession des femmes, etc.

De la séduction à la haine : la radicalisation des communautés masculinistes

Actuellement, nous nous trouverions dans une néo-manosphère où les groupes qui la composaient originellement se radicalisent de plus et en plus. Une méta-analyse de 430 publications scientifiques récentes montre que, depuis la fin des années 2010, la « manosphère » a connu plusieurs transformations majeures : migration vers de nouvelles plateformes, comme TikTok et Telegram, montée en puissance d’influenceurs très visibles (manfluencers), intensification de la monétisation, et chevauchement accru avec d’autres idéologies extrémistes.

En interne, la composition des groupes a également évolué. Les communautés plus anciennes, comme les Pick-Up Artists, ont vu leur influence décliner au profit des incels. Des études quantitatives fondées sur l’analyse de forums et des plateformes Reddit et Telegram montrent que, entre 2016 et 2022, les « espaces incels » ont gagné en centralité après la fermeture de certains forums, mais aussi en virulence dans les propos exprimés (davantage d’appels à la violence, de rhétorique nihiliste et de passerelles vers des contenus d’extrême droite). La « manopshère » ne se contente donc pas de gagner des adeptes, ses discours se radicalisent également.

Le rôle central des influenceurs et des plateformes numériques

La diffusion des discours masculinistes est massive depuis la fin des années 2010 grâce à la viralisation de certains contenus numériques, comme ceux produits par l’influenceur britannique Andrew Tate qui cumulait 12 milliards de vues avant la fermeture de son compte TikTok.

En France, les influenceurs les plus populaires (comme Alex Hitchens ou Stéphane Édouard) plafonnent à 1,5 million de vues sur leurs vidéos YouTube les plus populaires. Cette massification s’inscrit aujourd’hui dans un écosystème numérique structuré par les logiques propres aux plateformes.

En 2024, une étude révélait qu’il ne fallait que 26 minutes à un utilisateur pour se voir suggérer des contenus masculinistes sur TikTok et YouTube Shorts. Cette exposition rapide n’est pas fortuite : elle résulte de systèmes algorithmiques qui favorisent les contenus générant le plus d’engagements (via les clics, partages et commentaires).

L’influenceur masculiniste Alex Hitchens prodigue des conseils lifestyle et finance, le tout dans une rhétorique violemment antiféministe. Parfaitement au fait des codes des réseaux sociaux, après l’annonce de son bannissement de TikTok, il a ouvert une cagnotte de 50 000 euros pour rémunérer les internautes qui continueraient de relayer son contenu.
Capture d’écran YouTube

Les plus jeunes sont particulièrement concernés. Selon le baromètre du numérique 2026, 90 % des 13–17 ans utilisent régulièrement les réseaux sociaux et y passent en moyenne près de trois heures par jour. Or, le dernier rapport du HCE établit un lien entre l’usage de certaines plateformes – notamment TikTok et X – et des niveaux plus élevés de sexisme hostile. Les jeunes hommes, explicitement ciblés par ces contenus, figurent ainsi parmi les publics les plus réceptifs aux discours antiféministes.

Ressentiment et profit, les ingrédients du modèle économique masculiniste

Ces discours reposent sur des ressorts émotionnels particulièrement performants dans l’économie de l’attention : colère, ressentiment, peur du déclassement, sentiment d’injustice. Les contenus les plus polarisants, agressifs et provocateurs sont ceux qui circulent le mieux. La violence verbale n’est donc pas un excès marginal mais une ressource qui capte l’attention, renforce la visibilité des créateurs et alimente, en retour, les modèles économiques des plateformes fondés sur la collecte de données et la monétisation de l’engagement.

En affirmant que les hommes seraient en difficulté dans une société devenue hostile, certains influenceurs créent une demande à laquelle ils proposent ensuite des réponses monayables : contenus, formations, coaching. Cette dimension économique, bien que secondaire, contribue à la pérennisation et à la professionnalisation de ces discours. L’exemple le plus emblématique est celui d’Andrew Tate qui, avant son bannissement en 2022, revendiquait plus de 100 000 abonnés à sa plateforme « Hustler’s University », facturés 99 dollars par mois – un modèle susceptible de générer plusieurs millions de dollars mensuels selon les estimations relayées par la BBC.

