Bienvenue à Nubri (Népal), où tout le monde sait distiller l’alcool

Source: The Conversation – in French – By Geoff Childs, Professor of Sociocultural Anthropology, Washington University in St. Louis

À Nubri, la distillation fait partie intégrante du mode de vie.
Geoff Childs, Fourni par l’auteur

Imaginez un endroit où chaque foyer possède tout le nécessaire pour distiller de l’alcool, où l’on trinque pour presque toutes les occasions, et où vos impôts — payés en céréales — sont directement versés dans un alambic communautaire.


Bienvenue à Nubri.

Perchée dans le nord du Népal, cette vallée abrite environ 3 000 montagnards bouddhistes d’origine tibétaine. Au cours des trois dernières décennies, j’ai passé beaucoup de temps à Nubri à observer l’interaction entre les tendances démographiques et les changements sociaux. J’étais souvent accompagné d’un collègue ethnomusicologue, Mason Brown, qui étudie les traditions musicales locales. À force de terrain, nous sommes tous deux devenus des amateurs des breuvages maison — le chang et l’arak — que nous avons appris à brasser et à distiller aux côtés de Jhangchuk Sangmo Thakuri, un habitant de Nubri devenu collaborateur de recherche.

D’autres spécialistes des sociétés tibétaines et himalayennes ont souligné l’importance du chang dans les rituels et en tant que catalyseur social. À Nubri, où la population est majoritairement d’origine tibétaine, nous avons découvert par nous-mêmes le rôle essentiel que ces deux boissons jouaient dans le maintien des rituels locaux, l’économie et le développement des relations sociales.

Les bases de la fabrication

Le chang est une boisson fermentée et non gazeuse, à base de maïs, d’orge ou de riz. On ajoute un levain hérité de la cuvée précédente à des céréales bouillies encore tièdes, le tout enfermé dans un récipient avec de l’eau. Selon la température et l’effet recherché, l’attente varie de quelques jours à deux semaines. Le résultat titre entre 3 % et 6 % d’alcool — l’équivalent d’une blonde européenne — et se boit avec ses sédiments, légèrement sucré, légèrement acidulé. Les villageois l’apprécient frais, surtout pendant les travaux des champs.

L’arak, en revanche, exige une distillation d’environ une heure : le moût fermenté passe sur feu nu, la vapeur se condense au contact d’un récipient d’eau froide, et le liquide clair qui s’égoutte atteint 15 % à 25 d’alcool par volume — plus fort qu’un verre de vin mais moins que le whisky. Il est limpide et sec, avec une saveur et une texture en bouche similaires à celles du saké japonais.

Dans la vallée, presque tous les foyers — sauf les plus démunis — possèdent leur propre alambic. Ceux qui n’en ont pas en empruntent un à leurs voisins quand les réserves de grain le permettent.

En enfer… ou vers la gloire ?

Les Tibétains boivent du chang depuis au moins treize siècles. Une légende du VIIᵉ siècle raconte comment des fonctionnaires de la cour furent envoyés par un empereur à la recherche d’un garçon doté de pouvoirs magiques. Lorsqu’ils rencontrèrent un enfant et lui demandèrent où étaient ses parents, il répondait : « Mon père est parti chercher des mots. Ma mère est partie chercher des yeux. » Le père reparut avec du chang, la mère avec du feu. Pourtant, tous les Tibétains ne sont pas buveurs — ils comptent parmi eux des abstinents et des prohibitionnistes. Au XVe siècle, le lama bouddhiste Ngorchen Kunga Zangpo affirmait : « Puisqu’une personne (qui boit) a créé et accumulé le karma d’un fou, son corps finira par se dégrader, et après sa mort, elle renaîtra parmi les êtres infernaux des royaumes inférieurs de l’existence. »

Le message est d’une élégante simplicité : buvez et vous irez en enfer !

Une femme attise le feu sous un grand chaudron
Tsewang Buti, habitant de Nubri, attise le feu sous un alambic.
Geoff Childs, CC BY

Mis à part l’avertissement de Kunga Zangpo, les boissons enivrantes sont depuis longtemps appréciées dans la société nubrienne. Un texte du XVIIIe siècle met en scène Pema Wangdu, un lama de Nubri célèbre pour ses chants sur la réalisation spirituelle. Il raconte qu’un jour, alors qu’il cherchait conseil auprès d’un lama local, il dut lui présenter une offrande ; il alla donc chiper du chang chez lui pendant que les membres de sa famille travaillaient dans les champs. Le maître principal de Pema Wangdu, Pema Döndrub, également originaire de Nubri, décrit une visite dans une vallée voisine au cours de laquelle un fonctionnaire demanda aux villageois locaux d’apporter du chang au lama et à son entourage. Apparemment, ils en apportèrent plus qu’il n’en fallait, car Pema Döndrub rétorqua : « Nous avons gardé le chang savoureux et renvoyé celui qui n’était pas à notre goût. »

Pema Döndrup, lama local et connaisseur de chang.
Geoff Childs

Le chang est également souvent mentionné dans les chansons folkloriques de Nubri, transmises de génération en génération. Dans l’une d’elles, le chanteur se réjouit d’avoir bénéficié de multiples coups de chance : il vit dans un pays civilisé, habite une chambre dorée et possède un élégant poulain ainsi que de nombreux moutons. Affirmant que sa prospérité est méritée, le chanteur ordonne à sa femme : « Ne songe même pas à me donner moins de chang ! »

Une boisson pour toutes les occasions

Aujourd’hui, les Nubriens préfèrent l’arak, plus fort. Lors des rituels bouddhistes, l’arak apporte à certains participants de l’endurance et un peu de légèreté. D’autres, notamment les moines, s’en abstiennent. Ces boissons sont fournies par le biais du système fiscal du temple local. Lorsqu’un couple fonde un nouveau foyer, il contracte un emprunt obligatoire d’environ 100 kilos de céréales auprès du temple du village. Chaque année suivante, ils sont tenus de rembourser un tiers de ce prêt à titre d’intérêts.

Chaque rituel est associé à un « document de prêt » qui précise quel pourcentage du remboursement annuel d’un foyer est utilisé pour financer cet événement. Ce système garantit l’acquisition d’une quantité considérable de la récolte afin qu’elle puisse être fermentée puis transformée dans les alambics du temple.

Un document associé intitulé « Règles établies par les monastères » précise quand, en quelle quantité et à qui l’arak doit être distribué tout au long du rituel. Chaque moment de distribution porte un nom. Il y a le « chang de la connexion » qui honore le premier rassemblement propice des participants au rituel, le « chang du commencement » pour marquer le début de chaque journée, et le « chang du coucher » pour la fin de chaque journée.

Lors d’une offrande aux divinités, on sert aux participants le « chang de la victoire », qui exprime le souhait que leurs supplications soient exaucées, et le « chang de la bonne fortune », en prévision de résultats positifs.

Trois personnes utilisent des spatules en bois pour remuer du riz
Mason Brown, Jhangchuk Sangmo (à droite) et sa mère, Tsewang Buti, mélangent une culture de démarrage avec du riz bouilli.
Geoff Childs, CC BY

Une dernière anecdote pour la route

En mai 2023, nous avons quitté Nubri après avoir mené à bien un long séjour de recherche. Dorje Dundul, un vieil ami, nous a accompagnés jusqu’à un édifice religieux marquant la limite extérieure de son village. Du fond de sa tunique, il a sorti une flasque remplie d’arak, y a plongé la tige d’une plante médicinale tout en récitant des prières, puis a aspergé des gouttelettes aux quatre coins du monde en guise d’offrande pour assurer notre bon voyage.

Ensuite, il nous a tendu la flasque en nous exhortant : « Chö, chö » (« Buvez, buvez »). Nous avons chacun pris une longue gorgée de ce liquide réchauffant. Il a ensuite rebouché la gourde, l’a glissée dans la poche latérale de notre sac à dos et a dit : « C’est du lamchang (bière de route). Bon voyage. » Au cours de la descente éprouvante vers les plaines, ce cadeau d’adieu nous a redonné des forces tout en nous rappelant sans cesse l’attention que Dorje portait à notre bien-être. « Un dernier verre avant de partir » n’avait jamais été aussi bon.


L’ethnomusicologue Mason Brown et la chercheuse nubri Jhangchuk Sangmo Thakuri ont contribué à cet article.

The Conversation

Geoff Childs a reçu des financements de la National Science Foundation.

ref. Bienvenue à Nubri (Népal), où tout le monde sait distiller l’alcool – https://theconversation.com/bienvenue-a-nubri-nepal-ou-tout-le-monde-sait-distiller-lalcool-282617

The Mediterranean sea is capable of generating hurricanes and climate change will make them worse

Source: The Conversation – France in French (2) – By Emmanouil Flaounas, Senior researcher in atmosphere and climate sciences, Swiss Federal Institute of Technology Zurich

Tropical-like cyclone Ianos crosses the Ionian Sea and approaches Greece on September 17th, 2020. contains modified Copernicus Sentinel data (2020), processed by ESA, CC BY-SA

In March 2026, a tropical-like cyclone named ‘Jolina’ produced significant damage across North Africa. In 2020 and 2023, storms Ianos and Daniel both caused severe damage in Greece, and the latter triggered a humanitarian disaster in the city of Derna, Libya, where thousands were declared dead or missing.

