Entre paillettes et éthique : l’influence responsable est-elle un mirage ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Charlène Carreteiro, Doctorante en sciences de gestion, Université d’Orléans

Entre modèles inspirants et panneaux publicitaires ambulants, les influenceurs suscitent autant d’admiration que de rejet. Malgré son essor fulgurant et son attrait pour les marques, le marketing d’influence et les dérives éthiques qui y sont associées interrogent. Dans ce contexte, l’émergence d’une influence responsable est-elle possible ?


L’intensification récente des conflits armés au Moyen-Orient a vu Dubaï devenir le théâtre de scènes d’agitation : traversées de missiles, incendies, détonations… De quoi faire naître la peur chez les habitants de la ville parmi lesquels des influenceurs expatriés. Ces stars des réseaux sociaux, qui jusqu’ici vantaient les mérites de Dubaï qu’ils considéraient comme un havre de paix, ont, dans les premières heures du conflit, exprimé leur peur et sollicité l’aide de la France et des services de l’État, avant d’adopter une attitude plus discrète, rigueur de la loi locale oblige.

Mais sur la toile, ces prises de parole ont suscité une vague de moqueries. Cette mésestime s’est muée en indignation lorsque certains, pressés de regagner la France, n’ont pas hésité à abandonner sur place leurs animaux de compagnie, pourtant mis en scène quotidiennement comme des accessoires de leur « lifestyle ». Ces comportements, dans un contexte tragique, viennent cristalliser une défiance générale déjà latente nourrie par les nombreuses dérives éthiques qui ont entaché le marketing d’influence ces dernières années.




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Des dérives commerciales

Les influenceurs sont des relais entre le public et les marques grâce à diverses pratiques telles que le placement de produit souvent accompagné du partage des fameux « codes promo ». De ces pratiques a émergé une remise en cause de l’ensemble du secteur. Les influenceurs ont largement été critiqués pour leur manque de transparence et d’authenticité, pour le doute que certains laissent planer quant au caractère commercial des contenus qu’ils diffusent.

Outre la forme, c’est également le fond de leurs contenus qui suscite des interrogations. Dropshipping (traduit par « livraison directe », il s’agit d’un modèle de distribution consistant à vendre en ligne des produits sans avoir à les stocker ou à les expédier soi-même), promotion de produits inefficaces voire dangereux, de contrefaçon, de formations douteuses, d’arnaques financières, de chirurgie esthétique, telles sont les accusations dont ont fait (et font parfois encore) l’objet certains influenceurs donnant naissance au terme « influvoleur » popularisé par le rappeur Booba.

De façon plus générale, le modèle de l’influence commerciale génère d’importants risques de manipulation et d’exploitation des vulnérabilités des consommateurs, en particulier des jeunes.

Une structuration progressive

Face à l’ampleur des dérives, les instances de régulation ont réagi en particulier avec l’entrée en vigueur de la loi n°2023-451 du 9 juin 2023. Il s’est agi d’établir des définitions légales, d’interdire la promotion de certains produits et d’accroître les contrôles. L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) occupe également un rôle clé dans la responsabilisation des acteurs de l’influence grâce à sa formation pour l’obtention du Certificat de l’influence commerciale responsable ou bien encore à l’Observatoire de l’influence responsable.

Bien que les pratiques abusives soient davantage sanctionnées et que le nombre de dérives semble diminuer, l’image des influenceurs reste entachée. Et c’est notamment la présence de nombreux influenceurs français à Dubaï qui cristallise les critiques. La ville est devenue un véritable hub pour ces personnalités parfois fortunées, notamment en raison de ses conditions fiscales avantageuses.

Pour le grand public, ce choix est difficile à accepter : des influenceurs qui s’adressent à des communautés résidant en France choisissent de s’installer à l’étranger pour des raisons fiscales. Dans ce contexte, après avoir publié un tweet moqueur, le youtubeur Tibo InShape a déclaré :

« Aujourd’hui le but, c’est de dénoncer l’hypocrisie des influenceurs qui sont à Dubaï, qui fuient les impôts, qui fuient, pour certains, la justice française. Je ne parle pas de tous les influenceurs, mais je parle de ceux qu’on appelle “influvoleurs” qui arnaquent les Français. »

Certains ironisent alors en rappelant aux influenceurs qu’un retour en France pourrait être synonyme de contrôle fiscal immédiat et diffusent des images représentant des gardes-frontières à l’aéroport tenant un panneau sur lequel il est inscrit « À tous les influenceurs et autres exilés fiscaux à Dubaï, l’administration fiscale vous souhaite un bon retour en France ».

Des enjeux éthiques

Le phénomène du marketing d’influence s’inscrit ainsi dans un paysage complexe et évolutif marqué par la nécessité d’en appréhender les enjeux éthiques. C’est notamment ce que nous avons étudié dans notre article « Vers une influence responsable ? Perception des produits à forte charge éthique et vulnérabilité des cibles », dans lequel nous avons introduit la notion de « responsabilité sociale de l’influenceur » (RSI). Cette responsabilité est notamment liée aux choix relatifs aux produits promus à travers les contenus diffusés, la prise en compte de la vulnérabilité des cibles ainsi que l’exigence de transparence quant à la nature commerciale des contenus et des partenariats établis avec les marques.

Malgré une amélioration progressive des pratiques, la situation actuelle montre qu’il y a encore du chemin à parcourir avant de parvenir à rendre l’influence commerciale véritablement responsable. Le rapport parlementaire, déposé en janvier 2026 par Arthur Delaporte et Stéphane Vojetta, souligne notamment la nécessité de continuer de tenter d’améliorer l’encadrement du secteur afin de protéger au mieux les consommateurs.

Cette dynamique de responsabilisation ne repose pas uniquement sur l’action des pouvoirs publics : plusieurs collectifs se forment pour encourager à l’amélioration des pratiques d’influence. C’est notamment le cas de Paye ton Influence. Piloté par Amélie Deloche (@amelie.dlch), ce collectif s’est donné pour mission de dénoncer les pratiques incompatibles avec les limites planétaires et en appelant à une transformation profonde du secteur.

Changer de l’intérieur

Certains influenceurs tentent également de faire évoluer le secteur de l’intérieur. C’est par exemple le cas de Charlotte Lemay (@chamellow), mannequin et influenceuse qui prône une influence à la fois consciente et écoresponsable. Elle est présidente de l’association à but non lucratif Aware Collective qui a pour but de sensibiliser les influenceurs aux pratiques écoresponsables et est co-autrice de l’ouvrage Influenceur·se engagé·e.

De façon générale, de plus en plus d’influenceurs (tels que @girl_go_green, @iznowgood ou @mylittlewayoflife) semblent vouloir s’inscrire dans cet objectif de responsabilisation du secteur, que ce soit en militant pour des causes sociales et environnementales ou en tentant d’adopter des pratiques animées par l’éthique, la transparence et l’authenticité. Cela peut se traduire par la proposition d’alternatives aux marques de fast-fashion, la promotion de marques locales et engagées ou bien encore l’incitation à consommer moins.

In fine, si le monde de l’influence tente de sortir de son « Far West » pour devenir une industrie plus responsable, le chantier reste immense. La plupart des rapatriés que nous évoquions au début de cet article reprendront dès qu’ils en auront l’occasion le chemin du mirage doré de Dubaï et de ses promesses fiscales au détriment de la solidarité et du respect du vivant. La véritable influence responsable ne se décrète pas dans un texte de loi, elle se prouve chaque jour par des actes qui se passent de filtres.

The Conversation

Charlène Carreteiro ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Entre paillettes et éthique : l’influence responsable est-elle un mirage ? – https://theconversation.com/entre-paillettes-et-ethique-linfluence-responsable-est-elle-un-mirage-279235

Entrepreneuriat : quand la science balaie les idées reçues sur les start-up, les savoir-être…

Source: The Conversation – France (in French) – By Christophe Schmitt, Professeur des Universités en entrepreneuriat, IAE Metz School of Management – Université de Lorraine

Incubateurs, subventions, formations à la créativité… les dispositifs de soutien à l’entrepreneuriat se multiplient en France. Ces solutions sont-elles vraiment efficaces ? Et si les « bonnes idées » pour stimuler l’entrepreneuriat freinaient en réalité l’innovation qu’elles prétendent pourtant encourager.


L’injonction à entreprendre n’a jamais été aussi forte. Pour dynamiser l’économie et transformer les territoires, la réponse des pouvoirs publics et des acteurs économiques semble invariablement être la même : « Plus d’accompagnement, plus d’incitations, plus de passion. » Pourtant, cette approche intuitive, souvent guidée par de bonnes intentions, se heurte parfois violemment à la réalité du terrain.

Dans l’imaginaire collectif comme dans les discours politiques, l’entrepreneuriat est souvent paré de vertus magiques. Il suffirait de libérer les énergies, de financer l’audace et de multiplier les structures d’accueil pour que l’innovation fleurisse. Mais les politiques publiques, tout comme les stratégies d’accompagnement, gagnent à être évaluées à l’aune de la recherche scientifique. C’est précisément la mission que s’est assignée le réseau R2E.

Alliance scientifique entre l’Université de Lorraine, l’Université de Strasbourg, l’Université de Reims Champagne-Ardenne, Neoma Business School et YSchools, ce collectif fédère plus de 230 chercheurs de différentes disciplines (gestion, économie, sciences politiques), avec l’objectif de faire émerger un « entrepreneuriat par la preuve » (evidence-based entrepreneurship). Par ricochet, il s’agit aussi de mettre en lumière des phénomènes contre-intuitifs qui remettent en question bien des certitudes.




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Trop de soutien tue le soutien ?