Le masculinisme, ciment des droites radicales

Les discours masculinistes débordent largement la « manosphère ». Ils semblent constituer des portes d’entrée vers d’autres discours radicaux, comme le suprémacisme blanc, et ont été associés à des passages à l’acte, violents dans certains cas. L’attentat de Toronto en 2018, revendiqué au nom d’une « rébellion incel » ou encore la fusillade d’Isla Vista en 2014 aux États-Unis, ont mis en lumière le lien entre misogynie radicalisée et violence politique. La misogynie constitue un leitmotiv récurrent dans plusieurs manifestes extrémistes contemporains.

Les masculinistes jouent également un rôle fédérateur : en présentant le féminisme comme un adversaire commun, ils permettent à des groupes très différents (nationalistes, identitaires, conservateurs religieux ou libertariens) de se retrouver autour d’un même combat, même s’ils ne partagent pas le reste de leur programme. Le masculinisme agit ainsi comme un langage politique minimal fondé sur le ressentiment, qui facilite la formation de coalitions réactionnaires et offre à l’extrême droite un moyen d’intervenir de façon renouvelée sur des enjeux sociaux sur lesquels elle était peu convaincante (éducation, famille, sexualité, crimes sexuels, politiques d’égalité).

Lutter contre le masculinisme, un enjeu démocratique

Plutôt que de rejeter frontalement le féminisme, certains acteurs se réapproprient désormais son vocabulaire pour le retourner contre lui, à l’instar du collectif Némésis qui se revendique d’un « féminisme identitaire ». Un retournement impensable au début des années 2000, quand l’extrême droite se contentait de disqualifier les revendications féministes ; et qui illustre la capacité du masculinisme à servir de point de convergence au sein de coalitions réactionnaires hétérogènes.

La montée des discours masculinistes n’est pas un phénomène isolé, mais le symptôme d’une transformation plus large qui reconfigure les espaces politiques et numériques, en déplaçant les frontières du publiquement acceptable. Comme le souligne le rapport du HCE, le problème ne se limite pas à une question technique : il implique à la fois une meilleure régulation des plateformes, des actions de prévention et un renforcement de l’éducation au numérique.

The Conversation

Tristan Boursier a reçu des financements du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ).

Océane Corbin est membre du Laboratoire sur la communication et le numérique (LabCMO), ainsi que du chantier de recherche sur l’antiféminisme. Elle est financée par les fonds de recherche du Québec (FRQ).

ref. Le masculinisme, un tremplin vers des idéologies réactionnaires – https://theconversation.com/le-masculinisme-un-tremplin-vers-des-ideologies-reactionnaires-276882

Donald Trump’s profane and menacing threats against Iran expose the unhinged language of war

Source: The Conversation – Canada – By Henry Giroux, Chaired professor for Scholarship in the Public Interest in the Department of English and Cultural Studies, McMaster University

The language of war has long wrapped itself in the rhetoric of courage and the honour of vengeance, drawing on moral and religious appeals to make violence appear necessary, even just.

Today, that language has returned. As war stretches across Gaza and Lebanon, Ukraine and Iran, the words used to justify it are as brutal, self-assured and distant as ever from the suffering they conceal.

A glaring example are the social media posts of United States President Donald Trump, who has in recent days threatened to bomb Iran “back to the Stone Ages” and called Iranians “crazy bastards” in a demand that they open the Strait of Hormuz.

He also warned “a whole civilization will die tonight” as his deadline for the reopening of the strait loomed.

The ongoing and cascading conflict with Iran, in fact, has been portrayed by Israel and the U.S. as an existential struggle between good and evil.

This is not the messaging of strategy or international law — it’s the renewed language of the Crusades, driven by ideological fervour and staged as a performance of power in which, in Trump’s world view, “might makes right.”

Biblical references

The tone is even more pronounced within segments of Trump’s political orbit, where the conflict is interpreted through apocalyptic and biblical narratives.

References to divine purpose and destiny, including Trump’s claim that he was “saved by God,” draw on a broader evangelical language that frames political conflict in theological terms.

In this environment, war is no longer a tragic necessity but a sacred obligation. This reflects a dangerous fusion of militarism, religious fundamentalism, spectacle and authoritarian politics that is redefining how military power is justified, experienced and normalized.