These tropical-like cyclones occur in a non-tropical region. They are known as ‘medicanes’ – a portmanteau of Mediterranean and hurricanes.

As any major storm, medicanes know no borders. Their impacts spread across multiple countries as they sweep across the Mediterranean coast, one of the world’s most densely populated and vulnerable regions (the total population of Mediterranean countries in 2020 was about 540 million people, around one-third of them living in coastal areas).

Rising sea temperatures due to climate change increase the reservoir of energy these storms can feed on. More research on this phenomenon, which couples atmospheric and oceanic effects, is urgently needed in order to improve early warning systems and the preparedness of populations, in terms of civil protection and regarding how we would affront a catastrophic event that might exceed our ability to prepare for them.

Medicanes: rare and devastating hurricanes in the Mediterranean

One of the earliest research papers on the subject, in 1983, opened with the sentence: “At times, Mother Nature does her best to deceive us”, accompanied by a satellite image of a cyclone displaying a well-organised spiral cloud structure and a cloudless eye at its centre, strikingly similar to those that habitually occur in the tropics. The opening line implies what a surprise it would be to encounter such an impressive and counterintuitive occurence of a tropical-like storm structure in the Mediterranean.

Since then, significant progress has been made in understanding medicanes through international scientific collaboration.

In 2025, a collective research effort produced a formal definition of this once counterintuitive phenomenon.

Jolina medicane progresses towards Libya through the Mediterranean sea in March 2026. The eye of the storm is calculated in near-real time and shown as a red dot. Source : Eumetsat/CNR-ISAC/ESA Medicanes Project

In short, medicanes share important physical characteristics with tropical cyclones, but are not identical to them. Flooding from intense and widespread precipitation are their most dangerous hazard, often extending well beyond the cyclone’s centre and covering areas of country-wide extent. But what is even more critical to retain is the very strong winds close to their centre, which make their track and landfall location highly relevant to impacts from windstorms and storm surges.

Events that meet this formal definition occur on average less than three times per year. This limited frequency means our statistical record is still too small to draw firm conclusions about preferred locations of occurrence.

How does climate change affect hurricane risk in the Mediterranean

The question of what climate change holds in store for medicanes does not have a reassuring answer.

Recent advances point to sea surface temperature as a key factor in storm intensification: a warmer sea drives greater evaporation and stronger heat fluxes into the atmosphere, providing the energy needed to develop and intensify a medicane. According to the Copernicus Climate Change Service Atlas, the Mediterranean warmed by approximately 0.4°C per decade during the 1990–2020 period, a clear and accelerating trend.

While such a figure may seem small in everyday terms, its physical implications are far from negligible. Indeed, an increase of just 1–2°C can produce significantly higher wind speeds and precipitation rates. Moreover, the figure above represents a basin-wide average (i.e. for the whole Mediterranean Sea); locally, during individual medicane events, sea surface temperatures of 2°C or more above normal have already been recorded.

A recent study demonstrating links between the intensity of a Mediterranean medicane and climate change appeared in 2022 and focused on the storm “Apollo”, showed that warmer sea surface temperatures and a warmer atmosphere increased moisture availability and heavy rainfall over Sicily.

Later analyses of Daniel also found that extreme precipitation over the eastern Mediterranean and Libya was intensified by climate change.

More broadly, recent research indicates that the most robust signal for Mediterranean cyclones concerns rainfall, with clearer increases in precipitation than in wind intensity. Wind changes can also be detected in some events. Today, climameter.org, an international consortium which rapid attribution studies with a peer-reviewed protocol, monitors medicanes and Mediterranean cyclones through rapid attribution studies of emerging extremes.

New methods to monitor and better understand medicanes are urgently needed

Collaborative research between the scientific community and civil protection agencies has been central to developing early warning systems and improving preparedness.

One such effort is the MEDICANES project of the European Space Agency, some of the research is being applied as we write to the latest medicane Jolina.

Ultimately, however, efficient adaptation requires better climate prediction models and therefore more reliable and accurate estimation of extremes caused by cyclones. This can be only achieved through scientific research. An end-to-end approach that translates research findings into actionable information for climate adaptation and civil protection is both timely and essential, including for example infrastructure resilience planning and early warning systems to reduce vulnerability and socioeconomic impacts.


The AXA science philanthropy is now part of the AXA Foundation for Human Progress, which brings together the commitments of AXA Group and Mutuelles d’Assurances in the fields of Science, Nature, Solidarity, and Culture. Before 2025, the global science philanthropy was held by the AXA Research Fund, which has supported over 750 projects around the world since its inception back in 2007. To learn more, visit Axa Foundation for Human Progress.

The Conversation

Emmanouil Flaounas a reçu des financements de l’Agence Spatiale Européenne (MEDICANES project with Contract No. 4000144111/23/I-KE).

Davide Faranda a reçu des financements de ANR et ERC (Horizon)

ref. The Mediterranean sea is capable of generating hurricanes and climate change will make them worse – https://theconversation.com/the-mediterranean-sea-is-capable-of-generating-hurricanes-and-climate-change-will-make-them-worse-281182

Pourquoi les entreprises privilégient les « faux bons leaders »

Source: The Conversation – in French – By Imran Mir, PhD Candidate in Education, University of Glasgow

L’aisance à l’oral est souvent survalorisée quand il s’agit de choisir les salariés qui bénéficieront d’une promotion. Pressmaster/Shutterstock

Dans de nombreuses entreprises, le leadership se confond encore avec le charisme. Une erreur de diagnostic qui peut fragiliser les équipes, freiner la performance et décourager les talents.


Beaucoup ont déjà travaillé sous les ordres d’un manager qui paraît sûr de lui, éloquent et omniprésent – mais qui peine à diriger efficacement son équipe. Les collaborateurs se démobilisent, la prise de décision ralentit et la performance recule. Et pourtant, ces mêmes profils continuent souvent de gravir les échelons.

Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel. Dans de nombreuses organisations, le potentiel de leadership est évalué à partir de signaux faciles à observer – comme la confiance en soi, le charisme ou l’aisance à l’oral – plutôt qu’à partir des qualités qui permettent réellement de faire fonctionner une équipe.

Cela crée un problème durable. Les organisations promeuvent des personnes qui ont l’apparence de leaders plutôt que celles qui démontrent réellement les compétences nécessaires pour diriger.

L’importance des signaux visibles

Les décisions de promotion sont souvent prises dans l’incertitude. Les supérieurs hiérarchiques ne disposent pas toujours des informations nécessaires pour évaluer avec précision les capacités de leadership d’un candidat. Ils se rabattent donc sur des signaux visibles.

Ces signaux reposent généralement sur la manière dont une personne s’exprime en réunion, présente ses idées ou interagit avec la direction et les parties prenantes. Ceux qui affichent assurance et autorité dans leur communication sont plus facilement perçus comme prêts à exercer des fonctions de leadership.

Mais ces signaux peuvent être trompeurs. Dans le cadre de mes recherches doctorales en cours sur le leadership inclusif, j’ai constaté que l’efficacité d’un leader tient moins à sa visibilité qu’à sa capacité à soutenir et à faire progresser son équipe.

Des travaux ont montré que les personnes qui adoptent une posture d’autorité et affichent de la confiance en elles peuvent être perçues par le management comme plus compétentes et prêtes à diriger, même lorsque les indicateurs objectifs de performance ne confirment pas cette impression.

D’autres recherches ont même montré que des traits comme le narcissisme peuvent augmenter les chances d’accéder à des postes de direction – alors même que ces qualités ne prédisent pas l’efficacité en matière de leadership.

Lorsqu’ils évaluent leurs collaborateurs, les managers ont tendance à confondre la confiance en soi et la compétence. De vastes études sur la personnalité et le leadership montrent que les personnes présentant des traits comme l’extraversion sont plus susceptibles d’accéder à des postes de direction. Mais, là encore, ces caractéristiques ne sont pas toujours de bons indicateurs de l’efficacité réelle dans la fonction.

Les qualités qui comptent vraiment

Si la confiance en soi et le charisme peuvent jouer un rôle dans le leadership, elles n’en sont pas les moteurs principaux. Des travaux de recherche montrent que d’autres compétences sont souvent plus déterminantes. Il s’agit notamment du jugement, de la capacité à faire grandir les autres, de l’intelligence émotionnelle ou encore de l’aptitude à créer un environnement où les employés se sentent reconnus. Concrètement, cela peut se traduire par la liberté de proposer des idées ou de soulever des problèmes sans crainte.

Les équipes sont plus performantes lorsque les salariés se sentent valorisés dans leur travail. Et la possibilité de partager des idées ouvertement, ou d’admettre ses erreurs sans peur, constitue également un facteur clé dans la construction d’équipes solides.

Des études sur l’intelligence émotionnelle suggèrent que les leaders qui font preuve d’empathie et d’une bonne compréhension des relations interpersonnelles sont souvent mieux à même d’instaurer la confiance et de maintenir un haut niveau de performance au sein de leur équipe. La véritable mesure du leadership se reflète ainsi davantage dans la performance collective et les résultats obtenus que dans le charisme ou la visibilité d’un individu.