L’une des premières pierres d’achoppement identifiées par les travaux récents concerne l’architecture même de l’écosystème entrepreneurial. Pour stimuler l’entrepreneuriat et la création d’entreprises, les dispositifs se sont multipliés, sans réflexion sur l’efficacité globale de ces multiples dispositifs, allant des incubateurs aux accélérateurs et autres guichets uniques, subventions régionales, aides nationales…

Or, l’analyse de terrain révèle un effet pervers de cette générosité publique, provoquant un effet « millefeuille ». La sédimentation des dispositifs crée un environnement illisible. Au lieu de se sentir soutenus, les porteurs de projet se retrouvent aux prises avec une complexité administrative chronophage. Le temps passé à décrypter les critères d’éligibilité ou à naviguer entre des injonctions parfois contradictoires est du temps soustrait au développement du produit ou à la recherche de partenaires ou de clients.

La recherche montre ainsi que, au-delà d’un certain seuil, l’abondance de soutiens désorganisés devient un frein. Il convient de sortir de la logique administrative (remplir des dossiers de subvention), pour favoriser le développement de l’activité de l’entrepreneur. En effet, les différentes structures d’accompagnement doivent rendre des comptes à leurs financeurs créant un effet de justification en cascade. La recommandation qui émerge en est claire : l’efficacité des politiques publiques ne réside pas dans le volume des aides, mais dans leur coordination et leur simplicité. Dit autrement : « Trop de soutien tue le soutien. »

L’illusion des « soft skills »

Les études récentes s’attachent également à déconstruire le portrait-robot de l’entrepreneur idéal, souvent romancé par les médias. On nous présente la figure de l’entrepreneur visionnaire, mû par une passion dévorante et des soft skills relationnels hors normes. On imagine volontiers que c’est l’envie de « changer le monde » (purpose-driven action) qui constitue le moteur principal, notamment chez les jeunes générations.

Pourtant, les données racontent une histoire plus pragmatique. Si la passion est une étincelle, elle ne suffit pas à alimenter le moteur sur la durée. Les travaux empiriques soulignent que l’intention entrepreneuriale se transforme en action concrète principalement grâce à la maîtrise de compétences techniques et financières. Comprendre un business plan, anticiper des besoins de trésorerie ou évaluer un seuil de rentabilité sont des facteurs bien plus déterminants pour « passer le cap » que la seule audace créative.

Pourquoi ? Parce que la compétence financière réduit l’incertitude. Elle transforme une peur irrationnelle de l’échec en un risque calculé et gérable. En survalorisant le discours fondé sur les inspirations au détriment des hard skills de gestion, les formations risquent de passer à côté de l’essentiel. De même, les motivations des jeunes entrepreneurs restent, dans la réalité, fortement ancrées dans des logiques économiques et personnelles, bien loin de l’image d’Épinal d’une génération purement altruiste et naturellement talentueuse.

Se lancer plutôt que se (sur)informer

Ce besoin de compétences tangibles se heurte à un autre phénomène contemporain, le « paradoxe de l’abondance informationnelle ». À l’ère du numérique, les jeunes entrepreneurs ont accès à une quantité illimitée de données : benchmarks, études de marché en ligne, retours d’expérience sur les réseaux sociaux…

L’intuition voudrait que plus on est informé, meilleure sera la décision. Cela ne reflète pas vraiment la réalité du terrain, puisque de l’abondance à la surcharge il n’y a qu’un pas et que cette surcharge tend à paralyser l’action. Les jeunes entrepreneurs surinvestissent la phase de recherche, cherchant la réponse parfaite ou la réassurance absolue dans les données, retardant la confrontation au terrain.

Là où l’entrepreneuriat exige de l’expérimentation et de l’agilité, l’infobésité crée de l’inertie. Apprendre à filtrer et à limiter l’information devient dès lors une compétence critique à enseigner.

La reprise d’entreprise, une voie à creuser

Enfin, l’approche scientifique permet de réévaluer des modèles souvent jugés moins « sexy » que la start-up technologique, comme la reprise d’entreprise. Souvent perçue comme risquée ou réservée à des profils seniors, la reprise souffre d’un déficit d’image.

BPI France, 2023.

Pourtant, les crises successives ont agi comme des révélateurs. Les entrepreneurs ayant vécu une reprise d’entreprise démontrent une résilience supérieure en période de turbulences. Avoir dû s’adapter à une structure existante, comprendre sa culture et la transformer sans la briser constituent tous trois un apprentissage inestimable. La crise ne fait souvent que renforcer ces mécanismes d’adaptation.

Le danger de l’isolement

De plus, l’idée que la reprise est intrinsèquement risquée est contestée par les faits. Ce n’est pas l’opération qui est dangereuse, c’est l’isolement du repreneur. Les dirigeants en sont d’ailleurs pleinement conscients. Selon le sondage ELABE (2023) « Les dirigeants et la cession-transmission d’entreprise », 91 % d’entre eux estiment qu’il est important d’être accompagné par des tiers dans ce type de démarche. La reprise encadrée présente ainsi des taux de pérennité remarquables.

Il y a là un gisement de croissance et de sauvegarde de l’emploi que les politiques territoriales gagneraient à prioriser, plutôt que de tout miser sur la création ex nihilo.

Éclairer les décideurs, ce n’est pas seulement valider leurs choix, c’est parfois, et cela est salutaire, challenger les idées reçues pour éviter le gaspillage de ressources publiques. Pour transformer nos territoires, l’entrepreneuriat ne doit plus être seulement une incantation, mais une science de l’action, lucide et ancrée dans les réalités complexes de la société.


Ce texte a été rédigé avec Élisa Mathieu, ingénieur d’études, membre de R2E.

The Conversation

Christophe Schmitt est membre de R2E (Recherche et Expertise en Entrepreneuriat). Il a reçu des financements de l’Union Européenne dans le cadre du Programme opérationnel FEDER et de la Région Grand Est.

ref. Entrepreneuriat : quand la science balaie les idées reçues sur les start-up, les savoir-être… – https://theconversation.com/entrepreneuriat-quand-la-science-balaie-les-idees-recues-sur-les-start-up-les-savoir-etre-276819

Attention, les activités des entreprises pourraient devenir inassurables

Source: The Conversation – France (in French) – By Fiammetta Cascioli Karivalis, Professeur, Directrice du Msc Business Transformation for Sustainability, Kedge Business School

La majorité des dirigeants d’entreprises ne considèrent pas encore l’adaptation au changement climatique comme un enjeu majeur. CrizzyStudio/Shutterstock

Dans un contexte d’accélération du risque climatique, les assureurs voient leur rôle évoluer auprès des entreprises. La question n’est plus seulement « combien cela coûtera ? », mais aussi « comment éviter que certaines activités deviennent tout simplement inassurables ? » Zoom sur les petites et moyennes entreprises, cœur du tissu économique français.


Longtemps amortisseuse, l’assurance est aujourd’hui sous tension face à des sinistres plus fréquents et coûteux. Rien que pour les tempêtes Nils et Pedro, en février 2026, ainsi que les inondations dans l’ouest et le sud-ouest de la France, France Assureurs et la Caisse centrale de réassurance estiment le coût des dommages à 1,2 milliard d’euros.

Le changement climatique n’est plus seulement une question environnementale. Les risques financiers liés au climat deviennent matériels pour l’économie française, européenne et mondiale. Ainsi, 80 % des entreprises ont subi des perturbations opérationnelles, des fermetures temporaires (70 %) et une hausse de plus de 150 % des coûts d’assurance.

Si les compagnies d’assurance ne couvrent plus certains territoires ou certains secteurs, les coûts se déplaceront vers les entreprises avec un risque de fragilisation du crédit et de stabilité financière.

Un monde à + 4 °C, inassurable

En 2015, Henri de Castries, alors dirigeant d’AXA, avertissait : « Un monde à + 2 °C pourrait être assurable, mais un monde à + 4 °C ne le serait certainement pas. » Dans la cartographie prospective 2026 de France Assureurs, le risque d’inassurabilité s’impose comme la préoccupation centrale de long terme, au côté du risque climatique et des enjeux liés à l’intelligence artificielle.

En effet, les phénomènes climatiques extrêmes gagnent en fréquence et intensité et tendent à devenir une nouvelle norme. Dans certains territoires, ces chocs poussent déjà des assureurs à se retirer – la Californie en a donné un aperçu avec les incendies qui ont ravagé l’État : pas moins de 100 000 Californiens ont perdu leur couverture entre 2019 et 2024.

En France, la Direction générale des entreprises (DGE) estime que « deux millions d’établissements seraient fortement exposés à une augmentation du risque de tempête ». Elle souligne que les tempêtes et les inondations touchent directement les actifs, tandis que les vagues de chaleur dégradent la productivité du travail.

Pour les entreprises, on distingue les risques physiques, aigus liés à des événements extrêmes, et chroniques, liés à des évolutions de long terme. Ces risques finissent par se traduire en risques financiers pour les entreprises – sur les actifs, les chaînes de valeur, les conditions de travail et, in fine, leur productivité.

Seuls 12 % des entreprises ont défini une stratégie d’adaptation

Selon l’Insee, la France comptait en 2021 159 000 petites et moyennes entreprises (PME) marchandes, non agricoles et non financières (hors microentreprises), représentant 4,3 millions de salariés. À l’échelle européenne, elles sont 23 millions, soit environ deux tiers des emplois.

Une gestion préventive des risques climatiques devient une nécessité, même si elle reste encore peu répandue – à l’exception de certains secteurs particulièrement exposés, comme l’agriculture. Dans ce secteur, le coût de l’adaptation est élevé (plus d’une dizaine de milliards d’euros d’investissements d’ici à 2050), mais demeure inférieur au coût de l’inaction.