Religious fundamentalism doesn’t just accompany this violence; it sanctifies it. It functions as an alibi for power, cloaking destruction in the language of destiny while rendering its victims invisible. It turns domination into virtue and makes the machinery of death appear necessary, even divinely ordained.

War as sacred

This isn’t unintentional. It signals a shift in which war becomes a sacred imperative. Trump’s inner circle and his supporters often invoke scripture and religious imagery to cast violence as part of a divine plan. Some of them, like Sen. Lindsey Graham, have described the ongoing war in Iran as a civilizational or even religious war.

Pete Hegeseth, Trump’s defense secretary, expresses this world view most chillingly. He has declared that the mission of the U.S. military is “to unleash death and destruction from the sky all day long,” and has called for “maximum lethality, not tepid legality” as its guiding principle.

This reveals a policy of stripping war of restraint or law and openly aiming for annihilation. Hegseth has also invoked Crusader imagery and claimed that Trump has been ordained by God to wield military power. In his 2020 book American Crusade, Hegseth writes that those who value western civilization, freedom and equal justice should “thank a crusader.”

Domestic militarism

The same language that sanctifies violence abroad, like in Gaza and Ukraine, is similar to Trump’s calls for aggression at home — against protesters, immigrants and political enemies.

He has targeted political opponents, including James Comey and Letitia James, revoked visas for international students protesting Israel’s war in Gaza, and dismissed critics, including his Democratic opponent in the 2024 presidential election, Kamala Harris, as “radical left lunatics.”

Retribution and regarding opponents as mortal enemies are treated as justified, even necessary, blurring the lines between war-making and domestic repression.

In this environment, it’s easy for the lines between politics and theology to dissolve as well, weakening ethical restraint and defining conflict as sanctioned, even righteous, violence.

Beyond simply justifying war, the U.S. is once again framing itself as a white Christian nation, which normalizes exclusion, disposability, historical erasure and racialized violence.

Nonetheless, this fusion of faith and force is not universally accepted. As Pope Leo XIV said in his first Palm Sunday address, God is the “king of peace,” rejecting any claim that war can be divinely sanctioned.

War as entertainment

The religious framing of the war in Iran is converging with another shift: the transformation of war into spectacle.

Under Trump, violence is not only being justified; it’s being staged, estheticized and consumed, as White House promotional videos blend action-movie imagery with real footage of Iran bombings. This renders the war a stylized performance designed to excite, entertain and showcase technological power.

In this spectacle, human suffering recedes. Targets become co-ordinates, destruction appears cinematic and violence is stripped of its moral weight. What remains is the seductive image of power — war emptied of judgment.

When these efforts fuse with religious fundamentalism, the consequences can be profound. The theatrics of destruction become a sacred drama and the capacity to kill is defined as evidence of both national strength and divine purpose.

Under such conditions, war is no longer constrained by law, reason or democratic accountability. It is propelled by belief, emotion and spectacle.

Trump provides the script as his rhetoric intensifies this convergence. His suggestion that war might end when he “feels it in his bones” or his remark about bombing Iran “just for fun” shows how ignorance can become governance.

Making fascism possible

The human costs of the war in Iran are devastating. Bombing campaigns have inflicted widespread destruction across the country, with civilian casualties mounting steadily. Yet this death toll is increasingly obscured by the spectacle of war itself, reduced to background noise beneath the American celebration of military power.

The economic costs of the war to Americans are also staggering, estimated at roughly $1 billion per day, resources that could support social needs. Yet in a culture steeped in militarism, concentrated power and inequality, such considerations recede.

History offers stark warnings about such moments. The horrors of the past — from the Holocaust to the Vietnam War, the Rwandan genocide, the Pinochet dictatorship and the Iraq war — reveal how societies can be mobilized through propaganda, fear and the erosion of critical thought.




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They remind us what happens when violence is normalized, power is unchecked and human life is stripped of its value. Those conditions are visible again. But authoritarianism can only endure in a culture that enables it — where war, both at home and abroad, becomes a permanent feature of social life.

What’s at stake is not only the violence unleashed abroad but the political culture it legitimizes at home. When war is staged as entertainment and justified as a moral duty, its human costs disappear from view.

A society that embraces cruelty as virtue, ignorance as governance and violence as destiny risks losing its capacity for judgment. Under such conditions, democracy does not simply erode. It is obliterated, giving way to forces that make fascism possible.