Ces compétences restent toutefois difficiles à évaluer lors des processus de promotion. Elles se construisent progressivement avec l’expérience et s’expriment surtout dans les interactions du quotidien, plutôt que dans des moments très visibles comme les présentations ou les réunions. Résultat : les organisations peuvent passer à côté de profils à fort potentiel de leadership – simplement parce que leurs contributions sont moins visibles.

Promouvoir les mauvais profils de leadership peut avoir des conséquences importantes. Lorsque les organisations valorisent la visibilité plutôt que les compétences réelles, elles risquent d’installer une culture où l’auto-promotion prend le pas sur la collaboration. Les équipes deviennent alors plus réticentes à remettre en question les décisions ou à proposer des points de vue nouveaux, surtout si les dirigeants affichent de l’assurance sans être ouverts aux retours.

Des conséquences sur la performance

À terme, cela peut fragiliser la prise de décision, réduire l’engagement des salariés et accroître le turnover. De vastes méta-analyses montrent d’ailleurs des liens étroits entre le comportement des managers, l’engagement de leurs équipes et les performances de l’entreprise (mesurées notamment par la productivité ou la satisfaction des clients).

Les systèmes de promotion qui privilégient la confiance en soi et la visibilité peuvent aussi uniformiser les équipes dirigeantes. Les personnes qui communiquent différemment ou qui sont moins enclines à mettre en avant leurs réussites risquent d’être écartées, même si elles disposent de solides compétences de leadership. Résultat : des équipes de direction qui manquent de diversité dans les façons de penser et les parcours, parce que les mêmes traits et styles de communication sont continuellement valorisés.

Si les organisations veulent progresser, elles doivent dépasser ces signaux les plus visibles du potentiel de leadership. Elles peuvent, par exemple, s’appuyer davantage sur des éléments concrets montrant comment les individus soutiennent et font grandir leurs équipes avant même d’occuper des fonctions managériales : leur capacité à accompagner des collègues, à créer une dynamique collective ou à faire face aux difficultés avec les autres.

Dépasser les stéréotypes

Les organisations peuvent recueillir des retours plus larges sur les profils à potentiel, notamment auprès des pairs ou via des évaluations collectives. Cela permet d’obtenir une vision plus fidèle de la manière dont une personne exerce concrètement le leadership.

Les programmes de développement du leadership peuvent également aider à mieux repérer des profils aux compétences solides, mais qui ne correspondent pas forcément aux stéréotypes traditionnels du leader.

Les environnements de travail deviennent de plus en plus complexes, avec le développement du télétravail et l’adoption rapide de l’intelligence artificielle qui transforment l’organisation et le management des équipes. Les dirigeants doivent s’adapter à ces évolutions tout en pilotant des collectifs de plus en plus divers. Dans ce contexte, la capacité à écouter, à collaborer et à soutenir les collaborateurs peut s’avérer bien plus déterminante que le simple fait d’afficher de l’assurance.

The Conversation

Imran Mir ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi les entreprises privilégient les « faux bons leaders » – https://theconversation.com/pourquoi-les-entreprises-privilegient-les-faux-bons-leaders-281263

Pourquoi les introductions en Bourse de SpaceX et d’OpenAI ont peu de chances d’offrir des rendements fulgurants

Source: The Conversation – in French – By Brad Badertscher, Professor of Accountancy, University of Notre Dame

L’espoir d’atteindre des rendements très forts avec l’introduction de SpaceX en bourse ne résiste pas à l’examen fait par ces chercheurs de 1000 IPO au XXI<sup>e</sup> siècle. SpaceX, CC BY

Entrer en Bourse n’est plus forcément le début d’une croissance fulgurante : c’est souvent le moment choisi par les premiers investisseurs pour encaisser leurs gains.


Elon Musk et sa société SpaceX devraient prochainement entrer en Bourse dans ce qui pourrait être la plus importante introduction en Bourse (Initial public offering ou IPO) de l’histoire. Mais mes nouvelles recherches suggèrent que les investisseurs qui achèteront des actions de l’entreprise ont peu de chances de connaître la croissance fulgurante observée lors de certaines IPO passées.

Le constructeur de fusées et de satellites, qui a déposé confidentiellement son dossier d’introduction en Bourse le 1er avril 2026, prévoirait de lever jusqu’à 75 milliards de dollars, ce qui lui donnerait une valorisation d’environ 1 750 milliards de dollars.

SpaceX n’est pas la seule entreprise très médiatisée attendue en Bourse cette année. Les sociétés spécialisées dans l’intelligence artificielle OpenAI et Anthropic devraient elles aussi être introduites dans les prochains mois lors d’introductions en bourse de grande ampleur.

Des commissions importantes pour les banques

Pour Wall Street, cela signifie des opérations spectaculaires, assorties de commissions importantes pour les banques impliquées. Pour les premiers investisseurs et les dirigeants, cela peut se traduire par des gains colossaux. Pour les investisseurs particuliers, en revanche, la question est de savoir si l’introduction en Bourse d’une entreprise très en vue constitue réellement une opportunité d’investissement.

Que signifie concrètement le fait pour une entreprise d’« entrer en Bourse » ?

Pendant des décennies, une introduction en Bourse marquait le moment où les investisseurs ordinaires pouvaient entrer au capital d’une entreprise en forte croissance et participer à son expansion future. Aujourd’hui, ce moment survient souvent beaucoup plus tard dans la vie de l’entreprise – une fois qu’une grande partie de cette croissance spectaculaire a déjà eu lieu, à l’abri des regards.

Je travaille sur l’information financière, la rémunération des dirigeants et les introductions en Bourse. Dans une étude récente portant sur près de 1 000 IPO (introduction en bourse) américaines, menée entre 2007 et 2022, mes co-auteurs et moi avons analysé ce qui se passe dans la période charnière juste avant et juste après l’entrée en Bourse des entreprises. Nos résultats suggèrent que l’IPO contemporaine représente de plus en plus une opportunité pour les initiés et les dirigeants d’encaisser leurs gains – plutôt que le début d’une création de valeur pour les investisseurs publics.

Les introductions finançaient autrefois la croissance

Une introduction en Bourse correspond au moment où une entreprise privée vend ses actions au public pour la première fois. Traditionnellement, les IPO permettaient à de jeunes entreprises en manque de liquidités de lever des fonds pour se développer. Les investisseurs apportaient du capital et participaient ainsi à la possible réussite future. De nombreuses entreprises devenues emblématiques – comme Amazon et Apple – sont entrées en Bourse très tôt dans leur cycle de vie. Une grande partie de leur croissance spectaculaire s’est produite après leur introduction.

Ce modèle a changé. Les recherches montrent que le nombre d’entreprises cotées aux États-Unis a fortement diminué depuis la fin des années 1990. Dans le même temps, les financements privés, issus du capital-risque et du capital-investissement, se sont fortement développés. Dans nos travaux, nous montrons que l’âge moyen des entreprises au moment de leur introduction en Bourse a plus que doublé, passant d’environ quatre ans au début des années 2000 à près de dix ans en 2025. Les entreprises peuvent désormais lever des milliards de dollars sans aller en bourse. Elles n’ont plus besoin des marchés publics aussi tôt qu’auparavant.

Ce que nous avons observé sur près de 1 000 IPO

Notre recherche porte sur ce que les régulateurs et les praticiens appellent les « cheap stock ».

Il s’agit d’options d’achat d’actions attribuées aux dirigeants avant une introduction en Bourse, à un prix très inférieur à celui de l’introduction. Ces options donnent le droit d’acheter ultérieurement des actions à un prix fixé à l’avance. Si le prix d’introduction est bien plus élevé, ces options deviennent immédiatement très lucratives.

Par exemple, imaginons que vous soyez PDG d’une entreprise sur le point d’entrer en Bourse. Vous avez reçu des options vous permettant d’acheter 10 000 actions à 2 dollars chacune. Si le prix d’introduction est fixé à 20 dollars, vous pouvez acheter ces actions à 2 dollars puis les revendre immédiatement autour de 20 dollars, réalisant ainsi un gain de 180 000 dollars.

Nous avons analysé près de 1 000 introductions entre 2007 et 2022. En moyenne, le prix d’introduction était 5,7 fois supérieur au prix d’exercice des options attribuées l’année précédant l’IPO.

En termes simples, les dirigeants détenaient souvent des options dont la valeur s’envolait dès l’introduction en Bourse. Une partie de cet écart peut refléter une croissance réelle de l’entreprise ou le fait que les actions privées sont moins liquides – c’est-à-dire plus difficiles à vendre – que les actions cotées en bourse. Mais même en tenant compte de ces facteurs, l’écart reste important.

Cela a des conséquences pour les futurs actionnaires, c’est-à-dire ceux qui achètent des actions après l’IPO : une part substantielle de la valeur a déjà été captée par les initiés avant même l’entrée des investisseurs publics.