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Selon une enquête réalisée en 2024 par Bpifrance, « 68 % des dirigeants ne considèrent pas l’adaptation au changement climatique comme un enjeu majeur », seuls 12 % ont défini une stratégie d’adaptation et 57 % estiment que leur entreprise est aujourd’hui faiblement exposée aux aléas climatiques.

Trop peu d’entreprises disposent aujourd’hui de véritables plans de résilience, alors même que la résilience devrait devenir un « critère de décision stratégique ». Ce décalage tient à la nature même du risque : tant que l’impact financier n’est pas tangible – sur les actifs, l’activité ou la trésorerie –, il est difficile, pour un dirigeant, d’en mesurer l’ampleur et d’engager des mesures d’adaptation.

Les PME en première ligne

Les PME disposent rarement des mêmes marges de manœuvre que les grands groupes : moins de trésorerie pour absorber un choc, moins d’équipes vouées à la gestion des risques, et moins de poids pour négocier des conditions de couverture. Leur exposition est souvent très concrète, avec des dommages sur leurs bâtiments et leurs machines, des arrêts de production, des tensions logistiques et des effets domino chez les fournisseurs ou les clients.

Elles peuvent se retrouver insuffisamment couvertes – voire pas couvertes du tout – contre certains événements, tels que les inondations, les glissements de terrain, les submersions, les canicules. En 2025, 74 % des très petites entreprises (TPE) et des PME disposent d’une couverture inadaptée, soit environ 3,3 millions d’entreprises concernées.




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Parce que beaucoup de PME ne sont pas directement soumises aux obligations de reporting en durabilité comme la Directive relative à la publication d’informations en matière de durabilité (CSRD), le risque est de repousser la question. Pourtant, mesurer quelques informations clés – exposition, vulnérabilités, plans d’action – aide à piloter l’adaptation et à dialoguer avec les partenaires financiers, les assureurs et les grands donneurs d’ordre.

Assurance paramétrique

L’étude de Bpifrance rappelle que les dirigeants de PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont besoin d’être accompagnés. Dans ce contexte, les parties prenantes externes (banques, assureurs, grands donneurs d’ordre) intensifient leurs attentes, ce qui ouvre la voie à de nouveaux outils de conformité et à des évolutions stratégiques.

Pour un assureur, le risque renvoie à un événement dommageable, de survenance incertaine, qui devra être indemnisé. La Caisse centrale de réassurance (CCR) estime que « la hausse de la sinistralité du seul fait du climat serait comprise entre 27 % et 62 % en moyenne à horizon 2050 ». Certaines zones, plus exposées, connaissent déjà des difficultés d’accès à l’assurance.

Parmi les réponses possibles, l’assurance paramétrique – qui déclenche un paiement en fonction de paramètres météorologiques – constitue un levier intéressant de résilience climatique.

Le nouveau rôle des assureurs

C’est ici que l’assurance peut jouer un rôle décisif. Au-delà de l’indemnisation, elle peut contribuer à réduire les dommages en amont et à maintenir l’assurabilité du tissu économique. Trois pistes, déjà à l’œuvre dans certains marchés, méritent attention :

  • Inciter à la résilience : ajuster primes et franchises, offrir des bonus ou de meilleures conditions lorsque des mesures de prévention sont mises en place ;

  • Partager données et expertise : fournir cartographies, retours d’expérience et indicateurs pour aider les PME à comprendre leur exposition et agir ;

  • Proposer des services de prévention : diagnostics, recommandations opérationnelles et accompagnement vers des solutions adaptées, y compris l’assurance paramétrique.

L’efficacité de l’ensemble des solutions assurantielles face aux aléas climatiques suppose en effet une sensibilisation accrue des entreprises et… du public.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Attention, les activités des entreprises pourraient devenir inassurables – https://theconversation.com/attention-les-activites-des-entreprises-pourraient-devenir-inassurables-275876

L’histoire de notre petite enfance peut avoir un impact concret dans nos relations au travail

Source: The Conversation – France in French (3) – By Ludivine Adla, Maître de conférences en sciences de gestion et du management, Grenoble IAE, Grenoble IAE Graduate School of Management; Université Grenoble Alpes (UGA)

Trois grandes tendances d’attachement sont observées en milieu professionnel : sécure, anxieux ou évitant. Wbmuk/Shutterstock

En entreprise, tous les salariés ont des réactions différentes. Sécure, anxieux ou évitant, ces styles de relation, remontant à la petite enfance, peuvent se réactiver au travail. Comment mieux comprendre cette psychologie de l’attachement pour accompagner la santé mentale en entreprise (et prévenir les burn out) ?


La détresse psychologique en entreprise ne résulte pas seulement d’une surcharge de travail ou d’un manque de ressources. Elle se construit dans les interactions quotidiennes. Un feed-back peut être vécu comme une remise en cause. Un silence peut être interprété comme un rejet.

Le Baromètre 2026 de la santé mentale au travail indique que 22 % des salariés français se déclarent en mauvaise santé mentale, contre 26 % en 2025. Cette amélioration reste fragile. Près de six millions de personnes vivent encore une détresse psychologique durable, associée à une baisse de l’engagement et à une dégradation de la coopération au travail.

Face à ces constats, les entreprises ont multiplié les dispositifs de prévention. Par exemple, elles déploient des cellules d’écoute, des formations aux risques psychosociaux et des plateformes d’accompagnement. Ces outils sont nécessaires, mais ils interviennent souvent lorsque les difficultés sont déjà installées. Ils permettent d’identifier des symptômes individuels sans toujours agir sur les mécanismes qui les produisent.

La santé mentale au travail dépend en grande partie de la manière dont les individus interprètent et régulent leurs émotions. La psychologie de l’attachement, initialement développée par le psychanalyste John Bowlby en 1958, permet d’éclairer ces mécanismes. Cette théorie postule que tout individu a besoin d’une relation d’attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui, un caregiver, notamment dans la petite enfance. Cette relation est censée procurer un sentiment de sécurité. Elle conduit à la construction de modèles internes qui orientent la perception de soi, des autres et des situations sociales.

Nos travaux menés dans le cadre du projet de l’Agence nationale de la recherche ATTACHED montrent que ces modèles ne disparaissent pas à l’âge adulte. Ils se réactivent dans les situations professionnelles, en particulier lorsque les individus sont confrontés à de l’incertitude ou à des tensions, comme nous l’avons étudié avec Ange Abalé en 2025.

Sécurisant, anxieux ou évitant

La littérature distingue trois grandes tendances d’attachement, également observées dans nos recherches en milieu professionnel.

  • Un style sécure favorise la confiance en soi et en autrui. Le désaccord peut alors être discuté sans être vécu comme une menace identitaire. Cette posture facilite des échanges ouverts et soutient la coopération.

  • Un style anxieux se traduit par une hypersensibilité aux signaux sociaux. Une remarque peut rapidement être perçue comme une critique. Cette hypervigilance favorise la rumination et le stress.

  • Un style évitant conduit à minimiser l’importance des émotions et de la dépendance mutuelle. Face à la tension, la stratégie consiste souvent à se distancier ou à rationaliser, ce qui peut freiner l’expression des difficultés et retarder leur résolution.




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Ces tendances ne constituent pas des profils figés : elles varient selon les contextes organisationnels. Leur intérêt réside dans leur capacité à rendre visibles ces mécanismes implicites qui influencent la manière dont les contraintes du travail sont vécues.

Régulation émotionnelle au travail

Identifier ces mécanismes ouvre des leviers d’action. Lorsqu’un salarié comprend que son agitation face à un feed-back s’inscrit dans un mode d’interprétation particulier, il peut ajuster sa réponse. Lorsqu’un manager identifie sa tendance à se distancier dans le désaccord, il peut apprendre à maintenir le lien sans éviter la discussion. La prévention ne se limite ainsi plus à une logique corrective. Elle devient un travail sur la qualité des interactions.

Certaines entreprises cherchent à intégrer cette dimension relationnelle dans leurs dispositifs de prévention. C’est le cas d’ENGIE qui a mis en place un réseau de « capteurs terrain ». Leur rôle consiste à repérer des signaux faibles, comme une fatigue inhabituelle, un retrait relationnel ou des variations d’humeur, puis à engager un échange avec le salarié concerné.

Ces acteurs de proximité n’ont pas vocation à traiter directement les situations identifiées. Leur fonction est d’écouter, de créer un premier espace de dialogue et d’orienter vers les ressources appropriées (médecine du travail, ressources humaines, accompagnement psychologique), avec l’accord du salarié. Cette approche repose sur une logique de détection précoce et de responsabilisation collective, en s’appuyant sur les interactions quotidiennes de travail.

Transformer les relations au travail

La détresse psychologique ne se comprend pas uniquement à l’échelle individuelle. Elle se construit dans des situations de travail concrètes, au croisement des contraintes, des interactions et des modes d’organisation.

Transformer les relations au travail suppose alors de déplacer le regard. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner des individus en difficulté, mais d’agir sur ce qui structure leurs échanges au quotidien : la manière de coopérer, de donner du feed-back ou de gérer les désaccords.

Cette évolution se manifeste aussi à l’échelle nationale. Par exemple, la Charte d’engagement pour la santé mentale au travail, lancée en 2025, a déjà été signée par plus de 170 entreprises. Elle mobilise notamment plusieurs leviers : former les managers et développer le dialogue social sur la santé psychologique au travail, améliorer en continu la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT). Elle invite ainsi à intégrer les conditions relationnelles.

Les expériences de notre petite enfance façonnent encore nos relations au travail. Les comprendre permet de nourrir des échanges plus fluides, une coopération plus solide et une meilleure gestion du stress.