The Conversation

Henry Giroux does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Donald Trump’s profane and menacing threats against Iran expose the unhinged language of war – https://theconversation.com/donald-trumps-profane-and-menacing-threats-against-iran-expose-the-unhinged-language-of-war-279801

Planting trees to remove carbon can harm the environment – or protect it: study highlights trade-offs

Source: The Conversation – Africa – By Ruben Prütz, Postdoctoral Researcher, Potsdam Institute for Climate Impact Research

Forest, Uganda. Julie Ricard, Unsplash, CC BY

Global efforts to limit climate change require deep cuts to carbon emissions. However, global emissions are still growing. Currently, we emit roughly 42 billion tonnes of carbon dioxide from fossil fuel use and land use changes every year.

To achieve the targets of the Paris Agreement, which included a long-term commitment to limit global warming to 1.5°C, it will also be necessary to do more than cut emissions. What is also needed is large-scale removal of carbon dioxide from the atmosphere. Any delay in emission reductions increases our reliance on future carbon removal. Yet, carbon removal does not come without trade-offs.

Some strategies to remove carbon are very land intensive. Examples include planting trees, or growing crops that can be used as alternative sources for energy production. This would have to be done at massive scale – across millions of square kilometres of land. In turn, this could have serious biodiversity implications if not carefully managed.

In a recent study, our team of climate scientists set out to better understand the dynamics between future climate action and the protection of biodiversity. Our aim was to identify potential conflicts – but also synergies – between carbon removal and biodiversity conservation goals.

We analysed widely used decarbonisation scenarios. Scientists use these to figure out how our energy, economy and land use patterns should change to achieve ambitious climate targets. We wanted to gain deeper insights into how much – and where – land is allocated for carbon removal strategies in such scenarios, and how that might affect biodiversity conservation.

We combined scenario-based global maps of future land use for carbon removal (like planting trees or energy crops) with biodiversity maps and assessed the extent to which these overlap.

We found that, in many places of overlap, carbon removal strategies may conflict with biodiversity conservation. For example, in pristine ecosystems such as savannas and grasslands, which do not normally have much forest cover, planting trees and energy crops can harm habitats.

But our study also showed how careful choices about locating land-intensive carbon removal strategies may avoid negative impacts. There could even be benefits for biodiversity.

Our findings could inform plans for how to achieve ambitious climate action as well as biodiversity conservation.

Important biodiversity areas

The world has been losing biodiversity at a rate of 2%-6% per decade over the last 30-50 years. Intense resource extraction, climate change, environmental pollution and invasive species are some of the drivers. Biodiversity is critical for pollinating food crops and regulating water and nutrient cycles.

To address this crisis, the 2022 landmark biodiversity conservation agreement, the Kunming-Montreal Global Biodiversity Framework, set out a target to

bring the loss of areas of high biodiversity importance … close to zero by 2030.

But the framework does not clearly define areas of high biodiversity importance. In our study, we set a focus on so-called climate refugia, which are critical areas for biodiversity. These climate refugia areas were defined by a team of biodiversity experts as part of the Wallace Initiative. Specifically, climate refugia are areas where climate change occurs relatively slowly. In these locations, animal, plant and fungal species are protected from harm – at least to some degree.

We also looked at biodiversity hotspots. These are areas that have very high levels of different and rare species. Both climate refugia and biodiversity hotspots require special policy attention to avoid human disturbances and to curb global biodiversity loss.

Carbon removal in biodiversity areas

Our analysis took in various scenarios, ranging from current policy plans to highly ambitious ways to limit long-term global warming to 1.5°C. It showed that land-intensive carbon removal strategies would take place in up to 13% of global climate refugia areas. The overlap between carbon removal and biodiversity areas is not a problem in every case, but we identified several areas where it would likely be harmful for ecosystems.




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One example is western Africa. Here, several of the scenarios show overlap between important biodiversity areas and future production of energy crops – crops grown to produce energy and capture carbon, such as miscanthus or switchgrass.

The Global Biodiversity Framework aims to prevent harmful changes in land use (for example, changes from a biodiverse natural area to a single-crop area). But this restriction could make it more difficult to allocate enough land for carbon removal to meet ambitious climate targets.