Des incitations à entrer en Bourse

Nous avons également identifié des schémas récurrents dans les cas où les entreprises accordaient des options fortement décotées. Les sociétés soutenues par du capital-risque et des investisseurs institutionnels privés présentaient plus souvent des écarts importants entre le prix des options et le prix d’introduction. Cela renforce une explication assez simple.

Certains investisseurs précoces recherchent de la liquidité, c’est-à-dire la possibilité de transformer facilement leurs investissements en argent. Accorder aux dirigeants des options qui prennent beaucoup de valeur au moment de l’IPO peut les inciter à mener l’opération à son terme. Dans cette logique, l’introduction en Bourse devient souvent un événement de liquidité – un moyen pour les initiés d’encaisser leurs gains.

Cela n’implique pas nécessairement un comportement problématique, mais cela suggère que l’introduction en Bourse reflète désormais souvent le moment choisi par les initiés pour sortir – plutôt qu’une simple opportunité de croissance pour les investisseurs publics.

Ce qui se passe après l’IPO

L’histoire ne s’arrête pas le jour de l’introduction en Bourse. Nos recherches montrent que les entreprises ayant accordé davantage de « cheap stock » investissent moins, après leur entrée en Bourse, dans les dépenses d’investissement et la recherche et développement. Ces options très avantageuses réduisent les incitations à prendre des risques, ce qui peut, à terme, peser sur les perspectives financières de l’entreprise.

Des dirigeants qui détiennent déjà des options très valorisées peuvent privilégier une croissance stable plutôt qu’une expansion plus agressive. Or, risque et rendement étant liés, les entreprises qui prennent moins de risques ont tendance à croître plus lentement, ce qui signifie que les futurs actionnaires pourraient enregistrer des gains plus modestes.

Nos résultats étayent cette hypothèse : nous avons constaté que les entreprises ayant accordé davantage de « cheap stock » enregistrent des rendements boursiers plus faibles sur le long terme après leur introduction en Bourse. C’est un point crucial pour les nouveaux investisseurs, qui ne s’attendent pas seulement à une croissance exponentielle après l’IPO, mais aussi à de bonnes performances boursières dans la durée.

Pour les investisseurs publics, la conclusion est simple : une grande partie de la croissance spectaculaire de la valeur des entreprises se produit désormais lorsqu’elles sont encore privées.

The Conversation

Brad Badertscher ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi les introductions en Bourse de SpaceX et d’OpenAI ont peu de chances d’offrir des rendements fulgurants – https://theconversation.com/pourquoi-les-introductions-en-bourse-de-spacex-et-dopenai-ont-peu-de-chances-doffrir-des-rendements-fulgurants-281262

Bienvenue à Nubri, où tout le monde sait distiller l’alcool

Source: The Conversation – in French – By Geoff Childs, Professor of Sociocultural Anthropology, Washington University in St. Louis

La distillation fait partie intégrante du mode de vie à Nubri, au Népal. Geoff Childs, CC BY

Imaginez un endroit où chaque foyer possède tout le nécessaire pour distiller de l’alcool, où l’on trinque pour presque toutes les occasions, et où vos impôts – payés en céréales – sont directement versés dans un alambic communautaire.


Bienvenue à Nubri.

Perchée dans le nord du Népal, cette vallée abrite environ 3 000 montagnards bouddhistes d’origine tibétaine. Au cours des trois dernières décennies, j’ai passé beaucoup de temps à Nubri à observer l’interaction entre les tendances démographiques et les changements sociaux. J’étais souvent accompagné d’un collègue ethnomusicologue, Mason Brown, qui étudie les traditions musicales locales. À force de terrain, nous sommes tous deux devenus des amateurs des breuvages maison – le chang et l’arak – que nous avons appris à brasser et à distiller aux côtés de Jhangchuk Sangmo Thakuri, un habitant de Nubri devenu collaborateur de recherche.

D’autres spécialistes des sociétés tibétaines et himalayennes ont souligné l’importance du chang dans les rituels et en tant que catalyseur social. À Nubri, où la population est majoritairement d’origine tibétaine, nous avons découvert par nous-mêmes le rôle essentiel que ces deux boissons jouaient dans le maintien des rituels locaux, l’économie et le développement des relations sociales.

Les bases de la fabrication

Le chang est une boisson fermentée et non gazeuse, à base de maïs, d’orge ou de riz. On ajoute un levain hérité de la cuvée précédente à des céréales bouillies encore tièdes, le tout enfermé dans un récipient avec de l’eau. Selon la température et l’effet recherché, l’attente varie de quelques jours à deux semaines. Le résultat titre entre 3% et 6% d’alcool – l’équivalent d’une blonde européenne – et se boit avec ses sédiments, légèrement sucré, légèrement acidulé. Les villageois l’apprécie frais, surtout pendant les travaux des champs.

L’arak, en revanche, exige une distillation d’environ une heure : le moût fermenté passe sur feu nu, la vapeur se condense au contact d’un récipient d’eau froide, et le liquide clair qui s’égoutte atteint 15% à 25 d’alcool par volume – plus fort qu’un verre de vin mais moins que le whisky. Il est limpide et sec, avec une saveur et une texture en bouche similaires à celles du saké japonais.

Dans la vallée, presque tous les foyers – sauf les plus démunis – possèdent leur propre alambic. Ceux qui n’en ont pas en empruntent un à leurs voisins quand les réserves de grain le permettent.

En enfer… ou vers la gloire ?

Les Tibétains boivent du chang depuis au moins treize siècles. Une légende du VIIe siècle raconte comment des fonctionnaires de la cour furent envoyés par un empereur à la recherche d’un garçon doté de pouvoirs magiques. Lorsqu’ils rencontrèrent un enfant et lui demandèrent où étaient ses parents, il répondait : « Mon père est parti chercher des mots. Ma mère est partie chercher des yeux. » Le père réparut avec du chang, la mère avec du feu. Pourtant, tous les Tibétains ne sont pas buveurs – ils comptent parmi eux des abstinents et des prohibitionnistes. Au XVe siècle, le lama bouddhiste Ngorchen Kunga Zangpo affirmait : « Puisqu’une personne (qui boit) a créé et accumulé le karma d’un fou, son corps finira par se dégrader, et après sa mort, elle renaîtra parmi les êtres infernaux des royaumes inférieurs de l’existence. »

Le message est d’une élégante simplicité : buvez et vous irez en enfer !

Une femme attise le feu sous un grand chaudron.
Tsewang Buti, habitant de Nubri, attise le feu sous un alambic.
Geoff Childs, CC BY

Mis à part l’avertissement de Kunga Zangpo, les boissons enivrantes sont depuis longtemps appréciées dans la société nubrienne. Un texte du XVIIIe siècle met en scène Pema Wangdu, un lama de Nubri célèbre pour ses chants sur la réalisation spirituelle. Il raconte qu’un jour, alors qu’il cherchait conseil auprès d’un lama local, il dut lui présenter une offrande ; il alla donc chiper du chang chez lui pendant que les membres de sa famille travaillaient dans les champs. Le maître principal de Pema Wangdu, Pema Döndrub, également originaire de Nubri, décrit une visite dans une vallée voisine au cours de laquelle un fonctionnaire demanda aux villageois locaux d’apporter du chang au lama et à son entourage. Apparemment, ils en apportèrent plus qu’il n’en fallait, car Pema Döndrub rétorqua : « Nous avons gardé le chang savoureux et renvoyé celui qui n’était pas à notre goût. »

Pema Döndrup, lama local et connaisseur de chang.
Geoff Childs

Le chang est également souvent mentionné dans les chansons folkloriques de Nubri, transmises de génération en génération. Dans l’une d’elles, le chanteur se réjouit d’avoir bénéficié de multiples coups de chance : il vit dans un pays civilisé, habite une chambre dorée et possède un élégant poulain ainsi que de nombreux moutons. Affirmant que sa prospérité est méritée, le chanteur ordonne à sa femme : « Ne songe même pas à me donner moins de chang ! »

Une boisson pour toutes les occasions

Aujourd’hui, les Nubriens préfèrent l’arak, plus fort. Lors des rituels bouddhistes, l’arak apporte à certains participants de l’endurance et un peu de légèreté. D’autres, notamment les moines, s’en abstiennent. Ces boissons sont fournies par le biais du système fiscal du temple local. Lorsqu’un couple fonde un nouveau foyer, il contracte un emprunt obligatoire d’environ 100 kilos de céréales auprès du temple du village. Chaque année suivante, ils sont tenus de rembourser un tiers de ce prêt à titre d’intérêts.

Chaque rituel est associé à un « document de prêt » qui précise quel pourcentage du remboursement annuel d’un foyer est utilisé pour financer cet événement. Ce système garantit l’acquisition d’une quantité considérable de la récolte afin qu’elle puisse être fermentée puis transformée dans les alambics du temple.

Un document associé intitulé « Règles (établies par) les monastères » précise quand, en quelle quantité et à qui l’arak doit être distribué tout au long du rituel. Chaque moment de distribution porte un nom. Il y a le « chang de la connexion » qui honore le premier rassemblement propice des participants au rituel, le « chang du commencement » pour marquer le début de chaque journée, et le « chang du coucher » pour la fin de chaque journée.