The Conversation

Ludivine Adla a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche.

ref. L’histoire de notre petite enfance peut avoir un impact concret dans nos relations au travail – https://theconversation.com/lhistoire-de-notre-petite-enfance-peut-avoir-un-impact-concret-dans-nos-relations-au-travail-277023

Les stratégies de légitimation économique d’une offre culturelle, le cas du Louvre-Lens

Source: The Conversation – France (in French) – By Hélène Gorge, Maître de conférences, LUMEN (ULR 4999), Université de Lille, Université de Lille

Les récentes élections municipales ont montré comment les investissements culturels pouvaient être instrumentalisés dans un débat politique ; comme à Lens, dans le Pas-de-Calais. Le Louvre local a été accusé de ne pas profiter suffisamment aux habitants de la ville. Cela pose la question de l’utilité des équipements culturels. Faut-il la mesurer en fonction de considérations économiques, sociales ou culturelles ?


Dans un contexte d’élections municipales tendues, en particulier dans la ville de Lens (Pas-de-Calais), l’offre culturelle proposée dans cette ville a été l’objet de questions. Un article de Télérama interroge notamment la réussite de la revitalisation culturelle annoncée avec l’implantation du musée du Louvre-Lens.

Comme le montre cet article, l’opposition au conseil municipal ne se prive pas de pointer des résultats en demi-teinte pour le Louvre-Lens, en particulier lorsque l’on regarde les chiffres des entrées au musée et la part du public international, moins importante qu’annoncé.

Cependant, il est peu aisé – voire dangereux – de quantifier des résultats d’une offre culturelle, telle qu’un musée, dans une localisation où la population, principalement issue des classes populaires, n’est que peu, voire n’est pas, familière des institutions muséales. Ce phénomène de quantification menace directement un champ culturel déjà en tension et soumis à de nombreuses coupes budgétaires ces dernières années. Cela pourrait encourager une hiérarchisation des acteurs culturels et une potentielle instrumentalisation de la culture.




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Deux discours de légitimation

Notre travail sur le processus de légitimation du Louvre-Lens dans la ville de Lens et la région du bassin minier, publié en 2024, montre justement les dynamiques économiques et culturelles de l’implantation du musée. Depuis 2004, début de la médiatisation du projet d’implantation de ce musée, le contexte local exerce une forte influence sur les deux types de légitimation du Louvre-Lens, développés en parallèle par les acteurs médiatiques, politiques, socio-économiques et culturels : une légitimation économique et une légitimation culturelle.

La stratégie de légitimation économique est souvent au cœur des discours, en particulier des acteurs politiques, pour défendre – ou critiquer – un projet d’offre culturelle. Présenté comme un levier de revitalisation économique pour le bassin minier et ses habitants, le musée allait assurer « la survie économique » de la région au début des années 2000 (La Voix du Nord, 21 juillet 2004). Cette stratégie et sa réception sont alors fortement influencées par le contexte local. Les difficultés socio-économiques des habitants accentuent les attentes autour du Louvre-Lens mais également les tensions, avec la crainte d’un investissement trop lourd pour une région qui connaît déjà des difficultés.

Des retombées économiques insuffisantes ?

Quelques années après l’ouverture du musée, à partir du milieu des années 2010, le bilan économique n’a pas tenu toutes ses promesses, ce qui déclenche des critiques dans la sphère médiatique qui pointe « un impact limité sur l’économie locale » (Le Monde, 21 août 2016) et le décalage perçu entre les promesses des acteurs publics et le développement économique réel.

Pour mieux comprendre l’importance de l’argument économique dans les discours sur le Louvre-Lens, les apports du marketing culturel peuvent s’avérer utiles. Dans les années 1990-2000, des travaux sur le concept de la « ville créative » ou sur la théorie de la « classe créative » émergent. Ces travaux supposent que le développement d’activités créatives et culturelles dans une ville génère un développement économique, favorise l’inclusion sociale et améliore les conditions de vie des habitants.

Si ces concepts ont séduit les décideurs politiques, de nombreux travaux scientifiques les ont critiqués, en particulier pour le flou relatif à leur application concrète. De plus, une grande majorité des [travaux] supportant l’argument économique se base toujours sur le même exemple de revitalisation culturelle, celui du musée Guggenheim à Bilbao, grandement médiatisé et repris dans les discours politiques comme un modèle à suivre.

Le poids du contexte

Mais ce modèle ne s’exporte pas facilement, tant les spécificités propres à chaque territoire, leurs contextes historique, politique, social, économique, spatial ou encore culturel sont cruciaux pour mieux appréhender le développement d’une offre culturelle locale.

En parallèle de ce processus de légitimation économique particulièrement mobilisé par des acteurs politiques, économiques et médiatiques, la légitimation culturelle s’inscrit plutôt dans un objectif de démocratisation culturelle, afin d’encourager l’appropriation du Louvre-Lens par les habitants. Dès le début du projet de développement du musée, le Louvre-Lens est représenté comme une compensation pour une ville et une région souvent délaissée par les pouvoirs publics depuis la désindustrialisation. Ainsi, Guy Delcourt, maire socialiste de la ville et vice-président du conseil général du Pas-de-Calais, estimait que le choix du gouvernement annoncé le 29 novembre par le premier ministre lors d’une visite dans la ville n’est que justice pour un département qui a « toujours été oublié sur le bord de la route, y compris par nos amis du Nord ».

Des traces matérielles du passé préservées

La dimension symbolique de cette implantation, en lien avec le passé minier du territoire, est renforcée par sa dimension spatiale. Qu’il s’agisse de son lieu d’implantation (un ancien carreau de fosse) ou des traces matérielles préservées et valorisées (signalisation de l’ancien puits de mine, conservation de la trace des anciens rails qui servaient au transport du charbon).

La dimension spatiale d’un musée influence significativement ses représentations et sa fréquentation. Dans ce cadre, les travaux en marketing culturel et en urbanisme décrivent souvent une architecture de musée qui serait conçue et pensée par des acteurs publics et des architectes à des fins de développement touristique sans réelles considérations ou implication des habitants, freinant ainsi leur fréquentation et les efforts de démocratisation culturelle. Cependant, dans le cas du Louvre-Lens, sa dimension spatiale a contribué à inscrire le musée dans une histoire et une identité commune, celle du bassin minier.

À la suite de l’ouverture du musée, sa légitimation culturelle s’est renforcée grâce aux différentes actions développées par le Louvre-Lens, telles que des expositions sur le RC Lens, le club de football local, sur la Pologne faisant écho à l’importante communauté polonaise sur le territoire, ou encore à travers la mise en place de cartels conçus avec plus de 200 habitants pour encourager la démarche collaborative.

Les associations locales mobilisées

Ces actions favorisent la collaboration des habitants et des associations locales, répondant à l’objectif d’ancrage territorial du Louvre-Lens. Cette légitimation culturelle est finalement assez peu remise en cause dans les discours médiatiques et par les habitants, qui sont de plus en plus nombreux à visiter le Louvre-Lens chaque année. En 2024, selon le rapport d’activité du Louvre-Lens, 74 % des visiteurs viennent des Hauts-de-France et 30 % résident aux alentours du musée, une proportion en augmentation ces dernières années (28 % en 2023 et 25 % en 2022). À titre de comparaison, selon le rapport d’activité du Mucem en 2024, 39 % de leurs visiteurs viennent de la région Sud, et 28 % résident à Marseille.

Dans le processus de légitimation du Louvre-Lens, si la légitimation culturelle a tendance à être reléguée au second plan par certains acteurs : médiatiques, politiques en particulier, elle s’avère être en réalité au cœur de la réussite actuelle du musée auprès de la population locale, et donc du développement du territoire.

ICI 2025.

En effet, l’analyse des discours médiatiques autour du Louvre-Lens montre que sa légitimation économique a été plus fortement discutée au commencement du projet dans les années 2000, puis à l’inauguration du musée en 2012. Elle est ensuite de moins en moins questionnée au fil des années, au profit de discours représentant le Louvre-Lens comme une réussite culturelle, acceptée et légitime. Cependant, l’argument économique ressurgit régulièrement, à des moments de forts enjeux politiques, comme en témoigne récemment le contexte actuel des municipales.

Clarifier les retombées

Les discours médiatiques et politiques contribuent à alimenter les tensions en omettant des éléments essentiels à la pleine compréhension des retombées économiques, rendant l’argument économique peu clair. Le Louvre-Lens a fêté ses 13 ans en fin d’année 2025 ; si cela représente une durée relativement courte à l’échelle d’un musée, il n’en va pas de même à l’échelle des habitants. La temporalité des retombées économiques doit être prise en compte et communiquée à la population locale afin d’éviter toute ambiguïté sur le temps nécessaire au développement économique.

La revitalisation des territoires doit être approchée de manière nuancée, car les enjeux économiques et sociaux n’affectent pas tous les acteurs de la même manière. Les acteurs privés et les investisseurs immobiliers sont les premiers à bénéficier des retombées économiques, puis, dans une moindre mesure, les habitants. Il est donc essentiel de clarifier comment l’ensemble des acteurs bénéficie du développement économique du territoire, qu’il s’agisse de la population locale, du tissu associatif ou encore des entreprises privées.

La même approche s’applique aux espaces géographiques. Par exemple, les infrastructures développées autour du Louvre-Lens, telles que le parc du musée, la Louvre-Lens Vallée ou la rénovation des accès routiers, ont un impact beaucoup plus direct sur les quartiers aux alentours du musée que sur les quartiers les plus éloignés, pouvant créer des tensions au sein de la population ou une forme d’incompréhension envers ce type d’investissements.

The Conversation

La thèse de Melvin Grefils a été cofinancée par l’université de Lille (50%) et le conseil régional Hauts-de-France (50%). Ce travail a également bénéficié d’une convention de collaboration avec le musée du Louvre-Lens.