Our study shows that if this target is strictly enforced, more than 50% of the land set aside for carbon removal in the assessed scenarios would become unavailable. Other land would have to be used instead, potentially abandoned cropland. Or less land-intensive strategies to remove carbon would be needed.

Towards biodiversity-sensitive planning

Careful planning and site selection for carbon removal are key. Our study shows several biodiversity areas in which carbon removal strategies may bring ecosystem benefits.




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For example, forest restoration (to remove carbon) in degraded areas could create green corridors, reconnecting fragmented habitats. That would be good for biodiversity. Carbon removal strategies may also reduce the warming-related loss of biodiversity areas. That would help preserve important habitats.




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But carbon removal interventions must be carefully tailored to the local context.

Ultimately, rapid and deep emission reductions are our best chance to limit global warming, reduce the need for carbon removal and lower the related risks to biodiversity.

The Conversation

Ruben Prütz received funding from the European Union’s Horizon Europe research and innovation programme under grant agreement no. 101081521 (UPTAKE).

Gaurav Ganti received funding from the European Union’s Horizon Europe research and innovation program under grant agreement nos. 101081521 and 101081369.

Joeri Rogelj received funding from the European Research and Innovation programme, which partially funded involvement in this research.

Sabine Fuss received funding from the European Union’s Horizon Europe research and innovation programme under grant agreement no. 101081521 (UPTAKE).

ref. Planting trees to remove carbon can harm the environment – or protect it: study highlights trade-offs – https://theconversation.com/planting-trees-to-remove-carbon-can-harm-the-environment-or-protect-it-study-highlights-trade-offs-276335

Seizure of 2,000 ants at Nairobi airport highlights the hidden scale of insect trafficking

Source: The Conversation – Africa – By Elliot Doornbos, Senior Lecturer of Criminology, Nottingham Trent University

Last year Kenya Wildlife Service warned of a growing demand for garden ants in Europe and Asia, where some people view them as exotic pets. An attempt to smuggle over 2,000 garden ants out of the country’s main international airport made the news in 2026. Echoing this, in 2025, four men were sentenced for attempting to smuggle more than 5,000 ants out of the country.

The defendants in the 2025 case pleaded guilty to the illegal possession and trafficking of live wildlife species, an offence under the Wildlife Conservation and Management Act (2013). They got a choice of paying a fine of US$7,700 or serving 12 months in prison.

Globally, although wildlife trafficking is mostly associated with larger animals such as elephants, rhino and tigers, a broad array of species are traded. The illicit trade in invertebrates is one part of this, including insects, other arthropods such as spiders and scorpions, and myriapods, for example centipedes.

The scale of the illegal trade is difficult to calculate due to limited wildlife crime statistics globally, enforcement challenges and the often hidden nature of wildlife trafficking as a whole. Some estimates have placed the legal market for insect consumption specifically at around US$17.9 billion by 2033. This offers some indication of the popularity of insects.

For me as an academic in wildlife crime, the Kenyan seizures help to demonstrate not only the existing demand for these species but also the similarities these markets share with broader wildlife trafficking networks, including their enforcement challenge.

The global scope of the challenge

There is limited data on the global problem. But existing seizure records highlight dynamics within insect-trafficking markets. These encompass a wide range of species, trends and motivations.

While insects are traded legally for reasons such as research, pet markets or human consumption, these patterns are often mirrored in illicit trade. One prominent driver is the exotic pet market.

The seized Kenyan ants were reportedly intended for sale as pets. Similar motivations have been noted with other trafficked insects, such as the demand for rhino beetles in Japan and praying mantises in Italy.

More broadly, the exotic pet trade has consistently been recognised as a key driver of wildlife trafficking. Reptiles and birds are key targets. There are parallels between insect trafficking and wildlife trafficking more generally.

Alongside the demand in species, the smuggling techniques used in insect trafficking reflect methods seen in other wildlife trafficking markets.

One case involved a trafficker attempting to smuggle centipedes, bullet ants and tarantulas out of Peru in plastic bags strapped around his body. In another instance praying mantis eggs were disguised as children’s toys and rhino beetles as snacks. These methods echo wider cases of wildlife being concealed using novel and diverse approaches.