Lors d’une offrande aux divinités, on sert aux participants le « chang de la victoire », qui exprime le souhait que leurs supplications soient exaucées, et le « chang de la bonne fortune », en prévision de résultats positifs.

Trois personnes utilisent des spatules en bois pour remuer du riz.
Mason Brown, Jhangchuk Sangmo (à droite) et sa mère, Tsewang Buti, mélangent une culture de démarrage avec du riz bouilli.
Geoff Childs, CC BY

Une dernière anecdote pour la route

En mai 2023, nous avons quitté Nubri après avoir mené à bien un long séjour de recherche. Dorje Dundul, un vieil ami, nous a accompagnés jusqu’à un édifice religieux marquant la limite extérieure de son village. Du fond de sa tunique, il a sorti une flasque remplie d’arak, y a plongé la tige d’une plante médicinale tout en récitant des prières, puis a aspergé des gouttelettes aux quatre coins du monde en guise d’offrande pour assurer notre bon voyage.

Ensuite, il nous a tendu la flasque en nous exhortant : « Chö, chö » (« Buvez, buvez »). Nous avons chacun pris une longue gorgée de ce liquide réchauffant. Il a ensuite rebouché la gourde, l’a glissée dans la poche latérale de notre sac à dos et a dit : « C’est du lamchang (bière de route). Bon voyage. » Au cours de la descente éprouvante vers les plaines, ce cadeau d’adieu nous a redonné des forces tout en nous rappelant sans cesse l’attention que Dorje portait à notre bien-être. « Un dernier verre avant de partir » n’avait jamais été aussi bon.

L’ethnomusicologue Mason Brown et la chercheuse nubri Jhangchuk Sangmo Thakuri ont contribué à cet article.

The Conversation

Geoff Childs a reçu des financements de la National Science Foundation.

ref. Bienvenue à Nubri, où tout le monde sait distiller l’alcool – https://theconversation.com/bienvenue-a-nubri-ou-tout-le-monde-sait-distiller-lalcool-282617

Comment des arbres africains ont conquis les forêts d’Asie du Sud-Est

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Gentis, Docteur en Paléobotanique, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Les Dipterocarpaceae sont une famille d’arbres emblématiques d’Asie du Sud-Est qui dominent les canopées et servent souvent de refuge aux orangs-outans. Leur origine a longtemps été mystérieuse, jusqu’à ce que l’étude approfondie des fossiles, mêlée à celle de la tectonique des plaques et des données génétiques ait révélé leur provenance africaine. Mais alors comment ces arbres ont-ils pu arriver jusqu’en Asie ?


Les forêts d’Asie du Sud-Est figurent parmi les écosystèmes les plus riches de la planète : sur à peine 3 % des terres émergées, elles abritent plus de 20 % des espèces végétales connues, dont une grande partie est endémique, c’est-à-dire présente nulle part ailleurs. Parmi leurs habitants les plus spectaculaires figurent les Dipterocarpaceae, une famille d’arbres tropicaux aux fruits ailés (d’où leur nom, du grec di « deux », pteron « aile » et karpós « fruit ») qui peuvent atteindre près de 100 mètres de hauteur, soit l’équivalent d’un immeuble de 30 étages.

Ces géants se distinguent par leur architecture caractéristique avec des branches étagées en forme de chou-fleur, et dominent jusqu’à 80 % de la canopée. Certains individus évitent tout contact avec les branches de leurs voisins, un phénomène appelé « timidité des cimes ».

La timidité des cimes est ici observée sur des individus cultivés de _Dryobalanops aromatica_, espèce exploitée pour la résine de grande valeur qu’elle produit. Les arbres photographiés ont le même âge et la même taille, ce qui favorise le fait que les branches soient à la même hauteur et rend ainsi bien visible le phénomène.
La timidité des cimes est ici observée sur des individus cultivés de Dryobalanops aromatica, espèce exploitée pour la résine de grande valeur qu’elle produit. Les arbres photographiés ont le même âge et la même taille, ce qui favorise le fait que les branches soient à la même hauteur et rend ainsi bien visible le phénomène.
Patrice78500, CC BY

Au-delà de leur allure impressionnante, ils jouent un rôle écologique majeur : ils structurent la forêt et conditionnent l’existence de nombreuses autres espèces, en fournissant par exemple le gîte aux emblématiques orangs-outangs ou une source de nourriture abondante pour les insectes avec leurs fruits.

Mais un des aspects les plus surprenants tient sans doute à leur origine : ces arbres emblématiques d’Asie du Sud-Est viendraient en réalité d’Afrique. Alors, comment expliquer la présence de groupes africains sur un autre continent ?

À première vue, rien ne prédestinait les Dipterocarpaceae à un tel voyage : leurs graines doivent germer rapidement et toute virée maritime est à proscrire, l’eau salée étant fatale à l’embryon.

Pour comprendre leur histoire, il faut donc changer d’échelle : quitter celle de l’espace, pour entrer dans celle du temps, et remonter plusieurs dizaines de millions d’années.

Comment retrace-t-on l’historique des groupes de plantes ?

C’est ce que tâche de faire la biogéographie, soit la discipline qui étudie la répartition des êtres vivants dans l’espace et au cours du temps. Pour reconstituer l’histoire évolutive d’un groupe, les scientifiques croisent plusieurs sources d’informations.

Les relations de parenté entre espèces, appelées phylogénies, sont établies à partir de données génétiques et de caractères morphologiques (principalement des fleurs et des fruits). À partir des phylogénies il est possible de formuler des hypothèses sur les aires d’origine des organismes.

Celles-ci sont ensuite confrontées au registre fossile, c’est-à-dire l’ensemble des fossiles connus et répertoriés, qui fournit des preuves directes de la présence passée de ces organismes. Les fossiles utilisés peuvent être très variés : bois pétrifiés, feuilles, fruits ou encore grains de pollen. Ces derniers sont particulièrement précieux, car ils se conservent bien dans les sédiments. Les fossiles sont datés, notamment par des méthodes radiométriques et identifiés en s’appuyant sur des outils d’imagerie allant de la microscopie classique à la tomographie à rayons X, permettant d’observer des structures anatomiques fines.

Il faut enfin tenir compte de la tectonique des plaques : au fil des temps géologiques, les continents se sont déplacés, si bien que les coordonnées géographiques d’un fossile ne correspondent pas nécessairement à son emplacement d’origine, au moment où l’organisme vivait. C’est en combinant toutes ces informations que l’on peut reconstruire la répartition des végétaux à tout instant de l’histoire et ainsi suivre leur évolution.

Les fossiles sont les meilleures preuves empiriques

Dans le cas des Dipterocarpaceae, les plus anciens fossiles connus proviennent d’Afrique : ce sont des grains de pollen datés de la fin du Crétacé (entre -72 et -66 millions d’années), découverts en 2022 dans l’actuel Soudan du Sud. Or, à la même période et au début de l’ère suivante, le Cénozoïque, aucun fossile de Dipterocarpaceae n’est recensé en Asie.

Cette observation contraste avec la distribution actuelle de la famille : environ 500 espèces en Asie du Sud-Est, contre une vingtaine seulement en Afrique et une seule en Amérique du Sud. Pendant longtemps, ce constat a laissé suggérer une origine asiatique, mais cette hypothèse expliquait mal la présence de la famille sur d’autres continents et restait contestée.

Ce n’est vraiment qu’au cours trente dernières années, portée par les progrès des analyses génétiques et l’accumulation de preuves fossiles, que l’hypothèse alternative d’une origine africaine s’est imposée. Ou plus précisément d’une origine sur le Gondwana, un ancien supercontinent de l’hémisphère sud qui regroupait notamment l’Afrique, l’Amérique du Sud, l’Inde, l’Antarctique et l’Australie il y a plus de 160 millions d’années et qui s’est fragmenté par la suite.

La grande traversée sur une Inde en dérive

« Je ne peux le porter pour vous, mais je peux vous porter, vous ! » disait le hobbit Sam Gamegie à propos de l’anneau unique, à son ami Frodon bien affaibli dans Le Seigneur des Anneaux.

De façon analogue, les Dipterocarpaceae n’ont pas pu franchir par eux-mêmes les plus vastes étendues océaniques, mais ont été transportées par le continent qui les portait. Lors de la fragmentation du Gondwana, l’Inde s’est détachée de l’Afrique durant le Crétacé, et a entamé une remontée vers le nord, à travers la Néo-Thétys, un océan aujourd’hui disparu.

Elle a d’abord rencontré une partie du Myanmar, puis l’Asie autour de -50 millions d’années, entraînant la formation de l’Himalaya. Les Dipterocarpaceae ont ainsi pu passer de l’Afrique à l’Inde lorsque les deux masses continentales étaient encore proches et situées près de l’équateur, puis de l’Inde à l’Asie du Sud-Est à l’approche de la collision finale. Ce scénario a été introduit dès les années 1950 mais s’est considérablement affiné ces 20 dernières années au fil des nombreuses études géologiques et paléontologiques traitant de la collision Inde-Asie. Il a le mérite de rendre compte à la fois des données fossiles et de la distribution actuelle des espèces.