Hélène Gorge et Nil Özçaglar-Toulouse ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Les stratégies de légitimation économique d’une offre culturelle, le cas du Louvre-Lens – https://theconversation.com/les-strategies-de-legitimation-economique-dune-offre-culturelle-le-cas-du-louvre-lens-279148

Algorithms don’t care: how AI worsens the double burden for Indonesia’s female gig workers

Source: The Conversation – Indonesia – By Suci Lestari Yuana, Lecturer at the Faculty of Social and Political Sciences, Universitas Gadjah Mada

Artificial intelligence is often celebrated as the future of work. It is efficient, innovative and neutral. Yet, for many women in Indonesia’s gig economy, AI feels like a source of mounting pressure.

In my recent research on female gig workers in Indonesia, I examine what I call AI colonialism. This term describes how colonial influence persists today through technology and digital systems that maintain control.

This concept captures how powerful actors use AI – often based in the Global North – to exploit workers in the Global South. Much like historical colonialism, this digital iteration relies on the extraction of data, labour and resources to cement unequal power relations.

In Indonesia, AI-driven platforms like ride-hailing and e-commerce draw on informal labour but push the risks and responsibilities back onto workers. But women pay the highest price because algorithms fail to recognise the realities of care work, safety concerns and social norms.

AI and the gendered restructuring of work

Indonesia’s labour market has long been defined by informality. Millions are working without formal contracts or social protections. Tech companies like Gojek, Grab, Maxim and Shopee didn’t formalise this workforce – they only digitised it.

Drivers are classified as partners rather than employees. This means no minimum wage, no sick pay and no maternity leave. Income is dictated entirely by completed tasks and algorithmic ratings.

For women, this structure collides with the so-called “double burden” since they are responsible for paid work and unpaid care.

Lia, a 33-year-old food delivery rider, wakes before sunrise to cook and get her children ready for school. It is only after she has cleared her domestic duties that she finally logs into the app.

“The system doesn’t know I have children,” she told me. “It only knows whether I am online.”

Platform algorithms reward constant, uninterrupted availability. Incentive schemes demand a specific number of trips within narrow time windows – a high bar for those with domestic ties.

If Lia logs off to pick up her children, she risks losing potential bonuses. If she reduces her hours due to menstrual pain or fatigue, her performance metrics drop.

Neoliberal capitalism relies on a massive amount of unpaid “invisible labour”, such as childcare and housework, but refuses to pay for it or provide a safety net for those who do it. Far from correcting this imbalance, AI systems make things worse.

When Cinthia, a female food delivery rider and a single mother of a one-year-old, fell ill and turned off her app for several days, she noticed fewer job offers upon returning. “It felt like the system punished me,” she said. “Now I’m afraid to stop working.”

The algorithm does not explicitly discriminate. However, it operates on the assumption of a worker without caregiving constraints – a norm that systematically disadvantages women.

Discrimination behind a ‘neutral’ interface

The digital economy often claims neutrality. But gender bias persists.

Yanti, a 43-year-old ride-hailing driver in Yogyakarta, regularly messages male passengers before pickup: “I am a woman driver. Is that okay?”

Many cancel immediately.

The app records cancellations. It does not record gender bias.

Because Yanti avoids working late at night for safety reasons, she misses out on rush-hour incentives. The system, however, doesn’t account for safety – it simply interprets her absence as lower productivity.

Scholars like [suspicious link removed] and Virginia Eubanks have pointed out that automated systems often mirror and amplify social inequalities rather than eliminate them.

In Indonesia’s platform economy, discrimination isn’t necessarily hard-coded. It is a byproduct of a design logic that favours efficiency over equity.

In India, women drivers also report earning less on average than their male counterparts, partly due to safety-driven choices regarding timing and route selection. The algorithm does not account for risk in its calculations. It only measures raw output.

Safety, surveillance and algorithmic discipline

For women drivers, safety is a constant negotiation.

Around 90% of the women in our focus group discussions chose food delivery because it felt safer than ride-hailing. Even so, harassment persists in delivery work.

Lia shared how a male colleague targeted her with inappropriate comments as they waited for orders. “It’s not only customers,” she said. “Sometimes it’s other drivers.”

During the COVID-19 pandemic, gig workers were labelled “essential”. Yet their income dropped dramatically by as much as 67% in early 2020. To cover the loss, many worked 13 or more hours per day.

Platforms maintained their rigid performance metrics throughout the crisis. Drivers who are forced to stop working due to illness often see their ratings decline. Health vulnerability was translated directly into an algorithmic penalty.

This reflects labour discipline through digital infrastructure: control shifting from foreman to code.

AI colonialism is more than just foreign ownership. It is about the way extractive logics are woven into everyday digital systems. Workers bear the burden of labour, data, time and risk – yet the platforms hold all the power over algorithmic governance.

Coping, solidarity and everyday resistance

Female gig workers have built dense networks of solidarity through WhatsApp and Telegram groups. They share information about policy changes, warn each other about unsafe customers and exchange strategies for navigating algorithmic shifts.

If an account becomes “gagu/silent” (receiving few orders), experienced drivers “warm it up” by temporarily boosting its activity. They lend money for fuel. They pool resources for vehicle repairs.

When someone faces harassment, others circulate the information quickly to protect fellow drivers. They visited the platform office together when a member was suspended.

Rather than waiting to be formally acknowledged as employees, these women build protection among themselves. This “solidarity over recognition” emerges from shared vulnerability as mothers, caregivers and workers in male-dominated spaces.

Their mutual aid turns care into a strategy and a form of “everyday resistance” – subtle acts that challenge dominant systems, while reflecting a distinctly feminist ethic of survival through relational solidarity.

Beyond innovation narratives

AI is not colonial by design. But when embedded in platform capitalism within unequal societies, it can reproduce colonial patterns of exploitation and loss of ownership.

If we are serious about building just digital futures, we must move beyond innovation narratives and listen to workers, especially women and vulnerable groups in the Global South.

Their stories are a vital reminder that behind every “efficient” algorithm is a human being navigating the delicate balance of survival, dignity and hope.

The Conversation

Suci Lestari Yuana menerima dana dari Hibah Penulisan Dosen, Fakultas Ilmu Sosial dan Ilmu Politik, Universitas Gadjah Mada

ref. Algorithms don’t care: how AI worsens the double burden for Indonesia’s female gig workers – https://theconversation.com/algorithms-dont-care-how-ai-worsens-the-double-burden-for-indonesias-female-gig-workers-279978

¿Quién decide hasta dónde puede llegar la ciencia?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María Ángela Bernardo Álvarez, Investigadora predoctoral en Bioderecho y Bioética, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea

«Hace unas semanas, dos preciosas niñas chinas llamadas Lulu y Nana llegaron al mundo llorando, tan sanas como cualquier otro bebé». Así comenzaba elvídeoen el que He Jiankui, profesor de la Southern University of Science and Technology de China, anunciaba en noviembre de 2018 el nacimiento, por primera vez en la historia, de bebés modificados genéticamente de forma intencionada. Su equipo utilizó la revolucionaria tecnología CRISPR para alterar el gen CCR5, relacionado con la infección por VIH, en el genoma de 31 embriones de siete parejas de China y Tailandia en las que el padre era seropositivo.

Aunque argumentaron que la edición con CRISPR podría paliar un grave problema de salud pública, la modificación no tenía fines preventivos ni terapéuticos: era una mejora genética (enhancement). Además, la variante que pretendían introducir se ha relacionado con una mayor predisposición a otras infecciones y la tecnología no había demostrado su seguridad ni su eficacia.

Por último, ni siquiera lograron experimentalmente los cambios deseados en el genoma.

Aun así, los científicos siguieron adelante e implantaron trece embriones en cinco mujeres. Como resultado, nacieron las gemelas Lulu y Nana, y un tercer bebé cuya identidad se desconoce.

Cirugía genética

El experimento, descrito por Jiankui como una “cirugía genética”, generó un fuerte rechazo internacional al considerarse“irresponsable, peligroso e inmoral”. El científico y dos de sus colaboradores, Zhang Renli y Qin Jinzhou, fueron condenados a penas de prisión y al pago de multas por la comisión de delitos de práctica médica ilegal y falsificación documental.

En la actualidad, se desconoce si las intervenciones genéticas han podido afectar a la salud de los menores editados. Lo que resulta evidente es que el caso ilustra los riesgos de una tecnología de doble uso, que ofrece grandes promesas y esperanzas en biomedicina y, al mismo tiempo, puede suponer graves amenazas, dado que los efectos sobre el bienestar y la integridad de las personas editadas aún no se han investigado ni se comprenden lo suficiente.

Una tecnología de doble uso

Casi una década después, dos compañías estadounidenses,Manhattan Project y Preventive, han comenzado a investigar el uso de la edición genética en embriones humanos con el propósito de erradicar, en teoría, dolencias como la fibrosis quística, el mal de Alzheimer, la distrofia muscular de Duchenne y la enfermedad de Huntington. Estas aproximaciones difieren sustancialmente de Casgevy, la primera terapia génica aprobada basada en CRISPR, en este caso para tratar a pacientes con beta-talasemia y anemia de células falciformes, cuyos cambios no se transmiten a la descendencia pues se llevan a cabo sobre células somáticas.

En realidad, estas empresas persiguen objetivos muy diferentes. Su idea es modificar el genoma en estadios tempranos del desarrollo embrionario, es decir, en la línea germinal, para producir variaciones que pueden ser potencialmente heredables. Este tipo de intervenciones se consideran prohibidas en los países firmantes del Convenio sobre Derechos Humanos y Biomedicina (Convenio de Oviedo), entre los que se encuentra España.

En Estados Unidos, donde operan estas empresas, se limitan estas prácticas, pero diversas fuentes apuntan que dicha regulación podría flexibilizarse bajo la administración Trump, lo que abriría la puerta a experimentos que plantean numerosos interrogantes sociales, éticos y jurídicos.