Alongside this, several cases involve insects being trafficked in large quantities. This technique has been used with small fauna such as birds and reptiles, where smugglers transport high numbers with the expectation that some will die but profits can still be made from the survivors.

Enforcement authorities face the complication that a legal market exists for certain species. This can potentially allow traffickers to launder protected species alongside legal ones, a technique that parallels other wildlife trafficking markets. This further complicates enforcement with relevant authorities needing to have awareness of species specific policies and training around species identification.

Protection for insects

Globally the protection of insect species varies. Whereas most jurisdictions have legislation which protects wildlife, the trade and level of protection is often shaped by their conservation status – the risk of extinction for the species. This is similarly observed in how the trade in wildlife is regulated. Levels of criminalisation for wildlife trafficking often vary based on the species, attitudes towards them and country legalisation.

Research has pointed to one challenge in relation to insects being the potential lack of clarity regarding international regulations governing their trade. There are also uncertainties about the legal requirements for transporting and selling insects.

Informing national policies, the international trade in fauna and flora is regulated by Convention on International Trade in Endangered Species (CITES), which has 185 signatory countries. CITES classifies international trade under three categories:

  • Appendix I all but bans the trade outside exceptional circumstances

  • Appendix II means regulated trade can take place

  • Appendix III relates to species not currently recognised as being threatened by trade but for which some countries have regulations in place.

However, research shows that enforcing wildlife protections presents an array of challenges. Studies indicate that CITES and related enforcement efforts are not fully effective. Furthermore, wildlife crime is not always seen as an enforcement priority or given the resources it needs. This may hinder efforts to protect insects from trafficking.

Overall, these high profile cases and continued media discussion can help to recognise insects as victims of wildlife trafficking. This has the potential to build public support for underrepresented wildlife crime issues and encourage the development of further measures to reduce species harm.

The Conversation

Elliot Doornbos does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Seizure of 2,000 ants at Nairobi airport highlights the hidden scale of insect trafficking – https://theconversation.com/seizure-of-2-000-ants-at-nairobi-airport-highlights-the-hidden-scale-of-insect-trafficking-279571

AI is reengineering drug discovery by speeding up testing and scanning petabytes of data for connections between diseases

Source: The Conversation – USA – By Jeffrey Skolnick, Regents’ Professor; Mary and Maisie Gibson Chair & GRA Eminent Scholar in Computational Systems Biology, Georgia Institute of Technology

In December, The Conversation hosted a webinar on AI’s revolutionary role in drug discovery and development.

Science and technology editor Eric Smalley interviewed Jeffrey Skolnick, eminent scholar in computational systems biology at Georgia Institute of Technology, and Benjamin P. Brown, assistant professor of pharmacology at Vanderbilt University.

Skolnick has developed AI-based approaches to predict protein structure and function that may help with drug discovery and finding off-label uses of existing drugs. Brown’s lab works on creating new computer models that make drug discovery faster and more reliable. Below is a condensed and edited version of the interview.

Let’s start with the big picture. How is AI changing biomedical research and drug discovery, and what is the potential we are talking about?

Skolnick: The upside, potentially, is very large. One of the frustrating things about drug discovery is that, in spite of the fact that the people doing it are extraordinarily intelligent and have done an extraordinarily good job, the success rate is very low. About 1 in 5 drugs will have negative health effects that outweigh its benefits. Of the ones that pass, roughly half don’t work.

In drug development, there are several key issues: Can you predict which target is driving a particular disease? Once this target is identified, how can you guarantee the drug is going to work and isn’t simultaneously going to kill you?

These are outstanding problems in drug discovery in which AI can play an important, though not 100% guaranteed, role. Unlike us, AI can look at basically all available knowledge. On a good day it makes strong and true connections called “insights,” and on a bad day it does what is called “hallucinating” and sees things that are weak and probably false.

Eric Smalley interviews Jeffrey Skolnick and Benjamin P. Brown.

At the end of the day, many diseases do not have a cure. Most diseases are maintained, such as high cholesterol or autoimmune conditions. A treatment for cancer might buy you five years, and now you’re in Stage 4 and you’ve exhausted all the standard care drugs. AI can play a role to suggest alternatives where there are none.

Let’s give some basic definitions here. When we use the word drug, we’re talking about a wide range of therapies. Can you explain the range – we’ve got small molecule drugs, biologics, gene therapies, cell therapies.