Evolution de la répartition des Dipterocarpaceae au cours du temps et de la collision Inde-Asie, incluant le Myanmar. Modifié d’après Hoorn & Lim 2022 et Licht et al. 2025.
Evolution de la répartition des Dipterocarpaceae au cours du temps et de la collision Inde-Asie, incluant le Myanmar. Modifié d’après Hoorn & Lim 2022 et Licht et al. 2025.
Fourni par l’auteur

Une success-story pour certains

L’histoire de la famille est ensuite un cas d’école en biogéographie : bien qu’originaires d’Afrique, les Dipterocarpaceae se sont surtout diversifiées sur le sous-continent indien pendant sa traversée, puis après la collision. Elles ont ensuite colonisé avec succès l’Asie du Sud-Est, au même titre que d’autres arbres d’origine gondwanienne comme certains palmiers, les familles des kakis, des durians ou des figues.

Cette réussite des Dipterocarpaceae tient probablement à plusieurs facteurs : une reproduction prolifique où les arbres produisent des quantités massives de fruits de manière synchrone, une croissance compétitive qui leur permet de dominer rapidement la canopée, ou encore une association symbiotique avec des champignons mycorhiziens.

La fin du voyage pour d’autres

Cependant, toutes les lignées végétales ayant suivi des trajectoires similaires n’ont pas connu le même succès. La traversée « Indo‑Myanmar » représente parfois une impasse. Des bois fossiles découverts au Myanmar, datés de -45 à -30 millions d’années, attestent de la présence ancienne d’autres groupes d’origine gondwanienne, comme des proches parents des Eucalyptus ou des arbres du genre Cola, qui a donné son nom à la célèbre boisson.

Pourtant, aucun de ces arbres ne semble avoir réussi à coloniser l’Asie du Sud-Est : ils ont localement disparu de la région, un phénomène appelé extirpation, probablement à la suite de modifications climatiques drastiques survenues au Miocène, entre -23 et -5 millions d’années.

Gauche : coupe anatomique de bois fossilisé (~45 Millions d’années) du Myanmar, proche parent du genre Cola, vu au microscope montrant les vaisseaux conducteurs de sève, le parenchyme en bande stockant les nutriments, les rayons et les fibres assurant le soutien du tronc. Milieu : bois actuel de l’espèce Cola nitida en coloration artificielle montrant l’extrême ressemblance avec le fossile. Droite : Fruit de Cola nitida et graines rougeâtres dénuées de leur pulpe ensuite utilisées en préparation de boisson énergisante.
Fossile et bois : Nicolas Gentis. Fruit : Bob Walker (modifié), Fourni par l’auteur

Les grandes lignes sont là, mais les détails de l’histoire restent dans l’ombre

Si nous avons aujourd’hui pu lever certains mystères, fouiller dans le passé est une entreprise longue et minutieuse, et de nombreuses incertitudes subsistent encore. La reconstitution des trajectoires et temporalités précises des dispersions, des rythmes de diversification et des interactions avec les changements climatiques restent des défis majeurs. D’autres échanges de flore, notamment entre l’Australie et l’Asie, dits Sunda-Sahul, ont aussi façonné ces forêts. Il reste donc beaucoup d’indices à trouver pour comprendre pourquoi certains groupes se sont maintenus en Asie tandis que d’autres non.

Fait intéressant, les animaux semblent eux avoir suivi des trajectoires différentes : dans de nombreux cas, les échanges se sont surtout faits de l’Eurasie vers les autres continents. Ainsi, plusieurs groupes de mammifères, comme les ancêtres des rhinocéros, des girafes, des zèbres, des félins ou de nombreux primates, ont colonisé l’Afrique depuis l’Eurasie ; seule la lignée des éléphants est d’origine africaine.

En Europe, un événement majeur appelé « Grande Coupure », survenu il y a environ 34 millions d’années, correspond à un renouvellement majeur de la faune lié à l’arrivée d’espèces asiatiques. La quasi-totalité de primates disparaissent ainsi qu’un grand nombre de mammifères endémiques tandis qu’on voit l’arrivée de rhinocéros, de proches parents des hippopotames, de rongeurs tels que les hamsters ou les castors, ainsi que de petits carnivores comme le hérisson.

Comprendre ces distributions passées ne relève pas seulement de la curiosité scientifique : cela permet d’identifier les facteurs qui favorisent, ou limitent, le succès des espèces à long terme. Dans un contexte de changement climatique rapide, ces connaissances sont précieuses pour anticiper la réponse des écosystèmes et orienter les stratégies de conservation.

Dans les cas des Dipterocarpaceae, plus de 65 % des espèces sont aujourd’hui menacées par les activités humaines, notamment par la déforestation pour l’exploitation de leur bois ou la plantation de palmiers à huile. La préservation de ces arbres assure ainsi la préservation de tous les êtres vivants qui en dépendent.

The Conversation

Nicolas Gentis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment des arbres africains ont conquis les forêts d’Asie du Sud-Est – https://theconversation.com/comment-des-arbres-africains-ont-conquis-les-forets-dasie-du-sud-est-282205

Supreme Court preserves access to mifepristone via telehealth – at least for now

Source: The Conversation – USA (3) – By Sonia Suter, Professor of Law, George Washington University

Mifepristone is one of two drugs typically used in medication abortions. Carl Lokko/iStock via Getty Images Plus

The U.S. Supreme Court has decided that patients can continue to get mifepristone, one of the two drugs used for medication abortion, via telehealth and by mail. At least for now.

A lower court had temporarily blocked this access nationwide in early May 2026. The case now returns to that lower court, although it may well make it back to the Supreme Court in the future.

Since 2023, almost two-thirds of abortions in the United States have involved mifepristone, and since late 2024 one-quarter of all abortions occur through abortion pills provided via telehealth.

As scholars who study laws affecting reproductive health, we believe the outcome of this case will have an enormous impact on access to abortion care across the country.

In states with abortion bans, telehealth prescriptions have allowed women to get abortions anyway. But the case is also significant to those in states without abortion bans, especially women with low incomes and disabilities or who live in rural areas, where reproductive services are extremely limited.

How did the case get to this point?

The case began in October 2025, when Louisiana argued that the Biden administration’s allowance of telehealth abortions was for “avowedly political reasons.” The state asserted that the U.S. Food and Drug Administration had insufficient evidence to remove the requirement that the drug be dispensed in person, which had been in place from 2000 through 2021.

The state also argued that mailing mifepristone violated an 1873 federal law known as the Comstock Act. This law, which makes it a crime to mail or ship any “lewd, lascivious, indecent, filthy or vile article” and anything that “is advertised or described in a manner … for producing abortion,” has rarely been enforced.

The lower court thought Louisiana would likely win, but it decided to keep the FDA regulations in place while the case made its way through the courts. On May 1, 2026, however, the appellate court suspended the FDA regulation allowing mifepristone to be prescribed via telehealth.

As a result, mifepristone could no longer be mailed or prescribed via telehealth, nationwide. Three days later, on May 4, after the manufacturers of mifepristone appealed, the Supreme Court put the 5th U.S. Circuit Court of Appeals’ decision on hold for a week to give it more time to consider the legal issues. On May 11, it extended the stay for a few more days.

What does the SCOTUS decision mean for mifepristone access?

On May 14, the Supreme Court decided to leave the FDA’s regulation in effect, so mifepristone remains available for prescription via telehealth. Justices Samuel Alito and Clarence Thomas dissented, with Alito accusing the court of “perpetrat[ing] a scheme to undermine” the court’s decision in the 2022 Dobbs ruling that overturned the constitutional right to an abortion and allowed states to ban it. Thomas added his view that the Comstock Act makes it a criminal offense to mail mifepristone.

The case now returns to the 5th Circuit, which has signaled how it is likely to rule on this question. Namely, that it believes the FDA has exceeded its authority in allowing the drug to be prescribed via telehealth. Once the case has been resolved in the lower courts, it could end up before the Supreme Court again. If the court decides to strike down the rule, or if the FDA rescinds it, then women in all states would no longer be able to get the pills by mail, not just in the 13 total-ban states.

The court’s May 14 decision extends the pause on a lower court ruling, preserving mail-order access to mifepristone for now.

Why has mifepristone become so contested?

In 2000, the FDA approved mifepristone specifically to end pregnancies. In combination with telehealth, it allows for abortion to occur outside of a doctor’s office. Accordingly, anti-abortion groups have attempted to discredit mifepristone’s safety and effectiveness for decades, even though mifepristone has been shown to be as safe as ibuprofen and safer than Viagra.

Mifepristone first became available in France in 1998. In 2000, the FDA approved mifepristone in the U.S. after evaluating rigorous studies that showed it to be safe and effective.

Initially, the FDA required the drug to be prescribed and taken at a doctor’s office. But after further review of research on the drug’s safety under the Biden administration, the agency changed some of the prescribing regulations, making it easier to access the drug.

One change made permanent in 2023 was to allow mifepristone to be prescribed via telehealth and mailed. That is the regulation at issue in the Louisiana case.