Experimentos que plantean numerosos interrogantes sociales, éticos y jurídicos

En este contexto, cabe preguntarse quién debe fijar los límites en torno a las modificaciones sobre el genoma humano de la línea germinal, tanto en el ámbito experimental como en la práctica clínica, y bajo qué modelo de gobernanza se debe actuar. Estas cuestiones no son triviales, aunque tampoco resultan completamente novedosas. La historia de la biotecnología proporciona ejemplos de los cuales es posible extraer enseñanzas valiosas para el debate actual.

No es la primera vez que la investigación en el ámbito de la biotecnología se enfrenta a una tecnología con un potencial beneficio pero que, al mismo tiempo, también conlleva riesgos inherentes. El precedente más cercano es el desarrollo de la tecnología del ADN recombinante, también conocida como ingeniería genética, y el modo en el que la comunidad científica afrontó su vertiginosa irrupción a mediados de los años setenta del siglo pasado.

En 1973 se llevó a cabo la primera conferencia de Asilomar, un evento que congregó a más de un centenar de científicos con el fin de examinar los riesgos asociados a ciertos elementos y agentes empleados en los experimentos de biología molecular de la época. Fue la primera ocasión en la que la propia comunidad científica valoró la posibilidad de fijar límites al ejercicio de la libertad de investigación por motivos de seguridad.

En 1975 se celebró la segunda y más conocida conferencia de Asilomar, justo después de la publicación de un manuscrito sobre las cuestiones más controvertidas de la ingenería genética, artículo que también advertía sobre las consecuencias “impredecibles” del ADN recombinante.

En este segundo encuentro, en el que participaron un centenar de investigadores punteros en ingeniería genética, junto a periodistas y juristas especializados, se discutió sobre si podía o no levantarse la moratoria voluntaria que la propia comunidad científica se había autoimpuesto y, en caso afirmativo, en qué condiciones podrían reiniciarse los experimentos de forma segura. Sin duda, la segunda reunión de Asilomar implicó un cambio de actitud trascendental: frente a épocas pasadas, quienes se dedicaban a investigaciones de vanguardia en biotecnología eran muy conscientes de la importancia y de los potenciales riesgos de modificar la materia viva a nivel molecular.

Sin embargo, el consenso sobre este modelo de gobernanza, profundamente tecnocrático, no fue unánime debido a dos motivos principales. Por un lado, porque las conferencias de Asilomar se centraron en los aspectos relacionados con la seguridad, obviando otras cuestiones vinculadas, por ejemplo, con los valores y principios éticos y jurídicos en juego, así como otros temas relacionados con la autonomía, la justicia social o la solidaridad. Por otro lado, según argumentó un colectivo crítico de la Universidad de Harvard y del Instituto Tecnológico de Massachusetts (MIT, en inglés), las conclusiones de Asilomar se alcanzaron sin una adecuada participación y deliberación ciudadana.

Esa exclusión se intentó subsanar ese mismo año en Cambridge (Massachusetts, Estados Unidos), la ciudad donde se ubican la Universidad de Harvard y el MIT, que pretendían por entonces construir laboratorios de alta seguridad para experimentos sobre ingeniería genética. Ante los temores existentes en aquella época, el Consejo municipal impuso una moratoria de seis meses y creó una comisión formada por personas legas en biotecnología con el propósito de que debatieran sobre su idoneidad. Tras reunirse durante meses y analizar más de 75 testimonios, tanto a favor como en contra de la tecnología del ADN recombinante, el comité publicó un informe en 1977 recomendando continuar con las investigaciones, pero con indicaciones más estrictas que las directrices que habían establecido a nivel federal los Institutos Nacionales de la Salud (NIH) de Estados Unidos.

Aunque este ejemplo se limitó a una pequeña región, sin duda conforma el primer precedente de gobernanza democrática de la biotecnología y muestra que la ciudadanía, incluidos quienes no tienen formación ni experiencia profesional especializada, puede deliberar sobre cuestiones técnicas complejas y tomar decisiones razonables y argumentadas.

Gobernanza democrática de la biotecnología

Asimismo, el modelo propuesto en las conferencias de Asilomar, que constituyó un punto de inflexión en la historia de la biotecnología, resulta hoy difícilmente replicable. En la actualidad, los desafíos éticos, legales y sociales de la edición genética con CRISPR, más aun después del irresponsable experimento del equipo liderado por He Jiankui, exigen una discusión más amplia que garantice una participación pública inclusiva y diversa. Es decir, en línea con lo que establece el artículo 28 del Convenio sobre Derechos Humanos y Biomedicina (Convenio de Oviedo), resulta esencial que las cuestiones fundamentales que plantean los avances en biología y medicina, como precisamente ocurre con las biotecnologías emergentes, sean “objeto de un debate público apropiado”.

Este precepto legal no es una mera declaración de intenciones, sino que fija un mandato jurídicamente vinculante en los Estados que han ratificado el Convenio, como España, mediante el que se reconoce que las decisiones que pueden tener consecuencias para el conjunto de la humanidad requieren una deliberación verdaderamente democrática, y no solo consensos sobre las cuestiones de naturaleza científico-técnica. En otras palabras, nos encontramos ante la exigencia de virar hacia un modelo de gobernanza democrática muy distinto al de Asilomar, y más cercano al impulsado en Cambridge a mediados de los años setenta, en el que también se garantice una información veraz y rigurosa sobre las posibilidades reales de CRISPR, evitando así las falsas expectativas y los miedos infundados.

Sin embargo, la investigación empírica más reciente sobre deliberación pública y toma de decisiones en torno a la edición genética muestra importantes lagunas en la construcción de un modelo de gobernanza verdaderamente democrático. A modo ilustrativo, una revisión publicada en European Journal of Human Genetics en 2024 puso de manifiesto un incremento de los esfuerzos encaminados a fomentar la participación ciudadana, si bien con sesgos que han favorecido a personas blancas y con elevada formación académica, y con metodologías que exigían el acceso a internet, lo que limitaba a quienes tenían bajos recursos socioeconómicos.

Otro estudio, publicado en Journal of Community Geneticsen 2024, también dio a conocer las reticencias de la comunidad científica hacia la deliberación pública en cuestiones relacionadas con la edición genética. En general, estas prácticas se entendían no como un debate público apropiado, en los términos del Convenio de Oviedo, sino más bien como una actividad asociada a la mera transmisión unidireccional de información sobre la evidencia científica relativa a las intervenciones sobre el genoma humano. Este enfoque incurre en el denostado modelo de déficit cognitivo, una barrera estructural que puede limitar la puesta en marcha de un modelo de gobernanza plenamente democrático, limitando también los términos y las personas implicadas en el debate, y arrastrando así los mismos sesgos y problemas planteados en las conferencias de Asilomar hace casi medio siglo.

(Una versión de este artículo fue publicada originalmente en la revista Telos de Fundación Telefónica).

The Conversation

María Ángela Bernardo Álvarez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Quién decide hasta dónde puede llegar la ciencia? – https://theconversation.com/quien-decide-hasta-donde-puede-llegar-la-ciencia-280171

El impacto social de los coches eléctricos y de combustible: así afectan al empleo, la salud y la recaudación fiscal

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Pérez Rodríguez, Profesor Titular del Departamento de Ingeniería Química Industrial y del Medio Ambiente. Miembro del Grupo de Tecnologías Ambientales y Recursos Industriales, Universidad Politécnica de Madrid (UPM)

Un trabajador extrae sal en Uyuni, Bolivia, de la que posteriormente se extrae litio, uno de los minerales críticos para la fabricación de coches eléctricos. Steve Smith/Shutterstock

Si bien a la hora de analizar la sostenibilidad de cualquier medio de transporte es clave evaluar aspectos ambientales, este concepto incluye también su impacto social y económico. Así, más allá del debate sobre emisiones contaminantes y eficiencia energética, las tecnologías empleadas en el transporte tienen implicaciones sociales de gran relevancia.

Por ejemplo, en lo relacionado con el Objetivo de Desarrollo Sostenible 8 (trabajo decente y crecimiento económico), el transporte por carretera genera una elevada cantidad de empleos directos e indirectos (1,2 millones en España, según datos del portal del Observatorio del Transporte y la Logística). Pero además debemos considerar aspectos como la calidad del empleo, las condiciones laborales a lo largo de la cadena de suministro y la carga fiscal.

Ampliando el alcance más allá de la mera fase de fabricación del vehículo y sus componentes, conviene echar un vistazo a estos impactos desde su producción hasta la fase de uso. Para ello, hemos llevado a cabo una revisión bibliográfica de artículos científicos que evalúan la sostenibilidad del ciclo de vida del transporte rodado, poniendo el foco en sus repercusiones sociales. Cabe destacar que las investigaciones en esta materia son incipientes, por lo que las conclusiones aquí expuestas deben tomarse con cautela.

Empleo local

El potencial de generación de empleo difiere significativamente según la tecnología del vehículo. Los vehículos de combustión interna tienden a liderar la creación de empleo gracias a una extensa y asentada cadena de suministro que incluye extracción, refino y distribución de combustibles, además de la fabricación y mantenimiento de los vehículos.

En el otro extremo, los vehículos eléctricos de batería generan menos empleo debido a la menor intensidad laboral de sus cadenas de valor, centradas en la producción de electricidad y baterías.

Salud de la población

Desde la perspectiva de los impactos en salud, los vehículos eléctricos (de baterías y de pila de combustible de hidrógeno) destacan por su reducido impacto en las emisiones locales durante la fase de uso (sólo emiten partículas por efecto de la abrasión y el desgaste), lo que se traduce en beneficios directos para la salud, especialmente en entornos urbanos.