Brown: We have fairly large molecules in our bodies called proteins. They are like machines that carry out specific functions and interact with one another. Oftentimes, when we’re trying to treat disease, we’re trying to alter functions of specific proteins. Many drugs, like aspirin and Tylenol, are small molecules that can fit into a protein and change its function. Fundamentally, drugs don’t have to just interact with proteins, but this is a major way in which our current repertoire of medications work.

There are also proteins that act like drugs, such as antibodies. When you receive a vaccine for a virus, your body is basically given instructions on how to develop antibodies. These antibodies will target some part of that virus. Your body is creating these big molecules, much bigger than aspirin, to go and interact with foreign proteins in a different way. Gene therapy is a larger step beyond that.

So these modalities – molecule, protein, antibody or gene – are very different types of molecules. They have different scales and rules, so the way you approach designing and discovering them various widely.

Can you briefly explain artificial neural networks, and what the “deep” in deep learning means?

Skolnick: AlphaFold, developed by DeepMind, involved understanding how neural networks worked. They built a network with a lot of inputs, which are stimuli, and outputs with different weights, similar to how your brain actually works. These simple connections, or neurons, have reinforcement learning.

They also created sophisticated neural networks, such as transformers, which do specific things like a special-purpose tool that can learn, and they added a mechanism called “attention,” which amplifies critical details. Super neural networks with transformers is what we call deep learning. These now have literally billions, if not trillions, of parameters.

Essentially, these machines can learn higher order correlations between events, meaning the patterns of conditional interactions that depend on the properties of multiple things simultaneously. In these higher order correlations, AI has the potential to see previously unknown things that are embedded in petabytes (a unit of data equivalent to half of the contents of all U.S. academic research libraries of biological data.

AlphaFold, which predicts three-dimensional, bioactive forms of a protein, has millions of sequences and a couple of hundred thousand structures. It can tell you, based on a particular pattern, what small molecule to design that sticks to a protein to induce some kind of structural shift.

How is this technology being used in biomedical research to understand molecular dynamics or, essentially, the biological processes involved in health and disease?

Brown: In 2013, there was a Nobel Prize for molecular dynamics simulations, computational tools that help you understand the motions of molecules as they move according to physics. There’s a huge body of scientific research built around those ideas.

AI and deep learning are large right now, but it’s worth mentioning that for the last decade and a half, people have been using much smaller machine learning algorithms to help design drugs. A lot of the ideas, such as [using machine learning for virtual screening], are not new and have been in practice for a while.

With AlphaFold’s technologies to help people design proteins and predict their structure, we’ve changed how we think about a lot of these problems. We have this new repertoire of approaches to build ideas around and to start thinking about drug discovery.

From 20 years ago to now, what has today’s AI technology done in terms of scale of change in this process?

Skolnick: A lot of diseases, like cancers, are caused by a collection of malfunctioning proteins. AI now allows us to start to think conceptually about how these diseases are organized and related to each other.

Diseases tend to co-occur. For example, if you have hyperthyroidism, you’re very likely to develop Alzheimer’s. Kind of weird, right? We can look at pieces, but AI can look at all the information, integrate the collective behavior and then identify common drivers. This allows you to construct disease interrelationships which offer the possibility of broad spectrum treatments that could treat whole collections of diseases rather than narrow-spectrum treatments.

Relatedly, AI also can help us understand disease trajectories. Diseases that tend to co-occur often present themselves consecutively. You have disease 1, it gives you disease 2, then gives you disease 3. This suggests that if you go back to the root with disease 1, you may be able to stop a whole bunch of stuff. You can’t analyze millions of trajectories and millions of data without a tool, so you couldn’t do this before.

This holds a lot of promise, but one also must be careful not to overpromise. It will help, it will accelerate, but it is not a substitute yet for real experiments, real clinical validation and trials.

The Conversation

Jeffrey Skolnick receives funding from the National Institute of Health and the Ovarian Cancer Institute.

Benjamin P. Brown receives funding from the National Institutes of Health.

ref. AI is reengineering drug discovery by speeding up testing and scanning petabytes of data for connections between diseases – https://theconversation.com/ai-is-reengineering-drug-discovery-by-speeding-up-testing-and-scanning-petabytes-of-data-for-connections-between-diseases-274693