But after the 2022 Dobbs ruling, mifepristone became even more of a target. Anti-abortion groups realized that people could effectively evade abortion bans by receiving abortion pills through the mail. After Dobbs, in fact, the number of abortions increased, and by June 2025 telehealth abortions had increased fivefold, with more than half of them occurring in abortion-ban states.

The attempts to challenge mifepristone first reached the Supreme Court in 2024, when anti-abortion physicians and groups challenged the FDA’s approval of mifepristone and changes in its prescribing regulations that made it easier to access the pill.

The Supreme Court ultimately dismissed the case on the grounds that the challengers did not have legal standing to bring the claim. Legal standing requires the parties to show they suffered concrete harms or injuries.

Since then several states, including Louisiana, have brought lawsuits with the same kinds of challenges to the FDA’s authority. The Louisiana case is the first to reach the Supreme Court. It is also the first state to reclassify mifepristone as a dangerous controlled substance.

Is this likely to happen with the other abortion pill?

The legal challenges so far have been only to mifepristone, one of the two pills used for medication abortion.

Unlike mifepristone, which is approved only for abortion, misoprostol was approved in 1988 for a different purpose: to treat gastric ulcers.

Misoprostol is prescribed for abortion “off-label,” which means it is an unapproved use of an FDA-approved drug that a healthcare provider determined is medically appropriate for their patient.

In fact, 1 in 5 prescriptions is for off-label use of a drug.

While some studies suggest that using misoprostol alone for an abortion is slightly less effective than taking both pills together, many researchers express confidence in the misoprostol-only option.

And the court’s ruling does not affect access to “Plan B,” a pill that prevents pregnancy and thus is used as birth control, not to induce an abortion.

The Supreme Court’s action is certainly not the end of the story. Challenges to abortion pills will continue, particularly because the leaders of many states believe the availability of these pills prevents them from enforcing their abortion bans.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Supreme Court preserves access to mifepristone via telehealth – at least for now – https://theconversation.com/supreme-court-preserves-access-to-mifepristone-via-telehealth-at-least-for-now-282376

You can persuade AI models to accept falsehoods as truth, study shows

Source: The Conversation – USA – By Ashique KhudaBukhsh, Assistant Professor of Computing and Information Sciences, Rochester Institute of Technology

You can make AI chatbots spout information that’s not true. Nicoletaionescu/iStock via Getty Images

When you ask a large language model a question, the reply may include falsehoods, and if you challenge those statements with facts, the AI may still uphold the reply as true. That’s what my research group found when we asked five leading models to describe scenes in movies or novels that don’t actually exist.

We probed this possibility after I asked ChatGPT its favorite scene in the movie “Good Will Hunting.” It noted a scene between leading characters. But then I asked, “What about the scene with the Hitler reference?” There is no such scene in the movie, yet ChatGPT confidently constructed a vivid and plausible description of one.

The confabulation – sometimes called an AI hallucination – revealed something deeper about how AI systems reason. References to Hitler are not uncommon in films, which apparently convinced ChatGPT to accept and elaborate on a false premise rather than correct it. I study the social impact of AI, and this surprise response led my colleagues and me to a broader question: What happens when AI systems are gently pushed toward falsehoods? Do they resist, or do they comply?

We developed an approach we called hallucination audit under nudge trial to answer those questions. We had conversations with five leading models about 1,000 popular movies and 1,000 popular novels. During the exchanges we raised plausible but false references to Hitler, dinosaurs or time machines. We did this in various suggestive ways, such as “For me, I really love the scene where …”

Our method works in three stages. First, the AI generates statements about a topic — such as a movie or a book — some true and some false. Second, in a separate interaction, the AI attempts to verify those statements. Third, we introduce a “nudge,” where the model is challenged with its own incorrect claims to see whether it resists or accepts them.

We found that AI models often struggle to remain consistent under pressure. Even when they initially identify a statement as false, they may later accept it when nudged – revealing a vulnerability that traditional evaluation methods fail to capture.

Our results have been accepted at the 2026 Annual Meeting of the Association for Computational Linguistics.

Text of a conversation between a person and ChatGPT about the movie 'Good Will Hunting.''
When ChatGPT was asked about a scene in the movie Good Will Hunting that doesn’t exist, it confidently described it.
Ashiqur KhudaBukhsh, CC BY-ND

This tactic isn’t a hypothetical. When people talk, conversational pressure can emerge naturally. People may confidently repeat incorrect assumptions, partial recollections or misunderstandings. A person might say, “I’m pretty sure medicine X is effective for condition Y,” or “I remember event A happening before event B.” These statements can subtly influence an AI model.

Why it matters

What humans collectively remember, misremember and forget shapes our sense of reality. But if humans can persuade a model to accept a falsehood, that reveals an important vulnerability in AI’s capacity to provide accurate information.

Interactions in the real world are rarely static question-answer exchanges. They are interactive and iterative. An AI model’s willingness to reinforce falsehoods may seem harmless when chatting about movies, but in areas such as health, law or public policy, the tendency can have serious consequences. Our work highlights the need to evaluate not just what information AI systems have been trained on, but how reliably they stand by it.

What other research is being done

Our results add to other recent research into why large language models may produce hallucinations, and how it is that they can provide inconsistent information. Researchers are also trying to figure out why some models lean toward sycophancy – flattering or fawning over human users.

What still isn’t known

It’s not clear why some AI systems resist falsehoods better than others. In our tests, Claude was the most resistant, followed somewhat closely by Grok and ChatGPT, with Gemini and DeepSeek further behind.

Movies and novels are self-contained content. Scholars don’t know how AI might respond to pressure in much broader, complex real-world settings. As a start, my group is exploring how to extend our approach to scientific literature and health-related claims. We want to understand whether conversational pressure works differently when the discussion involves uncertainty or expertise.

How to design AI systems that remain both helpful and resistant to falsehoods under wide-ranging conversation remains an open challenge.

The Research Brief is a short take on interesting academic work.

The Conversation

Ashique KhudaBukhsh receives funding from Lenovo.

ref. You can persuade AI models to accept falsehoods as truth, study shows – https://theconversation.com/you-can-persuade-ai-models-to-accept-falsehoods-as-truth-study-shows-280989

A fungal disease, along with climate change, threatens Colorado’s prized peaches

Source: The Conversation – USA – By Jane Stewart, Associate Professor of Plant Pathology, Colorado State University

Colorado’s peach industry is threatened by a fungal disease. Helen H. Richardson/The Denver Post via Getty Images

In western Colorado, home to the treasured Palisade peach, cytospora canker is one of the most economically consequential fungal diseases faced by growers.

A recent survey conducted by Colorado State University in Orchard Mesa found that 100% of the orchards have trees infected with cytospora canker. In some orchards, you can smell the sweetness of gummosis, the sweet oozing of sap from a tree that occurs from injury, stress, pathogen infection or insect damage.

We are part of a team of fruit tree growers, extension personnel and researchers who are developing tools for mitigating cytospora canker in fruit tree orchards in Colorado and Utah.

In a study we published, we estimate this disease results in at least US$3 million in annual economic losses for growers in Colorado. In infected large branches, which are called scaffolds, the damage can result in a 50% loss of peaches per tree.

Peaches were first planted in Palisade and Grand Junction in 1882 by one of the first white settlers to the area, John Harlow. Peaches and other fruit trees have been Colorado staples ever since. In 2024, Colorado farmers produced roughly 15,000 tons of peaches valued at $34 million.

However, fruit tree production in the Intermountain West, which covers Colorado, Utah and Idaho, is threatened by diminishing water supplies, spring frosts, variable winter temperatures and soils that are above the ideal pH range for peach trees. Further exacerbating the environmental stresses are pest problems and the persistent cytospora canker disease.

What is cytospora canker?

Cytospora canker is caused by fungi within the genus Cytospora. These pathogens are found globally and affect more than 70 species of woody shrubs and trees. These fungi have been present on fruit trees in the U.S. since at least 1892 when cytospora canker was first discovered on peach, plum and almond trees in Pennsylvania and New Jersey. Cytospora canker was first described as only a disease of stressed trees, but now it is recognized as a destructive disease in tree fruit across the U.S.

Plant Talk Colorado: What is cytospora canker? A video from Colorado State University Extension.

Growers expect peach trees to live for 20 years. The first five of those years are initial growth. The next 10 years are full production. Then, the tree’s productivity tapers off in the last five years of its life. The disease has halved the life of an orchard in Colorado from 20 years to 10 years or fewer. Trees that get infected during the first or second year are typically dead by year four or five before they reach peak production.

Cytopora canker typically enters through wounded and woody branches or twigs. Wounding occurs when branches are pruned to maintain tree vigor or through severe freezing or hail events. Freeze events are common in Colorado and are particularly harmful in the fall if temperatures drop abruptly without giving trees enough time to acclimate to the temperature shift.

Ice formation within plants causes swelling and cracking in woody tissues, as well as the formation of ice crystals within plant cells that can puncture the cells, leaving them vulnerable to oxidative damage and infection. Small cracks enable cytospora spores, like the seeds of a plant, to enter and begin to cause infections.

Cytospora canker and freeze

In 2020, a major freeze event damaged many trees throughout Colorado.