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En cambio, los vehículos de gasolina y diésel presentan el mayor impacto sobre la salud humana local debido a emisiones de óxidos de nitrógeno, partículas y monóxido de carbono. Las tecnologías híbridas se sitúan en un punto intermedio, aunque el impacto real varía dependiendo de su uso. Por ejemplo, los vehículos híbridos eléctricos tienden a tener un comportamiento más eficiente, mientras que la efectividad de los vehículos híbridos enchufables depende del hábito de recarga del usuario.

Aunque los vehículos híbridos y los híbridos enchufables pueden presentar impactos relevantes durante la fase de fabricación (principalmente por la producción de baterías), el impacto total en salud a lo largo de su ciclo de vida sigue siendo inferior al de los coches de combustión debido a la drástica reducción de contaminantes durante su operación. Cabe destacar que la introducción en estos últimos de tecnologías de reducción de emisiones, así como la mejora de los combustibles (incluidos los renovables), reduce notablemente el impacto sobre la salud.

El análisis general confirma que la electrificación del transporte supone una mejora clara en términos de salud, especialmente si la electricidad proviene de fuentes renovables.




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Sueldos y condiciones laborales

La transición tecnológica también afecta a los trabajadores y sus condiciones laborales. Según los datos analizados, los automóviles de combustión interna ofrecen los mayores niveles de retribución económica a lo largo de su ciclo de vida. Esto se debe a que involucran sectores tradicionalmente mejor remunerados, como la industria del petróleo o la fabricación de motores térmicos.

En cambio, los vehículos eléctricos de batería muestran los niveles más bajos de remuneración. En parte, porque dependen de la minería de materiales como litio, cobalto y níquel, con salarios generalmente más bajos y condiciones laborales más precarias. Las tecnologías híbridas (híbridos eléctricos e híbridos enchufables) presentan una situación intermedia.

Este patrón sugiere que la electrificación, aunque puede ser beneficiosa ambientalmente, podría desplazar empleo a zonas con menor protección laboral.




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Lesiones laborales

El análisis de los accidentes laborales no fatales revela que los vehículos eléctricos de baterías son la tecnología con mayor número de lesiones asociadas, principalmente por los riesgos en la extracción y procesamiento de los materiales empleados para las baterías.

Este hecho pone de manifiesto un aspecto a menudo ignorado: los posibles beneficios ambientales de los vehículos eléctricos deben equilibrarse con mejoras en las condiciones laborales dentro de su cadena de suministro.

Impuestos totales: ¿quién paga más?

Los vehículos de combustión interna encabezan la comparativa en cuanto a aportación tributaria. Esto se debe a que su ciclo de vida está fuertemente ligado al petróleo, un recurso que atraviesa múltiples fases sujetas a impuestos. Esta cadena energética tradicional implica una recaudación constante para las arcas públicas de cualquier entorno geográfico.

Por su parte, los vehículos híbridos presentan una carga fiscal intermedia. Aunque dependen parcialmente de la electricidad, siguen utilizando combustibles fósiles, lo que los mantiene dentro del marco impositivo clásico. Cuando estos híbridos integran generaciones eléctricas con bonificaciones fiscales (energías renovables), la presión fiscal disminuye, ya que su dependencia del combustible fósil es menor.

El ejemplo más claro de posible reducción de impuestos lo pueden representar los coches eléctricos de baterías, especialmente cuando la forma de generación eléctrica renovable está subvencionada. Según algunos estudios, estos vehículos pueden generar hasta un 96 % menos impuestos que un automóvil de combustión tradicional.

No obstante, estos datos son generales. El contexto geográfico es clave: los regímenes fiscales varían mucho de un país a otro, por lo que los resultados deben interpretarse en función de las condiciones locales concretas.




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La necesidad de analizar los impactos sociales

Este análisis evidencia que los impactos sociales de los vehículos dependen de factores como el origen de la energía, la tecnología de las baterías, la estructura de la cadena de suministro o el entorno geográfico concreto en el que ocurran cada una de las etapas del ciclo de vida. Analizarlos permite identificar áreas de actuación para mejorar la sostenibilidad del sector y minimizar sus efectos negativos.

Mientras que los vehículos eléctricos representan ventajas claras en términos de impactos en la salud pública, sus beneficios en otras dimensiones (como el empleo, la remuneración o la seguridad laboral) requieren un análisis más riguroso. La reciente publicación del estándar ISO 14075 para la evaluación del ciclo de vida de los productos, que incluye factores sociales, sin duda contribuirá a la mejora y extensión de este conocimiento.

The Conversation

Javier Pérez Rodríguez participa en una de las líneas de investigación de la Cátedra Fundación Repsol en Transición Energética – Movilidad Sostenible en la Escuela Técnica Superior de Ingenieros Industriales de la Universidad Politécnica de Madrid.

ref. El impacto social de los coches eléctricos y de combustible: así afectan al empleo, la salud y la recaudación fiscal – https://theconversation.com/el-impacto-social-de-los-coches-electricos-y-de-combustible-asi-afectan-al-empleo-la-salud-y-la-recaudacion-fiscal-279352

Tatuajes, toxinas y sistema inmunitario: qué conviene tener en cuenta antes de tatuarnos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Manal Mohammed, Senior Lecturer, Medical Microbiology, University of Westminster

ViDI Studio/Shutterstock

Desde diseños minimalistas en la muñeca hasta brazos totalmente cubiertos de palabras y dibujos, el arte corporal se ha vuelto tan habitual que ya no nos sorprende. Pero, más allá de su significado personal, hablamos poco de las consecuencias biológicas de tatuarnos. Una vez que la tinta del tatuaje entra en el cuerpo, no se queda ahí. Bajo la piel, los pigmentos del tatuaje interactúan con el sistema inmunitario de formas que los científicos apenas están empezando a comprender.

Los tatuajes se consideran generalmente seguros, pero cada vez hay más evidencia científica que sugiere que las tintas de los tatuajes no son biológicamente inertes. La pregunta clave ya no es si los tatuajes introducen sustancias extrañas en el cuerpo, sino cómo de tóxicas podrían ser esas sustancias y qué implica eso para nuestra salud a largo plazo.

Los ingredientes de las tintas de tatuaje

Las tintas de tatuaje son mezclas químicas complejas. Contienen pigmentos que aportan color, disolventes que ayudan a distribuir la tinta, conservantes para prevenir el crecimiento microbiano y pequeñas cantidades de impurezas. Muchos de los pigmentos que se utilizan actualmente se desarrollaron originalmente para aplicaciones industriales, como la pintura para automóviles, los plásticos y el tóner de impresoras, en lugar de para su inyección en la piel humana.

Algunas tintas contienen trazas de metales pesados, entre ellos níquel, cromo, cobalto y, ocasionalmente, plomo. Los metales pesados pueden ser tóxicos en determinados niveles y son bien conocidos por desencadenar reacciones alérgicas y sensibilidad inmunológica.

Las tintas de tatuaje también pueden contener compuestos orgánicos, incluidos colorantes azoicos e hidrocarburos aromáticos policíclicos.

Los colorantes azoicos son colorantes sintéticos ampliamente utilizados en textiles y plásticos. En determinadas condiciones, como la exposición prolongada a la luz solar o durante la eliminación de tatuajes con láser, pueden descomponerse en aminas aromáticas. Estos productos químicos se han relacionado con el cáncer y el daño genético en estudios de laboratorio.

Los hidrocarburos aromáticos policíclicos, a menudo abreviados como HAP, se producen durante la combustión incompleta de material orgánico y se encuentran en el hollín, los gases de escape de los vehículos y los alimentos carbonizados. Las tintas negras para tatuajes, que suelen estar hechas de negro de humo, pueden contener estos compuestos, algunos de los cuales están clasificados como carcinógenos.

Las tintas de color, especialmente las rojas, amarillas y naranjas, se asocian con mayor frecuencia a reacciones alérgicas y a inflamación crónica. Esto se debe en parte a las sales metálicas y a los pigmentos azoicos, que pueden degradarse en aminas aromáticas potencialmente tóxicas.

La reacción del sistema inmune

Tatuar consiste en inyectar tinta en profundidad en la dermis, la capa de piel situada debajo de la superficie. El cuerpo reconoce las partículas de pigmento como material extraño. Las células inmunitarias intentan eliminarlas, pero las partículas son demasiado grandes para ser eliminadas por completo. En su lugar, quedan atrapadas dentro de las células de la piel, lo que es lo que hace que los tatuajes sean permanentes.

La tinta del tatuaje no siempre permanece confinada en la piel. Los estudios muestran que las partículas de pigmento pueden migrar a través del sistema linfático y acumularse en los ganglios linfáticos. Estos consisten en pequeñas estructuras que filtran las células inmunitarias y ayudan a coordinar las respuestas inmunitarias. Los efectos a largo plazo para la salud de la acumulación de tinta en estos tejidos siguen sin estar claros, pero su papel central en la defensa inmunitaria suscita preocupación por la exposición prolongada a metales y toxinas orgánicas.

Inflamación y menos eficacia de las vacunas

Un estudio reciente sugiere que los pigmentos de tatuaje de uso común pueden influir en la actividad inmunitaria, desencadenar inflamación y reducir la eficacia de ciertas vacunas.

Los investigadores descubrieron que las células inmunitarias de la piel tambien absorben la tinta de los tatuajes. Cuando estas células mueren, liberan señales que mantienen activado el sistema inmunitario, lo que provoca inflamación en los ganglios linfáticos cercanos durante un periodo de hasta dos meses.

El estudio también reveló que la tinta de los tatuajes presente en el lugar de la inyección de la vacuna alteraba las respuestas inmunitarias de forma específica para cada vacuna. En particular, se asoció con una respuesta inmunitaria reducida a la vacuna contra la COVID-19. Esto no significa que los tatuajes hagan que las vacunas sean inseguras. Más bien, sugiere que los pigmentos de los tatuajes pueden interferir en la señalización inmunitaria –el sistema de comunicación química que utilizan las células inmunitarias para coordinar las respuestas a las infecciones o a la vacunación– en determinadas condiciones.