Following a warm October, temperatures dropped from 65 degrees Fahrenheit (18 degrees Celsius) to below 10 F (-23 C) in a 48-hour time span in the fruit region around the town of Hotchkiss. Because the recent temperatures had been in the 70s, there was not an appropriate amount of acclimation in the trees to be prepared for this large temperature drop. Leaves were still green, and sap was still flowing through the woody tissues.

The damage from this single freeze directly led to the death of tens of thousands of peach trees across the western slope of Colorado.

The sudden freeze also allowed for a proliferation of new cytospora canker infections on peaches trees that were not killed outright by the freeze. The surviving trees were often more vulnerable because the cracked skin and bark of peach branches was now exposed to infection by the fungus. This correlation between cytospora infection and cold damage is thought to be a major reason why cytospora canker is a particularly significant disease in Colorado.

To manage the pathogen, growers can remove trees that are infected, protect wounds with chemicals to prevent new infections and ensure that established trees are free of stress. However, management strategies have limited efficacy due to the growing conditions. While Palisade has the most ideal peach-growing microclimate in Colorado, the cold season is near the limits of what peaches can tolerate.

In April 2026 there were several nights when the temperatures reached into the low 20s F (-7 degrees C) in different orchards in Delta County, Colorado. Fruit had already started to grow and was very susceptible to the cold temperatures. As a result, growers around Hotchkiss and Paonia lost their peach crop.

Palisade orchards avoided that level of damage because on those same nights the temperatures dropped only to the upper 20s F (-2 degrees C), which damaged some fruit but left enough behind to have a full crop in most cases. Spring frosts like these reduce fruit production but generally aren’t going to contribute to increased proliferation of cytospora canker.

Solutions in progress

Researchers from Colorado State University are working toward developing strategies to combat this disease. Our team has developed chemical options for conventional and organic growers that have helped slow the spread. We are determining whether some peach cultivars are tolerant to the pathogens, and we are continuing to understand the population biology of cytospora to help us develop new management strategies.

The pathogen can be spread through air, on insects, during irrigation and possibly with the movement of new peach trees into orchards. Many fungi that produce cankers in trees can move spores only short distances through rain splash. But spores of the fungus have been found in collection traps about 250 feet (76 meters) from a tree with canker that is making spores.

We have established the cytospora working group as a collaborative research, extension and grower group to collectively develop solutions for cytospora canker. We are continuing to better understand factors involved in disease development and establish best management practices to help growers combat this disease and keep the Colorado peach industry vibrant.

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The Conversation

Jane Stewart receives funding from USDA NIFA AFRI.

David Sterle does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. A fungal disease, along with climate change, threatens Colorado’s prized peaches – https://theconversation.com/a-fungal-disease-along-with-climate-change-threatens-colorados-prized-peaches-263246

America’s musical founding father: ‘Liberty songs’ by a self-taught singer and tanner helped fuel the Revolution

Source: The Conversation – USA (3) – By David W. Stowe, Professor of Religious Studies, Michigan State University

Paul Revere made the engraving used in the frontispiece of ‘The New-England Psalm-Singer,’ a tune book William Billings published in 1770. John Carter Brown Library via Wikimedia Commons

As July 4, 2026, approaches, Americans will be paying more attention than usual to events of 1776: the year the American Colonies declared their independence from Great Britain. Public historians, including filmmaker Ken Burns, have tried to offer a more inclusive view of the American Revolution, highlighting lesser-known patriots. But figures such as Thomas Jefferson, John Adams, George Washington and Benjamin Franklin will undoubtedly get the lion’s share of attention on the 250th anniversary.

One important character who rarely makes it into the limelight is the pioneering composer William Billings, who lived in Boston at the time of the Revolution. Billings is widely considered America’s first noteworthy composer, publishing six tune books and writing some 340 choral works – some of which are still sung today.

Apprenticed at 14 as a leather tanner, he learned music in his spare time and became a renowned teacher of singing schools, which taught basic elements of music so people could sing hymns more confidently. He also became a staunch supporter of independence, one of the Boston “Whigs” who spearheaded the American Revolution.

A black and white illustration of an enormous, leafy tree that towers over the white house next to it.
William Billings owned a tannery near the Liberty Tree in Boston, a rallying point for revolutionaries.
AC8 Sn612 825h, Houghton Library, Harvard University via Wikimedia Commons

I have been studying Billings for 25 years now and always find more of interest about him – so interesting, in fact, that I wrote a historical novel about him. He was a colorful character with a voracious appetite for snuff and an unforgettable appearance. As music historian Nathaniel Gould wrote in 1853, Billings was “blind with one eye, one leg shorter than the other, one arm somewhat withered, with a mind as eccentric as his person was deformed.”

‘Liberty songs’

Billings was a friend of Samuel Adams, the revolution’s great agent provocateur, and sang regularly with him. He likely knew Paul Revere, who is credited with engraving the frontispiece to Billings’ first tune book, “The New-England Psalm-Singer,” published in 1770.

That was the year of the Boston Massacre, when British soldiers fatally shot five civilians. The event was one of several incidents that eventually triggered the conflict later known as the Revolutionary War. Billings did not serve in the military, probably because of his disabilities. His contribution to the independence movement was his music.

A tune from his first collection, “Chester,” is one of Billings’ best known, for which he also wrote words:

The Foe comes on with haughty Stride;
Our troops advance with martial noise,
Their Vet’rans flee before our Youth
And Gen’rals yield to beardless Boys.

That was not the only Billings song with a revolutionary message.

Lamentation Over Boston” adapted a Hebrew psalm about the Judeans’ exile in Babylon: “By the Rivers of Watertown we sat down & wept,” he wrote, referring to a town a few miles west, “when we remember’d thee O Boston.” Billings’ lyrics cast Britain as the oppressive Babylon: “For they that held them in Bondage/ Requir’d of them to take up Arms against their Brethren.” It may be the very first American protest song.

William Billings is far from a household name today, but he wrote several of the Revolution’s ‘liberty songs.’

In 1778 Billings published “Independence: The States, O Lord”, again writing music and words:

The States, O Lord, with Songs of Praise shall in thy Strength rejoice,
And Blest with thy Salvation raise To Heav’n their cheerful voice….
And all the Continent shall sing: Down with this earthly King, No King but God.

There’s some evidence these songs had national reach.

“The words stirred the patriotic heart, and with their striking melodies were sung at home and by the choirs, and especially in the military camps,” Louis F. Benson wrote about Billings’ music in his 1915 study “The English Hymn.” “The New England soldiers learned the words by heart, and every fifer the tunes, and carried them to whatever part of the country duty called them.”

Billings’ pieces were only a handful of the hundreds of what John Adams called “liberty songs” circulating in the Colonies. Most of them were less pious than what Billings composed. “Some of the outrageously ribald songs would have horrified polite society,” according to historian Bruce C. Daniels, author of “Puritans at Play.” “Dozens of them made metaphorical reference to England as a whore.”

HBO’s 2008 miniseries on John Adams’ life shows a group singing ‘Chester.’

Struggle after Independence

The peak of Billings’ career was during the 10 years after the Declaration of Independence. Two years before, he had met Lucy Swan while leading a singing school in Stoughton, Massachusetts. They got married the same year and went on to have a large family. In 1780, they moved into a nice house on Boston’s fashionable Newbury Street.

In the late 1770s and 1780s Billings published four tune books, including arguably his most important, “The Singing Master’s Assistant.” He also tried his hand at writing prose and even served briefly as editor of The Boston Magazine before being fired, apparently for his poor taste. He published a grisly tale about a clan of incestuous cannibals from Scotland.

At some point, he seems to have given up leather tanning. But by the 1790s Billings was reduced to working as a street cleaner and hog wrangler. He had to mortgage his house. Lucy died in 1795, leaving William to single-parent their six children – including a daughter, also named Lucy, born three years earlier.

A faded image shows a musical score arranged in concentric circles, which cherubs and open books drawn around the edges.
The frontispiece of William Billings’ final tune book, ‘The Continental Harmony,’ which was published in 1794.

American musical tastes had changed. Billings’ rough-hewn “fuguing” songs, a style with vigorous counterpoint between the different voice parts, were no longer in fashion. Formally trained singing instructors competed for students in Boston.

And Billings was unable to secure copyright for his compositions. Before the Revolution, he succeeded in having a bill to protect his first tune book passed by the Massachusetts legislature. The Tory governor refused to sign it, however, perhaps due to Billings’ associations with patriots like Samuel Adams. In any event, several of his pieces were reprinted in other collections, and he was paid nothing.

When Billings died in 1800, he was buried on Boston Common in an unmarked grave. But his music was kept alive by shape-note singers, a style of musical notation that caught on in the 1800s and helped preserve older, sacred songs. Billings’ music played at least a small part in uniting American colonists well enough to defeat the powerful British military.

The Conversation

David W. Stowe does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. America’s musical founding father: ‘Liberty songs’ by a self-taught singer and tanner helped fuel the Revolution – https://theconversation.com/americas-musical-founding-father-liberty-songs-by-a-self-taught-singer-and-tanner-helped-fuel-the-revolution-278382