En la actualidad, no hay pruebas epidemiológicas sólidas que relacionen los tatuajes con el cáncer en humanos. Sin embargo, los estudios de laboratorio y en animales sugieren riesgos potenciales. Ciertos pigmentos de tatuaje pueden degradarse con el tiempo, o cuando se exponen a la luz ultravioleta o a la eliminación de tatuajes con láser, formando subproductos tóxicos y ,a veces, carcinógenos.

Muchos tipos de cáncer tardan décadas en desarrollarse, lo que dificulta el estudio directo de estos riesgos, especialmente teniendo en cuenta lo reciente que es la popularización de los tatuajes.

La tinta roja provoca reacciones alérgicas

Los riesgos para la salud mejor documentados de los tatuajes son las reacciones alérgicas e inflamatorias.
La tinta roja se asocia especialmente con picor persistente, hinchazón y granulomas. Los granulomas son pequeños nódulos inflamatorios que se forman cuando el sistema inmunitario intenta aislar material que no logra eliminar.

Estas reacciones pueden aparecer meses o años después de hacerse un tatuaje y pueden desencadenarse por la exposición al sol o por cambios en la función inmunitaria. La inflamación crónica se ha relacionado con el daño tisular y un mayor riesgo de enfermedad. Para las personas con enfermedades autoinmunes o un sistema inmunitario debilitado, los tatuajes pueden suponer un motivo de preocupación adicional.

Riesgos de infección

Al igual que cualquier procedimiento que perfora la piel, el tatuaje conlleva cierto riesgo de infección. Una higiene deficiente puede provocar infecciones por Staphylococcus aureus, así como hepatitis B y C. En casos excepcionales, se ha asociado con infecciones por micobacterias atípicas.

Uno de los mayores retos a la hora de evaluar la toxicidad de los tatuajes es la falta de una regulación coherente. La Unión Europea ha introducido límites más estrictos para las sustancias peligrosas en las tintas de tatuaje, pero a nivel mundial la supervisión sigue siendo desigual. En muchos países, las tintas para tatuajes están reguladas de forma mucho menos estricta que los cosméticos o los productos médicos, incluso sin exigir a los fabricantes que revelen la lista completa de ingredientes.

Tatuajes más grandes, numerosos y coloridos

Para la mayoría de las personas, los tatuajes no causan problemas de salud graves, pero no están exentos de riesgos. Los tatuajes introducen en el cuerpo sustancias que nunca fueron diseñadas para permanecer a largo plazo en el tejido humano, algunas de ellas potencialmente tóxicas en determinadas condiciones.

La principal preocupación es la exposición acumulativa. A medida que los tatuajes se hacen más grandes, más numerosos y más coloridos, la carga química total aumenta. En combinación con la exposición al sol, el envejecimiento, los cambios inmunitarios o la eliminación con láser, esta carga puede tener consecuencias que la ciencia aún no ha descubierto por completo.

Los tatuajes siguen siendo una poderosa forma de autoexpresión, pero también suponen una exposición química de por vida. Aunque las pruebas actuales no sugieren un peligro generalizado, cada vez más investigaciones ponen de relieve que hay importantes cuestiones sin respuesta sobre la toxicidad, los efectos inmunitarios y la salud a largo plazo. A medida que los tatuajes aumentan en todo el mundo, se hace necesario mejorar la regulación y asegurar una investigación científica sostenida.

The Conversation

Manal Mohammed no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Tatuajes, toxinas y sistema inmunitario: qué conviene tener en cuenta antes de tatuarnos – https://theconversation.com/tatuajes-toxinas-y-sistema-inmunitario-que-conviene-tener-en-cuenta-antes-de-tatuarnos-280169

El sacrificio invisible: mujeres mayores, pobreza y el peso del cuidado

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Anabel Chica Pérez, Enfermera. Investigadora en envejecimiento y autocuidado., Universidad de Almería

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Decía Simone de Beauvoir que no se nace mujer: se llega a serlo. Pero ¿qué pasa cuando esa “llegada” nunca incluye la liberación prometida? Para muchas mujeres mayores, la vida sigue girando en torno a una responsabilidad que nunca pidieron: el cuidado familiar.

El cuidado es una labor que se ha asociado tradicionalmente a las mujeres [https://doi.org/10.3389/fpsyt.2023.1113587]. Desde la infancia, aprenden que atender a los demás es parte de su rol. Pero cuando la vejez y la pobreza se cruzan en su camino, esta carga se convierte en un lastre que las empuja al olvido social.

En España, una de cada cinco personas mayores vive en situación de pobreza. Esta realidad no es excepcional. Una investigación reciente muestra que vivir en pobreza en la vejez implica una lucha constante por cubrir necesidades básicas que termina condicionando el día a día. Y es una situación que afecta mayoritariamente a mujeres. Muchas de ellas dedican sus días a cuidar de un marido enfermo, de un hijo con discapacidad e incluso de sus nietos. Lo hacen sin que nadie les pregunte cómo están, sin ayuda y sin descanso.

Mientras los sistemas de atención formal se tambalean, ellas sostienen el bienestar de sus familias con un sacrificio silencioso. Se privan de comer, de descansar y de cuidar su propia salud para garantizar la de quienes dependen de ellas. En su mundo, ir a la peluquería o comprar ropa nueva no son prioridades. Lo urgente siempre son los otros.

Un deber inquebrantable

Desde jóvenes, estas mujeres han asumido que cuidar es su responsabilidad. Lo hicieron con sus hijos, con sus padres y ahora con sus parejas o sus nietos. Muchas de ellas no han conocido otra vida que la del servicio a los demás. Incluso cuando su salud empieza a fallar, priorizan las necesidades de otros antes que las suyas propias.

Tal y como refleja un estudio reciente sobre mujeres mayores cuidadoras en situación de pobreza, pedir ayuda no es una opción. A veces, por orgullo. Otras, porque simplemente no hay nadie a quien acudir. La soledad y el cansancio se convierten en compañeros de viaje y la sensación de que su trabajo nunca acaba les pesa más que cualquier enfermedad.

Los datos muestran que la falta de apoyo social es crítica y que constituye una de las necesidades más desatendidas entre las personas mayores que viven en situación de pobreza. Además, ocho de cada diez mujeres mayores cuidadoras perciben un bajo nivel de apoyo, lo que las hace más vulnerables a la ansiedad, depresión y deterioro cognitivo.

¿Quién las cuida a ellas?

A pesar de la importancia de su labor, estas mujeres reciben poco o ningún reconocimiento. Las ayudas económicas son escasas y los recursos sociales insuficientes. Pedir apoyo a las instituciones se convierte en un laberinto burocrático donde muchas se pierden. La alternativa es resignarse, seguir adelante, como han hecho siempre.

Las cuidadoras mayores suelen sufrir problemas de salud mental como ansiedad y depresión. También presentan mayor riesgo de enfermedades cardiovasculares y musculoesqueléticas. Pero la mayoría de ellas no busca ayuda médica, bien porque no puede permitírselo o porque, simplemente, no tiene tiempo.

Y mientras tanto, la sociedad sigue esperando que continúen cuidando. Se asume que es su deber natural, sin considerar que cada renuncia suma años de desgaste físico y emocional.

Una cuestión de género

El problema no es solo económico. Es una cuestión de género. Las hijas suelen ser las que ayudan en el hogar, mientras que los hijos varones participan solo cuando no queda más opción. Muchas de estas mujeres crecieron viendo a sus madres sacrificarse y han perpetuado ese ciclo, enseñando a sus propias hijas que el cuidado es cosa de mujeres.

Pero ¿y si no lo fuera? ¿Y si el cuidado fuera una responsabilidad compartida y no una carga invisible?

Las mujeres cuidadoras mayores en situación de pobreza experimentan un doble abandono: por parte del sistema y, muchas veces, por parte de sus propias familias. Aunque los avances en igualdad de género han mejorado en muchos aspectos, el cuidado sigue siendo visto como una tarea femenina. Y cuando estas mujeres envejecen, la deuda con ellas sigue sin saldarse.

Nunca es tarde para cambiar las reglas

Muchas mujeres han dedicado su vida a sostener a los demás. Ahora es el momento de que la sociedad les devuelva parte de ese esfuerzo. No basta con reconocer su sacrificio: es necesario actuar.

Garantizar su acceso a la salud, mejorar las políticas públicas que alivien su carga y, sobre todo, promover un cambio cultural que reparta equitativamente el trabajo del cuidado son pasos urgentes para mejorar su bienestar. Porque ellas han cuidado siempre. Le toca a la sociedad cuidar de ellas.

The Conversation

Cayetano Fernández Sola recibe fondos del Proyecto de Transferencia de Conocimiento entre la Universidad de Almería y Médicos del Mundo, financiado con fondos del FEDER “TRFE-SI-2023/003 – Programa de promoción de la salud dirigido a cuidadores mayores en riesgo de exclusión social – PROCUIMARES.

José Manuel Hernández Padilla recibe fondos del Proyecto de Transferencia de Conocimiento entre la Universidad de Almería y Médicos del Mundo, financiado con fondos del FEDER “TRFE-SI-2023/003 – Programa de promoción de la salud dirigido a cuidadores mayores en riesgo de exclusión social – PROCUIMARES.

Anabel Chica Pérez, José Granero Molina, María del Mar Jiménez Lasserrotte y Matías Correa Casado no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. El sacrificio invisible: mujeres mayores, pobreza y el peso del cuidado – https://theconversation.com/el-sacrificio-invisible-mujeres-mayores-pobreza-y-el-peso-del-cuidado-279181